Transparence dans l’Église. Où mettre le curseur ?

Notre société médiatique fait voler en éclat le silence et l’omerta des grandes institutions. Mais la dictature de la transparence peut aussi devenir dévastatrice. Dire ou se taire, comment assumer ce dilemme éthique ? Entre silence et transparence, où faut-il mettre le curseur ? En particulier dans l’Église…

1. LA PRESSION DE L’IDÉOLOGIE MODERNE DE LA TRANSPARENCE

Comment la tension entre le secret et la transparence se vit-elle dans la société ? J’emprunte cette analyse à Céline Bryon-Portet, La culture du secret et ses enjeux (2011) (1)

= Le secret au cœur de la vie sociale

« Jusqu’au dix-neuvième siècle, le secret était au cœur de la vie sociale. L’exercice du pouvoir revendiquait clairement l’opacité (« Qui ne sait pas dissimuler ne sait pas régner », affirmait-on), la politique des rois était faite de complots, de tractations occultes et de diplomatie parallèle. Chaque famille avait ses secrets, et nul ne songeait que cette part d’obscurité inhérente à la sphère privée pouvait nuire à l’équilibre psychologique de ses membres. On s’exprimait par calembours, on codait les missives, on tenait des réunions à huis clos, on enfouissait de sibyllins symboles et d’étranges secrets de fabrication dans les traités d’alchimie, et personne ne semblait s’en offusquer.

= L’avènement des technologies d’information et de communication

Mais l’avènement de la modernité, marqué par le développement de l’« espace public » et par l’essor conjoint des mass medias puis des technologies d’information et de communication (TIC), a opéré une inversion des valeurs et sonné le glas du secret. Ce dernier n’est plus toléré que lorsqu’il engage les intérêts supérieurs de la Nation (tel le « secret d’État »), ou, dans certains cas très particuliers, lorsque la divulgation de renseignements peut être préjudiciable à un individu et contraire à la déontologie d’un corps de métier (on parle alors de secret professionnel). D’un point de vue culturel, il se dissipe progressivement au profit d’un droit à l’information, de même que le silence, qui lui est souvent apparenté (« le secret est le frère utérin du silence », affirme un proverbe bambara), voit son champ réduit par le bruit, la parole, le tout-communication. Aujourd’hui, seules les institutions fermées (p. ex. : l’Armée, la Franc-Maçonnerie, et dans une certaine mesure l’Église) et les communautés empreintes d’un fort traditionalisme conservent encore quelque attachement à la culture du secret et au silence. Synonyme de rétention d’information ou de mensonge, le secret est globalement frappé de discrédit, de même que les sociétés secrètes, considérées comme contraires à l’esprit de la démocratie.

= Une idéologie de la transparence

D’aucuns ont montré que la modernité exprime une véritable « idéologie de la transparence », la chasse à l’opacité témoignant d’une sorte de démarche systématique, voire programmatique. On peut aller jusqu’à parler d’une « tyrannie de la transparence », tant cette obsession de la clarté s’insinue dans les moindres recoins de l’existence, parfois même contre le gré des citoyens et en mettant en péril leur liberté. Nous pouvons mentionner les écoutes téléphoniques, ainsi que les moyens de vidéosurveillance, qui sous couvert de politique sécuritaire filment les faits et gestes des individus et étendent tous les jours davantage leur champ de vision. Les nouvelles technologies ont formidablement accru les possibilités offertes dans ce domaine, notamment à travers l’imagerie satellitaire, mais aussi la surveillance électronique. Les puces, par exemple, permettent une traçabilité des individus via les cartes bancaires et les téléphones cellulaires. (Et le jeu Pokemon Go ne fonctionne que si l’on « livre » toutes ses informations personnelles…)

= Vers la maison de verre

Éprise de transparence, la société moderne occidentale paraît vouloir exaucer le vœu formulé par André Breton à propos de la « maison de verre », vœu qu’elle a étendu à divers niveaux. Au niveau du langage d’abord : les hommes politiques assimilent « transparence » et « parler vrai ». En outre, le langage conceptuel et les énoncés rationalistes sont à l’honneur car ils évoquent la clarté, la précision et l’univocité, tandis que sont dévalorisés les modes d’expression métaphoriques et symboliques, porteurs d’opacité et de polysémie, et invitant à une herméneutique dans la mesure où̀ ils sécrètent un sens caché. Au niveau des relations humaines ensuite : les nouveaux spécialistes de la communication », en « morphogestuelle » ou en « synergologie », entreprennent de décoder les comportements humains afin que nous puissions percer à jour nos semblables et lire dans leur corps comme dans un livre ouvert. Au niveau technologique enfin : les utopies communicationnelles développées par les idéologues de l’Internet entendent établir un monde lumineux, un « idéal de transparence » d’où toute opacité serait bannie. Le succès d’une émission télévisée comme Loft Story, où des caméras filmaient les lieux les plus intimes d’une habitation où un groupe d’individus vivaient ensemble, s’ébattaient ou se déchiraient au vu et au su des téléspectateurs, témoigne d’un plaisir voyeuriste, mais aussi d’un engouement pour tout ce qui inaugure l’ère de la transparence.

= La transparence, expression de la démocratie

Yves-Charles Zarka résume fort bien cette mouvance associée à la modernité :

« Disons-le tout net, notre temps n’est pas celui du secret, mais de son opposé, la transparence. Il y a même, plus ou moins confusément, une idéologie de la transparence qui assimile implicitement la transparence à la vérité, à la rectitude et même à l’innocence, tandis qu’à l’inverse le secret comporterait, dans ce qu’il cache et qu’il n’avoue pas, de l’inavouable et de la culpabilité. L’idéologie de la transparence entend que tout peut s’exposer, devenir public pour être soumis au regard des autres, être également l’objet de procédures de surveillance et de contrôle. Le plus inquiétant est que l’idéologie de la transparence est aujourd’hui souvent liée à l’idée de démocratie. Comme si le progrès de la démocratisation était corrélatif de l’extension de la transparence et du recul du secret ».

Le silence subit le même sort, puisque « la modernité est l’avènement du bruit », un bruit tellement prégnant que sa disparition soudaine en vient à être insupportable à certains citadins.

= Un retour de balancier ?

Cependant, les analyses de Richard Sennett (1995) mettent en évidence un recul de l’espace public, et une recrudescence des formes d’intimité. Plus récemment, Michel Maffesoli (2000) note une sorte de sentiment de lassitude à l’égard de la mondialisation, favorisée par l’ouverture des frontières géographiques, le développement des moyens de transport et surtout d’Internet, et qui s’accompagne d’une insupportable dépersonnalisation. Parallèlement s’amorcerait un retour à des micro-socialités de type tribal, qui sont évidemment plus favorables au secret que l’idéologie de la transparence caractéristique de la modernité. Ce constat est confirmé par de nombreux sociologues, qui relèvent un engouement croissant à l’égard des sectes et autres groupuscules susceptibles de ré-enchanter l’existence humaine en l’enracinant dans une sacralité immanente et en renforçant un lien social menacé de dissolution. De nos jours, les institutions fermées sont donc prises dans une position ambiguë, représentant une menace pour la majorité, qui ne tolère pas leurs réseaux souterrains et leurs activités opaques, mais aussi une planche de salut pour ceux que les excès de la modernité effraie ».

2. LES IMPASSES DE LA POSTURE COMMUNICATIONNELLE DE L’ÉGLISE

La démesure de ce désir de transparence est de laisser croire que tout peut, sans dommage, être amené en pleine lumière. C’est une illusion. Cependant, l’Église a-t-elle assez conscience que cette nouvelle situation rend obsolète certains aspects opaques de son mode de fonctionnement interne ? L’étalage des incroyables maladresses dont elle fait preuve dans sa communication externe, lorsque la pression de l’idéologie de transparence la pousse dans ses retranchements, oblige à répondre par la négative. Pour employer une expression triviale, l’Église se prend littéralement « les pieds dans le tapis »… C’est tout-à-fait paradoxal, alors même qu’elle « existe pour évangéliser » (Paul VI, E.N., 1975), et ce, de façon transparente, sur la base du commandement de Jésus d’aller et d’enseigner (Mt 28, 16-20), ce qui est son cœur de cible…

1. Prendre conscience des difficultés

Stéphane Dufour, dans un article intitulé Secret, silence, sacré (2), commente : « Les difficultés que rencontre l’Église catholique dans ce monde d’hypercommunication et de sollicitation médiatique permanente ne tiendraient pas seulement à la circulation du langage religieux en milieu profane, ou à une mauvaise utilisation des médias. Les raisons sont plus profondes et tiennent plutôt à l’ethos communicationnel de l’Église catholique. Précisément, la posture communicationnelle de l’Église dans l’espace social serait configurée, pour une part, sur le secret, une culture et une pratique du secret. Cette pratique entre inévitablement en confrontation avec la valeur de transparence. Cette dialectique du secret et de la transparence conduit à une tension, source d’incompréhension et de crispations réciproques, entre le maniement du secret, la clôture informationnelle de l’Église, avec une prédilection pour le silence, d’une part, et l’exigence de visibilité, d’immédiateté, d’ouverture de la société de l’information, d’autre part.

Prenant la mesure de ce décalage, l’Église encourage depuis quelques années les initiatives qui permettraient de s’adapter aux nouveaux moyens de communication (sites internet, plus récemment twitter, etc.). Pourtant, en-deçà d’une présence accrue sur internet et les réseaux, l’inadaptation de ce grand corps social au monde actuel de la communication se révèle plus évidente que jamais. La raison de cette inadaptation constatée est peut- être à chercher ailleurs que dans une mauvaise utilisation des médias ou un discours inapproprié, plutôt dans la disjonction entre l’ethos communicationnel de l’Église, inspiré par le secret, et les exigences actuelles de transparence de la société en matière de communication.

Si le secret est, par définition, le silence gardé sur une chose, il n’est pas pour autant absence sans trace. Quand bien même il consiste à dérober ou à taire un contenu, il génère des moyens, des actes, une somme de stratégies pour arriver à ses fins de dissimulation qui lui confèrent une forme caractéristique qui le signale à la compréhension et à l’interprétation. Les secrets de l’Église sont réels pour Émile Poulat, « et ils ne sont pas toujours cachés, ou, plus exactement, on peut les cacher sans cacher qu’ils existent » (3). »

Le silence et secret attachés aux actes répréhensibles commis au sein de l’Église ne seraient-il pas d’abord manifestation d’une défense acharnée de son image institutionnelle ? Les victimes les perçoivent comme un mépris conscient ou inconscient de leurs souffrances, voire de leur existence même. L’Église se montre encore aujourd’hui dans l’incapacité de penser que son fonctionnement institutionnel puisse engendrer des victimes, et qu’elle puisse contribuer à les culpabiliser. Ce que nous vivons actuellement est une douloureuse phase de purification… engendrée par le choc de l’idéologie de transparence. L’Église qui a longtemps prétendu purifier le monde est poussée aujourd’hui à la purification par la société elle-même… Cela ne pourra que contribuer à la véracité de son annonce de l’Évangile, à condition qu’elle accepte de reconnaître ce « signe des temps »…

La question n’est donc pas simplement celle de la communication, comme on peut le lire sur le blog de Daniel Murgui-Tomas, consultant en image publique, spécialiste en médias training et formateur en journalisme : « Ce qu’il faut pour l’Église, c’est qu’elle se dote d’outils de prévention, d’anticipation et de pilotage de crise au même titre que les plus grandes entreprises. […] Hélas, je doute que beaucoup d’évêques en aient pris conscience. Dommage, car en matière de communication de crise, il n’y a pas de miracles… » (4). C’est exact, mais ce n’est qu’un aspect de la difficulté. La conversion à laquelle l’Église est appelée est spirituelle : prendre des mesures pour faire passer concrètement le bien des victimes avant celui de l’institution. Et donc retrouver le chemin d’une authenticité où les actes sont en conformité avec le message évangélique : j’étais ta victime et tu m’as soigné…

2. En finir avec l’omerta : endormir les affaires pour protéger l’institution

Beaucoup dans l’Église semblent s’étonner de l’ampleur, encore partiellement connue, des scandales pédophiles au sein du clergé catholique, ou de dérives sectaires au sein de certaines communautés catholiques. Et pourtant, « tout le monde savait »… dit-on, mais la puissance de l’omerta est telle que rien ne pouvait apparaître au grand jour. « Tout le monde savait » est une hyperbole. Car peu de gens savaient réellement : c’était même la condition pour que ces pratiques secrètes perdurent au cœur du système jusqu’à le pervertir de l’intérieur.

Une victime rhodanienne confie : « Les parents eux-mêmes n’écoutent pas. On étouffe ce genre d’affaire car on ne touche pas à l’Église ». Et encore : « Il est dur pour un enfant de parler, surtout s’il n’y a pas d’adulte pour entendre », confirme un prêtre français se disant victime d’attouchements par deux hommes d’Église dans son enfance. « Il n’y a pas que la hiérarchie de l’Église, c’est toute la société qui se tait, poursuit-il, avant de citer le film Spotlight : « S’il faut tout un village pour élever un enfant, il faut aussi tout un village pour qu’on puisse le violer. » Quand des groupes entiers de paroissiens manifestent fortement leur reconnaissance envers un prêtre… mis en cause et présumé coupable, combien de déclarations de compassion font-ils envers les victimes présumées ?

On ne peu que saluer le livre d’Isabelle de Gaulmyn, Histoire d’un silence, qui vient de sortir aux Ed. du Seuil en ce mois de septembre 2016. Rédactrice en chef adjointe à La Croix, elle a fréquenté pendant quatre ans la troupe scoute du père Preynat. Elle dit avoir essayé d’alerter le diocèse dès 2005. « L’incroyable impunité dont a bénéficié le père Preynat est le fait des évêques. Mais le silence est celui de toute une communauté ».

La loi du silence est mafieuse, quand personne ne veut vraiment chercher à savoir. C’est quelquefois une pandémie de mémoires défaillantes qui prétendent n’avoir rien vu, ou avoir agi directement sans le dire, ou ne pas avoir eu la possibilité d’agir… Dans une institution trop fermée, il y a une forme d’autosuffisance protectrice qui apporte l’immunité et les privilèges à la classe des responsables. Cela brise tout simplement la possibilité de la transparence et ferme les accès à la vérité.

L’articulation des deux systèmes judiciaires — ecclésial et civil — dans un pays qui légitime la séparation des deux, l’autonomie des deux, sans que l’un puisse se défier de l’autre, est encore une difficulté particulière. Concrètement, certaines familles victimes de pédophiles renoncent, parce qu’elles sont chrétiennes, à des poursuites devant la justice civile, en se contentant de demander un procès canonique. On a pu lire que la hiérarchie catholique en Irlande ou aux États-Unis avait versé d’importantes sommes d’argent pour dédommager les victimes qui, conséquemment, contribuèrent à une forme de loi du silence pour ne pas porter atteinte à la réputation de l’Église…

3. Sortir de la crise en donnant priorité au soin des victimes

Il suffit, pour comprendre, de donner la parole à une victime.

« Se taire à jamais »… Il faut déjà avoir pu guérir énormément pour pouvoir entendre ça comme victime. Plus encore, il faut pouvoir se mettre dans la peau de quelqu’un qui ne peut pas comprendre, par ignorance, pour pouvoir accepter. C’est hyper violent. C’est ce silence de la honte qui donne tous les pouvoirs aux pervers. C’est avec cela qu’ils jouent et détruisent. C’est par ce genre d’ignorance, inconsciente on l’espère, que les institutions ne bougent pas et laissent le mal se propager. On fait l’autruche. Au moment même, on relativise, on n’y croit pas, on attend que ça passe. Plus tard on dit : « mais pourquoi venez-vous avec ça après si longtemps, c’est malsain ! ». En gros, on dit aux victimes : « taisez-vous, on ne veut pas savoir ». Pas savoir quoi ? Ce que vit la victime de l’intérieur, peut-être plus que tout. Devant le meurtre psychologique qu’elle subit, elle a trois choix : le déni jusqu’au suicide pour ne jamais en prendre conscience ; la folie (délire, psychose, maniaco-dépression etc.) pour ne pas en prendre conscience non plus ; ou l’anesthésie provisoire, donc un déni qui va durer quelques décennies avant qu’elle ait la force de se réveiller. Mais à quel prix, cette troisième et meilleure solution ? Au prix d’une dissociation d’avec soi-même, une absence de ressenti, d’émotions, de sentiments, de liberté intérieure, bref, une vie qui n’est plus réduite qu’à la survie, avec angoisses, crises de panique, automutilation, épuisement chronique etc. Et ensuite, quand le réveil se fait, non seulement on vit la douleur inhumaine du crime, mais en plus, le monde environnant nous blâme pour notre souffrance, ou rejette la faute sur nous, parce qu’on commence à parler : on est donc à l’origine du problème ! Oui, la plupart des victimes retrouvent la force de parler au moment où il y a prescription et sont attaquées alors pour diffamation. C’est la loi de la perversité. Or elles ont le droit, ne fut-ce que d’essayer de comprendre. C’est souvent la seule chose qu’elles demandent. Et elles ne comprendront pas. Car la perversité est l’humain dans sa plus profonde incompréhensibilité. » (5)

La compassion du pape Benoît XVI dans sa lettre de 2010 aux catholiques d’Irlande donne le ton juste que l’Église dans son ensemble devrait adopter par rapport à toute personne victime en son sein, qu’il s’agisse d’abus sexuel ou d’abus spirituel. On aurait aimé retrouver ce ton dans les positions de l’archevêché de Lyon en ce début d’année 2016, mais ce fut en vain. Il est bon de relire cette Lettre :

« Je dois exprimer ma conviction que, pour se reprendre de cette blessure douloureuse, l’Église qui est en Irlande doit en premier lieu reconnaître devant le Seigneur et devant les autres, les graves péchés commis contre des enfants sans défense. Une telle reconnaissance, accompagnée par une douleur sincère pour les préjudices portés à ces victimes et à leurs familles, doit conduire à un effort concerté afin d’assurer la protection des enfants contre de tels crimes à l’avenir. […] Avec cette Lettre, mon intention est de vous exhorter tous, en tant que peuple de Dieu qui est en Irlande, à réfléchir sur les blessures infligées au Corps du Christ, sur les remèdes, parfois douloureux, nécessaires pour les panser et les guérir, et sur le besoin d’unité, de charité et d’aide réciproque dans le long processus de reprise et de renouveau ecclésial. Je m’adresse à présent à vous avec des paroles qui me viennent du cœur, et je désire parler à chacun de vous individuellement et à vous tous en tant que frères et sœurs dans le Seigneur. »

Et les différents paragraphes s’adressent : aux victimes d’abus et à leurs familles, aux prêtres et aux religieux qui ont abusé des enfants, aux parents, aux enfants et aux jeunes d’Irlande, aux prêtres et aux religieux d’Irlande, à mes frères évêques, à tous les fidèles d’Irlande… (6)

3. SE DOTER DE NOUVEAUX OUTILS D’INTELLIGENCE ÉTHIQUE

1. Élargir le débat autour de la prévention

Alors, dire ou se taire ? Dénoncer ou rester complice ? Pour essayer de mieux répondre à la question, il faut encore élargir le débat autour de la prévention, et donc de la dénonciation. La dénonciation éthique, l’alerte éthique, alors qu’elle est sollicitée et bien accueillie aux USA, est souvent assimilée à la délation en France, et étouffée par l’omerta dans certains territoires et dictatures. Je voudrais ici me faire l’écho de la réflexion de Michel JORAS, qui porte sur le monde de l’entreprise : Un certain regard sur le dilemme éthique : dire ou se taire en entreprise (7).

« Face à toute prise de position éthique, trois réactions sont possibles pour tout individu mécontent d’un produit, d’un service, d’une situation : le silence (exit), l’acceptation de l’état des choses (loyalty), la protestation (voice) (Albert Hirschman).

= L’alternative « dire »

L’agent/membre d’une organisation impliquée par des déviances décelées, révélées, supposées pourra et/ou devra « dire », soit au sein même de son organisation (selon les modalités statutaires) ; soit en alertant le niveau hiérarchique dument responsable ; soit en alertant les instances publiques, administratives ou juridiques concernées par la nature de la dérive. Il est naturellement éthique que l’agent ne se laisse pas aller à la délation, répréhensible par le droit, ou de façon biaisée par l’utilisation de réseaux hackers, ou encore en propageant des rumeurs, malgré la réprobation unanime dans nos sociétés de droit.

La dénonciation. Dans le langage usuel la dénonciation serait un acte civil, citoyen, par lequel on signale à une autorité de pouvoir ou de justice qu’une personne physique, un groupe, une personne morale (organisation) peuvent être présumés déviants et/ou coupables et/ou complices de crimes et délits au regard d’un cadre légal de l’ordre public, marchand, administratif ou privé. Toute personne, qu’elle soit employée par une organisation ou qu’elle participe extérieurement à la « chaîne de valeur » confrontée à un dilemme, face à la déviance née de pratiques non-éthiques doit trouver la frontière entre la dénonciation légale et morale, acte citoyen, et la délation.

Sous des appellations diverses (déclenchement d’alerte, whistleblowing, déclaration de soupçon, dénonciation, signalement, avertissement) les dispositifs d’alerte, malgré la difficulté de détecter, mesurer, évaluer une situation, un événement, un projet, peuvent être examinés sous des aspects différents : la dénonciation individuelle des citoyens ; la dénonciation d’un harcèlement sexuel ou moral ; l’alerte professionnelle, la déclaration des dévoiements exigée des agents de l’État, la déclaration de soupçon en matière de blanchiment et de fraude fiscale…

La délation. La délation par contre est une dénonciation par « vengeance, intérêt, vilénie, haine, jalousie », consistant à fournir des informations sur un individu, un groupe, destinées à porter tort. Elle peut être considérée comme criminelle si elle apporte des éléments à une autorité illégitime ou coercitive (trahison, mafia, dictature…). Elle est pénalement coupable si elle est diffamatoire, outrageante, calomnieuse, injurieuse (loi 29.7.1981 et 94).

= L’alternative « se taire »

L’alternative se taire présente un double visage. Soit la personne se tait en transgressant l’éthique et le droit par son silence complice ; soit la personne est soumise à une obligation de silence pour respecter un secret statutaire, le secret de la vie privée, le « secret des affaires » nouvellement institué en France (loi 13/01/2012).

Le silence complice. Contrairement à une pensée populaire, selon laquelle se taire évite souvent de gros soucis, la loi est aux aguets car elle édicte que « quiconque a connaissance de faits délictueux ou criminels est tenu d’en informer la justice sous peine de devenir passible de complicité ». Dans un esprit qui peut paraître immoral, la Douane, la Police et la Gendarmerie en France sont autorisées à rétribuer les services d’un « indicateur ». Le silence, même complice, voire criminel dans certaines contingences, peut aller jusqu’à l’omerta au profit de systèmes mafieux et criminels.

Le silence imposé. Se taire est soit ne rien dire, ne rien divulguer, soit être tenu à une obligation de secret. La nébuleuse du secret comprend en France : le secret de la vie privée, le secret d’État, le secret défense, le secret de l’ordre juridique et de l’instruction des auxiliaires de justice, des jurés, le secret de l’arbitrage, de la médiation, le secret médical, de la confession, des sources des journalistes (4.01.2010), le secret bancaire et notarial, le secret de l’Auditeur mandaté, du Médiateur désigné, et tout récemment le « secret des affaires » pour l’entreprise. En dehors de l’obligation du secret, les obligations de discrétion et de mesure, de réserve s’imposent à tout agent des « personnes publiques » (État et Collectivites publiques).

Le secret de la vie privée des personnages publics. Débordant l’entreprise, un débat récurrent mobilise la presse et les médias sur le respect de la vie privée, et en particulier la vie privée des politiques, et autres personnages publics et sur la dénonciation de leurs mensonges. La France, bien que réticente à la dénonciation, se conforme en principe à la jurisprudence de la Cour Européenne des Droits de l’Homme, qui s’appuie sur l’article 10 de la « convention des droits de l’homme et de la vie privée », et qui permet aux journalistes de « dire » : s’il y a débat d’intérêt général autour de l’information diffusée ; si l’enquête journalistique est sérieuse ; et si l’individu concerné est un personnage public.

= Comment résoudre un dilemme éthique ?

Dans les grandes entreprises et en particulier dans les institutions financières sont désignés des Déontologues ou Compliance officers, des Responsables de la conformité et du contrôle interne (RCCI) et éventuellement y sont institués des comités d’audits ou des comités d’éthique. L’ensemble des ces « évaluateurs des risques éthiques » disposent normalement d’outils d’investigation appropriés à leur organisation et à la sphère d’influence, qui résultent des travaux d’organisations professionnelles ou de centres de recherches des universités et grandes écoles. Voici, à titre d’exemple, la grille de résolution d’un dilemme éthique proposée par l’Université canadienne de Sherbrooke :

* Prendre conscience de la situation : Inventorier les éléments majeurs de la situation. Formuler le dilemme. Résumer la prise de décision spontanée. Analyser les situations des parties impliquées. Énumérer les lois, les normes et les codes impliqués dans la situation.

* Clarifier les valeurs conflictuelles dans la situation : Mener une réflexion critique sur le rôle des émotions. Nommer les valeurs effectivement agissantes. Identifier le principal conflit de valeurs (et les conflits secondaires).

* Prendre la décision morale par une résolution rationnelle du conflit de valeurs : Identifier quelle valeur a préséance sur l’autre dans la situation. Formuler les principaux arguments qui le justifient (principes). Préciser les modalités de l’action compte tenu de la hiérarchie des valeurs. Atténuer ou corriger les inconvénients.

* Mener une réflexion critique de la prise de décision : Critère d’impartialité. Critère de réciprocité. Critère d’exemplarité ».

2. Comprendre que dénoncer, c’est réparer, et donc construire

On pourrait donc s’interroger sur la pertinence pour l’Église de se doter d’instruments d’intelligence éthique, en faisant les adaptations nécessaires à partir de ces outils d’entreprise, au regard de certaines situations graves (abus spirituels, abus sexuels, dérives sectaires, confits d’intérêt) qu’elle a elle-même contribué à créer. Les cellules d’écoute des victimes mises en place dans les diocèses sont un aspect des choses. Les outils d’analyse des situations, permettant de déceler les dérives potentielles et de les prévenir, pour éviter qu’il y ait de futures victimes, est encore un autre aspect.

En effet, bien des questions redoutables se posent. Lorsque la dénonciation est étouffée par le silence complice des responsables, et que la protection des personnes est en jeu, faut-il passer de la dénonciation privée à la dénonciation publique ? Faut-il pour autant l’appeler délation ? Une personne laïque m’écrivait : « Amour OU Vérité, ou Amour ET Vérité ? Il ne peut y avoir de Charité sans Vérité et la Vérité doit être faite dans la Charité. Si tu vois ton frère commettre un péché, tu dois le lui dire, sinon tu participes à son péché. La priorité des priorités est de chercher le Royaume et sa Justice quoiqu’il puisse en coûter. Quand les responsables ecclésiaux n’obéissent pas eux-mêmes à ce devoir de Justice, il est du devoir du simple baptisé de le leur rappeler. Quand après avoir prévenu les autorités de faits graves, ces faits durent, que faut-il faire ? Se taire ou tenter de dire ? Quand il s’agit du bien commun et de dérives qui peuvent en amener d’autres, il est de notre devoir de dire et de prier l’Esprit d’éclairer les consciences ».

Joseph Ratzinger, répondant à Peter Seewald dans « Le Sel de la Terre », au sujet des conflits qui avaient pu émailler son passage à la tête du diocèse de Münich, parlait en ces termes de la mission prophétique de l’Église.

« On parle beaucoup aujourd’hui de la mission prophétique de l’Église. Ce mot est parfois employé à tort. Mais il est vrai, pourtant, que l’Église ne doit jamais pactiser avec l’esprit du temps. Elle doit interpeller les vices et les dangers d’une époque ; elle doit s’adresser à la conscience des puissants mais aussi aux intellectuels, à ceux aussi qui, d’un cœur étroit et tranquille, veulent vivre en passant indifférents devant les misères de l’époque. Comme évêque, je me sentais obligé de remplir cette mission.

En outre, les déficits étaient trop flagrants : découragement de la foi, régression des vocations, abaissement des valeurs morales précisément parmi les hommes d’Église, tendance croissante à la violence et bien d’autres choses. J’entendais résonner à mes oreilles les paroles de la Bible et des Pères de l’Église, qui condamnent avec la plus grande rigueur les bergers qui sont comme des chiens muets et, pour éviter des conflits, laissent le poison se répandre. La tranquillité n’est pas le premier devoir du citoyen, et un évêque qui ne chercherait rien d’autre qu’à éviter les ennuis et à camoufler le plus possible tous les conflits est pour moi une vision repoussante » (8)

Peut-être faudrait-il relire les courants prophétiques de l’Ancien Testament à la lumière des situations d’aujourd’hui, afin d’y puiser quelques lumières ? Habituellement, on ne considère les charismes que sous l’angle de la construction. Or si la grâce du Christ construit, c’est surtout en réparant. Si quelqu’un reçoit un charisme prophétique, il peut être surpris voire choqué, et les autres avec lui, que ce charisme soit apparemment plus réparateur que constructeur. Être fils de l’Église, c’est donc aussi annoncer haut et fort que des choses sont à réparer. La réparation fait partie intégrante de la construction. L’annoncer avec force n’est en rien destructeur (si ce n’est de ce qui est faux), mais éminemment constructeur.

En terminant, je voudrais attirer l’attention sur une étude biblique concernant le binôme « dire ou se taire ? » dans le Nouveau Testament, que j’ai mise en ligne sur le site petiteecolebiblique.fr. Je la conclus en citant le texte d’un évêque italien engagé dans la lutte contre la mafia, Mgr Bregantini, sur les trois aspects de l’évangélisation : annoncer, dénoncer, renoncer. Annoncer l’Évangile, c’est aussi dénoncer les situations d’injustice, et également renoncer en assurant la cohérence de notre vie. « La beauté de ces trois mots – annoncer, dénoncer, renoncer – ne s’affirme que dans le cadre d’une argumentation triple, c’est-à-dire qu’aucun de ces éléments ne peut exister sans les autres. Une bonne annonce engendre une dénonciation claire et une dénonciation claire est crédible si la renonciation est explicite. » (9)

P. Dominique Auzenet, septembre 2016

ANNEXE : UNE QUESTION À PROPOS DU SECRET DE LA CONFESSION

Trois articles du Code de droit canonique concernent le secret de la confession : au canon 983, il est dit que « le secret sacramentel est inviolable ; (qu’) il est absolument interdit au confesseur de trahir en quoi que ce soit un pénitent, par des paroles ou d’une autre manière, et pour quelque cause que ce soit ». Le canon 984 précise que « l’utilisation des connaissances acquises en confession qui porte préjudice au pénitent est absolument défendue au confesseur, même si tout risque d’indiscrétion est exclu ». Enfin, le canon 1388 prévient le confesseur que la violation directe du secret sacramentel entraîne l’excommunication latae sententiae (par le fait même, immédiatement) ; la violation indirecte, une punition selon la gravité du délit.

Le Catéchisme de l’Église catholique écrit : « Tout prêtre qui entend des confessions est obligé de garder un secret absolu au sujet des péchés que ses pénitents lui ont confessés, sous des peines très sévères. Il ne peut pas non plus faire état des connaissances que la confession lui donne sur la vie des pénitents. Ce secret […] s’appelle le ‘sceau sacramentel’(sacramentale sigillum) car ce que le pénitent a manifesté au prêtre reste ‘scellé’ par le sacrement » (CEC, 1467).

Je cite ici Gauthier Vaillant, dans un article de La Croix, sous-titré 4-5 juin 2016 : Canoniquement inviolable même en cas de crime ou de danger, ce secret dit « sacramentel » ne doit pourtant jamais empêcher la Justice de faire son œuvre (12) :

= Est-il un secret professionnel comme les autres ?

[…] La loi française reconnaît le secret de la confession comme un secret professionnel, au même titre que celui auquel sont tenus les médecins ou les avocats. « La révélation d’une information à caractère secret par une personne qui en est dépositaire soit par état ou par profession, soit en raison d’une fonction ou d’une mission temporaire, est punie d’un an d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende », dispose à ce titre le code pénal (art 226-13).

Au niveau anthropologique, droit canon et droit civil se rejoignent dans une même conception du secret comme un élément nécessaire dans les relations humaines. « Le bon fonctionnement de la société veut que le malade trouve un médecin, le plaideur, un défenseur, le catholique, un confesseur, mais ni le médecin, ni l’avocat, ni le prêtre ne pourraient accomplir leur mission si les confidences qui leur sont faites n’étaient assurées d’un secret inviolable », écrivait au début du XXe siècle le juriste français Émile Garçon.

« Le secret de la confession s’appuie sur la liberté de conscience, et donc sur la liberté religieuse, garantie dans l’état de droit, complète le P. Xavier Lefebvre, curé de la paroisse Saint-Louis d’Antin à Paris, qui accueille plusieurs centaines de confessions chaque semaine. Si cette liberté n’était plus garantie, l’État aurait tout pouvoir sur les consciences. Ainsi, même un État laïc peut s’honorer de respecter ce droit. » L’Église explique d’ailleurs la nécessité du secret par « la délicatesse et la grandeur de ce ministère et le respect dû aux personnes » (Catéchisme de l’Église catholique n° 1467). Par « respect », l’Église reconnaît ainsi que la démarche du fidèle qui demande le sacrement de réconciliation est particulièrement intime.

= Y a-t-il des exceptions possibles ?

Il y a pourtant des cas où le secret sacramentel, tout comme le secret professionnel, ne semble pas tenable et paraît devoir être levé. On pense aux cas de crimes, et en particulier, dans le contexte actuel, aux cas de pédophilie. Le droit civil reconnaît d’ailleurs la nécessité, dans certains cas, de lever le secret professionnel. Ainsi, celui-ci ne s’applique pas lorsqu’il s’agit d’atteintes portées à un mineur de moins de 15 ans ou à une personne en situation de faiblesse physique ou psychologique. Mais de telles exceptions n’existent pas, canoniquement. Le catéchisme de l’Église catholique précise bien (n° 1467) en effet, que le secret de la confession est « absolu » et « n’admet pas d’exception ». Il est même précisé une deuxième fois (n° 2490) que « le secret du sacrement de réconciliation est sacré, et ne peut être trahi sous aucun prétexte ».

De plus, « le confesseur n’est pas le maître, mais le serviteur du pardon de Dieu », dit le Catéchisme (n° 1466). Comme dans tout sacrement, le rôle du prêtre est d’agir au nom de Dieu, et non par lui-même. Le secret de la confession exprime également cet effacement relatif de la personne du prêtre, qui n’est que le trait d’union entre Dieu et le fidèle. « Le secret de la confession garantit la liberté de la personne dans sa relation à Dieu. Ce n’est pas au prêtre que parle le pénitent, mais à Dieu lui-même », explique le P. Xavier Lefebvre.

= Que peut faire un prêtre qui entend un crime en confession ?

« Un prêtre qui entendrait en confession un confrère lui confier ses agissements pédophiliques […] n’aurait de choix que de l’inciter à entrer dans une démarche sacramentelle où l’absolution implique pour le pénitent trois conditions : le regret sincère des fautes commises, une ferme résolution de ne plus recommencer, et enfin une réparation des torts commis », affirmait la théologienne et médecin Marie-Jo Thiel en 1999, dans un Documents Épiscopat consacré à la pédophilie (13).

Cela ne signifie pourtant pas l’impuissance du confesseur. « Le prêtre peut tout à fait demander au pénitent, comme acte de réparation, de se dénoncer à la justice, souligne le P. Lefebvre. Un ministre qui entend un criminel doit savoir que le pardon, même divin, n’efface pas la justice. » Face aux récents scandales d’abus sexuels dans l’Église, les évêques français ont rappelé l’obligation faite aux confesseurs d’inciter le pénitent d’aller se dénoncer à la justice. La justice juge en effet le for externe, c’est-à-dire la matérialité des faits, tandis que dans la confession, c’est le for interne qui s’exprime. « Tout chrétien doit faire confiance à la justice et doit accepter d’être jugé sur ses actes », insiste le P. Lefebvre.

Prenant leurs distances avec l’enseignement de l’Église, certains théologiens, comme le franciscain Nicolas Iung, estiment que dans certains cas, le secret sacramentel peut être partagé avec un autre ministre tenu au même secret – ce que permet d’ailleurs le droit civil français. Ainsi, un confesseur pourrait référer à son évêque de choses entendues en confession. Marie-Jo Thiel liste quatre critères pouvant mener à l’envisager : le bien public, le bien de celui qui a livré le secret, le bien d’un tiers innocent, et enfin le bien propre de celui qui a reçu la confidence. Pour Nicolas Iung, briser le « sceau sacramentel » est permis « chaque fois qu’il n’y aura pas d’autre moyen d’éviter qu’un tiers ne subisse injustement un tort sérieux ».

Un avis dont la pertinence ne fait pas l’unanimité. « Quoi qu’en disent les partisans de la suppression du secret, en accusant l’Église de complicité criminelle, il n’est pas si fréquent que les abus sexuels aboutissent au confessionnal car les « délits les plus graves » sont sans doute les moins avoués », écrivait en 2011 le dominicain Joël-Marie Boudaroua. On peut se poser la question : si le secret pouvait être levé, en particulier dans le cadre d’affaires hautement médiatisées, des hommes coupables de crimes continueraient-ils de s’en accuser en confession ? (14)

ANNEXE II : UN BON EXEMPLE DE FAUSSE DÉNONCIATION ÉTHIQUE

« L’Église est un terreau favorable aux manipulateurs ». Un ami (G.B.) me faisait remarquer ce titre d’un article paru sur le site de la Croix (7 nov. 2016), écrit par Céline Hoyeau, en qui interviewe le P. Pascal Ide, de l’Emmanuel, à propos de son dernier livre : Manipulateurs, les personnalités narcissiques, Détecter, comprendre, agir, Éd. de l’Emmanuel. Ce titre, à lui seul, montre une bonne progression des prises de conscience dans l’Église.

Céline Hoyeau pose la question qui fâche… « Comment se fait-il qu’on semble en trouver autant parmi les fondateurs de communautés nouvelles ? » Et Pascal Ide de renchérir : « D’abord on n’en trouve pas seulement là, mais aussi dans les congrégations religieuses, les paroisses, le clergé diocésain… En fait partout où il y a des postes de pouvoir… » Là, peut-être va-t-on un peu vite, on botte en touche. Ensuite : — Q « Certaines de ces personnalités portent du fruit : de nombreuses vocations, un rayonnement de leur prédication, des conversions, etc. N’est-ce pas contradictoire ? » — R « La parole du Christ selon laquelle on juge l’arbre à ses fruits (cf. Mt 7,16) demande que l’on vérifie bien si les fruits proviennent de l’arbre. Prenez l’exemple des Légionnaires du Christ. Le fruit ne vient pas de Martial Maciel, mais des vérités évangéliques qu’il énonçait ».

Sans vérification, la journaliste part de prémisses non vérifiées : il y a de nombreuses vocations, il y a un rayonnement de leur prédication, ils provoquent des conversions. En un mot « certaines de ces personnalités portent du fruit », et le père Pascal Ide l’admet sans discussion. Partant de là, puisqu’on a posé a priori qu’il y a du fruit, il faut bien qu’il vienne de quelque part, il faut en expliquer la source. Ce ne peut quand même pas être les manipulateurs à la tête de ces communautés qui portent du fruit, mais ce sont les vérités évangéliques qu’ils ont énoncées…

Là, ce n’est plus de la pétition de principe, mais de la casuistique ! Donc les communautés fondées ou dirigées par des manipulateurs, des narcissiques, portent du fruit. CQFD. C’est la conclusion rassurante que l’on insinue pour clore l’entretien. Finalement, peuple des baptisés, ne t’inquiète pas s’il y a des manipulateurs dans l’Église puisque, in fine, ils ont énoncé des vérités évangéliques, puisque leurs communautés portent du fruit. Bravo Pascal Ide ! Et tant pis pour les victimes : elles ont trop mangé de fruits.

Ce positionnement est la preuve par neuf qu’on est encore dans l’illusion d’une vraie dénonciation éthique : on dénonce la présence des manipulateurs, mais on tient à prendre acte qu’ils portent du fruit par les vérités évangéliques qu’ils énoncent ! Quant aux victimes… (15)

Notes

(1) Céline Bryon-Portet, La culture du secret et ses enjeux, in la « Société de communication », Quaderni, 75, Printemps 2011. URL : http://quaderni.revues.org/410

(2) Stéphane DUFOUR, Secret, silence, sacré. La trinité communicationnelle de l’Église catholique. ESSACHESS. Journal for Communication Studies, vol. 6, no. 2 (12)/2013: 139-150). Stéphane DUFOUR est Maître de Conférences à l’Université de Bourgogne.

(3) Émile Poulat (2007). L’Eglise catholique, le secret et les sociétés secrètes. Politica hermetica, 21, 13-25.

(4) http://www.laboiteauximages.com

(5) site lenversdudecor.org, 23 mars 2016, 14:20.

(6) http://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/letters/2010/documents/hf_ben-xvi_let_20100319_church-ireland.html

(7) Michel JORAS, Un certain regard sur le dilemme éthique : dire ou se taire en entreprise, Les Cahiers de Recherche, août 2012. Diplômé ESCP — Docteur ès Sciences de gestion — Paris Dauphine. Enseignant-chercheur.hdr, ESCE/Paris — Chaire d’études et recherches en éthique des affaires Vice-président fondateur de l’Académie de l’Éthique

(8) Benoît XVI. Le sel de la terre : le christianisme et l’Église catholique au seuil du IIIe millénaire : entretiens avec Peter Seewald, Flammarion, 2005, page 81.

(9) http://petiteecolebiblique.fr/pdf_peb/024_peb_dire_setaire.pdf

(10) Jimmy Akin. http://www.ncregister.com/blog/jimmy-akin/what-did-jesus-mean-when-he-said-not-to-judge-others-10-things-to-know-and#ixzz2bb6YYsht

(11) http://www.famillechretienne.fr/eglise/vie-de-l-eglise/abbe-fabrice-loiseau-gare-aux-recuperateurs-de-la-misericorde-!-175834

(12) Gauthier Vaillant, Le secret de la confession, La Croix, 4-5 juin 2016.

(13) Lutter contre la pédophilie, repères pour les éducateurs. Disponible sur le site de la Conférence des évêques de France.

(14) Le 1er septembre 2016, un document de la Province de France de la Compagnie de Jésus intitulé « Face aux situations d’abus sexuels – Prévention et actions » précise : « Au cas où le confesseur aurait des doutes sur la ferme volonté du pénitent de se dénoncer, il peut différer l’absolution au moment où la condition de dénonciation sera réalisée »

(15) http://www.la-croix.com/Urbi-et-Orbi/France/L-Eglise-est-un-terreau-favorable-aux-manipulateurs-2016-11-08-1200801669

Ostéopathie

1. Historique

Andrew Taylor Still (1828-1917) est le fondateur de l’ostéopathie. Dans son enfance, il accompagnait son père qui était pasteur méthodiste et rebouteux. Il observait les manipulations empiriques que son père pratiquait. Andrew n’avait pas fait d’études médicales, mais il avait le sens de l’observation : il s’amusait à disséquer des écureuils pour comprendre le fonctionnement de leur squelette.

En 1861, quand débuta la guerre de sécession, Still fut recruté dans l’armée de l’Union et pratiqua une médecine d’urgence, avec les moyens du bord. Ce fut à partir de ces nombreuses observations et expérimentations qu’il mit peu à peu en place une théorie et une pratique. Il pensait que tout déplacement articulaire, même minime, nommé subluxation, peut entraîner des troubles fonctionnels et même des pathologies avérées. Still créa le concept d’ostéopathie en 1855 avec ce postulat : « la structure gouverne la fonction ».

2. Trois concepts fondent l’ostéopathie

* L’être humain est un tout psycho-somato-spirituel. Toute lésion à un endroit du corps peut avoir des répercussions à n’importe quel autre endroit du corps.
* L’être humain possède en lui toutes les capacités à l’auto guérison. L’ostéopathie ne fait que stimuler ces facultés d’auto guérison.
* La fonction dépend de la structure. Si les structures ostéo-myo-articulaires empêchent une bonne vascularisation, il peut s’en suivre une limitation du mouvement ou une immobilisation entraînant l’enraidissement de l’articulation et des tissus péri-articulaires.

Still fonde en 1892 son école : the American school of osteopathie à Kiksvillen dans le Missouri. Un de ses élèves, John Martin Little John, fonde en 1917 la première école d’ostéopathie en Angleterre. Toutes les écoles d’ostéopathie en Europe, quelles que soient leurs divergences, se recommandent de ces fondateurs.

3. Domaine où l’ostéopathie prétend pouvoir intervenir

L’ostéopathie s’est beaucoup diversifiée et prétend pouvoir apporter sa contribution spécifique dans presque tous les domaines de la médecine.
Ainsi, l’ostéopathie se veut intervenir pour les pathologies congénitales, néo-natales, orthopédiques, rhumatismales, traumatiques, neurologiques, psychiatriques, gastro-entérologiques, les pathologies de la sphère uro-génitale, de la sphère ORL, de la sphère broncho pulmonaire…

4. Reconnaissance légale en France

Ce n’est que récemment que l’ostéopathie a été reconnue par le gouvernement français. En voici la définition :

« l’ostéopathie et la chiropraxie constituent un ensemble de pratiques manuelles ayant pour but d’identifier les dysfonctionnements de mobilité du corps et d’y remédier par des techniques appropriées ».

5. Enseignement

Pour les médecins et les kinésithérapeutes, la formation en enseignement théorique et pratique est d’environ 1 200 heures. Pour le titulaire du baccalauréat, elle est de 2 660 heures, soit trois ans d’études.

Depuis septembre 2007, 33 écoles ont été autorisées en France à former et à délivrer un diplôme d’ostéopathie. Dans quelque temps, il s’en trouvera une quarantaine. Ces écoles privées recrutent des élèves ayant le bac et pouvant payer une scolarité coûteuse. Chaque année, 2 000 ostéopathes obtiendront leur diplôme d’ostéopathie (DO). Il n’y aura pas assez de travail pour tout le monde. À titre de comparaison, il y a 40 000 dentistes en exercice en France, avec 1 000 dentistes formés chaque année. Cette multiplication à venir des ostéopathes n’est pas sans poser de sérieuses questions quant à leur volonté d’élargir leur domaine de compétence et de compléter leurs pratiques par des méthodes de moins en moins contrôlables.

L’académie de médecine n’a toujours pas validé l’ostéopathie, émettant périodiquement de sérieuses réserves car aucune étude scientifique sérieuse n’a encore prouvé son efficacité. Cependant, de plus en plus de personnes ont recours à ce type de soins et disent trouver un mieux-être, un arrêt des douleurs, une amélioration de leur mobilité.

5. Il existe plusieurs formes d’ostéopathie

A. L’ostéopathie structurale
L’ostéopathie structurale recouvre toutes les techniques de « reboutage » qui, au fur et à mesure de la pratique et de l’observation, ont donné lieu à des protocoles de manipulations manuelles (parfois différents selon les écoles). Ce sont des gestes secs et précis qui permettent de remettre des vertèbres ou d’autres os qui auraient été déplacés légèrement (subluxation). Ces manipulations peuvent être audibles. On entend un léger craquement. Elles permettent, lorsqu’elles sont bien faites et à bon escient, de récupérer la mobilité des articulations et de faire cesser ou atténuer la douleur.
Un bon praticien va d’abord masser pour détendre les muscles et favoriser la circulation, permettre au patient de trouver un climat de confiance et de relaxation, avant d’opérer le geste sec et précis qui permet la libération de ou des articulations ou des zones douloureuses et coincées.

B. L’ostéopathie fonctionnelle
L’ostéopathe par des gestes précis et doux, amplifie le mouvement de l’articulation en souffrance dans le sens de la non-douleur. Cela permet ensuite une correction douce et spontanée. Les techniques sont dites « directes » quand elles agissent directement sur les os contigus à l’articulation. Elles sont dites indirectes quand elles utilisent un bras de levier.

C. L’ostéopathie viscérale
L’ostéopathie viscérale s’occupe de la « renormalisation » des mouvements des organes internes ou des viscères (foie, estomac, intestins, poumons, utérus) qui seraient perturbés dans leur mobilité. Des tests et des manipulations très douces aident à la recherche des tensions anormales des fascias et ligaments qui suspendent et stabilisent les viscères à l’appareil locomoteur. Pour l’ostéopathie viscérale, il existe un mouvement global ainsi qu’un mouvement propre à chacun des organes internes.

D. L’ostéopathie crânienne
C’est Sutherland (1873-1954) qui, le premier, décrit un déplacement des os du crâne perceptible à une palpation très affinée.
Pour les ostéopathes crâniens, toute diminution, altération ou cessation de la mobilité des os du crâne, peut entraîner des perturbations dans tout le corps. La mobilité des os du crâne serait liée au mouvement respiratoire primaire (MRP), mouvement involontaire dû
– au mouvement du cerveau lui-même dans la boîte crânienne,
– au mouvement du liquide céphalo-rachidien,
– aux tensions réciproques des membranes crâniennes et rachidiennes.
Ces mouvements minimes entraîneraient des mouvements très subtils, mais perceptibles, des os du crâne et du sacrum, et même de tout le corps. En percevant et en accompagnant les zones de blocage et de diminution de mouvement, l’ostéopathe crânien est censé ré-harmoniser les tensions et les disfonctionnements de toutes les articulations et donc procurer un effet bénéfique sur tout l’organisme.

E. L’ostéopathie fluidique est encore plus subtile
L’ostéopathe entre dans l’intimité des mouvements crâniens ou des tissus des organes, des viscères. Attentif au mouvement respiratoire primaire, il va l’accompagner pour aider le corps à s’harmoniser par lui-même.
L’ostéopathie crânienne et fluidique s’intéresse beaucoup à la symphyse sphéno-basilaire, c’est-à-dire au point de jonction entre la base de l’occiput et le sphénoïde.

Prenons connaissance de ce qu’en dit Yves Guillard, dans son livre « L’ostéopathie en douceur » :

« Pendant ses études d’ostéopathie, le praticien apprend à tester les mouvements de la symphyse sphéno-basilaire… Ce test demande bien sûr une grande finesse car il faut « rentrer dans l’inertie des tissus » pour pouvoir les mobiliser. Mais il y a possibilité d’aller encore plus loin : au lieu de chercher à faire bouger le crâne dans le sens du test, il suffit d’imaginer simplement ce mouvement. Et oh surprise ! Le mouvement se fait alors tout seul, mais il est devenu beaucoup plus précis.

Cette capacité d’induire des mouvements extrêmement fins par la pensée est bien connue et elle est utilisée dans d’autres disciplines que l’ostéopathie. Mais elle ouvre la porte à une approche ostéopathique raffinée, agréable, pour le patient comme pour le thérapeute et d’une remarquable efficacité ».

L’ostéopathie, comme beaucoup d’autres thérapies manuelles lorsqu’elles sont pratiquées par des personnes bien formées compétentes et honnêtes, peut permettre un réel soulagement dans de nombreuses pathologies dites fonctionnelles : c’est-à-dire quand la fonction de l’articulation des tissus, des organes ou des viscères, est perturbée. Elle est par contre impuissante quand il s’agit de lésions avérées concernant la structure, notamment les cancers, les maladies dégénératives, héréditaires, ou les traumatismes lésant irrémédiablement telle ou telle partie du corps.

Un même thérapeute peut, en un premier temps, procéder à des approches pertinentes, efficaces et saines. En un deuxième temps, une autre pratique peut s’insinuer insidieusement, moins rationnelle, moins objectivable, qui s’apparente d’avantage au magnétisme ou à la médiumnité. Il ne s’agit pas de dénoncer l’osthéopathie ! Il s’agit d’ailleurs ici de l’osthéopathie fluidique, une branche particulière. Ainsi, Yves Guillard, déjà cité, donne ce témoignage à propos de la qualité de ce toucher hyper léger que l’ostéopathe peut acquérir :

« Peu à peu j’ai allégé mon toucher, ne cherchant plus qu’à induire les mouvements recherchés. Et à ma grande surprise, la sensation est devenue de plus en plus évidente, jusqu’au moment où je me suis rendu compte que mes mains n’étaient plus du tout en contact, mais nous entrons là dans un autre domaine… ».

C’est précisément « ce domaine » qui à la fois doit être l’objet d’une analyse critique sur le plan thérapeutique comme du discernement sur le plan spirituel.

Pour lors, redonnons la parole à Yves Guillard :

« Une autre expérience m’a également marqué et amusé : j’ai eu la chance de travailler pendant deux jours avec un magnétiseur. Cela nous a amené à faire ensemble plusieurs constatations. Nous trouvions à peu près les mêmes zones de lésion, lui en cherchant les régions chaudes et froides, et moi en testant la mobilité des différents diaphragmes. Quand je posais mes mains sur une partie quelconque du corps de mon patient et que mon ami travaillait sur une autre zone, je sentais immédiatement entre mes mains les modifications apportées par son action. Inversement, il ressentait aussitôt toutes les modifications que je pouvais apporter chez le patient. »

La suggestion de l’opérateur peut provoquer concrètement ce qu’il imagine. Pour preuve, voici le témoignage d’un kinésithérapeute en formation d’ostéopathie. Lors d’un exercice, il devait percevoir le mouvement respiratoire primaire crânien. Pour ce faire, il faut poser très délicatement les mains sur le crâne du patient et percevoir les mouvements dans une attitude de grande réceptivité ; cette perception nécessite un climat de relaxation important du thérapeute comme du patient. Dans le témoignage relevé, quelques minutes après le commencement de l’exercice, le patient a déclaré qu’il ressentait des maux de tête dans la région frontale. Le kinésithérapeute a réalisé qu’il était alors en train de rêver : il était au bord de la mer et des vagues venaient se fracasser sur des rochers. Cette expérience a été très troublante pour lui. Son rêve éveillé qu’il n’avait pas contrôlé, avait eu cet effet que lui a révélé le patient. Cela l’a incité à abandonner ce genre de pratique.

Bertran Chaudet

Les soins esséniens

Objet : Demande d’avis sur les soins esséniens

Je me permets de solliciter votre avis sur les conseils d’une amie paroissienne, que vous avez déjà aidée, et qui m’a invité à consulter votre site web suite à une conversation que nous avons eue récemment ensemble.

Voici l’objet de mon questionnement :

L’une de mes amies, avec qui je discute régulièrement de questions de spiritualité, prend depuis quelques années des cours pour donner des soins esséniens. La définition qui est donnée de ces soins sur le site de référence est la suivante :

« Les soins esséniens sont une approche thérapeutique qui utilise le pouvoir guérisseur de la lumière et du son ainsi que le massage de points énergétiques dans le but de maintenir ou rétablir un équilibre harmonieux entre le corps, l’âme et l’esprit. Ces soins agissent en rétablissant la circulation de l’énergie qui a été perturbée par le stress, la maladie, les formes-pensées négatives et les difficultés de la vie quotidienne. »

http://sois.fr/therapie_essenienne/presentation_des_soins_esseniens/

[…]

Récemment, cette amie m’a proposé de me faire l’un de ses soins, afin de parfaire les techniques qu’elle apprend dans ses stages. Comme j’ai beaucoup d’affection et de confiance en elle, j’ai tout de suite accepté cette idée, mais en l’évoquant à mon amie de la paroisse, cette dernière m’a mis en garde contre ces pratiques, en m’avertissant qu’elles pouvaient ouvrir des portes au Malin, et causer des dégâts importants sur ma vie, celle de mes proches et de mes descendants sur plusieurs générations.

C’est fort de cet avertissement et sur son conseil que je me suis rendu sur votre site, en pensant y trouver quelques réponses ou éclaircissements. J’avoue ne pas comprendre quel pourrait être le lien entre ces soins prodigués dans un esprit de bienveillance, et les ouvertures occultes qui pourraient en résulter.

Je n’ai aucun doute sur le fait que le satanisme, le spiritisme, la magie noire ou les sciences occultes sont autant de portes ouvertes vers Satan, et doivent être bannis de notre vie de Chrétien. Cependant, sommes-nous ici dans ce cas de figure ? Comment pourrait-on expliquer que l’action humaine visant le rétablissement énergétique dans le corps d’autrui pour son bien puisse déplaire à Dieu et ouvrir des canaux vers Satan ? Le cas échéant, peut-on s’appuyer sur des bases bibliques qui pourraient en expliquer la cause ?

Aussi, avant d’aller plus loin dans la suite à donner à sa proposition, et connaissant maintenant votre intérêt pour ces sujets, je me permettais de vous envoyer un mail pour savoir si vous aviez un avis sur la question, et si, selon vous, la pratique des soins esséniens et le christianisme pouvaient cohabiter sans faille ou de façon indifférente, ou si au contraire les deux étaient incompatibles. En effet, il me serait fort regrettable de m’adonner à quelque pratique qui éloigne de Dieu, en en ayant été informé préalablement, et avec les éléments de compréhension qui s’imposent.

 

Bonjour…

Vous écrivez avec justesse : « Le satanisme, le spiritisme, la magie noire ou les sciences occultes sont autant de portes ouvertes vers Satan, et doivent être bannis de notre vie de Chrétien. ». Il faudrait ajouter que toutes les techniques énergétiques, quelles qu’elles soient : reiki, soins esséniens, etc. ouvrent vers le monde des ténèbres.

Car vous voyez bien, en fouillant le site d’Anne Givaudan dont vous me faites une citation, qu’on est totalement ailleurs ; on est dans le réseau multiforme du Nouvel Age…

Vous écrivez : « Comment pourrait-on expliquer que l’action humaine visant le rétablissement énergétique dans le corps d’autrui pour son bien puisse déplaire à Dieu et ouvrir des canaux vers Satan ? »Il ne s’agit pas d’une action purement humaine ; à partir du moment où l’on prétend se brancher sur l’énergie universelle, on est exactement dans le même cas de figure que pour le magnétisme, le reiki, ou la conjuration des brûlures… Ça marche tout de suite, parce que ceux qui tirent les ficelles derrière sont les puissances des ténèbres… Vous aurez donc dans un premier temps une sorte d’amélioration et de bien-être, et dans un deuxième temps, une « gamelle », un problème directement spirituel, car vous avez ouvert la porte.

Cette Anne Givaudan a collaboré avec Daniel Meurois ; et la liste des livres publiés par cet homme (dont « Visions esséniennes ») nous donne des nourritures encore plus ésotériques… Un ami écrivait, à la lecture de la 4° de couverture :

«  Nous sommes en plein délire essénien. Pas celui de Ernest Renan dans sa vie du Christ qui disait : « Le christianisme est un essénisme qui a réussi ». En fait là il s’agit d’un syncrétisme caricatural réunissant la kabbale juive et ses sephiroth, et un ésotérisme théosophe avec les chakras et leur purification. Un montage ésotérico mystico nébuleux qui semble faire quelques adeptes. Un délire sur le plan historique et une escroquerie pour le reste. Il y a une médecine essénienne issue de ce délire, particulièrement efficace quand on n’a rien, et toxique si l’on est réellement malade… »

Voyez aussi : http://www.esseniens.com

http://sois.fr

Fouillez les sites, regardez les images, lisez les titres des publications…

Tirez-en vous-même les conclusions.

Bien cordialement.

DA

La violence psychologique

La violence psychologique : un document de travail

Voici un document de travail canadien assez complet : La violence psychologique : un document de travail. Centre national d’information sur la violence dans la famille. Préparé par Deborah Doherty et Dorothy Berglund. Ottawa : Agence de la santé publique du Canada, 2008.

Télécharger le document 

 

Maltraitance psychologique et résilience

Le fonctionnement familial psychologiquement maltraitant

Un travail de Michelle Vanhooland (Université Rennes2)

Télécharger le document.

Voir son livre :

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=35202

 

Les 15 signes avant-coureurs de la violence psychologique

Les manipulateurs ont des comportements qui permettent de les repérer très tôt dans une relation. La victime potentielle peut alors choisir de poser immédiatement des limites ou de quitter la relation.

http://www.mirepi.com/PDF/signesavant.pdf

Le traumatisme psychique

Un livre de M. François Lebigot, Éd. yapaka.be, coordination de l’aide aux victimes de maltraitance. Ce livre traite du trauma sur la base d’une conception non banalisante, telle qu’elle ressort d’une clinique et d’une psychopathologie rigoureuses et émerge d’un intérêt porté au sujet traumatisé plus qu’à ses symptômes.

http://www.yapaka.be/sites/yapaka.be/files/ta_trauma_psychique.pdf

Suicide : l’autopsie psychologique

Véritable méthode d’investigation scientifique s’inscrivant dans le cadre de travaux de recherche, l’autopsie psychologique vise à identifier les facteurs de risque, les événements précipitants ainsi que les interactions complexes entre les différents facteurs susceptibles d’être impliqués dans le geste suicidaire. Son principe repose sur l’analyse rétrospective du parcours psychologique, social et médical de sujets décédés par suicide.

Obtenir une meilleure connaissance des causes de décès par suicide, tel est l’enjeu pour améliorer la prévention du suicide et tel est également l’objectif de l’autopsie psychologique. En France, le suicide est une priorité de santé publique qui a conduit à la mise en place, depuis 2000, d’une stratégie nationale de prévention des actes suicidaires. Développée aux États- Unis et dans quelques pays nordiques, l’autopsie psychologique n’est pour l’instant pas appliquée en recherche en France car il n’existe pas de protocole standardisé.

Un document de l’INSERM

 

Analyse

  1. Connaissance des décès par suicide …………………………………………. 1
  2. Conditions et pré-requis de l’autopsie médicolégale :
    aspects pratiques et juridiques …………………………………………………. 7
  3. Principes et méthodologie de l’autopsie psychologique ……………… 11
  4. Bonnes pratiques cliniques et aspects psychologiques ………………… 21
  5. Considérations méthodologiques et éthiques appliquées

à l’analyse des corrélats biologiques …………………………………………. 29

  1. Estimation des besoins de formation pour la réalisation
    d’autopsies psychologiques ……………………………………………………… 37
  2. Application de l’autopsie psychologique
    aux suicides survenus en détention………………………………………….. 47
  3. Application de l’autopsie psychologique aux suicides
    au cours d’hospitalisations ……………………………………………………… 55
  4. Application de l’autopsie psychologique aux suicides

sur route et dans les transports ………………………………………………… 63

Stress, traumatisme et harcèlement

Une conférence (25 octobre 2001) de Didier ANTHOR, Psychothérapeute, Consultant senior en ressources humaines.

Cet exposé constitue une tentative de précision sur les notions de stress, de harcèlement et de traumatisme ainsi qu’une approche des liens que ces notions entretiennent entre elles.

L’usage des notions

Depuis Saussure, nous savons que le signe linguistique est aléatoire et que de même il y a plusieurs niveaux de langue. Un même mot a plusieurs sens et plusieurs usages avec des publics et des contextes différents. Le mot stress dans un domaine médical va faire référence à dès phénomènes biologiques, avec notamment, la production de substances telles que l’adrénaline, la noradrénaline et le cortisol. Le même mot stress, chez les psychologues va désigner un état psychologique, avec trois phases : la phase d’adaptation, la phase de résistance, la phase de dépassement. Dans le grand public, le stress désigne la pression mentale ressentie dans une situation : par exemple, il est commun de dire « ici tout le monde est stressé ! », « ici on manage par le stress ».

En fait, les trois notions qui nous intéressent (stress, harcèlement et traumatisme) sont passées d’un domaine scientifique à un usage grand public. Il y a actuellement une banalisation de la notion de harcèlement qui sert à la fois deux maîtres : l’intégration dans notre système de connaissance d’un phénomène nouvellement reconnu socialement et une protection contre celui-ci. En affirmant à qui veut bien l’entendre que tout le monde peut être stressé, harcelé, traumatisé, les individus se défendent magiquement, tentent au niveau des mots de nier leur fragilité.

La souffrance et la destruction que représentent ces processus sur les plans psychique et biologique. Chacun de ces processus peut conduire à la mort par pathologie ou par suicide. À la réception téléphonique du centre de prévention, 25 % des appelants confient avoir fait au moins une tentative de suicide. Les psychothérapeutes, accueillent des personnes qui sont hémiplégiques, en énurésie secondaire ou atteints de bien d’autres maux, à la suite d’un harcèlement moral au travail.

Pour avancer dans la compréhension, abordons en premier la notion de stress, sujet principal de l’exposé de ce soir.

La définition du stress

Le stress se manifeste, quand, face à un événement qu’elle considère comme important et comme une menace éventuelle, une personne doit juger de ses ressources personnelles et sociales afin d’être en mesure d’assumer la situation. Il lui faut alors élaborer des stratégies d’ajustement pour en réduire la perturbation ; si la mobilisation des ressources permet de le faire, cela va constituer une expérience positive qui renforce le sujet (c’est un stress normal), dans le cas contraire, cela va introduire un dysfonctionnement chez la personne, qu’elle va traiter grâce à ses défenses habituelles, si le dysfonctionnement s’installe, il va entraîner des pathologies psychiques et physiques (c’est un stress chronique).

Le stress est une réponse non spécifique à la situation ; que l’agent stresseur ou la situation soient plaisants ou désagréables, cela n’est pas important « la seule chose qui compte, est l’intensité de la demande de réajustement ou d’adaptation ». Le stress a trois objectifs : il focalise l’attention, il mobilise les capacités mentales et il incite à l’action. De nature réactionnelle, le stress disparaît lorsque disparaît le stresseur.

Si l’on peut mieux décrire les différents états du stress et voir en quoi le même mécanisme d’adaptation à une situation peut dans certains cas être favorable pour la personne, dans d’autre cas néfaste, on serait tenté de voir dans la situation extérieure au sujet, la cause de cette distinction importante. La tentation est grande ; une typologie des « mauvais cas de figure » pourrait rendre d’énormes services en matière de santé. En réalité, ce n’est pas la situation qui doit être qualifiée de stressante, mais c’est essentiellement l’évaluation subjective faite par la personne qui importe. Il nous faut renoncer ici à une illusoire description objective de faits contrôlables et ayant la même valeur pour tous. C’est toujours de la particularité de la réactivité actuelle de la personne, en rapport avec l’événement, qu’il faut partir pour comprendre ce qui se passe pour le sujet. Ce qui compte ici, c’est premièrement de voir comment la situation est perçue (quels sont les éléments d’information ont été sélectionnés par la personne, quels sont ses moyens de comparaison, en tenant compte de ses capacités physiologiques, cognitives et émotionnelles). et deuxièmement, d’examiner comment la situation a-t-elle été interprétée.

Plusieurs études confirment que c’est le stress perçu par les personnes concernant les événements de leur vie quotidienne et le passé récent qui est le plus prédictif des troubles de la santé psychologiques et physiques ultérieurs, alors que la gravité objective de l’agent stresseur est moins prédictif sur les troubles psychologiques et physiques et ce, avec une grande variabilité d’un sujet à l’autre.

Nous retiendrons la définition de l’agence européenne pour la sécurité et la santé au travail ; le stress « survient lorsqu’il y a déséquilibre entre la perception qu’une personne a des contraintes que lui impose son environnement et la perception qu’elle a de ses propres ressources pour y faire face. Bien que le processus d’évaluation des contraintes et des ressources soit d’ordre psychologique, les effets du stress ne sont pas uniquement de nature psychologique. Il affecte également la santé physique, le bien-être et la productivité ».

Les liens entre stress et harcèlement

Il n’y a pas à confondre stress et harcèlement. Les deux notions ne se superposent pas dans un usage équivalent, mais elles entretiennent néanmoins des rapports entre elles.

Tout d’abord le stress désigne un état psycho-physiologique de l’individu, alors que le harcèlement un phénomène psycho-social, impliquant une dimension relationnelle entre une personne qui subit ce harcèlement et une autre personne ou un groupe de personnes qui mettent en œuvre ce mode de rapport à autrui. D’un côté, dans le harcèlement, on a affaire à une situation globale, d’un autre, dans le stress il s’agit plutôt de la conséquence du premier sur le second (du harcèlement sur le stress), d’un état de réaction adaptative de la personne, mettant celle-ci en défense, quand elle se sent soumise à une agression ou à une menace.

Pour le harcèlement, si l’on se réfère à la définition de la loi sur le harcèlement adoptée en 2002 qui précise : « Art. L. 122-49. – Aucun salarié ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d’altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. » ; la traduction sur le plan psycho­physiologique de l’altération de la santé physique ou mentale consiste, en un premier temps, dans le déclenchement d’un état de stress chez la personne qui subit le harcèlement.

Invariablement le harcèlement moral au travail va engendrer cet état de stress et le prolonger, car harcèlement rime avec durée et répétition. Les effets de ce harcèlement sur la santé de la personne seront comparables à ceux décrits dans la troisième phase de l’état de stress (stress dépassé).

Le harcèlement va produire les désordres sur la santé imputables au stress, mais sans pour autant en constituer une cause spécifique. Par exemple, le « BURN OUT » aboutit aux mêmes résultats que le harcèlement moral, sans y être assimilable. Le stress n’est pas un état pathologique, c’est son maintien de manière forcée pour la personne qui va produire la dégradation de la santé, par le dépassement des capacités d’adaptation du sujet, par l’ouverture d’une crise, par l’épuisement de ses ressources, par l’installation d’une conduite de survie où les défenses engagées peuvent déboucher sur l’instauration d’un état pathologique.

Ce que l’on observe, c’est que le harcèlement va dans une première phase développer l’état de stress, l’aggraver dans ses effets, mais les conséquences mortifères du harcèlement ne peuvent se résumer au seul état de stress.

Il y a un saut phénoménologique fondamental entre stress et traumatisme. La gravité des destructions qu’inflige le processus de harcèlement tient davantage à l’installation d’un syndrome post-traumatique.

Mais avant d’aller plus loin et dans les rapports entre harcèlement et traumatisme prenons quelques instants pour distinguer encore harcèlements et stress.

Dans une première phase, où l’on subit le harcèlement moral, les signes de manifestations sont effectivement ceux du stress.

La différence entre une pression externe et le harcèlement, c’est que celui-ci est un processus qui dure et qui s’aggrave. Si, dans la situation de travail, cela ne dépasse pas cette première production de stress, un repos réparateur à la dimension de l’atteinte suffira à rétablir l’équilibre ; ou bien dans l’organisation du travail, un changement positif des conditions d’activité permettra d’obtenir une amélioration.

Le harcèlement se caractérise par la durée et la répétition que subit la personne, c’est ce qui va faire entrer celle-ci dans une deuxième phase ; les symptômes vont empirer et constituer alors une atteinte durable de la santé de la personne. Aux premiers symptômes, vont s’ajouter d’autres avec notamment l’élévation des troubles neurovégétatifs. À partir de cette deuxième phase, on peut dire que le harcèlement n’épargne personne.

Il y a des différences qualitatives particulières des individus pour résister au stress ; mais le harcèlement lui, fait plier tout le monde.

Il est dès lors difficile de conserver un état de santé et des relations sociales, le harcèlement est aussi un processus d’isolement global, avec l’environnement professionnel, avec l’entourage familial et avec ses propres ressources. Le harcèlement va enclencher le développement de ressources de défense de la personne à un niveau inhabituel.

Dans la troisième phase du harcèlement, c’est l’entrée à proprement parler dans un syndrome post-traumatique qui pose sa marque irréversible au cœur de la psyché de l’individu. Même si on a affaire à un management par le stress, il y a une différence essentielle, car dans ce cas de situation productrice de stress, il n’y a pas d’intentions malveillantes comme dans le harcèlement, ni de développement de relation passionnelle avec tous les sentiments qui l’accompagnent. L’objectif reste alors la production ; alors que dans le harcèlement c’est la soumission qui est visée. Le harcèlement met en œuvre un autre type de rapports à l’autre, c’est l’emprise et le déni d’autrui comme sujet, qui est instauré et c’est cela qui constitue la cause essentielle du traumatisme chez la victime de harcèlement moral, quel que soit le type de harcèlement moral au travail : hiérarchique, par les pairs ou par les subordonnés.

Le harcèlement et le traumatisme

Le harcèlement ne correspond pas au schéma classique du traumatisme où, à un choc, s’ensuit un état traumatique, le harcèlement par sa durée et sa répétition de l’attaque constitue ce que l’on appelle un traumatisme cumulatif : la succession et la potentialisation de mini-chocs conduisent au même état pathologique que celui dû à un seul choc. Bien que le stress puisse conduire à la mort par épuisement progressif, rappelons que ce n’est pas le but premier de ce mécanisme psycho-biologique, mais bien au contraire l’adaptation à situation importante pour l’individu. Le stress est une réponse non spécifique tandis que l’état post-traumatique constitue la mise en place d’un ensemble de défenses comme réponse spécifique à une situation humaine très particulière.

Le traumatisme ne signifie pas, utiliser ses propres défenses, mais plutôt, le dépassement de celle-ci.

« L’angoisse constitue une protection contre le choc (schrek, la peur). Dans la mémoire traumatique, il semble que l’esprit n’ait pas eu le temps de recourir à cette protection et qu’il ait subi, sans y être préparé le traumatisme. Sa reichchutz (sa défense contre les stimulis) est débordée, il se voit frustré de sa fonction principale et primaire, celle d’éloigner les excitations excessives. » 28 février 1919, Lettre E. JONES FREUD

La différence essentielle entre stress et traumatisme, c’est que, le trauma lui, inclut d’emblée pour la personne la rencontre avec sa propre mort. C’est le fait de subir l’impensable qui détruit, de rencontrer une ou plusieurs personnes, qui ont à votre égard une visée destructrice, que celle-ci soit consciente ou non chez l’agresseur. Celui-ci déploie bien souvent, ses capacités pour ne pas être perçu tel quel par l’entourage et ses défenses pour ne pas voir les conséquences de ses conduites. La situation sera plus grave encore, lorsque l’on découvre l’intention meurtrière, que l’on perçoit confusément que l’autre « veut ma propre mort » ; on plonge alors dans un autre monde. La découverte de la haine, chez l’autre, mais aussi chez soi, la saisie dans ses tripes de la violence, fait basculer la personne dans une descente aux enfers. Les victimes entrent dans un fort ressenti de sentiments mêlés de culpabilité, de honte et de peur, surtout, le plus intenable est d’être confronté sans cesse à une perception de l’horreur (l’effroi).

De cette entrée dans le post-traumatique, s’en suit un cortège de symptômes :

La dépression s’installe plus ou moins fortement en fonction de la personnalité, de son hygiène de vie et du soutien de son entourage. Le risque majeur reste le suicide.

Certaines addictions s’installent, avec des dépendances au tabac, à l’alcool et aux toxiques, mais également à certains médicaments psychotropes.

Les troubles du comportement alimentaire se développent aussi.

La pathologie somatique s’aggrave et se multiplie également. Le harcèlement, non stoppé, conduit régulièrement au développement de pathologies chroniques sévères fortement invalidantes, telles que la fibromyalgie, des atteintes cardiaques ou neurologiques.

En plus de ce tableau de dommages subis, le harcèlement va progressivement installer la personne dans ce qui est décrit par le terme d’État de Stress Post-Traumatique (ESPT) ; lequel est bien mal nommé, car il ne s’agit pas de stress, mais c’est la référence américaine en psychiatrie.

Cet état se caractérise par :

– les réactions à l’état de choc (ex : panique, crise d’angoisse…)

– des conduites d’évitement – le simple fait pour la personne harcelée de passer devant le lieu du travail peut provoquer des malaises,

– des pensées intrusives – les événements blessants du harcèlement reviennent continuellement en flash de manière involontaire dans la représentation mentale.

– des somatisations diverses.

Le syndrome post-traumatique est d’une nature radicalement différente du stress. Il pousse la personne vers la mort, par pathologie ou suicide.

Cela pose d’ailleurs un problème de fond pour la santé publique en ce qui concerne le traitement de ce harcèlement ; les victimes sont mal soignées ; c’est le premier risque de survictimation. Cela va de la dénégation de la souffrance « Allez, il faut retourner au travail, maintenant », jusqu’au traitement médicamenteux lourd et inapproprié.

L’expérience de plusieurs années d’accueil des personnes victimes de harcèlement permet d’affirmer que tout harcèlement sérieux doit être pris en charge sur le plan psychologique avec si possible, un psychothérapeute spécialiste en victimologie.

Le harcèlement est un fléau social, son traitement fondamental doit être placé au niveau de la prévention au sein des entreprises et des services, avec une élévation de la conscience éthique dans les relations de travail.

Le harcèlement pose la question du sort de l’humanité, du retour de la barbarie dans notre civilisation dominée par un économique inféodé au financier.

Didier ANTHOR, psychothérapeute, consultant senior en ressources

Le site du Cepvim sur lequel j’avais trouvé cet article n’existe plus. Vous pouvez retrouver Didier Anthor ici.

Pervers narcissiques

Manipulateurs Pervers Narcissiques

Accompagnement des victimes de violence psychologique et de manipulateurs pervers narcissiques, hommes ou femmes. Le site de Geneviève Schmit (sans pour autant adhérer à certaines recommandations de « médecines » parallèles).

http://pervers-narcissiques.fr

 

Les pervers narcissiques : les reconnaître, s’en protéger

Les pervers narcissiques séduisent au premier abord par leur côté charmeur et flatteur, très vite, à leur contact, un malaise s’installe, malaise qui se transforme rapidement en une spirale infernale de culpabilisation et de dévalorisation pour celles et ceux qui vivent à leurs côtés.

Qui sont ces pervers narcissiques ? Pourquoi se comportent-ils ainsi ? Comment les repérer ? Comment s’en protéger ? Est-il possible de leur venir en aide ?

Une émission RCF de 60 mn avec Christophe Medici

https://rcf.fr/vie-quotidienne/les-pervers-narcissiques-les-reconnaitre-sen-proteger

 

 

Les manipulateurs, ils sont partout !

Interview du P. Pacal Ide  au moment de la sortie de son livre Manipulateurs. Les personnalités narcissiques : détecter, comprendre, agir.

On lira avec intérêt l’interviewe menée par Famille Chrétienne ci-dessous.

http://www.famillechretienne.fr/famille-education/psychologie/les-manipulateurs-ils-sont-partout-%21-206685

>>> Qu’il me soit permis de faire une petite réflexion à propos du chapitre sur les manipulateurs dans l’Église. « L’Église est un terreau favorable aux manipulateurs ».

Un ami me faisait remarquer ce titre d’un article sur le site de la Croix, écrit par Céline Hoyeau, qui interviewe le P. Pascal Ide, de l’Emmanuel, à propos de son livre.

Céline Hoyeau pose la question qui fâche… « Comment se fait-il qu’on semble en trouver autant parmi les fondateurs de communautés nouvelles ? » Et Pascal Ide de renchérir : « D’abord on n’en trouve pas seulement là, mais aussi dans les congrégations religieuses, les paroisses, le clergé diocésain… En fait partout où  il y a des postes de pouvoir… » Là, peut-être va-t-on un peu vite, on dirait une esquive.

Ensuite : — Q « Certaines de ces personnalités portent du fruit : de nombreuses vocations, un rayonnement de leur prédication, des conversions, etc. N’est-ce pas contradictoire ? » — R « La parole du Christ selon laquelle on juge l’arbre à ses fruits (cf. Mt 7,16) demande que l’on vérifie bien si fruits proviennent de l’arbre. Prenez l’exemple des Légionnaires Christ. Le fruit ne vient pas de Martial Maciel, mais des vérités évangéliques qu’il énonçait ».

La journaliste  part de prémisses non vérifiées : il y a de nombreuses vocations, il y a un rayonnement de leur prédication, ils provoquent des conversions. En un mot « certaines de ces personnalités portent du fruit » et le père Pascal Ide l’admet sans discussion.

Partant de là, puisqu’on a posé a priori qu’il y a du fruit, il faut bien qu’il vienne de quelque part, il faut en expliquer la source. Ce ne peut quand même pas être les manipulateurs à la tête de ces communautés portent du fruit, mais ce sont les vérités évangéliques qu’ils ont énoncées…

Là, ce n’est plus de la pétition de principe, mais de la casuistique ! Donc les communautés fondées ou dirigées par des manipulateurs, des narcissiques, portent du fruit. CQFD. C’est la conclusion rassurante que l’on insinue pour clore l’entretien.

Finalement, peuple des baptisés, ne t’inquiète pas s’il y a des manipulateurs dans l’Église puisque, in fine, ils ont énoncé des vérités évangéliques qui font porter du fruit à leurs communautés. Blanc seing pour les Communautés nouvelles. Bravo Pacal Ide ! Et tant pis pour les victimes : elles ont trop mangé de fruits.

Manipulation mentale

La manipulation mentale est un phénomène essentiel qui mène à la dérive sectaire. Elle est universellement répandue, et  il est bon de prendre connaissance de ses mécanismes, afin de s’examiner soi-même, et de savoir observer ce qui se passe autour de soi. Nous rencontrons la manipulation mentale beaucoup plus souvent qu’une secte en bonne et due forme !

Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens

Résumé sous forme d’organigramme du livre des psychosociologues Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois, livre devenu un classique incontournable dans l’analyse du phénomène.

Huit critères pour évaluer le totalitarisme idéologique

Le contrôle du milieu

La « manipulation mystique »

L’exigence de pureté

Le culte de la confession

La « Science sacrée »

Le langage codé

La doctrine au-dessus de la personne

Le pouvoir absolu sur l’existence

Sur le site Prévensectes

Les techniques secrètes pour contrôler les forums et l’opinion publique

Techniques pour manipuler les forums sur Internet

Les 25 règles de la désinformation

Les 8 traits d’un désinformateur

Comment repérer un espion

En résumé : 17 techniques pour enterrer la vérité

Lien vers le site

 

Neuro-pirates, neuro-esclaves; l’ingéniérie sociale

L’ingéniérie sociale, planification et modification des comportements humains à des fins de manipulation..  Conférence de Lucien Cerise et Paolo Cioni, organisée par Scriptoblog, vidéo réalisée par l’Agence Info Libre.

Lien vers le PDF de la conférence.

 

L’homme formaté

L’homme formaté. Anti-manuel de manipulation mentale. Hacking Social Blog & Horizon Gull.

Manipulations commerciales, médiatiques et professionnelles.

Lien vers le PDF du livre.

Enfance maltraitée

Pour aider les enfants

Site d’aide aux enfants en difficulté et en situation de handicap en milieu scolaire

Réalisé par Sylvie Castaing, enseignante spécialisée.

http://sylviecastaing.chez.com/maltraitance.htm

 

Un bon site (en anglais) avec sa boîte à outils, concernant la prévention des abus émotionnels et physiques sur les enfants

http://www.eyesonbullying.org/index.html

 

Agir contre le harcèlement à l’école

http://www.nonauharcelement.education.gouv.fr

 

De la maltraitance psychologique à la Bien Traitance, où se situer ?

Voir ce documentais au point par l’association suisse DIS NO, association pour la prévention de la maltraitance et des abus sexuels envers les enfants.