Coaching, développement personnel. La grande illusion

Coach vient du français cocher : celui qui avait pour mission de conduire la diligence ou le char à banc d’un point précis à un autre. Aujourd’hui, les passagers de ces coachs sont plutôt des otages qui ne savent plus ni d’où ils viennent ni où ils vont. Cet article se voudrait se faire mouche du coach !

Fouette cocher

Il existe en France une centaine d’écoles de formation au coaching. Mais les certifications de ces écoles ne sont reconnues, dans la plupart des cas, que par elles-mêmes.

Le champ de ces formations semble sans limites. Coach mental, esthétique, santé, stratégie nutritionnelle, sport, amour conjugal, sexualité épanouie, gestion du stress, gestion des conflits, en entreprise, gestions des émotions, du rangement, du jardinage, du jogging, du maquillage, jusqu’aux conseillers funéraires…

Maîtres mots

Pas de souci. Profite. Enjoye. Sois toi-même. Épanouis-toi.

Ce sont des mots ou des injonctions que nous ne cessons d’entendre aujourd’hui et qui pourraient résumer l’objectif du coaching ou du développement personnel. Le carpe diem, profite du moment, des hédonistes en est la priorité et la finalité.

Ces nouveaux Narcisse contrôlent leurs propres images retouchées sur les miroirs de leurs comptes facebook, tweeter…, tentant d’obtenir le maximum de like. Ils ont besoin du regard d’autrui pour donner du poids à leur (in) consistance.

Pour cela il faut apprendre à positiver toujours et partout, quelles que soient les circonstances ou les événements, entrer de manière volontariste dans la pensée positive ; soit dit en passant, une pensée qui positive plus qu’elle ne pense.

Les coachs brouillent les concepts, emploient des mots génériques mal définis, dans leurs conseils pour gagner en joie, en paix, en assurance, en sérénité, en performance.

Julia de Funès rappelle qu’en philosophie, la tendance à privilégier la réalité des mots sur la réalité des choses s’appelle le nominalisme. Alors que la pensée philosophique réaliste préfère un réel douloureux à une illusion réconfortante. Ainsi Albert Camus écrivait : « Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde.[1]»

Finalité

Coaching et développement personnel se présentent comme des approches nouvelles qu’il s’agit d’expérimenter sans tenir compte ni de l’expérience ni de la sagesse de ceux qui nous précèdent, ni des valeurs reçues et à transmettre aux futures générations.

Quand effectivement chaque individu se prend pour le centre, le roi du monde, nous pourrions remplacer, dans ce constat de Tocqueville, le mot démocratie par développement personnel :

« Non seulement la démocratie fait oublier à chaque homme ses aïeux, mais elle lui cache ses descendants et les sépare de ses contemporains ; elle le ramène sans cesse vers lui seul et menace de le renfermer enfin tout entier dans la solitude de son propre cœur.[2] »

L’immédiateté de la sensation prend le pas sur la réflexion, l’élaboration d’une pensée, la raison.

« La fidélité, l’effort ou le devoir, présupposant l’idée de temporalité, de prolongement dans le temps et de dépendance à l’égard d’autrui, deviennent des valeurs décadentes.[3]»

Les nouveaux maîtres à penser ne sont plus ni les instituteurs laïcs et républicains qui enseignaient chaque matin une leçon de morale, ni les prêtres directeurs de conscience qui indiquaient une bonne orientation pratique de vie, mais les coachs et thérapeutes en tout genre.

« La discipline d’hier, censée remettre sur le « bon » chemin les individus, se voit remplacée par le développement des capacités de l’individu. Si tout est désormais du ressort du sujet, c’est à ses capacités qu’il faut s’en remettre. La question de l’individu souverain n’est plus seulement « ai-je le droit de faire ceci ou cela ? », mais « suis-je capable de le faire ? » : « Si comme le pensait Freud : « l’homme devient névrosé parce qu’il ne peut supporter le degré de renoncement exigé par la société [4] », il devient déprimé parce qu’il doit supporter l’illusion que tout est possible. Cette illusion est celle que véhiculent bon nombre de coachs et d’ouvrages de développement personnel. [5] »

Tomi Ungerer

Voici ce que peut dire un coach : « Si seulement nous pouvions voir autrement le réel, notre vie irait bien mieux. » Il s’agit donc de se persuader que nous pouvons changer le réel par des exercices appropriés. Quelle illusion ! Alors que la tradition classique philosophique ou spirituelle nous invite sans cesse à nous convertir au réel. « Les évènements sont nos maîtres », disait Bossuet. L’illusion de la toute-puissance narcissique est de croire que nous pouvons maîtriser tous les événements.

Historique

Émile Coué

Émile Coué en 1922, avec sa fameuse méthode prétend que la répétition mentale incessante de « Tous les jours, à tout point de vue, je vais de mieux en mieux » a un effet bénéfique automatique. Les Américains qui lui ont réservé un accueil triomphal ont été les premiers à développer le concept de pensée positive. En 1936, Dale Carnegie publie How to win friends and influence people. Comment gagner des amis et influencer les gens. Il y élabore un programme de développement personnel pour prospérer dans le monde des affaires.

Dale Carnegie

À partir de 1962, l’institut d’Esalen en Californie, berceau de la psychologie soi-disant humaniste et du mouvement du potentiel humain, devient le cœur de toutes méthodes de développement personnel et de toutes ses dérives potentielles : de la méditation transcendantale à l’élaboration psycho spiritualisante de l’ennéagramme jusqu’à la méditation de pleine conscience[6].

Richard Bandler et John Grindler surfent sur cette tendance à trouver la performance maximum pour enrichir toutes ses potentialités et créent la PNL ou Programmation Neuro Linguistique[7].

Raison du succès

Nos sociétés de consommation ont suscité des individus qui ont le besoin addictif d’assouvir immédiatement leurs besoins, de se débarrasser de toute gêne le plus rapidement possible. Aussi toutes formes d’autorité, de dogme, de morale deviennent des limites insupportables. Les traditions, l’inscription dans une histoire, la filiation parentale sont alors à rejeter comme autant de carcans et d’entrave à l’épanouissement personnel. Ainsi les coachs parlent-ils, non pas de savoirs théoriques ou de sagesse pérenne qui nécessiteraient un long apprentissage, mais d’expériences à réaliser instantanément.

Eckart Tolle

Le record mondial dans ce domaine appartient à Eckart Tolle dont le livre Le Pouvoir du moment présent publié en 1997 aux Etats-Unis, devenu un best-seller et traduit en 33 langues, a été vendu rien qu’en Amérique du Nord à plus de 4 millions d’exemplaires. Ses émissions sur le web ont touché environ 35 millions d’internautes. Son fond de commerce se résume à ceci : comment être plus heureux, plus apaisé et comment réussir dans la vie. S’il n’est pas le premier à théoriser sur le sujet, il a le soutien, pour ce succès planétaire, des grands médias et de l’inévitable Dalaï-Lama. Ses conseils sont un mélange de pseudo science, de poncifs New Âge, et de spiritualités de supermarchés. De fait les techniques de Tolle sont des techniques suggestives conditionnant ceux qui s’y adonnent à vivre une forme d’hypnose anesthésiant et pasteurisant les inévitables aspérités de l’existence.

Raphaëlle Giordano

En 2017 paraissait le livre de Raphaëlle Giordano, se présentant comme coach de vie certifiée, Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en a qu’une, 735 400 exemplaires vendus. Elle se dit certifiée par la Coach Académie accréditée par qui et comment, le mystère demeure aussi épais que celui des Toltèques.

L’ouvrage de Don Miguel Ruiz, Les Quatre Accords Toltèques, Ed. Jouvence, est également sur le sujet, un des livres les plus vendus en France. Voici les promesses qu’il tient sur sa quatrième de couverture : « Les Quatre Accords proposent un puissant code de conduite capable de transformer rapidement notre vie en une expérience de liberté, de vrai bonheur et d’amour. Le monde fascinant de la Connaissance véritable et incarnée est enfin à la portée de chacun. »

Thomas d’Ansembourg

Le développement personnel devient pour ces auteurs une planification comportementale, une programmation de conduites où, sous prétexte d’épanouissement, liberté et spontanéité sont contraintes. Aujourd’hui près d’un tiers des Français lit chaque année un livre sur le développement personnel, selon une étude du Centre national du livre paru en 2017, avec un chiffre d’affaires de 53 millions d’euros. Cessez d’être gentil, soyez vrai, de Thomas d’Ansembourg (environ 200 000 exemplaires vendus). Les Cinq Blessures qui empêchent d’être soi-même, de Lise Bourbeau (environ 600 000 vendus).

Lise Bourbeau

L’omniscient et désormais expert en développement personnel, Jacques Attali a publié le livre Devenir soi qui s’est écoulé à 100 000 exemplaires.

Jacques Attali, du haut de sa tour d’ivoire de l’oligarchie mondialiste, conseille le vulgaire apprenti au bonheur de ses conseils déconnectés de l’humble réalité : « À condition de le vouloir vraiment, de prendre le temps d’y réfléchir, il est possible, où que l’on soit, qui que l’on soit, de faire le métier dont on rêve, d’apprendre ce que l’on veut apprendre, de choisir librement son apparence, ses amours, sa sexualité, son lieu de vie, sa langue, de trouver et d’assumer qui on est vraiment.[8] » Quel déni de la réalité de la majorité des homes et des femmes à travers l’histoire jusqu’à aujourd’hui ! Quel mépris de la douloureuse condition humaine ! Et quelques pages plus loin : « Pour vous débrouiller, pour réussir votre propre vie, ayez confiance en vous. Respectez-vous. Osez penser que tout vous est ouvert. [9] »

Le Devenir soi de Jacques Attali dont le sous-titre est « Prenez le pouvoir sur votre vie ! », serait-il le nouveau et réel opium du peuple ? Se placer ainsi au centre de tout et ouvrir tous les possibles est le propre d’une illusion narcissique sans borne ou pour le dire autrement, c’est acquiescer et se rendre disponible à la promesse du serpent : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » (Gn 3, 4-5). Ces fallacieuses promesses de l’instantanéité à être libre et heureux, d’avoir pouvoir sur sa vie, font plonger dans un mystère de désincarnation.

Moyens

Il s’agit de se concentrer sur soi, d’expérimenter, de s’initier afin, pourquoi pas, de devenir coach soi-même, et d’avoir cette apparente finalité altruiste d’aider les autres à son tour. « Tout ce qui tend à la jouissance facile, en l’éloignant de la rigueur nécessaire et inscrite dans la temporalité, l’emporte nécessairement. [10] »

Voici quelques titres qui en disent long sur la légèreté des programmations proposées :

« La vie en 12 leçons », « La confiance en soi en 3 semaines », « perdre du poids en 10 jours », « méditer 5 secondes par jours », « La culture générale en 5 minutes » Etc.

Les méthodes employées par les coachs sont structurées en niveaux ou degrés d’initiation.

Il s’agit moins d’acquérir une connaissance de soi véritable, que d’obtenir un comportement conforme aux conseils prodigués, par une programmation ou plutôt de reprogrammation engendrant de véritables réflexes conditionnés, à la manière des chiens de Pavlov, réagissant de manière automatique à des stimuli.

Ainsi toute action ou réaction jusqu’aux sentiments les plus intimes, aux états d’âme peut être séquencée, analysée, calibrée, mesurée pour mieux les contrôler. Il s’agit de privilégier l’apparence plutôt que l’essence, ce que nous voudrions être en oubliant ce que nous sommes. À force de vouloir chasser le naturel ou de le contraindre, nous obscurcissons la réalité de notre personne. Ces contraintes et programmations rendent notre relation à nous-mêmes et aux autres impersonnelles, désincarnées.

Les concepts qui sous-tendent ces moyens sont toujours flous. Verbiage de mots consensuels jamais définis, de logorrhées hypnogènes dits avec une suave onctuosité. Voici un exemple parmi tant d’autres : « C’est seulement lorsque nos corps mental, émotionnel et physique seront à l’écoute de notre Dieu intérieur que notre âme sera totalement heureuse. [11] »

Les conseils donnés par les coachs sont normatifs et contraignants. Après avoir dit ce qu’il convient de faire ou de ne pas faire, et les avoirs mis sous leur influence, ces conseillers incitent paradoxalement leurs clients à n’avoir confiance qu’en eux-mêmes.

Nous sommes bien loin de la connaissance de soi chère aux philosophes et à la tradition spirituelle chrétienne. Le développement personnel n’a rien d’un développement, car il est régressif, il entraîne à s’isoler dans une bulle, sorte de matrice confortable et indifférenciée. Il n’a rien de personnel, car il est constitué de conseils, d’injonctions, d’exercices impersonnels qui permettraient d’obtenir automatiquement le résultat voulu. Si cela ne marche pas, vous n’avez en prendre qu’à vous-mêmes et non pas à la méthode et encore moins au coach.

Julia de Funès remarque pertinemment :

« La connaissance de soi suppose une rigueur langagière et conceptuelle, un élargissement par rapport à soi-même et un travail maïeutique. La rigueur des concepts faisant défaut, la concentration narcissique étant de mise, et les recettes toutes faites, délivrées par un tiers, le développement personnel abouti à une méconnaissance absolue de soi-même. La rencontre avec soi-même initialement promise est ratée. L’effet obtenu est inversement proportionnel à la promesse de départ. [12] »

Méditation, coaching et développement personnel

La méditation a le vent en poupe, elle se vend bien. C’est un paradoxe, comment est-il possible de vendre de la méditation ? Serait-elle devenue purement technique ? Effectivement, elle se vend comme une forme de coaching ou de méthode de développement personnel.

Ainsi, Andy Puddicombe, après un parcours pour le moins atypique, accidenté gravement, globe-trotter en Asie, moine bouddhiste, acrobate de cirque, a enfin trouvé sa voie avec la création du site internet Headspace et de ses dérivés, avec le cadre publicitaire Rich Pierson. Grâce à une interface ludique, d’une durée d’une minute à plus d’une heure, selon, il donne des conseils pour toutes les situations : de la peur de prendre l’avion à la gestion de deuil, ou du stress de la déclaration fiscale… Leur mission affichée est aussi simple que prométhéenne : « Améliorer la santé et le bonheur du monde ». Une voix qui se veut bienveillante chloroforme l’adepte. Depuis sa création en 2010, l’application mobile Headspace a été téléchargée plus de 54 millions de fois dans 190 pays.

Headspace est concurrencé sur ce marché juteux, 2000 applications ont été créées depuis trois ans aux États-Unis avec un chiffre d’affaires de 1,2 milliard de dollars[13]. Dans cette bataille rude, les moyens employés ne doivent rien aux techniques pacifiques de méditation. Entre Headspace et Calm, une autre application créée par deux créateurs de jeux vidéo et publicistes, les couteaux sont tirés.

La France n’est pas en reste, deux polytechniciens sont à l’origine de Petit Bambou. L’application au début gratuite pour les huit premières séances, devient payante quand le client est accroché. Elle est devenue une PME de 14 salariés avec 3,4 millions d’utilisateurs.

Notre docteur es colibri Pierre Rahbi, après avoir prêché le développement durable, la décroissance, la culture biologique mode agrobiodynamique[14], selon les principes ébouriffants de Rudolf Steiner, a eu la complaisance de beaucoup de plateaux télé. Aujourd’hui, il coache des chefs d’entreprise, sur ce qui serait une manière plus douce de gérer personnel et société. Grâce à cette vague très tendance actuelle, ses rémunérations ne sont pas en décroissance !

Spirituellement

L’illusoire épanouissement personnel devient l’équivalent actuel du salut, une imposture.

La personne qui s’adonne consciencieusement aux exercices proposés crée son propre enfermement. En pensant maîtriser ses émotions, son comportement, ses peurs et finalement toute sa vie, elle ligote sa spontanéité et son libre arbitre. Son lien social devient progressivement évanescent, sans parler de solidarité ou de politique au sens noble du terme, pour y substituer un nombrilisme quasi religieux. Sa relation à elle-même, aux autres et à Dieu est vampirisée par des protocoles contraignants, obnubilant tout son être.

Sournoise manipulation qui donne l’illusion d’une libération alors que tout l’être est sous emprise. Derrière une apparence lisse, paisible et de maîtrise de soi en toutes circonstances, se cachent en fait des états de conscience que l’on retrouve en sophrologie ou en méditation de pleine conscience : une insensibilité, une distance, une indifférence aux êtres et aux choses où la confrontation à la réalité heureuse ou malheureuse de l’existence est anesthésiée, et où le sens du péché a disparu. Puisque, le pratiquant de ces méthodes peut arriver à tout maîtriser, le Christ Sauveur de notre humanité blessée n’est plus recevable. Les mystères de la Croix, de la souffrance et de la mort disparaissent. L’Espérance en la Résurrection n’a plus lieu d’être. Les chrétiens qui souscrivent avec constance et application à ce type de pratique aboutissent, sans toujours le vouloir ni le savoir, à une forme d’apostasie.

Bertran Chaudet, oct. 2019.


[1]Albert Camus, « Sur une philosophie de l’expression » Poésie 44, in les Essais, Gallimard, coll. « Bibliothèque de La Pléiade », 1984.

[2] Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, II.

[3] Julia de Funès, Développement (im) personnel. Le succès d’une imposture. Ed de L’Observatoire août 2019. p. 29.

[4] Sigmund Freud, Malaise de la civilisation, PUF, 1986, p. 44.

[5] Julia de Funès, Développement (im) personnel. Le succès d’une imposture, op. cit., p. 35.

[6] Voir les articles sur le site sosdiscernement.org

[7] Voir les articles sur le site sosdiscernement.org

[8] Jacques Attali, Devenir soi, Fayard, 2014, p. 151.

[9] Ib. p. 153.

[10]Julia de Funès, Développement (im) personnel. Le succès d’une imposture, op. cit., p. 55.

[11] Lise Bourbeau, Les cinq blessures qui empêchent d’être soi-même. Pocket, 2015. p. 15.

[12]Julia de Funès, Développement (im) personnel. Le succès d’une imposture, op, cit.,  p. 108.

[13] Artcle du Point 2454 du 12 décembre 2019, Ce PDG fait méditer la planète.

[14] Voir les article sur sosdiscernement.org

Qui est vraiment Allan Kardec ?

Une suite de vidéos due au travail de l’Association de Recherches et d’Investigations « LACAZE-FRANCE », Généalogistes-Chroniqueurs, Spécialisés dans l’Histoire ancienne de PARIS et de la FRANCE au XIXème Siècle.

« Nous pouvons dire qu’elle est la première du Genre, c’est à dire autre que toutes celles mises en place par les Associations Spirites en Général, que vous pouvez consulter également sur le Web. Notre Biographie est le fruit de Recherches et Investigations dans diverses Archives Historiques de la Capitale notamment, mais pas seulement. Elle est sérieusement exécutée, soyez- en assurés. Il est bien évident et vous l’aurez compris, que les Informations que vous lirez de notre part, sont différentes des Affirmations Spirites. Cela vous permettra de faire une Comparaison et surtout une idée Personnelle de ce que fût réellement ce Personnage. Vous le comprendrez tout au long de nos 5 Chapitres et 5 Episodes, que nous sommes en train de remettre en place d’ici la fin de cette année. Nous insistons sur le fait que les Principaux Responsables du Spiritisme, ont la parfaite connaissance de ce qui va être évoqué dans ces Chapitres. »

Chindaï et emprise mentale

Il aura suffi de quatre mots, assénés avec un sourire narquois, à un moment crucial de ma vie, après quatre ans de flou, pour que les fêlures et failles deviennent des abysses. Des abysses qui ont laissé passer une lumière si grande, que je ne pouvais plus ignorer les parts d’ombre qui me faisaient m’interroger depuis quelque temps déjà...
Témoigner sur l’emprise mentale est une démarche difficile.
D’abord parce qu’il faut revenir sur cet épisode de sa vie, ce qui nous conduit d’une certaine manière à le revivre. Également, parce que ce n’est pas quelque chose de flatteur, et qu’en général, on a tendance à vouloir laisser derrière ce qui nous a blessés. Enfin, dans le cadre de l’emprise, il faut savoir qu’il y a une part de risque sur les représailles encourues.
Mon témoignage à visage découvert, cinq ans après l’avertissement reçu à ma sortie (« Fais bien attention à ce que tu fais »), est le fruit d’une longue réflexion nourrie par plusieurs invitations à témoigner sur cette expérience trop souvent méconnue et mal comprise car peu relatée.
Comme il faut comprendre l’avant pour comprendre l’après, voici une brève idée de mon profil.

Témoignage

Issue d’un foyer assez classique, d’un père agnostique et d’une mère très croyante, partageant des valeurs de servi- ce, j’ai grandi avec la notion de mission et de dévouement. Orpheline de père jeune adulte, j’ai été fragilisée par la perte brutale de celui qui était mon repère et mon protecteur. A sa mort, ayant à cœur de vivre des choses authenti- ques, je saisis l’opportunité de vivre à l’étranger, au service d’une cause qui m’est chère : l’œcuménisme, en Ukraine, et ce pendant trois ans.

A mon retour d’Ukraine, j’ai continué à servir cette cause en Belgique. Après six ans de loyaux services satisfaisants de part et d’autre, arriva un tournant. C’est là, vulnérable, que je fis cette mauvaise rencontre qui changea le cours de ma vie.

Le cadre de la rencontre avec cette personne en charge de me recruter est révélateur et important, car c’est tristement un religieux en qui j’avais confiance qui me l’a présentée. Je ne me suis donc pas méfiée. Cela pose la question de la responsabilité de la recommandation. La personne en question semblait enjouée, sérieuse, et convaincue de son propos sur cette association. Basée à Perpignan, présentée comme étant à vocation humanitaire avec un fonds d’interreligieux, elle prône « un retour à des valeurs élevées » et met en avant un outil dit de non-violence : le « CHINDAÏ », dont est dérivée « une méthode d’éducation à la non-violence ».

Étant à un tournant, ayant besoin de nouveauté, je pris le pas d’essayer ce qui paraissait anodin et inoffensif. La directrice m’a rapidement laissé entendre au stage que je pouvais jouer un beau rôle dans leur association, que j’y avais ma place, que je pourrais m’y développer. Comme ma mission pour l’Ukraine prenait fin, et comme de surcroît je pensais avoir rencontré l’amour au sein de ce mouvement, l’étau s’est resserré, et je fus piégée sans même m’en rendre compte.

Ce grand bouleversement me fit passer le personnel pour la première fois de ma vie devant le professionnel. Je suis donc partie au Canada, rejoindre dans son pays, « S », celui qui allait devenir mon mari et le père de mon fils.

Au fur et à mesure, on me confiait des missions (bénévoles bien sûr) de plus en plus importantes, on me mettait de plus en plus dans le secret des arcanes. Il faut savoir que dans toute secte il y a des niveaux et des cercles. Des ni- veaux de compétences et des cercles de confidentialité. Au plus on monte, au plus on est au fait des grands secrets : de connaissance, du « programme » et « du plan ». Les sectes ayant une nature en général ésotérique, il est souvent question de connaissance supérieure et d’accès à des mondes parallèles.

Toutefois, la connaissance qui m’était présentée ne m’intéressait pas plus que cela, car j’étais déjà habitée par une foi profonde qui me suffisait. En outre, elle était en contradiction avec celle que j’avais portée dans mon cœur depuis petite.

Les trois points qui ont fait grandir en moi les doutes, et les failles causées par certaines incohérences (notamment les « montagnes russes » : éloges et réprimandes publiques à l’encontre de certains membres, en public toujours) n’étaient pas d’ordre intellectuel mais émotionnel.

Comme la raison est souvent hypnotisée, seul le cœur, aussi anesthésié soit-il, peut un jour déclencher le rejet de l’emprise. Tous les spécialistes le disent : c’est au cœur du cœur que survit et jaillit la conscience de la vérité. Si vous connaissez de potentielles victimes d’emprise mentale (pervers narcissique ou sectes), parlez à leur cœur, sans asséner vos vérités, mais en leur posant des questions et en leur témoignant simplement votre amitié, votre amour, votre soutien…

Voici les trois points :

Foi : Premièrement, je ne pouvais pas accepter l’idée assénée qu’il y ait plusieurs maîtres ; car pour moi, chrétienne, le seul messie est Jésus. Je crois en Dieu, je n’ai pas de maître à penser et crois viscéralement au droit de ma liberté de conscience, comme en celle d’autrui.

Plan de vie : Deuxièmement, je refusais le journal des mauvaises nouvelles, qui a vocation à nous enfermer dans la conviction de l’avènement proche de la fin du monde. J’ai un trop grand instinct de vie.

Finances : Enfin, comme il s’agissait de me faire lever des fonds pour l’association, j’ai commencé à légitimement poser des questions sur les entrées, les sorties, sur les histoires des vies que nous changions positivement par les fonds perçus. La destination des fonds restait opaque, on ne me parlait que d’une personne au Brésil dont la vie était améliorée, aucune présentation des comptes n’était faite à l’écrit, même aux A.G. Si les objectifs d’entrée étaient bien chiffrés, les sorties étaient du plus grand flou.

Deux poids, deux mesures. Voilà le début de la faille. Le double langage, l’écart entre le discours et l’action. Notez l’un, observez l’autre.

Je compris progressivement que l’on me manipulait pour m’éloigner de mon ex-mari, car les couples n’étaient pas censés être autorisés. Évidemment … A deux on est plus forts ! Mais c’est sans compter la nature humaine, l’instinct, pour ne pas dire le cœur. J’étais très loin de me douter de ce qui se tramait dans mon dos, sans doute depuis le dé- but. J’étais devenue trop gênante. Je posais trop de questions, j’en faisais trop à ma tête et risquais d’en éveiller d’autres.

Quittée du jour au lendemain avec un bébé de 13 mois, je vis la directrice, chez elle, à son bureau, prendre un malin plaisir à signer son forfait – car tout malfrat veut tirer la gloire de son coup. Il veut signer son œuvre, il révèle à la victime que c’est lui le bourreau.

En entendant ses paroles à mon égard, abasourdie, « je t’ai fracassée », je vis tout le film des quatre dernières années se dérouler à l’envers, et toutes les questions trouver réponses.

A ce moment, je comprends le puzzle. Je comprends la supercherie. J’ai mal. C’est un cauchemar. Comment ai-je pu me tromper à ce point ? Être aveugle à ce point ? Comment personne n’a rien vu, rien dit sinon ma mère ? Pourquoi suis-je assise, là, devant quelqu’un qui a ruiné des années de ma vie ? Et la suite… quelle sera-t-elle ? Et mon tout petit … ?

Mais toutes les impressions qui me gênaient prennent un sens.

J’arrête tout. Je prends du recul en silence. Je cherche le dialogue avec celui qui m’a brisé le cœur. Il est déjà braqué, persuadé que je travaille « pour l’autre côté ». Je le confie à plus grand que moi, l’univers, Dieu. Je ne peux plus rien pour lui, sinon être le meilleur de moi, libre, pour qu’un jour peut-être il comprenne que je ne suis pas ce qu’on lui dit de moi, que la vérité n’est pas dans ce mouvement et ce qu’est la liberté.

Je confie mon bébé à des amis de mes parents, je pars loin et prends un temps de recul, en monastère, au désert, en silence.

Je prends conseil auprès de mon père spirituel et de son supérieur.

Je reçois de très bons conseils. Le premier me guide sans cesse : ne jamais laisser la peur être le moteur d’une action. En outre, dans un souci de vérité et lucidité, on me recommande de dénoncer ce que j’ai annoncé naïvement comme étant juste. Je dois informer les personnes à qui j’ai présenté cette association que je ne leur ai pas dit la vérité, malgré moi.

C’est une démarche difficile, humiliante, mais libératrice. Je me sens lavée, rendue à moi-même.

Peu me croient, beaucoup sont effarés devant mes révélations. Personne n’a vu, compris, saisi, mesuré l’ampleur de la tromperie. On me regarde parfois avec pitié, dédain, quand j’ai soif de compassion féminine, de réconfort humain, de noble et vaillante protection masculine, d’aide au discernement, pas à pas. Seule, avec mon pitchoun, je vois les rares fidèles, et suis étonnée de qui me soutient au réel. Je rencontre de nouvelles personnes, ceux et celles qui connaissent le sujet. Ces personnes m’ont gardé la tête hors de l’eau, elles m’ont donné l’air qui fait que je respire encore.

J’ai contribué, au civil et au religieux, dans l’ombre, à un travail d’information, d’éclairage, pour dire la vérité dans l’humilité et l’humiliation. Difficile mais salutaire, ce travail m’a fait rencontrer des personnes merveilleuses dont je ne soupçonnais pas l’existence. J’ai découvert également que la France dispose d’un dispositif unique au monde : la Miviludes. Cette mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires travaille directement avec le Premier Ministre. Elle est au-dessus de tous les ministères. Elle fait un travail remarquable.

Ce que je révèle semble si éloigné de la face présentée, l’enseignement secret est si farfelu, mais les spécialistes entendent mon propos et comprennent autant ce que j’ai vécu que ce que je révèle et ce que je vis en profondeur.

C’est bien ce qu’il faut comprendre ! La face cachée est monstrueuse. L’envers du décor est défiguré. C’est la partie cachée de l’iceberg, et ce double visage, ce double discours sont le propre de la secte comme du pervers narcissique.

Je prends un risque non estimable en parlant, car nul ne connaît la portée de ses actes à l’instant où il les pose ; mais j’en prends un plus grand encore en ne parlant pas, parce que je ne suis pas seule : j’ai un enfant de six ans aujourd’hui dont l’avenir moral, mental, intellectuel, physique, émotionnel est en jeu.

Comme je ne veux plus jamais entendre la phrase « on sait mais on ne peut rien faire, faute d’information », je décide par la présente en mon âme et conscience de signer mon témoignage de mon nom.

Je ne sais pas ce qu’il adviendra, mais je sais que je peux me regarder en face, et j’invite toute personne victime de dérive sectaire à oser se rapprocher de la Miviliudes et/ou l’UNADFI (Union Nationale des Associations de Défense des Familles et de l’Individu).

J’espère que ceux qui me liront comprendront qu’il ne faut pas enfermer une personne dans une case, ni l’enfermer dans une expérience.

Nos vies sont plus que la somme de nos vécus.

Je suis plus que mon vécu. Je suis plus que cette expérience malheureuse. Je suis, comme chacun, tout ce que je suis appelée à être et tout ce que je suis en train de devenir. Il ne faut pas résumer une personne à une expérience, ni même à ses choix. Il faut, je crois, placer en cette personne l’espérance du salut, et, pour les non croyants, l’expérience du progrès.

Soljénitsyne, prix Nobel de la Paix, rescapé du « premier cercle » de l’enfer du goulag soviétique, disait : « l’homme n’a d’autre choix que d’aller toujours plus haut ». Je le crois. Mes parents se sont rencontrés en montagne et m’ont fait progressivement aimer la cordée, le sens et le goût de l’effort – individuel et collectif, la rareté de l’air, sa pureté comme la lenteur du pas qui permet, en sagesse et par-delà les risques inhérents à la marche en haute montagne, d’accéder aux sommets.

Les pierres sur le chemin sont des amies. Et si parfois elles peuvent nous faire trébucher, elles peuvent aussi parfois nous faire monter.

Je tiens à exprimer ma profonde gratitude à ceux et celles qui m’ont aidée sur ce laborieux chemin. Je remercie bien évidemment la Miviludes, l’UNADFI et Mgr Alain Planet— responsable de la Cellule pour les dérives sectaires dans des communautés catholiques— pour son travail et sa prise de position sur le sujet en juin 2016 ; ainsi que le cardinal Jean-Pierre Ricard, Mgr André Marceau et Mgr Norbert Turini pour leur clairvoyance et écoute, et le Père Félix Baudoin pour son soutien.

J’aimerais inviter chacun à prendre soin de ceux et celles qu’il aime, de son entourage proche. Avant de nous construire ou reconstruire, essayons de ne pas nous laisser trop abîmer, voire détruire.

Marie-Aude Tardivo

Tiré du bulletin du Service Diocésain Croyances et Déviances, Le Secthoscope, n° 146, octobre 2019.

Kabbale, mythologie, ésotérisme chrétien

Madonna, Leonardo Di Caprio, le couple Beckham, Mick Jagger
et plus récemment Juan Branco figure autoproclamée des gilets jaunes, portent au poignet un fin bracelet de fil rouge qui indique leur adhésion aux pratiques de la kabbale. Avant de le mettre, il faut procéder à un rituel magique consistant à tourner sept fois le fil rouge autour du poignet gauche en récitant une prière hébraïque. Ce bracelet noué, doit être gardé entre 28 jours et 7 semaines, et il faut renouveler ensuite l’opération. Il est censé apporter
magiquement abondance et notoriété.
La kabbale, chemin d’initiation ésotérique, voire occulte,
réservée à quelques disciples de rabbins adeptes de jonglerie avec les mots hébraïques, les lettres et les chiffres, est devenue une tendance à la mode.
Ces approches ne sont pas nouvelles. La Renaissance
redécouvre le néoplatonisme et la kabbale pour élaborer une connaissance syncrétiste des mystères du monde. Aujourd’hui le New-Age s’inscrit dans une approche similaire quand elle ne s’en nourrit pas directement. Astrologie,tarots, alchimie, Rose-Croix,Théosophie, Franc-maçonnerie puisent à ces mêmes sources.
Après un court rappel historique, nous nous focaliserons sur
quelques écrits d’Annick de Souzenelle qui fonde ses enseignements sur la kabbale.
Voici quelques éléments de réflexions, qui loin d’être
exhaustifs peuvent permettre de discerner et d’observer l’incompatibilité fondamentale entre cette dialectique ésotérique et la Révélation chrétienne.

Origine de la kabbale

« Kabbalah en hébreu, signifie enseignement, doctrine que l’on reçoit, c’est-à-dire que l’on admet sans examen, avec une foi entière, d’une autorité digne de toute confiance. Ce terme vient de kibbel…, qui signifie recevoir et s’applique à celui à qui Dieu révèle une vérité, ou bien au disciple qui reçoit de son maître une doctrine quelconque. »[1]

Nous devons cette définition de la kabbale à David Drach (1791-1865), fils de Rabbin et Rabbin lui-même, féru d’étude biblique et talmudique. Il se convertit au catholicisme et prit le nom de Paul-Louis-Bernard Drach à son baptême. Il fut bibliothécaire de la Congrégation pour la propagation de la foi à Rome.

La racine du mot KBL signifie en arabe : Il a accepté quelque chose de quelqu’un qui lui enseignait.

Drach exposa, fidèle à une certaine tradition remise en cause aujourd’hui, les origines de la kabbale : « Les Docteurs de la Synagogue enseignent d’une commune voix que le sens caché de l’Écriture fut révélé sur le Sinaï à Moïse, qui initia Josué et ses autres disciples intimes ; que cet enseignement occulte se transmettait ensuite oralement de génération en génération, sans qu’il fût permis de les mettre par écrit. »[2]

Au premier siècle avant J.-C., la Kabbale était connue sous le nom de Merkaba ou char de Dieu. Le concept de la Merkaba tire son origine du premier chapitre du Livre d’Ézéchiel. Le prophète y décrit sa vision du chariot de Dieu tiré par le Tétramorphe qui passe devant lui. « J’ai vu : un vent de tempête venant du nord, un gros nuage, un feu jaillissant et, autour, une clarté ; au milieu, comme un scintillement de vermeil du milieu du feu. Au milieu, la forme de quatre Vivants ; elle paraissait une forme humaine. Ils avaient chacun quatre faces et chacun quatre ailes. Leurs jambes étaient droites ; leurs pieds, pareils aux sabots d’un veau, étincelaient comme scintille le bronze poli. Des mains humaines, sous leurs ailes, étaient tournées dans les quatre directions, ainsi que leurs visages et leurs ailes à tous les quatre. Leurs ailes étaient jointes l’une à l’autre ; ils ne se tournaient pas en marchant : ils allaient chacun droit devant soi. La forme de leurs visages, c’était visage d’homme et, vers la droite, visage de lion pour tous les quatre, visage de taureau à gauche pour tous les quatre, et visage d’aigle pour tous les quatre. Leurs ailes étaient déployées vers le haut ; deux se rejoignaient l’une l’autre, et deux couvraient leur corps. Chacun allait droit devant soi ; là où l’esprit voulait aller, ils allaient. Ils avançaient sans s’écarter. Ils avaient une forme de vivants. Leur aspect était celui de brandons enflammés, une certaine apparence de torches allait et venait entre les Vivants. Il y avait la clarté du feu, et des éclairs sortant du feu. Et les Vivants s’élançaient en tous sens : leur aspect était celui de l’éclair… » (Ez 1, 5-14).

Cette Merkaba deviendra une référence essentielle de la mystique juive.

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Le Nouvel Âge a pénétré dans l’Église catholique

Photo : pont d'Asnières-sur-Vègre (72), reconstruit en 1806.

Les adeptes du Nouvel Âge ou New Age représentent une nébuleuse de courants allant de l’écologie à toutes les méthodes de développement personnel, d’une politique globale à l’épanouissement le plus égotique. Les perspectives se veulent holistiques, du microcosme au macrocosme, englobant le psychologique, le somatique et le spirituel. L’univers aurait une conscience qui lui est propre, à laquelle il faudrait se relier pour être en harmonie avec soi-même, avec les autres, avec la nature et avec le cosmos. Ce monde d’énergies communiquerait avec l’homme pour peu qu’il développe ses intuitions et ceci par ses propres expériences ou par l’initiation de ceux qui se prétendent initiés.

Coach, gourou, accompagnateur, psychothérapeute, chamanes… agissent au sein de formations aux compétences autoproclamées et imbibent le marché du bien-être, de la guérison ou de la réalisation de soi. Il s’agit d’épanouir tous les aspects de son être, d’échapper à notre finitude existentielle, à tout ce qui empêcherait une quête de bonheur tel qu’il est imaginé. Tout ce qui fait obstacle à l’épanouissement au développement de l’intuition doit être éliminé. Il faut donc pour y parvenir, nettoyer, guérir, purifier, harmoniser, exorciser, libérer dans tous les méandres de la mémoire personnelle, familiale, collective, culturelle, voire, mais ce n’est pas encore parvenu dans les milieux catholiques, dans les vies antérieures.

Une prolifération incontrôlée de formations, de sessions, et autres « séminaires » a déferlé dans la société, l’Église catholique n’étant pas en reste. Centres spirituels, communautés religieuses, centres diocésains, mais aussi collèges, lycées, et même écoles primaires, se sont trouvés investis par cette vague. Semaines, week-ends ou soirées de guérison sont apparus aux quatre coins de la France catholique. L’ennéagramme, la sophrologie, la méditation de pleine conscience, la PNL — Programmation Neuro Linguistique —, La CNV — Communication Non Violente —, entre autres, ont reçu la bénédiction de quelques évêques et ont pénétré dans les sphères catholiques de tous les diocèses de France. Nombre diocèses investissent dans de grands rassemblements de jeunes conditionnés par effets sonores et visuels à l’instar des concerts de trance music[1]. Il est intéressant aussi d’étudier les sources des nouvelles « techniques » d’évangélisation, comme les Cours Alpha, et les formations proposées aux prêtres, parmi les jeunes ou les plus dynamiques, utilisant le management et le marketing à l’anglo-saxonne, comme Pasteurs selon mon cœur.

Mais ce bien-être tant désiré personnellement peut entraîner des ruptures de relation entre enfants et parents entre conjoints et à tous les niveaux relationnels, car il faut bien désigner un ou plusieurs responsables à son mal-être. Tout ce qui produirait de mauvais souvenirs, de mauvaises vibrations, d’ondes inharmonieuses, d’ondes négatives doit être éliminé. Le moi est au centre et doit trouver son exaltation de bonheur. Ainsi son prochain peut être néantisé. Effectivement le prochain devient l’autre qui doit trouver sa propre voie, ça le regarde, ce n’est pas mon problème. C’est alors que ces dérives personnelles deviennent sociétales.

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Médiumnité et bouddhisme tibétain

La personne qui donne ici son témoignage a pris conscience de l'interaction entre des liens occultes dormants présents dans sa vie depuis son enfance, et un cheminement de dix années en tant qu'élève d'un maître bouddhiste tibétain qui a contribué efficacement à l'ouverture des portes de la médiumnité. 
Elle nous dit son parcours, les phénomènes occultes paranormaux qui se sont développés et ont pourri sa vie. Suite à un accident, elle a fait une expérience spirituelle forte qui l'a remise sur le chemin de Jésus, par Marie.
Cela pourra aider des personnes qui vivent quelque chose de similaire : elle souligne à quel point il convient d'être déterminé dans le combat spirituel, pour vivre une totale libération. Je cite juste cet extrait :

J’ai décidé de demander au Seigneur de me délivrer et de me prendre toutes ces capacités de médiumnité et de guérison. Je l’ai supplié en pleurant de m’en délivrer. Je lui ai promis de mener le combat spirituel nécessaire avec son aide et de m’abandonner totalement à lui et à son amour car lui seul est mon unique sauveur. Il faut être très déterminé et avoir vraiment la volonté de quitter tout ça, de le perdre. J’ai dû aussi voir ce qui pouvait m’en empêcher, être un frein (sentiment de puissance, orgueil, sentiment d’être une personne particulière…) et confesser tout ça devant le Seigneur, ce qui n’est ni facile, ni agréable mais nécessaire… J’ai dû apprendre aussi à m’abandonner plus au Seigneur, en confiance et à le laisser oeuvrer …« Mes portes se ferment » peu à peu et je perds effectivement ces perceptions.

Témoignage

J’ai reçu une éducation catholique plutôt solide dont le parcours m’a amenée jusqu’à la confirmation. Mais lors de mes études à l’Université, j’ai commencé à être dans une certaine forme de recherche spirituelle autre que celle que j’avais reçue étant enfant. Suite à la perte d’un proche très croyant et auquel j’étais très attachée, je suis entrée dans un rejet absolu de Dieu, j’avais beaucoup de colère contre lui. J’ai même essayé de me convaincre qu’être athée serait plus simple (la souffrance peut vraiment nous pousser dans les extrêmes…) … J’ignorais que cette quête de l’absolu dans laquelle j’allais me lancer à corps perdu durant des années, n’était en fait qu’une recherche désespérée de Dieu. Je pensais qu’il m’avait abandonnée et je ne pouvais pas à l’époque, reconnaître que c’est lui que je recherchais désespérément, trop occupée que j’étais à le rejeter…

Je suis alors devenue l’élève d’un maître bouddhiste tibétain durant 10 ans. J’ai appris les yogas internes et les circulations d’énergie, la méditation et toutes sortes de rituels avec des visualisations, des invocations de divinités, des répétitions de mantras propres au bouddhisme Vajrayana . J’étais une disciple très proche de mon maître, je l’assistais et je le suivais partout… Il voyait en moi « son héritière spirituelle ». C’était un discours qu’il me tenait très souvent et qui ne m’a vraiment pas aidée à ne pas développer de l’orgueil. J’ai eu beaucoup de mal à trouver ma place dans ce groupe qui était très fermé et fonctionnait sur les bases du secret (secret des initiations données par le maître). En effet beaucoup de gens qui le fréquentaient étaient en plus portés sur le New-âge et toutes sortes de pratiques occultes, ce qui ne m’intéressait pas car cela contribuait à créer des confusions dans mon chemin spirituel.

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Jean-Guilhem Xerri : le processus d’emprise

Le psychanalyste Jean-Guilhem Xerri reçoit des religieuses qui ont été victimes d’abus de la part d’hommes d’Église et intervient régulièrement auprès des supérieures majeures. Pour que de tels actes soient possibles, explique-t-il, l’abuseur a besoin d’un groupe, d’une communauté qui lui donne autorité.

Lire l’article sur le site du journal La Croix

J.-M. Verlinde parle de la Méditation de Pleine Conscience

  1. Elle suscite aujourd’hui un véritable engouement. Un état des lieux.

2. Les origines de la méthode, en Occident comme en Orient.

3. La notion d’enstase. Comparaison avec l’Incarnation du Verbe de Dieu en Jésus-Christ venu épouser notre humanité jusque dans ses souffrances

4. Le passage de la sérénité naturelle à la paix qui vient de Dieu et réponse aux questions.

Prière de délivrance et psychologie

L’intervention de Sr Magali Raoul (médecin) lors du Colloque sur la Délivrance (2017); organisé par la Communauté du Chemin Neuf. Ses distinctions permettent de sortir des mélanges psycho-spirituels dont on a dû payer les pots cassés… Sur cette question, c’est l’un des textes les plus pertinents que j’aie lus.

« En contexte chrétien est “spirituel” ce qui relève en nous de l’action de l’Esprit Saint. Certes, l’Esprit parle à notre esprit et il est parfois difficile de distinguer dans le concret de nos vies ce qui relève de son action et ce qui est le fruit de notre psychisme. Les mystiques l’ont fait avec grand soin. Quand ils étaient sujets de phénomènes qui les surprenaient – les extases par exemple – ils se sont efforcés de discerner, d’une part ce qui pouvait être le reflet de la fragilité de leur psychisme ou de leur corps, d’autre part la présence de Dieu, qui était d’un autre ordre. Une guérison psychique n’est pas une conversion spirituelle, même si elle peut la favoriser. Cette confusion entre spirituel et psychique se double plus ou moins d’une confusion entre sagesse et sainteté. Or, on peut rester psychiquement fragile, inhibé, complexé et cependant devenir un saint, car la charité est d’un autre ordre. » (Michel Rondet, s.j.).

Délivrance : bibliographie

Ce livre est le fruit d’un colloque organisé par la Communauté du Chemin Neuf en 2017. On peut visionner les videos des interventions ici.

Plusieurs des chapitres, fruits des interventions, sont remarquables.


Soeur Marie-Ancilla propose une réflexion sur les ministères de guérison et de délivrance, issus des milieux pentecôtistes et introduits dans l’Eglise par le Renouveau charismatique. Sont-ils un don du Saint-Esprit à l’Eglise ?

Ce livre est très différent du précédent, et pose aussi de vraies questions. On peut en lire des extraits ici. Sr M.-Ancilla réagit contre les mélanges psycho-spirituels qui sévissent toujours aujourd’hui…