L’homme et son corps dans la tradition patristique

Saint Irénée et saint Justin (II° s.)                                                                                       

Dans la tradition patristique, nous nous référerons principalement à Saint Irénée, et à saint Justin, pour plusieurs raisons. Saint Irénée (130-202) originaire de Smyrne, né dans une famille chrétienne, a été nourri de la pensée biblique. La communauté de Smyrne après celle d’Éphèse a reçu directement les enseignements de saint Paul et de saint Jean. Il a vu et entendu Polycarpe, disciple direct de saint Jean, et a été nommé évêque par lui. Smyrne, ville d’Ionie a été le berceau de la philosophie grecque dont saint Irénée fut imprégné.

Justin (+ 165) est le premier philosophe d’origine païenne à avoir exercé, après sa conversion au Christ, une profonde influence sur la pensée chrétienne. C’est le saint patron des philosophes.

L’usage pertinent et limpide de la raison donne à saint Justin et saint Irénée des clefs pour discerner entre les méandres tortueux des doctrines gnostiques qui pullulaient à leur époque. En fidélité à la Tradition apostolique, leur sens aigu du réel et leur clarté de pensée nous sont toujours précieux et d’une actualité saisissante, gnose et New-Age ayant bien des points communs.

Ainsi concernant l’homme et son corps, saint Irénée ne cesse de nous rappeler : « L’un des buts premiers de l’incarnation du Verbe de Dieu a été et reste toujours celui de nous révéler la vérité par et dans sa chair. Par son incarnation c’est-à-dire par et dans sa chair, le Christ ne nous a pas simplement rachetés, avant tout il a d’abord voulu nous révéler la Vérité reçue par Lui d’auprès du Père et ensuite nous communiquer sa vie. »[1] L’importance de l’incarnation, du corps est première, le christianisme est par essence la religion de l’incarnation. Toute la première tradition chrétienne de Rome nous l’atteste, de saint Irénée à saint Clément de Rome, de saint Justin, au magnifique petit traité apologétique dont l’auteur est inconnu : À Diognète. Dans la mouvance de la tradition d’Antioche chère à l’orthodoxie, de saint Ignace d’Antioche à saint Polycarpe disciple de saint Jean et saint Théophile d’Antioche, tous fondent leur théologie sur l’incarnation de Jésus vrai Dieu et vrai homme. Ces premiers Pasteurs sont obéissants en tout point aux Écritures Saintes. De plus ils enseignent sous le contrôle et la confirmation de la tradition apostolique de l’Église.

« Depuis ton plus jeune âge, tu connais les Saintes Écritures : elles ont le pouvoir de te communiquer la sagesse, en vue du salut par la foi que nous avons en Jésus Christ. Toute l’Écriture est inspirée par Dieu ; elle est utile pour enseigner, dénoncer le mal, redresser, éduquer dans la justice ; grâce à elle, l’homme de Dieu sera accompli, équipé pour faire toute sorte de bien » (2 Tm 3, 15-17).

C’est ainsi que saint Irénée affirme : « Il faut nous réfugier auprès de l’Église, nous allaiter de son sein et nous nourrir des Écritures du Seigneur. Car l’Église a été plantée comme un paradis dans le monde. ‘Tu ne mangeras pas du fruit de tous les arbres du paradis’ dit l’Esprit de Dieu. Ce qui veut dire : Mange de toute l’Écriture du Seigneur, mais ne goûte pas à l’orgueil et n’aie nul contact avec la dissension des hérétiques. »[2] Pour la Tradition biblique et apostolique, l’origine de la création de l’univers est ex nihilo per Verbum, in Spiritu, c’est-à-dire : Dieu le Père aidé de ses deux mains, son Verbe, le Christ, et son Esprit Saint a créé le monde et tous les êtres sans exception. Ainsi que le proclame saint Jean : « C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui » (Jn 1, 3). Dieu a tout créé.

 

Réincarnation et Immortalité

La réincarnation n’est pas envisageable dans la tradition de l’Église. Le credo proclame la résurrection de la chair et la vie éternelle.

Saint Irénée est formel : « Le Seigneur a parfaitement enseigné que les âmes demeurent sans passer par d’autres corps ; elles gardent même telle quelle la caractéristique du corps auquel elles sont adaptées, et elles se souviennent des actes qu’elles ont posés ici-bas et qu’elles ont cessé de poser… Les âmes demeurent, elles ne passent point en d’autres corps… »[3]

« Pour la Tradition apostolique les hommes possèdent donc une âme qui survit à la mort de leur corps. Par contre, pour elle, les âmes, comme toute créature, sont temporelles et de ce fait, en dehors d’une union libre et aimante à Dieu et son éternité, appelées à connaître la dissolution. Là encore Justin et Irénée sont les plus abondants et les plus caractéristiques sur ce point. Les deux, en effet, ont eu à lutter contre la problématique : « corps corruptible/âme incorruptible », prônée soit par les païens hellénisants, soit par les gnostiques. » (Père H.Lassiat. L’actualité de la catéchèse apostolique, Éd. Présence, 1979, p.91).

Les âmes possèdent une nature qui survit à la mort de leurs corps. Cependant les âmes pour la Tradition apostolique sont temporelles, et par conséquent elles sont appelées à connaître la dissolution, si elles ne demeurent pas dans une union libre et aimante avec Dieu qui seul est incréé et éternel.

C’est une différence fondamentale avec la pensée des gnostiques et celle du New-Age actuel pour qui l’âme serait de l’ordre d’une énergie immortelle. Confondre l’âme immortelle en Dieu, de tradition biblique et de l’Eglise, avec l’énergie du ki du chi ou du prana qui s’il elle existait serait passagère est une source de grave confusion. Les Pères de l’Église et Saint Irénée précisent que l’existence et la vie ne sont pas inhérentes à la nature de l’âme. Ils veulent alors, dans leur contexte historique sans doute parler de la psychè (l’homme composé tripartite, corps, psychè, esprit). « Ce n’est pas de nous ni de notre nature que vient la vie. Mais elle nous est donnée selon la grâce de Dieu. » [4]

Saint Justin ne dit pas autre chose : « Pourtant l’âme est vivante, personne ne peut le nier. Si donc elle est vivante, ce n’est pas parce qu’elle est vie, mais parce qu’elle bénéficie de la vie. L’âme ne participe à la vie que dans la mesure où Dieu veut qu’elle vive. »[5] Et saint Irénée d’insister : « C’est pourquoi celui qui garde le don de la vie et rend grâce à Celui qui le lui a donné, recevra aussi la longueur des jours pour les siècles des siècles. Mais celui qui rejette ce don, qui ne témoigne qu’ingratitude, pour l’existence reçue et qui refuse d’en reconnaître le Donateur, celui-là se prive de la durée pour les siècles des siècles. »[6]

Ainsi pour Saint Irénée l’âme est capacité à recevoir l’existence et la vie[7]. Voilà l’enseignement qu’il tire de la création de l’homme en Genèse 2, 7 : « Alors le Seigneur Dieu modela l’homme avec la poussière tirée du sol ; il insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant. » La poussière désigne le corps et le souffle de vie, l’âme. Le corps est animé par l’âme. « Car de même que le corps animé par l’âme n’est pas lui-même l’âme, aussi longtemps que Dieu le veut ; de même l’âme n’est pas VIE elle-même, mais participe à la vie donnée par Dieu. » [8]

En affirmant que l’homme est âme en même temps que corps, les Pères de l’Église se sont opposés au matérialisme ou au naturalisme qui réduisent l’homme à sa seule réalité physique ou biologique, et au spiritualisme selon lequel le corps serait un tombeau qui emprisonne l’âme (doctrine de Pythagore reprise par Platon et actuellement par les théosophes et autres rosicruciens). Grégoire de Nysse souligne, à la suite de l’anthropologie biblique, l’unité du composé humain dès la conception : « ni l’âme ne vient avant le corps ni l’inverse. » [9] L’âme et le corps sont distingués sans être séparés, unis sans être confondus.

(La médecine occidentale moderne soigne de manière naturaliste non pas des personnes, mais des corps ou des organes morcelés et réduits par le biais d’analyse à des séries de chiffres. Une médecine basée sur une anthropologie chrétienne, en tenant compte des dernières découvertes de la science médicale, devrait considérer le patient dans sa réalité humaine totale.)

L’identification entre l’âme et le souffle de vie chez les gnostiques, ou dans la conception orientale du prana, est l’objet de toutes les confusions, de toutes les illusions et au pire, de toutes les supercheries.

Car ce prana, cette énergie vitale nécessaire à la vie, ferait des êtres humains, mais aussi de tous les êtres vivants dans la métempsychose, un prolongement direct de Dieu et leur conférerait l’éternité. Or saint Irénée et la jeune Église sont formels : le postulat de l’incorruptibilité de l’homme par le biais de l’incorruptibilité de son âme, qui transmigrerait de réincarnation en réincarnation, n’est qu’une reprise ou une extension du mensonge diabolique, celui qui a promis à l’homme l’Immortalité. Justin avant Irénée l’avait affirmé, le postulat de l’immortalité définitive de l’âme pousse les hommes à croire que : « Leur âme étant immortelle, ils n’ont pas besoin de Dieu »[10] ni de son salut en Jésus-Christ. Et Irénée de confirmer : si ce postulat est vrai, « la foi est superflue, et la descente d’un Sauveur est sans objet. »[11]

L’homme ne peut pas être successivement plusieurs personnes, avoir dans le temps plusieurs identités.

Homme, image et ressemblance de Dieu

« Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance» (Gn 1, 26). « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme. » (Gn 1, 27).

C’est la dignité même de l’homme d’être créé à l’image et selon la ressemblance de Dieu. Dignité que ne possède aucun animal.

Le corps temple de l’Esprit Saint (1 Co 6, 19), est précieux pour Dieu. Saint Justin commentant ces versets de la Genèse l’exprime avec force : « L’Écriture ne dit-elle pas : « Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance. » Quel homme ? C’est évidemment l’homme charnel. Car l’Écriture dit encore : « Dieu prit de la poussière de la terre et il façonna l’homme. » Il est donc évident que l’homme qui fut fait à l’image de Dieu était l’homme charnel. Comment, dès lors, ne serait-il pas absurde de dire que la chair, qui fut façonnée par Dieu à son image, est vile et de nul prix ? Mais, au contraire, que la chair soit réalité précieuse. Aux yeux de Dieu, nous le savons déjà parce que c’est Lui qui l’a modelé : l’artiste, le sculpteur ou peintre aime toujours l’image qu’il a faite. Nous pouvons aussi l’apprendre par toute l’économie de la création : si tout le reste a été fait pour la chair, c’est qu’elle est précieuse pour son auteur. » [12]

La primitive Église a distingué les deux notions d’image et de ressemblance de Dieu. Si l’image est actuelle, déjà réalisée, car elle se rapporte à notre nature et à sa constitution, la ressemblance demeure en potentialité : elle est à accomplir, elle dépend de nos choix, de notre volonté, de notre liberté à réaliser pleinement notre nature d’homme. L’exercice des vertus nous permet d’accueillir la grâce qui accomplit cette ressemblance avec Dieu.

« Ainsi la finalité de notre corps ajusté à une vie spirituelle est de s’accorder et de s’unir à Dieu. Les yeux doivent permettre à l’homme de voir Dieu à travers l’harmonie et la beauté de la création et ainsi de le célébrer et de rendre grâce. Les oreilles doivent lui permettre d’écouter les divines paroles et les lois de Dieu ; par l’odorat il doit pouvoir sentir la bonne odeur de Dieu, et par le goût goûter en tout aliment « comme est bon le Seigneur » (Ps 33, 9).

La finalité des autres organes du corps est pareillement d’agir selon Dieu, selon la recommandation de Saint Paul : « Je vous exhorte à offrir vos corps comme un sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu. » (Rm 12, 1). La fonction spirituelle des mains est ainsi d’accomplir pour lui et en lui les actions nécessaires, de servir la volonté divine, d’agir pour la justice, de se tendre vers lui dans la prière (Ps 87, 10 ; 143,6. Tm 2,8) ; celle des pieds est d’aller accomplir le bien et servir Dieu ; celle de la langue de proclamer la Bonne Nouvelle et de chanter la gloire de Dieu ; celle du cœur d’être le lieu de la prière ; celle des poumons de produire le souffle qui rythme et accompagne celle-ci. »[13]

Il est important de souligner ce point, car la mentalité contemporaine, et plus particulièrement le New-Age ont tendance à considérer que le christianisme déprécie le corps comme étant l’objet de tous les péchés de toutes les culpabilités, et qu’il a à son égard suspicion et rejet. Nous y reviendrons dans le dernier exposé.

Le corps déchu

Le péché n’est jamais évoqué dans le New-Age.

L’homme voulut par orgueil devenir dieu par lui-même à l’invitation du serpent : « Vous serez comme des dieux. » (Gn 3, 5).

Une version populaire a souvent représenté le péché d’Adam et Ève comme un péché de gourmandise ou un péché sexuel lié à la consommation du fruit défendu. En fait plus subtilement l’homme a cherché à jouir dans son corps des réalités sensibles, car il s’est détourné de sa relation d’amour avec Dieu, et de la contemplation spirituelle qu’il en avait. Dès lors son intelligence et ses facultés se sont mises au service d’assouvissements de plaisirs charnels. Le corps devient l’instrument privilégié de la jouissance charnelle. Celle-ci prend la place de la jouissance spirituelle d’être uni à la volonté de Dieu. C’est l’amour de soi et l’affection passionnée et désordonnée pour le plaisir du corps (l’orthodoxie l’appelle la philautie), accompagnée d’une fuite et d’un refus de toute douleur et de toute souffrance.

« Le plaisir auquel se soumet Adam après sa faute est donc une forme déchue, inférieure, de jouissance, un plaisir grotesque et superficiel, limité et de courte durée, qui le prive, en prenant sa place, d’un plaisir plus élevé, plus profond, et dont il jouirait plus harmonieusement dans la totalité de son être. »[14]

« Deux amours ont fait deux cités : l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu, la cité terrestre, l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi, la cité céleste. L’une se glorifie en elle-même, l’autre dans le Seigneur. L’une demande sa gloire aux hommes ; pour l’autre, Dieu témoin de sa conscience est sa plus grande gloire. L’une dans sa gloire dresse la tête ; l’autre dit à son Dieu : « Tu es ma gloire et tu élèves ma tête. » (Ps 3, 4). L’une, dans ses chefs ou dans les nations qu’elle subjugue, est dominée par la passion de dominer ; dans l’autre on se rend mutuellement service par charité, les chefs en dirigeant, les sujets en obéissant. L’une en ses maîtres, aime sa propre force ; l’autre dit à son Dieu : « Je t’aimerai, Seigneur, toi ma force » (Ps 17, 2). »[15]

Les effets du péché

Les Pères de l’Église ont remarquablement analysé le scénario du péché originel. Ce péché originel est le prototype de tous les péchés. Ils ont précisé, avec une grande pertinence, les mouvements qui conduisent à cette rupture de relation avec Dieu, avec soi-même avec son prochain et avec la nature. Quelle actualité ! Il ne s’agit pas là d’un mythe, mais d’une description clinique du mécanisme du péché et de ses conséquences.

Adam s’est détourné de Dieu et par conséquent de sa grâce. Il transmet à sa descendance les maux contraires à cette relation d’amour pour laquelle Dieu l’a créé. Il connut la tristesse et la souffrance liée à cette rupture qui se manifestèrent dans sa chair, la maladie, la corruption et finalement la mort.

Cette nouvelle condition de l’homme, due à sa chute, est signifiée dans la Genèse par les tuniques de peaux (Gn 3, 21) manifestant sa condition désormais soumise à la matérialité, à l’animalité et à l’obscurcissement de sa vocation première.

Les trois degrés de la chute

Premier mouvement : Le jardin non gardé. Entrée dans l’illusion.

« Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que le Seigneur Dieu avait faits. Il dit à la femme : « Alors, Dieu vous a vraiment dit : « Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin » ? »

La femme répondit au serpent : « Nous mangeons les fruits des arbres du jardin. Mais, pour le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : « Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sinon vous mourrez. » » Le serpent dit à la femme : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » La femme s’aperçut que le fruit de l’arbre devait être savoureux, qu’il était agréable à regarder et qu’il était désirable, cet arbre, puisqu’il donnait l’intelligence. Elle prit de son fruit, et en mangea. Elle en donna aussi à son mari, et il en mangea. » (Gn 3, 1-6).

Dieu avait demandé à l’homme de garder et de cultiver le jardin. Adam a laissé entrer le serpent. Ainsi le serpent est entré en dialogue avec la femme. Dieu est nommé Adonaï Élohim, mais la femme dans le dialogue avec le serpent ne parle plus que de Dieu. Dieu n’est plus son Seigneur, Dieu devient l’autre. Et la femme ajoute de l’interdit en disant que Dieu avait dit : « Vous ne mangerez pas du fruit et vous n’y toucherez point. »

Elle biaise le commandement pour justifier sa transgression. Son dialogue avec le serpent lui donne à voir autre chose, elle entre dans l’illusion du serpent. Elle voit la mort comme étant la vie et la vie comme étant la mort. Elle ne voit plus la vérité, la réalité, elle voit la nudité avec un regard de convoitise.

L’homme est une terre insufflée, il a en lui le désir de communier avec la terre. Communier c’est manger. L’homme va désormais manger du fruit en dehors de l’ordre donné par Dieu et ainsi il oublie que Dieu l’a insufflé.

Deuxième mouvement : La fuite devant Dieu. Se cacher.

« Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils se rendirent compte qu’ils étaient nus. Ils attachèrent les unes aux autres des feuilles de figuier, et ils s’en firent des pagnes. Ils entendirent la voix du Seigneur Dieu qui se promenait dans le jardin à la brise du jour. L’homme et sa femme allèrent se cacher au regard du Seigneur Dieu parmi les arbres du jardin. Le Seigneur Dieu appela l’homme et lui dit : « Où es-tu donc ? » Il répondit : « J’ai entendu ta voix dans le jardin, j’ai pris peur parce que je suis nu, et je me suis caché. (Gn 3, 7-10).

Les Pères de l’Église disent que l’homme dans son état premier était revêtu de la Gloire divine.

Ils se cachent derrière des feuilles de figuier, ils se cachent dans le jardin, ils fuient la relation et ils ont peur. Ils refusent cet appel au repentir : « Où es-tu ? »

L’homme qui ne se repent pas, il a peur, il est dans l’angoisse. Il se cache, se distrait, jouit pour oublier son angoisse et invente toute sorte de méthodes, d’idéologie, de stratagèmes pour éviter une relation juste et vraie avec son Créateur et Sauveur. Il ne veut pas se reconnaître pécheur.

Troisième mouvement : Le rejet de la faute sur l’autre. L’endurcissement du cœur.

L’homme se trouve comme chosifié, d’ailleurs si l’on suit le sens premier de l’hébreu, on peut traduire dans la réponse d’Adam, à Dieu : « c’est ça que tu as mis à mes côtés » en parlant d’Ève.

Ève est devenue une chose, un objet. Reprenons ce passage : « Le Seigneur Dieu appela l’homme et lui dit : « Où es-tu donc ? » Dieu ne cesse depuis ce jour de chercher l’homme qui se cache. « Il répondit : « J’ai entendu ta voix dans le jardin, j’ai pris peur parce que je suis nu, et je me suis caché. ». Adam ne se voit qu’à travers sa nudité matérielle, et il voit sa compagne de la même façon. « Le Seigneur reprit : « Qui donc t’a dit que tu étais nu ? Aurais-tu mangé de l’arbre dont je t’avais interdit de manger ? » L’homme répondit : « La femme que tu m’as donnée, c’est ça qui m’a donné du fruit de l’arbre, et j’en ai mangé. »

L’autre devient un objet de jouissance oubliant son être et sa vocation à une vie de relation d’amour. « Le Seigneur Dieu dit à la femme : « Qu’as-tu fait là ? » La femme répondit : « Le serpent m’a trompée, et j’ai mangé. »

L’homme rejette sa responsabilité sur la femme et la femme sur le serpent. C’est l’endurcissement du cœur. L’homme rend Dieu responsable et se détourne de Lui.

Le chemin du retour à Dieu, la conversion

Les Pères de l’Église ont expérimenté tous ces mouvements, toutes ces étapes. Ils ont lu et relu ces passages fondamentaux et les ont reliés à leur propre expérience, à leur propre combat spirituel.

Degré 1 : Le repentir permet l’adoucissement du cœur qui est l’œuvre de l’Esprit Saint et dans un même mouvement l’acceptation de sa responsabilité personnelle dans cette compromission avec le péché. Je suis responsable de l’état de mon cœur. Je suis responsable de mes actes. J’ai péché, je me suis révolté contre Dieu.

Degré 2 : Ne plus se cacher et s’exposer à Dieu, en passant des ténèbres où nous nous cachions, à son admirable lumière. Comme je prends conscience que Dieu m’aime, j’accepte qu’il me montre les lieux de mon enténèbrement.

Degré 3 : En obéissant à la Parole de Dieu, en faisant sa volonté et en renonçant à ma volonté propre : faire ce que je veux quand je veux et où je veux. En recevant le corps et le sang du Christ, mes yeux s’ouvrent à une réalité simple, belle et juste. Dieu nous veut heureux, et notre bonheur, c’est de lui rendre Gloire maintenant et dans l’éternité. En combattant contre notre imagination. Nous avons une grande propension à la distraction, à être hors de nous-même, et finalement à éviter la vie intérieure, la vie de prière dans une relation incessante à Dieu. En rendant grâce à Dieu, de tout notre corps, de tout notre être, non pas uniquement pour ce qu’il nous donne, mais pour ce qu’Il est. Dire oui à Dieu à l’imitation de la Vierge Marie.

Ainsi le corps redevient « corps de beauté », « temple du Saint-Esprit » (1 Co 6, 19) et potentiellement « corps de gloire » (Ph 3, 21).

Le corps sauvé

Le christianisme est la religion qui accorde le plus d’importance et de valeur au corps et le voue à la plus haute destinée, sa glorification dans le Christ ressuscité pour l’éternité.

La vie spirituelle consiste en des exercices pratiques qui ne sont pas des contraintes légalistes, comme dans le Judaïsme ou l’Islam, que l’on doit observer rigoureusement pour être sauvé. Il ne s’agit pas de règles restreignant la liberté. Il ne s’agit pas d’ascèse qui contraigne le corps comme dans le yoga pour accéder automatiquement à des degrés de « pleine conscience ».

Dans la vie spirituelle chrétienne, les exercices consistent à cultiver et fortifier les vertus, notamment cardinales : la prudence, la tempérance, la force et la justice. Ces vertus sont aidées et confortées par les trois vertus théologales reçues du Saint-Esprit que sont la Foi, l’Espérance et la Charité. L’exercice des vertus suppose un travail, une discipline, une ascèse pour lutter contre les passions qui agitent le cœur et le corps de l’homme, les trois principales étant liées au pouvoir ou à la volonté propre, au sexe et aux relations affectives et à l’argent et aux désirs de posséder. L’Église propose comme thérapie contre ces passions, l’obéissance, la chasteté et la pauvreté. En luttant contre ces passions les vertus s’accroissent ; ainsi plus les vertus s’accroissent plus les passions diminuent. En cela l’homme trouve sa vraie liberté son épanouissement et sa vocation.

Le but de l’ascèse chrétienne n’est pas de se maîtriser pour acquérir de la puissance physique psychologique ou intellectuelle, ou bien de communier avec les forces de l’univers ou l’énergie cosmique. La Tradition a appelé cette ascèse la garde des sens ou le recueillement des sens. Ce sont les cinq sens dont il est question : la vue, l’ouïe, l’odorat, le toucher et le goût auxquels la Tradition a ajouté la langue. Cette attitude de constante vigilance vise à prévenir ou à détourner les sens de toute activité désordonnée, préjudiciable à l’orientation de notre vie spirituelle, axée vers Dieu et en Dieu.

Saint Jérôme est précis sur cette garde des sens : « Par les cinq sens, comme par autant de fenêtres, les vices ont leur entrée dans l’âme. La métropole et la citadelle de l’âme ne peuvent être prises, si l’armée ennemie ne fait irruption par ces portes. Les perturbations des vices surchargent l’âme, et elle est prise par la vue, par l’ouïe, par le goût, par le toucher… Alors s’accomplit la parole du prophète : « La mort est entrée par vos fenêtres » (Jr 2,10) » [16]

Mais attention cette garde des sens n’a rien à voir avec une fuite systématique du sensible. Le corps serait alors l’objet de toutes les suspicions ce qui donnerait raison à ceux qui accusent le christianisme de son obsession du péché et du rejet de la chair. Il s’agit d’opérer un discernement et ne pas se tromper de cible.

C’est ce que nous dit saint Augustin : « Parmi les plaisirs qui affectent nos sens, il en est de permis ; tels sont les grands spectacles de la nature qui charment nos regards ; mais l’œil aime aussi les spectacles des théâtres. L’oreille se plaît au chant harmonieux d’un psaume sacré ; elle aime aussi le chant des histrions. Les fleurs et les parfums, qui sont également l’œuvre de Dieu, flattent l’odorat ; il aspire aussi avec joie l’encens brûlé sur les autels des démons… Il est de même des embrassements permis et des embrassements impurs. Vous le voyez donc bien, mes chers frères, parmi ces jouissances sensibles, il en est de permises et il en est d’interdites. » [17]

La garde des sens est en lien direct avec la garde du cœur, si chère à la spiritualité orthodoxe, et trouve des prolongements dans la vie monastique catholique, et finalement dans tout combat spirituel.

Insistons de nouveau : ce recueillement des sens n’est pas à confondre avec une recherche énergétique qui procurerait santé bien-être ou maîtrise de son corps et de son esprit.

L’ascèse chrétienne permet de réaliser cette parole de Dieu adressée à Saint Paul : « Ma force se révèle dans la faiblesse. » (2 Co 12, 9). La seule force véritable est celle de la grâce donnée par Dieu. Cette force n’est donnée à l’homme que s’il se reconnaît humble fragile et pécheur. L’ascèse chrétienne n’a d’autre finalité que de s’ouvrir à l’Amour de Dieu, en reconnaissant objectivement ce que nous sommes.

L’Église, modèle architectural du corps

Rapidement, car cela demanderait à être développé, l’architecture des églises anciennes est une représentation du corps de l’homme. L’Église symbolise dans sa structure spatiale, l’être humain tout entier. Le corps est représenté par la nef, les deux transepts sont l’image des bras, l’autel de l’esprit, et son âme est le sanctuaire où repose la Présence réelle.

Le temps liturgique par ses prières, le choix de ses textes, ses chants et ses gestes introduit l’âme et le corps des fidèles dans une proximité avec les promesses du Ciel. « Seigneur, il nous est bon d’être ici. » (Mt 17, 7)

Le corps ressuscité

« Ainsi en est-il de la résurrection des morts. Le corps est semé corruptible, il ressuscite incorruptible ; il est semé méprisable, il ressuscite glorieux ; il est semé infirme, il ressuscite plein de force. Ce qui est semé corps physique ressuscite corps spirituel car s’il existe un corps physique, il existe aussi un corps spirituel. » (1 Co 15, 42-44).

Ce corps ressuscité ne sera plus soumis à la corruption, il n’éprouvera plus ni maladie ni souffrance physique. L’homme connaîtra en son corps une santé parfaite totale et définitive. Il recevra la plénitude de la grâce en devenant participant à la nature divine (2 P 1, 4).

Bertran Chaudet

 

Prière de consécration mariale du Révérend Père Nicolas Zucchi (1586-1670)

« Ô ma Souveraine ! Ô ma Mère, je m’offre à Vous tout entier ; et, pour Vous donner un signe de ma donation, je Vous consacre aujourd’hui mes yeux, mes oreilles, ma bouche, mon cœur, tout moi-même ; puisque je Vous appartiens, ô ma bonne Mère, gardez-moi, défendez-moi comme Votre bien et Votre propriété. Amen. »

Bibliographie

Père H.Lassiat. L’actualité de la catéchèse apostolique. Éd. Présence, 1979.

Irénée de Lyon. Contre les hérésies. Dénonciation de la gnose au nom menteur. Éd. du Cerf, 1985.

Jean-Claude Larchet. Théologie du corps. Éd. du Cerf, 2009.

Sœur Marie-Ancilla. Découvrir les Pères de l’Église à travers la liturgie des heures, Éd Desclée de Brouwer, 2010.

Benoît XVI. Les Pères de l’Église de Clément de Rome à Maxime le confesseur. Éd. Bayard, 2008.

Jean-Michel Maldamé. Le péché originel. Foi chrétienne mythe et métaphysique. Éd. du Cerf, 2008.

Bernard et Anne Frinking, Les trois premiers récits fondateurs dans le livre de la Genèse.

Notes

[1] Père H.Lassiat. L’actualité de la catéchèse apostolique, Éd présence. 1979, p. 13.

[2] Irénée de Lyon. Contre les hérésies. Dénonciation de la gnose au nom menteur. V, 20/2. p. 628. Éd du Cerf, 1985.

[3] Irénée de Lyon. Contre les hérésies. Dénonciation de la gnose au nom menteur. II, 34/1. p. 266. Éd. du Cerf, 1985.

[4] Ibid ; II, 34/3. p.268.

[5] Justin Dialogue. 6/1. Éd. Albert Haman, 1958.

[6] Irénée de Lyon. Contre les hérésies. Dénonciation de la gnose au nom menteur. II, 34/3. p. 268. Éd. du Cerf, 1985

[7] L’Abrégé du Catéchisme de l’Église Catholique parle de l’âme immortelle, n° 70, 205, 208, 358.

[8] Ibid. II, 34/4, p.268.

[9] Grégoire de Nysse, La Création de l’homme, XXVIII-XXIX.

[10] Justin Dialogue. 1/5, Éd. Albert Haman, 1958.

[11] Irénée de Lyon. Contre les hérésies. Dénonciation de la gnose au nom menteur. II, 29/1, p. 245. Éd. du Cerf, 1985.

[12] Justin, Fragments 7. Éd. Albert Haman, 1958.

[13] Jean-Claude Larchet, Théologie du corps, p. 29. Éd du Cerf, 2009.

[14] Ibid. p. 39.

[15] Saint Augustin, La Cité de Dieu, XIV, 28

[16] Saint Jérôme, Adversus Jovinianum 2, 8, PL 25.

[17] Saint Augustin, Sermons 159, 2, PL 38.

Avant de s’engager dans le Parcours Alpha

Le Parcours Alpha est présenté comme une introduction à la foi chrétienne en 10 soirées et un week-end de retraite, une « proclamation chaleureuse et lumineuse du noyau de la foi, le Kérygme ».

Et pourtant, ce parcours est controversé chez les protestants comme chez les catholiques. Voici 5 points de réflexion nécessaires au discernement d’un catholique qui hésiterait à suivre un parcours Alpha.

Cinq éléments à approfondir avant de s’engager

1-Alpha, une introduction à la foi chrétienne ?

Les faits prouvent que : Alpha n’est pas une présentation affirmative de la foi chrétienne mais une proclamation polémique. L’objectif d’Alpha est de défaire l’ancienne conception de la foi, qui est « fausse, ennuyeuse et dépassée », et de la remplacer par LA spiritualité authentique : celle d’Alpha ! (mode d’évangélisation typiquement évangélique ou pentecôtiste)

2-Alpha, la proclamation du noyau de la foi, le Kérygme ?

Dans la réalité : 85 % des thèmes abordés n’ont rien à voir avec le Kérygme (comment prier ? en parler aux autres, comment lire la Bible, comment résister au mal ? Dieu guérit-il aujourd’hui ?). Ces thèmes traités selon une doctrine évangélique, sont les réflexions de Nicky Gumbel, le pasteur pentecôtiste et fondateur d’Alpha. Si Alpha annonçait réellement le Kérygme, alors la totalité de son contenu traiterait du Kérygme, c’est-à-dire de Jésus Christ, sa Passion et sa Résurrection, son Ascension et sa Venue dans la Gloire. Or la proclamation du Kérygme est minoritaire (15 % du parcours) et lacunaire (des pans entiers du Kérygme ne sont pas abordés).

3-Alpha, une rencontre personnelle avec Jésus-Christ ?

La personne de Jésus n’est pas du tout centrale dans le parcours. Une expérience de l’effusion ou « baptême de l’Esprit » est le véritable but et sommet de ce parcours initiatique ; elle a lieu à mi-parcours pendant le « Week-end à l’Esprit Saint ». Les premières rencontres Alpha préparent les participants émotivement et psychologiquement à recevoir ce « baptême de l’Esprit », une sorte de para-sacrement pentecôtiste qui provient dans ce cas du Toronto Blessing de 1994. Les séances post-week-end reviennent sur la prétendue grâce reçue.

4-Alpha, un moyen simple d’évangéliser ?

Dans les faits : Alpha est une organisation évangélique internationale, une « église dans l’Église » qui prétend « pénétrer l’ADN » des paroisses et réformer l’Église Catholique. Alpha promeut une prise en main de la stratégie des paroisses en 5 étapes. Cette énorme usine à gaz organise en parallèle de l’Église Catholique, ses propres événements et conférences, forme ses cadres et ses leaders, des prêtres et des évêques, impose ses plans d’actions (3/5 ans) de manière parallèle, déconnectée de la liturgie et de la hiérarchie ecclésiale. Elle prétend réformer l’Église.

5-L’image de gratuité ?

Attention : s’il est vrai que le parcours Alpha classique est proposé gratuitement aux invités, ils seront ensuite très régulièrement sollicités pour des dons généreux. Les coûts des dîners Alpha sont supportés par la paroisse et les paroissiens. Les animateurs doivent suivre plusieurs formations et des conférences payantes. Le coût de la formation d’un prêtre s’élève à 800 € (Pasteurs selon mon Cœur) sans compter les frais de déplacement et d’hébergement. Les paroisses se voient finalement dépenser plusieurs milliers d’euros par an pour soutenir ce programme. Au final ce sont des milliers de dons détournés de l’Église catholique et récupérés par ce business mondialiste évangélique.

Comment expliquer qu’Alpha soit proposé dans des paroisses catholiques ?

Alpha est convivial et sympathique, personne ne nie cela. Cependant, beaucoup s’illusionnent sur la capacité de ce programme à convertir les âmes car ils n’ont pas pris le temps d’analyser ni le contenu de sa doctrine et ni ses méthodes. Les cadres dirigeant d’Alpha ont depuis longtemps développé un argumentaire de lutte contre la résistance psychologique. Alpha serait une chance exceptionnelle pour les églises, et toutes les objections qui mettent en lumière la réalité du parcours sont réduites à un incontournable combat spirituel qu’il faut remporter coûte que coûte. Ce positionnement idéologique interdit toute recherche de vérité.

D’autres « preuves » sont sans cesse invoquées pour rassurer les participants.

– « Alpha existe depuis longtemps » : or, ce longtemps à l’échelle de l’histoire de l’Église ne représente presque rien. Les hérésies peuvent durer quelque temps, mais finissent par être dévoilées.

– « Alpha est recommandé par de nombreux évêques » : or, le nombre, même écrasant, et la dignité des responsables hiérarchiques ne garantissent pas forcément la vérité et la justesse de leur jugement. Ils ont pour première mission de garantir et de pérenniser le dépôt de la Foi reçu du Christ, des apôtres et du magistère de l’Église.

Les prélats qui ont bien étudié les fondations doctrinales et méthodologiques du programme refusent de l’utiliser.

– « Alpha, ça marche ! » La foi n’est pas une formule magique. Le but n’est pas de faire entrer physiquement à tout prix des âmes dans l’Église mais de les conduire au Ciel par l’annonce de la doctrine véritable, la dispense des sacrements valides, et la charité.

Conclusion : Seule, l’analyse objective, consciencieuse et systématique de la théologie et de l’ecclésiologie des enseignements prodigués par Alpha permettra un authentique discernement non seulement selon l’intelligence de la Foi catholique, mais aussi selon la raison, car les procédés utilisés par Alpha peuvent être manipulatoires. (Voir le Dossier A ci-dessous, esquisse d’une étude qui mériterait d’être reprise et étayée, et qui donne les pièces justifiant les affirmations de cet article).

Claire Moquet

Télécharger le Dossier A

Thierry Casasnovas, tout cru

http://tempsreel.nouvelobs.com/rue89/rue89-planete/20141126.RUE6757/thierry-casasnovas-le-gourou-du-tout-cru-vous-attend-tranquille-sur-youtube.html

 

Faites-vous vous-même votre opinion en regardant son site et sa chaîne video : http://regenere.org  .

 

Je conseille de lire le « dossier final sur Thierry Casasnovas » réalisé par Kelmeth (2016)

I. La doctrine Casasnovas

II. La légende Casasnovas

III. La réalité

IV. Casasnovas, Guy-Claude Burger et l’Instinctothérapie (ou la régénération par la viande) :

V. Casasnovas et la spiritualité (rapide historique du végétarisme)

VI. Conclusion

L’homme et son corps dans la révélation biblique

« La Parole est tout près de toi, elle est dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu la mettes en pratique ». (Dt 30, 14)

Ces quelques éléments succincts d’anthropologie n’ont aucune prétention à l’exhaustivité, bien entendu. Mais ils seront confrontés à certaines représentations du corps dans le New-Age ou dans quelques perspectives qui viennent de l’Orient.

Éléments anthropologiques

Avons-nous déjà pris conscience que le monde n’a pas d’orientation ? L’univers, le cosmos, la terre, n’ont aucun axe aucune direction, aucun sens.

C’est à partir de notre perception corporelle que nous donnons un sens aux éléments qui nous entourent. Et ceci n’est pas d’ordre culturel, mais anthropologique. Tout homme, quel que soit son milieu ou sa culture fait cette prise de conscience que son corps a trois axes et six directions : un axe antéro-postérieur ou sagittal, un axe latéral ou frontal, un axe vertical. Toute notre perception du monde s’oriente en référence à ces trois axes et ces six directions.

L’axe antéro-postérieur, donne l’avant et l’arrière et oriente aussi le temps, tout ce qui est en avant est futur, tout ce qui est en arrière est passé. L’axe latéral donne la droite et la gauche. Voici une expérience singulière de la corporalité : pourquoi dans toutes les langues de l’hémisphère nord, la droite est considérée comme positive et la gauche comme négative ? En français parmi de multiples exemples, nous pouvons dire : je suis adroit ou je suis gauche. Il n’y a cependant pas d’abord une considération positive ou péjorative ou bien morale, mais une expérience existentielle à la signification de ces mots. Quand nous sommes dans la nature veillant dans la nuit, nous attendons la venue de la lumière. Le soleil se lève à l’Est, et dans l’hémisphère nord, nous suivons la course du soleil en nous tournant vers la droite alors que nous observons l’ombre à gauche. C’est donc une expérience physique qui préside à la signification du mot et précède toute autre considération d’adresse ou de morale.

L’axe vertical donne le haut et le bas. Le haut c’est le ciel et le bas la terre, le plus haut deviendra le Ciel, et le très bas, le schéol ou les enfers.

Ces trois axes et ces six directions se retrouvent donc partout où il y a des hommes pour structurer leur espace. C’est à partir de cette expérience corporelle que les hommes donnent au monde sens et signification. C’est aussi ainsi qu’un sens métaphysique peut être donné, et notre héritage biblique s’inscrit dans cette perception anthropologique de la réalité.

Le père Marcel Jousse, jésuite d’origine sarthoise devenu anthropologue, a toujours revendiqué ses origines paysannes. C’est ce qui lui permettait d’être ancré dans le réel et d’éviter les algébroses des plumitifs, selon ses néologismes qu’il affectionnait. Les plumitifs n’ayant qu’une perception intellectuelle algébrosée, c’est-à-dire éloignée de la réalité première, dont ils dégénèrent le sens.

Marcel Jousse compare le mouvement antéro-postérieur, à un balancement d’avant en arrière comme celui d’un âne portant un fardeau, mouvement premier et archaïque. La chaîne musculaire postérieure que l’on retrouve chez les serpents les plus frustes est sollicitée pour les mouvements horizontaux, tandis que la chaîne musculaire antérieure permet aux serpents plus évolués de se redresser. Mouvement que l’on retrouve chez l’homme provoqué par la contraction décontraction des chaînes musculaires postérieures généralement les plus en tension et antérieures. Ce mouvement de base se retrouve dans le balancement de l’autisme.

Le mouvement latéral plus élaboré, est comparé par Jousse, au mouvement d’une paire de bœufs portant un joug, mouvement de droite à gauche et de gauche à droite. Bien sûr la mécanisation de nos campagnes ne permet plus de constater la pertinence de cette observation. Le sillon tracé demeurait droit malgré le mouvement d’oscillation latérale de la paire de bœufs. Il est à noter que le mot conjugalité signifie porter un joug commun.

Cette latéralité n’est possible qu’avec l’apparition des membres. Les amphibiens, vertébrés les plus frustres, peuvent avancer grâce à des muscles pronateurs, mais ne peuvent pas reculer, ils n’ont pas de muscles supinateurs. L’homme quand il perd les commandes du système nerveux central, peut se retrouver en opisthotonos (du grec opistho, vers l’arrière et tonos, tension) arc bouté en hyperextension postérieure sur l’arrière de la tête et des talons et en rotation interne des membres supérieurs et inférieurs. Cette posture pathologique se retrouve dans le tétanos et certains comas d’origine traumatique crânienne. Les muscles postérieurs et rotateurs internes, retrouvant leur prévalence archaïque sur les muscles antérieurs et rotateurs externe.

La pronation permet de prendre, de garder pour soi et la supination d’ouvrir de donner. Cette attitude gestuelle prend toute son ampleur chez l’homme. Nous la retrouverons quand il s’agira de l’exposé sur le corps dans le New-Age.

Ces mouvements antéro-postérieurs et latéraux ne peuvent s’effectuer sans la dimension verticale, l’oscillation avant arrière ou droite gauche, ne peut se produire sans passer par un haut et un bas.

La combinaison de ces trois mouvements, Jousse l’appellera le bercement. Ce bercement est le support de nos mémoires, mémoire embryonnaire, mémoire dans le développement psycho corporel, mémoire phylogénétique[1], mémoire ontogénétique[2], mémoire culturelle, mémoire personnelle. Les peuples de l’oralité ont transmis leur culture et leur histoire en se balançant. Cette mémoire s’inscrit dans l’épaisseur de notre corporalité. Elle va de la scansion des Grecs aux mélopées des griots africains… Aujourd’hui nous retrouvons ce balancement dans le rap et dans le slam, culture de l’oralité qui émerge en dehors de toute scolarisation, car elle retrouve ce sens du rythme et du mouvement inhérent à nos structures corporelles.

(L’oubli de cette dimension corporelle et mémorielle est particulièrement préjudiciable, dans les catéchèses proposées, depuis des années dans l’Église catholique. Des générations entières n’ont rien retenu ou si peu et de l’Évangile, des prières et de l’enseignement de l’Église.)

Anthropologie biblique

Ce n’est pas en apesanteur de ces réalités anthropologiques que s’inscrit, la Révélation biblique. La Révélation, et son accomplissement dans l’Incarnation de Jésus donnent le sens, le principe et la finalité de cette dimension physique, corporelle et ouvre à la métaphysique.

L’héritage de la philosophie grecque, surtout platonicienne, considère qu’il a une opposition entre d’une part le corps et la matière et d’autre part l’âme et l’esprit, le corps mortel et l’âme immortelle, le terrestre et le céleste, l’humain et le divin. Pour Platon, Sôma, séma, le corps est un tombeau dont l’âme prisonnière doit se libérer.

Cette dichotomie n’est pas biblique, où l’unité du composé humain est évidente. Ainsi la néphèsh, qui dans un sens premier veut dire la gorge, est le lieu du passage du souffle, de la nourriture et de la parole, elle signifie la personne vivante, son être, sa conscience. « Alors le Seigneur Dieu modela l’homme avec la poussière tirée du sol ; il insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant. » (Gn 2, 7). Être vivant ou néphèsh gorge vivante.

Bâsâr, la chair, le corps n’est pas séparé de la néphèsh, il en est sa manifestation concrète. Ainsi l’homme n’a pas un corps, il est un corps, il est bâsâr.

Ruâh est le même mot qui désigne le souffle et le vent. Cette Ruâh traverse la Bible. C’est elle qui plane sur les eaux primordiales de la Genèse : « La terre était informe et vide, les ténèbres étaient au-dessus de l’abîme et le souffle de Dieu planait au-dessus des eaux. » (Gn 1, 2).

Il est intéressant de noter que le verbe de planer, utiliser ici, vient de l’hébreu « rah’ef et signifie en même temps couver, voler très près, voler en frôlant. Dieu protège Israël dans le désert comme, l’aigle couve ses oiseaux. [3] »

« Tel un aigle qui éveille sa nichée et plane au-dessus de ses petits, il déploie son envergure, il le prend, il le porte sur ses ailes. » (Dt 32, 11).

Le diaphragme ou centre phrénique, avec ses deux hémi coupoles qui s’abaissent lors de l’inspiration et qui se lèvent lors de l’expiration, est comparable aux ailes d’un oiseau qui vole. Et le bassin peut être comparé à un nid. La vie jaillit dans ce nid, protégée en bas par le sacrum et des ailes iliaques, et en haut par l’oscillation des deux ailes du diaphragme.

La vie jaillit au plus intime de notre chair, de la Genèse du monde à la conception de chaque être. Ce souffle est l’Esprit du Seigneur en Isaïe 11, 2 : « Sur lui reposera l’esprit du Seigneur : esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur. » Cet Esprit soufflera sur les apôtres à la Pentecôte. Ce Souffle vient donc de Dieu et revient à Lui quand l’homme expire.

Dam, le sang est « l’âme de la chair » selon l’expression de la Genèse 9, 4. Le sang, c’est la vie et tout ce qui touche à la vie est en rapport avec Dieu, seul maître de la vie (Lv 17, 11-14).

Cœur-langue-mains

Ainsi une des clés de lecture de la Bible repose sur une observation tripartite du corps humain : le cœur, la langue et les mains qui représentent la pensée, la parole et l’action.

Le cœur, léb. Le cœur hébreu n’est pas seulement le siège de l’affectivité ou des émotions. Il désigne toute la personne, sa mémoire, son intelligence, sa volonté. La bible le mentionne plus de mille fois. Cela va du cœur ouvert, au cœur endurci. « Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’ôterai de votre chair le cœur de pierre, je vous donnerai un cœur de chair » (Ez 36, 26).

Le cœur siège de la conscience, est associé aux reins, kelayot, siège des passions, de ce qui est inconscient, des émotions pulsionnelles. « Seigneur de l’univers, toi qui juges avec justice, qui scrutes les reins et les cœurs… » (Jr 11, 20).

La langue, Iashon. Lieu de l’échange avec la nourriture que l’on ingère et de la parole que l’on profère.

Les mains, yadaïm. Il s’agit en hébreu des mains avec leurs dix doigts et les paumes, mais aussi des poignets et des bras. Les peuples du bassin méditerranéen s’expriment beaucoup avec les mains. Mettre les mains sur la bouche pour se taire, sur la tête en signe de deuil ou de douleur. Se donner la main en guise d’accord. Battre des mains pour exprimer sa joie ou inversement le dégoût ou le désaccord. La prière s’exprime en levant les mains vers le ciel, et l’on porte la main à sa bouche en signe d’adoration. Adorare, ad os : porter les mains à sa bouche. La bénédiction s’exerce en étendant les mains.

Associations Cœur-langue-mains avec yeux-oreilles-pieds

« Ce qui était depuis le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie, nous vous l’annonçons. » (1 Jn 1, 1).

Cœur-Yeux. Domaine de la pensée et du visible

« Voici mon secret, dit le Petit Prince de Saint-Exupéry, il est très simple : on ne voit bien qu’avec le cœur ; l’essentiel est invisible pour les yeux. »

Ayin en hébreu, l’œil signifie aussi la source. Les larmes coulent des yeux comme l’eau coule de la source.

Ce sont les yeux qui expriment extérieurement les pensées du cœur. Le bon œil ou le mauvais œil sont très présents au Moyen-Orient.

Avoir les yeux ouverts signifie comprendre quelque chose de malsain selon l’invitation du serpent de la Genèse en Gn 3, 7 : « Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils se rendirent compte qu’ils étaient nus. » Avec l’ouverture des yeux, l’homme et la femme se voient dans la nudité de leur matière corporelle. Ils ne se voient plus dans le regard de Dieu, mais dans celui du serpent qui se limite à jouir de cette matière, sans aucune finalité, ni sens, ni transcendance.

Cham un des trois fils de Noé vit la nudité de son père. Ce désir de voir la nudité en dissociant le corps de l’esprit et de l’âme est un péché qui obscurcit le cœur et rend aveugle au discernement. Le père ici, l’homme, la femme, sont réduits à la nudité de leur corporalité. L’autre n’est vu qu’à travers la jouissance matérielle dont on veut profiter immédiatement.

A contrario, la formule « Lever les yeux » ou « lever le regard » est une conversion de ce regard de concupiscence, et traverse toute la Bible.

Quand Abraham prêt à sacrifier son fils Isaac va lever les yeux, il voit le bélier retenu par les cornes dans un buisson (Gn 22, 1-19). Cette attitude ouvre à une réalité non prévue, une méta réalité. Les femmes de l’Évangile de Marc, allant de grand matin, le premier jour de la semaine jusqu’au tombeau où elles voulaient embaumer le corps de Jésus, « Elles se disaient entre elles : « Qui nous roulera la pierre pour dégager l’entrée du tombeau ? Levant les yeux, elles s’aperçoivent qu’on a roulé la pierre, qui était pourtant très grande. » (Mc 16, 3-4).

Le Christ dans sa prière lève les yeux vers son Père pour l’implorer ou le bénir.

Les yeux trouvent leur guérison définitive avec l’aveugle Bartimée, qui signifie fils de la peur. Cette ultime guérison, la dernière des treize guérisons de l’Évangile de Marc conduit Bartimée à la guérison totale : il suit Jésus sur la route qui le conduit à Jérusalem, au chemin de la passion, c’est-à-dire à l’oblation de soi-même par amour.

Quand deux disciples au terme de la route parcourue de Jérusalem à Emmaüs reconnaissent Jésus ressuscité à la fraction du Pain, leur regard est ouvert par Celui qui est la Lumière du monde, le Christ ressuscité. Ils relisent alors le chemin parcouru tandis qu’ils l’écoutaient donner le sens des Écritures. Leur cœur était tout brûlant en eux quand il leur ouvrait les Écritures. Alors ils n’ont de cesse de vouloir le témoigner.

Jésus dans son premier enseignement dit : « la lampe du corps c’est l’œil, donc si ton œil est simple tout ton corps sera lumineux, mais si ton œil est ténèbres, alors quelles ténèbres ! » Le grec du texte de l’évangile selon saint Matthieu 6, 22-23 dit : œil simple et non pas œil sain comme cela est parfois traduit. Simple en grec se dit aplous c’est-à-dire a privatif plous pli sans pli, sans faux plis, c’est-à-dire transparent, limpide, sans complication, sans duplicité, sans complicité. C’est l’attribut que donne saint Thomas d’Aquin à Dieu, il est simple. Le mauvais œil quant à lui n’a pas cette transparence, il est plein de mauvais plis qui le rendent ténébreux.

Léb, le cœur peut s’apparenter également au noùs grec, l’esprit ou œil du cœur, c’est-à-dire à un vrai et juste discernement.

Ainsi l’épître aux Éphésiens (Ep 1, 18) offre cette belle expression : « Que le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ illumine les yeux de votre noùs, (de votre cœur). » Également, dans la lettre aux Romains (Rm 12, 2) : « Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous par le renouvellement de votre noùs, (de votre façon de penser) pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait. »

Langue-Oreilles. Domaine de la parole et de l’audible.

Nous avons une langue et deux oreilles, en conséquence les rabbins enseignent qu’il convient de parler deux fois moins que l’on écoute. L’oreille symbolise la compréhension et le discernement. Il est à noter que le verbe latin audire ouïr, entendre avec la préposition ob, sous, donne ob-audire obéir[4], c’est-à-dire sous l’écoute, selon la parole, sous le contrôle d’une parole vraie, fiable, juste et bonne. Obéir à une telle parole libère guérit, c’est la finalité même de la Parole de Dieu, dans la Bible.

Écouter, shama.

Il est étonnant de constater que dans la tradition biblique, il y a une priorité de l’ouïe sur la vue. Écouter nécessite du temps pour que la parole ou la musique s’exprime, L’image peut être instantanée, comme pour la photo ou le tableau. Il ne peut y avoir un arrêt sur son comme un arrêt sur image. La vue est liée à l’espace. Il y a donc priorité du temps sur l’espace. L’espace comme la nature est du domaine de la vue. Alors que le temps, la durée et par conséquent l’histoire sont du domaine de l’ouïe. Si l’histoire a un sens, une signification, il importe que nous l’écoutions, que nous lui soyons obéissants pour mieux orienter ce qu’il convient de faire.

Toute la pédagogie d’Israël commence par l’écoute. Schma Israël. « Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’Unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. Ces paroles que je te donne aujourd’hui resteront dans ton cœur. Tu les rediras à tes fils, tu les répéteras sans cesse, à la maison ou en voyage, que tu sois couché ou que tu sois levé ; tu les attacheras à ton poignet comme un signe, elles seront un bandeau sur ton front, tu les inscriras à l’entrée de ta maison et aux portes de ta ville. » (Dt 6, 4-9). C’est la prière d’Israël que les juifs pratiquants récitent trois fois par jour.

Naassé Venichma.

Le livre de l’Exode exprime la pédagogie de Dieu à Israël qui a bien compris quand le peuple répond : « Tout ce que le Seigneur a dit, nous le ferons et nous écouterons. » (Ex 24, 7).

Le verbe obéirons, employé ici, est également de la même racine que schama, écouter. Il s’agit d’accomplir, de mettre en pratique en toute confiance et en premier lieu, pour mieux écouter, mieux entendre, mieux comprendre la Parole de Dieu. Nous sommes à l’opposé des pédagogies actuelles et des techniques de développement personnel où il faut expérimenter par soi-même et certainement non pas obéir à une parole. La confiance en une Parole qui dit vrai juste et bon, la Parole de Dieu ne se discute pas, elle nous éprouve afin que nous en apercevions un peu de la profondeur largeur et hauteur. En Ep 3, 17-19 : « Que le Christ habite en vos cœurs par la foi ; restez enracinés dans l’amour, établis dans l’amour. Ainsi vous serez capables de comprendre avec tous les fidèles quelle est la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur… Vous connaîtrez ce qui dépasse toute connaissance : l’amour du Christ. Alors vous serez comblés jusqu’à entrer dans toute la plénitude de Dieu. »

Rapport entre Foi et écoute.

« Or la Foi naît de ce que l’on entend ; et ce que l’on entend, c’est la parole du Christ. » (Rm 10, 17). Comme l’apprentissage de la langue maternelle permet de distinguer, de nommer ce qui était flou et confus, l’écoute de la Parole de Dieu donne à voir à discerner ce qui était invisible auparavant. La Foi à pour origine fides en latin, de même que fidélité, fiabilité, confiance. Ainsi, loin de toute subjectivité, la Foi est stable, point d’appui sur lequel nous pouvons fonder et bâtir notre vie.

Luc nous relate l’importance de l’écoute, sans doute d’après le témoignage direct de la Vierge Marie, de la rencontre avec sa cousine Élisabeth.

« Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi. Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. » (Lc 1, 41-45).

Le premier des disciples s’appelle Shimon de la racine schama, celui qui écoute. Il deviendra Pierre. Ce qui donne une signification très particulière à la conclusion de la première catéchèse de Jésus sur la montagne des chapitres 5, 6 et 7 de Matthieu : « Ainsi, celui qui entend les paroles que je dis là et les met en pratique est comparable à un homme prévoyant qui a construit sa maison sur le roc. La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, les vents ont soufflé et se sont abattus sur cette maison ; la maison ne s’est pas écroulée, car elle était fondée sur la pierre. (Mt 7, 24-25).

La première lettre de Pierre donnera une signification plénière et finale à cette pierre : « Approchez-vous de lui : il est la pierre vivante rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse devant Dieu. Vous aussi, comme pierres vivantes, entrez dans la construction de la demeure spirituelle, pour devenir le sacerdoce saint et présenter des sacrifices spirituels, agréables à Dieu, par Jésus Christ. » (1 P 1, 4-5).

« En obéissant à la vérité, vous avez purifié vos âmes pour vous aimer sincèrement comme des frères ; aussi, d’un cœur pur, aimez-vous intensément les uns les autres, car Dieu vous a fait renaître, non pas d’une semence périssable, mais d’une semence impérissable : sa parole vivante qui demeure. » (1 P 1, 22-23)

« Celui qui a des oreilles pour entendre qu’il entende. » (Mc 4, 9.23 ; Mt 11, 15 ; Lc 8, 8). Et dans l’apocalypse : « Celui qui a des oreilles qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Églises. » (Ap 2, 7. 11. 17. 29).

Le psaume 39, 7-8 : « Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice, tu as ouvert mes oreilles ; tu ne demandais ni holocauste ni victime, alors j’ai dit : « Voici, je viens ».  Dans le livre, est écrit pour moi ce que tu veux que je fasse. Mon Dieu, voilà ce que j’aime : ta loi me tient aux entrailles… »

Tu as ouvert mes oreilles, ou plus littéralement tu m’as creusé les oreilles, devient singulièrement tu m’as formé un corps, dans la lettre aux Hébreux 10, 5-7 : « Aussi, en entrant dans le monde, le Christ dit : Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m’as formé un corps. Tu n’as pas agréé les holocaustes ni les sacrifices pour le péché, alors, j’ai dit : Me voici, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté, ainsi qu’il est écrit de moi dans le Livre. »

La Vierge Marie, venant d’accoucher, sur le tympan de l’entrée droite de la cathédrale de Chartres, est représentée allongée avec une main tendant l’oreille. La Foi vient de l’écoute et l’incarnation du Verbe qui se fait chair est liée à l’écoute de la Vierge Marie et à son oui à l’annonce de l’ange Gabriel.

Voyez ce que vous entendez

Il est une expression singulière dans l’Exode : « Tout le peuple voyait les voix. » (Ex 20, 18). Le peuple hébreu, en recevant les Tables de la Loi, au pied du mont Sinaï, voyait les voix. Voir la Parole est une expérience étonnante que nous retrouvons dans l’Évangile de Marc si nous traduisons mot à mot du grec. « Voyez ce que vous entendez. » (Mc 4, 24).

Existe-t-il une telle adéquation entre ce qui dit et ce qui est vu ? Ou plutôt ce qui est dit donne-t-il une nouvelle vision de la réalité ? Ce regard de Foi naît de l’Écoute et permet de Voir ce que nous entendons. N’est-ce pas l’expérience même des disciples d’Emmaüs ?

Nous retrouverons une forme altérée et toxique, du mélange vue et audition, dans certaines expériences psychocorporelles du New-Age.

Mains-Pieds. Domaine de l’action et du tangible.

Dieu se révèle à Moïse au buisson ardent. « Moïse était berger du troupeau de son beau-père Jéthro, prêtre de Madiane. Il mena le troupeau au-delà du désert et parvint à la montagne de Dieu, à l’Horeb. L’ange du Seigneur lui apparut dans la flamme d’un buisson en feu. Moïse regarda : le buisson brûlait sans se consumer. Moïse se dit alors : « Je vais faire un détour pour voir cette chose extraordinaire : pourquoi le buisson ne se consume-t-il pas ? » Le Seigneur vit qu’il avait fait un détour pour voir, et Dieu l’appela du milieu du buisson : « Moïse ! Moïse ! » Il dit : « Me voici ! » Dieu dit alors : « N’approche pas d’ici ! Retire les sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte ! » Et il déclara : « Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob. » Moïse se voila le visage, car il craignait de porter son regard sur Dieu. » (Ex 3, 1-6).

Pour se mettre en présence de Dieu et écouter sa Parole, Moïse doit retirer les sandales de ses pieds. En ôtant ses chaussures, il devient vulnérable, incapable de toute action, il demeure présent à ce qui advient, sans fuite possible. Retirer ses chaussures, c’est également entrer dans une intimité, on retire ses chaussures dans sa chambre. En ôtant ses chaussures Moïse entre dans un cœur à cœur avec Celui qui est.

L’annonce de la paix et du salut, dans l’Ancien Testament, se réalise grâce à l’action des pieds en marche. L’anthropologie biblique est très concrète et il est dommage que l’actuelle traduction liturgique de la Bible traduise pieds par pas.

« Comme ils sont beaux sur les montagnes, les pieds du messager, celui qui annonce la paix, qui porte la bonne nouvelle, qui annonce le salut, et vient dire à Sion : « Il règne, ton Dieu ! » (Is 52, 7).

Saint Paul reprendra la même expression pour l’Annonce de la Bonne Nouvelle. « Il est écrit : comme ils sont beaux, les pieds des messagers qui annoncent les bonnes nouvelles ! » (Rm 10, 14).

Jean-Baptiste va encore plus loin : « je ne suis pas digne de m’abaisser pour défaire la courroie de ses sandales. » (Mc 1, 7). Non seulement il ne se dit pas digne de laver les pieds du maître comme l’esclave ou le serviteur le faisait, mais de plus Jean-Baptiste ne s’estime pas digne de délier la courroie des sandales des pieds de Jésus. Il ne se sent pas digne d’arrêter Celui qui marche. Celui qui est et annonce le Salut et la Paix.

Marie de Béthanie, elle, osera oindre les pieds de Jésus, avec un parfum de nard pur, de grand prix (Jn 12, 3).

Jésus lavera lui-même les pieds de ses disciples au moment de la dernière Cène, juste avant sa Passion.

« Qu’ils sont beaux les pieds de ceux qui annoncent la paix. »

C’est dire l’importance de ceux qui se mettent en route, en marche pour proclamer l’Heureuse Annonce. En marche en route c’est ainsi que l’on peut traduire, le mot hébreu ashrey. Ashrey pourrait également dériver de la racine yasha être droit, être juste. Ce même mot est employé par Jésus dans les Béatitudes. Le bonheur dans l’anthropologie biblique est mouvement orienté vers la vie, il est aussi action, action droite et juste, l’objectif est clair.

Hatta’t, le verbe Hata’veut dire louper la cible, viser à côté du but. C’est un geste qui n’atteint pas son but, une attitude maladroite qui est à la base de ce mot traduit par péché. Le but de la vie est d’aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toutes ses forces et d’aimer son prochain comme soi-même. Eh bien pécher, c’est louper cette cible, c’est être infidèle à l’Alliance de Dieu et trahir l’Amour. Quant à Satan, c’est celui qui fait obstacle, écran, et obscurcit le chemin.

Les psaumes

L’Église catholique depuis son origine et à la suite du Christ rythme sa prière tout au long des jours avec les 150 psaumes de l’Ancien Testament. Il est intéressant d’en chercher l’étymologie. Psaume vient de la racine d’un verbe grec psallô qui signifie : faire vibrer la corde d’un instrument. Vibration de tout l’être tourné vers son Dieu, nous y reviendrons dans le geste de l’inclination profonde fait plus de cent fois par jour dans les traditions monastiques.

Le psaume invitatoire à la prière des laudes exhorte à cette attitude : « Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous, à genoux devant le Seigneur qui nous a fait. » (Ps 94, 6).

À genoux a été traduit par adorons dans la traduction de la bible liturgique. Ce qui est dommage quant à la prise en compte de cette attitude corporelle qui dit l’intention du cœur et du corps. Car Berakah employé dans la Bible, désigne étymologiquement l’articulation, spécialement du genou. Elle évoque aussi les organes de la génération qui ont un caractère sacré : on jure en les touchant.[5]

La racine Berakah se trouve par exemple, dans le psaume 102, versets 1 et 2, traduite cette fois par bénis. « Bénis le Seigneur, ô mon âme, bénis son nom très saint, tout mon être ! Bénis le Seigneur, ô, mon âme, n’oublie aucun de ses bienfaits ! »

« Devant moi, tout genou fléchira. » (Is 45, 23). Comment se fait-il que genou veuille également dire bénédiction ?

Le même mot se retrouve en arabe et est passé dans le français courant ; baraka, avoir la baraka : « faveur divine qui donne la chance[6] » Le chameau baraque, s’agenouille pour déposer ses charges et en recevoir d’autres. S’agenouiller est un geste qui exprime la disposition de se mettre au service. Obrigado en portugais et en vieux français je suis votre obligé. C’est précisément cette attitude de disponibilité, de se mettre à la disposition de faire la volonté de Dieu qui attire sa bénédiction. La bénédiction s’exprime alors par la fécondité et la croissance dans la vie et les actions de celui qui agit pense et dit selon la volonté de Dieu. « Dieu bénit l’homme et la femme et leur dit : « Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. » (Gn, 1, 28).

Prier de tout son être

Mt 7,7 : « Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. »

Nous retrouvons la tripartie de l’être humain, la bouche pour demander, le cœur pour chercher et les mains pour frapper à la porte.

Lc 11, 9-10 : Moi, je vous dis : « Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; à qui frappe, on ouvrira. »

Pour cela, il est nécessaire d’opérer des choix pour purifier l’intention, l’orientation et l’acte.

« Et si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la. Mieux vaut pour toi entrer manchot dans la vie éternelle que de t’en aller dans la géhenne avec tes deux mains, là où le feu ne s’éteint pas. Si ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-le. Mieux vaut pour toi entrer estropié dans la vie éternelle que de t’en aller dans la géhenne avec tes deux pieds. Si ton œil est pour toi une occasion de chute, arrache-le. Mieux vaut pour toi entrer borgne dans le royaume de Dieu que de t’en aller dans la géhenne avec tes deux yeux, là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas. » (Mc 9, 42-48).

Marc commence par la main, c’est-à-dire la réalisation de péché qu’il faut trancher, puis le pied qui conduit au péché, et finalement l’œil qui est la source de la convoitise. C’est une pédagogie et une progression ô combien réaliste, dans l’analyse objective du scénario qui conduit à louper la cible : aimer et être aimé !

Selon une prière de la liturgie mozarabe :

« Mets dans nos cœurs des désirs que tu puisses combler. Mets sur nos lèvres des prières que tu puisses exaucer. Mets dans nos œuvres des actes que tu puisses bénir ».

 L’Annonce de l’Évangile, cœur-langue-mains

Le kérygme ou kêrygma est la proclamation de Jésus-Christ mort et ressuscité. Il est donc de l’ordre de la bouche et des oreilles. Dans la Trinité, la Parole de Dieu, c’est le Fils.

La communion ou koinônia procède du partage de la mise en commun et de la participation. Elle est donc de l’ordre de l’union des cœurs. Le cœur de Dieu, c’est le Père

La diaconie ou diakonia est le service, la mise en pratique qui relève donc des mains des pieds. La main de Dieu, c’est l’Esprit.

Paul Claudel a magnifiquement souligné cette tripartie de l’être, la vue associée au cœur, la langue associée à l’ouïe, les mains associées à l’action : « La vue est l’organe de l’appropriation active, de la conquête intellectuelle… L’ouïe est celui de la réceptivité… L’œil et l’oreille sont les organes de l’intelligence, mais c’est par le toucher que nous parvenons à l’étreinte, qui est compréhension[7]. » P. Claudel dans L’œil écoute.

Ani. Le mot ani provient de la racine anah être courbé penché et par extension, abaissé, accablé, humilié. Il est donc lié à l’origine à une attitude corporelle. La Bible accorde une importance particulière à ces personnes, que sont les pauvres ou les humbles, courbées par le poids de ce qu’elles vivent.

« Dieu se lève pour juger, pour sauver tous les humbles de la terre. » (Ps 75, 10).

L’enseignement intime de Jésus se fait à Béthanie, dont le nom veut précisément dire, maison du courbé, de l’humble, du pauvre.

Les humbles ou les pauvres de cœur sont une option préférentielle pour le Royaume de Dieu. « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. » (Mt 5, 3).

L’humilité est un des deux attributs du cœur de Jésus avec sa douceur.

« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. » (Mt 11, 28-30).

L’humilité du cœur Jésus nous ouvre au Royaume de Dieu et sa douceur nous permet d’entrer dans la terre promise.

« Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux… Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage. » (Mt 5, 3 et 5).

La prière par excellence que Jésus enseigne à ses disciples le Notre Père contient cette demande à Dieu « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel »

Incarnation qui invite tout l’être à entrer dans une dimension nouvelle : la vie théologale.

Hén, le sens premier de cette racine est physique, c’est se pencher, se pencher avec grâce dans un geste pur simple et beau. Ainsi le prénom Jean, Yohan, peut se traduire par Dieu se penche ou Dieu fait grâce et celui d’Anne signifie grâce. Dans le Magnificat Dieu se penche sur son humble servante. Le lieu de la rencontre est quand Dieu se penche et fait grâce et que l’homme est penché dans l’humilité.

Hén va de pair avec rahamim, la miséricorde. Il s’agit là aussi d’une racine qui a pour sens premier, les entrailles de la femme, le lieu de la gestation. La miséricorde de Dieu son pardon est une matrice qui donne vie à l’homme nouveau. Ainsi Nicodème, riche de toute la connaissance d’Israël demande à Jésus : « peut-on entrer une seconde fois dans le ventre de sa mère et renaître ? » Et Jésus lui répond : « Personne, à moins de naître de l’eau et de l’esprit ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. » Seule la miséricorde de Dieu peut engendrer cette nouvelle naissance.

Hén et rahamim, grâce et miséricorde sont à la base des deux attributs de l’Alliance de Dieu avec les hommes dans l’Ancien Testament. Cette charte de l’Alliance se situe dans le livre de l’Exode 34, 6 : « Yahvé, Yahvé, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité. » Cette Alliance trouve son accomplissement dans l’incarnation. Jésus est le fruit des entrailles de la Vierge Marie. Dieu choisit pour incarner sa miséricorde, le sein de la Vierge Marie.

Shalom, la Paix. La racine shalem signifie être parfait, complet, solide, et par extension, en bonne santé. Mais elle a aussi un autre sens : payer, acquitter ses dettes. En fait shalem correspond davantage à la notion de justice plus qu’à celle de paix.

Amen. En hébreu la racine est riche de signification, c’est s’appuyer sur quelque chose de solide. Être en sécurité, en sûreté. Faire confiance. Être fidèle. Confirmer que c’est vrai, fiable, droit. Prendre un engagement.

Ce n’est pas seulement affirmer que c’est la vérité et y adhérer, c’est aussi prendre l’engagement d’agir selon cette vérité.

Amen est optatif : qu’il en soit ainsi, et déclaratif : il en est ainsi.

Saint Augustin précisait dans son sermon contre les pélagiens : « Amen est votre assentiment, votre consentement, votre approbation. »

« Ainsi parle l’Amen, le Témoin fidèle et vrai, le Principe des œuvres de Dieu. » (Ap 3, 14).

« A Lui la gloire pour les siècles des siècles. Amen. » (2 Tm 4, 1)

Pour un discernement

Pour rendre le message de la Révélation plus audible, théologiens et responsables pastoraux contemporains, dans un souci de bienveillance et de dialogue, certes louable, peuvent « pasteuriser » ce message, à tel point qu’il ne soit plus une pierre d’achoppement. Or c’est la vérité qui nous rend libres. Bien sûr nous ne sommes pas la Vérité et ne pouvons pas la détenir tout entière, mais nous croyons en Celui qui a dit : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu. » (Jn 14, 6-7). Nous croyons également au dépôt de la Foi dans la tradition apostolique. C’est-à-dire, nous croyons à la justesse de la lecture et des commentaires des Écritures Saintes par les Pères de l’Église et à leur suite, à l’interprétation magistérielle de ces Écritures et de cette tradition.

Or il ne faut en aucun cas pervertir le sens de l’Écriture suivant une interprétation qui semble pertinente, mais qui en édulcorerait les promesses de vie qui en sourd, grâce au Souffle Saint. Voici ce que disait saint Irénée que nous retrouverons dans le prochain exposé. « Enflés d’une Gnose (connaissance) au nom usurpé, ils admettent volontiers les Écritures, mais ils en pervertissent l’interprétation. »[8]

Ou bien encore : « […] C’est en transposant et en transformant les paroles du Seigneur et en les faisant passer d’un sens à un autre qu’ils séduisent beaucoup d’adeptes par leurs fantasmagories cohérentes. »[9]

Et Justin, le saint patron des philosophes, appuyait sa pensée sur une connaissance sensible, plus que sur des spéculations : « Car, pour ce qui n’est pas compris que d’une façon spéculative, le critère de vérité reste notre connaissance sensible et en dehors de ce critère, il n’en existe pas d’autre. »[10]

C’est ainsi que saint Justin parlant des prophètes écrivaient : « […] remplis de l’Esprit-Saint, ils ne disaient que ce qu’ils avaient « vu et entendu » […] Ce n’est pas sous une forme de démonstrations abstraites qu’ils ont parlé : au-dessus de toute démonstration, ils étaient les témoins fidèles de la vérité. »[11]

Ainsi pour mieux distinguer et discerner, il s’agit de nous décentrer, car la pensée biblique n’est pas à concevoir du point de vue de l’homme, mais du point de vue de Dieu. La Révélation biblique est théocentrique. Cependant elle est profondément existentielle. La Révélation a pour objectif permanent de faire prendre conscience aux hommes des rapports existentiels et vitaux entre les quatre relations détruites ou perturbées par le péché : relation à Dieu, à soi-même, aux autres et à la nature.

L’anthropologie biblique est toujours concrète, incarnée. La description du monde visible comme invisible est souvent relative à notre expérience corporelle. Sa perspective est communautaire, même si elle peut s’inscrire dans des histoires singulières.

Elle est dynamique et linéaire elle a une origine, une trajectoire et une finalité. Chaque histoire s’inscrit dans cette dynamique. L’homme création ex nihilo, ne trouve sa promotion, sa vocation et son parachèvement qu’en étant orienté vers sa plénitude en Dieu.

À la suite de la théologie des Pères de l’Église, elle est typologique. Tout est contenu dans le commencement comme le chêne est contenu dans le gland. Chaque étape déploie en l’explicitant les figures ou les types précédents. Les promesses de la Révélation s’accomplissent et trouvent leur plénitude en Jésus-Christ.

Bertran Chaudet

Bibliographie

L’œuvre intégrale de Marcel Jousse.

Dom Pierre Miquel, Les Mots clés de la Bible. Les classiques bibliques, Beauchêne Paris 1996.

Eisenberg et A. Abécassis. À Bible ouverte, t. I, II, III, IV. Collection Présence du judaïsme, Albin Michel.

Cahiers Évangile. Cœur, langue, mains dans la Bible, CE n° 46. Petit dictionnaire des Psaumes, CE n° 71. 50 mots de la Bible, CE n° 123.

Père H. Lassiat. L’actualité de la catéchèse apostolique. Ed Présence. 1979.

Xavier Léon-Dufour, Dictionnaire du Nouveau Testament. Livre de vie, Éd du Seuil, 1996.

Dhorme, L’emploi métaphorique des noms des parties du corps en hébreu et en akkadien, Geusthner, 1966.

Bernard Frinking, La Parle est tout près de toi. Paris-Bayard Éd Centurion, 1996.

Pierre Schaeffer, La Parole notre amie. Christ source de vie n° 259, 1984.

Marie-Hélène Dechalotte, L’homme de Bethsaïde. Éd Médiaspaul, 2017.

Notes

[1] La phylogenèse est l’histoire évolutive à travers les générations d’une espèce ou d’un groupe d’espèces apparentées.

[2] L’ontogenèse regroupe les processus qui concourent au développement d’un individu dès sa conception.

Selon le zoologiste allemand, Ernst Heinrich Haeckel (1834-1919), le développement embryonnaire (l’ontogenèse) reproduit fidèlement les étapes traversées au cours de l’évolution de l’espèce (phylogenèse).

[3] J.Eisenberg et A Abécassis. À Bible ouverte, t. I, p. 51-52. Collection Présence du judaïsme, Albin Michel. 1991

[4] En grec : akouô avec hypo, donne hypakouô : obéir

[5] Dom Pierre Miquel, o.s.b. Les Mots clés de la Bible. Les classiques bibliques, Beauchêne Paris 1996.

[6] Définition du Petit Dictionnaire Larousse.

[7] P.Claudel, L’œil écoute, Gallimard 1946, p.34 et 92.

[8] Saint Irénée. Contre les hérésies. Dénonciation d’une gnose au nom menteur. III, 12, 12. p. 330-331. Ed du Cerf. 1985

[9] Ibid. p. 54. I, 8, 1.

[10] Justin, Fragment 1, Éd. Albert Hamann, 1958.

[11] Justin, Dial. 7/1-2, Éd. Albert Hamann, 1958.

La kinésiologie

Extrait du livre : Nouvelles croyances, thérapies alternatives : des dérives possibles. Denis Lecompte, Bertran Chaudet. Sarment éditions du jubilé novembre 2008.

Le terme est issu de kiné (mouvement) et signifie donc la science du mouvement. C’est une thérapie physico-émotionnelle. Il s’agit, par des exercices ou des mouvements sur le corps, de restaurer un équilibre énergétique perturbé à différents niveaux, à la suite de différentes causes. On est ici dans une méthode holistique, c’est-à-dire que la kinésiologie entend travailler sur le corps dans sa totalité.

Historique

(d’après Manuel pratique de kinésiologie, la santé par le toucher / JeanClaude Guyard, Éd. Souffle d’or, 2003)

La kinésiologie est née aux Etats-Unis. Elle se réclame de toute une recherche sur le corps depuis la fin du XIX ème siècle. Elle se situe dans la lignée des recherches du docteur Palmer, fondateur de la chiropractie qui mit en valeur, par un travail d’ajustement vertébral, une action à distance d’une région du corps sur une fonction.

Dans les années 1960, un autre chiropracteur, le Dr Goodheart établit une interaction possible entre les muscles, les organes et les méridiens d’acupuncture, avec une relation entre le stress et le tonus musculaire. C’est lui qui mit au point le principe du test musculaire énergétique.

Dans les années 1970, le Dr John Thie donne une diffusion large à ce qui sera la base de la kinésiologie dans son livre « Touch for Health» (santé par le toucher). Il répertorie 14 muscles principaux et 28 muscles additionnels. Il propose alors une méthode de guérison, fondée sur l’utilisation de points neuro-vasculaires et sur le balayage des méridiens, qui se fait à une faible distance du corps. On appelle alors guérison la disparition des symptômes.

Dans les années 1980, aux Etats-Unis et en Europe, le test musculaire commence à être utilisé pour interroger le corps sur tous les besoins de l’être humain et même de l’animal, par transfert.

Progressivement s’est donc mis en place un système d’analyse du corps qui permettrait de montrer que se renvoient l’un à l’autre les réseaux structurels, lymphatiques, neurologiques, psychologiques, vasculaires, nutritionnels, chimiques et énergétiques; de même, par l’interrogation du tonus musculaire, on pourrait remonter de l’effet constaté à la cause de cet effet. Les kinésiologues ont adapté des outils empruntés aux orthoptistes, aux orthophonistes, aux psycho-motriciens, aux ostéopathes. On utilise aussi les fleurs de Bach, l’affirmation positive, la symbolique ésotérique, le yoga, la neurologie, la gestion mentale …

En France, en Belgique et en Suisse notamment se développent les formations de kinésiologie, soit par le biais de quelques grands centres, soit sur des initiatives individuelles. L’interrogation du terme kinésiologie sur Google en est la vitrine.

Branches de la kinésiologie

Partant de l’outil de base qu’est le test musculaire, de nombreuses applications de la kinésiologie ont vu le jour.

Edu-kinésiologie ou kinésiologie éducative (mise au point par le docteur Dennison). Après avoir longuement détaillé les spécificités des deux hémisphères du cerveau, cette branche de la kinésiologie analyse les mécanismes du cerveau lors de l’apprentissage et explique toutes les difficultés d’apprentissage par une mauvaise connexion entre le cerveau droit et le cerveau gauche. Elle propose, en guise de correction, des mouvements permettant de croiser les côtés droit et gauche du corps, trouvés par le test musculaire (exercices dits de cross-crawl, tributaires souvent du bon sens ou empruntés au yoga). De fait, c’est souvent par le biais des difficultés scolaires des enfants que les parents pénètrent dans l’univers de la kinésiologie. De nombreux enseignants la proposent dans leurs cours comme méthode pédagogique associée.

Touch for Health ou santé par le toucher (mise au point par le docteur Jonh Thie). Cette branche considère qu’en touchant certains points du corps (issus notamment des méridiens d’acupuncture), on peut guérir de nombreux maux. Après une interrogation de chaque muscle important du corps, elle propose de renforcer un muscle testé faible, plutôt que de relâcher le muscle douloureux; elle veut agir sur les relations entre les différents réseaux du corps déployés ci-dessus. Chaque muscle est relié à un problème affectif, ainsi le corps a le pouvoir de s’auto guérir dans toutes ses dimensions.

Trois concepts en un (développé par Daniel Whiteside) approfondit l’intégration entre le corps et l’esprit. Il s’agit de désamorcer les émotions du passé qui bloquent notre présent. Par le test dit du « baromètre du comportement» on touche à de nombreuses blessures psychologiques.

L’aura kinésiologie (récemment mise au point par Jean-Claude Guyard) a permis « d’ouvrir à toute personne sensible aux énergies subtiles un domaine jusqu’à présent réservé aux initiés ». (kinésiologie.fr site Internet).

Hyper-texton (mis au point par Franck Mahony) est utilisé dans les milieux sportifs et s’intéresse à l’hyper tonicité musculaire que l’on corrige par l’alternance de légères contractions à l’inspiration, et de légers étirements à l’expiration.

PKP (professional kinsesiology practitioner du Dr Bruce Dewe) se présente comme la grande synthèse de toutes les branches; elle utilise surtout les modes digitaux c’est-à-dire tout un système de gestes symboliques exécuté sur les doigts. Il est dit de ce système qu’il a été défini et utilisé depuis des milliers d’années pour équilibrer l’énergie dans le corps, et qu’il appartient au monde de l’Egypte, de la Grèce, de la Chine et de l’Inde.

De très nombreuses autres applications voient également le jour (allergies, dentiste, vétérinaire), chacune faisant l’objet d’une marque commerciale déposée.

Les piliers de la kinésiologie : le test musculaire, le baromètre du comportement, la récession d’âge.

La clé de voûte de la kinésiologie est le test musculaire qui évalue le niveau énergétique d’un être vivant par une technique manuelle simple. Il se veut différent du test qu’utilisent les kinésithérapeutes en ce qu’il n’évalue pas la résistance du muscle. On lui donne lors des cours des explications physiologiques et neurologiques complexes.

Mais, finalement, « il n’est pas nécessaire de comprendre le phénomène; il s’agit de l’expérimenter: c’est suffisant pour que cela soit efficace» (Paul Dennison, kinésiologie, le plaisir d’apprendre, Éd. du Souffle d’or, 1988) et « mieux vaut une méthode dont on ignore pourquoi elle guérit qu’une méthode dont on sait pourquoi elle devrait guérir» (site kinésiologie.fr)

Concrètement il s’agit d’exercer une légère pression sur un muscle, par exemple le bras du patient. Quand il y a un stress dans le corps, le tonus du muscle se modifierait instantanément, l’énergie se bloquerait, le muscle lâcherait. Partant de là on dira qu’un bras qui résiste à cette pression teste fort et équivaut à une réponse positive à une question posée, et qu’un bras qui tombe teste faible et équivaut à une réponse négative à une question posée. Le test musculaire qui est à l’origine une simple interrogation du corps devient donc par une traduction rapide un moyen de communication verbal, entre deux personnes qui peuvent ne pas se parler ! Il est à la fois un outil de diagnostic et de correction thérapeutique.

Lors de l’interrogation du mal-être de la personne, les kinésiologues ont cru constater que « le fait de poser une question directe et honnête ne garantit pas une réponse directe et honnête ». Il faut donc avoir accès à l’inconscient et à la mémoire du corps qui, eux, ne mentent pas et peuvent seuls donner la bonne réponse. Les patients ont pu mettre en place des réponses inattendues ou inversées qui sont considérées comme des « sabotages », c’est-à-dire des barrières mises en place par l’inconscient : il faut les supprimer absolument.

Le test musculaire se fonde donc sur l’idée que le corps entier a une mémoire : chaque muscle, nerf, tissu, cellule, ayant participé à une expérience s’en souviendra et pourra être reprogrammé si l’on a identifié la cause émotionnelle qui a provoqué le traumatisme. On trouvera l’émotion vécue grâce au baromètre du comportement. Ce baromètre du comportement est une sorte de tableau hiérarchisé des émotions positives et négatives.

« Il a été conçu de manière non intellectuelle, personne ne l’a pensé. Il s’est construit sur le test musculaire.» Il a un « pouvoir ». Ses mots ont « une signification presque magique ». (Manuel de cours de « trois concepts en un », institut belge de kinésiologie, 1998)

Si le corps a une mémoire et que l’on peut l’interroger avec des réponses simples et précises par le test musculaire, il va être possible d’interroger des âges antérieurs de la personne. Cela se fera lors de la récessions d’âge.

« Il ne s’agit en aucun cas d’une méthode de suggestion, mais d’une énergie du passé qui est réactivée. Cette pratique n’a pas d’effet secondaire car la personne visualise le passé avec son regard actuel. Elle a l’impression qu’elle a voyagé dans le temps pendant quelques instants … Il faut juste être vigilant à ne pas la laisser dans le passé» (Jean-Claude Guyard, Manuel pratique de kinésiologie, déjà cité).

La philosophie qui sous-tend la kinésiologie

La kinésiologie souffre d’un manque de définitions précises concernant les concepts – corps physique, âme, esprit, énergie -, le tout accentué par des problèmes de traduction des documents fondateurs. Mais finalement cela a peu d’importance pour les adeptes car on se trouve dans une conception énergétique de l’homme: « le corps et la psyché sont comparables aux côtés pile et face d’une pièce de monnaie, la tranche représentant l’énergie qui relie l’ensemble » (site kinésiologie.fr). La kinésiologie s’adresse au corps spirituel de l’homme,

le terme « spirituel » décrivant ici « une qualité, une longueur d’onde, une fréquence intérieure de l’homme qui a toujours été présente en lui. Il ne faut pas confondre cette qualité avec les croyances qui peuvent lui servir de support. » (Jean-Claude Guyard, déjà cité). « La kinésiologie utilise une force d’énergie, mais peu de gens comprennent la nature de cette force, et peu savent l’utiliser, on peut l’appeler chi, prana, énergie cosmique, amour» (Paul Dennison, Kinésiologie, le plaisir d’apprendre, Le souffle d’or, 1988).

Lorsqu’on teste une personne, on pénètre dans son espace vital : « Représentez-vous une couche d’environ 50 centimètres qui vous entoure et qui entoure également votre partenaire. Quand vous pénétrez dans cet espace, vous entrez dans le champ d’énergie de l’autre et vous mêlez son énergie à la vôtre. Votre énergie affecte la sienne et réciproquement. D’où la précaution à prendre de protéger son champ d’énergie comme derrière un boulier contre tout élément négatif que la personne testée pourrait vous transmettre » (Paul Dennison, déjà cité). Ailleurs, il est pourtant dit que les tests sont inoffensifs s’ils sont pratiqués avec amour et confiance.

La kinésiologie emprunte à la philosophie chinoise sa conception du corps selon le Yin et le Yang ainsi que le fait que chaque partie appartient au tout et ne peut en être séparée : chaque partie peut permettre d’accéder au tout. On y retrouve une réflexion sur les cinq éléments, sur les méridiens d’acupuncture. Aux cinq éléments sont associés cinq corps, qui correspondent à peu près aux corps définis par la doctrine ésotérique : le corps physique, le corps mental, le corps émotionnel, le corps essentiel (dans lequel les Chakras agissent), le corps facteur X (qui recouvre les autres et englobe le corps astral et le corps étérique). Il est possible de tester la capacité de chaque corps à accepter les bénéfices de la séance de kinésiologie (stage « trois concepts en un »). C’est par un emboîtement de ces corps que l’on atteint une dimension spirituelle : «Lorsque les souffrances physiques ou morales sont calmées, apparaissent ces besoins de transcendance auxquels répond la découverte du meilleur de soi-même» explique alors Guyard (livre déjà cité).

La kinésiologie veut se démarquer de la médecine universitaire, en ce sens qu’elle dit prendre en compte la dimension psychologique de la personne que les médecins conventionnels auraient oubliée. En effet, le consultant n’est plus dans une demande de prise en charge, mais se trouve le partenaire de sa propre guérison: il ne peut guérir que s’il le veut vraiment. « Nous allons mieux, uniquement dans la mesure où nous croyons que nous pouvons aller mieux» (cours « trois concepts en un », janvier 1998, institut belge de kinésiologie). « Les approches conventionnelles (de la santé) n’ont pas réellement donné beaucoup de résultat, n’est-ce pas? Malgré tous les progrès scientifiques actuels, les gens sont encore aussi fous qu’il y a 600 ans. » C’est donc la défiance qui est conseillée envers les approches conventionnelles.

Pour éviter l’accusation d’exercice illégal de la médecine, le discours est ambigu : on ne dira jamais que le patient n’a pas besoin de tel médicament, mais on testera par le test musculaire l’opportunité du médicament. Il est répété dans les formations que le kinésiologue n’est pas un thérapeute, mais un facilitateur. Il est bien spécifié, dans toutes les introductions de manuels de cours, que la kinésiologie n’est pas « un moyen de diagnostic ou de prescription pour une quelconque maladie d’un quelconque lecteur (…). Les personnes qui utilisent les tests et les procédures de correction le font sous leur entière responsabilité ». Et si les résultats promis ne sont pas là, c’est que « ce n’est pas le moment ».

Au-delà de la santé physique, il s’agit de changer de « système de croyance ». Notre ancien système de croyance, « qui a fait échouer nos arrière-grands-parents, nos grands-parents, nos parents, ne nous a pas appris que chaque humain est un individu unique, ne nous a pas appris que le fait d’admettre ses erreurs est une vertu et que changer d’avis est tout à fait naturel ». (Introduction du cours « trois concepts en un ». ) Or, grâce à la kinésiologie, tout ira mieux, car « le système que nous utilisons fonctionne, les gens changent pour le mieux et ces changements sont permanents. »

 

Le témoignage de Marguerite

Kinésiologie : un témoignage

Ecrire ce témoignage sur la kinésiologie m’a coûté. Il m’est pénible de revenir sur cette période encore récente de ma vie; mais il m’est encore plus insupportable d’entendre tellement de gens autour de moi se vanter des mérites de leur kinésiologue ou d’une autre médecine énergétique. Je fais mienne cette parole de Saint Paul : «vous étiez dans les ténèbres, maintenant vous êtes dans la lumière ».

Cette plongée dans l’univers énergétique m’a amenée à de très nombreuses recherches dans des livres, des cassettes, à des rencontres avec des spécialistes… Je suis donc actuellement à même de comprendre en partie comment cela fonctionne et pourquoi j’ai plongé dans cet univers. Dans cette démarche, plusieurs personnes m’ont accompagnée; qu’elles en soient remerciées! Par la justesse de leurs questions, elles m’ont aidée à faire la lumière … Cela a été pour moi une expérience immense de consolation fraternelle.

Après un déménagement difficile et une grande période de fatigue, je me sentais disponible pour une nouvelle orientation professionnelle. En tant que professeur de français, je remettais en cause ma pratique: je me sentais déstabilisée par les enfants en difficulté scolaire et impuissante. J’avais l’impression que même le soutien extrascolaire était inefficace, qu’on leur rajoutait des connaissances, sans avoir accès à la racine même de la difficulté de leur apprentissage.

Or j’avais, dans les années 1990, entendu parler de la kinésiologie comme d’une discipline permettant justement, par l’interrogation du corps, de remonter à la source des traumatismes et ainsi de gommer les difficultés du temps présent, notamment les difficultés scolaire des enfants. Je me décidais à consulter pour moi et pour mes enfants une kinésiologue de ma ville, dont on me disait le plus grand bien; qui plus est, elle se trouvait dans les mêmes groupes catholiques de prière que moi. Je rencontrais cette personne; je la jugeais très à l’écoute, pleine d’empathie et sympathique …

La kinésiologie se présentait comme une thérapie. Par l’interrogation du corps et en se fondant sur le principe que le corps a une mémoire propre des évènements vécus dans le passé, on pouvait retrouver trace des évènements préjudiciables vécus et les guérir en les effaçant. Le principal outil était le test musculaire: on posait une question par oral; puis par une très légère pression sur un bras tendu, on pouvait trouver une réponse positive si le bras résistait, et négative si le bras se laissait tomber. Partant de là, on pouvait envisager des corrections – sortes de massages, également indiqués par le test musculaire – qui permettraient d’effacer la blessure.

Je me lançais donc avec bonheur dans la formation que la kinésiologue de ma ville animait, sous forme de week-ends assez coûteux et non déclarés. Ces stages étaient simplement validés par une attestation de présence. Il n y avait pas d’évaluation ni de diplôme. Les élèves s’entraînaient mutuellement les uns sur les autres. On y trouvait un apport théorique flou. Je devais découvrir par la suite que tout était sous-tendu par la philosophie du New Age, c’est-à-dire la capacité que l’homme a de se guérir lui-même par l’énergie cachée qu’il tire de la nature. On nous donnait de gros documents en américain, mal traduits par l’organisation belge qui en était dépositaire. Nos professeurs français avaient retravaillé certains textes. C’était un mélange d’éléments de psychologie, de morphologie, d’ostéopathie, d’énergétique chinoise et d’autres choses que je ne comprenais pas. J’ai toujours besoin de comprendre ce que je fais, et je commençais à poser des questions. Il me fut répondu: « tu ne peux pas encore comprendre, tu comprendras plus tard, quand tu auras avancé dans la formation ». Parfois, notamment quand je demandais d’où provenaient des positions de doigts particulières, il se produisait un silence un peu lourd, comme si ma question dérangeait, et on me répondait: «c’est un langage universel. » Je devais apprendre, des mois plus tard, qu’il s’agissait de gestes occultes, codés, issus de l’hindouisme. Je sentais que j’agaçais avec mes questions et l’on commença à me traiter de «cerveau gauche ». En effet en kinésiologie, on apprend, après une analyse simpliste du fonctionnement du cerveau, que certaines personnes ne font fonctionner que leur cerveau gauche, siège de la rationalité, alors que d’autres se situent dans le cerveau droit, créatif. Le cerveau droit était véritablement magnifié.

Lors d’un des exercices, à la fin d’un long et fatigant week-end où nous avions travaillé à faire sortir des émotions cachées par des tests musculaires répétés, mon partenaire de formation me fit la correction qui était demandée par le protocole que nous avions travaillé : il me mit, entre les deux yeux, une lumière qui me plongea dans un état d’absence de moi-même.

Je devais par la suite comprendre qu’il s’agissait à mon insu, d’une ouverture d’un chakra appelé : «le troisième œil ». Et en effet je me mis à «voir »les blessures psychologique des gens et plus particulièrement chez les prêtres. Pour essayer d’analyser ma pratique, je lisais, en même temps que les cours, les livres de Simone Pacot sur l’évangélisation des profondeurs. J’en déduisis moi-même que ce à quoi elle arrivait au bout de nombreuses séances, nous y arrivions très rapidement en dix minutes : c’est-à-dire nous remontions à la blessure supposée être à l’origine par ce qui s’appelait « une récession d’âge »; cela permettait de remonter tous les âges jusqu’avant même la naissance, et de trouver ainsi la blessure correspondante.

J’assistais lors des cours à de véritables courses à la blessure, certains montrant une dépendance incroyable à cet exercice qui leur faisait vivre des sortes d’extases. J’en testais sur moi-même l’efficacité : ce qui m’était dévoilé était vrai, à ceci prêt que je n’avais jamais eu conscience que cela pourrait être source de blessure; cela me mettait dans un état d’agressivité et d’accusation vis-à-vis de mes proches par exemple.

Je découvris plus tard cette parole magnifique, tirée de la Bible, qui justement met en évidence la patience et la bonté de Dieu à notre égard; il ne permet pas que tout nous soit montré : «je ne chasserai pas tes ennemis devant toi en une seule année, de peur que le pays ne devienne un désert où se multiplieraient à tes dépens les bêtes des champs; je les chasserai devant toi peu à peu jusqu ‘à ce que tu aies assez fructifié pour hériter du pays» (Exode, 23, 29 à 31).

J’avais commencé, comme on nous le conseillait, à pratiquer la kinésiologie sur des gens de mon entourage, avec beaucoup de succès. Je faisais passer ces consultations avant l’attention à mes enfants et à mon mari. Je vivais comme hors de moi, repensant à mes clients, revivant les séances, m’interrogeant …

Plusieurs événements m’alertèrent. Une personne eut une transe avec hurlements lorsque je la touchai, ce qui me laissa épuisée et inquiète. Une autre, lorsque je lui fit une récession d’âge, pointant un traumatisme fort, se mit à pleurer en me disant «je ne voulais pas te le dire ». J’avais donc violé sa conscience? Une troisième, manifestement absente d’elle-même, me répondit quand je lui demandais si elle était présente : «je t’entends, mais je suis ailleurs, je suis bien ». J’avais à peine eu le temps de la toucher que déjà j’avais les réponses aux questions que je n’avais pas formulées par oral. Je crois qu’elle fut la dernière de mes clientes. Je me suis rendue compte en additionnant toutes ces interrogations que j’étais très loin de mon projet initial. Je me sentais très seule dans ma pratique. Je ne pouvais raconter à personne mes inquiétudes; les professeurs n y étaient pas du tout ouverts ou me répondaient simplement: « ne t’inquiète pas, tu ne fais que du bien. »

J’étais de plus en plus à la recherche de réponses à mes questions; et pourtant je n’arrivais pas à renoncer: on commençait à savoir ce que je faisais. La kinésiologie avait bonne presse dans le milieu catholique. Je vivais une forme de compassion tirée de mon expérience d’écoute à « Mère de Miséricorde »; ce que je disais intéressait et il n’était pas rare qu’à la fin d’un dîner quelqu’un vienne me dire « cela me rejoint, est-ce que je peux venir consulter ». J’entrais facilement en communication kinésiologique avec mes clients. Avec une amie de cours, dont je me rendais compte qu’elle aussi était mal à l’aise, nous avons écrit au père Verlinde. A cette époque, il commençait à recevoir des questions sur son site FINAL AGE. Il mit donc en place un groupe de travail et pu répondre à nos questions que d’autres apparemment se posaient aussi. Nous eûmes ainsi la certitude que tout cela fonctionnait sur le mode du magnétisme occulte, avec emprunt d’éléments sans aucune référence explicite aux diverses traditions des guérisseurs. Nous étions au cœur d’une des disciplines du New Age, en plein syncrétisme, nous manipulions en toute naïveté (mais est-ce le cas de tout le monde ?) l’énergie astrale; cela n’avait rien de chrétiens, Jésus n y avait pas sa place. Pour moi cet aspect là était la plus grande imposture. Mais je pense que c’est également un enfermement pour les non-chrétiens.

L’argument ultime qui demeure en faveur de la kinésiologie, ce dont les gens ne démordent pas, sont les fruits immédiats et spectaculaires qui apparaissaient lors des séances. Je dois dire qu’il se trouvait une certaine vérité dans les résultats des investigations concernant les blessures, même si parfois c’était approximatif; cela reste un mystère. En tout cas, ces investigations en engendraient toujours d’autres, sans fin. Les fameuses corrections que l’on apportait aux problèmes trouvés ne tenaient pas dans le temps et engendraient d’autres inquiétudes et donc d’autres consultations. Je suis convaincu maintenant que l’arbre qui engendre de tels fruits est pourri.

Il m’a fallu abandonner toute sensibilité magnétique ainsi que cette ouverture du « troisième œil ». Le Seigneur me le proposa lors d’une nuit d’adoration dans le cadre d’une retraite spécifique sur l’occultisme. Je lui remis tout ce que mes mains avaient senti sans toucher. Je lui demandai de venir réparer ceux que j’avais approchés. Il me fallut aussi lui demander un apaisement de ma mémoire corporelle, pour oublier ces fortes sensations de « sortie du corps « . Je dus expliquer à tous que je m’étais trompée. Jésus fut présent d’une manière très sensible du début jusqu’à la fin de ces années. Je n’étais pas seule, et dans mon humiliation, il m’a donné la chance de pouvoir accompagner certaines femmes touchées par l’avortement qui pour apaiser leur immense souffrance cherchent dans les thérapies énergétiques un remède bien vain, quand elles découvrent que Jésus est là pour elle.

Ce dernier témoignage est symptomatique des dérives possibles induites par les nouvelles thérapies, voici un scénario assez fréquent des différentes étapes.

1) Le point de départ est un mal-être pour soi-même pour ses enfants ou ses proches.

2) La recherche d’une solution est envisagée, d’abord par des moyens classiques, reconnus par la médecine, remboursés par la sécurité sociale. Il y a consultation de généralistes, de spécialistes, de paramédicaux.

3) Ces démarches n’aboutissent à aucune amélioration. Aucune explication n’est donnée à la réalité des symptômes repérés: le diagnostic reste flou, les compléments d’examens envisagés, radios, scanner, analyses en tout genre ne donnent rien.

4) Par ailleurs, aucun médicament, aucune prise en charge en orthophonie, kinésithérapie, psychothérapie n’amène d’amélioration.

5) Perplexité et questionnement surviennent quant au diagnostic et aux thérapeutiques envisagées.

6) Une personne de l’entourage propose une solution dans les médecines alternatives ou les nouvelles thérapies.

7) La première consultation donne une réponse immédiate, l’origine des maux est enfin trouvée avec la promesse d’une rapide amélioration.

8) Une sorte de protocole thérapeutique est mise en place, parfois des exercices sont proposés.

9) Enfin une réponse existe, suscitant un espoir à hauteur des investissements déclenchés, en argent, en temps, en confiance.

10) Tout ceci peut entrainer un surinvestissement dans cette thérapie aussi prometteuse.

Il) La réalité revient douloureusement à la surface. Après quelque semblant d’amélioration, l’état reste stationnaire, quelques mois passent.

12) La réponse si facilement trouvée quant à l’origine des troubles, n’était sans doute pas l’unique raison des difficultés, la déception survient, les interrogations demeurent.

13) Une autre solution doit être recherchée, parfois une autre nouvelle thérapie est envisagée.

14) A moins que ce douloureux chemin n’ait permis une prise de conscience de la réalité. Un accompagnement thérapeutique bien ciblé demande souvent du temps, de la patience, et beaucoup de tendresse de la part des parents dans l’accueil objectif de leur souffrance ou de celle de leur enfant.

Dans le cas de Marguerite, après avoir été séduite par la kinésiologie, pensant enfin trouver une réponse enfin ajustée pour ses élèves, elle s’est formée avec assiduité et sérieux à cette méthode. Après un travail important de recherche, d’évaluation et de discernement quant à la méthode, elle a observé avec lucidité ce que cela provoquait dans son entourage et pour elle-même. Son parcours lui a permis d’avoir une attention toute particulière aux propositions mensongères faites, et ce parfois à l’insu des praticiens eux-mêmes, dans certaines nouvelles thérapies ou dans certains prolongements abusifs de ces thérapies. Désormais, elle éveille son entourage aux risques potentiels de ces méthodes auprès d’autres mamans, ainsi que dans les milieux scolaires qu’elle fréquente. En rejoignant «la pastorale nouvelles croyances et dérives sectaires », elle suscite des rencontres d’information sur ce sujet et intervient elle-même pour donner des critères de discernement.

Extrait du livre: Nouvelles croyances, thérapies alternatives :des dérives possibles. Denis Lecompte, Bertran Chaudet. Sarment éditions du jubilé novembre 2008.

La kinésiologie

Attrape-rêves

Le capteur de rêves est une pièce artisanale perpétuant une légende Amérindienne. Tissé un peu comme une toile d’araignée, il a pour  fonction de filtrer tous les rêves. La légende veut que les rèves traversent la toile, les bons rèves se dirigent vers les plumes et ressortent pour rester dans la chambre. Les mauvais rêves sont emprisonnés dans la pierre  située sur la toile jusqu’au lever du soleil. Aux premiers rayons de lumière, les mauvais rèves seront brûlés.

Ce genre de grigri est en fait un talisman, c’est-à-dire un signe adressé aux esprits. Ce ne sont pas les objets en eux-mêmes qui ont un pouvoir, mais ils sont les signes conventionnels reconnus par les esprits, qui répondent aux injonctions des magiciens opérant par leur intermédiaire sur les détenteurs des fétiches…

http://occultismedanger.free.fr/501_3_attrape_reve.php

Vous trouverez sous ce lien une réflexion sur l’opportunité, pour une personne chrétienne, d’avoir ce type d’objet chez soi; voire de le porter en pendentif comme boucles d’oreilles…

Attrape-rêves en vente dans un magasin « Cultura »

Attrape-rêves sur un site de bien-être et de soins énergétiques

Lithothérapie, bien être par les pierres ?

La lithothérapie, c’est une pseudo thérapie sur une influence énergétique que certaines pierres émettraient pour éradiquer des maladies.

Pour certains, ces pierres jouent un rôle de talisman pour chasser les mauvais esprits, mais il faut avoir la foi…

Ceci relève d’une superstition très ancienne. On dit que le roi Charles le chauve (823-877) possédait une patène de 17 cm en serpentine incrustée d’or pour éloigner les maladies.

Dans le feng Shui, on recommande aussi d’avoir certaines pierres comme le sel gemme, pour éloigner les énergies dites négatives .

Dans les médecines ayurvédiques, des pierres sont utilisées pour harmoniser les différents chakras d’un organisme malade. Dans ce cas, la pierre peut jouer un effet de placebo pour rassurer le patient.

Les adeptes de la chromotérapie, associent la couleur d’une pierre avec certains syntones d’une maladie, par exemple une pierre rouge comme le cinabre est employée comme fortifiant.

La plupart des pierres utilisées n’ont pas de propriétés magnétiques, électrostatiques, et sont constituées souvent par un monocristal.

Pour un lithothérapeute, la lithothérapie est une technique jeune, empirique qui se cherche et se perfectionne chaque jour… et que la médecine officielle met trop souvent, et sans examen à la trappe.

En effet, rien ne justifie scientifiquement cette doctrine d’alchimiste.

Les pierres utilisées en lithothérapie sont taillées en monocristaux à 6 ou 8 facettes, cela donne de très belles réflections optiques.

Ces cristaux sont très décoratifs, certains sont des œuvres d’art et ils embelliront votre vitrine, mais ne comptez pas trop sur eux pour chasser vos maladies ou votre stress.

Puis-je citer ce « cas » cité dans le rapport remis au président du Sénat en 2013, par la commission d’enquête sur l’influence des mouvements à caractère sectaire dans le domaine de la santé ?

Une jeune femme de vingt-six ans avait une maman atteinte d’un cancer qui s’était tournée vers les médecines douces. Cette démarche est compréhensible, car le discours médical peut être abrupt et difficile à supporter pour des malades fragilisés par un diagnostic lourd. Si certains praticiens n’ont proposé qu’un accompagnement de son traitement « classique », d’autres, dogmatiques et péremptoires, lui ont offert une promesse de guérison. La victime a été convaincue de s’acheter un lit de cristal, supposé la guérir, pour un coût de 5 000 euros : la lithothérapie est une pratique onéreuse... Elle est morte sans soins. Aujourd’hui, le coach réclame la restitution du lit de cristal, prévue dans le testament... Vous imaginez les sentiments de sa fille !

Je vous propose cet article de Jacques Bolard : Les cristaux : des pierres magiques aux vertus thérapeutiques ? sur le site Science et pseudo-science
http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article2075

Jacques Bolard est directeur de Recherche honoraire au CNRS et ancien directeur du laboratoire de Physico-Chimie Biomoléculaire et Cellulaire de l’Université Pierre et Marie Curie.

Vous avez aussi l’article de Jean-François Dufayard sur le site de l’Observatoire Zététique : Lithothérapie, le minéral au service du médical http://www.zetetique.fr/index.php/dossiers/86-lithotherapie

Valérian et la cité des mille planètes

Valérian qui inspire le dernier film de Luc Besson est à l’origine une série de bandes dessinées parues en 2 500 000 d’exemplaires, dont le scénariste est Pierre Christin et le dessinateur Jean-Claude Mézières. Paru dans l’hebdomadaire Pilote en 1967, Valérian est devenu une saga de science-fiction de 36 albums et 1200 pages de bandes dessinées. L’univers de Valérian et Laureline a donné lieu à une exposition proposée à la Cité de la Science à la Villette.

Dès l’âge de 10 ans Luc Besson tombe amoureux de la BD, plus exactement de son héroïne Laureline. Il décide d’en faire un film, sorti en juillet 2017 à grand renfort de publicité : Valérian et la cité des mille planètes. Ce film est le plus cher du cinéma français avec un budget de 197,5 millions d’euros devançant de loin Astérix aux Jeux olympiques qui avait coûté 78 millions d’euros. Le tournage dura 22 semaines et mobilisa 1800 personnes et un prestigieux casting. Le directeur général de la BNP, Jean-Laurent Bonnafé se glorifie de l’investissement exceptionnel consenti par la BNP au film de Luc Bessson, soit 10 millions d’euros. Ce qui est considérable, mais qui ne couvre somme toute que 5/100 du budget du film. Qui a financé le reste ?

Dans le Cinquième élément, il y avait 188 effets spéciaux, il y en a 2734 dans Valérian. Pour composer la musique de la bande originale, 95 musiciens et 40 chanteurs ont été mobilisés sous la direction d’Alexandre Desplat, au studio 104 de la maison de Radio France.

Synopsis du film

Le film est inspiré de « L’ambassadeur des ombres » sixième album de la série Valérian et Laureline. Au XXVIIIe siècle, les deux agents spatio-temporels Valérian et Laureline ont pour mission de maintenir l’ordre sur les territoires humains. Valérian et Laureline sont chargés d’escorter l’ambassadeur de la Terre sur Point Central ou Alpha, planète métropole où convergent toutes les civilisations, toutes les espèces de l’univers et tous les savoirs… Une force obscure menace dans l’ombre qu’il leur faudra vaincre… À son arrivée sur Alpha, l’ambassadeur est enlevé avec Valérian. Laureline part à leur recherche dans le labyrinthe d’Alpha.

Luc Besson a ajouté des scènes à l’intrigue originale pour présenter des seconds rôles sulfureux : Rihanna, Ethan Hawke, Herbie Hancock, Rutger Hauer, Alain Chabat, Mathieu Kassovitz… Les acteurs principaux, Dane DeHaan, Cara Delevingne et Clive Owen, manquent singulièrement d’épaisseur. Ce casting a été particulièrement coûteux.

Une critique du film Valérian et la Cité des Mille Planètes, dit qu’il relève d’une bêtise intersidérale. Il y a des allusions explicites qui ne sont pas notées dans le scénario original. Le peuple parfait de doux extraterrestres pacifiques, qui a intégré toutes les connaissances des autres civilisations, a eu 6 millions de victimes, un génocide perpétré par des humains monstrueux !

La scène de cabaret extraterrestre, n’est là que pour montrer les charmes particulièrement vulgaires et indécents de Rihanna. Elle change d’aspect et de personnalité à souhait comme si elle avait intégré toutes les psychologies caractérielles et pouvait en jouer.

Les acteurs

Cara Delevingne qui incarne Laureline est un mannequin international, égérie du gender et représentante de la cause homosexuelle, bien qu’elle se défende d’être homosexuelle. Elle se dit « fluide », c’est-à-dire attirée à la fois par les hommes et par les femmes.

La jeune femme a aussi évoqué l’importance de libérer la parole autour de l’orientation sexuelle, expliquant : « Je connais des filles de 13 ans et de 15 ans qui disent, « Je ne sais pas encore si j’aime les filles ou les garçons, je n’ai pas encore décidé ». Imaginez si j’avais compris cela à leur âge. Je suis très heureuse de voir que la sexualité devienne plus facile et que l’on soit plus libres d’en parler, surtout pour les enfants ».[1]

Cara Delevingne, en ange satanique dans le film Suicide Squad, proposé à notre jeunesse, donne un aperçu des univers infernaux dont elle semble se délecter.

L’extrait de ce film que l’on peut visionner ici

est particulièrement pénible à regarder. Ainsi que cet extrait du premier album de Cara Delevingne co produit par Rihanna, jouant le rôle de la stripteaseuse du cabaret dans le film Valérian et la cité des mille planètes. Cet album a servi de bande originale pour le film Suicide Squad. https://www.youtube.com/watch?v=E5WCzYu1-DY

Nous pourrions multiplier ces exemples qui tournent complaisamment sur le Net.

Rihanna

Dans le rôle de la chanteuse, stripteaseuse transformiste du cabaret tenu par le très louche Jolly le Pimp tenu par l’acteur Ethan Hawke. Cette scène dont le film aurait très bien pu se passer, car elle n’ajoute rien à l’intrigue apparaît comme une verrue mal placée. Quel message peut-il transmettre ?

Il suffit d’entrevoir ces deux clips pour constater l’entraînement à la perversité que cela peut entraîner chez des jeunes et des moins jeunes.

 

Quelle éducation, quel idéal de vie donne-t-elle en exemple dans sa vie ultra-médiatisée ?

Certains de ses clips vidéo sont pornographiques, d’autres exaltent des transes particulièrement sulfureuses. Cette incitation à la débauche et à toutes les transgressions est le moteur de son succès organisé… Dans un des clips, Rihanna déguisée en ange noir et portant une couronne sur la tête, est l’appât d’hommes au visage masqué. La scène se termine dans une chambre blanche où dorment un petit garçon et une petite fille couchés l’un contre l’autre. Rihanna se pose comme étant leur ange gardien. Mais quel ange ? Quelle puissance obscure l’anime ?

En très peu de temps, Rihanna est devenue une idole incontournable de l’industrie du disque et du film. Les clips vidéo sont émaillés de signes occultes explicites, souvent morbides. L’un d’eux affiche même clairement : Princess of the Illuminati. Elle a dans des clips, un œil découvert l’autre recouvert par une mèche qui manifeste le signe occulte de l’œil d’Horus. Ce symbole cher aux initiés représente la connaissance suprême accessible aux seuls initiés… Sur le site de Rihanna sont vendus entre autres des tee-shirts avec sa tête couronnée de serpent, d’autres avec l’inscription : « Most likely to not give a fuck ». Il n’y en a rien à foutre. Certaines de ses chansons parlent explicitement du diable comme étant sympathique et désirable.

Elle a été nommée personnalité humanitaire de l’année 2017 par la prestigieuse université américaine d’Harvard, pour son investissement dans différentes causes.

Cela ne semble nullement indisposer Brigitte et Emmanuel Macron qui ont profité de l’occasion de sa visite à Paris pour l’inviter à l’Elysée et s’afficher complaisamment avec elle. Rihanna leur a présenté son œuvre humanitaire Clara Lionel Foundation. Curieuse association fondée en 2012 pour améliorer la qualité de vie des familles et des étudiants dans le besoin, ainsi que des programmes de recherches et de développement médicaux. Le président de la République lui a promis 3 milliards d’euros.[2]

Tous les médias représentatifs, Le Figaro, Ouest France, La Croix, TF1, RTL…, en ont parlé sans émettre la moindre réserve, mais au contraire ne tarissant pas d’éloge sur la chanteuse née dans la précarité dans l’île de la Barbade et aujourd’hui grande prêtresse des causes humanitaires.

« J’ai eu une rencontre absolument incroyable avec le président et la première dame, ils ont été incroyablement accueillants avec nous », a expliqué la chanteuse, qui défend plusieurs ONG et a été désignée par Harvard personnalité humanitaire de l’année. « J’ai été très inspirée et impressionnée par son leadership », a-t-elle ajouté. « Nous avons parlé d’éducation sur le plan mondial. Nous aurons de grandes annonces en septembre et nous agirons davantage en Afrique en octobre », a-t-elle précisé, en évoquant le fonds humanitaire. C’est l’année de l’éducation. »[3]

Herbert « Herbie », Jeffrey Hancock

Il joue le rôle de ministre de la Défense. Ce pianiste, claviériste et compositeur de jazz mêlant soul et rock rap funk et disco n’avait joué aucun rôle important au cinéma. Il pratique le Bouddhisme de Nicheren et milite dans la Soka Gakkai. Il dit l’influence que cette forme de Bouddhisme a eue dans sa vie et dans son œuvre. Le 22 juillet 2011, Mme Irina Bokova, directrice générale de l’Unesco, et M. David Killion, ambassadeur délégué permanent des États-Unis auprès de cette institution, ont décerné à M. Herbie Hancock le titre d’« ambassadeur de bonne volonté pour la promotion du dialogue interculture ».[4]

Hancock est à l’origine de l’organisation ROLO, The Rhythm Of Life Organization, pour l’utilisation responsable des technologies afin de faire du monde un meilleur endroit à vivre. Rien que ça !

La Soka Gakkai, Société pour la création de valeurs est une organisation initialement japonaise, issue du Bouddhisme de Nichiren, une sorte de Bouddhisme simplifié. La Soka Gakkai est installée dans 192 pays, et revendique 12 millions d’adeptes. En France il y aurait entre 10000 et 20000 membres, chiffre approximatif et invérifiable, car les rencontres ne font pas l’objet d’une adhésion à une association.

Les pratiquants de la Sokka Gakkai font des exercices répétition incessante de mantras qui peuvent provoquer de phénomènes d’hypnose et d’auto sujétions entrainant des états modifiés de conscience..

« En 2000, la sociologue Florence Lacroix déclarait que « La Soka Gakkai, c’est […] une fortune estimée entre 500 et 700 milliards de francs, ce qui en fait la secte la plus riche au monde. » Elle concluait en affirmant que « la Soka Gakkai, première secte au monde par sa logistique et le degré de sophistication de sa stratégie, me semble être le prototype des sectes à venir. »»[5]

Ceux qui se sont intéressés à l’organisation de manière indépendante relèvent son opacité et sa capacité d’infiltrer les pouvoirs politiques économique et médiatique.

Interrogation ?

Il est curieux que ces stars soient fondatrices et (ou) à la tête d’organisation internationale, alors qu’elles n’ont aucune compétence dans le domaine de l’éducation pour Rihanna ou des technologies pour Hancock. Delevingne quant à elle milite pour la reconnaissance de l’homosexualité, la bisexualité et la théorie du genre. Tout permet de penser que ce sont des prête-noms ou des pions au service d’organisation et d’idéologie qui les dépassent.

Quel message, quel idéal de vie cherche-t-on à inoculer à notre jeunesse en leur livrant en pâture de telles idoles ? Toutes les transgressions sont permises et suscitées dans cet univers morbide, laid et cauchemardesque. Jouir de l’instant présent avant que tout ne disparaisse est l’objectif à atteindre.

Nous sommes loin d’une éducation de la jeunesse au bien au vrai et au beau qui ouvre à la pérennité dans le temps et dans l’éternité.

Bertran Chaudet

[1] http://www.leparisien.fr/laparisienne/actualites/people/cara-delevingne-sa-sexualite-fluide-entre-hommes-et-femmes-03-07-2017-7107147.php

[2] http://www.gala.fr/l_actu/news_de_stars/emmanuel_macron_promet_3_milliards_a_rihanna_ou_va-t-il_trouver_l_argent_400496

[3] SOURCE AFP Publié le 26/07/2017 à 20:01 | Le Point.fr

[4] http://www.soka-bouddhisme.fr/actualites/breves-sgi/1284-herbie-hancock-ambassadeur-de-bonne-volonte

[5] Source Wikipédia article Soka Gakkai, chapitre controverse et polémique.

La biodynamie au risque de l’anthroposophie

I- Ayant rencontré dans mes jeunes années les Anthroposophes biodynamistes, j’ai souhaité mettre à jour mes connaissances. D’autant plus que la nomination de Mme Nyssen à la Culture lançait un début de polémique médiatique sur ses liens avec cette mouvance. Je pense avoir quelques compétences techniques pour discuter la validité de cette pratique agricole de plus en plus prisée par les viticulteurs.

II- BIODYNAMIE : une ésotérique occulte, à ne pas discuter ?

Les anthroposophes reprochent aux théories physico-chimiques et “mécanismes” de la science moderne — bien que d’une performance et d’une puissance extraordinaire —  de n’avoir qu’une validité limitée car –selon eux–elles sont basées sur une conception bien trop restreinte de l’Univers.

Selon R.Steiner, sa science spirituelle aurait découvert “des secrets beaucoup plus complexes que les seules lois du monde physique”, en y ajoutant en la notion deprincipes immatériels tels que forces de vie, forces formatrices et développement cyclique”.

Du coup les agriculteurs se voient munis d’une panoplie de préparations étranges, pour la plupart d’origine animale ou végétale, ayant subi une maturation ( que dis-je “une métamorphose alchimique” ! ) dans des organes animaux, aussi surprenants que les cornes de vaches, les intestins de cerf, ou le crâne d’un animal domestique.

Mais ce n’est pas tout : ces produits ne seront actifs que s’ils sont “dynamisés” selon une procédure complexe qui est assimilée au processus alchimique d’assemblage de la matière dénommé « coagula-solve ».

Dernier outil magique : les agriculteurs pourraient lutter contre les parasites animaux (rats, taupes, etc…) ou végétaux (mauvaises herbes) tout simplement en calcinant une exemplaire des ennemis, et en répandant leurs cendres à doses infimes !

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