La biodynamie au risque de l’anthroposophie

I- Ayant rencontré dans mes jeunes années les Anthroposophes biodynamistes, j’ai souhaité mettre à jour mes connaissances. D’autant plus que la nomination de Mme Nyssen à la Culture lançait un début de polémique médiatique sur ses liens avec cette mouvance. Je pense avoir quelques compétences techniques pour discuter la validité de cette pratique agricole de plus en plus prisée par les viticulteurs.

II- BIODYNAMIE : une ésotérique occulte, à ne pas discuter ?

Les anthroposophes reprochent aux théories physico-chimiques et “mécanismes” de la science moderne — bien que d’une performance et d’une puissance extraordinaire —  de n’avoir qu’une validité limitée car –selon eux–elles sont basées sur une conception bien trop restreinte de l’Univers.

Selon R.Steiner, sa science spirituelle aurait découvert “des secrets beaucoup plus complexes que les seules lois du monde physique”, en y ajoutant en la notion deprincipes immatériels tels que forces de vie, forces formatrices et développement cyclique”.

Du coup les agriculteurs se voient munis d’une panoplie de préparations étranges, pour la plupart d’origine animale ou végétale, ayant subi une maturation ( que dis-je “une métamorphose alchimique” ! ) dans des organes animaux, aussi surprenants que les cornes de vaches, les intestins de cerf, ou le crâne d’un animal domestique.

Mais ce n’est pas tout : ces produits ne seront actifs que s’ils sont “dynamisés” selon une procédure complexe qui est assimilée au processus alchimique d’assemblage de la matière dénommé « coagula-solve ».

Dernier outil magique : les agriculteurs pourraient lutter contre les parasites animaux (rats, taupes, etc…) ou végétaux (mauvaises herbes) tout simplement en calcinant une exemplaire des ennemis, et en répandant leurs cendres à doses infimes !

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Feng shui, Chi Qong, Taï-chi-chuan ?

Le Ki

Le chi, le shui, le QI, ou le ki est une notion, provenant des cultures chinoise et japonaise, qui désigne l’essence, le souffle ou le principe énergétique fondamental formant et animant l’univers et la vie. Il faut dire tout de suite que ce concept relève d’une hypothèse et n’est ni infirmé ni confirmé par les sciences formelles. L’occident a rapidement réduit la notion de ki à de l’énergie sans pour autant définir ce qu’était cette énergie.

Dans une approche spirituelle, le ki est l’énergie même de l’univers qui relie les êtres et les choses entre eux.

« Nous ne possédons pas le ki, nous sommes le ki ! » enseignent les maîtres.

Cette énergie circulerait dans notre corps par des canaux appelés méridiens que l’acupuncture a répertoriés. Mais aucun support anatomique n’a été découvert à ce jour permettant de visualiser objectivement ou même de comprendre comment l’énergie y circulerait. L’acupuncture est une pratique empirique qui fonctionne objectivement, mais dont on n’a pas réussi à ce jour à comprendre ni pourquoi ni comment.

Le ki serait également présent dans toutes les manifestations de la nature.

Certains ont voulu trouver des équivalents du ki avec la notion de pneuma des Grecs (notion qui a évolué selon les époques de la Grèce antique) et le spiritus des Latins qui désigne plutôt la notion de souffle. Il serait plus proche du concept de prana de la philosophie indienne.

 « Une analyse rapide de la graphie (écriture non simplifiée) nous montre de la vapeur au-dessus du riz , qui donne une traduction étymologique très réductrice, « énergie produite par l’absorption du riz », exprimant l’idée que le ki est produit par l’air et l’alimentation. L’alimentation n’étant qu’un moyen parmi d’autres de produire du ki. Le Chinois moderne n’a retenu que la partie supérieure , et rejoint ainsi dans

l’esprit le caractère primitif formé de trois lignes horizontales , symbolisant les courants atmosphériques, similaires au caractère désignant le nombre « trois. » (Wikipedia article ki spiritualité)

Dans la pensée chinoise, le ki désigne donc un souffle vital qui préexiste aux êtres vivants et aux choses, mais se manifeste dans les êtres par une circulation alternée yin yang, inspiration expiration, positif négatif, mâle femelle. Le ki contrôlerait l’équilibre pour maintenir l’harmonie des contraires.

« Ce souffle animerait et accompagnerait la naissance, l’existence et la mort dans un cycle permanent de renouvellement… Durant l’existence, le ki se formerait aussi à partir de la digestion et de la respiration, pour alimenter la conscience, la pensée et la spiritualité sous forme de ki spirituel. Dans la médecine traditionnelle, l’état pathologique serait engendré par une mauvaise circulation du ki, ou par la circulation d’un ki nocif. Elle désigne alors un ki favorable à la bonne santé, et un ki vicié qui engendre la maladie. »

Le ki présentait au départ une forme indifférenciée ou unitive puis il s’est divisé en restant uni en yin et yang. Cette philosophie essaie toujours d’unir les contraires, il y a du yin dans le yang et du yang dans le yin. De plus il y a cinq phases ou cinq modes d’activité de ce ki qui se succèdent indéfiniment, le bois, le feu, la terre, le métal, et l’eau. L’eau permet le développement du bois qui alimente le feu, le feu engendre la terre, la terre où l’on trouve le métal qui peut se liquéfier. Ou bien l’eau éteint le feu qui fait fondre le métal qui tranche le bois qui puise dans la terre qui se nourrit d’eau…

Ce principe énergétique n’est pas divinisé, il ne fait pas l’objet d’un culte pour lui-même.

Dans la forme religieuse du taoïsme, le ki est perçu comme participant à l’évolution spirituelle d’un être. Des exercices corporels et de méditations permettraient d’harmoniser le ki avec l’énergie cosmique.

Il existe trois champs corporels, le premier, inférieur, au niveau du bas-ventre et dont le centre ou hara (à deux travers de doigt au-dessous du nombril, et quatre travers de doigt en profondeur). C’est l’endroit où se fabrique et s’entretient le ki en tant que substance vitale. Le second champ, situé au niveau du cœur-sternum (sur le sternum sur une ligne joignant les deux mamelons). À ce niveau le ki se transforme en un souffle plus subtil propre à la pensée ou à la conscience. Le troisième, au niveau de la tête, c’est le troisième œil (entre les deux sourcils, à quatre travers de doigt à l’intérieur). Le ki se transforme en un souffle propre à la spiritualité, celui qui est censé mettre le pratiquant dans un état d’unité avec le cosmos, c’est-à-dire le conduire à agir selon les lois intrinsèques d’équilibre de l’univers que le taoïsme nomme le retour ou la Voie, ou Tao, également état originel du cosmos. Cette pratique, nommée Chi Qong, se base sur des exercices de respiration et de visualisations mentales, alliés parfois à des mouvements ou postures.

Dans la pensée du Tao, la nature sauvage est harmonieuse parce que le ki n’y est pas perturbé ou pollué. Il y a un parfait équilibre entre le yin et le yang qui préside à la transformation et transmutation harmonieuse des éléments. Cet état d’harmonie, le Tao essaie de le reproduire dans les arts, la peinture, la calligraphie, la composition gastronomique, le travail artisanal, et bien entendu dans les arts martiaux tant prisés aujourd’hui en Occident. Cet état d’harmonie ne s’atteint que par l’ascèse, l’assiduité et l’expérience. C’est une discipline de tous les instants qui prend toute la personne durant toute sa vie.

C’est cette harmonie qui a donc pour base la bonne circulation du ki, et son équilibre, se retrouve dans l’aménagement intérieur d’une habitation, elle s’appelle alors le Feng Shui.

Cet équilibre entre yin et yang nommé « juste milieu », que l’on retrouve dans le caractère désignant la Chine l’empire du Milieu, mais aussi « l’empire qui recherche l’équilibre ».

Le Hara

Le hara est un point particulièrement important du corps. 1) Lieu d’observation du souffle quand la respiration est abdominale profonde. 2) lieu de transformation de la nourriture. 3) Centre de gravité de notre corps, tous les arts martiaux jouent sur ce point d’équilibre. 4) Lieu de la gestation.

Chacun connaît le hara-kiri, qui consiste pour le combattant à s’ouvrir le ventre avec un sabre, plutôt que de se rendre ou de subir un déshonneur.

La circulation du ki dans le corps a été découverte par empirisme, au fil de siècles de pratique en Chine. L’existence même du ki et sa circulation n’ont jamais été prouvées scientifiquement. Les éventuels effets sont mesurés par observation d’autres paramètres comme le rythme cardiaque, la pression sanguine, les changements de température, la sudation, le tonus musculaire, la douleur, etc. De prudentes recherches cliniques sont menées en Chine, à l’Institut de médecine traditionnelle de Chongqing ou à l’Institut de physique et des hautes énergies de Pékin. La médecine chinoise distingue deux formes de ki, le souffle intègre garant d’une bonne santé, et le souffle vicié générateur de maladies. Le ki circule soit en phase yang (actif, lumineux, masculin, en mouvement) soit en phase yin (passif, féminin, ombrageux, statique) dans des canaux spécifiques. Dans le corps comme dans la nature, le yin et le yang sont en mouvement perpétuel. Rien n’est immuable, rien n’est figé.

Le Tai-chi-chuan réactiverait par des mouvements spécifiques et des respirations contrôlées ces principes de circulation. Les arts martiaux jouent sur ces principes énergétiques qui pourraient même être contrôlés mentalement par les grands maîtres.

Les méridiens

Le ki circulerait dans des vaisseaux appelés méridiens principaux et secondaires, sur lesquels il y a des points. Cette circulation interne est tributaire, dans la médecine traditionnelle chinoise, de nos pensées ou de nos « états d’âme ». Il existe 12 méridiens dits ordinaires, et 8 méridiens dits extraordinaires. Ces méridiens relient en tout 361 points d’acupuncture, auxquels s’ajoutent 48 points hors méridiens. Cette nomenclature a été fixée et adoptée en 1987 lors du colloque de Séoul. Car nombreuses étaient les différentes écoles avec chacune leur spécificité. Certaines écoles sont ésotériques et ne dispensent leur enseignement que par initiation.

Deux méridiens principaux, le vaisseau conception descend du dessous des yeux vers l’entrejambe par la face avant du corps, et le vaisseau gouverneur qui remonte de l’entrejambe vers le sommet du crâne par le dos, pour finir entre le nez et la bouche. Le vaisseau conception alimente tous les méridiens dits yin, le vaisseau gouverneur, tous les méridiens yangs. Chaque partie du corps possède son méridien yin et son méridien yang.

Voici la liste de ces douze méridiens :

Méridien des poumons, yin de la main. Méridien du gros intestin, yang de la main. Méridien de l’estomac, yang du pied. Méridien de la rate et pancréas yin du pied. Méridien du cœur, yin de la main. Méridien de l’intestin grêle yang de la main. Méridien de la vessie yang du pied. Méridiens des reins, yin du pied. Méridien du péricarde, yin de la main. Méridien du triple réchauffeur, yang de la main. Méridien de la vésicule biliaire, yang du pied. Méridien du foie, yin du pied.

Les chakras et la kundalini

Chakras est un mot sanskrit signifiant disque ou roue. Il existerait sept chakras principaux et des milliers de chakras secondaires. Ce serait des points de jonction de canaux d’énergie.

La Kuṇḍalinī serait une puissante énergie lovée dans la base de la colonne vertébrale en l’occurrence le mûlâdhâra-chakra, correspondant dans le corps humain au sacrum. Elle est représentée comme un serpent enroulé sur lui-même trois fois et demi. Par la pratique de la méditation, la kuṇḍalinī s’éveillerait et monterait le long de la colonne vertébrale depuis l’os sacrum jusqu’à la fontanelle éveillant ou purifiant tour à tour les sept chakras.

Chakra (roue) au centre du drapeau de l’Inde

Les chakras décrits dans le Kundalini yoga ([1]) sont représentés par des fleurs de lotus et marquent, sur le corps vital de l’homme. Certains occidentaux ont voulu faire correspondre ces chakras avec des glandes ou des plexus décrits par la science médicale.

Sri Swami Shivananda dans son livre « Kundalini-yoga » ([2]), décrit les chakras comme des centres spirituels qui peuvent être activés à 100 % grâce à la montée de la Kundalini. Chaque chakra serait dépositaire de pouvoirs secrets endormis. Le mûlâdhâra-chakra activé permettrait au yogi de léviter et de se purifier de tout péché… Le dernier sahasrāra-chakra, mot d’origine sanscrit signifiant « chakra aux mille pétales », correspondrait à l’aboutissement du déploiement de la Kundalini, équivalent à l’éveil spirituel, avec développement de capacités médiumniques et magnétiques, claire audition, claire voyance, claire sensorialité, prévisionnelle, divinatoire, etc. Enfin Sahasrâra activé fournirait la paix suprême, l’union fusionnelle avec l’être cosmique.

Les sept couleurs des chakras principaux sont également les couleurs de l’arc-en-ciel. Voir le tableau sur cette page

http://www.wikistrike.com/article-autopsie-des-chakras-du-corps-92137553.html

Le Feng shui

Feng shui signifie littéralement en chinois : le vent et l’eau. C’est un art issu du taoïsme, ayant pour but d’harmoniser l’énergie ki d’un lieu d’habitation de manière à y favoriser la santé le bien-être et la prospérité de ses occupants. Il s’agit de tenir compte des flux visibles comme les cours d’eau, points d’eau et invisibles comme les vents, les arrivées d’air pour obtenir un équilibre des forces favorisant une bonne circulation de l’énergie. Les anciens adeptes disaient que le ki se disperse par le vent et qu’il est arrêté par l’eau. Il s’agit donc de le collecter pour éviter sa dissipation et de le guider pour assurer sa rétention.

Dans la Chine ancienne, les premières tribus étaient dirigées par des rois-chamans dont le premier fut l’Empereur Fu Xi. Il est aujourd’hui vénéré comme protecteur des sciences et des arts divinatoires. Les concepts du Feng shui reposent donc sur des théories occultes qui sont invérifiables scientifiquement.

Interdit sous le régime communiste de Mao, le Feng shui revient aujourd’hui en force dans l’agencement des habitations personnelles, des espaces publics, des bureaux. L’organisation de l’espace doit obéir à des règles si précises que finalement peu de place est laissée à la liberté de choisir. De plus l’utilisation d’une boussole appelée luopan est indispensable à la pratique. C’est une boussole composée de plusieurs anneaux ayant chacun une indication spécifique combinant harmonies et cycles, ayant chacune une formule. Nous avons ici un aperçu de ce qu’on appelle des chinoiseries…

Le New Age récupérant le Feng shui a divisé plus simplement les subtiles possibilités de la boussole en neuf secteurs (prospérité, carrière, santé)… Le nord symbolique référentiel étant toujours la porte d’entrée. Bien des superstitions se rattachent à ces divisions et représentations symboliques de l’espace. Ainsi l’espace à vivre devient un espace magique, un espace contraignant qui entrave la liberté.

Le Feng shui a ses maîtres qui donnent des cours ou des conseils pour agencer votre maison. Les seuls conseils peuvent être de l’ordre de 750 euros pour du vent… Ainsi, des personnes disent pratiquer le Feng shui en déplaçant quelques meubles ou quelques miroirs dans le but de canaliser l’énergie positive dans des endroits stratégiques.

La grande Banque HSBC, bien en difficulté en ce moment, a fait appel à Jacques Rosset, un consultant Feng shui, célébrant en toge blanche, pour bénir deux lions gardien du nouvel immeuble de sa banque privée, située Quai de Bergues à Genève. Des messages de bienveillance ont été déposés aux pieds des lions, par les principaux dirigeants de la banque. Jacques Rosset a agité une clochette sous le nez des lions qui sont restés de marbre. Des pièces de monnaie yin ont été déposées dans des coffrets en bois. Tout cela pour « améliorer la qualité de travail et le bien-être de l’ensemble des usagers. »

http://www.tdg.ch/economie/argentfinances/Bapteme-Feng-Shui-pour-le-bonheur-d-une-banque-quai-des-Bergues-/story/24709477

Chi Qong

C’est une gymnastique traditionnelle chinoise associant, mouvements exercices respiratoires et concentration. Qong voulant dire exercices pour maîtriser le chi, l’énergie vitale.

Paradoxalement c’est un cadre du parti communiste chinois, Lui Guizhzen (1920-1983), qui va revisiter ces pratiques traditionnelles et religieuses pour élaborer le Chi Qong « laïque » pratiqué aujourd’hui. Le Chi Qong fut interdit durant la révolution culturelle puis réhabilité à partir des années 70, faisant l’objet d’étude soi-disant scientifique, pour prouver l’existence du chi. Dans les années 80, il y eut une flambée de Chi Qong, des millions de Chinois se sont mis à le pratiquer dans les jardins publics dans les stades, dans les entreprises, dans des clubs…

Dans les arts martiaux japonais

Lorsqu’un coup est porté (atémi en japonais), c’est le ki du frappeur qui est transmis à l’adversaire, l’important est plus de frapper un point vital (rencontre de méridiens) que de mettre de la puissance physique. Le cri (appelé à tort « cri qui tue » des karatékas est une autre manière d’extérioriser le ki. Lors des exercices de casse (de briques, tuiles, planches…), le ki est concentré à l’extrémité du poing et provoque la rupture. Le ki reliant les êtres, il relie également les deux adversaires ou les deux partenaires. Ainsi, un des principes de l’aïkido est d’unir les énergies des partenaires afin de supprimer l’agression.

La notion de vigilance, que l’on retrouve dans tous les arts martiaux japonais, est le ninjutsu, l’art des ninjas (que l’on retrouve dans les dessins animés des tortues Ninja). Ce ninjutsu s’appuie aussi sur le concept de ki. À travers le ki, on peut « sentir » l’intention de l’ennemi, ce qui permet de riposter plus efficacement, voire d’agir avant que l’adversaire ait pu lui-même agir.

Dans la série des films Star Wars, la notion de force provient directement du concept de ki. Les costumes étant largement inspirés des guerriers du Japon médiéval. La force et le côté obscure de la force sont une seule et même réalité yin yang.

Bien des mangas sont inspirés par cette conception énergétique du monde (Dragon ball, Naruto…)

Le Taï-chi-chuan

C’est une discipline qui est à la fois une gymnastique de santé, un art martial et une voie spirituelle d’inspiration taoïste. Les mouvements ont à la fois une application martiale (esquives, parades, frappes, saisies…) et énergétique.

On peut traduire le Taï-chi-chuan : boxe du faîte suprême, dans le sens d’immortalité ou boxe de l’éternelle jeunesse.

Le tai-chi-chuan en tant qu’art martial interne insiste sur le développement d’une force souple et dynamique, par opposition à la force physique pure.

Une des règles du tai-chi-chuan est le relâchement. Ce relâchement garantit la fluidité des mouvements et leurs coordinations.

Un mouvement du poing prend naissance à la taille, se prolonge par l’épaule, puis par le bras. Les muscles sont utilisés d’une façon coordonnée et la force pénétrante provient d’une contraction rapide lors de l’impact.

Une fois la relaxation installée, le pratiquant va développer la force interne consistant à relier chaque partie du corps. Une partie bouge, tout le corps bouge, une partie s’arrête, tout le corps s’arrête.

Lors des frappes, l’énergie est tout d’abord concentrée dans l’un des centres inférieurs du ki connu sous la désignation hindouiste « second chakra ». Puis elle est libérée, accompagnée d’une onde de choc propagée par l’ondulation des articulations du pratiquant, tel un fouet. On appelle cette action faire jaillir la force.

Le tai-chi porte une attention particulière à l’enracinement. L’énergie doit s’élancer des « racines » que constituent les pieds, puisque ce sont généralement eux qui, dans la majorité des cas, vont amorcer le coup que transmettra la main, ou toute autre partie frappante. On dit parfois, « le pied donne le coup, la hanche dirige et la main transmet ». L’énergie provient des pieds, puis elle est dirigée par la taille avant d’être transmise par les mains.

Le tai-chi-chuan est un Chi Qong. Il implique un travail sur le souffle et non sur la force musculaire. C’est pourquoi l’entraînement du tai-chi-chuan est tout d’abord exécuté lentement pour sentir les flux du souffle vital ki, en vue d’exercices d’alchimie interne plus approfondis. Le centre de gravité et la respiration doivent être amenés au niveau de l’abdomen.

Le pratiquant pourra commencer à accélérer les gestes, et pratiquera une libération de l’énergie, d’abord d’une manière modérée afin de préserver ses articulations, puis d’une façon de plus en plus explosive.

Le tai-chi-chuan se pratique généralement à mains nues, mais il existe des formes de tai-chi avec éventail, poignard, épée, bâton, sabre, que le pratiquant pourra apprendre après quelques années d’expérience

Énergies et vie spirituelle chrétienne

Énergies ?

Le cosmos est un agrégat énergétique qui n’a ni début ni fin et où tout est en interaction. L’esprit et la matière sont deux formes de l’énergie divine. Il n’y a pas de transcendance. Principe du Yin et du Yang.

La réalité forme un tout, il n’y a pas de différenciation entre le monde et l’énergie « divine ». (Monisme).

Ainsi tout est dieu. (Panthéisme).

L’être humain est le microcosme ressemblant au macrocosme qui a sa propre conscience. Si l’homme est en harmonie avec les énergies cosmiques et avec ses propres énergies, c’est la santé. La maladie advient quand il y a blocage des énergies en soi et avec celles du cosmos.

La reconnaissance est le développement de ces capacités et potentialités énergétiques annonce une humanité nouvelle dans un monde nouveau. (New Age).

Vie spirituelle chrétienne ?

Dieu a créé le monde « ex nihilo », à partir de rien, la Révélation affirme ce principe et sa finalité : la béatitude éternelle pour l’homme qui suit les voies de Dieu.

 

Dieu est créateur et révèle son amour dans l’histoire. L’homme est invité à participer à l’œuvre de Dieu, « à garder et à cultiver le jardin. » Plus encore il est invité personnellement et collectivement, à la vie même de Dieu Trinité Sainte, Père Fils et Saint-Esprit.

 

Le Christ mort et ressuscité est le centre de l’histoire et du cosmos.

 

Finalité ?

Retrouver l’harmonie en soi-même et avec le cosmos en fusionnant avec les forces naturelles. Se sauver soi-même. Divinisation du Soi.

Annonce d’une humanité nouvelle et d’un monde nouveau.

Finalité ?

« L’homme est créé pour louer honorer et servir Dieu et par là sauver son âme. » Saint Ignace de Loyola.

Reconnaître que seul Dieu est Créateur et Sauveur.

Le travail énergétique ?

Ce divin est accessible par voie initiatique à plusieurs niveaux avec des secrets à ne pas dévoiler. (Reiki).

Développement de toutes les potentialités latentes du corps et du psychisme ?

Est-il lié à une technique traditionnelle éprouvée (Acupuncture) ou à une formation rapide ?

Parfois utilisation de drogues enthéogènes.

La guérison spirituelle ?

Se reconnaître enfant de Dieu sauvé par le Christ le Chemin, la Vérité et la Vie. Le Christ vient sauver l’humanité de son péché. Reconnaître son péché personnel. Trois axes « thérapeutiques » agissent ensemble : la Parole de Dieu, les sacrements et la vie fraternelle.

Aucun secret aucune prière qui ne soit connue et accessible à tous.

Le mal ?

Fait partie des apparences, il est lié à notre ignorance et dépassé par les progrès de la conscience. L’homme s’en libère en retrouvant son moi ou Soi divin.

Le Mal ?

Seul le Christ, par son incarnation, sa passion, sa mort et sa résurrection nous sauve du Mal et du péché. Seul notre Seigneur nous donne la Vie éternelle.

Le praticien ?

Quelle est sa formation ?

De qui ou de quoi se recommande-t-il ?

Quel est son domaine de compétences ?

Croit-il pouvoir tout guérir ?

Sait-il tout à la place du patient ?

Veut-il entraîner le patient dans sa vision du monde ?

Son intérêt pour l’occulte, l’ésotérisme, l’alchimie, l’hermétisme ?

Le diagnostic posé repose-t-il sur un examen clinique objectivé ou sur son intuition et sa capacité ?

Écoute-t-il le patient ou devine-t-il ce qui est caché (médiumnité) ?

Agit-il par imposition des mains (Magnétisme) ?

Le ministre ? L’accompagnateur spirituel ?

Reçoit sa mission de l’Église.

N’a aucune technique.

L’évêque, le prêtre administrent les sacrements, le diacre le baptême et le mariage.

Agit dans la Foi de l’Église et en conformité à son enseignement.

Est humblement au service de la Parole de Dieu, dans la fidélité à la succession apostolique.

Accompagne en laissant toujours en premier la Parole de Dieu.

Évite l’intrusion dans l’intimité de la personne et l’induction en posant des questions que la personne ne se pose pas.

 

Le patient ?

Cherche l’épanouissement complet, le développement de toutes ses potentialités, ou la guérison de son mal-être ou de ses malaises.

Que ma volonté soit faite.

Peu important les moyens, seul le résultat si possible immédiat compte.

Est passif, seule l’expérience ressentie compte.

Ne fait ni usage de sa raison ni de sa conscience morale. La fin justifie tous les moyens.

La personne ?

Abandon actif et confiant en Dieu, sûr qu’il veut notre bien et notre bonheur.

« Que ta volonté soit faite »

Participe volontairement et personnellement à ce chemin de guérison spirituelle dans l’intelligence de la Foi, sans renier sa raison.

L’Espérance liée à la mémoire et la Charité liée à la volonté contribuent au salut de tout son être.

Effets secondaires ?

Dépendances et passivité entre les mains de l’initié, du guérisseur du praticien ou de ce type de pratique.

Suppression des symptômes d’appel, mais enfouissement de symptômes plus sournois et profonds comme de l’angoisse, de la dépression, des insomnies des cauchemars…

Aliénation de la liberté personnelle.

Possibilité de liens occultes.

 

Fruits spirituels ?

Humilité.

Paix et joie profonde.

Liberté intérieure.

Responsabilité de la personne.

Témoignage au grand jour sans ostentation et simplement.

Engagement concret dans le quotidien au service de la Charité.

Conversion en pensée en paroles et en action.

Bertran Chaudet diacre permanent

[1] Voir article de Guénon Kundalîni yoga1933, qui donne en sus la correspondance avec le caducée des médecins comme les séphiroth de la kabbale, et de ce fait avec les sept sceaux de l’Apocalypse de Jean — recueil Études sur l’hindouisme, éd. Études traditionnelles — cf. lien externe « le coin du serpent »

[2] Ib.  page 55 à 61 dans le livre au format PDF Kundalinî-yoga.

La théologie de la prospérité

Ce texte est le fruit du travail du Comité composé de théologiens issus de lensemble des courants théologiques présents dans le CNEF. Il a pour objet principal de préciser les contours dune théologie souvent évoquée, mais rarement étudiée de façon rigoureuse.
Édité sous la responsabilité du Conseil National des Évangéliques de France (CNEF).

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L’inconscient spirituel. Freud, Jung, et la tradition patristique.

L’anthropologie chrétienne

L’anthropologie chrétienne ne conçoit pas l’homme indépendamment de sa relation à Dieu Créateur et Sauveur de l’humanité. Cette anthropologie repose sur la révélation biblique et son fondement que l’on retrouve dans la Genèse : « L’homme est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. » (Gn 1, 26). Cette affirmation concerne tout homme. L’image désigne la constitution naturelle de l’homme, essentiellement dans ses facultés d’intelligence de mémoire et de volonté, sa faculté de choisir et sa puissance d’aimer. C’est grâce à ces puissances, dirait saint Thomas d’Aquin, nous traduirions aujourd’hui capacités ou potentialités, que peut se réaliser la ressemblance. La ressemblance est, elle, en devenir. La ressemblance ne peut s’acquérir que dans l’accueil des vertus théologales de Foi d’Espérance et de Charité, et dans l’exercice volontaire des vertus cardinales de prudence ou de sagesse qui est la première d’entre elles, de tempérance de force et de justice. L’image se rapporte donc à l’être de l’homme et la ressemblance, à sa façon d’être ou à son devoir être. L’homme fort de ses capacités d’intelligence de volonté de mémoire, qui ne serait pas vertueux, ne serait pas un homme accompli réalisant ce pour quoi il a été créé.

Ainsi, selon les Pères de l’Église, l’homme est destiné par nature à devenir Dieu par grâce. Toutes les facultés de l’homme ont pour finalité de le tourner vers Dieu pour qu’il s’unisse à lui. L’intelligence intuitive comme rationnelle est faite pour connaître Dieu, c’est l’intelligence de la Foi. La volonté est faite pour désirer Dieu et L’aimer en obéissant à ses commandements. La mémoire est faite pour nous souvenir de Dieu et de la finalité de notre vocation qui est l’amour de Dieu et de notre prochain comme de nous-mêmes.

Le péché originel est venu perturber cette harmonie engendrant quatre ruptures, celle de l’homme avec Dieu, celle de l’homme avec son prochain, celle de l’homme avec lui-même et celle de l’homme avec la création. Au lieu de reconnaître Dieu comme le principe et la fin de son existence, l’homme s’est mis à ignorer Dieu. Ses puissances ou facultés se sont détournées de Dieu et tournées vers la seule création et son apparence sensible.

« Par un détournement de sa faculté désirante et de ses sentiments, l’homme au lieu de désirer et d’aimer Dieu s’est mis à s’aimer lui-même en dehors de Dieu par une attitude passionnée que les Pères appellent « amour égoïste de soi » (philatia) et à aimer les créatures pour le plaisir sensible qu’elle lui procure dans cet amour égoïste de soi. L’homme voulant devenir dieu sans Dieu, a fait de lui-même une idole et a fait des créatures des idoles, relativisant l’Absolu et absolutisant le relatif. Par un détournement de sa puissance irascible (thumos), l’homme, au lieu de mener le « bon combat » (1 Tim 6, 12) contre les forces du mal et les tentations et de déployer son zèle pour s’unir de plus en plus à Dieu, s’est mis à combattre contre ce qui s’opposait à la satisfaction de ses désirs passionnés, et à déployer son agressivité contre son prochain, dans la colère, la haine, les rivalités, la domination. L’homme a pareillement détourné sa volonté de l’accomplissement de la volonté de Dieu pour en faire sa « volonté propre », au service de ses propres desseins mondains et de ses désirs passionnés. La mémoire s’est détournée de Dieu, pour se remplir de souvenir des choses de ce monde. L’imagination, au lieu de fournir à l’homme des représentations pour la contemplation s’est mise à créer des représentations correspondant à ses désirs passionnés et à inventer toutes les formes du mal…

De même que l’usage normal des facultés de l’homme constitue les vertus, leur usage anormal constitue les passions, dont le nom même signifie « maladies » et que les Pères, unanimement, considèrent comme des ‘maladies de l’âme. 1»

Il ne faut pas confondre ces maladies spirituelles avec les maladies psychiques même si elles peuvent les renforcer ou s’y confondre.

« Selon saint Maxime, c’est de la double tendance de l’homme, à rechercher le plaisir et à fuir la douleur pour satisfaire l’amour égoïste de soi que naissent toutes les passions et maladies spirituelles. Cet attrait pour le plaisir s’explique par le fait qu’il est devenu pour l’homme déchu un substitut de la jouissance spirituelle qu’il éprouvait originellement dans son désir de Dieu et son union avec Lui dans l’amour et la connaissance. »

Les Pères parlent de triple pouvoir tyrannique, de la mort, du diable, et du péché dont seul le Christ peut nous libérer. Le Christ vrai Dieu et vrai homme par son incarnation nous donne la grâce de la guérison, du salut et de la déification. Il nous a donné pour cela une trithérapie, les Saintes Écritures, les sacrements, et la vie fraternelle. Cela ne va pas sans un combat de tous les jours où notre liberté est première animant notre volonté de choisir l’amour de Dieu. Notre volonté est renouvelée et vivifiée, par cette trithérapie ecclésiale : lecture amoureuse de la Parole de Dieu, vie sacramentelle et vie fraternelle, pour se purifier des passions et vivre selon les vertus.

L’anthropologie de Freud et de Jung

L’anthropologie de Freud et de Jung est-elle compatible, radicalement différente, existe-t-il des points de convergences avec cette anthropologie chrétienne? Les conceptions de Freud ont évolué et peuvent être contradictoires au fur et à mesure de son évolution, nous en rappellerons quelques-unes des plus significatives.

Conception freudienne

Sigmund Freud par Max Halberstadt en 1922

Voici très rapidement quelques points :

Sigmund Freud (1856, 1939), médecin neurologue autrichien, est le fondateur de la psychanalyse.

Sa première découverte de l’appareil psychique, il l’appelle première topique, est constituée de : l’inconscient, du préconscient, et du conscient. L’inconscient est le siège de données d’informations, d’injonctions qui se trouvent précisément hors du champ de la conscience, mais c’est également le siège de processus qui empêchent certaines données de parvenir à la conscience, que Freud nomme le refoulement. Le  refoulement est le concept le plus ancien de la théorie freudienne, point d’appui de la théorie psychanalytique.

Schéma de l’appareil psychique, représenté par un iceberg, selon les deux topiques freudiennes.

Par la suite, il distingue deux autres grands types de pulsions : la pulsion de vie (l’« Éros ») et la pulsion de mort (le « Thanatos »). L’Éros représente l’amour, le désir et la relation, tandis que le Thanatos représente la mort, les pulsions destructrices et agressives. Le Thanatos tend à détruire tout ce que l’Éros construit (la perpétuation de l’espèce par exemple). Le masochisme, le sadisme sont pour lui, des exemples typiques de cette pulsion de mort. Pulsions de mort qui ne sont perceptibles que par leur projection au-dehors (paranoïa), ou leur retournement contre le Moi (mélancolie).

C’est dans cette première topique que Freud théorise le complexe d’Œdipe. Il le définit comme le désir inconscient d’entretenir un rapport sexuel avec le parent du sexe opposé (c’est l’inceste), et celui d’éliminer le parent rival du même sexe (le parricide). Ainsi, le fait qu’un garçon tombe amoureux de sa mère et désire tuer son père répond à l’impératif du complexe d’Œdipe.

Freud considère l’inconscient comme l’origine de la plupart des phénomènes conscients eux-mêmes.

Dans la seconde topique, Freud inclut dans sa conception de l’appareil psychique le Ça, le Moi et le Surmoi, trois notions supplémentaires fondatrices de la psychanalyse. Le Ça est inaccessible à la conscience, mais les symptômes de maladie psychique et les rêves, les lapsus permettent d’en avoir un aperçu. Le Ça obéit au principe de plaisir et recherche la satisfaction immédiate. Le Moi est en grande partie conscient, sa partie inconscient serait soumise à des mécanismes de défense comme le refoulement la régression, la rationalisation, la sublimation, tout cela pour éviter les tensions trop fortes du monde extérieur ainsi que les souffrances. Le Moi rend la vie sociale possible. Le Surmoi est le réservoir de toutes les règles de savoir-vivre ou morales à respecter, il est à l’origine du refoulement et engendre remords et culpabilité.

Dans son essai « Une difficulté de la psychanalyse » publié en 1917, ainsi que dans ses conférences: « Introduction à la psychanalyse », écrites pendant la Première Guerre mondiale, Freud expose que la pensée humaine a subi : « deux grandes vexations infligées par la science à son amour propre. » La première vexation date du moment où Nicolas Copernic établit que « notre terre n’est pas le centre de l’univers, mais une parcelle infime du système du monde à peine représentable dans son immensité. » La deuxième vexation est liée à l’affirmation de Darwin selon laquelle « l’homme descend du règne animal et est dépendant du caractère de sa nature bestiale. » 2 Freud ajoutera une troisième vexation : « La troisième vexation, et la plus cuisante, la mégalomanie humaine doit la subir de la part de la recherche psychologique d’aujourd’hui, qui veut prouver au Moi qu’il n’est même pas maître dans sa propre maison, mais qu’il en est réduit à des informations parcimonieuses sur ce qui se joue inconsciemment dans sa vie psychique. »3

Freud relativise ce qu’est l’homme et conteste sa place sur terre :

La terre n’est plus au centre de l’univers, l’homme n’a pas de dimension supérieure à l’animalité et lui conteste jusqu’à sa liberté intérieure.

Dans l’anthropologie chrétienne, Dieu est le créateur et le centre du temps et de l’espace, et l’homme est le centre de l’élection de l’amour de Dieu.

Éléments de convergence

« Pour Freud comme pour les Pères la vie intérieure de l’homme est habitée par des conflits, et c’est de l’issu de ces conflits que dépend aussi la bonne ou la mauvaise santé de l’homme. » 4

Pour Freud, l’objectif de la psychanalyse est de rendre l’homme davantage maître de lui-même. Grâce à sa conscience et sa volonté, il peut dominer le ça constitué d’éléments refoulés et de pulsions qui agissent dans son inconscient. « Là où le ça est, le Moi doit advenir » écrit Freud. Les Pères considèrent que l’esprit et la raison doivent dominer et gouverner la partie irrationnelle de l’âme.

Il peut y avoir une certaine analogie entre ce que Freud appelle le narcissisme, l’égoïsme, et ce que la patristique grecque appelle la « philautie » ou amour de soi. Pour Freud une vie sociale harmonieuse nécessite que l’homme abandonne son narcissisme premier. Un chrétien doit convertir ses tendances égoïstes en amour de Dieu et du prochain.

Freud parle des pulsions de vie et de pulsions de mort. Pour lui, l’homme, étant soumis à ses pulsions ou ayant du mal à les gérer, présente des pathologies psychiques. Les Pères grecs parlent quant à eux, de puissance désirante (epithémia) et de puissance irascible (thumos) dont le mésusage peut conduire à des maladies spirituelles.

« En rapport avec ces deux notions, on peut remarquer que chez Freud comme dans la conception patristique, le rapport de l’homme au plaisir et à la douleur joue un rôle fondamental. La recherche du plaisir et l’évitement de la douleur constituent dans la doctrine freudienne la base des attitudes et de comportements de l’homme non seulement dans sa petite enfance, mais tout au long de sa vie. (Freud, le malaise dans la culture). Les Pères reconnaissent à ces deux tendances un rôle fondamental et qu’elles sont même, selon Maxime le Confesseur, à la base de toutes les passions ou maladies spirituelles de l’homme déchu. » 5

Éléments de divergence

Une première remarque s’impose, Freud parle de pathologies psychiques alors que les Pères décrivent les maladies de l’âme. Serions-nous dans des catégories différentes inhérentes au psychologique d’un côté, et au spirituel de l’autre, qui seraient par conséquent incomparables ?

Ce serait nier l’unité du composé humain. S’il existe bien ces catégories somatique, psychologique et spirituelle, l’homme ne peut être dissocié en ces catégories qui seraient étanches les unes aux autres. D’autre part ce qui distingue fondamentalement l’anthropologie freudienne de l’anthropologie chrétienne, c’est que celle-ci ne peut se couper de la relation à Dieu, tandis que la conception freudienne est non seulement sans référence à Dieu, mais plus encore cette relation à Dieu serait pathologique. De même que pour Marx : « La religion est l’opium du peuple » pour Freud : «l’action des consolations religieuses peut être assimilée à celle d’un narcotique. »6 En effet Dieu n’est pour lui qu’une projection psychologique par conséquent illusoire, et toutes les religions se fondent sur cette illusion. « Si nous nous tournons vers les doctrines religieuses, nous pouvons dire en nous répétant : elles sont toutes des illusions. »7  Freud est persuadé que Dieu est une invention de l’homme pour se sécuriser, se rassurer par rapport à un vide qu’il ne supporte pas.

« Dieu est pour l’homme adulte un substitut du père, plus puissant que lui. La religion est donc une névrose collective. Les rituels religieux sont comparables aux rituels de la névrose obsessionnelle. Les doctrines religieuses sont comparables aux idées délirantes. »8

Freud est athée et matérialiste. La vie psychique de l’homme est régie par des forces biologiques : « l’homme n’est rien d’autre, rien de mieux que l’animal. »9

« Ainsi pour Freud, l’activité religieuse ou spirituelle de l’homme, au même titre que l’activité artistique, correspond à une sublimation de l’énergie sexuelle. L’amour que l’homme éprouve pour ses parents, ses enfants ses semblables et même l’amour pour Dieu relève de la libido et a donc une nature sexuelle. »10

Nous sommes dans une inversion de la perspective chrétienne. Dieu nous a aimés le premier et la réponse d’amour de l’homme n’est pas sublimation de sa sexualité, mais réponse volontaire libre et gratuite à cet amour, dont il prend progressivement conscience dans sa vie spirituelle. La grâce de Dieu lui est donnée non pas pour dépasser sa nature, mais pour combattre les tendances peccamineuses et lui donner la joie et la paix en retrouvant sa vocation de Fils et de Filles bien aimés du Père. Pour Freud les pulsions de mort sont, soit tournées vers soi-même, et se transforment en névrose ou en psychose, soit tournées vers les autres en agression et en destruction. Ces pulsions de mort peuvent être tout au plus modérées et domptées et n’ont pour finalité que « soit absents la douleur et le déplaisir, et que soient vécus de forts sentiments de plaisir. »11  « C’est simplement le programme de principe de plaisir qui pose la finalité de la vie. »12 Ce plaisir pour Freud, ultime bonheur de l’homme, est de nature sexuelle, génitale.

Freud pense qu’en découvrant ses résistances et ses refoulements l’homme est à même de mieux se contrôler pour mieux jouir de l’existence. La bonne gestion de ses pulsions devient la finalité de l’équilibre à trouver. « Est considéré comme correct tout comportement du Moi qui satisfait à la fois les exigences du ça, du Surmoi et de la réalité, ce qui se produit quand le Moi réussit à concilier ces différentes exigences. »13

Peu importe, pour lui les exigences morales ou spirituelles, l’important est de trouver son équilibre, un équilibre qui est une mécanique psychique.

« Les Pères enseignent que le plaisir a fait son apparition comme une conséquence du péché ancestral, qu’il n’existait pas au paradis et qu’il n’existera plus dans le Royaume des cieux. Marque de la nature déchue, le plaisir enferme l’homme dans les limites de celles-ci et engendre, par l’attrait qu’il inspire, toutes les maladies spirituelles et tous les effets pathogènes sur la vie psychique. La poursuite du bonheur à travers le plaisir est une des illusions les plus fortes de l’humanité déchue. L’ascèse chrétienne combat le plaisir dans le but de libérer l’homme de son emprise et de lui substituer ce dont il n’est qu’un ersatz : la joie spirituelle et la béatitude que le fidèle connaîtra certes en plénitude dans le Royaume des cieux, mais dont il peut recevoir les arrhes ici-bas dans la vie spirituelle. »14

La psychanalyse freudienne s’est imperceptiblement substituée à la pratique de la confession. C’est pourquoi la démarche analytique a, dans un premier temps, plus rapidement progressé dans les pays de tradition protestante où la confession individuelle n’existe pas. Effectivement, la psychanalyse prétend appréhender l’homme dans la globalité de son être. Mais cette approche de l’homme n’est pas scientifique, elle repose sur des concepts progressivement élaborés par Freud, qu’il présente pratiquement comme des dogmes intangibles et incontournables.

La notion même de conversion est totalement absente de la perspective freudienne, alors qu’il s’agit pour le chrétien de se rendre conforme à la volonté de Dieu. Cette volonté que le Christ nous a fait connaître. L’Esprit-Saint nous guide, nous console, nous fortifie sur ce chemin. L’ultime bonheur de l’homme est de mettre en pratique la prière du Notre Père. Ce n’est pas une recherche d’équilibre auto centré, mais une oblation, un don de soi, « car il n’y pas de plus grands bonheurs que de donner sa voie pour ce qu’on aime ». C’est un passage, une conversion du « que ma volonté soit faite » à « que Ta Volonté soit faite ». Car le chrétien découvre que Dieu veut pour lui un bonheur éternel.

Conception jungienne

Carl Gustav Jung (1875-1961) est un médecin psychiatre, psychologue suisse. Il fut l’un des premiers collaborateurs de Freud, séduit par ses théories psychanalytiques. Mais il s’en sépara en raison de désaccords tant sur le plan théorique que relationnel. Alors que Freud souhaite que Jung se consacre exclusivement à la promotion de la psychanalyse, Jung cherche ailleurs, il est notamment passionné par les phénomènes occultes. Il devient membre honoraire de la Société américaine de recherches psychiques pour ses « mérites comme occultiste ».

Carl Gustav Jung a le premier introduit la notion de sciences humaines, en établissant des liens entre des disciplines jusqu’alors cloisonnées, comme la philosophie, l’anthropologie, la théologie, les religions, mais aussi des approches plus hermétiques comme l’alchimie, la chiromancie, l’astrologie, ou l’interprétation des rêves. Il définit de nouveaux concepts comme, « archétype », « inconscient collectif » et « synchronicité ». C’est ainsi qu’il explore la psychologie des profondeurs.

Sa mère pratique assidûment le spiritisme et lui parle d’état modifié de conscience. Dans «Ma vie », Jung prétend que son grand-père, chirurgien et franc-maçon, était le fils illégitime du grand poète et théosophe allemand Goethe. Le père de Jung était pasteur, et sa mère descendait d’une famille de protestants français ayant fui en Allemagne après la révocation de l’édit de Nantes. Ce qui lui a fait dire que sa pensée reposait sur des concepts chrétiens.

Voici un extrait de sa biographie extraite de Wikipedia :

La mère de Jung « est passionnée d’occultisme, ce qui explique la présence dans la famille Jung d’une aura de phénomènes paranormaux ainsi que l’attrait et la fascination de Carl Gustav pour ces phénomènes au cours de sa carrière. Deirdre Bair rapporte plusieurs épisodes étranges vécus par Jung auprès de sa mère, qui se passionne pour les tables tournantes et pour le dialogue avec l’au-delà. Jeune homme, Carl Gustav participe lui-même à des séances de spiritisme. Jung fera du spiritisme le sujet de sa thèse de médecine et, devenu psychiatre, sera même l’initiateur de plusieurs séances… Sa mère dépressive fait des séjours fréquents et prolongés en maison de repos, ce qui nourrit la culpabilité de l’enfant et ébranle sa confiance envers le sexe féminin.

Son enfance est marquée par une peur irrationnelle des églises et des curés en soutane, consécutive à une chute dans une église au cours de laquelle il s’était blessé au menton. Assimilant sa blessure à une punition pour sa curiosité, il amalgame ce souvenir négatif à « une peur secrète du sang, des chutes et des jésuites » dit-il dans « Ma vie souvenirs, rêves et pensées ». 

De cette époque, il garde une certaine déception pour la manière avec laquelle son père aborde le sujet de la foi, notion que Jung considère comme intellectuellement précaire. Un rêve récurrent témoigne alors de sa relation au religieux : il voit souvent Dieu déféquer sur une église. 

La thèse de doctorat choisie par Jung porte sur le cas d’une jeune médium, Hélène Preiswerk (1880–1911). Cet intérêt pour ce domaine méprisé est conforté par des lectures d’ouvrages spirites tels que ceux de Johann Zöllner, de Crookes, ou de Swedenborg.  À côté de ses activités scientifiques, il participe toujours à des séances de spiritisme organisées par la société de Zofingue et qui constituent la matière première pour sa thèse, consacrée aux « phénomènes dits occultes ». En juin 1895, il étudie le phénomène des tables tournantes au sein même de sa famille, expérimentant le cas de sa cousine Helly, reconnue comme médium et rassemblant des matériaux qu’il utilise durant toute sa carrière. »

Dans son livre, « Types psychologiques », en 1921, il définit plusieurs concepts capitaux de sa théorie : les types introvertis et extravertis d’une part, les quatre fonctions psychiques de l’autre, le modèle aboutissant donc à huit types psychologiques possibles. Cela conforte la rupture avec Freud qui analyse ce livre comme étant: « le travail d’un snob et d’un mystique ».

Carl Gustav Jung prévient qu’« il est assez stérile d’étiqueter les gens et de les presser dans des catégories ». Cependant, pour lui, l’introversion et extraversion constituent les deux types psychologiques principaux. L’extraverti prend son énergie à l’extérieur de lui-même, tandis que l’introverti prend son énergie principalement en lui-même. Il en résulte une tendance pour l’introverti à être plutôt renfermé et distant, précautionneux, et une tendance pour l’extraverti à être expansif, liant et parfois superficiel. Mais il y a des extravertis contrariés agissant comme des introvertis et des introvertis contrariés s’efforçant d’agir comme des extravertis.

De plus Jung définit quatre fonctions psychologiques ou processus mentaux :

Schéma des types psychologiques, d’après L’âme et la vie de C.G. Jung

Voici comment Jung envisage cette typologie : « La sensation (c’est-à-dire, le sentiment de perception) vous dit que quelque chose existe ; la réflexion vous dit ce que c’est; le sentiment vous dit si c’est agréable ou pas; et l’intuition vous dit d’où il vient et où il va.»

Jung distingue, au sein de l’activité de l’esprit humain, deux grands types d’activité:

La perception permet de recueillir de l’information, de deux manières opposées: par l’intuition ou par la sensation. Le jugement conclusif va traiter cette perception grâce à la pensée et le sentiment.

L’ensemble de ces données se conjugue pour donner la typologie caractérielle d’un individu à un instant t.

Jung sera très influencé par la spiritualité indienne qui lui permet de s’affranchir de toute connotation morale chrétienne. Jung définit son concept du Soi à partir de la notion d’ « atman ». L’« atman » désigne le vrai Soi, par opposition à l’ego. Dans l’hindouisme, l’« atman » peut avoir aussi d’autres significations, c’est le principe essentiel à partir duquel s’organise tout être vivant, ou l’être central au-dessus ou en deçà de la nature extérieure telle que nous pouvons l’appréhender ou encore le souffle vital (prâna).

Ces visions très syncrétistes de Jung ont donné des supports de pensée aux adeptes du New Age. Ainsi, selon le sociologue Paul Heelas, dans The New Age Movement, Jung est l’« une des trois plus importantes figures du New Age », avec Blavatsky et Gurdjieff.

Éléments de convergence

Jung est plus subtil que Freud dans son appréhension des religions et des spiritualités, auxquelles il attribue une grande importance. Ainsi il écrit : « Chacun, souffre d’abord de ce qu’il a perdu ce que les religions vivantes ont vu de tout temps donné à leurs adeptes, et personne n’est vraiment guéri qu’il n’a pas retrouvé une attitude religieuse. »15  Pour lui « le problème de la guérison est un problème religieux. »16 Alors que Freud voyait dans la religion une source pathogène, Jung considère que l’absence de religion est la source de bien des troubles mentaux. Il considère les symboles chrétiens comme des archétypes structurants. De quoi réconforter apparemment les chrétiens! Pourtant son approche est d’autant plus redoutable qu’elle est séduisante, et nombre de chrétiens s’y laissent prendre. Ainsi le moine bénédictin, si prolixe, Anselm Grün est un adepte de la psychologie jungienne.

Le Soi de Jung, caché dans la profondeur de notre être, pourrait dans un rapprochement trop rapide, être assimilé au « Royaume des cieux caché au-dedans de soi. » Le Soi étant considéré par Jung comme correspondant à l’image de Dieu en nous. Mais le Dieu de Jung est un archétype, il n’est pas le Dieu personnel révélé dans la Bible encore moins le Dieu, Père Fils et Saint-Esprit, Trinité Sainte des chrétiens.

Éléments de divergence

Jung prend des références dans la Bible, mais il réinterprète les Écritures à sa façon.

Sur le plan philosophique Jung se recommande de Kant, selon qui notre compréhension du monde, sa réalité telle qu’elle nous apparaît est conditionnée par nos structures psychiques, perceptives et cognitives. Jung pense que pour la compréhension du religieux, il n’y d’autres possibilités d’accès que la psychologie. Ainsi : « On trouve de Dieu des images innombrables, mais l’original, lui, reste introuvable. Il est pour moi hors de doute que derrière nos images se trouve l’original, mais il ne nous est pas accessible. » 17 Il existe une théologie dite apophatique qui renonce à parler de Dieu de manière positive parce qu’Il est au-dessus de tout ce que l’on peut concevoir, mais elle diverge radicalement de la pensée de Jung qui aboutit à un agnosticisme : « Je ne confesse aucune croyance. »18

Il va même plus loin encore : « Je ne peux pas voir pourquoi une confession devrait posséder la vérité unique et parfaite. » 19 Ou encore : « La foi est extrêmement subjective, vous vous en rendrez compte au fait que je ne crois absolument pas que le christianisme soit la seule et la plus haute manifestation de la vérité. Le bouddhisme renferme au moins autant de vérité et les autres religions aussi. »20  Cette manière de voir est dans l’air du temps elle semble satisfaire tout le monde, mais en relativisant ce qu’est le Christ pour les chrétiens, elle aboutit à une apostasie.

Pour Jung, les différents symboles ou représentations de Dieu sont vrais temporairement tant qu’ils sont utiles, mais si la situation change, ils peuvent devenir des idoles qui appauvrissent et abêtissent. « S’il y a révélation, il s’agit que d’une révélation de l’inconscient21 Car : «  La révélation, en tout premier lieu est une ouverture, une découverte des profondeurs de l’inconscient. » 22 Le Saint-Esprit qui a inspiré les dogmes chrétiens est pour lui la manifestation d’un inconscient collectif qui se manifeste temporairement. Ainsi : « la figure du Christ telle que l’a fixée le dogme est le résultat d’un processus de condensation à partir de plusieurs sources. L’une de ces sources est l’antique homme-dieu de l’Égypte : Osiris-Horus. C’était là la transformation de l’archétype inconscient projeté jusqu’alors sur un être divin, non humain. »23 Le Christ condense en lui tous les héros mythologiques Mithra, Phénix, Mercure, Dionysos, le Bouddha… La pensée maçonnique cherche, puise, et trouve là et pour y faire son miel frelaté.

Jung renie le Christ vrai Dieu et vrai homme, et son action salvatrice pour l’humanité : « Le Bouddha peut avoir tout aussi raison que le Christ, et l’on ne voit pas bien comment et pourquoi nous devrions nous sentir sauvés et libérés par la mort du Christ. ».24 Le Christ historique ne l’intéresse pas, il en dénie même la réalité, ce qu’il l’intéresse c’est l’archétype que le Christ représente. La résurrection n’est qu’un symbole qui n’a aucune réalité, si ce n’est d’ordre psychologique, dans sa conception du Soi qui s’étend au-delà du temps et de l’espace.

Effectivement Jung ne s’intéresse pas au Jésus réel incarné, mais à sa représentation archétypale qui joue dans l’inconscient collectif. Ainsi aucune relation personnelle ne peut s’établir entre Dieu et l’homme, elle ne serait qu’une illusion de l’inconscient. Il se rapproche donc plus du bouddhisme ou de l’hindouisme. « J’ai choisi le mot « Soi » pour désigner la totalité de l’homme… J’ai adopté cette expression conformément à la philosophie orientale qui depuis des siècles s’occupe de ces problèmes, qui se posent même lorsque le stade de l’incarnation humaine des dieux est dépassé. La philosophie qui depuis longtemps a reconnu la relativité des dieux. »25 Et ce n’est pas anecdotique chez Jung, tous les points de la foi chrétienne sont passés dans cette même moulinette. « Tout ce qui est en notre pouvoir, c’est de choisir le Seigneur que nous voulons servir, afin qu’il nous protège contre la domination des « Autres » que nous n’avons pas élus. » 26, et donc « c’est notre choix qui définit Dieu. »27

Dieu est à l’image de l’homme, pour Jung un homme à l’image de Dieu est inconcevable. Dieu n’existe que dans la représentation consciente ou inconsciente que l’on s’en fait. « Dieu est un être psychique qu’il ne faut pas confondre avec le concept d’un dieu métaphysique. »28

L’accueil de l’existence métaphysique de Dieu relève de l’illusion ou de la naïveté.

Dieu est réduit à l’inconscient et le Christ au « Soi ». « Le Christ est sans aucun doute une image archétype et c’est en réalité tout ce que je sais de lui. En tant que tel, il fait partie du fondement collectif de la psyché. C’est pourquoi je l’identifie avec ce que j’appelle le Soi. »29

Ce Soi est pour Jung une unité duelle, faite de deux opposés une partie lumineuse symbolisée par le Christ et une partie sombre symbolisée par le Diable ou l’Antéchrist. « Jung symbolise ainsi le Soi par une croix dont la barre verticale unit le bon au mauvais et la barre horizontale le spirituel au matériel. » 30

Le Saint-Esprit est pour Jung un autre archétype sans réalité personnelle, c’est une qualité, une activité vitale, un souffle.

Il va même jusqu’à remplacer la Trinité chrétienne par une quaternité de son cru ! À la Trinité du Père du Fils et du Saint-Esprit, il ajoute l’aspect « dogmatique du principe du mal. »31, c’est-à-dire le Diable ou Satan lui-même. Jung prétend que le mal a une substance et une réalité positive, équivalente à celles du bien. Ainsi : « Yahvé a deux mains; la droite est le Christ et la gauche Satan. »32  Le Christ n’est plus le Fils unique de Dieu, mais le frère de Satan. Le Christ incarnant la part lumineuse de Dieu et Satan sa part obscure. Ce sont des thèses gnostiques que l’on retrouve aux premiers siècles dans les homélies pseudo-clémentines. Jung va jusqu’à écrire : « Le Dieu vivant est une terreur vivante » 33… « barbare, violent, cruel, sanguinaire, infernal, démoniaque. »34  Jung est explicitement blasphémateur.

« Selon lui, ce n’est pas de la liberté de l’homme, comme le pensent les Pères, que vient le mal, mais bien de Dieu. »35  C’est terrible, avec Jung nous sommes en pleine inversion de la théologie chrétienne. « Il ne fait pas de doute que Dieu,» écrit-il encore « pour parvenir jusqu’à l’homme, soit contraint de lui montrer Son vrai visage, faute de quoi l’homme louerait pour l’éternité la bonté et la justice divines, et, ce faisant, interdirait à Dieu d’accéder jusqu’à lui. Ce vrai visage, il ne peut le montrer que par Satan. »36

L’introspection et la connaissance de soi selon les perspectives de la psychologie jungienne de recherche du moi profond appelé le Soi, différent du moi superficiel ou compulsif désigné par l’ego. Le Christ est alors le symbole du Soi profond  à atteindre. Le risque de ce psychologisme serait de faire coïncider ce que nous imaginons de la psychologie de Jésus avec notre propre moi, au lieu d’aller de tout notre être vers Jésus, vrai Dieu et vrai homme.

Pour Jung, Jésus manifeste la partie positive et bonne de l’image de Dieu en nous, image qui doit être complétée de manière symétrique par la partie négative ou obscure. Dans la conception jungienne, Dieu possède en lui-même ce côté obscur, «archétype de l’ombre ». Jung situe comme sommet, la réalisation de l’homme connaissant et intégrant sa part de lumière et d’ombre, capable de se situer au-delà du bien et du mal. Dans « Psychologie et alchimie » Jung traite la question de l’intégration du démon, en affirmant que tant que le démon n’est pas intégré, le monde ne peut pas devenir une totalité et l’homme ne sera pas sauvé.

La religion redéfinie par Jung s’apparente à un panthéisme, « Le Soi, est en droit de revendiquer les exigences les plus contradictoires, la parenté avec les animaux comme avec les dieux, avec les minéraux comme avec les étoiles. »37   Jung parle de la nature comme d’un aspect de la divinité. On comprend pourquoi le New Âge se recommande de lui. On ne comprend plus du tout pourquoi il subjugue encore des chrétiens et parmi ces chrétiens un moine bénédictin allemand, Anselm Grün, dont on retrouve les livres dans toutes les librairies catholiques…

Anselm Grün fait l’apologie de la théosophie gnostique38 de Jung et rien ne l’arrête… Ainsi il répète à longueur de livre que « le manque de totalité crée l’Ombre ». L’intégration de l’Ombre étant le travail avec l’inconscient. Le péché ou le démon signifiant pour Jung et à sa suite Grün l’espace de l’inconscient et par conséquent, celui de la thérapie. Il s’agit donc de se soigner plutôt que de se convertir. « En conséquence, il s’agirait de se soumettre au Mauvais ou de lui obéir de façon spécifique (le pacte avec le diable redéfini déjà par Freud comme élimination du refoulement des pulsions refoulées, ou l’intégration de l’Ombre, pour employer le langage de Jung. »39

« Le message gnostique de la théosophie se lie strictement et indissolublement avec la tendance à psychologiser la spiritualité et à remplacer la religion par la thérapie qui, pourtant, dans ce cas-là, ne reste pas neutre et peut en elle-même signifier une sorte d’initiation. »40

Vous êtes obligés de vous soigner à tout prix, c’est le cas de le dire, ce que vous appelez le mal est en réalité la maladie. L’initié sera celui qui aura convenu qu’il y a une part d’ombre en Dieu et en lui-même. En allant par-delà le bien et le mal, ce dualisme est dépassé, tout devient relatif, la morale, cette contrainte pour les ignorants n’a plus de raison d’être, la tolérance règne en maîtresse de ce genre nouveau.

L’éthique jungienne relativise tout

« La psychologie ne sait pas ce que sont le bien et le mal en soi. » 41 Il se réfère la encore à la pensée gnostique notamment du philosophe Carpocrate qui dit : « le bien et le mal ne sont que des manières de voir l’homme. »42

Pour éviter le refoulement qui entrave notre liberté, il faut apprendre à se situer avec cette relativité du bien et du mal, et finalement, expérimenter que l’on peut vivre avec cette dualité sans culpabilité, pour peu que nous sachions accepter cette réconciliation des contraires.

Noll, professeur de psychologie et d’histoire des sciences à Harvard montre dans son étude intitulée Le Christ aryen que Jung a subi non seulement l’influence du gnosticisme et du courant ésotérique de l’alchimie et de la théosophie, mais aussi d’un personnage particulièrement sulfureux, de Dr Otto Gross. Freud demanda à Jung de psychanalyser cet adepte des orgies sexuelles, morphinomane, capable de toutes les transgressions. Jung dit lui-même avoir été transformé par cette relation. « Faire le mal pouvait avoir un effet bénéfique sur la personnalité en nous affranchissant de l’univoque et en retrouvant le contact avec un être instinctuel édénique. Jung en vint à croire que ne pas céder à une pulsion sexuelle pouvait provoquer la maladie et même la mort. Et toutes ces idées, il ne cesserait désormais d’enjoindre aux autres de les mettre en pratique.»43

Par ailleurs Jung reste très flou sur la nosologie psychiatrique. Ses conceptions sur la santé et la maladie demeurent très imprécises. « De même la psychanalyse freudienne se limite à aider l’homme à prendre conscience, en le verbalisant, des contenus de son inconscient, la psychologie analytique de Jung ne vise qu’à permettre à l’homme de prendre conscience de sa part obscure et de l’assumer… Pour Jung comme pour Freud, la guérison consiste à établir un équilibre relatif entre des forces conflictuelles, la qualité éthique ou spirituelle de ces forces étant, en dernière analyse, sans importance. »44 

Confusion de l’anthropologie jungienne

L’anthropologie jungienne n’est pas acceptable pour un chrétien, car il y confusion permanente entre le psychologique et le spirituel, le divin et l’humain, le naturel et le surnaturel. Tous les repères de la tradition théologique chrétienne sont mis à mal. Tous les dogmes sont soigneusement détruits et remplacés par une dogmatique intransigeante qui définit le Soi, les archétypes, les notions de bien et de mal, la part d’ombre en soi ou Soi et en Dieu… La grâce, don de Dieu devient pour Jung, l’expression d’une force liée au dynamisme des archétypes. La transcendance est réduite à ce qui est inconscient. Jung sous prétexte d’intégrer la spiritualité et les religions, détruit tout dans sa tentative d’assimilation. « Pour Jung, la foi de l’homme se limite en réalité en la foi en sa propre expérience intérieure. » 45

« Puisque vous me demandez si je fais partie des croyants, je suis obligé de vous dire: non. 46»

Jung ne peut admettre une relation avec un Dieu personnel, puisque l’image de Dieu est un archétype qui est fluctuant en fonction des époques et des lieux. L’amour de Dieu de tout son cœur de toutes ses pensées et de toutes ses forces premier commandement, rappelé par le Christ, est absent dans toute l’œuvre de Jung, le second commandement, d’aimer son prochain comme soi-même, est tout aussi absent.

Jung est donc athée, gnostique, théosophe, jouisseur, hédoniste, il n’est pas chrétien.

L’inconscient spirituel

La notion même d’inconscient spirituelle existe depuis la plus haute Antiquité. Platon dans La République met les rêves en relation avec les désirs insatisfaits ou l’agressivité latente, la notion de ce que Freud appellera le refoulement n’est pas bien loin.

Les Pères de l’Eglise ont une autre analyse de ce même constat. Saint « Macaire note le caractère inconscient, pour la plupart des hommes, des effets en eux du péché ancestral : «  Le péché s’est introduit par la désobéissance d’Adam, et qui correspond à une certaine puissance spirituelle de Satan et à une réalité, a semé tous les maux. Sans être détecté, il agit sur l’homme intérieur et sur l’esprit, et il met la guerre dans les pensées. Mais l’homme ignore qu’il agit là à l’instigation d’une force étrangère. Il s’imagine que tout cela est naturel et qu’il s’agit de ses propres réflexions… Le monde est malade de la passion mauvaise et ne le sait pas. »… Saint Syméon le Nouveau Théologien constate dans le même sens, signalant que les passions sont non seulement le contenu de cet inconscient mais sa source : « Tel est l’emprise que les passions ont pris sur nous, tels sont l’enténèbrement et l’ignorance où nous nous trouvons, que nous ne sentons pas dans quel état nous sommes, que nous ne sentons pas que nous agissons mal. »47  Saint Macaire dit explicitement : « Le serpent ton meurtrier, se cache en dessous même de l’esprit et plus profondément que les pensées, dans ce que l’on appelle les chambres et les retraites de l’âme. »48

C’est pourtant là que se situe le vrai combat spirituel. Réécoutons saint Macaire : « Aussi longtemps qu’un homme est retenu dans les choses visibles de ce monde, entouré des diverses chaînes de la terre, entraîné par les passions mauvaises, il ne sait même pas qu’il y a un autre combat, une autre lutte, une autre guerre au-dedans de lui-même. C’est en effet quand un homme se lève pour combattre et se libérer de tous les liens visibles avec le monde… et qu’il commence à se tenir avec persévérance devant le Seigneur en se vidant lui-même de ce monde, qu’il peut connaître le combat intérieur des passions qui se lève en lui, la guerre intérieure et les mauvaises pensées. Comme on l’a dit : aussi longtemps que quelqu’un ne lutte pas, ne renonce pas au monde, ne se détache pas de tout son cœur de toutes les convoitises terrestres, ne veut pas s‘unir entièrement et sans réserve au Seigneur, il ne connaît ni les ruses des esprits de malice, ni les passions mauvaises cachées en lui. Mais il est étranger à lui-même, ne sachant pas qu’il porte en lui les plaies des passions secrètes. »49

Postface

Tout d’abord, il est nécessaire de distinguer les psychothérapies qui ont pour objet les maladies psychiques et la thérapeutique spirituelle dont l’Eglise a l’expertise. Cependant la vie psychique est largement tributaire de la vie spirituelle.

Quelques discernements doivent être faits :

  1. La thérapeutique spirituelle a comme objectif la santé spirituelle et le salut de l’homme en vue de sa vie éternelle et n’est pas un moyen de traiter les maladies psychiques.
  2. La thérapeutique spirituelle n’est pas l’apanage, d’un accompagnateur, d’un groupe, ou d’une méthode dite de guérison… Elle demande un discernement dans la durée et non dans l’immédiateté d’un ressenti. « Ce sont les événements qui sont nos maîtres » disait Bossuet.
  3. Le malade, c’est-à-dire chacun d’entre nous, doit participer à sa propre guérison, dans la foi et la raison, dans l’exercice quotidien des vertus cardinales, et l’accueil des vertus théologales par les sacrements, la Parole de Dieu et la mise en application dans la vie fraternelle.

Ne nous laissons pas abuser, s’il existe des points de convergence entre l’anthropologie chrétienne fondée sur le Nouveau et l’Ancien Testament, les Pères de l’Église, puis toute la tradition magistérielle, et les conceptions de Freud et de Jung, nombreux sont les points de divergences ou d’incompatibilité fondamentale.

Il est déplorable qu’aujourd’hui des auteurs que se disent chrétiens comme Anselm Grün, reçoivent, pour certains de leurs livres, les accréditations officielles de l’Église catholique du nihil obstat et de l’imprimatur, alors qu’ils sont objectivement hérétiques. Sous prétexte de dialogue, de bienveillance, de tolérance, ces livres sont toxiques, car ils mélangent les plans, induisent des confusions, sans jamais être repris par des Évêques, aidés par des théologiens, qui ont pour mission prioritaire d’être les gardiens du dépôt de la foi et de veiller à ce que le peuple qui leur ait confié reçoive de bonnes nourritures. Leur silence et leur bienveillance à cet endroit sont gravement préjudiciables.

La promotion inconsidérée de sessions d’ennéagramme dans les centres spirituels catholiques ou même par un évêque, est particulièrement préoccupante. Monseigneur Lebrun a béni les journées chrétiennes de l’ennéagramme dans son diocèse de Saint Étienne. L’ennéagramme est pétri de psychologie jungienne, même si celle-ci est rarement citée par ses promoteurs.

Bernard Dubois dans son dernier livre : « Chemins de guérison des blessures de l’enfance sur les pas de Thérèse de Lisieux », préfacé par Monseigneur Aillet 50 persiste et signe, malgré les mises en garde faite par une commission, diligentée par le conseil permanent de la conférence des évêques de France. Cette commission avait étudié les méfaits du « psycho-spirituel » en particulier dans la « doctrine » de Dubois et ses fâcheuses dérives, dans les sessions Agapè du Puy-en-Velay.

Ce ne sont que deux exemples, que nous pourrions malheureusement multiplier ; ils sont devenus courants, tant dans les communautés nouvelles que dans les communautés traditionnelles, fascinées par l’attirance de voir la psychologie enfin réhabilitée chrétiennement.

Une juste et saine reprise est nécessaire sur le plan doctrinal, car les conséquences pastorales sont déplorables. Les dérives innombrables et atteignent non seulement les personnes qui en toute confiance participent à ces sessions ou lisent ces livres, mais aussi leur entourage immédiat, parents, enfants, conjoints, amis qui ne comprennent pas les modifications de comportements, parfois les ruptures totales de relation que cela entraîne.

L’initié à ces pratiques voit le monde et les autres à travers ce prisme, il croit avoir tout compris des mécanismes de la psyché, des blessures qui seraient à l’origine des comportements, des compulsions, de la face obscure de l’âme. Son observation et sa mise en pratique ont des conséquences délétères. Il est curieux de constater que ces personnes ont une apparence de bienveillance, paraissent compréhensives, empathiques. Mais elles sont en réalité formatées et ne regardent l’autre qu’à travers des grilles d’analyse de l’ennéagramme ou de la psychologie freudienne ou jungienne, par exemple. Il s’ensuit une distanciation, une indifférence à l’autre qui est l’inverse d’une attitude fraternelle gratuite ou d’une réelle compassion. Nous retrouvons ce même type de comportement chez les personnes qui pratiquent la sophrologie, l’hypnose, la méditation de pleine conscience. Cela engendre des comportements débridés. Certains fondateurs de communautés ou initiateur de ces « méthodes » entrent dans la toute-puissance du pouvoir, de l’argent et du sexe. Et la majorité de leur « brebis » devient comme figées dans leur pensée et dans leur cœur. Une sorte d’indifférence les habite, comme si les émotions étaient inhibées. Une rupture relationnelle s’en suit, une étanchéité à toute affection et à toute compassion à leurs proches, parents ou amis, selon l’acception chrétienne. En apparence tout va bien, une certaine sérénité semble être acquise. Mais cette sérénité provoquée remplace la Paix que le Christ offre aux disciples dans le désarroi.

Un comportement que les Pères de l’Église ont bien observé dans le mécanisme de la chute. Ils décrivent trois aspects symptomatiques parmi les manifestations du Mal, le parasitisme, l’imposture, et la parodie. Le Malin vampirise ses victimes en se nourrissant des substances vitales de ses victimes ; et pour cela il prend toujours l’image du bien apparent, santé, richesse, beauté, pour les appâter. Enfin le Malin parodie le Créateur et construit son propre Royaume sans Dieu. Les Pères de l’Église ne spéculent jamais sur le mal, ils préfèrent dire d’expérience comment combattre le Malin. La Bible dénonce « l’homme d’iniquité » des derniers temps, le fils de la perdition qui se fera appeler Dieu51. Le prophète Isaïe avait déjà diagnostiqué cette entreprise: « Nous nous sommes fait du mensonge un refuge, et de l’illusion un abri. » L’homme devient étanche à toute altérité, celle de son prochain qu’il enferme dans son bocal conceptuel, et celle de Dieu, car il dit à son cœur : moi, moi seul, rien que moi ; il se fabrique un cœur qui lui donne l’illusion suprême : je suis Dieu.

Seul, le mystère de la Croix brise la cédule de nos enfermements dans le péché et nous donne la vraie Vie, Paix, Joie, et le Bonheur paradoxal des béatitudes pour l’éternité.

Bertran Chaudet

 Diacre permanent

Notes

1 Jean-Claude Larchet, L’inconscient spirituel, ed du cerf, mai 2005, p. 24,25.

2 Freud Introduction à la psychanalyse, Payot, coll. « Petite Bibliothèque », 1975, IIe partie, chapitre 18, p. 266-267.

4 Jean-Claude Larchet, L’inconscient spirituel, Ed du cerf, mai 2005, p. 35.

5 Jean-Claude Larchet, L’inconscient spirituel, ed du cerf, mai 2005, p. 35.

6 Freud, l’Avenir d’une illusion, Paris, 1995, p. 49-50.

7 Ib. P.32.

8 Jean-Claude Larchet, L’inconscient spirituel, ed du cerf, mai 2005, p. 38.

9 Freud, Essais de psychanalyse appliquée, Paris, 1952, p. 142.

10 Jean-Claude Larchet, L’inconscient spirituel, ed du cerf, mai 2005, p. 39.

11 Freud. Le malaise dans la culture, Paris, p. 18.

12 Ib.p. 18

13 Freud, Abrégé de psychanalyse, Paris, 1950, p. 5.

14 Jean-Claude Larchet, L’inconscient spirituel, ed du cerf, mai 2005, p. 42.

15 Jung, des rapports de la psychothérapie et de la direction de conscience, p.282.

16 Ib. p.291.

17 Jung et la croyance religieuse, dans La Vie symbolique, Paris, 1989, p. 161.

18 Lettre de Jung du 10.10.1959 à G.Wittwer.

19 Jung et la croyance religieuse, dans la Vie Symbolique, p.189.

20 Lettre de Jung du 20.06.1933 au D. Paul Maag.

21 Jean-Claude Larchet, L’inconscient spirituel, ed du cerf, mai 2005, p.56.

22 Jung, psychologie et religion, Paris, 1958. P.148.

23 Jung et la croyance religieuse, dans La Vie symbolique, Paris, 1989, p. 194.

24 Jung, des rapports de la psychothérapie et de la direction de conscience, p.287.

25 Jung, Psychologie et religion, p. 164.

26 Ib, p.93.

27 Ib, p.173.

28 Jung, Métamorphose de l’âme et de ses symboles, p. 123.

29 Jung et la croyance religieuse, dans La Vie symbolique, Paris, 1989, p. 192.

30 Jean-Claude Larchet, L’inconscient spirituel, ed du cerf, mai 2005, p.83..

31 Psychologie et religion. P. 114.

32 Lettre de Jung au pasteur W.Lachat …

33 Jung, La vie symbolique, p. 83.

34 Lettre au Révérend Erastus Evans.

35 Jean-Claude Larchet, L’inconscient spirituel, ed du cerf, mai 2005, p. 74.

36 Lettre de Jung du 05.011952.

37 Jung, Dialectique du moi et de l’inconscient. P. 254-255.

38 Les théosophes voient dans les gnostiques de l’Antiquité, mais aussi dans les alchimistes comme Jacob Boehme ou les illuminés du XVIIe s. comme Swedenborg ou Saint Martin, les pères fondateurs de la théosophie. La théosophie apparaît comme un courant philosophique mêlant du religieux, structuré en 1875 sous l’impulsion de Mme Blavatsky. La théosophie est un syncrétisme d’occultisme d’ésotérisme, de magie puisant dans la franc-maçonnerie, la Rose-Croix, les doctrines orientales. Elle se présente comme une alternative à l’emprise du catholicisme. Le New Age se nourrit de la théosophie.

39 Aleksander Posacki, sj, Psychologie et Nouvel Âge, Editions bénédictines, 2009, p. 96.

40 Ib. p. 97

41 Jung, Aïon, p.97.

42 Cité par Jung dans, Psychologie et religion. p. 154.

43 R. Noll, Le Christ aryen Paris 1999, p 81-108. Cité par Jean-Claude Larchet, L’inconscient spirituel, ed du cerf, mai 2005, p.93.

44 Jean-Claude Larchet, L’inconscient spirituel, ed du cerf, mai 2005, p. 98.

45 Ib. P.99.

46 Lettre de Jung au Dr Bernhard Lang. 1957.

47 Jean-Claude Larchet, L’inconscient spirituel, ed du cerf, mai 2005, p. 139.

48 Saint Macaire Homélies spirituelles XV, 21.

49 Ib, XXI, 4.

50 Ed. des Béatitudes, Nouan-le-Fuzelier (Loir-et-Cher)

51 2 Thes. 2,3-4.

 

Sophrologie, éléments de discernement

Kinésithérapeute de profession, je me suis très tôt intéressé à toutes les méthodes de prise de conscience corporelle et techniques de relaxation, les enseignant dans le cadre de la formation professionnelle des infirmières en psychiatrie, ou dans le cadre d’un diplôme universitaire de formateur d’adultes ou DUFA. Il est important d’envisager une distanciation critique quant aux limites de ces techniques dans certaines pathologies psychiatriques, mais aussi sur les sujets sains quant aux effets d’emprise, de manipulation et de dérives. C’est ainsi qu’infirmières ou étudiants avaient des critères de discernement objectif pour évaluer différentes méthodes de relaxation ou de prise de conscience corporelle adaptables à leurs pratiques. Le discernement est primordial, tant sur le plan de la raison que sur le plan de la Foi si nous sommes chrétiens. Ce discernement consiste à vérifier avec attention l’anthropologie qui sous-tend ces méthodes et techniques. Car aucune technique, aucune méthode dans ce domaine ne sont neutres. Dès que l’on touche à l’homme, la subjectivité du ressenti peut dominer l’objectivité.

Un de ses best-sellers de Laurent Gounelle, « L’homme qui voulait être heureux », a pour sous-titre : « ce que l’on croit peut devenir réalité ». Gounelle a du succès, car il s’inscrit dans ce courant New Âge ou post New Âge, où l’on pense pouvoir acquérir la sagesse, l’illumination, la connaissance en se laissant conduire tant par son intuition, et que par une domination de ses propres pensées. Ainsi nous n’avons pas à nous convertir au réel selon la pensée de Bossuet qui disait : « Les événements sont nos maîtres », mais nous pourrions infléchir le réel par nos propres croyances. Ceci n’est ni plus ni moins qu’une exaltation moderne de la pensée magique. L’homme devient en lui-même et par lui-même son propre créateur et sauveur.

Et c’est précisément ce à quoi nous entraîne la sophrologie. La sophrologie pénètre, le monde de l’entreprise, du commerce, de l’enseignement, du sport, du monde médical et paramédical…

Il est curieux de constater, que dans nombre de collèges ou de lycées d’enseignement privé se recommandant de l’Église catholique, la sophrologie soit proposée aux élèves. La sophrologie y est présentée comme une méthode permettant de diminuer le stress au moment des examens, d’améliorer les performances d’apprentissage, de perfectionner concentration et clarté de pensée… Combien de fois ai-je été témoin de l’agressivité de sophrologues et de leurs adeptes, quand je leur proposais de discuter sur le fondement de leurs pratiques. Il n’existe aucune étude épistémologique sur la sophrologie réalisée par des personnes qui ne soient pas sophrologues, c’est-à-dire qui ne soient pas juges et partis.

Origine de la sophrologie

C’est un psychiatre, le docteur Caycedo qui est à l’origine de la sophrologie. Né en 1932, originaire de Bogota en Colombie, Caycedo fit des études de neuropsychiatrie en Espagne. Caycedo s’était également intéressé aux états modifiés de conscience dans les transes médiumniques. Il s’initia à l’hypnose[1], fondant même une société d’hypnose clinique et expérimentale à Madrid en 1959. Il se maria à Genève en 1963, à une fervente adepte du yoga. Caycedo passa deux ans en Orient où il reçut l’enseignement, prétendit-il, des plus grands rajas yogis hindous, des yogis tibétains, puis des maîtres zen japonais. Ainsi fut-il initié aux techniques de maîtrise et de modification de conscience. Il décrivit ces recherches dans deux livres qui seront fondateurs de la sophrologie : « La hindia de los Yogis et Letters of silence ». C’est alors qu’il nomma sa méthode : « relaxation dynamique ».

Ce voyage initiatique en Inde et au Japon sera déterminant dans l’élaboration des trois premiers degrés de la sophrologie[2].

Caycedo a créé en 1960 ce néologisme, sophrologie. Sophrologie est composé du grec « sophron » : sain d’esprit, sensé et de « phren » esprit, conscience, et « logos » étude, discours, traité, savoir ou science. Il dit avoir trouvé la racine de ce mot dans Platon qui nomme « sophrosunè » cet état de calme, et de concentration suprême de l’esprit, produit par de belles paroles (charmides, 157 B.).

La devise des praticiens est : « Ut conscienta noscatur. » « Afin que la conscience soit connue ! » Caycedo a sa propre définition de la conscience, elle correspond selon lui à : « la force d’intégration de tous les éléments et structures physiques et psychiques de l’existence. » Cette définition n’a donc rien de scientifique, ni de moral, ni de philosophique, ni de spirituel au sens chrétien du terme.

La sophrologie se veut une science qui étudie la conscience, une philosophie pour mieux vivre en harmonie, une thérapie, une connaissance plus large et plus ouverte du monde qui s’accompagne d’une expérience. Ce n’est donc pas une simple méthode de relaxation. La sophrologie est une vision sur l’homme, son objectif est de « se rapprocher de ses valeurs de vie, de tout ce qui est fondamental pour soi, de ce qui donne sens à son existence[3] »

Dans les années 1970, la sophrologie se développa partout. Le premier congrès mondial en 1970 réunit à Barcelone 1400 spécialistes venus de 42 pays différents. En décembre 1971, le Centre de sophrologie de Paris fut créé. À cette époque, la sophrologie se définissait comme étant un « yoga occidental ».

En 1977, le 25 août, Caycedo prononça la Déclaration de Recife, ou « Déclaration des valeurs de l’homme ». Caycedo présenta la sophrologie comme étant fondatrice d’une conscience nouvelle, salvatrice de l’humanité, mobilisatrice et révélatrice des ressources cachées de l’homme.

« Cette déclaration servira à la fois de base et d’orientation pour le futur de notre école et, aussi, de principe pour l’acquisition d’une conscience nouvelle, seule solution permettant d’affronter la maladie des masses dont souffre l’humanité…

La sophrologie se définit comme une fondation à caractère international, apolitique et aconfessionnel, fondation que j’ai créée pour tenter de sauver les valeurs de l’homme face à la crise de la civilisation contemporaine…

Devant le phénomène de masse irréversible et dont le développement est inéluctable, l’unique solution réside dans la mobilisation des réserves génétiques conservées dans les structures biologiques de l’homme. La science a démontré le potentiel énorme et la capacité qu’a l’homme de donner naissance à des structures nouvelles, dans lesquelles existait la possibilité de s’adapter à des circonstances inconnues.

La sophrologie a créé des techniques capables de mobiliser de telles réserves… »

Nous avons là les ingrédients nécessaires et suffisants pour une emprise totalitaire, pour une mise sous dépendance ouverte à toutes les dérives possibles. Cette mégalomanie, cette volonté d’hégémonie sur la conscience même de l’homme sont le propre des gourous ou des dictateurs.

Principes de la sophrologie

La sophrologie se veut neutre, sans adhésion à une religion, mais de fait, elle puise dans des anthropologies religieuses orientales. Presque toujours, ceux qui pratiquent la sophrologie disent se sentir bien ou mieux après une séance. Mais nous devons nous interroger sur ces perceptions du corps, et ces inductions produites mentalement. Ne sont-elles pas sous-tendues par des croyances sur le sens de l’homme et du monde qui posent alors des questions d’ordre moral et métaphysique jamais abordées ?

Dans le premier niveau de la sophrologie, Caycedo s’inspire de la pensée du yoga hindou ; dans le deuxième, les techniques bouddhistes proprement dites ; dans le troisième, enfin, celles du zen japonais. « Il n’y a pas de yogas sans gourou » postule Caycedo lui-même. Nous sommes prévenus, nous entrons là dans une initiation qui nécessite un guide qui a parcouru lui-même ce chemin initiatique, s’inscrivant dans un regard et une relation particulière à soi, aux autres, au monde et à sa finalité.

La sophrologie, dans le degré I, peut être comparée à d’autres méthodes de prise de conscience corporelle. En cela elle peut être bénéfique, aidant à mieux connaître son corps et à se détendre. Mais très vite et dès ce niveau, il est envisagé des exercices de mentalisation, qui s’éloignent de la simple prise de conscience corporelle. En effet il est proposé de voir son corps de l’extérieur, ou d’induire certains climats intérieurs par des exercices de visualisation. Nous nous éloignons insensiblement du « hic et nunc », ici et maintenant de la tradition chrétienne qui nous ramène toujours au réel de l’incarnation.

Le degré II. Pour Caycedo, c’est la répétition des sensations qui crée le sentiment. Ainsi le sentiment est traité à la manière d’un conditionnement réflexe. Nous retrouvons cela dans la PNL ou programmation neurolinguistique. Ainsi l’on peut à force de répétition programmer ses émotions et ses sentiments pour en demeurer maître en toutes situations et circonstances. La première phase consiste en une série d’exercices de prise de conscience corporelle, avec des mouvements associés à une respiration synchronique, suivie d’un voyage hors du corps. Il s’agit de visualiser et contempler son corps comme si nous étions extérieurs à lui. Puis il faut explorer l’espace, le cosmos, en découvrant le monde avec un regard nouveau. « On fait ainsi l’expérience que notre conscience est illimitée puisqu’elle à la faculté de s’extérioriser. [4] »

Ce degré II se termine par l’émission d’un souhait positif. « La respiration est associée à une pensée positive qui concerne directement le sujet (j’ai la paix), ou des êtres qui lui sont chers, ou encore qui concerne tout l’univers (puissent tous les êtres avoir la paix). [5] » Formulation d’une prière laïque, chère à la pensée positive que nous retrouvons également dans la méditation de pleine conscience[6]. À qui s’adresse cette prière, à soi ou au monde ou à une énergie indifférenciée ?

Le degré III est inspiré par une méditation zen qui permettrait de réaliser la fusion des contraires et des complémentaires vers l’essence de toute chose, et qui développerait la compréhension intuitive. Cette intuition serait l’accès à une conscience cosmique, paisible et harmonieuse, où tout est un, tout est dans tout. Il faut pour y arriver se débarrasser de la raison et d’une intelligence analytique, pour accéder à cette connaissance directe et immédiate. « Le moi est dilué, au profit d’un vécu immédiat, sans a priori ni perspective d’avenir, sans limitation spatio-temporelle. L’instant est perçu dans sa plénitude, dans un sentiment d’absolu, d’infini, d’éternité. État syncrétique, qui ne privilégie aucun pôle de la totalité « soi, autrui, cosmos », mais la conscience de leur liaison. Comment, pratiquement aborder cette dimension ? Tout d’abord en se concentrant sur le point hara (entre l’ombilic et le pubis), centre de soi, de l’équilibre, d’énergie où naît le mouvement respiratoire… Le point hara représente aussi le lieu de la jonction entre notre « être profond » et le monde extérieur. On commence donc par vivre intensément la zone du hara, autour de laquelle se fait progressivement le vide.[7] » C’est ce qui s’appelle chez nous, s’intéresser à son nombril…

Mais pour le sophrologue : « L’esprit ne poursuit aucune intention : les représentations (images mentales) n’apportent plus que ce qui est perçu de l’extérieur. La méditation tend à exclure de son esprit toute pensée de vouloir saisir… Le troisième degré engage en fait le sujet dans une dimension transcendantale, vers la saisie d’une conscience pure… [8] » Cependant Bernard Etchélécou, en psychologue clinicien, semble prendre de la distance en concluant : « Ce vécu méditatif, au-delà des mots, au-delà du sens, appelle cependant une interrogation de la part du psychologue : s’agit-il réellement d’accéder à un niveau supérieur de conscience, ou ce vécu symbiotique porte-t-il essentiellement la marque de la régression (vers une relation fusionnelle fœtale) ? [9] »

Le degré IV permettrait d’intégrer au quotidien moins de souffrance, plus de détachement et d’efficacité mentale et physique. Ce sont donc des perspectives qui se trouvent dans le bouddhisme ou le zen. Deux cycles composent ce degré IV que Caycedo ajouta à partir de 1990 :

Le cycle radical qui utilise l’énergie[10] en provoquant des vibrations sonores pour stimuler les centres d’énergie interne (frontal, thyroïde, thymus, ombilical et sous-ombilical) que l’Orient et les écoles ésotériques appel les chakras. Ces chakras seraient des portes d’entrée de l’énergie universelle dans notre corps. La Kundalini, énergie primordiale, pourrait pénétrer chacun de ces chakras et atteindre le septième chakra (sahashara chakra) au niveau de la tête pour permettre l’illumination. La mise en fonction de cette énergie induit des états médiumniques qui ouvrent à des pouvoirs occultes.

Le cycle existentiel. Nous y trouvons entre autres le sophro-déplacement du négatif (SDN) qui permettrait de se libérer de toutes les énergies négatives de nos vies (angoisses, stress, sentiments négatifs, répétitions de pensées négatives…) L’exercice proposé consiste à éliminer le négatif à chaque expiration, en suggérant que l’énergie positive terrestre ou céleste pénètre dans notre corps à chaque inspiration en y introduisant énergie, harmonie, paix.

Beaucoup de sophrologues ne suivent pas Caycedo dans ce cycle radical et existentiel, où il a rajouté douze degrés supplémentaires. Tous les aspects de la vie y sont modélisés selon ce qu’il convient de ressentir et de percevoir. L’adepte est en effet dépossédé de tout désir propre, de toute agressivité, colère ou appétence particulière pour ressentir comme il convient de ressentir selon la sophrologie. Nous sommes là dans une dérive où les désirs et les phantasmes de l’initié deviennent la norme et le but à atteindre par les adeptes.

Quelques éléments de discernement

Le risque est grand dans les approches holistiques comme la sophrologie, de confondre et de mélanger le physique, le psychologique et le spirituel. D’autant que dans l’état sophro liminal dans lequel se trouve le patient, le sophrologue peut avoir un effet intrusif ou inductif lié à ses propres pensées ou conviction. Ainsi certains patients n’hésitent pas à parler de viol psychique lié à une emprise consciente ou non du sophrologue qui peut durer des années.

Des inductions qui se veulent neutres le sont-elles réellement ? « Il y a quelque chose d’éternel dans votre ventre qui respire.[11] ». « Sentez cette énergie qui s’exprime par cette force intérieure. [12] » Quelle est la relation entre le ventre qui respire et l’éternité ? De quoi s’agit-il quand le sophrologue parle de force intérieure et d’énergie ?

Régression psychologique

Le patient se laisse aller aux suggestions du sophrologue, la douceur de sa voix, le climat apaisant de type fusionnel, lui rappelle la présence rassurante d’une mère. Henry Wallon a bien décrit cette étape de la personnalité de l’enfant à propos de la relation qui s’instaure entre la mère et l’enfant. « C’est la symbiose affective, après la symbiose organique de la période fœtale[13] » Certes nous gardons la nostalgie de cette relation sans conflit, sans préoccupation alimentaire ou d’habitat, de cette mémoire première qui nous ramène à cette douce vie intra-utérine. Mais y revenir par l’état sophronique créé par l’artifice d’exercices est une régression où toute fonction critique est abolie, toutes les fonctions intellectuelles sont en veilleuse ; alors l’imagination et la suggestion prennent l’apparence du réel.

Mélange psycho spirituel et pensée positive

D’une manière générale, on assimile facilement aujourd’hui l’affectivité et la spiritualité, le psychologique et le spirituel, l’émotionnel et le réel. Nous assistons par voie de conséquence au remplacement de la conscience morale par la conscience psychologique. L’abandon de la dimension rationnelle, morale, légale, institutionnelle, découle de cette idéologie voulant libérer sans limites ce que seraient toutes ses potentialités.

La sophrologie pose comme postulat : la pensée positive. Il est très en vogue de répéter ce slogan : « il faut positiver ». La pensée positive ne doit pas tenir compte de ce qui serait négatif. Il s’agit de ne voir que le bon côté des choses, jusqu’à abolir de notre esprit tout ce qui serait gênant, source d’inquiétude, d’angoisse, de culpabilité ou de remords. Cette pensée auto suggérée amène à décider seul de tout, oubliant les désirs ou la volonté de nos proches qui pourraient altérer cette vision des choses. Le monde est alors pensé selon nos désirs et non selon la réalité. Il s’agit de nous persuader que les moyens qui nous permettent de nous sentir mieux, sont la vérité. Ainsi dans cette logique si nous pensons positivement, nous ne rencontrons que de bonnes choses et ce que nous croyons devient la réalité, adage de Gounelle que nous avons vu en introduction. Cette pensée serait reliée à l’énergie de vie ou conscience cosmique qui commande et guide notre monde, cette âme du monde que l’on retrouve dans l’Alchimiste de Coehlo.

En étant relié à cette conscience nous devenons illimités, nous devenons comme dieu. « Ayez une foi inébranlable en vous-mêmes et en ce travail intérieur. [14] » Dans cette perspective, la seule limite que nous ayons proviendrait du manque de foi en notre propre potentiel infini. Cette divinisation de l’homme, par la propre force de son mental amène au déicide d’un Dieu qui serait autre que nous-mêmes. Cette auto déification cette auto glorification n’a plus besoin de recevoir quoi que ce soit de la grâce d’un Dieu Créateur et Sauveur. Ces perspectives sont celles de la promesse du serpent au livre de la Genèse, chapitre 3,5. « Vos yeux s’ouvriront, vous serez comme des dieux. »

Développer toutes nos capacités, toutes nos potentialités enfouies est la finalité de ce processus, jusqu’à l’effacement de la notion de bien et de mal. Il y a donc une anesthésie ou un endormissement de la conscience morale. Des exercices peuvent être proposés à des personnes vivant dans l’inquiétude ou la culpabilité. L’auto persuasion, proposée alors par la sophrologie pour gommer ou enfouir les sentiments « négatifs », peut apporter un soulagement apparent. Toute culpabilité peut être éradiquée. Or la tradition chrétienne enseigne que la culpabilité ou les remords peuvent ouvrir à la conscience et à la responsabilité morale, et permettre d’évaluer les conséquences de nos pensées de nos paroles et de nos actes, nous ouvrant ainsi à la réalité, et par conséquent à la liberté d’agir selon le bien et la vérité. En sophrologie, il n’est jamais question de réconciliation avec Dieu, avec soi-même, avec notre prochain à qui nous aurions pu librement porter préjudice. Il s’agit de se suffire à soi-même, de s’auto guérir plutôt que de se convertir.

Éléments de discernement spirituel

Le bonheur promis par la sophrologie n’est pas celui des Béatitudes.

Pour le sophrologue Abrézol, « Le bonheur est possible. Il dépend essentiellement de nous ; c’est en nous que nous devons le chercher. [15] »

Il s’agit de s’auto programmer dans cette recherche par des exercices répétés jusqu’à obtention du résultat voulu. Nous sommes loin du bonheur paradoxal promis par Jésus dans les Béatitudes. « Heureux les pauvres de cœur, le Royaume des Cieux est à eux. Heureux les doux, ils obtiendront la Terre Promise… Heureux ceux qui pleurent… Heureux ceux qui ont faim et soit de Justice… » (Mt 5, 3-12). Le Christ prévient que ceux qui veulent le suivre doivent prendre leur croix. C’est dans ce choix si exigeant, dépassant nos seules forces humaines, que Dieu donne sa Grâce et sa Paix. Et cette Grâce et cette Paix adviennent dans l’inattendu et la gratuité, suscitant dans le cœur du disciple du Christ, gratitude et louange de Dieu.

Dans le document du conseil pontifical pour le dialogue interreligieux « Jésus-Christ, le porteur d’eau vive. Une réflexion chrétienne sur le Nouvel Âge », une analyse correspond bien à ce qui est proposé par certains sophrologues : « Les traditions Nouvel Âge brouillent consciemment, délibérément, la véracité des différences et des distinctions entre Créateur et créé, entre humanité et nature, entre religion et psychologie, entre réalités subjectives et objectives, dans l’intention apparemment louable de surmonter le scandale de la division. Cependant, pour le Nouvel Âge, il s’agit de la fusion systématique des éléments que la culture occidentale a toujours nettement distingués.

Ne serait-ce pas juste dans ce cas de parler de « confusion » ? La tradition chrétienne a toujours valorisé le rôle de la raison pour justifier la foi et pour comprendre Dieu, le monde et la personne humaine. Le nouvel âge est bien dans l’air du temps quand il rejette la raison accusée d’être froide, calculatrice et inhumaine. Mais s’il est utile d’insister sur la nécessité d’un bon équilibre entre toutes les facultés, la mise à l’écart d’une faculté essentielle à toute vie pleinement humaine n’est pas justifiée. La raison a l’avantage de l’universalité : elle est à la libre disposition de chacun, à la différence de la fascinante religiosité « mystique, ésotérique ou gnostique… Le défi est de montrer qu’une saine collaboration entre la foi et la raison peut améliorer la vie humaine et renforcer le respect pour la création.[16] »

L’Esprit

Pour le chrétien, la vie spirituelle est avant tout, relation : relation de personne à personne, relation avec Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit. Le chrétien qui confondrait les expériences psychocorporelles vécues en sophrologie avec la vie spirituelle se tromperait. En effet, il peut y avoir une confusion entre l’induction mentale et la maîtrise de la respiration qui entraînent certains effets psychocorporels, et l’accueil de l’Esprit-Saint. L’Esprit-Saint est Souffle-Saint, si l’on veut traduire au plus près de l’étymologie le latin spiritus, avec sa racine spirare qui a donné en français le mot respiration, inspiration, expiration. Le souffle (ou pneuma en grec, rouah en hébreu) se trouve présent dès les premiers versets de la Genèse, premier livre de la Bible. Ce souffle planait sur les eaux, avant même la création de l’homme. On retrouve rouah, le souffle, quelques versets plus loin quand Dieu crée l’homme à son image et à sa ressemblance et lui insuffle dans les narines une haleine de vie ; et l’homme devient ainsi un être vivant. Le Souffle traverse l’ensemble de la Bible, il inspirera les patriarches, les prophètes et tous les saints d’Israël. Il inspirera les apôtres le jour de la Pentecôte. Ce Souffle permet la relation entre l’homme et son Créateur. Mais ce Souffle-Saint ne se maîtrise pas, il s’accueille en toute gratuité dans l’inattendu de la vie. Dans l’évangile selon Saint Luc, Marie, couverte du Souffle-Saint, répond à l’ange qui la visite pour lui dire qu’elle serait la Mère du Sauveur : « Comment cela se fera-t-il ? » Elle dira à sa cousine Élisabeth dans son Magnificat : « Mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur » que nous pourrions traduire, au plus proche de l’araméen, selon Le Père Marcel Jousse, sj : « Mon souffle se rythme dans le Souffle de Dieu mon Sauveur. »

Ceux et celles qui découvrent la voie chrétienne se nourrissent d’une confiance de plus en plus absolue en Dieu, qui rejoint tous les hommes à travers le mystère de la croix et de la résurrection de son Fils Jésus le Christ.

La vie spirituelle du chrétien se situe dans cette adhésion de tout l’être à ce désir, source de tout engagement : « Que ta Volonté soit faite ! » Dans cet abandon confiant se réalise la finalité spirituelle du chrétien : devenir fils de Dieu et frère de Jésus-Christ, participant librement à l’œuvre de la création.

La prière chrétienne

La prière chrétienne n’a rien à voir avec des techniques capables de produire des réactions systématiques, si subtiles ou si séduisantes soient-elles. Saint-Paul, bien au fait des courants gnostiques de son temps qui prétendaient apporter l’initiation suprême aux mystères de la vie, dira : « Je vous dis cela pour que personne ne vous abuse par des discours séduisants. » (Col 2,4).

La prière chrétienne commence par un cri, un cri existentiel qui sourd du tréfonds de la personne : « Dieu, viens à mon aide.[17] » Cette prière ne cherche pas à étouffer la détresse ou l’angoisse par des exercices psychophysiques, elle ne cherche pas à évacuer, à anesthésier, à enfouir le tragique de nos souffrances, mais elle oriente nos cris vers Celui seul qui peut soulager, guérir et donner un sens, Dieu Créateur et Sauveur.

À ce cri personnel : « Dieu, viens à mon aide », la réponse se fait collective : « Seigneur, à notre secours. »

Celui qui se reconnaît dans ce cri peut découvrir une multitude de frères et de sœurs qui n’attendent de repos et de salut qu’en Dieu seul. La réponse devient ecclésiale et engendre la fraternité, une fraternité pour bâtir un monde qui se reçoit de cette expérience spirituelle fondatrice.

La vie spirituelle chrétienne trouve sa source, son réconfort et son épanouissement dans la « trithérapie » que lui propose l’Église, à savoir :

  • La lecture amoureuse de la Parole de Dieu.
  • La vie sacramentelle sans cesse renouvelée par le sacrement de réconciliation et l’eucharistie.
  • La vie fraternelle.

Ainsi le signe d’une authentique vie spirituelle chrétienne est l’amour de Dieu, de tout son cœur de toute son âme et de toutes ses forces, et l’amour du prochain comme soi-même. (Mt 22, 36-39).

La soif de nombreuses personnes qui se tournent vers la sophrologie ou d’autres techniques de développement personnel est une réalité et un aiguillon pour nous, chrétiens. Il s’agit alors véritablement de nous mettre au service de la quête de sens et de bonheur des hommes et des femmes de notre temps. Tout d’abord, en vivant plus pleinement le mystère de l’Amour de Dieu dans notre vie ; et en cela notre conversion n’est jamais terminée, elle est toujours à ressaisir, elle est toujours insuffisante.

Certains éléments des méthodes proposées actuellement peuvent être valables, notamment lors des premiers moments de pratique ; essentiellement autour de la relaxation, d’une respiration ample et complète. Il s’agit alors de mieux connaître son corps dans sa physiologie naturelle et paisible. Cette première phase est saine et s’inscrit dans une meilleure connaissance de nous-mêmes. Mais rapidement, celui qui pratique est entraîné à aller plus loin, à faire des expériences. Celles-ci sont orientées, et le formateur n’a pas toujours conscience lui-même que ce qu’il propose est sous-tendu par une anthropologie qui n’est pas neutre, contrairement à ce qui lui a été dit. Ces techniques qui prétendent, en passant par le corps, accéder à l’âme de la personne doivent être discernées, à l’aune de l’enseignement de l’Église catholique « experte en humanité ». L’Église propose sans discontinuité par l’exemple de ses saints, des chemins uniques qui conduisent au bonheur.

Bertrand Chaudet, diacre permanent.

Rappel : Sophrologie, repères pour un discernement pratique et spirituel. Bertran Chaudet. Éditions Salvator, 2013.

[1] http://sosdiscernement.org/h/hypnose/

[2] Caycedo, La India de los Yogis, Scientia, Barcelone, 1971. Et Letter of silence, Bhavani and sons, New Delhi, 1966.

[3] Cindy Chapelle, La sophrologie pour les nuls, First Editions, août 2011, p.2.

[4] Thierry Loussouarn, Transformez votre vie par la sophrologie, Ed Dangles, 1990, p. 23.

[5] Bernard Etchélécou, Comprendre et pratiquer la sophrologie. Inter Editions, 2009, p. 41.

[6] Sur la méditation de pleine conscience, voir cet article sur le blog Charismata.free.fr, à la page de Bertran Chaudet.

[7] Bernard Etchélécou, Comprendre et pratiquer la sophrologie. Inter Editions, 2009, p. 41, 42.

[8] Ib, p. 43.

[9] Ib. p. 44.

[10] Ce terme d’énergie ne fait jamais l’objet d’une définition précise, si bien que l’on ne sait pas vraiment de quoi il s’agit.

[11] Dr Abrézol, Tout savoir sur la sophrologie, Editions Randin, 1995, p. 94.

[12] Ib., p. 79.

[13] Henry Wallon, Les étapes de la personnalité de l’enfant, Ed A. Collin, 1941, rééd 2002.

[14] Bernard Etchélécou, Comprendre et pratiquer la sophrologie, Inter Editions, 2009, p. 69.

[15] Raymond Abrézol, Vivre heureux ici et maintenant, Lanore, janvier 2007, p. 12.

[16] Document du Conseil Pontifical pour le Dialogue interreligieux : « Jésus-Christ, le porteur d’eau vive. Une réflexion chrétienne sur le Nouvel Âge », Pierre Téqui éditeur, 2003. p. 96-97.

[17] Cette prière débute la « Prière des heures » que de plus en plus de laïcs vivent aujourd’hui. C’est la prière appelée autrefois bréviaire, que prêtres et diacres, et la plupart des congrégations religieuses et de nombreux laïcs, font aujourd’hui selon une modalité où les 150 psaumes sont priés en quatre semaines.

L’Anthroposophie et Rudolf Steiner

Rudolf Steiner est né 25 février 1861 en Croatie dans l’Empire austro-hongrois ; il est mort le 30 mars 1925 à Dornach, en Suisse. Philosophe, et occultiste[1], membre de la société théosophique[2], il s’intéressa aux œuvres de Goethe puis de Nietzsche. Il est le fondateur en 1913 de l’anthroposophie, qu’il qualifie de « chemin de connaissance », visant à « restaurer le lien entre l’Homme et les mondes spirituels ». Il se présentait comme un guide spirituel doué de pouvoirs médiumniques (clairvoyance).

Cependant, bien qu’il cite des philosophes, les écrits de Steiner n’ont rien de philosophiques. Ses affirmations péremptoires ne procèdent pas d’un raisonnement logique. En 1905, Rudolf Steiner fréquente les obédiences maçonniques, notamment celles qui s’intéresse plus particulièrement aux sciences occultes telle que l’Ordre Memphis-Misraïm[3], sous l’égide de John Yarker qui avait succédé à Garibaldi (il en sera le grand hiérophante, c’est-à-dire chef mondial de ce rite). Steiner œuvre avec Marie von Sivers, durant une décennie à restaurer le cérémonial cultuel et symbolique, basé sur une supposée tradition de la sagesse ancienne, dont les fondements se trouvent partiellement dans l’ouvrage Dogme et Rituel de Haute Magie d’Éliphas Lévi. Il fonde ainsi son propre Rite initiatique : la franc-maçonnerie ésotérique, à laquelle Édouard Schuré aurait été initié. Parallèlement, Steiner devient le dirigeant du Rite de Memphis-Misraïm[4] très implanté en Allemagne et en Italie. Steiner aurait aussi été initié dans l’Ordre de la Rose-Croix ésotérique fondé par Franz Hartmann (1838-1921) médecin allemand, théosophe, occultiste, géomancien, astrologue et auteur d’ouvrages ésotériques.

Rudolph Steiner est à l’origine de projets aussi divers que les écoles Waldorf, l’agriculture biodynamique, la médecine anthroposophique avec ses médicaments et produits cosmétiques Weleda, la Communauté des Chrétiens, la banque la NEF.

Doctrine anthroposophique

L’anthroposophie se fonde sur l’affirmation de la possibilité de dépasser la vision matérialiste de la nature et du monde, en cultivant des niveaux suprasensibles de l’âme et de l’esprit. Selon Rudolf Steiner : « L’interprétation correcte du mot « anthroposophie » n’est pas « sagesse de l’homme », mais « conscience de son humanité, c’est-à-dire : éduquer sa volonté, cultiver la connaissance, vivre le destin de son temps afin de donner à son âme une orientation de conscience, une Sophia. [5] »

L’anthroposophie cherche à développer en l’homme les forces nécessaires pour appréhender ce qui existerait au-delà des sens : monde éthérique ou monde des forces formatrices, monde psychique ou astral, monde spirituel.

L’entité du Christ joue un rôle central dans l’Anthroposophie, et pourtant l’anthroposophie ne se conçoit pas comme une religion[6], alors que de fait, elle voudrait se substituer ou transcender toutes les religions, en se prétendant avoir la connaissance suprême.

Partant de ce qu’elle nomme Science Spirituelle (les Anthroposophes aiment les majuscules), l’anthroposophie propose dans tous les domaines de l’existence des applications pratiques qui se veulent en harmonie avec la nature profonde de l’homme : en politique (le mouvement pour la triarticulation de l’organisme social), en matière d’éducation (écoles Waldorf), médecine anthroposophique, en thérapies artistiques (eurythmie), en pharmacie, en agriculture biodynamique, en économie, en vie sociale, en arts, etc.

Les débuts de la Société anthroposophique

Tout commence par une histoire rocambolesque. À l’Assemblée générale de 1909 à Adyar, les responsables de la Société théosophique, Annie Besant et C.W. Leadbeater, déclarèrent qu’Alcyone, le futur Jiddu Krishnamurti, alors âgé de 13 ans, était le Christ réincarné. Rudolph Steiner n’était pas d’accord avec cette vision. Il fut exclu de la société théosophique et avec d’autres membres dissidents allemands, il fonda la Société Anthroposophique Universelle ainsi que l’École libre de science de l’esprit dont il devient le président.

Très prolixe, Rudolf Steiner fit plus de 6 000 conférences dont une partie fut publiée. Il écrivit une trentaine de livres. L’édition allemande compte environ 370 volumes. Une partie de son œuvre a été traduite en français. De nombreux cycles de conférences ont pour thématique la réincarnation et le karma.

La Société Anthroposophique Universelle, en tant que telle, compte en 2008 un peu plus de 50 000 membres, dont 1 300 adhérents en France. Mais beaucoup plus nombreux sont ceux qui gravitent autour d’elle. La Société Anthroposophique ne fait pas de propagande ni de prosélytisme direct, mais la doctrine se propage par l’agriculture biodynamique, la médecine anthroposophique, les écoles Waldorf, les produits Demeter…

L’anthroposophie propose un chemin de développement spirituel

Alors que pour percevoir le monde sensible, nous avons besoin des cinq sens, Steiner professe que pour appréhender les mondes suprasensibles, nous aurions besoin d’organes suprasensibles, notamment les chakras. Ces organes se seraient fossilisés permettant ainsi de développer la conscience de soi, mais ils resteraient actifs chez les peuples primitifs capables d’une médiumnité naturelle. Les Occidentaux auraient eu cette clairvoyance instinctive jusqu’au Moyen Âge. Grâce aux exercices de méditations et à l’enseignement de Steiner, ces organes de perception seraient développés et réactivés. Rudolf Steiner professe cela dans son livre : L’initiation ou comment parvenir à des Connaissances sur les Mondes supérieurs ? » Il s’agit pour lui d’une véritable Science de l’Occulte. L’adepte parviendrait ainsi à une clairvoyance consciente remplaçant et surpassant l’antique clairvoyance instinctive. Cet enseignement ésotérique, caché jusque-là, parviendrait à la connaissance du plus grand nombre grâce à Rudolf Steiner. Il insiste surtout sur le développement du chakra à douze pétales (chakra du cœur) qui permettrait de passer du registre intellectuel au registre spirituel.

Les croyances anthroposophiques

L’Anthroposophie est un syncrétisme complexe et abscons, mélangeant divers éléments de l’Hindouisme, du Christianisme et du Bouddhisme, associé à un discours pseudo-philosophique, pseudo-épistémologique et pseudo-humaniste sorti tout droit des phantasmes magico occultes de Rudolf Steiner.

Ces croyances sont bien entendu incompatibles avec la foi chrétienne et il est difficile de comprendre que des pasteurs protestants aient pu faire appel à Steiner et adhérer à de telles conceptions.

Ainsi la croyance en la loi du karma et de la réincarnation s’oppose à la Foi en la Résurrection.

La croyance en l’existence de « grands initiés » guidant le développement de l’humanité (Bouddha, Manès, Christian Rose-Croix, Scytianos, Rudolf Steiner) et la croyance en la possibilité de développer une pensée pure ouvrant l’accès au monde spirituel est en contradiction avec l’esprit des Béatitudes.

La croyance en l’influence des signes du zodiaque sur les hommes et sur les plantes est un relent de paganisme.

La croyance aux chakras, la croyance aux auras est incompatible avec une anthropologie chrétienne.

La croyance en la possibilité de devenir clairvoyant et de développer trois degrés de cette clairvoyance : imagination, inspiration et intuition, par la pratique régulière des méditations anthroposophiques, ou même la lecture des œuvres de Steiner, est une déviance grave de la pratique de la méditation chrétienne qui ne vise aucun pouvoir, mais une conformité de plus en plus grande à faire la volonté de Notre Père.

Voici un catalogue à la Prévert des croyances distillées comme des certitudes par la Science de l’Esprit de Steiner. Le Christ est descendu du Soleil, Bouddha s’est réincarné sur Mars, planète liquide ! La lune est faite de corne vitrifiée, le cosmos s’arrête à Saturne, ce sont les Gnomes qui font pousser les plantes, la Résurrection du Fils de Dieu aurait engendré le phénomène de la radioactivité, l’Atlantide n’est pas un mythe, mais un continent où les hommes avaient des corps cartilagineux capables de s’étendre à volonté, les blonds ont une intelligence cosmique, les dinosaures étaient en fait des dragons cracheurs de feu, les Africains pensent avec leur cerveau-arrière, l’organe sexuel du futur sera le larynx, tricoter développe de bonnes dents, les hommes et même la Terre se réincarnent, et enfin, ce sont les dieux qui ont révélé à Steiner les principes de la pédagogie Waldorf. Nous aurions pu ajouter une très longue liste d’inepties de ce genre.

Première école Waldorf

Appliquant la pédagogie de Rudolf Steiner, la première école Waldorf vit le jour en 1919 à Stuttgart. Initialement, c’était une école d’entreprise principalement destinée aux enfants des ouvriers de la fabrique de cigarettes Waldorf-Astoria. Les écoles Waldorf sont aussi appelées Écoles Steiner. De 1919 à 1924, Rudolf Steiner donna 15 cycles de conférences, développant les bases d’une pédagogie issue de sa compréhension spirituelle de l’être humain. Les écoles Waldorf prétendent ne pas enseigner l’anthroposophie, cependant la pédagogie et la finalité de l’enseignement reposent sur des bases données par Steiner qui conduisent toutes aux conceptions anthroposophiques.

Cela apparaît notamment très clairement dans l’une de ses déclarations aux professeurs de la première école Steiner-Waldorf de Stuttgart :

« Au sein du corps des professeurs, nous devons toujours retenir que nous, les hommes, ne sommes pas là pour nous-mêmes, mais pour réaliser les plans divins sur le monde. Gardons en conscience le fait que, lorsque nous accomplissons telle ou telle chose, nous réalisons en fait les intentions des dieux, que nous sommes, en quelque sorte, les réceptacles destinés à réaliser les courants qui viennent d’en haut et veulent devenir réalité dans le monde. [7] »

Aujourd’hui il y a plus de 800 écoles Waldorf à travers le monde.

La Communauté des Chrétiens

Elle se développe dès 1922 à Dornach avec l’ambition de rénover la pratique religieuse chrétienne. De jeunes théologiens s’adressèrent au pasteur protestant Friedrich Rittelmeyer (1872-1938), alors membre de la Société Anthroposophique à Berlin. Ce dernier se tourna alors vers Rudolf Steiner pour lui demander conseil sur la manière de féconder le domaine cultuel religieux à partir des conceptions anthroposophiques. Rudolf Steiner accéda à cette demande et organisa deux cours à l’intention de ces théologiens à Stuttgart et à Dornach. Rittelmeyer devint le premier recteur de ce « mouvement de rénovation religieuse » dont le centre s’établit à Stuttgart.

Alors que la Société Anthroposophique, son École de Science de l’Esprit, et Communauté des Chrétiens se prétendent indépendantes, il y a des liens étroits entre ses membres directeurs quand ils ne sont pas les mêmes.

Le premier office de ce culte initié par Steiner a été célébré au Goetheanum, au siège même de la Société Anthroposophique Universelle !

Si la Communauté des Chrétiens n’était pas, selon le mouvement, l’Église des Anthroposophes liés, alors pourquoi toutes les conférences, sermons et propos religieux tenus par les prêtres et dirigeants de cette institution s’appuieraient-ils systématiquement sur des références à l’Anthroposophie de Rudolf Steiner, qu’elles soient citées explicitement ou implicitement ?

Un fondement doctrinal plus anthroposophique que chrétien

La Communauté des Chrétiens prétend vénérer principalement la figure du Christ et se baser sur la Bible. Mais le Christ des anthroposophes n’est pas Celui des évangiles, c’est un être conçu cosmique lié au Soleil.

En réalité les sacrements de l’Église catholique sont plagiés par la Communauté des Chrétiens. Les prêtres de la Communauté des Chrétiens s’appuient sur les enseignements occultistes de Steiner et non sur la Bible.

« Steiner a réécrit lui-même la messe et a donné des directives sur ce que devait être la marche de l’institution ecclésiastique, avec un rituel d’ordination des prêtres, une hiérarchie montant aux niveaux nationaux jusqu’à des « Recteurs », etc. C’est une véritable église nouvelle avec pour fondement la doctrine anthroposophique que Rudolf Steiner a conçue ! [8] »

« Par exemple, lors de la « Communion », on entendra parler du fait que le Corps du Christ doit être salutaire pour les « forces formatrices » du communiant. Or ces termes sont une autre façon de désigner ce que les anthroposophes appellent le « corps éthérique », ou « corps vital », ou « corps de forces formatrices ». De même, lors de la Transsubstantiation, on remarquera qu’il est question de : « ma pensée pure », « mon cœur aimant » et de « ma volonté qui se donne ». Ces désignations reprennent très précisément la nomenclature et la doctrine anthroposophique selon laquelle l’Homme est tripartite, c’est-à-dire composé de la « pensée », des « sentiments » et de la « volonté ».

Ou encore, il est question de « cycles terrestres », termes faisant référence aux petites et aux grandes « rondes » de la Chronique de l’Akasha de Rudolf Steiner, ou encore aux « périodes » de sa Science de l’Occulte, c’est-à-dire à une conception du monde occulte selon laquelle le temps est composé de séquences temporelles ayant des unités spécifiques, se répétant. »[9]

« Cette construction du culte de la Communauté des Chrétiens à partir des références à la doctrine de Rudolf Steiner est particulièrement sensible avec les « Épîtres ». Ces dernières sont en effet des textes lus au début et la fin de chaque office. Elles s’éloignent du texte canonique de la messe traditionnelle, pour évoquer des événements du cycle naturel de l’année. Par exemple, il existe une Épître pour la saison hivernale (Épître de l’Avent), une Épître pour le début de l’Été (appelée « Épître de la saint Jean ») une Épître pour l’Automne (appelée « Épître de la Saint Michel »), une Épître du Printemps (appelée « Épître de Pâques »)… L’Épître de la Saint Jean est entièrement bâtie sur une dévotion à la lumière et au soleil estival, l’Épître de l’Avent est construite sémantiquement sur le crépuscule hivernal, à ce moment de l’année où les jours raccourcissent, l’Épître de Pâques sur les phénomènes atmosphériques et lumineux propres à cette saison… Cette insistance sur le vécu des saisons est typiquement anthroposophique : il doit être mis en relation directe avec le fameux Calendrier de l’Âme de Rudolf Steiner, un recueil de strophes mantriques où le gourou associe des états d’âme particuliers à des impressions liées à certains moments précis du cycle annuel. [10] »

La médecine anthroposophique

Ses bases reposent sur des cycles de conférences données à la demande d’une trentaine de médecins et sur le livre de Ita Wegman, médecin hollandais (1876-1943), Données de base pour un élargissement de l’art de guérir selon les connaissances de la science spirituelle… Ita Wegman fonda en 1921, à Arlesheim, en Suisse, la première clinique anthroposophique, appelée actuellement Ita Wegman Klinik.

Pour la médecine anthroposophique, une mauvaise santé, reflète souvent l’aboutissement d’une « destinée karmique ». Steiner enseignait que les maladies avaient des causes spirituelles. Ainsi quelqu’un qui naît avec des impuretés spirituelles causées par des péchés et des erreurs commises lors de ses vies antérieures, purgerait le mal somato spirituels contractés lors de précédentes incarnations. La médecine classique pourrait bloquer le processus d’auto guérison karmique du patient par des médications pharmacologiques ou chirurgicales invasives.

Steiner était contre les vaccins. « En vaccinant, nous accomplissons simplement quelque chose que la personne devrait produire elle-même en contrepartie dans une réincarnation prochaine. [11] »

En médecine anthroposophique la phytothérapie et l’homéopathie, les élixirs de Bach[12], les produits dynamisés selon les principes de Steiner sont préférentiellement prescrits.

Aucune validation scientifique selon les critères de la médecine n’a apporté le moindre début de preuve de l’efficacité de la médecine anthroposophique.

L’agriculture biodynamique

Elle a pris naissance en Allemagne, à la demande d’agriculteurs. Rudolf Steiner donna un seul cycle de 8 conférences sur le sujet en juin 1924 à Koberwitz (Silésie). Les méthodes de l’agro biodynamie n’ont rien à voir avec l’agriculture biologique pratiquée habituellement.

En effet l’agriculture biodynamique se base sur les influences astrales des signes du Zodiaque, sur des procédés magiques consistant à tuer et à brûler certains animaux en dispersant leurs cendres sur les champs durant la nuit pour éloigner la vermine, sur des rites consistant à pratiquer certaines méditations pour entrer en contact avec les « âmes-groupes » des animaux pour leur demander leur coopération invisible, sur des incantations, sur l’utilisation de cornes de vaches remplies de substances diverses remuées en imprimant au liquide la forme d’une lemniscate, cornes que l’on enfouit ensuite dans le sol, comme autant de capteurs d’énergies spirituelles pour réaliser des « préparations biodynamiques ».

Voici quelques extraits choisis particulièrement truculents du Chapitre 4 : Théorie du fumier spirituel du livre Cosmos, de Michel Onfray[13].

J’aime le vin et si j’avais pu boire une seule fois dans ma vie un bon flacon conçu selon les principes de l’agriculture biodynamique, je ne me serais pas interdit la philosophie de Rudolf Steiner, car sa pensée aurait été validée par ses produits. Hélas, je n’ai jamais bu de vin issu de la biodynamie qui ne soit une exécrable piquette…

Je compris que ce vin avait moins à voir avec le raisin qu’avec l’idéologie et qu’il procédait d’une croyance qui lui donnait sa loi. La biodynamie est une pensée magique qui, comme toute pensée magique, dont la psychanalyse, produit des effets chez ceux qui y croient. Ce vin imbuvable par un amateur de vin devient le nectar le plus fameux pour un palais qui a renoncé à ses papilles au profit du catéchisme formulé en 1924 par l’ésotériste Rudolf Steiner dans un ouvrage intitulé « Agriculture. Fondements spirituels de la méthode biodynamique ». Le vin biodynamique est un genre de vin de messe : il ne donne d’extase qu’aux croyants. Rudolf Steiner (1861-1925) est un pur produit de l’idéalisme allemand qui débouche clairement dans l’occultisme, l’ésotérisme.

Il semblerait que, sur la planète, 2 700 fermes se réclament aujourd’hui de l’agriculture biodynamique et que 92 000 hectares de terres agricoles soient dévolus à cette pratique. Un label, Demeter, certifie les produits obtenus en biodynamie et, en France, un autre label fort opportunément nommé Biodyvin (!) garantit lui aussi les produits obtenus avec la méthode de Rudolf Steiner. Ce dernier label français est issu du Syndicat international des vignerons en agriculture biodynamique.

Cette théorie biodynamique se double d’une pratique que Rudolf Steiner détaille dans une conférence le 12 juin 1924 : il s’agit de fabriquer un « fumier spirituel » appelé à régénérer, féconder, nourrir le sous-sol, donc le sol, à partir de pratiques qui, pour ma part, me font plutôt sourire ou rire. Steiner y conserve l’idée chère à Samuel Hahnemann, l’inventeur de l’homéopathie, de petites dilutions sublimées par une pratique du vortex dans un rituel qui convoque la bouse et la corne de vache dans un concentré de pensée magique.

Voici la recette : trouver des cornes en choisissant des vaches du lieu, car « les forces des cornes provenant d’autres bêtes étrangères au pays peuvent entrer en conflit avec les forces attachées à la terre de ce pays » ; peu importe leur âge, pourvu qu’elles ne soient pas trop jeunes, pas trop vieilles non plus ; ne craignant pas la contradiction, répondant aux questions des paysans, Steiner dit qu’on pourra les réutiliser trois ou quatre fois, mais exige des cornes « aussi fraîches que possible » ; on évitera les cornes de bœuf ou de taureau, seule la vache est licite ; elles devront faire entre 30 et 40 centimètres ; si l’on veut réutiliser les cornes, on les placera dans une caisse dont les côtés seront rembourrés avec de la tourbe. Si l’on devait utiliser du fumier de cheval dans une corne de vache, il faudrait alors prendre soin de l’entourer avec des crins du cheval.

Ensuite : bourrer la corne du fumier de la vache ; l’hiver, l’enterrer dans un sol ad hoc, pas trop sablonneux, entre 50 et 75 centimètres, ainsi, écrit Steiner, « nous conservons dans celle-ci les forces que la corne de vache avait l’habitude d’exercer à l’intérieur même de la vache, à savoir réfléchir l’éthérique et l’astral » (127) ; cette hivernation permet de vivifier le contenu de la corne ; on obtient donc dans celle-ci une capacité de fertilisation extraordinairement concentrée et vitalisante – Pourquoi ? Comment ? En vertu de quels principes ? Selon quel processus chimique ? Steiner ne le dira pas, il suffit qu’il en offre la formule.

Plus tard, après que le sous-sol a effectué son travail magique, déterrer le tout, sortir le fumier dont l’anthroposophe nous apprend qu’« il ne sent plus du tout », puis il ajoute : « Il y a là des forces énormes tant astrales qu’éthériques. » Diluer ensuite le fumier dans de l’eau : le contenu d’une corne nécessite un demi-seau d’eau et cette quantité suffira pour traiter 1 200 mètres carrés – pourquoi pas 1 000 ou 1 500, on ne le saura pas plus que pour les autres assertions.

Quand le fumier se trouve dans l’eau du seau, il faut remuer en créant un puissant tourbillon qui doit toucher le fond du récipient. Puis, magie, il faut inverser soudainement la rotation pour créer un vortex. Ce travail doit s’effectuer pendant une heure. Steiner explique qu’il vaut mieux éviter la mécanisation de ce geste et préférer l’effectuer à la main, car, en brassant de façon ancestrale, le paysan transmet des informations sur lui-même au contenu de son seau. L’anthroposophe invite à mobiliser les amis ou la famille le dimanche pour transformer ce rituel en plaisir. Une fois obtenu le précieux liquide astral et éthérique, le pulvériser à dose homéopathique (je rappelle : un seau pour 1 200 mètres carrés) sur le sol ainsi régénéré. On obtient des fruits et légumes dignes d’un jardin d’Éden, bien sûr.

L’extravagance de Rudolf Steiner en matière d’agriculture ne s’arrête pas là. Il complète sa théorie du fumier le 13 juin 1924 en affirmant qu’il reprend à son compte les thèses homéopathiques de la grande puissance des petites substances. À cet effet, il parle de « fumure homéopathique ». Il donne six recettes pour tonifier et fortifier le fumier et lui permettre d’obtenir les meilleures grâces de certaines substances nécessaires à l’excellence de l’agriculture biodynamique – potassium, calcium, fer, acide silicique, phosphore.

Pour ce faire, sur le même principe qu’avec la bouse de corne et la silice de corne, Steiner propose des recettes à mi-chemin du rituel de sorcellerie et du canular. Première recette : cueillir des fleurs d’achillée, qui s’avère une plante excellente pour remédier aux maux provoqués par la faiblesse astrale ; sa puissance est telle qu’elle agit du simple fait de sa présence ; mettre sa récolte dans une vessie de cerf que l’on coud – la vessie de cerf est en relation directe avec le cosmos ; pendre ce résultat l’été, à l’air libre, dans un endroit aussi ensoleillé que possible ; la décrocher à l’automne ; l’enterrer l’hiver de façon assez peu profonde ; lorsqu’on la sort de terre, la mélanger à un gros tas de fumier : « Le rayonnement agit », affirme Steiner, en vertu d’une « force de radiation extraordinaire ».

Une fois de plus, la proposition pratique issue des considérations théoriques astrologiques, ésotériques et occultistes confine aux pratiques de sorcellerie, aux rituels de magie, aux recettes de bonne femme prétendument enracinées dans le savoir millénaire des gens de la terre – rappelons que Steiner, théoricien de l’agriculture, qui moque la théorie et vante les mérites du paysan, n’a jamais eu aucun contact personnel et direct avec le travail des champs : il se contentait de penser l’agriculture du fond de son fauteuil.

Un adepte très médiatisé de l’agriculture biodynamique est Pierre Rabhi qui interrogé sur le sujet, affirme qu’il n’est pas anthroposophe. Pourtant, dans son domaine agricole, il organise des stages de Biodynamie, méthode d’agriculture magico-religieuse comme nous venons de le voir. Pierre Rabhi y fut très tôt initié, il le raconte dans son ouvrage intitulé Du Sahara aux Cévennes. De plus, bon nombre de personnalités de son mouvement sont des anthroposophes. Et Pierre Rabhi donne fréquemment des conférences dans des institutions liées à l’Anthroposophie, et les écoles Steiner-Waldorf.

L’eurythmie

Dans les écoles Steiner-Waldorf, on pratique l’Eurythmie, cet « art du mouvement » que Rudolf et Marie Steiner ont inventé. L’Eurythmie est présentée par ses adeptes comme une sorte de danse ou d’expression corporelle permettant une meilleure de prise de conscience personnelle et relationnelle. Pas un mot dans un premier temps n’est dit sur les arrière-plans ésotériques de cette activité scolaire. Pourtant, Rudolf Steiner lui-même disait que l’Eurythmie n’est pas une fille, mais la sœur de l’anthroposophie. L’Eurythmie est une sorte de grammaire gestuelle qui permettrait de rendre corporellement visibles les sonorités de consonnes, de voyelles, et des phonèmes. Cette correspondance parfaitement subjective et suggestive induit dans l’esprit des enfants des gestes codifiés qui sont présentés comme immuables et universels. L’Eurythmie serait en effet, selon les anthroposophes, « le langage de l’invisible rendu visible ». Les sonorités des mots exprimeraient, dans chaque langue, quelque chose de l’essence éternelle de ce qu’il désigne.

En fait, l’Eurythmie se nourrit d’autosuggestion. Lorsque les enfants font les gestes censés représenter la sonorité des mots, l’enseignant leur indique ce qu’ils sont censés ressentir intérieurement. Ainsi, les élèves des écoles Steiner-Waldorf sont accoutumés à s’imaginer qu’ils ressentent effectivement en eux-mêmes telle ou telle chose, alors celles-ci leur ont été suggérées. On fait croire aux élèves qu’ils ont découvert par eux-mêmes, au fond d’eux-mêmes, certaines idées qui, en réalité, ont été implantées dans leur esprit sans qu’ils ne s’en aperçoivent. En anthroposophie une large place est réservée à l’intuition au ressenti, mais les enfants qui ont subi cet enseignement sont de fait formatés jusque dans leur inconscient pour aborder la vie selon les conceptions du maître Steiner. Il est fréquent que les réunions anthroposophiques commencent par quelques gestes d’Eurythmie, avec la consigne que chacun prenne bien conscience de ce qu’il pense et de ce qu’il fait. En réalité l’adepte reproduit les schèmes de pensée qu’on lui a inculqués.

Doctrine sur le corps

Pour Steiner le cœur n’est pas une pompe et le sang circule de son propre chef, grâce à la force vitale qu’il porte en lui[14]. De même, il enseignait que le cerveau n’était pas impliqué dans la connaissance[15]. Pour Steiner, la véritable connaissance était l’exercice de pouvoirs paranormaux rendus possibles quand les individus développaient des « organes de clairvoyance »[16].

Le corps aurait une structure ternaire, corps physique corps éthérique et corps astral.

Le corps physique, partie visible est le seul qui est reconnu et étudié par la science.

Le corps éthérique est pour Steiner à la suite des occultistes le corps vital ou un champ de forces qui permettrait le développement du corps physique et son maintien en forme.

Le corps astral est appelé par Steiner corps psychique, corps de conscience, parfois corps des désirs ou corps animique. Il serait de forme ovoïde et serait perceptible par les clairvoyants qui l’assimilent à l’aura. Ses couleurs varieraient en fonction des climats intérieurs de la personne et de son état de santé.

Le Moi est considéré comme l’entité supérieure immortelle de l’homme, censé agir dans l’âme et susciterait ainsi l’être conscient.

Les corps supérieurs. Le disciple qui suit le chemin spirituel selon Steiner, anticipe par le travail qu’il fait sur lui-même, les stades de conscience qui ne deviendraient l’apanage naturel de l’humanité que dans le futur.

Le travail du Moi sur le corps astral, en le transcendant, donnerait naissance au Soi spirituel.

Le travail du Moi sur le corps éthérique, en le transcendant donnerait naissance à l’Esprit de vie.

Le travail du Moi sur le corps physique, en le transcendant, donnerait naissance à l’Homme-Esprit.

C’est un jargon qui n’a donc rien de philosophique de scientifique ou de théologique, et ne rentre dans aucune catégorie anthropologique.

Les entités dites « adverses »

Le monde invisible serait habité par des entités adverses Lucifer et Ahriman.

Ainsi le Christ cosmique maîtriserait Lucifer et Ahriman dans leur opposition pour maintenir l’équilibre intervenant dans le développement de l’humanité. Les forces lucifériennes auraient une action expansive, centrifuge, dilatoire, dissolvante et calorique, tandis que les forces ahrimaniennes auraient une action contractante, durcissante, centripète et réfrigérante. Selon cette vision, dans l’organisme humain, les forces lucifériennes auraient un certain rapport avec les maladies de type inflammatoire, microbienne, tandis que les forces ahrimaniennes seraient liées aux maladies sclérosantes, paralysantes et virales. La santé résulterait ainsi de l’équilibre dynamique entre ces deux tendances.

Réincarnation et karma

Pour Rudolf Steiner grâce à l’initiation qu’il donne, l’homme trouverait sa propre libération en développant les facultés et le savoir, et ce en progressant d’incarnation en incarnation. Ainsi les corps seraient renouvelés à chaque incarnation. Le karma présiderait à ces réincarnations. Après la mort, l’esprit de l’être humain initié s’élèverait dans les mondes spirituels, aussi haut que lui permettrait son degré d’évolution. Il irait y rencontrer des entités spirituelles, avec lesquels il préparerait sa prochaine incarnation. Enfin prêt, avec des conditions terrestres adéquates, l’esprit humain redescendrait vers la terre.

Les prophéties délirantes de Rudolf Steiner

Voici quelques-uns des innombrables délires de Rudolph Steiner qu’il prophétise de manière péremptoire à un auditoire hypnotisé par sa force de persuasion. Il professe l’incarnation d’Ahriman au début du troisième millénaire, la venue du Maitraya Bouddha, l’apparition du Christ dans le monde éthérique à partir de 1933, l’avènement dans le monde anglo-saxon d’une nouvelle technologie basée sur l’utilisation des forces éthériques pour remplacer le pétrole, la prochaine réincarnation de Manès.

Croyance en la future incarnation d’Ahriman, venant après celle du Christ et de Lucifer (la date n’est jamais précisée clairement et oscille entre un événement imminent ou prévu pour le 3e millénaire) ; ou la « culmination anthroposophique » censée avoir commencé depuis la fin du siècle dernier et marquer le triomphe culturel de l’Anthroposophie ; ou qu’à partir d’une certaine époque l’organe de reproduction de l’être humain ne sera plus le sexe, mais le larynx.

Croyance en l’existence de deux groupes d’âmes élues que Steiner nomme les « Platoniciens » et les « Aristotéliciens ».

Croyance en des rythmes qui viendraient régler l’histoire de l’humanité (comme celui des 33 ans et celui des 666 ans, notamment).

Croyance en une évolution réglée par des cycles régis par le nombre sept.

Croyance en l’existence des continents engloutis de l’Atlantide et de la Lémurie.

Chacune de ces croyances a donné lieu à des développements et des commentaires considérables de la part de Rudolf Steiner et de ses successeurs, dans le but de les présenter comme des vérités de la Science Spirituelle et non précisément comme des croyances.

Au sein de la Société Anthroposophique, la fascination exercée par ces élucubrations sans fondement demeure intacte et est cultivée religieusement.

Les membres de l’École de Science de l’Esprit. « Au-dessus des simples anthroposophes, on trouve ceux qui appartiennent à l’École de Science de l’Esprit, c’est-à-dire les membres de la Société Anthroposophique qui sont admis à écouter les « leçons » de la « classe », c’est-à-dire le culte secret au cours duquel sont lues certaines conférences de Steiner, accompagnées de mantras considérés comme plus particulièrement sacrés, qu’ils auront le devoir de méditer régulièrement et de ne le divulguer à personne. On est accepté à ce niveau après un long entretien avec un « Lecteur de classe », pouvant prendre un caractère très intime.

Les dirigeants. Enfin, pour piloter tout cela existe le Goetheanum, où se trouve le Comité Directeur de la Société Anthroposophique Universelle, ainsi que les différentes Directions des Sections Professionnelles de l’École de Science de l’Esprit. Le Goetheanum n’est pas considéré comme un simple centre administratif, mais comme un véritable temple. Pour s’en rendre compte, il suffit de considérer comment Steiner lui-même a procédé à une sorte de divinisation du premier édifice qu’il avait construit et qui a péri dans les flammes en 1922[17] Certains anthroposophes vont ainsi jusqu’à parler de « Goetheanum céleste », comme il y a une « Jérusalem céleste » dans la Bible…[18] »

Ces dirigeants ont un langage abstrait et incompréhensible peut-être également à eux-mêmes, qui sait ! Ils donnent l’image d’érudits débattant de questions complexes et de sujets aussi alambiqués qu’ésotériques

La Science de l’Esprit

La Science de l’Esprit de Rudolf Steiner se définit elle-même comme une méthode rigoureuse permettant à tout homme, qui pratiquerait assidûment les exercices proposés entre autres dans le livre l’Initiation, d’accéder à une connaissance exacte des mondes supérieurs, si son karma lui en fait la grâce.[19] Une Science de l’Esprit qui n’a jamais eu qu’un seul chercheur Steiner lui-même.

Cette Science de l’esprit ne cherche pas à connaître le monde avec rigueur, précision et humilité, mais à l’intégrer dans ses catégories préétablies.

Voici un extrait du livre de Serge Prokofieff, fidèle perroquet de l’enseignement abscons de Steiner, très haut gradé dans la hiérarchie anthroposophe, intitulé : Rudolf Steiner et les mystères angulaires de notre temps :

« La cognition du rapport entre le microcosme et le Macrocosme correspond au cinquième rythme. Ce degré d’initiation devient à présent accessible au disciple grâce au sacrifice astral cosmique terrestre du Christ, et s’exprime dans la cognition du rapport cosmique de la Terre au Soleil, et également de sa métamorphose en tant que résultat du Mystère du Golgotha. Ce degré est désigné par les exercices amenés dans le rythme en question, et exprimant l’essence du chemin d’initiation que traverse le disciple en tant que microcosme, ainsi que la quatrième partie de la Méditation, où est relaté le chemin macrocosmique du Christ à partir du Soleil vers la Terre, en tant que modèle cosmique primordial de toute véritable initiation terrestre. [20] »

Sur les 574 pages de cet ouvrage, pratiquement chaque ligne est écrite dans ce style à la fois touffu et incompréhensible, mais qui sait se donner des allures pseudo-scientifiques. Dans cet ensemble saturé de références mystérieuses, on est comme noyé dans une architecture de rapports sémantiques que des phrases interminables parviennent à peine à supporter. Il devient ainsi impossible de comprendre quoique ce soit à un tel verbiage. Tout ce qu’on en retient, c’est que l’auteur a l’air de maîtriser parfaitement son sujet et connaître comme sa poche à la fois les processus initiatiques, la marche spirituelle passée et à venir de l’humanité, et ses rapports au Soleil et à la Terre. Ainsi, l’anthroposophe qui lit continuellement ce genre de littérature finit-il par avoir l’impression qu’il sait pertinemment ce qui relève de l’avenir proche ou lointain de l’humanité. Il finit par être comme écrasé par des monceaux de références dressant dans son esprit un édifice monumental où sa pensée se retrouvera prisonnière. En outre, c’est l’ossature même de la logique qui, par la méditation anthroposophique, sera en dernier ressort brisée. Nous pouvons le voir par exemple dans un petit texte de Rudolf Steiner extrait du Calendrier de l’âme, c’est-à-dire l’un des textes que les anthroposophes méditent régulièrement tout au long de l’année et récitent à chaque ouverture de certaines de leurs réunions :

« Ma pensée en sa force aujourd’hui s’affermit,

A la naissance de l’esprit associée ;

Elle éclaire des sens le sourd enchantement,

Lui conférant pleine clarté.

Si l’âme tout entière

Au devenir de l’univers cherche à s’unir,

La révélation de ce monde sensible

Doit en elle accueillir l’éclat de la pensée. »

(Rudolf Steiner, Le calendrier de l’âme, Ed. EAR., p. 99.)[21]

Anthroposophie et New-Age

L’Anthroposophie se présentant comme une Science de l’Esprit, ses adeptes s’offusqueraient d’être assimilés à la pensée du New Age. Il y a il est vrai, une différence de date entre l’une de l’autre : l’arrivée de la nouvelle conscience de l’homme et de l’ouverture de ses nouvelles potentialités est arrivée pour le New Age alors que l’anthroposophie ne voit cette perspective que pour 3573.

Les anthroposophes n’ont rien à reprocher aux mancies ; bien au contraire Steiner se présente lui-même comme un grand médium, un maître en astrologie, voire un exorciste. Ainsi médiumnité magnétisme, divination sont considérées comme des sciences spirituelles à part entière, à condition cependant que leurs praticiens soient validés par Steiner et ses successeurs. L’anthroposophie a des contours si flottants et ambigus sur le plan doctrinal, qu’elle peut phagocyter tous les types de pratiques et de croyances, même si elles sont contradictoires.

Les grands chantres du New Age font référence à la théosophie d’Héléna Blavatsky ou à Annie Besant dont s’est inspiré Steiner. Leur cousinage est évident.

Résumé conclusif

Steiner déclare que ses œuvres ne sont pas faites pour être lues, mais pour être méditées. Ses adeptes considèrent ces textes comme sacrés, textes qui seraient en eux-mêmes initiatiques. Mais la pensée de Steiner est nébuleuse, ses concepts flous, ses affirmations ne reposent sur aucun fondement vérifiable. Le jargon de Steiner, sublime pour ses disciples, demeure incompréhensible pour quelqu’un d’extérieur. Il faut subir une fascination quasi hypnotique pour adhérer à cette doctrine de ce maître l’enfumage.

 

Bertran Chaudet, diacre permanent,

fév. 2016 

Pour une analyse plus approfondie, nous recommandons particulièrement le Blog de Grégoire Perra[22] qui a passé son enfance son adolescence, puis est devenu enseignant et un membre important de la Société Anthroposophique, avant de prendre des distances et d’analyser le mouvement et ses ramifications. Il est actuellement philosophe.

Notes

[1] L’occultisme désigne l’ensemble des arts et sciences occultes (alchimie, astrologie, magie, divination, médecine occulte, kabbale) touchant aux secrets de la nature, à ce qui est non visible.

[2] La théosophie est un système philosophique ésotérique qui permettrait à l’homme de s’initier à la recherche du divin en lui et de la Vérité. Helena Blavatsky (1831-1891) avait des pouvoirs psychiques et médiumniques considérables qui subjuguaient son auditoire et ses disciples. À partir de traditions orientales et d’ésotérisme occidental, elle fonda la Société Théosophique en 1875. Elle voua une haine féroce à l’Église catholique. C’est ici, une des sources des courants du New Âge. Cette organisation spiritualiste s’apparente à d’autres mouvements initiatiques du même ordre (Franc-maçonnerie, Rose-Croix, Martinisme, Nouvelle Acropole).

Helena Blavatsky se retrouve dans les livres de Harry Potter sous le nom de Cassandra Vablatsky.

[3] Ce rite attire les hauts grades de la franc-maçonnerie et comporte 90 ou 92, voire 99 grades, et fait référence à la kabbale et aux mystères égyptiens.

[4] Paul Ariès, Anthroposophie, enquête sur un pouvoir occulte, le Cercle de Magie Sexuelle de Vienne.

[5] Rudolf Steiner, conférence du 13 février 1923 à Stuttgart, in Éveil au contact du Moi d’autrui, GA 257, Éditions Anthroposophiques romandes.

[6] Rudolf Steiner, Conférence faite à Berlin le 4 juillet 1916 in Êtres universels et Essence du Moi, GA 169, Éditions Anthroposophiques romandes

[7]Rudolf Steiner, Conseils, Ed. Fédération des écoles Steiner-Waldorf en France, page 132.

[8] blog de Grégoire Perra sur l’Anthroposophie, article communauté des chrétiens.

[9] Ib.

[10] Ib.

[11] Steiner R. Karma of the higher beings. In Manifestations of karma. Lecture 8, 25 Mai 1910.

[12] C’est au cours d’une initiation de type chamanique que le docteur Edouard Bach, ancien homéopathe, dit avoir reçu une révélation lui indiquant le nom de trente-huit plantes dotées de vertus thérapeutiques particulières, rééquilibrant l’esprit ou soulageant des perturbations psychiques ou physiques. C’est le transfert des forces spirituelles contenues dans les fleurs, récoltées à l’état sauvage, qui permettrait cette harmonisation. Aujourd’hui, de nombreuses fleurs sur le marché sont censées influer sur la conscience et permettraient d’ouvrir à la médiumnité. Certains proposent de charger positivement ces essences de plantes par la méditation et la transmission de pensée. Selon ses perspectives, la force de la pensée donnerait une énergie positive et réparatrice à « l’esprit » de la plante. Nous sommes en plein délire !

[13] Cosmos, Michel Onfray, Éditions Flammarion 2015.

[14] Marinelli R. and others. The heart is not a pump. Frontier Perspectives 5, 1995

[15] Steiner R., The Foundations of Human Experience (Foundations of Waldorf Education, 1). Great Barrington, MA: Anthroposophic Press, 1996, p. 60.

[16] Steiner R., Knowledge of the Higher Worlds and its Attainment. London and New York: Anthroposophic Press, 1944, , p. 28

[17] Rudolf Steiner, Le Premier Goetheanum et Le langage des formes du Goetheanum, Ed. EAR

[18] Blog de Grégoire Perra sur l’Anthroposophie Les différents cercles du milieu anthroposophique.

[19] Rudolf Steiner, L’Initiation, Ed. Triades Poche.

[20] Serge O. Prokofieff, Rudolf Steiner et les mystères angulaires de notre temps, Ed . Société Anthroposophique Branche Paul de Tarse, p. 354

[21] Extrait du Blog de Grégoire Perra sur l’Anthroposophie.

[22] https://gregoireperra.wordpress.com

L’Antoinisme

L’article de wikipédia fournit des informations assez complètes sur l’Antoinisme.

Cliquer sur le lien  : https://fr.wikipedia.org/wiki/Antoinisme

Le culte antoiniste, fréquemment appelé antoinisme, est un culte guérisseur et d’inspiration chrétienne fondé en 1910 par le Wallon Louis-Joseph Antoine (1846-1912) à Jemeppe-sur-Meuse (province de Liège, Belgique). Avec un total de 64 temples, plus de quarante salles de lecture à travers le monde et des milliers de membres, il reste la seule religion née en Belgique dont la renommée et le succès ont dépassé les frontières du pays. Principalement actif en France, le mouvement religieux se caractérise par une structure décentralisée, des rites simples, une discrétion et une tolérance vis-à-vis des autres croyances, autant d’éléments qui ont amené le sociologue Régis Dericquebourg à estimer que, tant dans sa forme que dans son style, le culte antoiniste apparaît « très original ».

Les croyances antoinistes combinent des éléments de catholicisme, de réincarnation, et de guérison. L’homme est censé atteindre la conscience en se débarrassant de l’illusion de la matière produite par son intelligence, le but de la vie étant de se libérer du cycle des réincarnations grâce à une progression morale aidée par des « fluides ». La liberté de conscience étant considérée comme essentielle dans la croyance antoiniste, ce culte ne pratique pas de prosélytisme et n’est pas exclusif. Il ne porte pas de jugement sur les questions sociales et, bien que centré sur la guérison, n’interfère pas avec le domaine médical et ne décourage pas le recours à la médecine traditionnelle.

Choisir un thérapeute

Nous aimerions aborder ici la délicate question du choix d’un professionnel de la psychothérapie ou d’un spécialiste de la relation d’aide tel que coach, conseiller conjugal, consultant en développement personnel, conseiller en orientation, thérapeute familial, etc.

Nous ne proposerons pas de grille infaillible encore moins de liste de « bons » thérapeutes, ni même de « bonnes » méthodes mais plutôt quelques éléments de réflexion pour un discernement éclairé.

Vous pensez qu’il est temps pour vous de faire appel à une aide extérieure. Vous expérimentez de l’anxiété, un état dépressif, une maladie comportant un aspect d’ordre psychosomatique, un deuil, des difficultés relationnelles, du stress, une période de chômage, une rupture, etc. Les motifs de consultation sont nombreux et doivent être pris au sérieux.

Un premier échange avec votre médecin généraliste ou une personne de confiance de votre entourage peut vous conforter dans votre décision d’entreprendre un travail psychothérapeutique. Le bouche à oreille vous a peut-être déjà donné quelques pistes.

Mais voilà, face à la surabondance de résultats fournis par votre moteur de recherche internet, les pages jaunes de l’annuaire et/ou votre réseau de relations, vous ressentez un certain découragement ! Comment faire le tri afin de pouvoir rencontrer un professionnel compétent et adapté à votre difficulté du moment ? La tâche semble immense. Comment frapper à la bonne porte ?

D’après le site doctissimo, on recenserait plus de 200 types de psychothérapies ou méthodes assimilées, des plus sérieuses aux plus farfelues ! Et il s’en invente tous les ans.

Il faut reconnaitre que les « psy-quelquechose » et autres « professionnels de la relation d’aide » forment un ensemble hétérogènele meilleur côtoie le pire.

Pour commencer, ayons en tête deux paramètres essentiels sur lesquels exercer un sain esprit critique :

–        La méthode qui recouvre l’approche, la technique employée, la formation, les fondements théoriques, la dénomination du praticien,

–        La personne du thérapeute : son éthique, sa pratique, son discours, sa déontologie.

L’étude de ces deux items nous donne des clés pour faire notre choix plus sereinement.

1. UN PEU DE VOCABULAIRE

Le préfixe « psy »

On trouve beaucoup d’appellations comportant le préfixe « psy », mais que recouvrent-elles exactement ?

LE PSYCHOLOGUE : il a suivi une formation universitaire en psychologie. Les études, d’une durée de 5 années, abordent les grandes lois qui régissent le comportement humain selon différentes approches théoriques. Certains psychologues complètent leur formation par une méthode plus spécifique : thérapies comportementales et cognitives, hypnose, psychanalyse, art-thérapie, par exemple. En général, ils l’indiquent sur leur carte de visite ou site internet.

LE PSYCHIATRE est un médecin titulaire d’une spécialisation en psychiatrie. Il est le seul à pouvoir prescrire des médicaments. Il est diplômé de la faculté de médecine après une spécialisation, soient 10 années d’études supérieures après le Bac. Les consultations sont remboursées par la Sécurité Sociale. Tout comme le psychologue, il peut compléter sa pratique par différentes techniques.

PSYCHOTHÉRAPEUTE est un titre réglementé en France depuis 2004. Auparavant, n’importe qui pouvait s’appeler psychothérapeute. Il sanctionne la validation d’un cycle de spécialisation théorique et pratique en psychopathologie effectué après des études universitaires de médecine ou de psychologie. Il constitue donc un titre commun partagé par des professionnels issus de formations distinctes et complémentaires. Ils exercent sous la surveillance de l’agence régionale de santé dont ils dépendent. Un registre des psychothérapeutes peut être consulté en préfecture.

LE PSYCHANALYSTE n’a pas, à proprement parler, de formation académique en analyse. Pour revendiquer ce titre, il doit remplir trois conditions : avoir suivi lui-même une psychanalyse, avoir été formé à la théorie analytique par le biais d’une association psychanalytique et être supervisé dans sa pratique par un autre analyste.

Sigmund Freud (1856 – 1939), fondateur de la Psychanalyse

Le titre de PSYCHO-PRATICIEN(NE) valide l’accomplissement d’une formation à une méthode reconnue. Elle suppose l’acquisition de connaissances en psychologie et en psychopathologie clinique ; le recours à une supervision tout au long de la pratique, l’adhésion à la charte déontologie de la profession et l’accréditation par une commission nationale de pairs. Lorsqu’une école affiche la mention « formation certifiante », cela signifie qu’une attestation de formation est décernée à la fin d’un cycle de formation. Ces attestations ne sont pas reconnues par l’État, mais dans la plupart des cas par les fédérations d’une même méthode.

D’autres termes

D’autres termes existent tels que praticien, consultant, thérapeute, facilitateur… ces dénominations ne renvoient pas à un cadre légal.

 

 Bon à savoir : les titres composés à partir du mot « thérapeute » et ceux qui utilisent le suffixe « -logue » n’offrent pas de garantie a priori.

Un certain nombre désignent, bien sûr, des professionnels compétents et diplômés (cardiologue, kinésithérapeute…). De nombreux autres sont des néologismes comme hypno-thérapeute, kinésiologue, relaxologue, sexothérapeute, nous entrons là dans la nébuleuse des praticiens divers et variés, ceux pour lesquels nous devons être vigilants, sans pour autant tout rejeter en bloc !

Par conséquent, avant de consulter un professionnel, outre le titre dont il se prévaut, il importe de se renseigner très précisément sur :

–        la méthode employée,

–        la durée et le contenu de la formation,

–        l’obtention d’un diplôme ou certificat,

afin de savoir si l’on peut accorder sa confiance.

 

2. QUELLE MÉTHODE ?

La loupe de Sherlock Holmes

Pour évaluer une méthode, il faut sortir la loupe de Sherlock Holmes et mener l’enquête ! Voici quelques questions pertinentes pour guider votre recherche :

 

 

◆         Qui est le fondateur, quels sont les disciples ? Certains concepteurs ont une forme de culte de la personne tout à fait déplacé, ils se présentent quasiment comme sauveur de l’humanité…

◆         Quelle anthropologie sous-tend la méthode ? Y a-t-il un lien avec une religion ?

◆         Quels sont les fondements scientifiques et objectivables de la démarche proposée ? La méthode a-t-elle fait l’objet d’une validation scientifique sérieuse ?

◆         Depuis combien de temps cette thérapie existe-t-elle ?

◆         En quoi la méthode est-elle au service de l’autonomie du patient ?

◆         La méthode prétend-elle définir et englober toute la personne dans un cadre de référence particulier ?

◆          Cette thérapie ou technique de mieux-être permet-elle de grandir en liberté, en vérité, en justice dans notre relation à nous-même, aux autres, à Dieu ?

Où trouver des informations fiables ? Il ne faut pas hésiter à aller chercher dans un moteur de recherche, à partir du nom de la méthode, ce qui a été mis en ligne sur le sujet. Les premières pages peuvent être élogieuses mais en fouillant un peu, vous pourriez éventuellement rencontrer des mises en garde utiles ou des argumentaires critiques fondés. Et même parmi les « éloges » et témoignages mirifiques, vous pourriez dénicher quelques éléments clés pour nourrir votre discernement. La prudence suppose de ne pas croire aux solutions miracles même lorsque le récit présenté est émouvant !

Peut-on se fier aux articles des sites internet tels que doctissimo.fr, psychologies.com ou choisir-son-psy.com ? Votre esprit critique doit être convié, ici aussi, car ces sites sont en partie financés par des encarts publicitaires payés par des professionnels ou des organismes de formation. Il parait difficile pour les journalistes de ces sites de critiquer objectivement et librement les méthodes promues par leurs bailleurs de fonds !

L’ensemble des propos est d’ailleurs plutôt consensuel, sur le mode « tout est bien, il suffit de faire son marché en fonction de sa demande ».

Or, sans réflexion préalable, votre recherche pourrait se transformer en un jeu de hasard d’autant plus risqué qu’il s’agit de votre santé physique et psychique !

Quelques garde-fous

Il est impossible de recenser et d’analyser ici chacune des 200 méthodes présentes sur le marché, nous aimerions néanmoins poser quelques balises.

# Nous déconseillons absolument les techniques provoquant des états modifiés de conscience.

Elles peuvent être proposées par des médecins, infirmières, sages-femmes, psychologues mais aussi « hypno-thérapeutes », musicothérapeutes, voire hypnotiseurs de foire ou d’émissions de télévision. Les indications, très larges, vont du bloc opératoire à la distraction des spectateurs, en passant par le bien-être ou la résolution de problèmes psychologiques. L’hypnose permet, par exemple, des interventions chirurgicales sans anesthésie médicamenteuse par dissociation du corps et de la conscience. C’est cette dernière qui permet, entre autre, la perception du vécu par la personne.

Pour aller plus loin, vous pouvez télécharger le dossier sur l’hypnose

Or, la science n’a pas encore élucidé l’ensemble des processus qui sous-tendent les modifications provoquées de l’état de conscience. Que se passe-t-il pour la personne physiologiquement (sur le plan neurologique entre autres), affectivement, psychiquement ? Tout au plus, on nous dit que « ça marche mais qu’on ne sait pas comment ».

Ce qui « marche », c’est qu’il est assez facile d’induire une modification de l’état de conscience (hypnose, hyperventilation provoquée, substances hallucinogènes, etc.) et qu’effectivement pendant un certain temps le sujet se retrouve comme dissocié de son corps. La conscience de ce qu’il vit est abolie.

En outre, plus on pratique l’hypnose, plus il est facile d’entrer dans un état de conscience modifié, parfois à son insu, ce qui est préoccupant. Par exemple, une personne hypnotisée peut se retrouver à faire des actes qu’elle réprouve, n’ayant plus ni conscience de ce qu’elle vit, ni volonté a fortiori.

Par précaution, il parait indispensable de ne jamais abandonner une saine vigilance dans la relation avec un thérapeute, quand bien même il soit médecin ou infirmier.

L’unité corps-psychisme est précieuse et c’est plutôt elle qu’il faut renforcer pour un mieux-être à long terme. Nous postulons que c’est avec toutes ses facultés conscientes que l’humain peut trouver des solutions adéquates à ses difficultés.

# Certaines méthodes proposent, par un biais ou un autre, d’aider à retrouver des souvenirs enfouis dans l’inconscient en remontant à une période dont le sujet n’a pas de souvenirs conscients. Elles sont à exclure.

On vous propose de revisiter la période de votre conception, de la vie intra-utérine, l’expérience de la naissance du point de vue du bébé, la petite enfance avant 3 ans, dans le but de trouver une origine traumatique à vos souffrances actuelles.

Là, nous sommes en grand danger de créer de toutes pièces de faux souvenirs induits, traumatisants au possible et totalement invérifiables ! En voici un florilège non exhaustif : mère violée, tentative d’avortement, jumeau mort dont vous auriez côtoyé le cadavre, abus de tous ordres, etc.

Or, on ne conduit pas une psychothérapie sur des spéculations. Si vous pensez qu’une des clés de vos difficultés se trouve dans votre petite enfance, la sagesse serait plutôt de recueillir des informations au sein de votre famille, des faits sûrs, connus, congruents.

Ce temps de parole avec des proches peut être une occasion d’entendre différents points de vue afin de construire le vôtre. Oui, un deuil a pu affecter votre entourage lorsque vous étiez enfant et vous avez pu en vivre quelque chose de douloureux mais la prudence reste primordiale.

# Certains thérapeutes proposent des sessions ou stages pour aller plus à fond dans le travail sur soi. Nous pointons ici un risque éventuel, non systématique, auquel réfléchir en amont.

Il s’agit de se retrouver plusieurs jours à l’écart, parfois en silence sauf les temps de travail « thérapeutique », dans un lieu insolite (château, abbaye, grande villa), entourés de personnes très (trop) bienveillantes qui vous mettent en confiance. Or, dans cet environnement, le risque est grand que voir tomber les barrières habituelles, celles qui protègent l’intimité et la vie intérieure.

Sous prétexte d’être en vérité, vous pouvez vous retrouver à exposer devant des inconnus la part de vous-même qui est la plus personnelle. Cette expérience laisse certains dans une sensation d’extrême vulnérabilité, comme ayant perdu le contrôle sur ce qu’ils voulaient dire et ce qu’ils auraient souhaité garder pour eux.

Dans ce cas, non seulement l’objectif de mieux-être n’est pas durablement atteint mais les organisateurs du stage se trouvent fondés à proposer une autre session, de nouvelles séances, etc.

Rappelons-nous que le marché du bien-être et de la connaissance de soi est un véritable business !

# Certains professionnels promettent de trouver une solution à vos souffrances en une ou deux séances.

C’est une promesse mensongère. Un travail psychothérapeutique est relativement long et son résultat incertain; cela ne veut pas dire qu’il est inutile mais il n’existe pas de baguette magique, ni en psychothérapie, ni ailleurs.

Un bémol cependant, dans le cas d’une personne possédant un bon équilibre psychologique et devant faire face à une difficulté ponctuelle, il est possible que deux ou trois rencontres suffisent à retrouver une sérénité suffisante.

#   Au rang des techniques néfastes, nous devons mentionner toutes les thérapies occultes

Voyance, magnétisme, médiumnité, guérisseurs, passeurs de feu, astrologie, numérologie, chamanisme, tarot, prière à des esprits, etc. La liste n’est pas exhaustive !

Le « thérapeute » est généralement autodidacte, initié par un maitre ou ayant un « don » familial pour telle ou telle pathologie. Le discours pseudo-scientifique qui accompagne parfois ces approches est de la poudre aux yeux. Le mieux-être ressenti sur le moment annonce en général le déplacement d’un premier symptôme vers un deuxième plus grave et plus aliénant.

Peu importe que le guérisseur soit sympathique, bénévole, père ou mère de famille, bien inséré dans la société, qu’il affiche Jésus ou Mère Teresa sur les murs de son bureau quand il en a un… ces techniques sont dangereuses pour la santé physique et psychique.

>>> Voir le site dédié occultismedanger.free.fr

Glissement d’une méthode à l’autre

Certains thérapeutes proposent plusieurs méthodes ou techniques conjointement ou alternativement au cours de la prise en charge d’un patient. Il est bien évident que dans les approches présentées comme holistiques ou intégratives, ce phénomène de glissement est intrinsèquement lié à la démarche proposée. Cf. le Lexique proposé à la fin de cet e-book.

Qu’il soit annoncé à l’avance ou mis au jour progressivement, le cumul des approches doit nous interroger quant à son bien-fondé. Gardons à l’esprit la notion de liberté du patient.

Voici quelques exemples pour illustrer cette question.

Un kinésithérapeute propose des séances de gym douce en groupe avec mouvements lents, étirements et travail sur la respiration. Cela ne semble pas poser de problème jusqu’à ce qu’une participante témoigne d’une difficulté à rester debout les yeux fermés, position qui génère chez elle de l’angoisse. Il lui propose alors de la rencontrer en séances individuelles pour pratiquer la méthode TIPI (technique d’investigation des peurs inconscientes) qui n’a plus rien à voir avec le projet de gym douce.

Autre exemple, vous faites appel à un coach pour mener à bien une réorientation professionnelle. A l’occasion de vos rencontres, il vous propose de « remettre en place vos énergies » selon une technique à laquelle il s’est formé, inspirée de la médecine chinoise, avec l’objectif de vous aider à amorcer ce nouveau tournant de votre vie. Il vous invite également à analyser votre personnalité avec l’Ennéagramme lors d’une session qu’il anime avec son épouse.

Dans chacun de ces cas, nous assistons à un glissement d’une technique à une autre, introduit par le thérapeute ou professionnel de la relation d’aide.

En quoi cela pose-t-il problème ?

Voici quelques questions que vous pourriez vous poser au sujet du professionnel « polyvalent » :

Quelle est sa formation de base ? A-t-il pris des distances avec celle-ci ?

Est-il vraiment allé au bout de son travail d’intégration de chaque discipline?

Quelle est sa maitrise réelle de tout ce qu’il propose ? En quoi consiste son expérience à l’heure actuelle ?

A-t-il été tenté par le zapping ? S’est-il laissé séduire par toute nouvelle proposition, croyant que la prochaine serait la bonne ? Croit-il que tout se vaut, que tout soit compatible ?

Est-il dans une recherche de solutions avant tout personnelles ?

Est-il dans l’illusion qu’il doit trouver une solution à tous les problèmes qui lui sont posés ?

Se sent-il tout-puissant par rapport aux problématiques qui lui sont confiées ?

A-t-il le projet de transformer votre vie grâce à sa « caisse à outils » ?

Vous a-t-il informé de la technique qu’il allait utiliser pour vous ?

Un CV, une carte de visite et/ou un site internet pléthoriques ou simplement éclectiques doivent donc inciter à la prudence.

Voici un dernier exemple dans lequel le « glissement » a lieu progressivement en changeant d’interlocuteur. Comme le dit la sagesse populaire : « Prudence est mère de sûreté ».

Une jeune mère de famille confrontée au suicide de son mari se rend chez son médecin généraliste. Celui-ci l’adresse à un confrère psychiatre a priori mieux formé pour la recevoir. Mais voilà, ce psychiatre, probablement très (trop) ouvert à d’autres approches, l’adresse à une « musicothérapeute » qui lui fait pratiquer la respiration holotropique (cf. La psychologie transpersonnelle). Cette technique vise à provoquer une modification de l’état de conscience par hyperventilation afin de produire des expériences de sorties du corps, visualisation, rebirth, etc. Ainsi, à partir d’une demande pleine de bon sens, cette patiente en état de grande vulnérabilité s’est retrouvée à pratiquer des techniques dangereuses.


 3. LE THÉRAPEUTE

Quelques repères simples

Vous avez passé au crible la méthode proposée et le contenu de la formation. Il est bon de vous poser à présent quelques questions sur le professionnel que vous envisagez de rencontrer. En effet, un diplôme ou un certificat officiel est une condition nécessaire mais non suffisante pour s’engager en confiance.

Voici quelques repères simples en forme de portrait-robot.

Un professionnel sérieux et respectueux d’une déontologie professionnelle :

  • n’intervient pas dans votre vie privée, il ne rencontre ni vos parents (sauf cas d’un premier rdv pour un enfant ou jeune adolescent), ni votre conjoint ;
  • n’appartient pas à votre cercle amical ou professionnel ;
  • ne donne pas son avis, ne porte pas de jugement sur ce que vous dites ou faites, sur vous ou votre entourage ;
  • ne fait pas de lien avec sa vie personnelle, familiale, etc. ;
  • ne donne pas de conseil ;
  • ne vous impose pas de règle de vie ;
  • ne vous rencontre pas en dehors de son cabinet ;
  • ne vous fait pas part de ses croyances qu’elles soient politiques, philosophiques ou religieuses ;
  • vous fait payer un prix raisonnable, ni trop, ni trop peu ;

  • vous laisse libre de vous engager ou non à la suite d’un premier rdv lors duquel les modalités du travail seront clairement explicitées (fréquence, tarif, méthode ou technique…)
  • respecte un strict secret professionnel ;
  • possède une qualification en rapport avec le titre qu’il mentionne. Pour cela, il est utile de consulter les listes de thérapeutes diplômés ou certifiés de l’école ou association de formation dont il se réclame ;
  • n’hésite pas à envoyer le patient vers un autre professionnel sérieux dont les compétences seront plus adaptées à la problématique.

Il est important qu’il ait fait lui-même un travail psychothérapeutique avant de recevoir des patients et qu’il le poursuive ensuite tout au long de sa pratique. Cela lui permet de ne pas projeter ses propres difficultés non résolues dans la relation thérapeutique avec ses patients.

Le lien entre le patient et le thérapeute

Le but d’une thérapie est de conduire le patient à plus d’autonomie dans la gestion de sa souffrance. Le lien établi entre le patient et le thérapeute n’est donc pas de l’ordre de l’amitié ou de la sympathie, encore moins de la dépendance.

Par conséquent, le professionnel se tient à une distance respectueuse de la personne qui consulte et de ses difficultés.

La qualité d’écoute, la finesse des réponses, l’humilité (pas de miracle !), la prudence font partie des critères de choix d’un professionnel. Un thérapeute ne peut garantir ni le résultat de la démarche de thérapie ni sa durée car celle-ci dépend en grande partie de l’engagement, de la motivation et des difficultés du patient.

Un professionnel honnête parlera non pas de guérison mais d’accession à un mieux-être durable en se donnant le temps d’un travail sérieux, à partir d’une méthode scientifiquement fondée.

LA solution à votre problème

D’une manière générale, mieux vaut se méfier du bla-bla, des formules creuses, ronflantes ou vagues, des néologismes pseudo-scientifiques, des histoires « d’énergies », des personnes qui sont sûres d’avoir LA solution à votre problème, ainsi que de celles qui vous témoignent une affection démonstrative.

Vous pouvez être attentif à l’impression que produit en vous les paroles de présentation du thérapeute. Est-il étourdissant, séduisant, tout-puissant, inquiétant, part-il dans tous les sens… ou dégage-t-il réalisme, humilité et saine sobriété ?

N’hésitez pas à relever dans le discours du thérapeute les références à d’autres méthodes, techniques ou approches pour lui demander de préciser où il se situe par rapport à celles-ci.

Si vous percevez un mélange de notions psychologiques et spirituelles, avec l’argument de l’unité de la personne, il est judicieux de demander des précisions : que propose-t-il vraiment, psy ou spi ? Pour votre sécurité, c’est mieux l’un sans l’autre.

Certains thérapeutes vous font croire qu’ils savent sur vous des choses que vous allez pouvoir apprendre grâce à eux. Cette attitude peut dénoter une volonté de prise de pouvoir. Or, vous pouvez être sûrs qu’un bon professionnel ne sait rien a priori sur le patient qui vient le voir.

Enfin, il faut savoir que certaines sectes recrutent via des propositions de psychothérapie ou de stages de développement personnel, c’est d’autant plus facile qu’une personne en détresse représente une proie facile !

Les épreuves nous mettent en situation de faiblesse. Par conséquent, l’éthique (en actes autant qu’en paroles) du thérapeute est essentielle pour éviter tout ascendant du professionnel sur le patient.

Faut-il voir un thérapeute chrétien quand on est chrétien ?

A cette question simple et fréquente, d’aucun serait tenté de répondre « oui »… au nom de l’unité de la personne, d’une cohérence de vie.

Et pourtant, cette question demande une plus ample réflexion car tout est affaire de discernement.

Si vous êtes chrétien, l’important n’est pas tant la Foi ou la pratique religieuse du thérapeute que la méthode qu’il exerce. Il est donc utile de vous demander si elle est cohérente avec l’anthropologie chrétienne. Contre toute évidence, ce n’est pas forcément le cas !

En outre, cette cohérence ne doit absolument pas être synonyme de confusion avec une approche spirituelle de vos difficultés.

>> Pour approfondir la question de l’anthropologie chrétienne en lien avec différentes approches, nous vous invitons à écouter la conférence : Bonheur, bien-être, guérison, comment s’y retrouver ? par Bertran Chaudet, en cliquant sur les liens ci-dessous.

http://radiofidelite.fr/fr/grand-format-51/

http://radiofidelite.fr/fr/grand-format-52/

Par exemple, les thérapies ou approches liées au bouddhisme ne sont pas compatibles avec une vision chrétienne de l’être humain, sauf à faire de multiples contorsions intellectuelles.

L’état modifié de conscience ne nous semble pas non plus en accord avec la dignité de l’être humain. Il n’est pas souhaitable d’abdiquer toute volonté personnelle, tout libre arbitre, jusqu’à devenir incapable de réagir, qu’il s’agisse de protéger son intégrité physique ou psychique ou de refuser telle ou telle suggestion. Si l’on se réfère à la vision chrétienne de l’être humain, le principe de la liberté personnelle est central et non négociable.

 

 

 

 

Quant au thérapeute, une première évidence est que la seule qualité de chrétien, de paroissien de tel clocher, de membre de telle communauté, l’appartenance à tel réseau « catho » ne présentent en rien une garantie de qualité de la pratique professionnelle. Pour être schématique, peu m’importe que mon dentiste aille à la messe le dimanche, seules m’intéressent ses compétences, sa dextérité, sa capacité à porter un diagnostic et à prodiguer les soins nécessaires. Il devrait en être de même concernant la psychothérapie.

Par conséquent, il vous appartient de vérifier les qualifications (formation, diplômes) des thérapeutes que vous envisagez de rencontrer, chrétiens ou non.

Lorsque le professionnel se revendique « thérapeute chrétien »

Il peut être utile d’aller plus loin lorsque le professionnel se revendique ouvertement « thérapeute chrétien ». Voici quelques questions :

  • Le qualificatif « chrétien » ou « catholique » est-il utilisé comme un argument marketing ?
  • Quels termes utilise-t-il dans le cadre de son travail : vocabulaire spirituel ou relié aux sciences humaines ? Est-ce ambigu ?
  • Est-il capable de se situer en dehors d’un jugement pour aider le patient à entrer dans une plus grande objectivité ?
  • Comment se passe le recrutement des clients ? Est-ce de proche en proche, via des relations paroissiales ou mondaines ?
  • Garde-t-il une saine distance ou entre-t-il dans une forme de lien affectif avec ses clients/patients ?

  • Que percevez-vous de sa personnalité ? Est-il exalté, charismatique ? Se sent-il investi d’une mission divine dans son travail de thérapeute ?

Revendique-t-il un charisme de guérison, des dons surnaturels ou une formation de type psycho-spirituelle mêlant données pseudo-psychologiques et approche pseudo-spirituelle ?

Y a-t-il une imbrication ou une distinction claire entre vie spirituelle et fonctionnement psychique ?

  • Quelle liberté de parole si on est susceptible de se croiser à la sortie de la messe, dans un groupe de prière ou dans un mouvement chrétien ?

  • Quelle liberté de terminer la thérapie quand bon vous semble, sans vous justifier longuement, si votre réseau de relations est commun ?
  • L’attitude et le discours du thérapeute sont-ils dans le registre de la séduction, d’une trop grande bienveillance, dans la proposition d’un modèle d’épanouissement, de réussite (conjugale, familiale), voire de sanctification… ?

Écoute, liberté, patience

CONFERENCE DES EVEQUES DE FRANCE — NOTE DOCTRINALE N° 6 SUR LA GUERISON DES RACINES FAMILIALES PAR L’EUCHARISTIE (2007)

« La souffrance bio-psycho-sociale des croyants pourrait être repérée et accompagnée prudemment dans le cadre thérapeutique de l’écoute. Une écoute de qualité permet de respecter le rythme des personnes et de les aider à clarifier la part spirituelle et la part bio-psycho-sociale de leur souffrance.

Elle permet, ensuite, de les orienter le cas échéant vers des prises en charge adaptées. Il serait certainement bénéfique de développer largement la formation à l’écoute méthodique. Car son déficit oriente les personnes vers la recherche de solutions rapides et extérieures à elles-mêmes.

Inversement, l’écoute permet le développement de l’intériorité et de la singularité. Elle aide à gérer la souffrance de manière intelligente et responsable. La liberté personnelle se dégage à l’intérieur d’une relation de parole vraie. A l’écart de tout positivisme comme de tout surnaturalisme, une telle démarche n’en suppose pas moins des vertus spirituelles : la modestie et la patience. »

 

La nécessaire distinction des plans

Certaines personnes ont la tentation de rechercher un thérapeute qui leur ressemble. Cela permet de rester dans un entre soi, de garder ses repères, ses manières de faire, de parler, de penser. Cela peut être rassurant. Or, il y a une grande richesse dans la confrontation à la différence, à quelqu’un qui a peut-être d’autres codes, d’autres références.

Rappelons-nous qu’un bon professionnel, chrétien, athée ou autre, ne doit pas vous partager ses croyances et convictions personnelles et ne doit pas non plus porter de jugement sur les vôtres !

Un travail psychothérapeutique est l’occasion d’une prise de recul par rapport à une situation qui engendre de la souffrance. Sortir de son cadre habituel est donc bénéfique pour regarder les choses différemment. Il est tout à fait inutile et utopique de vouloir trouver un thérapeute qui pense comme soi !

Travail psychothérapeutique et recherche spirituelle sont parfois regroupés en une seule démarche, souvent au nom de l’unité de la personne.

Or, un travail psychologique et un cheminement spirituel sont deux registres distincts qui nécessitent deux interlocuteurs différents. Sans cela, comment savoir de quoi on parle ? Le risque d’emprise devient plus important. Une seule solution : la distinction des plans.

Conclusion

En conclusion,

soyons attentifs,

gardons un sain esprit critique

et faisons œuvre de discernement

pour trouver à la fois la méthode qui nous convient

et des interlocuteurs fiables qui nous permettront d’avancer.

Nous vous souhaitons une bonne et fructueuse recherche !

A.L.

Petit lexique

Pour aller plus loin, nous vous présentons des éléments de réflexion à partir de quelques mots fréquemment rencontrés dans les sites, les dépliants, les revues et sur les plaques des professionnels.

Voici un petit lexique, non exhaustif, pour accompagner votre interrogation sur les méthodes proposées :

  • Bien-être
  • Bienveillance
  • Holistique, holisme
  • Humaniste, humanisme
  • Intégratif, intégration
  • Positif, ive
  • Psychothérapie
#       Bien-être

Larousse : 1. fait d’être bien, satisfait dans ses besoins, ou exempt de besoins, d’inquiétudes ; sentiment agréable qui en résulte. 2. Aisance matérielle ou financière.

Définition de la santé par l’OMS en 1946 « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. »

N’est-il pas utopique de définir ainsi la santé ? Le bien-être n’est-il pas toujours éphémère ? Pouvons-nous être en permanence satisfaits dans nos besoins et exempts d’inquiétudes ? Et si le bien-être était en passe de devenir une idole, une finalité en soi plutôt qu’un état naturellement fluctuant sur lequel nous avons peu de pouvoir ? Ne courrons-nous pas le risque de poursuivre un désir irréaliste compte-tenu du concret de nos vies ?

Le vendeur de bien-être ne serait-il pas un marchand de rêve parmi tant d’autres, au service de la sacro-sainte économie par laquelle rien ne doit échapper au monde marchand ?

Nous voyons donc que, si nous superposons les concepts de santé et de bien-être, alors l’état de santé est toujours perfectible. Ce mythe de la santé/bien-être risque de nous entrainer dans toujours plus de méthodes, de techniques, de sessions, de professionnels, de temps et d’argent dépensés et, finalement, de déceptions.

# Bienveillance

Larousse : Disposition favorable envers quelqu’un ; indulgence.

Le site http://www.mieux-etre.org/La-Bienveillance-une-demande.html analyse de manière fine et intelligente ce lieu commun de la bienveillance du thérapeute. En voici un extrait :

« La conséquence possible de celui qui se dit et se veut bienveillant est-il de devenir ‘sauveur’ ? Un client qui serait supposé fragile, « en porcelaine », face à un coach qui, maître de ses outils, risque dans ce cas de se trouver en position de toute-puissance.

Travailler dans l’ici et maintenant, avec la relation telle qu’elle se vit, nécessite de la part du professionnel de savoir instaurer une relation de confiance mutuelle, de respect mutuel et de liberté d’expression mutuelle, toutes qualités inhibées, voire empêchées par la bienveillance. »

La bienveillance ne va donc pas de soi. Il s’agit d’une posture dissymétrique, pouvant constituer la première étape d’une prise de pouvoir insidieuse du thérapeute sur le patient.

# Holistique, holisme

Larousse : en épistémologie ou en sciences humaines, doctrine qui ramène la connaissance du particulier, de l’individuel à celle de l’ensemble, du tout dans lequel il s’inscrit.

Wikipedia : Holisme (du grec hólos signifiant « entier ») est un néologisme forgé en 1926 par l’homme d’État sud-africain Jan Christiaan Smuts pour son ouvrage Holism and Evolution. Selon son auteur, le holisme est : « la tendance dans la nature à constituer des ensembles qui sont supérieurs à la somme de leurs parties, au travers de l’évolution créatrice. »

Le holisme se définit donc globalement par la pensée qui tend à expliquer un phénomène comme étant un ensemble indivisible, la simple somme de ses parties ne suffisant pas à le définir. De ce fait, la pensée holiste se trouve en opposition à la pensée réductionniste qui tend à expliquer un phénomène en le divisant en parties.

Depuis sa naissance, en 1926, sous la plume de Jan-Christiaan Smuts, ce concept a toujours été très polémique. Le terme « holistique » est abondamment utilisé par les milieux antisciences, les mouvements ésotériques et les groupes sectaires. »

Pour ce qui nous concerne, les thérapies dites holistiques vont prétendre prendre en charge l’ensemble de la personne et de son environnement en intervenant sur tous les plans : physique, émotionnel, mental, familial, professionnel, alimentation, habitat, hygiène de vie, spiritualité, etc. C’est donc la porte ouverte à l’embrigadement sectaire puisque plus aucune partie de la vie de la personne n’est laissée à la seule appréciation du sujet.

Pour aller plus loin :   Petit lexique du Nouvel Age : HOLISTIQUE

# Humaniste, humanisme

Larousse : Position philosophique qui met l’homme et les valeurs humaines au-dessus des autres valeurs.

Toutes les actions de soin devraient donc être, par essence, humanistes. Or, l’utilisation de ce terme dans le cadre de la psychothérapie nous emmène sur un terrain bien différent.

Afin d’illustrer le courant humaniste et ses satellites, nous sommes allés voir ce qu’en disent des personnes qui se réclament de cette mouvance. Il s’agit avant tout de réfléchir à partir de ce que les praticiens des approches dites humanistes revendiquent. Nous désirons susciter un sain esprit critique chez le lecteur de ces pages…

Voici ce que dit Alain Gourhant sur son site psychologie-integrative.com

« Les psychothérapies humanistes sont nées aux U.S.A. à partir des années 50, sous l’impulsion d’Abraham Maslow, Carl Rogers et plusieurs autres. Elles sont au carrefour de nombreuses influences et courants de pensée et sont donc intégratives par nature.

En particulier, elles sont fortement influencées par les existentialistes allemands et français: Husserl, Heidegger, Buber, Sartre, Merleau- Ponty, Gabriel Marcel.

Il s’agit de remettre l’homme au centre de la psychologie, devenue de plus en plus scientifique, froide et déshumanisée, afin de créer une 3e force, se démarquant des deux impérialismes envahissants de la psychanalyse et du comportementalisme.

La psychothérapie humaniste n’a délibérément jamais fait l’objet d’une définition précise. Au contraire, il s’agit d’une tendance, d’une orientation, d’un courant de pensée qui par principe demeure ouvert, pour pouvoir s’adapter à l’évolution des valeurs, et refuse de se figer en une doctrine trop précise qui ne manquerait pas de sombrer dans un dogmatisme rigide ou anachronique. Ce qui constitue exactement un des aspects de la psychothérapie intégrative refusant elle aussi de se figer en un nouveau système et restant par définition ouverte.

La liste des méthodes humanistes varie donc parfois d’un auteur à l’autre. Les plus connues et les plus employées sont :

  • l’approche centrée sur la personne de Carl Rogers
  • la Gestalt-thérapie (Fritz Perls)
  • l’analyse transactionnelle (Eric Berne)
  • le psychodrame (Moreno)
  • la psychosynthèse (Roberto Assagioli)
  • l’hypnose ericksonienne (Milton Erickson)
  • la PNL, Programmation Neuro-Linguistique (Richard Bandler et John Grinder)
  • certaines approches psychocorporelles, dont la bioénergie d’Alexander Lowen et le rebirth de Léonard Orr
  • la respiration holotropique de Stanislav Grof. »

Nous constatons dans ce descriptif que la revendication du terme humaniste repose sur une définition floue, volontairement fluctuante au gré du temps et des ajouts. Les disciplines sont nombreuses, leur lien entre elles n’est pas franchement perceptible.

Notons que les racines sont existentialistes.

Le jugement de valeurs vis-à-vis de la psychanalyse et des thérapies comportementales et cognitives, à l’origine de la création de ce courant dit humaniste, ne suffit pas à nous assurer d’une démarche cohérente et éthique. En effet, aussi bien les approches analytiques que les TCC placent l’humain au cœur de leur pratique et il nous paraît tout à fait spécieux de les qualifier d’impérialisme tant elles restent relativement marginales dans la prise en charge des patients.

#  Intégratif, intégration

INDUSTR. : opération qui consiste à assembler les différentes parties d’un système et à assurer leur compatibilité ainsi que le bon fonctionnement du système complet.

PHYSIOL. : fonction d’un centre nerveux consistant à recueillir un ensemble d’informations, à l’analyser d’une façon complexe et à produire une réponse coordonnée de plusieurs organes.

Dans le cadre de notre analyse, il semble que le qualificatif « intégratif » vise à un rapprochement de différentes écoles et disciplines. Cette fois-ci, il n’est plus question de se démarquer de la psychanalyse ni des TCC, elles se trouvent englobées dans un grand tout éclectique. Nous retrouvons Alain Gourhant sur le site psychologie-integrative.com

« La psychothérapie intégrative – telle que je la conçois – considère l’être humain de manière globale (holistique), dans toutes ses dimensions : physique, émotionnelle, mentale, sociale, énergétique, spirituelle et de pleine conscience.

Dans sa pratique, la psychothérapie intégrative met en place des stratégies thérapeutiques variées, globales, structurées et créatives, empruntées aux différents courants et techniques de la psychothérapie :

Thérapies Comportementales et Cognitives (TCC), psychothérapies analytiques, psychothérapies humanistes (entre autres : PNL, Gestalt, hypnose éricksonienne), courant systémique et psychogénéalogique.

Elle utilise aussi des courants du développement personnel (yoga, qi gong, relaxations, respirations, chamanisme) et du transpersonnel, en particulier la pratique méditative de la pleine conscience) et un grand intérêt pour la respiration holotropique. Ces stratégies sont personnalisées et adaptées à chacun, en fonction du grand nombre de techniques disponibles.

On peut aussi remarquer que les effets de ces techniques utilisées conjointement sont démultipliés, ce qui place la psychothérapie intégrative parmi les thérapies relativement brèves. » 

Cette courte étude des mots nous permet donc de voir que les démarches qualifiées d’humanistes, holistiques et intégratives sont parties prenantes d’un même courant, englobant toutes les dimensions d’une personne et utilisant, à cette fin, un grand nombre de techniques non scientifiques. Il est intéressant de noter que de cette nébuleuse ne possède pas de délimitation claire comme cherchant à absorber tout ce qui se présente. Enfin, le New-Age y est fortement présent de manière plus ou poins tacite.
#  Positif, ive

Larousse : 1. Qui affirme, accepte. 2. Qui relève de l’expérience concrète ; qui a un caractère d’objectivité. 3. Qui montre la présence de l’élément ou de l’effet recherché. 4. Qui fait preuve de réalisme, qui a le sens pratique. 5. Qui a un effet favorable ; bon, heureux, bénéfique.

Définition issue du Manifeste de la Psychologie Positive en 1999 et 2000 (Ken Sheldon, Barbara Fredrickson, Kevin Rathunde, Mike Csikszentmihalyi, et Jon Haidt) :

« La psychologie positive est l’étude scientifique du fonctionnement humain optimal. Il vise à découvrir et promouvoir les facteurs qui permettent aux individus et aux communautés de prospérer. Le mouvement de la psychologie positive représente un nouvel engagement de la part des chercheurs en psychologie pour concentrer leur attention sur les sources de la santé psychologique, allant ainsi au-delà de l’accent porté jusque-là sur la maladie et les troubles psychologiques.

 Pour atteindre ces objectifs, nous devons considérer le fonctionnement (humain) optimal à plusieurs niveaux, y compris biologique, expérientiel, personnel, relationnel, institutionnel, culturel et mondial.»

 Il ne s’agit donc plus d’un soin prodigué ponctuellement à une personne souffrante. Nous entrons avec cette définition dans la promesse d’un être humain augmenté, potentialisé. Nous retrouvons également la démarche holistique avec la prétention d’intervenir à tous les niveaux : éducation, psychisme, famille, travail, société, cadre moral.

La suite du Manifeste l’indique clairement ci-dessous :

« Les applications potentielles de la psychologie positive comprennent :

  1. Améliorer l’éducation des enfants en faisant une plus grande utilisation de la motivation intrinsèque, l’affect positif, et la créativité au sein des écoles
  2. Améliorer la psychothérapie en développant des approches qui mettent l’accent sur l’espoir, le sens et l’auto-guérison
  3. Améliorer la vie de famille grâce à une meilleure compréhension de la dynamique de l’amour, la générativité, et l’engagement
  4. Amélioration de la satisfaction au travail tout au long de la vie en aidant les gens à trouver une implication authentique, à multiplier leur expérience des états de flux, et apporter des contributions significatives dans leur travail
  5. Amélioration des organisations et des sociétés en découvrant les conditions qui renforcent la confiance, la communication et l’altruisme entre les personnes
  6. Améliorer le caractère moral de la société par une meilleure compréhension et promouvoir l’impulsion spirituelle chez les êtres humains. »

Etat de flux ou flow en anglais (source wikipedia) : « Selon Csíkszentmihályi, le flow est un état totalement centré sur la motivation. C’est une immersion totale, qui représente peut-être l’expérience suprême, en employant les émotions au service de la performance et de l’apprentissage. (…) Le trait distinctif du flow est un sentiment de joie spontané, voire d’extase pendant une activité. »

Si les souhaits d’amélioration proposés peuvent nous sembler bons à première vue (être heureux en famille, au travail, à l’école…), la manière de chercher soi-disant « scientifiquement » à les atteindre, à tout prix, de manière volontariste, nous interroge.

L’être humain, vous, moi, sommes-nous des sujets modelables qui se laisseraient transformer selon un projet prédéfini par d’autres selon une définition du bonheur (état de flux ou flow par exemple) ou de la morale qui viendrait de l’extérieur avec une prétention scientifique ?

Sous des dehors philanthropiques, la psychologie positive et l’éducation positive ont des accents quasi totalitaires et nous ne pouvons y souscrire les yeux fermés.

En particulier, le projet détaillé au point 6 sur la promotion de « l’impulsion spirituelle » semble faire peu de cas de notre liberté dans ce domaine particulièrement intime.

#  Psychothérapie

(source wikipedia) : traitement ou l’accompagnement par un individu formé à cela, d’une ou plusieurs personnes souffrant de problèmes psychologiques, parfois en complément d’autres types d’interventions à visée thérapeutique (médicaments, etc.).

Suivant les patients (enfant ou adulte), le type et la sévérité du trouble, et le contexte de l’intervention, il existe de nombreuses formes de psychothérapies qui s’appuient sur autant de pratiques différentes reposant elles-mêmes sur des approches théoriques diverses et parfois contradictoires.

 La plupart reposent néanmoins sur l’établissement d’une relation interpersonnelle entre le patient et le thérapeute dans le cadre d’un contrat explicite de soin. Elle se distingue en cela des pratiques d’accompagnement de l’individu sain (coaching, développement personnel) parfois menées dans un cadre spirituel, religieux voire sectaire.

En France, plus particulièrement depuis les années 1990, la règlementation de l’exercice des psychothérapeutes a fait l’objet d’intenses débats mettant aux prises les praticiens se réclamant des principales approches que sont les psychothérapies d’inspiration psychanalytique, humanistes, systémique ou cognitivo-comportementale.

Nous apercevons donc une grande disparité quant à la prise en compte de la liberté de la personne qui demande de l’aide. Certaines approchent tendent à capter le sujet dans son intégralité tandis que d’autres interviendront ponctuellement sur une difficulté précise, laissant de côté, en particulier, la question de la vie spirituelle.

 

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« Dis-leur, Mamoune », La mère d’Arnaud témoigne

Fiche technique d’analyse du livre de Nicole Gourvennec, « Dis-leur, Mamoune », La mère d’Arnaud témoigneEd. Lanore, 2008

Les chiffres entre parenthèses se trouvent dans le livre pour désigner un renvoi aux livres précédents. Le dernier chiffre entre parenthèses est celui de la page du livre analysé. Les phrases entre guillemets sont les messages d’Arnaud. Les paragraphes en italiques sont des réflexions du P. Auzenet ou des citations d’autres livres.

  1. Aspects en rapport avec la médiumnité

La question de l’écriture automatique

* Tout à coup, Paul assis en face de moi sur le divan, l’air abasourdi, prononce ces mots incroyables : « Arnaud me dit : Fais une lettre à ma Mamoune ». Aussi surprenant que cela paraisse, je n’ai pas hésité une seconde, réagissant immédiatement : « C’est Arnaud, va écrire ! » Et Paul est parti vers son bureau, calme mais pas du tout convaincu m’a-t-il avoué ensuite. Quelques instants plus tard il revient, tenant un papier où il a transcrit un dialogue de son écriture habituelle, simplement très étirée. Il est toujours aussi paisible et surpris de ce qui lui est arrivé et qui pour moi ne fait aucun doute. (p. 38)

* Il y avait là quelque chose d’extravagant qui dépassait notre entendement car nous savions bien que le corps d’Arnaud avait été déposé dans sa tombe. Comment pouvait-il s’exprimer puisqu’il ne disposait d’aucun support matériel permettant la communication comme dans la T.C.I. (trans-communication instrumentale) ni bien entendu ne bénéficiait d’aucun procédé spirite ? Cependant il était indéniable que Paul recevait bien des messages provenant de la pensée d’Arnaud, quotidiennement au début puis tous les deux ou trois jours, à des moments variables et toujours inattendus. Il écrivait très vite, sans exaltation, égal à lui-même. Tout se passait en quelques minutes, le temps de « prendre la dictée », dans un silence total car rien n’était audible. Pas le moindre élément spectaculaire.

« L’écriture automatique est un procédé utilisé en médiumnité, un esprit utilisant la main du médium pour communiquer avec le monde physique. L’écriture automatique n’est pas en tant que telle un phénomène paranormal. Ce terme désigne en fait le genre d’écriture inconsciente souvent utilisée par les psychologues eux-mêmes comme technique libératoire qui permet de faire émerger rêves, désirs, de l’inconscient. Les psychologues limitent l’écriture automatique à l’alternance des personnalités stratifiées communes à tous, ne se manifestant que sous certaines conditions. Les parapsychologues envisagent avec cette technique l’intervention du paranormal comme effet de la dissociation psychique du sujet introduit dans une nouvelle dimension. Les spirites eux, placent l’écriture automatique parmi les moyens de communication avec des entités désincarnées de différents niveaux moraux ; ceci est contrôlable par l’étude du niveau du message obtenu. Il est certain que le psychologue, le parapsychologue et le spirite ont tous trois de bonnes raisons pour adopter cette méthode. » (encyclopédie Wikipédia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Écriture_automatique)

* Dans le cas des messages d’Arnaud, l’initiative émane d’En-Haut, rien n’est sollicité ni provoqué : « En effet, les personnes comme vous (je dis : vous, Papa et Mamoune, puisque vous êtes autant confondus dans mon cœur que dans ma mission), qui reçoivent des communications non sollicitées et par la médiation de l’Esprit seul, ne font pas de recherches. ce qui est une différence essentielle. Ni les signes ni les messages que vous recevez de moi (qui ne suis qu’un porte-parole, je le répète), ne font l’objet d’aucun travail conscient, organisé, méthodique de votre part. Papa ne fabrique pas de messages pour prouver quoi que ce soit ; il ne veut pas la fin et n’a pas les moyens ! » (T III p. 124) Cela explique que le contenu des messages ait porté la marque du ciel même au tout début, se gardant des bavardages oiseux et banals qui caractérisent souvent les communications médiumniques. (p. 95)

Nicole Gourvennec n’est pas sans savoir que certains identifieront précisément les messages d’Arnaud avec des communications médiumniques. Il convient donc de s’en démarquer clairement. Mais les esprits qui sont à la source de tels messages ne sont pas obligés de tomber dans le banal… ils peuvent aussi faire dans la gnose, comme on le verra plus loin. Le « Dialogue avec l’ange » de Gîta Malaz en est un meilleur exemple encore… Si Nicole Gourvennec se défend de faire du spiritisme, et d’être médium, on relève cependant dans le livre, à propos de la médiumnité, un double langage.

* Le troisième enseignement concerne un médium présent à ce Congrès, étonnant de forces et de dons et en même inquiétant : « De très importantes énergies le relient à l’invisible aussi vit-il sur une mer agitée de puissantes vagues… Quand des êtres sont doués de telles énergies, il est nécessaire pour les maîtriser qu’ils les qualifient dans le Verbe, car il existe un royaume des mots qui endigue les énergies. Ainsi, si je dis qu’il y a en moi des énergies sans les qualifier, je n’en dirige pas le sens et la mer est tempête. Par contre si je prononce « Énergies d’Amour » et si de plus je reconnais dans la prière que ces énergies ne peuvent venir que de Dieu, j’en accepte la Source. Enfin si j’admets, sans orgueil, qu’elles ne me sont données que pour l’amour de l’autre, j’apaise toute tempête. Sinon, je serai comme Pierre, mais n’ayant pas le Maître à portée de main, je coulerai sans espoir … » (T III p. 79) Ce message dans un premier temps conforta notre réticence à l’égard des manifestations médiumniques. Cependant nous n’allions pas tarder à apprendre qu’il faut se méfier de tout jugement a priori et ne jamais oublier, comme le dit Arnaud, que l’essentiel est la finalité du don : l’amour des autres. (p. 191)

Mode d’emploi pour ne pas se poser les vraies questions sur les « énergies » : elles ne peuvent venir que de Dieu, bien sûr… et la médiumnité, somme toute, du moment qu’elle est orientée vers l’amour de l’autre, devient acceptable…

* Dans un premier temps, j’ai pensé n’être qu’une humble spectatrice de ce maillage Ciel-Terre, me satisfaisant de mes secrètes et fortes communions d’esprit avec Arnaud. Je me contentais donc d’une participation que je supposais, tout comme Paul le pensait, destinée à rester passive, accompagnant par la prière la réception des messages que je numérotais simplement lorsque Paul les avait recopiés. En effet, il avait adopté une méthode permettant de les relire : aussitôt après les avoir reçus, de son écriture restée identique mais trop étirée à cause de la vitesse d’émission, ce qui les rendait difficilement lisibles, il recopiait tout le texte, tel qu’il avait été dicté : d’une traite, sans paragraphes ou strophes (pour les poèmes), sans ponctuation, sauf de temps en temps une précision pour une majuscule ou un point d’exclamation, voire quelques fois pour des guillemets. Arnaud lui avait donné des conseils qu’il suivait scrupuleusement : « Recopie le message le plus vite possible, ta mémoire inconsciente t’aidera : ton subconscient a tout enregistré, fais-lui confiance … » (T 1 p. 132-133) (p. 97)

« J’ai senti ma Mamoune travailler à nos messages. C’est une bonne chose comme je l’avais dit, qu’elle participe à l’élaboration formelle de ceux-ci, à la rédaction qui suit le premier jet de mots. » (T 1 p. 160) Ce travail me paraissait si sacré que je ne l’accomplissais que dans la prière, prenant le temps de me sentir reliée au Ciel et attendant un acquiescement intérieur. (p. 98)

Paul reçoit. Nicole met en forme littéraire. Travail de collaboration. Mais écriture automatique tout de même. Procédé spirite par excellence. Le conseil est limpide : « ton subconscient a tout enregistré, fais-lui confiance ». Pas d’analyse critique ; au contraire, il faut révérer religieusement les messages…

* D’ailleurs il était frappant de constater la facilité avec laquelle il reprenait le cours de ses activités. « C’est normal, me dit-il, puisque ce que je rédige ne vient pas de moi. Je sais qu’Arnaud en est l’auteur mais, contrairement à ce que tu penses, je ne suis à aucun moment submergé d’émotion, l’affectivité n’intervient pas. Je ressens Arnaud bien davantage dans les effusions-communions que tu connais comme moi. Pour les messages je suis simplement un instrument qui a du mal à suivre l’allure et qui de plus en plus ne sait même pas quel sujet a été abordé tant la trace se perd vite, comme si tout s’effaçait. » Arnaud qualifiera plus tard le récepteur de messages comme les siens de « porteur de crayon », attestant ainsi du caractère passif de ce type de communication. Paul avait vu juste car à peine quelques mois après le début des messages, la vitesse d’émission ne fera que s’amplifier, il n’y aura plus d’échanges et les sujets traités cesseront d’être personnels, atteignant une telle altitude spirituelle que leur contenu est à lui seul une irrécusable marque d’authenticité. (p. 58)

Non, car l’Esprit Saint n’a jamais utilisé de cette manière les évangélistes. « Dans la Tradition biblique, Dieu respecte parfaitement l’humanité de l’hagiographe : sa culture, son tempérament, son milieu social. Dieu parle à travers lui sans se substituer à lui : la parole qu’il prononce est tout à la fois sa parole et celle de Dieu. Des révélations privées dans lesquelles l’interlocuteur divin se servirait de la voix de son instrument humain tout en la changeant au passage ; ou qui se servirait de sa main pour écrire des messages dont l’instrument humain ignorerait le contenu au moment de les rédiger (écriture automatique ou semi-automatique) ; etc. : de telles « révélations » seraient plus que suspectes, car leur mode de production ne correspond pas à la manière habituelle de procéder de Dieu en matière d’inspiration. (P. J-M Verlinde, http://www.final-age.net/La-Revelation-officielle-et-les.html)

* « Je suis avec toi en relation moins médiumnique que tu le crois. C’est plutôt de la télépathie … » (T 1 p. 26) Plus tard, il ira plus loin dans les recommandations : « Comme je te 1’ai dit, les vraies relations spirituelles entre un être du « dessus » et un être de la terre ne sont pas magiques ! Elles ne doivent surtout pas l’être, sinon elles sont pleines de périls car, aux confins de la Terre et du Ciel (en langage compréhensible … ), les forces du Mal sont à l’affût et cherchent à interrompre les liaisons, à leur nuire et à les faire dévier. Les nôtres reposent sur ton don et l’amour entre nous dans l’Amour de Dieu. » (T 1 p. 49) (p. 41-42)

Ouf, nous voilà rassurés ! C’est étonnant comment « Arnaud » prend soin de nous dire et redire que les messages ne proviennent surtout pas d’esprits inférieurs parasitants, dont il parle encore dans cet autre message :

* « Les « ténèbres extérieures (Mt 8, 12) » sont extérieures au ciel et à la terre car, à la frontière des deux mondes, existe un au-delà mystérieux, un fragment détaché du Royaume de Lumière auquel beaucoup d ‘hommes de la terre se relient facilement, entrant en contact avec des êtres souffrants, aveugles et entêtés qui sont prêts à les capter, à les magnétiser et à les plonger peu à peu dans l’obscurité. C’est cela les ténèbres extérieures. » (T II p. 213) (p. 175).

N’est-ce pas un aveu qu’Arnaud connaît de bien près ces entités, ces esprits ?

* Les contemplatifs savent bien que l’on ne peut prier qu’en s’isolant de l’environnement extérieur pour mieux ouvrir les yeux de son âme. Dès les premiers messages Arnaud livre d’ailleurs sa méthode : « Fais le vide avec tes mains sur les yeux et ça vient facilement. » (p. 43)

Cette affirmation est capitale. Toutes les méditations orientales (si prisées dans les cercles occultes) nécessitent comme postulat de base de « faire le vide » dans les pensées… La méditation et la contemplation chrétienne sont bien différentes : il s’agit d’entrer en communion avec la Trinité, et de laisser l’Esprit Saint travailler en nous. Trop de chrétiens pensent qu’ils doivent faire le vide dans leurs pensées pour que le Saint-Esprit puisse s’exprimer au travers d’eux ou les contrôler. Au contraire, nous devons garder le contrôle de nos pensées et coopérer activement avec le Saint-Esprit. Chaque fois que nous faisons le vide dans nos pensées, l’esprit qui s’exprime à travers de nous n’est probablement pas le Saint-Esprit.

 Une rencontre avec le P. Vernette

Le 26 juin, lors d’un échange téléphonique, il me remercie pour le livre, précisant d’emblée : « J’ai lu tous ces messages, je n’ai rien à leur reprocher » ; puis il ajoute : « L’Église n’a pas assez tenu compte de ces phénomènes. J’aimerais vous connaître. » Lorsque je fais état de notre projet de déplacement pour Lourdes au 15 août, il nous fixe un rendez-vous le 14 à l’évêché de Montauban. (…) A ce moment Paul intervient et dit : « Il me semble qu’Arnaud a dit qu’il faut appeler cette dictée : l’écriture inspirée. » Le Père Vernette sursaute, visiblement bouleversé : « C’est étonnant ce que vous dites. Savez-vous que j’ai reçu hier une lettre de Pierre Monnier, le petit cousin du messager ? Il a retrouvé un courrier de Madame Monnier disant que son fils lui avait dit d’appeler ses messages : « L’écriture inspirée. » Éberluée, je finis par me ressaisir et sors de mon classeur le message choisi in extremis : « L’écriture inspirée. » Paul est aussi étonné que le Père Vernette ! (…) Lorsque nous nous quittons, le Père Vernette, regard plus bleu que jamais, nous dit : « Vous êtes guidés par l’Esprit Saint, vous n’avez pas besoin de conseiller spirituel. Laissez-vous aller. » Sur-le-champ nous n’avons pas mesuré l’importance de ce conseil, pour le moins surprenant. Nous en comprendrons la sagesse plus tard ! (p. 118-119)

Si l’on nous rapporte bien la vérité ici, on ne peut qu’être affligé des naïvetés du P. Vernette. Voilà que l’écriture automatique, phénomène utilisé essentiellement dans les mouvances spirites, est rebaptisée par lui « écriture inspirée », appellation donnée aussi par les esprits… car on n’est jamais mieux servi que par soi-même ! Quand à dire à des personnes qui prétendent recevoir des messages de l’au-delà qu’elles n’ont pas besoin de conseiller spirituel, c’est contraire à toute la tradition ! Rien de tel que de se croire directement inspiré par l’Esprit Saint sans aucun regard extérieur pour aller droit dans le mur ! Surprenant conseil dans la bouche d’un prêtre, effectivement … Invérifiable, car l’intéressé est décédé.

Démasqué ?

* « Papa, tu fus très surpris lors de la messe car, en te rendant à l’Eucharistie, tu as cru me voir dans un jeune officiant affligé d’une disgrâce physique, Oui, j’étais là, comme en surimpression sur un film. Nos regards se sont vus et reconnus. Mais quel trouble en toi ! Rassure-toi n’est pas une hallucination. Comment est-ce possible ? J’ai utilisé le canal psychique de cet être pour me poser devant lui et t’offrir cet éclair. Lui ne s’en est pas aperçu mais il a dû être déconcerté par ton regard. Je le fus moi-même. Ces manifestations ont un sens : dans l’Amour de Dieu et du prochain, tout est possible. » (T II pp. 139-140) (p. 217)

Quelle manipulation ! Pensez-vous que nos défunts se servent de nous, ou d’autres personnes, de cette façon ? En revanche les esprits diaboliques ne demandent pas notre autorisation…

* Puis il y eut ce songe-cauchemar du 6 juillet 1993. Je suis avec Arnaud, mais, contrairement aux autres rencontres, rien n’est lumineux et j’éprouve un sentiment d’oppression et de tristesse. Je perçois Arnaud comme un petit prince malheureux qui n’est plus sur son étoile mais dans un univers sombre dont il est prisonnier. Il se plaint : « Je travaille toujours, j’ai perdu tout contact physique avec toi, je souffre, prisonnier de l’obscurité, viens me rejoindre. » Tout mon être se tend vers lui en un élan irrépressible pour lui porter secours : « Mon amour, je viens ! » Un choc comme si on me secouait, une sorte de chute et je me réveille. Une pensée s’impose immédiatement à moi : il s’agissait d’un faux Arnaud, des forces mauvaises se sont jouées de moi pour m’entraîner hors des sphères christiques. Comme pour me le confirmer, la radieuse présence d’Arnaud m’envahit. (p. 174)

Zut, l’esprit avait oublié un instant de se déguiser en vrai Arnaud… Heureusement, il s’est vite repris… Il est curieux qu’une telle expérience, que Mme Gourvennec analyse pourtant bien (oppression, tristesse, univers sombre, prisonnier), ne lui ait pas permis de s’interroger plus avant. Peut-être faudrait-il qu’elle lise plus assidûment les Écritures. Saint Paul, en 2 Co 11,14, écrit : « Rien d’étonnant : Satan lui-même se déguise bien en ange de lumière. » 

  1. Aspects en rapport avec la pensée gnostique du Nouvel Age

* « Je le suis pour l’Éternité mais étant débarrassé des entraves de la terre et… t’ayant précédé dans l’Amour de Jésus Christ, je peux vivre plus intensément toute la Vie. Je ne te suis pas supérieur, mais autre, tout en demeurant semblable dans ce que tu as aimé. Rien n’est interdit à l’amour véritable que l’on porte à un être. » (T 1 p. 43) (p. 41)

Certes cette phrase ne va pas sans rappeler le « Aime et fais ce que tu veux » de saint Augustin, mais comme on va le voir dans les aspects de connaissance initiatique développés dans ces messages, tout est légèrement transformé… Cette « torsion » discrète, mais réelle fait que l’Église est l’Église mais doit être autre, l’Écriture est l’Écriture, mais doit être interprétée autrement, l’amour est l’amour mais doit être libre de toute entrave, et la connaissance, au lieu d’être simple, devient alambiquée au possible…

* « Pour votre monde présent, seul un scientifique poète, ou l’inverse, serait en mesure de vous entraîner au-delà des hypothèses, systèmes, ou modèles proposés. C’est alors que vous verriez la « Sciento-Poésie » atteindre à la Mystique… Le connu rejoindrait le caché, l’expérimenté, le deviné. » (T 1 p. 210) (p. 72)

« Foi, Amour, Connaissance constituent mes trois vies fusionnées en une seule, chaque élément se conjuguant avec les deux autres par une sorte de rotation incessante… » (T I p. 111) (p. 74)

On remarquera que l’Espérance a été remplacée par la Connaissance… quant aux trois vies fusionnées, se conjuguant… dans une rotation… Et que dire de la confluence de la sciento-poésie avec la mystique !

 

* « Jésus-Christ est mon enveloppe merveilleuse, radieuse. Je me fusionne à Lui dans un Amour immense… » (p. 69) Mon être total, donc toute ma personnalité, est branchée sur un « univers » divin, sur une « humanité » en gestation dont le sens du chemin est la compréhension finale de Dieu. (T 1 p. 57) (p. 72)

« Trouverez-vous un Vasco de Gama assez fou, assez amoureux de liberté, pour s’enfoncer dans le temps et l’espace confondus, sans esprit de retour ? Dieu aimerait cet homme, je crois. Leur amour se rejoindrait et ce voyage aurait son terme dans son Royaume. En attendant, en espérant, assis avec un Asimov (auteur de science-fiction) sur les genoux, rêvez, rêvez, car il n’y a pas d’immobilité, il n’y a que du devenir, il n’y a pas de passé, il n’y a que de l’avenir » (T I p. 226). (p. 73)

« L’accession à cette connaissance ne se fait pas selon le processus de la recherche scientifique, moyen terrestre incroyablement faible, court en déductions, incertain dans ses résultats, l’accession se fait par la fusion de notre être à la Pensée Connaissance dont les limites (que je ne fais qu’entrevoir), sont constituées par notre niveau d’élévation spirituelle, c’est-à-dire notre proximité par rapport à notre Infiniment Aimable Dieu. » (T l p.158) (p. 74)

Pas d’altérité, pas d’objectivation, mais une « fusion à la pensée connaissance »… nous voici en train de surfer sur la vague Nouvel Age… invités à boire aux sources gnostiques… Les images et symboles aquatiques sont très présents dans la littérature du Nouvel Age, pour véhiculer cet appel à la fusion avec le grand Tout, comme le morceau de sucre se dissout dans ma tasse de café… Le nourrisson nourri au sein maternel. C’est d’ailleurs ainsi que N. Gourvennec décrira un contact avec la Vierge Marie. On entre dans la mort comme un enfant se glisse dans son lit douillet : « Dis-leur, Mamoune que nos derniers instants ne furent pas ce qu’ils imaginent : ainsi que le jour naissant doucement blanchit la nuit, ainsi notre vie céleste se glissa dans les derniers plis de notre vie terrestre. Tout fut doux, tout fut blanc et le bonheur de Dieu nous attendait au coin du voile levé. » (p. 14)

* « Au Ciel, c’est la joie d’être avec Jésus. Vous croyez trop qu’Il ne fut réservé qu’à la Terre et à la vie des hommes. Jésus fut prêté à la Terre, et quel prêt ! Pour nous, cela continue : Il est là, bien réel, bien vivant. Les mêmes paroles sont dites : « Qui me voit, voit le Père ». Jésus nous accompagne dans cette étape qui n’est pas la dernière ; dès maintenant, nous puisons au plus près… Imaginez votre joie si, aimant Jésus, Il revenait vous voir ! Non, vous ne pouvez imaginer… Nous seuls avons ce privilège. » (T 1 p. 2l5) (p. 77)

Si Jésus dit : «  Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné sont Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle » (Jn 3,16), on nous affirme ici que Jésus a seulement été « prêté », ce qui rejoint de très anciennes hérésies niant la réalité de l’incarnation… De plus, c’est la négation de l’acte de foi du croyant sur la terre : seuls les privilégiés peuvent continuer à avoir une relation avec un Jésus « bien réel, bien vivant »… négation subliminale de la présence eucharistique…

* C’est le lendemain à 11 heures que nous rencontrons l’archevêque de Tours. Il nous accueille avec un visage impénétrable et, tout de suite, d’une voix monocorde, nous dit : « Je suis réservé, très réservé. Pour moi c’est de la gnose. Ce qui me surprend, c’est la connaissance. Comment un enfant de treize ans peut-il savoir tout cela ? »

Le Cardinal Honoré (je suppose) y a vu clair… Peut-être est-ce pour cela que l’entrevue est décrite de façon si négative (voir pp. 140-142 du livre).

* « Mamoune, Papa aimés, c’est Dieu qui nous choisit, cela ne provient ni de nous-mêmes, ni des hommes, et pas davantage de nos parents : « L’Éternel s’est choisi Jacob ». Ainsi en est-il de Pierre, Paul ou Jeanne etc. Mais sans notre obéissance, le choix de Dieu s’évanouit ; or il faudra bien que chacun réponde de sa foi devant LUI ! Ainsi se pose une réflexion sur l’obéissance et la responsabilité : laquelle est la plus importante dans la foi ? De qui et de quoi faut-il répondre ? À qui obéir et pourquoi…

Tout d’abord, dès que la vie spirituelle est en jeu, ne confondez pas l’obéissance à Dieu et la soumission à l’autorité des hommes, à leurs lois et à leurs institutions. Ainsi Jacob désobéit aux règles des hommes pour mieux obéir à Dieu, de même que Pierre et les apôtres devant le tribunal répondirent : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes (Ac 5, 29) »…

« Placez donc la responsabilité à l’égard de Dieu au-dessus de l’obéissance aux hommes et à leurs institutions, aussi faillibles qu’eux : on ne peut être complètement obéissant qu’envers l’infaillibilité. Or, Dieu seul est infaillible. » (T III pp. 223-224) (p. 146)

Vous avez bien compris (mais il faut s’y reprendre à deux fois, car le langage est obscur) : mieux vaut obéir aux messages prétendument reçus d’en-haut et qualifiés de divins, que d’obéir à un évêque qui n’est qu’un homme… On est loin du conseil de saint Ignace, évêque d’Antioche, au début du 2° siècle : « Aussi convient-il de marcher d’accord avec la pensée de votre évêque… votre presbyterium justement réputé, digne de Dieu, est accordé à l’évêque comme les cordes à la cithare, ainsi, dans l’accord de vos sentiments et l’harmonie de votre charité, vous chantez Jésus-Christ. »   (St Ignace d’Antioche, Lettre aux Ephésiens, IV). S’il n’y a d’obéissance complète que vis-à-vis de l’infaillibilité, tant pis pour les pauvres communautés religieuses, ou les pauvres prêtres diocésains, qui se leurrent d’obéir qui à leur Abbé, qui à leur Évêque…

 

* « Soyez plus indulgents envers le suicide des jeunes qui souvent n’est qu’une fugue de l’âme. Dieu sait reconnaître la façon dont nous nous envolons comme l’homme de mer reconnaît les oiseaux qui s’élancent vers le grand large… » (T 1 p. 245)

« Dieu veut que votre âme se nourrisse de son corps comme le fruit se nourrit de l’arbre, et qu’elle mûrisse au soleil de la terre le temps qu’il faut. Ne volez pas ou ne désirez pas voler quelques secondes à votre éternité. Mais lorsqu’un de vos enfants a coupé le fil de sa vie, ne le jugez pas, respectez le mystère des départs, volontaires jusqu’à quel point ? Dieu seul (et pas vous !) voit les deux faces de l’être humain. Dieu seul peut donc mesurer le poids d’une vie trop lourde pour une âme trop faible. Et dites-vous bien que dans les Cieux, le suicidé n’est pas un être à part. Aimez-le, aimez-le ! » (T II p.121) (p. 170)

L’indulgence, oui. La vérité aussi : le suicide n’est pas dans la volonté de Dieu, et un péché contre Dieu qui nous donne la vie. Mais il est vrai que lui seul peut juger… Mais, on ne va tout de même pas encourager les oiseaux à se lancer vers « le grand large » par l’acte du suicide. Ou alors on est au niveau des messages subliminaux cryptés dans certaines musiques rock : « kill yourself », « suicide solution »… Vite, volons vers notre éternité. Qu’attendez-vous ?

Et avez-vous remarqué cette inversion notoire : « Dieu veut que notre âme se nourrisse de son corps » ! Stupéfiant comme affirmation, quand l’Église enseigne que l’âme est la forme du corps ! On trouve vraiment des perles…

* « À marteler que l’héritage n’irait que de l’Église aux hommes, on oublie ceux-ci au bénéfice de l’Institution ; or c’est le baptisé qui fait l’Église et non l’inverse… » (T III p. 219) (p. 177)

Et si vous retournez le sablier, pensez-vous que vous allez faire croire que le sable coule vers le haut ?

* Cette image visible du Dieu invisible, Arnaud la définira plus tard en une formule lapidaire d’une grande force : « Dieu est un triptyque dont un panneau s’est peint nos yeux, c’est l’Icône christique. » (T III p. 257) (p. 180)

Toujours cette relativisation de l’Incarnation : le Christ Jésus ne s’est pas peint sous nos yeux, il s’est fait chair…

* « Vous nous appelez vos goélands, il n’appartient qu’à vous de voler le plus haut possible pour nous rejoindre… Nous sommes là, nous, vos ressuscités, pour vous rendre l’inaccessible accessible, l’invisible visible, et pour joindre le ciel et la terre. Nous sommes les pontonniers du ciel qui jetons dans votre direction les premières arches de l’édifice indispensable pour parvenir jusqu’à nous. Le rendez-vous avec nous se produira immanquablement si vous le voulez, mais préparez-le, anticipez-le avec la puissance de l’esprit. » (T II pp. 29 et 101) (p. 199)

Petite (ou grande !) confusion entre Arnaud et le Christ Jésus : lui seul est « l’image du Dieu invisible » (Col 1,15), lui seul est le pontife qui relie la terre au ciel, et qui nous fait dire : « Père, sur la terre comme au ciel… ». Lui seul a dit « Nul ne vient au Père que par moi » (Jn 14, 6). Il nous conduit vers la gloire du Père, et non pas d’abord vers nos chers défunts… « Dieu, personne ne l’a jamais vu ; mais le Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l’a fait connaître » (Jn 1,18).

* « Sortons du champ clos de la foi traditionnelle et, sans cartes ni boussoles, allons au-devant des hommes qui cherchent une réponse à la question capitale : « Qu’est-ce que la mort ? » Quelle réponse profonde trouvent-ils dans ce monde ? Rien !.… Il est indispensable que vous « modernisiez » votre vision de la mort car si vous ne replacez pas le trépas au centre de votre vie, une authentique et profonde spiritualité ne reprendra jamais vigueur, ne redeviendra pas primordiale. En effet, c’est à partir de la mort que toutes les interrogations de 1’homme jaillissent. » (p. 199) « Somme toute, ce ne sera qu’une redécouverte que d’autres civilisations maîtrisaient avant vous. » (p. 200).

Quel tissu de contradictions. S’il ne s’agit que de redécouvrir le trésor des civilisations passées, quelle régression par rapport à la nouveauté de la résurrection du Christ ! En effet, au centre de la vie du chrétien, ce n’est pas le trépas qui prend place, mais le joyeux acte de foi en la résurrection du Christ ! Quant à dire qu’on ne trouve aucune réponse sur le mystère de la mort, cela revient bien à nier la lumière de la Révélation chrétienne… Qu’elle est grande la sagesse d’Arnaud qui veut nous lancer à l’aventure sans cartes ni boussoles!

* Passons sur les explications fumeuses données aux pages 249-250 sur la façon dont les messages qui nous parviennent par Arnaud sont préparés dans les sphères célestes, où l’on voit réapparaître saint Jean, comme dans les écrits gnostiques…

* Néanmoins, il faut admettre que, d’une manière générale, le Nouvel Âge, selon le Père Vemette qui l’a longuement étudié, s’il est sur bien des points un retour au panthéisme, engendre chez ses adeptes, au demeurant non dépourvus d’intuitions cosmiques, la tolérance et des pensées d’amour que bien des chrétiens pourraient lui envier… (p. 175)

Le Nouvel Age est problématique. Toutefois… 

  1. Aspects en rapport avec la personnalité de N. Gourvennec

* Car il y avait en Arnaud un charme, un rayonnement naturel qui en faisait pour toute notre famille un être d’harmonie. On ne discernait jamais dans son comportement la moindre zone d’ombre, au contraire on percevait un jaillissement de son âme limpide ouverte aux autres avec une simplicité et une douceur qui, paradoxalement, se conjuguaient avec une formidable énergie. Nous le ressentions comme un enfant de cristal et notre amour pour lui nous rendait tous meilleurs. Il nous semblait que son intelligence étonnante pouvait tout comprendre, cependant que son cœur pouvait tout aimer. Comment vivre désormais sans cet enfant qui avait tant ensoleillé notre vie familiale ? (pp. 20-21)

L’amour maternel est grand. Mais n’y a-t-il pas une certaine idéalisation d’Arnaud au point d’en faire un être d’exception ? Un saint ? Dans la lecture du livre, je n’ai jamais d’ailleurs remarqué le mot « péché »…

* Et la Vierge est venue ! Difficile de trouver les mots pour décrire ce qui, aujourd’hui encore, vit en moi avec une douceur indicible, comme une perception intérieure et en même temps une vision tangible de résilles d’or illuminant mon Ciel ; oui mon Ciel, car les murs de la chambre avaient disparu, j’étais dans une dimension infinie. Et la Vierge dont la présence était d’une réalité ineffablement puissante me prenait dans ses bras non pas de façon terrestre, mais de manière illimitée et tellement aimante que je sentais une chaleur envahir mon être devenu totalement dégagé de la pesanteur, dulcifié comme si toutes les blessures de souffrance fondaient dans un Amour Maternel tellement vaste que je me sentais toute petite, presque comme un nourrisson. Cela a duré longtemps, ou plutôt hors du temps, cependant que des luminescences m’enveloppaient de leur délectable rets de tendresse. Et je me suis endormie, dans la lumière et la chaleur d’une Protection Maternelle incomparable. (p. 86)

Une telle visitation de la Vierge Marie est décrite par N. Gourvennec comme une régression affective vers l’état de nourrisson… On est vraiment très loin des paroles fermes et fortes de Marie aux enfants de Fatima ou à Bernadette de Lourdes… Qui est venu ?

* Hélas nous nous sentions mal placés pour défendre l’institution ecclésiale, car cette dernière depuis quelques années revenait sur un problème douloureux que l’on aurait pu croire dépassé : l’exclusion de l’Eucharistie pour certains, dont les divorcés remariés. Nous étions concernés à cause d’un mariage de jeunesse que j’avais contracté en toute bonne foi si j’ose dire car cet engagement de mes vingt ans n’avait jamais pris à mes yeux la forme « canonique » d’un mariage avec Dieu. La rupture rapide de cette union, erreur imputable à un manque de maturité, ne signifiait en aucune façon pour moi rupture de lien avec ce Dieu qui m’avait enrobée d’amour dans mon enfance et auquel j’étais restée fidèle au plus profond de mon âme. Il ne m’était ensuite même pas venu à l’idée que mon mariage avec Paul, tellement placé sous le sceau de notre foi commune, pouvait me valoir une sanction de la part d’une Église que j’idéalisais à cause du Père Simon de mes dix ans. Paul, quant à lui, savait à quoi s’en tenir mais par délicatesse d’amour n’a rien dit. En outre, féru d’histoire, il pensait comme beaucoup que l’institution ecclésiale était devenue plus ouverte, sur une question au demeurant délicate, pour elle qui s’était montrée si accommodante pour les grands de ce monde, dont elle faisait et défaisait les unions au gré des nécessités politiques. D’ailleurs c’est seulement au Concile de Trente (1545-1563) que fut officialisé le mariage comme sacrement. (p. 276)

Nicole est divorcée remariée. Je ne juge en rien sa vie. Simplement, je veux souligner combien l’Église issue de Vatican II tient à accueillir les divorcés remariés, tout en maintenant (sauf exception) le point de discipline de l’abstention de la communion eucharistique.

* Christ n’exclut personne, la preuve m’en fut donnée personnellement un jour où nous étions à la messe. L’officiant était un prêtre que nous aimions bien. Son homélie ce jour-là fut particulièrement belle car il rendit compte avec un abandon inhabituel chez lui, de son amour pour le Christ et du choix qu’il avait fait de lui consacrer sa vie. C’est dans un état d’adhésion intérieure à ses paroles que je me suis dirigée vers lui recevoir la communion. Au moment où il allait me la donner un incident se produisit : l’hostie s’échappa, effectua une étonnante parabole et atterrit d’elle-même dans mes mains, à notre grand soulagement car avions bien craint de la voir tomber par terre. Seul Paul qui me suivait avait tout compris de ce qui s’était passé et que Jean Guitton nom « le phénomène de l’hostie volante. Bien évidemment il est facile de trouver un sens à cette anecdote que je dédie à celles et ceux – et ils sont nombreux ! – qui m’ont écrit au fil des ans pour exprimer leurs blessures au sujet de leur situation matrimoniale. Qu’ils se rassurent: les sentences des hommes ne sont pas celles de Dieu. (p. 277)

Je laisse à N. Gourvennec l’interprétation de son incident… Mais où donc est exprimé une seule fois le désir de l’obéissance à l’Église ? Non seulement ici, mais encore dans l’ensemble du livre ?

* « Je suis un messager chrétien et plus vastement, christique. Il m’est donc loisible d’affirmer que les Églises n’ayant pas considéré comme allant de soi l’appropriation du mariage rejoignent mieux cette vérité évangélique : la femme et l’homme indissolublement et originellement unis dans l’Acte Créateur recherchent dans l’amour la trace de l’Image perdue. Dieu seul est leur témoin puisqu’Il est l’AMOUR. À ce « mystère si grand » ne peut répondre la Loi mais le silence des hommes et, si possible, leur bénédiction aimante. » (02/04/2005 – T V à paraître)

Quelle assurance, quelle majesté dans les propos… À moins qu’il ne s’agisse d’orgueil ? Arnaud vient au secours de sa maman… À moins que maman ne collabore de trop près à l’élaboration des messages d’ « Arnaud »… 

Pour conclure la réflexion

J’espère avoir suffisamment aidé le lecteur à se poser la question de l’imposture. L’Ennemi de l’homme a emprunté le prénom d’Arnaud pour mieux continuer à tromper des personnes dans l’épreuve et la souffrance. Peut-être même que M. et Mme Gourvennec sont les premiers abusés dans cette histoire. Mais il faut dénoncer l’imposture, afin d’éviter que d’autres encore ne soient trompés. Aurons-nous la lâcheté de laisser se répandre la conviction que « les morts nous parlent ? », titre d’un livre du Père Brune, compromis dans ces eaux spirites ? Ayons le courage de démasquer l’Imposteur. Encore une fois :  « Ne vous fiez pas à tout esprit, mais Éprouvez les esprits pour voir s’ils viennent de Dieu, car beaucoup de faux prophètes sont venus dans le monde. À ceci reconnaissez l’esprit de Dieu : tout esprit qui confesse Jésus Christ venu dans la chair est de Dieu ; et tout esprit qui ne confesse pas JÉsus n’est pas de Dieu ; c’est là l’esprit de l’Antichrist. Vous avez entendu dire qu’il allait venir ; eh bien ! maintenant, il est déjà dans le monde. » (1 Jean 4,1-3)

« Il faut comprendre que ni les moyens basiques ni les moyens high-tech ne satisfont les esprits du spiritisme. Souvenons-nous que leur but est l’infestation corporelle pour déstructurer l’homme dans son unité corps-âme. Très vite donc, ils proposeront ou imposeront une communication directe, de l’intérieur… (…) Les moyens de communication spirite ne sont en tout cas jamais ceux que Dieu propose : les sacrements, l’oraison… Jamais non plus – et c’est là le discernement le plus simple et radical – un esprit communiquant n’acceptera de confesser la foi catholique en l’incarnation du Verbe, en la résurrection de la chair, au pardon sacramentel des péchés ou en l’Immaculée Conception de la Vierge Marie, en l’Enfer ou le Purgatoire, ni de se mettre à genoux devant Jésus-Christ Dieu fait homme… » (P. Métais-Fontenel, L’Église au défi du spiritisme, à paraître très prochainement aux Éditions Bénédictines)

 

« Toutes les formes de divination sont à rejeter : recours à Satan ou aux démons, évocation des morts ou d’autres pratiques supposées à tort « dévoiler » l’avenir. La consultation des horoscopes, l’astrologie, la chiromancie, l’interprétation des présages et des sorts, les phénomènes de voyance, le recours aux médiums recèlent une volonté de puissance sur le temps, sur l’histoire et finalement sur les hommes en même temps qu’un désir de se concilier les puissances cachées. Elles sont en contradiction avec l’honneur et le respect, mêlé de crainte aimante, que nous devons à Dieu seul. » (Catéchisme de l’Église Catholique, n° 2115-2118)

 

« On ne trouvera chez toi personne (…) qui interroge les spectres et les devins, qui invoque les morts. Car quiconque fait ces choses est en abomination à Yahvé, ton Dieu ». (Deutéronome, 18,9-14)

 

Des parents communiquent avec leurs enfants décédés

Deux cas de correspondance entre des parents et leur fils décédé sont bien connus dans les milieux chrétiens. Le même moyen de l’écriture automatique est utilisé dans les deux cas, et nous sommes là dans le cadre du spiritisme.

* Nicole (et Paul) Gourvennec ont publié cinq volumes (« Vers le Soleil de Dieu ») d’échanges avec leur fils Arnaud

ainsi qu’un autre livre « Dis-leur Mamoune », dont j’ai fait une recension critique. Dans ce livre, on peut lire à la p. 38 : « Tout à coup, Paul assis en face de moi sur le divan, l’air abasourdi, prononce ces mots incroyables : « Arnaud me dit : Fais une lettre à ma Mamoune ». Aussi surprenant que cela paraisse, je n’ai pas hésité une seconde, réagissant immédiatement : « C’est Arnaud, va écrire ! » Et Paul est parti vers son bureau, calme mais pas du tout convaincu m’a-t-il avoué ensuite. Quelques instants plus tard il revient, tenant un papier où il a transcrit un dialogue de son écriture habituelle, simplement très étirée. Il est toujours aussi paisible et surpris de ce qui lui est arrivé et qui pour moi ne fait aucun doute. » (p. 38).

Et encore : « Il y avait là quelque chose d’extravagant qui dépassait notre entendement car nous savions bien que le corps d’Arnaud avait été déposé dans sa tombe. Comment pouvait-il s’exprimer puisqu’il ne disposait d’aucun support matériel permettant la communication comme dans la T.C.I. (trans-communication instrumentale) ni bien entendu ne bénéficiait d’aucun procédé spirite ? Cependant il était indéniable que Paul recevait bien des messages provenant de la pensée d’Arnaud, quotidiennement au début puis tous les deux ou trois jours, à des moments variables et toujours inattendus. Il écrivait très vite, sans exaltation, égal à lui-même. Tout se passait en quelques minutes, le temps de « prendre la dictée », dans un silence total car rien n’était audible. Pas le moindre élément spectaculaire. »

Si ce type de communication est assimilé avec une relation spirituelle provenant d’un défunt au ciel, on est en pleine confusion. Il s’agit de spiritisme par le moyen de l’écriture automatique ; le Père François Brune qui cherche ce type de communication sur des supports magnétiques se fourvoie tout autant.

« Il faut comprendre que ni les moyens basiques ni les moyens high-tech ne satisfont les esprits du spiritisme. Souvenons-nous que leur but est l’infestation corporelle pour déstructurer l’homme dans son unité corps-âme. Très vite donc, ils proposeront ou imposeront une communication directe, de l’intérieur… […] Les moyens de communication spirite ne sont en tout cas jamais ceux que Dieu propose : les sacrements, l’oraison… Jamais non plus – et c’est là le discernement le plus simple et radical – un esprit communiquant n’acceptera de confesser la foi catholique en l’incarnation du Verbe, en la résurrection de la chair, au pardon sacramentel des péchés ou en l’Immaculée Conception de la Vierge Marie, en l’Enfer ou le Purgatoire, ni de se mettre à genoux devant Jésus-Christ Dieu fait homme… » (P. Métais-Fontenel, L’Église au défi du spiritisme, Éditions Bénédictines)

« Les communications occultes ont lieu par l’influence bonne ou mauvaise qu’ils exercent sur nous à notre insu ; les communications ostensibles ont lieu au moyen de l’écriture, de la parole ou autres manifestations matérielles, le plus souvent par l’intermédiaire des médiums qui leur servent d’instruments. Les esprits se manifestent spontanément ou sur évocation. » (Allan Kardec, pape du spiritisme)

* Robert et Yvette Cara et leur fils Jean

– Le 13 décembre 1996, Jean meurt d’une hémorragie interne, il avait 43 ans. Par locutions intérieures, il adresse à ses parents des messages d’amour, d’espoir et de bonheur par lesquels il leur demande de prier pour les défunts. Sept volumes ont été publiés à ce jour « Jean Messager de la lumière »…

« Tous les matins, tu me consacreras une heure et demie de ton temps et par ce moyen d’écriture directe, j’aurai l’occasion de te dicter les instructions du Très Haut ». « Ce n’est pas uniquement ma volonté qui agit, mais celle de tous les frères du ciel. » Le père écrit et au fur à mesure, des mots, des phrases sortent de son esprit sous la forme d’une belle écriture bâton, mais cela ne dépend pas de lui. C’est Jean et les frères du ciel qui s’expriment. Le bureau n’existe plus, il ne sent plus son corps, le temps s’efface. Il est comme dans un ravissement le plus complet. Ensuite c’est avec regret qu’il retrouve son corps et son environnement, mais il en est tellement heureux. (Revue Chrétiens Magazine sept 2009).

– Le contenu des messages peut sembler correspondre en gros à la foi en Jésus Christ que l’Église enseigne ! Ceci est un piège du malin qui sait très bien contrefaire la Parole de Dieu, langage qui peut nous leurrer un temps… N’oublions pas que Jésus a été confronté, lors des trois tentations au désert, à cet emploi détourné de la Parole de Dieu.

– Les volumes comportent donc plusieurs erreurs théologiques graves. « Moi, Jean, je vous suis présent et je vous parle… » « Il est permis à certaines âmes de communiquer avec l’au-delà. » « Si on parle des âmes du purgatoire, les gens prendront conscience que l’au-delà est si proche de vous et de cette façon, ils pourront être sauvés » « Par le chemin de la généalogie, vous partez à leur rencontre (ancêtres) pour les laver de leurs péchés. » « Ton esprit instinctivement repousse l’idée de communiquer les messages, mais c’est la seule manière par laquelle nous pouvons œuvrer à la communion des saints. » « Si ces personnes sont adeptes d’un nouvel art de vivre, d’un Nouvel Age qui ne s’embarrasse d’aucune religion, vous avez encore moins à les juger… Le Seigneur vient à leur aide par les nombreuses apparitions et intervention de la Sainte Vierge Marie, mais également en envoyant ses messagers !… réparer les fautes des ancêtres. »

« L’écriture automatique est un procédé utilisé en médiumnité, un esprit utilisant la main du médium pour communiquer avec le monde physique. […] Ce terme désigne en fait le genre d’écriture inconsciente souvent utilisée par les psychologues eux-mêmes comme technique libératoire qui permet de faire émerger rêves, désirs, de l’inconscient. Les psychologues limitent l’écriture automatique à l’alternance des personnalités stratifiées communes à tous, ne se manifestant que sous certaines conditions. Les parapsychologues envisagent avec cette technique l’intervention du paranormal comme effet de la dissociation psychique du sujet introduit dans une nouvelle dimension. Les spirites eux, placent l’écriture automatique parmi les moyens de communication avec des entités désincarnées de différents niveaux moraux ; ceci est contrôlable par l’étude du niveau du message obtenu. Il est certain que le psychologue, le parapsychologue et le spirite ont tous trois de bonnes raisons pour adopter cette méthode. » (encyclopédie Wikipédia)

De nombreuses questions quant à la réception de messages de l’au-delà

Je respecte profondément la grande douleur de tous les parents séparés de l’un de leurs enfants, prématurément arrivé auprès de Dieu ; jamais la compassion de l’Église ne sera trop grande. Cependant, qu’il me soit permis de poser de nombreuses questions quant à la réception de messages de l’au-delà.

Pouvons-nous communiquer avec nos morts ? C’est bien la question posée. Quand il semble que nous recevons des messages de nos disparus sans l’avoir cherché, sans procédé spirite aucun, qui parle à l’autre bout ? En effet, la médiumnité est chose répandue. Des personnes ayant une sensibilité médiumnique et divinatoire peuvent, à l’occasion de la mort d’un de leur proche, être « sollicités » par ce canal, qui n’a rien de surnaturel. Le cas prototype de Roland de Jouvenel, nommé sur le site internet, est avéré comme exemple même de communications spirites, par écriture automatique. Ce procédé est typiquement paranormal et occulte, et n’a rien à voir avec un phénomène surnaturel. Or il semble bien qu’il en aille de même avec « Arnaud ».

Dans le cadre de la révélation et de la religion chrétienne, nous n’avons pas de contact direct avec ceux qui sont morts. Ceux qui meurent entrent dans l’invisible de Dieu ; ils voient Jésus et le Père face à face ; ils sont en présence de tous les vivants qui nous ont précédés. Mais il n’y a pas de communication physique ou psychique entre le monde invisible et le monde visible. Et jamais cette communion ne s’exprimerait à travers la réception de messages écrits par écriture automatique…

S’il y a communication, elle est spirituelle et passe toujours, moyennant notre acte de foi, par Jésus ressuscité. Pouvons-nous prier pour des défunts que nous avons bien connus ? Bien sûr, nous pouvons prier le Père pour eux après leur mort (en passant par Jésus, par exemple en offrant le sacrifice de la messe), et leur obtenir ainsi d’être purifiés plus rapidement de toute racine de péché pour vivre leur éternité totalement dans l’amour de Dieu. Est-ce que des défunts peuvent prier pour nous ? Bien sûr. Ceux qui sont vivants dans l’invisible peuvent prier le Père, en passant par Jésus, de nous accorder telle ou telle grâce, et ainsi nous l’obtenir. Nombreuses sont probablement les grâces que nous avons reçues ainsi.

Mais le désir d’avoir plus de renseignements sur l’au-delà que Jésus ne nous en a donnés est un péché contre la foi et une transgression qui nous met à portée de manipulations d’origine diabolique. L’écriture automatique est un procédé occulte qui n’a rien à voir avec l’inspiration divine. On ne rentre jamais en contact direct avec les morts, mais, dans ce cas, avec des esprits mauvais qui se font passer pour les esprits des morts ; ils sont assez habiles pour « habiller » religieusement leurs affirmations.

Je voudrais simplement en donner des preuves par l’analyse de certains passages du livre de Nicole Gourvennec « Dis-leur, Mamoune. La mère d’Arnaud témoigne ». Il y a beaucoup d’affirmations pieuses et spirituelles dans ce livre. Mais il y a encore plus d’affirmations aux antipodes de la foi de l’Église, et disons-le : occultes et gnostiques. Ce faisant, je ne fais que mettre en œuvre le conseil de saint Jean : « Bien-aimés, ne vous fiez pas à tout esprit, mais Éprouvez les esprits pour voir s’ils viennent de Dieu. » (1 Jn 4,1).

DA