Ambiguïtés de la recherche contemporaine de guérison intérieure

Nous sommes, depuis quelques décennies, en face d’une quête massive de guérison, et il ne faut pas trop vite la mépriser : elle a toujours existé sous des formes diverses, comme le montrent les prières adressées à la Vierge Marie ou à des saints. Mais est-ce que la guérison recherchée aujourd’hui est regardée comme un signe de Dieu qui provoque à la conversion, est-ce qu’elle est le signe de la miséricorde de Dieu ; ou est-ce qu’elle est un but en soi, la condition sine qua non pour avancer dans la vie spirituelle ? Car alors, Dieu est mis à notre service.

Jésus a guéri de nombreux malades de toute sorte, mais ce qu’il leur propose, c’est la foi. Et quand certains d’entre eux s’arrêtent à la guérison, il est déçu. Les guérisons qu’il a accomplies sont des signes de ce qu’il apportait, des signes du Royaume présent parmi nous. Il n’est pas venu pour être le thérapeute super-puissant à bon marché ! Il annonce le Royaume, il annonce son Père et il donne quelques signes sur le chemin, comme les guérisons.

Pourquoi ce surgissement dans l’Église, d’une recherche de guérison ? Pourquoi des méthodes diverses inédites pour les provoquer ? Réfléchissons en fonction du contexte.

Une recherche qui s’enracine dans le Nouvel Age

Première surprise : si l’on consulte le Dictionnaire de Spiritualité on constate que le terme « guérir » « guérison intérieure » en sont absents. Ce n’est donc pas du côté de la tradition spirituelle catholique qu’il faut chercher la source de l’engouement pour la guérison. Par contre, si l’on recherche sur Internet « guérison spirituelle » on récolte des informations surabondantes, le plus souvent dans un contexte ésotérique.

Cette recherche de guérison spirituelle repose sur une anthropologie que l’on pourrait formuler ainsi. Il existe un état naturel de bien-être. Nous sommes issus de l’Univers et nous faisons partie de l’Univers. Il y a au fond de tout être une énergie primordiale, sacrée. Retrouver son harmonie avec elle rend heureux, est source de bien-être. Cette expérience intérieure d’harmonie et d’unité avec l’ensemble de la réalité, avec l’Univers, éloigne le sentiment de l’imperfection et de la finitude humaine. Chacun découvre qu’il a un lien profond avec la force cosmique, l’énergie sacrée universelle présente au cœur de toute vie. Ayant fait cette découverte, il peut entreprendre un chemin de perfection qui lui permettra de décider de sa vie personnelle et de son rapport au monde. L’énergie cosmique, la vibration, la lumière, Dieu, l’amour, tout peut être ramené à une seule et même réalité, l’énergie primordiale, sacrée. Cette vision des choses est un panthéisme implicite, une absorption du moi humain dans le moi divin.

Il y a, en arrière-fond, une approche holistique de la santé qui considère le corps et l’âme comme un tout. L’holisme, en effet, est une doctrine qui considère les phénomènes comme des totalités. Ce mot a été forgé en 1926, sur le grec holos (entier) par un biologiste sud-africain. Il a donc une origine scientifique. Son application au niveau médical se démarque de la médecine classique, à laquelle il est reproché de chercher à soigner des symptômes particuliers sans avoir un regard d’ensemble sur la personne : on lui reproche de soigner et non pas de guérir pour retrouver justement l’état naturel de bien-être, l’harmonie avec la nature. Dans la vision holistique, la maladie et la souffrance sont regardées, en effet, comme la conséquence d’un comportement contre nature. Et c’est l’union du corps et de l’âme qui permet retrouver l’état naturel de bien-être.

D’où l’expression : guérison spirituelle, par l’esprit, sans recours à aucun moyen matériel. C’est la guérison d’un problème quelconque selon une approche purement spirituelle parce que l’âme joue un rôle déterminant pour guérir des maux de tous ordres.

Quand on est en harmonie avec la nature, on peut s’attendre à avoir une meilleure santé, et même la prospérité matérielle. La santé est un état de bien-être complet ; avoir une bonne santé est synonyme d’avoir une vie épanouie. Nous sommes dans un monde en quête de bien-être, de développement personnel. Pour parvenir à cette vie épanouie, l’harmonie de l’âme et du corps est primordiale, il faut donc guérir l’esprit.

La guérison intérieure fait intervenir l’énergie spirituelle. La puissance de l’Amour, la Force de vie universelle guérit. Ce qui nous fait mal et nous empêche d’être heureux, ce sont nos blessures. L’Amour nous révèle nos blessures et nous aide à les guérir. L’Amour est une libération.

Cette guérison intérieure par le rétablissement de l’harmonie avec l’énergie universelle est une auto guérison, mais elle peut se faire par l’intermédiaire de médiums — intermédiaires entre le monde des vivants et le monde des esprits. L’énergie qui guérit, l’énergie universelle, est appelée Dieu par certains d’entre eux : c’est Dieu qui guérit. Cette énergie de guérison, pour le bien, est accessible à tous à chaque instant. Si le Christ guérissait, dit-on, c’est parce qu’il utilisait cette énergie dans son ministère.

La guérison spirituelle touche toutes les dimensions de l’individu aussi bien l’âme que le corps. Du spirituel est proposé, indépendamment d’une religion déterminée, un spirituel qui pourra s’intégrer à toutes les religions : c’est une religion mondialiste qui se profile, véhiculée par le Nouvel Age. Voilà la cause du succès.

Mais pourquoi parler ici de Nouvel Age, alors que c’est l’intégration de la psychologie à la démarche spirituelle qui saute — yeux dans les propositions de guérison des centres catholiques. Est-ce qu’il existe un lien entre les deux ?

Une recherche qui s’enracine dans la psychologie transpersonnelle

Un document réalisé par le Conseil pontifical de la culture en collaboration avec le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux : Jésus-Christ le porteur d’eau vive, propose une réflexion chrétienne sur le « Nouvel Age » ; dans ce cadre, il explique le rôle joué par la psychologie transpersonnelle qui ajoute à la psychologie sa spécificité psycho-spirituelle : elle s’intéresse surtout aux états modifiés de conscience. C’est une approche holistique qui intègre les quatre dimensions de l’être humain, physique, émotive, mentale et spirituelle, pour accéder à l’harmonie.

« L’approche classique au Nouvel Âge est celle de la psychologie transpersonnelle, dont les principaux concepts sont l’Esprit universel, le moi supérieur, l’inconscient collectif ou personnel et l’ego individuel. Le moi supérieur, qui est notre véritable identité, jette un pont entre Dieu comme intelligence divine et l’humanité. Le développement spirituel est ce contact avec le moi supérieur qui permet de dépasser toute forme de dualisme entre sujet et objet, vie et mort, psychè et soma, moi et aspects fragmentaires du moi. Notre personnalité limitée est comme une ombre ou un rêve projeté par le moi authentique. Le moi supérieur contient le souvenir des (ré)incarnations précédentes. » (J-C, porteur d’eau vive, 2,3,4,1)

Nous sommes toujours dans un cadre spirituel, le cadre de la recherche du « Dieu intérieur » en soi. L’homme doit transcender son ego pour devenir le dieu qu’il est au fond de lui-même. Il y a dans l’homme un moi supérieur qui est regardé comme sa véritable identité. Le développement spirituel est le contact avec le moi supérieur qui permet de dépasser toute forme de dualisme entre sujet et objet, vie et mort, corps et âme, moi et les aspects fragmentaires du moi. Notre personnalité limitée est comme une ombre ou un rêve projeté par le moi authentique. En arrière-fond, il y a l’affirmation que les hommes sont reliés à l’unité du Tout. Ils sont donc vus, essentiellement, comme des êtres divins, bien qu’ils participent de cette divinité cosmique à des niveaux de conscience différents. Nous sommes co-créateurs et nous créons notre propre réalité.

C’est ce moi supérieur qu’il s’agit de rejoindre par un voyage intérieur, mais avec l’aide de techniques : la psychologie transpersonnelle se veut un alliage de science et de mystique — sans dogme. Des thérapies, plus exactement des psychothérapies, sont proposées pour faire ce voyage qui nous permet de découvrir notre place exacte dans l’unité du cosmos, de restaurer ce qui en nous est aliéné ou supprimé, d’élargir la conscience, de réaliser des expériences « ultimes » ou « mystiques », de fusion avec Dieu et avec le cosmos. Le salut, dans ce cadre, est la reconnaissance de la conscience universelle, qu’on peut aussi appeler Dieu — qui n’est pas un Dieu personnel. Dieu est en tout et notre esprit est une partie de Dieu. Point n’est besoin de Révélation ou de Salut venu de l’extérieur : il suffit de faire l’expérience du salut présent au fond de soi-même (auto-rédemption), grâce à la maîtrise des techniques psychophysiques menant à l’illumination définitive. Il n’y a pas de péché : il n’y a qu’une connaissance imparfaite.

L’un des éléments qui caractérise la psychologie transpersonnelle, c’est l’importance qu’elle accorde aux états de conscience élargis qui offrent la possibilité d’aller voyager dans les différents plans de la psyché, de l’archaïque au spirituel, de les reconnaître, et de les intégrer. Elle ne nie pas les découvertes de la psychologie traditionnelle, elle les intègre. Dans un processus thérapeutique classique, on s’intéresse à l’histoire biographique de la personne, à ce qui lui est arrivé depuis sa naissance, mais on laisse dans l’ombre ce qui s’est passé avant, notamment l’extrême influence du vécu de la naissance et de la vie périnatale sur le développement futur de cette personne. C’est donc ignorer l’ensemble plus vaste dans lequel s’inscrit son histoire, la possibilité de vies antérieures, les liens subtils qui l’unissent à d’autres êtres, à la nature elle-même et sa relation énergétique au monde des archétypes et des symboles qui tissent une trame avec laquelle nous avons à dialoguer.

La psychologie transpersonnelle s’attache aux dimensions spirituelle et créative de l’homme. Elle cherche à développer son potentiel par un parcours d’auto-rédemption. L’intérêt se porte sur la corporéité, les techniques d’élargissement de la conscience, les mythes de l’inconscient collectif, les symboles. La psychologie transpersonnelle est une connaissance immédiate, claire et directe de la vérité, en dehors de la raison. La méditation, le bien-être corporel, l’émanation d’énergies d’auto-guérison, les expériences parapsychologiques, le recours aux drogues hallucinogènes, servent de préparation à l’expérience d’illumination. Ces différentes techniques, ou thérapies, représentent le point de départ d’un processus de spiritualisation, de perfectionnement et d’illumination, qui contribue à améliorer la maîtrise de soi et la concentration psychique sur la « transformation » du moi individuel en « conscience cosmique ».

La spiritualité représente un potentiel thérapeutique sans fond et parallèlement, ce qui sert à l’amélioration du psychisme sera utilisé pour guérir le spirituel, ou tout au moins grandir dans la vie spirituelle : ennéagramme, psychogénéalogie, hypnose ericksonienne — permet d’accéder, aux ressources de son inconscient —, PNL — amélioration du comportement —, le processus de renaissance — technique respiratoire censée permettre au patient de revivre les événements traumatisants de sa venue au monde et de pouvoir enfin les dépasser —, ou tout simplement séances de guérison de tout genre. C’est cette problématique que des catholiques ont essayé plus ou moins d’acclimater en proposant des guérisons intérieures sous prétexte de les évangéliser.

La psychologie transpersonnelle pourrait bien être de nature prométhéenne : nous ne devons pas oublier que nous sommes des êtres humains, donc des êtres limités ; seul Dieu est Dieu, donc infini, et lui seul peut tout penser dans l’unité. Certains, comme A. Grün, prônent même une libération de notre finitude. Mais comment peut-on envisager une guérison de nos limites humaines. La psycho-spiritualité ne plonge pas seulement ses racines dans les religions ancestrales, particulièrement orientales, mais aussi dans les sciences humaines. Elle comporte une dimension pélagienne.

Une mise en forme similaire dans la psycho-spiritualité catholique

La littérature psycho-spirituelle a envahi les librairies catholiques. Elle répond à un désir omniprésent de guérison, de bien-être, et ce sont probablement ces livres qui ont la meilleure vente. Mais rares sont ceux qui ont conscience de ce que cette littérature véhicule. Comment les retraites de guérison intérieure ont-elles pu se greffer sur la foi catholique ?

Les catholiques ont proposé des sessions de guérison psychospirituelle dans les années quatre-vingt-dix. Mais à cause de l’ambiguïté du terme qui cachait difficilement une confusion entre le psychique et le spirituel, un autre vocabulaire a été utilisé : la guérison intérieure, la libération intérieure, la restauration intérieure, la pacification intérieure, mais le contenu reste le même. Par le biais de l’interaction du psychique et du spirituel, on cherche à guérir le couple, à guérir les enfants, à guérir ses souvenirs, à guérir ses maladies corporelles et avant tout à guérir ses blessures. Tout doit être guéri, même l’être et les limites de l’homme ! On peut se demander ce que la foi vient faire là-dedans ?

La spiritualité utilisée pour guérir le psychisme et le corps

On a pu constater que bien souvent des chrétiens trouvent dans leur foi force, courage, assurance. Alors pourquoi ne pas utiliser ce que propose l’Église au plan spirituel pour augmenter son bien-être, son potentiel ? Tout ce qui a une consonance de guérison dans le domaine religieux sera donc instrumentalisé pour guérir ce qui relève de la vie psychique et même de la vie corporelle. C’est dans la même ligne que ce qui s’est produit pour les embryons : on a découvert que les cellules embryonnaires avaient des capacités guérissantes, alors pourquoi ne pas instrumentaliser l’embryon ? Certains ont pensé que la liturgie, les sacrements, la Parole de Dieu, la famille, l’humanité du Christ et la sainte Famille, l’amour de Dieu, ont des propriétés guérissantes, et ils ont instrumentalisé la foi, en cherchant à utiliser tous les moyens de salut, et Dieu lui-même, dans un but thérapeutique. La foi a été mise en pièces à des fins thérapeutiques !

Mgr Rey a écrit : « Un large dispositif curatif est proposé depuis toujours par l’Église pour soulager et guérir les blessures du psychisme, du corps et de l’âme : sacrements…, adoration eucharistique, exorcisme, prières de guérison et de délivrance, exercices ascétiques, etc. » ! Il y a derrière cela une instrumentalisation du spirituel, une sorte de main mise sur Dieu. Le Nouvel Age, par le biais de la pyscho-spiritualité, a été inculturé dans le christianisme, si l’on peut dire.

La psychologie pour aider au développement de la vie spirituelle

On peut relever parmi les propositions catholiques qui prétendent concourir au développement de la vie spirituelle : l’ennéagramme, la guérison de l’arbre généalogique, les agapè ou agapèthérapies, les sessions de guérison intérieure, de restauration intérieure ou de délivrance, les « écoles de guérison » pour obtenir des guérisons de tous ordres, y compris physiques.

Une spiritualité catholique ou holistique ?

La psycho-spiritualité est-elle catholique ou holistique ? Un changement de mot pour désigner une réalité est toujours à considérer de près. Catholique, Kat’holon veut dire « selon le tout, la totalité » : c’est le Mystère de la foi qui donne forme à l’Église et la structure, et qui par conséquent donne sa forme propre à la lecture de l’Écriture et à la vie chrétienne ; et donc aussi à la morale et à la mystique, à la spiritualité comme on dit couramment. « Catholique » implique la référence à une source qui nous précède. Ce principe qui rassemble organiquement le tout de la Révélation est méconnu par l’holisme, qui regarde les phénomènes comme un grand tout indifférencié.

La question du charisme de guérison et des sacrements de la guérison

Les évêques canadiens déclaraient en 2003, pour le trente-cinquième anniversaire du Renouveau Charismatique : « Un trait saillant du Renouveau charismatique est son ministère de guérison ». D’emblée est affirmée l’existence d’un ministère de guérison. Mais ce ministère ne vient-il pas des milieux protestants et plus particulièrement évangéliques ? Que signifie pour un catholique, un ministère de guérison ? Et que dit le Catéchisme de l’Église Catholique sur la question ?

Un sens nouveau donné à la souffrance par la Pâque du Christ

Ici, le Catéchisme de l’Église Catholique est éclairant : « Ému par tant de souffrances, le Christ non seulement se laisse toucher par les malades, mais il fait siennes leurs misères : « Il a pris nos infirmités et s’est chargé de nos maladies » (Mt 8,17 ; cf. Is 53,4). Il n’a pas guéri tous les malades. Ses guérisons étaient des signes de la venue du Royaume de Dieu. Ils annonçaient une guérison plus radicale : la victoire sur le péché et la mort par sa Pâque. Sur la Croix, le Christ a pris sur lui tout le poids du mal (cf. Is 53, 4-6) et a enlevé le « péché du monde » (Jn 1, 29), dont la maladie n’est qu’une conséquence. Par sa passion et sa mort sur la Croix, le Christ a donné un sens nouveau à la souffrance : elle peut désormais nous configurer à lui et nous unir à sa passion rédemptrice » (CEC 505).

Le Christ a donné un sens nouveau à la souffrance par sa mort sur la croix. La dimension sacramentelle de l’Église, l’aujourd’hui de la mort et de la résurrection du Christ risquent d’être méconnues lorsqu’on parle de « ministère de guérison ». Le ministère de Jésus avant sa Pâque doit être regardé maintenant à la lumière de Pâques.

La place du charisme de guérison

Le Seigneur peut donner à certains un charisme de guérison, mais plus important que cela, c’est l’union à la passion du Christ dans la souffrance : « L’Esprit Saint donne à certains, un charisme spécial de guérison (cf. 1 Co 12, 9. 28. 30) pour manifester la force de la grâce du Ressuscité. Même les prières les plus intenses n’obtiennent toutefois pas la guérison de toutes les maladies. Ainsi saint Paul doit apprendre du Seigneur que « ma grâce te suffit : car ma puissance se déploie dans la faiblesse » (2 Co 12, 9), et que les souffrances à endurer peuvent avoir comme sens que « je complète dans ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ pour son Corps qui est l’Église » (Col 1, 24) ». (CEC 1508).

C’est cette même doctrine que l’on trouve dans L’Instruction sur les prières pour obtenir de Dieu la guérison, de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, parue en 2000. Guérir est un charisme et non pas un ministère : le charisme est un don fait à quelqu’un pour le bien de l’Église, don qui reçoit une reconnaissance de l’évêque, tandis qu’un ministère est un service de l’Église demandé par l’Église. Les ministères de guérison dans l’Église catholique sont les sacrements de la guérison.

Comparons avec les exercices spirituels ignaciens

Deux définition de la guérison intérieure parmi d’autres

Définition par un épiscopalien [Église anglicane américaine], George et Victoria Hobson :

La guérison intérieure est « l’action de Dieu en Jésus Christ — action à la fois puissante et tendre, opérée par le Saint Esprit à travers sa Parole, les sacrements, et la prière — pour guérir nos blessures psychiques générées par le péché des autres contre nous et aussi par des accidents et des événements d’histoire qui nous sont tombés dessus, comme les guerres ou les catastrophes naturelles. Ces blessures peuvent remonter jusqu’à la plus petite enfance, voire jusqu’au sein de la mère ; et parfois il y a même des blessures et des déformations qui sont transmises à travers les générations. »

La définition d’un catholique de la Communauté des Béatitudes, Bernard Dubois, est plus brève :

« La guérison intérieure s’opère par le regard miséricordieux du Christ posé sur nos blessures. Quatre étapes sont proposées pour orienter cette guérison :

– La prise de conscience des émotions qui nous habitent.

– La découverte du sens.

– Le choix de guérir ou la liberté de la volonté.

– L’expérience de l’union à Dieu. »

Au centre, les blessures psychiques générées par le péché des autres contre nous ; elles sont découvertes grâce aux émotions qui nous habitent. La liberté de la volonté entre en action pour la guérison ; et au terme : l’union à Dieu. On y retrouve des traces du voyage psycho-spirituel, le lien avec tous les êtres.

Recherche de la volonté de Dieu sur soi ou recherche de soi ?

Dans les Exercices spirituels des jésuites, le retraitant ayant médité sur son péché et fait l’expérience de sa fausse liberté, découvre que la vraie liberté ne peut être qu’un don gratuitement accordé en Jésus-Christ par Dieu lui-même. La vraie liberté, c’est l’ajustement de sa volonté à la volonté de Dieu. Mais quelle est la volonté de Dieu sur sa vie ? telle est la question que le retraitant se pose. Qu’est-ce que je fais de ma vie entière à la lumière de la volonté de Dieu ? Cette recherche de la volonté de Dieu entraînera inévitablement des mouvements intérieurs dans l’âme appelés motions qui se traduisent en consolations et désolations selon l’effet produit et sont à la source d’un combat spirituel. C’est par un discernement spirituel qu’on peut les reconnaître.

Péché ou blessure ?

La démarche psycho-spirituelle est centrée sur soi et non sur Dieu. La méditation sur le péché qui conduit à une fausse liberté est remplacée par la méditation sur les blessures qui entravent la liberté par la mise en place de réactions de défense, de protection. La recherche de la volonté de Dieu pour le servir, est devenue l’expérience du Christ qui descend dans les blessures pour les guérir.

La liberté intérieure qui permet une indifférence devant les pensées qui surgissent à l’esprit afin de discerner la volonté de Dieu, est remplacée par une libération des conséquences des blessures, par une libération de ce qui nous contraint. La guérison intérieure se veut être un processus qui nous rend libre pour le Christ. « La guérison consiste à être le moins contraint possible par les conditionnements. Elle vise la liberté intérieure pour pouvoir aimer Dieu et les autres plus profondément. »

Motions ou émotions ?

Alors que les motions par contre naissent d’un « toucher » divin, les émotions naissent d’un « toucher » par un objet extérieur. Chercher à connaître une blessure par le biais des émotions se réfère à l’affectivité sensible qu’il ne faut pas confondre avec l’affectivité spirituelle. Ce n’est pas l’expérience de foi qui est première mais le ressenti. La raison est absente.

Tout le cheminement décrit ici est lié à une gnose, et ne relève pas de la spiritualité chrétienne. Un seul indice : tous les grands spirituels catholiques enseignent qu’il faut se méfier des émotions, qu’il ne faut pas se laisser guider par le sensible dans la vie spirituelle. Vouloir s’ériger en maître spirituel en faisant fi de cet acquis de l’expérience séculaire, se croire investi d’une mission venant du Saint-Esprit pour révolutionner la spiritualité, ne peut que mal finir… Ce que nous avons sous les yeux en est une confirmation. Nous sommes en présence de ce que les anciens appelaient, dans la tradition catholique, l’orgueil des débutants. Saint Jean de la Croix a écrit : « Un certain orgueil secret porte les commençants à avoir quelque satisfaction de leurs œuvres et d’eux-mêmes. De là leur vient une certaine vanité, parfois très grande, à parler des choses spirituelles en présence des autres, et même quelquefois de vouloir les enseigner plutôt que de les apprendre. »

Une anthropologie a donc été bâtie qui exclut la raison et l’intelligence mais accorde un rôle presque unique à l’affectivité comprise comme la mémoire qui fait remonter des émotions. Cette perspective anthropologique est une véritable révolution copernicienne : la raison, l’intelligence, la volonté sont rayées de la carte, et les émotions occupent la première place. Nous retrouvons là le Nouvel Age, qui prône le passage de l’exaltation moderne de la raison à la valorisation des sentiments, des émotions et des expériences. Il y a un rejet de la raison accusée d’être froide, calculatrice et inhumaine.

Mettre quelqu’un dans ces conditions, c’est risquer de lui enlever à son insu toute possibilité de poser un acte libre ; il devient dès lors une proie facile à manipuler.

Le risque de remplacer la conversion par la guérison dans l’évangélisation

La guérison est-elle une nécessité pour que l’évangélisation soit authentique ? Car c’est la conception du salut qui est en cause, lorsqu’on parle de la guérison comme du troisième pilier de l’évangélisation, après l’inculturation du message et l’annonce de la Parole de Dieu. En fait, c’est la conversion et la foi, et non les prodiges, qui doivent accompagner la nouvelle évangélisation.

Pour la mouvance catholique issue du Renouveau et pour les évangéliques, le salut apporté par le Christ est étroitement articulé avec l’expérience personnelle de la guérison. La prédication est « Parole de Dieu », la guérison est « manifestation de Dieu ». C’est l’expérience de la guérison qui conduit alors à la foi.

Cela revient à dire que la subjectivité sauvée est devenue le socle sur lequel repose la foi, avec le caractère mouvant que cela implique. En fait nombre de chrétiens disent aujourd’hui implicitement : « Que m’importe que le Christ ait deux natures du moment qu’il est mon Sauveur », autrement dit : du moment qu’il guérit, que je suis guéri. Le lieu de cette guérison, qui se veut être expérience de Dieu, se vérifiera de façon privilégiée par les émotions, terrain mouvant s’il en est, et parfois dans le corps revenu à la santé.

Qu’en est-il en réalité du salut pour un catholique ? Le salut est un don qui transforme notre volonté, en l’unissant à l’offrande du Fils. Il nous unit à la kénose du Christ sur la croix, nous fait entrer dans son obéissance pascale qui est une obéissance filiale. La source de la sainteté, de la « santé », est là, dans la conversion de notre volonté pécheresse et pas dans la guérison.

Cependant la guérison est accordée à certains pour manifester dès maintenant la force de la résurrection à laquelle conduit l’Esprit qui nous unit à l’offrande du Christ.

Question ultime : quelle foi résultera d’une évangélisation centrée sur la guérison ?

 

Extraits du document de Sœur Marie-Ancilla « La guérison intérieure, catholique ou holistique ? »,

réadaptés en 2012 par le P. Dominique Auzenet .

Le texte complet de Sœur Marie-Ancilla  a été publié sous le titre : « Guérison et délivrance. Des ministères ? » ISBN 978-2-918865-17-9

Gnose, foi, et psychologie

Dans un commencement Dieu a créé le monde visible et invisible par sa Parole.

« Et Il vit que cela était bon. » Gn 1

« Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il les créa, homme et femme il les créa. » Gn 1,27.

« Et il vit que cela était très bon. » Gn 1, 31.

Tous les mots de la Genèse comptent, or chacun de ces mots est contesté par la gnose et les gnostiques.

Commencement, Bereshit en hébreu, Dieu crée le monde ex nihilo c’est-à-dire à partir de rien. Les gnoses donnent d’autres explications et contestent cette création de Dieu.

Dieu a créé. Les gnostiques disent que ce n’est pas Dieu qui a créé le monde, mais un démiurge indifférencié qui l’a organisé.

Par sa Parole. Pour la Bible, la Parole de Dieu est créatrice, à l’origine de toute création, et salvatrice en Jésus-Christ. Cette conception est contestée et même combattue par les gnostiques.

Homme et femme créés à l’image et à la ressemblance de Dieu.

Cela est bon. Pour eux la création n’est pas bonne, elle est la conséquence de la chute de l’esprit dans la matière

Et le serpent arrive. « Le plus rusé de tous les animaux des champs» Gn 3,1.

« Alors il dit à la femme. »

Avec qui voulons-nous engager le dialogue ?

Ce dialogue est fait de subtilités, qu’il s’agit de détecter dès le début. Le serpent est maître en subtilité mensongère, il fait dire à Dieu :

« Alors Dieu a dit : vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin ? » Gn 3, 1.

Dieu en réalité avait dit : « Tu peux manger de tous les arbres du jardin. Mais de l’arbre de la connaissance du bien et du mal tu ne mangeras pas, car le jour où tu en mangeras, tu mourras. » Gn 2,16.

La femme répondit au serpent. Et là est le drame, il ne faut pas écouter le serpent et il faut encore moins lui répondre, car il est le maître de l’embrouille. Continuer la lecture de « Gnose, foi, et psychologie »

Identification d’attitudes sources de dérives sectaire potentielles dans la vie communautaire ecclésiale

Nous allons tenter d’identifier quelques dangers de dérives présents au cœur de la vie chrétienne communautaire (paroissiale et/ou résidentielle). La vie chrétienne est par nature communautaire selon le paradigme présenté par le livre des Actes des Apôtres sur l’œuvre de l’Esprit en enfantement de l’Église primitive : « La multitude des croyants n’avait qu’un cœur et qu’une âme. Nul ne disait sien ce qui lui appartenait, mais entre eux tout était commun » (Ac 4,32). Cette vie communautaire se décline ensuite selon différents degrés d’intensité, conformément aux appels, aux vocations, aux engagements missionnaires, aux époques traversées, aux nécessités ecclésiales…

Il ne faut pas omettre de parler de la vie communautaire conjugale et familiale qui est sans doute la forme la plus spécifique et la plus répandue de la vie communautaire chrétienne, à condition qu’on la prenne au sérieux : la famille est une « église domestique », une petite cellule de la grande communauté ecclésiale. Mais précisément, des livres de plus en plus nombreux attirent notre attention sur les dérives présentes dans la vie familiale (je pense par exemple au livre récent de Christine Calonne, Petits abus de pouvoir en privé ; reconnaître les situations toxiques et poser des limites, Ixelles éditions, 2012 »)

Compte tenu de la floraison de Communautés nouvelles à partir des années 70-80, on serait tenté, pour parler de dérives sectaires en milieu ecclésial, de regarder d’abord de ce côté. En effet, le phénomène communautaire est clairement affirmé, donnant lieu à une créativité souvent mal encadrée, et donc donnant à terme plus de déviances à observer. Il semble même vraiment que la vie chrétienne communautaire résidentielle, le bouillon de culture communautaire, soit une sorte de milieu porteur de développement de déviances graves en rapport avec la volonté de puissance.

La vie chrétienne communautaire en paroisse est, en revanche, beaucoup plus souple, plus lâche, quelquefois inexistante pour des pratiquants réguliers ou occasionnels marginaux. Les dérives y semblent moins apparentes. C’est pourquoi nous puiserons plus d’exemples en milieu résidentiel qu’en milieu paroissial, sans être dupes cependant, sachant que la configuration de l’emprise manipulatoire se retrouve en tous milieux et toutes situations.

À vrai dire, les dérives apparaissent à partir de personnes particulières ayant un profil psychologique manipulateur. On a tort de penser immédiatement aux gourous de sectes notoires. Dans une famille, l’un des conjoints peut présenter ce profil. Dans une paroisse, un prêtre ou un laïc en responsabilité pastorale aussi. Dans une Communauté religieuse, le fondateur ou le responsable local peuvent être ou devenir de grands manipulateurs.

Ce profil psychologique se nourrit d’une position « en surplomb », qu’il s’agisse de la masculinité de l’époux, du statut de parent, de la responsabilité pastorale donnée par l’Église, du rôle d’organisateur issu d’une situation particulière… Dès que le manipulateur, de par son statut ou sa fonction, se trouve situé en plein cœur d’un groupe humain, l’emprise commence son travail de vassalisation. Par cercles concentriques, les personnes sont soumises et deviennent dépendantes… Il suffira ensuite qu’il mette en oeuvre certaines contraintes de pensée et d’action, pour aboutir à une unité formatée qui signera la dérive sectaire.

Cependant, l’objectif poursuivi dans cette formation n’est pas d’abord sociologique, mais pastoral : chercher à repérer les situations et attitudes toxiques, pour poser des limites, mais aussi pour nous convertir et éradiquer ces situations et attitudes comme on arrache la mauvaise herbe dans un jardin. En ce sens, une observation avisée et transversale peut aboutir à pointer un certain nombre de réalités déviantes que l’on trouve aussi bien dans la vie communautaire résidentielle, que paroissiale ou familiale.

Il faut dire un mot enfin du terme employé : « dérives sectaires ». En effet, vous le savez, en France et en Europe, on parle de moins en moins souvent de « sectes ». « Comme le droit français, la Cour européenne refuse d’utiliser la notion de secte, extrêmement dangereuse dans la mesure où elle est généralement définie par la doctrine à l’aune de la notion de religion. Autrement dit, une religion serait une secte qui a réussi, et une secte serait une religion en devenir. Cette définition, adoptée aux États-Unis, constitue en réalité un moyen pour les sectes d’affirmer leur légitimité, en se présentant comme un groupe de fidèles réunis autour d’une foi partagée. Tel est le cas des Témoins de Jéhovah et des Mormons qui parviennent, peu à peu, à obtenir le statut de religion, avec l’aide de la Cour européenne. Accepter que les Témoins de Jéhovah soient considérés comme une religion ne conduit cependant pas à étendre ce statut à tous les groupements dirigés par des gourous plus ou moins allumés, plus ou moins dangereux pour les adeptes, parfois fort peu nombreux.

C’est la raison pour laquelle le droit français se réfère à la notion de dérive sectaire, qui s’applique lorsqu’un groupement « poursuit des activités ayant pour but ou pour effet de créer, de maintenir ou d’exploiter la sujétion psychologique ou physique des personnes qui participent à ces activités ». Cette formulation, issue de la loi About-Picard du 12 juin 2001, donne ainsi une définition pénale de la dérive sectaire. Il n’y a pas de lutte contre les sectes, mais une lutte très affirmée contre la manipulation mentale, l’abus de faiblesse, l’escroquerie, la pédophilie, et autres pratiques illicites. » (Roseline Letteron, www.contrepoints.org/2012/07/23/91239-les-raeliens-devant-la-cour-europeenne-tout-ce-que-vous-voulez-savoir-sur-les-sectes-sans-oser-le-demander). Je vous renvoie aux textes spécifiques sur la notion de dérive sectaire mis en ligne sur notre site par un lien qui redirige vers site de l’Unadfi.

Ceci posé, la problématique spécifique de la réflexion menée ici concerne la vie ecclésiale. Cela peut nous paraître normal, en nous disant que l’Église vit en interpénétration avec le monde, et qu’on risque donc de retrouver en son sein la plupart des déviances de la société. Cela peut nous paraître déplacé, parce que nous préférons nous attacher à une vision prégnante de la sainteté de l’Église, à la manière de saint Paul qui écrit : « Il voulait se la présenter à lui-même toute resplendissante, sans tache ni ride ni rien de tel, mais sainte et immaculée » (Ep 5, 27). Cela peut nous paraître certainement scandaleux, parce que nous sommes réticents (jusqu’au déni) à regarder en face et à accepter comme vraie, la ruse suprême dont est capable le Mal, à savoir qu’il est présent là où l’on ne l’attend pas…

Notre réflexion ne consistera pas à pointer des attitudes évangéliques faussées. Mais à affirmer que la secte peut rentrer dans l’Église. Elle pourra sembler bien négative, ou noire. Il ne faut ni la majorer ni la minimiser. Il faut simplement regarder en face, aussi pénible soit-il, que la ruse suprême du Mal est d’arriver à se dissimuler non seulement sous l’apparence du bien, mais du meilleur… Ne pas vouloir en parler parce que cela peut sembler trop extrême, c’est accepter que tout soit rendu impossible à Dieu, par notre silence complice qui rend alors tout possible au Mal.

LIRE LA SUITE EN FORMAT PDF

Conférence donnée pour la Pastorale Nouvelles Croyances et Dérives Sectaires, diocèse du Mans, par le P. Dominique Auzenet en 2012.

Les Mandalas

Qu’est-ce qu’un mandala ?

Les mandalas sont des figures circulaires surchargées de figures géométriques et de représentations symboliques et mythologiques que l’on trouve initialement dans le monde indo-bouddhiste et dans le lamaïsme tibétain.

Les mandalas sont des représentations spirituelles de l’ordre du monde. Le mandala a pour fonction d’aider l’adepte à poursuivre son chemin vers l’illumination. Au centre du mandala, est supposée se tenir la présence divine.

Selon le degré d’initiation le centre du mandala représente différents symboles comme le météorite du diamant du tantrisme indien qui symbolise l’union dissolution des principes opposés ou féminin masculin.

Mandala tibétain avec un gigantesque démon faisant tourner la roue du 
devenir.


Mandala ésotérique

Pouvons-nous utiliser le mandala dans une perspective chrétienne ?

Pourquoi pas ? Toutefois, réfléchissions un peu.

La vie est une trajectoire comme l’histoire du monde et de l’humanité. Saisir tout dans un cercle est enfermant. Les rosaces illustrent souvent des scènes ou sont des agencement de couleurs belles et décoratives qui n’enferment pas dans une logique.

Le mandala ramène tout au centre qui est finalement l’unité de soi, alors que la vie spirituelle est une sortie de son ego pour s’ouvrir à une Parole qui n’est pas mienne.

Le mandala est une invitation à l’enstase, alors que la prière invite à l’extase au sens mystique d’un contact avec une hyper réalité.

Quelle est notre conception de la Parole de Dieu si nous la présentons sous forme de « mandalas bibliques » ?

C’est la question que je me suis posée à propos des sessions de méditation bibliques proposées par le Fr. Louis Rabec à l’Abbaye de Ligugé.

Évidemment, c’est tentant de faire des synthèses sous cette forme. Certaines peuvent sembler assez simples et intéressantes, d’autres quelque peu sophistiquées et pas forcément très belles.

La Parole de Dieu n’est pas faite de mots juxtaposés. Elle exprime la vie et ne peut être schématisée.

Le mandala provoque une fascination quasi hypnogène avec une impression d’avoir tout perçu et saisi de manière immédiate.

Or la Parole de Dieu nécessite le temps de l’écoute, qui ne peut être réduit à une image englobante qui se suffit à elle-même.

Les suites de mots sans phrases déstructurent la pensée en l’ossifiant comme un squelette desséché. Au fond, on ne quitte pas une certaines forme d’exégèse qui « met à plat » le texte biblique pour le faire « fonctionner »…

Les icônes ou les représentations de visages ou de scènes de l’Évangile manifestent une présence qui nous invite à pénétrer dans le mystère de l’incarnation et de la résurrection.

Elles sont éclairés d’une lumière visible aux yeux de chair et irradiée par l’invisible Lumière du Ressuscité, reçue dans la Foi.

Le mystère de la Foi ne se réduit donc pas un agencement de mots, mais à une douce présence qui réchauffe le cœur des disciples d’Emmaüs à aujourd’hui.

Une instrumentalisation de la Parole divine ?

La réflexion proposée par Louis Rabec, « Mandala et Vie Spirituelle : quel rapport ? », comporte des aspects intéressants :

On a remarqué que la pensée sémite est de type concentrique : les thèmes pointent vers un centre qui, pour nous chrétiens, est Jésus Christ : il accomplit les Écritures; les thèmes bibliques du premier Testament sont repris dans le Nouveau et concourent à définir l'être et la mission de Jésus, tels que les évangélistes et les autres auteurs du Nouveau Testament se sont efforcés de nous le présenter.

Mais en même temps, elle pose question :

Il n'est donc pas étonnant que la pensée chrétienne, en particulier la vie spirituelle, puisse être proposée en schémas concentriques qui ont Jésus comme point de convergence. C'est pourquoi nous n'avons pas hésité à nous servir de dessins concentriques, qui peuvent faire penser aux mandalas, pour annoncer notre foi chrétienne sous ses différents aspects. On notera que les dessins centrés ont un effet unifiant et apaisant sur le psychisme. En se centrant sur le Christ, on voit le bénéfice que l'on peut en tirer pour la prière.

On a l’impression d’une certaine instrumentalisation de la Parole divine. Le mandala permettrait-il l’unification intérieure, la pacification du psychisme, et deviendrait-il une porte d’entrée ouvrant sur la prière ?

Ne seraient-ce pas les mêmes arguments qu’on nous propose lorsqu’on nous dit que la méditation de pleine conscience (centrée sur l’accueil de ses propres émotions et ressentis) permettrait de mieux prier après ?

Abus spirituels dans l’Église

Voici un livre qui tombe à point, j’allais presque dire un livre en avance sur son temps. Dans la purification que vit l’Église aujourd’hui, il devient indispensable de regarder de près le « fonctionnement » de l’autorité côté ecclésial. Car les abus sexuels ne sont que la manifestation d’une emprise plus subtile qui est celle de l’abus spirituel.

Il faut lire et travailler ce livre. Je vous propose de regarder la table des matières.

Présentation des auteurs sur le site de l’Éditeur.

Voici la CONCLUSION du livre :

Des personnes sont victimes d’abus de pouvoir spirituel et de dérives sectaires dans l’Église. Les mécanismes pernicieux de démolition des sujets ont été évoqués par celles qui ont retrouvé la parole, au cours d’un long chemin de reconstruction.

Des individus isolés ou des fondateurs de communautés religieuses ont mené des vies dissolues, ont été des menteurs éhontés, des prédateurs sexuels ou des tyrans: cette réalité reste encore difficilement admissible pour beaucoup. Le panorama est sombre. Des groupes catholiques se fourvoient encore dans l’autosuffisance, l’autosatisfaction et l’auto-référencement. Le message chrétien est détourné au profit de maisons sans fondement qui croient avoir inventé la poudre et où l’autre n’existe plus.

Au nom de Dieu, la route qui peut y conduire est donc barrée. Pour reprendre un mot du pape François, c’est « la zizanie ». De fait, le dévoiement des uns entraîne la déroute complète des autres. Pourtant, des vulnérabilités et des pathologies sont connues, des processus menant à des déviances sont connus, la confusion des pouvoirs tout autant. Pour cause d’ignorance, de naïveté ou de mépris des réalités humaines, la prise en compte de victimes d’abus dans l’Église y reste insuffisante et parfois navrante. Pour beaucoup, les motifs d’espérer dans un aggiornamento de l’Église s’amenuisent ou disparaissent. Échanges en privé ou visites canoniques aux résultats non clairement divulgués ne servent pas forcément à écarter des personnalités difficiles, des responsables dangereux ou des faux-prophètes. Ni même à réformer, voire à rayer de la carte ecclésiale des instituts.

Ouvrir les yeux et déplacer son regard avec réalisme et sans cléricalisme conduit à se poser des questions: qui peut être désormais pris au sérieux en interne pour accompagner des changements nécessaires? Ou pour assurer de la prévention des abus? Mais aussi, eu égard à l’ampleur de la crise, qui doit être démis et qui doit partir? Ceux et celles qui se sont sentis très mal, des victimes, ou plutôt des responsables?

« Pécheurs » pardonnés trop vite, victimes écoutées trop lentement: alors, qui va enfin pouvoir dire que tout n’est pas pourri dans l’Eglise catholique? Accueillir le fait qu’il existe des tordus partout, améliorer certaines règles dans l’Église pour arrêter l’hémorragie sans pour autant chercher à faire du nombre, exercer sa vigilance à déconstruire sa naïveté, faire fi de ses résistances culturelles et cultuelles pour agir dans un souci de justice vis-à-vis de ceux et celles qui, courageux, ont levé le voile sur des abus : cela peut servir.

Qu’ils soient ici vivement remerciés pour leur écœurement fondamentalement constructif. Faire quitter le monde des bisounours à ceux et celles qui, forgés dans le culte du oui, ont parfois encore tant de difficulté à savoir dire non quand c’est nécessaire, c’est le début de la prévention des abus.

DA, 8 avril 2019

La nourriture carnée dans la Bible

Le numéro 54 de la petite école biblique, sur le site petiteecolebiblique.fr

Contenu du livret

La volonté d’un monde harmonieux

Les prescriptions concernant la viande

Pourquoi tant de sacrifices d’animaux dans la Bible ?

Débats dans l’Église primitive

La communion eucharistique, du cannibalisme ?

Le respect de l’intégrité de la Création

Conclusion

Annexe : l’enseignement de l’Église catholique

Pourquoi manger végétarien ou végétalien ? Les slogans des associations promotrices du végétarisme sont tout à fait respectables : « Je prends soin de ma santé; je découvre une alimentation délicieuse et conviviale; je réduis la souffrance animale; j’agis pour la planète »… Il faut bien avouer que la Bible ne dit pas grand-chose sur le sujet, et qu’on ne saurait se prévaloir des lumières de la Révélation chrétienne comme racine d’un choix qui ne relève que de la conscience de chacun. Quant au véganisme, très en vogue actuellement, la moisson biblique est inexistante.

Une redécouverte des anges ?

1. SUR INTERNET COMME AU CIEL

SONDAGE DE QUELQUES SITES INTERNET À PARTIR DES MOTS CLÉ  : GUIDE SPIRITUEL ET ANGE GARDIEN
http://anges.free.fr
http://ducielalaterre.org
http://crystallia.unblog.fr/les-guides-spirituels/(les différentes sortes de guides spirituels !)
http://sandrinecoutaud.canalblog.com/archives/2013/12/25/28740400.html (le blog d’une médium spirite)
http://forum.aufeminin.com/forum/loisirs7/__f141384_loisirs7-Comment-rentrer-en-contact-avec-son-guide-spirituel.html
(voir le post Mes recommandations de amourdingue, en bas de la page)
http://reiki-voyance.org/index-page-reiki-titre-les_anges.htm#. U_YBBkvb7E8 (site de voyance, qui contient un menu sur les guides)
http://www.voyance-medium-lilou.com/#!priere-a-mon-ange-gardien/c23mf (prière à mon ange gardien)
On peut aussi regarder les images à partir de ces mêmes mots clés ou bien de celui-ci : « images d’anges merveilleux ».

Cette profusion d’anges sur l’internet (notamment sur des sites de spiritisme), et aussi dans les publications new-age, est un paravent moderne du spiritisme ou chanelling. Les entités avec lesquelles un tel culte nous met en contact sont certes angéliques, mais angéliques déchues. Nous ne nous attarderons pas ici sur la question des entités diaboliques ; une autre rencontre cette année abordera la question « foi chrétienne et démonologie ». On peut aussi rappeler la conférence de 2013, « Spirituel ou paranormal ? », accessible ici : http://pncds72.free.fr/2102_formation_12-13/2102_130220_surnaturel_paranormal/2102_130220_0_surnaturel_paranormal.pdf Continuer la lecture de « Une redécouverte des anges ? »

Initiation maçonnique, initiation chrétienne

« La franc-maçonnerie est appelée à refaire le monde. La tâche n’est pas au-dessus de ses forces à la condition qu’elle devienne ce qu’elle doit être.[1] » Oswald Wirth.

La franc-maçonnerie s’inscrit dans une perspective hégémonique sur le monde.

« En vous initiant à ses mystères la F… M… vous convie à devenir des hommes d’élites, des sages ou des penseurs, élevés au-dessus de la masse des êtres qui ne pensent pas. Ne pas penser c’est consentir à être dominé, conduit dirigé et traité souvent en bête de somme.[2] »

La franc-maçonnerie est très élitiste et considère les profanes comme des dominés et plus encore des bêtes de somme.

« Le penseur est un esprit libre, qu’il n’est besoin de catéchiser ou d’endoctriner. Le penseur se fait lui-même : il est le fils de ses œuvres. La F… M… le sait, aussi évite-t-elle d’inculquer des dogmes. Contrairement à toutes les églises, elle ne se prétend pas en possession de la vérité.[3] »

Le franc-maçon est son auto créateur, il ne se reçoit de personne, sa pensée est libre de tout dogme.

La fondation de la F… M… moderne date de 1717, mais nombre d’auteurs la font remonter à la construction du temple de Salomon, voire plus loin encore. C’est le fils d’un pasteur calviniste qui dut se réfugier en Angleterre à la suite de la révocation de l’Édit de Nantes 1685, James Anderson, qui est à l’origine de la première constitution des F… M…[4]

L’initiation maçonnique se compose essentiellement de trois grades, apprenti, compagnon et maître ; les autres grades ont été rajoutés par la suite et vont jusqu’au trente-troisième, celui de Souverain Grand Inspecteur Général. Des luttes entre obédiences concernant, entre autres, les grades initiatiques, se sont maintenues jusqu’à aujourd’hui.

Nous nous référerons au Rite Écossais Ancien et Accepté, dontl’organisation première remonte à 1821, et comporte les loges symboliques des trois premiers degrés, et les ateliers supérieurs du 4ème au 18ème qui a le titre de Rose-Croix, les hauts grades du 19ème au 30ème appelés philosophiques, et les 31ème 32ème et 33ème appelés administratifs[5].

Il est à signaler préalablement que la F… M… opère une sélection de ses adeptes (la fraternité établie est sélective et exclusive). Les FM disposent de tous les renseignements sur la personne (trois enquêtes faites par des frères de la loge) qui demande à entrer dans le temple, ce qui permet de choisir les « bons candidats » et d’écarter ceux qui ne répondent pas aux critères arbitraires de la loge. Il y a un vote avant l’adoption, après discussion, éliminant toutes personnes qui pourraient être gênantes.

L’Apprenti doit chercher dans son initiation d’où il vient, le Compagnon ce qu’il est, et le Maître où il va. En cela nous pouvons comparer les apprentis aux novices ; cette étape correspond, selon les maçons à une purification, elle le conduirait à voir la lumière ; selon la tradition mystique, cette étape dite purgative correspond aux commençants. Les frères compagnons par l’usage de la raison attireraient la lumière de la vérité vers eux et correspondent aux profès dans la tradition religieuse catholique, ou aux progressants de la mystique. Les maîtres maçons sont des hommes censés être pleinement éclairés, rayonnants de cette lumière ; ils sont comparables aux parfaits ou aux unis de la tradition ascétique et mystique catholique. La spiritualité maçonnique pense que cette initiation permet la création de l’homme par lui-même, correspondant au Fils de l’homme de l’Évangile.

« De la création de l’homme par lui-même naît l’homme perfectionné, le Fils de l’Homme[6] »

Initiation de l’apprenti maçon

Le profane doit subir quelques épreuves initiatiques avant d’être admis en F… M… Tout d’abord, il est isolé dans un lieu retiré dépourvu de toute lumière naturelle, il doit se dépouiller de tout objet métallique qu’il peut porter sur lui, monnaie, montre, bijoux, ceinturon et les remettre au F… Préparateur. Symboliquement l’adepte doit quitter le monde profane et accepter de rentrer en lui-même, il doit se déposséder de tout élément factice, se libérer de toute opinion reçue.C’est une descente dans la terre ; des objets macabres, des fragments de squelette lui signifient la mort à laquelle il doit réfléchir. Il doit méditer le sens de ces initiales VITRIOL, qui vient des alchimistes et qui signifie : Visita Interiora Terrae, Rectificando Invenies Occultum Lapidem (Visite l’intérieur de la terre et, en rectifiant (par des purifications) tu trouveras la Pierre cachée des sages. Cette Pierre, la fameuse Pierre Philosophale, n’est autre que la Pierre cubique des Francs-Maçons.

Le profane soumis à l’épreuve de la terre est comme la graine qui doit pourrir en terre avant de renaître à la lumière en mettant en jeu les énergies latentes et occultes qu’il porte en lui. Une cruche et de l’eau lui montrent qu’il doit apprendre à se soumettre au strict nécessaire s’il veut renaître à la lumière. Des sentences peuvent être écrites sur les murs du caveau pour lui faire craindre le pire si son intention de rejoindre les F… M… n’est pas l’essentiel de sa vie. Un sablier lui rappelle le temps qui s’écoule en dissolvant, et un coq qui lui annonce le triomphe de la lumière partagée avec les F… M… sur les ténèbres des profanes.

D’autres éléments de la symbolique alchimique sont placés devant lui, deux récipients contenant du sel et du soufre. Le soufre qui signifie l’énergie expansive ou virile que l’on retrouvera signifié dans le Temple par la colonne Jakin, et le sel permettant la stabilisation avec l’autre énergie représentée par le mercure, énergie réceptive ou féminine, que symbolise l’autre colonne du Temple, Boaz.

Dans cette ambiance, l’adepte doit réfléchir à son testament puis rédiger des réponses aux trois questions concernant ses devoirs envers Dieu, lui-même et ses semblables. Mais l’idée du Dieu maçonnique n’est pas celle de la Révélation judéo-chrétienne, c’est la conception que l’homme a du vrai, du juste et du bien pour lui-même, indépendamment de toute pensée biblique ou théologique. Oswald Wirth précise :

« Dieu est ici l’idéal que l’homme porte en lui-même… Il ne s’agit pas là de l’idole monstrueuse que la superstition se forge sur le modèle des despotes terrestres.[7] »

Comme la plante qui renaît, le Profane sort de la terre du caveau dépouillé, débraillé la poitrine gauche découverte, le genou droit mis à nu, déchaussé, les yeux couverts par un bandeau épais. Les yeux bandés, ignorant quels sont ses futurs frères, tandis qu’il prend un engagement solennel, le récipiendaire fait un saut dans l’inconnu sans savoir vraiment à quoi il s’engage et avec qui il s’engage. Cette initiation crée un lien de dépendance et de subordination complète, à l’aveugle.

Il est amené à la porte du temple et doit frapper trois coups pour demander qu’on la lui ouvre. La signification de ces trois coups se retrouve dans l’Évangile de Matthieu 7,7. « Demandez et vous recevrez, (ici c’est la lumière maçonnique), cherchez et vous trouverez (la vérité maçonnique), frappez et on vous ouvrira (les portes du Temple maçonnique) ». La porte s’ouvre dans le plus grand fracas. Pour en franchir le seuil, il doit se courber jusqu’à terre.

Le récipiendaire doit alors subir un premier voyage dans le Temple. L’orientation du Temple est symbolique et correspond au voyage que doit accomplir l’adepte pour recevoir toute la lumière de l’initiation. Il est guidé dans le Temple, il ne voit rien, mais déjà sent la pointe d’un objet contendant pointé sur sa poitrine. Il est promené, traversant des obstacles, des pièges, de l’Occident au Septentrion, puis en Orient, puis passe par le midi pour revenir vers l’Occident. Là, il est accueilli par des bruits assourdissants, des tremblements, des tourbillons de vents ; après la terre c’est la purification par l’air.Il doit quitter ses passions, ses intérêts personnels et doit donner toute sa confiance dans les frères F… M… qui le reçoivent.

L’adepte est prêt à subir un deuxième voyage, marqué par la purification par l’eau, sorte de baptême philosophique. Il entend, toujours aveuglé par le bandeau, le cliquetis d’armes. Il devra combattre les forces contraires à l’esprit des frères maçons.

Mais un troisième voyage attend le récipiendaire, c’est l’épreuve du feu ; il est recouvert par trois fois d’un manteau brûlant. Il marche alors dans le Temple sans difficulté et n’entend plus aucun bruit.

Il est invité à boire le calice d’amertume qui le lie encore davantage à la confiance qu’il doit faire à ses frères et partager en tout point leur destin. On l’invite alors à entrer dans la chaîne d’union des maçons. À ce stade, ayant toujours les yeux bandés, il ne sait toujours pas qui sont ses frères. Il est ensuite conduit à l’autel où le néophyte achève de se lier par un engagement solennel. Il promet, sur son honneur, de garder inviolablement tous les secrets de la F… M…« et de ne jamais révéler aucun de ses mystères, si ce n’est à un bon et légitime maçon[8]. »Le bandeau peut alors tomber des yeux du nouvel initié, le temple s’illumine, les frères maçons, debout dans l’ordre, pointent leur glaive tenu de la main gauche sur sa poitrine. Des effluves de sympathie maçonnique convergent vers le nouveau frère.

D’autres rites sont prévus pour la réception du nouvel adepte, comme la réception du tablier de deux paires de gants, et la restitution des métaux c’est-à-dire des objets qui lui avaient été retirés en entrant dans le caveau. « Ces rites n’ont aucune vertu sacramentelle.[9] » L’apprenti devra se conformer aux obligations qu’il a promis de respecter pour recevoir la lumière. « Se taire devant les Profanes. Chercher la Vérité. Vouloir la justice. Aimer ses frères. Se soumettre à la Loi. [10] » Il va sans dire que Vérité, Justice, et Loi, sont ici d’ordre exclusivement maçonnique. Oswald Wirth se fait plus précis quand il dit :

« La pensée, au surplus, est elle-même une force qui agit au dehors de manière mystérieuse. Elle peut influencer la volonté d’autrui, sans même qu’elle soit exprimée par la parole ou par l’écriture. C’est ce que révèle l’étude des lois occultes de la pensée. L’initié instruit de ces lois s’applique à se taire. Il se concentre, afin d’imprimer à ses idées une plus haute tension. C’est un conspirateur qui dispose du plus puissant de tous les moyens d’action : la pensée dirigée en pleine connaissance de cause. Mais il convient en ces matières de joindre l’exemple au précepte et de ne pas enfreindre, plus qu’il n’est permis la loi du silence.[11] »

On ne saurait être plus clair, cela s’appelle un égrégore ; la pensée collective dans un silence consensuel mais également fusionnel peut donner la sensation particulièrement forte d’appartenir à un même corps. (La ola dans un stade de foot est un égrégore).

« Le F… M… se distingue des églises par ce fait qu’elle ne se prétend pas en possession de la Vérité. L’enseignement maçonnique ne comporte ni dogme, ni credo d’aucune sorte. Chaque Maçon est appelé à construire par lui-même l’édifice de ses propres convictionsCelui qui a des idées arrêtées et qui tient à les conserver, n’est pas un homme de lumière et de progrès : c’est un pontife qui croit savoir et qui a foi en son infaillibilité. Si l’initiation ne parvient pas à le désabuser, c’est qu’il ferme les yeux et tient à rester profane.[12] »

Profane ou « Moldu » comme ils sont appelés dans Harry Potter. Ainsi le Temple maçonnique et les rituels sont truffés de symboles qui peuvent avoir plusieurs sens, et dont le sens ultime serait d’unifier les contraires, de se situer au-dessus de toute idée spécifique, et même au-delà du bien et du mal apparent, car l’initié sait qu’il dépasse toute dualité contraignante devenue pour lui, autant illusoire qu’accessoire.

Initiation du compagnon

Nous suivrons les indications données par Oswald Wirth dans son chapitre :

« Catéchisme interprétatif du grade de compagnon[13] » Celui-ci doit connaître la signification de la lettre qui trône entre le compas et l’équerre.

G initiale de Géométrie, le maçon s’applique à la construction universelle selon ses plans.

G comme Génération, le maçon s’inscrit dans une force vitale à laquelle il participe en la transmettant. Wirth inscrit la F… M… à la suite des religions qui vouent un culte à la vie dont l’idéal est terrestre, en opposition aux religions de la mort qui promettent le bonheur après la mort.

Gravitation, cette gravitation a un sens spirituel, par la force d’attraction de la F… M…, elle vise au rapprochement et à la fusion des âmes pour construire son Temple personnel en même temps que ce Temple collectif qui doit libérer l’homme initié de toute servitude.

Génie maçonnique qui permettrait une créativité renouvelée aux frères qui travaillent en loge, grâce à une transmutation collective de leur pensée.

Gnose, cette connaissance suprême établit les frères dans une même compréhension du mystère des choses.

Le candidat compagnon va établir cinq voyages entre la colonne Jakin rouge, (correspondant au soleil) qui représente la raison active et la colonne blanche Boaz, (correspondant à la lune) qui représente l’imagination ou l’intuition passive. Le parcours symbolique du futur compagnon est de transformer la pierre brute du profane en pierre cubique taillée selon les critères de l’art maçonnique, et cela à l’aide d’outils, le ciseau et le maillet, la règle et le compas, puis le levier. Chacun de ces instruments, devenant symbolique dans la maçonnerie spéculative, fait l’objet d’une multitude d’interprétations.

Des signes gestuels sont alors révélés qui déterminent secrètement le grade du frère en maçonnerie.

Le compagnon doit connaître la signification de la symbolique du temple dans lequel il se trouve. Le pavé mosaïque, constitué de carreaux alternés noirs et blancs, comme un damier, montre l’incessante et rigoureuse alternance de la loi des contrastes. Nous pouvons y trouver des similitudes avec le yin et le yang.

L’Étoile flamboyante est le symbole essentiel du grade de compagnon. Une étoile à cinq pointes comme les quatre membres de l’homme et les quatre éléments et la tête qui gouverne avec intelligence les membres et la matière du monde.

Mais « en magie elle devient l’étoile du microcosme, et le signe de la volonté souveraine, qui est l’irrésistible moyen d’action de l’initié… Renversée, l’étoile à cinq pointes prend un sens diamétralement opposé… Une même figure, selon qu’elle est droite ou renversée, devient ainsi le symbole de ce qui est le plus noble dans l’Homminalité ou de brutalement instinctif dans l’Animalité. Une force universelle identique est d’ailleurs en jeu dans les deux cas : elle s’adapte et se polarise inversement, voilà tout.[14] »

C’est ainsi que l’initiation suprême opérée par la franc-maçonnerie est explicitement indiquée dans ces quelques lignes d’Oswald Wirth dans son livre sur « le compagnon » :

« Le Serpent séducteur, qui incite à mordre au fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, symbolise un instinct particulier, non pas celui de la conservation, mais une impulsion à la fois noble et subtile, dont le propre est de faire éprouver à l’individu le besoin de s’élever dans l’échelle des êtres. Cet aiguillon secret est le promoteur de tous les progrès, de toutes les conquêtes qui étendent la sphère d’action des individus aussi bien que des collectivités. Cela explique pourquoi le Serpent, inspirateur de désobéissance, d’insubordination et de révolte, fut maudit par les anciens théocrates, alors qu’il était en honneur parmi les Initiés. Ceux-ci estimaient, en effet, qu’il ne saurait rien y avoir de plus sacré que les aspirations qui nous portent à nous rapprocher progressivement des dieux, envisagés comme les puissances conscientes, chargées de débrouiller le chaos et de gouverner le monde. Rendre semblable à la divinité, tel était l’objet des anciens Mystères. Le mystère se divinisait en se purifiant et en s’élevant moralement et intellectuellement au-dessus du vulgaire des humains. De nos jours, le programme de l’Initiation n’a pas changé ; le Maçon moderne se divinise, lui aussi, mais il a conscience qu’il ne saurait le faire qu’en travaillant divinement, c’est-à-dire en s’appliquant à parachever la Création laissée imparfaite. Elevé au-dessus de l’animalité humaine, le Constructeur, agent d’exécution du plan divin, se fait dieu, au sens antique du mot. [15] »

[16]

Il est bien d’autres symboles qui décorent le temple comme l’équerre, le niveau, le compas qui peuvent être portés en bijoux. Ils ont une signification pratique et une symbolique qui peuvent être déclinées à l’infini. Il y a également la pierre brute qui symbolise l’apprenti qui doit se dégrossir et tailler sa pierre. La pierre cubique symbolise le compagnon qui peut contribuer à l’édifice du temple. et la planche à tracer au maître qui peut donner à la fois l’exemple et des instructions pour la construction du temple.

Initiation du maître

« Quand il y aura en Maçonnerie des Maîtres éclairés capables de lire et écrire la langue sacrée, alors notre institution passera du Symbole à la Réalité. Elle incarnera l’Initiation véritable et construira effectivement le Temple de la Suprême Sagesse humaine. [17] »

Il faut au futur maître qu’il donne la preuve d’une confiance aveugle en ses frères. Nous ne pouvons dans ce cadre dire tous les rites et les symboles qui permettent l’initiation au grade de maître, mais celui du bandeau et de la coupe d’amertume sont significatifs de l’allégeance que doit manifester le futur maître à l’égard de ses frères de loge et de la F… M… Les yeux bandés comme le futur apprenti, l’aspirant maître doit boire le calice d’amertume, tout en ressentant la chaleur d’un feu à proximité. Dans un silence total, il va ressentir bientôt les effets du vent, puis est projeté à terre comme au fond d’une caverne. Dans l’obscurité un crâne lumineux permet de distinguer un catafalque dressé devant le récipiendaire. Une voix venue d’outre tombe commence à l’interroger. Il éprouve symboliquement l’épreuve subie par Hiram, l’architecte du temple de Jérusalem trahis et tués par des ouvriers qui voulaient posséder les clés de son savoir. Le postulant à la maîtrise fait l’expérience d’une mort symbolique.

Bien d’autres détails morbides jalonnent cette initiation. « De même qu’une mort volontaire permet seul au profane de renaître à la vie supérieure de l’initiation, il faut mourir une seconde fois pour conquérir les prérogatives du Maître disparu (Hiram). [18] » Le futur initié va chercher dans les entrailles de la terre une mort symbolique qui lui permettrait d’accéder aux mystères en découvrant la Parole Perdue, c’est-à-dire « la clef du secret maçonnique, autrement dit, la compréhension de ce qui reste inintelligible aux profanes et aux initiés imparfaits.[19] ».

Le rituel macabre se poursuit, le récipiendaire joue le rôle du cadavre d’Hiram, il entend la voix du surveillant chargé des apprentis dire : « La chair quitte les os ! » puis l’Initié dit : « tout est désuni ! », puis le vénérable intervient disant : « Isolément, nous sommes impuissants. Unissons-nous donc avec ferveur, si nous voulons accomplir des merveilles. Formons une chaîne vivante autour de ce cadavre, et pour le ranimer, mettons en œuvre les suprêmes ressources de l’Art ![20] »

Main à main, pied à pied genou à genou, poitrine contre poitrine, avec le chef de la loge, aidé par les deux surveillants qui le relèvent, le récipiendaire reçoit symboliquement sa vie nouvelle, pour le réveiller il entend tout bas à l’oreille des paroles de vie, c’est ainsi qu’il est nommé : Mac Benah, autrement dit : Fils de la Putréfaction ou Fils du Maître mort (Hiram) ou traduit de l’hébreu : il vit dans le Fils. C’est la dernière phase du Grand Œuvre Alchimique : « d’abord la putréfaction, qui tue le sujet, devenu noir comme la tête du corbeau, ensuite la sublimation, ayant pour effet de libérer la partie volatile ou aérienne, puis l’ablution, lavage d’où résulte la couleur blanche, et enfin la calcination, pour laquelle le feu est activé jusqu’à l’obtention de la couleur rouge, signe d’achèvement heureux des premières opérations.[21] »

Alors le temple s’illumine de toutes ses lumières, le rideau s’ouvre, le nouveau maître peut s’entretenir d’égal à égal avec ses frères maîtres. Il est apte à communiquer avec les Supérieurs Inconnus de la tradition qui préside à la création et la transformation du monde. Bien d’autres symboles gestes et paroles parsèment le rituel de l’accès au grade de maître dont l’objectif est le suivant : « Chercher le Maître qui est en nous à l’état de cadavre inanimé, faire revivre le mort, afin qu’il agisse en nous. [22] »

Enjeux

La lutte de la F… M… contre tout type d’institutions, particulièrement l’Église catholique, mais aussi politiques ou associatives, quand ces institutions ont une autorité qui n’est pas issue de ses rangs, est explicite chez Oswald Wirth et les trente troisième degrés de la F… M… quand ils parlent sur ce sujet.

« Sous quelque régime que ce soit, des prêtres et des rois nous domineront, tant que nous n’aurons pas appris à supplanter nous-mêmes prêtres et rois… Le maître s’initiera aux mystères de l’Art Sacerdotal, afin de n’être dupe, ni du représentant de Dieu qui promet la félicité dans un autre monde, ni du charlatan politique, prétendu détenteur de la panacée universelle mettant fin à toutes les misères sociales.[23] »

L’Église bien au fait des intentions maçonniques de combattre sa raison même d’exister, n’a cessé d’alerter et de condamner la F… M… dans des Encycliques, qui ont une haute autorité dans la hiérarchie des écrits officiels de l’Église, depuis Clément XII en 1738 dans son encyclique In eminenti, puis Benoît XIV en 1751, dans son encyclique Pro vidas, puis Pie VII en 1821, puis Pie IX dans Qui pluribus en 1846, suivi de Etsi multa luctuosa en 1873, puis Léon XIII dans Humanus genus en 1884, puis Spesse volte en 1898. Ce dix-neuvième siècle florissant en nouvelles congrégations, après les martyrs catholiques de la terreur, a été l’objet d’un combat de chaque instant entre la maçonnerie et l’Église.

Léon XIII

Les premières années de 1900, la république acquise aux idées maçonnique fait fermer trois mille écoles catholiques, quatre cent congrégations sont interdites, moines et religieuses sont chassés de leur couvent, de 30 000 à 60 000 religieux et religieuses doivent quitter la France. L’armée n’est pas en reste les officiers sont observés, ceux qui sont « tala », c’est-à-dire qui vont à la messe n’ont plus de promotion, c’est l’affaire des fiches en 1901.

La loi de séparation de l’Église et de l’état est votée en 1905. C’est dans ce contexte que Pie X écrit une lettre pleine de compassion à la France, aux Évêques, aux Clergé et au Peuple de France en 1907. Pie XI en 1931 écrira Non abbiamo bisogno, dernière encyclique où la maçonnerie est désignée nommément. Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI, dans l’esprit d’ouverture au dialogue du Concile Vatican II, se sont peu exprimés sur la question, se contentant de rappeler que leur position ne différait pas de l’enseignement précédent de l’Église à ce sujet.

Il est aujourd’hui connu et reconnu et parfois revendiqué que la loi sur l’interruption volontaire de grossesse, et la récente loi permettant le mariage entre deux personnes du même sexe, résultent d’une élaboration faite dans des fraternelles, c’est-à-dire des groupes de maçons issus de professions complémentaires ou identiques qui se réunissent pour infléchir l’opinion publique et les lois de la république dans une direction donnée. Aujourd’hui l’euthanasie, les toutes dernières recherches en matière de génétique sont l’objet d’étude, allant toujours dans le sens de l’accueil de tous les possibles.

Les maçons sont maîtres du temple à construire, le temple c’est le corps, tant personnel que social, et aucune morale venant d’une révélation ne peut être admise. L’homme initié crée sa propre morale, il n’y a d’autre dieu que lui-même.

« La différence résulte du caractère purement humain de la F… M…, qui ne se targue pas de détenir une vérité divinement révélée, mais convie ses adeptes à se dégager de l’erreur par leurs propres efforts, pour s’orienter d’eux-mêmes, en toute indépendance, vers cette lumière de l’esprit à laquelle aspirent les intelligences… Ayons le courage de nous dire religieux et de nous affirmer d’une religion plus sainte que les autres. Propageons la religion de la République, qui formera les cœurs des citoyens et cultivera les vertus républicaines.[24] »

L’initiation chrétienne

Nous allons comparer cette initiation maçonnique à l’initiation pratiquée dans les premières communautés chrétiennes, plus particulièrement celle décrite par saint Cyrille de Jérusalem dans ses catéchèses mystagogiques[25].

Cyrille est né à Jérusalem aux alentours de l’an 313. Il fut moine ou ascète, érudit et doué pour la parole, il fut ordonné prêtre puis évêque. Il subit des persécutions de la part même de l’évêque devenu arien qui l’avait ordonné, car il résista de toutes ses forces à l’hérésie arienne qui contaminait une grande partie de l’Église de l’époque[26]. Les catéchèses mystagogiques, sont des enseignements dogmatiques pour approcher le mystère du Salut en Jésus-Christ. Il y est insisté sur l’absolu nécessité de la conversion, pour accueillir pleinement les grâces offertes dans les sacrements d’initiation chrétienne à savoir le baptême, la confirmation et l’eucharistie. Saint Cyrille insiste pour que la vie quotidienne soit conforme à la foi et fleurisse en actions concrètes.

« Le sacrement n’a rien de magique, il exige le mouvement de conversion, la purification du cœur, une vie qui respire et agit à la hauteur du Dieu dévoilé[27]. »

Dans l’antiquité chrétienne, les trois sacrements d’initiation, le baptême, la confirmation et l’eucharistie étaient expliqués par les pasteurs après leur réception. Le catéchumène recevait donc ces sacrements dans un acte de foi, ce n’est qu’ensuite durant la semaine pascale que le pasteur, en général l’évêque du lieu expliquait les rites, les figures bibliques et leurs relations aux Évangiles. Cyrille en explique la raison :

« Ce n’est pas d’aujourd’hui, fils authentiques et bien aimés, que j’aspirais à vous entretenir des hauts secrets de l’Esprit et du ciel. Mais comme je savais bien que l’on croit plus facilement ce qu’on voit que ce qu’on entend, j’ai patienté jusqu’à ce moment. Je vous prends donc, au sortir de votre expérience pascale, particulièrement bien disposé à écouter ma parole, pour vous conduire par la main vers la prairie toute lumineuse et parfumée du paradis. Vous voici donc désormais capables des plus divins mystères, dès là que vous avez été admis au saint baptême qui donne la vie. Puis donc qu’il nous incombe encore de vous avancer la table des connaissances réservées aux initiés, courage ! »

La maternité de l’Église prend tout son sens : des fonts baptismaux comme d’un sein maternel, naissent les fils et les filles de Dieu.

Le baptême couronnait un long chemin de purification commencé au début du carême. Toute la liturgie manifestait par des signes sensibles les mystères qui s’accomplissaient. Le renoncement au démon se faisait tourné vers l’Occident c’est-à-dire, là où le soleil se couche, dans la direction où apparaissent les ténèbres. Cyrille rappelle aux nouveaux baptisés ce qu’ils ont dit lors de la renonciation à Satan :

« Je te renie, Satan, toi le tyran mauvais et très cruel… Le Christ en effet a anéanti ta force en participant à un sang et une chair qui sont miens (c’est-à-dire en prenant notre humanité). Ainsi a-t-il voulu détruire la mort par sa mort, pour m’éviter d’être réduit en esclavage ; je te renie, toi le serpent rusé et plein de malfaisance. Je te renie, traître, qui sous les couleurs de l’amitié as provoqué toute désobéissance, et qui a inspiré à nos premiers parents leur infidélité. Je te renie, Satan, auteur et complice de tout mal.[28] »

L’aspirant au baptême rejette ensuite toutes les œuvres, les armes et les fastes et le culte de Satan.

Puis la confession baptismale, le credo, était proclamée tourné vers l’Orient, « le pays de la lumière » et « le paradis de Dieu ». (Catéchèse 19, 9). Vient ensuite la déposition des vêtements, signifiant le dépouillement du péché, du vieil homme et de ses œuvres. Comme le Christ, nu sur la croix le futur baptisé se dénude. Il est ensuite frotté d’huile exorcisée sur tout le corps.

« De même que par l’insufflation des saints et l’invocation du nom de Dieu, comme une flamme très ardente brûle les démons et les met en fuite, ainsicette huile exorcisée, par invocation et prière à Dieu reçoit une telle puissance que non seulement en brûlant les vestiges elle purge les péchés, mais encore elle fait fuir toutes les puissances invisibles du mauvais.[29] »

Baptistère de l’église Notre-Dame, Sablé/Sarthe 72

Ensuite le catéchumène entre dans le baptistère pour y être immergé par trois fois, pour y être baptisé au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Trois fois symbolisant aussi le triduum du Christ au tombeau.

« Comme notre Sauveur en effet a passé trois jours et trois nuits au sein de la terre, ainsi vous aussi, vous avez imité, dans votre première sortie de l’eau le premier jour du Christ dans la terre comme votre première immersion, sa première nuit. Qui est dans la nuit ne voit plus ; qui au contraire est dans le jour voit la lumière… Et dans le même acte vous mourriez et vous naissiez : cette eau salutaire devenait à la fois votre tombe et votre mère… Pour vous au contraire, le temps de la mort est aussi le temps de la naissance. Un seul et même temps a réalisé ces deux événements : votre naissance a coïncidé à votre mort.[30] »

Le baptême est en même temps une purification de nos fautes et une grâce d’adoption.

Puis vient la chrismation qui correspond à la confirmation. Le baptisé est enduit du saint chrême recevant la chaleur de l’Esprit-Saint pour fortifier le sacrement du baptême. Il est un parallèle à faire avec le vêtement brûlant dont on revêt le futur apprenti. Dans les Églises orthodoxes, le baptême, la chrismation ou confirmation et l’eucharistie sont donnés lors de la même célébration. Les Grecs déduisent de la chrismation le nom de chrétiens qui signifie chrismés.

Et enfin l’eucharistie, participation au mystère de la mort et de la résurrection du Christ qui donne son corps et son sang sous la forme du pain et du vin. Nous n’évoquerons pas les similitudes, ou plus exactement le plagiat qui existe entre le sacrement de l’eucharistie et le rite initiatique maçonnique de la Cène opéré dans l’initiation au 18ème degré qui confère le grade de rose-croix et qui ouvre aux grades supérieurs de la maçonnerie. Nous retrouvons les prémices de cette symbolique dans la coupe d’amertume que l’aspirant apprenti doit consommer les yeux bandés.

Nous observons que si les symboles de la terre, de l’eau, du souffle et de la lumière qui ont une forte charge anthropologique sont les mêmes dans l’initiation maçonnique et l’initiation chrétienne, leur objectif, leur fonction sont radicalement opposés. La maçonnerie voit dans son rituel, une fonction purement symbolique dont la force symbolique est opératoire. Celui qui vit l’initiation accède à la lumière de la loge. La réception de cette lumière joue sur une expérience des sens, ainsi que sur la peur ; le récipiendaire étant enfermé avant l’accès à cette lumière, dans le caveau, symbolisant les entrailles de la terre pour y faire son testament, environné d’objets qui rappellent la mort. Puis le futur apprenti est débraillé, aveuglé par le bandeau, et doit faire confiance à celui qui va le faire pénétrer dans la loge.

Les similitudes (cela relève d’un simulacre dans les faits) avec les rituels religieux et les écritures ajoutent à la confusion, en laissant croire à ceux qui le voudraient que la franc-maçonnerie est une démarche spirituelle originale !

L’amour des frères en maçonnerie est assez éloigné de l’amour du prochain demandé par le Christ, d’autant plus que la démarche maçonnique conduit plutôt à un égocentrisme conforté, par le sentiment d’appartenir à un corps d’élites.

Le dimanche octave de Pâques s’appelle in albis, c’est le jour où les néophytes déposent les vêtements blancs reçus à leur baptême. Ils vont reprendre leur vie quotidienne, la Lumière du Ressuscité reçue à Pâques doit transparaître dans leur humble quotidien par l’amour de Dieu et du prochain. Le baptême tient du mystère et non de la magie. La foi fournit à l’homme un sens spirituel, une capacité théologale, qui l’ouvre à une hauteur, une largeur, et une profondeur insoupçonnée. Cette foi transfigure une vie qui demeure la même en apparence. Le nouveau baptisé fait l’expérience des disciples d’Emmaüs et s’approprie leur parole. « Notre cœur n’était-il pas tout brûlant en nous quand Jésus nous parlait, quand il nous dévoilait les Écritures. » (Luc 24).

L’expérience spirituelle de saint Jean de la Croix et de sainte Thérèse d’Avila

Ce chapitre est largement inspiré du livre du Père Eugène de l’Enfant Jésus : « Je veux voir Dieu »[31].

La vie divine en nous, le royaume de Dieu auquel a accès en toute gratuité le nouveau baptisé, baptisé, confirmé, se développe comme le grain de sénevé qui, mis en terre est la plus petite des graines, mais poussé, devient plus grand que toutes les plantes potagères et fait de grandes branches. (Marc 4, 31-32).

Sainte Thérèse d’Avila éclaire ce qui se passe lors de la croissance spirituelle à l’aide de l’image d’un château intérieur. Ce château présente sept demeures avec des annexes qui sont de plus en plus éclairées à mesure qu’on se rapproche du centre ou demeure Dieu, le foyer de Lumière. La perfection, l’objectif spirituel est dans l’union parfaite avec Dieu, c’est l’union transformante ou mariage spirituel. Sainte Thérèse observe ce qui se passe en elle. Il est des étapes où l’union à Dieu s’intensifie progressivement, sans parler de la première demeure où l’âme est embarrassée encore par les préoccupations du monde.

Ainsi, dans les troisièmes demeures l’activité de l’âme est aidée par la grâce. Dans les cinquièmes demeures la volonté de Dieu devient sienne : « que ta volonté soit faite » du notre Père devient une évidence vécue. Les septièmes demeurent sont éclairées par l’union transformante. Les saints de l’Église catholique sont représentés avec une auréole qui manifeste qu’ils sont dans la Lumière de Dieu. Les trois autres demeures sont des étapes de purification éprouvantes. La sécheresse règne aux deuxièmes demeures, la nuit des sens que saint Jean de La Croix appelle, purification passive des sens, habite les quatrièmes demeures. Encore plus éprouvante est la nuit de l’Esprit des sixièmes demeures. Un double mouvement s’opère dans cette histoire de l’âme, ou plutôt deux forces vivantes tentent de se rejoindre et de s’unir : l’Amour de Dieu pour l’homme et l’amour de l’âme pour Dieu.

Dans une première phase qui inclut les trois premières demeures, Dieu laisse l’initiative et la direction à l’âme en sa vie spirituelle. Dieu assure à l’âme sa grâce dite ordinaire. Quand le désir de Dieu devient plus intense à partir des quatrièmes demeures jusqu’aux septièmes, Dieu intervient par un secours dit « particulier ». La progression de la docilité et la confiance de l’âme deviennent telles que Dieu prend l’initiative et la guide plus directement.

« Par le recueillement, la quiétude ou la sécheresse contemplative, Dieu oriente le sens vers l’esprit, l’adapte aux opérations surnaturelles dont l’esprit est le siège et l’habitue à supporter paisiblement le mystère toujours obscur et souvent douloureux.[32] »

Sainte Thérèse d’Avila ne reprend pas la division en voie purgative des commençants, voie illuminative des progressants et voie unitive. Mais nous voyons ici que la voie purgative correspond aux deuxièmes, quatrièmes et septièmes demeures, et la voie illuminative aux troisièmes et cinquièmes demeures et la voie unitive à la septième demeure.

Le père Eugène de l’Enfant Jésus en homme averti de ce chemin de l’âme vers Dieu prend le soin d’expliquer :

« La raison humaine doit renoncer à imposer sa mesure et à retrouver sa logique dans les activités de la Miséricorde divine. Elle ne peut que constater que Dieu appelle en son intimité, en peu de temps, des âmes qui en étaient notoirement indignes, que d’autres semblent ignorer certaines étapes et se trouvent soudain les ayant franchies, que Saül le persécuteur a été terrassé sur le chemin de Damas et est devenu en peu de temps Paul, le grand apôtre des Gentils.[33] »

Nous voyons que dans cette initiation à la vie spirituelle, c’est toujours Dieu qui a l’initiative de la croissance, même si cette croissance ne peut s’opérer sans la liberté de l’homme qui répond à l’amour de Dieu. En aucun cas cette initiation est mécanique et confère des grades comme dans la maçonnerie. Nous sommes, avec la vie spirituelle chrétienne, dans un processus inverse, car la seule croissance qui permette d’atteindre la lumière de la septième demeure du château intérieur est une croissance en humilité et en docilité à l’Esprit-Saint.

Il ne s’agit pas d’entrer dans un caveau artificiellement construit par des hommes, il ne s’agit pas de reproduire une symbolique qui s’imprime sur la dimension psychologique de l’homme, en produisant des expériences sensibles qui impressionnent, et qui donnent le sentiment d’appartenance à une fraternité où chacun est passé par ces mêmes épreuves, avant d’y être admis. Dans la vie spirituelle décrite par sainte Thérèse d’Avila ou saint Jean de la Croix le cheminement est constaté, il n’est pas provoqué. Bien sûr ce chemin ne peut s’opérer que dans une âme désirante de s’approcher de Dieu.

Saint Jean de la Croix décrit ces nuits où s’opère le passage de l’âme à l’union divine. On les appelle nuits parce que l’âme y « chemine comme de nuit et en obscurité[34] » Nuits ici veut dire privation et dépouillement. Comme dans chacune des nuits naturelles, la nuit peut se diviser en trois parties. Quand le soleil commence à décliner, progressivement la pénombre s’installe puis le noir le plus complet quand la lune et les étoiles sont cachées derrière les nuages. Les sens peuvent garder un moment en mémoire le souvenir de la clarté et de son déclin. Jean de La Croix compare ce moment à la purification passive des sens. Passive car l’âme y est soumise comme nous pouvons être soumis aux effets de la nature. Le surnaturel agit analogiquement au naturel. Puis vient le milieu de la nuit où tout est profondément obscur, c’est pour Jean de la Croix la nuit de l’esprit où seule la foi demeure sans aucune consolation sensible, psychologique et spirituelle. Cette nuit obscure profonde prépare à une nouvelle vision, une vision d’aurore, une vision renouvelée dans l’amour de Dieu qui ouvre à une beauté, une vérité, une justice surnaturelle. Les sens spirituels sont éveillés à la vie théologale, c’est-à-dire infusée par le Saint-Esprit qui trouve sa demeure dans l’âme de celui qui s’est laissé conduire dans la Foi et l’Espérance en Dieu seul et le conduit à aimer comme Dieu nous aime.

La purification passive des sens est une période qui ne dispense pas celui qui cherche Dieu d’une purification active par des efforts d’ascèse et de prière. Cette purification active prépare et permet d’accueillir la purification passive qui ne peut pas être provoquée. Seul Dieu en a l’initiative. Mais cette purification passive exige notre coopération énergique et douloureuse. Saint Paul ne compare-t-il pas celui qui veut suivre le Christ aux coureurs du stade qui se plient à beaucoup d’efforts, pour remporter le prix du vainqueur.

« Ainsi dans une première phase préparatoire, Dieu n’intervient pas directement dans la vie spirituelle de l’âme, celle-ci garde l’initiative de son activité spirituelle et conduit donc cette nuit active selon ses vouloirs ; dans la deuxième phase au contraire où nuit active et nuit passive du sens vont de pair, l’intervention de Dieu qui prend la direction de la vie spirituelle, enlève à l’âme l’initiative et l’oblige à la soumission de l’action de Dieu.[35] »

Les grands mystiques catholiques décrivent ce cheminement inouï, où celui qui veut suivre le Christ est conduit mystérieusement dans un chemin de passion de mort et de résurrection.

« Et je n’apercevais rien Pour me guider que la lumière Qui brûlait dans mon cœur. Elle me guidait Plus sûrement que la lumière de midi, Au but où m’attendait Celui que j’aimais, Là où nul autre ne se voyait.[36] »

Finalement

Nous ne pouvons que constater, quand nous comparons même très succinctement, comme nous venons de le faire, des auteurs référents dans l’initiation maçonnique, ici Oswald Wirth, et des docteurs de l’Église, ici Saint Jean de la Croix et sainte Thérèse d’Avila dans leurs descriptions de l’itinéraire de l’âme vers Dieu, nous aboutissons à une logique de cheminement inverse.

Les mots de lumière, de nuit, d’eau, de feu, de souffle, de germination peuvent être les mêmes. Les expériences de confrontation à la nuit à la mort, au dénuement peuvent être similaires. Les expériences anthropologiques peuvent être comparables. Mais l’objectif et les moyens employés divergent fondamentalement.

L’initiation maçonnique procède par épreuves provoquées qui produisent des effets contrôlés. La lumière reçue dans la loge est préparée suite à un conditionnement psycho physique d’expérience de vulnérabilité. C’est la purification active puis passive des sens, du disciple du Christ, qui lui ouvre les yeux du cœur pour contempler la Lumière surnaturelle du Ressuscité. L’aspirant à devenir maître en franc-maçonnerie doit singer le parcours d’Hiram tué par ses frères et dont l’esprit revit quand le vénérable de la loge pied à pied, corps à corps relève l’aspirant maçon, mimant la mort, pour qu’il perpétue ce mythe fondateur de la maçonnerie.

La nuit de l’esprit décrite par Jean de la Croix peut être assimilée à une expérience de mort. Mais nous l’avons vu, seul Dieu a l’initiative, car seul Dieu nous fait réellement passer de la mort à la résurrection. Nous sommes là au cœur de notre Foi et de notre Espérance chrétienne. Au cœur de ce mystère d’Amour infini de Dieu, Trinité Sainte. Dieu en Jésus-Christ s’est fait chair et il a habité parmi nous, il a donné sa vie pour que nous ayons la Vie éternelle.

Première lettre de saint Jean – Chapitre 1

01 Ce qui était depuis le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons contemplé de nos yeux, ce que nous avons vu et que nos mains ont touché, c’est le Verbe, la Parole de la vie. 02 Oui, la vie s’est manifestée, nous l’avons contemplée, et nous portons témoignage : nous vous annonçons cette vie éternelle qui était auprès du Père et qui s’est manifestée à nous. 03 Ce que nous avons contemplé, ce que nous avons entendu, nous vous l’annonçons à vous aussi, pour que, vous aussi, vous soyez en communion avec nous. Et nous, nous sommes en communion avec le Père et avec son Fils, Jésus Christ. 04 Et c’est nous qui écrivons cela, afin que nous ayons la plénitude de la joie. 05 Voici le message que Jésus Christ nous a fait entendre et que nous vous annonçons : Dieu est lumière, il n’y a pas de ténèbres en lui. 06 Si nous disons que nous sommes en communion avec lui, alors que nous marchons dans les ténèbres, nous sommes des menteurs, nous n’agissons pas selon la vérité ; 07 mais, si nous marchons dans la lumière, comme il est lui-même dans la lumière, nous sommes en communion les uns avec les autres, et le sang de Jésus son Fils nous purifie de tout péché.

Bertran Chaudet

Notes

[1]Oswald WIRTH, La franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes, l’apprenti. Ed Dervy Lassay-Les-Chateaux, juin 2012, p. 5.

[2]Ibid. p. 21.

[3]Ibid. p. 22.

[4]James Anderson: The Book of constitutions of Freemasons, containing the history, charges and regulations of that most ancient and right worshipful fraternity.

[5]Voici le nom des grades qui en disent long sur la volonté des frères F…M… à se croire investi d’une connaissance suprême.

4. Maître Secret. 5. Maître Parfait.
6. Secrétaire Intime. 
7. Prévôt et Juge.                                
8. Intendant des Bâtiments. 
9 Maître Elu des Neufs.           
10. Illustre Elu des Quinze.                                                   
11. Sublime Chevalier Elu (Chef des Douze Tribus).               
12. Grand Maître Architecte. 
13. Royale Arche.                                              
14. Grand Elu, Parfait et Sublime Maçon.                         
15. Chevalier d’Orient et de l’Epée.   
16. Prince de Jérusalem.  
17. Chevalier d’Orient et d’Occident. 
18. Rose-Croix. 
19. Grand Pontife ou Sublime Ecossais de la Jérusalem Céleste.
20. Véritables Maître de toutes les loges régulières.          
21. Noachite. 
22. Chevalier Royale Hache.                        
23. Chef du tabernacle. 
24. Prince du Tabernacles.         
25. Chevalier du Serpent d’Airain. 
26 Ecossais Trinitaire. 
27. Grand Commandeur du Temple.                                 
28. Chevalier du Soleil. 
29.Grand Ecossais de Saint André. 
30. Chevalier Kadosch. 
31. Grand Inspecteur Inquisiteur Commandeur. 
32. Sublime Prince du Royal Secret.              
33. Souverain Grand Inspecteur Général.

[6]Ibid. p. 19.

[7]Ibid. p. 100.

[8]Ibid. p. 109.

[9]Ibid. p. 121.

[10]Ibid. p. 121.

[11]Ibid. p. 123.

[12]Ibid. p. 124.

[13]Oswald WIRTH, La franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes, le compagnon. Ed Dervy Lassay-les-Châteaux, juillet 1999. P. 98 à 107.

[14]Oswald WIRTH, La franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes, le compagnon. Ed Dervy Lassay-les-Châteaux, juillet 1999. P. 47, 48.

[15]Oswald WIRTH, La franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes, le compagnon. Ed Dervy Lassay-les-Châteaux, juillet 1999. P. 74,75.

[16]Ibid. p.48. dessin ressemblant.

[17]Oswald WIRTH, La franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes, le maître. Ed Dervy, EMD S.A.S. septembre 2011. P.8.

[18]Oswald WIRTH, La franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes, le maître. Ed Dervy, EMD S.A.S. septembre 2011. P.74.

[19]Ibid. 136.

[20]Ibid. p.77

[21]Ibid. P.56

[22]Ibid. P.139.

[23]Oswald WIRTH, La franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes, le maître. Ed Dervy, EMD S.A.S. septembre 2011. P.23.

[24]Ibid p. 32, 33.

[25]Cyrille de Jérusalem, Les catéchèses, Ed Migne Les Pères dans la foi, Mayenne, septembre 1993.

[26]Arius prêtre d’Alexandrie en contact avec des gnostiques, nie la divinité du Christ, pour lui, le Christ n’est pas réellement à l’égal de Dieu éternel, infini et tout puissant. Cette position seracondamnée par le concile de Nicée en 325, ou un article du credospécifie bien : « Jésus-Christ est Fils unique du Père, engendré non pas créé, de même nature que le Père et que par lui tout a été fait. » Cependant cette hérésie durera encore jusqu’au concile de Constantinople en 381 où le credo trouvera sa forme actuelle. Mais l’arianisme perdurera chez les barbares : Goths, Ostrogoths, Wisigoths, Vandales, Burgondes et Lombards et se transmettra avec leurs invasions en Gaule, en Italie en Espagne et en Afrique du nord.  L’arianisme se terminera avec la conversion des Lombards au catholicisme au VIIème siècle.

[27]Cyrille de Jérusalem, Les catéchèses,  Ed Migne Les Pères dans la foi. Mayenne septembre 1993. (Catéchèses, 1, 12). p.348.

[28]Ibid. p. 320.

[29]Ibid. P.325.

[30]Ibid. 326.

[31]Père Eugène de l’Enfant Jésus, Je veux voir Dieu,  Editions du Carmel, Angers 3èmetrim. 1979.

[32]Ibid. p.129.

[33]Ibid. p.136.

[34]Saint Jean de la Croix, Montée du Carmel, Liv. I, ch.1, p. 27.

[35]Père Eugène de l’Enfant Jésus, Je veux voir Dieu,  p. 539. Editions du Carmel, Angers 3èmetrim. 1979.

[36]Saint Jean de la Croix, Cantique de la nuit, str. III-IV.