Spiritualité laïque et spiritualité chrétienne

« 63. La foi catholique de nombreux peuples se trouve aujourd’hui devant le défi de la prolifération de nouveaux mouvements religieux, quelques-uns tendant au fondamentalisme et d’autres qui semblent proposer une spiritualité sans Dieu[1]. »

Points de repères et de discernement

Définir en quelques mots ce qui relève de la spiritualité laïque est tout simplement impossible. Notre approche sera donc très partielle et aura pour point d’attention quelques éléments.

Tout d’abord, revenons à la définition et à l’étymologie. Spiritualité : ce qui concerne ici la spiritualité est relative à la vie spirituelle, à la vie de l’esprit. Cela peut aller de l’activité intellectuelle à la manière de pensée. En tous les cas, la racine latine est « spiritus. » Et il est intéressant de constater que cette même racine à donner respirer, inspirer, expirer. Comme si le souffle, la respiration, en lien avec l’air, l’élément le plus immatériel était l’interface entre le monde de la matière et le monde de l’esprit. D’ailleurs, le muscle le plus important de la respiration qui est au centre de notre corps, et qui forme le plancher de notre cage thoracique et le plafond de notre abdomen s’appelle le diaphragme ou, en langage médical, le « centre phrénique ». En grec phren veut dire, état d’âme, état d’esprit. C’est dire si les anciens avaient repéré qu’au centre de notre corps en lien avec la respiration, ce muscle était l’interface entre le soma, le corps et la psyché ou l’esprit. En français nous pouvons conjuguer le verbe expirer à la forme active j’expire, et non pas à la forme passive je suis expiré. Nous pouvons conjuguer le verbe inspirer à la forme active j’inspire, mais également à la forme passive, je suis inspiré. La question qui nous occupe ici est de savoir, qu’est-ce qui nous inspire ? Qui ou quoi nous inspire ?

Déjà, nous trouvons une différence essentielle entre l’Orient et la tradition judéo-chrétienne au sujet du souffle. En Orient, il s’agit de maîtriser l’énergie vitale qui circule dans le prana, comme le font les maîtres yogi par des exercices de pranayama ou yoga respiratoire. Le ki ou le chi des Chinois est cette énergie concentrée au centre de corps qu’il faut savoir maîtriser par des exercices ascétiques. Dans cette conception, le sommet de la vie spirituelle passera nécessairement par la maîtrise de ces énergies pour maîtriser son mental. Il s’agit de pratiques qui pourraient être considérées comme laïques, en ce sens qu’elles ne nécessitent pas de croyances particulières, mais une pratique assidue. Cependant si nous nous référons aux écrits ou paroles des maîtres nous constatons que tout un système de croyances y est attaché, une conception de l’homme et du monde, de la vie de la mort et de la vie après la mort sont indissociables des pratiques. Dans la Bible, le souffle « spiritus » en latin « pneuma » en grec et « rouah » en hébreux se reçoit de Dieu, il n’est donc pas maîtrisable. Cette simple remarque sur le souffle ou l’esprit permet d’envisager déjà des différences fondamentales quant aux différentes spiritualités. Continuer la lecture de « Spiritualité laïque et spiritualité chrétienne »

La confusion entre for interne et for externe, et les abus de pouvoir spirituels

Lorsque dans une communauté paroissiale, ou résidentielle, on favorise la fraternité, la solidarité dans la prière, le partage, la mise en commun, il est presque inévitable que beaucoup de choses qui relèvent de la vie privée, soient connues dans la communauté. C’est une grâce de partage qui exige discrétion, et confidentialité. Si celles-ci ne sont pas respectées, les conséquences peuvent être graves.

Il est donc indispensable que les prêtres, les laïcs en mission ecclésiale, et ceux qui collaborent au suivi pastoral des personnes, connaissent bien les enjeux du secret, de la discrétion, du respect de la vie privée, et de la défense des personnes vulnérables. Non seulement vis-à-vis de la communauté et des croyants individuels, mais aussi vis-à-vis des autorités. Ce sont des questions importantes qu’il faut approfondir si l’on veut éviter que les abus et les déviances se multiplient.

Un exemple : le livre La déontologie des ministères ecclésiaux (Ed. du Cerf, 2007), un ouvrage publié à l’initiative du Groupe des canonistes francophones de Belgique. On y trouve un chapitre éclairant qui cite dix règles déontologiques des fonctions ecclésiales : 1. Principe général : respect de la dignité des personnes. 2. Devoir de loyauté. 3. Devoir d’exemplarité. 4. Obligation de dignité. 5. Obligation de réserve. 6. Incompatibilités diverses. 7. Devoirs de collaboration et de confraternité. 8. Devoir de conseil. 9. Devoir de formation permanente. 10. Devoir de discrétion et secret professionnel.

C’est ce dernier point que nous voulons aborder ici, en examinant plus profondément la question de la confusion du for interne et du for externe, et de la porte qu’elle ouvre vers les abus spirituels, qui se révèlent suffisamment présents pour qu’on doive y réfléchir.

1. For interne, for externe, la notion la plus détestée des gourous

For externe, for interne, de quoi s’agit-il ?

Cette notion est fondamentale pour le discernement d’une vocation, et pour la vie spirituelle en général. Le for externe est ce que nous faisons au regard de la société, des autres, et dont nous devons rendre compte. Le for interne concerne notre vie privée, la plus intérieure, celle que l’on partage à un accompagnateur spirituel quand il s’agit de notre relation à Dieu, (parfois à un confesseur), en tout cas sous le sceau de la confidence et devant rester en « for interne », c’est-à-dire ne pouvant être communiqué à des tiers sans notre accord. Continuer la lecture de « La confusion entre for interne et for externe, et les abus de pouvoir spirituels »

Gender et mariage homosexuel, revendication légitime ou retour au mythe de l’androgynie ?

L’assemblée nationale a adopté mardi 21 janvier 2014 un amendement supprimant du droit français le terme « en bon père de famille », Cette expression, présente encore dans plus d’une dizaine de textes de loi datait, dans le code civil, de 1804. Cet amendement a été soutenu par l’ensemble des députés EELV au nom de « l’égalité entre les hommes et les femmes, dans tous les aspects, aussi bien humains que sociaux ».

Pour ces députés, l’expression est « discriminatoire vis-à-vis du genre, qui sous-entend que la femme n’est pas capable de gérer ». Ils estiment que ces termes font « l’amalgame entre un lien affectif, éducatif, et la notion de bonne gestion, ce qui n’a rien à voir ».

Les députés dénoncent une expression « désuète » qui rappelle une tradition patriarcale.

Point intéressant, l’égalité aurait voulu que la notion de bon père de famille soit remplacée par la notion de « bon père et bonne mère de famille ». Mais l’amendement proposé a préféré faire disparaître cette notion. Il n’y a donc plus de notion de père, plus de notion mère. Les autres articles de cette loi ne laissent aucun doute : derrière ces arguments pseudo-égalitaires, il s’agit bien d’une nouvelle attaque dont l’objectif est de détruire tout ce qui touche à la famille traditionnelle.

À défaut de pouvoir changer le réel, le législateur essaie de promouvoir « l’égalité des sexes », pour tenter de forcer une société qui ne la réalise pas spontanément. Pour ces gens-là la solution est simple : Si le réel ne correspond pas à leurs fantasmes, il faut changer le réel. « Il faut changer la vie » était déjà le slogan de Mitterrand dans sa campagne de 1981. Ce slogan était tiré d’une saison en enfer de Rimbaud, tout un programme ! Continuer la lecture de « Gender et mariage homosexuel, revendication légitime ou retour au mythe de l’androgynie ? »

Les « bons fruits », critère ultime de discernement ?

En brève introduction, nous pouvons rappeler que plusieurs Communautés nouvelles ayant vécu un développement pléthorique ont eu des fondateurs déviants; et que de nombreuses grâces ont été reçues dans des lieux d’apparitions mariales problématiques ou récusées par les évêques… Comment faut-il comprendre ce phénomène apparemment contradictoire, et comment l’interpréter ? Un argument fréquemment invoqué est celui des « bons fruits »…

On affirme ainsi que, même si le fondateur est corrompu, la communauté est bonne, puisque le nombre important de membres et les œuvres florissantes l’attestent. Ou bien encore que la Vierge Marie est vraiment apparue, ou que le message transmis vient vraiment du ciel, puisqu’il y a de nombreuses conversions, guérisons, vocations, à la suite de pèlerinages dans ce lieu.

Mais est-ce suffisant pour résoudre le problème posé par une origine problématique parce que corrompue ? Dans un premier temps, nous allons examiner de plus près quelques paroles de Jésus sur les « fruits ».

1. Le fruit du disciple

La première affirmation de Jésus à prendre en compte se trouve dans l’allégorie de la vigne en Jean 15, 4-5.8 : « Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut de lui-même porter du fruit s’il ne demeure pas sur la vigne, ainsi vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. Je suis la vigne ; vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car hors de moi vous ne pouvez rien faire. C’est la gloire de mon Père que vous portiez beaucoup de fruit et deveniez mes disciples. »

C’est donc lui, Jésus, qui nous fait porter le fruit véritable. Ce fruit est celui du disciple. Jésus nous demande simplement de « demeurer en lui ». Cette affirmation toute simple a des conséquences tout aussi simples pour notre vie en Église. En effet, subrepticement, la place première et centrale de la personne de Jésus peut être « squattée » de multiples façons, et différentes réalités peuvent s’immiscer entre Jésus et nous-mêmes, jusqu’à produire dans certains cas un écran opaque qui va créer une dérive.

En voici quelques exemples.
Une autre personne : un fondateur, une voyante, des messagers qui prétendent recevoir des locutions ou paroles du ciel, des prédicateurs à la mode (en retraites ou en rassemblements)…
> Une doctrine : l’enseignement d’un fondateur, les messages de voyants
Un moyen aboutissant à un système : une inspiration communautaire, une intuition de développement personnel, une pédagogie d’évangélisation
Un lieu-phare : lieux de possibles apparitions mariales, de retraites spirituelles prisées
Un courant spirituel marqué par des phénomènes extraordinaires …

Continuer la lecture de « Les « bons fruits », critère ultime de discernement ? »

Surnaturel ou paranormal ?

CONTENU

Une triple problématique : charismes, révélations privées, pouvoirs occultes.

Mises en situations actuelles : Vassula, Arnaud et Jean, les Cénacles de Vallet, Marie Grèze, Patricia Darré...

Éléments de discernement sur les charismes.

Éléments de discernement sur les pouvoirs occultes.

Éléments de réponse à la question : surnaturel ou paranormal.

Conclusion

1. Une triple problématique

La tentative de discernement sur laquelle nous allons travailler se situe à l’intérieur de la foi. Je vais donner trois lieux spécifiques pour en montrer la nécessité.

1. Depuis les débuts de l’Église, les charismes existent ; mais depuis 50 ans, certains d’entre eux sont réapparus massivement, ceux qui sont mentionnés dans les Actes des Apôtres, et énoncés par Saint-Paul dans le passage bien connu de 1 Corinthiens 12 ; c’est à travers le courant du renouveau charismatique que de nombreuses personnes ont fait l’expérience d’accueillir et d’exercer ses charismes. Saint-Paul encourage leur exercice, à travers la phrase bien connue : « N’éteignez pas l’Esprit Saint, ne dépréciez pas les dons de prophétie ; mais vérifiez tout ; ce qui est bon retenez-le. » (1 Th 5, 19) Paul encourage, mais il appelle aussi au discernement : « Vérifiez tout : ce qui est bon retenez-le. »

S’il faut retenir ce qui est bon, cela veut dire que dans l’exercice des charismes, il y aura aussi des choses moins bonnes. Et il est vrai qu’à travers les vagues successives du renouveau, on a assisté à une certaine mainmise sur les charismes qui a été la source de déviances. La question se pose donc de savoir si l’exercice de tel ou tel charisme prophétique, de guérison, de repos dans l’esprit, provient d’une source pure où se trouve polluée par trop d’éléments du psychisme humain, voire contaminé par des réalités occultes.

2. Depuis toujours, dans l’Église, des personnes prétendent avoir des révélations privées provenant de Jésus ou de la Vierge Marie. Dans certains cas, l’église fait tout un travail de d’appréciation et de discernement des messages qui sont transmis ; cela peut aller jusqu’à une sorte de reconnaissance officielle : je pense notamment à Marguerite Marie Alacoque à Paray-le-Monial (fête du Sacré-Cœur), ou à sœur Faustine Kowalska a à Cracovie (fête de la Divine Miséricorde), ces deux révélations privées allant donc jusqu’à provoquer une célébration dans le missel Romain.

Mais en fait, il existe une floraison une multitude de publications, conférences, de revues, qui font état de messages reçus d’en-haut, et mis ainsi directement à disposition du public sans aucun discernement. C’est le lieu de nombreuses malversations et les critères d’un véritable discernement sont rarement appliqués. Il en résulte à l’intérieur du peuple de Dieu l’existence d’une pente savonneuse de crédulité, celle-ci se situant trop souvent dans la continuité de l’acte de foi. Confondre l’acte de foi objectif en des réalités qui par ailleurs sont soigneusement passées au tamis de l’analyse critique de la raison, et la crédulité qui consiste à accorder crédit à toutes sortes de messages pourvu qu’ils soient étiquetés spirituels et divins, devient monnaie courante chez les chrétiens.

Si certains moyens pour recueillir et transmettre ses messages sont repérables comme provenant d’une origine occulte (par exemple l’écriture automatique, ou encore la sensibilité médiumnique), la plupart du temps il est impossible de discerner facilement l’origine de telle ou telle révélation. C’est pourquoi la porte reste largement ouverte à un flou artistique dont le spectre peut aller des pieuses pensées émises par écrit jusqu’aux compositions élaborées fabriquées de toutes pièces. Seule une étude approfondie des messages, et aussi autant que possible qu’une connaissance des personnes qui les reçoivent, peuvent permettre de se prononcer de façon décisive.

3. Depuis toujours, deux domaines de réalités occultes sont florissants.
– Celui de la fausse guérison. De très nombreuses personnes demandent le service d’un soulagement de leurs souffrances à des gens dont ils pensent qu’ils ont un don venant de Dieu, mais qui se révèle être un pouvoir occulte. La conjuration magique des maladies, en particulier des brûlures, mais aussi le magnétisme guérisseur, sont deux domaines où la plupart des chrétiens, y compris les prêtres, baignent dans une très grande confusion. Les thérapies alternatives et les propositions de bien-être peuvent être instrumentalisées par ces réalités occultes de la fausse guérison.

– Un autre domaine est celui de la fausse connaissance des choses cachées, concernant la vie des personnes ou la vie du monde, qui se révèle être de la divination et de la médiumnité occultes, alors que la plupart des personnes pensent qu’il s’agit de prophétie ou de psychologie très affinée. Ajoutez à cela la profusion d’anges, de guides spirituels, d’esprits, ou d’âmes errantes dont on prétend recevoir des lumières dites spirituelles… Nous naviguons donc en pleine confusion, et nous allons essayer de proposer quelques critères de discernement. Continuer la lecture de « Surnaturel ou paranormal ? »

Trouver la juste place de la guérison dans la marche vers la sainteté

CONTENU

La recherche des blessures est-elle inscrite dans l’Évangile ?

= Jésus est un homme blessé

= Jésus n'a jamais parlé de ses blessures

= Jésus regarde les hommes : des enfants de son Père, quel que soit leur état corporel et psycho-relationnel.

= La recherche des blessures risque donc de détourner gravement les personnes du chemin habituel de la vie spirituelle.

= Ne faut-il pas accueillir aujourd’hui ce message de l’Évangile sur la guérison des blessures ?

Une santé psychique équilibrée serait-elle nécessaire pour une vie spirituelle heureuse ?

= Pourquoi une telle importance accordée aux blessures comme si la sainteté exigeait leur guérison ?

= Vouloir découvrir les blessures à tout prix, et se focaliser sur leur guérison… n’est-ce pas une inversion du mouvement de la vie spirituelle ?

= L’accompagnement spirituel ne risque-t-il pas de glisser alors vers la psychothérapie ?

La sainteté est le fruit d’une vie spirituelle autonome, elle n’exige pas la guérison des blessures psychiques

= Par sa vie psychique, l’homme s’affirme sujet se réalisant lui-même au sein du monde et de l’humanité.

= On ne peut admettre que la vie spirituelle chrétienne puisse être déterminée de quelque manière par la vie psychique. 

= La vie spirituelle est donc radicalement autonome par rapport à la vie psychique.

La recherche des blessures est-elle inscrite dans l’Évangile ?

= Jésus est un homme blessé

La Révélation nous dévoile le Dieu Trinité, Père, Fils et Esprit, et elle nous découvre le visage de l’homme juste en ce monde, celui de Jésus, vrai Fils de Dieu : c’est le visage d’un homme blessé dont les blessures ne seront pas guéries.

« Voici l’homme ». Devant Pilate, Jésus est le Fils de Dieu fait homme au terme de son cheminement parmi nous. Il est le juste en qui nul mal ne fut trouvé, l’homme vrai qui assume son insertion dans l’histoire. Il est la Vérité, telle qu’elle est présente en notre monde. Et c’est un homme blessé qui est ainsi devant Pilate, un homme dont les blessures ne seront pas guéries. Le Fils de Dieu qu’il est n’en est pas exempté : il est vrai homme. En vrai Fils de Dieu qu’il est, il nous montre simplement le chemin, c’est-à-dire comment un fils de Dieu vit en homme blessé si bien que l’Esprit répandu dans nos cœurs nous invite à nous comporter comme lui lorsqu’à notre tour nous sommes blessés.

« Voici l’homme ». Qui parcourt le chemin de l’existence se retrouve toujours de quelque façon blessé car les blessures sont inévitables ici-bas. Mais il est de la vocation de l’homme de vivre ces blessures en enfant du Père, donc comme le Fils qui, crucifié, manifeste que ces blessures ne l’empêchent pas d’aimer ses frères humains, même ceux qui le blessent. À son tour, il prend le chemin de la glorification. Continuer la lecture de « Trouver la juste place de la guérison dans la marche vers la sainteté »

Ambiguïtés de la recherche contemporaine de guérison intérieure

CONTENU

Une recherche qui s'enracine dans le new-Age

Une recherche qui s'enracine dans la psychologie transpersonnelle

Une mise en forme similaire dans la psycho-spiritualité catholique

La question du charisme de guérison et des sacrements de guérison

Comparons avec les Exercices Spirituels ignaciens

Le risque de remplacer la conversion par la guérison dans l'évangélisation

 

Nous sommes, depuis quelques décennies, en face d’une quête massive de guérison, et il ne faut pas trop vite la mépriser : elle a toujours existé sous des formes diverses, comme le montrent les prières adressées à la Vierge Marie ou à des saints. Mais est-ce que la guérison recherchée aujourd’hui est regardée comme un signe de Dieu qui provoque à la conversion, est-ce qu’elle est le signe de la miséricorde de Dieu ; ou est-ce qu’elle est un but en soi, la condition sine qua non pour avancer dans la vie spirituelle ? Car alors, Dieu est mis à notre service.

Jésus a guéri de nombreux malades de toute sorte, mais ce qu’il leur propose, c’est la foi. Et quand certains d’entre eux s’arrêtent à la guérison, il est déçu. Les guérisons qu’il a accomplies sont des signes de ce qu’il apportait, des signes du Royaume présent parmi nous. Il n’est pas venu pour être le thérapeute super-puissant à bon marché ! Il annonce le Royaume, il annonce son Père et il donne quelques signes sur le chemin, comme les guérisons.

Pourquoi ce surgissement dans l’Église, d’une recherche de guérison ? Pourquoi des méthodes diverses inédites pour les provoquer ? Réfléchissons en fonction du contexte.

Une recherche qui s’enracine dans le Nouvel Age

Première surprise : si l’on consulte le Dictionnaire de Spiritualité on constate que le terme « guérir » « guérison intérieure » en sont absents. Ce n’est donc pas du côté de la tradition spirituelle catholique qu’il faut chercher la source de l’engouement pour la guérison. Par contre, si l’on recherche sur Internet « guérison spirituelle » on récolte des informations surabondantes, le plus souvent dans un contexte ésotérique. Continuer la lecture de « Ambiguïtés de la recherche contemporaine de guérison intérieure »

Gnose, foi, et psychologie

Dans un commencement Dieu a créé le monde visible et invisible par sa Parole.

« Et Il vit que cela était bon. » Gn 1

« Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il les créa, homme et femme il les créa. » Gn 1,27.

« Et il vit que cela était très bon. » Gn 1, 31.

Tous les mots de la Genèse comptent, or chacun de ces mots est contesté par la gnose et les gnostiques.

Commencement, Bereshit en hébreu, Dieu crée le monde ex nihilo c’est-à-dire à partir de rien. Les gnoses donnent d’autres explications et contestent cette création de Dieu.

Dieu a créé. Les gnostiques disent que ce n’est pas Dieu qui a créé le monde, mais un démiurge indifférencié qui l’a organisé.

Par sa Parole. Pour la Bible, la Parole de Dieu est créatrice, à l’origine de toute création, et salvatrice en Jésus-Christ. Cette conception est contestée et même combattue par les gnostiques.

Homme et femme créés à l’image et à la ressemblance de Dieu.

Cela est bon. Pour eux la création n’est pas bonne, elle est la conséquence de la chute de l’esprit dans la matière

Et le serpent arrive. « Le plus rusé de tous les animaux des champs» Gn 3,1.

« Alors il dit à la femme. »

Avec qui voulons-nous engager le dialogue ?

Ce dialogue est fait de subtilités, qu’il s’agit de détecter dès le début. Le serpent est maître en subtilité mensongère, il fait dire à Dieu :

« Alors Dieu a dit : vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin ? » Gn 3, 1.

Dieu en réalité avait dit : « Tu peux manger de tous les arbres du jardin. Mais de l’arbre de la connaissance du bien et du mal tu ne mangeras pas, car le jour où tu en mangeras, tu mourras. » Gn 2,16.

La femme répondit au serpent. Et là est le drame, il ne faut pas écouter le serpent et il faut encore moins lui répondre, car il est le maître de l’embrouille. Continuer la lecture de « Gnose, foi, et psychologie »