Que sait-on de la biodanza ?

La Biodanza, « Danse de la vie », est présentée comme une méthode de développement basée sur « un ensemble d’exercices et de musiques spécialement étudié pour réhabiliter l’élan vital et la joie de vivre »[1]. Elle se distingue cependant d’autres pratiques d’expression corporelle visant l’épanouissement personnel par l’importance de la théorie pseudo-scientifique élaborée à partir de la vision anthropologique personnelle du fondateur.

Définition(s)

Sur le site officiel du mouvement international :

« La Biodanza est un système d’intégration humaine, de rénovation organique, de rééducation affective et de réapprentissage des fonctions originaires de la vie. Sa méthodologie consiste à induire des vivencias intégrantes au moyen de la musique, du chant, du mouvement et de situations de rencontre en groupe. »

Une deuxième définition, « définition actuelle » se voulant scientifique, figure sur plusieurs sites français :

« un système d’accélération des processus intégratifs au niveau cellulaire, immunologique, neuroendocrinien, métabolique, hormonal, cortical et existentiel » (Rolando Toro, 2009).

 

Historique

Son créateur, Rolando Toro Araneda, est né en 1924 au Chili. D’abord professeur de l’enseignement élémentaire, il se forme ensuite à l’École de Psychologie du Chili, et tient la chaire de Psychologie de l’Art et de l’Expression à l’Institut d’Esthétique de l’Université Pontificale du Chili. Professeur au Centre d’Anthropologie Médicale de l’école de médecine de l’Université du Chili, il fait des recherches sur l’inconscient et les états d’expansion de conscience.

Autour de 1970, il élabore une méthode qu’il expérimente dans le cadre de l’hôpital psychiatrique de Santiago. Basée sur la musique, le mouvement et la danse, se pratiquant en groupe, en lien affectif avec les autres participants, cette méthode fut d’abord appelée « Psychodanse », puis rebaptisée « Biodanza » en 1977, afin d’être diffusée au grand public.

Jusqu’à sa mort, en 2010, Rolando Toro poursuivra ses recherches, étendant les domaines d’utilisation de la Biodanza, devenue aujourd’hui le système de Biodanza™, et développant le nouveau concept d’Éducation Biocentrique pour faire face aux difficultés du monde moderne.

Organisation

D’abord développée au Chili et au Brésil, la Biodanza est aujourd’hui pratiquée dans une quarantaine de pays, principalement en Amérique et en Europe où elle s’est beaucoup développée depuis une dizaine d’années.

Les écoles de Biodanza sont coordonnées et administrées par l’International Biocentric Foundation (IBF), structure créée par Rolando Toro Araneda qui en a été le président jusqu’à son décès en 2010. Le président actuel est Sergio Cruz. Un Conseil directeur permanent de onze membres a pour fonction de conserver le Système Biodanza.

L’IBF est une « entreprise privée à caractère partagé », son siège social est à Dublin. La fondation est propriétaire de la marque déposée Biodanza et gère l’enregistrement dans le monde de la marque Biodanza (elle est déjà enregistrée dans une quarantaine de pays) ainsi que l’ouverture des écoles de formation à la Biodanza et la nomination de leurs directeurs.

Les professeurs (facilitateurs) des écoles de Biodanza doivent avoir suivi la formation : cursus de trois ans, dont un an de pratique, qui s’achève par la soutenance d’un mémoire devant un jury. Le diplôme doit être validé par l’IBF.

Les professeurs des écoles de Biodanza ne sont pas des franchisés, ils ont une autonomie économique, mais ils sont tenus de se conformer à la méthode « afin de conserver l’intégrité du modèle » et doivent s’acquitter d’une cotisation annuelle à l’IBF.

Ces conditions sont formalisées dans un contrat signé entre les directeurs d’école et l’IBF qui fixe également la cotisation annuelle des écoles (1 000 € pour les écoles d’Europe).

En France, les professionnels de la Biodanza sont regroupés en une Fédération (FPB).

Principes et concepts

La vivencia[2]

Concept et outil fondamental, la vivencia désigne la séance de Biodanza, d’1 h 30 à 2 heures, « expérience vécue avec une grande intensité dans l’ici et maintenant, avec une qualité ontologique (qui se projette sur toute l’existence), selon des adeptes,

C’est à travers les vivencias que se perfectionnerait l’unité neurophysiologique et existentielle de l’être humain. Les participants travaillent au développement de leur potentiel qui s’exprimerait, selon Rolando Toro, à travers cinq fonctions universelles (Lignes de Vivencia) :

  • La vitalité : basée sur l’instinct de conservation, elle a pour but d’augmenter la joie de vivre, de diminuer le stress.
  • La sexualité : elle est liée à l’instinct de reproduction et a pour but d’éveiller le désir, d’augmenter le plaisir.
  • La créativité : permet de développer les capacités de création, d’explorer de « nouveaux horizons », mais aussi de pouvoir révéler sa « vraie personnalité » et d’apprendre à s’opposer à l’ordre établi par la société.
  • L’affectivité : elle a pour origine l’instinct grégaire. Elle vise à restaurer le lien entre les hommes, l’altruisme, la bonté.

La transcendance : développe le besoin de fusion avec l’univers.

Des séries d’exercices et des mouvements libres, permettraient ainsi de retrouver la confiance en soi, l’ouverture aux autres, de favoriser la spontanéité, d’exprimer ses émotions, de dénouer des tensions…

Le principe biocentrique

« Le principe biocentrique provient d’une intuition que l’univers est organisé en fonction de la vie et propose une reformulation de nos valeurs culturelles qui a comme référence le respect pour la vie, » […] « Selon le principe biocentrique, l’univers existe parce que la vie existe, et non le contraire. » Ce principe est à la base de l’éducation biocentrique, cette « nouvelle pédagogie de l’art de vivre »

L’inconscient vital

Cette notion, propre à Rolando Toro, viendrait compléter celles d’inconscient personnel de Freud et d’inconscient collectif de Jung, avec un aspect biologique :

« J’ai défini le concept « d’inconscient vital » comme une proposition qui fait référence au psychisme cellulaire. Il existe une forme de psychisme des organes, des tissus et des cellules qui obéit à un « sens » global d’autoconservation. »

« L’inconscient vital se nourrit de la mémoire cosmique et organise la matière (chaînes de protéines, systèmes organiques) sur la base d’une programmation présumée qui peut ou non générer des systèmes organiques stables. Les modèles d’auto-organisation qui génèrent des systèmes vivants capables de se reproduire sont assez stables. »

« La Biodanza travaille spécialement avec l’inconscient vital, condition qui permet une action très efficace sur la couche plus profonde du système vivant humain. »

Pratique

La Biodanza s’adresse à tous les publics, aucune connaissance de la danse n’est nécessaire ; la finalité n’est pas d’apprendre des techniques (on ne parle pas d’école ou d’élève), mais d’être éduqué à l’art de vivre.

Les séances

Elles sont animées par un facilitateur qui propose des mouvements ou des exercices à reproduire, ou dont on peut s’inspirer pour laisser libre cours à l’imagination.

Une séance débute par un débriefing de la séance précédente, L’expression des émotions ressenties ne doit pas donner lieu à des analyses ou des interprétations par les facilitateurs qui ne doivent pas se substituer à un psychothérapeute. Après cette prise de parole, le cours se poursuit en silence. Les facilitateurs expriment ensuite leurs consignes sous forme de métaphores avant d’en faire la démonstration. À partir de ces figures, les danseurs donnent libre cours à leur imagination en improvisant des chorégraphies en solo ou en groupe. La séance commence (et souvent se termine) par une ronde, tous les participants se donnent la main.

La musique et la danse

La Biodanza propose environ 250 exercices (ou danses) non pas composés d’une série de pas à apprendre, mais vivenciels, induits par l’effet de la musique et de la poétique de la présentation de la danse.

Pendant la pratique de la Biodanza, la musique se transformerait en mouvement corporel, c’est-à-dire qu’elle « s’incarnerait » et le danseur entrerait en vivencia. La combinaison musique-mouvement-vivencia déclencherait des changements physiologiques et dans les neurotransmetteurs.

La musique est rigoureusement sélectionnée pour stimuler les écofacteurs liés aux 5 besoins fondamentaux. Tous les styles de musique sont utilisés, suivant une progression, incitant soit à la sérénité soit au défoulement. Si le groupe est prêt, la musique amènera à des régressions, voire des transes pouvant aboutir à des états d’expansion de conscience.

Le groupe

Le groupe est présenté comme le vecteur indispensable de l’évolution personnelle de chacun et de tous. Le groupe est constitué des mêmes participants d’une séance à l’autre. Encadré de facilitateurs attitrés, il constitue « une matrice bienveillante et permissive qui soutient l’expression identitaire ».

Les 7 pouvoirs de la Biodanza

Selon Rolando Toro, la Biodanza a des effets transformateurs sur l’organisme grâce à sept pouvoirs : « musical, de la danse intégrante, de la méthodologie vivencielle, de la caresse, de la transe, de l’expansion de conscience, du groupe. »

« Chacun d’eux a, en lui-même, un effet transformateur. Reliés en un ensemble cohérent, par un modèle théorique scientifique, ils sont un faisceau d’écofacteurs aux effets extraordinaires, capables d’influer y compris sur les lignes de programmation génétique. »

Pour R. Toro, les techniques thérapeutiques fondées sur la seule parole sont une tromperie. La connexion verbale est insuffisante. Le contact, la danse à deux ou collective et l’engagement corporels dans un contexte sensible sont nécessaires. Il parle ainsi du « pouvoir déflagrateur de la caresse »…

La transe, état régressif, permettrait de rééditer les conditions biologiques du commencement de la vie : « les exercices de transe en Biodanza permettent la reparentalisation, c’est-à-dire le « naître à nouveau », dans un contexte d’amour et de protection. De nombreux adultes portent en eux un enfant blessé, un enfant abandonné. La reparentalisation permettrait de prendre soin de lui dans des cérémonies de transe et de renaissance. »

« Matrice de renaissance » et « champ d’interaction très intense », le groupe est un élément fondamental du système Biodanza.

Applications et extensions de la biodanza

Elles sont nombreuses ! Le principe de base étant assez simple, la Biodanza peut s’adapter à des publics ciblés ou non, et s’associer à des projets artistiques ou autres. Certaines « extensions » ont des prétentions qui vont au-delà d’une recherche de mieux-être ou de la recherche de créativité. Quelques exemples :

  • Biodanza clinique : « c’est le système Biodanza utilisé comme médecine complémentaire pour des groupes spéciaux, des porteurs de troubles cliniques. », peut-on lire sur le site officiel du mouvement. Suit une liste des spécialités de la Biodanza clinique…

Ces affirmations non fondées scientifiquement incitent à la plus grande vigilance.

  • Biodanza pour les enfants, en famille, pour les enfants et les adolescents, pour les personnes âgées.
  • Biodanza et massage, Éducation au contact et massage Bio-intégrant.
  • Biodanza et tarots, Biodanza et YI-King, Biodanza et Néo-chamanisme.

Éducation biocentrique

La Biodanza serait l’outil privilégié d’une approche « biocentrique » de l’éducation qui met le respect de la vie et sa préservation au centre des préoccupations de chacun :

« La formation intellectuelle ou technologique est essentielle, mais l’éducation biocentrique propose de stimuler également les potentiels génétiques qui sont la structure de base de l’identité. Pour cela, elle utilise comme médiation la Biodanza qui permet l’expression de ces potentiels. Sa méthodologie est la vivencia. »

Parfois organisée au sein des écoles, la Biodanza peut s’adresser aux enfants de 3 à 10 ans. Il est souhaitable que les enseignants participent avec l’ensemble de leurs élèves, sans observateur extérieur. Mais les parents connaissent-ils les bases théoriques de cette pratique corporelle et le modèle de la société qu’entend promouvoir cette « éducation » ?

Cette extension de la Biodanza se développe depuis plusieurs années en Europe, en particulier à travers le Centre Pilote d’Éducation Biocentrique (CEBO) de Nantes, inauguré en 2009 par R. Toro lui-même et parrainé par Edgar Morin ; centre de développement de l’éducation biocentrique et de formation d’animateurs ou de formateurs. La formation en Éducation Biocentrique s’adresse aussi, par la formation continue, aux professionnels de l’éducation et de l’action sociale, qui pratiquent l’animation, la formation, l’accompagnement…

Le système biocentrique serait aussi valable pour les entreprises, considérées comme des organismes vivants en interaction avec leur environnement (humain et naturel). Aussi, est-il possible d’adapter les modèles créés pour la Biodanza : développement des liens entre collaborateurs, respect des collaborateurs et de l’environnement.

Mise en garde : « Danser la vie »… ou changer de vie ?

« Par les vivencias, une aventure cosmique commence dans laquelle on navigue avec une direction inconnue, vers des formes de vie optimisées. »

Peu à peu la Biodanza s’est diversifiée et a su s’adapter pour répondre à de multiples problèmes de nos sociétés développées. En réalité, la théorie de la Biodanza va bien plus loin que le simple épanouissement de la personne, son but est de changer le monde, comme l’écrivait R. Toro en 2008, dans un texte de référence, « Danser la vie » :

« La déformation de l’esprit occidental a eu son apogée, durant ce siècle, avec les plus grands attentats contre la vie humaine qu’a connu l’histoire. La pathologie de l’ego a été renforcée à l’extrême comme jamais auparavant. Pour soutenir cette pathologie, il y a les institutions gouvernementales, les idéologies politiques et éducationnelles. […] Notre action est donc une transgression ouverte des valeurs de la culture contemporaine, des consignes d’aliénation de la société de consommation et des idéologies totalitaires. »

Rolando Toro a peu à peu développé un modèle théorique très sophistiqué et une vision anthropologique tout à fait personnelle que son charisme naturel lui a permis de communiquer à des élèves devenus inconditionnels :

« L’éducation Biocentrique en une seule génération changerait la qualité du processus évolutif mondial. Grâce à une approche holistique de la culture, il suffirait d’une génération pour préparer les hommes à la plénitude », selon Alain Lucas, responsable du CEBO.

Il ne s’agit donc pas seulement de « danser la vie »… mais aussi de changer ses valeurs pour entrer dans une nouvelle vision de l’homme et de l’univers.

À travers ses diverses applications et extensions, la Biodanza est aussi devenue un véritable système aux prétentions de plus en plus larges : scientifiques, philosophiques, médicales, éducatives, économiques,… mais aussi ésotériques. Nul doute que le fondateur et sa Fondation, qui détient la marque, ont su combiner leur intuition et leurs convictions à un solide sens des affaires.

Il importe d’être prudent face à une offre de développement et d’épanouissement certes séduisante, apparemment simple et spontanée, qui n’est en réalité que la partie visible d’un système « éducatif » très structuré. Les prospectus présentent la Biodanza comme une activité de loisir et de détente, elle n’est pas que cela.

Avec la Biodanza on est dans l’instant présent, au sein d’un groupe fusionnel (il est fortement conseillé de n’appartenir qu’à un groupe), la communication ne passant que par la gestuelle et le contact (il est interdit de verbaliser durant les séances, la réflexion et l’analyse ne sont pas les bienvenues), chacun serait libre de s’affirmer, sans peur et sans pudeur. On ne peut cependant pas exclure que s’installe une dépendance au groupe, que des pressions s’exercent subtilement provoquant des sentiments de culpabilité ou de violation de l’intimité.

Pour la psychologue sud-africaine Elma Maree, « si le principe de faire tomber les barrières et de libérer les émotions est sain, traduire un désir universel d’amour et d’affirmation dans une expression physique, potentiellement sexuelle, devient manipulateur et même nuisible. »

Revue de l’UNADFI, Bulles n° 134, 2° trimestre 2017.

[1] Toutes les citations de l’article proviennent de sites internet du mouvement ayant le label « Biodanza Systema Rolando Toro »

[2] Terme espagnol, inventé par l’écrivain José Ortega y Gasset en 1923, pour traduire le vocable allemand « erlebnis » (l’expérience vécue).

La biodynamie

« Écologie profonde »,

ou gnose anthroposophique avançant masquée ?

Écho d’un New Age, « trahison du projet anthropologique de toute notre civilisation »  

La biodynamie, conçue il y a près d’un siècle par R.Steiner, philosophe occultiste, est l’avatar agricole de sa  « science spirituelle » l’ Anthroposophie . Très tôt implantée en Allemagne, elle a démarré en France en 1925, et connaît à l’heure actuelle un fort développement, notamment en viticulture, y compris dans les domaines les plus prestigieux.

Le texte suivant s’interroge sur l’efficacité réelle de ces pratiques, sur l’ignorance médiatique de leurs aspects ésotériques, et sur les risques de la progression d’une idéologie New Age masquée de multiples façons. Propos illustrés par le cas d’une célèbre vedette écolo-médiatique.

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La biodynamie a connu une certaine actualité lors de la nomination de Mme Nyssen au Ministère de la Culture. Quelques années plus tôt s’était ouverte en Arles –aux côtés d’une école hors contrat dirigée par un anthroposophe– une sorte d’« université » privée, vouée à favoriser la diffusion1 de la biodynamie, au titre des méthodes alternatives de l’agro-écologie, tout en accueillant des producteurs désireux d’expérimenter sur de grands espaces. Plusieurs biodynamistes membres haut placés du Gœtheanum 2, étaient cités comme source de cette initiative.

OR LE CARACTÈRE ÉSOTÉRIQUE DE LA BIODYNAMIE EST INDISCUTABLE.

Elle est née des relations affirmées de Rudolph Steiner avec les mondes « supra-sensibles » et la supposée base de données occultiste de l’Akasha. Sans relater aucune expérimentation préalable, il prescrivit aux agriculteurs des préparations à utiliser sous forme de fortes dilutions « dynamisées», après avoir été « trans-substanciées »- dans les organes animaux les plus improbables, corne de vache, vessie de cerf, crâne d’animal domestique et autres, puis enterrées six mois. Il s’agissait de capter les forces vitales (éthériques et astrales) qui se matérialiseraient dans le calcium sous l’influence de la Lune, et dans la silice sous l’influence de Saturne. L’équilibre du sol serait restitué par des fumures chargées de forces spirituelles cosmiques grâce aux fameuses préparations. Les forces vitales se concentreraient dans l’azote et l’oxygène, mais « Steiner n’a pas été exhaustif sur ce sujet ». Je ne peux aller plus loin dans l’exposé de cette approche anthroposophique confuse, dont les adeptes eux-mêmes reconnaissent que le Maître leur a laissé des énigmes sur les arrière-plans spirituels des préparations comme sur la justification des « enveloppes animales ». Ils ignorent encore quelle planète favoriserait réellement la destruction des nuisibles traités par pulvérisation de leurs propres cendres, comme recommandé par les Textes.

UNE EFFICACITÉ INCROYABLE ?

Des résultats d’une « efficacité »  incroyable sont diffusés par le MABD (Mouvement d’Agriculture Biodynamique). En quelques mois la composition chimique et la structure des sols seraient magiquement améliorés dans des proportions considérables, après traitement par les «préparations» fortement diluées.

Plusieurs études universitaires américaines ont, depuis plusieurs années, récusé ces résultats, niant à la méthode un quelconque avantage sur une culture biologique bien conduite. Comme ex-pharmacien industriel, ayant des compétences en essais comparatifs contrôlés, je peux également mettre en doute ces effets, leur protocole exact n’étant pas diffusé. D’autres essais sont réalisés en Allemagne, mais sous le contrôle exclusif de la société anthroposophique. A toutes fins utiles sans doute, le MABD a reconnu une liste impressionnante de causes d’échecs, ce qui laisse déjà deviner l’aspect aléatoire de sa technique. Les échecs seraient dus aux circonstances planétaires, mais aussi à l’influence de l’agriculteur ou de l’observateur… en référence à la physique quantique.

Confirmant le peu de crédibilité des résultats présentés par les anthroposophes, plusieurs chambres d’agriculture françaises ont récemment mis en route des essais portant sur plusieurs années, et destinés à tester, en viticulture, l’éventuel avantage de la biodynamie sur une bonne culture biologique. Pour une méthode « révélée  par les dieux (sic)» il y a près d’un siècle, c’est pour le moins troublant. Alors même que fleurissent les formations officielles et que l’anthroposophie dispose déjà d’une fondation reconnue d’utilité publique pour son développement.

DES MÉDIA SANS CURIOSITÉ ou HYPNOTISÉS ?

Sur ce sujet, il semblerait que le moindre esprit critique ait déserté les média3 comme les autorités spirituelles. Serait-ce l’effet de la prétendue « spiritualité » de la biodynamie, la qualité de (certains) vins biodynamiques ou l’influence rassurante de personnages aussi médiatiques qu’un Pierre Rabhi devenu une star incontournable ? (j’y reviens plus bas). Faut-il croire que les journalistes, abusés, hésitent ensuite à contredire leurs précédents jugements, enthousiastes (comme Télérama) ou au moins dénués de la plus élémentaire curiosité ?

Quant aux média religieux, à part l’accueil très favorable du Père Auzenet (de la « Pastorale Nouvelles croyances, dérives sectaires » du Mans, dont le site a recommandé mon travail), je suis réellement surpris de l’absence de réactions de « La Croix », de la radio catholique RCF, et d’autres, ne tarissant pas d’éloges sur la viticulture biodynamique. Il est vrai qu’en 1999, Mgr Jean Vernette (chargé des sectes et nouveaux mouvements religieux), avait manifesté « respect et distance » envers cette anthroposophie, qu’il qualifiait « de gnose intelligente », en estimant que ses applications, (dont la biodynamie !), étaient « tout à fait novatrices ». En fait, son jugement concernait (c’est un autre aspect du problème4) essentiellement les écoles Steiner-Waldorf, alors soupçonnées de sectarisme et il n’avait visiblement guère d’informations sur la biodynamie.

INFILTRATION MASQUÉE CROISSANTE.

Diffusion de connaissances fausses sous alibi scientifique, la biodynamie apparaît souvent sous différents masques : Rudolph Steiner n’est plus un philosophe occultiste transfuge de la Théosophie, mais seulement un philosophe ; la qualification antinomique de son étrange science spirituelle se travestit en spiritualité laïque5, termes aussi injustifiés que les précédents ; la biodynamie, noyée dans une obscure agro-écologie, est fort peu exposée sous ses aspects ésotériques : les préparations, utilisées très diluées, sont présentées à tort comme relevant de l’homéopathie ; leur composition magique, rarement évoquée, est rapportée à des savoirs traditionnels ; les influences cosmiques ne relèveraient que de l’influence lunaire bien connue des anciens ; et les révélations de Steiner seraient issues de la phénoménologie de Goethe. Plus jamais on n’entendra cet aveu, dans les années 70, d’un des pionniers de la biodynamie en France, Xavier Florin : [le biodynamiste] « collera mieux à la terre et au ciel. Bref il s’exercera à redevenir toujours plus un paysan du Nouvel Âge ».

Enfin, comble de confusion, c’est au nom de la liberté d’expression qu’une pétition européenne dépassant le million de signatures, réclama, avec des personnalités écologiques, « l’opportunité de choisir des produits et des services anthroposophiques » au moment où les européens tentèrent de classifier et contrôler à juste titre les préparations biodynamiques, pour eux de simples « bio-stimulants ».

Ce serait manquer de compassion6 que de considérer comme un succès stratégique d’infiltration la création par Mme Nyssen de l’École du Domaine du Possible, présentée à l’origine comme devant appliquer diverses pédagogies alternatives, mais dont la direction fut confiée à un anthroposophe bien connu7, la déclarant « ancrée dans la pédagogie des écoles Steiner ».

Certes, mais peut-on ignorer que c’est bien un personnage public, notre Ministre de la Culture, qui ouvrit deux établissements à l’emprise anthroposophique, jusqu’à envisager d’y installer une école de danse anthroposophique, l’« eurythmie », assortie de cours de « formation de la pensée » et de « culture de la vie intérieure », confiés à des anthroposophes de haut niveau ?8

FAIRE RÉFLÉCHIR L’OPINION.

Nous sommes actuellement trois philosophes à tenter de faire réfléchir l’opinion à cette stratégie évoquant des comportements sectaires : Michel Onfray (in Cosmos9, en un chapitre entier « Théorie du Fumier Spirituel » ), Grégoire Perra, qui témoigne de son éducation et de trente années dans une école Steiner-Waldorf, et moi-même, qui alimente depuis plusieurs mois, un blog critique des textes mis en ligne par les anthroposophes. Tenant compte de certaines intuitions de R.Steiner, il a été tenté, afin de rester positif, de proposer à Mme Nyssen de pratiquer dans son « université » certaines expériences comparatives scientifiques précises, qui auraient permis d’authentifier la validité–ou non– des pratiques recommandées par R.Steiner. En vain, sans même l’accusé réception d’un courrier pourtant respectueux.

Il serait nécessaire que le public soit informé du développement progressif d’un mouvement occultant le caractère ésotérique d’objectifs qui concernent non seulement l’école, et l’agriculture, mais aussi la médecine, l’art, la religion et la politique (la bien peu démocratique « tripartition sociale »). Le développement de la biodynamie et l’affirmation incontrôlée, mille fois répété sur le Net, de son efficacité, cherche à entraîner l’adhésion à l’ensemble d’une gnose prétendument scientifique. Sa dimension commerciale ne doit pas non plus être ignorée, (très inférieure à ce qui se passe en Allemagne) : on peut citer le laboratoire homéopathique et de soins de beauté WELE DEMETER qui labellise les productions biodynamiques, au prix plus élevés.

UN APAISEMENT… MAIS A QUEL PRIX ?

Les viticulteurs biodynamistes se déclarent apaisés. Engagés à ne plus polluer, et acceptant de moindres rendements, ils manifestent à la fois confiance et respect envers leur terre et son environnement. Mais fallait-il pour cette prise de conscience, que se répande une pensée pseudo-scientifique, très New-Age, soumise aux prescriptions d’un gourou, au risque, à la longue, d’entraîner la disparition de tout esprit critique ?

DES ERREURS GRAVES DEVRAIENT DÉVALORISER DÉFINITIVEMENT LA « SCIENCE » ANTHROPOSOPHIQUE

Les Anthroposophes eux-mêmes ont été victimes, durant vingt années10, (1991-2011) de leur propre absence de jugement critique : Fidèles aux paroles sacrées du Maître, leur « École de Science de l’Esprit », fleur des initiés du Gœtheanum, a financé avec l’aide de WELEDA,  l’étude d’un moteur devant fonctionner aux forces éthériques, au sein d’une sorte de bunker suisse blindé comme un vaisseau spatial. Moteur qui, selon les propres termes de Steiner, devait abolir la nécessité « de 9/10èmes du travail humain ». Quant à ses révélations sur les origines du monde et l’astronomie, elles ne sont plus guère diffusées, sauf à titre de bévues ésotériques plutôt comiques. Pas plus que l’introduction de coquilles d’œufs dans certaines préparations biodynamiques, à seule fin d’arrêter les remontées radioactives en sol contaminé.

QUEL EST LE SENS DE TELLES DÉRIVES ÉSOTÉRIQUES ?

L’essor général de l’ésotérisme dans notre société résulterait-il de la quasi-impuissance des politiques, et des compromissions de tant de scientifiques prostituant leurs compétences à l’attrait d’un profit à court terme ? Les média qui dénoncent sans fin les dangers auxquels chacun est exposé, avec la complicité impuissante des citoyens impliqués dans les industries polluantes, n’ont-ils pas lancé une société déboussolée dans les bras de gourous soi-disant spirituels et supposés désintéressés, qui les exempteraient de tels risques ?

Le succès étourdissant de Pierre Rabhi me paraît emblématique. Je tiens d’abord à dire combien je veux respecter, au delà du sujet médiatique, la personne d’un paysan ardéchois au parcours digne d’éloges. Mais il me paraît, dans sa naïveté, être utilisé par des forces qui le dépassent : il fait le jeu de la diffusion d’une biodynamie en quête de reconnaissance pour l’intégralité de la gnose anthroposophique, tout en devenant l’alibi d’une société sans doute attirée par un parfum New-Age, et choyant sans vergogne son étrange prophète.

Il y a quelques années, Rabhi avait manifesté toute sa joie à la découverte de la biodynamie et de l’anthroposophie 11 : « Et là, ça a été la joie totale disant, (sic) enfin cette logique-là me convient ! ». On trouve encore sur le Net, parmi la multitude des vidéos de lui, celle où il enseigne les « énergies vibratoires émises par certaines planètes, captées par la terre et la vitalisant ».

S’ensuivit la dénonciation apocalyptique de la destruction de la terre sous la conspiration des marchands d’engrais et de pesticides12. Mais la dérive imprudente du nouvel anthroposophe fut signalée dans un rapport de la MIVILUDES13. « Notons par exemple la présence de Pierre Rabhi lors de la 5e  édition du congrès organisé à Reims par «Quantique Planète» congrès dans lequel se retrouvent les thématiques New Age  comme le «changement de paradigme», les «transmutations biologiques», la «médecine akashique» etc.» . Dès lors, cette joyeuse conversion sera abordée uniquement en terrain conquis, comme par exemple lors de la réception de Rabhi à l’école Steiner-Waldorf de Chatou.

Le paysan ardéchois, multipliant voyages et publications (chez Actes-Sud) sans désavouer ses convictions anthroposophiques, s’est alors fait le chantre d’un retour à la terre agro-écologique, et d’une sobriété heureuse. Sa société paysanne séculaire, ne vise pas l’émancipation de la condition humaine, mais plutôt une sorte de bien être individuel indéfini, car sans statut. La loi, le droit, Rabhi n’en parle jamais. Solution qu’il eut bien du mal à défendre lors de son interview à France-Inter (émission du 26 octobre 2017), par Léa Salamé, qui le qualifiait de paysan-philosophe, et insistait vainement pour comprendre:  « comment fait-on pour résister à la frénésie du monde quand on n’a pas de jardin ? »

Devenu la coqueluche de l’impudente jet-society [enquête de Vanityfair : à lire absolument], qui le finance largement –et à qui il sert de diversion écologique– soutenu par sa fille, fondatrice d’une école proche des méthodes Steiner-Waldorf et Montessori, il fonda alors un mouvement, tout naturellement sponsorisé par le laboratoire anthroposophique Weleda, les « Colibris », qui se définit ainsi : « Créé en 2007 sous l’impulsion de Pierre Rabhi, Colibris se mobilise pour la construction d’une société écologique et humaine. L’association place le changement personnel au cœur de sa raison d’être, convaincue que la transformation de la société est totalement subordonnée au changement humain. Colibris s’est donné pour mission d’inspirer, relier et soutenir les citoyens engagés dans une démarche de transition individuelle et collective ».

Cette exigence du changement personnel préliminaire à l’action citoyenne s’articule bien avec les appels au développement personnel ou à la réalisation de soi, rengaine de tous les mouvements du New Age. Je partage l’opinion du philosophe Michel Lacroix14, auquel j’emprunte une conclusion en forme d’avertissement : « Ma conviction au contraire est que le développement personnel ou la réalisation de soi doivent viser l’épanouissement de ce qui est  constitutif de notre nature : la raison et la capacité d’autonomie. Ce que Descartes appelle «je pense»: exercer notre volonté libre et notre raison, être en position critique par rapport aux idées, aux opinions, aux croyances.

(…) Le New Age regarde vers d’autres pouvoirs de connaissance que la raison, préférant l’intuition, la subjectivité, l’extase, la mystique, l’ésotérisme, les sciences occultes. Il cherche à développer des facultés parapsychologiques censées lui apporter des connaissances plus vraies que la science. C’est une trahison du projet anthropologique de toute notre civilisation. »

——–Jean-Pierre CAMBIER, 20/12/2017.

1Manuel de présentation de l’école : « Le domaine est également destiné à héberger l’université Domaine du Possible. Celle-ci mènera des programmes de recherche portant sur la généralisation des méthodes de l’agro-écologie. Elle accueillera également des formations afin de favoriser une diffusion plus large de ses méthodes : permaculture, agroforesterie, biodynamie, etc. »

2Le Gœtheanum (Dornach- Suisse), est le centre mondial de la sphère anthroposophique. Il s’agit de M. Jean-Michel FLORIN, codirecteur de la Section d’Agriculture de l’Université libre de science spirituelle. Et de René BECKER secrétaire général de la Société Anthroposophique en France.

3A l’exception de : Alain Tournebise, revue Progresssites, N° 17, oct 2017, « Le Charlatanisme à la Culture » .

4Thème abondamment traité sur le site de Grégoire Perra, qui témoigne de son éducation dans ce type d’école.

5 Une série de conférences sur ce thème avait été organisée à Arles, au printemps 2015, par Mme Nyssen, avec le concours de MM.Bodo von Plato, et J-M Florin, hautes personnalités anthroposophiques.

6 La rencontre de Mme Nyssen avec les anthroposophes aurait eu lieu à la suite du drame de la perte de son fils, qui mit fin à ses jours à l’âge de 18 ans, suite à de graves difficultés scolaires.

7M.Dahan, anthroposophe, ex-Délégué général de la Fédération Steiner-Waldorf en France. Il déplore « les programmes de l’État (…) construits sur une vision pseudo-scientifique du monde. Les élèves n’ont d’autre choix que de croire. C’est une forme de réponse religieuse à leurs questions métaphysiques. L’esprit critique est amputé d’une partie de ce qui le construit : l’observation sensible, intuitive et le temps de la méditation pour s’approprier des connaissances plutôt que d’y croire. ». Interview du Monde, 10 oct 2016, « le Domaine du Possible, une école pour faire bouger les lignes ». Opinion bien surprenante venant d’un disciple des thèses pseudo-scientifiques de Steiner...

8 tels que M.Bodo von Plato, membre du Comité directeur de la société anthroposophique universelle au Gœtheanum à Dornach (Suisse). 

9Michel Onfray, Cosmos, Éditions J’ai Lu, 2017, 2ème partie, 4. Théorie du fumier spirituel, pp 243-266.

10Linus Feiten, « Rudolph Steiner et la Technique : une étude » sur le site de la Société anthroposophique en France, le 2 mars 2016. Paru en décembre 2010 dans la revue Jupiter de la section mathématiques-astronomie de l’École de Science de l’Esprit au Goetheanum.

11 à la lecture de « la Fécondité de la Terre » d’un certain Pfeiffer, lequel était disciple de Rudolph Steiner, lequel était anthroposophe, etc, etc.. » (sic)….Transcription de la vidéo citée. L’ouvrage de Pfeiffer est « Fécondité de la Terre » réédité en sept 2016 par Actes-Sud, et préfacé par J-M Florin, déjà cité.

12Depuis des années, la vie des sols est prise en compte officiellement. De nombreux engrais contiennent des micro-organismes, et l’INRA (Genosol) dispose d’une mesure de l’ADN génomique global qui permet de suivre la qualité micro-organique des terrains. Ce qui, bien entendu, ne retire rien à l’urgence de lutte contre la pollution agricole.

13Mission Interministérielle de lutte contre les dérives sectaires, Rapport au 1er Ministre 2013, « le risque sectaire et Internet » , p.77, note 99.

14Interview de Michel Lacroix, par Mathieu Stricot, sur le site « Psychothérapie-vigilance ». Michel Lacroix est est agrégé de philosophie, docteur d’État et maître de conférences honoraire à l’Université de Cergy-Pontoise, auteur de nombreux ouvrages sur le développement personnel et le New Age.

La « mindfulness » peut conduire les catholiques à un « chaos spirituel »

Susan Brinkmann, qui fut une féministe du New-Age, nous met en garde dans une interview sur la dernière nouveauté en matière de méditation orientale, et nous fait part de sa préoccupation quant à l’essai de nombreux Catholiques d’ajouter les principes de la « mindfulness » dans leur oraison ou vie spirituelle. « Si quelqu’un vit actuellement dans la présence de Dieu, il n’a pas besoin de pratiques bouddhistes comme la mindfulness ». Les pratiques chrétiennes sont de beaucoup supérieures à ces méthodes simplement humaines, elles nous conduisent à la présence de Dieu, en qui nous rencontrons la vraie paix et la santé.

Elle sait bien ce que signifie chercher le bonheur dans des domaines équivoques et elle a dédié sa vie à partager la bonne nouvelle de sa foi catholique. Son dernier livre,  A Catholic Guide to Mindfulness met en garde sur les dangers de cette dernière nouveauté en méditation orientale, et offre aux Catholiques un lien plus profond et saint, enraciné dans la sagesse des saints et des docteurs de l’Église.

Brinkmann est maintenant une fervente Catholique, un auteur couronné par des prix, elle appartient au tiers-ordre carmélitain, elle est scénariste et présentatrice de programmes radio et télévision tels que Living His Life abundantly et Women of Grace. Nous reproduisons à suivre l’interview qu’a réalisée Patti Armstrong pour le National Catholic Register, traduite en castillan par Helène Faccia Serrano pour InfoVaticana (site espagnol, qui, contrairement à son nom, n’a rien à voir avec le Saint Siège.).

En premier lieu : en quoi consiste cette pratique chaque fois plus étendue de la pleine conscience ?

La « mindfulness » cache ses racines dans le bouddhisme et cherche à atteindre un état d’attention active et d’ouverture au présent, pour celui qui observe ses pensées et ses sentiments avec une certaine distance sans chercher à savoir s’ils sont bons ou mauvais. Bien que présentée comme une pratique non spirituelle utilisée comme moyen pour combattre le stress et l’anxiété, elle se pratique à travers différentes formes de méditations bouddhistes, comme la « méditation spatiale », « le scanner du corps », et la « méditation expansive de la conscience ». Entrer en communication avec Dieu ne fait pas partie des objectifs d’aucun de ces types de méditations.

Pourquoi avez-vous écrit ce livre ?

Ma préoccupation principale est la tentative de nombreux Catholiques d’intégrer les pratiques de la « mindfulness » dans leur oraison ou vie spirituelle. Ils croient que ce n’est pas une « pratique bouddhiste » mais une façon de se recentrer sur le « ici et maintenant ». Cependant, en le faisant au travers d’une des techniques de méditation disponibles – comme la « méditation spatiale » le « scanner du corps » ou d’autres — il est clair qu’ils entrent dans le règne des pratiques bouddhistes.

Beaucoup de catholiques commencent peut-être en gardant des pratiques distinctes, mais il y a une grande confusion en Occident sur la méditation orientale. Elle est différente de la méditation occidentale : l’une est un exercice mental, l’autre est un moyen pour se mettre à dialoguer avec Dieu. Beaucoup, sans s’en rendre compte, combinent les deux, ce qui a de nombreuses fois conduit à un chaos spirituel, à tel point que dans certains cas il a fallu recourir à un exorcisme.

Pourquoi est-ce que le mélange des pratiques peut constituer un problème ?

Comme je l’explique dans le livre, j’ai une expérience personnelle de tout ceci. Notre blog, « New-Age Q & A » dans Women of Grace a reçu récemment le message électronique d’une femme dont le mari a arrêté de prier le rosaire avec sa famille parce qu’il a compris que ce type de relaxation était plus reposante. Même si personne ne doit prier pour se relaxer, mais au contraire pour dialoguer avec Dieu, cet exemple démontre à quel point il est facile pour les gens, à différents stades de leur vie spirituelle, de tout confondre, sans même s’en rendre compte, et de s’éloigner de Dieu au lieu de s’en rapprocher.

Il y a des études sur les effets de la « mindfulness » ?

Il y a un intérêt de plus en plus grand dans le monde scientifique parce que les principaux moyens de communication ne font état que des études qui défendent les bénéfices de la « mindfulness », sans informer sur les études qui font état des résultats négatifs de cette pratique. Certaines études ont démontré que la pratique de la « mindfulness » peut s’avérer contre-productive avec des gens qui se concentrent trop sur l’instant, et laissent au loin leurs pensées, même les positives. Ça peut même amener les gens à se déconnecter plutôt qu’à se centrer, par exemple pour ceux qui finissent par avoir des pensées critiques sur des problèmes qui demandent à penser plus profondément.

Par ailleurs, une méta analyse de 18 000 études sur la « mindfulness » réalisée par des chercheurs de la John Hopkins Université en 2014 a montré que seules 47 d’entre elles étaient méthodologiquement correctes, c’est-à-dire seulement 0,0026 %. Des 47 considérées acceptables, la recherche n’a donné que des « preuves modérées » de diminution de l’angoisse, de la dépression et de la souffrance, mais très « peu de preuves » de l’amélioration de la santé mentale en relation avec la qualité de vie. Cette recherche a mené à des découvertes alarmantes sur les effets négatifs de la « mindfulness », ce qui m’a amenée à mettre cette information dans le livre, avec pour objectif de présenter un état plus complet de cette pratique, état que les gens ne reçoivent pas de ceux qui la défendent et la promotionnent.

Pourquoi est-ce que la « mindfulness » plaît aux gens ?

Il y a plusieurs raisons qui font que ça plaît aux gens. Tout d’abord notre société de plus en plus sécularisée a relégué les valeurs judéo-chrétiennes aux oubliettes, « personne n’a le souci de rien ». Il en résulte que de nombreuses personnes abandonnent les religions principales et alimentent la faim spirituelle qui en résulte autrement, et cela va d’un quelconque échantillon de philosophies pas chrétiennes et/ou au New-Age, jusqu’à l’occultisme.

Et puis il y a le besoin d’échapper à la pression de la vie moderne. Voici une autre raison pour laquelle les gens sont attirés par les pratiques de méditation orientale qui conduisent à des états altérés de conscience à travers l’usage de techniques faites pour vider et pour manipuler le mental. Ce qui donne aux gens une fausse sensation momentanée d’amélioration de leurs préoccupations.

Dans une époque où nous souffrons un niveau record de dépression et d’angoisse, qui ne voudrait pas échapper à ses problèmes un moment ? Il est clair que cela fascine les gens. Dans l’oraison chrétienne, ils ont aussi besoin d’affronter leurs problèmes, mais ils le font avec Quelqu’un qui, réellement, peut les résoudre. Dans la méditation orientale la solution est de s’échapper momentanément. Après, les problèmes vous rattrapent.

Troisièmement, avec tout le respect que je dois aux psychologues et aux autres qui encouragent cette pratique, sachez qu’il y a beaucoup d’argent à gagner dans des modes psychospirituelles comme la « mindfulness ». Nous avons vu le même schéma se produire dans le passé, avec le Reiki et « l’oraison centrante ». Une fois que ces modes ne sont plus d’intérêt public, nombreux sont ceux qui tentent de les exploiter pour gagner de l’argent avec.

Pour quelles raisons les alternatives catholiques sont-elles supérieures ?

Si quelqu’un vit actuellement en présence de Dieu, il n’a pas besoin de pratiques bouddhistes comme la « mindfulness ». Les pratiques chrétiennes sont de beaucoup supérieures à ces méthodes purement humaines, elles qui nous conduisent vers la présence de Dieu, en qui nous trouvons la vraie paix et la santé.

Au lieu d’échapper momentanément à l’angoisse, l’alternative chrétienne de l’oraison offre une solution vraie à l’angoisse et une transformation permanente. La pratiquer est une solution facile ; d’un autre côté c’est une opportunité à long terme pour un développement personnel exponentiel jusqu’à la fin ultime de notre existence sur cette terre, l’union avec Dieu.

Quand nous atteindrons la cime de notre union avec Lui sur terre, nous aurons été totalement transformés en une autre créature, ce ne sera pas seulement une amélioration de l’ancienne. Quand nous serons unis avec notre Créateur, nous nous transformerons finalement en ce que nous devions être depuis la nuit des temps. C’est une grâce qui dépasse toute compréhension.

Peut-on être un bon Catholique et pratiquer la « mindfulness » ?

Tout dépend de ce que vous voulez dire par « bon ». Les bonnes personnes se trompent tout le temps. Des personnes pleines de bonnes intentions ont recours à des méthodes pour se sentir bien à tout moment, mais ces méthodes peuvent être préjudiciables spirituellement.

Si avec cette pratique, tout ce que tu fais c’est de te centrer personnellement quelques minutes sur la tâche que tu as entre les mains, il n’y a pas de problème. Mais si tu es engagé dans les méthodes typiques pour pratiquer la « mindfulness », méthodes qui impliquent toutes un certain type de méditation, alors tu cours le risque de voir s’altérer tes états de conscience, ce qui te rendra vulnérable psychologiquement, voire être influencé par des entités spirituelles.

Les Catholiques ne doivent pas s’impliquer là-dedans, même si un médecin le recommande, car d’assez nombreuses études démontrent que cela leur est préjudiciable. C’est la raison pour laquelle de plus en plus de chercheurs mettent en garde contre cette pratique.

Si un Catholique veut pratiquer pour être en « pleine conscience » je recommande dans mon livre qu’il commence par La pratique de la présence de Dieu qui fut introduite au XVIe siècle par un humble carme français, le frère Laurent de la Résurrection*. Non seulement il enseigne à être fermement ancré dans le présent, mais aussi à vivre continuellement conscients de la présence de Dieu en nous.

Il nous enseigne à vivre toujours dans le moment présent pour répondre ainsi au désir de Dieu dans chacun des moments de notre vie. Il y a une grande différence entre un état de « conscience » stérile et le sentiment profond d’extase que nous rencontrons pendant que nous profitons de la présence du Créateur de l’univers.

Parlez-moi des retraites et des conférences que vous avez appelées « l’alternative catholique à la « mindfulness » ».

Mes retraites ont été créées dans le but d’enseigner aux gens comment rentrer dans la pratique de la présence de Dieu et le sacrement du moment présent dans leurs vies. Ils auront lieu à la Casa de Fatima à Bedminster, Pennsylvanie, les 16 et 17 février, le 23 et le 24 mars ; mais aussi dans la Casa de retraite de Malvern, en Pennsylvanie, les 9 et 10 juin de cette année. Nous allons en planifier d’autres.

Source : National Catholic Register. Traduction : Isabel Lorans et D. Auzenet

* http://www.carmel.asso.fr/Son-Message,218.html

http://www.fsc-canada.com/formation_continue/lectures/2016-03-16-ethier.pdf

Les rallyes

Pour un discernement radical

Il y a des sujets qui semblent soigneusement évités. Des évidences qu’il n’est pas permis de questionner… Par exemple, dès que l’on aborde le sujet des rallyes, avec le regard de l’expérience, c’est une levée de boucliers au premier mot prononcé : interdit d’en parler ! Voilà qui est intéressant : c’est donc bien là qu’est le problème. En appuyant « là », ça fait mal. Ce n’est pas le but, de faire mal, mais il faut justement remédier au mal. Ce mal ressemble à une muraille. Une muraille de vernis qui empêche toute conversion, tant qu’elle n’est pas au moins fissurée. Comme à Jéricho, il faut en faire le tour et sonner de la trompette, c’est-à-dire en parler. Parlons-en, discernons ensemble.

Contenu

Qu'est-ce qu'un rallye ? De son fondement — a. du critère du "milieu" — b. que signifie "chevaleresque" ? Qui est noble ? — c. de la conservation ou de la conquête

On juge l'abri à ses fruits : la mondanité, fille des rallyes — Qu'est-ce qu'un "mondain" ? — Les faits de la mondanité selon sainte Catherine de Sienne — De la tartufferie...  des relations — Les relations garçons-filles — Du bobo-libéral au tradi-pêchu.

Quelques questions et prétextes souvent posés —  Mais il y a de bon "rallyes" !  — La solution n'est-elle pas de compléter les rallyes par le scoutisme ? — Des excuses pittoresques.

Pour conclure : du courage.

1. Qu’est-ce qu’un « rallye » ? De son fondement

C’est l’organisation, par les parents, de rencontres de jeunes gens de « bonnes familles » afin de transmettre les manières mondaines et l’art de la danse (rockvalse…) dans le but de favoriser des rencontres entre jeunes-gens et jeunes-filles. Le terme de « rallye » rappelle la chasse-à-courre : le gibier y est juste différent.

Cette pratique est assez récente. Si Napoléon, dans sa vision bourgeoise de la noblesse avait déjà encanaillé cette dernière par ces pratiques mondaines, c’est après la 1ère guerre mondiale que le phénomène se constitue. La société étant saccagée par la guerre, des moyens sont pris pour « sauver le milieu ». Dans les années 50, la notion de « milieu » trouve un regain d’intérêt. Dans la crainte de voir leurs enfants se corrompre au contact d’une société déstabilisée moralement, des parents mettent en place les rallyes, afin d’y perpétuer les bonnes manières de la courtoisie. L’autre objectif visé est de permettre à des jeunes gens issus du même milieu social – (aristocrates et bourgeois, unis depuis la Révolution) – de se rencontrer afin, si possible, de se marier et de fonder des familles issues d’un même cercle étroit. C’est le culte de l’entre soi.

Aucune vertu n’y est requise ni encore moins transmise, toute la valeur d’une personne étant d’appartenir à tel microcosme, que le rallye se charge de réunir. Les mœurs, cette attitude plus profonde encore que la « morale » y sont confondues avec ce qui est plus superficiel que la morale : « les bonnes manières ». C’est-à-dire un simple code extérieur. Autant dire que la dignité de la personne n’y tient à rien. Cette réduction à « rien » est constitutive du principe du rallye mondain, sans quoi il n’existerait pas. C’est ce qu’il convient de démontrer.

a. du critère du « milieu »

Dans la tradition chrétienne, le titre de la noblesse, pour être héréditaire, ne dit rien de la noblesse d’une personne. La notion de milieu n’existe pas. La noblesse n’est pas un milieu, lequel sépare les groupes de personnes selon des cloisons étanches. Le milieu du noble, c’est le peuple. On nait donc dans un état social, pour une fonction sociale qui oblige d’autant plus envers les autres que cet état est « élevé ». De telle sorte, en effet, qu’un état de noblesse obligeait à une noblesse d’âme, la seule qui ait un prix réel. La noblesse d’âme pouvant naître en chaque état social, c’est elle qui était le critère permettant des liens entre plusieurs personnes. La décadence arrivait à chaque fois que ce principe n’était pas respecté. Ceci vaut comme un principe de discernement.

Lequel principe de discernement fut jadis ainsi éclairé :

Une erreur est celle qui nous fait croire nobles à cause de la noblesse d’autrui. On n’est pas sage de la sagesse de son père (…); aussi n’est-on pas noble de la noblesse de ses parents, si on a dégénéré. Le livre de la Sagesse dit « Personne d’entre vous n’a été déshonoré avant sa naissance, ce qui a été avant nous ne peut nous être imputé, c’est le cœur qui rend noble. »

            Une autre erreur est celle de ceux qui croient qu’on est noble, parce qu’on sort d’une race noble. On peut démontrer la fausseté de cette prétention de plusieurs manières. (…) Si on considère l’origine des hommes, on voit que tous viennent d’un seul, en sorte que sous ce rapport, ils sont tous également nobles. (…) Si on veut remonter à la cause originelle créée, on trouve que nous avons le même père et la même mère, c’est-à-dire Adam et Ève. Nous sommes donc tous également nobles, ou tous de basse naissance. (…) Saint Augustin a dit : « Remontons à Adam et Ève, et nous verrons que nous sommes tous frères. » (…) Nous ne sommes pas plus nobles les uns que les autres (…). C’est une erreur que de penser qu’on est noble à cause du sang de ses ancêtres. (…)[1]

C’est donc une erreur de croire « préserver » de jeunes gens en les enfermant dans leur milieu car c’est là le plus sûr moyen de pervertir ce en vue de quoi ils sont nés, et leurs âmes tout simplement. Chers parents, tel n’est pas votre rôle.

b. que signifie « chevaleresque » ? qui est noble ?

Un petit détour par le XIIIème siècle vaut encore la peine. Voici ce que l’on peut encore lire dans le traité sur « L’éducation des princes » attribué à saint Thomas d’Aquin :

            « La véritable noblesse de sentiment se fonde sur ce principe : « il n’y a de noblesse que celle qui forme les mœurs par l’élévation de l’âme. » Un prince vraiment noble doit être exempt de bassesses et d’une honteuse servitude ; il ne doit pas se laisser dominer par aucun sentiment bas et grossier ; il doit avoir horreur tout ce qui est vil et honteux ; il doit être généreux dans ses largesses, prompt à distribuer ses dons, clément et bon envers ceux qui se soumettent, sévère pour les rebelles ; dédaigneux des petites choses, aspirant toujours aux grandes; attaquant les difficultés sans crainte et conduisant ses entreprises avec courage et persévérance jusqu’à ce qu’il ait obtenu la fin qu’il se propose. (…) L’homme véritablement noble donne généreusement, à l’exemple de Dieu qui est très noble et très libéral. Et sa libéralité est telle, que non seulement Il donne ses biens, mais encore Il se donne Lui-même, et qu’Il les communique non seulement à ses serviteurs, mais encore à ses ennemis. Car « Il fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants et fait pleuvoir sur les justes et sur les pécheurs. » (Mt 5, 45) (…) Et de même que la libéralité est un signe de noblesse, de même la rapacité est un signe de bassesse. En sorte que plusieurs qui passent pour nobles sont très vils, parce qu’ils dépouillent les pauvres. (…) « quelle est la plus grande noblesse? » demanda-t-on à maître Alain. – Ce qu’il y a de plus noble, répondit-il, c’est de donner.» [2]

Ce sont là énumérées les vertus chevaleresques. « Par chevaliers, on entend, non des nobles batteurs d’estrade ou des guerroyeurs, mais des hommes d’honneur et de dévouement, façonnés comme tels par le christianisme. »[3] Du point de vue féminin, pour « chevaleresque, « généreuse » donne parfaitement le sens masculin, dont la force et l’honneur est dans le don de soi.

Et encore : « L’esprit de la Chevalerie est surtout la consécration de toute la vie à la protection des opprimés, le sacrifice de tout son être à la défense de la justice, (…) elle est le sacrifice à l’état d’institution. » « Est chevalier (…) qui donne à ses frères son âme et sa vie, qui place l’honneur au-dessus de tous les biens de ce monde, qui aime les petits et les faibles. »[4]

Être noble, ou chevaleresque, est enfin inséparable, dans la culture chrétienne, de la foi liée à la sainteté, laquelle découle de l’Évangile : Ce n’est pas par hasard que sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus avait une dévotion particulière pour sainte Jeanne d’Arc en qui elle admirait l’esprit chevaleresque. Esprit dont le ressort est dans l’enseignement évangélique : « Que le plus grand parmi vous soit comme le plus jeune, et celui qui gouverne soit comme celui qui sert. » (Lc 22, 26)[5]

Ces quelques considérations positives devraient suffire par elles-mêmes. Mais la certitude pour certains de se croire « arrivés » en raison de leur milieu demande encore des éclaircissements.

c. de la conservation ou de la conquête

« Appelés à être libres[6] ». Nous sommes appelés à être libres, c’est-à-dire à exister en raison de Dieu. L’esclavage, au sens de veulerie, consiste à exister en raison de son milieu. Liberté et esprit chevaleresque – et générosité – vont de paire. La liberté chevaleresque est celle de l’âme prête à donner sa vie. Elle est généreuse et détachée d’elle-même. C’est tout l’opposé de cette pseudo-liberté de celui qui vit pour lui-même, esclave de sa volonté propre, satisfait de lui-même et de son milieu. Dans son encyclique sur l’espérance, le Pape Benoît XVI nous donnait l’exemple de saint Augustin, imitant notre Seigneur : « Le Christ est mort pour tous afin que les vivants n’aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes, mais sur Lui, qui est mort et ressuscité pour eux” (2 Co 5, 15) ».[7] Le Christ est mort pour tous. Vivre pour saint Augustin signifie se laisser associer à son « être pour ». » [8]

Or cette liberté, cette noblesse d’âme, n’étant pas plus attribuable à un milieu qu’à un autre, aucun milieu en tant que tel ne peut la « conserver », sous peine de la réduire à une convenance pharisaïque. C’est-à-dire essentiellement factice et mensongère.

Car la noblesse d’âme s’apprend, se met en œuvre en un combat. Car toujours la recherche de nous-mêmes – nous voulons vivre par et pour nous-mêmes – vient diminuer la liberté. Impossible de se reposer sur nos lauriers, soient-ils un milieu : il nous faut sans cesse conquérir le Bien ! Benoît XVI nous explique : Puisque l’homme demeure toujours libre et que sa liberté est également toujours fragile, le règne du bien définitivement consolidé n’existera jamais en ce monde. Celui qui promet le monde meilleur qui durerait irrévocablement pour toujours fait une fausse promesse ; il ignore la liberté humaine. La liberté doit toujours de nouveau être conquise pour le bien. La libre adhésion au bien n’existe jamais simplement en soi. S’il y avait des structures qui fixaient de manière irrévocable une condition du monde déterminée – bonne –, la liberté de l’homme serait niée, et, pour cette raison, ce ne serait en définitive nullement des structures bonnes.[9]

Ce en quoi le principe des « rallyes » peut être considéré non seulement comme illusoire, mais comme mauvais en lui-même.

2. On juge un arbre à ses fruits.

Mus par la prétention sociale, les rallyes donnent des fruits de servitude mondaine. Combien de fois ai-je eu cet aveu du manque total de liberté dans les relations mondaines.

            Cette prétention sociale engendre une crainte qui consiste à enfermer les personnes sur leurs petits acquis. La crainte de voir des enfants avoir de mauvaises fréquentations ou de ne pas avoir de fréquentations ne devrait pas conduire à la nécessité de la mondanité – désespérance mortifère manifeste ! – comme si cela allait régler le problème : c’est tout le contraire, car la mondanité est à l’opposé de la vérité et de l’amitié. Il est « naturel » que les rallyes produisent des fruits de vanité : cela correspond à la nature de son principe.

La mondanité, fille des rallyes

Pour exister, l’esprit Évangélique, l’esprit de la grâce, et donc de la liberté véritable, a besoin d’être mis en œuvre. Cette dimension royale, qui nous est donnée parce que le Roi des rois s’est abaissé jusqu’à nous, cette noblesse chevaleresque, a besoin de vivre. Le scoutisme est né, s’opposant à la loi statique des droits acquis : le scoutisme est une conquête des vertus, ces forces intérieures qui nous permettent de penser et d’agir selon notre dignité, selon la volonté de Dieu. Il suffit cependant, pour rendre ridicule la plus belle des vertus, de la retourner sur elle-même. Un peu de flatterie et puis la crainte… et voilà l’oiseau en cage. Louis XIV avait compris cela, qui, pour neutraliser la noblesse du royaume, l’attira à la cour, et la flattant, la fit vivre pour elle-même, elle dont la vocation était de sacrifier – d’offrir – sa vie pour le bien de tous. La décomposition réussie de cette aristocratie vivant pour elle-même se retourna contre Louis XVI, qui lui doit sa décapitation.

Qu’est-ce qu’un « mondain » ?…

Par définition, le mondain est une personne attachée aux plaisirs du monde, à la vanité et à la futilité. Le mondain, ou la mondaine, ne vit qu’à travers les yeux d’un petit groupe de « personnes qui pensent pareil » et qui se prennent pour « des gens biens ». Il faut entendre : ce sont des personnes qui ont cessé de penser et qui sont tellement imbus de leur petite société qu’ils ont pour plus haute vertu le mépris des autres. Ils ne sont heureux que lorsqu’ils se vomissent les uns sur les autres leurs bavardages creux, superficiels, complaisants pour les présents et médisants pour les absents (c’est-à-dire qui se tiennent à plus de deux mètres d’eux).

Le mondain, s’il parle de Dieu, n’en fera jamais un absolu. Dieu passe après la soirée, c’est certain! Après eux-mêmes surtout. Le mondain a une peur bleue de la simplicité et de l’humilité de l’âme. Ayant perdu le sens véritable de l’honneur, il a rejeté toute sa noblesse d’âme dans les apparences. Il s’est vidé de sa substance. Ça se lit sur son visage.

Il est effrayant de lire cela dans les yeux d’adolescents que des parents conditionnent dans cette voie contre-nature. Qu’ils vous regardent comme un paquet de merde, passe. Mais le plus terrible, c’est l’ennui qui règne sur eux. L’ennui et le mensonge perpétuel du paraître camouflent l’incapacité d’être, tout simplement, comme Dieu veut que nous soyons.

Comment voulez-vous qu’un martyr naisse parmi cette race? L’amour y est forcément sentimental et vulgaire.

Les fruits de la mondanité selon Sainte Catherine de Sienne :

            Le mondain est comme un voleur qui m’a dérobé mon honneur, à Moi – c’est Dieu qui parle à sainte Catherine – son Créateur, pour se l’attribuer à lui-même. (…) Tout d’abord, le mondain me juge Moi, (…) il condamne tout, suivant son petit avis; et comme il a aveuglé lui-même l’œil de son intelligence, (…) il ne peut voir ni connaître la vérité. Puis, il entreprend de juger le prochain : source féconde de bien des maux! Le pauvre homme ne se connaît pas lui-même il n’en prétend pas moins connaître le cœur et les sentiments de la créature raisonnable. Pour une action qu’il verra, pour une parole qu’il entendra, il voudra juger de l’intention du cœur. (…) Que de fois ces faux jugements n’engendrent-ils pas la haine, l’homicide[10], l’envie du prochain, l’aversion pour la vertu de mes serviteurs. (…) Je dis que cet arbre a sept branches qui pendent à terre (…). Ces branches sont les sept péchés capitaux qui donnent naissance à tant d’autres, et sont rattachés à la souche commune de l’amour-propre et de l’orgueil.[11]

De la tartufferie…

            Si la courtoisie n’est pas animée par l’amour et le respect du prochain, elle devient vite pure convention et tourne au pharisaïsme. A fortiori lorsqu’elle est à géométrie variable, destinée à usage de caste – comme la pratique la « Marie-Chantal » du XVIème arrondissement, d’autant plus obséquieuse selon l’échelle sociale de son interlocuteur ! Ses gestes ne sont plus alors que simagrées, tartufferies, qui dissimulent mal la barbarie intérieure sous un vernis de «bonnes manières», aux antipodes de la transparence d’une Jeanne ou d’une Thérèse.[12]

Raymond de Lulle, en 1275, mettait déjà en garde contre ce détournement :  » … La chevalerie n’est pas tant dans le cheval que dans le chevalier. Et pour cela, le chevalier qui dresse bien son cheval mais donne à lui-même et à son fils de mauvaises coutumes et de mauvais enseignements, fait de lui-même et de son fils, si faire se peut, des bêtes et fait de son cheval un chevalier «  [13]. À bon entendeur, salut !

…des relations

Car les rallyes se fondent sur le simple regroupement d’adolescents en raison de leur milieu social. Il n’y a aucune visée éducative. Ils sont à un âge où l’on doit apprendre le sens des relations. Lesquelles ne sont pas seulement « convenances » sociales. Je ne rejette pas ces dernières, mais je dis que si l’âme n’est pas éduquée, ces convenances sont le pire des vernis. Cela s’appelle mensonge. Elles donnent l’illusion d’être « comme il faut » en retirant les moyens de voir ce qui ne va pas. Je parle en témoin de jeunes qui, tout en ne pouvant pas sortir – éclore – de ce vernis, étouffent. Certains (beaucoup !) y laissent leurs âmes. En effet, si ce n’est pas l’amitié, mais la seule mondanité (et avouons que c’est le cas des rallyes) qui meut les relations, quel jeune peut croître en maturité dans un tel climat ? En fait, c’est plutôt à une régression que l’on assiste. Cela se voit au comportement. Il serait trop long de développer les choses, mais ce qui est certain, c’est qu’il y a chez ces jeunes entre eux une perte de la liberté. Ils l’avouent eux-mêmes. Leurs relations de groupe sont fausses et personne n’ose sortir de cette situation pesante. Je parle là de ceux qui s’en rendent compte : quelle force d’âme !

Les relations garçons-filles

Concernant les relations garçons-filles, c’est un désastre. Là aussi, certaines exceptions s’en plaignent et me disent être les seuls à « résister ». Au prix de quel combat ?! En effet, les garçons ont leur « tableau de chasse » pour la soirée (oui ! pour la soirée !…). Comment leur en vouloir ? Ce sont les parents qui omettent (omission ? négligence ? inconscience ?…) la dimension éducative, le fondement de l’amitié. Cela vient sans doute qu’eux-mêmes appellent amitié la simple mondanité. Sinon ils sauraient que l’amitié est l’affaire de la vie humaine, qu’elle s’apprend et qu’elle nécessite une vraie éducation.

Les fruits de débauche et d’instabilité sentimentale y sont érigés en quasi vertus, du moins en « nécessité » : en effet, puisque le vernis – les apparences de bien – y est la loi suprême, la liberté dans la vérité y est bannie. Garçons et filles y sont là, livrés à eux-mêmes, sans qu’aucune connaissance d’eux-mêmes ne leur soit transmise par leurs aînés qui ne sont là que pour sauver les apparences. Alors allons-y franchement, « choppons » gaiement ! Vivre pour soi-même – en mondain – ou en homme libre selon la grâce, le choix est fait d’avance hélas. De telle sorte que les jeunes qui ont choisi la liberté de la grâce, refusent de fait l’esprit des rallyes. Ils ne les refusent donc pas parce qu’ils sont « coincés », mais justement parce qu’ils ont cette belle liberté intérieure qui leur permet un sain discernement.

Si donc les jeunes ne découvrent pas un jour, par miracle, la vanité de ces relations mondaines et le prix de l’amitié, de l’amour libre et mature, ils risquent de ne plus savoir aimer, ce qui peut causer de graves conséquences pour leur vie de couple. De cela aussi, je parle en témoin et non à partir de suppositions.

En attendant, ceux qui n’ont pas eu de relations sexuelles sont l’exception. Et il ne suffit pas de dire « pas mes enfants » pour résoudre le problème, car la majorité est écrasante et se dire « pas mon enfant » tout en le livrant à ce petit monde revient à lui dire que vous cautionnez de fait ces relations, même si vous lui dites que ce n’est pas ce qu’il faut faire ! Vous voyez quelle confusion vous infusez dans leurs esprits ? ! Or, la cohérence est le fondement de l’éducation.

Les filles souffrent de cette situation pour certaines qui sont prises pour des « coincées » (et je reste poli, car le vocabulaire pour les désigner est violent et vulgaire au plus haut point : étonnant pour des « bons petits gars ») si elles résistent. Les caractères forts ne se laisseront pas impressionner, les autres seront humiliées ou, « jouant le jeu », elles deviennent complètement superficielles en la matière. Là encore, je parle en témoin. Faites le compte : il n’est pas glorieux.

Les garçons sont des garçons, quel que soit le milieu. Leur maturité sexuelle est un enjeu pour toute leur vie. Le respect des femmes en est la clé. Or ils doivent l’apprendre : ce n’est pas une chose naturelle. Ce respect est sans aucun doute le signe de la grâce. Le Catholicisme en sait quelque chose, qui fait donc l’éloge de la femme (« la sentinelle de l’invisible », disait Jean-Paul II) alors que le penchant est d’en faire un objet.

Mettre des adolescents, garçons et filles, en situation de séduction réciproque tout en faisant semblant de croire que la vertu de chasteté sera sauve est, au mieux de la bêtise, au pire une forme subtile de perversion de ses propres enfants. C’est mettre à l’épreuve des âmes vulnérables, les charger d’un fardeau qui les écrasera à coup sûr. Aucun motif ne peut justifier une telle mise en danger des enfants que le Dieu confie aux parents

La sexualité devient activité ludique, presque incontournable, voire tacitement encouragée tant elle est préparée par le climat faussement classique (superficiel et bling-bling) des soirées. La séduction y est première : « plaire » avant tout ! Et on ne lésine pas sur les moyens… Il s’ensuit des effets dramatiques qui vont du dégoût de soi jusqu’à l’homicide lorsque l’union intime produit ce pour quoi elle existe : le don de la vie. L’avortement fera ici partie du mensonge mortifère des rallyes.

Les conséquences se reportent aussi plus tardivement, lorsque des garçons et des filles de 18 à 22 ans et même plus, en sont encore à « sortir ensemble » (et à coucher ensemble, cela va de soi, quoi de plus « naturel » !?…), entretenant par là des relations d’adolescents qui se cherchent, sans pouvoir sortir de cette adolescence, privés de la capacité à s’engager librement et définitivement dans l’amour conjugal.

« Mais nous surveillons ! » Dites-vous. Sachez qu’il ne sert à rien de surveiller si l’âme n’est pas éduquée.

Or éduquer implique des choix. Des choix préférant la réalité au mensonge. C’est lâcheté que de dire : « mais nos enfants doivent faire connaissance de personnes convenables. » Pour que ces personnes soient convenables, il faut d’abord les délivrer de la mentalité des rallyes. La mondanité est une lâcheté, une veulerie de l’âme qui fut toujours le signe certain de la décadence d’une société. Orchestrant cela, les parents se font les fossoyeurs des générations à venir.

            Hélas, je suis obligé de constater que l’aveuglement est le sport préféré des parents qui entretiennent leurs chérubins, dans la contre-sagesse, dans la fange des très nauséabonds rallyes mondains. Mais c’est chic, ça fait bien, on croit exister, et en plus on s’imagine faire partie de l’élite ! Belle illusion !… les apparences… En attendant, la décadence des âmes fait des ravages dans la bourgeoisie (à particule ou non).

Ne me dites pas que je manque de charité : c’est justement la charité qui me donne la force d’aborder ce sujet devant la violence des réactions de ceux qui sont concernés. Pour les autres, c’est un encouragement à ne pas succomber.

Du bobo-libéral au tradi-péchu…

Du bobo-libéral au tradi-péchu, tout ce petit monde se retrouve au rallye ! Je ne m’étendrai pas sur ce sujet cocasse : il suffit de relire Bernanos, Thibon et autres auteurs aussi libres que solides, pour comprendre qu’il n’y a là aucun paradoxe, mais que ce mélange ne fait que manifester un principe commun de décomposition.

 

3. Quelques questions et prétextes souvent posées

a. Mais il y a de « bons rallyes » !

Car enfin, certains rallyes « se tiennent » mieux que d’autres. Oui, sans doute, et grâce à de bonnes volontés. Mais cela ne suffit pas à en faire quelque chose de bon. Nous pouvons seulement dire que certain rallyes tentent de résistent à leur propre principe de décomposition… Ce n’est pas la bonne volonté des membres qui fait que le principe des rallyes est bon ou mauvais. Il n’y a pas de « bon rallye », puisque le principe est mauvais. Le principe des rallyes est mauvais en lui-même, puisqu’il ne vise qu’à la conservation d’acquis sociaux et qu’il ne garde de la noblesse que la dimension mondaine, c’est-à-dire sa décomposition ! Ce principe ne peut conduire qu’à décadente des rallyes mondains.

            « Saint Jérôme a dit « Je ne vois rien à ambitionner dans la noblesse, sinon l’obligation qu’elle impose de ne pas dégénérer de la probité de ses ancêtres. »[14] Or, en ne gardant que les apparences d’une bonne éducation, oubliant l’esprit de cette éducation, ses vertus, en ne cherchant à garder que la courtoisie, sans les qualités d’âme de cette courtoisie, la dégénérescence est nécessaire. Les rallyes fonctionnant sur les apparences, la décadence y est une conséquence nécessaire. La veulerie est la première de toutes. S’ensuivent toutes sortes de décompositions de l’intelligence et de la volonté, et enfin des mœurs… Cette dégénérescence est l’œuvre directe des rallyes, son propre corollaire.

b. La solution n’est-elle pas de compléter les rallyes par le scoutisme ?

Le scoutisme bien vécu, a pour but d’unir des jeunes non sur un principe de « milieux », mais sur la vertu chevaleresque. Il prend donc les moyens en vue de cette fin : la noblesse d’âme. C’est-à-dire l’honneur et le dévouement, le don de sa vie à ses frères, le sens de l’honneur (dignité de la personne et non l’orgueil d’un milieu social), le service et l’amour des petits et des faibles.

Les « rallyes » regroupent des jeunes gens selon un milieu par crainte de perdre biens et pouvoir (indissociables) : leur modèle évangélique préféré est celui d’Hérode lorsque les Mages venus d’orient lui posèrent la question de savoir ou était né l’Enfant.

Nous entendons dire parfois qu’ils se complètent… allez comprendre ! Leur but respectifs et leurs moyens sont opposés. Il ne s’agit pas ici de complémentarité car – l’expression est forte, mais elle permet de comprendre – la maison close ne peut pas être complémentaire (!) de la maison familiale…       En attendant, « l’esprit » des rallyes corrompt l’esprit de bien des patrouilles des scouts et des guides, lorsque CP et seconds sont préoccupés de leurs soirées et des ragots mondains… Combien de jeunes guides et de jeunes scouts ont arrêté le scoutisme parce que précisément ils venaient y chercher l’esprit scout et qu’ils y ont découvert des mondains ?

Entre une « soirée rallye » et une nuit sous la tente, le choix est quasi systématiquement celui du rallye : priorité oblige !

On se donne bonne conscience en envoyant ses enfants faire du scoutisme, comme si c’était conciliable. C’est inconciliable. Le scoutisme souffre énormément de la « mentalité rallyes ». Ils s’opposent de manière radicale. Le scoutisme est chemin de liberté (pour reprendre un titre bien connu), alors que les rallyes enferment dans les apparences. Il y a un choix à faire.

c. Des excuses pittoresques

Certains parents cherchent des excuses là où ils peuvent : « nous préférons que nos enfants aillent danser dans un rallye plutôt que dans une boîte de nuit ». Tout d’abord, l’un n’empêche pas l’autre. Les adeptes des rallyes le sont aussi souvent des « boîtes ».

J’ai pu constater, un vendredi de la Passion (précédant une Semaine Sainte), que des parents n’étaient pas du tout gênés d’organiser une soirée rallye ayant pour thème : « bas résille et open bar ». M’y étant rendu avec quelques étudiants sains d’esprit, nous avons pu constater que la soirée n’avait rien à envier à une boîte de nuit. La honte affligeait les âmes aux regards fuyants des jeunes ainsi affublés. Les parents seuls étaient en colère de notre présence pourtant seulement extérieure. Nous étions restés dans la rue, mais il est vrai que simple fait d’être là avait provoqué un malaise chez ces chérubins de bonnes familles. Leur malaise révélait encore un reste de santé d’âme, alors que la réaction des parents manifestait un état comparable à l’alcoolique capable d’une fureur irrationnelle s’il n’a pas sa bouteille. Comment voulez-vous entendre les excuses de parents qui infligent à leurs enfants une telle humiliation à grands frais ? L’excuse de cette soirée, son prétexte ? Une récolte de fonds pour une bonne œuvre… Je vous laisse méditer…

Ce qui m’étonne, dans ces excuses, c’est qu’elles présentent les rallyes comme un moindre mal. Mais alors, pourquoi les défendre avec autant de hargne, et pourquoi ne pas imaginer une proposition qui serait bonne ? Les rallyes ne sont pas une réponse à des maux possibles, mais l’enrobage d’une pourriture intérieure. Dans l’Évangile, le Fils de Dieu nomme cela « hypocrisie », dont ces « sépulcres blanchis » de pharisiens sont l’incarnation. Ces excuses sont du même ordre.

Le prétexte des « mauvaises fréquentations » évitées à vos chers petits est elle aussi factice. L’expérience montre qu’il y a une proportion de personnes saines d’esprit plus importante hors des rallyes que dans les rallyes. Rencontrer des personnes saines est le fait de la vertu et non d’un « entrisme ». L’entrisme est en général un principe de dégénérescence. La mauvaise foi fait ce qu’elle peut !

Les parents ont le légitime souci des relations de leurs enfants, et donc aussi de leur donner les moyens de ces bonnes relations en éclairant de temps à autre leur discernement si besoin était. La confiance est aussi une vertu de l’éducation. Tout cela suppose que ces mêmes parents ne confondent pas, pour eux-mêmes, amitié et relations mondaines. Il y a là une conversion personnelle en vue d’un plus grand bien : la diffusion de la vérité dans les relations familiales et amicales.

Pour conclure

Les jeunes  ne sont pas directement coupables. Certes, ils se rendent souvent puants aux yeux des autres à cause de leur comportement méprisant et superficiel. Mais ce n’est pas là la vérité de ce qu’ils sont. J’en appelle seulement à leur réveil humain et spirituel, à celui de leur véritable honneur.

Envers ceux les parents qui se font les hérauts des rallyes, j’éprouve une profonde pitié que je ne peux qu’exprimer avec une fermeté totale.

En plus d’une bonne dose de vérité, ce qu’il faut, pour être libre et transmettre le sens de l’honneur à vos enfants, ce qu’il faut actuellement plus que jamais, c’est du courage.

Courage de faire croître ce qu’il y a de meilleur chez les jeunes. Car ils en sont capables.

Courage de ne pas se laisser impressionner par la chape de nécessité qu’imposent les rallyes à votre esprit.

Courage de faire autre chose.

Courage de refuser l’illusion.

Courage de la vérité.

Courage d’être des parents.

Père Michaël Bretéché.

Notes

[1] Saint Thomas d’Aquin. De l’éducation des princes. chap. IV: Erreurs à l’égard des idées de noblesse.

[2] Livre I, Chap. V: De la vraie noblesse.

[3] P. Sevin. Le Scoutisme. Spes 1933 p. 43

[4] P. Forestier. L’esprit du Scoutisme. Le Chef n° 185 nov. 1941 p. 8 à 11

[5] Je cite là le très bon passage sur la question du « Livre d’Hermine » p. 64 s.

[6] Cf. Gal 5, 13

[7] Confessions X, 43, 70.

[8] Benoît XVI, Encyclique Spe Salvi, n° 28.

[9] Benoît XVI, Encyclique Spe Salvi, n° 24 b.

[10] Ne serait-ce que par la médisance…

[11] Sainte Catherine de Sienne, Dialogue 93

[12] « Livre d’Hermine » p. 64 s.

[13] Le livre de l’ordre de la Chevalerie ch. VI p. 73

[14] In saint Thomas, de l’éducation des princes.

Le Reiki

Parmi les « nouvelles techniques thérapeutiques » ayant recours aux principes taoïstes, une des plus connues et vulgarisées est le Reiki. On peut la prendre comme modèle de médecine alternative énergétique fondée sur les principes de la philosophie chinoise et japonaise.

Table des matières : 1. La naissance du Reiki — 2. La force universelle de vie — 3. Les initiation — 4. Un projet théurgique — 5. Vers un discernement — 6. La position des évêques américains (2009) — 7. Quelques documents et témoignages — 8. Quelques définitions du reiki donnés par des praticiens de la Sarthe.

1. La naissance du Reiki [1]

Mikao Usui (1864-1926) était professeur de théologie et prêtre chrétien japonais, né le 15 août 1864. Il dirigeait la petite université de Doshiha à Kyoto, au Japon. Un jour un de ses étudiants lui demanda de lui faire voir les miracles accomplis autrefois par Jésus. M. Usui ne put répondre à la demande, mais de ce jour, il s’intéressa à la question et chercha à découvrir sur quoi se fondaient les miracles accomplis par Notre Seigneur. Il reprit même des études à Chicago, apprit l’hébreu et le grec pour étudier les textes dans leur langue originelle, mais il ne parvint pas à découvrir comment Jésus opérait ses miracles.

Découragé, il rentra au Japon ; il lui restait cependant une ressource : il consulta les textes bouddhistes, car Bouddha avait lui aussi semble-t-il un pouvoir de guérison. La légende nous dit que M. Usui étudia le sanskrit pour lire les textes du bouddha dans la langue originelle. Enfin ses efforts assidus furent couronnés de succès : il découvrit des notes qu’un disciple du Bouddha avait prises, et qui décrivaient comment le Bouddha guérissait.

Or le document présentait une série de symboles, qu’Usui ne savait comment utiliser. Il décida d’entreprendre une retraite de vingt et un jours sur le mont Kurama, trois semaines pendant lesquels il jeûnerait, méditerait et invoquerait la force divine. Au terme de cette retraite, le vingt et unième jour, il vit fondre sur lui une boule de lumière d’une intensité indescriptible, et tomba dans une transe profonde. Des milliers de bulles multicolores se mirent à danser devant ses yeux. Il vit que certaines d’entre elles étaient translucides et renfermaient les symboles qu’il avait découverts dans les manuscrits. Immédiatement, il sut intuitivement ce que signifiaient ces symboles et comment les utiliser.

La vie et le savoir du Maître se transmirent oralement jusqu’en 1982, date à laquelle remontent les premières publications concernant le Reiki.

 

2. La Force universelle de vie

Reiki est un mot japonais qui désigne à la fois une force — la force universelle de vie -, un savoir, issu de la connaissance initiatique de cette force, et un ensemble de techniques concernant la transmission de cette force. Il s’agit d’un terme d’origine shintoïste, qui désigne quelque chose qu’on ne voit pas mais que l’on sent. Nous sommes donc dans le domaine de la perception subtile et de l’intuition.

Reiki est l’énergie non pas personnelle, mais l’énergie-lumière, vitale, pure, une, en tant qu’énergie cosmique. Les premiers disciples du Dr Mikao Usui ont traduit Reiki par « force universelle de vie ». Le Reiki correspond donc au T’Chi chinois, au prâna hindou. On peut même trouver dans la série des analogies : l’Esprit Saint chez les chrétiens ! Ce qui nous met d’emblée au cœur de la confusion entre la nature et la grâce, confusion récurrente dans le contexte naturaliste où se développe le Reiki. Niant la transcendance du Dieu personnel judéo-chrétien, les différents naturalistes divinisent en effet les énergies créées, immanentes à ce monde, et ignorent tout de la grâce surnaturelle, proprement divine.

Les tenants du Reiki font le parallèle entre le début du livre de la Genèse, et la doctrine shintoïste, selon laquelle au début était la force originelle t’chi, qui s’est manifestée sous forme de son, et a créé le monde dans lequel nous vivons. Selon cette doctrine, tous les êtres seraient des manifestations de la force divine (émanationnisme). Plus nous nous ouvrons à elle, plus nous nous immergeons dans la vie cosmique. Le Reiki dispose précisément de plusieurs moyens permettant de canaliser l’énergie-lumière sur le corps physique, mental et spirituel d’une personne.

La personne qui s’initie au Reiki se laisse remplir de cette énergie et devient un canal de transmission de cette même énergie. La force et le cheminement du courant d’énergie dépendant totalement des besoins du récepteur.

L’énergie elle-même, dotée d’une intelligence plus vaste que la nôtre, sait ce dont le récepteur a besoin. Le Reiki est sensé guérir tous les niveaux de l’être : physique, mental, spirituel ; il se rattache explicitement au courant de pensée holistique qui caractérise le Nouvel Age.

Le Reiki nous dit-on, est aussi un moyen très efficace de se vider de toute pensée et de communier dans l’ici et le maintenant avec ce qui est « un ». L’adepte se met en état de médiumnité pour recevoir le Reiki, puis lorsqu’il le transmet, il infuse cet état de médiumnité à celui qui en « bénéficie », le préparant ainsi à devenir à son tour transmetteur du Reiki. C’est dans cet état de médiumnité que l’adepte devient réceptif aux entités du monde occulte, et qui sont les véritables agents des effets obtenus par la pratique du Reiki.

Ce mystérieux pouvoir de se donner et de transmettre aux autres l’énergie universelle, est transmis au cours de plusieurs initiations successives, au cours desquelles la personne reçoit non seulement une connaissance supplémentaire, mais surtout une imposition des mains de la part d’un initié supérieur. Cette opération magique met l’adepte en contact avec l’entité astrale qui collabore avec le Maître. Celui-ci transmet donc à l’adepte non seulement le Reiki et le pouvoir de le communiquer à son tour, mais il le met également en « lien » avec l’esprit occulte qui lui fournira désormais ses pouvoirs.

 

3. Les initiations

Le transmetteur de cette énergie cosmique doit se retirer en tant qu’individu, volonté, énergie personnelle, et devenir un bambou vide (état de médiumnité), un canal dans lequel pourra se déverser l’énergie de vie — ajoutons : et par lequel pourront librement agir les esprits du monde astral qu’il aura invoqué.

Les symboles du Reiki permettent de se « brancher » sur la fréquence de la fameuse énergie. Ces symboles se transmettent par voie orale, au cours du rite d’initiation au cours duquel l’adepte peut expérimenter l’énergie invoquée. Chacun de ces symboles correspond à un « esprit » particulier. L’utilisation du symbole dans le contexte d’un rituel approprié équivaut à une invocation de la dite entité.

L’initiateur ouvre un canal sur le sommet de la tête et dans les mains de l’adepte. L’énergie Reiki peut ainsi se déverser dans le corps par le sommet du crâne et se diriger vers les mains par lesquelles elle peut à nouveau se déverser dans un organisme — celui de l’adepte ou celui de quelqu’un d’autre. Ce canal demeure toujours réservé à cette seule énergie qui coule toujours dans le même sens.

« Vous tenez entre vos mains le pouvoir de « guérir », c’est-à-dire de rétablir l’équilibre et l’harmonie dans n’importe quel organisme humain ou non, le vôtre, celui de vos proches, de vos plantes, de vos animaux domestiques, mais aussi de n’importe quel organisme abstrait dans le sens d’ensemble organisé tel que la famille, le groupe de collègues, etc. »

Le système du Dr Usui prévoit trois degrés d’initiation.

1- Le premier consiste à ouvrir le canal par quatre initiations successives. Puis le maître vous montre comment poser les mains sur votre corps et sur le corps d’une autre personne. Avec la quatrième initiation qui a lieu en fin de week-end, le processus de nettoyage est en principe terminé, le canal est scellé et vous repartez avec ce nouveau trésor qui demeurera avec vous pour le restant de votre vie.

Après le week-end, il est bon de pratiquer aussi souvent que possible, car plus on donne du Reiki, plus l’énergie coule abondamment en nous. L’énergie s’intensifie dans la mesure où nous l’utilisons.

2- Le maître discerne qui est admissible à la seconde initiation. Le second degré prévoit deux initiations ainsi que l’apprentissage de clefs pour :

– augmenter l’efficacité des traitements ;

– intensifier le flux d’énergie ;

– effectuer des traitements mentaux et des traitements à distance.

L’explication suivante concernant cette seconde initiation, introduit aux fameuses « entités » annoncées :

« Lorsque l’initié aura suffisamment progressé, quand ses organes occultes auront pris forme, il faudra alors imprimer dans le corps éthérique ce qui avait été modelé dans le corps astral par la première initiation. Ce sera le second pas de l’initiation, celui que j’appellerai « illumination » : un monde spirituel apparaît alors autour de l’homme. Un monde caractéristique, car ce qui se passe dans le monde spirituel ne s’exprime pas comme le font les choses physiques, mais uniquement en images, en symboles, qu’il faudra déchiffrer, comprendre. Puis viendront les sonorités perceptibles à l’oreille spirituelle. Puis viendront les êtres spirituels, discrets tout d’abord, furtifs. Enfin, l’initié aura accès à la vie de ces êtres, c’est-à-dire à tout un égrégore dans lequel il pourra puiser une connaissance absolue. »

Ce commentaire affirme donc clairement que le but des initiations est de mettre l’adepte toujours plus explicitement en communication avec les « êtres spirituels » qu’il découvre progressivement, car ce sont eux qui communiquent à l’adepte ses pouvoirs. L’ensemble de la présentation permet d’identifier sans aucune hésitation ces fameux « êtres spirituels » : il s’agit d’entités du monde astral, que la tradition chrétienne classe parmi les esprits diaboliques.

3- Le troisième degré donne la capacité de donner des initiations, après avoir assisté un maître durant quelque temps. Il est même possible de recevoir une initiation à distance. L’explication donnée est tout à fait cohérente et intéressante :

« Comment fonctionne une initiation à distance ? Exactement comme une initiation sur place, en effet toutes les initiations se passent dans l’astral, et le maître qui initie en respectant un rituel précis approprié, n’est qu’un relais entre le monde physique et l’astral. »

4. Un projet théurgique

La plupart des écoles initiatiques contemporaines adoptent la terminologie du Tantrisme, et expliquent l’accès aux états modifiés de conscience en termes d’ouverture des chakras et action des mantras. Le Reiki ne fait pas exception :

« L’initiation produit des effets précis, tels que l’élévation du feu sacré de la base de l’épine dorsale vers celui des centres qui sera l’objet d’une attention particulière : le cinquième, le sixième ou le septième chakra. Ce chakra sera alors intensifié, et verra sa vitesse rotatoire augmentée. Le maître prononce alors « le mot », ou « la phrase » correspondant à ce degré d’initiation, et la force est ainsi précipitée vers les centres psychiques de l’initié, pour être absorbée par les centres éthériques. »

De même l’imposition des mains sur les patients se fait au niveau des chakras.

L’initiation est supposée mettre l’adepte en contact direct avec l’agent universel, dont il pourra désormais disposer ; plus exactement : dont il pourra désormais solliciter la collaboration.

L’omnipotence de l’initié peut ainsi être considérée par analogie, comme une sorte de reflet de l’omnipotence divine, par fusion avec la Force divine immanente à la nature.

Le document traitant du Reiki confirme la finalité des initiations successives :

« Le but de tout cela ? Devenir le « Je suis », nom de l’entité divine, du principe christique de l’homme, de l’entité dont il ressent en lui une goutte, une étincelle, quand il peut dire quand on lui demande « qui es-tu ? » et qu’il peut répondre « je suis ! » »

Le Reiki se situe donc bien dans la perspective théurgique — auto-divinisation de l’homme — que nous retrouvons dans les doctrines ésotérique et occulte. Ce qui n’empêche pas les tenants du Reiki d’affirmer :

« Le Reiki n’est pas une religion, il ne repose sur aucun dogme ou doctrine, il n’est en fait qu’une très ancienne science curative, tombée dans l’oubli depuis des millénaires, et que le Dr. Usui redécouvrit dans l’ésotérisme des soutra tibétains. »

5. Vers un discernement

Ce bref aperçu suffit pour se convaincre que le Reiki est une pratique occulte, qui se fonde sur les grands principes de la magie :

– invocation des esprits du monde astral dans le but d’exercer avec leur collaboration des pouvoirs thaumaturgiques,

– sur l’horizon d’un mysticisme naturaliste prétendant que l’homme est une émanation de l’énergie divine omniprésente et

– qu’il peut dès lors prétendre à l’omniscience et omnipotence divine ; il lui suffit pour cela d’acquérir la maîtrise de l’énergie dans laquelle il est immergé et dont les initiations successives lui font prendre conscience.

Inutile de préciser qu’il est impossible de concilier une telle pratique magique,

– qui nie la transcendance divine ;

– qui affirme la divinité naturelle de l’homme, et rend ainsi inutile tout recours à un Sauveur ;

– dont l’efficacité se fonde tout entière sur une alliance avec les esprits des ténèbres, contactés au cours d’un rituel initiatique occulte,

avec une vie chrétienne qui se veut fidèle à la Révélation (Écriture, Tradition, Magistère).

Il n’est pas étonnant non plus que ce genre de pratiques, qui tirent leur « efficacité » de la collaboration avec les esprits des ténèbres, conduisent à moyen ou long terme, à différentes formes d’aliénation — psychique ou spirituelle.

 

6. La position des évêques américains[2]

La pénétration du reiki dans les centres spirituels et les institutions de soins catholiques, a amené les évêques américains à réagir par une prise de position publiée en 2009, « Lignes directrices pour l’évaluation du Reiki en tant que thérapie alternative ». Le texte, élaboré par le Comité doctrinal de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis (USCCB), présidé par Mgr William Lori, évêque de Bridgeport, Connecticut, a été approuvé vendredi par le Conseil d’administration.

« Le Reiki, une médecine alternative japonaise, manque de crédibilité scientifique et n’est pas compatible avec la foi chrétienne ; il ne peut donc être accepté dans les institutions de soins de santé catholiques ».

D’après ce document, « l’Église reconnaît deux types de guérison : la guérison par la grâce divine et la guérison qui recourt aux pouvoirs de la Nature ». Ces deux types de guérison « ne s’excluent pas l’un l’autre ». Toutefois, précise le document, le Reiki « ne s’appuie en aucun cas sur les découvertes de la science naturelle ou sur la foi au Christ ».

Le rapport indique que le Reiki est une technique de guérison « inventée au Japon vers la fin du XIXe siècle par Mikao Usui, qui étudiait alors les textes bouddhistes ».

« Selon l’enseignement du Reiki, — poursuit le document — la maladie est causée par certains types de troubles ou de déséquilibres dans notre ‘énergie vitale’. Un thérapeute de Reiki opère la guérison en imposant la ou les mains dans certaines positions sur le corps du patient, afin de faciliter la transmission du Reiki, l’ ‘énergie vitale universelle’, du thérapeute au patient. »

Guérison spirituelle

La thérapie, est-il expliqué plus loin, revêt plusieurs aspects d’une religion ; elle est « décrite comme un type de guérison spirituelle » avec ses propres préceptes éthiques ou « mode de vie ». Le Reiki « n’a pas été reconnu par les communautés scientifiques et médicales comme une thérapie efficace », est-il noté dans les Lignes directrices. « Des études scientifiques dignes de foi attestant l’efficacité du Reiki font défaut, de même qu’une explication scientifique plausible quant à son éventuelle efficacité ».

La foi non plus ne peut être à la base de cette thérapie, ont affirmé les évêques, car le Reiki se différencie de la « guérison divine telle que les chrétiens la connaissent ». Comme ils l’ont expliqué, « la différence radicale, qui saute aux yeux, tient au fait que, pour le praticien Reiki, le pouvoir de guérison est mis à la disposition de l’homme ». Alors que, « pour les chrétiens, l’accès à la guérison divine se fait par la prière au Christ, Seigneur et Sauveur », le Reiki est une technique qui se transmet du « maître » à élève, une méthode qui, maîtrisée, « produira de façon fiable les résultats escomptés ».

Des problèmes insolubles

Le texte énonce que « pour un catholique, croire à la thérapie du Reiki présente des problèmes insolubles. En matière de soins concernant sa propre santé physique ou celle d’autrui, utiliser une technique qui n’a pas de base scientifique — voire même de plausibilité — n’est généralement pas prudent ».

Au niveau spirituel, le document prévient : « il existe des risques importants ». Et d’expliquer : « Pour pratiquer le Reiki, on devrait admettre, au moins de façon implicite, certains éléments essentiels d’une vision du monde sous-tendant la théorie du Reiki, éléments qui n’appartiennent ni à la foi chrétienne ni à la science naturelle. Mais, sans justification venant soit de la foi chrétienne soit de la science naturelle, un catholique qui met sa confiance dans le Reiki opérerait dans le royaume de la superstition, le no man’s land qui n’est ni la foi ni la science ».

Le document conclut : « Puisque la thérapie du Reiki n’est compatible ni avec l’enseignement chrétien ni avec les preuves scientifiques, il serait inapproprié pour les institutions catholiques, tels que les établissements médicaux et centres de retraite, ou pour les personnes représentant l’Église, comme les aumôniers catholiques, de promouvoir ou de soutenir la thérapie du Reiki ».

7. Quelques documents et témoignages

* Estelle Ivanez et Christian Mortier, Abus, dérives, et non professionnalisme dans la pratique du Reiki, Publié par la Fédération Française de Reiki Traditionnel, 2012.[3]

* Mon aventure avec le reiki [4] (témoignage d’une personne chrétienne qui s’en est éloignée)

* Ma déception fut grande [5] (à propos du buisness autour du Reiki)

* Appel de détresse devant la manifestation de la kundalini [6]

* Le reiki consite à invoquer les démons avec des signes japonais [7] (témoignage d’Eduardo)

Le reiki, comme le spiritisme, ouvre une porte aux esprits.

 

8. Quelques définitions du Reiki données par des praticiens dans la Sarthe

Jean-Jacques Daret

https://www.lelabo-ecoute-communication.fr/activites/activites-individuelles/reiki-jjd/

Sylvie Haag

http://www.reiki-domotherapie.fr/index.php?page=reiki

Laure Boutillier

Soins http://etresonessentiel.fr/pages/reiki_soin.html

Initiation http://etresonessentiel.fr/pages/reiki_initiation.html

Christophe Tissier

HYPERLINK « http://www.magnetiseur-france.fr/initiations-reiki-le-mans-sarthe.html » \l « initiationreiki »

On voit que ces définitions du reiki n’ont pas grand-chose à voir avec l’analyse qui a été faite, et masque totalement les risques graves pour les « consultants ».

D. Auzenet

Notes

[1] Les points 1 à 5 de cet exposé proviennnent du site internet du P. Verlinde

HYPERLINK « https://final-age.net/2006/03/le-reiki/ »

Je recommande son petit livre sur le Reiki http://www.editionsbenedictines.com/livre-Le_reiki-82-1-1-0-1.html

[2] Le document en anglais est accessible ici : http://www.usccb.org/search.cfm?q=reiki

[3] http://www.le-reiki.org/wp-content/uploads/2015/07/Publication_reiki_FFRT-2012.pdf

[4] http://sosdiscernement.org/alpha/R/reiki/mon_aventure.pdf

[5] http://sosdiscernement.org/alpha/R/reiki/ma_deception.pdf

[6] http://sosdiscernement.org/alpha/R/reiki/montee_kundalini.pdf

[7] http://sosdiscernement.org/alpha/R/reiki/eduardo_demons.pdf

La Méditation Transcendantale

Technique mentale de relaxation, la Méditation Transcendantale (MT) a donné son nom à une puissante organisation internationale présente dans plusieurs dizaines de pays à travers de nombreuses structures, et dont la promotion est de plus en plus souvent assurée par les médias, mais aussi par des personnalités connues, dont il n’est pas interdit de se demander s’ils connaissent vraiment le mouvement.

Dans la revue BULLES, n° 136, 2017, pp. 14-20

Historique

Mahesh Prasad Wama (1917 ou 18-2008), plus connu sous le nom de Maharishi Mahesh Yogi est né en Inde. En 1940, après des études de physique à l’université d’Allahabad, il se tourne vers l’enseignement spirituel et devient disciple de Swami Brahmananda Saravasti Maharaj, alias guru Dev, leader spirituel d’un monastère. Après la mort de ce dernier, en 1953, Mahesh Prasad Wama entreprend de diffuser le savoir de son Maître lors de rassemblements dans divers endroits du sud de l’Inde. Il y enseigne une méthode simple et accessible à tous en vue d’atteindre le « Nirvana instantané ». Rapidement il forme le projet (pour le moins) ambitieux d’« ouvrir les portes de l’illumination à chaque individu et amener l’invincibilité, la paix, la prospérité et le bonheur à tous les pays ». En 1958, il prend le titre de Maharishi[1] et lance en Inde le Spiritual Regeneration Movement, « Mouvement pour la régénération spirituelle » dont l’objectif est la diffusion de cette méthode de méditation, qui serait issue d’une lignée de maîtres et qu’il aurait redécouverte.

En Inde, Maharishi ne suscite pas l’enthousiasme et, à partir de 1959, le mouvement s’internationalise avec des activités aux États-Unis et en Grande-Bretagne, puis des tournées mondiales de Maharishi, l’ouverture de centres locaux et la formation des premiers instructeurs de Méditation Transcendantale. À travers la création, aux États-Unis en 1966, d’une association s’adressant plus spécialement à la population universitaire, l’intérêt pour la méthode grandit. Le soutien de célébrités du monde du spectacle (les Beatles surtout) contribue au succès d’une pratique qui, adaptée à l’Occident, s’apparente à une technique de mieux-être dotée de vertus thérapeutiques.

En 1969, Maharishi commence à former des enseignants de MT, à Seelisberg (Suisse), nouveau siège mondial du mouvement. Il inaugure un cours de Science de l’Intelligence Créative. Les années 1970 voient le développement mondial du groupe et la création de sa propre université à Fairfield (Iowa), la Maharishi International University (MIU), devenue la Maharishi University of Management (MUM). En Europe le mouvement ouvre des centres dans plusieurs pays, dont le Maharishi European Research University (MERU) à Seelisberg (aujourd’hui au Pays-Bas).

En 1972, Maharishi annonce son Plan mondial pour « l’âge de l’illumination » et constitue le World Plan Executive Council pour mettre en œuvre son projet de résoudre au cours de cette génération les problèmes séculaires de l’humanité en créant dans le monde entier un centre de MT par million d’habitants.

Dans les années 1980-1990, plusieurs opérations contribuent à faire connaître les ambitions du mouvement comme la réunion, en 1984, de 7 000 adeptes rassemblés à la MIU de Fairfield pour une méditation de masse en vue de réduire crimes et accidents, faire remonter la Bourse et alléger les tensions mondiales ; ou l’offre faite au Président Bush d’engager 7 000 méditants « dans l’armée ou autre part » pour ramener les otages détenus au Moyen-Orient.

Fondé en 1992 sur la « Loi naturelle » redécouverte par Maharishi, le Natural Law Party préconisait l’utilisation des techniques de la MT et du programme TM-Sidhi (vol yogique) pour réduire ou éliminer les problèmes dans la société. En France, les candidats de ce Parti de la Loi Naturelle ont participé à quatre élections entre 1993 et 1999.

En 2000, Maharishi proclame l’établissement du Pays Mondial de la Paix sur Terre (Global Country of World Peace ou GCWP) « pour créer la paix globale du monde en unifiant toutes les nations dans le bonheur, la prospérité, l’invincibilité et la santé parfaite, tout en soutenant la riche diversité de notre famille mondiale. » Pays virtuel sans territoire ni frontières[2], le GCWP englobe l’ensemble des initiatives liées à la « totalité de la loi naturelle ». Tony Nader est nommé Maharaja Adhiraj Rajaraam, premier souverain régnant.

Maharishi est décédé le 5 février 2008 à Vlodrop (Pays-Bas), ses funérailles se sont déroulées dans son ashram d’Allahabad, en Inde, en présence d’autorités de l’État.

En soixante ans, la technique de base a été enseignée à des millions de personnes à travers le monde, le mouvement a initié de multiples programmes basés sur l’interprétation par Maharishi des traditions védiques, ouvert des centres, des écoles, des universités et des entreprises aux États-Unis, en Europe et en Inde.

Doctrine et pratique

Principes

Ni religion, ni philosophie, ni mode de vie, la Méditation Transcendantale se présente comme une « technique permettant à tout homme d’harmoniser sa vie spirituelle intérieure avec les splendeurs de la vie matérielle extérieure et de trouver Dieu en lui-même »[3].

Les principaux éléments théoriques de la pensée de Maharishi, contenus dans ses écrits, constituent la Science de l’Intelligence Créatrice, qui réunit la « Science védique » (selon Maharishi) et la science moderne. Toutes les manifestations, y compris les pensées, ont une même source : l’Être pur, aussi nommé absolu, ou champ unifié de la Loi naturelle (en référence à la science physique). L’homme qui n’a pas de contact direct avec l’Être vit de manière superficielle et son potentiel n’est pas utilisé de manière optimale.

Selon Maharishi, la MT est l’instrument qui va lui permettre de faire l’expérience de l’Être : la technique, par l’état de détente qu’elle procurerait, permettrait à l’esprit d’atteindre progressivement la Source d’une pensée, « le domaine de l’Être ». Un tel contact régulier lui permet d’accéder à un quatrième état de conscience (au-delà des états de veille, sommeil et rêve) : la conscience transcendantale ou conscience pure. Des niveaux de consciences supérieurs, la conscience cosmique, la conscience cosmique raffinée et la conscience-unité (stade de l’illumination) pourraient être ensuite atteints.

Pratique

Tout le monde peut pratiquer la MT quel que soit son âge (technique adaptée pour les jeunes enfants). Différente de toutes les autres méditations, la méthode est apprise auprès de « professeurs qualifiés qui enseignent de la même manière systématique depuis des millénaires (sic) ».

L’apprentissage de la MT suit une procédure normalisée, en sept étapes réparties sur quelques jours, le cours durant au total environ neuf heures. Strictement individuelle, l’instruction personnelle au cours de laquelle est enseignée la technique elle-même est en fait une cérémonie rituelle (puja) d’initiation au cours de laquelle l’instructeur récite un texte en sanskrit puis remet au nouvel initié un mantra spécialement choisi pour lui, en lui indiquant comment l’utiliser.

Le contenu de ce cours est confidentiel ainsi que te mantra remis par le professeur, celui qui le reçoit s’engage à ne pas le révéler. La MT ne peut être transmise qu’à travers ce processus très normalisé : « C’est une pratique très spécialisée et délicate. Il est important qu’elle soit apprise uniquement d’un professeur autorisé relevant d’un Centre du Plan Mondial », dit Maharishi. Cet apprentissage coûte 890 € (450 € pour les étudiants)[4].

Après cette initiation, la MT se pratique matin et soir pendant 15 à 20 minutes, les yeux fermés. Un suivi de plusieurs mois est proposé et encouragé, pour contrôler que la méditation est correctement pratiquée.

La formation de professeur se déroule sur plusieurs mois de façon continue, son prix (élevé) dépend de l’endroit où elle s’effectue.

Selon le mouvement, la pratique régulière procure de multiples bienfaits sur le plan personnel : gestion du stress, amélioration de la santé, développement de la mémoire, de la concentration et de la créativité, meilleures relations professionnelles. Mais la MT aurait aussi des effets bénéfiques sur le plan collectif, grâce à l’Effet Maharishi mis en avant par l’organisation : la pratique de la Méditation Transcendantale par un nombre suffisant de personnes (plus de 1 % de la population d’une ville, par exemple) permettrait de diminuer le nombre de crimes, d’accidents et de maladies.

Introduit en 1976 comme une « technique avancée », le programme TM-Sidhi, comprenant le vol yogique (Yogic Flying), améliorerait la santé et la réflexion grâce à la purification du système nerveux. Sa pratique collective par un groupe de personnes supérieur à la racine carrée de 1 % de la population considérée, produirait l’Effet Maharishi étendu, en diminuant sur la région les tendances négatives (conflits, terrorisme…) et renforçant les tendances positives grâce à la « cohérence dans la conscience collective »[5].

Le mouvement met en avant de très nombreuses études sur les effets bénéfiques de ces pratiques, mais selon l’Académie Royale de Médecine de Belgique « il n’existe actuellement aucune preuve solide montrant une supériorité de la MT relativement à d’autres formes de méditation. Il n’existe non plus aucun argument théorique qui permettrait de supposer une supériorité de cette forme de méditation. Les affirmations du mouvement MT quant à une supériorité scientifiquement établie de leur forme de méditation sont donc totalement erronées. »[6].

L’organisation

Avec l’établissement, en 2000, du Pays Mondial de la Paix sur Terre (GCWP), le mouvement s’est doté d’une organisation centralisée, considérée comme sans défaut et immuable, ayant à sa tête le Maharaja désigné par Maharishi (Tony Nader). Il est assisté pour diriger le Pays par un premier ministre et douze ministres, chacun responsable d’une branche d’activité, et d’un conseil de Rajas dont le rôle est la propagation des programmes du mouvement dans une région géographique déterminée. Sur le plan national, l’administration est structurée de la même façon : un administrateur nommé, assisté de douze administrateurs, un par branche d’activité.

Les femmes n’ont pas accès à ces postes, mais l’Organisation Mondiale Mère Divine (Global Mother Divine Organization) s’occupe particulièrement d’initiatives pour les femmes dans l’éducation, la santé, la culture et les arts.

Le siège international est au Pays-Bas, à Vlodrop. Etablie en 2001, la Maharishi Global Financing Research, fondation de droit néerlandais, a pour but de servir de trésorerie au GCPW. Elle a lancé sa propre monnaie, le Raam, destinée à devenir « la monnaie mondiale du développement du Pays Mondial de la Paix sur Terre », convertible aux Pays-Bas et à Maharishi Vedic City (Iowa).

Le site du GCWP est à lui seul le reflet des ambitions démesurées du mouvement, dont le projet de créer la paix mondiale « en unifiant toutes les nations dans le bonheur, la prospérité, l’invincibilité et la santé parfaite » se décline dans tous les domaines de la vie des individus comme des collectivités. De nombreuses structures ont ainsi vu le jour, telles que Maharishi International University (Fairfield, Iowa, USA), Maharishi European Research University (MERU), Maharishi University of Natural Law (GB), Maharishi Vedic University, Maharishi Vedic Education Development Corporation, basée à Maharishi Vedic City (Iowa) qui gère les licences des nombreuses marques déposées du mouvement[7]. Dans un article du Times en 2008, la fortune du groupe était estimée à 3,5 milliards de dollars.

Parmi les domaines d’application, citons :

  • La santé, avec le Maharishi Ayurveda ou « Approche védique Maharishi de la santé ». Des cours de base pour tous sont proposés (lecture du pouls, prévention, alimentation, Yoga Maharishi, tarif 300 €)[8], l’organisation possède aussi des centres de santé ; la société Maharishi Ayurveda Products India produit des préparations distribuées par des entreprises du mouvement.
  • L’éducation, avec un programme « Education fondée sur la conscience », la théorie du « champ unifié » de la Loi naturelle éclairant l’enseignement de différentes disciplines. Quelques établissements existent à travers le monde, et le mouvement cherche à en établir d’autres. Mais le projet est aussi d’introduire dans toutes les écoles des séances de MT pour les enseignants et les élèves.
  • L’architecture, avec le Maharishi Sthapatya Veda, ensemble de principes architecturaux régissant la construction de bâtiments. Selon le mouvement, la plupart des bâtiments des grandes capitales sont mal orientées, ce qui entraîne une augmentation du stress collectif et engendrera, à terme, « criminalité, terrorisme, catastrophes naturelles ».

Propagande et lobbying

Objectif principal du mouvement, l’ambition initiale de Maharishi d’amener paix, invincibilité et prospérité au monde entier est au cœur de la communication du GCWP qui possède plusieurs médias : une maison d’édition, MUM Press (Maharishi University of Management press), Maharishi Channel (chaîne de télévision diffusée via internet et le satellite), KHOE radio.

Mais c’est surtout à travers des campagnes menées par diverses associations et fondations et des opérations ciblées que le mouvement a toujours fait sa propre promotion :

  • Dans les années 1980-1990, plusieurs tentatives d’infiltration au niveau du pouvoir en Roumanie, en Zambie, au Mozambique.
  • Le Parti de la Loi naturelle qui aurait été actif dans soixante-quatorze pays, la Maharishi Foundation (GB), enregistrée comme organisme de bienfaisance (charity), organisation aux Pays-Bas du congrès international d’Ayurveda, présidence de l’Union Mondiale des Scientifiques pour la Paix (Global Union of Scientists for Peace — GUSP).
  • La Fondation David Lynch, le cinéaste étant un soutien inconditionnel du mouvement et ne manquant jamais l’occasion d’en faire la promotion. Décoré de la Légion d’Honneur par le président Nicolas Sarkozy, David Lynch avait profité de la rencontre pour essayer de convaincre le Président de la République « qu’il suffirait d’unir les ondes positives d’un millier d’adeptes en France pour vaincre le chômage et la criminalité ». La fondation finance la mise en œuvre institutionnelle de programmes axés sur la méditation transcendantale auprès de publics en difficulté.
  • Actuellement, la pénétration du monde économique se développe à travers des stages de MT, technique censée améliorer l’efficacité individuelle et la rentabilité. Récemment, l’organisation a réussi à être intégrée dans le programme interne de formations à destination des fonctionnaires de la Commission européenne.

 

Pour conclure

La MT se présente comme une méthode « simple, naturelle, ne nécessitant aucun effort et se distinguant des autres techniques de méditation ou de relaxation par une absence totale de concentration et de contemplation », accessible à tous ; en réalité elle ne s’adresse pas à tous, l’initiation et les activités coûtent cher et ciblent un public économiquement favorisé chez lequel la pratique a tout pour induire un sentiment de « supériorité et triomphe », clairement illustré par les affirmations lues sur tous les sites du mouvement.

« Une étude comparative objective a été menée sur la Méditation Transcendantale et sur d’autres techniques de méditation. Ses conclusions sont on ne peut plus claires : ce n’est tout simplement pas comparable. »[9].

Comment, avec ses prétentions démesurées et uniformisantes, la Méditation Transcendantale pourrait-elle être l’instrument d’une paix entre les individus et entre les pays ?

Notes

[1] Maha = grand et rishi = voyant

[2] Plusieurs tentatives pour fonder un état indépendant, en Afrique, Asie ou Amérique du Sud, ont échoué.

[3] Maharishi Mahesh Yogi, La science de l’être et l’art de vivre, Paris, Editions Robert Laffont, 1976, p. 31.

[4] http://mt-maharishi.com/apprendre.html

[5] http://www.sante-conscience.fr/effet-maharishi

[6] CIAOSN, 12 octobre 2009, Avis concernant la Maharishi Global Financing Research Foundation/ Méditation Transcendantale http://www.ciaosn.be/avis091012.pdf.

[7] https://maharishivediccity-iowa.gov/

[8] http://www.ayurveda-maharishi.fr/

[9] https://tmhome.com/learn-to-meditate/france-transcendental-meditation-tm/

Le Bouddhisme en Occident : réalités méconnues et histoire occulte

Le thème annoncé est abordé à partir de 10.45

Étaient invités pour cette émission exceptionnelle sur la bande FM :

Autres publications évoquées :

Le Centre de gravité professionnel

Ouverture

Dans notre époque souvent difficile sur le plan économique, les jeunes comme les adultes cherchent leur place, tant dans la société que dans l’entreprise.

Pour les jeunes, il s’agit de choisir un cursus d’études supérieures qui sera une porte d’entrée dans la vie active. Ce choix doit correspondre le mieux possible aux potentiels, aux compétences et aux aspirations de chacun.

Pour les adultes en reconversion, il s’agit d’abord de réaliser un bilan des expériences professionnelles antérieures avant de construire un nouveau projet, en continuité ou en rupture.

C’est dire si l’enjeu du travail du consultant en orientation est important! Quant aux candidats à l’orientation, ils doivent faire leur choix dans une offre un peu opaque où le meilleur côtoie l’approximatif.

Il nous a semblé utile d’apporter des critères de discernement sur une de ces méthodes en particulier. En effet, l’analyse du Centre de Gravité Professionnel (CGP) séduit de nombreuses personnes, dans le milieu chrétien notamment.

Notre objectif est d’éveiller à quelques questions fondamentales afin que chacun puisse mener sa propre réflexion et faire un choix éclairé sur la méthode et le professionnel avec lequel il discutera de ses projets d’avenir.

Le document que vous avez sous les yeux ne prétend pas proposer une analyse exhaustive de la méthode CGP, ni de la biographie de son concepteur. A plusieurs, nous avons tenté de mettre en évidence certains points, à la lumière des contenus disponibles sur internet et à la lecture de deux livres de la méthode CGP : La personnalité professionnelle, Tome I et II (édition de l’Harmattan).

Bien évidemment, le lecteur reste libre d’avoir un point de vue différent de celui que nous proposons.

NB : Cet e-book est le fruit d’un travail de recherche collectif. Il a été mené par des personnes qui aiment réfléchir et questionner les idées qui sont dans l’air du temps. Leur désir est de partager leurs interrogations afin de permettre à chacun de se forger sa propre idée.

Robert Jourda, l’inventeur

L’inventeur du concept de Centre de Gravité Professionnel et fondateur de l’Institut de la Vocation (Lyon), Robert Jourda, est peu bavard sur sa formation : il revendique une formation commerciale supérieure, trois ans de fac de psycho, une psychanalyse et de nombreuses intuitions personnelles. Il ne donne dans la littérature accessible aucune indication sur les fondements de sa méthode. Cette méthode est largement expliquée dans ses ouvrages sur la personnalité professionnelle.

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=auteurs&obj=artiste&no=8714

On pourra écouter sa conférence sur youtube intitulée « homo creator« . Il y raconte la genèse du concept d’homo creator, homme créateur, qui serait pour lui le dernier stade de l’évolution humaine, compromis entre les forces naturelles et notre désir de faire des choses à notre manière.

Jourda est actuellement président du Rassemblement des Astrologues Occidentaux, dont le but est de « donner une déontologie à l’art de l’astrologie ».

Le rassemblement des astrologues occidentaux a organisé en 2016 un colloque intitulé : «Comment trouver sa vocation grâce à l’astrologie ? », thème qui rejoint directement les préoccupations de R. Jourda.

On trouve aussi un livre écrit par lui sur le « le thème astral de Jésus ».

Sur le site du Rassemblement des astrologues occidentaux, nous trouvons plusieurs articles de Robert Jourda traitant de l’astrologie en lien avec d’autres thèmes.

http://www.astrologie-rao.com/revue-3711/rechercher-un-article/

Nous lisons dans un article intitulé « La Causalité astrale » :

« Je soutiens qu'il y une causalité astrale qui régit la vie humaine. »

« Tout le monde est d'accord pour constater que l'homme a, de tout temps, projeté dans le ciel tout ce qui naissait dans son psychisme. Est-ce à dire que les attributs astrologiques de Saturne sont de l'arbitraire total ? Non bien sûr. Ils sont au contraire particulièrement pertinents. Ce ne sont pas des concepts qui sont passés par la tête des hommes, comme ça par hasard, ce sont à proprement parler des propriétés de la planète qui ont été constatées sous la forme d'états et de comportements humains.

Quand Ptolémée écrit que Saturne "fait ceux qui ont un grand soin de leur personne, qui sont graves, pensent profondément, qui sont tristes, solitaires, laborieux, impérieux, (...)", il affirme ce que lui et ses prédécesseurs ont observé. Il ne dit pas que Saturne donne l'image de, il dit que Saturne fait. Les planètes ne sont pas des symboles, elles n'ont aucun pouvoir de représentation abstraite des propriétés qu'on leur attribue, elles sont des énergies fonctionnelles en action et en interaction, entre elles, et en direction de la Terre. »

« Pratiquer l'astrologie, ce n'est pas appliquer et combiner une série de règles qui énoncent des causes célestes qui produisent des effets terrestres, c'est établir une correspondance, au moyen de symboles et par le raisonnement analogique, entre une situation céleste d'une part et une situation terrestre d'autre part. La carte du ciel que l'on dresse ne décrit pas le système causal de, par exemple, la personnalité de quelqu'un, elle donne une image de cette personnalité. Par exemple, votre Neptune de naissance révèle que le déterminisme terrestre a fait de vous quelqu'un d'un peu brouillon. »

Plus loin, nous avons encore cette analyse :

« Que les astres lointains et même le cosmos le plus reculé (les portions de ciel du zodiaque) exercent une action sur notre être et ses manifestations, je sais que c'est inouï et qu'aucune radiation/onde/vibration n'est décelable et a fortiori mesurable, mais les effets de cette cause sont parfaitement identifiables et nous les identifions depuis des milliers d'années : quand va- t-on cesser de refuser d'analyser ces observations sous prétexte que leur cause est inouïe ? »

Commentaire :

Nous émettons une première réserve pour une démarche qui ne se place pas une dans une lignée issue des sciences humaines validées. Dans sa conférence sur « l’homo creator », Robert Jourda plaide pour le syncrétisme de sa démarche, il a compilé de nombreux ouvrages et a inventé son propre chemin.

Chez Jourda, « la personnalité professionnelle est le type de de contribution que l’individu porte en lui de manière innée » (Tome I, p. 43), il y a là comme une sorte de déterminisme qui est présent dès la naissance. Ce postulat est cohérent avec le discours qu’il tient dans ses réflexions astrologiques.

Nous pensons qu’il est difficile de vouloir distinguer une méthode ou une œuvre de son fondateur. Or, le fondateur de CGP pose question.

Ci-dessous, représentation du thème astral d’une personne

L’institut de la vocation

«Vocation et personnalité professionnelle sont une seule et même chose, l’actualisation sur le plan socio-professionnel de la pulsion de transformation du monde extérieur » (Tome I p. 43)

Les praticiens en CGP sont formés au sein de « l’Institut de la Vocation » basé à Lyon.

La formation comprend 2 sessions de 2 jours, soit 4 jours au total.

Un logiciel acheté 2500 € auprès de l’institut de formation permet de calculer automatiquement les résultats du questionnaire et d’éditer le texte d’analyse standard du type de Personnalité Professionnelle correspondante.

Les chapitres suivants sont une analyse de la présentation du CGP à partir des informations présentes sur le site de l’Institut de la vocation en janvier 2017.

Les énergies fonctionnelles

Le principe à la base de cette approche stipule qu’en situation de travail chaque individu est animé par une « pulsion de transformation du monde ». Pour transformer le monde, quatre énergies seraient à l’œuvre, présentes à des degrés divers en chacun de nous. (Site internet)

Voici ce que dit le site internet de l’institut de la vocation :

« Qu’est-ce qu’une énergie fonctionnelle ?

Le mot "énergie" se réfère au constituant fondamental de la matière sous toutes ses formes et le mot "fonctionnelle" évoque la différenciation que peut revêtir une énergie (par exemple pour l’électricité : énergie calorique, énergique magnétique, énergie cinétique). En Analyse CGP, ces différenciations concernent et l’énergie d’expression de soi, et l’énergie de transformation du monde qui est le constituant fondamental de la personnalité professionnelle.

Il y a quatre différenciations. Elles ont été nommées respectivement : Fantasme, Règle, Pensée et Milieu.

L’énergie fonctionnelle "Fantasme" est, en termes simplifiés, le besoin de libre-expression-de-soi.

Elle est appariée à l’énergie fonctionnelle "Règle" qui se définit, toujours en termes simplifiés, comme le sens des lois qui gouvernent la Nature et la Société. Ces deux énergies agissent en opposition. Il est convenu de les représenter sur un axe vertical (axe des ordonnées).

Sur un axe horizontal, croisant le précédent, (axe des abscisses) on fait figurer d’une part l’énergie fonctionnelle "Pensée" qui se définit comme la capacité/besoin d’analyser rationnellement le monde.

À l’opposé et en opposition de force, on place l’énergie fonctionnelle "Milieu", abréviation de « Adaptation au Milieu », qui se définit comme le besoin-capacité d’adaptation instinctuelle aux réalités.»

Commentaire :

Les énergies sont présentées sous forme d’un graphique, ce qui donne à la personnalité professionnelle une apparence mathématique, c’est-à-dire une apparence d’évidence, d’objectivité, mais on ne sait pas d’où viennent ces quatre composants, ni comment la représentation a été mise en place.

Le postulat des énergies fonctionnelles ne fait aucune référence à une théorie reconnue des sciences humaines. Or c’est à partir de ces différents types d’énergie que l’analyse CGP prétend classer les personnalités et orienter les choix d’études et de carrière.

La notion d’énergie comme constituant de la matière qui aurait une influence sur les êtres et les choses se retrouve dans les pratiques de la famille du magnétisme.

Le centre de gravité

Les énergies sont reliées à des « pulsions », elles-mêmes mises en lien avec des catégories « d’intelligence ».

Le terme « pulsion » est utilisé ici sans que l’on sache précisément ce qu’il recouvre. Or, selon le Larousse, il s’agit d’une « force à la limite de l’organique et du psychique qui pousse le sujet à accomplir une action dans le but de résoudre une tension venant de l’organisme. » Ce terme fait son apparition avec la psychanalyse de Freud.

Ici, la pulsion est reliée avec l’intelligence, selon le Larousse, la « qualité de quelqu’un qui manifeste dans un domaine donné un souci de comprendre, de réfléchir, de connaitre et

qui adapte facilement son comportement à ces finalités. »

Le couplage de R. Jourda entre la pulsion où le libre-arbitre est absent d’une part, et l’intelligence, où la personne agit ses liens personnels pour trouver des solutions d’autre part, rend la démonstration du fondement de CGP encore plus opaque.

Voici le descriptif en ligne :

« Les lettres-codes des quatre énergies sont : F R P M.

A partir de ces 4 sortes d’énergie, Robert JOURDA, fondateur de l'Institut de la vocation et inventeur de l'outil CGP, a répertorié quatre pulsions de nature différentes :

• Le Fantasme lié à l'intelligence émotionnelle

• La Règle liée à l'intelligence normative

• La Pensée liée à l'intelligence rationnelle

• Le Milieu lié à l'intelligence instinctuelle



Selon lui, ces pulsions agissent en proportion variable chez tout individu immergé dans un contexte socio-professionnel. Un centre de gravité est le point sur lequel un corps se tient en équilibre dans toutes ses positions. Le point d'équilibre de ces forces est identifiable et représentable graphiquement. On dit, en raccourci, que c’est le CGP de la personne et que ce CGP définit sa personnalité professionnelle et met en évidence le lien qui existe entre personnalité et activité professionnelle.

Le Test CGP est un indicateur typologique. Les types de personnalité professionnelle sont fixés à l’avance : une personne appartient nécessairement à tel type à l’exclusion (relative) de tous les autres. Le Test n’a pas besoin de beaucoup de questions pour déceler cette appartenance à un type. A la performance technique - une identification claire et précise, et uniquement sur le terrain de la compétence au travail - l’Analyse CGP allie la rapidité d’exécution. »

Commentaire :

Les promesses du CGP sont de l’ordre d’une identification d’un type de personnalité signant pour un individu donné l’appartenance à une catégorie déterminée (on en compte 321, chiffre avancé lorsqu’on objecte que l’être humain ne peut se résoudre à des catégories). Il est même prévu une typologie pour ceux qui détestent les tests ! On rencontre 5 cas identifiés d’indétermination totale, c’est-à-dire de gens pour lesquels « la conscience de ce pourquoi on est fait n’a pas pu se faire, et le test CGP les détecte impitoyablement » (tome II,p. 49). Que faire pour le jeune dans ce cas-là ? Pourquoi ce côté impitoyable du test ? L ’indétermination serait-elle un dysfonctionnement à traquer ?

Il n’est pas évoqué le fait que la personnalité d’un individu puisse évoluer tout au long de la sa vie, l’appartenance à un type donné semble non seulement fixée par avance mais définitif. Cela contredit le simple bon sens qui veut que les expériences nous permettent d’évoluer en termes de centres d’intérêts, de compétences, de manière d’agir.

Serions-nous donc prédéterminés dès l’adolescence, voire dès la naissance ? Notre façon d’être et de faire est-elle similaire à 15 ans et à 45 ?

Cette personnalité, issue du centre de gravité trouvé sur le diagramme, est donnée, il convient de la faire émerger si elle a été enfouie : « l’important est de comprendre pourquoi l’accompagnement parental a pu permettre le développement d’une personnalité professionnelle tout en en empêchant la conscience claire » (tome II p. 51). C’est le rôle de l’analyste CGP, qui seul a la clé du diagramme. Il devient même un « parent de substitution ».

Comment admettre que l’analyste CGP puisse être le seul à savoir quelle est notre personnalité professionnelle ?

La personnalité professionnelle

Poursuivons avec la présentation du test que nous trouvons sur le site internet de l’Institut de la vocation :

« Le Test CGP est un questionnaire à choix multiple, très court puisqu’il ne comporte que 14 questions. Il fonctionne comme indicateur du type de « personnalité professionnelle » auquel appartient l’analysé. Les types de personnalités sont donc définis à l’avance et font l’objet d’un descriptif standard accessible grâce à l’acquisition du Logiciel CGP Test.

Ce logiciel CGP Test qui contient toutes les analyses standard édite pour chacune un descriptif de deux à quatre pages. Chaque descriptif évoque des types de "métiers" à titre d’exemple de ce qui convient à la personne, mais toute fonction professionnelle, quelles que soient ses exigences spécifiques, peut être déclarée appropriée à une personnalité professionnelle donnée.

Combien de personnalités différentes ?

Derrière la notion ancestrale de vocation, se profile le concept de personnalité professionnelle développé par Robert Jourda : « Elle confère de façon singulière à chaque individu une capacité de réponse aux exigences spécifiques d’une activité productive déterminée » »

Le type de base et les variantes

« L’analyse CGP décrit cette tendance caractéristique que chacun de nous manifeste dans sa façon d’assumer les tâches, les fonctions, les responsabilités professionnelles. Elle affirme que chaque être humain a un comportement professionnel naturel qui s’inscrit dans une typologie des comportements. Lorsque cet être humain a la chance d’exercer le type de tâche/fonction/responsabilité pour lequel il est fait, il a toutes les chances de se sentir à la fois heureux et compétent. »

« Le CGP distingue 9 types de base : le concepteur, le créatif, l’animateur, le créateur, le réalisateur, le service public, le maître et technicien, le méthodologiste, le polyvalent.

À partir de ces neuf types, il dresse une typologie de 61 personnalités professionnelles différentes (151 avec les variantes).

Les noms de toutes ces personnalités professionnelles ont été puisés dans le vocabulaire professionnel ou courant. Ils sont à prendre pour leur valeur d’image et non comme une qualification professionnelle. Exemples : Animateur entraîneur, Réviseur, Réparateur avisé, Entrepreneur modéré, Créatif inspiré, Artisan pratique… »

Commentaire :

D’où viennent les types de personnalités définis par Robert Jourda ?

Quels fondements théoriques issus des sciences humaines universitaires permettent d’aboutir à cette classification ? A-t-elle fait l’objet d’une validation scientifique ? Peut-elle être partagée avec d’autres disciplines reconnues ?

Quelle différence le consultant fait-il entre la personnalité professionnelle et la personnalité ? Pourquoi cette dissociation de l’individu ?

Comment une méthode d’analyse d’un profil professionnel peut-elle certifier qu’une personne se sentira heureuse et compétente dans son métier ?

 

Le test CGP

Le test comprend 14 questions, nous les reproduisons ici.

1/ Vous êtes dans une grande entreprise. Dans laquelle de ces quatre équipes souhaiteriez-vous travailler ?
A – M L’équipe qui présente les produits dans toutes les foires internationales
B – F L’équipe qui cherche des produits nouveaux par la créativité
C – P L’équipe qui met au point une méthode de direction par objectifs
D – R L’équipe qui teste les produits en vue d’obtenir une norme de qualité

2/ Vous êtes avec d’autres personnes dans une association sans but lucratif, que préférez-vous faire ?
A – P Rédiger les statuts et les définitions de fonction
B – R Présider le conseil d’administration
C – M Faire rentrer les cotisations et obtenir les subventions promises
D – F Organiser une grande réception des membres et de personnalités

3/ Quelle profession choisiriez-vous si vous n’aviez qu’une des quatre suivantes à choisir ?
A – F Poète
B – R Juge
C – M Représentant
D – P Mathématicien

4/ Vous faites partie du conseil municipal et vous devez opter pour l’une des quatre commissions suivantes. Laquelle choisissez-vous ?
A – P Commission « Plan d’urbanisme à long terme »
B – R Commission « Problèmes de délinquance »
C – F Commission des Fêtes
D – M Commission « Développement des zones industrielles »

5/ Vous devez faire une thèse sur l’un des quatre sujets suivants. Lequel choisissez-vous ?
A – M+R L’univers hospitalier
B – M+F Les coopératives ouvrières
C – P+F Le couple demain
D – P+R La famille, en milieu rural

6/ Quelle profession choisiriez-vous si vous n’aviez qu’une des quatre suivantes à choisir ?
A – M+F Reporter international
B – F+P Membre d’un bureau d’études
C – P+R Conservateur des monuments historique
D – M+R Directeur de la Maison des Jeunes et de la Culture

7/ Laquelle de ces quatre exclamations pourraient être une de vos réactions ?
A – R Faut pas exagérer
B – P À y bien réfléchir
C – M Dis donc, ça paye
D – F Ça, c’est chouette

8/ Laquelle de ces affirmations correspond le mieux à vos sentiments profonds ?
A – M+R Il faut se regrouper pour protéger les acquis
B – F+P Il faut se rencontrer pour mettre en question les acquis
C – P+R Il faut se retrouver pour réfléchir sur les acquis
D – M+F Il faut se rassembler pour aller jusqu’au bout des conquêtes possibles

9/ Si vous deviez vous intéresser à de nouvelles formes de vie sociale, que préfériez-vous ?
A – F Les découvrir
B – M Les vivre
C – P Les théoriser
D – R Les confronter aux valeurs sociales

10/ Laquelle de ces quatre expressions a le plus de chance de venir dans votre conversation ?
A – F+P Euréka, j’ai trouvé.
B – P+R La sagesse populaire dit…
C – M+R Luttons !
D – M+F On les tient

11/ Vous êtes invité à une soirée costumée, quelle est votre réaction ?
A – F Terrible, chouette, on va rigoler.
B – R Je ne veux pas me prêter à ces mascarades.
C – P C’est un jeu tout à fait traditionnel qui ne fait que pousser à ses limites le comportement que l’on a dans toute soirée
D – M C’est un excellent moyen pour attirer du monde et rencontrer des gens

12/ On vous offre un tableau. Vous avez à choisir entre deux scènes héroïques : sur l’une on voit Gandhi, sur l’autre on voit Marco Polo. Quel tableau acceptez-vous ?
A – F+P Gandhi
B – M+R Marco Polo

13/ Qu’est-ce qui est le plus important pour vous dans la vie ?
A – F+P Organiser son plaisir
B – R+M Gérer ses biens

14/ Tout compte fait, quel est le vecteur principal de votre comportement ?
A – P La réflexion
B – R La morale
C – F Le bonheur
D – M La vie

Source : tome I, pp. 51-53

Commentaire

Quatorze questions pour définir une personnalité, cela parait très peu.

Comment les lycéens qui font ce test peuvent-ils se reconnaitre objectivement dans certains des items proposés dont les réponses font parfois appel à des connaissances ou des expériences qu’ils n’ont pas encore acquises ?

D’une manière générale, le questionnaire en sciences humaines est un outil à prendre avec précautions, car il permet toutes les approximations, tous les contournements, tous les sabotages conscients ou inconscients.

 

Les moyens et outils du diagnostic

Avant la passation du test,

l’entretien commence par un long échange avec la personne qui consulte : adulte en reconversion ou lycéen/étudiant, accompagné de ses parents.

En particulier, les questions qui touchent à la psychologie arrivent très rapidement dans cet entretien de type « histoire de vie ». De nombreux cas sont rapportés dans le tome II qui racontent la recherche du moment important où la personne pleure : « souvent des larmes viennent à tous les yeux » (tome II p. 57). L’analyste engage alors les parents à poser un « acte de réparation » (tome II p. 45).

Commentaire

Chercher à susciter un bouleversement émotionnel chez une ou plusieurs personnes, dans le cadre d’un bilan d’orientation, ressemble fort à une technique de déstabilisation. Les prérequis pour devenir consultant CGP ne mentionnent pas de diplômes ou certifications spécifiques en psychologie alors même que la méthode aborde directement cet aspect, et que la formation CGP proprement dite dure 4 jours.

Comment l’analyste CGP est-il formé à la psychologie, notamment des adolescents ? Comment sont gérés ces aspects psychologiques si le consultant n’est pas psychologue ? Certains parents ou jeunes ont rapporté que tout ce qui a été dit dans cet entretien a servi de matériau à l’exploitation du test, qui ensuite ne leur a rien apporté de plus.

Le rôle des parents

Jourda développe dans la partie concernant l’accompagnement des personnes des concepts psychologiques tels que « le dépôt d’angoisse », « le devoir d’héritage », « le rôle de la fratrie ».

Il établit en outre une typologie des parents qui amènent leur enfant. Ceux-ci sont bien souvent considérés comme ayant empêché l’émergence et l’épanouissement de la personnalité professionnelle de leur progéniture. Le consultant CGP peut se vivre alors comme le parent de transition qui permet de pallier cette déficience parentale.

Robert Jourda note : « la restitution des éventuelles défaillances de l’accompagnement parental est très délicate » (tome II p. 57)

Commentaire :

Les parents sont-ils au courant de ce tournant possible dans leur démarche d’orientation pour leur enfant. Dans le cas d’un entretien pour un adulte, qui endosse ce rôle d’empêcheur ? Le conjoint ?

Pour la deuxième partie de l’entretien, le jeune est mis sur un ordinateur et doit répondre seul aux 14 questions. Les réponses sont analysées automatiquement par un logiciel. Celui-ci produit un bilan écrit standard.

Comment cette typologie permet-elle de faire des choix d’études ou de métier ? Certains clients de CGP doivent ensuite se tourner vers une autre méthode et un autre interlocuteur pour être en mesure de poser des choix concrets.

Points d’attention

✓ La notion de vocation superposée à celle de la recherche professionnelle ne nous parait pas bénéfique même si, de prime abord, elle semble séduisante. La vocation est plus globale et immatérielle que l’activité professionnelle. Elle touche aussi à la vie spirituelle. Est-ce sur ce vocable qui introduit de la confusion que des chrétiens sont séduits par la méthode CGP ?

✓ Lorsque le praticien ne respecte pas la nécessaire distinction des plans, le projet de vie se retrouve mélangé aux questions de parcours et de personnalité, donnant une lecture globalisante de la personne et une valeur d’absolu à la démarche de recherche d’orientation.

✓ Le rôle des parents est envisagé sous un angle souvent culpabilisant pour eux et géré de manière incertaine ensuite.

✓ Cette démarche nous parait faire courir le risque que la liberté de choix et de décision soit fortement influencée par le côté absolu, exhaustif, de la typologie. La vie professionnelle est faite de changements et d’évolution, cela suppose de laisser le champ des possibles largement ouvert.

✓ CGP revendique la rapidité d’obtention d’une réponse à la question de l’orientation. Or, c’est un choix qui demande du temps, plusieurs années parfois. Il est important de garder la liberté de changer de chemin. Ce travail d’orientation d’un jeune peut aussi être l’objet d’une réflexion en famille, sur du long terme.

✓ Cet outil apparait non comme un outil d’accompagnement, mais comme une méthode pour découvrir une position figée par avance.

✓ Peut-être avons-nous à purifier notre désir d’une solution immédiate, presque magique, pour des sujets aussi fondamentaux.

 

Conclusion

Pour nous, l’analyse CGP soulève des interrogations sur :

◆ La personnalité du fondateur et ses références anthropologiques.

◆ Le soubassement théorique sans convergence revendiquée avec des données reconnues en sciences humaines, sans références d’évaluation scientifique objective.

◆ Les conditions de mise en œuvre qui paraissent sommaires : 14 questions et un bilan standard pré-rédigé par un logiciel.

◆ Des catégories de « personnalité professionnelle » peu utiles dans une recherche d’études supérieures et ou de métier. Soulignons également le coût de ce bilan qui peut s’avérer assez élevé (souvent plus de 300 euros).

Les adultes en cours de reconversion professionnelle sont-ils vraiment dans le bureau du consultant pour réfléchir au sens de leur vie dans tous ses aspects ? Ne risquent-ils pas une confusion avec une démarche de type psychothérapeutique voire un questionnement d’ordre spirituel ?

Nos jeunes, en recherche d’une formation supérieure ou d’un métier, ont-ils besoin d’une étiquette ? Ne seraient-ils pas plus aidés par la proposition d’un cadre de réflexion, ouvert, sur leurs potentiels et compétences ? La souplesse de ce cadre leur permettrait ensuite de puiser dans toutes leurs ressources afin de s’adapter tout au long de leur vie.

Pour finir, nous aimerions réaffirmer que la démarche de bilan d’orientation peut s’avérer nécessaire et être bénéfique.

Des chercheurs français et étrangers, issus des sciences humaines universitaires, ont conçu des méthodes qui ont fait l’objet d’études et d’évaluations sérieuses.

Ces approches ne travaillent pas sur la question de la personnalité mais abordent d’autres facteurs de réussite professionnelle : potentiels, caractéristiques cognitives, compétences…

Avant de vous lancer, il est donc utile de chercher la méthode et le consultant qui apportera les meilleures garanties pour votre projet d’orientation.

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Homéopathie, Sophrologie, la santé à tout prix ?

Les thérapies alternatives, les médecines douces et les exercices de relaxation sont-ils toujours anodins ? La santé à tout prix ? Après une brève présentation de son dernier livre « La Mandragore du Boucher »l’abbé Jean-Christophe THIBAUT (alias l’écrivain Michael Dor) nous éclaire quant aux sources du New Age (Nouvel Age), de l’Homéopathie, de la Sophrologie et nous amène à réfléchir au implications que peuvent avoir les thérapies alternatives et autres pratiques dérivées sur notre spiritualité et notre santé.

Le corps et le Nouvel Age

Le Nouvel Age, ensemble de réseaux fluides, se présente comme un nouveau paradigme, une nouvelle spiritualité. Aujourd’hui, on ne parle plus beaucoup de Nouvel Age ou de New-Age, mais cette manière d’être et de penser imprègne et influence tous les domaines de notre société :

Le monde de la santé, de l’éducation, du développement personnel, de l’entreprise et de ses méthodes de management, du commerce et de ses performances de persuasion de la clientèle, de l’écologie, de l’agriculture biodynamique, de l’économie positive, de la politique et de certains de ses réseaux, de la culture (avec ses films à audience planétaire, en direction des enfants, des ados et des adultes, ses jeux vidéo, ses musiques), de la mode, du social…

Ces influences sont de plus en plus difficiles à déceler, tant elles imbibent nos existences ; nous y adhérons parfois, sans même nous en rendre compte. Certaines d’entre elles s’inscrivent à l’opposé de la révélation chrétienne.

Le Nouvel Age mange à tous les râteliers

En effet, depuis le XVIIIe siècle, avec une croissance importante à la fin du XIXe siècle, les influences des mouvements théosophiques, maçonniques, et rose-croix, et de leurs enseignements ésotériques, la croissance du spiritisme et de l’occultisme, de la magie, de la kabbale, de l’alchimie et de l’astrologie, du druidisme, du chamanisme, du mouvement Wicca[1], du bouddhisme tibétain, du zen, du yoga, vont poser les fondements mouvants et hétéroclites du Nouvel Âge.

Helena Blavastky, médium russe, maçonne, qui fonda en 1870 la Société Théosophique en est une des figures emblématiques. Elle tentera de faire coïncider les spiritualités orientales et leurs anthropologies avec les doctrines ésotériques et les pratiques occultes des sociétés secrètes occidentales. Annie Besant lui succédera, et Rudolf Steiner se séparera de cette mouvance, sans en renier les fondements ésotériques et occultes, en tentant une synthèse entre un christianisme gnostique et les doctrines orientales, notamment de la réincarnation.

Carl Gustav Jung fait lui aussi référence : « Jung n’a pas seulement psychologisé l’ésotérisme, mais il a aussi sacralisé le psychologique en le chargeant des contenus de la spéculation ésotérique. Il en a résulté un corps de théories qui permettent aux hommes de parler de Dieu en désignant en fait leur propre psyché, et de leur propre psyché en désignant la divinité. »[2] Pour lui Dieu est l’énergie vitale de la personne. Cette confusion entre le psychologique et le spirituel, entre la nature et la grâce, va être le fondement même du Mouvement de Développement du Potentiel Humain, né à l’Institut Esalen, en Californie, origine de bien des dérives. Esalen demeure le Centre du rayonnement de la Méditation de Pleine Conscience, de l’ennéagramme et des réseaux Gurdjieff. Le psycho spirituel est entré dans l’Église par l’intermédiaire de communautés nouvelles et maintenant toutes les familles spirituelles chrétiennes sont peu ou prou touchées par le phénomène.

La psychologie transpersonnelle, née de cette confusion entre psychologique et spirituel, a été pointée par ce document de l’Église catholique en 2003 qui garde toute sa pertinence et son actualité : « La psychologie transpersonnelle, fortement influencée par les religions orientales et par Jung, propose un parcours contemplatif où la science et le mysticisme se rencontrent. L’accent mis sur la corporéité, la recherche de techniques d’élargissement de la conscience et l’intérêt porté aux mythes de l’inconscient collectif étaient autant d’indications à rechercher le « Dieu intérieur » en soi. Pour réaliser son potentiel, l’homme devait dépasser son ego et devenir le dieu qu’il est au fond de lui-même. Pour cela, il fallait choisir la thérapie appropriée : méditation, expériences parapsychologiques, recours aux drogues hallucinogènes. Tous ces moyens devaient permettre de réaliser des expériences « ultimes » ou « mystiques », de fusion avec Dieu ou avec le cosmos. »[3]

Ce texte est le seul document officiel de l’Église catholique qui parle avec autant de netteté et de connaissance avisée, de ce phénomène de société. Il se réfère au livre d’entretien de Jean-Paul II, Entrez dans l’espérance, qui met en garde contre « la question de la renaissance de certaines traditions du gnosticisme antique dans ce que l’on appelle aujourd’hui le New-Age. Il est impossible de se laisser bercer par l’illusion que ce retour de la gnose préluderait à un renouveau de la religion. Il s’agit tout simplement d’un renouveau de la version moderne d’une attitude spirituelle qui, au nom d’une prétendue connaissance supérieure de Dieu, finit par rejeter définitivement sa Parole en la remplaçant par des paroles toutes humaines. La gnose n’a jamais disparu du champ du christianisme. Elle a toujours cohabité avec lui, parfois en tant que courant philosophique, plus souvent sous des formes religieuses ou parareligieuses, en opposition nette, même si elle n’est pas explicite, avec l’essentiel du christianisme. » [4]

Anthropologie du New-Age

Il serait erroné de proposer une synthèse de l’anthropologie du Nouvel Âge tant elle est disparate. En effet, sous une apparente ouverture à toutes les cultures et à toutes les religions, tous les concepts même les plus contradictoires sont acceptés avec une bienveillance de façade. Les adeptes du Nouvel Âge arborent souvent une suave et douce condescendance qui cache leur vive hostilité à l’égard de ceux qui croient encore à des dogmes, surtout s’ils sont catholiques. Il est cependant possible de dégager quelques points saillants dans cette nébuleuse.

L’énergie

Kundalini, prana en Inde, aura, chi ou qi, en Chine, ki au japon reviennent fréquemment dans les discours pseudoscientifiques du Nouvel Âge. Ces termes évoqueraient une substance invisible en lien avec la déité ou le divin dont la définition reste floue, inquantifiable et invérifiable. En physique, l’énergie est une notion précisément définie selon sa catégorie, quantifiable et mesurable. Ici nous ne savons pas réellement ce dont il est question. Le Dieu du Nouvel Âge est une énergie impersonnelle, une force vitale ou âme du monde.

Déjà dans le stoïcisme, philosophie grecque née au troisième siècle avant Jésus-Christ, il était question de l’âme du monde. « On retrouve cette conception de l’âme du monde dans le stoïcisme où le Logos, âme du monde, est également qualifié « d’Esprit. » [5] Conception moniste du monde, c’est-à-dire sans distinction entre un Dieu Créateur et la création. Dans le monisme tout est un. Ce concept est repris dans le Nouvel Âge. C’est chez Jamblique (242-325), dans ses textes De mysteriis que l’on trouve la notion d’énergie liée aux rites et pratiques divinatoires connus sous le nom de « théurgie ».[6] Les idées des néo-platoniciens seront condamnées par saint Justin. Mais cette philosophie sert de références aux intellectuels néo gnostiques du Nouvel Âge.

Selon la Foundation for Hollistic Spirituality, la définition de la spiritualité devient : « Connexion humaine naturelle avec le merveilleux et l’énergie de la nature, du cosmos et de toute l’existence, ainsi que l’instinct d’explorer et de comprendre sa signification. »

Par ailleurs, le Nouvel Âge a voulu récupérer la physique quantique pour se donner un vernis scientifique. Aucun physicien quantique ne peut se reconnaître dans cette assimilation erronée et cette usurpation de termes. Les catégories et l’objet des énergies dites spirituelles du Nouvel Âge n’ont rien à voir avec la mécanique quantique qui appartient au domaine de la physique.

Quelques écrivains s’inscrivant dans cette tendance

Paulo Coelho, auteur prolifique de nombreux romans et chantre de ces perspectives du Nouvel Âge, écrit dans L’Alchimiste, livre qui a connu un succès international. (Ce livre a souvent été offert à des enfants faisant leur profession de Foi, alors que nous sommes là, précisément à l’inverse d’une profession de Foi catholique) :

« L’Âme du Monde se nourrit du bonheur des gens. Ou de leur malheur, de l’envie, de la jalousie. Accomplir sa légende personnelle est la seule obligation des hommes. Tout n’est qu’une seule chose. Et quand tu veux quelque chose, tout l’univers conspire à te permettre de réaliser ce désir. »[7]

C’est une conception moniste qui voit dieu en toute chose sans distinction entre nature et divinité.

« Il commença à comprendre que les pressentiments étaient de rapides plongées de l’âme dans ce courant universel de vie, au sein duquel l’histoire de tous les hommes se trouve liée de façon à ne faire qu’un : de sorte que nous pouvons tout savoir, parce que c’est écrit. »[8]

« Et le jeune homme se plongea dans l’Âme du Monde et vit que l’Âme du Monde faisait partie de l’Âme de Dieu et vit que l’Âme de Dieu était sa propre âme. »[9]

Dans le Pèlerin de Compostelle, roman initiatique gnostique, Coelho s’inscrit dans des inversions permanentes quant à la Révélation chrétienne. Il ne s’agit donc pas d’un pèlerinage chrétien de conversion intérieure pour rencontrer le Christ.

L’énergie divinisée est présente en toute chose, du vulgaire caillou jusqu’aux sphères célestes, du brin d’herbe jusqu’au baobab, du chétif insecte jusqu’au grand savant. Cette énergie est conscience universelle ou Âme du Monde. C’est de fait un retour au panthéisme, si ce n’est au paganisme.

Frédéric Lenoir, ancien directeur du Monde des religions, continue de surfer sur cette vague de consensus mou, sans dogme. C’est l’auteur français contemporain qui a vendu le plus de livres, invité permanent des plateaux télévision en tant qu’expert des religions et de la spiritualité. Dans son livre L’Âme du monde, qui se veut être « un conte initiatique lumineux qui touche le cœur autant que l’intelligence » (selon ce que dit en toute simplicité la quatrième de couverture) nous sommes encore dans ces perspectives aussi holistiques que floues : « Mais pour bien marquer le caractère universel de cet enseignement, nous ne citerons pas de nom, ni les sources qui nous inspirent. Afin d’éviter toute référence explicite à ce que certains d’entre nous nomment « Dieu », d’autres le « Dharma », d’autres encore « le divin », « le Tao » ou « l’Absolu », nous nous sommes entendus pour utiliser une seule expression : « l’Âme du monde ».[10]

« Cette reliance au divin nourrit et fortifie l’âme des croyants, plus que tout rituel ou acte religieux extérieurs… La prière peut aussi rester un « cœur à cœur » silencieux dans lequel l’homme savoure l’amour qui émane de l’Âme du monde, quel que soit le nom qu’il lui donne… Toute parole, toute pensée, tout regard adressé à la force mystérieuse qui anime l’univers nous relient à l’Âme du monde et portent ses fruits. »[11]

Il n’est pas question d’un Dieu personnel, créateur et sauveur de l’humanité tel que le professe la Révélation chrétienne.

« Et la force de nos croyances ira jusqu’à produire des évènements qui les confirmeront. »[12]

Ce pourrait être une définition de la pensée magique que l’on retrouve chez Laurent Gounelle.

Laurent Gounelle, dans l’ensemble de ses livres parle beaucoup de spiritualité. Ces livres se vendent très bien, ils ne cessent de tourner autour de la même idée, placée sur la une de son livre L’homme qui voulait être heureux : « Ce que l’on croit peut devenir réalité ». Gounelle, comme Coelho comme Lenoir et bien d’autres, pense qu’il faut savoir dépasser toutes les croyances religieuses particulières, parce qu’elles seraient l’expression d’une même réalité intérieure, dont il faudrait se détacher de la forme extérieure. Par conséquent il faut choisir celle qui nous convient le mieux, ou plutôt adhérer à ce qui marche le mieux et se situer en surplomb. C’est une des perspectives des Franc-maçonneries et autres associations initiatiques. C’est aussi une des professions de foi du Nouvel Âge…

Nous sommes en pleine pensée positive, cette conviction que l’on peut changer le réel en modifiant ses attitudes mentales, en pleine pensée magique également, où la force du symbole fait entrer dans une vision initiatique qui changerait la perception du réel, et serait capable de le transformer.

Les adeptes des thérapies énergétiques croient que les pensées, les sentiments, les émotions causent des vibrations dans le corps physique, sans support matériel. S’il est vrai que le stress, la fatigue, une mauvaise hygiène de vie minent le système immunitaire, et que la bonne humeur est un gage de bon fonctionnement psycho corporel, aucune démonstration scientifique n’a avalisé que le mental pouvait agir sans substrat physique sur le corps. Faut-il alors intégrer l’idée qu’un monde des esprits existe, se manifeste et puisse être instrumentalisé dans certaines circonstances ?

Les disciplines énergétiques prétendent agir sur des bases vibratoires non encore objectivées, en accordant les fréquences entre le mental et le corps à l’aide de cristaux, d’eaux, de médailles, de grigris, de couleurs, de sons, de lumières. Ici l’imagination des thérapeutes ou des gourous est sans limites.

Quelques thérapies s’inscrivant dans cette tendance

Les fleurs de Bach illustrent cette croyance en l’énergie ou en l’esprit des plantes. C’est au cours d’une initiation chamanique que le Dr Édouard Bach (1886-1936), ancien médecin homéopathe, dit avoir reçu une révélation, lui indiquant le nom de trente-huit plantes dotées de vertus thérapeutiques particulières, rééquilibrant l’esprit ou soulageant des perturbations psychiques ou physiques. C’est le transfert des forces spirituelles contenues dans les fleurs, récoltées à l’état sauvage, qui permettrait cette harmonisation. À part le Cognac contenu dans ces préparations, aucune substance active n’est décelable à l’examen chimique. Aujourd’hui, de nombreuses autres fleurs sont sur le marché dont certaines sont censées influer sur la conscience et permettraient d’ouvrir à la médiumnité. Certains proposent même de charger positivement ces essences de plantes par la méditation et la transmission de pensée. Selon ces perspectives, la force de la pensée donnerait une énergie positive et réparatrice à « l’esprit » de la plante.

L’homéopathie, procède de manière similaire, car dans les hautes dilutions à partir de 7CH, il est quasi impossible de déceler une seule molécule active dans les gélules. Selon les homéopathes, une substance extrêmement diluée peut soigner les symptômes de maladie qu’elle susciterait chez la personne en bonne santé. L’homéopathie, forme de médecine énergétique, affirme agir sur la force vitale du corps pour favoriser sa guérison émotionnelle et physique. À ce jour cette force vitale en tant que telle n’a jamais été démontrée scientifiquement, les effets placebo eux l’ont été. Le Dr Samuel Hahnemann (1755-1843), prétend avoir expérimenté sur lui tous les traitements homéopathiques. Certains ont des effets toxiques ou préjudiciables à haute dose comme nux vomica, qui comme son nom l’indique fait vomir lorsque l’on ingère la noix vomique concentrée, et empêcherait vomissement ou sensation de nausée en haute dilution. D’autres médications sont d’ordre purement symbolique, comme oscillococcinum qui est un autolysat de foie et de cœur de canard de Barbarie. Au prétexte que le canard résiste au froid et incube dans son foie des éléments lui permettant d’affronter les maladies qui y sont liées. Tout ceci n’est en rien conforme à des expérimentations médicales randomisées. L’efficacité de l’homéopathie est surtout liée aux maladies psychosomatiques où l’on sait l’influence du psychisme sur le corps, et par conséquent l’induction consciente ou inconsciente du patient sur le processus de guérison, grâce à la confiance qu’il donne au remède ou à celui qui l’a prescrit et au rituel auquel il se soumet pour le prendre. Quand le remède homéopathique qui conviendrait au malade est trouvé avec un pendule ou tout autre moyen médiumnique, il est facilement constatable que l’on n’est plus dans le domaine de la raison, mais dans la croyance en des puissances invisibles. Comment se fait-il que l’homéopathie se prête plus volontiers à ce type de médiumnité ou de divination ? Hahnemann, franc-maçon, s’est intéressé à la symbolique et aux analogies occultes. Il est alors moins surprenant que l’homéopathie puisse entrer en résonance avec d’autres pratiques occultes.

La Gemmothérapie n’est pas plus fiable quand elle prétend que des cristaux pourraient agir sur les chakras et débloquer ainsi la circulation de l’énergie dans le corps et même dans l’esprit et plus encore dans la conscience spirituelle. On médite en tenant le cristal et en plongeant son regard en lui… C’est ainsi que l’on susciterait l’alignement entre le mental du méditant et les vibrations du cristal, amenant à la plénitude.

Le Reiki [13]. Pseudo thérapie qui a pris un essor considérable. Le terme Reiki est composé de deux mots : rei, pouvoir supérieur universel et ki énergie force vitale. Selon la légende, considérée comme historique par les praticiens, son fondateur, Mikao Usui (1825-1926) après 21 jours de jeûne et de méditation sur une montagne sacrée du Japon aurait eu la révélation du Reiki. Il serait resté sous une cascade sacrée, méditant pour ouvrir son chakra le plus élevé. Après cette expérience, Usui affirmait pouvoir guérir sans épuisement de son énergie, car branché directement sur l’énergie universelle.

La transmission initiatique du reiki « harmonisation », se fait de maître à disciples. Aucune formation particulière n’est demandée. Durant « l’harmonisation », plusieurs symboles, qui doivent rester secrets, sont scellés dans le champ énergétique de l’élève, afin d’ouvrir celui-ci de façon permanente à l’énergie du reiki, et lui permettre à son tour d’effectuer des « harmonisations ».

Il existe trois degrés d’initiation au reiki. Le premier qui permettrait le contrôle du champ énergétique des patients, se fait à distance de quelques centimètres du corps. L’énergie reiki pénétrerait dans le corps du praticien par le chakra de la gorge et ressortirait par ses mains pour être redistribuée par les chakras du patient. Le second permettrait d’effectuer des guérisons à distance. La transmission de l’énergie reiki est purement mentale. Au troisième degré, le disciple peut devenir maître et transmettre l’initiation « harmonisation » à d’autres personnes.

Nous sommes là dans du magnétisme et une ouverture à la médiumnité. [14]

Parmi les thérapies « New-Age » et les systèmes de méditation orientale, le Reiki est aujourd’hui une des plus populaires. Si en France, il suscite encore quelque méfiance, cela ne l’a pas empêché de faire son entrée dans nombre d’hôpitaux, comme celui de la Timone à Marseille. En Espagne, ce sont désormais les mairies et d’autres institutions publiques qui le rendent accessible à tout un chacun. Christophe André, psychiatre bouddhiste promoteur de la « méditation pleine conscience », auteur du best-seller Méditer, jour après jour, traduit en espagnol, italien, catalan, allemand, polonais, coréen, anglais, néerlandais, anglais, chinois, n’hésite pas à préconiser le reiki.

Cela atteste d’une grande confusion des esprits, mais aussi des contradictions de la soi-disant laïcité ou neutralité républicaine qui n’a rien à dire sur ces pratiques qui sont en fait des croyances, sans aucun support rationnel ni raisonnable. Alors que ces praticiens opèrent dans des espaces publics, hôpitaux, écoles, universités, lieux de formation officiels.

L’illusion

« Le serpent dit à la femme : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » La femme s’aperçut que le fruit de l’arbre devait être savoureux, qu’il était agréable à regarder et qu’il était désirable, cet arbre, puisqu’il donnait l’intelligence. Elle prit de son fruit, et en mangea. Elle en donna aussi à son mari, et il en mangea. Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils se rendirent compte qu’ils étaient nus. » (Gn 3, 4-7).

Le maître de l’illusion demeure, aujourd’hui comme hier, le serpent tentateur qui induit une réalité mensongère. Dans le regard du serpent, nous pensons devenir maîtres de la réalité, connaissant toute chose, entrainés à croire que l’immédiateté de la jouissance et du bien-être confère l’immortalité et l’identité des dieux.

Certaines méthodes de relaxation, de méditation comme la méditation de pleine conscience, l’hypnose, la sophrologie, ou de techniques comme la PNL, programmation neurolinguistique ou la pensée positive peuvent arriver à faire prendre des vessies pour des lanternes et qui plus est, des lanternes spirituelles.

Certains exercices permettraient même d’enlever des séquences mémorielles négatives pour les remplacer par des séquences positives. En sophrologie, en hypnose, en PNL, l’on peut induire des images positives qui remplacent ce qui a été, ce qui est ou ce qui sera douloureux à vivre tant sur le plan physique que psychologique. La méditation de pleine conscience permet de se déconnecter d’un réel stressant ou douloureux pour rentrer dans une bulle de bien être totalement provoqué par des exercices répétitifs. Mathieu Ricard « roue de secours » du Dalaï-Lama, comme il se définit lui-même, invité complaisamment sur tous les plateaux de télévision, faisant la une de bien des hebdomadaires, en est la figure de proue.[15]

Les Rose-Croix AMORC (Ancien et Mystique Ordre des Rose-Croix) pratiquent la matérialisation d’images mentales pour obtenir santé, richesse et bonheur. Ils pratiquent en groupe des égrégores, en l’occurrence des matérialisations mentales permettant, par magnétisme et médiumnité, d’opérer, selon eux, des influences magiques sur la réalité.

Selon Jimmy Hendrix, chanteur des années hippies, adepte du LSD et mort d’une overdose, les sons étaient liés à des couleurs ; ainsi dans sa chanson Purple Haze il associait le violet à l’accord mi 7e. Associer couleur et son est le propre d’expériences psychédéliques liées à l’absorption de drogues, notamment du LSD. Aujourd’hui dans le néo chamanisme, de telles expériences sont proposées, avec prise de drogues hallucinogènes, dites aujourd’hui enthéogènes, c’est-à-dire capable d’engendrer une expérience de Dieu !

Le corps, sept corps !

Helena Blavatsky, inspirée par les textes du Véda et des Puranas, décrit les sept corps que posséderait l’être humain. Pour elle, il existe sept états de la matière en correspondance avec les sept corps de l’homme.[16] La finalité de la vie serait de maîtriser ces sept états pour évoluer spirituellement dans un processus « d’alchimie de l’être ». Il est à noter que cette alchimie est le fil conducteur des sept tomes d’Harry Potter, transformation du plomb en or. Héléna Blavatsky y apparaît sous le nom de Cassandra Vablasky. C’est dire les références occultes des œuvres de Madame Rowling.

Pour ces courants théosophiques et occultistes, ce septénaire a une signification symbolique. Le chiffre quatre symbolise la Terre ou la matière, et le chiffre trois, le Ciel ou le Spirituel, le sept étant l’harmonie du tout.

Rudolf Steiner, héritier de ces courants mais en dissidence, fondateur de l’anthroposophie, précise en 1910, le nom de ces sept corps, dans son ouvrage La science de l’occulte : « chez l’être humain il y a les sept éléments suivants : corps physique, corps éthérique, corps astral, Moi, Moi spirituel, Esprit de vie, Homme-Esprit« .

Corps éthérique

La définition du corps éthérique n’est pas la même selon les écoles ésotériques et n’a rien de scientifique. Nous sommes dans un domaine d’énergies indéfinissables et de leurs subtiles correspondances. L’éthérique ne correspond à aucune substance repérable objectivement, si ténue soit-elle. Le corps éthérique ne pourrait être perçu que par des êtres initiés extralucides.

C’est Aristote qui crée le concept d’Éther vers 345 av. J.-C. Aux quatre Éléments la terre l’eau l’air et le feu il en adjoint un cinquième corps, l’éther. Chez Aristote, l’Éther forme la matière des astres et de l’âme.

Ces conceptions du corps éthérique ou du corps astral, reprises par la nébuleuse du Nouvel Âge, nous l’avons dit en introduction, proviennent des courants théosophiques avec Blavatsky et Annie Besant qui lui succéda. Ces courants étaient violemment anti-chrétiens et plus particulièrement anti-catholiques.

Ainsi voici les élucubrations d’Annie Besant, que l’on peut qualifier au mieux d’ésotériques, mais plus réalistement de charabias :

« La matière physique forme sept subdivisions, qu’on peut distinguer les unes des autres, et dont chacune produit, entre ses propres limites, des combinaisons infiniment diverses. Ces subdivisions sont : le solide, le liquide, le gaz, puis l’éther sous quatre états aussi distincts les uns les autres que sont distincts entre eux le solide, le liquide et le gaz. Le corps physique de l’Homme se compose de matière physique en ces sept états – son corps grossier consistant en solide, liquides et gaz, et son double éthérique se composant des quatre subdivisions de l’éther, respectivement désignées par éther I, éther II, éther III et éther IV. […] Les fonctions du corps astral proprement dit ont souvent été attribuées au double éthérique, auquel on donnait parfois à tort le nom de corps astral. Le double éthérique se compose des éthers physiques seulement, et, s’il est extériorisé, il ne peut ni quitter le plan physique, ni s’éloigner notablement de sa doublure » [17].

Alice Bailey en 1925, donnera des précisons tout aussi obscures dans un langage abscons :

« Le corps éthérique interpénètre le physique dense et le dépasse légèrement. Il est comme un brouillard (gris-bleu ?). Il se compose d’un tissu de courants d’énergie, de lignes de force et de lumière. L’énergie circule le long de ces lignes comme le sang dans les veines et les artères. Cette circulation permanente, humaine, planétaire et solaire de force vitale animant le corps éthérique de toutes les formes est la base de toute vie manifestée. Aucune vie n’existe sous une forme séparée. Le corps éthérique d’un être humain fait partie du corps éthérique de la planète donc, il est relié à toutes les formes qui se trouvent dans ce corps éthérique, quel que soit le règne de la nature auquel il appartient. C’est le véhicule emprunté par les courants de vitalité qui maintiennent le corps en vie. Il apporte vitalité et énergie au corps physique et l’intègre au corps éthérique de la terre et du système solaire. » Alice Bailey, dans son Traité du feu cosmique (1925)[18].

Rudolf Steiner aura lui aussi sa définition. Pour Steiner le corps éthérique est un corps de forces formatrices, de forces vitales qui imprègne et donne forme aux organismes des êtres vivants. Ce corps éthérique, serait lui-même pénétré du corps astral et du Moi. Ce corps éthérique maintiendrait le corps en vie. Son interaction avec l’organisme serait inégale et différenciée selon les organes. Le corps éthérique, visible seulement par les initiés, formerait une sorte d’aura autour du corps et refléterait l’état de santé physiologique psychologue et spirituel des êtres. [19]

Kirlian en 1939 prétendit visualiser photographiquement ce corps énergétique ou cette aura. En fait ses photos ne faisaient qu’objectiver l’humidité qui se dégage de chaque corps vivant.

Les explications les plus diverses et saugrenues ont été données pour tenter de rendre compte de ce qu’est le corps éthérique, elles font partie de ces pseudo-preuves chères au Nouvel Âge :

– Le corps éthérique serait le lieu de la mémoire de l’individu. À l’approche imminente de la mort ou en coma dépassé, les personnes voient défiler leur vie par l’intermédiaire de ce corps éthérique.

– En cas de peur intense et soudaine, le corps éthérique pourrait se détacher un instant du corps physique.

– En cas de blessure physique grave, si l’on ne ressent pas de douleur, ce serait parce que le corps éthérique se serait séparé du corps physique.

Le gourou de la Fraternité blanche universelle, Omraam Mikhaël Aïvanhov, témoigne dans ses expériences : « J’ai voulu démontrer à mes amis l’existence du corps éthérique, ce double du corps physique qui lui donne la sensibilité… Je me concentrais [sur une personne] pour la plonger dans un sommeil hypnotique, puis je faisais au-dessus d’elle quelques passes magnétiques pour lui retirer son corps éthérique que je déplaçais dans la pièce voisine. Avec une épingle, je lui piquais légèrement le bras. Elle ne réagissait pas : visiblement elle ne sentait rien. Ensuite, j’allais dans la pièce voisine et là, avec la même aiguille, je piquais légèrement le corps éthérique que je lui avais retiré. Et voilà qu’elle poussait un cri. »[20]

Ce sont des expériences de magie qui ne valident en rien l’existence objective d’un corps éthérique.

Les chakras, décrits plus bas, seraient des centres subtils situés dans les corps éthérique et astral. Les points d’acupuncture seraient des points particuliers de jonction entre le corps physique et le champ éthérique.

Corps astral

Alors que le corps éthérique serait à l’extérieur du corps physique, le corps astral serait à l’intérieur.

Le corps astral réapparaît chez les spirites comme Allan Kardec et les occultistes comme Eliphas Lévi, Papus ou Stanislas de Guaita dans la deuxième partie du 19e siècle. Allan Kardec, en 1857, dans Le Livre des Esprits parle, décrit ce corps astral qui survivrait à la mort physique et permettrait de rentrer en relation avec les vivants. « L’homme a ainsi deux natures : par son corps, il participe de la nature des animaux dont il a les instincts ; par son âme il participe de la nature des Esprits. Le lien ou périsprit qui unit le corps et l’Esprit est une sorte d’enveloppe semi-matérielle. La mort est la destruction de l’enveloppe la plus grossière ; l’Esprit conserve la seconde, qui constitue pour lui un corps éthéré, invisible pour nous dans l’état normal, mais qu’il peut rendre accidentellement visible et même tangible, comme cela a lieu dans le phénomène des apparitions. »

Ce corps astral serait perçu pour Rudolf Steiner, par les clairvoyants comme un corps de lumière psychospirituelle formant une aura autour du corps matériel. Il est appelé astral, car il manifesterait en l’homme les forces psychospirituelles des astres. Durant le sommeil, le corps astral se séparerait en quelque sorte du corps psychosensoriel. Le corps astral se régénérerait alors au contact de la lumière astrale et spirituelle émanant des planètes.

Là aussi de pseudo preuves sont évoquées qui manifesteraient l’existence de ce corps astral.

D’après Rudolf Steiner, « chaque soir, en s’endormant, l’homme sort de son petit univers, de son microcosme, pour entrer dans le grand univers, le macrocosme, et il s’unit à ce macrocosme en y répandant son corps astral et son Je ». Cette phase correspondrait au sommeil profond.

Les passes magnétiques, les séances d’hypnose permettraient de séparer le corps astral du corps physique.

Le voyage astral : lors de l’expérience de décorporation, ou Out-of-Body-Experience, le corps astral se détacherait et vivrait une vie autonome. Aucun psychiatre sérieux n’a validé cette interprétation.

Le chaman guérirait le malade qui le consulte, en sortant lui-même du corps dans un état de transe soit cataleptique (son corps physique est immobile au sol), soit somnambulique (il s’agite, danse, chante, mime le voyage, imite un animal).

Selon les spirites, le corps éthérique qui se désagrège forme un spectre, tandis que le corps astral qui se désagrège forme un fantôme.

Le voyage astral. En anglais out-of-body-experience (OBE)

Les livres prolifèrent dans ce domaine, et ce n’est pas sans danger…

Ils décrivent un « cordon d’argent » comme étant un mince câble lumineux, composé de nombreux fils ou filaments, infiniment extensibles. Dans les voyages astraux, ce cordon d’argent permettrait de relier le corps physique avec le corps éthérique qui serait susceptible de voyager dans le temps et dans l’espace.

Il serait fastidieux de rentrer dans le détail de ces descriptions qui demeurent fondamentalement ésotériques, par conséquent réservées à ceux qui se croient initiés. À force de pratiquer ce langage incompréhensible aux profanes, ils pensent avoir percé les mystères de la vie.

Évoquons rapidement le livre sur La vie après la vie (1974) de Raymond Moody qui est fait de témoignages d’expériences de mort imminente (Near Death Experience, NDE), parfois en état de mort clinique, et de la sensation qu’ont eu certaines personnes de flotter dans l’espace avec un corps léger, de rencontrer des parents ou amis défunts dotés d’un corps spirituel. Il ne s’agit pas de remettre en cause la sincérité de ceux qui ont vécu de telles expériences, mais d’être très vigilants quant aux explications données et de distinguer ce qui est d’ordre subjectif de ce qui est de l’ordre de la preuve scientifiquement établie. Enfin de discerner pour un chrétien sur le plan spirituel, si cela ne remet pas en question notre Foi et notre Espérance en la Résurrection.

Les thérapies du Nouvel Âge font souvent référence aux chakras et à l’aura

Les chakras se trouvent décrits dans les textes sacrés sanscrits de l’Inde appelés Upanishad datant de six cents ans avant Jésus-Christ, puis de manière plus précise dans une des multiples sectes hindoues, apparue au Vème siècle avant Jésus-Christ, comme le shaktisme. Sept chakras principaux iraient de la base de la colonne vertébrale jusqu’au sommet de la tête. Les chakras seraient des centres de conscience pure et des points d’attention de la méditation auxquels sont associés des mantras. Le principal canal énergétique du corps appelé sushumna nadi, relie ces sept chakras. Il est encadré de deux nadis secondaires : ida à gauche (véhiculant la force vitale descendante) et pingala à droite (véhiculant la force ascendante). Le but de la vie spirituelle consiste à éveiller la puissante énergie de la kundalini, force vitale représentée par un cobra royal lové et assoupie, à la base de la colonne vertébrale. Cette kundalini en traversant chaque chakra arriverait au chrakra couronne shahasrara situé au-dessus de la tête, et ainsi provoquerait l’illumination. Ceci demeure un élément important dans la pratique du yoga, de la méditation et de certaines initiations. Des théosophes comme Charles W. Leadbeater (1854-1934) et Alice Bailey (1880-1949), puis les anthroposophes à la suite de Rudolf Steiner ont occidentalisé ces notions énergétiques en les rapprochant de théories ésotériques et de pratiques occultes. Des rapprochements entre chakras et glandes endocrines y ont été faits, sans qu’aucune recherche médicale et scientifique n’ait pu prouver la réalité de ces chakras ni du kundalini ; et pour cause ce sont des énergies dites spirituelles !

Énergie du corps. Alex Grey.

Alex Grey, né le 29 novembre 1953, est un peintre New-Age puisant son inspiration dans le LSD, dans des initiations ésotériques, des rites de passage, et toutes sortes d’exercices psycho corporels. Dans cette peinture il représente le corps anatomique de la médecine occidentale, le corps énergétique et ses chakras, les méridiens d’acupuncture, et les auras entourant le corps physique.

L’aura serait un genre de champ énergétique qui manifesterait extérieurement l’énergie physique psychologique et spirituelle. Elle serait donc en lien étroit avec les chakras. Les clairvoyants prétendent voir l’aura qui changerait constamment de forme de couleur et de taille en fonction des pensées des climats émotionnels ou spirituels, ou de la santé des personnes. Aucune validation scientifique n’est venue à ce jour confirmer ces dires.

L’invisible

Les forces cachées communiquées par les anges, les esprits des éléments, les entités, qu’il faut savoir se concilier par initiation permettraient de rendre possible l’interaction entre matière et esprit et ainsi accéder au divin en nous. Il s’agit d’instrumentaliser les forces de l’invisible pour les mettre à notre service, pour agir selon nos désirs et notre volonté. Ces méthodes magiques ont leur efficience. Mais à qui les personnes qui sacrifient à ces pratiques font-elles allégeance ? La plupart des guérisseurs et autres intercesseurs prétendent, pour les uns détenir ce don de Dieu, d’autres évoquent une faculté naturelle, d’autres encore auraient été initiés. Les prières secrètes, les rites magiques, et autres invocations des esprits ou de l’énergie universelle ne peuvent que nous interroger sur la nature de ces forces invoquées ou invitées. Même si la gratuité de certains praticiens est évoquée, est-ce suffisant pour dédouaner ces pratiques de toute innocuité ? L’apparente disparition des symptômes d’appel des malades qui y ont recours, est-elle un critère suffisant pour valider ces pratiques ?

Beaucoup de questions se posent quant à ces pratiques aussi bien sur le plan de la raison que celui de la Foi, si nous sommes chrétiens.

Voici ce qu’écrit François Mathisjsen, philosophe, théologien, et psychologue :

« Si le phénomène s’explique par l’hypothèse de facultés humaines inconnues (hypothèse psy) ou des lois naturelles encore incomprises, il peut être considéré comme quelque chose de neutre et il est difficilement compréhensible de ne pas l’utiliser pour en bénéficier. Par contre, si la source de certains phénomènes paranormaux n’est pas naturelle, mais surnaturelle (hypothèse spi), que ce ne soit pas donc ni une faculté humaine inconnue, ni une réalité physique inexploitée, mais la manifestation d’une intelligence immatérielle externe qui s’exprimerait à travers une sensibilité ou une disposition naturelle, alors cela demande de discerner ce à quoi nous avons à faire. » [21]

Quelle est la source qui se manifeste incontestablement de façon paranormale, qui échappe à toute analyse et à toute explication rationnelle, et qui semble agir au-delà du temps et de l’espace commun et habituel ? Est-ce une énergie physique naturelle ou une intelligence spirituelle ? La réponse à cette question est déterminante. Car s’il s’agit d’effet physique, de fluides si subtils que nous n’aurions pas encore pu objectiver scientifiquement, il ne serait pas illicite de les utiliser pour le bien. Mais s’il s’agit d’entités spirituelles, alors cela est du ressort de la vie spirituelle et de ses combats. Il n’est pas juste et bon de faire allégeance à des forces invisibles, contraires à la volonté de Dieu.

Voici les recommandations explicites de saint Paul aux Ephésiens. Il est question également d’énergie mais elle n’a pas la même origine :

« Enfin, puisez votre énergie dans le Seigneur et dans la vigueur de sa force. Revêtez l’équipement de combat donné par Dieu, afin de pouvoir tenir contre les manœuvres du diable. Car nous ne luttons pas contre des êtres de sang et de chair, mais contre les Dominateurs de ce monde de ténèbres, les Principautés, les Souverainetés, les esprits du mal qui sont dans les régions célestes. Pour cela, prenez l’équipement de combat donné par Dieu ; ainsi, vous pourrez résister quand viendra le jour du malheur, et tout mettre en œuvre pour tenir bon. Oui, tenez bon, ayant autour des reins le ceinturon de la vérité, portant la cuirasse de la justice, les pieds chaussés de l’ardeur à annoncer l’Évangile de la paix, et ne quittant jamais le bouclier de la foi, qui vous permettra d’éteindre toutes les flèches enflammées du Mauvais. Prenez le casque du salut et le glaive de l’Esprit, c’est-à-dire la parole de Dieu. En toutes circonstances, que l’Esprit vous donne de prier et de supplier : restez éveillés, soyez assidus à la supplication pour tous les fidèles. Priez aussi pour moi : qu’une parole juste me soit donnée quand j’ouvre la bouche pour faire connaître avec assurance le mystère de l’Évangile dont je suis l’ambassadeur, dans mes chaînes. Priez donc afin que je trouve dans l’Évangile pleine assurance pour parler comme je le dois… Que la paix soit avec les frères, ainsi que l’amour et la foi, de la part de Dieu le Père et du Seigneur Jésus Christ. Que la grâce soit avec tous ceux qui aiment notre Seigneur Jésus Christ d’un amour impérissable. » (Ep 6, 10-23).

Problème de santé publique

« Près de la moitié des signalements de dérive sectaire que reçoit la Mission interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires (MIVILUDES) relèvent du domaine de la santé… Elle recense plus de 300 pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique, 1 800 centres de formation dans le domaine de la santé susceptible de présenter un risque de dérive sectaire, 4 000 psychothérapeutes autoproclamés sans formation et non-inscrits sur un registre professionnel. Il est impossible, aujourd’hui, d’évaluer le nombre de pseudo-thérapeutes en France. L’ordre des médecins signale également que près de 3 000 médecins sont en lien avec la mouvance sectaire. Ce constat est d’autant plus alarmant que près de quatre Français sur dix ont recours aux médecines alternatives, dont 60 % de malades du cancer… La majorité de ces « soignants » alternatifs conseillent souvent à leur patient l’arrêt de leur traitement en décrédibilisant leur médecin traitant. Les conséquences peuvent être dramatiques et conduire au décès, comme l’illustre le cas de Steve Jobs, le fondateur d’Apple (adepte et promoteur dans son entreprise de la Méditation de Pleine Conscience). À la suite d’un diagnostic de cancer du pancréas en 2003, il a adopté un traitement à base de jus de carotte et d’acupuncture, sur les conseils de « spiritualistes »… L’efficacité des médecines alternatives est difficilement démontrable scientifiquement, car c’est le ressenti du patient qui sert de preuve. Il est très délicat de mettre en œuvre des études cliniques. En effet, « cette médecine se voulant fondée sur le savoir-faire propre à chaque praticien » cela rend difficile l’établissement de critères objectifs d’étude… « Il suffit de parcourir Internet pour voir le nombre de pseudo-praticiens qui exercent en dehors de tout cadre réglementé. Ils touchent les moins bien informés, les plus vulnérables à qui ils ôtent tout discernement en promettant des traitements miraculeux.[22] »

Le Dalaï-Lama

Il est intéressant de constater que la pensée du Nouvel Âge est très conforme à celle du Dalaï-Lama.

Quel grand personnage, du monde occidental, ne s’affiche-t-il pas complaisamment auprès du Dalaï-Lama ? Son sourire permanent, la compassion, la bienveillance la tolérance de sa Sainteté le Dalaï-Lama est affichée comme étant la réalisation la plus haute de la vie spirituelle, toutes confessions confondues. La sponsorisation du Dalaï-Lama est-elle aussi neutre que cela ? La méditation de pleine conscience issue du bouddhisme tibétain inonde le marché occidental de la maternelle à l’université, du monde de la santé à celui du management d’entreprise.

Il est intéressant d’analyser quelques phrases extraites de la pensée du Dalaï-Lama.

Nous pouvons constater facilement qu’elles sont autant de professions de foi ou de « dogmes », s’opposant frontalement à la révélation chrétienne :

– « La loi du karma dit que ce monde est notre œuvre, que nous soyons nos propres enfants et non ceux d’un dieu ou du hasard. » [23]

Dieu a créé le monde ex nihilo, il a créé l’homme et la femme à son image et à sa ressemblance. Nous sommes devenus enfants de Dieu par la grâce de notre baptême.

– « Dans une certaine mesure la terre est notre mère. »[24]

C’est une des professions de foi chère au Nouvel Âge que l’on retrouve dans les discours écologiques. Cette affirmation est panthéiste, voire animiste.

– « Le seul vrai gardien de la paix est en soi. »[25]

C’est le Christ qui est source de Paix et qui nous donne sa Paix. C’est Lui, la source et le gardien de la paix en nous. Cette Paix vient de son sacrifice sur la croix pour la rémission de nos péchés et le Salut du monde. Chaque eucharistie renouvelle pour nous, avec nous et en nous la présence du Christ qui nous donne sa Paix et nous envoie pour manifester cette Paix au monde.

– « La notion de péché est étrangère au bouddhisme. » [26]

La liturgie de la veillée pascale ose dire : « Bienheureuse faute qui nous a valu un tel Rédempteur. » Si le péché n’existe pas comme l’affirme le Dalaï-Lama, le Christ n’a plus sa raison d’être : sauver les hommes de l’emprise du péché et donner accès à la vie éternelle.

– « Le bouddhisme s’est toujours gardé d’affirmer l’existence et l’omnipotence d’un dieu créateur… nous reconnaissons l’existence d’êtres supérieurs, en tout cas l’état supérieur de l’être, nous croyons aux oracles, aux interprétations des songes, à la réincarnation… Le bouddhisme est une expérience… L’un des enseignements du Bouddha est : « attendez tout de vous-mêmes » ».[27]

Le Dalaï-Lama dit que le bouddhisme est une expérience, par conséquent qu’il serait neutre, laïque, et non confessionnel. Or précisément le bouddhisme tibétain est rempli de pratiques magiques de superstition et d’affirmation dogmatique comme celui de la réincarnation. « Attendez tout de vous-mêmes » s’oppose à la prière chrétienne du Notre Père : « Que ta volonté soit faite. »

L’enseignement de l’Église affirmait : « Hors de l’Église point de salut ». Et Dieu sait si cette « prétention » en a offusqué plus d’un. Mais voici ce que dit en toute humilité le Dalaï-Lama :

– « Oui je crois profondément que le bouddhisme est plus profond, plus sophistiqué que d’autres religions ou écoles de pensée. »[28]

Le christianisme aurait dévalorisé le corps, comme étant le lieu du péché. Cependant le Christ de nature divine a pris chair dans notre nature humaine. Ainsi le corps, dans la tradition chrétienne, est précieux de sa conception à la mort et même au-delà de la mort puisque nous croyons à la résurrection de la chair dans la vie éternelle. Saint Paul parlant de l’être corps et âme disait : « Ne savez-vous pas que vous êtes un sanctuaire de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? » (1 Co 3,6)

 

– À l’inverse voici ce que dit le Dalaï-Lama : « Cette existence humaine que nous tenons pour précieuse vient d’un rebut… Le corps est une machine à produire excréments et urine. Pareil corps n’est pas à chérir. » [29]

Il est curieux de considérer que bien des Occidentaux se tournent vers le bouddhisme, pensant que celui-ci tient davantage en considération la dimension corporelle que le christianisme !

– « Le Bouddha à le pouvoir de connaître les vies passées des êtres, ainsi que le moment de leur mort et de leur renaissance, suivant leur karma. »[30]

Le chrétien ne croit pas à la réincarnation, mais à la résurrection, il y a radicale incompatibilité entre ces deux professions de foi.

– « C’est par son propre effort et par sa propre et dure application qu’il est devenu le Bouddha. »

Pour le bouddhisme, le monde sensible est synonyme d’illusion, de mensonge, de mal, il est maya. La connaissance sensible ne peut être que partielle, voire déformante. Il faut donc s’en abstraire avec une constante application, pour rejoindre l’immuable.

Ce n’est pas par notre propre mérite, mais par grâce que nous devenons enfants de Dieu, même si nous sommes participants au maintien de cette grâce en nous, et c’est l’objet de notre combat spirituel.

– « Le cycle de l’existence est dépourvu de commencement. » [31] Pour le bouddhisme et bien des conceptions venues de l’Orient, le temps est cyclique, il n’a donc pas d’origine ni de finalité. Pour le christianisme le temps est linéaire, il a un commencement, la création du monde, et il existe une fin de ce monde. Au-delà, il y aura la Jérusalem céleste où sera proclamée la Gloire de Dieu pour l’éternité.

Culture en direction des jeunes

Les milieux intellectuels chrétiens se sont abstenus depuis des années d’analyser les ressorts et les enseignements proposés à nos enfants adolescents et jeunes adultes dans ces nouvelles cultures. Hier les héros étaient des personnages historiques, des saints ou des personnages de légende combattant les forces du mal, et maîtrisant en eux-mêmes les passions mauvaises, pour suivre le beau, le vrai et le bien. Aujourd’hui il y a une inversion des figures archétypales, les dragons ne sont plus à combattre, mais à amadouer pour entrer en communion fusion avec eux  dans Eragon ; les sorcières ne sont plus méchantes, mais permettent d’ouvrir les yeux comme dans La croisée des mondes ; les initiations aux pratiques magiques sont banalisées, à l’instar des aventures de Harry Potter, véritable compendium de l’ésotérisme et de l’occultisme.

Ces romans devenus des films ont une face exotérique, l’histoire apparente destinée au plus grand nombre ; il y a cependant une face ésotérique avec des correspondances suggérées ou implicites qui font référence à l’alchimie, la magie, la théosophie ou la franc-maçonnerie, invisible aux profanes… L’anthropologie qui sous-tend ces géants de l’industrie médiatique n’a non seulement plus rien de chrétien, mais inverse les perspectives. Star Wars et son univers binaire se situe davantage dans une conception yin yang qui vient de l’Orient. Et nous pourrions multiplier les exemples avec Matrix ou Valérian. Le dernier film de Walt Disney proposé pour Noël 2017, Coco, parle de l’initiation que reçoit un jeune garçon dans le séjour des morts ! Bien sûr l’enrobage merveilleux et ludique, les prouesses techniques d’une musique s’accordant parfaitement aux images vont séduire parents et enfants. Mais prenons-nous le temps d’analyser le thème proposé ?

La musique métal fait l’apologie des forces du mal et rend pour certains groupes un culte au nombre de la Bête de l’Apocalypse 666, incarnation des forces sataniques. Des jeux vidéo sont également pénétrés par l’univers des forces du mal, du diable et des puissances des ténèbres dont on ne parle plus depuis longtemps dans les églises catholiques.

Les représentations populaires de la foi montrent les enjeux du combat entre les forces du bien et du mal. Ainsi saint Michel, saint Georges, sainte Marguerite (d’Antioche) terrassaient le dragon, et personne ne trouvait cela distrayant.

Apologie du christianisme

Le terme apologie vient du grec ancien apologia, qui signifie « justification, défense (contre une attaque) »

« L’apologétique chrétienne est la partie de la théologie qui a pour but d’analyser méthodiquement tout ce qui touche à la crédibilité de la foi chrétienne de façon à proposer les arguments qui prouvent qu’il est raisonnable de croire à la Révélation divine, fondement de la foi chrétienne. »[32]

Aujourd’hui, les attaques du contenu de la Foi chrétienne, qui déferlent dans tous les domaines sont incessantes. Les quelques éléments et symptômes trop rapidement et partiellement décrits ici sont bien loin d’être exhaustifs. Ces attaques conscientes ou inconscientes, issues du Nouvel Âge et de ses dérivés, s’inscrivent dans ce combat de toujours entre la gnose et la Foi. Elles ne cessent de s’amplifier et de se mondialiser. Il est nécessaire que l’Église « experte en humanité », fidèle à sa tradition, produise une apologétique actualisée aux questions d’anthropologie et de théologie fondamentales que cela soulève. La hiérarchie de l’Église a le devoir, au respect de sa tradition bi millénaire, d’oser une Parole forte pour dire la compatibilité ou l’incompatibilité radicale de la doctrine de la foi, au regard de certaines de ces hérésies, d’éclairer les consciences et donner aux âmes les moyens du salut en, par et avec notre Seigneur Jésus-Christ.

Nature et grâce

Il y a une radicale différence entre les énergies du Nouvel Age et la grâce de Dieu.

Selon la théologie catholique, la grâce ne vient pas de nos exercices ou de nos mérites pour la recevoir, mais de l’Amour libre et gratuit de Dieu. Le corps de l’homme, son être tout entier sont du domaine de sa nature créée par Dieu. L’homme a la capacité d’accueillir la grâce de Dieu, qui le rend digne de cet amour. Cette seule grâce donne à l’homme d’aimer comme Dieu nous aime, jusqu’à donner sa vie à la suite du Christ. C’est la grâce de Dieu qui fait que la nature de l’homme est tournée vers un au-delà de lui-même. L’homme a une constitution qui le tourne vers Dieu passivement, mais qui trouve son accomplissement dans son désir libre et actif de communion avec Dieu. Ainsi la grâce ne détruit pas, mais soutient et complète la nature.

La nature divine est distincte radicalement de la nature humaine. Cependant Jésus-Christ possède en lui les deux natures humaine et divine. Il est vrai Dieu et vrai homme. Il nous fait mystérieusement le don de sa nature divine par son sacrifice sur la croix, sa mort et sa résurrection qui rachète le péché des hommes et nous ouvre à la vie éternelle.

« La grâce en tant qu’elle est libre, gratuite, et qu’elle demande à être acceptée librement, constitue le don de cet amour dont l’homme a besoin pour trouver son ultime accomplissement. »[33]

Vie spirituelle

Il est nécessaire de définir ce qu’est la vie spirituelle pour un chrétien, car dans la mouvance du Nouvel Âge il est sans cesse question de spiritualité.

La vie spirituelle du chrétien est liée à l’Esprit Saint, troisième personne de la Sainte Trinité qui nous permet de connaître et de reconnaître l’œuvre de Rédemption dans notre vie. C’est l’Esprit Saint qui nous permet de confesser Jésus vrai Dieu et vrai homme et d’entrer en relation avec Dieu notre Père. L’Esprit Saint est la source, l’agent et le protecteur de la vie spirituelle, il traduit la Parole de Dieu dans un langage qui touche notre cœur, notre être tout entier et nous rend ainsi participant à la vie en Dieu.

Ainsi l’homme n’accède à la vie spirituelle que par grâce. La grâce est l’essence même, ou les énergies, selon la spiritualité orthodoxe, de la sollicitude de Dieu envers l’homme, telle qu’elle s’incarne en Jésus-Christ et se communique au plus profond de notre corps, de notre intelligence et de notre âme comme don de l’Esprit Saint. Cette grâce est à l’origine, au sens et à la finalité de la relation restaurée entre l’homme et Dieu Trinité Sainte.

La recommandation de Saint Paul à Timothée dans sa première lettre, garde toute sa force sa pertinence :

« À Timothée, mon véritable enfant dans la foi. À toi, la grâce, la miséricorde et la paix de la part de Dieu le Père et du Christ Jésus notre Seigneur… Comme je te l’ai recommandé en partant pour la Macédoine, reste à Éphèse pour interdire à certains de donner un enseignement différent… Le but de cette interdiction, c’est l’amour, la charité, qui vient d’un cœur pur, d’une conscience droite et d’une foi sans détour.

Voici la consigne que je te transmets, Timothée mon enfant, conformément aux paroles prophétiques jadis prononcées sur toi : livre ainsi la bonne bataille; pour s’être écartés de ce chemin, en gardant la foi et une conscience droite, certains se sont tournés vers des discours inconsistants… » (1 Tm 1, 2. 3. 5. 6. 18. 19. 20).

« L’Esprit dit clairement qu’aux derniers temps certains abandonneront la foi, pour s’attacher à des esprits trompeurs, à des doctrines démoniaques. Ils seront égarés par le double jeu des menteurs dont la conscience est marquée au fer rouge. » (1 Tm 4, 1-2).

Bertran Chaudet

Déc. 2017

Écouter  la conférence (1h30)
Notes

[1] Wicca est un terme anglais qui désigne les sorcières. Ce mouvement néo païen fondé en 1939 par Gérald Gardner pratique la magie. Certains mouvements féministes américains s’en inspirent.

[2] Conseil pontifical de la culture, Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux. Jésus-Christ Le Porteur d’Eau Vive. Éd Tequi, 2003, p. 43-44.

[3] Ib., p. 43-44.

[4] Jean-Paul II, Entrez dans l’espérance, Éd. Plon 1994, p. 147.

[5] Jean-Claude Larchet, La théologie des énergies, Éd. du Cerf. 2010, p. 37.

[6] Ib., p. 53.

[7] Paulo Coelho, L’Alchimiste. France Loisir. Éd Anne Carrière, 1994, p. 46-47.

[8] Ib., p. 122.

[9] Ib., p. 233.

[10] Frédéric Lenoir, l’Âme du monde, Éd. Nil, 2012, p. 56.

[11] Ib., p. 149.

[12] Ib., p. 161.

[13] Voir les articles sur pncds72.free.fr

[14] Voir toutes les études du Père Dominique Auzenet sur occultismedanger.free.fr

[15] Voir les articles correspondants dans sosdiscernement.org, et pncds72.free.fr

[16] Helena Blavatsky, Doctrine Secrète, Vol. 4, Partie II, Section XI, A. Saptaparna.

[17] Annie Besant, L’homme et ses corps, 1911.

[18] Christian Jacq, Dictionnaire critique de l’ésotérisme, PUF, 1998, p. 701. D’après Alice Bailey, dans son Traité du feu cosmique (1925). Il est a noter que Christian Jack auteur prolifique, franc-maçon, a écrit de très nombreux ouvrages sur l’Égypte ancienne, ses cultes et initiations. Ses livres ont une grande audience.

[19] Extrait de Rudolf Steiner, La science de l’occulte (1910), chap. II : « L’être humain » ; Théosophie. Introduction à la connaissance suprasensible du monde et de la destinée de l’homme (1904).

[20] O. M. Aïvanhov, Éléments d’autobiographie, t. I : Afin de devenir un livre vivant, Fréjus, Prosveta, 2009, p. 94.

[21] François Mathijsen, Les expériences paranormales, Éd. Fidélité, 2014, p. 45-46.

[22] Unadfi – Actualités n° 250, octobre 2017. (Sources : Le Figaro Santé, 20.10.2017 & Notre Temps, 12.10.2017)

[23] Samsara, la vie, la mort, la renaissance. Le livre du Dalaï-Lama. Éd. le Pré aux Clercs, 1996, p. 157.

[24] Ib., p. 71

[25] Ib., p. 75.

[26] Ib., p. 77.

[27] Ib., p. 88.

[28] Ib., p. 89.

[29] Ib., p. 105.

[30] Ib., p. 109.

[31] Ib., p. 128.

[32] Définition donnée sur le site internet de la Conférence des Évêques de France, CEF.

[33] Dictionnaire critique de théologie, sous la direction de Jean-Yves Lacoste. Éd. PUF, 2007. Article Grâce, p. 605.