Le corps et le Nouvel Age

Le Nouvel Age, ensemble de réseaux fluides, se présente comme un nouveau paradigme, une nouvelle spiritualité. Aujourd’hui, on ne parle plus beaucoup de Nouvel Age ou de New-Age, mais cette manière d’être et de penser imprègne et influence tous les domaines de notre société :

Le monde de la santé, de l’éducation, du développement personnel, de l’entreprise et de ses méthodes de management, du commerce et de ses performances de persuasion de la clientèle, de l’écologie, de l’agriculture biodynamique, de l’économie positive, de la politique et de certains de ses réseaux, de la culture (avec ses films à audience planétaire, en direction des enfants, des ados et des adultes, ses jeux vidéo, ses musiques), de la mode, du social…

Ces influences sont de plus en plus difficiles à déceler, tant elles imbibent nos existences ; nous y adhérons parfois, sans même nous en rendre compte. Certaines d’entre elles s’inscrivent à l’opposé de la révélation chrétienne.

Le Nouvel Age mange à tous les râteliers

En effet, depuis le XVIIIe siècle, avec une croissance importante à la fin du XIXe siècle, les influences des mouvements théosophiques, maçonniques, et rose-croix, et de leurs enseignements ésotériques, la croissance du spiritisme et de l’occultisme, de la magie, de la kabbale, de l’alchimie et de l’astrologie, du druidisme, du chamanisme, du mouvement Wicca[1], du bouddhisme tibétain, du zen, du yoga, vont poser les fondements mouvants et hétéroclites du Nouvel Âge.

Helena Blavastky, médium russe, maçonne, qui fonda en 1870 la Société Théosophique en est une des figures emblématiques. Elle tentera de faire coïncider les spiritualités orientales et leurs anthropologies avec les doctrines ésotériques et les pratiques occultes des sociétés secrètes occidentales. Annie Besant lui succédera, et Rudolf Steiner se séparera de cette mouvance, sans en renier les fondements ésotériques et occultes, en tentant une synthèse entre un christianisme gnostique et les doctrines orientales, notamment de la réincarnation.

Carl Gustav Jung fait lui aussi référence : « Jung n’a pas seulement psychologisé l’ésotérisme, mais il a aussi sacralisé le psychologique en le chargeant des contenus de la spéculation ésotérique. Il en a résulté un corps de théories qui permettent aux hommes de parler de Dieu en désignant en fait leur propre psyché, et de leur propre psyché en désignant la divinité. »[2] Pour lui Dieu est l’énergie vitale de la personne. Cette confusion entre le psychologique et le spirituel, entre la nature et la grâce, va être le fondement même du Mouvement de Développement du Potentiel Humain, né à l’Institut Esalen, en Californie, origine de bien des dérives. Esalen demeure le Centre du rayonnement de la Méditation de Pleine Conscience, de l’ennéagramme et des réseaux Gurdjieff. Le psycho spirituel est entré dans l’Église par l’intermédiaire de communautés nouvelles et maintenant toutes les familles spirituelles chrétiennes sont peu ou prou touchées par le phénomène.

La psychologie transpersonnelle, née de cette confusion entre psychologique et spirituel, a été pointée par ce document de l’Église catholique en 2003 qui garde toute sa pertinence et son actualité : « La psychologie transpersonnelle, fortement influencée par les religions orientales et par Jung, propose un parcours contemplatif où la science et le mysticisme se rencontrent. L’accent mis sur la corporéité, la recherche de techniques d’élargissement de la conscience et l’intérêt porté aux mythes de l’inconscient collectif étaient autant d’indications à rechercher le « Dieu intérieur » en soi. Pour réaliser son potentiel, l’homme devait dépasser son ego et devenir le dieu qu’il est au fond de lui-même. Pour cela, il fallait choisir la thérapie appropriée : méditation, expériences parapsychologiques, recours aux drogues hallucinogènes. Tous ces moyens devaient permettre de réaliser des expériences « ultimes » ou « mystiques », de fusion avec Dieu ou avec le cosmos. »[3]

Ce texte est le seul document officiel de l’Église catholique qui parle avec autant de netteté et de connaissance avisée, de ce phénomène de société. Il se réfère au livre d’entretien de Jean-Paul II, Entrez dans l’espérance, qui met en garde contre « la question de la renaissance de certaines traditions du gnosticisme antique dans ce que l’on appelle aujourd’hui le New-Age. Il est impossible de se laisser bercer par l’illusion que ce retour de la gnose préluderait à un renouveau de la religion. Il s’agit tout simplement d’un renouveau de la version moderne d’une attitude spirituelle qui, au nom d’une prétendue connaissance supérieure de Dieu, finit par rejeter définitivement sa Parole en la remplaçant par des paroles toutes humaines. La gnose n’a jamais disparu du champ du christianisme. Elle a toujours cohabité avec lui, parfois en tant que courant philosophique, plus souvent sous des formes religieuses ou parareligieuses, en opposition nette, même si elle n’est pas explicite, avec l’essentiel du christianisme. » [4]

Anthropologie du New-Age

Il serait erroné de proposer une synthèse de l’anthropologie du Nouvel Âge tant elle est disparate. En effet, sous une apparente ouverture à toutes les cultures et à toutes les religions, tous les concepts même les plus contradictoires sont acceptés avec une bienveillance de façade. Les adeptes du Nouvel Âge arborent souvent une suave et douce condescendance qui cache leur vive hostilité à l’égard de ceux qui croient encore à des dogmes, surtout s’ils sont catholiques. Il est cependant possible de dégager quelques points saillants dans cette nébuleuse.

L’énergie

Kundalini, prana en Inde, aura, chi ou qi, en Chine, ki au japon reviennent fréquemment dans les discours pseudoscientifiques du Nouvel Âge. Ces termes évoqueraient une substance invisible en lien avec la déité ou le divin dont la définition reste floue, inquantifiable et invérifiable. En physique, l’énergie est une notion précisément définie selon sa catégorie, quantifiable et mesurable. Ici nous ne savons pas réellement ce dont il est question. Le Dieu du Nouvel Âge est une énergie impersonnelle, une force vitale ou âme du monde.

Déjà dans le stoïcisme, philosophie grecque née au troisième siècle avant Jésus-Christ, il était question de l’âme du monde. « On retrouve cette conception de l’âme du monde dans le stoïcisme où le Logos, âme du monde, est également qualifié « d’Esprit. » [5] Conception moniste du monde, c’est-à-dire sans distinction entre un Dieu Créateur et la création. Dans le monisme tout est un. Ce concept est repris dans le Nouvel Âge. C’est chez Jamblique (242-325), dans ses textes De mysteriis que l’on trouve la notion d’énergie liée aux rites et pratiques divinatoires connus sous le nom de « théurgie ».[6] Les idées des néo-platoniciens seront condamnées par saint Justin. Mais cette philosophie sert de références aux intellectuels néo gnostiques du Nouvel Âge.

Selon la Foundation for Hollistic Spirituality, la définition de la spiritualité devient : « Connexion humaine naturelle avec le merveilleux et l’énergie de la nature, du cosmos et de toute l’existence, ainsi que l’instinct d’explorer et de comprendre sa signification. »

Par ailleurs, le Nouvel Âge a voulu récupérer la physique quantique pour se donner un vernis scientifique. Aucun physicien quantique ne peut se reconnaître dans cette assimilation erronée et cette usurpation de termes. Les catégories et l’objet des énergies dites spirituelles du Nouvel Âge n’ont rien à voir avec la mécanique quantique qui appartient au domaine de la physique.

Quelques écrivains s’inscrivant dans cette tendance

Paulo Coelho, auteur prolifique de nombreux romans et chantre de ces perspectives du Nouvel Âge, écrit dans L’Alchimiste, livre qui a connu un succès international. (Ce livre a souvent été offert à des enfants faisant leur profession de Foi, alors que nous sommes là, précisément à l’inverse d’une profession de Foi catholique) :

« L’Âme du Monde se nourrit du bonheur des gens. Ou de leur malheur, de l’envie, de la jalousie. Accomplir sa légende personnelle est la seule obligation des hommes. Tout n’est qu’une seule chose. Et quand tu veux quelque chose, tout l’univers conspire à te permettre de réaliser ce désir. »[7]

C’est une conception moniste qui voit dieu en toute chose sans distinction entre nature et divinité.

« Il commença à comprendre que les pressentiments étaient de rapides plongées de l’âme dans ce courant universel de vie, au sein duquel l’histoire de tous les hommes se trouve liée de façon à ne faire qu’un : de sorte que nous pouvons tout savoir, parce que c’est écrit. »[8]

« Et le jeune homme se plongea dans l’Âme du Monde et vit que l’Âme du Monde faisait partie de l’Âme de Dieu et vit que l’Âme de Dieu était sa propre âme. »[9]

Dans le Pèlerin de Compostelle, roman initiatique gnostique, Coelho s’inscrit dans des inversions permanentes quant à la Révélation chrétienne. Il ne s’agit donc pas d’un pèlerinage chrétien de conversion intérieure pour rencontrer le Christ.

L’énergie divinisée est présente en toute chose, du vulgaire caillou jusqu’aux sphères célestes, du brin d’herbe jusqu’au baobab, du chétif insecte jusqu’au grand savant. Cette énergie est conscience universelle ou Âme du Monde. C’est de fait un retour au panthéisme, si ce n’est au paganisme.

Frédéric Lenoir, ancien directeur du Monde des religions, continue de surfer sur cette vague de consensus mou, sans dogme. C’est l’auteur français contemporain qui a vendu le plus de livres, invité permanent des plateaux télévision en tant qu’expert des religions et de la spiritualité. Dans son livre L’Âme du monde, qui se veut être « un conte initiatique lumineux qui touche le cœur autant que l’intelligence » (selon ce que dit en toute simplicité la quatrième de couverture) nous sommes encore dans ces perspectives aussi holistiques que floues : « Mais pour bien marquer le caractère universel de cet enseignement, nous ne citerons pas de nom, ni les sources qui nous inspirent. Afin d’éviter toute référence explicite à ce que certains d’entre nous nomment « Dieu », d’autres le « Dharma », d’autres encore « le divin », « le Tao » ou « l’Absolu », nous nous sommes entendus pour utiliser une seule expression : « l’Âme du monde ».[10]

« Cette reliance au divin nourrit et fortifie l’âme des croyants, plus que tout rituel ou acte religieux extérieurs… La prière peut aussi rester un « cœur à cœur » silencieux dans lequel l’homme savoure l’amour qui émane de l’Âme du monde, quel que soit le nom qu’il lui donne… Toute parole, toute pensée, tout regard adressé à la force mystérieuse qui anime l’univers nous relient à l’Âme du monde et portent ses fruits. »[11]

Il n’est pas question d’un Dieu personnel, créateur et sauveur de l’humanité tel que le professe la Révélation chrétienne.

« Et la force de nos croyances ira jusqu’à produire des évènements qui les confirmeront. »[12]

Ce pourrait être une définition de la pensée magique que l’on retrouve chez Laurent Gounelle.

Laurent Gounelle, dans l’ensemble de ses livres parle beaucoup de spiritualité. Ces livres se vendent très bien, ils ne cessent de tourner autour de la même idée, placée sur la une de son livre L’homme qui voulait être heureux : « Ce que l’on croit peut devenir réalité ». Gounelle, comme Coelho comme Lenoir et bien d’autres, pense qu’il faut savoir dépasser toutes les croyances religieuses particulières, parce qu’elles seraient l’expression d’une même réalité intérieure, dont il faudrait se détacher de la forme extérieure. Par conséquent il faut choisir celle qui nous convient le mieux, ou plutôt adhérer à ce qui marche le mieux et se situer en surplomb. C’est une des perspectives des Franc-maçonneries et autres associations initiatiques. C’est aussi une des professions de foi du Nouvel Âge…

Nous sommes en pleine pensée positive, cette conviction que l’on peut changer le réel en modifiant ses attitudes mentales, en pleine pensée magique également, où la force du symbole fait entrer dans une vision initiatique qui changerait la perception du réel, et serait capable de le transformer.

Les adeptes des thérapies énergétiques croient que les pensées, les sentiments, les émotions causent des vibrations dans le corps physique, sans support matériel. S’il est vrai que le stress, la fatigue, une mauvaise hygiène de vie minent le système immunitaire, et que la bonne humeur est un gage de bon fonctionnement psycho corporel, aucune démonstration scientifique n’a avalisé que le mental pouvait agir sans substrat physique sur le corps. Faut-il alors intégrer l’idée qu’un monde des esprits existe, se manifeste et puisse être instrumentalisé dans certaines circonstances ?

Les disciplines énergétiques prétendent agir sur des bases vibratoires non encore objectivées, en accordant les fréquences entre le mental et le corps à l’aide de cristaux, d’eaux, de médailles, de grigris, de couleurs, de sons, de lumières. Ici l’imagination des thérapeutes ou des gourous est sans limites.

Quelques thérapies s’inscrivant dans cette tendance

Les fleurs de Bach illustrent cette croyance en l’énergie ou en l’esprit des plantes. C’est au cours d’une initiation chamanique que le Dr Édouard Bach (1886-1936), ancien médecin homéopathe, dit avoir reçu une révélation, lui indiquant le nom de trente-huit plantes dotées de vertus thérapeutiques particulières, rééquilibrant l’esprit ou soulageant des perturbations psychiques ou physiques. C’est le transfert des forces spirituelles contenues dans les fleurs, récoltées à l’état sauvage, qui permettrait cette harmonisation. À part le Cognac contenu dans ces préparations, aucune substance active n’est décelable à l’examen chimique. Aujourd’hui, de nombreuses autres fleurs sont sur le marché dont certaines sont censées influer sur la conscience et permettraient d’ouvrir à la médiumnité. Certains proposent même de charger positivement ces essences de plantes par la méditation et la transmission de pensée. Selon ces perspectives, la force de la pensée donnerait une énergie positive et réparatrice à « l’esprit » de la plante.

L’homéopathie, procède de manière similaire, car dans les hautes dilutions à partir de 7CH, il est quasi impossible de déceler une seule molécule active dans les gélules. Selon les homéopathes, une substance extrêmement diluée peut soigner les symptômes de maladie qu’elle susciterait chez la personne en bonne santé. L’homéopathie, forme de médecine énergétique, affirme agir sur la force vitale du corps pour favoriser sa guérison émotionnelle et physique. À ce jour cette force vitale en tant que telle n’a jamais été démontrée scientifiquement, les effets placebo eux l’ont été. Le Dr Samuel Hahnemann (1755-1843), prétend avoir expérimenté sur lui tous les traitements homéopathiques. Certains ont des effets toxiques ou préjudiciables à haute dose comme nux vomica, qui comme son nom l’indique fait vomir lorsque l’on ingère la noix vomique concentrée, et empêcherait vomissement ou sensation de nausée en haute dilution. D’autres médications sont d’ordre purement symbolique, comme oscillococcinum qui est un autolysat de foie et de cœur de canard de Barbarie. Au prétexte que le canard résiste au froid et incube dans son foie des éléments lui permettant d’affronter les maladies qui y sont liées. Tout ceci n’est en rien conforme à des expérimentations médicales randomisées. L’efficacité de l’homéopathie est surtout liée aux maladies psychosomatiques où l’on sait l’influence du psychisme sur le corps, et par conséquent l’induction consciente ou inconsciente du patient sur le processus de guérison, grâce à la confiance qu’il donne au remède ou à celui qui l’a prescrit et au rituel auquel il se soumet pour le prendre. Quand le remède homéopathique qui conviendrait au malade est trouvé avec un pendule ou tout autre moyen médiumnique, il est facilement constatable que l’on n’est plus dans le domaine de la raison, mais dans la croyance en des puissances invisibles. Comment se fait-il que l’homéopathie se prête plus volontiers à ce type de médiumnité ou de divination ? Hahnemann, franc-maçon, s’est intéressé à la symbolique et aux analogies occultes. Il est alors moins surprenant que l’homéopathie puisse entrer en résonance avec d’autres pratiques occultes.

La Gemmothérapie n’est pas plus fiable quand elle prétend que des cristaux pourraient agir sur les chakras et débloquer ainsi la circulation de l’énergie dans le corps et même dans l’esprit et plus encore dans la conscience spirituelle. On médite en tenant le cristal et en plongeant son regard en lui… C’est ainsi que l’on susciterait l’alignement entre le mental du méditant et les vibrations du cristal, amenant à la plénitude.

Le Reiki [13]. Pseudo thérapie qui a pris un essor considérable. Le terme Reiki est composé de deux mots : rei, pouvoir supérieur universel et ki énergie force vitale. Selon la légende, considérée comme historique par les praticiens, son fondateur, Mikao Usui (1825-1926) après 21 jours de jeûne et de méditation sur une montagne sacrée du Japon aurait eu la révélation du Reiki. Il serait resté sous une cascade sacrée, méditant pour ouvrir son chakra le plus élevé. Après cette expérience, Usui affirmait pouvoir guérir sans épuisement de son énergie, car branché directement sur l’énergie universelle.

La transmission initiatique du reiki « harmonisation », se fait de maître à disciples. Aucune formation particulière n’est demandée. Durant « l’harmonisation », plusieurs symboles, qui doivent rester secrets, sont scellés dans le champ énergétique de l’élève, afin d’ouvrir celui-ci de façon permanente à l’énergie du reiki, et lui permettre à son tour d’effectuer des « harmonisations ».

Il existe trois degrés d’initiation au reiki. Le premier qui permettrait le contrôle du champ énergétique des patients, se fait à distance de quelques centimètres du corps. L’énergie reiki pénétrerait dans le corps du praticien par le chakra de la gorge et ressortirait par ses mains pour être redistribuée par les chakras du patient. Le second permettrait d’effectuer des guérisons à distance. La transmission de l’énergie reiki est purement mentale. Au troisième degré, le disciple peut devenir maître et transmettre l’initiation « harmonisation » à d’autres personnes.

Nous sommes là dans du magnétisme et une ouverture à la médiumnité. [14]

Parmi les thérapies « New-Age » et les systèmes de méditation orientale, le Reiki est aujourd’hui une des plus populaires. Si en France, il suscite encore quelque méfiance, cela ne l’a pas empêché de faire son entrée dans nombre d’hôpitaux, comme celui de la Timone à Marseille. En Espagne, ce sont désormais les mairies et d’autres institutions publiques qui le rendent accessible à tout un chacun. Christophe André, psychiatre bouddhiste promoteur de la « méditation pleine conscience », auteur du best-seller Méditer, jour après jour, traduit en espagnol, italien, catalan, allemand, polonais, coréen, anglais, néerlandais, anglais, chinois, n’hésite pas à préconiser le reiki.

Cela atteste d’une grande confusion des esprits, mais aussi des contradictions de la soi-disant laïcité ou neutralité républicaine qui n’a rien à dire sur ces pratiques qui sont en fait des croyances, sans aucun support rationnel ni raisonnable. Alors que ces praticiens opèrent dans des espaces publics, hôpitaux, écoles, universités, lieux de formation officiels.

L’illusion

« Le serpent dit à la femme : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » La femme s’aperçut que le fruit de l’arbre devait être savoureux, qu’il était agréable à regarder et qu’il était désirable, cet arbre, puisqu’il donnait l’intelligence. Elle prit de son fruit, et en mangea. Elle en donna aussi à son mari, et il en mangea. Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils se rendirent compte qu’ils étaient nus. » (Gn 3, 4-7).

Le maître de l’illusion demeure, aujourd’hui comme hier, le serpent tentateur qui induit une réalité mensongère. Dans le regard du serpent, nous pensons devenir maîtres de la réalité, connaissant toute chose, entrainés à croire que l’immédiateté de la jouissance et du bien-être confère l’immortalité et l’identité des dieux.

Certaines méthodes de relaxation, de méditation comme la méditation de pleine conscience, l’hypnose, la sophrologie, ou de techniques comme la PNL, programmation neurolinguistique ou la pensée positive peuvent arriver à faire prendre des vessies pour des lanternes et qui plus est, des lanternes spirituelles.

Certains exercices permettraient même d’enlever des séquences mémorielles négatives pour les remplacer par des séquences positives. En sophrologie, en hypnose, en PNL, l’on peut induire des images positives qui remplacent ce qui a été, ce qui est ou ce qui sera douloureux à vivre tant sur le plan physique que psychologique. La méditation de pleine conscience permet de se déconnecter d’un réel stressant ou douloureux pour rentrer dans une bulle de bien être totalement provoqué par des exercices répétitifs. Mathieu Ricard « roue de secours » du Dalaï-Lama, comme il se définit lui-même, invité complaisamment sur tous les plateaux de télévision, faisant la une de bien des hebdomadaires, en est la figure de proue.[15]

Les Rose-Croix AMORC (Ancien et Mystique Ordre des Rose-Croix) pratiquent la matérialisation d’images mentales pour obtenir santé, richesse et bonheur. Ils pratiquent en groupe des égrégores, en l’occurrence des matérialisations mentales permettant, par magnétisme et médiumnité, d’opérer, selon eux, des influences magiques sur la réalité.

Selon Jimmy Hendrix, chanteur des années hippies, adepte du LSD et mort d’une overdose, les sons étaient liés à des couleurs ; ainsi dans sa chanson Purple Haze il associait le violet à l’accord mi 7e. Associer couleur et son est le propre d’expériences psychédéliques liées à l’absorption de drogues, notamment du LSD. Aujourd’hui dans le néo chamanisme, de telles expériences sont proposées, avec prise de drogues hallucinogènes, dites aujourd’hui enthéogènes, c’est-à-dire capable d’engendrer une expérience de Dieu !

Le corps, sept corps !

Helena Blavatsky, inspirée par les textes du Véda et des Puranas, décrit les sept corps que posséderait l’être humain. Pour elle, il existe sept états de la matière en correspondance avec les sept corps de l’homme.[16] La finalité de la vie serait de maîtriser ces sept états pour évoluer spirituellement dans un processus « d’alchimie de l’être ». Il est à noter que cette alchimie est le fil conducteur des sept tomes d’Harry Potter, transformation du plomb en or. Héléna Blavatsky y apparaît sous le nom de Cassandra Vablasky. C’est dire les références occultes des œuvres de Madame Rowling.

Pour ces courants théosophiques et occultistes, ce septénaire a une signification symbolique. Le chiffre quatre symbolise la Terre ou la matière, et le chiffre trois, le Ciel ou le Spirituel, le sept étant l’harmonie du tout.

Rudolf Steiner, héritier de ces courants mais en dissidence, fondateur de l’anthroposophie, précise en 1910, le nom de ces sept corps, dans son ouvrage La science de l’occulte : « chez l’être humain il y a les sept éléments suivants : corps physique, corps éthérique, corps astral, Moi, Moi spirituel, Esprit de vie, Homme-Esprit« .

Corps éthérique

La définition du corps éthérique n’est pas la même selon les écoles ésotériques et n’a rien de scientifique. Nous sommes dans un domaine d’énergies indéfinissables et de leurs subtiles correspondances. L’éthérique ne correspond à aucune substance repérable objectivement, si ténue soit-elle. Le corps éthérique ne pourrait être perçu que par des êtres initiés extralucides.

C’est Aristote qui crée le concept d’Éther vers 345 av. J.-C. Aux quatre Éléments la terre l’eau l’air et le feu il en adjoint un cinquième corps, l’éther. Chez Aristote, l’Éther forme la matière des astres et de l’âme.

Ces conceptions du corps éthérique ou du corps astral, reprises par la nébuleuse du Nouvel Âge, nous l’avons dit en introduction, proviennent des courants théosophiques avec Blavatsky et Annie Besant qui lui succéda. Ces courants étaient violemment anti-chrétiens et plus particulièrement anti-catholiques.

Ainsi voici les élucubrations d’Annie Besant, que l’on peut qualifier au mieux d’ésotériques, mais plus réalistement de charabias :

« La matière physique forme sept subdivisions, qu’on peut distinguer les unes des autres, et dont chacune produit, entre ses propres limites, des combinaisons infiniment diverses. Ces subdivisions sont : le solide, le liquide, le gaz, puis l’éther sous quatre états aussi distincts les uns les autres que sont distincts entre eux le solide, le liquide et le gaz. Le corps physique de l’Homme se compose de matière physique en ces sept états – son corps grossier consistant en solide, liquides et gaz, et son double éthérique se composant des quatre subdivisions de l’éther, respectivement désignées par éther I, éther II, éther III et éther IV. […] Les fonctions du corps astral proprement dit ont souvent été attribuées au double éthérique, auquel on donnait parfois à tort le nom de corps astral. Le double éthérique se compose des éthers physiques seulement, et, s’il est extériorisé, il ne peut ni quitter le plan physique, ni s’éloigner notablement de sa doublure » [17].

Alice Bailey en 1925, donnera des précisons tout aussi obscures dans un langage abscons :

« Le corps éthérique interpénètre le physique dense et le dépasse légèrement. Il est comme un brouillard (gris-bleu ?). Il se compose d’un tissu de courants d’énergie, de lignes de force et de lumière. L’énergie circule le long de ces lignes comme le sang dans les veines et les artères. Cette circulation permanente, humaine, planétaire et solaire de force vitale animant le corps éthérique de toutes les formes est la base de toute vie manifestée. Aucune vie n’existe sous une forme séparée. Le corps éthérique d’un être humain fait partie du corps éthérique de la planète donc, il est relié à toutes les formes qui se trouvent dans ce corps éthérique, quel que soit le règne de la nature auquel il appartient. C’est le véhicule emprunté par les courants de vitalité qui maintiennent le corps en vie. Il apporte vitalité et énergie au corps physique et l’intègre au corps éthérique de la terre et du système solaire. » Alice Bailey, dans son Traité du feu cosmique (1925)[18].

Rudolf Steiner aura lui aussi sa définition. Pour Steiner le corps éthérique est un corps de forces formatrices, de forces vitales qui imprègne et donne forme aux organismes des êtres vivants. Ce corps éthérique, serait lui-même pénétré du corps astral et du Moi. Ce corps éthérique maintiendrait le corps en vie. Son interaction avec l’organisme serait inégale et différenciée selon les organes. Le corps éthérique, visible seulement par les initiés, formerait une sorte d’aura autour du corps et refléterait l’état de santé physiologique psychologue et spirituel des êtres. [19]

Kirlian en 1939 prétendit visualiser photographiquement ce corps énergétique ou cette aura. En fait ses photos ne faisaient qu’objectiver l’humidité qui se dégage de chaque corps vivant.

Les explications les plus diverses et saugrenues ont été données pour tenter de rendre compte de ce qu’est le corps éthérique, elles font partie de ces pseudo-preuves chères au Nouvel Âge :

– Le corps éthérique serait le lieu de la mémoire de l’individu. À l’approche imminente de la mort ou en coma dépassé, les personnes voient défiler leur vie par l’intermédiaire de ce corps éthérique.

– En cas de peur intense et soudaine, le corps éthérique pourrait se détacher un instant du corps physique.

– En cas de blessure physique grave, si l’on ne ressent pas de douleur, ce serait parce que le corps éthérique se serait séparé du corps physique.

Le gourou de la Fraternité blanche universelle, Omraam Mikhaël Aïvanhov, témoigne dans ses expériences : « J’ai voulu démontrer à mes amis l’existence du corps éthérique, ce double du corps physique qui lui donne la sensibilité… Je me concentrais [sur une personne] pour la plonger dans un sommeil hypnotique, puis je faisais au-dessus d’elle quelques passes magnétiques pour lui retirer son corps éthérique que je déplaçais dans la pièce voisine. Avec une épingle, je lui piquais légèrement le bras. Elle ne réagissait pas : visiblement elle ne sentait rien. Ensuite, j’allais dans la pièce voisine et là, avec la même aiguille, je piquais légèrement le corps éthérique que je lui avais retiré. Et voilà qu’elle poussait un cri. »[20]

Ce sont des expériences de magie qui ne valident en rien l’existence objective d’un corps éthérique.

Les chakras, décrits plus bas, seraient des centres subtils situés dans les corps éthérique et astral. Les points d’acupuncture seraient des points particuliers de jonction entre le corps physique et le champ éthérique.

Corps astral

Alors que le corps éthérique serait à l’extérieur du corps physique, le corps astral serait à l’intérieur.

Le corps astral réapparaît chez les spirites comme Allan Kardec et les occultistes comme Eliphas Lévi, Papus ou Stanislas de Guaita dans la deuxième partie du 19e siècle. Allan Kardec, en 1857, dans Le Livre des Esprits parle, décrit ce corps astral qui survivrait à la mort physique et permettrait de rentrer en relation avec les vivants. « L’homme a ainsi deux natures : par son corps, il participe de la nature des animaux dont il a les instincts ; par son âme il participe de la nature des Esprits. Le lien ou périsprit qui unit le corps et l’Esprit est une sorte d’enveloppe semi-matérielle. La mort est la destruction de l’enveloppe la plus grossière ; l’Esprit conserve la seconde, qui constitue pour lui un corps éthéré, invisible pour nous dans l’état normal, mais qu’il peut rendre accidentellement visible et même tangible, comme cela a lieu dans le phénomène des apparitions. »

Ce corps astral serait perçu pour Rudolf Steiner, par les clairvoyants comme un corps de lumière psychospirituelle formant une aura autour du corps matériel. Il est appelé astral, car il manifesterait en l’homme les forces psychospirituelles des astres. Durant le sommeil, le corps astral se séparerait en quelque sorte du corps psychosensoriel. Le corps astral se régénérerait alors au contact de la lumière astrale et spirituelle émanant des planètes.

Là aussi de pseudo preuves sont évoquées qui manifesteraient l’existence de ce corps astral.

D’après Rudolf Steiner, « chaque soir, en s’endormant, l’homme sort de son petit univers, de son microcosme, pour entrer dans le grand univers, le macrocosme, et il s’unit à ce macrocosme en y répandant son corps astral et son Je ». Cette phase correspondrait au sommeil profond.

Les passes magnétiques, les séances d’hypnose permettraient de séparer le corps astral du corps physique.

Le voyage astral : lors de l’expérience de décorporation, ou Out-of-Body-Experience, le corps astral se détacherait et vivrait une vie autonome. Aucun psychiatre sérieux n’a validé cette interprétation.

Le chaman guérirait le malade qui le consulte, en sortant lui-même du corps dans un état de transe soit cataleptique (son corps physique est immobile au sol), soit somnambulique (il s’agite, danse, chante, mime le voyage, imite un animal).

Selon les spirites, le corps éthérique qui se désagrège forme un spectre, tandis que le corps astral qui se désagrège forme un fantôme.

Le voyage astral. En anglais out-of-body-experience (OBE)

Les livres prolifèrent dans ce domaine, et ce n’est pas sans danger…

Ils décrivent un « cordon d’argent » comme étant un mince câble lumineux, composé de nombreux fils ou filaments, infiniment extensibles. Dans les voyages astraux, ce cordon d’argent permettrait de relier le corps physique avec le corps éthérique qui serait susceptible de voyager dans le temps et dans l’espace.

Il serait fastidieux de rentrer dans le détail de ces descriptions qui demeurent fondamentalement ésotériques, par conséquent réservées à ceux qui se croient initiés. À force de pratiquer ce langage incompréhensible aux profanes, ils pensent avoir percé les mystères de la vie.

Évoquons rapidement le livre sur La vie après la vie (1974) de Raymond Moody qui est fait de témoignages d’expériences de mort imminente (Near Death Experience, NDE), parfois en état de mort clinique, et de la sensation qu’ont eu certaines personnes de flotter dans l’espace avec un corps léger, de rencontrer des parents ou amis défunts dotés d’un corps spirituel. Il ne s’agit pas de remettre en cause la sincérité de ceux qui ont vécu de telles expériences, mais d’être très vigilants quant aux explications données et de distinguer ce qui est d’ordre subjectif de ce qui est de l’ordre de la preuve scientifiquement établie. Enfin de discerner pour un chrétien sur le plan spirituel, si cela ne remet pas en question notre Foi et notre Espérance en la Résurrection.

Les thérapies du Nouvel Âge font souvent référence aux chakras et à l’aura

Les chakras se trouvent décrits dans les textes sacrés sanscrits de l’Inde appelés Upanishad datant de six cents ans avant Jésus-Christ, puis de manière plus précise dans une des multiples sectes hindoues, apparue au Vème siècle avant Jésus-Christ, comme le shaktisme. Sept chakras principaux iraient de la base de la colonne vertébrale jusqu’au sommet de la tête. Les chakras seraient des centres de conscience pure et des points d’attention de la méditation auxquels sont associés des mantras. Le principal canal énergétique du corps appelé sushumna nadi, relie ces sept chakras. Il est encadré de deux nadis secondaires : ida à gauche (véhiculant la force vitale descendante) et pingala à droite (véhiculant la force ascendante). Le but de la vie spirituelle consiste à éveiller la puissante énergie de la kundalini, force vitale représentée par un cobra royal lové et assoupie, à la base de la colonne vertébrale. Cette kundalini en traversant chaque chakra arriverait au chrakra couronne shahasrara situé au-dessus de la tête, et ainsi provoquerait l’illumination. Ceci demeure un élément important dans la pratique du yoga, de la méditation et de certaines initiations. Des théosophes comme Charles W. Leadbeater (1854-1934) et Alice Bailey (1880-1949), puis les anthroposophes à la suite de Rudolf Steiner ont occidentalisé ces notions énergétiques en les rapprochant de théories ésotériques et de pratiques occultes. Des rapprochements entre chakras et glandes endocrines y ont été faits, sans qu’aucune recherche médicale et scientifique n’ait pu prouver la réalité de ces chakras ni du kundalini ; et pour cause ce sont des énergies dites spirituelles !

Énergie du corps. Alex Grey.

Alex Grey, né le 29 novembre 1953, est un peintre New-Age puisant son inspiration dans le LSD, dans des initiations ésotériques, des rites de passage, et toutes sortes d’exercices psycho corporels. Dans cette peinture il représente le corps anatomique de la médecine occidentale, le corps énergétique et ses chakras, les méridiens d’acupuncture, et les auras entourant le corps physique.

L’aura serait un genre de champ énergétique qui manifesterait extérieurement l’énergie physique psychologique et spirituelle. Elle serait donc en lien étroit avec les chakras. Les clairvoyants prétendent voir l’aura qui changerait constamment de forme de couleur et de taille en fonction des pensées des climats émotionnels ou spirituels, ou de la santé des personnes. Aucune validation scientifique n’est venue à ce jour confirmer ces dires.

L’invisible

Les forces cachées communiquées par les anges, les esprits des éléments, les entités, qu’il faut savoir se concilier par initiation permettraient de rendre possible l’interaction entre matière et esprit et ainsi accéder au divin en nous. Il s’agit d’instrumentaliser les forces de l’invisible pour les mettre à notre service, pour agir selon nos désirs et notre volonté. Ces méthodes magiques ont leur efficience. Mais à qui les personnes qui sacrifient à ces pratiques font-elles allégeance ? La plupart des guérisseurs et autres intercesseurs prétendent, pour les uns détenir ce don de Dieu, d’autres évoquent une faculté naturelle, d’autres encore auraient été initiés. Les prières secrètes, les rites magiques, et autres invocations des esprits ou de l’énergie universelle ne peuvent que nous interroger sur la nature de ces forces invoquées ou invitées. Même si la gratuité de certains praticiens est évoquée, est-ce suffisant pour dédouaner ces pratiques de toute innocuité ? L’apparente disparition des symptômes d’appel des malades qui y ont recours, est-elle un critère suffisant pour valider ces pratiques ?

Beaucoup de questions se posent quant à ces pratiques aussi bien sur le plan de la raison que celui de la Foi, si nous sommes chrétiens.

Voici ce qu’écrit François Mathisjsen, philosophe, théologien, et psychologue :

« Si le phénomène s’explique par l’hypothèse de facultés humaines inconnues (hypothèse psy) ou des lois naturelles encore incomprises, il peut être considéré comme quelque chose de neutre et il est difficilement compréhensible de ne pas l’utiliser pour en bénéficier. Par contre, si la source de certains phénomènes paranormaux n’est pas naturelle, mais surnaturelle (hypothèse spi), que ce ne soit pas donc ni une faculté humaine inconnue, ni une réalité physique inexploitée, mais la manifestation d’une intelligence immatérielle externe qui s’exprimerait à travers une sensibilité ou une disposition naturelle, alors cela demande de discerner ce à quoi nous avons à faire. » [21]

Quelle est la source qui se manifeste incontestablement de façon paranormale, qui échappe à toute analyse et à toute explication rationnelle, et qui semble agir au-delà du temps et de l’espace commun et habituel ? Est-ce une énergie physique naturelle ou une intelligence spirituelle ? La réponse à cette question est déterminante. Car s’il s’agit d’effet physique, de fluides si subtils que nous n’aurions pas encore pu objectiver scientifiquement, il ne serait pas illicite de les utiliser pour le bien. Mais s’il s’agit d’entités spirituelles, alors cela est du ressort de la vie spirituelle et de ses combats. Il n’est pas juste et bon de faire allégeance à des forces invisibles, contraires à la volonté de Dieu.

Voici les recommandations explicites de saint Paul aux Ephésiens. Il est question également d’énergie mais elle n’a pas la même origine :

« Enfin, puisez votre énergie dans le Seigneur et dans la vigueur de sa force. Revêtez l’équipement de combat donné par Dieu, afin de pouvoir tenir contre les manœuvres du diable. Car nous ne luttons pas contre des êtres de sang et de chair, mais contre les Dominateurs de ce monde de ténèbres, les Principautés, les Souverainetés, les esprits du mal qui sont dans les régions célestes. Pour cela, prenez l’équipement de combat donné par Dieu ; ainsi, vous pourrez résister quand viendra le jour du malheur, et tout mettre en œuvre pour tenir bon. Oui, tenez bon, ayant autour des reins le ceinturon de la vérité, portant la cuirasse de la justice, les pieds chaussés de l’ardeur à annoncer l’Évangile de la paix, et ne quittant jamais le bouclier de la foi, qui vous permettra d’éteindre toutes les flèches enflammées du Mauvais. Prenez le casque du salut et le glaive de l’Esprit, c’est-à-dire la parole de Dieu. En toutes circonstances, que l’Esprit vous donne de prier et de supplier : restez éveillés, soyez assidus à la supplication pour tous les fidèles. Priez aussi pour moi : qu’une parole juste me soit donnée quand j’ouvre la bouche pour faire connaître avec assurance le mystère de l’Évangile dont je suis l’ambassadeur, dans mes chaînes. Priez donc afin que je trouve dans l’Évangile pleine assurance pour parler comme je le dois… Que la paix soit avec les frères, ainsi que l’amour et la foi, de la part de Dieu le Père et du Seigneur Jésus Christ. Que la grâce soit avec tous ceux qui aiment notre Seigneur Jésus Christ d’un amour impérissable. » (Ep 6, 10-23).

Problème de santé publique

« Près de la moitié des signalements de dérive sectaire que reçoit la Mission interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires (MIVILUDES) relèvent du domaine de la santé… Elle recense plus de 300 pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique, 1 800 centres de formation dans le domaine de la santé susceptible de présenter un risque de dérive sectaire, 4 000 psychothérapeutes autoproclamés sans formation et non-inscrits sur un registre professionnel. Il est impossible, aujourd’hui, d’évaluer le nombre de pseudo-thérapeutes en France. L’ordre des médecins signale également que près de 3 000 médecins sont en lien avec la mouvance sectaire. Ce constat est d’autant plus alarmant que près de quatre Français sur dix ont recours aux médecines alternatives, dont 60 % de malades du cancer… La majorité de ces « soignants » alternatifs conseillent souvent à leur patient l’arrêt de leur traitement en décrédibilisant leur médecin traitant. Les conséquences peuvent être dramatiques et conduire au décès, comme l’illustre le cas de Steve Jobs, le fondateur d’Apple (adepte et promoteur dans son entreprise de la Méditation de Pleine Conscience). À la suite d’un diagnostic de cancer du pancréas en 2003, il a adopté un traitement à base de jus de carotte et d’acupuncture, sur les conseils de « spiritualistes »… L’efficacité des médecines alternatives est difficilement démontrable scientifiquement, car c’est le ressenti du patient qui sert de preuve. Il est très délicat de mettre en œuvre des études cliniques. En effet, « cette médecine se voulant fondée sur le savoir-faire propre à chaque praticien » cela rend difficile l’établissement de critères objectifs d’étude… « Il suffit de parcourir Internet pour voir le nombre de pseudo-praticiens qui exercent en dehors de tout cadre réglementé. Ils touchent les moins bien informés, les plus vulnérables à qui ils ôtent tout discernement en promettant des traitements miraculeux.[22] »

Le Dalaï-Lama

Il est intéressant de constater que la pensée du Nouvel Âge est très conforme à celle du Dalaï-Lama.

Quel grand personnage, du monde occidental, ne s’affiche-t-il pas complaisamment auprès du Dalaï-Lama ? Son sourire permanent, la compassion, la bienveillance la tolérance de sa Sainteté le Dalaï-Lama est affichée comme étant la réalisation la plus haute de la vie spirituelle, toutes confessions confondues. La sponsorisation du Dalaï-Lama est-elle aussi neutre que cela ? La méditation de pleine conscience issue du bouddhisme tibétain inonde le marché occidental de la maternelle à l’université, du monde de la santé à celui du management d’entreprise.

Il est intéressant d’analyser quelques phrases extraites de la pensée du Dalaï-Lama.

Nous pouvons constater facilement qu’elles sont autant de professions de foi ou de « dogmes », s’opposant frontalement à la révélation chrétienne :

– « La loi du karma dit que ce monde est notre œuvre, que nous soyons nos propres enfants et non ceux d’un dieu ou du hasard. » [23]

Dieu a créé le monde ex nihilo, il a créé l’homme et la femme à son image et à sa ressemblance. Nous sommes devenus enfants de Dieu par la grâce de notre baptême.

– « Dans une certaine mesure la terre est notre mère. »[24]

C’est une des professions de foi chère au Nouvel Âge que l’on retrouve dans les discours écologiques. Cette affirmation est panthéiste, voire animiste.

– « Le seul vrai gardien de la paix est en soi. »[25]

C’est le Christ qui est source de Paix et qui nous donne sa Paix. C’est Lui, la source et le gardien de la paix en nous. Cette Paix vient de son sacrifice sur la croix pour la rémission de nos péchés et le Salut du monde. Chaque eucharistie renouvelle pour nous, avec nous et en nous la présence du Christ qui nous donne sa Paix et nous envoie pour manifester cette Paix au monde.

– « La notion de péché est étrangère au bouddhisme. » [26]

La liturgie de la veillée pascale ose dire : « Bienheureuse faute qui nous a valu un tel Rédempteur. » Si le péché n’existe pas comme l’affirme le Dalaï-Lama, le Christ n’a plus sa raison d’être : sauver les hommes de l’emprise du péché et donner accès à la vie éternelle.

– « Le bouddhisme s’est toujours gardé d’affirmer l’existence et l’omnipotence d’un dieu créateur… nous reconnaissons l’existence d’êtres supérieurs, en tout cas l’état supérieur de l’être, nous croyons aux oracles, aux interprétations des songes, à la réincarnation… Le bouddhisme est une expérience… L’un des enseignements du Bouddha est : « attendez tout de vous-mêmes » ».[27]

Le Dalaï-Lama dit que le bouddhisme est une expérience, par conséquent qu’il serait neutre, laïque, et non confessionnel. Or précisément le bouddhisme tibétain est rempli de pratiques magiques de superstition et d’affirmation dogmatique comme celui de la réincarnation. « Attendez tout de vous-mêmes » s’oppose à la prière chrétienne du Notre Père : « Que ta volonté soit faite. »

L’enseignement de l’Église affirmait : « Hors de l’Église point de salut ». Et Dieu sait si cette « prétention » en a offusqué plus d’un. Mais voici ce que dit en toute humilité le Dalaï-Lama :

– « Oui je crois profondément que le bouddhisme est plus profond, plus sophistiqué que d’autres religions ou écoles de pensée. »[28]

Le christianisme aurait dévalorisé le corps, comme étant le lieu du péché. Cependant le Christ de nature divine a pris chair dans notre nature humaine. Ainsi le corps, dans la tradition chrétienne, est précieux de sa conception à la mort et même au-delà de la mort puisque nous croyons à la résurrection de la chair dans la vie éternelle. Saint Paul parlant de l’être corps et âme disait : « Ne savez-vous pas que vous êtes un sanctuaire de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? » (1 Co 3,6)

 

– À l’inverse voici ce que dit le Dalaï-Lama : « Cette existence humaine que nous tenons pour précieuse vient d’un rebut… Le corps est une machine à produire excréments et urine. Pareil corps n’est pas à chérir. » [29]

Il est curieux de considérer que bien des Occidentaux se tournent vers le bouddhisme, pensant que celui-ci tient davantage en considération la dimension corporelle que le christianisme !

– « Le Bouddha à le pouvoir de connaître les vies passées des êtres, ainsi que le moment de leur mort et de leur renaissance, suivant leur karma. »[30]

Le chrétien ne croit pas à la réincarnation, mais à la résurrection, il y a radicale incompatibilité entre ces deux professions de foi.

– « C’est par son propre effort et par sa propre et dure application qu’il est devenu le Bouddha. »

Pour le bouddhisme, le monde sensible est synonyme d’illusion, de mensonge, de mal, il est maya. La connaissance sensible ne peut être que partielle, voire déformante. Il faut donc s’en abstraire avec une constante application, pour rejoindre l’immuable.

Ce n’est pas par notre propre mérite, mais par grâce que nous devenons enfants de Dieu, même si nous sommes participants au maintien de cette grâce en nous, et c’est l’objet de notre combat spirituel.

– « Le cycle de l’existence est dépourvu de commencement. » [31] Pour le bouddhisme et bien des conceptions venues de l’Orient, le temps est cyclique, il n’a donc pas d’origine ni de finalité. Pour le christianisme le temps est linéaire, il a un commencement, la création du monde, et il existe une fin de ce monde. Au-delà, il y aura la Jérusalem céleste où sera proclamée la Gloire de Dieu pour l’éternité.

Culture en direction des jeunes

Les milieux intellectuels chrétiens se sont abstenus depuis des années d’analyser les ressorts et les enseignements proposés à nos enfants adolescents et jeunes adultes dans ces nouvelles cultures. Hier les héros étaient des personnages historiques, des saints ou des personnages de légende combattant les forces du mal, et maîtrisant en eux-mêmes les passions mauvaises, pour suivre le beau, le vrai et le bien. Aujourd’hui il y a une inversion des figures archétypales, les dragons ne sont plus à combattre, mais à amadouer pour entrer en communion fusion avec eux  dans Eragon ; les sorcières ne sont plus méchantes, mais permettent d’ouvrir les yeux comme dans La croisée des mondes ; les initiations aux pratiques magiques sont banalisées, à l’instar des aventures de Harry Potter, véritable compendium de l’ésotérisme et de l’occultisme.

Ces romans devenus des films ont une face exotérique, l’histoire apparente destinée au plus grand nombre ; il y a cependant une face ésotérique avec des correspondances suggérées ou implicites qui font référence à l’alchimie, la magie, la théosophie ou la franc-maçonnerie, invisible aux profanes… L’anthropologie qui sous-tend ces géants de l’industrie médiatique n’a non seulement plus rien de chrétien, mais inverse les perspectives. Star Wars et son univers binaire se situe davantage dans une conception yin yang qui vient de l’Orient. Et nous pourrions multiplier les exemples avec Matrix ou Valérian. Le dernier film de Walt Disney proposé pour Noël 2017, Coco, parle de l’initiation que reçoit un jeune garçon dans le séjour des morts ! Bien sûr l’enrobage merveilleux et ludique, les prouesses techniques d’une musique s’accordant parfaitement aux images vont séduire parents et enfants. Mais prenons-nous le temps d’analyser le thème proposé ?

La musique métal fait l’apologie des forces du mal et rend pour certains groupes un culte au nombre de la Bête de l’Apocalypse 666, incarnation des forces sataniques. Des jeux vidéo sont également pénétrés par l’univers des forces du mal, du diable et des puissances des ténèbres dont on ne parle plus depuis longtemps dans les églises catholiques.

Les représentations populaires de la foi montrent les enjeux du combat entre les forces du bien et du mal. Ainsi saint Michel, saint Georges, sainte Marguerite (d’Antioche) terrassaient le dragon, et personne ne trouvait cela distrayant.

Apologie du christianisme

Le terme apologie vient du grec ancien apologia, qui signifie « justification, défense (contre une attaque) »

« L’apologétique chrétienne est la partie de la théologie qui a pour but d’analyser méthodiquement tout ce qui touche à la crédibilité de la foi chrétienne de façon à proposer les arguments qui prouvent qu’il est raisonnable de croire à la Révélation divine, fondement de la foi chrétienne. »[32]

Aujourd’hui, les attaques du contenu de la Foi chrétienne, qui déferlent dans tous les domaines sont incessantes. Les quelques éléments et symptômes trop rapidement et partiellement décrits ici sont bien loin d’être exhaustifs. Ces attaques conscientes ou inconscientes, issues du Nouvel Âge et de ses dérivés, s’inscrivent dans ce combat de toujours entre la gnose et la Foi. Elles ne cessent de s’amplifier et de se mondialiser. Il est nécessaire que l’Église « experte en humanité », fidèle à sa tradition, produise une apologétique actualisée aux questions d’anthropologie et de théologie fondamentales que cela soulève. La hiérarchie de l’Église a le devoir, au respect de sa tradition bi millénaire, d’oser une Parole forte pour dire la compatibilité ou l’incompatibilité radicale de la doctrine de la foi, au regard de certaines de ces hérésies, d’éclairer les consciences et donner aux âmes les moyens du salut en, par et avec notre Seigneur Jésus-Christ.

Nature et grâce

Il y a une radicale différence entre les énergies du Nouvel Age et la grâce de Dieu.

Selon la théologie catholique, la grâce ne vient pas de nos exercices ou de nos mérites pour la recevoir, mais de l’Amour libre et gratuit de Dieu. Le corps de l’homme, son être tout entier sont du domaine de sa nature créée par Dieu. L’homme a la capacité d’accueillir la grâce de Dieu, qui le rend digne de cet amour. Cette seule grâce donne à l’homme d’aimer comme Dieu nous aime, jusqu’à donner sa vie à la suite du Christ. C’est la grâce de Dieu qui fait que la nature de l’homme est tournée vers un au-delà de lui-même. L’homme a une constitution qui le tourne vers Dieu passivement, mais qui trouve son accomplissement dans son désir libre et actif de communion avec Dieu. Ainsi la grâce ne détruit pas, mais soutient et complète la nature.

La nature divine est distincte radicalement de la nature humaine. Cependant Jésus-Christ possède en lui les deux natures humaine et divine. Il est vrai Dieu et vrai homme. Il nous fait mystérieusement le don de sa nature divine par son sacrifice sur la croix, sa mort et sa résurrection qui rachète le péché des hommes et nous ouvre à la vie éternelle.

« La grâce en tant qu’elle est libre, gratuite, et qu’elle demande à être acceptée librement, constitue le don de cet amour dont l’homme a besoin pour trouver son ultime accomplissement. »[33]

Vie spirituelle

Il est nécessaire de définir ce qu’est la vie spirituelle pour un chrétien, car dans la mouvance du Nouvel Âge il est sans cesse question de spiritualité.

La vie spirituelle du chrétien est liée à l’Esprit Saint, troisième personne de la Sainte Trinité qui nous permet de connaître et de reconnaître l’œuvre de Rédemption dans notre vie. C’est l’Esprit Saint qui nous permet de confesser Jésus vrai Dieu et vrai homme et d’entrer en relation avec Dieu notre Père. L’Esprit Saint est la source, l’agent et le protecteur de la vie spirituelle, il traduit la Parole de Dieu dans un langage qui touche notre cœur, notre être tout entier et nous rend ainsi participant à la vie en Dieu.

Ainsi l’homme n’accède à la vie spirituelle que par grâce. La grâce est l’essence même, ou les énergies, selon la spiritualité orthodoxe, de la sollicitude de Dieu envers l’homme, telle qu’elle s’incarne en Jésus-Christ et se communique au plus profond de notre corps, de notre intelligence et de notre âme comme don de l’Esprit Saint. Cette grâce est à l’origine, au sens et à la finalité de la relation restaurée entre l’homme et Dieu Trinité Sainte.

La recommandation de Saint Paul à Timothée dans sa première lettre, garde toute sa force sa pertinence :

« À Timothée, mon véritable enfant dans la foi. À toi, la grâce, la miséricorde et la paix de la part de Dieu le Père et du Christ Jésus notre Seigneur… Comme je te l’ai recommandé en partant pour la Macédoine, reste à Éphèse pour interdire à certains de donner un enseignement différent… Le but de cette interdiction, c’est l’amour, la charité, qui vient d’un cœur pur, d’une conscience droite et d’une foi sans détour.

Voici la consigne que je te transmets, Timothée mon enfant, conformément aux paroles prophétiques jadis prononcées sur toi : livre ainsi la bonne bataille; pour s’être écartés de ce chemin, en gardant la foi et une conscience droite, certains se sont tournés vers des discours inconsistants… » (1 Tm 1, 2. 3. 5. 6. 18. 19. 20).

« L’Esprit dit clairement qu’aux derniers temps certains abandonneront la foi, pour s’attacher à des esprits trompeurs, à des doctrines démoniaques. Ils seront égarés par le double jeu des menteurs dont la conscience est marquée au fer rouge. » (1 Tm 4, 1-2).

Bertran Chaudet

Déc. 2017

Écouter  la conférence (1h30)
Notes

[1] Wicca est un terme anglais qui désigne les sorcières. Ce mouvement néo païen fondé en 1939 par Gérald Gardner pratique la magie. Certains mouvements féministes américains s’en inspirent.

[2] Conseil pontifical de la culture, Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux. Jésus-Christ Le Porteur d’Eau Vive. Éd Tequi, 2003, p. 43-44.

[3] Ib., p. 43-44.

[4] Jean-Paul II, Entrez dans l’espérance, Éd. Plon 1994, p. 147.

[5] Jean-Claude Larchet, La théologie des énergies, Éd. du Cerf. 2010, p. 37.

[6] Ib., p. 53.

[7] Paulo Coelho, L’Alchimiste. France Loisir. Éd Anne Carrière, 1994, p. 46-47.

[8] Ib., p. 122.

[9] Ib., p. 233.

[10] Frédéric Lenoir, l’Âme du monde, Éd. Nil, 2012, p. 56.

[11] Ib., p. 149.

[12] Ib., p. 161.

[13] Voir les articles sur pncds72.free.fr

[14] Voir toutes les études du Père Dominique Auzenet sur occultismedanger.free.fr

[15] Voir les articles correspondants dans sosdiscernement.org, et pncds72.free.fr

[16] Helena Blavatsky, Doctrine Secrète, Vol. 4, Partie II, Section XI, A. Saptaparna.

[17] Annie Besant, L’homme et ses corps, 1911.

[18] Christian Jacq, Dictionnaire critique de l’ésotérisme, PUF, 1998, p. 701. D’après Alice Bailey, dans son Traité du feu cosmique (1925). Il est a noter que Christian Jack auteur prolifique, franc-maçon, a écrit de très nombreux ouvrages sur l’Égypte ancienne, ses cultes et initiations. Ses livres ont une grande audience.

[19] Extrait de Rudolf Steiner, La science de l’occulte (1910), chap. II : « L’être humain » ; Théosophie. Introduction à la connaissance suprasensible du monde et de la destinée de l’homme (1904).

[20] O. M. Aïvanhov, Éléments d’autobiographie, t. I : Afin de devenir un livre vivant, Fréjus, Prosveta, 2009, p. 94.

[21] François Mathijsen, Les expériences paranormales, Éd. Fidélité, 2014, p. 45-46.

[22] Unadfi – Actualités n° 250, octobre 2017. (Sources : Le Figaro Santé, 20.10.2017 & Notre Temps, 12.10.2017)

[23] Samsara, la vie, la mort, la renaissance. Le livre du Dalaï-Lama. Éd. le Pré aux Clercs, 1996, p. 157.

[24] Ib., p. 71

[25] Ib., p. 75.

[26] Ib., p. 77.

[27] Ib., p. 88.

[28] Ib., p. 89.

[29] Ib., p. 105.

[30] Ib., p. 109.

[31] Ib., p. 128.

[32] Définition donnée sur le site internet de la Conférence des Évêques de France, CEF.

[33] Dictionnaire critique de théologie, sous la direction de Jean-Yves Lacoste. Éd. PUF, 2007. Article Grâce, p. 605.

L’homme et son corps dans la Liturgie

Le corps, les gestes et quatre des cinq sens sont pris en compte dans la liturgie catholique : ouïe, vue, odorat, toucher, et donnent toute la dimension du mystère de l’Incarnation.

« Ce que nous avons entendu, ce que nous avons contemplé de nos yeux, ce que nous avons vu et que nos mains ont touché, c’est le Verbe, la Parole de la vie. » (1 Jn 1, 1).

La liturgie, comme son étymologie leitos ou leitourgia l’indique, est une œuvre publique, un service de toute une communauté qui se tourne vers Dieu, et s’exprime par des paroles et des gestes. En latin le mot gestus désigne toute attitude tout geste, tout mouvement du corps et même toute mimique. C’est ainsi que la liturgie est le service de Dieu, par amour : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. C’est là le grand commandement, le premier. » Et cet amour de Dieu, s’il est en vérité, entraîne au deuxième commandement qui lui est semblable : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». (Mt 22, 37-39).

La Consitution Gaudium et Spes, un des fruits du Concile Vatican II nous rappelle, s’inspirant de la riche Tradition de l’Église : « Corps et âme, mais vraiment un, l’homme est, dans sa condition corporelle même, un résumé de l’Univers des choses qui trouvent ainsi, en lui, leur sommet et peuvent librement louer leur créateur. » (GS 14, 1).

Cependant suite à la réforme de Vatican II, l’importance de la Parole de Dieu a été l’objet de toutes les attentions, oubliant parfois, l’importance des gestes et des sens, dans ce que nous enseignent la Bible et la Tradition. L’anthropologie qui intègre tout l’être personnel et l’être ensemble a été moins réfléchie tant sur le plan corporel que sur le plan de la mémoire globale. En cela, les liturgies orientales et la liturgie catholique traditionelle, dite de rite extraordinaire ont conservé les notions d’espace sacré, de geste, de couleurs, et d’encens propre à éveiller nos sens corporels et spirituels.

Le geste rituel du croyant, dans la Bible et dans la primitive Église, n’est jamais un acte opératoire tendant à déterminer un résultat précis, comme dans les expériences initiatiques ou les différentes formes de magie, mais une manifestation de foi qui habite le cœur du serviteur de Dieu. Ce geste est signifiant, simple et libre : il n’a d’autre finalité que de rendre gloire à Dieu, l’honorer et le servir ; il est l’expression d’un état intérieur qui a son origine et sa finalité en Dieu.

Le geste liturgique comme le sacrement réalise ce que dit la Parole. Il est le signe de la gratuité, de la surabondance de l’Amour et de la miséricorde de Dieu. Il n’a de valeur non en raison de la justesse de son exécution, mais dans la Foi en Dieu Trinité Sainte qui l’habite.

« Dans l’Église, le sacrement devient le lieu et le temps privilégiés de la rencontre efficace entre le corps de l’homme et Dieu, dans le culte qui lui est offert, dans et par le Christ dans l’Esprit Saint. »[1]

Nous nous attacherons ici et sans exhaustivité aux attitudes du corps, communes à tous les fidèles et non pas à celles si signifiantes des célébrants. Nous esquisserons également ce qui dans la liturgie catholique implique les sens.

Le signe de la Croix

S’il est un geste particulier qui manifeste corporellement l’appartenance au Christ, c’est le signe de Croix. Dès la primitive Église, le signe de la Croix est le geste des chrétiens. Il ouvre notre corps et tout notre être à la prière. Hippolyte de Rome donna en 235, cette recommandation aux chrétiens : « Efforce-toi en toutes circonstances de te signer dignement le front. Ce signe de la Passion est un moyen éprouvé contre le démon, à condition que tu le fasses sans ostentation, sachant te protéger ainsi qu’un bouclier. Lorsqu’il voit la force intérieure représentée extérieurement et qui exprime notre ressemblance avec le Verbe, l’Adversaire s’enfuit : non point que tu l’effraies, mais à cause de l’Esprit qui souffle en toi… Signons-nous le front et les yeux pour écarter celui qui cherche notre perte… »

Saint Cyrille de Jérusalem (314-387) y consacre entièrement sa XIIIe catéchèse : « Ne rougissons pas de la croix du Christ, mais plutôt soyons en fiers. Le mot « croix » est en effet pour les Juifs un scandale ; pour les païens une folie, mais pour nous le salut. » [2]

Et il insiste quelques paragraphes plus loin : « Ne rougissons pas de reconnaître publiquement le Crucifié. Que nos doigts tracent hardiment son sceau sur notre front et qu’en toutes circonstances la croix soit tracée ; sur le pain que nous mangeons, sur les boissons que nous buvons ; quand nous entrons, quand nous sortons ; avant de dormir, au lit ; au lever, en voyage, au repos. La croix est une puissante sauvegarde, gratuite en faveur des pauvres, pas fatigante en faveur des faibles. Aussi bien est-elle grâce de Dieu, signe des croyants et crainte des démons… Ne méprise pas ce sceau à cause de sa gratuité, mais à cause de lui vénère davantage ton bienfaiteur. »[3]

Ce signe de croix sur le pain demeure dans la tradition populaire et reste parfois le dernier geste de mémoire de l’appartenance chrétienne. Il est à noter que l’expression : « À tout bout de champ » rappelle que le paysan labourant son champ, se signait à tout bout de champ, pour que le fruit de la terre et de son travail soit béni.

Ce signe fut tout d’abord, d’une grande sobriété, il est question avec Hippolyte de Rome et Cyrille de Jérusalem et de se signer seulement le front. Puis il deviendra le large signe de croix allant du front au plexus, dans un geste vertical de la main droite, de haut en bas : « Au Nom du Père et du Fils » puis de l’épaule gauche à l’épaule droite dans un geste horizontal, pour les catholiques « Et du Saint-Esprit, Amen. »

Le catéchisme de l’Église catholique (n° 2157) reprend cette tradition mémorable de l’expression de notre identité : « Le chrétien commence sa journée, ses prières, ses actions, par le signe de la croix, « Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen. » Le baptisé voue sa journée à la Gloire de Dieu et fait appel à la grâce du Sauveur qui lui permet d’agir dans l’Esprit comme enfant du Père. Le signe de la Croix nous fortifie dans les tentations et les difficultés. »

Debout

« Après cela, j’ai vu : et voici une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main. » (Ap 7, 9).

La position verticale est propre à l’homme. La prière debout est une marque de respect et de confiance, car dans la liturgie nous nous rendons présents à la Présence de Dieu. Cette tradition remonte à la tradition juive, l’Amida, de se tenir debout pour prier.

Pour les premières générations de chrétiens, cette prière debout est un signe de la foi en la résurrection de Jésus. Ainsi saint Jérôme (+ 420) précise : « C’est un temps de joie et de victoire où nous ne fléchissons pas les genoux et ne nous inclinons pas vers la terre, mais, où, ressuscitant avec le Christ, nous sommes soulevés vers les hauteurs du ciel. »[4]

Telle devrait être l’attitude du corps quand on prie debout, une vraie station droite sans raideur ni mollesse, solide, stable, loyale, disponible aux enseignements de la douce présence de Dieu.

Se frapper la poitrine

« Oui, je me repens après être revenu ; après avoir reconnu qui je suis, je me frappe la poitrine. » (Jr 31, 19).

« Il était suivi d’une grande multitude des gens du peuple, et de femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur lui. Jésus se tourna vers elles, et dit : Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ; mais pleurez sur vous et sur vos enfants. » (Lc 23, 27).

Au début de la célébration, en récitant le confiteor nous disons je, car chacun doit reconnaître ses propres péchés avant d’entrée dans l’écoute de la Parole de Dieu. Je confesse mes péchés en pensées en parole par action et par omission devant Dieu en me frappant, à trois reprises, si nous suivons l’ancien usage, la poitrine, ou plus exactement le cœur, siège de notre intelligence, de notre mémoire et de notre volonté selon l’anthropologie biblique. Ce geste concret ouvre mon cœur endurci à la miséricorde de Dieu. Nous referons ce geste à l’Agnus Dei, Agneau de Dieu. Cette triple invocation est à mettre en parallèle avec celle du Kyrie au tout début de la célébration. L’Agneau de Dieu a été immolé à cause des trois sortes de péchés en pensées en paroles et par actions, dont on demande la rémission ou encore de notre triple misère d’ignorance, de faute et de peine.

L’inclination profonde

« Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous, adorons le Seigneur qui nous a fait. » (Ps 94, 4)

Cette inclination profonde « provolutio » est répétée plus de cent fois par jour dans les offices religieux, par les moines et les moniales. Cette inclination pourrait être plus souvent pratiquée dans les communautés où des laïcs prient ensemble la prière des heures, (que l’on appelait le bréviaire). Ce geste correspond aux métanies de la tradition orthodoxe, notamment devant les saintes icônes.

Il en existe trois sortes d’inclination : La petite inclination : seule la tête se penche en avant comme pour saluer avec déférence. L’inclination moyenne (dite autrefois médiocre) : la tête et les épaules se penchent en avant, la salutation se fait plus accentuée. Enfin, la grande inclination qui consiste à se pencher en avant de telle manière que le dos se retrouve à angle droit par rapport aux membres inférieurs, la tête restant dans le prolongement du dos. Les mains croisées reposent sur les genoux, retenant ainsi le scapulaire. Ce geste doit être rigoureux dans son application, et beaucoup de maîtres des novices insistent pour qu’il soit réalisé avec justesse, application, sans ostentation. On le retrouve décrit dans le coutumier de certains monastères bénédictins, mais il est surtout transmis oralement et par l’exemple aux novices.

Ce geste est effectué durant l’office quand le moine ou la moniale reçoit la bénédiction du prêtre officiant ou de son supérieur, mais aussi à chaque fin de psaume et du après le Notre Père, au moment de la doxologie : « Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit, comme il était au commencement, maintenant et toujours, pour les siècles des siècles. Amen. »

Cette inclination profonde devrait se faire devant le tabernacle et devant l’autel, avant la proclamation de l’Évangile, après l’offrande du calice à l’offertoire, aux paroles du credo : Et incarnatus est, et il s’est incarné. Elle est faite par le diacre, lorsqu’il demande la bénédiction de l’évêque ou du prêtre officiant avant la proclamation de l’Évangile.

Physiologiquement ce geste permet : Un étirement complet de la chaîne musculaire postérieure des talons jusqu’à la tête. Un bon enracinement au sol, un bon aplomb. Une expiration profonde et maximale.

Chantée en grégorien, la doxologie nécessite d’avoir du souffle et d’aller jusqu’au bout de celui-ci. En effet, la phrase est longue (un peu moins en français). L’inclination accompagne « Gloria Patri et Filio et Spiritui Sancto ». La personne va volontairement jusqu’au bout de son souffle, l’air est ainsi expulsé longuement, lentement. L’inspiration qui suit après un court temps d’apnée, d’arrêt, est un temps passif. En français, on peut l’employer à la forme passive : on est inspiré. Les moines et moniales, ceux et celles qui font ces inclinations donnent volontairement et librement tout leur souffle à Dieu en chantant sa gloire, pour ensuite se laisser inspirer par lui. Comme au jour de la création où Dieu a soufflé dans les narines de l’homme pour lui donner la vie, ce geste fait rejouer au plus profond du corps, le souffle, la vie qui nous est donnée, en toute gratuité. Aller jusqu’au bout de notre souffle pour recevoir, accueillir le Souffle de Dieu.

Dans la liturgie orientale, l’enfant est immergé complètement dans l’eau, le jour de son baptême, comme dans la mort du Christ. Et parfois, le prêtre attend qu’il gigote, qu’il étouffe pour bien signifier qu’il va renaître au souffle de Dieu, à la vie en Dieu.

Dans les offices l’esprit peut vagabonder, l’inclination profonde permet de se recentrer sur la finalité de tout psaume, comme de tout office liturgique, rendre gloire à Dieu.

La discipline de l’inclination, plus de cent fois par jour, traduit dans la tradition monastique l’adoration et la gratitude que l’homme doit à son Créateur et Sauveur et son humilité face à la grandeur de Dieu. L’humilité doit habiter le cœur et le corps de celui qui reçoit la bénédiction : humilitiate capita vestra Deo, Inclinez-vous pour recevoir la bénédiction.

Génuflexion

« S’étant mis à genoux, il priait… » (Lc 22, 41). À Gethsémani Jésus prie son Père à genoux.

« Afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers. » (Ph 2, 10).

La génuflexion est littéralement l’action de se mettre à genoux. Berakah employé dans la Bible, désigne étymologiquement l’articulation, spécialement du genou et par extension la bénédiction. C’est précisément la génuflexion, attitude de disponibilité, de mise à la disposition de faire la volonté de Dieu qui attire sa bénédiction. La bénédiction s’exprime alors par la fécondité et la croissance dans la vie et les actions, de celui qui agit pense et dit selon la volonté de Dieu. Pendant la messe, c’est aussi un geste parfois posé avant la réception de la Sainte Communion. Les fidèles devraient être à genoux pendant la consécration, sauf si l’exiguïté des lieux ou l’âge et la maladie l’empêchent. Les fidèles devraient également s’agenouiller, ou faire au moins un autre geste d’adoration (une inclination profonde par exemple), avant de communier. Enfin, en passant devant le tabernacle ou le Saint Sacrement exposé, l’on doit faire la génuflexion. Les papes encouragent la pratique de la génuflexion (fléchissement du genou droit devant le Saint-Sacrement) ou de l’agenouillement (attitude de prière et d’adoration à deux genoux). Benoît XVI déclarait récemment aux servants de messe : « N’ayez pas peur de vous agenouiller devant Dieu ! Car adorer le Créateur ne diminue en rien l’Homme, mais lui restitue sa pleine dignité et humanité. »

Poser le genou droit ou le gauche à terre n’a pas la même signification. En effet, selon le protocole, lorsque l’on fait une génuflexion devant Dieu ou une autorité ecclésiastique c’est le genou droit que l’on pose sur le sol. Par contre, lorsqu’il s’agit d’une personne laïque telle qu’un roi par exemple, c’est le genou gauche que l’on doit poser au sol.

Le signe de Paix

Ce signe de Paix ou baiser de paix se situait après l’homélie, entre la prière universelle et l’offertoire. Il s’agissait dans la primitive Église d’un véritable baiser. Ainsi saint Cyrille de Jérusalem dans sa catéchèse parle du diacre qui devait être vigilant et accompagner toute la gestuelle de l’assemblée. « Ensuite le diacre crie : « Accueillez-vous les uns les autres ; échangeons le baiser ! » Ne pensez pas que ce baiser soit du même genre que ceux qu’échangent sur la place les amis ordinaires. « Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande. » (Mt 5, 23-24). Il lie les âmes de mutuelle amitié et sollicite l’oubli de toute offense. Ce baiser signifie que toutes les âmes se fondent ensemble et bannissent tout ressentiment… Ce baiser est donc une réconciliation, et c’est pourquoi il est saint, comme le proclamait le bienheureux Paul : « échangez un saint baiser » (1 Co 16, 20), et Pierre : «… En un baiser de charité » (1 P 5, 14). »[5]

Ce baiser de paix a très tôt été remplacé par l’accolade.

Au musée de Tessé au Mans, était organisée une exposition de tableaux sur le thème des vanités. Ces tableaux qui disent le temps qui passent : une fleur perd ses pétales, un sablier coule inexorablement ses grains… « Tout est vanité » rappelle l’Ecclésiaste. Parmi ces vanités, il y a un saint Jérôme assis, méditant ; sur sa table, une Bible et un crâne qu’il pointe de l’index de sa main gauche, tandis que de sa main droite, il se tient la tempe. Son index est pointé en direction d’un os du crâne : la grande aile du sphénoïde. Dürer le représente dans cette même attitude.

Le sphénoïde entre le plus profondément dans le cerveau. Sphnen, en grec, veut dire coin. Cet os impair possède deux grandes ailes en regard des tempes, de part et d’autre du visage. Dans sa partie interne, c’est-à-dire à l’intérieur du cerveau, le sphénoïde présente la selle turcique, sur laquelle repose le chef d’orchestre de toutes les glandes endocrines, l’hypophyse, la régulatrice de toutes nos humeurs. Ces humeurs, apanage de l’histoire de la médecine depuis Hippocrate, nous les retrouvons magnifiquement illustrées dans le tableau des Quatre Apôtres, peint en 1526, dernière peinture d’Albrecht Dürer. Il s’agit d’un diptyque de grands panneaux représentant Pierre, Jean, Paul et Marc. Chacun se reconnaît à son attribut traditionnel : le livre ouvert de Jean, le rouleau de Marc, le glaive de Paul et la clé du Paradis de Pierre. Le sanguin est Jean, habillé en rouge, le colérique Marc, le flegmatique Pierre et le mélancolique Paul, en blanc.

Saint Jérôme, qui a traduit en grande partie de la Vulgate vers 390, parlait le latin, le grec et l’hébreu ; il avait une grande connaissance des savoirs de son temps. Il fréquenta les communautés monastiques de Syrie, d’Égypte et de Palestine. La Renaissance, friande de mettre en lien les savoirs, revisite les œuvres de saint Jérôme. Ce tableau évoque donc saint Jérôme méditant sur la mort, ou plus exactement sur le sens de la vie.

Jérôme a scruté la Parole de Dieu et s’est laissé travailler par elle ; il nous offre silencieusement, par l’art du peintre, dans la méditation à laquelle il invite chacun ici et maintenant, à creuser en nous l’essentiel. Que cherchons-nous ? Où te caches-tu ?

Ce geste de l’accolade, de tempe à tempe, de sphénoïde à sphénoïde, met en contact et en résonance le plus profond de notre être avec notre prochain. Ce geste ancestral est celui de la réconciliation avec nous-mêmes, avec notre prochain, pour la gloire de Dieu. Ce geste permet de partager la paix, une paix qui nous vient de Dieu et qui revient à Dieu.

Nous retrouvons dans ces tableaux, une attitude gestuelle qu’il est important de scruter, d’interroger, de contempler. Ceux qui sont les auteurs de ces peintures, de ces icônes, mais aussi de la statuaire et de l’architecture de notre si beau patrimoine religieux, nous invitent à cette recherche qui traverse les siècles et nous ramène à l’essentiel. En effet nous avons beaucoup à apprendre de ces trésors qui expriment à travers le temps les manifestations de l’Incarnation du Christ, de sa Passion et de sa Résurrection, et son incidence bienheureuse dans la vie des saints et dans notre propre vie.

Les sacrements

Saint Bonaventure (1217-1274), docteur de l’Église, contemporain de saint Thomas d’Aquin, nous éclaire singulièrement sur le sens des sacrements. Pour Bonaventure, le médecin (medicus) est le Verbe incarné, le malade est l’homme qui « n’est pas seulement esprit, ni seulement chair, mais esprit dans une chair mortelle » ; tandis que la maladie est « la faute originelle qui infecte l’esprit par l’ignorance et la chair par la concupiscence. »[6]

« Les sacrements sont des signes sensibles, institués par Dieu comme remède (medicamenta)…, dans lesquels opère secrètement, sous l’enveloppe du sensible, une force divine, de telle sorte qu’ils représentent par similitude, en signifient par institution, confèrent par sanctification une certaine grâce spirituelle. Par elle, l’âme est guérie (curatur) de la faiblesse et des vices. C’est à cela principalement que les sacrements sont ordonnés à leur fin ultime ; toutefois, ils servent aussi à rendre humble, à s’instruire, à éprouver. »[7] Cette grâce de guérison n’est pas accordée aux orgueilleux, aux incrédules ni aux méprisants, mais aux humbles et à ceux qui ont soif de Dieu.

Dans le rituel de la bénédiction de l’huile des catéchumènes, de l’huile des malades et de la confection du saint chrême, par l’Évêque lors de la messe chrismale, nous retrouvons cette invocation significative pour la guérison du corps et de tout l’être : « Envoie du ciel ton Esprit Saint Consolateur sur cette huile que ta création nous procure pour rendre vigueur à nos corps. Qu’elle devienne + par ta bénédiction l’Huile sainte que nous recevons de toi pour soulager le corps, l’âme et l’esprit des malades qui en recevront l’onction, pour chasser toute douleur, tout mal physique, moral et spirituel. Que cette huile devienne l‘instrument dont tu te sers pour nous donner ta grâce, par Jésus-Christ, notre Seigneur, qui règne avec toi pour les siècles des siècles. »

Nous pourrions multiplier les exemples concernant les sept sacrements qui touchent toutes les dimensions de l’être et transforme dans la Foi, l’homme dans une dimension nouvelle, sa déification par la grâce de l’Esprit Saint et son accessibilité, par le Christ ressuscité, à la vie éternelle en Dieu.

Les couleurs liturgiques

Les couleurs ont une influence sur nos états psychologiques. Elles créent un climat, une ambiance qui joue sur nos états émotionnels. La liturgie dans sa sagesse ancestrale reprend cette dynamique des couleurs en leur donnant un sens profond tourné vers les mystères de la Foi, de l’Incarnation de Jésus à sa Résurrection.

Il existe cinq couleurs liturgiques principales chacune ayant sa signification propre, liée au temps liturgique ou à la fête célébrée. Le blanc, couleur de fête et de réjouissance, pour les cycles de Pâques, de Noël… Le rouge est la couleur de la passion du Christ, de la fête de Pentecôte ; c’est aussi le rouge que l’on porte pour honorer la mémoire des Apôtres (sauf saint Jean Évangéliste) et des martyrs. Le vert est porté pendant le temps dit ordinaire, après l’Épiphanie et le temps après la Pentecôte. Le violet est consacré au temps de préparation et de pénitence comme l’Avent et le Carême. Les plus anciens se souviennent qu’au temps du carême toutes les statues jusqu’aux croix étaient recouvertes d’un drap violet, créant une atmosphère toute particulière de recueillement et d’intériorité. En effet rien ne pouvait distraire le regard. Le rose est une variante du violet employée pour le 3e dimanche d’Avent (dimanche de gaudete) et le 4e dimanche de Carême (dimanche de lætare) pour signifier un adoucissement temporaire du temps de pénitence par la joie de la fête à venir.

Dans le New Age en sophrologie dans la méditation de pleine conscience, les couleurs sont instrumentalisées mentalement pour obtenir des résultats immédiats et automatiques pour peu que l’on répète suffisamment les exercices. Nous y reviendrons.

L’encens

« Seigneur, je t’appelle : accours vers moi ! Écoute mon appel quand je crie vers toi ! Que ma prière devant toi s’élève comme un encens, et mes mains, comme l’offrande du soir. » (Ps 140, 1-2).

La prière est comme un encens, une bonne odeur de sainteté. Le sens de l’olfaction est mis à contribution dans la liturgie. C’est le sens le plus en lien avec la mémoire la plus profonde de notre être. Marie-Madeleine brise son flacon d’albâtre rempli d’un nard de grand prix, pour honorer Jésus avant sa Passion, et les saintes femmes viennent embaumer le corps de Jésus le premier jour de la semaine. À leur suite, dans la tradition orthodoxe, les femmes ont pour vocation, entre autres, d’être myrrhophores, porteuses de parfums ; chaque semaine elles encensent toutes les pièces de la maison pour y faire pénétrer la bonne odeur du Ressuscité.

Lors de la messe, deux encensements se complètent et se répondent. L’encensement de l’Évangile et l’encensement des offrandes, de l’autel, de la croix, des officiants et de l’assemblée juste avant la prière eucharistique.

La triple signation avant la proclamation de l’Évangile

Les fidèles se font une petite croix avec le pouce sur le front pour que notre intelligence, notre mémoire et notre volonté soient attentives à la Parole de Dieu, sur la bouche pour que nous soyons ardents à défendre et à confesser notre Foi, et notre cœur, pour que tout notre être soit imprégné de la Parole de Dieu et qu’elle se manifeste en acte et en vérité.

Allez dans la Paix du Christ

Après avoir été réconfortés par la Parole de Dieu et avoir été nourris du Pain eucharistique, nous sommes invités à vivre cette Paix et cette Joie du Christ ressuscité et à la partager au monde dans lequel nous vivons. Nous sommes en marche, en route pour proclamer l’Heureuse Annonce. En marche, en route, vient du mot hébreu ashrey. Ce mot est employé par Jésus dans les Béatitudes, traduit par heureux. Le bonheur du Christ est mouvement orienté vers la vie, il est aussi action bonne juste et droite, à vivre dans notre humble quotidien.

Bertran Chaudet

 

 Bibliographie

Dom Guy-Marie Oury, Les gestes de la prière, Ed Saint Paul, 1998.

Paul Christophe, Beauté des gestes du chrétien, Ed du Cerf, 2009

Cyrille de Jérusalem, Les catéchèses, Ed Migne, 1993.

Patrick Prétot, Sacrements et guérison : deux dimensions du salut. In La Maison-Dieu, n°245 Ed du Cerf, 1er trimestre 2006.

Josy Eidenberg, Adin Steinsaltz, L’homme debout. Essai sur la prière juive. Ed Albin Michel, 1999.

Notes

[1]Dictionnaire d’ascétique et mystique. Article: Geste.

[2] Cyrille de Jérusalem, Les catéchèses, Catéchèses   baptismales, XIII,3. Ed Migne 1993. p. 188

[3] Ibid. XIII, 36. p. 208, 209.

[4] Saint Jérôme, Commentaire de l’Épître aux Éphésiens.

[5] Cyrille de Jérusalem, Les catéchèses, Catéchèses   baptismales XXIII, 3. Ed Migne, 1993. p. 338.

[6] Saint Bonaventure, Breviloquium, Partie 6, Les remèdes sacramentels, p. 40-41 Texte disponible sur http://www.franciscanos.net

[7] Ibid.

L’homme et son corps dans la tradition patristique

Saint Irénée et saint Justin (II° s.)                                                                                       

Dans la tradition patristique, nous nous référerons principalement à Saint Irénée, et à saint Justin, pour plusieurs raisons. Saint Irénée (130-202) originaire de Smyrne, né dans une famille chrétienne, a été nourri de la pensée biblique. La communauté de Smyrne après celle d’Éphèse a reçu directement les enseignements de saint Paul et de saint Jean. Il a vu et entendu Polycarpe, disciple direct de saint Jean, et a été nommé évêque par lui. Smyrne, ville d’Ionie a été le berceau de la philosophie grecque dont saint Irénée fut imprégné.

Justin (+ 165) est le premier philosophe d’origine païenne à avoir exercé, après sa conversion au Christ, une profonde influence sur la pensée chrétienne. C’est le saint patron des philosophes.

L’usage pertinent et limpide de la raison donne à saint Justin et saint Irénée des clefs pour discerner entre les méandres tortueux des doctrines gnostiques qui pullulaient à leur époque. En fidélité à la Tradition apostolique, leur sens aigu du réel et leur clarté de pensée nous sont toujours précieux et d’une actualité saisissante, gnose et New-Age ayant bien des points communs.

Ainsi concernant l’homme et son corps, saint Irénée ne cesse de nous rappeler : « L’un des buts premiers de l’incarnation du Verbe de Dieu a été et reste toujours celui de nous révéler la vérité par et dans sa chair. Par son incarnation c’est-à-dire par et dans sa chair, le Christ ne nous a pas simplement rachetés, avant tout il a d’abord voulu nous révéler la Vérité reçue par Lui d’auprès du Père et ensuite nous communiquer sa vie. »[1] L’importance de l’incarnation, du corps est première, le christianisme est par essence la religion de l’incarnation. Toute la première tradition chrétienne de Rome nous l’atteste, de saint Irénée à saint Clément de Rome, de saint Justin, au magnifique petit traité apologétique dont l’auteur est inconnu : À Diognète. Dans la mouvance de la tradition d’Antioche chère à l’orthodoxie, de saint Ignace d’Antioche à saint Polycarpe disciple de saint Jean et saint Théophile d’Antioche, tous fondent leur théologie sur l’incarnation de Jésus vrai Dieu et vrai homme. Ces premiers Pasteurs sont obéissants en tout point aux Écritures Saintes. De plus ils enseignent sous le contrôle et la confirmation de la tradition apostolique de l’Église.

« Depuis ton plus jeune âge, tu connais les Saintes Écritures : elles ont le pouvoir de te communiquer la sagesse, en vue du salut par la foi que nous avons en Jésus Christ. Toute l’Écriture est inspirée par Dieu ; elle est utile pour enseigner, dénoncer le mal, redresser, éduquer dans la justice ; grâce à elle, l’homme de Dieu sera accompli, équipé pour faire toute sorte de bien » (2 Tm 3, 15-17).

C’est ainsi que saint Irénée affirme : « Il faut nous réfugier auprès de l’Église, nous allaiter de son sein et nous nourrir des Écritures du Seigneur. Car l’Église a été plantée comme un paradis dans le monde. ‘Tu ne mangeras pas du fruit de tous les arbres du paradis’ dit l’Esprit de Dieu. Ce qui veut dire : Mange de toute l’Écriture du Seigneur, mais ne goûte pas à l’orgueil et n’aie nul contact avec la dissension des hérétiques. »[2] Pour la Tradition biblique et apostolique, l’origine de la création de l’univers est ex nihilo per Verbum, in Spiritu, c’est-à-dire : Dieu le Père aidé de ses deux mains, son Verbe, le Christ, et son Esprit Saint a créé le monde et tous les êtres sans exception. Ainsi que le proclame saint Jean : « C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui » (Jn 1, 3). Dieu a tout créé.

 

Réincarnation et Immortalité

La réincarnation n’est pas envisageable dans la tradition de l’Église. Le credo proclame la résurrection de la chair et la vie éternelle.

Saint Irénée est formel : « Le Seigneur a parfaitement enseigné que les âmes demeurent sans passer par d’autres corps ; elles gardent même telle quelle la caractéristique du corps auquel elles sont adaptées, et elles se souviennent des actes qu’elles ont posés ici-bas et qu’elles ont cessé de poser… Les âmes demeurent, elles ne passent point en d’autres corps… »[3]

« Pour la Tradition apostolique les hommes possèdent donc une âme qui survit à la mort de leur corps. Par contre, pour elle, les âmes, comme toute créature, sont temporelles et de ce fait, en dehors d’une union libre et aimante à Dieu et son éternité, appelées à connaître la dissolution. Là encore Justin et Irénée sont les plus abondants et les plus caractéristiques sur ce point. Les deux, en effet, ont eu à lutter contre la problématique : « corps corruptible/âme incorruptible », prônée soit par les païens hellénisants, soit par les gnostiques. » (Père H.Lassiat. L’actualité de la catéchèse apostolique, Éd. Présence, 1979, p.91).

Les âmes possèdent une nature qui survit à la mort de leurs corps. Cependant les âmes pour la Tradition apostolique sont temporelles, et par conséquent elles sont appelées à connaître la dissolution, si elles ne demeurent pas dans une union libre et aimante avec Dieu qui seul est incréé et éternel.

C’est une différence fondamentale avec la pensée des gnostiques et celle du New-Age actuel pour qui l’âme serait de l’ordre d’une énergie immortelle. Confondre l’âme immortelle en Dieu, de tradition biblique et de l’Eglise, avec l’énergie du ki du chi ou du prana qui s’il elle existait serait passagère est une source de grave confusion. Les Pères de l’Église et Saint Irénée précisent que l’existence et la vie ne sont pas inhérentes à la nature de l’âme. Ils veulent alors, dans leur contexte historique sans doute parler de la psychè (l’homme composé tripartite, corps, psychè, esprit). « Ce n’est pas de nous ni de notre nature que vient la vie. Mais elle nous est donnée selon la grâce de Dieu. » [4]

Saint Justin ne dit pas autre chose : « Pourtant l’âme est vivante, personne ne peut le nier. Si donc elle est vivante, ce n’est pas parce qu’elle est vie, mais parce qu’elle bénéficie de la vie. L’âme ne participe à la vie que dans la mesure où Dieu veut qu’elle vive. »[5] Et saint Irénée d’insister : « C’est pourquoi celui qui garde le don de la vie et rend grâce à Celui qui le lui a donné, recevra aussi la longueur des jours pour les siècles des siècles. Mais celui qui rejette ce don, qui ne témoigne qu’ingratitude, pour l’existence reçue et qui refuse d’en reconnaître le Donateur, celui-là se prive de la durée pour les siècles des siècles. »[6]

Ainsi pour Saint Irénée l’âme est capacité à recevoir l’existence et la vie[7]. Voilà l’enseignement qu’il tire de la création de l’homme en Genèse 2, 7 : « Alors le Seigneur Dieu modela l’homme avec la poussière tirée du sol ; il insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant. » La poussière désigne le corps et le souffle de vie, l’âme. Le corps est animé par l’âme. « Car de même que le corps animé par l’âme n’est pas lui-même l’âme, aussi longtemps que Dieu le veut ; de même l’âme n’est pas VIE elle-même, mais participe à la vie donnée par Dieu. » [8]

En affirmant que l’homme est âme en même temps que corps, les Pères de l’Église se sont opposés au matérialisme ou au naturalisme qui réduisent l’homme à sa seule réalité physique ou biologique, et au spiritualisme selon lequel le corps serait un tombeau qui emprisonne l’âme (doctrine de Pythagore reprise par Platon et actuellement par les théosophes et autres rosicruciens). Grégoire de Nysse souligne, à la suite de l’anthropologie biblique, l’unité du composé humain dès la conception : « ni l’âme ne vient avant le corps ni l’inverse. » [9] L’âme et le corps sont distingués sans être séparés, unis sans être confondus.

(La médecine occidentale moderne soigne de manière naturaliste non pas des personnes, mais des corps ou des organes morcelés et réduits par le biais d’analyse à des séries de chiffres. Une médecine basée sur une anthropologie chrétienne, en tenant compte des dernières découvertes de la science médicale, devrait considérer le patient dans sa réalité humaine totale.)

L’identification entre l’âme et le souffle de vie chez les gnostiques, ou dans la conception orientale du prana, est l’objet de toutes les confusions, de toutes les illusions et au pire, de toutes les supercheries.

Car ce prana, cette énergie vitale nécessaire à la vie, ferait des êtres humains, mais aussi de tous les êtres vivants dans la métempsychose, un prolongement direct de Dieu et leur conférerait l’éternité. Or saint Irénée et la jeune Église sont formels : le postulat de l’incorruptibilité de l’homme par le biais de l’incorruptibilité de son âme, qui transmigrerait de réincarnation en réincarnation, n’est qu’une reprise ou une extension du mensonge diabolique, celui qui a promis à l’homme l’Immortalité. Justin avant Irénée l’avait affirmé, le postulat de l’immortalité définitive de l’âme pousse les hommes à croire que : « Leur âme étant immortelle, ils n’ont pas besoin de Dieu »[10] ni de son salut en Jésus-Christ. Et Irénée de confirmer : si ce postulat est vrai, « la foi est superflue, et la descente d’un Sauveur est sans objet. »[11]

L’homme ne peut pas être successivement plusieurs personnes, avoir dans le temps plusieurs identités.

Homme, image et ressemblance de Dieu

« Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance» (Gn 1, 26). « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme. » (Gn 1, 27).

C’est la dignité même de l’homme d’être créé à l’image et selon la ressemblance de Dieu. Dignité que ne possède aucun animal.

Le corps temple de l’Esprit Saint (1 Co 6, 19), est précieux pour Dieu. Saint Justin commentant ces versets de la Genèse l’exprime avec force : « L’Écriture ne dit-elle pas : « Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance. » Quel homme ? C’est évidemment l’homme charnel. Car l’Écriture dit encore : « Dieu prit de la poussière de la terre et il façonna l’homme. » Il est donc évident que l’homme qui fut fait à l’image de Dieu était l’homme charnel. Comment, dès lors, ne serait-il pas absurde de dire que la chair, qui fut façonnée par Dieu à son image, est vile et de nul prix ? Mais, au contraire, que la chair soit réalité précieuse. Aux yeux de Dieu, nous le savons déjà parce que c’est Lui qui l’a modelé : l’artiste, le sculpteur ou peintre aime toujours l’image qu’il a faite. Nous pouvons aussi l’apprendre par toute l’économie de la création : si tout le reste a été fait pour la chair, c’est qu’elle est précieuse pour son auteur. » [12]

La primitive Église a distingué les deux notions d’image et de ressemblance de Dieu. Si l’image est actuelle, déjà réalisée, car elle se rapporte à notre nature et à sa constitution, la ressemblance demeure en potentialité : elle est à accomplir, elle dépend de nos choix, de notre volonté, de notre liberté à réaliser pleinement notre nature d’homme. L’exercice des vertus nous permet d’accueillir la grâce qui accomplit cette ressemblance avec Dieu.

« Ainsi la finalité de notre corps ajusté à une vie spirituelle est de s’accorder et de s’unir à Dieu. Les yeux doivent permettre à l’homme de voir Dieu à travers l’harmonie et la beauté de la création et ainsi de le célébrer et de rendre grâce. Les oreilles doivent lui permettre d’écouter les divines paroles et les lois de Dieu ; par l’odorat il doit pouvoir sentir la bonne odeur de Dieu, et par le goût goûter en tout aliment « comme est bon le Seigneur » (Ps 33, 9).

La finalité des autres organes du corps est pareillement d’agir selon Dieu, selon la recommandation de Saint Paul : « Je vous exhorte à offrir vos corps comme un sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu. » (Rm 12, 1). La fonction spirituelle des mains est ainsi d’accomplir pour lui et en lui les actions nécessaires, de servir la volonté divine, d’agir pour la justice, de se tendre vers lui dans la prière (Ps 87, 10 ; 143,6. Tm 2,8) ; celle des pieds est d’aller accomplir le bien et servir Dieu ; celle de la langue de proclamer la Bonne Nouvelle et de chanter la gloire de Dieu ; celle du cœur d’être le lieu de la prière ; celle des poumons de produire le souffle qui rythme et accompagne celle-ci. »[13]

Il est important de souligner ce point, car la mentalité contemporaine, et plus particulièrement le New-Age ont tendance à considérer que le christianisme déprécie le corps comme étant l’objet de tous les péchés de toutes les culpabilités, et qu’il a à son égard suspicion et rejet. Nous y reviendrons dans le dernier exposé.

Le corps déchu

Le péché n’est jamais évoqué dans le New-Age.

L’homme voulut par orgueil devenir dieu par lui-même à l’invitation du serpent : « Vous serez comme des dieux. » (Gn 3, 5).

Une version populaire a souvent représenté le péché d’Adam et Ève comme un péché de gourmandise ou un péché sexuel lié à la consommation du fruit défendu. En fait plus subtilement l’homme a cherché à jouir dans son corps des réalités sensibles, car il s’est détourné de sa relation d’amour avec Dieu, et de la contemplation spirituelle qu’il en avait. Dès lors son intelligence et ses facultés se sont mises au service d’assouvissements de plaisirs charnels. Le corps devient l’instrument privilégié de la jouissance charnelle. Celle-ci prend la place de la jouissance spirituelle d’être uni à la volonté de Dieu. C’est l’amour de soi et l’affection passionnée et désordonnée pour le plaisir du corps (l’orthodoxie l’appelle la philautie), accompagnée d’une fuite et d’un refus de toute douleur et de toute souffrance.

« Le plaisir auquel se soumet Adam après sa faute est donc une forme déchue, inférieure, de jouissance, un plaisir grotesque et superficiel, limité et de courte durée, qui le prive, en prenant sa place, d’un plaisir plus élevé, plus profond, et dont il jouirait plus harmonieusement dans la totalité de son être. »[14]

« Deux amours ont fait deux cités : l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu, la cité terrestre, l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi, la cité céleste. L’une se glorifie en elle-même, l’autre dans le Seigneur. L’une demande sa gloire aux hommes ; pour l’autre, Dieu témoin de sa conscience est sa plus grande gloire. L’une dans sa gloire dresse la tête ; l’autre dit à son Dieu : « Tu es ma gloire et tu élèves ma tête. » (Ps 3, 4). L’une, dans ses chefs ou dans les nations qu’elle subjugue, est dominée par la passion de dominer ; dans l’autre on se rend mutuellement service par charité, les chefs en dirigeant, les sujets en obéissant. L’une en ses maîtres, aime sa propre force ; l’autre dit à son Dieu : « Je t’aimerai, Seigneur, toi ma force » (Ps 17, 2). »[15]

Les effets du péché

Les Pères de l’Église ont remarquablement analysé le scénario du péché originel. Ce péché originel est le prototype de tous les péchés. Ils ont précisé, avec une grande pertinence, les mouvements qui conduisent à cette rupture de relation avec Dieu, avec soi-même avec son prochain et avec la nature. Quelle actualité ! Il ne s’agit pas là d’un mythe, mais d’une description clinique du mécanisme du péché et de ses conséquences.

Adam s’est détourné de Dieu et par conséquent de sa grâce. Il transmet à sa descendance les maux contraires à cette relation d’amour pour laquelle Dieu l’a créé. Il connut la tristesse et la souffrance liée à cette rupture qui se manifestèrent dans sa chair, la maladie, la corruption et finalement la mort.

Cette nouvelle condition de l’homme, due à sa chute, est signifiée dans la Genèse par les tuniques de peaux (Gn 3, 21) manifestant sa condition désormais soumise à la matérialité, à l’animalité et à l’obscurcissement de sa vocation première.

Les trois degrés de la chute

Premier mouvement : Le jardin non gardé. Entrée dans l’illusion.

« Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que le Seigneur Dieu avait faits. Il dit à la femme : « Alors, Dieu vous a vraiment dit : « Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin » ? »

La femme répondit au serpent : « Nous mangeons les fruits des arbres du jardin. Mais, pour le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : « Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sinon vous mourrez. » » Le serpent dit à la femme : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » La femme s’aperçut que le fruit de l’arbre devait être savoureux, qu’il était agréable à regarder et qu’il était désirable, cet arbre, puisqu’il donnait l’intelligence. Elle prit de son fruit, et en mangea. Elle en donna aussi à son mari, et il en mangea. » (Gn 3, 1-6).

Dieu avait demandé à l’homme de garder et de cultiver le jardin. Adam a laissé entrer le serpent. Ainsi le serpent est entré en dialogue avec la femme. Dieu est nommé Adonaï Élohim, mais la femme dans le dialogue avec le serpent ne parle plus que de Dieu. Dieu n’est plus son Seigneur, Dieu devient l’autre. Et la femme ajoute de l’interdit en disant que Dieu avait dit : « Vous ne mangerez pas du fruit et vous n’y toucherez point. »

Elle biaise le commandement pour justifier sa transgression. Son dialogue avec le serpent lui donne à voir autre chose, elle entre dans l’illusion du serpent. Elle voit la mort comme étant la vie et la vie comme étant la mort. Elle ne voit plus la vérité, la réalité, elle voit la nudité avec un regard de convoitise.

L’homme est une terre insufflée, il a en lui le désir de communier avec la terre. Communier c’est manger. L’homme va désormais manger du fruit en dehors de l’ordre donné par Dieu et ainsi il oublie que Dieu l’a insufflé.

Deuxième mouvement : La fuite devant Dieu. Se cacher.

« Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils se rendirent compte qu’ils étaient nus. Ils attachèrent les unes aux autres des feuilles de figuier, et ils s’en firent des pagnes. Ils entendirent la voix du Seigneur Dieu qui se promenait dans le jardin à la brise du jour. L’homme et sa femme allèrent se cacher au regard du Seigneur Dieu parmi les arbres du jardin. Le Seigneur Dieu appela l’homme et lui dit : « Où es-tu donc ? » Il répondit : « J’ai entendu ta voix dans le jardin, j’ai pris peur parce que je suis nu, et je me suis caché. (Gn 3, 7-10).

Les Pères de l’Église disent que l’homme dans son état premier était revêtu de la Gloire divine.

Ils se cachent derrière des feuilles de figuier, ils se cachent dans le jardin, ils fuient la relation et ils ont peur. Ils refusent cet appel au repentir : « Où es-tu ? »

L’homme qui ne se repent pas, il a peur, il est dans l’angoisse. Il se cache, se distrait, jouit pour oublier son angoisse et invente toute sorte de méthodes, d’idéologie, de stratagèmes pour éviter une relation juste et vraie avec son Créateur et Sauveur. Il ne veut pas se reconnaître pécheur.

Troisième mouvement : Le rejet de la faute sur l’autre. L’endurcissement du cœur.

L’homme se trouve comme chosifié, d’ailleurs si l’on suit le sens premier de l’hébreu, on peut traduire dans la réponse d’Adam, à Dieu : « c’est ça que tu as mis à mes côtés » en parlant d’Ève.

Ève est devenue une chose, un objet. Reprenons ce passage : « Le Seigneur Dieu appela l’homme et lui dit : « Où es-tu donc ? » Dieu ne cesse depuis ce jour de chercher l’homme qui se cache. « Il répondit : « J’ai entendu ta voix dans le jardin, j’ai pris peur parce que je suis nu, et je me suis caché. ». Adam ne se voit qu’à travers sa nudité matérielle, et il voit sa compagne de la même façon. « Le Seigneur reprit : « Qui donc t’a dit que tu étais nu ? Aurais-tu mangé de l’arbre dont je t’avais interdit de manger ? » L’homme répondit : « La femme que tu m’as donnée, c’est ça qui m’a donné du fruit de l’arbre, et j’en ai mangé. »

L’autre devient un objet de jouissance oubliant son être et sa vocation à une vie de relation d’amour. « Le Seigneur Dieu dit à la femme : « Qu’as-tu fait là ? » La femme répondit : « Le serpent m’a trompée, et j’ai mangé. »

L’homme rejette sa responsabilité sur la femme et la femme sur le serpent. C’est l’endurcissement du cœur. L’homme rend Dieu responsable et se détourne de Lui.

Le chemin du retour à Dieu, la conversion

Les Pères de l’Église ont expérimenté tous ces mouvements, toutes ces étapes. Ils ont lu et relu ces passages fondamentaux et les ont reliés à leur propre expérience, à leur propre combat spirituel.

Degré 1 : Le repentir permet l’adoucissement du cœur qui est l’œuvre de l’Esprit Saint et dans un même mouvement l’acceptation de sa responsabilité personnelle dans cette compromission avec le péché. Je suis responsable de l’état de mon cœur. Je suis responsable de mes actes. J’ai péché, je me suis révolté contre Dieu.

Degré 2 : Ne plus se cacher et s’exposer à Dieu, en passant des ténèbres où nous nous cachions, à son admirable lumière. Comme je prends conscience que Dieu m’aime, j’accepte qu’il me montre les lieux de mon enténèbrement.

Degré 3 : En obéissant à la Parole de Dieu, en faisant sa volonté et en renonçant à ma volonté propre : faire ce que je veux quand je veux et où je veux. En recevant le corps et le sang du Christ, mes yeux s’ouvrent à une réalité simple, belle et juste. Dieu nous veut heureux, et notre bonheur, c’est de lui rendre Gloire maintenant et dans l’éternité. En combattant contre notre imagination. Nous avons une grande propension à la distraction, à être hors de nous-même, et finalement à éviter la vie intérieure, la vie de prière dans une relation incessante à Dieu. En rendant grâce à Dieu, de tout notre corps, de tout notre être, non pas uniquement pour ce qu’il nous donne, mais pour ce qu’Il est. Dire oui à Dieu à l’imitation de la Vierge Marie.

Ainsi le corps redevient « corps de beauté », « temple du Saint-Esprit » (1 Co 6, 19) et potentiellement « corps de gloire » (Ph 3, 21).

Le corps sauvé

Le christianisme est la religion qui accorde le plus d’importance et de valeur au corps et le voue à la plus haute destinée, sa glorification dans le Christ ressuscité pour l’éternité.

La vie spirituelle consiste en des exercices pratiques qui ne sont pas des contraintes légalistes, comme dans le Judaïsme ou l’Islam, que l’on doit observer rigoureusement pour être sauvé. Il ne s’agit pas de règles restreignant la liberté. Il ne s’agit pas d’ascèse qui contraigne le corps comme dans le yoga pour accéder automatiquement à des degrés de « pleine conscience ».

Dans la vie spirituelle chrétienne, les exercices consistent à cultiver et fortifier les vertus, notamment cardinales : la prudence, la tempérance, la force et la justice. Ces vertus sont aidées et confortées par les trois vertus théologales reçues du Saint-Esprit que sont la Foi, l’Espérance et la Charité. L’exercice des vertus suppose un travail, une discipline, une ascèse pour lutter contre les passions qui agitent le cœur et le corps de l’homme, les trois principales étant liées au pouvoir ou à la volonté propre, au sexe et aux relations affectives et à l’argent et aux désirs de posséder. L’Église propose comme thérapie contre ces passions, l’obéissance, la chasteté et la pauvreté. En luttant contre ces passions les vertus s’accroissent ; ainsi plus les vertus s’accroissent plus les passions diminuent. En cela l’homme trouve sa vraie liberté son épanouissement et sa vocation.

Le but de l’ascèse chrétienne n’est pas de se maîtriser pour acquérir de la puissance physique psychologique ou intellectuelle, ou bien de communier avec les forces de l’univers ou l’énergie cosmique. La Tradition a appelé cette ascèse la garde des sens ou le recueillement des sens. Ce sont les cinq sens dont il est question : la vue, l’ouïe, l’odorat, le toucher et le goût auxquels la Tradition a ajouté la langue. Cette attitude de constante vigilance vise à prévenir ou à détourner les sens de toute activité désordonnée, préjudiciable à l’orientation de notre vie spirituelle, axée vers Dieu et en Dieu.

Saint Jérôme est précis sur cette garde des sens : « Par les cinq sens, comme par autant de fenêtres, les vices ont leur entrée dans l’âme. La métropole et la citadelle de l’âme ne peuvent être prises, si l’armée ennemie ne fait irruption par ces portes. Les perturbations des vices surchargent l’âme, et elle est prise par la vue, par l’ouïe, par le goût, par le toucher… Alors s’accomplit la parole du prophète : « La mort est entrée par vos fenêtres » (Jr 2,10) » [16]

Mais attention cette garde des sens n’a rien à voir avec une fuite systématique du sensible. Le corps serait alors l’objet de toutes les suspicions ce qui donnerait raison à ceux qui accusent le christianisme de son obsession du péché et du rejet de la chair. Il s’agit d’opérer un discernement et ne pas se tromper de cible.

C’est ce que nous dit saint Augustin : « Parmi les plaisirs qui affectent nos sens, il en est de permis ; tels sont les grands spectacles de la nature qui charment nos regards ; mais l’œil aime aussi les spectacles des théâtres. L’oreille se plaît au chant harmonieux d’un psaume sacré ; elle aime aussi le chant des histrions. Les fleurs et les parfums, qui sont également l’œuvre de Dieu, flattent l’odorat ; il aspire aussi avec joie l’encens brûlé sur les autels des démons… Il est de même des embrassements permis et des embrassements impurs. Vous le voyez donc bien, mes chers frères, parmi ces jouissances sensibles, il en est de permises et il en est d’interdites. » [17]

La garde des sens est en lien direct avec la garde du cœur, si chère à la spiritualité orthodoxe, et trouve des prolongements dans la vie monastique catholique, et finalement dans tout combat spirituel.

Insistons de nouveau : ce recueillement des sens n’est pas à confondre avec une recherche énergétique qui procurerait santé bien-être ou maîtrise de son corps et de son esprit.

L’ascèse chrétienne permet de réaliser cette parole de Dieu adressée à Saint Paul : « Ma force se révèle dans la faiblesse. » (2 Co 12, 9). La seule force véritable est celle de la grâce donnée par Dieu. Cette force n’est donnée à l’homme que s’il se reconnaît humble fragile et pécheur. L’ascèse chrétienne n’a d’autre finalité que de s’ouvrir à l’Amour de Dieu, en reconnaissant objectivement ce que nous sommes.

L’Église, modèle architectural du corps

Rapidement, car cela demanderait à être développé, l’architecture des églises anciennes est une représentation du corps de l’homme. L’Église symbolise dans sa structure spatiale, l’être humain tout entier. Le corps est représenté par la nef, les deux transepts sont l’image des bras, l’autel de l’esprit, et son âme est le sanctuaire où repose la Présence réelle.

Le temps liturgique par ses prières, le choix de ses textes, ses chants et ses gestes introduit l’âme et le corps des fidèles dans une proximité avec les promesses du Ciel. « Seigneur, il nous est bon d’être ici. » (Mt 17, 7)

Le corps ressuscité

« Ainsi en est-il de la résurrection des morts. Le corps est semé corruptible, il ressuscite incorruptible ; il est semé méprisable, il ressuscite glorieux ; il est semé infirme, il ressuscite plein de force. Ce qui est semé corps physique ressuscite corps spirituel car s’il existe un corps physique, il existe aussi un corps spirituel. » (1 Co 15, 42-44).

Ce corps ressuscité ne sera plus soumis à la corruption, il n’éprouvera plus ni maladie ni souffrance physique. L’homme connaîtra en son corps une santé parfaite totale et définitive. Il recevra la plénitude de la grâce en devenant participant à la nature divine (2 P 1, 4).

Bertran Chaudet

 

Prière de consécration mariale du Révérend Père Nicolas Zucchi (1586-1670)

« Ô ma Souveraine ! Ô ma Mère, je m’offre à Vous tout entier ; et, pour Vous donner un signe de ma donation, je Vous consacre aujourd’hui mes yeux, mes oreilles, ma bouche, mon cœur, tout moi-même ; puisque je Vous appartiens, ô ma bonne Mère, gardez-moi, défendez-moi comme Votre bien et Votre propriété. Amen. »

Bibliographie

Père H.Lassiat. L’actualité de la catéchèse apostolique. Éd. Présence, 1979.

Irénée de Lyon. Contre les hérésies. Dénonciation de la gnose au nom menteur. Éd. du Cerf, 1985.

Jean-Claude Larchet. Théologie du corps. Éd. du Cerf, 2009.

Sœur Marie-Ancilla. Découvrir les Pères de l’Église à travers la liturgie des heures, Éd Desclée de Brouwer, 2010.

Benoît XVI. Les Pères de l’Église de Clément de Rome à Maxime le confesseur. Éd. Bayard, 2008.

Jean-Michel Maldamé. Le péché originel. Foi chrétienne mythe et métaphysique. Éd. du Cerf, 2008.

Bernard et Anne Frinking, Les trois premiers récits fondateurs dans le livre de la Genèse.

Notes

[1] Père H.Lassiat. L’actualité de la catéchèse apostolique, Éd présence. 1979, p. 13.

[2] Irénée de Lyon. Contre les hérésies. Dénonciation de la gnose au nom menteur. V, 20/2. p. 628. Éd du Cerf, 1985.

[3] Irénée de Lyon. Contre les hérésies. Dénonciation de la gnose au nom menteur. II, 34/1. p. 266. Éd. du Cerf, 1985.

[4] Ibid ; II, 34/3. p.268.

[5] Justin Dialogue. 6/1. Éd. Albert Haman, 1958.

[6] Irénée de Lyon. Contre les hérésies. Dénonciation de la gnose au nom menteur. II, 34/3. p. 268. Éd. du Cerf, 1985

[7] L’Abrégé du Catéchisme de l’Église Catholique parle de l’âme immortelle, n° 70, 205, 208, 358.

[8] Ibid. II, 34/4, p.268.

[9] Grégoire de Nysse, La Création de l’homme, XXVIII-XXIX.

[10] Justin Dialogue. 1/5, Éd. Albert Haman, 1958.

[11] Irénée de Lyon. Contre les hérésies. Dénonciation de la gnose au nom menteur. II, 29/1, p. 245. Éd. du Cerf, 1985.

[12] Justin, Fragments 7. Éd. Albert Haman, 1958.

[13] Jean-Claude Larchet, Théologie du corps, p. 29. Éd du Cerf, 2009.

[14] Ibid. p. 39.

[15] Saint Augustin, La Cité de Dieu, XIV, 28

[16] Saint Jérôme, Adversus Jovinianum 2, 8, PL 25.

[17] Saint Augustin, Sermons 159, 2, PL 38.

L’homme et son corps dans la révélation biblique

« La Parole est tout près de toi, elle est dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu la mettes en pratique ». (Dt 30, 14)

Ces quelques éléments succincts d’anthropologie n’ont aucune prétention à l’exhaustivité, bien entendu. Mais ils seront confrontés à certaines représentations du corps dans le New-Age ou dans quelques perspectives qui viennent de l’Orient.

Éléments anthropologiques

Avons-nous déjà pris conscience que le monde n’a pas d’orientation ? L’univers, le cosmos, la terre, n’ont aucun axe aucune direction, aucun sens.

C’est à partir de notre perception corporelle que nous donnons un sens aux éléments qui nous entourent. Et ceci n’est pas d’ordre culturel, mais anthropologique. Tout homme, quel que soit son milieu ou sa culture fait cette prise de conscience que son corps a trois axes et six directions : un axe antéro-postérieur ou sagittal, un axe latéral ou frontal, un axe vertical. Toute notre perception du monde s’oriente en référence à ces trois axes et ces six directions.

L’axe antéro-postérieur, donne l’avant et l’arrière et oriente aussi le temps, tout ce qui est en avant est futur, tout ce qui est en arrière est passé. L’axe latéral donne la droite et la gauche. Voici une expérience singulière de la corporalité : pourquoi dans toutes les langues de l’hémisphère nord, la droite est considérée comme positive et la gauche comme négative ? En français parmi de multiples exemples, nous pouvons dire : je suis adroit ou je suis gauche. Il n’y a cependant pas d’abord une considération positive ou péjorative ou bien morale, mais une expérience existentielle à la signification de ces mots. Quand nous sommes dans la nature veillant dans la nuit, nous attendons la venue de la lumière. Le soleil se lève à l’Est, et dans l’hémisphère nord, nous suivons la course du soleil en nous tournant vers la droite alors que nous observons l’ombre à gauche. C’est donc une expérience physique qui préside à la signification du mot et précède toute autre considération d’adresse ou de morale.

L’axe vertical donne le haut et le bas. Le haut c’est le ciel et le bas la terre, le plus haut deviendra le Ciel, et le très bas, le schéol ou les enfers.

Ces trois axes et ces six directions se retrouvent donc partout où il y a des hommes pour structurer leur espace. C’est à partir de cette expérience corporelle que les hommes donnent au monde sens et signification. C’est aussi ainsi qu’un sens métaphysique peut être donné, et notre héritage biblique s’inscrit dans cette perception anthropologique de la réalité.

Le père Marcel Jousse, jésuite d’origine sarthoise devenu anthropologue, a toujours revendiqué ses origines paysannes. C’est ce qui lui permettait d’être ancré dans le réel et d’éviter les algébroses des plumitifs, selon ses néologismes qu’il affectionnait. Les plumitifs n’ayant qu’une perception intellectuelle algébrosée, c’est-à-dire éloignée de la réalité première, dont ils dégénèrent le sens.

Marcel Jousse compare le mouvement antéro-postérieur, à un balancement d’avant en arrière comme celui d’un âne portant un fardeau, mouvement premier et archaïque. La chaîne musculaire postérieure que l’on retrouve chez les serpents les plus frustes est sollicitée pour les mouvements horizontaux, tandis que la chaîne musculaire antérieure permet aux serpents plus évolués de se redresser. Mouvement que l’on retrouve chez l’homme provoqué par la contraction décontraction des chaînes musculaires postérieures généralement les plus en tension et antérieures. Ce mouvement de base se retrouve dans le balancement de l’autisme.

Le mouvement latéral plus élaboré, est comparé par Jousse, au mouvement d’une paire de bœufs portant un joug, mouvement de droite à gauche et de gauche à droite. Bien sûr la mécanisation de nos campagnes ne permet plus de constater la pertinence de cette observation. Le sillon tracé demeurait droit malgré le mouvement d’oscillation latérale de la paire de bœufs. Il est à noter que le mot conjugalité signifie porter un joug commun.

Cette latéralité n’est possible qu’avec l’apparition des membres. Les amphibiens, vertébrés les plus frustres, peuvent avancer grâce à des muscles pronateurs, mais ne peuvent pas reculer, ils n’ont pas de muscles supinateurs. L’homme quand il perd les commandes du système nerveux central, peut se retrouver en opisthotonos (du grec opistho, vers l’arrière et tonos, tension) arc bouté en hyperextension postérieure sur l’arrière de la tête et des talons et en rotation interne des membres supérieurs et inférieurs. Cette posture pathologique se retrouve dans le tétanos et certains comas d’origine traumatique crânienne. Les muscles postérieurs et rotateurs internes, retrouvant leur prévalence archaïque sur les muscles antérieurs et rotateurs externe.

La pronation permet de prendre, de garder pour soi et la supination d’ouvrir de donner. Cette attitude gestuelle prend toute son ampleur chez l’homme. Nous la retrouverons quand il s’agira de l’exposé sur le corps dans le New-Age.

Ces mouvements antéro-postérieurs et latéraux ne peuvent s’effectuer sans la dimension verticale, l’oscillation avant arrière ou droite gauche, ne peut se produire sans passer par un haut et un bas.

La combinaison de ces trois mouvements, Jousse l’appellera le bercement. Ce bercement est le support de nos mémoires, mémoire embryonnaire, mémoire dans le développement psycho corporel, mémoire phylogénétique[1], mémoire ontogénétique[2], mémoire culturelle, mémoire personnelle. Les peuples de l’oralité ont transmis leur culture et leur histoire en se balançant. Cette mémoire s’inscrit dans l’épaisseur de notre corporalité. Elle va de la scansion des Grecs aux mélopées des griots africains… Aujourd’hui nous retrouvons ce balancement dans le rap et dans le slam, culture de l’oralité qui émerge en dehors de toute scolarisation, car elle retrouve ce sens du rythme et du mouvement inhérent à nos structures corporelles.

(L’oubli de cette dimension corporelle et mémorielle est particulièrement préjudiciable, dans les catéchèses proposées, depuis des années dans l’Église catholique. Des générations entières n’ont rien retenu ou si peu et de l’Évangile, des prières et de l’enseignement de l’Église.)

Anthropologie biblique

Ce n’est pas en apesanteur de ces réalités anthropologiques que s’inscrit, la Révélation biblique. La Révélation, et son accomplissement dans l’Incarnation de Jésus donnent le sens, le principe et la finalité de cette dimension physique, corporelle et ouvre à la métaphysique.

L’héritage de la philosophie grecque, surtout platonicienne, considère qu’il a une opposition entre d’une part le corps et la matière et d’autre part l’âme et l’esprit, le corps mortel et l’âme immortelle, le terrestre et le céleste, l’humain et le divin. Pour Platon, Sôma, séma, le corps est un tombeau dont l’âme prisonnière doit se libérer.

Cette dichotomie n’est pas biblique, où l’unité du composé humain est évidente. Ainsi la néphèsh, qui dans un sens premier veut dire la gorge, est le lieu du passage du souffle, de la nourriture et de la parole, elle signifie la personne vivante, son être, sa conscience. « Alors le Seigneur Dieu modela l’homme avec la poussière tirée du sol ; il insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant. » (Gn 2, 7). Être vivant ou néphèsh gorge vivante.

Bâsâr, la chair, le corps n’est pas séparé de la néphèsh, il en est sa manifestation concrète. Ainsi l’homme n’a pas un corps, il est un corps, il est bâsâr.

Ruâh est le même mot qui désigne le souffle et le vent. Cette Ruâh traverse la Bible. C’est elle qui plane sur les eaux primordiales de la Genèse : « La terre était informe et vide, les ténèbres étaient au-dessus de l’abîme et le souffle de Dieu planait au-dessus des eaux. » (Gn 1, 2).

Il est intéressant de noter que le verbe de planer, utiliser ici, vient de l’hébreu « rah’ef et signifie en même temps couver, voler très près, voler en frôlant. Dieu protège Israël dans le désert comme, l’aigle couve ses oiseaux. [3] »

« Tel un aigle qui éveille sa nichée et plane au-dessus de ses petits, il déploie son envergure, il le prend, il le porte sur ses ailes. » (Dt 32, 11).

Le diaphragme ou centre phrénique, avec ses deux hémi coupoles qui s’abaissent lors de l’inspiration et qui se lèvent lors de l’expiration, est comparable aux ailes d’un oiseau qui vole. Et le bassin peut être comparé à un nid. La vie jaillit dans ce nid, protégée en bas par le sacrum et des ailes iliaques, et en haut par l’oscillation des deux ailes du diaphragme.

La vie jaillit au plus intime de notre chair, de la Genèse du monde à la conception de chaque être. Ce souffle est l’Esprit du Seigneur en Isaïe 11, 2 : « Sur lui reposera l’esprit du Seigneur : esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur. » Cet Esprit soufflera sur les apôtres à la Pentecôte. Ce Souffle vient donc de Dieu et revient à Lui quand l’homme expire.

Dam, le sang est « l’âme de la chair » selon l’expression de la Genèse 9, 4. Le sang, c’est la vie et tout ce qui touche à la vie est en rapport avec Dieu, seul maître de la vie (Lv 17, 11-14).

Cœur-langue-mains

Ainsi une des clés de lecture de la Bible repose sur une observation tripartite du corps humain : le cœur, la langue et les mains qui représentent la pensée, la parole et l’action.

Le cœur, léb. Le cœur hébreu n’est pas seulement le siège de l’affectivité ou des émotions. Il désigne toute la personne, sa mémoire, son intelligence, sa volonté. La bible le mentionne plus de mille fois. Cela va du cœur ouvert, au cœur endurci. « Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’ôterai de votre chair le cœur de pierre, je vous donnerai un cœur de chair » (Ez 36, 26).

Le cœur siège de la conscience, est associé aux reins, kelayot, siège des passions, de ce qui est inconscient, des émotions pulsionnelles. « Seigneur de l’univers, toi qui juges avec justice, qui scrutes les reins et les cœurs… » (Jr 11, 20).

La langue, Iashon. Lieu de l’échange avec la nourriture que l’on ingère et de la parole que l’on profère.

Les mains, yadaïm. Il s’agit en hébreu des mains avec leurs dix doigts et les paumes, mais aussi des poignets et des bras. Les peuples du bassin méditerranéen s’expriment beaucoup avec les mains. Mettre les mains sur la bouche pour se taire, sur la tête en signe de deuil ou de douleur. Se donner la main en guise d’accord. Battre des mains pour exprimer sa joie ou inversement le dégoût ou le désaccord. La prière s’exprime en levant les mains vers le ciel, et l’on porte la main à sa bouche en signe d’adoration. Adorare, ad os : porter les mains à sa bouche. La bénédiction s’exerce en étendant les mains.

Associations Cœur-langue-mains avec yeux-oreilles-pieds

« Ce qui était depuis le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie, nous vous l’annonçons. » (1 Jn 1, 1).

Cœur-Yeux. Domaine de la pensée et du visible

« Voici mon secret, dit le Petit Prince de Saint-Exupéry, il est très simple : on ne voit bien qu’avec le cœur ; l’essentiel est invisible pour les yeux. »

Ayin en hébreu, l’œil signifie aussi la source. Les larmes coulent des yeux comme l’eau coule de la source.

Ce sont les yeux qui expriment extérieurement les pensées du cœur. Le bon œil ou le mauvais œil sont très présents au Moyen-Orient.

Avoir les yeux ouverts signifie comprendre quelque chose de malsain selon l’invitation du serpent de la Genèse en Gn 3, 7 : « Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils se rendirent compte qu’ils étaient nus. » Avec l’ouverture des yeux, l’homme et la femme se voient dans la nudité de leur matière corporelle. Ils ne se voient plus dans le regard de Dieu, mais dans celui du serpent qui se limite à jouir de cette matière, sans aucune finalité, ni sens, ni transcendance.

Cham un des trois fils de Noé vit la nudité de son père. Ce désir de voir la nudité en dissociant le corps de l’esprit et de l’âme est un péché qui obscurcit le cœur et rend aveugle au discernement. Le père ici, l’homme, la femme, sont réduits à la nudité de leur corporalité. L’autre n’est vu qu’à travers la jouissance matérielle dont on veut profiter immédiatement.

A contrario, la formule « Lever les yeux » ou « lever le regard » est une conversion de ce regard de concupiscence, et traverse toute la Bible.

Quand Abraham prêt à sacrifier son fils Isaac va lever les yeux, il voit le bélier retenu par les cornes dans un buisson (Gn 22, 1-19). Cette attitude ouvre à une réalité non prévue, une méta réalité. Les femmes de l’Évangile de Marc, allant de grand matin, le premier jour de la semaine jusqu’au tombeau où elles voulaient embaumer le corps de Jésus, « Elles se disaient entre elles : « Qui nous roulera la pierre pour dégager l’entrée du tombeau ? Levant les yeux, elles s’aperçoivent qu’on a roulé la pierre, qui était pourtant très grande. » (Mc 16, 3-4).

Le Christ dans sa prière lève les yeux vers son Père pour l’implorer ou le bénir.

Les yeux trouvent leur guérison définitive avec l’aveugle Bartimée, qui signifie fils de la peur. Cette ultime guérison, la dernière des treize guérisons de l’Évangile de Marc conduit Bartimée à la guérison totale : il suit Jésus sur la route qui le conduit à Jérusalem, au chemin de la passion, c’est-à-dire à l’oblation de soi-même par amour.

Quand deux disciples au terme de la route parcourue de Jérusalem à Emmaüs reconnaissent Jésus ressuscité à la fraction du Pain, leur regard est ouvert par Celui qui est la Lumière du monde, le Christ ressuscité. Ils relisent alors le chemin parcouru tandis qu’ils l’écoutaient donner le sens des Écritures. Leur cœur était tout brûlant en eux quand il leur ouvrait les Écritures. Alors ils n’ont de cesse de vouloir le témoigner.

Jésus dans son premier enseignement dit : « la lampe du corps c’est l’œil, donc si ton œil est simple tout ton corps sera lumineux, mais si ton œil est ténèbres, alors quelles ténèbres ! » Le grec du texte de l’évangile selon saint Matthieu 6, 22-23 dit : œil simple et non pas œil sain comme cela est parfois traduit. Simple en grec se dit aplous c’est-à-dire a privatif plous pli sans pli, sans faux plis, c’est-à-dire transparent, limpide, sans complication, sans duplicité, sans complicité. C’est l’attribut que donne saint Thomas d’Aquin à Dieu, il est simple. Le mauvais œil quant à lui n’a pas cette transparence, il est plein de mauvais plis qui le rendent ténébreux.

Léb, le cœur peut s’apparenter également au noùs grec, l’esprit ou œil du cœur, c’est-à-dire à un vrai et juste discernement.

Ainsi l’épître aux Éphésiens (Ep 1, 18) offre cette belle expression : « Que le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ illumine les yeux de votre noùs, (de votre cœur). » Également, dans la lettre aux Romains (Rm 12, 2) : « Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous par le renouvellement de votre noùs, (de votre façon de penser) pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait. »

Langue-Oreilles. Domaine de la parole et de l’audible.

Nous avons une langue et deux oreilles, en conséquence les rabbins enseignent qu’il convient de parler deux fois moins que l’on écoute. L’oreille symbolise la compréhension et le discernement. Il est à noter que le verbe latin audire ouïr, entendre avec la préposition ob, sous, donne ob-audire obéir[4], c’est-à-dire sous l’écoute, selon la parole, sous le contrôle d’une parole vraie, fiable, juste et bonne. Obéir à une telle parole libère guérit, c’est la finalité même de la Parole de Dieu, dans la Bible.

Écouter, shama.

Il est étonnant de constater que dans la tradition biblique, il y a une priorité de l’ouïe sur la vue. Écouter nécessite du temps pour que la parole ou la musique s’exprime, L’image peut être instantanée, comme pour la photo ou le tableau. Il ne peut y avoir un arrêt sur son comme un arrêt sur image. La vue est liée à l’espace. Il y a donc priorité du temps sur l’espace. L’espace comme la nature est du domaine de la vue. Alors que le temps, la durée et par conséquent l’histoire sont du domaine de l’ouïe. Si l’histoire a un sens, une signification, il importe que nous l’écoutions, que nous lui soyons obéissants pour mieux orienter ce qu’il convient de faire.

Toute la pédagogie d’Israël commence par l’écoute. Schma Israël. « Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’Unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. Ces paroles que je te donne aujourd’hui resteront dans ton cœur. Tu les rediras à tes fils, tu les répéteras sans cesse, à la maison ou en voyage, que tu sois couché ou que tu sois levé ; tu les attacheras à ton poignet comme un signe, elles seront un bandeau sur ton front, tu les inscriras à l’entrée de ta maison et aux portes de ta ville. » (Dt 6, 4-9). C’est la prière d’Israël que les juifs pratiquants récitent trois fois par jour.

Naassé Venichma.

Le livre de l’Exode exprime la pédagogie de Dieu à Israël qui a bien compris quand le peuple répond : « Tout ce que le Seigneur a dit, nous le ferons et nous écouterons. » (Ex 24, 7).

Le verbe obéirons, employé ici, est également de la même racine que schama, écouter. Il s’agit d’accomplir, de mettre en pratique en toute confiance et en premier lieu, pour mieux écouter, mieux entendre, mieux comprendre la Parole de Dieu. Nous sommes à l’opposé des pédagogies actuelles et des techniques de développement personnel où il faut expérimenter par soi-même et certainement non pas obéir à une parole. La confiance en une Parole qui dit vrai juste et bon, la Parole de Dieu ne se discute pas, elle nous éprouve afin que nous en apercevions un peu de la profondeur largeur et hauteur. En Ep 3, 17-19 : « Que le Christ habite en vos cœurs par la foi ; restez enracinés dans l’amour, établis dans l’amour. Ainsi vous serez capables de comprendre avec tous les fidèles quelle est la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur… Vous connaîtrez ce qui dépasse toute connaissance : l’amour du Christ. Alors vous serez comblés jusqu’à entrer dans toute la plénitude de Dieu. »

Rapport entre Foi et écoute.

« Or la Foi naît de ce que l’on entend ; et ce que l’on entend, c’est la parole du Christ. » (Rm 10, 17). Comme l’apprentissage de la langue maternelle permet de distinguer, de nommer ce qui était flou et confus, l’écoute de la Parole de Dieu donne à voir à discerner ce qui était invisible auparavant. La Foi à pour origine fides en latin, de même que fidélité, fiabilité, confiance. Ainsi, loin de toute subjectivité, la Foi est stable, point d’appui sur lequel nous pouvons fonder et bâtir notre vie.

Luc nous relate l’importance de l’écoute, sans doute d’après le témoignage direct de la Vierge Marie, de la rencontre avec sa cousine Élisabeth.

« Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi. Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. » (Lc 1, 41-45).

Le premier des disciples s’appelle Shimon de la racine schama, celui qui écoute. Il deviendra Pierre. Ce qui donne une signification très particulière à la conclusion de la première catéchèse de Jésus sur la montagne des chapitres 5, 6 et 7 de Matthieu : « Ainsi, celui qui entend les paroles que je dis là et les met en pratique est comparable à un homme prévoyant qui a construit sa maison sur le roc. La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, les vents ont soufflé et se sont abattus sur cette maison ; la maison ne s’est pas écroulée, car elle était fondée sur la pierre. (Mt 7, 24-25).

La première lettre de Pierre donnera une signification plénière et finale à cette pierre : « Approchez-vous de lui : il est la pierre vivante rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse devant Dieu. Vous aussi, comme pierres vivantes, entrez dans la construction de la demeure spirituelle, pour devenir le sacerdoce saint et présenter des sacrifices spirituels, agréables à Dieu, par Jésus Christ. » (1 P 1, 4-5).

« En obéissant à la vérité, vous avez purifié vos âmes pour vous aimer sincèrement comme des frères ; aussi, d’un cœur pur, aimez-vous intensément les uns les autres, car Dieu vous a fait renaître, non pas d’une semence périssable, mais d’une semence impérissable : sa parole vivante qui demeure. » (1 P 1, 22-23)

« Celui qui a des oreilles pour entendre qu’il entende. » (Mc 4, 9.23 ; Mt 11, 15 ; Lc 8, 8). Et dans l’apocalypse : « Celui qui a des oreilles qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Églises. » (Ap 2, 7. 11. 17. 29).

Le psaume 39, 7-8 : « Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice, tu as ouvert mes oreilles ; tu ne demandais ni holocauste ni victime, alors j’ai dit : « Voici, je viens ».  Dans le livre, est écrit pour moi ce que tu veux que je fasse. Mon Dieu, voilà ce que j’aime : ta loi me tient aux entrailles… »

Tu as ouvert mes oreilles, ou plus littéralement tu m’as creusé les oreilles, devient singulièrement tu m’as formé un corps, dans la lettre aux Hébreux 10, 5-7 : « Aussi, en entrant dans le monde, le Christ dit : Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m’as formé un corps. Tu n’as pas agréé les holocaustes ni les sacrifices pour le péché, alors, j’ai dit : Me voici, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté, ainsi qu’il est écrit de moi dans le Livre. »

La Vierge Marie, venant d’accoucher, sur le tympan de l’entrée droite de la cathédrale de Chartres, est représentée allongée avec une main tendant l’oreille. La Foi vient de l’écoute et l’incarnation du Verbe qui se fait chair est liée à l’écoute de la Vierge Marie et à son oui à l’annonce de l’ange Gabriel.

Voyez ce que vous entendez

Il est une expression singulière dans l’Exode : « Tout le peuple voyait les voix. » (Ex 20, 18). Le peuple hébreu, en recevant les Tables de la Loi, au pied du mont Sinaï, voyait les voix. Voir la Parole est une expérience étonnante que nous retrouvons dans l’Évangile de Marc si nous traduisons mot à mot du grec. « Voyez ce que vous entendez. » (Mc 4, 24).

Existe-t-il une telle adéquation entre ce qui dit et ce qui est vu ? Ou plutôt ce qui est dit donne-t-il une nouvelle vision de la réalité ? Ce regard de Foi naît de l’Écoute et permet de Voir ce que nous entendons. N’est-ce pas l’expérience même des disciples d’Emmaüs ?

Nous retrouverons une forme altérée et toxique, du mélange vue et audition, dans certaines expériences psychocorporelles du New-Age.

Mains-Pieds. Domaine de l’action et du tangible.

Dieu se révèle à Moïse au buisson ardent. « Moïse était berger du troupeau de son beau-père Jéthro, prêtre de Madiane. Il mena le troupeau au-delà du désert et parvint à la montagne de Dieu, à l’Horeb. L’ange du Seigneur lui apparut dans la flamme d’un buisson en feu. Moïse regarda : le buisson brûlait sans se consumer. Moïse se dit alors : « Je vais faire un détour pour voir cette chose extraordinaire : pourquoi le buisson ne se consume-t-il pas ? » Le Seigneur vit qu’il avait fait un détour pour voir, et Dieu l’appela du milieu du buisson : « Moïse ! Moïse ! » Il dit : « Me voici ! » Dieu dit alors : « N’approche pas d’ici ! Retire les sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte ! » Et il déclara : « Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob. » Moïse se voila le visage, car il craignait de porter son regard sur Dieu. » (Ex 3, 1-6).

Pour se mettre en présence de Dieu et écouter sa Parole, Moïse doit retirer les sandales de ses pieds. En ôtant ses chaussures, il devient vulnérable, incapable de toute action, il demeure présent à ce qui advient, sans fuite possible. Retirer ses chaussures, c’est également entrer dans une intimité, on retire ses chaussures dans sa chambre. En ôtant ses chaussures Moïse entre dans un cœur à cœur avec Celui qui est.

L’annonce de la paix et du salut, dans l’Ancien Testament, se réalise grâce à l’action des pieds en marche. L’anthropologie biblique est très concrète et il est dommage que l’actuelle traduction liturgique de la Bible traduise pieds par pas.

« Comme ils sont beaux sur les montagnes, les pieds du messager, celui qui annonce la paix, qui porte la bonne nouvelle, qui annonce le salut, et vient dire à Sion : « Il règne, ton Dieu ! » (Is 52, 7).

Saint Paul reprendra la même expression pour l’Annonce de la Bonne Nouvelle. « Il est écrit : comme ils sont beaux, les pieds des messagers qui annoncent les bonnes nouvelles ! » (Rm 10, 14).

Jean-Baptiste va encore plus loin : « je ne suis pas digne de m’abaisser pour défaire la courroie de ses sandales. » (Mc 1, 7). Non seulement il ne se dit pas digne de laver les pieds du maître comme l’esclave ou le serviteur le faisait, mais de plus Jean-Baptiste ne s’estime pas digne de délier la courroie des sandales des pieds de Jésus. Il ne se sent pas digne d’arrêter Celui qui marche. Celui qui est et annonce le Salut et la Paix.

Marie de Béthanie, elle, osera oindre les pieds de Jésus, avec un parfum de nard pur, de grand prix (Jn 12, 3).

Jésus lavera lui-même les pieds de ses disciples au moment de la dernière Cène, juste avant sa Passion.

« Qu’ils sont beaux les pieds de ceux qui annoncent la paix. »

C’est dire l’importance de ceux qui se mettent en route, en marche pour proclamer l’Heureuse Annonce. En marche en route c’est ainsi que l’on peut traduire, le mot hébreu ashrey. Ashrey pourrait également dériver de la racine yasha être droit, être juste. Ce même mot est employé par Jésus dans les Béatitudes. Le bonheur dans l’anthropologie biblique est mouvement orienté vers la vie, il est aussi action, action droite et juste, l’objectif est clair.

Hatta’t, le verbe Hata’veut dire louper la cible, viser à côté du but. C’est un geste qui n’atteint pas son but, une attitude maladroite qui est à la base de ce mot traduit par péché. Le but de la vie est d’aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toutes ses forces et d’aimer son prochain comme soi-même. Eh bien pécher, c’est louper cette cible, c’est être infidèle à l’Alliance de Dieu et trahir l’Amour. Quant à Satan, c’est celui qui fait obstacle, écran, et obscurcit le chemin.

Les psaumes

L’Église catholique depuis son origine et à la suite du Christ rythme sa prière tout au long des jours avec les 150 psaumes de l’Ancien Testament. Il est intéressant d’en chercher l’étymologie. Psaume vient de la racine d’un verbe grec psallô qui signifie : faire vibrer la corde d’un instrument. Vibration de tout l’être tourné vers son Dieu, nous y reviendrons dans le geste de l’inclination profonde fait plus de cent fois par jour dans les traditions monastiques.

Le psaume invitatoire à la prière des laudes exhorte à cette attitude : « Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous, à genoux devant le Seigneur qui nous a fait. » (Ps 94, 6).

À genoux a été traduit par adorons dans la traduction de la bible liturgique. Ce qui est dommage quant à la prise en compte de cette attitude corporelle qui dit l’intention du cœur et du corps. Car Berakah employé dans la Bible, désigne étymologiquement l’articulation, spécialement du genou. Elle évoque aussi les organes de la génération qui ont un caractère sacré : on jure en les touchant.[5]

La racine Berakah se trouve par exemple, dans le psaume 102, versets 1 et 2, traduite cette fois par bénis. « Bénis le Seigneur, ô mon âme, bénis son nom très saint, tout mon être ! Bénis le Seigneur, ô, mon âme, n’oublie aucun de ses bienfaits ! »

« Devant moi, tout genou fléchira. » (Is 45, 23). Comment se fait-il que genou veuille également dire bénédiction ?

Le même mot se retrouve en arabe et est passé dans le français courant ; baraka, avoir la baraka : « faveur divine qui donne la chance[6] » Le chameau baraque, s’agenouille pour déposer ses charges et en recevoir d’autres. S’agenouiller est un geste qui exprime la disposition de se mettre au service. Obrigado en portugais et en vieux français je suis votre obligé. C’est précisément cette attitude de disponibilité, de se mettre à la disposition de faire la volonté de Dieu qui attire sa bénédiction. La bénédiction s’exprime alors par la fécondité et la croissance dans la vie et les actions de celui qui agit pense et dit selon la volonté de Dieu. « Dieu bénit l’homme et la femme et leur dit : « Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. » (Gn, 1, 28).

Prier de tout son être

Mt 7,7 : « Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. »

Nous retrouvons la tripartie de l’être humain, la bouche pour demander, le cœur pour chercher et les mains pour frapper à la porte.

Lc 11, 9-10 : Moi, je vous dis : « Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; à qui frappe, on ouvrira. »

Pour cela, il est nécessaire d’opérer des choix pour purifier l’intention, l’orientation et l’acte.

« Et si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la. Mieux vaut pour toi entrer manchot dans la vie éternelle que de t’en aller dans la géhenne avec tes deux mains, là où le feu ne s’éteint pas. Si ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-le. Mieux vaut pour toi entrer estropié dans la vie éternelle que de t’en aller dans la géhenne avec tes deux pieds. Si ton œil est pour toi une occasion de chute, arrache-le. Mieux vaut pour toi entrer borgne dans le royaume de Dieu que de t’en aller dans la géhenne avec tes deux yeux, là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas. » (Mc 9, 42-48).

Marc commence par la main, c’est-à-dire la réalisation de péché qu’il faut trancher, puis le pied qui conduit au péché, et finalement l’œil qui est la source de la convoitise. C’est une pédagogie et une progression ô combien réaliste, dans l’analyse objective du scénario qui conduit à louper la cible : aimer et être aimé !

Selon une prière de la liturgie mozarabe :

« Mets dans nos cœurs des désirs que tu puisses combler. Mets sur nos lèvres des prières que tu puisses exaucer. Mets dans nos œuvres des actes que tu puisses bénir ».

 L’Annonce de l’Évangile, cœur-langue-mains

Le kérygme ou kêrygma est la proclamation de Jésus-Christ mort et ressuscité. Il est donc de l’ordre de la bouche et des oreilles. Dans la Trinité, la Parole de Dieu, c’est le Fils.

La communion ou koinônia procède du partage de la mise en commun et de la participation. Elle est donc de l’ordre de l’union des cœurs. Le cœur de Dieu, c’est le Père

La diaconie ou diakonia est le service, la mise en pratique qui relève donc des mains des pieds. La main de Dieu, c’est l’Esprit.

Paul Claudel a magnifiquement souligné cette tripartie de l’être, la vue associée au cœur, la langue associée à l’ouïe, les mains associées à l’action : « La vue est l’organe de l’appropriation active, de la conquête intellectuelle… L’ouïe est celui de la réceptivité… L’œil et l’oreille sont les organes de l’intelligence, mais c’est par le toucher que nous parvenons à l’étreinte, qui est compréhension[7]. » P. Claudel dans L’œil écoute.

Ani. Le mot ani provient de la racine anah être courbé penché et par extension, abaissé, accablé, humilié. Il est donc lié à l’origine à une attitude corporelle. La Bible accorde une importance particulière à ces personnes, que sont les pauvres ou les humbles, courbées par le poids de ce qu’elles vivent.

« Dieu se lève pour juger, pour sauver tous les humbles de la terre. » (Ps 75, 10).

L’enseignement intime de Jésus se fait à Béthanie, dont le nom veut précisément dire, maison du courbé, de l’humble, du pauvre.

Les humbles ou les pauvres de cœur sont une option préférentielle pour le Royaume de Dieu. « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. » (Mt 5, 3).

L’humilité est un des deux attributs du cœur de Jésus avec sa douceur.

« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. » (Mt 11, 28-30).

L’humilité du cœur Jésus nous ouvre au Royaume de Dieu et sa douceur nous permet d’entrer dans la terre promise.

« Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux… Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage. » (Mt 5, 3 et 5).

La prière par excellence que Jésus enseigne à ses disciples le Notre Père contient cette demande à Dieu « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel »

Incarnation qui invite tout l’être à entrer dans une dimension nouvelle : la vie théologale.

Hén, le sens premier de cette racine est physique, c’est se pencher, se pencher avec grâce dans un geste pur simple et beau. Ainsi le prénom Jean, Yohan, peut se traduire par Dieu se penche ou Dieu fait grâce et celui d’Anne signifie grâce. Dans le Magnificat Dieu se penche sur son humble servante. Le lieu de la rencontre est quand Dieu se penche et fait grâce et que l’homme est penché dans l’humilité.

Hén va de pair avec rahamim, la miséricorde. Il s’agit là aussi d’une racine qui a pour sens premier, les entrailles de la femme, le lieu de la gestation. La miséricorde de Dieu son pardon est une matrice qui donne vie à l’homme nouveau. Ainsi Nicodème, riche de toute la connaissance d’Israël demande à Jésus : « peut-on entrer une seconde fois dans le ventre de sa mère et renaître ? » Et Jésus lui répond : « Personne, à moins de naître de l’eau et de l’esprit ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. » Seule la miséricorde de Dieu peut engendrer cette nouvelle naissance.

Hén et rahamim, grâce et miséricorde sont à la base des deux attributs de l’Alliance de Dieu avec les hommes dans l’Ancien Testament. Cette charte de l’Alliance se situe dans le livre de l’Exode 34, 6 : « Yahvé, Yahvé, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité. » Cette Alliance trouve son accomplissement dans l’incarnation. Jésus est le fruit des entrailles de la Vierge Marie. Dieu choisit pour incarner sa miséricorde, le sein de la Vierge Marie.

Shalom, la Paix. La racine shalem signifie être parfait, complet, solide, et par extension, en bonne santé. Mais elle a aussi un autre sens : payer, acquitter ses dettes. En fait shalem correspond davantage à la notion de justice plus qu’à celle de paix.

Amen. En hébreu la racine est riche de signification, c’est s’appuyer sur quelque chose de solide. Être en sécurité, en sûreté. Faire confiance. Être fidèle. Confirmer que c’est vrai, fiable, droit. Prendre un engagement.

Ce n’est pas seulement affirmer que c’est la vérité et y adhérer, c’est aussi prendre l’engagement d’agir selon cette vérité.

Amen est optatif : qu’il en soit ainsi, et déclaratif : il en est ainsi.

Saint Augustin précisait dans son sermon contre les pélagiens : « Amen est votre assentiment, votre consentement, votre approbation. »

« Ainsi parle l’Amen, le Témoin fidèle et vrai, le Principe des œuvres de Dieu. » (Ap 3, 14).

« A Lui la gloire pour les siècles des siècles. Amen. » (2 Tm 4, 1)

Pour un discernement

Pour rendre le message de la Révélation plus audible, théologiens et responsables pastoraux contemporains, dans un souci de bienveillance et de dialogue, certes louable, peuvent « pasteuriser » ce message, à tel point qu’il ne soit plus une pierre d’achoppement. Or c’est la vérité qui nous rend libres. Bien sûr nous ne sommes pas la Vérité et ne pouvons pas la détenir tout entière, mais nous croyons en Celui qui a dit : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu. » (Jn 14, 6-7). Nous croyons également au dépôt de la Foi dans la tradition apostolique. C’est-à-dire, nous croyons à la justesse de la lecture et des commentaires des Écritures Saintes par les Pères de l’Église et à leur suite, à l’interprétation magistérielle de ces Écritures et de cette tradition.

Or il ne faut en aucun cas pervertir le sens de l’Écriture suivant une interprétation qui semble pertinente, mais qui en édulcorerait les promesses de vie qui en sourd, grâce au Souffle Saint. Voici ce que disait saint Irénée que nous retrouverons dans le prochain exposé. « Enflés d’une Gnose (connaissance) au nom usurpé, ils admettent volontiers les Écritures, mais ils en pervertissent l’interprétation. »[8]

Ou bien encore : « […] C’est en transposant et en transformant les paroles du Seigneur et en les faisant passer d’un sens à un autre qu’ils séduisent beaucoup d’adeptes par leurs fantasmagories cohérentes. »[9]

Et Justin, le saint patron des philosophes, appuyait sa pensée sur une connaissance sensible, plus que sur des spéculations : « Car, pour ce qui n’est pas compris que d’une façon spéculative, le critère de vérité reste notre connaissance sensible et en dehors de ce critère, il n’en existe pas d’autre. »[10]

C’est ainsi que saint Justin parlant des prophètes écrivaient : « […] remplis de l’Esprit-Saint, ils ne disaient que ce qu’ils avaient « vu et entendu » […] Ce n’est pas sous une forme de démonstrations abstraites qu’ils ont parlé : au-dessus de toute démonstration, ils étaient les témoins fidèles de la vérité. »[11]

Ainsi pour mieux distinguer et discerner, il s’agit de nous décentrer, car la pensée biblique n’est pas à concevoir du point de vue de l’homme, mais du point de vue de Dieu. La Révélation biblique est théocentrique. Cependant elle est profondément existentielle. La Révélation a pour objectif permanent de faire prendre conscience aux hommes des rapports existentiels et vitaux entre les quatre relations détruites ou perturbées par le péché : relation à Dieu, à soi-même, aux autres et à la nature.

L’anthropologie biblique est toujours concrète, incarnée. La description du monde visible comme invisible est souvent relative à notre expérience corporelle. Sa perspective est communautaire, même si elle peut s’inscrire dans des histoires singulières.

Elle est dynamique et linéaire elle a une origine, une trajectoire et une finalité. Chaque histoire s’inscrit dans cette dynamique. L’homme création ex nihilo, ne trouve sa promotion, sa vocation et son parachèvement qu’en étant orienté vers sa plénitude en Dieu.

À la suite de la théologie des Pères de l’Église, elle est typologique. Tout est contenu dans le commencement comme le chêne est contenu dans le gland. Chaque étape déploie en l’explicitant les figures ou les types précédents. Les promesses de la Révélation s’accomplissent et trouvent leur plénitude en Jésus-Christ.

Bertran Chaudet

Bibliographie

L’œuvre intégrale de Marcel Jousse.

Dom Pierre Miquel, Les Mots clés de la Bible. Les classiques bibliques, Beauchêne Paris 1996.

Eisenberg et A. Abécassis. À Bible ouverte, t. I, II, III, IV. Collection Présence du judaïsme, Albin Michel.

Cahiers Évangile. Cœur, langue, mains dans la Bible, CE n° 46. Petit dictionnaire des Psaumes, CE n° 71. 50 mots de la Bible, CE n° 123.

Père H. Lassiat. L’actualité de la catéchèse apostolique. Ed Présence. 1979.

Xavier Léon-Dufour, Dictionnaire du Nouveau Testament. Livre de vie, Éd du Seuil, 1996.

Dhorme, L’emploi métaphorique des noms des parties du corps en hébreu et en akkadien, Geusthner, 1966.

Bernard Frinking, La Parle est tout près de toi. Paris-Bayard Éd Centurion, 1996.

Pierre Schaeffer, La Parole notre amie. Christ source de vie n° 259, 1984.

Marie-Hélène Dechalotte, L’homme de Bethsaïde. Éd Médiaspaul, 2017.

Notes

[1] La phylogenèse est l’histoire évolutive à travers les générations d’une espèce ou d’un groupe d’espèces apparentées.

[2] L’ontogenèse regroupe les processus qui concourent au développement d’un individu dès sa conception.

Selon le zoologiste allemand, Ernst Heinrich Haeckel (1834-1919), le développement embryonnaire (l’ontogenèse) reproduit fidèlement les étapes traversées au cours de l’évolution de l’espèce (phylogenèse).

[3] J.Eisenberg et A Abécassis. À Bible ouverte, t. I, p. 51-52. Collection Présence du judaïsme, Albin Michel. 1991

[4] En grec : akouô avec hypo, donne hypakouô : obéir

[5] Dom Pierre Miquel, o.s.b. Les Mots clés de la Bible. Les classiques bibliques, Beauchêne Paris 1996.

[6] Définition du Petit Dictionnaire Larousse.

[7] P.Claudel, L’œil écoute, Gallimard 1946, p.34 et 92.

[8] Saint Irénée. Contre les hérésies. Dénonciation d’une gnose au nom menteur. III, 12, 12. p. 330-331. Ed du Cerf. 1985

[9] Ibid. p. 54. I, 8, 1.

[10] Justin, Fragment 1, Éd. Albert Hamann, 1958.

[11] Justin, Dial. 7/1-2, Éd. Albert Hamann, 1958.

L’inconscient spirituel. Freud, Jung, et la tradition patristique.

L’anthropologie chrétienne

L’anthropologie chrétienne ne conçoit pas l’homme indépendamment de sa relation à Dieu Créateur et Sauveur de l’humanité. Cette anthropologie repose sur la révélation biblique et son fondement que l’on retrouve dans la Genèse : « L’homme est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. » (Gn 1, 26). Cette affirmation concerne tout homme. L’image désigne la constitution naturelle de l’homme, essentiellement dans ses facultés d’intelligence de mémoire et de volonté, sa faculté de choisir et sa puissance d’aimer. C’est grâce à ces puissances, dirait saint Thomas d’Aquin, nous traduirions aujourd’hui capacités ou potentialités, que peut se réaliser la ressemblance. La ressemblance est, elle, en devenir. La ressemblance ne peut s’acquérir que dans l’accueil des vertus théologales de Foi d’Espérance et de Charité, et dans l’exercice volontaire des vertus cardinales de prudence ou de sagesse qui est la première d’entre elles, de tempérance de force et de justice. L’image se rapporte donc à l’être de l’homme et la ressemblance, à sa façon d’être ou à son devoir être. L’homme fort de ses capacités d’intelligence de volonté de mémoire, qui ne serait pas vertueux, ne serait pas un homme accompli réalisant ce pour quoi il a été créé.

Ainsi, selon les Pères de l’Église, l’homme est destiné par nature à devenir Dieu par grâce. Toutes les facultés de l’homme ont pour finalité de le tourner vers Dieu pour qu’il s’unisse à lui. L’intelligence intuitive comme rationnelle est faite pour connaître Dieu, c’est l’intelligence de la Foi. La volonté est faite pour désirer Dieu et L’aimer en obéissant à ses commandements. La mémoire est faite pour nous souvenir de Dieu et de la finalité de notre vocation qui est l’amour de Dieu et de notre prochain comme de nous-mêmes.

Le péché originel est venu perturber cette harmonie engendrant quatre ruptures, celle de l’homme avec Dieu, celle de l’homme avec son prochain, celle de l’homme avec lui-même et celle de l’homme avec la création. Au lieu de reconnaître Dieu comme le principe et la fin de son existence, l’homme s’est mis à ignorer Dieu. Ses puissances ou facultés se sont détournées de Dieu et tournées vers la seule création et son apparence sensible.

« Par un détournement de sa faculté désirante et de ses sentiments, l’homme au lieu de désirer et d’aimer Dieu s’est mis à s’aimer lui-même en dehors de Dieu par une attitude passionnée que les Pères appellent « amour égoïste de soi » (philatia) et à aimer les créatures pour le plaisir sensible qu’elle lui procure dans cet amour égoïste de soi. L’homme voulant devenir dieu sans Dieu, a fait de lui-même une idole et a fait des créatures des idoles, relativisant l’Absolu et absolutisant le relatif. Par un détournement de sa puissance irascible (thumos), l’homme, au lieu de mener le « bon combat » (1 Tim 6, 12) contre les forces du mal et les tentations et de déployer son zèle pour s’unir de plus en plus à Dieu, s’est mis à combattre contre ce qui s’opposait à la satisfaction de ses désirs passionnés, et à déployer son agressivité contre son prochain, dans la colère, la haine, les rivalités, la domination. L’homme a pareillement détourné sa volonté de l’accomplissement de la volonté de Dieu pour en faire sa « volonté propre », au service de ses propres desseins mondains et de ses désirs passionnés. La mémoire s’est détournée de Dieu, pour se remplir de souvenir des choses de ce monde. L’imagination, au lieu de fournir à l’homme des représentations pour la contemplation s’est mise à créer des représentations correspondant à ses désirs passionnés et à inventer toutes les formes du mal…

De même que l’usage normal des facultés de l’homme constitue les vertus, leur usage anormal constitue les passions, dont le nom même signifie « maladies » et que les Pères, unanimement, considèrent comme des ‘maladies de l’âme. 1»

Il ne faut pas confondre ces maladies spirituelles avec les maladies psychiques même si elles peuvent les renforcer ou s’y confondre.

« Selon saint Maxime, c’est de la double tendance de l’homme, à rechercher le plaisir et à fuir la douleur pour satisfaire l’amour égoïste de soi que naissent toutes les passions et maladies spirituelles. Cet attrait pour le plaisir s’explique par le fait qu’il est devenu pour l’homme déchu un substitut de la jouissance spirituelle qu’il éprouvait originellement dans son désir de Dieu et son union avec Lui dans l’amour et la connaissance. »

Les Pères parlent de triple pouvoir tyrannique, de la mort, du diable, et du péché dont seul le Christ peut nous libérer. Le Christ vrai Dieu et vrai homme par son incarnation nous donne la grâce de la guérison, du salut et de la déification. Il nous a donné pour cela une trithérapie, les Saintes Écritures, les sacrements, et la vie fraternelle. Cela ne va pas sans un combat de tous les jours où notre liberté est première animant notre volonté de choisir l’amour de Dieu. Notre volonté est renouvelée et vivifiée, par cette trithérapie ecclésiale : lecture amoureuse de la Parole de Dieu, vie sacramentelle et vie fraternelle, pour se purifier des passions et vivre selon les vertus.

L’anthropologie de Freud et de Jung

L’anthropologie de Freud et de Jung est-elle compatible, radicalement différente, existe-t-il des points de convergences avec cette anthropologie chrétienne? Les conceptions de Freud ont évolué et peuvent être contradictoires au fur et à mesure de son évolution, nous en rappellerons quelques-unes des plus significatives.

Conception freudienne

Sigmund Freud par Max Halberstadt en 1922

Voici très rapidement quelques points :

Sigmund Freud (1856, 1939), médecin neurologue autrichien, est le fondateur de la psychanalyse.

Sa première découverte de l’appareil psychique, il l’appelle première topique, est constituée de : l’inconscient, du préconscient, et du conscient. L’inconscient est le siège de données d’informations, d’injonctions qui se trouvent précisément hors du champ de la conscience, mais c’est également le siège de processus qui empêchent certaines données de parvenir à la conscience, que Freud nomme le refoulement. Le  refoulement est le concept le plus ancien de la théorie freudienne, point d’appui de la théorie psychanalytique.

Schéma de l’appareil psychique, représenté par un iceberg, selon les deux topiques freudiennes.

Par la suite, il distingue deux autres grands types de pulsions : la pulsion de vie (l’« Éros ») et la pulsion de mort (le « Thanatos »). L’Éros représente l’amour, le désir et la relation, tandis que le Thanatos représente la mort, les pulsions destructrices et agressives. Le Thanatos tend à détruire tout ce que l’Éros construit (la perpétuation de l’espèce par exemple). Le masochisme, le sadisme sont pour lui, des exemples typiques de cette pulsion de mort. Pulsions de mort qui ne sont perceptibles que par leur projection au-dehors (paranoïa), ou leur retournement contre le Moi (mélancolie).

C’est dans cette première topique que Freud théorise le complexe d’Œdipe. Il le définit comme le désir inconscient d’entretenir un rapport sexuel avec le parent du sexe opposé (c’est l’inceste), et celui d’éliminer le parent rival du même sexe (le parricide). Ainsi, le fait qu’un garçon tombe amoureux de sa mère et désire tuer son père répond à l’impératif du complexe d’Œdipe.

Freud considère l’inconscient comme l’origine de la plupart des phénomènes conscients eux-mêmes.

Dans la seconde topique, Freud inclut dans sa conception de l’appareil psychique le Ça, le Moi et le Surmoi, trois notions supplémentaires fondatrices de la psychanalyse. Le Ça est inaccessible à la conscience, mais les symptômes de maladie psychique et les rêves, les lapsus permettent d’en avoir un aperçu. Le Ça obéit au principe de plaisir et recherche la satisfaction immédiate. Le Moi est en grande partie conscient, sa partie inconscient serait soumise à des mécanismes de défense comme le refoulement la régression, la rationalisation, la sublimation, tout cela pour éviter les tensions trop fortes du monde extérieur ainsi que les souffrances. Le Moi rend la vie sociale possible. Le Surmoi est le réservoir de toutes les règles de savoir-vivre ou morales à respecter, il est à l’origine du refoulement et engendre remords et culpabilité.

Dans son essai « Une difficulté de la psychanalyse » publié en 1917, ainsi que dans ses conférences: « Introduction à la psychanalyse », écrites pendant la Première Guerre mondiale, Freud expose que la pensée humaine a subi : « deux grandes vexations infligées par la science à son amour propre. » La première vexation date du moment où Nicolas Copernic établit que « notre terre n’est pas le centre de l’univers, mais une parcelle infime du système du monde à peine représentable dans son immensité. » La deuxième vexation est liée à l’affirmation de Darwin selon laquelle « l’homme descend du règne animal et est dépendant du caractère de sa nature bestiale. » 2 Freud ajoutera une troisième vexation : « La troisième vexation, et la plus cuisante, la mégalomanie humaine doit la subir de la part de la recherche psychologique d’aujourd’hui, qui veut prouver au Moi qu’il n’est même pas maître dans sa propre maison, mais qu’il en est réduit à des informations parcimonieuses sur ce qui se joue inconsciemment dans sa vie psychique. »3

Freud relativise ce qu’est l’homme et conteste sa place sur terre :

La terre n’est plus au centre de l’univers, l’homme n’a pas de dimension supérieure à l’animalité et lui conteste jusqu’à sa liberté intérieure.

Dans l’anthropologie chrétienne, Dieu est le créateur et le centre du temps et de l’espace, et l’homme est le centre de l’élection de l’amour de Dieu.

Éléments de convergence

« Pour Freud comme pour les Pères la vie intérieure de l’homme est habitée par des conflits, et c’est de l’issu de ces conflits que dépend aussi la bonne ou la mauvaise santé de l’homme. » 4

Pour Freud, l’objectif de la psychanalyse est de rendre l’homme davantage maître de lui-même. Grâce à sa conscience et sa volonté, il peut dominer le ça constitué d’éléments refoulés et de pulsions qui agissent dans son inconscient. « Là où le ça est, le Moi doit advenir » écrit Freud. Les Pères considèrent que l’esprit et la raison doivent dominer et gouverner la partie irrationnelle de l’âme.

Il peut y avoir une certaine analogie entre ce que Freud appelle le narcissisme, l’égoïsme, et ce que la patristique grecque appelle la « philautie » ou amour de soi. Pour Freud une vie sociale harmonieuse nécessite que l’homme abandonne son narcissisme premier. Un chrétien doit convertir ses tendances égoïstes en amour de Dieu et du prochain.

Freud parle des pulsions de vie et de pulsions de mort. Pour lui, l’homme, étant soumis à ses pulsions ou ayant du mal à les gérer, présente des pathologies psychiques. Les Pères grecs parlent quant à eux, de puissance désirante (epithémia) et de puissance irascible (thumos) dont le mésusage peut conduire à des maladies spirituelles.

« En rapport avec ces deux notions, on peut remarquer que chez Freud comme dans la conception patristique, le rapport de l’homme au plaisir et à la douleur joue un rôle fondamental. La recherche du plaisir et l’évitement de la douleur constituent dans la doctrine freudienne la base des attitudes et de comportements de l’homme non seulement dans sa petite enfance, mais tout au long de sa vie. (Freud, le malaise dans la culture). Les Pères reconnaissent à ces deux tendances un rôle fondamental et qu’elles sont même, selon Maxime le Confesseur, à la base de toutes les passions ou maladies spirituelles de l’homme déchu. » 5

Éléments de divergence

Une première remarque s’impose, Freud parle de pathologies psychiques alors que les Pères décrivent les maladies de l’âme. Serions-nous dans des catégories différentes inhérentes au psychologique d’un côté, et au spirituel de l’autre, qui seraient par conséquent incomparables ?

Ce serait nier l’unité du composé humain. S’il existe bien ces catégories somatique, psychologique et spirituelle, l’homme ne peut être dissocié en ces catégories qui seraient étanches les unes aux autres. D’autre part ce qui distingue fondamentalement l’anthropologie freudienne de l’anthropologie chrétienne, c’est que celle-ci ne peut se couper de la relation à Dieu, tandis que la conception freudienne est non seulement sans référence à Dieu, mais plus encore cette relation à Dieu serait pathologique. De même que pour Marx : « La religion est l’opium du peuple » pour Freud : «l’action des consolations religieuses peut être assimilée à celle d’un narcotique. »6 En effet Dieu n’est pour lui qu’une projection psychologique par conséquent illusoire, et toutes les religions se fondent sur cette illusion. « Si nous nous tournons vers les doctrines religieuses, nous pouvons dire en nous répétant : elles sont toutes des illusions. »7  Freud est persuadé que Dieu est une invention de l’homme pour se sécuriser, se rassurer par rapport à un vide qu’il ne supporte pas.

« Dieu est pour l’homme adulte un substitut du père, plus puissant que lui. La religion est donc une névrose collective. Les rituels religieux sont comparables aux rituels de la névrose obsessionnelle. Les doctrines religieuses sont comparables aux idées délirantes. »8

Freud est athée et matérialiste. La vie psychique de l’homme est régie par des forces biologiques : « l’homme n’est rien d’autre, rien de mieux que l’animal. »9

« Ainsi pour Freud, l’activité religieuse ou spirituelle de l’homme, au même titre que l’activité artistique, correspond à une sublimation de l’énergie sexuelle. L’amour que l’homme éprouve pour ses parents, ses enfants ses semblables et même l’amour pour Dieu relève de la libido et a donc une nature sexuelle. »10

Nous sommes dans une inversion de la perspective chrétienne. Dieu nous a aimés le premier et la réponse d’amour de l’homme n’est pas sublimation de sa sexualité, mais réponse volontaire libre et gratuite à cet amour, dont il prend progressivement conscience dans sa vie spirituelle. La grâce de Dieu lui est donnée non pas pour dépasser sa nature, mais pour combattre les tendances peccamineuses et lui donner la joie et la paix en retrouvant sa vocation de Fils et de Filles bien aimés du Père. Pour Freud les pulsions de mort sont, soit tournées vers soi-même, et se transforment en névrose ou en psychose, soit tournées vers les autres en agression et en destruction. Ces pulsions de mort peuvent être tout au plus modérées et domptées et n’ont pour finalité que « soit absents la douleur et le déplaisir, et que soient vécus de forts sentiments de plaisir. »11  « C’est simplement le programme de principe de plaisir qui pose la finalité de la vie. »12 Ce plaisir pour Freud, ultime bonheur de l’homme, est de nature sexuelle, génitale.

Freud pense qu’en découvrant ses résistances et ses refoulements l’homme est à même de mieux se contrôler pour mieux jouir de l’existence. La bonne gestion de ses pulsions devient la finalité de l’équilibre à trouver. « Est considéré comme correct tout comportement du Moi qui satisfait à la fois les exigences du ça, du Surmoi et de la réalité, ce qui se produit quand le Moi réussit à concilier ces différentes exigences. »13

Peu importe, pour lui les exigences morales ou spirituelles, l’important est de trouver son équilibre, un équilibre qui est une mécanique psychique.

« Les Pères enseignent que le plaisir a fait son apparition comme une conséquence du péché ancestral, qu’il n’existait pas au paradis et qu’il n’existera plus dans le Royaume des cieux. Marque de la nature déchue, le plaisir enferme l’homme dans les limites de celles-ci et engendre, par l’attrait qu’il inspire, toutes les maladies spirituelles et tous les effets pathogènes sur la vie psychique. La poursuite du bonheur à travers le plaisir est une des illusions les plus fortes de l’humanité déchue. L’ascèse chrétienne combat le plaisir dans le but de libérer l’homme de son emprise et de lui substituer ce dont il n’est qu’un ersatz : la joie spirituelle et la béatitude que le fidèle connaîtra certes en plénitude dans le Royaume des cieux, mais dont il peut recevoir les arrhes ici-bas dans la vie spirituelle. »14

La psychanalyse freudienne s’est imperceptiblement substituée à la pratique de la confession. C’est pourquoi la démarche analytique a, dans un premier temps, plus rapidement progressé dans les pays de tradition protestante où la confession individuelle n’existe pas. Effectivement, la psychanalyse prétend appréhender l’homme dans la globalité de son être. Mais cette approche de l’homme n’est pas scientifique, elle repose sur des concepts progressivement élaborés par Freud, qu’il présente pratiquement comme des dogmes intangibles et incontournables.

La notion même de conversion est totalement absente de la perspective freudienne, alors qu’il s’agit pour le chrétien de se rendre conforme à la volonté de Dieu. Cette volonté que le Christ nous a fait connaître. L’Esprit-Saint nous guide, nous console, nous fortifie sur ce chemin. L’ultime bonheur de l’homme est de mettre en pratique la prière du Notre Père. Ce n’est pas une recherche d’équilibre auto centré, mais une oblation, un don de soi, « car il n’y pas de plus grands bonheurs que de donner sa voie pour ce qu’on aime ». C’est un passage, une conversion du « que ma volonté soit faite » à « que Ta Volonté soit faite ». Car le chrétien découvre que Dieu veut pour lui un bonheur éternel.

Conception jungienne

Carl Gustav Jung (1875-1961) est un médecin psychiatre, psychologue suisse. Il fut l’un des premiers collaborateurs de Freud, séduit par ses théories psychanalytiques. Mais il s’en sépara en raison de désaccords tant sur le plan théorique que relationnel. Alors que Freud souhaite que Jung se consacre exclusivement à la promotion de la psychanalyse, Jung cherche ailleurs, il est notamment passionné par les phénomènes occultes. Il devient membre honoraire de la Société américaine de recherches psychiques pour ses « mérites comme occultiste ».

Carl Gustav Jung a le premier introduit la notion de sciences humaines, en établissant des liens entre des disciplines jusqu’alors cloisonnées, comme la philosophie, l’anthropologie, la théologie, les religions, mais aussi des approches plus hermétiques comme l’alchimie, la chiromancie, l’astrologie, ou l’interprétation des rêves. Il définit de nouveaux concepts comme, « archétype », « inconscient collectif » et « synchronicité ». C’est ainsi qu’il explore la psychologie des profondeurs.

Sa mère pratique assidûment le spiritisme et lui parle d’état modifié de conscience. Dans «Ma vie », Jung prétend que son grand-père, chirurgien et franc-maçon, était le fils illégitime du grand poète et théosophe allemand Goethe. Le père de Jung était pasteur, et sa mère descendait d’une famille de protestants français ayant fui en Allemagne après la révocation de l’édit de Nantes. Ce qui lui a fait dire que sa pensée reposait sur des concepts chrétiens.

Voici un extrait de sa biographie extraite de Wikipedia :

La mère de Jung « est passionnée d’occultisme, ce qui explique la présence dans la famille Jung d’une aura de phénomènes paranormaux ainsi que l’attrait et la fascination de Carl Gustav pour ces phénomènes au cours de sa carrière. Deirdre Bair rapporte plusieurs épisodes étranges vécus par Jung auprès de sa mère, qui se passionne pour les tables tournantes et pour le dialogue avec l’au-delà. Jeune homme, Carl Gustav participe lui-même à des séances de spiritisme. Jung fera du spiritisme le sujet de sa thèse de médecine et, devenu psychiatre, sera même l’initiateur de plusieurs séances… Sa mère dépressive fait des séjours fréquents et prolongés en maison de repos, ce qui nourrit la culpabilité de l’enfant et ébranle sa confiance envers le sexe féminin.

Son enfance est marquée par une peur irrationnelle des églises et des curés en soutane, consécutive à une chute dans une église au cours de laquelle il s’était blessé au menton. Assimilant sa blessure à une punition pour sa curiosité, il amalgame ce souvenir négatif à « une peur secrète du sang, des chutes et des jésuites » dit-il dans « Ma vie souvenirs, rêves et pensées ». 

De cette époque, il garde une certaine déception pour la manière avec laquelle son père aborde le sujet de la foi, notion que Jung considère comme intellectuellement précaire. Un rêve récurrent témoigne alors de sa relation au religieux : il voit souvent Dieu déféquer sur une église. 

La thèse de doctorat choisie par Jung porte sur le cas d’une jeune médium, Hélène Preiswerk (1880–1911). Cet intérêt pour ce domaine méprisé est conforté par des lectures d’ouvrages spirites tels que ceux de Johann Zöllner, de Crookes, ou de Swedenborg.  À côté de ses activités scientifiques, il participe toujours à des séances de spiritisme organisées par la société de Zofingue et qui constituent la matière première pour sa thèse, consacrée aux « phénomènes dits occultes ». En juin 1895, il étudie le phénomène des tables tournantes au sein même de sa famille, expérimentant le cas de sa cousine Helly, reconnue comme médium et rassemblant des matériaux qu’il utilise durant toute sa carrière. »

Dans son livre, « Types psychologiques », en 1921, il définit plusieurs concepts capitaux de sa théorie : les types introvertis et extravertis d’une part, les quatre fonctions psychiques de l’autre, le modèle aboutissant donc à huit types psychologiques possibles. Cela conforte la rupture avec Freud qui analyse ce livre comme étant: « le travail d’un snob et d’un mystique ».

Carl Gustav Jung prévient qu’« il est assez stérile d’étiqueter les gens et de les presser dans des catégories ». Cependant, pour lui, l’introversion et extraversion constituent les deux types psychologiques principaux. L’extraverti prend son énergie à l’extérieur de lui-même, tandis que l’introverti prend son énergie principalement en lui-même. Il en résulte une tendance pour l’introverti à être plutôt renfermé et distant, précautionneux, et une tendance pour l’extraverti à être expansif, liant et parfois superficiel. Mais il y a des extravertis contrariés agissant comme des introvertis et des introvertis contrariés s’efforçant d’agir comme des extravertis.

De plus Jung définit quatre fonctions psychologiques ou processus mentaux :

Schéma des types psychologiques, d’après L’âme et la vie de C.G. Jung

Voici comment Jung envisage cette typologie : « La sensation (c’est-à-dire, le sentiment de perception) vous dit que quelque chose existe ; la réflexion vous dit ce que c’est; le sentiment vous dit si c’est agréable ou pas; et l’intuition vous dit d’où il vient et où il va.»

Jung distingue, au sein de l’activité de l’esprit humain, deux grands types d’activité:

La perception permet de recueillir de l’information, de deux manières opposées: par l’intuition ou par la sensation. Le jugement conclusif va traiter cette perception grâce à la pensée et le sentiment.

L’ensemble de ces données se conjugue pour donner la typologie caractérielle d’un individu à un instant t.

Jung sera très influencé par la spiritualité indienne qui lui permet de s’affranchir de toute connotation morale chrétienne. Jung définit son concept du Soi à partir de la notion d’ « atman ». L’« atman » désigne le vrai Soi, par opposition à l’ego. Dans l’hindouisme, l’« atman » peut avoir aussi d’autres significations, c’est le principe essentiel à partir duquel s’organise tout être vivant, ou l’être central au-dessus ou en deçà de la nature extérieure telle que nous pouvons l’appréhender ou encore le souffle vital (prâna).

Ces visions très syncrétistes de Jung ont donné des supports de pensée aux adeptes du New Age. Ainsi, selon le sociologue Paul Heelas, dans The New Age Movement, Jung est l’« une des trois plus importantes figures du New Age », avec Blavatsky et Gurdjieff.

Éléments de convergence

Jung est plus subtil que Freud dans son appréhension des religions et des spiritualités, auxquelles il attribue une grande importance. Ainsi il écrit : « Chacun, souffre d’abord de ce qu’il a perdu ce que les religions vivantes ont vu de tout temps donné à leurs adeptes, et personne n’est vraiment guéri qu’il n’a pas retrouvé une attitude religieuse. »15  Pour lui « le problème de la guérison est un problème religieux. »16 Alors que Freud voyait dans la religion une source pathogène, Jung considère que l’absence de religion est la source de bien des troubles mentaux. Il considère les symboles chrétiens comme des archétypes structurants. De quoi réconforter apparemment les chrétiens! Pourtant son approche est d’autant plus redoutable qu’elle est séduisante, et nombre de chrétiens s’y laissent prendre. Ainsi le moine bénédictin, si prolixe, Anselm Grün est un adepte de la psychologie jungienne.

Le Soi de Jung, caché dans la profondeur de notre être, pourrait dans un rapprochement trop rapide, être assimilé au « Royaume des cieux caché au-dedans de soi. » Le Soi étant considéré par Jung comme correspondant à l’image de Dieu en nous. Mais le Dieu de Jung est un archétype, il n’est pas le Dieu personnel révélé dans la Bible encore moins le Dieu, Père Fils et Saint-Esprit, Trinité Sainte des chrétiens.

Éléments de divergence

Jung prend des références dans la Bible, mais il réinterprète les Écritures à sa façon.

Sur le plan philosophique Jung se recommande de Kant, selon qui notre compréhension du monde, sa réalité telle qu’elle nous apparaît est conditionnée par nos structures psychiques, perceptives et cognitives. Jung pense que pour la compréhension du religieux, il n’y d’autres possibilités d’accès que la psychologie. Ainsi : « On trouve de Dieu des images innombrables, mais l’original, lui, reste introuvable. Il est pour moi hors de doute que derrière nos images se trouve l’original, mais il ne nous est pas accessible. » 17 Il existe une théologie dite apophatique qui renonce à parler de Dieu de manière positive parce qu’Il est au-dessus de tout ce que l’on peut concevoir, mais elle diverge radicalement de la pensée de Jung qui aboutit à un agnosticisme : « Je ne confesse aucune croyance. »18

Il va même plus loin encore : « Je ne peux pas voir pourquoi une confession devrait posséder la vérité unique et parfaite. » 19 Ou encore : « La foi est extrêmement subjective, vous vous en rendrez compte au fait que je ne crois absolument pas que le christianisme soit la seule et la plus haute manifestation de la vérité. Le bouddhisme renferme au moins autant de vérité et les autres religions aussi. »20  Cette manière de voir est dans l’air du temps elle semble satisfaire tout le monde, mais en relativisant ce qu’est le Christ pour les chrétiens, elle aboutit à une apostasie.

Pour Jung, les différents symboles ou représentations de Dieu sont vrais temporairement tant qu’ils sont utiles, mais si la situation change, ils peuvent devenir des idoles qui appauvrissent et abêtissent. « S’il y a révélation, il s’agit que d’une révélation de l’inconscient21 Car : «  La révélation, en tout premier lieu est une ouverture, une découverte des profondeurs de l’inconscient. » 22 Le Saint-Esprit qui a inspiré les dogmes chrétiens est pour lui la manifestation d’un inconscient collectif qui se manifeste temporairement. Ainsi : « la figure du Christ telle que l’a fixée le dogme est le résultat d’un processus de condensation à partir de plusieurs sources. L’une de ces sources est l’antique homme-dieu de l’Égypte : Osiris-Horus. C’était là la transformation de l’archétype inconscient projeté jusqu’alors sur un être divin, non humain. »23 Le Christ condense en lui tous les héros mythologiques Mithra, Phénix, Mercure, Dionysos, le Bouddha… La pensée maçonnique cherche, puise, et trouve là et pour y faire son miel frelaté.

Jung renie le Christ vrai Dieu et vrai homme, et son action salvatrice pour l’humanité : « Le Bouddha peut avoir tout aussi raison que le Christ, et l’on ne voit pas bien comment et pourquoi nous devrions nous sentir sauvés et libérés par la mort du Christ. ».24 Le Christ historique ne l’intéresse pas, il en dénie même la réalité, ce qu’il l’intéresse c’est l’archétype que le Christ représente. La résurrection n’est qu’un symbole qui n’a aucune réalité, si ce n’est d’ordre psychologique, dans sa conception du Soi qui s’étend au-delà du temps et de l’espace.

Effectivement Jung ne s’intéresse pas au Jésus réel incarné, mais à sa représentation archétypale qui joue dans l’inconscient collectif. Ainsi aucune relation personnelle ne peut s’établir entre Dieu et l’homme, elle ne serait qu’une illusion de l’inconscient. Il se rapproche donc plus du bouddhisme ou de l’hindouisme. « J’ai choisi le mot « Soi » pour désigner la totalité de l’homme… J’ai adopté cette expression conformément à la philosophie orientale qui depuis des siècles s’occupe de ces problèmes, qui se posent même lorsque le stade de l’incarnation humaine des dieux est dépassé. La philosophie qui depuis longtemps a reconnu la relativité des dieux. »25 Et ce n’est pas anecdotique chez Jung, tous les points de la foi chrétienne sont passés dans cette même moulinette. « Tout ce qui est en notre pouvoir, c’est de choisir le Seigneur que nous voulons servir, afin qu’il nous protège contre la domination des « Autres » que nous n’avons pas élus. » 26, et donc « c’est notre choix qui définit Dieu. »27

Dieu est à l’image de l’homme, pour Jung un homme à l’image de Dieu est inconcevable. Dieu n’existe que dans la représentation consciente ou inconsciente que l’on s’en fait. « Dieu est un être psychique qu’il ne faut pas confondre avec le concept d’un dieu métaphysique. »28

L’accueil de l’existence métaphysique de Dieu relève de l’illusion ou de la naïveté.

Dieu est réduit à l’inconscient et le Christ au « Soi ». « Le Christ est sans aucun doute une image archétype et c’est en réalité tout ce que je sais de lui. En tant que tel, il fait partie du fondement collectif de la psyché. C’est pourquoi je l’identifie avec ce que j’appelle le Soi. »29

Ce Soi est pour Jung une unité duelle, faite de deux opposés une partie lumineuse symbolisée par le Christ et une partie sombre symbolisée par le Diable ou l’Antéchrist. « Jung symbolise ainsi le Soi par une croix dont la barre verticale unit le bon au mauvais et la barre horizontale le spirituel au matériel. » 30

Le Saint-Esprit est pour Jung un autre archétype sans réalité personnelle, c’est une qualité, une activité vitale, un souffle.

Il va même jusqu’à remplacer la Trinité chrétienne par une quaternité de son cru ! À la Trinité du Père du Fils et du Saint-Esprit, il ajoute l’aspect « dogmatique du principe du mal. »31, c’est-à-dire le Diable ou Satan lui-même. Jung prétend que le mal a une substance et une réalité positive, équivalente à celles du bien. Ainsi : « Yahvé a deux mains; la droite est le Christ et la gauche Satan. »32  Le Christ n’est plus le Fils unique de Dieu, mais le frère de Satan. Le Christ incarnant la part lumineuse de Dieu et Satan sa part obscure. Ce sont des thèses gnostiques que l’on retrouve aux premiers siècles dans les homélies pseudo-clémentines. Jung va jusqu’à écrire : « Le Dieu vivant est une terreur vivante » 33… « barbare, violent, cruel, sanguinaire, infernal, démoniaque. »34  Jung est explicitement blasphémateur.

« Selon lui, ce n’est pas de la liberté de l’homme, comme le pensent les Pères, que vient le mal, mais bien de Dieu. »35  C’est terrible, avec Jung nous sommes en pleine inversion de la théologie chrétienne. « Il ne fait pas de doute que Dieu,» écrit-il encore « pour parvenir jusqu’à l’homme, soit contraint de lui montrer Son vrai visage, faute de quoi l’homme louerait pour l’éternité la bonté et la justice divines, et, ce faisant, interdirait à Dieu d’accéder jusqu’à lui. Ce vrai visage, il ne peut le montrer que par Satan. »36

L’introspection et la connaissance de soi selon les perspectives de la psychologie jungienne de recherche du moi profond appelé le Soi, différent du moi superficiel ou compulsif désigné par l’ego. Le Christ est alors le symbole du Soi profond  à atteindre. Le risque de ce psychologisme serait de faire coïncider ce que nous imaginons de la psychologie de Jésus avec notre propre moi, au lieu d’aller de tout notre être vers Jésus, vrai Dieu et vrai homme.

Pour Jung, Jésus manifeste la partie positive et bonne de l’image de Dieu en nous, image qui doit être complétée de manière symétrique par la partie négative ou obscure. Dans la conception jungienne, Dieu possède en lui-même ce côté obscur, «archétype de l’ombre ». Jung situe comme sommet, la réalisation de l’homme connaissant et intégrant sa part de lumière et d’ombre, capable de se situer au-delà du bien et du mal. Dans « Psychologie et alchimie » Jung traite la question de l’intégration du démon, en affirmant que tant que le démon n’est pas intégré, le monde ne peut pas devenir une totalité et l’homme ne sera pas sauvé.

La religion redéfinie par Jung s’apparente à un panthéisme, « Le Soi, est en droit de revendiquer les exigences les plus contradictoires, la parenté avec les animaux comme avec les dieux, avec les minéraux comme avec les étoiles. »37   Jung parle de la nature comme d’un aspect de la divinité. On comprend pourquoi le New Âge se recommande de lui. On ne comprend plus du tout pourquoi il subjugue encore des chrétiens et parmi ces chrétiens un moine bénédictin allemand, Anselm Grün, dont on retrouve les livres dans toutes les librairies catholiques…

Anselm Grün fait l’apologie de la théosophie gnostique38 de Jung et rien ne l’arrête… Ainsi il répète à longueur de livre que « le manque de totalité crée l’Ombre ». L’intégration de l’Ombre étant le travail avec l’inconscient. Le péché ou le démon signifiant pour Jung et à sa suite Grün l’espace de l’inconscient et par conséquent, celui de la thérapie. Il s’agit donc de se soigner plutôt que de se convertir. « En conséquence, il s’agirait de se soumettre au Mauvais ou de lui obéir de façon spécifique (le pacte avec le diable redéfini déjà par Freud comme élimination du refoulement des pulsions refoulées, ou l’intégration de l’Ombre, pour employer le langage de Jung. »39

« Le message gnostique de la théosophie se lie strictement et indissolublement avec la tendance à psychologiser la spiritualité et à remplacer la religion par la thérapie qui, pourtant, dans ce cas-là, ne reste pas neutre et peut en elle-même signifier une sorte d’initiation. »40

Vous êtes obligés de vous soigner à tout prix, c’est le cas de le dire, ce que vous appelez le mal est en réalité la maladie. L’initié sera celui qui aura convenu qu’il y a une part d’ombre en Dieu et en lui-même. En allant par-delà le bien et le mal, ce dualisme est dépassé, tout devient relatif, la morale, cette contrainte pour les ignorants n’a plus de raison d’être, la tolérance règne en maîtresse de ce genre nouveau.

L’éthique jungienne relativise tout

« La psychologie ne sait pas ce que sont le bien et le mal en soi. » 41 Il se réfère la encore à la pensée gnostique notamment du philosophe Carpocrate qui dit : « le bien et le mal ne sont que des manières de voir l’homme. »42

Pour éviter le refoulement qui entrave notre liberté, il faut apprendre à se situer avec cette relativité du bien et du mal, et finalement, expérimenter que l’on peut vivre avec cette dualité sans culpabilité, pour peu que nous sachions accepter cette réconciliation des contraires.

Noll, professeur de psychologie et d’histoire des sciences à Harvard montre dans son étude intitulée Le Christ aryen que Jung a subi non seulement l’influence du gnosticisme et du courant ésotérique de l’alchimie et de la théosophie, mais aussi d’un personnage particulièrement sulfureux, de Dr Otto Gross. Freud demanda à Jung de psychanalyser cet adepte des orgies sexuelles, morphinomane, capable de toutes les transgressions. Jung dit lui-même avoir été transformé par cette relation. « Faire le mal pouvait avoir un effet bénéfique sur la personnalité en nous affranchissant de l’univoque et en retrouvant le contact avec un être instinctuel édénique. Jung en vint à croire que ne pas céder à une pulsion sexuelle pouvait provoquer la maladie et même la mort. Et toutes ces idées, il ne cesserait désormais d’enjoindre aux autres de les mettre en pratique.»43

Par ailleurs Jung reste très flou sur la nosologie psychiatrique. Ses conceptions sur la santé et la maladie demeurent très imprécises. « De même la psychanalyse freudienne se limite à aider l’homme à prendre conscience, en le verbalisant, des contenus de son inconscient, la psychologie analytique de Jung ne vise qu’à permettre à l’homme de prendre conscience de sa part obscure et de l’assumer… Pour Jung comme pour Freud, la guérison consiste à établir un équilibre relatif entre des forces conflictuelles, la qualité éthique ou spirituelle de ces forces étant, en dernière analyse, sans importance. »44 

Confusion de l’anthropologie jungienne

L’anthropologie jungienne n’est pas acceptable pour un chrétien, car il y confusion permanente entre le psychologique et le spirituel, le divin et l’humain, le naturel et le surnaturel. Tous les repères de la tradition théologique chrétienne sont mis à mal. Tous les dogmes sont soigneusement détruits et remplacés par une dogmatique intransigeante qui définit le Soi, les archétypes, les notions de bien et de mal, la part d’ombre en soi ou Soi et en Dieu… La grâce, don de Dieu devient pour Jung, l’expression d’une force liée au dynamisme des archétypes. La transcendance est réduite à ce qui est inconscient. Jung sous prétexte d’intégrer la spiritualité et les religions, détruit tout dans sa tentative d’assimilation. « Pour Jung, la foi de l’homme se limite en réalité en la foi en sa propre expérience intérieure. » 45

« Puisque vous me demandez si je fais partie des croyants, je suis obligé de vous dire: non. 46»

Jung ne peut admettre une relation avec un Dieu personnel, puisque l’image de Dieu est un archétype qui est fluctuant en fonction des époques et des lieux. L’amour de Dieu de tout son cœur de toutes ses pensées et de toutes ses forces premier commandement, rappelé par le Christ, est absent dans toute l’œuvre de Jung, le second commandement, d’aimer son prochain comme soi-même, est tout aussi absent.

Jung est donc athée, gnostique, théosophe, jouisseur, hédoniste, il n’est pas chrétien.

L’inconscient spirituel

La notion même d’inconscient spirituelle existe depuis la plus haute Antiquité. Platon dans La République met les rêves en relation avec les désirs insatisfaits ou l’agressivité latente, la notion de ce que Freud appellera le refoulement n’est pas bien loin.

Les Pères de l’Eglise ont une autre analyse de ce même constat. Saint « Macaire note le caractère inconscient, pour la plupart des hommes, des effets en eux du péché ancestral : «  Le péché s’est introduit par la désobéissance d’Adam, et qui correspond à une certaine puissance spirituelle de Satan et à une réalité, a semé tous les maux. Sans être détecté, il agit sur l’homme intérieur et sur l’esprit, et il met la guerre dans les pensées. Mais l’homme ignore qu’il agit là à l’instigation d’une force étrangère. Il s’imagine que tout cela est naturel et qu’il s’agit de ses propres réflexions… Le monde est malade de la passion mauvaise et ne le sait pas. »… Saint Syméon le Nouveau Théologien constate dans le même sens, signalant que les passions sont non seulement le contenu de cet inconscient mais sa source : « Tel est l’emprise que les passions ont pris sur nous, tels sont l’enténèbrement et l’ignorance où nous nous trouvons, que nous ne sentons pas dans quel état nous sommes, que nous ne sentons pas que nous agissons mal. »47  Saint Macaire dit explicitement : « Le serpent ton meurtrier, se cache en dessous même de l’esprit et plus profondément que les pensées, dans ce que l’on appelle les chambres et les retraites de l’âme. »48

C’est pourtant là que se situe le vrai combat spirituel. Réécoutons saint Macaire : « Aussi longtemps qu’un homme est retenu dans les choses visibles de ce monde, entouré des diverses chaînes de la terre, entraîné par les passions mauvaises, il ne sait même pas qu’il y a un autre combat, une autre lutte, une autre guerre au-dedans de lui-même. C’est en effet quand un homme se lève pour combattre et se libérer de tous les liens visibles avec le monde… et qu’il commence à se tenir avec persévérance devant le Seigneur en se vidant lui-même de ce monde, qu’il peut connaître le combat intérieur des passions qui se lève en lui, la guerre intérieure et les mauvaises pensées. Comme on l’a dit : aussi longtemps que quelqu’un ne lutte pas, ne renonce pas au monde, ne se détache pas de tout son cœur de toutes les convoitises terrestres, ne veut pas s‘unir entièrement et sans réserve au Seigneur, il ne connaît ni les ruses des esprits de malice, ni les passions mauvaises cachées en lui. Mais il est étranger à lui-même, ne sachant pas qu’il porte en lui les plaies des passions secrètes. »49

Postface

Tout d’abord, il est nécessaire de distinguer les psychothérapies qui ont pour objet les maladies psychiques et la thérapeutique spirituelle dont l’Eglise a l’expertise. Cependant la vie psychique est largement tributaire de la vie spirituelle.

Quelques discernements doivent être faits :

  1. La thérapeutique spirituelle a comme objectif la santé spirituelle et le salut de l’homme en vue de sa vie éternelle et n’est pas un moyen de traiter les maladies psychiques.
  2. La thérapeutique spirituelle n’est pas l’apanage, d’un accompagnateur, d’un groupe, ou d’une méthode dite de guérison… Elle demande un discernement dans la durée et non dans l’immédiateté d’un ressenti. « Ce sont les événements qui sont nos maîtres » disait Bossuet.
  3. Le malade, c’est-à-dire chacun d’entre nous, doit participer à sa propre guérison, dans la foi et la raison, dans l’exercice quotidien des vertus cardinales, et l’accueil des vertus théologales par les sacrements, la Parole de Dieu et la mise en application dans la vie fraternelle.

Ne nous laissons pas abuser, s’il existe des points de convergence entre l’anthropologie chrétienne fondée sur le Nouveau et l’Ancien Testament, les Pères de l’Église, puis toute la tradition magistérielle, et les conceptions de Freud et de Jung, nombreux sont les points de divergences ou d’incompatibilité fondamentale.

Il est déplorable qu’aujourd’hui des auteurs que se disent chrétiens comme Anselm Grün, reçoivent, pour certains de leurs livres, les accréditations officielles de l’Église catholique du nihil obstat et de l’imprimatur, alors qu’ils sont objectivement hérétiques. Sous prétexte de dialogue, de bienveillance, de tolérance, ces livres sont toxiques, car ils mélangent les plans, induisent des confusions, sans jamais être repris par des Évêques, aidés par des théologiens, qui ont pour mission prioritaire d’être les gardiens du dépôt de la foi et de veiller à ce que le peuple qui leur ait confié reçoive de bonnes nourritures. Leur silence et leur bienveillance à cet endroit sont gravement préjudiciables.

La promotion inconsidérée de sessions d’ennéagramme dans les centres spirituels catholiques ou même par un évêque, est particulièrement préoccupante. Monseigneur Lebrun a béni les journées chrétiennes de l’ennéagramme dans son diocèse de Saint Étienne. L’ennéagramme est pétri de psychologie jungienne, même si celle-ci est rarement citée par ses promoteurs.

Bernard Dubois dans son dernier livre : « Chemins de guérison des blessures de l’enfance sur les pas de Thérèse de Lisieux », préfacé par Monseigneur Aillet 50 persiste et signe, malgré les mises en garde faite par une commission, diligentée par le conseil permanent de la conférence des évêques de France. Cette commission avait étudié les méfaits du « psycho-spirituel » en particulier dans la « doctrine » de Dubois et ses fâcheuses dérives, dans les sessions Agapè du Puy-en-Velay.

Ce ne sont que deux exemples, que nous pourrions malheureusement multiplier ; ils sont devenus courants, tant dans les communautés nouvelles que dans les communautés traditionnelles, fascinées par l’attirance de voir la psychologie enfin réhabilitée chrétiennement.

Une juste et saine reprise est nécessaire sur le plan doctrinal, car les conséquences pastorales sont déplorables. Les dérives innombrables et atteignent non seulement les personnes qui en toute confiance participent à ces sessions ou lisent ces livres, mais aussi leur entourage immédiat, parents, enfants, conjoints, amis qui ne comprennent pas les modifications de comportements, parfois les ruptures totales de relation que cela entraîne.

L’initié à ces pratiques voit le monde et les autres à travers ce prisme, il croit avoir tout compris des mécanismes de la psyché, des blessures qui seraient à l’origine des comportements, des compulsions, de la face obscure de l’âme. Son observation et sa mise en pratique ont des conséquences délétères. Il est curieux de constater que ces personnes ont une apparence de bienveillance, paraissent compréhensives, empathiques. Mais elles sont en réalité formatées et ne regardent l’autre qu’à travers des grilles d’analyse de l’ennéagramme ou de la psychologie freudienne ou jungienne, par exemple. Il s’ensuit une distanciation, une indifférence à l’autre qui est l’inverse d’une attitude fraternelle gratuite ou d’une réelle compassion. Nous retrouvons ce même type de comportement chez les personnes qui pratiquent la sophrologie, l’hypnose, la méditation de pleine conscience. Cela engendre des comportements débridés. Certains fondateurs de communautés ou initiateur de ces « méthodes » entrent dans la toute-puissance du pouvoir, de l’argent et du sexe. Et la majorité de leur « brebis » devient comme figées dans leur pensée et dans leur cœur. Une sorte d’indifférence les habite, comme si les émotions étaient inhibées. Une rupture relationnelle s’en suit, une étanchéité à toute affection et à toute compassion à leurs proches, parents ou amis, selon l’acception chrétienne. En apparence tout va bien, une certaine sérénité semble être acquise. Mais cette sérénité provoquée remplace la Paix que le Christ offre aux disciples dans le désarroi.

Un comportement que les Pères de l’Église ont bien observé dans le mécanisme de la chute. Ils décrivent trois aspects symptomatiques parmi les manifestations du Mal, le parasitisme, l’imposture, et la parodie. Le Malin vampirise ses victimes en se nourrissant des substances vitales de ses victimes ; et pour cela il prend toujours l’image du bien apparent, santé, richesse, beauté, pour les appâter. Enfin le Malin parodie le Créateur et construit son propre Royaume sans Dieu. Les Pères de l’Église ne spéculent jamais sur le mal, ils préfèrent dire d’expérience comment combattre le Malin. La Bible dénonce « l’homme d’iniquité » des derniers temps, le fils de la perdition qui se fera appeler Dieu51. Le prophète Isaïe avait déjà diagnostiqué cette entreprise: « Nous nous sommes fait du mensonge un refuge, et de l’illusion un abri. » L’homme devient étanche à toute altérité, celle de son prochain qu’il enferme dans son bocal conceptuel, et celle de Dieu, car il dit à son cœur : moi, moi seul, rien que moi ; il se fabrique un cœur qui lui donne l’illusion suprême : je suis Dieu.

Seul, le mystère de la Croix brise la cédule de nos enfermements dans le péché et nous donne la vraie Vie, Paix, Joie, et le Bonheur paradoxal des béatitudes pour l’éternité.

Bertran Chaudet

 Diacre permanent

Notes

1 Jean-Claude Larchet, L’inconscient spirituel, ed du cerf, mai 2005, p. 24,25.

2 Freud Introduction à la psychanalyse, Payot, coll. « Petite Bibliothèque », 1975, IIe partie, chapitre 18, p. 266-267.

4 Jean-Claude Larchet, L’inconscient spirituel, Ed du cerf, mai 2005, p. 35.

5 Jean-Claude Larchet, L’inconscient spirituel, ed du cerf, mai 2005, p. 35.

6 Freud, l’Avenir d’une illusion, Paris, 1995, p. 49-50.

7 Ib. P.32.

8 Jean-Claude Larchet, L’inconscient spirituel, ed du cerf, mai 2005, p. 38.

9 Freud, Essais de psychanalyse appliquée, Paris, 1952, p. 142.

10 Jean-Claude Larchet, L’inconscient spirituel, ed du cerf, mai 2005, p. 39.

11 Freud. Le malaise dans la culture, Paris, p. 18.

12 Ib.p. 18

13 Freud, Abrégé de psychanalyse, Paris, 1950, p. 5.

14 Jean-Claude Larchet, L’inconscient spirituel, ed du cerf, mai 2005, p. 42.

15 Jung, des rapports de la psychothérapie et de la direction de conscience, p.282.

16 Ib. p.291.

17 Jung et la croyance religieuse, dans La Vie symbolique, Paris, 1989, p. 161.

18 Lettre de Jung du 10.10.1959 à G.Wittwer.

19 Jung et la croyance religieuse, dans la Vie Symbolique, p.189.

20 Lettre de Jung du 20.06.1933 au D. Paul Maag.

21 Jean-Claude Larchet, L’inconscient spirituel, ed du cerf, mai 2005, p.56.

22 Jung, psychologie et religion, Paris, 1958. P.148.

23 Jung et la croyance religieuse, dans La Vie symbolique, Paris, 1989, p. 194.

24 Jung, des rapports de la psychothérapie et de la direction de conscience, p.287.

25 Jung, Psychologie et religion, p. 164.

26 Ib, p.93.

27 Ib, p.173.

28 Jung, Métamorphose de l’âme et de ses symboles, p. 123.

29 Jung et la croyance religieuse, dans La Vie symbolique, Paris, 1989, p. 192.

30 Jean-Claude Larchet, L’inconscient spirituel, ed du cerf, mai 2005, p.83..

31 Psychologie et religion. P. 114.

32 Lettre de Jung au pasteur W.Lachat …

33 Jung, La vie symbolique, p. 83.

34 Lettre au Révérend Erastus Evans.

35 Jean-Claude Larchet, L’inconscient spirituel, ed du cerf, mai 2005, p. 74.

36 Lettre de Jung du 05.011952.

37 Jung, Dialectique du moi et de l’inconscient. P. 254-255.

38 Les théosophes voient dans les gnostiques de l’Antiquité, mais aussi dans les alchimistes comme Jacob Boehme ou les illuminés du XVIIe s. comme Swedenborg ou Saint Martin, les pères fondateurs de la théosophie. La théosophie apparaît comme un courant philosophique mêlant du religieux, structuré en 1875 sous l’impulsion de Mme Blavatsky. La théosophie est un syncrétisme d’occultisme d’ésotérisme, de magie puisant dans la franc-maçonnerie, la Rose-Croix, les doctrines orientales. Elle se présente comme une alternative à l’emprise du catholicisme. Le New Age se nourrit de la théosophie.

39 Aleksander Posacki, sj, Psychologie et Nouvel Âge, Editions bénédictines, 2009, p. 96.

40 Ib. p. 97

41 Jung, Aïon, p.97.

42 Cité par Jung dans, Psychologie et religion. p. 154.

43 R. Noll, Le Christ aryen Paris 1999, p 81-108. Cité par Jean-Claude Larchet, L’inconscient spirituel, ed du cerf, mai 2005, p.93.

44 Jean-Claude Larchet, L’inconscient spirituel, ed du cerf, mai 2005, p. 98.

45 Ib. P.99.

46 Lettre de Jung au Dr Bernhard Lang. 1957.

47 Jean-Claude Larchet, L’inconscient spirituel, ed du cerf, mai 2005, p. 139.

48 Saint Macaire Homélies spirituelles XV, 21.

49 Ib, XXI, 4.

50 Ed. des Béatitudes, Nouan-le-Fuzelier (Loir-et-Cher)

51 2 Thes. 2,3-4.