Le Watsu, ou Shiatsu adapté pour l’eau

Le Watsu a été développé au début des années 80 dans les sources chaudes de Harbin Hot Springs en Califormie, par Harold Dull, un spécialiste en massages tantriques, qu’il associe alors à une pratique aquatique. Ces deux notions sont toujours présentes dans le Watsu, et une attention particulière est donnée dans le code de déontologie de Watsu France, pour encadrer la discipline.

Dans un article de Ouest-France de 2014, je lisais ces affirmations d’une praticienne : « L’eau nous enveloppe. Et elle est un vecteur de communication. Grâce à la détente, les mouvements appropriés et l’apesanteur dans l’eau, on reconnecte la structure osseuse du corps et le système nerveux pour permettre à l’énergie de circuler ».

Et le journaliste d’écrire :

basé sur la recherche d’harmonie, le watsu emprunte au yoga, pour la respiration, et au taï-chi, pour l’attention portée à la globalité du mouvement.

 

Une notice explicative du P. Verlinde

EFT, technique de libération émotionnelle

Qui n’a pas encore entendu parler de l’EFT ? L’EFT (Emotionnal Freedom Technique) est la nouvelle thérapie à la mode, elle nous vient des Etats-Unis, et son nom signifie “technique de libération émotionnelle”.

  • Qu’est-ce que l’EFT ?

Pour le savoir, le mieux est de voir ce que nous en disent ses promoteurs. On trouve facilement sur internet de nombreux sites destinés à promouvoir l’EFT, ainsi que le manuel de Gary Craig, dont on peut télécharger la version française ici.

Sur le site de Geneviève Gagos – cliquez ici pour vous y rendre – , qui dirige l’école française d’EFT, on peut lire que l’EFT est “la découverte de santé la plus utile de ces 100 dernières années”. C’est déjà très prometteur ! Sur ce même site, on trouve aussi un annuaire de “praticiens certifiés”. Vu le nombre de gens qui gagnent leur vie grâce à l’EFT, je comprends maintenant mieux pourquoi cette technique trouve autant d’ardents défenseurs.

Un article de Zoélie F. (+)

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La médecine ayurvédique

Une réflexion du P. Joseph-Marie Verlinde sur le site final-age.net

Ayurveda, est un terme sanskrit formé des mots « ayus » (vie) et « veda » (science, connaissance), il signifie « science de la vie » ou « science de la longévité ». On trouve les premières traces de cette médecine au 12ème siècle avant notre ère. Les textes servant encore aujourd’hui de référence auraient été transcrits au 8ème siècle av. J.C.

La médecine ayurvédique est étroitement liée à l’hindouisme, plus particulièrement aux Vedas, qui constituent les écrits sacrés de cette religion : les maladies auraient une origine spirituelle : elles seraient dues à une perte de confiance dans l’atman – c’est-à-dire dans le divin immanent, selon la conception panthéiste de l’hindouisme.

L’ayurveda repose sur quelques grands principes :
– la théorie des cinq éléments
– la théorie des trois humeurs

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Les élixirs floraux de Bach

Trois articles de Richard Monvoisin

Richard Monvoisin est spécialiste de l’étude des théories controversées. Il enseigne la pensée critique, la zététique (étude scientifique des phénomènes étranges) et la lecture critique des médias à l’université de Grenoble. Il est cofondateur du CorteX (Collectif de recherche transdisciplinaire Esprit critique & Sciences).

1. Eléments de critique des pseudo-médecines. Exemple des Élixirs Floraux de Bach. Sur le site du Gemppi (2007)

2. Critique des concepts pseudo-scientifiques, pseudo-médicaux et des postures philosophiques induites par la théorie du Dr Bach. Annales Pharmaceutiques Françaises (2005)

Résumé. Les Élixirs Floraux de Bach (EFB) sont les instruments d’une pseudo-thérapie dite alternative de plus en plus répandue en France. Devant l’impact social des approches dites complémentaires de la santé et le flou existant entre la démarche parapharmaceutique et les démarches de bien-être, l’investigation critique nous semble nécessaire pour promouvoir une information objective sur le su-jet. La méthodologie zététique nous paraissant la plus efficace pour traiter la question, nous avons procédé à une étude critique conjointe des EFB et de la thérapie alternative du Dr Bach qui les justifie. Nous montrons que l’efficacité des EFB est non avérée, que les principes de base de la théorie reposent sur des hypothèses peu fondées, fortement intuitives et de type magique, et promeuvent des approches philosophiques qui fragilisent les patients—consommateurs, notamment vis-à-vis de courants sectaires. Nous insistons sur la nécessité d'un apprentissage d'outils de critique efficaces.

3. Elixirs floraux de Bach. Quintessence d’une illusion (2006). En téléchargement libre sur le site zetetique.fr

La sophrologie en 5 points

1 – Les origines de la Sophrologie

Si l’histoire de la sophrologie est récente, par contre ses origines sont anciennes. La sophrologie est un agglomérat de différentes techniques médicales, paramédicales et yogiques ainsi que des présupposés philosophiques comme la phénoménologie. Le fondateur de la sophrologie est un neuropsychiatre colombien, le docteur Alfonso Caycedo.
Il est né en 1932 à Bogota où il fait ses études. Puis il se rend en Espagne pour s’inscrire à la Faculté de médecine de Madrid. Il oriente sa carrière vers la psychiatrie, mais se révolte contre les traitements comme le coma insulinique, les électrochocs, etc. et envisage d’abandonner la carrière médicale.

La sophrologie puise son origine dans les diverses religions ou philosophies évoquées ci-après:

Le mesmérisme

Fritz-Anton Mesmer (1734-1815). Médecin d’origine autrichienne, il critique très tôt la médecine « officielle » qu’il estime être en retard sur les autres sciences. Il développe alors sa théorie du « fluide universel ». Selon lui, une mauvaise répartition de fluide à l’intérieur du corps humain serait la cause de toutes les maladies. Une guérison passerait donc par un rééquilibrage du fluide. Après avoir utilisé l’aimant, Mesmer utilise ses mains pour transmettre le « fluide guérisseur » à ses malades. Ses travaux sont repris à Manchester par le Dr J. Braid. Il tenta d’expliquer le « magnétisme animal » par une nouvelle hypothèse de type neurophysiologique.

La psychanalyse

S. Freud était spécialiste des maladies nerveuses. Très tôt, son attention fut attirée par les cas de psychopathologie. Il assiste à des guérisons sous hypnose.La sophrologie est, dans un certain sens, l’héritière de la psychanalyse, notamment en ce qui concerne l’état de rêve. Il y a une certaine similitude entre l' »état de rêve » de Freud et celui de « sophroliminal » de Caycedo, le point commun étant l’hypnose, ou plutôt l’auto-hypnose.

L’hindouisme

L’hindouisme est l’une des religions de l’Inde. C’est en fait un véritable amalgame de différents courants de pensée. Extrêmement ancien, l’hindouisme est le résultat d’une très lente évolution du « brahmanisme ancien ». Issu du védisme et du brahmanisme, l’hindouisme a repris de nombreux textes sacrés comme les Veda, les Brahmana et les Upanishad. Il ne faut pas ignorer que le but de tout hindouiste est d’être délivré du cycle karmique des renaissances et de se fondre dans l' »Absolu » cosmique universel. Divers moyens, qui sont en fait des techniques, sont employés. La concentration, la méditation, la contemplation ou l’action. Mais ce n’est pas tout: l’hindouiste pense acquérir des « pouvoirs »: yantras, mantras (formules magiques) par le prânâyama (respiration rythmée). D’autres techniques permettent d’atteindre les états supérieurs: ce sont les divers types de yoga. Contrairement à ce que certains pensent, le yoga n’est pas seulement une simple relaxation, mais il vise à créer les conditions d’un « sur-homme », d’un homme para-normal. Le yoga est donc une philosophie au plein sens du terme. Sous l’influence de gourous hindous, le yoga s’est occidentalisé. La Sophrologie a aussi des bases dans le Bouddhisme et le Taoïsme.

Le rejet de la société occidentale

Le livre du Dr R. Abrezol intitulé Sophrologie et Évolution, demain l’homme, est tout d’abord un violent réquisitoire contre notre société. Tout y passe: les sciences, l’industrialisation, l’armée, la médecine conventionnelle, la pollution, l’urbanisation, les institutions, etc. Bref, une condamnation explicite de notre société. Le docteur Abrezol est né en 1931 à Lausanne (Suisse) Il obtiendra en 1957 le doctorat à la Faculté de médecine à Lausanne. A ce titre, il en ajoutera d’autres: formation en psychologie analytique, diplôme de médecine chinoise, etc.

2 – Quelle est donc la pensée qui sous-tend la sophrologie ?

La Sophrologie est basée sur une philosophie humaniste et transcendante qui aurait pour but la restructuration de la personne. Elle admet comme postulat l’unité du corps et de l’esprit. Selon les enseignements sophrologiques, en agissant sur le corps, on agit automatiquement sur l’âme et l’esprit. D’emblée on saisit l’enjeu: la sophrologie est bien plus qu’une simple relaxation.

Il y aurait, selon Thierry Loussouarn, sophrologue,trois principes importants et deux lois fondamentales:

1-L’homme est un malade, un névrosé : il est mal dans sa peau, il a une mauvaise perception de sa corporalité. Il faut donc lui apprendre à vivre dans son intimité corporelle. Une seule façon d’y parvenir: faire des exercices de relaxation dynamique, le but étant la restructuration de la personnalité.

2 -Il faut « positiver » le corps. L’élève sophrologue doit apprendre à « dynamiser le positif » tant au niveau corporel, qu’au niveau mental et spirituel. La sophrologie prétend agir sur « trois paramètres »: le passé, le présent et le futur. La sophrologie prétend « positiver le passé », c’est-à-dire revivre les moments heureux du passé, ce qui « positive » le présent et on « positive » aussi le futur, ce qui serait supprimer 1es peurs et les angoisses.

3 -Le désir de vaincre. Le troisième principe, celui de la « réalité objective », consiste à rechercher une personnalité plus forte et surtout plus stable. Les exercices sophroniques seraient le moyen d’acquérir la maîtrise de soi, la modification des mauvais comportements et l’abandon des mauvaises habitudes. Le but premier de tout bon sophrologue est d’obtenir la libération de toutes entraves psychiques ou psychologiques. La sophrologie est, du moins dans le dernier degré, une recherche de la perfection.

Les deux « lois » sont tout aussi importantes que les « principes »:

1 -La loi de l’entraînement. De l’application de ladite loi dépend tout l’avenir du sophrologue, car il s’entraîne régulièrement, sa vie durant. Seul ou en groupe. La périodicité des séances d’entraînement est variable. Ce qui importe avant tout, c’est la régularité.

2 -La loi de l’éthique. La sophrologie étudie la conscience humaine et cherche à la régénérer, c’est-à-dire à lui redonner vie. Cette loi d’éthique est une « loi d’amour » qui se concrétise par un travail positif et par l’harmonie du corps.

3 – Quelles sont les méthodes et les buts de la sophrologie ?

Un long cheminement est nécessaire pour atteindre les hauts niveaux de la  » conscience sophronique « . Il y a, en fait, plusieurs moyens pour parvenir à l’état de sophronisation. Le training autogène de Schultz. Le « training autogène » s’inspire très fortement de l’hypnose et du yoga. Il consiste à se relaxer en utilisant toutes les sensations de calme et de repos. La sensation de poids est très importante: elle est l’expression du « relâchement musculaire ». Le training autogène modifié. C’est une variante du premier. L’autosuggestion de Coué. Le principe est relativement simple. Il suffit de dire du matin au soir « à tous points de vue, je vais de mieux en mieux » pour que ça aille mieux… L’hypnose dite « médicale ». Il faut souligner que pour la sophrologie l’hypnose « médicale » n’a jamais été abandonnée. Seul le terme a changé. Si la sophrologie ne visait que le seul but de la relaxation, il n’y aurait rien à redire. Mais, la sophrologie permettrait à l’homme d’acquérir enfin le bonheur. L’homme, s’il devient sophrologue peut devenir vraiment heureux! Il dit clairement: le bonheur s’acquiert en vertu de ses propres efforts. Le bonheur est possible, il dépend essentiellement de nous; c’est en nous que nous devons le chercher.

4- Quelles sont les techniques de la sophrologie ?

La sophrologie prétend être une relaxation. Dans un certain sens oui, car les sophrologues ont une qualité que beaucoup n’ont pas: ils savent s’arrêter! Savoir marquer un arrêt, marquer une pause n’est pas toujours facile. Les sophrologues, eux, le font. Personne ne le leur reprochera! La relaxationsophronique est une technique qui obéit à des lois et à des règles très précises. Un entraînement, voire une certaine initiation sont nécessaires pour obtenir un certain résultat.

Une technique respiratoire: La sophrologie est d’abord une concentration mentale, puis une technique respiratoire. Ici intervient une technique respiratoire –qui est celle du yoga –et qui a pour but de descendre dans la sphère « sophro-liminale », c’est-à-dire dans l’état de conscience de demi-veille. Pour arriver à ce niveau de conscience, les adeptes de la sophrologie utilisent un « carburant » fort connu des occultistes et autres rosicruciens : l’énergie! (prânâ ou « souffle vital »). Cette énergie se retrouverait partout: dans l’eau, dans l’air, les aliments et naturellement dans le corps. Nous retrouvons ici le panthéisme bien connu des milieux ésotériques. L' »énergie », autrement dit le dieu impersonnel, le divin, l’Etre, se trouverait partout dans la nature. Les partisans de la sophrologie, du moins ceux qui sont arrivés à un degré avancé, admettent que l’énergie pranique est véhiculée par l’air. Nous voyons ici que le yoga est la clé de voûte de tout le système sophrologique.

L’autosuggestion : Une autre technique est la suggestion. Le sophrologue croit au départ que tout ira bien. Il se fabrique en lui-même une attitude positive, il se suggestionne… et cela marche bien. Le sophrologue est une personne détendue, souriante et très positive. Le sophrologue apprend sans cesse à dynamiser le « positif » et à apprendre le plaisir!Grâce à un entraînement adéquat, on peut apprendre à faire remonter dans le conscient une grande quantité de valences positives et ainsi positiver l’être tout entier ». Le bonheur serait donc une affaire d’entraînement et de valences positives…

5 – Que penser de la sophrologie ?

Le « message » sophrologique s’articule sur deux axes : une vision pessimiste du monde et le bonheur réservé aux seuls sophrologues.Le bonheur ne serait donc qu’une question d’attitude et de « bonnes habitudes » face à l’adversité. Sur le plan purement psychologique et humain, savoir faire face aux difficultés de la vie est une attitude tout à fait convenable. Mais cela suffit-il ? Car il y a des limites en tout, et notamment au niveau du psychisme de la personne. Alors, disons-le franchement, nous sommes très réservés vis-à-vis de la technique sophronique qui ne consisterait qu’à « ajuster nos attitudes mentales ». Le bonheur serait-il l’affaire de technique?

La sophrologie semble, à première vue, cohérente. Ses promoteurs ont essayé d’établir un système qui se veut à la fois scientifique et humain. Cependant, la sophrologie évoluant, il semblerait que les élèves aillent plus loin que leur maître. De psychologique et freudienne qu’elle était, la sophrologie est-elle en passe de devenir une véritable religion? L’état « sophro-liminal » n’est pas le bonheur, encore moins la félicité. La sophrologie agit un peu comme une drogue de l’esprit: le sophrologue « part » en état de semi-inconscience, puis revient à l’état de veille.

Après cela, il se sent bien. Qu’adviendrait-il si, pour une raison ou pour une autre, il ne serait plus en mesure de pratiquer les exercices sophroniques? Comme le disait un pasteur réformé vaudois, « la sophrologie n’est que de la poudre aux yeux ». Et c’est vrai! Le chrétien se gardera de tomber dans des états de dépendance psychique, il rejettera en toute occasion l’état de passivité. Il restera conscient en tout et partout. Pas besoin de sombrer en léthargie « sophro-liminale » pour être heureux ! Le vrai bonheur, c’est d’avoir constamment les yeux ouverts sur Jésus-Christ qui est celui qui donne déjà le vrai repos de l’âme et du corps.

Derrière la Sophrologie il y a une certaine vision de l’homme qui l’amène à penser qu’il est créateur lui-même de son bonheur,celui –ci passant par l’utilisation de moyens auxquels on l’initie, on est alors à l’opposé de la foi chrétienne qui elle aussi est amené à prôner une ascèse mais une ascèse qui est uniquement dirigée vers une ouverture de l’être à la grâce de Dieu, seule source de Salut et de bonheur.

Compilé par F. Despert, mai 2011.

Psychothérapie et embrigadement sectaire

Un article de Michel Monroy sur le site psivig.com

1. Psychothérapies et processus d’embrigadement

2. Les psychotechniques intéressent les groupes sectaires

3. Quelques indices d’une dérive sectaire possible

4. L’essence des psychothérapies

5. Analogies et différences entre psychothérapie et embrigadement

a. Les effets psychothérapeutiques —  b. Les motivations — c. La dépendance au référent — d. Les mécanismes — e. La présentation — f. Les transformations — g. Effets positifs.

Le cercle des Amis de Bruno Gröning

Historique

Un homme « inspiré» dans une époque troublée

Bruno Gröning est né le 30 mai 1906 à Dantzig, quatrième de sept enfants. Dès son plus jeune âge il semble exercer un ascendant sur son entourage: il n’a qu’à toucher son père ivre pour que celui-ci se calme, il réussit à guérir divers animaux. Il se marie, a deux fils qui mourront tous deux à l’âge de neuf ans, l’un d’une pleurésie l’autre d’une tuberculose osseuse. Il exerce divers métiers avant d’être mobilisé en 1943; fait prisonnier, il rentre en Allemagne de l’Ouest en 1945. Il exerce ses dons de guérisseur sur quelques personnes de son entourage et commence à être sollicité. Il se sépare de sa femme, peu favorable à cette activité.

En 1949, il est de plus en plus connu. Portée par les « guérisons miraculeuses» qu’il aurait provoquées, sa réputation ne cesse de grandir. En Bavière, la foule se masse devant le balcon de l’hôtel où il réside et salue son apparition avec des cris de joie : « Vous n’avez pas besoin de me décrire vos maux, dit-il. Je les vois mieux que vous. Je sais tout de vous. »

« Que ceux qui sont malades lèvent la main ! » demande-t-il, et après une profonde méditation, « que ceux qui sont guéris lèvent la main! » : des centaines de mains se lèvent à nouveau, la foule scande « Gröning nous te remercions ! Parfois il lance des boulettes de papier d’argent qui contiennent sa « force rayonnante » … La presse qui relate ces événements voit ses tirages augmenter.

Bruno Gröning est de plus en plus sollicité, il donne des conférences, les hôtels sont pleins et leurs tarifs augmentent. Des « récits miraculeux» de guérison de toutes sortes suscitent de nouvelles demandes : « Monsieur Gröning m’a regardée et maintenant je suis complètement guérie. »

Mais dès les années suivantes, les autorités de santé s’inquiètent et Gröning rencontre des difficultés. Il est accusé d’exercice illégal de la médecine et doit faire face à des procédures judiciaires. En 1953, il fonde à Stuttgart « l’Association Bruno Gröning » (« Bruno Gröning Bund »), dont il est lui-même le président, destinée à recueillir des dons pour sa défense devant les tribunaux et diffuser ses idées visant à recruter de nouveaux membres.

En 1958, il est de nouveau inquiété par la justice pour homicide par négligence, ses promesses de guérison ayant retardé le traitement nécessaire, et pour infraction à la loi sur les Heilpraktikers. Il est condamné à huit mois de prison avec sursis et à une amende. Il fait appel, mais l’affaire se termine avec son décès. Il est mort en 1959, à Paris, d’un cancer de l’estomac.

Un mouvement : Le Cercle des Amis de Bruno Gröning (CABD)

Bruno Gröning est mort, mais ses paroles restent, en particulier ce « Il n’y a rien d’incurable » et la théorie élaborée et enseignée pendant ses années de pratiques guérisseuses et d’enseignement. Grete Häusler, une proche du guérisseur, qui aurait été guérie de plusieurs maladies incurables, fonde le Cercle des Amis de Bruno Gröning en 1979 pour propager son enseignement. Elle en sera la présidente jusqu’à son décès en 2007, s’attachant à multiplier le nombre des communautés locales partout dans le monde. L’association est aujourd’hui dirigée par son fils, Dieter Haüsler.

Théorie et pratique

Le « courant guérisseur»

Selon Bruno Gröning, il existerait une force vitale supérieure, un « courant guérisseur », le Heilstrom, qui peut guérir toute maladie et que chacun peut capter de manière simple et gratuite en adoptant la bonne attitude. Il utilisait aussi le terme d’ondes guérisseuses et d’énergie divine. Lui même « en possédait une connaissance précise et intuitive dont il faisait profiter tous les hommes par son enseignement simple. »

La maladie ne serait pas due au hasard mais le résultat de la perte de liaison avec la grande et divine source de force, Dieu.

« Dieu a créé l’homme beau, bon et sain … À l’origine les hommes étaient complètement reliés à Dieu, il n’y avait qu’amour, harmonie et santé, tout n’était qu’un. (…) Sur le chemin de votre vie, vous êtes arrivés là, en bas. Vous vivez le malheur, vous souffrez, vous avez des maux incurables. Je vous le dis: Ne descendez pas encore plus bas, je vous appelle à la grande conversion. Venez vers le haut et, au-dessus de l’abîme, je vous construirai un pont ! Quittez le chemin de la souffrance pour emprunter le chemin divin ! Sur ce chemin il n’y a pas de malheur, pas de douleurs, pas de choses incurables, là tout est bien. Ce chemin mène à nouveau vers Dieu ! » (B. Gröning)

Le bien, expliquait Bruno Gröning, vient de Dieu, le mal, de son adversaire, Satan. La force divine est positive, elle apporte la santé; la force diabolique, négative, apporte la maladie. L’homme serait libre de choisir s’il croit à la maladie ou à la santé, et le guérisseur propose son enseignement à ceux qui veulent choisir la santé.

Il les invite à « se séparer de la maladie » … en ne s’en préoccupant plus (sic) ! Pour guérir, on ne doit plus croire en la maladie, mais croire que « rien n’est incurable ».

« Cet enseignement, mon enseignement, contient des maximes, selon lesquelles de nombreux amis vivent déjà et ont obtenu ainsi des succès. Par l’acceptation de cet enseignement, une conversion complète a eu lieu en eux, laquelle a même, dans de nombreux cas, conduit à la guérison. » (B. Gröning)

Et les listes des témoignages de guérison publiées par le CABG pourraient effectivement laisser croire que les pouvoirs de Bruno Gröning viennent à bout des maladies les plus graves … sauf qu’aucune preuve de validation scientifique ne les accompagne.

Capter le « courant guérisseur »

Pourbcapter le Heilstrom il faut adopter la bonne attitude de « mise en réception» (Einstellen) : « la personne qui cherche de l’aide doit se tenir assise, les mains ouvertes. Elle ne croise ni les bras ni les jambes afin de ne pas empêcher le passage du Heilstrom. Les pensées qui se rapportent à la maladie et aux soucis entravent l’écoulement du courant, les pensées tournées vers le beau le facilitent. » Tout homme qui se concentre sur ce qui se passe en lui, éliminant les autres pensées, sentirait le courant dans son corps. S’il ressent des douleurs, elles ne seraient pas dues à la maladie mais « provoquées par le Heilstrom et elles sont l’expression d’une purification des organes malades » (Regelungen).

Pour rester en bonne santé les disciples de Bruno Gröning continuent à pratiquer dans des communautés locales qui se réunissent toutes les trois semaines (parfois par internet quand les membres sont trop éloignés géographiquement), pour les « heures de communauté » qui se déroulent selon un schéma bien défini, autour d’un « autel » avec la photo de Bruno Gröning :

• recueillement, musique, « mise en réception »,

• discours du guide de communauté sur la base de l’enseignement du maître,

• lecture de témoignages de guérison, puis commentaires par le guide,

• descriptions par les membres du groupe de l’aide reçue de B. Gröning,

• informations diverses,

• de nouveau « mise en réception », musique,

• interrogation sur les ressentis éventuels.

Sur une table, des livres, manuels, CD et DVD sont disponibles lors de ces réunions, et les participants sont invités à soutenir et faire connaître le mouvement. Une « boîte de dons » est disponible à cet effet, ainsi que des tracts à diffuser auprès des personnes susceptibles d’être intéressées ou à des personnes en souffrance.

Dans chaque communauté, le guide est assisté de plusieurs responsables chargés de la « table des livres », de la caisse, ou de la rédaction des témoignages.

Organisation

Le CABG est dirigé par Dieter Haüsler, assisté par des responsables régionaux et nationaux. Le responsable français est Bernard Grandpair. Axé sur la propagation de l’enseignement de B. Gröning, le mouvement fondé en 1979 s’est peu à peu structuré et développé, et il est aujourd’hui présent sur tous les continents. La structure officielle pour les questions commerciales et juridiques est Le Cercle d’Aide naturelle à la vie, reconnu en Allemagne comme œuvre de bienfaisance, basé à Siegburg (Rhénanie du Nord-Westphalie).

Les communautés locales, dirigées par un guide, forment la base du mouvement. Il suffit d’une dizaine de membres, parfois moins, pour en lancer une. Si elle semble prête à durer, un des membres est pressenti comme guide, et son nom proposé à D. Haüsler qui pratique le Einstellen pour avoir une confirmation de Bruno Gröning.

Tous les membres sont incités à faire connaître la « guérison spirituelle » en assumant des tâches bénévoles ou par des dons pour soutenir l’expansion du mouvement à travers le monde.

Plusieurs activités sont proposées chaque année:

• des congrès et rassemblements dans plusieurs pays, avec des journées consacrées à la formation des bénévoles responsables dans les communautés.

• des randonnées, dans différents endroits : on marche en silence, l’un derrière l’autre, comme si on déroulait un ruban autour du monde.

• des semaines de randonnée à Filzmoos, en Autriche, et maintenant dans d’autres pays, avec des modalités différentes suivant la forme physique … car lorsqu’on s’inscrit on s’engage à participer à toutes les activités : marches en silence avec des arrêts pour capter le « courant guérisseur» et des pauses, et réunion de communauté le soir.

Selon le mouvement, les enfants même très jeunes recevraient le courant guérisseur. Et les jeunes sont l’objet de beaucoup d’attention, ils se rencontrent pour partager leurs expériences de guérison vécues ou souhaitées dans des communautés, ou par internet. Des publications leurs sont destinées, et des rassemblements de jeunes ont lieu chaque année.

Un groupe médico-scientifique spécialisé, le MWF (Medizinisch Wissenschaftliche Fachgruppe), a été créé en 1992, réunissant différents professionnels du secteur médical « qui se sont donné pour tâche de valider, documents à l’appui, les nombreuses guérisons qui surviennent et de faire connaître cette voie menant à la santé. » (1) Cependant, aucune validation scientifique n’est disponible à ce jour à l’appui des guérisons publiées …

Les éditions Grete Haüsler publient livres, CD, DVD, livres audio et la revue Bruno Gröning (quatre numéros par an) disponibles sur le site internet. De nombreuses publications internes sont réservées aux membres, en particulier les recueils trimestriels de formation. Un bulletin trimestriel Le chemin du salut est destiné aux membres du MWF.

Prosélytisme et recrutement

Des conférences sur le thème de « la guérison par voie spirituelle » sont régulièrement organisées, annoncées dans la presse, par tract, et par les contacts personnels des membres.

Des films documentaires, largement diffusés sur les réseaux sociaux, servent de base à cette propagande : Le phénomène Bruno Gröning et Le phénomène de la guérison. Les personnes manifestant de l’intérêt se retrouvent rapidement invitées dans les groupes locaux conviviaux où elles intègrent progressivement la vision du mouvement, adoptant l’attitude positive prônée et se débarrassant des pensées négatives (comme le regard critique !).

Les témoignages de réussite (T.R.) ont une importance particulière. Ils constituent la majeure partie des brochures diffusées gratuitement car ils contribuent, par leur répétition, à familiariser le nouveau venu avec la possibilité de guérir autrement que par des soins classiques. La production de nouveaux témoignages, venus des membres de la base, est un atout fondamental pour l’expansion du groupe qui mène une politique active sur ce sujet : collecte, rédaction, et édition se font en suivant une procédure et des consignes strictes (rapport immédiat, questionnaire, rédaction avec l’aide du responsable des témoignages, rapport succinct signé par la personne guérie et le guide de communauté). Les témoignages publics lors de manifestations du mouvement ne sont pas plus spontanés, ils sont eux aussi organisés et contrôlés.

Les témoignages de réussite sont extrêmement variés, ils relatent aussi bien des « guérisons » de maladies physiques ou psychologiques, de dépendance (même d’une dépendance au chocolat !), que des guérisons d’animaux ou de plantes, ou une « aide par influence sur la matière » (la montre fonctionne à nouveau !).

Le MWF organise des conférences à l’attention de l’ensemble des professions médicales et paramédicales. Pour accroitre sa crédibilité aux yeux de futurs membres, le mouvement cherche en effet à convaincre des professionnels de la santé. Il avance avoir recruté « 4000 médecins, thérapeutes et autres professionnels de la santé dans plus de 50 pays ». Chaque médecin recruté peut devenir recruteur de confrères, voire de patients, de façon plus ou moins souterraine.

Mise en garde

Perte de chance

La vigilance s’impose d’abord en raison des risques d’arrêt de traitements indispensables, car la proposition de guérison est particulièrement destinée à des personnes fragilisées par une maladie (physique, psychologique, dépendance). Si les responsables de communauté sont formés à ne pas conseiller ouvertement l’abandon des soins classiques, le désintérêt peut cependant en être subtilement suggéré, tant la confiance dans le pouvoir guérisseur de Bruno Gröning est forte.

Emprise mentale, croyance et pensée positive

« Dieu est le plus grand des médecins, il n’y a rien d’inguérissable » : le discours de Bruno Gröning, répété à l’infini dans les réunions et rassemblements, est un appel à croire en son pouvoir guérisseur pour guérir ou obtenir de l’aide. Le doute, les interrogations rationnelles ou le besoin de preuves sont considérés comme des pensées négatives responsables de tous les maux. « Il faut mettre de côté toute façon de penser orientée vers la science et la raison logique ». Une telle  vision peut isoler d’un entourage en désaccord, et éloigner de la réalité matérielle quotidienne.

Recrutement de bénévoles et prosélytisme intense

Si le produit d’appel est la guérison, l’objectif du groupe est de s’étendre et les membres sont appelés à contribuer bénévolement : appels aux dons, incitations à intégrer une communauté, à prendre des responsabilités, à recruter dans son entourage ou auprès de publics vulnérables.

 

Notes

(1) Biocontact, n° 198, Janvier 2010, Le courant guérisseur selon Bruno Gröning. Ursula Moya et Lucien Peuziat chargés des relations publiques du CABG

Cette information est donnée par l’UNADFI (Association de Défense des Familles et de l’Individu) dans le numéro 140 de la revue Bulles (Bulletin de Liaison de l’Étude des Actes).

L’article est suivi d’un témoignage fort intéressant : « Quand le « courant guérisseur» est préféré à la consultation médicale ». Vous pouvez le retrouver sur le site du Cercle Laïque pour la prévention du sectarisme

Les faux souvenirs induits dans les retraites psychospirituelles

Une personne — elle a voulu garder l’anonymat — profondément immergée dans les désordres et les perturbations que peuvent engendrer l’induction de faux souvenirs au cours de retraites psycho-spirituelles, nous donne ici son analyse du phénomène. Cette analyse n’est pas théorique; elle s’enracine dans un vécu familial dramatique.

Le psycho spirituel est un amalgame construit entre les plans psychologique et spirituel

Il induit une confusion de la raison de manière à manipuler une personne.

Les pratiques de la manipulation se font par l’utilisation de la foi catholique via le dévoiement de la doctrine de Thérèse de Lisieux, qui par glissements, pratiquement impossibles à percevoir dans le contexte où se trouve la personne, devient peu à peu une religiosité déviante du nouvel-âge.

Ces pratiques se font sous couvert de « retraites » spirituelles. Les personnes sont donc dans l’accueil d’une session catholique. Le discours sur le schéma « blessures-guérison » dont voici la clé de lecture :

Le péché n’est plus un acte commis librement et volontairement  mais un manque d’amour subi dont on n’a pas conscience et dont on doit se libérer.

De la sorte, le péché devient une blessure dont on incombe la responsabilité au bouc émissaire désigné dans la prétendue thérapie. Pour guérir, il faut couper les liens avec le ou les boucs émissaires, souvent des proches,auxquels la personne va faire subir des actes inhumains sans aucune culpabilité, puisque d’une part, ils sont nécessaire à la « guérison », d’autre part la culpabilité est rejetée sur les proches qui, dans ce schéma, sont révélés maléfiques et donc ne font que subir la juste punition de leur faute. Continuer la lecture de « Les faux souvenirs induits dans les retraites psychospirituelles »

Débats sur le psychospirituel, 2011-2016

La confusion entre le psychique et le spirituel dans les sessions)retraites d’agapéthérapie a mis longtemps à être perçue comme un grave danger… Cette page dédiée sur le site Pastorale Nouvelles Croyances et Dérives sectaires de la Sarthe contient de nombreux articles qui balisent le chemin parcouru entre 2011 et 2016… Ces pratiques dangereuses émettent leurs derniers flamboiements; souhaitons qu’elles disparaissent rapidement, ce qui n’est pas gagné d’avance, tellement elles ont laissé des traces chez de nombreuses personnes passées entre leurs fourches caudines…

Empathie : le danger des mystifications

Empathie : le danger des mystifications. Un article de Serge Tisseron, psychiatre, docteur en psychologie et psychanalyste, chercheur associé habilité à diriger des recherches (HDR) au Centre de Recherche Psychanalyse Médecine et Société à l’université Paris VII Denis Diderot.

Plan : les trois étapes de l’empathie — Les menaces sur l’empathie — Le pouvoir ambigu des TIC — Apprendre l’empathie.

 

L’empathie semble bien placée pour devenir le dernier concept à la mode. Mais pourquoi tant d’engouements ? Parce que nous avons tous envie d’y croire ! Et pour rendre l’empathie encore plus désirable, certains auteurs, comme Jeremy Rifkin, n’hésitent pas à la caricaturer et à la présenter comme une formidable force altruiste. Pourtant, les diverses recherches menées actuellement en neuro physiologie sont formelles : si l’empathie est bien la capacité de percevoir les états mentaux de l’autre, elle n’est pas la tendance à s’en préoccuper. Telle est la première mystification qu’entretient l’ouvrage de Jeremy Rifkin. La seconde est de nous faire croire que les technologies numériques augmenteraient les capacités empathiques de l’humanité. Pour comprendre ces deux mystifications, commençons par définir l’empathie.

1. Les trois étages de l’empathie (figure 1)

Tout d’abord, l’empathie n’est ni la sympathie, ni la compassion ni l’identification. Dans la sympathie, on partage en effet non seulement les mêmes émotions, mais aussi les valeurs, les objectifs et les idéaux de l’autre. C’est ce que signifie le mot « sympathisant ». La compassion, elle, met l’accent sur la souffrance. Elle est inséparable de l’idée d’une victime et du fait de prendre sa défense contre une force hostile, voire une agression humaine. Son principal danger est qu’elle fait peu de place à la réciprocité, et s’accompagne même parfois d’un sentiment de supériorité. Enfin, l’identification n’est que le premier degré de l’empathie, qui en comporte trois.

L’empathie peut en effet être représentée sous la forme d’une pyramide constituée de trois étages superposés, correspondant à des relations de plus en plus riches, partagées avec un nombre de plus en plus réduit de gens (Tisseron S., 2010).

Le premier de ces étages est l’empathie directe (ou unilatérale). Elle correspond à ce qu’on appelle plus couramment identification. On pourrait aussi l’appeler « identifiction », dans la mesure où personne ne peut vraiment se mettre à la place d’autrui. On peut donc la définir plutôt comme la capacité de changer de point de vue sans s’y perdre. Ses bases sont neurophysiologiques et elle est toujours assurée, sauf difficultés liées à l’existence de troubles envahissants du développement (autisme). Elle a deux composantes car elle consiste à la fois à comprendre le point de vue de l’autre (c’est l’empathie cognitive) et ce qu’il ressent (c’est l’empathie émotionnelle). L’empathie apparaît chez le bébé dès la deuxième année, aussitôt qu’il est capable de faire la distinction entre l’autre et lui. Certains auteurs placent cette distinction vers le premier mois (Stern D., 1989). Les animaux aussi en sont capables (De Waal F.), mais l’être humain se caractérise par une exceptionnelle capacité de faire servir ses capacités d’empathie à ses intérêts personnels. La compréhension émotionnelle et cognitive qu’il a de l’autre est alors utilisée pour le manipuler, voire l’éliminer.

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