Autour des Extra-terrestres

Notre civilisation est-elle la seule ? Existe-t-il d’autres planètes avec la vie ? Et si oui, existe-t-il d’autres civilisations plus avancées que la nôtre? Cherchent-elles à prendre contact avec la nôtre ?

1. Les extraterrestres, une croyance bien implantée

Il est impossible de faire le tour de l’abondante production en littérature, livres, DVD, vidéos sur le sujet, vous vous en doutez bien. Et ce n’est pas l’objet de cette causerie, qui est d’abord de donner des éléments de discernement spirituel chrétien.

La notion d’OVNI (en anglais : UFO : Unidentified Flying Object) a été créée par Edward J. Ruppelt, ancien capitaine de l’USAF, pour remplacer celle de « Flying Saucer », utilisée généralement à partir de 1947 après l’annonce officielle de la première information de ce type. En français, on utilise le sigle correspondant à la traduction exacte de cette terminologie anglaise : « Objets volants non identifiés » (OVNI). Par analogie aux contacts avec des véhicules prétendument cosmiques (soucoupes volantes), dont l’origine remonterait à des civilisations extraterrestres, on parle aussi des prétendues rencontres avec leurs passagers — appelés souvent EBE (Entités Biologiques Extraterrestres), ET, Ufonautes, Humanoïdes, Cosmites, ou justement — et ce nom est peut-être le plus juste — Étrangers (en anglais Aliens).

Si vous vous intéressez à une méthodologie pour l’étude du phénomène ufologique, vous pouvez lire sur le net l’article d’Éric Déguillaume, « La zététique appliquée à l’ufologie », la zététique se présentant comme une méthode de recherche fondée sur le doute et la vérification des informations.

http://zetetique.fr/index.php/dossiers/288-zetetique-ufologie

Ce qui est certain, c’est que, dans le milieu des médias people, nous sommes l’objet d’un matraquage et d’un formatage continuel. Science et Vie de sept. 2013 titre : « Les scientifiques en sont convaincus, nous ne sommes pas seuls ! Les arguments qui changent la donne ». Ou encore en sept. 2014 : « Voie lactée, 9 milliards de planètes habitables ! »

Les sites internets ne sont pas en reste, et peuvent donner lieu à des délires non dissimulés. Côté russe, le premier ministre Medvedev, après avoir complété une entrevue sur caméra le 7 décembre 2012 avec des journalistes à Moscou, a continué à répondre aux journalistes et a fait quelques commentaires sans réaliser que son micro était toujours ouvert. Un journaliste lui a ensuite demandé si « le président avait en main des dossiers secrets sur les extraterrestres quand il a reçu la mallette nécessaire pour activer l’arsenal nucléaire de la Russie ? » Medvedev a répondu : « Avec la mallette contenant les codes nucléaires, le président du pays reçoit un dossier spécial « top secret ». Ce dossier dans son intégralité contient des informations au sujet des extraterrestres qui ont visité notre planète. Parallèlement à cela, il reçoit un rapport des services spéciaux absolument secret qui exercent un contrôle sur les extraterrestres sur le territoire de notre pays… »

Ou encore, côté américain, l’ancien conseiller du Pentagone, Timothy Good, auteur de Above Top Secret : Le cover-up mondial des OVNIs, a déclaré en février 2012, que l’ancien président Dwight Eisenhower avait tenu trois réunions secrètes avec les extraterrestres qui étaient « nordiques » en apparence et dans lesquelles un « pacte » a été signé pour garder secret leur agenda sur la Terre… Arrêtons-nous là !

hommes verts
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http://www.wikistrike.com/2015/05/la-russie-demande-aux-usa-de-dire-la-verite-sur-les-extraterrestres.html

2. Quelle réponse chrétienne à la question : sommes-nous seuls dans l’univers ?

Dans la postface du petit livre (40 pages) du P. Guy Consolmagno, jésuite, astronome au Vatican, « Les extraterrestres existent-ils ? » (Éd. Quasar, 2013), M. Philippe Quentin, professeur à l’Université Bordeaux 1, après avoir fait un rapide historique des réponses apportées à la question au cours de l’histoire, écrit :

« Dans le parcours auquel il nous invite dans ce livre, tout part de l’intuition que nous ne sommes pas les seuls êtres intelligents dans l’univers. Pour autant, malgré l’incroyable progrès de nos connaissances, sujet que l’auteur développe avec talent, reviennent comme un leitmotiv, ponctuant tel le chœur antique l’avancée du discours, ces quelques mots : « Nous ne savons pas. » Ceci, en soi seul, nous situe dans une démarche proprement scientifique. Notre ignorance est un état de fait, certes, mais elle est « docte ignorance », dirait Nicolas de Cuse, étant accompagnée et comme éclairée par un regard acéré sur le travail accompli, et constitue certainement un aiguillon pour avancer plus loin, en eau profonde…

En regard de ces considérations, l’auteur s’appuie fermement sur deux données théologiques de base : le principe de plénitude, évoqué plus haut, et le caractère complet et définitif de la Révélation selon laquelle Dieu aime de façon inaltérable tout être humain – à la liberté de l’homme de l’accepter ou non. La première conviction souligne l’incohérence d’une limitation a priori des capacités créatrices de Dieu, tandis que la seconde affirme avec Saint Paul « qu’aucune autre créature ne saurait nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 8, 39).

Alors, sommes-nous seuls ? Peut-être bien que non… En tout cas, pour un tenant lucide de la foi catholique, ne pas être seuls au monde ne saurait constituer une source d’inquiétude.

Après tout, pour ce qui concerne son propre salut, on peut prendre à son compte ce que Jésus disait à saint Pierre au bord du lac de Tibériade : « Que t’importe ?  Toi, suis-moi » (Jn 21, 22). »

Rien n’empêche, en effet, de penser que Dieu, de son éternel présent, ait pu créer d’autres univers complètement étrangers au nôtre et sur lesquels nous n’aurons jamais d’informations, n’ayant avec eux aucune connexion. Mais imaginer de tels univers n’a strictement aucun intérêt et ne pourrait éventuellement que nous détourner de la réalité tant de la vie temporelle que de la vie éternelle.

Le P. Yannik Bonnet, dans un petit article genre « réponse aux questions » (L’homme Nouveau, 26 avril 2008) écrit :

« Il me semble que cette fiction est radicalement hétérogène avec la Révélation. Cette dernière nous parle de ce Dieu auquel notre seule raison nous permet d’accéder avec certitude : la contemplation de la création conduit logiquement à la conviction de l’existence du Créateur.

Ce Dieu nous révèle qu’Il est Amour, unique mais en trois Personnes, et qu’Il a créé par amour des êtres doués de libre arbitre, les anges et les hommes. C’est grâce à cette caractéristique du libre arbitre, que ces créatures peuvent, par choix délibéré, aimer et participer à la vie divine, pour laquelle ils ont été créés. La Révélation nous dévoile que, dans le plan de Dieu, il y a un lien mystérieux entre cette accession à la vie divine proposée aux anges et aux hommes. Les uns, les anges, sont des esprits immatériels, les autres, les hommes, des êtres de chair et d’esprit. Quant à Dieu, en Jésus-Christ, Il s’est fait homme tout en restant le Verbe Éternel, préexistant à la création des anges, des hommes et de tout l’univers.

On ne voit pas pourquoi Dieu, qui est Lumière et Vérité, nous aurait caché l’existence d’une troisième catégorie d’êtres doués d’intelligence et de volonté, susceptibles d’avoir des contacts avec nous et donc un impact sur notre vie terrestre, dont le Christ nous a dit que sa seule fonction est de nous faire cheminer vers la vraie vie, la vie éternelle. Les extraterrestres sont une pure fiction, n’ont aucune réalité ; l’intérêt suscité par leur existence supposée chez certains ne peut que les détourner du réel et de la recherche du chemin du salut. »

Voici quelques brefs extraits du livre du P. Consolmagno :

« Le premier et le plus important fait auquel nous ayons à faire face dès lors que nous nous posons la question de l’intelligence extraterrestre, est celui-ci : nous ne savons pas. De toutes les planètes que nous avons découvertes en orbite autour d’autres étoiles, il n’est pas clairement établi que l’une d’elles offre un lieu adapté à la vie telle que nous la connaissons. Sur aucune d’elles, pas plus d’ailleurs – pour rester plus proche de nous – que n’importe où dans notre propre système solaire, nous n’avons trouvé la preuve, complète et irréfutable, que la vie ait pu démarrer en quelque autre endroit qu’ici, sur la Terre. Pour autant que nous sachions avec certitude, nous pourrions bien être seuls. » (p. 5)

« Quand bien même la vie serait possible dans tous ces lieux, la découvrir effectivement serait très difficile, compte tenu de l’état actuel de nos moyens techniques. Même s’il existe plusieurs endroits dans notre système solaire où la vie pourrait être trouvée, ce n’est qu’en un seul lieu, la planète Terre, qu’elle a été trouvée jusqu’à présent. Nous ne pouvons pas encore dire si la vie est chose commune ou rare. Nous ne savons pas. » (p. 16)

« Le résultat de toute cette discussion est simple : il n’y a rien dans les Saintes Écritures qui confirme ou infirme la possibilité d’une vie intelligente ailleurs dans l’univers. Nous ne savons pas. Nous sommes libres de spéculer à ce sujet. Mais cette spéculation est limitée par deux faits que nous reconnaissons comme des points centraux de notre foi. Tout d’abord, tout ce qui pourrait exister ailleurs est création d’un Dieu d’amour. Ensuite, indépendamment de la question de savoir ce que Dieu aurait ou n’aurait pas créé ailleurs, rien de ce qui existerait ailleurs ne peut contredire ce qu’Il a fait ici pour nous. » (p. 27)
Le dessinateur américain de bandes dessinées Walt Kelly (1913-1973)a peut-être fourni la vision la plus pertinente du débat à propos de l’intelligence extraterrestre. Au début des années 1970, Pogo, personnage d’un de ses ouvrages, proposait cette réflexion :

« Il n’y a que deux possibilités : ou bien il existe de la vie ailleurs dans l’univers qui est plus intelligente que la nôtre, ou bien nous sommes les êtres les plus intelligents de l’univers. Dans les deux cas, cette pensée a le grand pouvoir de nous rendre modestes.

La seule éventualité d’une vie intelligente ailleurs souligne le caractère humain – ou au moins presque humain – des observations astronomiques les mieux établies sur l’immensité de notre univers. Pour des catholiques, faute de réponse certaine, l’étude de cette question invite à retrouver la place de l’homme. Elle devrait nous conduire à nous concentrer sur la contemplation de la grandeur de Dieu et de Son amour tout particulier pour nous. » (p. 33)

Pour terminer, un autre point de vue récent, celui du P. José Funes, directeur de l’Observatoire astronomique du Vatican

Après l’annonce par la Nasa de la découverte de Kepler 452b, une planète semblable à la Terre, il a expliqué, vendredi 31 juillet 2015, à l’Agence France-Presse, ne pas croire à une rencontre avec des extraterrestres.

Pour ce jésuite argentin, l’existence d’une vie et d’une forme d’intelligence sur Kepler 425b est « probable » même s’il reste « sceptique ». Il rappelle qu’il n’en existe « aucune preuve » et que « nous ne le saurons sans doute jamais », en raison des distances qui séparent les deux planètes. « Peut-être serai-je contredit demain, mais je ne crois pas que nous arrivions un jour à rencontrer un M. Spock », plaisante-t-il en faisant référence au personnage de la série « Star Trek ».

M. Spock
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Insistant sur le fait qu’il parle en son nom propre, en l’absence de « position officielle du Vatican » sur ces sujets, le P. José Funes affirme ainsi que  jusqu’à ce que nous ayons un résultat concret, accepté par la communauté scientifique, il est inutile de se lancer dans des commentaires hasardeux .

Et même si une vie intelligente en dehors de la Terre était découverte, il n’y verrait « pas de contradiction avec la foi chrétienne ». D’après lui, l’incarnation de Dieu est un « événement unique » dans l’histoire de l’humanité et même « de l’univers », et il ne peut exister un « autre Jésus ».  Dieu s’est fait homme en Jésus, mais sur notre Terre, en Palestine, il y a 2 000 ans. Et il n’a pas choisi un Français, un Italien ou un Argentin, il a choisi un juif , précise-t-il en souriant.

Il tient cependant à saluer « une bonne nouvelle » dans la découverte de l’exoplanète.  Ce que j’ai appris de tout cela, c’est que la recherche d’une autre vie dans l’univers nous aide à nous comprendre mieux, à nous rendre compte du rôle qui est le nôtre dans cet univers, à comprendre ce que signifie la vie, ce que veut dire être intelligent, ce qu’est une civilisation , soutient-il.

L’observatoire astronomique du Vatican, qu’il dirige, se trouve à proximité de la résidence d’été du pape à Castel Gandolfo, dans les Monts Albains près de Rome. Des scientifiques y mènent des recherches sur les météorites, les galaxies, l’origine du monde et le big bang. Une activité qui  ne va pas à l’encontre de ce que dit Dieu, car l’Église promeut la science, une science de qualité , assure-t-il.

3. Interprétation des expériences avec les OVNI comme phénomène occultiste et spirite

Ce texte a pour auteur le P. Aleksander Posacki, s.j. Il est extrait de deux chapitres du livre « Psychologie et Nouvel Âge », Éd. Bénédictines, 2009 : Étranger ? Mais de quel monde ? (pp. 111-129), Les Étrangers comme anciens « dieux » et nouveaux « messies » (pp. 131-149). Ce ne sont ici que des extraits, et la lecture des textes complets s’impose, pour une bonne compréhension et maîtrise de la problématique très intéressante exposée par l’auteur.

Ce « monde merveilleux » est bien bizarre
(Étranger ? Mais de quel monde ?)

[…] L’idée de la perfection infinie du développement de la science et de la technique est impossible à concilier avec le fait récemment célèbre de l’enlèvement ou du rapt de personnes par des extraterrestres. D’autant plus s’il s’agit, selon l’opinion la plus répandue, d’enlèvements pour des recherches sur l’homme et d’expérimentations génétiques. En effet, si une communauté a atteint un tel niveau de développement qu’elle puisse manipuler le temps et l’espace, et voyager entre les galaxies, théoriquement, elle ne devrait pas avoir besoin d’entreprendre des recherches aussi grossières sur l’homme. Sans parler ici du fait que, probablement, chaque communauté parvenue à un tel degré de développement devrait pouvoir considérer un tel comportement comme immoral.

De plus, certaines visions du monde parfait, basées sur les OVNI, font penser aux visions irréelles ou plutôt à celles résultant du penser magique, décrites auparavant dans de nombreuses utopies littéraires (y compris dans la littérature de science-fiction) qui expriment des rêves humains. […] Dans les prétendus messages des Cosmites qui, pour ainsi dire avec bienveillance (et aussi dans leur propre intérêt), avertissaient l’homme contre les abus de l’énergie nucléaire et contre la possibilité de l’autodestruction, transparaissait le message sur le monde parfait mais aussi sur le régime socialiste et l’autorité centrale. Les précurseurs de l’idéologie des soucoupes volantes, G. Adamski et D. Leslie, s’inspiraient de la littérature théosophique, surtout des œuvres de Blavatsky, de Sinnet, mais aussi de Besant, de Bailey ou de Leadbeater. Cela fait penser à la vision prévenante de Huxley ou d’Orwell. Le monde trop parfait apparaît en fait toujours comme trop peu humain (N. Berdiaev), et le monde privé de démocratie et de liberté individuelle est une régression (K. Lorenz).

D’autant plus que, généralement parlant, les intentions des Étrangers ne sont pas très claires. Camouflage bizarre, absence de contacts officiels, enlèvements ou rapts mystérieux liés à la violence (suscitant la peur), ou dans le but d’expérimentations sur des humains (ou moins de leur observation approfondie) enlevés dans des vaisseaux prétendument spatiaux : tout cela suscite des doutes quant aux intentions et à l’éthique des Cosmites, habitants des mondes parfaits, des civilisations extraterrestres.

On affirme aussi qu’ils procèdent ainsi pour ne pas captiver l’intelligence humaine par l’évidence de leur présence, pour que l’homme, en profitant de différentes données, s’ouvre à leur contact en toute liberté. Ils diffèrent entre eux par la grandeur, la couleur, la structure, le type de comportement qui va du banal ou burlesque jusqu’à une certaine forme de gravité, et ils portent un message concernant les Idées sur le Monde. Ils diffèrent aussi par le type d’action, que l’on peut qualifier d’éthique, correcte ou parfois de violente, pleine d’agressivité, avec y compris viol ou meurtre.

Du point de vue théologique, dans la tradition spirituelle et mystique chrétienne, il est évident et généralement connu que le démon se cache pour nuire davantage. L’absence de preuves de l’existence des OVNI pourrait donc s’expliquer non tellement par le fait que ces preuves soient cachées mais par le fait que les Étrangers eux-mêmes se cachent. Le malfaiteur fait de même pour ne pas être démasqué.

La violence comme carte de visite

Ce qui dévoile un peu le mystère, c’est que « les êtres OVNI » agissent à travers la violence. Parfois, il s’agit plus d’une violence sexuelle que d’une violence qui s’exprime par des rapts en vue d’expérimentations et de recherches. Au cours des dernières années, on relève beaucoup de preuves qui suggèrent que certains rapts faits par des OVNIs se rapprochent davantage des abus sexuels que des recherches scientifiques sur la génétique. […]

L’hostilité montrée aux hommes dévoile la nature probablement démoniaque de ces êtres. Ils utilisent la contrainte et la violence, en influençant l’intelligence et la volonté des humains à l’aide de la violence physique ou de la télépathie. On connaît aussi des histoires suggérant que des êtres étrangers ont enlevé des personnes, comme on vient de le mentionner. Il existe une riche littérature consacrée aux disparitions mystérieuses. On rencontre aussi des attaques directes des Étrangers contre des humains, qui souvent aboutissent au meurtre de ces derniers.

Bien que le thème de la lumière se répète sans cesse, comme dans l’ancien occultisme (luciférisme), l’activité des « êtres OVNI » est souvent très ténébreuse et terrifiante. Tel ces preuves de l’activité hostile des êtres intelligents inconnus : 1. Cas avec des monstres terrifiants. 2. Mutilations cruelles d’animaux. 3. Expériences terrifiantes des personnes enlevées. 4. Attaques avec des armes en forme de faisceaux de lumière. 5. Visites d’horribles Hommes en Noir.

Selon l’interprétation plus optimiste de C. G. Jung, les contacts avec les Cosmites sont une projection de l’Inconscient. Les contacts avec les OVNIs sont en effet étonnamment absurdes, privés de finalité ou de tâche quelconque ; cela fait penser à la perception du monde par des personnes hypnotisées. Cela ressemble à la rencontre avec les personnages du monde de l’Inconscient, avec les symboles d’un monde inconnu ou avec le monde souterrain du chaos et de l’obscurité.

La ressemblance avec les rites de l’initiation, religieux ou occultistes, remarquée dans ces rencontres, peut donc être interprétée de deux manières : ou bien c’est le contact avec un symbole irrationnel, ouvert aux significations, contact motivé par le désir d’un « monde nouveau, magnifique » (A. Huxley) ; ou bien c’est le contact avec le monde souterrain, chaotique, spirite et démoniaque. Les images paraphysiques sont seulement une projection du monde psychique où on ne peut pourtant pas exclure le facteur démoniaque. Certaines personnes ayant un contact avec les Étrangers ressemblent souvent aux médiums spirites, de même que les matérialisations et les dématérialisations bizarres des objets prétendus volants ressemblent à des phénomènes analogues au cours des séances spirites.

La ressemblance phénoménologique du contact avec les Cosmites et celle des expériences spirites (aussi dans leur version channeling) se dessine nettement, si on reconstruit le schéma général de l’expérience :

  1. L’Univers (le Cosmos) se trouve sous contrôle d’êtres soi-disant bienveillants (esprits), placés très haut sur l’échelle de l’évolution.
  2. Ces êtres sont censés nous nourrir d’une façon désintéressée, avec les ressources illimitées de leur expérience, connaissance et puissance.
  3. Si nous voulons nous ouvrir à cette connaissance et à cette puissance et montrer une sorte d’obéissance, ces êtres nous guideront dans l’évolution spirituelle, orientée vers la perfection ou même la divinité.

Pourquoi une interprétation démonologique ?

Non seulement les incertitudes décrites ci-dessus, les pistes suggérant l’initiation religieuse ou le fait de violence, mais encore la ressemblance de certains types anthropoïdes des Cosmites avec des représentations des démons du Moyen Âge, autorisent à expliquer les phénomènes OVNI par des actions cachées et sournoises des démons. Et dans le sens contraire, on assiste ici à une sorte de démythologisation parascientifique ou pseudo scientifique du monde des démons à l’aide du monde des Cosmites. L’interprétation démonologique est en plus rendue valable par le fait que de nombreuses relations sur les OVNI ressemblent à l’histoire des possessions démoniaques, décrite dans les vies de saints. L’enlèvement par les démons a été relaté dans la vie de saint Nil Sorsky, et des contacts semblables aux rencontres avec les OVNI ont été le fait pour saint Martin de Tours. Le prêtre orthodoxe, le Père Séraphin Rose, a remarqué aussi que dans de nombreux témoignages l’aspect extérieur des êtres étrangers est identique à la description des démons dans la littérature spirituelle orthodoxe. Il a rappelé que la description de deux cas d’enlèvement par les diables en Russie, au XVe et XIXe siècles, semble identique à celle de rapts contemporains par des extraterrestres.

[…] De telles interprétations sont renforcées par le fait que le contact avec les Cosmites se fait souvent sous forme de channeling (qui est une nouvelle forme de spiritisme) ou sous forme d’un contact parapsychique, induit par exemple par une hypnose ordinaire. Notons aussi que ceux qui ont fait l’expérience d’un tel contact avaient déjà été engagés dans une expérience mystique ou pseudo mystique (occultiste, parapsychologique), comme l’a soulevé l’éminent chercheur de ce phénomène, J.-B. Renard.

Habituellement, ce contact n’est pas désintéressé, mais il est motivé par la recherche de sa propre divinité auprès de ceux qui sont censés la posséder et qui peuvent l’offrir (mais est-ce gratuitement ?). Cela ressemble à la recherche de la puissance dans le cadre des pratiques magiques et spirites, et à la tentation par le pacte avec des puissances d’origine inconnue, comme l’a fait Faust. Il n’est donc pas étonnant que dans certains cas naisse un culte idolâtrique des Cosmites.

Une transformation totale vers… « une double identité »

Ce qu’il y a d’étonnant ici, c’est le passage de l’état de victime de l’enlèvement à celui de témoin de contact. Parfois, il s’agit d’un simple contact ou toucher. Après ce contact, la conscience change, l’amour pour celui qui vient d’être persécuteur apparaît, les Idées sur le Monde changent en s’orientant vers le panthéisme.

Cette transformation totale de la personne enlevée par des Étrangers est intéressante ; elle fait penser à un processus de l’initiation parareligieuse. L’homme, après avoir vécu une sorte de mort initiatique de son ego, commence à considérer les ravisseurs comme une sorte de médiateurs divins (par exemple entre lui-même et la source originelle de la création, la divinité ou Dieu), ce qui crée une sorte de culte idolâtrique.

Pourtant le résultat de telles rencontres, profondément traumatisantes, est souvent la désintégration de la personnalité ou le suicide. Cela montre une autre ressemblance avec des phénomènes parareligieux, à savoir spirites ou occultistes, qui provoquent des résultats analogues chez les personnes qui entrent en contact avec ce genre de réalité, surtout pour nombre d’entre elles qui captent des messages par télépathie.

[…] Un aspect intéressant des enlèvements consiste en une sorte de changement initiatique qui touche non seulement la transformation de la conscience, mais aussi celle des Idées sur le Monde. nous avons affaire à la découverte d’une double identité des victimes : celle de la victime et celle des Étrangers en même temps. D’ailleurs, souvent, on accède à cette identité par la thérapie sous hypnose (qui, en elle-même, est déjà problématique).

On ne saurait dire toutefois clairement si la transformation de la conscience (vers une double identité) est un effet secondaire de la résolution d’une expérience traumatisante, ou bien si elle constitue une caractéristique immanente de ce phénomène. Une personne enlevée, Sheila, a reconnu son lien avec des êtres étrangers au moment où elle a regardé le chef des Étrangers droit dans les yeux et s’est soumise à son pouvoir. Ainsi a-t-elle adopté les Idées sur le Monde basées sur une profonde préoccupation pour l’écologie, qui lui ont été suggérées alors.

Une autre enlevée, Catherine, après avoir noué des liens avec les Étrangers, a compris combien sont forts et entre-tissés les liens entre toutes les manifestations de la vie sur notre planète. On l’a rendue consciente aussi de la question, si difficile à comprendre pour les Occidentaux, de la continuité qui se manifeste dans la réincarnation. Une autre enlevée, Lee, a été soumise à une profonde régression hypnotique qui a révélé que Lee avait été enlevée à bord d’un OVNI alors qu’elle était jeune adolescente ; là, on avait mis une sonde dans son vagin et prélevé un tissu, probablement un ovule. Dix jours plus tard, elle était partie pour quelques mois en Inde, afin d’étudier le bouddhisme tibétain (!) Comme elle le constate elle-même, l’expérience avec l’OVNI a causé chez elle un traumatisme sexuel, mais a suscité aussi en elle un prétendu « développement spirituel et a développé la sensibilité à tout ce qui est vivant — depuis les insectes jusqu’aux êtres d’autres dimensions et systèmes planétaires ». Elle a vécu, comme elle le constate, un développement de la conscience unique et agité, pour lequel elle est très reconnaissante aux forces qu’elle ne sait même pas nommer. Elle a ajouté que « le bouddhisme tibétain reconnaît en grande partie de telles rencontres spirituelles et la conscientisation des personnes enlevées ».

Scott, abusé par des Étrangers, a senti depuis leur présence permanente dans son esprit. Il a constaté ensuite : « Mon ouverture par rapport à eux a débloqué aussi certains mécanismes en moi […]. Cette entrée dans la sphère de l’esprit s’est produite sans aucune préparation. Et pourtant les yogins travaillent bien dur pendant de longues années pour obtenir un niveau spirituel plus élevé. »

L’initiation qui conduit à la possession ?

Ce qui est étonnant ici, c’est la juxtaposition de la violence avilissante, que rien ne justifie, et le développement ou le pseudo développement spirituel de type écologique, bouddhique, ou bien strictement occultiste : médiumnique ou chamanique. Du point de vue chrétien, on peut supposer ici une intervention démoniaque, ce qui est suggéré aussi par le fait de la double identité qu’on peut interpréter comme un phénomène de possession démoniaque ou d’une certaine démonisation. Elle se réalise dans le cas d’une initiation étrange (rencontre) qui ressemble à une initiation occultiste ou bien spirite, typique des expériences du Nouvel Âge. Cette possibilité est indiquée par le phénomène même de channeling médiumnique.

[…] Beaucoup de personnes enlevées vivent une sorte d’extase. Et cela, parce qu’à travers l’expérience (et sa répétition dans les transes) de la création dans le cosmos, elles s’ouvrent en quelque sorte à la source divine. Les enlevés ressentent une unité extraordinaire de tous les êtres et de toutes les créatures, le lien avec la nature et les esprits, et aussi avec les animaux, car les Étrangers peuvent se manifester aussi sous la forme d’animaux (comme les esprits dans le chamanisme). À travers les interactions avec les Étrangers, les personnes enlevées s’approcheraient, dit-on, des racines spirituelles, cosmiques, de la lumière divine.

Pour Dawid, l’enlevé, la spiritualité des Indiens, le chamanisme, les forces de la nature, les réalités différentes, l’énergie chi, le karaté, les expériences de la réincarnation et d’enlèvement, sont les pièces d’un puzzle total. Le lien direct se fait souvent à travers le contact visuel. Les enlevés confirmaient maintes fois qu’en regardant dans ces grands yeux omniscients des Cosmites, ils font l’expérience de l’amour qui embrasse tout. Ce contact est pour eux bien plus fort qu’un lien quelconque entre les humains. […]

La propagation de l’idéologie du Nouvel Âge (Les Étrangers comme anciens « dieux » et nouveaux »messies »)
Dans une telle situation, les craintes de tromperie spirituelle (démoniaque) ne sont donc pas infondées, car les conceptions de ce genre aussi bien en théorie qu’en pratique répondent à l’idéologie du Nouvel Âge et y sont assimilées (par exemple, l’idéologie de l’énergie ou de la puissance cosmique, de la conscience planétaire mondiale, la propagation de la technologie spirituelle, de la religion scientifique, du matérialisme spirituel). Le Nouvel Âge n’a pas cessé d’exercer son influence.

Dans ses publications officielles, le Nouvel Âge flatte les Cosmites, de même que les autres cultures non-européennes ou non-chrétiennes. L’idéologie de l’OVNI s’appuie sur les mêmes piliers théoriques que l’idéologie du Nouvel Âge :

– Le diagnostic de crise écologique.

– La création d’un champ de conscience planétaire qui permettra de sauver la Terre.

– Le pragmatisme technocrate qui domine tout dans l’action pour : sauver la Terre. Au mieux : en attendant un salut de la part des dieux du cosmos. Du point de vue chrétien (où l’interprétation démonologique peut apparaître), un tel penchant de l’intelligence et du cœur suffit pour incliner l’homme vers l’idolâtrie, et favorise l’apparition des êtres démoniaques, par exemple sous la forme d’OVNI. […]

Le discernement spirituel chrétien

Célèbre pour ses recherches dans le domaine de l’occultisme, le père Séraphin Rose, moine orthodoxe mort en odeur de sainteté, est convaincu que les rapts contemporains par les OVNI sont une forme de possession démoniaque, décrite dans la tradition depuis de longs siècles. Il constate que  les hommes contemporains, fiers de leur illumination et de leur sagesse, sont de nouveau confrontés à l’expérience d’un contact avec l’illusion démoniaque, mais ils n’ont plus les idées chrétiennes sur le monde qui leur permettraient d’évaluer ce phénomène de façon juste .

[…] Il est difficile de résister à la conclusion qu’il s’agit ici de démons ou de fantômes créés par eux. Quelques facteurs l’indiquent :

  1. Les Étrangers « ont l’aspect des démons tels qu’ils apparaissent dans les descriptions connues de la tradition ecclésiale. Ils semblent des êtres matériels mais, en même temps, ils sont transparents ou lumineux, comme immatériels. Conformément à l’enseignement de l’Église, les démons sont des êtres spirituels — des Anges déchus. Ils se nourrissent des passions humaines, mais eux-mêmes sont déchus et pervers. Durant la plupart des enlèvements, les gens sont abusés sexuellement ».
  2. «… selon la plupart des faits rapportés, au cours des « examens » […] », les Étrangers « infligent une douleur aux enlevés et leur font peur. Dans la littérature spirituelle, surtout dans les vies des saints, on peut trouver de nombreuses descriptions des attaques physiques des démons contre des chrétiens. Si les Étrangers avaient vraiment été des extraterrestres spiritualisés du cosmos et non des démons, ils auraient sûrement épargné aux gens les souffrances. En réalité, ils ne veulent pas adoucir la douleur physique et psychique mais, au contraire, l’infliger aux victimes arrêtées. »
  3. Les Étrangers suscitent « le sentiment de peur et de dégoût qui accompagne les humains au cours de la première rencontre ; il disparaît seulement après la soumission spirituelle de l’homme à ses ravisseurs. Ce sont des manipulations démoniaques typiques, connues de la tradition chrétienne. Les démons tendent méthodiquement à vaincre le dégoût naturel que leur proximité suscite aux humains et à le remplacer par la confiance à leur égard. »
  4. « Les effets spirituels des contacts avec les étrangers sont complètement antichrétiens. Les personnes enlevées abandonnent la tradition universelle du christianisme orthodoxe, en pratiquant une spiritualité fausse, apparentée à la pseudo-religiosité du Nouvel Âge, qui leur est transmise par la voie de l’illusion démoniaque. Ces gens ne se trouvent plus sur le chemin de perfectionnement et de transformation de la personne humaine, chemin chrétien, théocentrique, soutenu par la grâce de Dieu. De « nouvelles Idées sur le Monde » les amènent à l’extinction de la personnalité, à la foi en la nécessité de se fondre dans l’Un, qui constitue la compréhension païenne du Paradis et du Salut. […] »

Les religions en tant que culte de l’OVNI (Les Étrangers comme anciens « dieux » et nouveaux « messies »)

Erich von Daniken, businessman-hôtelier et chercheur du phénomène de l’OVNI, autodidacte et dilettante, fut peut-être le premier dans les médias à donner aux Étrangers le nom de dieux. Les chariots des Dieux (1968) est le premier des livres de Daniken, jouissant d’une énorme renommée.

Titre du livre de Daniken

L’auteur affirmait que les extraterrestres ont visité la Terre il y a 10 000 ans, et qu’ils y ont créé les hommes en modifiant à leur image les gènes des singes anthropoïdes. Ils « sont restés sur la terre pendant un certain temps, et ils ont été, dit-on, adorés comme des dieux. De nombreuses et sérieuses analyses ont réfuté comme fiction totale les abondants arguments de Daniken. L’auteur lui-même a avoué avoir traité ses matériaux très librement, ce qui ne l’a pas empêché de publier une dizaine de livres vendus au total à plus de 50 millions d’exemplaires.

Moise et Ovni !

Les différents titres d’une vingtaine de livres de Daniken (par exemple, L’or des Dieux, Les Dieux étaient astronautes) témoignent d’une sorte d’obsession pour ce sujet, indiquant non seulement des recherches dans le domaine de l’OVNI ou de la culture, mais aussi une sorte de recherche au niveau religieux. Il s’agit de prouver ici, non pas tant que les ovnis sont dieux, mais que tous les dieux sont justement des ovnis.

[…] Il y a là un abus théologique, sous la forme d’une tendance de plus en plus fréquente à expliquer tous les phénomènes religieux de cette manière. Il s’agit ici de l’utilisation illicite de termes ufologiques appliqués à l’interprétation de l’histoire de la religion dans sa totalité, et à la lecture des écrits et des mythologies anciennes, écrits considérés dans ce cas précis comme des récits déformés des visites des Cosmites (par exemple : la vision biblique d’Ezéchiel décrit un vaisseau spatial, l’étoile de Bethléem est un véhicule volant et les anges sont des Cosmites).

Est-ce pour cela que les recherches de Daniken se fondent toujours sur la question : Est-ce que les dieux ont été astronautes ? Il a constitué un large dossier dans le but de confirmer la théorie des dieux-astronautes, ainsi que l’hypothèse concernant de prétendues visites que les Étrangers auraient rendues à nos ancêtres. Il présuppose que, depuis les temps les plus anciens, les extraterrestres ont visité maintes fois la Terre « pour pousser l’évolution de l’homme plus en avant ». Les dieux ont créé l’homme à leur ressemblance — cette thèse, rencontrée dans différentes religions, est interprétée par Daniken avant tout à travers une réinterprétation de la Bible. Le péché originel est le résultat du croisement des Cosmites, Fils de Dieu révoltés, avec les Terriens (Gn 6, 1-2). « Dans ce drame préhistorique, le Très Haut, c’est-à-dire le chef du vaisseau spatial, avait évidemment de meilleures cartes que l’équipe révoltée. Il regardait avec préoccupation ce qui se passait sur la Terre. Le croisement des Cosmites avec les Terriens a donné comme résultat des êtres tout à fait différents du projet de la lignée Homo sapiens. C’était justement ce péché originel mythologique. Les humains ont hérité d’un matériel génétique non approprié, donc le Seigneur « se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre et il s’affligea dans son cœur », comme le dit le Livre de la Genèse (Gn 6, 6). »

Daniken indique que les Fils de Dieu sont traduits dans la Bible une fois comme géants, une autre fois comme enfants de Dieu, ou bien comme anges déchus ou êtres spirituels révoltés. Dans cette approche, les hommes, en tant que créations non réussies, seraient enfants des démons ou d’autres dieux gnostiques de second ordre. Les affirmations anthropologico-théologiques de Daniken sont donc un mélange de pseudoscience et d’affirmations religieuses arbitraires, qui sont le plus souvent une forme de redéfinition gnostique de la Bible et du christianisme. Ici, nous avons donc même affaire à une certaine démonisation de l’homme et aussi à une démonisation de Dieu. Une telle approche rend les théories de Daniken semblables aux théories satanistes, par exemple celles de La Vey.

L’idéologie ou une certaine religion de Daniken trouve sa continuation dans la mission d’un nouveau prophète, Raël (Claude Vorilhon), qui fonde sa propre secte (1974, Mouvement Raëlien). « En 1973, un jeune journaliste, Raël, a reçu un message pour l’humanité entière de la part d’un représentant de la civilisation extraterrestre […]. Toutes les formes de la vie sur la Terre, y compris l’homme, ont été créées scientifiquement par les Cosmites à l’aide de l’ingénierie génétique (synthèse de l’ADN). Ce sont eux qui ont commencé toutes les religions actuellement existantes. La Bible les nomme ELOHIM […], ils veulent prendre contact avec la civilisation terrestre. Dans cet objectif, il est nécessaire que les Terriens érigent une ambassade pour eux. Sommes-nous prêts à leur retour ? Cette transmission de l’espérance, qui aboutira à un renversement sans précédent dans notre société, est ridiculisée et attaquée par les autorités politiques et religieuses qui veulent tenir les gens dans l’ignorance. »

Les partisans de la théorie de C. Vorilhon se croient confesseurs de la religion scientifique du IIIe millénaire. Dans les doctrines des mouvements religieux à caractère apocalyptique, les Cosmites sont considérés comme une chance pour sauver la Terre d’une catastrophe qui la menace, et/ou pour monter à un niveau supérieur de l’existence ou de la conscience.

Les cultes de l’OVNI : une religion nouvelle

Différents cultes des OVNI, présentant un caractère nettement religieux, ont fait leur apparition. Parmi ces cultes, on compte le plus souvent : Antrovis, la Société Aetherius (Aetherius Society), l’Académie des Sciences Unarius (Unarius Academy of Science), le Mouvement Raëlien mentionné déjà et le Mouvement Urantia.

Selon différents groupes de ce type, les civilisations extraterrestres et leurs habitants réunissent des traits caractéristiques spécifiques :

  1. Le trait peut-être le plus important des groupes qui rendent à leur manière le culte aux Cosmites est l’acceptation de la transcendance des Cosmites. Cela s’exprime dans des expressions mettant en relief des caractéristiques absolues des habitants d’autres planètes : omniscience, perfection physique, psychique, technique et scientifique, et aussi disposition à sauver les Terriens. La transcendance des Cosmites est soulignée par leurs dénominations : Elohim, Frères de la lumière, Guides célestes.
  2. Un autre trait, c’est la révélation des Cosmites au fondateur. Des extraterrestres mystérieux se révèlent, dans un lieu désert, à un fondateur solitaire d’un groupe, à cause de ses traits caractéristiques personnels. Cette rencontre porte du fruit par le canal d’une relation, d’un témoignage écrit par le fondateur et qui devient livre sacré du groupe.
  3. Le message transmis par les Cosmites au fondateur élu d’un groupe contient habituellement une critique de la société terrestre avec des accents écologiques (destruction de la nature) et catastrophico-apocalyptiques (destruction de la nature comme un des facteurs qui annoncent l’extermination).
  4. Il n’y a donc que les Cosmites qui peuvent sauver l’humanité. Dans des groupes ufologiques naissent alors des attentes messianiques. L’attente d’un salut imminent a un caractère millénariste.
  5. C’est possible, parce que les Cosmites représentent une supertechnique infiniment supérieure à la terrestre. D’où la fascination par la technique, la mise en relief du caractère scientifique de la religion, l’intérêt pour la science et l’emploi d’un argot techno-scientifique spécifique.
  6. Il faut souligner que les fondateurs des groupes ufologiques avaient eu des expériences mystiques antérieures au sens de mysticisme large, conçu comme toute expérience extatique, y compris occultiste, ésotérique ou spirite. Cette dernière caractéristique semble très significative dans le discernement spirituel chrétien.

Les Étrangers se présentent donc comme des tuteurs providentiels de l’humanité, nouveaux messies, qui interviennent dans la vie de l’homme pour l’avertir d’un danger ou le préparer à accéder à un niveau supérieur de spiritualité. […] Des créatures disposant de puissances mystiques essaient, pour tromper les gens, de les préparer en démontant leurs Idées sur le Monde et leur conscience morale. Ils les endoctrinent avec une philosophie spirituelle ou une vision religieuse fondée sur l’évolution cosmique de la conscience et la conception impersonnelle de l’absolu. Que ce soient donc des Humanoïdes réels, visitant les hommes dans leurs véhicules cosmiques, ou simplement des démons : les uns et les autres détournent les gens de la vraie religion et du vrai chemin de salut.

Les messages antichrétiens des Étrangers

[…] Les Étrangers, bien que taciturnes pendant de nombreuses rencontres (ce qui ne veut pas dire qu’ils n’influencent pas les humains, en les manipulant, par exemple, par l’hypnose ou la télépathie), prononcent souvent des discours sophistiqués et des messages compliqués. On peut les décrire et les évaluer. Ce sont des messages concernant les Idées sur le Monde : messages philosophiques et aussi théologiques, qui rappellent en principe le message reçu dans l’expérience de channeling (même si le cas en question était sans rapport avec l’ufologie). Ce qui est bizarre, c’est qu’il s’agit ici principalement des Idées sur le Monde de type Nouvel Âge, ou des idées orientales simplifiées, védiques ou bouddhiques par exemple. Des éléments essentiels de ces idées ont déjà été diffusés par la tradition occultiste de la franc-maçonnerie et de la théosophie de H. Blavatsky (liée à la franc-maçonnerie et ayant une influence importante sur le Nouvel Âge) qui — comme nous l’avons mentionné — a été une source d’inspiration pour Daniken.

La vision du monde propagée ou proposée par les Étrangers peut être résumée en quelques points.

  1. La philosophie présentée par ces êtres montre un certain modèle conséquent qui s’oppose nettement à la science contemporaine (en renvoyant habituellement à la science de l’avenir dont le niveau est déjà atteint par les ufonautes).
  2. Ces Idées sur le Monde veulent persuader que la vie existe dans l’Univers entier. Il y a là justement les Humanoïdes qui possèdent une conscience et une vie affective (qui, en général, diffère de la vie affective humaine : on dit parfois — le plus souvent en s’appuyant sur l’expérience — qu’ils dépassent l’homme par leur niveau d’amour, mais on parle aussi d’une froideur plus grande de ces êtres). Généralement, ils possèdent aussi des capacités parapsychiques développées (télépathie, puissance de l’intelligence : psychokinésie).
  3. Il s’agit davantage d’avoir une conscience que d’être une personne. Les âmes conscientes habitent des corps matériels, en transmigrant d’un corps physique dans un autre, selon le processus de l’évolution cosmique de la conscience, en atteignant par degrés le progrès dans la vie spirituelle à travers différentes expériences dans des corps matériels successifs. (Il s’agit donc là de la migration des âmes ou de la réincarnation — qui s’opposent au dogme de la résurrection !) Comme le constate Katrin Ledermann, l’ex-leader du mouvement du Nouvel Âge, l’expérience centrale suprasensorielle ou spirituelle y est, aujourd’hui aussi, une certaine migration de l’âme où on a l’impression de quitter son propre corps et de se mouvoir dans une région qui se trouve hors de notre planète. Selon le P. M. Fuss, c’est la réincarnation qui constitue l’essence de l’expérience spirituelle dans le Nouvel Age. L’un et l’autre sont vrais et ont lieu ici.
  4. Le progrès spirituel consiste dans le développement de l’amour et de la compassion par rapport à tous les êtres, et dans le développement de la connaissance, de l’intelligence et des puissances parapsychiques.
  5. Les êtres, à des niveaux supérieurs du développement spirituel, collaborent entre eux dans un système organisé de gouvernement cosmique. À l’opposé de cela, la plupart des gens sur la terre sont considérés comme arriérés dans leur développement spirituel (barbares primitifs, demi-animaux, etc.).
  6. À part le corps physique, il existe un corps subtil, formé d’énergies plus subtiles que celles qui sont connues de la science contemporaine. Il existe aussi différents niveaux d’existence dans la réalité dite parallèle ou l’autre dimension.
  7. On y confesse le plus souvent la philosophie du panthéisme (tout est dieu), en parlant d’un dieu ou même d’un créateur mais qui est impersonnel, omniprésent, agissant à travers le monde de la nature. Ce dieu impersonnel est presque incompréhensible et inaccessible. À l’étape supérieure, ce dieu est considéré comme l’Un — un être éternel, sans dualité, plein de conscience, d’amour et de lumière. L’évolution de la conscience conduit finalement à l’expérience de l’Un ou à la pénétration en l’Un.

Une telle philosophie ou théologie antichrétienne émerge partiellement (ou dans sa totalité) de nombreux communiqués liés à l’OVNI — notamment du communiqué reçu par la voie du channeling (qui est — encore une analogie — la prière du Nouvel Âge et l’expérience spirituelle la plus importante) et dans les rencontres directes avec les êtres de l’OVNI.

Certains chercheurs disent que, dans l’explication de l’énigme OVNI, on ne peut pas exclure des communiqués télépathiques de la part des hommes-yogins qui représentent les Idées sur le Monde mentionnées ci-dessus. Une telle expérience de contact avec les mystiques tibétains aurait été le fait de femmes théosophes : H. Blavatsky et celle qui lui a succédé dans le mouvement théosophique, A. Bailey. Il est intéressant de constater que la finalité, choisie dans les communiqués médiumniques de Bailey et dans les messages des Étrangers, est semblable ! Elle consiste « d’une part en annihilation du matérialisme occidental et d’autre part en annihilation du dévouement sentimental de nombreux fidèles de nombreuses confessions ». Il faut surtout remplacer l’idée du Dieu personnel par une notion lointaine et abstraite du Très Haut, comme « Celui dont on ne peut rien dire ». Un des effets fondamentaux de l’influence de l’OVNI sur les personnes qui en traitent sérieusement (pas nécessairement tout de suite religieusement) est la destruction de leur image occidentale et scientifique de la réalité. Mais aussi la destruction du culte du Dieu personnel, surtout dans sa conception chrétienne.

Dans une grande partie des communiqués liés à l’OVNI existe une tendance à critiquer radicalement la religion et les Églises, et en particulier à noircir l’idée d’un Dieu personnel. De nombreux messages des OVNI, qui nous sont déjà connus et qui ont un contenu théologique, diffusent souvent une conception impersonnelle ou athée de Dieu, et certains attaquent directement les fondements de certaines religions qui incitent à l’offrande de soi, particulièrement du christianisme.

Le syncrétisme religieux antichrétien

Une forme du rejet du christianisme est sa redéfinition justement dans le syncrétisme religieux, qui n’est autre que la confusion intellectuelle des notions (erreur) et la profanation religieuse (péché). Les sectes religieuses inspirées par l’OVNI prônent souvent le syncrétisme religieux (au sens de pseudo-synthèse des grandes religions connues de l’humanité). Déjà, en 1954, un certain Georg King fonde l’Aetherius Society dont les confesseurs croient que tous les grands fondateurs de religions (Bouddha, Jésus, Krishna) sont membres de la Confrérie Blanche cosmite qui vient chez nous à l’aide des OVNI de différentes planètes de notre système. Des idées semblables ont été diffusées à partir de 1956 par un certain Sananda de Californie ; à son avis, depuis 260.000 ans, la Terre est gouvernée par « le gouvernement spirituel du Système Solaire » dont le régent porta successivement les noms d’Abel, de Noé, Melkisédek, Moïse, Bouddha, Socrate, Jésus, et, à partir de 1956, justement de Sananda. Ce gouvernement dirige, entre autres, le développement de la culture sur la terre, en essayant de changer progressivement l’humanité (à l’aide de la flotte OVNI).

Erich von Daniken, critiquant ou redéfinissant la religion judéo-chrétienne, et aussi d’autres religions (perses, babyloniennes, des Indes), crée sa propre religion. Pourtant, à la différence de la plupart des gnostiques, il ne s’attribue pas de révélation ni d’illumination mais affirme qu’il a connu la Vérité par la voie du raisonnement rationnel. Malgré cela il croit posséder une certaine capacité de perception non-sensorielle, bien qu’il ne soit pas clairvoyant au sens ordinaire du mot. Peut-être est-ce justement pour cela qu’il se réfère volontiers aux gnostiques de la période du christianisme primitif, aux apocryphes, surtout au Livre d’Enoch, et aussi à la Kabbale et à l’alchimie, par exemple à Paracelse. Il regarde d’une façon très critique les révélations reconnues par l’Église catholique. En revanche, il accepte avec admiration les révélations du fondateur des mormons, Joseph Smith, ou de la fondatrice de la théosophie, Hélène Blavatsky, qui vénère d’une façon spécifique Lucifer. C’est une forme de syncrétisme obscur, typique des idéologies occultistes, dont Daniken s’inspire passionnément.

Adam et Eve et le raélisme – source : Kmarinas86 (Own work) [GFDL (http://www.gnu.org/copyleft/fdl.html)
Raël aussi prône le syncrétisme à partir du moment où, en 1973, les extraterrestres l’ont contacté, en lui donnant le nom de Raël. De son message, nous apprenons que « tous les anciens textes de religion et toutes les légendes relatent leur séjour sur notre planète. Dans la Bible, ils sont appelés Elohim ; ce nom, au pluriel, est improprement traduit par « Dieu » mais il signifie : ceux qui sont venus du ciel. Ce sont eux qui ont initié toutes les anciennes religions grâce aux contacts avec certains prophètes, comme Moïse, Élie, Ézéchiel, Bouddha, Mahomet, Joseph Smith… Jésus a été fils de l’un d’eux et d’une terrienne, Marie ».

Pour finir vient l’Ordre du Temple Solaire (déjà mentionné), mouvement religieux syncrétiste à caractère apocalyptique. Il est né en 1984 dans le cadre de la Fondation de la Voie d’Or (Golden Way Foundation), créée en 1978 à Genève par J. Di Mambro. Ce dernier a été leader du groupe, tandis que L. Jouret, charismatique, représentait le mouvement à l’extérieur et était chargé de l’enseignement. Le gouvernement réel du mouvement aurait été exercé par de mystérieux « Maîtres de Zürich » (qui probablement n’existaient pas) ; Di Mambro transmettait leurs recommandations aux disciples. Dans les enseignements de la secte apparaissaient des emprunts au christianisme, au gnosticisme, à l’occultisme, à l’ésotérisme, des allusions à la tradition des templiers et à l’idée du mouvement de Rose-Croix AMORC (Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix). Le caractère apocalyptique de ce mouvement (ce trait n’a pas été mis en relief dans son image publique) se manifestait dans l’évaluation négative de la condition du monde, et l’énumération des cataclysmes menaçant la Terre. Une attention particulière était consacrée à l’état de la protection de l’environnement (Sz. Beznic). Cela est noble, mais s’est tragiquement terminé par un suicide et un meurtre collectifs.C’est de cette manière-là que fonctionne le mécanisme de la tromperie spirituelle, ou du piège spirituel, dont les conséquences — les fruits dangereux — sont parfois dissimulées jusqu’au bout.

C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez

L’angliciste américaine, le Dr Karla Turner, qui, pour sa part, a fait plusieurs fois l’expérience de l’« enlèvement » par les OVNI, est une de ces victimes qui disent savoir exactement ce qui leur est arrivé. À son avis, « l’état modifié de conscience » induit au cours de l’enlèvement empêche les témoins de faire une quelconque évaluation objective de la situation. Dans cet état modifié, écrit Turner, les Étrangers peuvent manipuler totalement l’homme, et ils le font en prenant le contrôle total de la situation, et, par conséquent, des informations qui se trouveront dans cette relation. Ainsi, ce que nous entendons est soumis à la censure totale de la part des extraterrestres. Tous ceux qui s’occupent de ce phénomène n’ont pas le droit de faire abstraction de ce fait. […]

L’auteur cité n’évalue pas les expériences avec les OVNI à partir d’une position théologique, mais à partir d’une position laïque et de sa propre expérience. Et pourtant, elle recommande quelque chose qu’on pourrait appeler préparation au discernement spirituel. Derrière des messages sublimes et positifs se cache en fait une force réelle, d’origine inconnue, qui dissimule ses intentions. D’où le connaissons-nous ? Nous vérifierons ces intentions à leurs fruits. Comme l’écrit le maître du discernement spirituel, Saint Ignace de Loyola, « l’ange de lumière (Exercices spirituels, 332) qui cache ses mauvaises intentions, obscurcit l’intelligence par ses manipulations, dissimule ses projets destructeurs (ibid., 140-142), peut être reconnu à la fin de nos pensées (ibid., 333) et à sa queue de serpent (ibid., 334). »

Dans le chapitre précédent, consacré aux OVNI, j’ai écrit qu’un fruit de la rencontre avec les Étrangers, c’est une transformation suspecte et soudaine des Idées sur le Monde, et une initiation dangereuse parareligieuse, pseudo-religieuse, occultiste ou spirite. Il faut mentionner aussi d’autres fruits qui l’accompagnent, comme de bizarres changements de personnalité, la confusion et la désorientation, l’angoisse et le chaos, des signes mystérieux et des blessures sur le corps. De quel esprit cela vient-il ? Sûrement pas du bon, même si cela était fait par les mains de Cosmites existant réellement.

Karla Turner, en examinant les enlèvements par les OVNI, pour comprendre le vécu de l’enlèvement qui la concernait elle-même et sa famille, a remarqué que dans le groupe de vingt-et-un enlevés : seize ont rapporté l’augmentation des capacités parapsychiques ; seize, des bruits non expliqués chez eux (par exemple, le bruit de pas sur le toit) ; seize, des troubles d’électricité non expliqués (par exemple, les postes de télé ou la lumière s’allumant mystérieusement) ; seize, l’apparition, au cours de la nuit, d’étranges cicatrices sur leurs corps (comme des traces de piqûres, des bleus et des traces de griffes) ; douze ont rapporté des phénomènes de type poltergeist (par exemple, à la maison, des objets apparaissent et disparaissent de façon inexplicable). Elle a remarqué aussi que les vingt-et-un enlevés ont tous parlé de voix mystérieuses, qu’ils entendaient (et qui, souvent, les appelaient par leur nom), et de sons (tels que bourdonnements et sifflements). La plupart de ces événements rapportés font pleinement partie de la catégorie des phénomènes parapsychiques.

Il faut rappeler aussi que les recherches sociologiques (et celles du psychiatre de Harvard, le Dr J. Mack) n’ont pas confirmé l’hypothèse selon laquelle les personnes qui croient aux OVNI sont avant tout des individus malades, malheureux, ayant tendance à penser en termes simplistes, marginaux, rejetant la société ou soulignant leur aliénation par des idées extravagantes affichées. Par contre, fut confirmée l’hypothèse que les personnes croyant aux OVNI s’intéressent en même temps aux autres réalités alternatives telles que l’astrologie ou, plus généralement, l’occultisme. Ces personnes aussi ont plus souvent affirmé avoir vu un OVNI de leurs propres yeux, et étaient plus portées à croire vraies des informations diffusées par les médias à ce sujet. Elles étaient aussi plus sceptiques vis-à-vis de l’incrédulité des autorités face à la réalité de l’OVNI. On a démontré aussi que les personnes maltraitées dans l’enfance et, pour cette raison, prédisposées à une dissociation psychique, ont une tendance plus forte à reconnaître la réalité de l’OVNI. […]

4.Brève présentation du mouvement raëlien

Historique

Claude Vorilhon est né en 1946, avant de devenir Raël, il veut chanter tout comme son idole : Jacques Brel. Après un succès mitigé, il s’investit dans son autre passion : le sport automobile, il devient journaliste sportif et crée sa propre revue dont la santé financière ne résiste pas au choc pétrolier de 1973.

A cette, même date, il aurait rencontré, au sommet d’un volcan du Puy de Dôme, des extraterrestres, les Élohim, venus de leur lointaine galaxie pour lui porter un message. Afin de lui révéler La Vérité, ils l’emmènent sur leur planète. C’est là qu’il apprend qu’il n’est pas un homme ordinaire car, si sa mère est terrienne, son père est un Élohim, plus précisément le président du Conseil des Éternels, « Iahvé ». Il est également le demi-frère de Jésus, Bouddha et Mahomet. Son véritable nom est Raël, « le messager », nouvel ambassadeur des Élohim sur Terre, son rôle est de diffuser leur message afin de préparer leur arrivée.

Le mouvement Raëlien se présente comme une religion sans dieu ; la création, les miracles et les événements de la Bible peuvent tous être expliqués de manière scientifique. Les Élohim au sommet de l’évolution technologique et scientifique ont découvert le secret de la vie éternelle et du bonheur, un monde sans guerre et sans violence, lieu d’éternel plaisir où le travail est assuré par des robots biologiques. Il y a 25 000 ans, ils ont créé l’espèce humaine en laboratoire grâce à la génétique. Progressant sur le chemin de la connaissance, les humains ont peu à peu découvert les techniques de leurs créateurs mais ils en font mauvais usage, notamment la bombe atomique, utilisée pour la première fois en 1945.

Cette date marque le début de l’âge de l’Apocalypse, qui pourrait conduire l’humanité à s’autodétruire au cours d’une guerre nucléaire. D’où la décision prise par les Élohim de faire venir sur Terre le dernier prophète, Raël, né en 1946, an I AH (après Hiroshima) du calendrier raëlien :

 D’un jour à l’autre l’homme peut s’autodétruire. Seuls seront sauvés de la destruction ceux qui suivent le dernier des prophètes . (Les extraterrestres m’ont emmené sur leur planète, Raël, édité par la Fondation raëlienne 1986 p. 145).

Doctrine

La doctrine raëlienne s’organise autour de la notion d’éternité, qui caractérise le stade ultime de l’évolution. De celle-ci découle l’organisation de la société, le type de gouvernement, le statut des individus. Mais elle est surtout la justification du clonage prôné par Raël.

En vérité, tous ceux qui ne souhaitent pas vivre éternellement et qui sont apparemment en bonne santé (et ils ne doivent pas être nombreux) devraient être soignés pour dépression… […]  (Oui au clonage humain, édité par la Fondation raëlienne, 2001, p. 48-49)

Il paraît important de noter que le système, qui va être décrit, existe déjà selon Raël sur la planète des Élohim et que cette organisation de la société est destinée à s’appliquer concrètement sur Terre dans le futur.

Vie sociale et politique

Le modèle social proposé par Raël n’est à aucun point de vue égalitariste, il propose une véritable hiérarchisation des individus. Selon Raël, et contrairement aux droits de l’Homme, tous les individus ne sont pas « égaux en droit » ; la société est dirigée par une élite peu nombreuse, les Éternels, qui choisissent par cooptation ceux qui les rejoindront pour régenter la vie des « mortels » : « Tu n’hésiteras pas un seul instant entre les lois humaines et celles des créateurs, car même les juges humains seront jugés un jour par nos créateurs ». (Les extraterrestres m’ont emmené sur leur planète, p. 128)

 Car un jour, très prochainement, nous allons pouvoir devenir éternels. […] Et nous devrons, tout comme les Élohim le font avec leur propre population, sélectionner ceux qui le méritent. […] Un jury, chargé d’un jugement dernier devra décider qui mérite d’être immortel et qui doit disparaître […] Il se peut que la population mortelle ait des sursauts de révolte et de révolution. Il se peut donc […] que la vie des Éternels sur la terre devienne dangereuse et qu’ils doivent s’exiler sur une planète proche et en faire en quelque sorte la planète des Éternels Humains. […] Après avoir organisé la société sur terre pour qu’elle n’ait plus jamais accès aux technologies les plus avancées beaucoup trop dangereuses entre les mains d’êtres pas assez avancés spirituellement, ils partiront pour une planète voisine, d’où ils gouverneront la Terre tout en sélectionnant ceux qui méritent d’accéder à la vie éternelle.  (Oui au clonage humain, p. 124 -126)

Le système politique envisagé par Raël, la géniocratie, est tout autant élitiste et antidémocratique. Il s’agit d’un système de gouvernement mondial dirigé par les génies : Seuls les gens dont le niveau d’intelligence à l’état brut est supérieur de 50 % à la moyenne doivent être éligibles et seuls ceux dont le niveau d’intelligence est supérieur de 10 % à la moyenne peuvent être électeurs.

Ce type de gouvernement s’oppose au système démocratique actuel qui est qualifié par Raël de « médiocratie » car ce sont  les gens qui ont une intelligence moyenne, donc médiocre, qui vont faire la décision lors du scrutin .

Le clonage et l’intégrité physique de l’individu

Grâce à la technologie génétique et informatique, les individus pourront, dans le futur selon Raël, télécharger le contenu de leur cerveau dans des ordinateurs. Ils vivront une vie virtuelle et pourront, à l’occasion, réintégrer pour une durée déterminée un corps, conçu à vitesse accélérée, grâce au clonage d’ADN. Le corps physique acquiert donc une valeur insignifiante. Cela entraîne certaines interrogations. Que représenteront alors les « atteintes physiques » faites aux individus ? Le corps n’est-il pas destiné à devenir un simple « outil biologique » utilisable à merci ? L’interrogation persiste quand on se penche sur la vision futuriste de Raël concernant les « robots biologiques » :

Les robots biologiques, (… ), sont composés de matière vivante (… ). En quelque sorte des êtres ressemblant aux êtres humains, mais qui n’auront pas ce qui fait des humains des humains, à savoir : la conscience, l’auto-programmabilité et la capacité de se reproduire. Sans la conscience, l’auto-programmabilité et la capacité de se reproduire, il n’y a aucun problème éthique à créer de tels nouveaux esclaves. […] Ils doivent être totalement soumis à leurs maîtres (… ) Il suffira de lui fournir un endroit pour dormir et de la nourriture comme à n’importe quel animal de compagnie.  (Oui au clonage humain, p. 104 -106)

Un autre aspect du concept de « corps-objet » est toujours observable dans le fait que plusieurs dizaines d’adeptes féminines du mouvement se sont portées volontaires pour être les mères porteuses du premier clone humain créé par Clonaid.

Enfin, la science (et en particulier la génétique) sert de prétexte à la mise en place d’une certaine forme d’eugénisme : « La criminalité sera également presque totalement éliminée. Tout d’abord grâce à un dépistage génétique de tous les défauts pouvant entraîner des comportements violents et anti-sociaux. Il est criminel de laisser naître des enfants qui vont souffrir toute leur vie alors que l’on sait faire en sorte que seuls des enfants génétiquement sains soient conçus. […] La mise au monde d’enfants porteurs de tares génétiques ne devrait-elle pas être elle aussi interdite comme crime contre l’humanité quand on sait l’empêcher. » (Oui au clonage humain, p. 79, 56, 59)

Vie des adeptes

À l’heure actuelle, l’utopie raëlienne n’étant pas réalisée, les adeptes sont bien obligés de travailler pour assurer leur subsistance. Si leur vie future leur promet « un revenu minimum de subsistance », pour l’heure, ce sont les adeptes qui financent le mouvement en versant 10 % de leur salaire annuel, auquel il faut ajouter le coût des différents stages et conférences. En cas de problèmes financiers temporaires, des arrangements sont prévus.

Les adeptes ne vivent pas en communauté mais se regroupent régulièrement à travers le monde lors de stages, notamment les stages d’éveil qui initient à la « méditation sensuelle », technique « d’harmonisation » permettant de communiquer avec les Élohim par l’éveil de tous les sens.

La sexualité joue donc un rôle essentiel au sein du mouvement, aussi bien entre les adeptes, que dans les relations du leader avec les femmes. Il a d’ailleurs créé un ordre, « les anges », jeunes femmes distinguées par un collier avec une ou plusieurs plumes d’anges et qui sont entièrement dévouées à Raël.

La place des enfants : intégrité physique et intellectuelle

Cette vision libérale de la sexualité est à mettre en question quand on aborde la question de la place des enfants au sein du mouvement raëlien. Au regard des différents textes et des affaires judiciaires relatives aux abus sexuels sur mineurs, il est légitime de s’interroger.

Selon Hayat El Mountacir (Les enfants des sectes, Fayard, 1994) des tentatives de théorisation de la pédophilie reviennent de façon itérative dans les différents écrits » de Raël :  Il faut donc supprimer les lois faisant automatiquement un détournement de mineurs d’un rapport sexuel entre un individu de plus de 18 ans et un individu de moins de 18 ans ». « Tu éveilleras l’esprit de ton enfant, mais tu éveilleras aussi son corps, car l’éveil du corps va de pair avec l’éveil de l’esprit […]. Ne rien dire à ses enfants au sujet du sexe, c’est mal, leur expliquer à quoi ça sert, c’est mieux mais ce n’est pas encore suffisant : il faut leur expliquer comment ils peuvent s’en servir pour en retirer du plaisir  (Les extra terrestres m’ont emmené sur leur planète)

L’initiation sexuelle devrait se faire aussi bien par les parents que par des éducateurs (ou des guides raëliens). Comment saisir cette initiation des enfants par les parents autrement que dans un cadre incestueux , interroge H. El Mountacir.

Le problème de l’intégrité physique et intellectuelle des enfants doit également être examiné lorsqu’on aborde les thèmes de l’éducation des enfants, du développement du libre arbitre et de l’accès à la connaissance:  Les écoles et les universités deviennent, elles aussi, totalement inutiles car les enfants peuvent soit être éduqués par l’informatique et la réalité virtuelle en bénéficiant des cours des meilleurs professeurs du monde, soit recevoir des implants électroniques qui leur communiquent les connaissances dont ils ont besoin. Le nombre d’enfants de cette société future sera d’ailleurs très limité car les individus auront un choix à faire entre devenir éternels ou avoir un enfant, ceci pour éviter la surpopulation. » « Le fait d’être obligé de choisir entre le droit à l’éternité et le fait d’avoir un enfant fera qu’il n’y aura probablement que très peu d’enfants, ce qui aidera encore les gens à se séparer sans problème pour vivre constamment de nouveaux plaisirs avec de nouvelles personnes  (Oui au clonage humain, p. 78, 142)

Cette nouvelle approche du thème de l’enfance, qui apparaît dans « Oui au clonage humain » est peut-être à rapprocher des démêlés judiciaires du Mouvement et de l’implication de certains adeptes dans des affaires de pédophilie et d’abus sexuels sur mineurs qui, nous l’avons vu, semblent trouver une justification dans les textes relatifs à la méditation sensuelle.

Raël promet à ses adeptes une vie future entièrement vouée aux plaisirs :  Chaque journée sera une nouvelle succession de plaisirs ininterrompus. (Oui au clonage humain, p. 142)

Apparemment le messager a, pour sa part, grâce à la générosité de ses adeptes, appliqué ses préceptes dans sa vie terrestre : « Les autres seront préservés et emmenés avec le guide des guides sur la planète des Éternels où ils jouiront d’une vie merveilleuse d’épanouissement et de plaisirs. Ils seront servis par de magnifiques athlètes aux corps sculpturaux (… ) en compagnie d’hommes et de femmes d’une beauté et d’un charme sans pareil et entièrement soumis à leurs désirs. » (Les extra terrestres m’ont emmené sur leur planète, p. 146) « […] De magnifiques jeunes filles seront la récompense de leur foi ». Dans les faits, des dizaines « d’anges », des jeunes filles distinguées par une plume portée en collier, prêtes à satisfaire leur prophète

« Nous avons un genre de courses automobiles atomiques qui vous passionnerait. » (Le livre qui dit la vérité, p 147) confie par ailleurs un Élohim à Raël. Le mouvement raëlien a créé une filiale, la Raël Racing Team, une écurie de course financée par les dons des adeptes, permettant à Raël de vivre sa passion et de courir sur les grands circuits automobiles du monde. « Plus personne n’ayant besoin de travailler, l’argent tel que nous le connaissons actuellement disparaît forcément et fait place à un crédit mensuel, dont les gens disposent pour s’offrir ce qu’ils souhaitent. » (Oui au clonage humain, p. 76). Raël dispose de suffisamment d’argent sans, dit-il, posséder un quelconque compte en banque, ni, semble-t-il, avoir besoin de travailler pour gagner sa vie.

Pour finir

Le rapport 2001 de la Miviludes souligne :Sur son site interne, Raël réagit en insistant sur les dangers du monothéisme qui, selon lui, pousse au fanatisme et [le danger] de l’éducation religieuse qui fait des enfants des terroristes de demain. […] L’ardent défenseur de la religion athée propose de remplacer le monothéisme par la science qui devrait devenir notre seule religion.

Mais dans ce cas, comment qualifier ce qu’on peut lire dans la revue interne du mouvement (Apocalypse International, n° 101) Mourir pour les Élohim est ce qu’il y a de plus beau sur cette planète, c’est la clé du jardin d’Allah ou de la planète des Éternels […] II y a hélas peu de chances pour que l’on puisse en Europe mourir parce que l’on est Raëlien, je dis hélas car il n’est rien pour moi de plus beau.

Ce texte est extrait de la Revue Bulles (Bulletin de Liaison pour l’Étude des Sectes, n° 77, mars 2003, pp. 4-9). UNADFI

http://www.unadfi.org

Voir aussi de très nombreuses ressources sur le mouvement raëlien. La secte des clones invisibles. Vers l’orgasme cosmique par la méditation sensuelle… :

http://www.prevensectes.com/rael.htm#divers

Et encore sur le mouvement raëlien :

http ://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_raëlien

Au Mans habite Princess Loona, un des «Anges de Raël», alias Elsa Cabello, kinésithérapeute 245 Av. de la Libération…

Sur l’historique des sectes ufologiques, voir : Cyril Le Tallec, Les sectes ufologiques 1950-1980, Édition L’Harmattan (2005)

Chapitre 1 : « Accueillir les extraterrestres ». De très médiatiques précurseurs : George Adamski et ses groupes internationaux — Le Centre d’études fraternité cosmique — L’Association ontologie et mysticisme ciel-terre — L’Ordre de Melchisédec — Les débuts du Mouvement raëlien français — Aquarius et Iso Zen — Le Club ondes vives — La Fraternité internationale d’Isis et Jean Archaimbault — De Rampa aux Ummites — Jean-Claude Monet et les petits hommes bruns — Le « pape » Clément XV : évangéliser les « interplanétaires »— Le Grand-Druide et les extraterrestres

Chapitre 2 : L’espace comme toile de fond. Le docteur Lefébure face au virus extra-terrestre — L’ange de la planète Cyclamen — Une révélation « rünciste »— Vers une société « éthérée » — Le Bâal-Contrat

Chapitre 3 : Les groupes d’études. L’ufologie : une science nouvelle ? — — Les pionniers de la Société fortéenne — GEOS, GEPA, CEREIC… l’imbroglio français — « Lumières dans la nuit » — Vers une Fédération française d’ufologie — De « Kruptos » au Pèlerin de Paris — Les « petits gris » de l’IMSA

Chapitre 4 : Hors de l’Hexagone. En Angleterre : de Viewpoint Aquarius à Findhorn — La Californie : un vaste champ d’expérimentation — De Géorgie en Oregon

***

La problématique ufologiste a encore de beaux jours devant elle ; le meilleur reste sans doute à venir. Il semblerait que tout soit fait pour nous abstraire de l’« ici et maintenant », si important dans le christianisme ; et aussi pour nous aider à oublier de poser notre regard sur notre prochain, et sur la grande valeur de l’homme, sommet de la création divine, de sorte à nous brancher sur des chimères qui n’existent pas.

En ce sens, on peut souligner le rapprochement à faire entre l’idéologie ufologiste et l’idéologie montante du transhumanisme, qui, Dieu voulant, fera l’objet d’un exposé dans un autre cycle. Dépasser l’homme, tel est le projet du transhumanisme : franchir les limites de l’homme, son corps, son intelligence, puis sa pensée, sa morale, sa religion… Mais le véritable homme « augmenté », n’est-ce pas celui qui a la foi au Christ ressuscité ?

P. Dominique Auzenet

pncds72

février 2016

Depuis ce travail, il faut noter la parution du livre de Jacques Arnould, Turbulences dans l’univers. Dieu, les extraterrestres et nous. Albin Michel, 2017

Mormons

L’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, appelé aussi mormonisme, est une Église chrétienne restaurationniste née dans l’État de New York, aux États-Unis, en 1830 et dont le siège mondial se trouve à Salt Lake City dans l’Utah. Elle est la quatrième plus grande confession chrétienne des États-Unis (6,16 millions de membres). À l’échelle mondiale, elle revendique plus de 15 millions de membres dont 58 000 en France. Elle se considère comme religion révélée, à l’instar du judaïsme, du christianisme et de l’islam.

L’Église a tout d’abord été appelée Église du Christ, ses membres voyant en elle l’Église rétablie de Jésus-Christ. En 1830, elle est appelée Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, « saints » signifiant «disciples» et «derniers jours», expression utilisée dans le Nouveau Testament, faisant une distinction avec l’Église originelle. Finalement, en 1838 Joseph Smith lui donne son nom actuel : Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours.

Le surnom « mormon » toléré par les membres de l’Église a pour origine le nom d’un personnage du Livre de Mormon. Dans ce livre, Mormon est un prophète, un chef militaire et un gardien d’annales qui aurait vécu aux environs de 311-385 apr. J.-C. sur le continent américain. Il aurait hérité des vastes annales historiques et spirituelles de son peuple qui vivait dans les Amériques et y aurait ajouté l’histoire de sa propre vie. Il aurait compilé et abrégé les récits des prophètes précédents, gravés sur des plaques d’or, donnant ainsi son nom au Livre et leur surnom à l’Église et ses membres.

1. Point de vue sur Jésus-Christ

Les saints des derniers jours affirment que Jésus-Christ est le Premier-né du Père en esprit et le Fils unique du Père dans la chair. Qu’il est le Christ ou Messie, c’est-à-dire l’« Oint ». Qu’il est le Dieu de l’Ancien Testament, à savoir Jéhovah, préordonné à ce grand appel avant la création du monde. Qu’il a, sous la direction du Père, créé la Terre et tout ce qui s’y trouve. Qu’il est né de Marie à Bethléem, qu’il a mené une vie sans péché et accompli l’Expiation parfaite des péchés de toute l’humanité en versant son sang et en donnant sa vie sur la croix. Qu’il est ressuscité des morts, garantissant ainsi la résurrection finale de toute l’humanité. Que par son expiation et sa résurrection, ceux qui se repentent de leurs péchés et obéissent aux commandements de Dieu peuvent vivre éternellement avec lui et avec le Père. Qu’il est l’être le plus important qui soit venu au monde, que sa vie est l’exemple parfait de la façon dont l’humanité doit vivre. Que toutes les prières, bénédictions et sacrements de la prêtrise doivent se faire en son nom. Qu’il est le Créateur, le Sauveur et le Dieu de toute la terre, qu’il reviendra avec puissance et gloire régner sur la terre pendant le millénium et qu’au dernier jour, il jugera toute l’humanité.

La croix chrétienne n’est pas utilisée comme symbole, les saints des derniers jours préférant l’idée du Christ ressuscité et vivant, ce qui, selon leur croyance, est sa réalité actuelle. Dans les églises ne se trouvent pas de croix, de statues ou d’icônes.

2. Histoire

Visions

Dieu le Père et son Fils Jésus-Christ
Joseph Smith, alors âgé de 14 ans, aurait prié dans un bosquet près de chez lui en 1820, pour savoir à quelle Église il devait se joindre. Il raconte que deux personnages lui apparurent : Dieu le Père et son Fils Jésus-Christ. Il ajoute que Jésus-Christ lui déclara alors que la vraie Église avait été transformée et perdue par les hommes, et que, s’il restait fidèle, il serait plus tard celui par qui elle serait rétablie.

Moroni
Joseph Smith affirme que trois ans plus tard, en septembre 1823, il reçut la visite d’un ancien prophète, nommé Moroni, qui lui révéla l’emplacement de saintes Écritures (colline de Cumorah), écrites en égyptien réformé sur des plaques métalliques et aujourd’hui parues sous le titre de Livre de Mormon. Selon Joseph Smith, ces écrits étaient l’œuvre de prophètes d’origine juive ayant vécu sur le continent américain entre 600 ans av. J.-C. et 420 apr. J.-C.

Joseph Smith recevant les plaques métalliques
Par Edward Stevenson (1820–1897) [Public domain], via Wikimedia Commons

 

Jean-Baptiste, puis Pierre, Jacques et Jean
Joseph Smith raconte également que son secrétaire Oliver Cowdery et lui-même, travaillant en 1829 à la traduction du Livre de Mormon, y lurent le récit de la visite du Messie aux habitants de l’Amérique ancienne et ses enseignements sur le baptême. Selon leur récit, le 15 mai, ils allèrent prier sur les bords de la rivière Susquehanna, près de la maison de Joseph, à Harmony. Ils racontent qu’un être céleste leur apparut, se présentant comme étant Jean-Baptiste ; que ce personnage leur conféra la prêtrise d’Aaron et leur commanda de se baptiser et de s’ordonner mutuellement. Ils racontent que plus tard dans le mois, les apôtres d’autrefois Pierre, Jacques et Jean leur apparurent aussi et leur conférèrent la prêtrise de Melchisédek et les ordonnèrent apôtres.

Moïse, Élias et Élie
Le 27 mars 1836, Joseph Smith consacra le temple de Kirtland. Joseph Smith raconte qu’une semaine plus tard, le 3 avril 1836, Jésus-Christ apparut à lui et à Oliver Cowdery dans le temple, en déclarant : « J’ai accepté cette maison, et mon nom sera ici ; et je me manifesterai avec miséricorde à mon peuple dans cette maison » (Doctrine et Alliances 110 : 7). Il ajoute que trois messagers de l’époque de l’Ancien Testament, Moïse, Élias et Élie, apparurent également et rétablirent des clés et l’autorité de la prêtrise qui avaient été perdues depuis longtemps sur la terre. Toujours selon Joseph Smith, l’autorité de rassembler Israël des extrémités de la terre et de sceller ensemble les familles pour le temps et toute l’éternité fut rétablie (Doctrine et Alliances 110 : 11-16).

Époque des pionniers

Exode des pionniers
Dès la fondation de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours en 1830, ses membres ont été souvent traités durement et persécutés par leurs voisins, principalement en raison de leur unité sociale et politique et de leurs croyances religieuses. Des actes de violence ont eu lieu dirigés contre l’Église, ses membres et son dirigeant, Joseph Smith, ce qui, entre autres raisons, les a contraints à se déplacer d’un endroit à un autre : Ohio, Missouri, puis en Illinois, où les membres de l’Église ont construit la ville de Nauvoo et un temple.

En 1838, le gouverneur du Missouri, Lilburn Boggs, publie l’ordre d’extermination à l’encontre de tous les mormons qui vivaient dans l’État, conduisant au massacre de Haun’s Mill. Emprisonné à Carthage (Illinois), Joseph Smith est assassiné à l’âge de 38 ans le 27 juin 1844 ainsi que son frère Hyrum par une foule en colère qui réclame l’expulsion des Mormons. En 1846, les tensions atteignent leur apogée et, en 1848, des émeutiers brûlent le temple de Nauvoo.

Les premiers pionniers mormons, chassés de Nauvoo en Illinois (États-Unis) durant l’hiver 1845-1846, subirent l’exode et entreprirent à pied ou en chariot, sous la direction de Brigham Young, successeur de Joseph Smith, le trajet de plus de 2000 kilomètres qui les mena jusqu’à la vallée du Grand Lac Salé, un endroit totalement désertique dans les Montagnes Rocheuses, situé dans l’actuel État d’Utah, où ils s’établirent définitivement à partir de 1847.

Entre 1847 et 1860 (date d’achèvement du chemin de fer transcontinental), 86 000 pionniers se rendirent dans la vallée du Grand Lac Salé. 6 000 d’entre eux moururent au cours du voyage. Les premiers pionniers étaient Américains, puis des dizaines de milliers d’Européens, Britanniques, Allemands, Scandinaves, Français, Suisses, etc. traversèrent l’océan Atlantique pour se rendre à Salt Lake City où, sous l’impulsion de Brigham Young, ils prospérèrent.

Mariage plural
Le mariage plural (mariage de type polygynie, un homme avec plusieurs femmes) a été pratiqué par une partie des mormons jusqu’en 1890 : avec l’autorisation du président de l’Église, le mariage plural était célébré dans un temple de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours. Seules les femmes membres de l’Église et seuls les hommes détenteurs de la prêtrise de Melchisédek pouvaient accéder au mariage dans ces temples. Selon la doctrine mormone, le mariage plural rétablissait la pratique biblique de la pluralité des épouses, et aurait été voulu par Dieu, dans un temps donné, pour accroître son peuple.

Ce n’est un secret pour personne que Joseph Smith a eu lui-même entre 30 et 40 femmes, ce que l’église SDJ a été obligée de confirmer en 2014 [1].

Le pourcentage de mormons polygames a varié selon les endroits et les périodes. Après l’institutionnalisation de la pratique par Brigham Young jusqu’à sa suspension, entre 20 et 40 % des hommes entrèrent dans de tels mariages pluraux, tandis que le pourcentage de femmes polygames était 10 à 15 % plus élevé (leur nombre excédant parfois celui des femmes monogames en Utah). Le 7 avril 1889, Wilford Woodruff, 4e président de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, mit fin à la pratique du mariage plural.

De nos jours, le code moral défini par l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours est la loi de chasteté signifiant l’abstinence de toutes relations sexuelles avant le mariage et une fidélité et une loyauté totales à son unique conjoint légal pendant le mariage.

mormon et ses deux femmes 1850
Représentation de 1850 d’un mormon avec ses deux femmes dansant sur la musique d’un diable
Temps modernes

Au cours du XXe siècle, l’Église a considérablement progressé et est devenue une organisation internationale, ceci dû en partie à la croissance du nombre de missionnaires dans le monde. En 2000, l’Église comptait 60 784 missionnaires à plein-temps (renouvelés tous les 3 ans) et le nombre de membres de l’Église dans le monde s’est élevé à un peu plus de 11 millions. En 2007, il a dépassé 13 millions et a atteint 14 millions en juillet 2010, avec environ six millions de personnes vivant aux États-Unis : avec un peu plus de 1 % des Américains, cette Église est considérée comme une minorité religieuse en même temps que la quatrième plus grande confession chrétienne d’Amérique.

Un certain nombre de modifications officielles ont été apportées à l’organisation au cours de l’ère moderne. Un changement important a été l’ordination d’hommes noirs à la Prêtrise à partir de 1978, infirmant ainsi une politique instaurée à l’origine par Brigham Young, en 1852.

En France
John Taylor, qui devait devenir plus tard le troisième président de l’Église arrive le 18 juin 1850 au port maritime de Boulogne-sur-Mer sur le vapeur Emerald avec ses deux collègues Curtis Bolton et William Howells. Il est reçu par le maire de Boulogne-sur-Mer, L. Fontaine et obtient l’autorisation de prêcher. L’instabilité politique crée des crises fréquentes qui entravent l’œuvre des premiers missionnaires. En 1912, la mission française est officiellement organisée. La Première Guerre mondiale oblige tous les missionnaires à évacuer le territoire, et la mission est fermée le 30 août 1914. Elle sera à nouveau ouverte cinq ans après l’armistice de 1918.

En 1939, à la suite de la déclaration de la guerre, les missionnaires reçoivent l’ordre de leur consulat de rentrer aux États-Unis. Un seul détenteur de la prêtrise de Melchisédek exerce alors son sacerdoce en France : Léon Fargier de Valence. Paris, Lyon, Grenoble, Saint-Diez, Besançon, Montpellier, Saint-Étienne, Valence, Tarbes, Nîmes et Saint-Florent sont les villes où les membres sont non organisés puisque sans prêtrise. Pendant toute cette période de Seconde Guerre mondiale, et malgré les avertissements du gouvernement de Vichy, il leur rend visite tous les deux mois et pour cela doit franchir la zone occupée par les Allemands. Son activité attire l’attention de la grande presse. Le lundi 1er juillet 1941, Paris-Soir titre en première page : « M. Fargier, seul pasteur mormon de la zone libre a baptisé ses quinze ouailles dans la piscine municipale de Grenoble. »

En 1946, après la guerre, les unités locales sont réorganisées. Léon Fargier devient le président de district pour toute la France jusqu’en 1950 où le district de Lyon est réorganisé. En 1965, la construction du premier lieu de culte en France sera terminée à Bordeaux.

En octobre 2011, la municipalité du Chesnay (Yvelines) a accordé un permis de construire pour l’édification d’un temple sur son territoire, mais de nombreuses controverses ont surgi et un recours en justice a été déposé par les associations de riverains. En septembre 2014, le maire du Chesnay annonçait que tous les recours déposés contre le permis de construire du temple avaient été rejetés.

3. Ouvrages canoniques

Un des aspects de la doctrine mormone qui distinguent les saints des derniers jours des autres confessions chrétiennes est la croyance en de saintes Écritures complémentaires à la Bible, ce qui porte à quatre le nombre d’ouvrages considérés comme canoniques et qui conduisent les saints des derniers jours, par une étude personnelle, à acquérir un témoignage spirituel personnel de leur véracité :

Bible

Les mormons croient que la Bible est la parole de Dieu dans la mesure où elle est traduite correctement. La Bible, c’est-à-dire l’Ancien Testament et le Nouveau Testament, est l’un des fondements de la foi mormone.

Le Livre de Mormon

Le Livre de Mormon est un ouvrage publié en 1830 et présenté par Joseph Smith comme la traduction de plaques trouvées selon lui dans la Colline de Cumorah dont l’endroit lui aurait été indiqué par l’ange Moroni. Le livre relaterait, de 600 ans avant Jésus-Christ à 421 ans après Jésus-Christ, 1000 ans de l’histoire de Léhi, prophète d’origine juive, fuyant par la mer avec sa famille juste avant la destruction de Jérusalem, et de sa descendance, les Néphites et les Lamanites, peuples de l’Amérique ancienne, avec pour point culminant, la visite que Jésus-Christ aurait rendue au peuple néphite trois jours après sa crucifixion. L’ouvrage tire son nom d’un de ses personnages, Mormon, qui aurait vécu de 311 à 385 environ après Jésus-Christ. Ce dernier aurait rassemblé les annales de ses prédécesseurs pour en faire une compilation religieuse et historique. C’est en référence à cette compilation que sont utilisés les termes « mormon » et « mormonisme ».

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Le livre des mormons

Joseph Smith affirme avoir traduit ce document à l’aide de l’ourim et thoummim. Selon lui, il s’agissait d’instruments qui étaient en usage parmi les prophètes de l’Ancien Testament (se référant à Esdras 2, 63) et qui se trouvaient avec les plaques. Dans la Bible hébraïque, l’Ourim et le Thoummim sont des éléments du pectoral porté par le Grand prêtre d’Israël. Ils sont généralement considérés comme des objets ayant trait à l’art de la divination mais aucune description de leur aspect ne figure dans la Bible[2].

Les historiens rejettent les aspects surnaturels du récit de Joseph Smith et estiment que celui-ci a rédigé le livre lui-même, seul ou avec l’aide d’associés plus instruits, en se servant vraisemblablement d’autres ouvrages. Ils rejettent la véracité historique du Livre de Mormon en soulignant les incohérences anachroniques du récit.

Doctrine et Alliances

À la Bible et au Livre de Mormon, s’ajoutent les Doctrine et Alliances qui, selon la doctrine mormone, sont des Écritures canoniques de composition moderne, émanant de prophètes modernes pour l’établissement et le gouvernement de l’Église.

Perle de Grand Prix

La Perle de Grand Prix est un choix de textes relatifs à de nombreux aspects de la foi et de la doctrine de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours. Ces textes sont :
le Livre de Moïse (extraits de la version de la Genèse par Joseph Smith),
le Livre d’Abraham, présenté comme la traduction, par Joseph Smith, de papyrus égyptiens qu’il obtint en 1835,
Joseph Smith, Matthieu, extrait de l’évangile de Matthieu, selon la version de la Bible par Joseph Smith,
Joseph Smith, Histoire, extrait de l’histoire de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours que Joseph Smith écrivit en 1838
les Articles de foi de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, qui sont treize déclarations de foi et de doctrine.

4. Théologie

L’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours affirme être dirigée par Jésus-Christ, par l’intermédiaire d’un prophète vivant (actuellement Thomas S. Monson, 16e président de l’Église), et de douze apôtres et se considère comme le rétablissement de l’Église originelle de Jésus-Christ après une longue période d’apostasie et en préparation de la Seconde Venue. Selon sa doctrine, l’Église fournirait l’organisation et les moyens nécessaires pour enseigner l’Évangile de Jésus-Christ à tous sans exception, apportant l’autorité de la prêtrise qui permet d’accomplir les sacrements et ordonnances du salut pour toutes les personnes qui sont dignes et disposées à les recevoir.

Les saints des derniers jours croient en un plan de salut, permettant à l’homme et la femme dignes d’atteindre l’exaltation, c’est-à-dire retourner en la présence de Dieu. La notion de famille tient une place prépondérante : les saints des derniers jours pensent que la famille peut être éternelle grâce aux sacrements célébrés dans un temple de l’Église.

La théologie du mormonisme est nommée Évangile de Jésus-Christ. Elle est fondée sur les Saintes Écritures et la révélation moderne par l’intermédiaire des prophètes. Cette doctrine aurait été révélée par Jésus-Christ comme étant un système de lois et d’ordonnances éternelles telles que la personne qui s’y conforme strictement aurait l’assurance de pouvoir entrer dans la présence de Dieu. Ces lois et ordonnances seraient le système de gouvernement du royaume de Dieu. Selon la doctrine, tous seront sauvés dans un royaume de gloire mais pas tous dans le royaume céleste.

Le plan de salut désigne le plan par lequel Dieu réalise l’immortalité et la vie éternelle de l’homme :

– La vie prémortelle avec Dieu : pour les saints des derniers jours, tous les êtres humains ont choisi dans la vie prémortelle de venir sur la terre et sont ici-bas pour faire l’expérience de la vie dans un corps de chair et d’os et pour acquérir les vertus chrétiennes avant de retourner en présence de Dieu.
Quitter la présence de Dieu : La chute d’Adam et Ève était une étape nécessaire à la venue au monde des enfants d’esprit du Père. Sans l’étape de la Chute, Adam et Ève n’auraient pas eu de postérité, et n’auraient pas connu le bien et le mal ni plus tard la vie éternelle (2 Néphi 2,22-25).
Communiquer avec Dieu : la prière, les enseignements des prophètes et l’étude des Écritures sont les moyens de communiquer avec Dieu.
Jésus-Christ : Le point central de la théologie mormone est Jésus-Christ : sa naissance, sa vie, son sacrifice expiatoire et sa résurrection. La création a permis la Chute qui a nécessité l’expiation de Jésus-Christ. Le sacrifice expiatoire de Jésus-Christ est considéré comme l’événement le plus important de l’histoire de l’humanité. Parce qu’il a mené une vie parfaite, le Christ était qualifié pour offrir sa vie en rançon pour les péchés de l’humanité. Le sacrifice expiatoire permet la foi au Christ et en son salut.
Contracter des alliances avec Dieu : la foi, la repentance, le baptême par immersion pour la rémission des péchés, le don du Saint-Esprit par imposition des mains et la persévérance dans l’obéissance aux commandements jusqu’à la fin sont nécessaires au salut. La Sainte-Cène, ayant lieu chaque dimanche, permet de renouveler les alliances contractées lors du baptême.
Le perfectionnement des saints : le respect du jour de sabbat, la loi de chasteté (abstinence avant le mariage et fidélité pendant), le paiement de la dîme, le jeûne, le travail et la responsabilité personnelle, la Parole de Sagesse (s’abstenir de tabac, de boissons alcoolisées, de café et de thé, de drogue), l’œuvre missionnaire, l’obéissance aux commandements permettent de se perfectionner dans les vertus chrétiennes
– La famille éternelle : atteindre l’exaltation, soit la continuité des vies, nécessite d’avoir préalablement reçu le sacrement du mariage éternel dans le temple. C’est ainsi que les couples saints des derniers jours sont mariés ou « scellés » pour l’éternité et que les enfants sont « scellés » à leurs parents.
– L’œuvre du temple et la généalogie : Selon la doctrine, l’Évangile est enseigné aux morts dans le monde des esprits où, ayant leur libre arbitre, ils peuvent accepter ou non les sacrements accomplis pour eux dans cette vie. Ces sacrements, œuvre de salut pour les morts, sont accomplis par procuration dans les temples par les membres de l’Église considérés dignes. Les saints des derniers jours font des recherches généalogiques pour découvrir les noms et dates de naissance de leurs ancêtres afin que les ordonnances salvatrices (baptême, confirmation, ordination, dotation, mariage, scellement aux parents et aux enfants) soient accomplies pour eux.
– La vie après la mort :
. Le monde des esprits post-terrestre est l’endroit où attend l’esprit de l’homme entre la mort et la résurrection. Il comporte deux parties distinctes ou états séparés : le paradis, où sont reçus ceux qui ont accepté l’Évangile ; et la prison des esprits, où sont reçus ceux qui n’ont pas obéi à l’Évangile ou qui ne l’ont pas accepté pendant qu’ils étaient sur la terre ou qui n’ont pas eu l’occasion de l’entendre. L’Évangile est enseigné dans la prison des esprits et ceux qui acceptent le sacrement du baptême célébré en leur faveur dans les temples vont dans le paradis. Ces sacrements, œuvre de salut pour les morts, sont accomplis par procuration.
. La résurrection universelle : résurrection de chaque être humain avant qu’il ne soit emmené devant Dieu pour le jugement.
. Le jugement dernier où il sera tenu compte de la globalité de la personne jugée (connaissance, actes, paroles, pensées, désirs, repentance).
. L’attribution d’un degré de gloire : au jugement est attribué à chacun, selon ses choix dans la mortalité et dans l’au-delà, l’un des trois degrés de gloire : téleste, terrestre, ou céleste.

plan de salut selon les mormons
By Adjwilley (Own work) [CC BY-SA 3.0], via Wikimedia Commons

 

5. Population de l’Église

D’après le Yearbook of American and Canadian Churches de 2005, de toutes les Églises qui communiquent leurs statistiques, l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours est la quatrième par la taille aux États-Unis, comptant plus de 5,5 millions de membres aux États-Unis, fin 2003. Elle revendiquait treize millions de membres dans le monde en 2007 et affirmait avoir atteint le nombre de 13 508 509 membres en 2008 dont 166 000 au Canada (avec 10 226 au Québec), 34 906 en France, 6 043 en Belgique et 7 939 en Suisse. Plus de la moitié des membres de l’Église vivent en dehors des États-Unis, répartis dans près de 180 pays, et en 178 langues.

Statistiques par pays et par langue au 31 décembre 2003 :
Pays ayant le plus grand nombre de membres de l’Église :
États-Unis : 5 503 192 Mexique : 980 053
Brésil : 866 988 Chili : 530 739
Philippines : 526 178 Pérou : 384 663
Argentine : 330 349 Guatemala : 192 207
Canada : 166 442 Équateur : 61 396

Pays ayant le plus grand pourcentage de membres de l’Église (10 000 membres minimum) :
Tonga : 17,0 (1 sur 6) Samoa : 12,7 (1 sur 8)
Samoa américaines : 19,1 (1 sur 5)
Kiribati : 10,0 (1 sur 10)
Polynésie française : 7,8 (1 sur 13)
Chili : 3,4 (1 sur 30) Uruguay : 2,4 (1 sur 42)
Nouvelle-Zélande : 2,3 (1 sur 43)
Honduras : 1,6 (1 sur 62) Bolivie : 1,5 (1 sur 64)

6. Catholiques et mormons

Le 5 juin 2001, le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a répondu négativement au doute concernant la validité du baptême conféré dans la communauté appelée « L’Église de Jésus-Christ des Saints du dernier jour ». Doute : Le baptême conféré dans la communauté appelée « L’Église de Jésus-Christ des Saints du dernier jour », généralement connue sous le nom de « Mormons », est-il valide ? Réponse : Non [3].

Selon le cardinal Francis George, archevêque de Chicago, président de la Conférence épiscopale des États-Unis, reçu à l’Université Brigham Young, en février 2010 :
« La leçon qu’enseigne l’histoire américaine est que les Églises et les autres corps religieux prospèrent dans une nation et un ordre social qui respectent la liberté religieuse et reconnaissent que le gouvernement civil ne doit jamais s’interposer entre les consciences et les pratiques religieuses de ses citoyens et le Dieu tout puissant… Je suis personnellement reconnaissant, qu’après avoir vécu essentiellement séparés pendant 180 ans, catholiques et saints des derniers jours aient commencé à se considérer comme des partenaires dignes de confiance dans la défense des principes moraux partagés et dans la promotion du bien commun de notre pays bien-aimé. »

Plus généralement, et particulièrement aux États-Unis, les relations entre ces deux confessions sont une coopération entre le Secours catholique et le Centre humanitaire de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours dans l’assistance aux victimes de famines et désastres naturels et, ces dernières années, l’Église SDJ a parfois rejoint les représentants catholiques dans des initiatives communes telles que l’opposition au mariage de même sexe.

Les 13 et 14 septembre 2010, Russell Ballard, apôtre de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours en visite à Rome, a rencontré au Vatican le Cardinal Levada, Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi et le Cardinal Jean-Louis Tauran, chef du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux.

Des chefs religieux (dont Henry B. Eyring de la Première Présidence, accompagné de frère L. Tom Perry du Collège des douze apôtres et de l’évêque Gérald Caussé de l’épiscopat président) et les universitaires représentant 14 traditions religieuses de 23 pays se sont réunis au Vatican en novembre 2014 et dans un rassemblement historique organisé par l’Église catholique pour discuter de la façon dont les hommes et les femmes se complètent mutuellement dans le mariage.

Chretiens vs Mormons
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Source des points 1 à 6 : extrait de
https ://fr.wikipedia.org/wiki/Église_de_Jésus-Christ_des_saints_des_derniers_jours
On pourra s’y reporter pour toute la question des structures de l’Église et aussi de la théologie du mormonisme.

7. Les Mormons, une secte ?

Catherine Picard, actuellement présidente de l’UNADFI, a déclaré au sujet de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours : « Il s’agit d’un mouvement à déviance sectaire. C’est une communauté qui vit en vase clos, où la place de la femme est réduite à néant. L’enseignement religieux pour les enfants est tellement important qu’ils n’ont pas de temps à consacrer à autre chose. C’est un fonctionnement très limite »[4].

Pour sa part, l’ADFI certifie dans son périodique être « régulièrement contactée par des familles ou des personnes confrontées à des situations conflictuelles et douloureuses du fait de l’appartenance d’un de leurs proches à ce mouvement ». Les reproches concernent les méthodes d’évangélisation, le détachement progressif du fidèle de son entourage, la place accordée aux femmes, le manque de liberté de pensée et l’enseignement des enfants que l’association considère comme un endoctrinement[5]. L’ADFI dénonce notamment l’organisation de cours d’anglais gratuits par les missionnaires (en France, ces cours sont donnés de façon discontinue depuis 1950) qui peuvent servir d’appât pour jeunes [6].

En l’absence de plaintes de fidèles, la Mission interministérielle de lutte contre les sectes (MILS) a estimé en 2000 que l’Église est  un groupe religieux qui ne pose pas de problèmes en France . Elle a en outre estimé, dans son rapport de 2001,  que […], compte tenu de la définition du caractère sectaire d’une association par l’examen exclusif de son comportement au regard des droits de l’Homme et de l’ordre public (rapport au Premier ministre, décembre 1999), […] l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours ne devrait pas être considérée comme secte Le Centre contre les manipulations mentales (CCMM) relève son « prosélytisme missionnaire constant », son mode de vie « rigoriste, très familial, peu ouvert aux non-mormons » et sa « considérable puissance médiatique, politique, universitaire, industrielle ». Cependant le CCMM considère que « débarrassée de principes inacceptables comme la polygamie, cette confession a évolué peu à peu en culte », c’est-à-dire en mouvement qui, « se débarrassant des aspects contestables de son idéologie et de ses pratiques, se transforme peu à peu en une confession socialement acceptable (dénommée alors religion) ».

Des membres de l’Eglise des saints des derniers jours-Prosélytism à la porte d’une église chrétienne – By The Photographer (Own work) [CC0], via Wikimedia Commons

De fait, en 2009, l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours est devenue Association culturelle, loi 1905 (JO du 4 juillet 2009).

Notre point 10 concernant les relations du fondateur Joseph Smith avec la Franc-Maçonnerie laisse cependant penser que l’enseignement contenu dans les fondamentaux mormons a une origine polluée et malsaine. Notre point 9 confirme les aspects délirants des conceptions mormones.

Source de cette partie :
https ://fr.wikipedia.org/wiki/Mormonisme_et_caractère_sectaire

8. Le baptême pour les morts

La pratique de l’Église SDJ s’enracine dans un seul verset de la 1ère lettre aux Corinthiens de Paul, 15, 29. Voici le contexte (vv. 24-30) : « Puis ce sera la fin, lorsqu’il remettra la royauté à Dieu le Père, après avoir détruit toute Principauté, Domination et Puissance. Car il faut qu’il règne jusqu’à ce qu’il ait placé tous ses ennemis sous ses pieds. Le dernier ennemi détruit, c’est la Mort ; car il a tout mis sous ses pieds. Mais lorsqu’il dira : « Tout est soumis désormais », c’est évidemment à l’exclusion de Celui qui lui a soumis toutes choses. Et lorsque toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils lui-même se soumettra à Celui qui lui a tout soumis, afin que Dieu soit tout en tous. 29. S’il en était autrement, que gagneraient ceux qui se font baptiser pour les morts ? Si les morts ne ressuscitent absolument pas, pourquoi donc se fait-on baptiser pour eux ? Et nous-mêmes, pourquoi à toute heure nous exposer au péril ? Chaque jour je suis à la mort, aussi vrai, frères, que vous êtes pour moi un titre de gloire dans le Christ Jésus, notre Seigneur. »

* Auteurs anciens. Certains auteurs suggèrent que le baptême pour les morts a été pratiqué par certains groupes de premiers chrétiens et que cette pratique s’est poursuivie au moins jusqu’à la fin du IVe siècle.

Ambrosiaster, auteur latin qui vivait sous le pontificat de Damase Ier (366-384), à propos de la déclaration de Paul :  Paul souhaite montrer combien la résurrection des morts est sûre et ferme en donnant l’exemple de ceux qui étaient si certains de la future résurrection qu’ils étaient baptisés pour ceux qui étaient morts avant d’avoir pu être baptisés. Craignant que quiconque qui n’avait pas été baptisé ne ressusciterait pas du tout, ou ressusciterait pour être damné, une personne vivante était baptisée défunt.  [7]. La position d’Ambrosiaster est adoptée par de nombreux auteurs, dont le théologien et philosophe saint Thomas d’Aquin (1224/25-1274).

Saint Jean Chrysostome (344/349-407) explique que chez les marcionites, quand un catéchumène mourait, une personne vivante s’étant cachée sous le lit du défunt, ils s’approchaient du mort et lui parlaient lui demandant s’il voulait recevoir le baptême. Comme il ne répond pas, celui qui est caché en dessous répond pour lui disant qu’il veut être baptisé. Ainsi, ils le baptisent à la place de celui qui est mort, comme s’ils jouaient sur une scène… Si, indépendamment des morts, nous pouvons décider ou changer leur destinée éternelle, alors le fait qu’ils soient damnés ou sauvés ne peut plus être attribué à leurs fautes ou à leurs mérites, mais aux nôtres. Ce serait notre responsabilité !  [8].

Épiphane de Salamine, évêque et théologien du quatrième siècle, disait à propos des marcionites, une Église chrétienne à laquelle il était opposé : Dans ce pays — je veux dire l’Asie — et même en Galatie, leur école était très florissante ; et une tradition nous est parvenue à leur sujet : quand un des leurs mourait sans baptême, ils avaient coutume d’en baptiser d’autres en son nom, de peur qu’à la résurrection il ne fût puni pour n’avoir pas  été baptisé.  [9]

Saint Philastre de Brescia (IVe siècle) dit des Cathaphrygiens (dont Montanus de Phrygie) : Ces gens baptisent les morts .

Saint Grégoire de Nazianze (329-390), théologien et docteur de l’Église, reproche à un vieil homme de remettre à plus tard son baptême lui demandant avec ironie : « Attends-tu toi aussi d’être baptisé après que tu sois mort » [10] ?

Le quatrième canon du synode d’Hippone, qui a eu lieu en 393, déclare : L’Eucharistie ne doit pas être accordée à des cadavres, ni le baptême qui leur est conféré . . La décision fut confirmée quatre ans plus tard, dans le sixième canon du troisième concile de Carthage. Le concile de Carthage, tenu en 397, confirme le synode d’Hippone et condamne toute administration du baptême pour les morts. Le 6e canon du concile déclare :  Prenez garde que l’ignorance des frères ne les conduise à croire que les morts peuvent être baptisés..

* Auteurs modernes. Jérôme Murphy-O’Connor (décédé en 2013), prêtre dominicain, sommité en matière paulinienne et professeur de Nouveau Testament à l’École biblique de Jérusalem depuis 1967 :  Les commentaires les plus récents de 1 Corinthiens 15, 29 s’accordent tous à penser que ce verset parle d’une coutume à Corinthe par laquelle des membres de la communauté étaient baptisés en faveur de parents et d’amis chers qui n’avaient pas reçu le sacrement. Une telle unanimité reflète un consensus dont la base, déclare-t-on, est le texte lui-même. On nous dit qu’une lecture impartiale du verset suggère immédiatement et naturellement une telle pratique. Les autres opinions n’auraient été proposées qu’à cause du fait que les érudits (pour des raisons dogmatiques ou autres) n’auraient pu se résoudre à admettre l’existence d’une coutume si bizarre. [11].

Sergeï Antonenko, spécialiste russe de la religion, déclare que le baptême par procuration des morts a ses racines dans le christianisme antique : « Ceux qui sont avancés dans l’étude de la religion peuvent conclure que le baptême par procuration a existé dans l’histoire de l’Église chrétienne. » Citant comme exemple la déclaration explicite de l’apôtre Paul sur le sujet (voir 1 Co 15, 29), il continue : « La signification directe [littérale] du verset implique que ‘le baptême pour les morts’ pour les anciens chrétiens était la confirmation de leur foi — de leur croyance en la résurrection. »

Selon Antonenko, il est évident que le baptême pour les morts a été pratiqué dans certaines des premières communautés chrétiennes jusqu’à ce qu’il soit interdit par décret du Concile de Carthage. La tradition des baptêmes posthumes a continué à exister dans les périodes postérieures. On la connaissait aussi dans la Russie ancienne. En 1044, Iaroslav, surnommé le Sage, grand duc pieux de Kiev [capitale de la République actuelle d’Ukraine], a introduit [physiquement] dans l’église deux de ses oncles, Oleg et Jaropolk, qui étaient morts bien avant cela et étaient officiellement païens [non baptisés au moment de leur décès]. Dans ce cas-ci on peut difficilement parler de baptême par procuration. Les chroniques disent que les os des ducs furent exhumés des tombeaux, baptisés et puis enterrés dans la cathédrale de la Sainte Vierge des Dîmes. Au sujet d’Oleg et de Jaropolk, on sait qu’ils ont été élevés et éduqués par leur grand-mère, la grande duchesse Olga, et qu’ils croyaient au Christ et que s’ils n’ont pas été baptisés, c’est à cause de circonstances défavorables… tués dans des querelles intestines.

Iaroslav le Sage était convaincu que c’était son devoir d’aider ses oncles décédés prématurément à mener à bonne fin leur choix chrétien… le baptême des morts fut accompli officiellement dans l’église construite par saint Vladimir [12].

* Des baptêmes pour les morts sont pratiqués par procuration dans des temples par les membres de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours.

Selon la doctrine de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, l’Évangile est enseigné aux morts dans le monde des esprits où ils ont l’occasion d’accepter librement les sacrements accomplis pour eux dans cette vie. Ces sacrements ne prennent effet qu’après acceptation des destinataires.

Les saints des derniers jours font des recherches généalogiques pour découvrir les noms et dates de naissance de leurs ancêtres afin que les ordonnances salvatrices (baptême, confirmation, ordination, dotation, mariage, scellement aux parents et aux enfants) soient accomplies pour eux.

Seul un adulte de sexe masculin détenteur de la prêtrise de Melchisédek ayant reçu l’ordonnance de la dotation peut baptiser en faveur des morts. Dans la pratique du baptême pour les morts, une personne vivante est baptisée par immersion en lieu et place d’une personne décédée du même sexe. La personne qui représente le défunt est appelée par son nom, puis après l’énoncé du nom complet de la personne décédée qu’elle représente, est baptisée par immersion « au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ». Selon la doctrine mormone, le défunt, qui est vivant en esprit, est libre d’accepter ou de refuser le baptême accompli en sa faveur.

baptême pour les morts des Mormons
Font Baptismal des SDJ Pour le baptême pour les morts-Temple de Salt Lake City par Charles Roscoe Savage [Public domain], via Wikimedia Commons
Les saints des derniers jours considèrent que leur première obligation est d’accomplir, par procuration, les ordonnances du temple pour les membres décédés de leur famille. Des recherches généalogiques peuvent être faites sur les lignées par le sang, par adoption et par scellement, également pour les noms de personnes qui ont une relation familiale probable. Sont exclus les noms de personnes non apparentées, notamment les noms de célébrités ou celles collectées dans le cadre de projets d’extraction non approuvés, par exemple les victimes juives de l’Holocauste.

Bien que l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours considère que c’est un grand service que d’accomplir des sacrements par procuration pour les défunts, certains non-mormons se sont offensés de cette pratique. Sensible à la question du baptême par procuration pour les non-mormons qui n’ont pas de lien de parenté avec des membres de l’Église, l’Église au cours des dernières années a publié des instructions limitant l’accomplissement des sacrements du temple aux ancêtres directs des membres de l’Église.

En 2008, une directive de la Congrégation vaticane pour le Clergé a été envoyée aux diocèses catholiques pour empêcher l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours de microfilmer et de numériser les informations contenues dans les registres de sacrements catholiques de sorte que les personnes dont les noms y figurent ne reçoivent pas le baptême mormon. Le Vatican avait déjà déclaré en 2001 que le baptême mormon était non valide.

Source : extrait de https://fr.wikipedia.org/wiki/Baptême_pour_les_morts

9. La loi mormone sur la progression éternelle

L’erreur doctrinale la plus grave de l’enseignement mormon peut être résumée dans la position de base concernant Dieu et l’homme, connue sous l’appellation de « progression éternelle ». Cet enseignement est au centre de la foi mormone. Selon lui, Dieu fut un jour un simple être humain et l’homme deviendra un jour Dieu (Ensign, mai 1977, page 49). Et voici la fable délirante concoctée en milieu mormon.

Elohim, le père de Jésus, serait né sur une autre planète de la même façon que nous avons été mis au monde par nos parents. Elohim aurait acquis une grande maturité grâce à son obéissance aux lois et ordonnances du Dieu qui régentait cette planète, c’est-à-dire son père qui lui-même dans le passé fut un homme soumis à un autre Dieu et ainsi de suite ! (Journal of Discourses, vol. 6, pages 3-5).

Elohim mourut, fut ressuscité et jugé par son dieu qui le trouva digne d’être élevé à la divinité. Il lui fut donné beaucoup d’épouses qui l’accompagnèrent sur une planète dénommée Kolob. Il y prospéra et il engendra des millions d’enfants démunis de corps physiques. Cette doctrine nous apprend que toute la race humaine fut envoyée de Kolob sur cette terre dotée de corps physiques afin d’être testés comme Elohim.

Elohim eut pour tâche de préparer la terre afin qu’elle soit occupée par les hommes. Le Conseil des dieux s’est alors rassemblé afin de trouver le meilleur plan de travail pour cette entreprise. Elohim demanda à ses deux fils aînés Jéhovah (Jésus) et Lucifer de préparer chacun un plan. Après délibération, le Conseil opta pour le plan de Jésus et il fut élevé à la position divine. Satan n’accepta pas cette décision et un tiers des enfants d’Elohim fut entraîné dans la révolte. Un autre tiers resta fidèle à Elohim et à la décision du Grand Conseil, et un autre tiers composé d’irrésolus resta obéissant mais ne voulut pas s’engager dans la bataille ! (Mormon Doctrine, pages 163-164).

Le parti de Jésus remporta la victoire et Lucifer et ses adeptes furent chassés de Kolob et arrivèrent sur terre. Ceux qui demeurèrent vaillants et fidèles à Jésus vinrent sur terre avec une peau blanche, les irrésolus quant à eux reçurent une peau noire, la malédiction de Caïn (Doctrines of Salvation, vol.1, page 64-66). Soit dit en passant, depuis le 9 juin 1978, les noirs ont été pardonnés et peuvent recevoir la prêtrise mormone afin de devenir dieu et blanc tout naturellement.

Neuf mois avant la naissance de Jésus à Bethléem, Elohim son père vint sur terre afin d’avoir des relations sexuelles avec Marie. Souvenez-vous qu’Elohim est un homme exalté selon le mormonisme ! (Journal of Discourses, vol. 8, page 115, Mormon Doctrine, pages 742-743).

Le Jéhovah mormon, alias Jésus, épousa trois femmes identifiées, savoir les deux sœurs de Lazare et Marie-Madeleine. Il transforma l’eau en vin lors de son premier mariage. Selon le mormonisme, Jésus fut persécuté parce qu’il possédait beaucoup de femmes et de concubines ! (Journal of Discourses, vol, 1, 1852-1854 pages 345-346).

Le Jésus mormon est mort sur la croix afin d’expier la transgression d’Adam alias Elohim. Grâce à la chute, nous pouvons disposer de corps physiques et la mort de ceux-ci nous permettra de ressusciter. La chute est en fait pour les mormons une bénédiction. La mort de Jésus nous permet de bénéficier d’une résurrection physique et de posséder l’immortalité. Chacun sera jugé selon ses œuvres et puni pour ses propres péchés ! (Articles of faith, pages 68-70).

Le Jésus des Saints des Derniers Jours
Le Jésus des Saints des Derniers Jours – Temple des Mormons au Salt Lake City

« Aucun homme ou femme dans cette dispensation n’entrera jamais dans le royaume céleste de Dieu sans le consentement de Joseph Smith, chaque homme et femme doit avoir un certificat de Joseph Smith comme passeport afin d’entrer là où se trouvent Dieu et Christ » (Journal of Discourses, vol. 7, page 289).

Ainsi, si le mormon est fidèle aux cérémonies du Temple, s’il obéit aux lois de l’église mormone, il sera peut-être jugé digne d’entrer dans le Royaume céleste, le plus haut degré de gloire, et devenir dieu, ou une déesse s’il s’agit d’une femme. (Doctrines of Salvation, vol. 2, pages 44-46).

Chaque mormon divinisé recevra beaucoup de déesses et prendra possession de son nouveau royaume et le processus recommencera…

Les mormons enseignent que l’utilisation chrétienne de la croix est païenne et diabolique. Jamais vous ne verrez de croix chez les mormons. La vision de la croix comme lieu d’expiation de nos péchés est regardée comme une hérésie ! (What The Mormons Think of Christ, page 22).

temple mormon suisse
Le faux ange Mormoni qui remplace la croix sur le sommet d’un temple mormon en Suisse.

On est évidemment à des années-lumière de la Bible, dans des conceptions ténébreuses qui se veulent au-delà du bien et du mal.

On comprend qu’on puisse lire sous la plume d’un mormon : « Les mormons ne rampent pas devant Dieu, débitant leur indignité et implorant grâce. Ce ne sont pas des esclaves mais des hommes faits à l’image de Dieu. Ils se tiennent debout fièrement levant la tête et tendant leur main pour serrer celle de Dieu afin de le saluer » [13]

Source : Christian Piette, La Route Droite n° 25
http://vigi-sectes.org/la-loi-mormone-sur-la-progression-eternelle/

10. Les liens entre J. Smith et la Franc-Maçonnerie

Quand Joseph Smith créa l’église SDJ, la Franc-maçonnerie existait déjà. En 1827, Hyrum Smith qui est le frère de Joseph Smith, rejoindra les Franc-maçons ainsi que beaucoup des premiers Mormons [14]. En 1838, les Mormons formèrent une bande secrète unie par des serments de mort secrets pour défendre les mormons de leurs ennemis et pour faire sortir les apostats du milieu d’eux [15].  Le 15 mars 1842, Joseph Smith est devenu membre de la loge franc-maçonnique à Nauvoo en Illinois. Le lendemain, il est élevé au 32ème degré la franc-maçonnerie [16]. « Le soir, j’ai reçu le premier degré dans la franc-maçonnerie à la loge de Nauvoo, assemblée dans mon bureau ». « J’étais à la loge maçonnique et je fus élevé au degré suprême ».

La compromission des hauts degrés de la Franc-Maçonnerie avec le satanisme est connue. Albert Pike, Grand Pontife de la Franc-Maçonnerie universelle, Franc-Maçon du 33e degré, Grand Prêtre de l’Église Satanique, a déclaré le 14 juillet 1889 en France, en s’adressant aux hauts degrés de la maçonnerie de « Rite Palladique » : «… À toi, Souverain Grand Instructeur Général, nous disons ceci, que tu peux répéter aux Frères des 32°, 31° et 30° ème degré : La Religion maçonnique devrait être maintenue par nous tous, initiés de hauts degrés, dans la pureté de la doctrine luciférienne… » [17].

Après quelques mois, les francs-maçons d’autres loges d’Illinois rejetèrent la loge de la ville appelée Nauvoo parce qu’elle introduisait beaucoup de changements dans les cérémonies[18]. Pour se défendre contre les accusations disant qu’il avait copié les cérémonies de la franc-maçonnerie pour les mettre dans les cérémonies secrètes du temple mormon, Joseph Smith déclara que la franc-maçonnerie était une apostasie de la religion vraie, et qu’il l’avait restaurée par « révélation de Dieu »[19]. Cependant, au moment de leur mort, son frère et lui étaient membres à part entière de la franc-maçonnerie [20].

. Quand ils furent attaqués en prison par la foule, Joseph appela ses frères francs-maçons à l’aide : « Ô Seigneur, mon Dieu, est-ce qu’il n’y a pas d’aide pour le fils de la veuve ?[21] »

Les serments de mort, de la même nature que ceux de la franc-maçonnerie, ont continué dans les cérémonies des temples mormons jusqu’au 10 avril 1990. Après cette date, à cause des protestations de beaucoup d’organisations chrétiennes, les mormons abandonnèrent cette pratique[22]. Les preuves de leurs liens historiques avec la franc-maçonnerie restent dans les symboles du compas, du carré et de la règle sur les vêtements intérieurs sacrés que porte tout missionnaire mormon. Cependant en regardant de plus près, les symboles sataniques et mythologiques pullulent dans le Temple des Mormons à Salt Lake City, Utah, aux États-Unis [23].

Bernard François dont il est question ci-dessous affirme : « Le rituel secret du Temple pour conférer les ordonnances salvatrices aux vivants et aux morts est en fait pris à la Franc-Maçonnerie de rite Ecossais, et adapté aux Mormons. Les grades d’Apprenti, Compagnon, Maître, sont conférés en une seule séance. La Franc-Maçonnerie officielle n’admet pas cette pratique. »

11. Pérégrinations d’un mormon sarthois, Bernard François

« Bernard François (1920-1997) a vécu au Mans. Ajusteur et serrurier SNCF, puis agent technique, il a donné sa démission en août 1942. Entré au « Maine Libre » en 1946 comme mécanicien linotypiste, puis après maladie, à l’imprimerie Vilaire en novembre 1955. Il a terminé sa carrière à l’imprimerie Barrier en 1983.

À 20 ans, il connut le désert de la foi. A 40 ans, il s’éloignait de la foi catholique pour l’embrasser à nouveau et définitivement 20 ans après. Deux décennies apparemment loin de l’Église. Loisirs peu nombreux, occupé en grande partie à la recherche généalogique. Pas moins de 100 000 km parcourus à mobylette. Une moisson abondante de noms, ses ancêtres et parents, ceux de son épouse, ceux de coreligionnaires et d’amis. Bienveillante, son épouse s’occupait de sa petite famille tandis qu’il partait à la recherche de la grande famille humaine.

Ses enfants se souviennent de ses retours triomphants des Archives Départementales. Et Bernard François de parler avec enthousiasme de Martin Franç̧ois et de Mathurine Pingault, décédés en 1651 et 1678, comme s’il venait de leur serrer la main.

L’étude du livre d’Isaïe en hébreu, et des hiéroglyphes, le ramèneront à sa propre surprise dans l’Église catholique à Noël 1980. Sa vie a été marquée par l’étude, la méditation, la prière (celle du chapelet) et le service. Il aimait les belles célébrations eucharistiques, fréquentes à l’église Saint-Martin de Pontlieue. Il appréciait l’équipe liturgique dont il faisait partie, écoutait attentivement les homélies des prêtres successifs, dont la profondeur ne lui échappait pas, et les commentait à son retour à la maison. »
(Extrait d’une note rédigée pour sa sépulture)

Son travail numérisé a été mis en ligne sur le site http://pncds72.free.fr/102_1_morm_bfrancois.php

D. Auzenet +, pncds72
Novembre 2015

N.B. 1 : Cette conférence ne peut être le lieu d’approfondissement de nombreux points de théologie, d’organisation, de pratiques de l’Église des SDJ. Ont été mentionnés ceux qui pourraient être le plus utile dans un premier temps. Comme dans tous les cas de mouvements où les fondateurs ont été en lien avec la Franc-Maçonnerie (voir les conférences sur les Témoins de Jéhovah, et la Scientologie) la matière est en effet foisonnante et hyper-complexe à maîtriser.

N.B. 2 : Le Chœur du Tabernacle mormon, créé en 1847, est l’une des institutions chorales les plus réputées du monde. Il est formé de 360 voix et est habituellement accompagné par un orgue de 11 623 tuyaux et l’Orchestre de Temple Square composé de 110 musiciens. Tous les membres du Chœur du Tabernacle sont des bénévoles de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours.

Andréa Bocelli, vous connaissez ? Il chante un magnifique « Notre Père » accompagné par le Chœur du Tabernacle mormon. On le trouve en ligne sur l’Internet, même sur des sites catholiques ; comme quoi rien n’est simple !
http://luciole-83.eklablog.com/notre-pere-chante-par-andrea-bocelli-et-choeur-momon-du-tabernacle-a107184228

Le chant d’Amazing Grace par le même Bocelli, devant le pape François :
https://www.youtube.com/watch?v=u5q7FTixnWU


[1] http://www.huffingtonpost.fr/2014/11/12/mormons-joseph-smith-fondateur-eglise-femmes-polygamie_n_6143764.html

[2] Sur la question du rapport du Mormonisme avec l’occultisme, il faut souligner que Stephenie Meyer, romancière, auteur du best-seller Twilight appartient à l’église mormone.

[3]http://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/documents/rc_con_cfaith_doc_20010605_battesimo_mormoni_fr.html

[4] « Les Mormons s’offrent le tiers de Villepreux », Le Parisien, 9 mars 2006]

[5] « Que sait-on de… Les mormons », 4e semestre 2002, UNADFI, voir § 1 et ‘Observations ou témoignages’

[6] L’ADFI publie régulièrement des articles sur les Mormons, que l’on peut retrouver sur son site http://www.unadfi.org/étiquettes/mormons

[7] Patrologie Latine 17, 280

[8] Saint Jean Chrysostome, dans Epistolam 1 ad Corinthios Homilia, p. 40, 71

[9] Hérésies 28, 7

[10] Oratio 40 : In Sanctum baptisma, n° 17

[11] « Baptized for the dead », a Corinthian Slogan ?, Revue Biblique 88, 1981

[12] Baptême pour les morts en Ukraine http://www.idumea.org/Etudes/Croyances/Bapteme_Ukraine.htm

[13] Joseph H. Weston, The Amazing Mormons, p. 82.

[14] Kenneth W. Godfrey. Journal of the Illinois State Historical Society, Spring, 1971, p.81-82

[15] Harold Schindler. Drrin Porter Rockwell: Man of God, Son of Thunder, 1966, p. 44

[16] Joseph Smith, History of the Church, tome 4, pages 551-552.

[17] Publié par la revue anglaise « The Freemason » dans son numéro du 19 janvier 1935 (cf. Epiphanius in « Maçonnerie et sectes secrètes : le côté caché de l’histoire », pp. 508-509).

[18] E. Cecil McGavin, Mormonism and Masonry, 1956, pages 89-92.

[19] McGavin, page 199.

[20] History of the Church, tome 7, page 188.

[21] McGavin, page 17.

[22] Jerald and Sandra Tanner, Evolution of the Mormon Temple Ceremony, 1842-1990, pages 6-8.

[23] Source : http://rustyjames.canalblog.com/archives/2014/11/27/31035599.html

 

La Scientologie

Pour les personnes intéressées par le sujet, deux livres récents et marquants sont à signaler :

Dans la secte, de Pierre Henri & Louis Alloing, une bande dessinée publiée en 2005 aux éditions La boîte à bulles, qui raconte l’histoire de Marion, rentrée dans la scientologie dans les années 1980.

Jenna Miscavige, Rescapée de la scientologie, Éditions Kero, 2013. Nièce de David Miscavige, qui a succédé au fondateur Ron Hubbard en 1986, elle en est sortie à l’âge de 21 ans.

Il faut mentionner le livre de Roger Gonnet : La Secte. Secte armée pour la guerre. Chronique d’une « religion » commerciale à  irresponsabilité illimitée Éd. Alban, 1998 ; il a passé 8 ans comme cadre dirigeant du mouvement, créant la branche lyonnaise. Je signale aussi le livre de François Lecombat, L’audace d’être contre, une vie de lutte contre la Scientologie, Publibook, 2014 ; il y raconte l’implosion de sa fratrie sous l’emprise de la Scientologie…

J’ai choisi de faire connaître un article traduit de l’américain et publié sur le site preventsectes.com, intitulé LE PIEGE DE LA LIBERTE TOTALE. SCIENTOLOGIE, DIANETIQUE ET L. RON HUBBARD, de JON ATACK. Celui-ci a été membre de l’Église de Scientologie de 1974 à 1983. Son livre A Piece of Blue Sky, publié aux USA (1990) et au Canada, est un récit de 400 pages sur Ron Hubbard, ses organisations et ses pratiques. L’article mis en ligne sur preventsectes.com, d’une vingtaine de pages, permet de cerner les aspects essentiels de la vie du fondateur et de son œuvre.

1. Introduction

« La Scientologie est une philosophie religieuse qui mène l’humanité à la Liberté Totale » [1]. « Une libération sans limites de tous les pièges, de toutes les craintes… Prisonnier de sa condition, l’homme aspire à la liberté et veut sortir de sa situation misérable et sans but pour parvenir à une liberté totale. » [2]

L’œuvre de L. Ron Hubbard est l’objet de nombreuses controverses depuis le premier jour où il a révélé sa « science moderne du mental ». Selon ses fidèles « L. Ron Hubbard est non seulement la réincarnation de Bouddha, mais aussi de Maitreya, qui illumina le monde d’après une légende bouddhiste ». Pour les scientologues, il est tout simplement « le plus grand savant, le plus grand des humanistes et le plus grand connaisseur de l’esprit humain n’ayant jamais existé ».

En revanche, un juge californien de la Cour a déclaré que Hubbard était « un schizophrène et un paranoïaque ». Un juge de la Haute Cour de Londres a qualifié la Scientologie de « cynique et socialement odieuse ». Des scientologues ont été condamnés pour des actes criminels au Canada, aux États-Unis, au Danemark et en Italie.

L’Église de Scientologie est une organisation terriblement puissante, constituée de plus de 270 églises et missions réparties dans le monde. Utilisant des techniques hypnotiques, la Scientologie est parvenue à susciter un comportement fanatique chez des dizaines de milliers d’individus, auparavant normaux et intelligents.

2. Mode de recrutement

La plupart des adeptes entrent dans la Scientologie alors qu’ils traversent une période difficile de leur vie. La Scientologie emploie des techniques de recrutement manipulatoires aggravant leur vulnérabilité, et leur promet une solution pratiquement à tous leurs problèmes. Au commencement, la nouvelle recrue est soumise à des exercices provoquant l’euphorie. Le désir d’atteindre cet état euphorique peut être assimilé à une drogue, qui entraîne dans la plupart des cas une annihilation de l’esprit critique vis-à-vis de la Scientologie.

La secte parvient rapidement à dominer sa victime. Elle lui interdit de garder contact avec les personnes hostiles au mouvement, y compris ceux de sa famille ; et insiste sur le fait qu’un énorme complot se prépare dans le but de détruire la Scientologie. Le propre d’un fanatique est son incapacité à considérer ce qui est pourtant évident. La majorité des scientologues restent aveugles et sourds aux critiques contre cette secte.

3. Lafayette Ron Hubbard, pseudo-enfant prodige

« De toute évidence, cet homme se révèle être un mythomane quand il parle de sa vie, ses origines et son œuvre. En outre, les écritures et documents reflètent son égoïsme, sa cupidité, son avarice, sa soif de pouvoir, son caractère vindicatif et son agressivité envers tous ceux qui lui sont perçus comme déloyaux ou hostiles. » [3]

Lafayette Ronald Hubbard, créateur de la Dianétique et la Scientologie, est né aux États-Unis en 1911. […] À 19 ans, Hubbard entre à l’Université George Washington pour entreprendre des études dans le génie civil. Son passage en troisième année est refusé à cause de ses résultats médiocres. Les scientologues prétendent que « Ron Hubbard possédait des diplômes à la fois en génie civil et en mathématiques ». En fait, il n’a jamais eu aucun diplôme dans ces domaines, et son niveau en mathématiques était très bas. À l’université, Hubbard échoue également dans ses études sur la physique atomique et moléculaire, ce qui dément sa ridicule prétention selon laquelle il est « un des premiers physiciens nucléaires d’Amérique ».

L. Ron Hubbard

4. L’explorateur en pantoufles […]

5. Les romans à bon marché

Il vit durant plusieurs années dans des conditions précaires, en signant ses œuvres sous des pseudonymes ronflants tels que René Lafayette, Tom Sterbrook, Kurt von Rachen, Capitaine B.A, Northrup, et Winchester Remington Colt. Sous le nom de Légionnaire 148, Hubbard concocte des « histoires vraies » au sujet de ses prétendus exploits au sein de la Légion Etrangère Française. Mais il subsiste surtout en écrivant des petits romans d’aventure pour des revues bon marché, en participant à la rédaction de nombreux magazines tels que Thrilling Aventures, The Phantom Detective et Smashing Novels Magazine ; puis s’oriente définitivement vers la science-fiction, principalement pour la revue Astounding Science Fiction. Parmi ses romans populaires, certains portent le titre de Le carnaval de la mort, Roi des terroristes et Pirate de l’air. À l’époque des débuts de la Dianétique, en 1950, ses œuvres de science-fiction sont bourrées d’imagination, mais d’un style fort peu élégant. Il explore déjà des idées qui seront incorporées ultérieurement dans la Scientologie.

6. Les années de guerre

À cause de sa vue, l’admission de Ron Hubbard à la U.S. Naval Academy est refusée. En 1941, bénéficiant d’une dérogation, il réussit à se faire enrôler en tant que réserviste de la Navy.

Ron Hubbard prétend avoir été « un brillant officier dans la Navy ». Parmi ses exploits militaires, il se targue d’être « le premier blessé sur le front asiatique ». En décembre 1941, il est en réalité affecté en Australie. Là bas, il apporte suffisamment de contrariétés à ses supérieurs pour se faire renvoyer aux États-Unis quelques mois plus tard. En février 1942, un rapport de l’attaché naval américain indique que « cet officier n’est pas qualifié pour exercer (seul) des responsabilités… Il se prétend doué de qualités exceptionnelles dans tous les domaines… Il doit être surveillé de très près ». À son retour, en mars 1942, Hubbard est affecté à un poste de censure du courrier à New-York. […]

F.A. Braisted, chef du commandement de la flotte du pacifique écrit dans un rapport : « je considère cet officier comme dépourvu de qualités essentielles de jugement, d’aptitude au commandement et de coopération. Il agit sans réfléchir aux conséquences de ses actes… Il est actuellement inapte au commandement et ne mérite pas de promotion. Je recommande pour cet officier un poste qui permettra de le soumettre à une stricte surveillance. » […]

7. L’invalide de guerre

Dans un article intitulé « Ma philosophie », Hubbard prétend avoir été atteint au nerf optique et aveugle, et paralysé par ses blessures aux hanches et au dos, à la fin de la seconde guerre mondiale. Pourtant, dans son dossier, aucune trace d’un Ron Hubbard aveugle et estropié n’a été retrouvée. Ses périodes d’hospitalisation ne sont pas la conséquence de soi-disant blessures de guerre, mais de divers troubles et maladies allant de la malaria à un ulcère et des douleurs dans le dos.

Hubbard prétend avoir passé un ou deux ans à l’Hôpital Naval de Oak Knoll, à développer la Dianétique et grâce à elle, à « guérir de sa maladie déclarée incurable par les médecins ». Les origines de la Dianétique restent floues et contradictoires avec le contenu des livres sur la Scientologie. Selon les ouvrages, l’année de la découverte de la Dianétique oscille entre 1944, 1947 et 1949.

8. Sexe et magie noire

Après son départ de la Navy, Ron Hubbard abandonne sa première épouse, Margaret Louise Grubb, alias Polly, et ses deux enfants en bas âge pour s’initier à la pratique de la « magie noire ». En 1938, Hubbard est pris d’une étrange hallucination pendant une anesthésie pour une intervention chirurgicale dentaire. Il se croit mort durant cette opération et se persuade d’avoir reçu une grande richesse de savoir au cours de cette expérience. Suite à cette découverte, il prétend avoir écrit un livre nommé Excalibur, mais n’a jamais pu trouver un éditeur. On peut se demander s’il a réellement écrit ce livre.

L’intérêt de Ron Hubbard pour les sciences occultes le conduit à adhérer pendant une brève période à un groupe de Rosicruciens. Il raconte à un ami qu’il se croit lui-même protégé par un gardien spirituel appelé « l’Impératrice » ; et le répétera à certains de ses fidèles plusieurs années après.

En 1945, Hubbard s’associe avec un certain Aleister Crowley, le dirigeant d’une secte satanique. Crowley se fait appeler « La bête 666 », servant de l’Antéchrist, et préconise d’étranges pratiques sexuelles et l’utilisation de drogues à accoutumance. Grâce à lui, Ron Hubbard rencontre John Parsons, alias Jack, un chimiste et un des premiers membres du laboratoire de Jet Propulsion en Californie, mais dont la magie constitue sa passion nocturne. Hubbard et Parsons se mettent à pratiquer des rituels sexuels sur Sara Elizabeth Northup, alias Betty, voulant devenir la mère de « Babalon », l’incarnation du mal.

Cette étrange association prend fin avec la fuite de Hubbard, non seulement avec la compagne de Jack, mais aussi avec son argent. Hubbard devient bigame en épousant Sara Northrup et, toujours dans une situation financière critique, commence à écrire des lettres pathétiques pour justifier une demande d’augmentation de sa pension d’invalide de guerre. En 1947, alors qu’il racontera plus tard qu’il s’était « guéri » lui-même grâce à la Dianétique, Hubbard fait état de ses tendances suicidaires et sollicite l’Administration des Vétérans pour une aide psychiatrique.

Hubbard continue de pratiquer des rituels de magie noire et se lance dans des exercices d’auto-hypnose, avec des affirmations suggestives du genre « tous les hommes sont mes esclaves ». En même temps, Il continue d’envoyer des courriers de demande d’augmentation de sa pension d’invalidité, en prétendant souffrir de tous les maux.

A cette époque, Hubbard était déjà sous la dépendance des barbituriques prescrits à l’origine pour son ulcère. Son usage de la drogue s’est prolongé durant toute sa carrière dans la Scientologie, alors qu’il avait créé des centres de désintoxication Narconon, organisation écran de la secte. La Dianétique prétend triompher des tendances compulsives. Pourtant Ron Hubbard n’a jamais pu s’affranchir du tabac.

9. La Dianétique

« L’hypnose a été utilisée pour la recherche, puis abandonnée » [4]. En 1948, Hubbard présente des démonstrations sur l’hypnose, et écrit à son éditeur à propos d’un nouvel ouvrage qu’il assure d’un succès très prometteur. Mariant les techniques de l’hypnose avec des recherches abandonnées depuis longtemps par Freud, Hubbard invente la Dianétique. En 1950, il modifie les techniques d’hypnose sans avoir effectué davantage de « recherches », pour sortir le livre « La Dianétique ».

Dans un ouvrage datant de 1909, Freud décrivait une méthode pour faire remonter à la conscience des souvenirs traumatisants. Il demande aux patients de remonter à des incidents situés de plus en plus tôt sur une « chaîne », jusqu’à ce que la charge émotionnelle soit libérée. Non seulement Hubbard reprend la technique, mais il transforme certaines expressions utilisées par le traducteur de ces lectures. Freud avait abandonné la technique, parce que le procédé était trop laborieux et ne permettait pas de découvrir les sources des blocages. La Dianétique apporte parfois un soulagement initial, mais donne surtout la dangereuse conviction que certains incidents purement imaginaires correspondent à la réalité.

Hubbard adopte les techniques de Freud, y ajoute une terminologie spécifique à la Dianétique, et développe une théorie selon laquelle le « basique », en d’autres termes le premier incident traumatique, se produit dans l’utérus. En fait, cette affirmation fait suite aux recherches de Otto Rank, Nandor Fodor et J. Sadger. Hubbard déclare en plus qu’il est réellement possible de se remémorer les incidents prénataux, et même les instants précédant la conception (le « rêve du spermatozoïde »). Fodor aussi avait écrit au sujet des souvenirs prénataux.

Hubbard redéfinit le terme d' »engramme » comme étant l’image d’un incident traumatique qui a échappé à la conscience de l’individu. Une fois que le premier engramme (ou « basique-basique ») est éliminé, l’individu est supposé à l’état de « Clair », par conséquent libéré de toutes ses carences, et pourvu d’un QI élevé. L’audition est dotée de vertus miraculeuses.

« La Dianétique augmente le QI comme résultat accessoire de l’audition habituelle, d’une moyenne d’un point par heure de processing. […] Les membres atrophiés, les taches de peau, les éruptions cutanées, et même la cécité et la surdité peuvent être guéris par la Dianétique ». [5]

Le livre « La Dianétique, la puissance de la pensée sur le corps », soutient que par l’élimination des engrammes, l’individu est libéré de ses compulsions, obsessions, névroses, et des risques tels que les troubles cardiaques, déficience visuelle, asthme, daltonisme, allergies, bégaiement, surdité, sinusite, hypertension, dermatite, migraine, ulcères, arthrite, nausées, refroidissement, conjonctivite, alcoolisme et tuberculose. Hubbard prétend aussi guérir des cancers et de la leucémie. Pourtant, aucune preuve sérieuse de ces prétendues vertus miraculeuses n’a jamais été établie.

En août 1950, face aux multiples contestations, Hubbard entreprend de présenter « le premier Clair au monde » à l’auditorium de Shrine à Los Angeles, en la personne d’une jeune physicienne, Sonya Bianca. Selon Hubbard, elle jouit d’une « mémoire infaillible lui permettant de se souvenir sans erreur de chaque instant de sa vie ». Mais la jeune femme, peu maîtresse d’elle-même, est incapable de dominer la situation sur scène. En outre, intimidée par les questions très sceptiques du public, elle ne parvient pas à se souvenir d’une formule de base en physique, pourtant sa spécialité. Les fidèles de Ron Hubbard occultent le fait qu’une partie du public s’est aperçu de l’incroyable exagération des prétendus bienfaits de la Dianétique. Ron Hubbard ne se risquera à exhiber un autre « Clair » en public avant longtemps. [6]

La secte se garde bien de révéler la faillite des premières fondations de Dianétique et l’échec du second mariage de leur gourou, avec Sara. Sara Hubbard a accusé son mari de l’avoir battue et privée de sommeil. Elle révèle qu’il l’avait un jour étranglée jusqu’à la rupture de la trompe d’Eustache de son oreille droite, entraînant une surdité définitive. Hubbard s’est réfugié à Cuba ; après avoir kidnappé leur fille, dans le but de s’assurer, avec succès, du silence de sa première épouse.

Avec le soutien financier du millionnaire Don Purcell, Hubbard retourne aux États-Unis pour créer une fondation à Wichita. Il règle également les conditions du divorce avec Sara, qui renonce à ses exigences initiales en échange de la garde de leur fille, qu’elle n’a pas vue depuis des mois.

La nouvelle fondation de Wichita sombre rapidement dans des difficultés financières, et Ron Hubbard l’abandonne à ses créditeurs en accusant Don Purcell — qui l’avait aidé auparavant — d’avoir accepté de toucher 500.000 dollars par l’Association Américaine des Médecins pour le ruiner. Ce n’est qu’un épisode de la paranoïa de Ron Hubbard. Puis il ouvre un « Collège Hubbard » concurrent.

10. La Scientologie

 » Nous avons trouvé les moyens de transformer les hommes en esclaves.  » [7]. « Les scientologues sont les gens les plus intelligents du monde. » [8]

En février 1952, Hubbard se trouve sans le sou et gaspille à la fois les droits de son livre « La Dianétique » et l’argent de ses fidèles du « Collège Hubbard ». Un de ses associés vole les listes des adhérents de la fondation de Wichita, et Hubbard commence à lancer des attaques ridicules contre la fondation et à réclamer des dédommagements de plus en plus importants pour « rupture abusive de contrat » ou « graves fautes de gestion ».

Il donne aussi des lectures du Collège Hubbard à une audience restreinte, et pendant 6 semaines il travaille sur un sujet en apparence nouveau. Il reconnaîtra plus tard son admiration pour Aleister Crowley, son « véritable ami », dont les idées sur la « magie noire » ont beaucoup inspiré les fondements de la Scientologie, constitués d’un amalgame avec la science-fiction.

Avec la Scientologie, Hubbard affirme que nous sommes tous des êtres appelés « thétans », qui existent depuis des milliards d’années, et se réincarnent. Selon lui, grâce à l’utilisation de ses nouvelles techniques, n’importe qui peut acquérir des pouvoirs surnaturels. En 40 ans, aucune étude sérieuse n’a permis de mettre en évidence ces prétendues aptitudes.

Au cours des lectures du Hubbard College, Hubbard introduit l’Électromètre, ou E-meter, mis au point par le dianéticien Volney Mathison. L’Électromètre est en réalité une sorte de détecteur de mensonge, basée sur la mesure de la résistance électrique du corps humain, avec deux électrodes en forme de boîtier, que l’audité tient dans ses mains. La mesure est effectuée à l’aide d’un pont de Wheatstone relié à un galvanomètre. C’est un appareil peu coûteux à fabriquer. Hubbard prétend que les guérisons par la Dianétique sont infaillibles.

Machine Dianétique
Electromètre de La Dianétique et de la Scientologie
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11. La technologie de la pensée métamorphosée en une religion

« J’aimerais lancer une religion. C’est là que se trouve l’argent. » [9] A sa mort en 1986, la fortune personnelle de Hubbard est estimée à plus de 640 millions de dollars, amassés grâce à la Scientologie (en dépit de son démenti selon lequel il n’a jamais touché de royalties sur la vente de ses livres). C’est seulement à la fin des années soixante que la Scientologie se réfugie derrière son manteau religieux, face aux critiques de plus en plus virulentes de la part des gouvernements occidentaux. Des « pasteurs » de la Scientologie suivent un stage de pratique d’une sorte de religion basée sur un simple livre, et s’entraînent à la célébration de cérémonies écrites par Hubbard.

déguisement en religion de la scientologie
Entrée d’une église de scientologie en Espagne-Madrid avec les symboles de la scientologie qui se déguisent en symboles religieux.
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À l’issue de leur stage de quelques jours, ils s’accoutrent de vêtements comparables à ceux de leurs homologues chrétiens, incluant un collier et une « croix barrée ».

12. Le test de personnalité

La Scientologie recrute la plupart de ses membres dans la rue, en leur proposant un test de personnalité gratuit. Le Oxford Capacity Analysis (OCA) avait été rédigé par un Scientologue, un ancien marchand marin n’ayant pas de réelles connaissances en psychologie. Ce test n’a rien à voir avec l’Université d’Oxford et dérive en fait du Johnson Temperament Analysis Profile. Les 200 questions fournissent à la Scientologie des informations personnelles très détaillées. À maintes occasions, la secte a utilisé ces informations dites « confidentielles » contre d’anciens membres.

En 1991, une lettre à l’intention des recruteurs scientologues propose un cours expliquant « comment présenter les résultats des tests de personnalité pour donner envie de rejoindre la Scientologie ». Un autre document interne précise que cette évaluation sert « à révéler à la personne ce qui ruine sa vie, et à lui montrer comment la Scientologie peut la sauver de cette ruine (… ). Lorsque vous lui révélez un de ses points faibles, dites-lui que la Scientologie peut remédier à ça ». Le test est conçu de telle façon que peu de gens obtiennent des résultats globalement positifs.

Les adeptes utilisent des techniques de vente intensives et parfaitement rodées afin de convaincre ses victimes de s’endetter pour des années, au profit de la Scientologie. La première étape du recrutement consiste à focaliser l’attention de la personne sur les aspects les plus pénibles de sa vie (les « ruines »), ce que les hypno-thérapeutes appelleraient les « charges émotionnelles ». Toute émotion intense tend à annihiler l’esprit critique. La froideur de la pensée rationnelle contraste avec la chaleur des émotions. Le recruteur joue sur la crainte de cette personne, en affirmant que sa condition pourrait empirer. Ensuite, le « remède » offert par la Scientologie lui est proposé.

Quel que soit le problème soulevé chez une personne, la solution immédiate est presque toujours un cours de communication, et un endoctrinement pour faire connaître les théories de Ron Hubbard sur les « Personnes Suppressives », ou SP.

13. Techniques

« La Scientologie est nuisible. Ses techniques sont nuisibles. Sa pratique constitue un réel danger pour la communauté ; médicalement, moralement et socialement » [10]

Tandis que les bases de la Scientologie sont pratiquement établies à la fin de 1952, Hubbard continue de mettre en place de nouvelles techniques censées « garantir » la guérison de toutes les maladies. Il emprunte de multiples formes de thérapie et de méditation pour créer une sorte de « Pont vers la Liberté Totale ».

L’endoctrinement de la secte commence généralement avec le Cours de Communication ou « TRs », supposé améliorer les aptitudes à communiquer. Mais les experts qualifient cet entraînement de « forme d’hypnose la plus utilisée par les sectes destructrices ».

Dans le TR-0, deux personnes restent silencieuses et assises immobiles l’une en face de l’autre, les yeux fermés, pendant plusieurs heures.

Dans le TR-1, ils se regardent fixement, là aussi pendant des heures, ce qui peut engendrer des hallucinations et une euphorie certaine.

Les TR suivant consistent pour l’étudiant à rester assis et immobile, tandis que le « coach » fait tout son possible pour le perturber.

Dans le TR-2, l’étudiant continue en lisant à haute voix des phrases sans suite de « Alice au Pays des Merveilles », puis en accusant réception d’extraits du même texte, lus au hasard.

Dans le TR-3, l’étudiant répète au coach la question « Est-ce que les poissons nagent ? » ou « Est-ce que les oiseaux volent ? ».

Dans le dernier TR, l’étudiant répète de nouveau continuellement une de ces questions, en apprenant à ne pas se laisser interrompre par les interventions du coach.

La répétition contribue à provoquer un état de transe. Inévitablement, ces exercices rendent l’étudiant plus facile à diriger vers les griffes de la Scientologie.

Après les cours de communication, la nouvelle recrue réalise son « programme de purification », appelé encore « Rundown de Purification », avec au préalable un entretien avec un vendeur chargé de justifier un prix exorbitant en échange des « bienfaits » apportés par cette cure. Ceux qui suivent ce traitement absorbent des doses massives de vitamines et de minéraux, et combinent la course à pied avec une séance de sauna à raison de cinq heures par jour. De telles doses de vitamines peuvent provoquer certaines réactions physiologiques, y compris des effets comparables à ceux de la drogue. Hubbard attribue ces réactions à des drogues et des produits toxiques fixés dans le corps et relâchés dans le sang au cours de cette cure. Il avance une théorie selon laquelle des cristaux de LSD étaient restés fixés dans les tissus adipeux. L’épuisement dû aux heures de présence dans le sauna peut provoquer des états euphoriques, qui une fois encore inhibent l’esprit critique.

La succession des étapes sur le « Pont » a été modifiée au fil des années. Après le « Rundown de Purification », et une autre interview avec un vendeur, la recrue est sollicitée pour suivre un cours sur la « clé pour la vie », au prix de 8.000 dollars. Ce cours rompt avec toute autre forme d’apprentissage en ramenant l’individu aux bases de l’écriture. En réalité, le client est traité comme un enfant d’âge préscolaire, ce qui provoque une régression le rendant encore plus dépendant de la secte.

Ensuite, l’individu aborde la « Hubbard Life Orientation Course » puis le « Objective Process ». Il existe plusieurs centaines de procédures ou « auditing process ». Les « objectifs » ont été introduits dans les années cinquante. Ron Hubbard affirme que cet exercice consiste à montrer à la personne que les réactions impulsives peuvent être maîtrisées en les laissant passer sous le contrôle d’un autre individu, l' »auditeur scientologique ». Ce procédé peut être plus simplement appelé « contrôle de la pensée ». Dans la « procédure des objectifs », l’individu doit obéir rigoureusement à des ordres pour effectuer une série de mouvements rébarbatifs.

Dans le cours « Découvrir la procédure par duplication » par exemple, l’auditeur et le client ou « pré-clair » se trouvent seuls dans une pièce avec une table à chaque extrémité. Sur une table est posée un livre, sur l’autre une bouteille. Le pré-clair suit les instructions, répétées inlassablement, de regarder l’objet situé de l’autre côté de la pièce, de marcher vers cet objet, de le saisir et d’identifier sa couleur, son poids, et sa température. Les séances durent souvent près de deux heures, et dans certains cas jusqu’à 18 heures rien que pour cet exercice. Ce rituel très pénible peut mener à une sensation de flottement, interprété par la Scientologie comme étant « la séparation avec le corps », mais correspondant en réalité à un état de transe hypnotique.

Le « pont » est constitué d’une série d’étapes, de grades, chacun d’entre eux avec un prétendu résultat. Au Grade Zéro, par exemple, les clients sont censés acquérir la capacité à « communiquer librement avec quiconque sur n’importe quel sujet » !

En 1959, Hubbard instaure la « vérification de sécurité », où les scientologues subissent un interrogatoire, avec obligation de fournir des réponses détaillées à une série de questions au sujet de leurs éventuelles transgressions morales. L’électromètre sert de détecteur de mensonges tout au long de cette « séance ». Toutes les confessions sont notées par l’auditeur et soigneusement conservées par la secte. Ces archives peuvent être utilisées comme un moyen très efficace pour faire taire les dissidents.

« Obtenez des données, obtenez tous les noms, dates, adresses, numéros de téléphone et autres renseignements qui pourraient être utiles à une

investigation plus approfondie du cas si on en avait besoin. » [11]

La « Procédure d’intégrité », utilisant exactement les mêmes questions que la « vérification de sécurité », est appliquée au Grade 2 et fréquemment reprise au delà (à un coût compris entre 250 et 500 dollars de l’heure). Hubbard présume que tout membre de la secte peut constituer un danger potentiel à n’importe quel moment. Cette suspicion est justifiée par le fait que des milliers de membres ont quitté la secte, y compris des dirigeants.

Il existe deux autres grades, avant que le pré-clair aborde la forme la plus récente de l’audition dianétique. Dans la Dianétique du Nouvel Age, il est demandé au pré-clair de reparcourir des incidents arrivés dans ses « vies antérieures », ce qui apporte d’étranges histoires invraisemblables, qui servent d’explications aux problèmes de leur vie actuelle. Ce n’est plus l’inconscient qui est sollicité, mais l’imagination. L’audition devient auto-suggestion [12]. Au moyen de la Dianétique, les pré-clairs sont supposés atteindre l’état de « Clair », avec l’hypothèse qu’ils soient libérés de leur « mental réactif », qui a emmagasiné les « engrammes ».

Une fois « Clair », le client est prêt à aborder les cours avancés de la Scientologie, appelés niveaux d’OT (« Thêtan Opérant »).

14. Les niveaux top-secrets

En 1952, Hubbard prétend que toute personne ayant terminé les auditions scientologiques et de l’endoctrinement aurait le « pouvoir de guérir des maladies et autres aberrations ». Les Scientologues consacrent des centaines, voire des milliers d’heures à la poursuite de cet objectif illusoire d’acquisition de capacités surnaturelles. A la fin des années soixante, Ron Hubbard commence à publier les niveaux de « Thêtan Opérant ». Un thêtan opérant est un individu supposé capable d' »opérer » sans avoir besoin d’un corps. Ron Hubbard justifie les prix exorbitants de ces niveaux d’OT par des déclarations mielleuses.

Les niveaux d’OT sont tenus secrets par l’Église de Scientologie ; mais une bonne partie de leur contenu est déjà portée à la connaissance du public, en particulier grâce à Internet.

Le premier niveau d’OT, au prix de 2.200 dollars en 1992, comprend une série d’exercices ; tels que marcher dans la rue en comptant le nombre de passants, jusqu’à atteindre l’état d’euphorie et avoir une sorte de « réalisation ».

Au second niveau, d’un montant de 4.200 dollars, le « pré-OT » doit jongler avec des listes interminables de phrases et leurs contraires (par exemple « je dois exister » et « je ne dois pas exister ») ; en s’imaginant, à chaque phrase, en train d’apercevoir une lumière ou de subir un choc. Chaque pré-OT doit endurer 600 heures de ce rituel abrutissant.

Pour OT3, le pré-OT verse une « donation minimale » de 7.200 dollars pour « traverser le mur du feu ». À ce niveau, il lui est révélé cette histoire délirante :

« Le chef de la Confédération galactique (76 planètes autour de grosses étoiles visibles de la Terre), fondée il y a 75 millions d’années, a solutionné le problème de la surpopulation (environ 250 milliards d’habitants par planète) en pratiquant des implants en masse et des déportations. Il a fait transporter les thétans sur la Terre et placer une bombe H dans les principaux volcans (incident 2).

Les Thétans de la zone du Pacifique ont été envoyés à Hawaï, et ceux de la zone Atlantique à Las Palmas. Il s’appelait Xénu et employait des renégats pour cette tâche. Lorsqu’il eut achevé son crime, les Officiers loyaux, restés fidèles au peuple, réussirent à le capturer après 6 années de lutte dans une montagne où il se trouve aujourd’hui. Quant à ‘eux’, ils ont disparu.

La durée et la brutalité de l’incident ont été telles que cette confédération n’a jamais pu s’en débarrasser, et l’endroit où elle se trouvait est devenu un désert.

L’implant est conçu de manière à ‘tuer’ quiconque tenterait de le réduire. Mais la technologie que j’ai [Ron Hubbard] mise au point permet de résoudre ce problème. Je savais que quelqu’un devait ‘faire’ le saut et, en 1967, c’est moi qui l’ai fait. J’en suis sorti terriblement secoué, mais vivant ; et je suis probablement le seul au cours des 75 millions d’années à l’avoir réussi. Je possède TOUTES les données maintenant que je vous livre ici.

Approcher librement l’implant sans préparation ni protection mène à la mort, sauf si on décide de suivre à la lettre le procédé que j’ai défini avec précision. Une ‘approche libre’ n’a pas de fin, détruit le sommeil, et entraîne finalement la mort. Par conséquent soyez prudent, et parcourez l’incident 2 et 1 uniquement comme je l’ai indiqué. […] Votre masse est une masse de thétans individuels collés à vous en tant que thétan menant le jeu, et à votre corps. Il vous faut débarrasser de tous ces thétans en parcourant d’abord l’incident 2, puis l’incident 1. C’est un long travail qui requiert du soin, de la patience et une bonne audition. Vous auditez des êtres. Ils réagissent comme n’importe quel pré-clairs. Les thétans croyaient qu’ils étaient UN. C’est l’erreur fondamentale. BONNE CHANCE ! » [13].

Selon Ron Hubbard, toutes les cultures et religions ont ensuite dérivé de ces implants hypnotiques. Il affirme que « le Christ n’était qu’une illusion implantée il y a environ 2000 ans ». Après l’implantation, les thêtans ont été implantés dans des clusters, et d’après OT3, « tout être vivant est une masse de ces clusters ».

Les niveaux de OT4 à 7 traitent entièrement de ces clusters et des corps qui enferment les thêtans. D’après les Scientologues, « toute personne non initiée qui découvre ces documents risque de tomber malade et de mourir en quelques jours ».

Dans OT7, un des exercices consiste à « entrer en communication avec des arbres et des plantes »…

Le plus haut niveau disponible est OT8. Publié après la mort de Ron Hubbard, il est entouré d’un voile de mystère. OT8 n’est accessible qu’à bord de l’un des navires de la secte, le Freewinds, après une intensive « vérification de sécurité » pour s’assurer de la loyauté inconditionnelle à Hubbard et ses enseignements. Un ex-membre révèle que ce niveau traite des rapports de l’individu avec le divin. Au lieu de s’adresser à la divinité au moyen de prières, il est demandé au scientologue de se remémorer les moments de ses précédentes incarnations où il a rencontré Dieu. L’individu doit ensuite se souvenir des problèmes qui ont été résolus en croyant en Dieu (la « confusion originelle qui a rendu l’individu vulnérable à la croyance »). De cette façon, la croyance en Dieu est ébranlée.

Dans OT8, le scientologue est supposé avoir d’autres existences dans des univers parallèles, et il lui est demandé de se déconnecter de ces milieux parallèles. Finalement, le scientologue doit reparcourir le moment de sa propre création, et découvrir les aspects oubliés de son propre moi. Ces exercices sont censés le mener à la réalisation de Dieu.

15. L’Ethique

Au milieu des années soixante, Hubbard renforce le contrôle de ses adeptes en introduisant des procédures dites d’ « Éthique ». Quiconque ose critiquer Ron Hubbard ou la Scientologie est qualifié de « Personne Suppressive » (« SP »), ou de « Personnalité antisociale ». Tout scientologue qui garde contact avec des personnes déclarées suppressives est qualifié de « Source Potentielle d’Ennuis », et interdit d’audition et d’entraînement. Il peut lui être demandé de rompre les relations, ou « déconnecter », avec les personnes réputées hostiles à l’Église de Scientologie.

À cette même époque, Hubbard introduit également les « conditions d’éthique », et donne des « recettes » supposés élever l’individu de 1 niveau d’éthique. Dans les années soixante, le personnel scientologue mis en « basse condition d’éthique » est privé de sommeil souvent pour plusieurs jours, interdit de faire sa toilette, obligé de porter une marque noire sur la joue, une chaîne ou un ruban gris autour du bras, et consigné jour et nuit dans les locaux de la secte.

En 1967, Hubbard gagne la mer avec ses plus proches adhérents. À bord du bateau, toute personne le contrariant est consignée en fond de cale. Là, les victimes restent accroupies au milieu de l’eau et des excréments, dans une obscurité totale, en compagnie des rats, et parfois jusqu’à 15 jours d’affilée. Même les enfants pouvaient subir ce genre de traitement sur ordre de Ron Hubbard. À partir de 1968, la punition de fond de cale est complétée par un « passage par-dessus bord », où des adeptes, y compris les non nageurs, sont jetés à la mer.

En 1973, Hubbard remplace ces étranges traitements par une nouvelle forme très efficace d’humiliation, la Rehabilitation Project Force, ou RPF. Actuellement, cette RPF est encore en application dans les organisations scientologues du monde entier. Ceux qui refusent d’obéir aux ordres, commettent des erreurs, ou simplement n’atteignent pas les objectifs de production sont sanctionnés par la RPF. Les RPFers n’ont le droit de parler que lorsqu’on leur adresse la parole, doivent se contenter des restes des repas, réduire leur temps de sommeil, et obéir immédiatement et sans discussion aux ordres. Ils travaillent des journées entières à des tâches subalternes, et doivent consacrer cinq heures par jour à se confesser et écouter les confessions de leurs compagnons d’infortune du RPF.

C’est seulement lorsqu’ils acceptent de se soumettre complètement à l’autorité de leurs supérieurs qu’ils sont autorisés à quitter le RPF. Infliger ce traitement à un membre peut durer jusqu’à deux ans.

16. Attaques — Le Guardian Office

« Nos organisations sont amicales. Elle ne sont là que pour vous aider ». [14]

Au cours des années 1950, Ron Hubbard recommande des mesures de plus en plus virulentes face aux critiques et aux dissidents. La secte entreprend systématiquement des campagnes de dénigrement contre les organisations qui utilisent indépendamment les techniques de la Scientologie et sans reverser une partie des contributions à la secte. À propos d’un hypothétique groupe dissident en 1955, Ron Hubbard écrit : « Si vous découvrez qu’un groupe, qui se fait appeler ‘precept processing’, s’est installé dans les environs, vous devez employer tous les moyens contre eux […] La loi peut être très facilement utilisée pour les attaquer, et un peu de harcèlement […] suffira pour provoquer sa mort professionnelle. Si possible, essayez de le ruiner complètement ».

En 1958, Ron Hubbard institutionnalise ses services de renseignements. Dans son livre « Manual of Justice », il déclare que « les renseignements sont surtout une collection de données sur les gens […] Ils concernent tout le monde à chaque moment et pour toute chose ». C’est le prélude à la création de la police secrète scientologue et son agence de renseignements, le Guardian Office. Un « fichier d’éthique » existe pour chaque scientologue. Il contient toutes ses confessions notées au cours de ses auditions, et des rapports sur ses éventuels écarts de conduite.

Tous les scientologues ont le devoir de rédiger un rapport sur les moindres critiques émanant de leurs camarades au sujet de Ron Hubbard, son organisation et ses enseignements. Un scientologue qui omet de rédiger un rapport subit une punition identique à celle correspondant à l’écart de conduite non dénoncée. Cette pratique fait de chaque membre un informateur et le contraint à une loyauté sans bornes envers la secte.

Suite à l’introduction des règlements de l' »Éthique », nombreux sont les membres qui quittent la Scientologie pour rejoindre un groupe dissident appelé Amprinistics. Furieux, Hubbard a violemment attaqué nominativement les dirigeants de ce groupe en les faisant passer pour des homosexuels, un de ses chefs d’accusation favoris (HCO Executive letter, Amprinistics, 27 September 1975).

Les sommes exorbitantes demandées par Ron Hubbard et les durs traitements infligés à ses adeptes soulèvent inévitablement des inquiétudes auprès du public. La procédure de « déconnexion » déchire de nombreuses familles. En décembre 1965, la Scientologie est sévèrement critiquée par une commission d’enquête à Victoria, en Australie.

En février de l’année suivante, Lord Balnield sollicite le parlement britannique pour ouvrir une enquête. Ron Hubbard riposte en créant le Guardian Office (GO), et en renforçant sa tactique de propagande noire contre quiconque tenterait de s’opposer à la Scientologie.

« Si vous êtes attaqués sur un point vulnérable par quelque individu que ce soit, fabriquez ou trouvez une menace contre eux pour les amener à négocier la paix. […] Ne vous défendez jamais, attaquez toujours. » [15]

« Si vous êtes attaqués, arrangez-vous pour que la question soit politisée. Donnez l’impression au public, au gouvernement qu’ils sont tombés sur un barrage de flèches, sur un bombardement électronique et que s’ils continuent cela provoquera leur propre désintégration. » [16]

Le Guardian Office attaque sans répit. Son rôle consiste à promouvoir la Scientologie ; attaquer ses ennemis, les contraindre au silence, et empêcher ses membres de quitter la secte. Peu d’ex-scientologues osent dénoncer publiquement les agissements de cette organisation, celle-ci étant en possession d’un « fichier d’Ethique » concernant les moindres détails de leur vie. A maintes reprises ces fichiers ont été utilisés contre des ex-scientologues.

Le Guardian Office agit comme une agence de renseignements en infiltrant la presse, les hôpitaux psychiatriques et même les organismes gouvernementaux. En 1982, le Guardian Office s’est accru dans des proportions considérables, jusqu’à compter 1.100 agents.

Dans une directive interne, Ron Hubbard écrit « nous mettrons en évidence ces faits auprès du public : les personnes qui attaquent la Scientologie ne peuvent être que des criminels. Quiconque nous attaque sera poursuivi pour ses crimes. Nous ne laisserons tranquilles que ceux qui ne nous attaquent pas ».

Les agents du GO dérobent des dossiers médicaux, envoient des lettres anonymes et calomnieuses, préparent des coups montés contre les opposants afin qu’ils soient poursuivis pour des actes criminels qu’ils n’ont pas commis, pratiquent le chantage, le harcèlement et les cambriolages à domicile. Ils vont jusqu’à infiltrer les milieux gouvernementaux pour voler des milliers de dossiers (y compris des fichiers d’Interpol sur le terrorisme et ceux d’échanges d’informations entre les États-Unis et le Canada). De nombreux opposants ont fini par se décourager et sont réduits au silence.

Cependant, au début des années 1980, onze membres du GO, dont la femme de Ron Hubbard, et son adjoint, Jane Kember, sont condamnés et écroués. En juillet 1992, l’Église de Scientologie et trois de leurs membres sont reconnus coupables d’actes criminels au Canada. Dix ans auparavant, le Bureau des Affaires Spéciales avait remplacé le Guardian Office.

Office Of Special Affairs
Office of Special Affairs (OSA) ou bureau officiel de la propagande scientologiste qui succède au Gardian Office.
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Le Guardian Office et ses successeurs ont toujours eu la mission secrète de découvrir et éliminer les complots supposés préparés contre la Scientologie. A plusieurs reprises, Ron Hubbard fustige le communisme, le néofacisme, les banquiers, les psychiatres, les services fiscaux et les ecclésiastiques en raison de leurs rapports dénonçant les agissements de la secte.

La démence paranoïaque de Ron Hubbard ne semble pas avoir de limites. Elle lui fait percevoir des ennemis partout. Comme tous les psychopathes, il est incapable de reconnaître ses erreurs. Il n’est même pas conscient du caractère antisocial de ses pratiques qui provoquent, à juste titre, les critiques contre la Scientologie.

17. La Sea org

Etant prié de quitter la Rhodésie en 1966, et par crainte d’une action en justice en Angleterre, (il y sera plus tard officiellement interdit de séjour), Hubbard s’embarque pour Las Palmas et crée la Sea Org, une branche dite « élite » de la Scientologie. Pendant 8 ans, de 1967 à 1975, Hubbard, en compagnie de plusieurs centaines de ses fidèles non initiés à la navigation, parcourt la Méditerranée et l’Atlantique à bord de trois navires. L’incompétence de ses équipages est à l’origine de sérieux dommages causés à leur flottille, au cours des tempêtes et des manœuvres portuaires.

Les membres de la Sea Org sont affublés d’uniformes pseudo-navals, avec des grades militaires analogues à ceux de la Navy. Ils ont tous signé un contrat d’engagement ; qui en plus de son caractère manifestement antisocial, dépasse largement les limites de l’absurde :

« Je soussigné… m’engage par la présente à être employé dans la Sea Organisation. Et étant sain d’esprit, je réalise totalement et suis d’accord de suivre son but qui est de mettre l’éthique en place sur cette planète et l’univers, et je souscris pleinement et sans réservation, à la discipline, à la morale et aux conditions de ce groupe et promets d’y obéir. Par conséquent, je m’engage dans la Sea Organisation pour le prochain milliard d’années [sic]. » [17]

La direction de la Scientologie est devenue une organisation paramilitaire, sous la direction du « Commodore » L. Ron Hubbard. Tous les membres de la Sea Org sont censés s’entraîner aux arts martiaux et au maniement des armes. Des officiers se vantent publiquement que la direction est « dure » et « impitoyable ». La compassion est pratiquement ignorée dans les enseignements prolixes de Ron Hubbard. Les membres de la Sea Org sont soumis couramment à un emploi du temps écrasant de 90 heures par semaine, pour une rémunération dérisoire. Certains doivent parfois se contenter d’un régime alimentaire composé de riz, de haricots, et de porridge. La discipline est stricte et les sanctions très dures : la suspension de salaire et la privation de nourriture équilibrée précèdent l’exclusion des quartiers dortoirs (quand le personnel est consigné dans la « hutte à cochons »).

Les membres de la Sea Org ne jouissent que d’un droit de visite très restreint auprès de leurs enfants, couramment une ou deux heures par semaine. Les enfants sont affectés à la « Cadet Org », dans le but d’en faire des membres à part entière. Leur destin est tout tracé. Ils commencent à travailler pour la secte dès l’âge de douze ans, et sont parfois affectés à des postes clés avant leur quinzième anniversaire. Des enfants âgés seulement de 12 ans exercent déjà les fonctions d’auditeurs, en recueillant les confessions des adultes.

18. Les organisations écran

En 1966, Ron Hubbard écrit : « Ne l’oubliez pas, les églises sont considérées comme des groupes de réforme, et nous devons nous comporter comme des groupes de réforme ». Depuis, les dizaines d’organisations écrans sont apparues, non seulement pour donner une meilleure image de marque de la Scientologie, mais aussi pour trouver de nouvelles recrues.

Le WlSE (World Institute of Scientology Enterprises) accorde une licence aux Scientologues pour utiliser les matériaux de Ron Hubbard dans les programmes de formation aux affaires. Les membres de WISE proposent ces programmes sans préciser que les matériaux sont issus de la Scientologie. Aux États-Unis, la société Sterling Management a été critiquée pour avoir vendu des cours extrêmement chers à des professionnels de la santé, dont certains sont ensuite devenus membres de la secte.

L’organisation ABLE (Association for Better Living and Education) a mis en place des « missions » telles que, en France, l’Ecole de l’Eveil (éducation scolaire), l’Ecole du Rythme (formation musicale), et Narconon (traitement et réhabilitation des drogués).

19. Les centres Narconon

Narconon est fondé par William Benitez au milieu des années soixante. Ses centres proposent un programme de réhabilitation des personnes alcooliques et des toxicomanes. Cette organisation profite temporairement de l’aide des organismes fédéraux, jusqu’à ce que ses liens avec la Scientologie soient dévoilés et que ses méthodes se soient avérées inadéquates. Narconon agit dans

le cadre de la campagne scientologue « Dites non à la drogue »; représentée par un des porte-parole de la secte et ancienne toxicomane dépendante de la cocaïne, l’actrice Kristie Alley.

Pendant plusieurs années, Narconon tente d’implanter un important centre dans la réserve indienne de Chilocco. En décembre 1991, le Bureau de la Santé Mentale de l’Oklahoma refuse d’accorder l’agrément de ce centre, invoquant le fait qu’il n’y a « aucune certitude scientifique sur l’efficacité du programme Narconon » et qu’il présente même certains dangers. Le Bureau déplore certains faits :

Non seulement le suivi médical n’est pas adapté, mais en plus les personnes ayant terminé ce programme sont automatiquement déclarées aptes à intégrer le personnel de Narconon.

Aucune séance d’information sur la consommation des substances n’est proposée. Les patients subissent simplement le traitement.

Le programme est d’un caractère très général, appliqué sans nuance et sans aucune personnalisation à tous les pensionnaires.

Narconon n’a pas obtenu la faveur des études effectuées à son sujet, qui démentent la prétendue efficacité de son programme. Narconon ne présente pas de plan de réinsertion adapté.

Faits encore moins rassurants ; les patients, y compris les personnes alcooliques, s’entendent dire que s’ils ne sont pas capables de boire après le programme, cela signifie que le programme n’est pas complètement terminé.

Au coeur de ce programme, le « Rundown de Purification » est censé « évacuer du corps les résidus de drogue« , au moyen de doses massives de vitamines accompagnées de 1/2 heure quotidienne de course à pied suivi de 4 heures 1/2 de transpiration dans un sauna. Le Bureau relève des négligences au niveau du contrôle de la température du sauna. Il met en garde contre les dangers potentiels de la pratique prolongée du sauna, particulièrement en ce qui concerne les drogués à l’héroïne.

Narconon emploie du personnel insuffisamment qualifié et peu expérimenté pour soigner et traiter les patients.

Encore plus étonnant, Narconon se sert des patients sous traitement pour soigner leurs propres camarades patients, surveiller les séances de sauna, et superviser les patients atteints de troubles mentaux.

Enfin, aucun professionnel de la santé mentale n’est employé par ce centre.

Les doses prescrites de vitamines sont tellement importantes que le « Rundown de Purification » est considéré comme potentiellement dangereux (certaines vitamines peuvent à fortes doses constituer un poison, et la vitamine B1 peut avoir un effet désorientant comparable à celui de la drogue). Le Bureau s’inquiète particulièrement de l’utilisation de la vitamine B3 sous forme de niacine, qui peut être la cause de troubles au niveau du foie. Selon Narconon, les hautes doses de niacine administrées aux patients servent à éliminer les effets des radiations sur le corps humain. Il n’existe aucune preuve scientifique à ces affirmations. Par contre il y a incontestablement un risque bien réel quant à l’absorption de doses très importantes de niacine.

Contre toute attente, en août 92, le Bureau de la Santé Mentale du Oklahoma accorde finalement à Narconon le droit d’exercer en se passant de l’agrément de l’Etat, sans renoncer à ses critiques initiales.

20. La Scientologie et les religions

« Le but commercial de cette organisation obscure est évident. Elle abuse de la crédulité et de la faiblesse des gens. Les pratiques de la Scientologie sont nuisibles et répréhensibles. Cette organisation ne mérite pas, pour des raisons évidentes, d’être considérée comme une religion dans l’Etat de Victoria. » [18]

Selon Hubbard, la Scientologie n’est ni confessionnelle ni incompatible avec les autres religions. Cette affirmation est grotesque. Dans OT3, Hubbard affirme que le Christ n’est qu’une fabrication, une suggestion hypnotique implantée. Le niveau OT8, incohérent avec OT3, « révélerait » que le Christ fréquentait de jeunes garçons. Le désaxé Ron Hubbard y est allé d’une interprétation malhonnête de ce passage des Évangiles : « laisser venir à moi les petits enfants ». Son passé luciférien avec Aleister Crowley n’y est pas étranger.

Voici un extrait de OT8 Series I (HCO Bulletin of 5 May 1980) : « A ceux qui pensent que j’ai marché sur les pieds du christianisme, permettez-moi de vous dessiller les yeux sur un de ses mythes favoris. Par exemple, l’histoire de Jésus est loin de correspondre à la sainte image qu’il se donnait. Non seulement il avait des relations sexuelles avec des jeunes garçons et des hommes, mais en plus il se laissait aller à des accès de fureur et de haine non contrôlable, incompatibles avec son appel à l’amour des uns et des autres […] ». [19]

Le Yoga, et par conséquent l’Hindouisme sont considérés comme un « piège ». Au cours d’une interview, Hubbard a révélé le titre de son livre préféré, « Douze contre Dieu », où l’auteur William Bolitho qualifie Mahomet de psychopathe. Naturellement, la doctrine de la réincarnation, qui constitue la base de la Scientologie, est inacceptable dans le Judaïsme[20], l’Islam ou le christianisme.

Hubbard prétend que la Scientologie est le « Boudhisme du vingtième siècle ». Pourtant la doctrine fondamentale de « anatta » ou « absence d’âme immortelle » est complètement ignorée dans la Scientologie, qui croit en un être éternel appelé « Thétan ». En outre, Hubbard dénigre indirectement le Boudhisme à travers cette déclaration : « Aucune civilisation dans l’histoire du monde, exceptées celles qui sont complètement dépravées et éteintes, n’a rejeté l’existence d’un Être Suprême ».

La Scientologie contredit les enseignements de toutes les grandes religions en présentant la santé infaillible comme une vertu et le résultat d’une grande force spirituelle. Hubbard divise « la lutte pour la survie » en huit « dynamiques ». Ces dynamiques sont l’individu, la famille et le sexe, les groupes, l’humanité, les formes de vie, la matière, l’esprit, l’Être Suprême. Hubbard prétend que pour prendre une décision sensée, il suffit de déterminer son effet sur les « dynamiques », et de choisir la solution qui vise le plus grand nombre d’entre elles. La huitième dynamique, ou Dieu, est inaccessible. Dans cette optique, il est toujours possible de prendre une décision car elle privilégie les sept premières dynamiques. Cette pratique est inconcevable dans toutes les autres religions de croyance en un seul dieu.

Hubbard bannit également la notion de compassion. Les scientologues pensent que tout ce qui arrive à un individu est provoqué par lui-même. Ainsi les infortunés sont considérés comme des « victimes » ayant attiré sur eux leur propre malheur. Dans la secte, la sympathie est désapprouvée et considérée comme une réaction émotionnelle « plus basse » que la crainte et la colère. Toutes les transactions doivent faire l’objet d’un « échange mutuel ». Par conséquent, les scientologues ne sont pas disposés à travailler ou donner pour la charité (à des organisations autres que les sociétés écrans de la secte).

Le bannissement de la notion de compassion est typique des relations d’Hubbard avec le satanisme. Cela fait partie du credo du satanisme de Crowley et de La Vey.

21. La manipulation

« Quand quelqu’un s’est inscrit, considérez qu’il s’est joint à nous pour la durée de l’Univers. Ne permettez jamais une approche de type ‘esprit ouvert’… Une fois engagés, ils sont à bord, dans les mêmes conditions que le reste d’entre nous — pour le meilleur et pour le pire. Ne les laissez jamais à s’engager à moitié pour notre cause… Quand Madame Untel vient suivre nos enseignements, mettez bien en évidence ses doutes et ses ruines. Le mot d’ordre est : nous préférons vous voir mort qu’incapable ». [21]

Ron Hubbard prétend s’intéresser à l’hypnose depuis son adolescence. À ses débuts, il reconnaît que ses « recherches » sur la Dianétique sont basées sur les états de transe hypnotique intense, et que la Dianétique elle-même peut également engendrer un état de transe. Le terme d’hypnose a été l’objet de nombreuses controverses. C’est probablement l’hynothérapeute Milton Erickson qui a le plus solidement établi la notion d’hypnose, en tant qu’interaction entre les individus parvenant à un état de conscience altéré. Les psychologues contemporains admettent qu’une grande partie du processus de la pensée se produit en dehors de la conscience. L’hypnothérapeute cherche à accéder à l’inconscient dans le but de placer des suggestions positives qui exerceront une influence déterminante sur ses propres décisions. En hypnothérapie, le client donne son consentement à suivre ces séances. En Scientologie, le procédé est appliqué sans qu’il s’en aperçoive.

Ron Hubbard déclare que tout ce qui existe résulte de la conscience : « la réalité est un accord avec la conscience », « l’univers est un accord au-dessus de l’apparence ». Dans cette optique, la Scientologie cherche à changer chez l’individu sa perception de la réalité, et à la remplacer par les visions de Ron Hubbard, tout en prétendant que l’individu devient plus conscient, et plus « auto-déterminé ». La Scientologie prétend avoir des bases scientifiques, mais en fait, il est impossible de passer une « audition » sans soutenir des croyances non confirmées scientifiquement, telles que la réincarnation, la possession d’une âme (ou « body thétan ») et l’existence et l’influence des « engrammes ».

Des contraintes sont imposées aux scientologues pour les empêcher de percevoir la Scientologie d’un point de vue critique. Les interprétations sur les travaux de Ron Hubbard sont interdites, les documents doivent être appliqués rigoureusement, sans discussion. Les divergences de vue avec le contenu des documents sont interdites si bien que les « réalisations » des scientologues doivent correspondre aux déclarations de Ron Hubbard sur la nature de la réalité. Tout désaccord avec les idées de Hubbard et ses enseignements conduit l’individu à l' »Éthique », un département de la police interne de la Scientologie.

Le Scientologue n’a le droit d’évoquer son « cas » ou ses problèmes personnels qu’à son auditeur, ce qui l’isole des autres adeptes. D’après la secte, la « technologie » a été et sera toujours exacte et infaillible (même lorsque Ron Hubbard le modifiait souvent et régulièrement en l’espace de quelques mois…). Mais en cas d’insuccès, l’incapacité à obtenir des résultats spectaculaires (c’est à dire les états euphoriques) est toujours attribuée à l’auditeur ou au pré-clair, jamais à la technique utilisée. Les adeptes sont amenés à croire que les critiques d’un individu contre la Scientologie trouvent toujours leur origine dans un de ses crimes ou autres transgressions morales. La responsabilité des échecs est toujours rejetée sur les individus, les idées de Ron Hubbard et de la Scientologie n’étant jamais remises en cause.

Finalement, toutes les perceptions et croyances de l’individu sont dirigées par la secte. Les scientologues n’ont pas le droit de révéler le contenu des niveaux de « thétans opérationnels », qui restent confidentiels à la secte. Ils croient aux esprits malveillants qui seraient la cause de tous les conflits et échecs. La secte n’admet aucune perception de la réalité autre que celle de leur gourou. Ron Hubbard dénigre l’hypnothérapie, la psychologie, la psychanalyse, la méditation et les religions autres que la Scientologie, prétendant être le seul à détenir les remèdes efficaces aux maux de la vie.

Les membres du personnel, en particulier ceux de la Sea Org, sont rendus encore plus suggestibles par un emploi du temps écrasant, une privation de sommeil, une nourriture pauvre et des doses régulières de Rehabilitation Project Force (sorte de goulag scientologue).

22. L’entreprise de marketing

« Les Cours Avancés (en Scientologie) constituent les plus précieux services de la planète. Les assurances sur la vie, maisons, voitures, et biens de consommation ont tous une valeur périssable. Il n’y a rien de comparable aux Cours Avancés. Ils ont infiniment plus de valeur que le temps lui-même ».[22]

Les techniques de marketing constituent une autre facette de l’exploitation de la domination excessive et de la persuasion destructrice des adeptes. Les clients de la Scientologie sont harcelés pour satisfaire des exigences financières croissantes appelées « donations »; pour des auditions et des cours (endoctrinement) en vue de « monter sur le pont de la Liberté Totale ». Les coûts totaux sont de l’ordre de 350.000 dollars, mais certains adeptes payent encore plus. Beaucoup de scientologues se sont retrouvés sans domicile et lourdement endettés, une situation qui résulte de pressions psychologiques intensives. Les entretiens, en vue de la fourniture de « prestations » peuvent durer jusqu’à 13 heures sans interruption.

Un autre aspect alarmant de la Scientologie, qui témoigne une fois de plus de son avidité, est la vente d’objets de Hubbard, appelés « Propriétés Spéciales » et qui sont des éditions dites limitées d’articles signés par Ron Hubbard. Ces objets sont présentés aux scientologues comme un placement avec d’énormes plus-values potentielles. Cependant, ils ne sont d’aucune valeur en dehors du monde cloîtré de la Scientologie.

Des sommes exorbitantes sont demandées pour ces objets. Un ex-membre de la secte raconte avoir été persuadé d’acquérir un de ces objets pour 45.000 dollars (dont 17.500 dollars empruntés), avec la promesse que la valeur de cette « Propriété Spéciale » allait monter en flèche. En dépit de prospections faites pendant 7 années, la « Propriété Spéciale » s’est avérée invendable à un prix de l’ordre de celui d’origine. Un autre membre avait acheté pour plus de 14.000 dollars une simple photographie, signée de la main de Ron Hubbard. Il ne s’agit pas d’un cas isolé. Un autre scientologue avait acheté un de ces objets pour la somme incroyable de 160.000 dollars.

La secte consacre d’énorme moyens pour prospecter à le recherche de nouveaux « clients », de la distribution d’un simple dépliant jusqu’aux campagnes de spots télévisés. Bien que Hubbard ait violemment critiqué la psychologie, il en a abondamment usé pour ne pas laisser indifférentes les victimes potentielles : mots clés soigneusement choisis, symboles et couleurs de nature à séduire et réduire l’esprit critique. Hubbard a beaucoup pavoisé au sujet du succès de ces techniques manipulatoires.

La secte exige de ses membres des milliers de dollars pour des cours, des livres, un électromètre, et des cassettes des lectures de Hubbard qui sont une condition préalable à tout cours « professionnel ». Les cassettes sont généralement vendues à 50 dollars l’unité. Certains scientologues sont sollicités pour acheter un deuxième électromètre (le deuxième sert de remplacement pour le cas où le premier tomberait en panne…), d’un prix de l’ordre de 5000 dollars chacun. Le coût de fabrication d’un électromètre ne représente qu’une fraction infime de son prix de vente.

23. Les mensonges de la Scientologie

« Manier la vérité est une affaire délicate… Dites une vérité acceptable. » [23] La Scientologie prétend compter plus de 7 millions de membres à travers le monde, alors qu’un rapport interne datant de 1987 fait état de seulement 40.000 individus. Il a souvent été répété que les livres de Hubbard ont été reproduits à des millions d’exemplaires. Les livres de Hubbard ont surtout été « hissés » parmi les best-sellers au moyen de campagnes publicitaires soigneusement orchestrées. La Scientologie a probablement réussi à vendre plus de copies des livres de Ron Hubbard qu’elle n’en a imprimés, en les rachetant puis en les revendant. Une librairie a même reçu un arrivage de livres où il a reconnu ses propres étiquettes de la vente précédente.

24. Justice et Fair Game (cible légitime)

Dans les années soixante et soixante-dix, la Scientologie gagna la triste réputation de spécialiste en matière d’abus du système légal. Elle gagne rarement les procès, mais parvient à rendre la presse hésitante à relater les méfaits de la secte, et réduit au silence bon nombre de ses opposants. Le nombre de procès intentés par la secte a baissé considérablement avec le déclin du Guardian Office. Seuls ses principaux opposants sont toujours poursuivis en justice actuellement. En revanche, les procès intentés contre la Scientologie se sont multipliés.

« S’il se présente une menace à long terme, vous devez immédiatement l’évaluer et provoquer une campagne de Propagande noire afin de détruire la réputation de la personne responsable et de la discréditer de telle manière qu’elle soit mise au ban de la société. » [24]

« La personne Fair Game peut être privée de ses biens, ou blessée par n’importe quel moyen, par n’importe quel scientologue sans que celui-ci soit passible d’aucune mesure disciplinaire de la part de la Scientologie. On peut tromper une personne Fair Game, la poursuivre en justice, ou lui mentir, ou la détruire. » [25]

Dans un jugement de la Cour Suprême de Californie, le juge Breckenridge déclare : « En plus de violer et d’abuser des droits civiques de ses propres adeptes ; cette organisation a harcelé et abusé des personnes non-membres, qu’elle considère comme leurs ennemis, dans le cadre de la doctrine Fair Game ».

L’utilisation systématique de Fair Game a été reconnue par des tribunaux, dans une affaire de garde d’enfant à Londres en 1984, et dans un jugement de la Cour d’Appel de Californie.

Dans sa dernière décision sur l’affaire Larry Wollersheim contre l’Église de Scientologie de Californie, la cour a retenu la déclaration de Wollersheim selon laquelle il a été victime de la loi Fair Game. Le juge a ajouté :

« … Le comportement de cette église est manifestement abusif. Usant de sa position d’association religieuse, l’Église et ses agents ont soumis Wollersheim continuellement à des ‘auditions’, bien que sa santé était menacée à plusieurs reprises par cette pratique… Wollersheim a été contraint d’abandonner son épouse et sa famille conformément à la politique de ‘déconnexion’ imposée par la secte. Quand ses troubles psychologiques étaient tels qu’il en est venu à envisager sérieusement son suicide, ils l’ont empêché de faire appel à l’aide des professionnels de la santé ».

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Manif des « Anonymes » contre la Scientologie et ses abus. By Joseph Nicolia from Herndon, USA (Anonymous v Co$) CC BY-SA 2.0via Wikimedia Commons



 

En juillet 1992, l’Église de Scientologie est déclarée coupable d’infiltration au sein de la Police Montée de Toronto, Ontario, la royauté canadienne, mais aussi parmi les différents services fiscaux du Canada, chez le Procureur Général de Ontario et à l’intérieur de divers autres organismes d’Etat. Des milliers de dossiers ont été volés par le réseau d’espionnage de Ron Hubbard.

25. Les ravages de la Scientologie

Comme l’affaire de Wollersheim l’a montré, les « auditions » scientologiques peuvent avoir un effet profondément destructeur. Les résultats d’une enquête, effectuée sur 48 sectes par Cornwall et Siegelman, montrent que les ex-scientologues présentent le plus important taux d’accès de violence, d’hallucinations, de dysfonctionnements sexuels et de tendances suicidaires. Ils estiment la durée moyenne de rétablissement complet à 12 ans, en ce qui concerne les anciens scientologues.

Les membres sont complètement saturés de visions trompeuses et non scientifiques de l’univers. Ils en viennent à se considérer comme appartenant à une élite restreinte, attaquée de tous les côtés par une gigantesque conspiration. Les scientologues s’expriment et pensent dans un langage ésotérique fabriqué par Ron Hubbard, auteur d’un dictionnaire rempli de plus de 1 000 pages de définitions. Ils s’entraînent à afficher une sérénité et une apparence joviale quels que soient leurs sentiments réels. Beaucoup d’entre eux deviennent des « drogués de l’audition », incapables de faire face à la vie sans passer des « séances ». La secte s’ingère dans tout ce qui touche à la vie de l’adepte, conformément aux consignes de Ron Hubbard dans pratiquement tous les domaines, qui vont du management des affaires à l’éducation des enfants.

La Scientologie tente de susciter une crainte obsessionnelle vis-à-vis des professionnels de la psychiatrie, si bien que les ex-scientologues sont généralement réticents à demander une aide psychologique à ces derniers. Cette situation se complique par la difficulté des professionnels de la psychiatrie à appréhender les problèmes des expériences vécues dans les sectes. Pour ces raisons, beaucoup d’anciens scientologues basculent vers d’autres sectes, ou vers des dérivés de la Scientologie tels que Avatar.

26. Réactions des gouvernements

En juin 1992, l’Église de Scientologie est déclarée coupable d’activités criminelles par un jury canadien. L’adhésion aux partis politiques allemands est maintenant interdite aux scientologues à cause de leurs actions d’infiltration. La secte fait l’objet d’une enquête en France et en Espagne.

En février 1992, le Conseil Européen approuve une recommandation aux partenaires européens pour subventionner les associations anti-sectes afin d’informer le public au sujet des nouveaux mouvements religieux. Mais jusqu’à présent, aucune action concrète n’a été engagée. [26]

27. Comment aider les adeptes ?

Si un ami ou une de vos relations se laisse embrigader par la Scientologie, il est important de ne pas critiquer ouvertement son engagement. Une attitude amicale et sympathique est primordiale, ainsi qu’une volonté de rester à l’écoute. Lui présenter des documents hostiles à la Scientologie risque de renforcer son engouement pour la secte, le mettre sur la défensive, et lui ôter l’envie de communiquer. Soyez honnêtes mais ne manifestez pas d’agressivité envers la secte.

Laissez parler la personne sans l’interrompre au sujet des bénéfices qu’elle croit avoir reçus. En fait, permettre à la personne de parler est essentiel, car elle a besoin d’exprimer ses idées pour clarifier ses pensées. Ne l’interrompez pas et n’exprimez aucune critique.

Dans un environnement amical, elle découvrira d’elle-même les contradictions inhérentes à la Scientologie. Si elle est disposée à voir ces contradictions, elle arrêtera simplement de les écouter. Quand vous serez sûr que cette personne ne se sentira pas offensée, demandez-lui si elle aimerait voir des documents critiques sur la Scientologie, au lieu de les lui présenter sans prévenir.

L’enlèvement et la déprogrammation sont à la fois illégaux et moralement réprouvés. En général, ces procédés n’obtiennent pas de succès dans le cas de scientologues. Il existe des consultants qui n’ont pas recours à l’enlèvement et sont suffisamment au courant de la Scientologie pour parvenir, dans un environnement non contraignant, à amener les membres à reconsidérer leur engagement dans la secte.

***

En France, autant qu’on puisse en juger, la Scientologie compte 1500 membres, dont 300 actifs. La Miviludes confirme que la secte est entrée dans « une phase de piétinement » liée en partie aux critiques et témoignages en ligne sur Internet.

La Scientologie a été reconnue comme religion en Espagne, en Suède, au Portugal, en Hongrie, en Slovénie, en Croatie et en Albanie. Dans d’autres pays, certaines décisions administratives et juridiques aboutissent de facto, à cette reconnaissance : l’Autriche, l’Allemagne, les Pays-Bas et le Royaume-Uni.

N. B. : trois remarques personnelles.

Toutes proportions gardées, on ne peut qu’être frappé par une similitude entre certaines techniques employées par la Scientologie et ce qu’on découvre dans le courant chrétien « psycho-spirituel » manifesté par l’Agapèthérapie (de quelque origine qu’elle provienne) : la même détermination à devenir « clair » en essayant de guérir des blessures du passé (voir la fin du § 13).

 La proximité avec l’hypnose est également saisissante. Comme si la scientologie était la caricature des déviances potentielles de ces types de thérapie…

 Enfin, la raison a totalement disparu de l’horizon : la scientologie, totalement illogique, se présente comme une religion sans confession de foi, et comme l’expérimentation d’une pratique ; alors qu’en fait, tout repose sur la foi en Ron Hubbard et en ses méthodes sans cesse remaniées et bricolées…

Extraits, additions, mise en forme

D. Auzenet, 2016, pour pncds72.


 

[1] L. Ron Hubbard, Philosophie Religieuse et Pratique de la Religion, 21 Juin 1960, mise à jour le 18 Avril 1967.

[2] L. Ron Hubbard, La raison; 15 Mai 1956.

[3] Juge Breckenridge, de la Cour Suprême de Californie, à propos de L. Ron Hubbard, dans un verdict de 1984.

[4] L. Ron Hubbard, La Dianétique, la puissance de la pensée sur le corps.

[5] HCOB du 24 avril 1969.

[6] Ron Hubbard, le gourou démasqué, de Russel Miller, Edition Plon, 1993. Traduction du livre « Bared-Faced Messiah. The true story of L. Ron Hubbard », 1987.

[7] L. Ron Hubbard, Conférences de Philadelphie, lecture 20, 1952.

[8] The Auditor n°168.

[9] L. Ron Hubbard à Lloyd Eshbach, en 1949; cité par Eshbach dans « Over My Shoulder ».

[10] Rapport de la Commission d’enquête pour l’Etat de Victoria, Australie, 1965.

[11] Ron Hubbard. Bulletins techniques, vol. XII, New Era Publications.

[12] Une secte au coeur de la République, de Serge Faubert, Editions Calmann-Lévy, 1993.

[13] Voyage au centre de la secte, de Jean Darcondo, Editions du Trident, 1987.

[14] Ron Hubbard, ‘Dianetic Contract’, 23 May 1969.

[15] Lettre de règlement, 1960

[16] Lettre de règlement, Volume vert, n° 7, 15 août 1960.

[17] La mécanique des sectes, de Jean-Marie Abgrall, Documents Payot, 1996.

[18] Jugement de la Cour d’Australie.

[19] Extrait traduit de The Fishman Papers, de l’ex-scientologue américain Steven Fishman, disponible sur www.xs4all.nl/~kspaink/fishman/index2.html

[20] La doctrine de la réincarnation se retrouve cependant chez certains rabbins. Le judaïsme n’ayant pas de credo mais un système d’interprétation à la fois très contraignant dans la pratique des mitsvoth et très libéral dans les doctrines.

[21] L. Ron Hubbard, Comment faire en sorte que la Scientologie continue. 7 février 1965, remise à jour le 27 août 1980.

[22] L. Ron Hubbard à propos des « Cours de Thêtans Opérants » Flag Mission Order 375.

[23] L. Ron Hubbard, The Missing Ingredient, 13 August 1970.

[24] Lettre de règlement, HCOB du 30 mai 1974.

[25] Lettre de règlement, HCOB du 7 octobre 1962.

[26] L’UNADFI est en mesure de donner toutes références plus récentes jusqu’à 2015.

 

Les Témoins de Jéhovah

Pour réaliser le contenu de cet exposé, je me suis beaucoup appuyé sur les travaux de M. Philippe Barbey, chercheur en sociologie des religions, docteur en sciences sociales de Paris 5 Descartes-Sorbonne, diplômé de sciences religieuses de l’École Pratique des Hautes Études — EPHE. Sa thèse, Les Témoins de Jéhovah — Une analyse sociologique, a été publiée à l’Atelier National de Reproduction des Thèses — ANRT, Villeneuve d’Ascq, 2011. Sous-titre : Max Weber et les charismes spécifiques. La mondialisation d’un christianisme de conversion : un charisme d’évangélisation ?
Son site : http://barbey.jimdo.com

A. Qui sont-ils ?

1. Un peu d’histoire

C’est Charles Taze Russell (1852-1916) qui, à partir de 1870 en Pennsylvanie, un état des États-Unis, fonde ce mouvement religieux chrétien. D’origine écosso-irlandaise, il est presbytérien-congrégationaliste. Il coopère un temps avec un journal adventiste puis, en juillet 1879, il lance la publication de La Tour de Garde, journal religieux toujours publié par les Témoins de Jéhovah. Il déclare officiellement son association religieuse du même nom, La Tour de Garde, en 1884. Sa Société Biblique est toujours aujourd’hui dirigée par les Témoins de Jéhovah.

Charles Taze Russell
Charles Taze Russell (1852-1916)

Son message qui s’inscrit dans le christianisme premier est simple : Jéhovah (c’est le nom de Dieu dans la Bible) enverra bientôt son fils Jésus-Christ détruire les impies et rétablir le paradis sur la Terre. Il pointe, plus de trente ans auparavant, la date de 1914 comme l’année durant laquelle Jésus-Christ commencerait son règne et provoquerait la fin des temps. Les Témoins de Jéhovah croient toujours que le Royaume millénaire du Christ est proche.

fin du monde programmé
Fin du monde programmé selon les tj

À sa mort en 1916, malgré des dissensions à l’intérieur du mouvement, Joseph Franklin Rutherford (1869-1942) est élu président de la Société biblique La Tour de Garde. En 1931, par un vote des membres des assemblées locales, le mouvement prend le nom de Témoins de Jéhovah. Il s’agissait pour eux de se singulariser clairement des autres mouvements chrétiens. Ils ne voulaient plus être appelés Russellistes ou Rutherfordistes ou encore Etudiants de la Bible, des termes trop vagues pour eux.

Nathan Homer Knorr (1905-1977) succède à Joseph Rutherford après sa mort en 1942 à la tête de la Société La Tour de Garde. Il lance le mouvement dans un grand élan missionnaire. Le nombre de fidèles augmente sensiblement durant cette période. Le dernier président historique du mouvement des Témoins de Jéhovah est Frederick Franz, un universitaire qui a traduit la Bible avec un comité de traducteurs.

La crise de 1975 et ses conséquences : aux alentours de 1966, l’organisation qui a toujours enseigné l’imminence de Harmaguédon se risque à nouveau à recalculer une date : celle de 1975. Bien que cette échéance soit avancée avec plus de prudence, la ferveur des fidèles redouble, amenant un prosélytisme accru. Ainsi, le nombre de baptêmes, qui stagne entre 1960 et 1966 autour d’une moyenne de 65 153 par an, ne cesse de croître ensuite, passant de 58 904 en 1966 à 295 073 en 1975. Après 1975, il faut bien constater qu’Harmaguédon n’est pas arrivé comme prévu. L’échec de cette prédiction amène une nouvelle crise, qui est amplifiée d’une part par une tentative du Collège central de régenter la vie sexuelle des couples mariés, d’autre part par l’interdiction de consommer du tabac. Sur un total de plus de 2 millions de Témoins de Jéhovah, 551 000 quittent le mouvement entre 1975 et 1979. Cette crise touche également les instances dirigeantes : une réforme interne donne en 1976 l’essentiel des pouvoirs au Collège central, le président n’ayant plus qu’un rôle administratif sur la société Watchtower, elle-même ramenée à son rôle d’entité commerciale.

Quand Knorr meurt en 1977, Frederick Franz lui succède avec un pouvoir limité. C’est dans ce contexte que Raymond Franz, neveu du président et lui-même membre du Collège central, se trouve en désaccord avec une partie de l’enseignement et des pratiques de ses coreligionnaires, et démissionne avant d’être exclu en 1981. Raymond Franz écrit par la suite deux livres décrivant les rouages internes du Collège central et ses dérives : Crise de Conscience et À la recherche de la liberté chrétienne.

> Pour plus de détails historiques, on peut se reporter à l’article TJ dans Wikipédia.

2. Un mouvement orienté vers le pôle protestant évangélique

Même s’ils refusent cette assimilation, les Témoins de Jéhovah peuvent être identifiés à des protestants au sens historico-sociologique du terme.
Leurs croyances font systématiquement référence à la Bible en matière de foi et de vie chrétienne (Sola scriptura), refus de la papauté, du culte de Marie et des saints, de la croix latine — symbole de l’Église catholique —, des dogmes de l’Immaculée Conception, de l’Assomption mais aussi de la Trinité, sans fondement biblique, affirmation du don (charisma) gratuit du salut (Sola gratia), avec l’amendement apporté par Saint Jacques sur les œuvres indispensables à la foi.

Leur position sur la création ? Les Témoins de Jéhovah prennent la plupart des versets de la Bible au sens littéral ; mais peut-on les taxer de fondamentalisme ? Par exemple, ils ne croient pas que le monde a été créé en six jours de 24 h., mais plutôt sur une longue période de temps indéterminée ; ils croient néanmoins à la création par Dieu des premiers hommes, rejetant ainsi la théorie de l’Évolution.

Leur position sur Jésus-Christ ? Il est pour eux, comme pour tous les autres chrétiens, le Fils de Dieu. Mais il n’est pas Dieu. Dieu le Père est Jéhovah, nom sous lequel il est désigné dans l’Ancien Testament (Yahvé, Yahweh ou Jéhovah en français classique). Jéhovah Dieu a transféré la vie de son Fils, appelé dans les cieux Emmanuel ou l’archange Mickaël ou Michel, dans le sein de la vierge juive Marie pour qu’il naisse comme l’homme Jésus-Christ. En donnant sa vie pour l’humanité le 14 de Nisan de l’an 33 de notre ère, il en est devenu le Rédempteur.

Leur position sur la résurrection ? Grâce à cette rançon, les hommes qui sont morts seront ressuscités (recréés). L’Homme n’a pas d’âme, il est une âme. À sa mort, il disparaît complètement. Seul son souvenir reste dans la mémoire de Dieu qui pourra ainsi le recréer sur la terre après la guerre finale et l’instauration du Paradis. Comme la Bible le stipule clairement à la fois dans l’Ancien et dans le Nouveau Testament, l’âme, le sang et la vie étant liés et appartenant exclusivement à Dieu, les Témoins de Jéhovah refusent la transfusion sanguine et la consommation de viandes non saignées. Les Témoins de Jéhovah attendent toujours la fin de ce monde éloigné de Dieu.

Leurs pratiques reposent sur :
la piété personnelle, l’étude individuelle de la Bible, l’observance de pratiques collectives, la participation régulière au culte hebdomadaire, la place centrale de la prédication, en chaire et dans le cadre d’une activité d’évangélisation domiciliaire systématique dévolue à chaque Témoin (sacerdoce universel des croyants), le refus d’une conception sacrale du clergé, le baptême d’adultes par immersion (baptisme), l’inutilité de la confirmation, la Sainte Cène.

La Sainte Cène est pratiquée une fois l’an à la date correspondant au 14 nisan du calendrier juif (fête mobile) comme mémorial de la Passion du Christ selon la tradition Zwinglienne, le refus de la doctrine de la transsubstantiation.
Durant cette cérémonie, le pain et le vin symbolisant le corps et le sang du Christ circulent parmi les assistants. Seuls ceux qui estiment, en toute conscience, faire partie des 144 000 élus dont parlent le livre de la Révélation ou Apocalypse, considérés comme les derniers des 144 000 qui iront siéger aux côtés de Dieu après leur mort, consomment le pain et le vin ce jour-là. En 2013, ils étaient 13 204.

La prière ? Les services religieux sont peu émotionnels. Ils consistent en réunions d’étude pendant lesquelles les fidèles écoutent des discours, lisent la Bible, commentent les publications bibliques du mouvement, principalement La Tour de Garde, ou s’entraînent à la prédication.
Les Témoins de Jéhovah ne prient pas Jésus, jamais. Ils ne vouent aucune forme d’adoration au Fils de Dieu et le considèrent comme un ange. Ils prient seulement Jéhovah. Et pour eux le Saint Esprit n’est que la « force agissante » de Dieu. Plusieurs témoignages attestent que proposer à des TJ de prier avec eux le Notre Père, la prière de Jésus, les provoque à partir.

Dans la vie quotidienne, les Témoins de Jéhovah refusent, par pacifisme, d’accomplir un service militaire mais acceptent, par civisme, d’effectuer un service civil. Ils considèrent le salut au drapeau comme une marque d’idolâtrie. Ils ne fument pas pour éviter de souiller leur corps mais boivent de l’alcool avec modération.

Leurs pasteurs (anciens) sont des laïcs bénévoles qui exercent pour vivre une activité salariée, sont souvent mariés et pères de famille, bénéficient d’une formation interne longue et continue, assurent les cultes mais aussi les différents actes cultuels (baptêmes, mariages, enterrements), animent différentes activités (études bibliques en groupe, visites des malades et des isolés), représentent leur congrégation locale à l’extérieur, agissent sans hiérarchie au sein d’un conseil presbytéral (collège des anciens) pour la direction de la congrégation locale, assument pour certains d’entre eux des ministères spécialisés – construction de lieux de culte/salles du Royaume, soutien particulier aux malades hospitalisés, activités dans le domaine des médias ; d’autres encore, peu nombreux, assument leur ministère à plein temps dans le cadre de l’organisation du culte au niveau régional.

Leur position sur l’oecuménisme ? La comparaison entre les croyances et les pratiques du protestantisme et celles des Témoins de Jéhovah démontre une appartenance orientée vers le monde protestant, bien qu’ils ne se disent pas protestants au sens institutionnel du terme. Le désir des Témoins de Jéhovah de restituer le message du Christ, de revenir aux usages et aux croyances de la toute première Église, leur inscription dans la rupture avec toutes les autres Églises, leur radicalité théologique, tout cela amène les Témoins de Jéhovah à rejeter l’œcuménisme ou toute affiliation à des regroupements institués d’Églises se réclamant du christianisme et du protestantisme.

> Pour eux, leur mouvement est le seul que Dieu peut agréer du fait de ses positions neutres quant à la politique ou aux guerres. Le christianisme ne peut cautionner aucune violence. Les religions chrétiennes ayant demandé à leurs aumôniers de bénir les conflits armés, elles se sont disqualifiées définitivement aux yeux de Dieu.

3. Un mouvement chrétien millénariste

Les Témoins de Jéhovah sont un mouvement chrétien eschatologique, millénariste, utopique, volontaire, élitiste, protestataire, radical et militant.

Eschatologique. Les Témoins de Jéhovah attendent fébrilement la fin (eschatologie) du monde dans sa forme actuelle à l’issue de la bataille d’Harmaguédon. Les tremblements de terre, les épidémies, les famines mondiales annoncés par le Christ dans les évangiles en seraient la preuve irréfutable.

Millénariste. Ils attendent le rétablissement du Royaume de Dieu, un règne qui, selon l’Apocalypse, durera mille ans (millénarisme). À la fin de cette période, les hommes auront la possibilité de renier Dieu. Ceux qui le feront mourront définitivement. Les autres resteront pour toujours dans le paradis restauré.
Utopique. Le caractère utopique est le corollaire du millénarisme. Les Témoins conçoivent le paradis restauré comme une théocratie où la mort, la maladie, l’exploitation de l’homme par l’homme seront abolies. Pour l’instant, leur organisation constitue dans l’esprit des fidèles un paradis spirituel, une sorte de déjà-là du Royaume.

Volontaire. Ils forment un groupe volontaire au sens où le candidat reçoit le baptême après en avoir fait personnellement la demande. L’eau baptismale peut lui être refusée s’il ne se conduit pas conformément aux principes du christianisme tels qu’ils sont compris par les Témoins de Jéhovah.

Élitiste. Cette confession chrétienne peut être qualifiée d’élitiste dans la mesure où elle prétend être la seule organisation de salut acceptée par Dieu. D’un côté, les profanes qu’il faut respecter, mais ne pas fréquenter parce qu’ils appartiennent sans le savoir à un monde qui repose entre les mains du Diable, de l’autre les fidèles. Seuls les convertis seront sauvés.

Protestataire. Il s’agit aussi d’un groupe protestataire. En effet, les Témoins de Jéhovah condamnent sans ambages les sociétés actuelles violentes et refusent la transfusion de sang total, une pratique médicale communément admise bien que de plus en plus encadrée et surveillée.

Radical. Le mouvement est radical au sens où il rejette par principe tout compromis avec les systèmes politiques sur les questions du militarisme et du patriotisme. Ses membres se considèrent comme neutres, c’est-à-dire qu’ils ne prennent pas position. Par essence chrétienne, ils sont totalement non-violents et ainsi ne constituent jamais une quelconque menace ni pour les biens, ni pour les personnes, ni pour l’ordre public. Même s’ils sont persécutés ou menacés, ils refusent toujours la violence. S’ils sont interdits, ils poursuivent leurs activités religieuses dans la clandestinité.

Militant. Le militantisme est un de leur trait fondamental, peut-être leur label. Leur prédication opiniâtre et mondiale de la venue proche du Royaume de Dieu est désormais légendaire.

4.Les Témoins de Jéhovah dans le monde : effectifs et expansion géographique

Dans un contexte de recomposition religieuse généralisée ou plutôt, devrait-on dire, de décomposition religieuse chrétienne, dans les pays développés, le christianisme jéhovéen, en plus d’un siècle, s’est fait une place. Les Témoins de Jéhovah sont particulièrement nombreux aujourd’hui en Europe, en Amérique du Nord et en Asie de l’Est, surtout au Japon, en Corée du Sud et aux Philippines.

En 2014, les Témoins de Jéhovah regroupaient près de 20 millions d’assistants lors de leur célébration annuelle du Mémorial dans leurs Salles du Royaume dans quasiment tous les pays du monde. Ils étaient plus de 8,2 millions d’actifs dans plus de 115.400 assemblées locales. Aux USA, leur foyer historique, ils sont plus de 2,5 millions ; 2,3 millions au Mexique, 1,7 millions au Brésil, près de 460.000 en Italie, berceau du catholicisme, 307.000 en Argentine.

Voir : http://barbey.jimdo.com/relations-avec-les-etats/monde/

* Les États-Unis et les pays anglo-saxons restent la valeur sûre de la foi jéhovéenne. Les USA et le Canada représentent à eux seuls presque 1.359.700 proclamateurs, soit 16,6 % des effectifs au plan mondial. Mais, les Européens les ont maintenant dépassés.

* Les pays européens sont majoritairement chrétiens, principalement catholiques romains au Centre et au Sud, protestants au Nord et à l’Ouest, catholiques orthodoxes à l’Est. Avec 1.611.036 proclamateurs (19,6 % de l’effectif mondial), l’Europe reste un foyer jéhovéen majeur au plan mondial et compte aujourd’hui davantage de proclamateurs que dans le foyer historique des Témoins de Jéhovah en Amérique du Nord, même si la proportion des Témoins de Jéhovah états-uniens reste supérieure à celle des Témoins de Jéhovah de l’Europe.

En France, leur communauté compte plus de 261.000 personnes (métropole et départements ultramarins), ce qui fait de ce groupe religieux chrétien la cinquième religion de France.

voir : http://barbey.jimdo.com/organisation/effectifs/

* Sans conteste, l’Amérique latine est aujourd’hui le foyer d’expansion des Témoins de Jéhovah au niveau mondial et le nombre d’études bibliques ainsi que le nombre d’assistants au Mémorial laissent entrevoir un accroissement très important dans l’avenir. L’exemple du Mexique (2.306.486 fidèles), de l’Argentine (307.654) et du Brésil (1.728.208) est intéressant à analyser quant aux ressources que trouvent les proclamateurs jéhovéens pour monter à l’assaut de ces bastions catholiques tout en faisant face à la concurrence évangélique, dans des pays à régimes très différents en ce qui concerne les rapports entre l’État et les religions.

* Dans le continent asiatique, immense et bigarré sur le plan religieux, les Témoins de Jéhovah déploient leur charisme d’évangélisation dans un milieu non-chrétien avec un certain succès en Asie de l’Est. Néanmoins, leur implantation est très irrégulière dans la partie orientale de ce grand continent. Les Témoins de Jéhovah se heurtent à des mentalités très différentes de celle de l’Amérique du Nord ou de l’Europe. Le poids des traditions familiales et sociétales est très lourd. La culture religieuse est diverse et marquée principalement par le Bouddhisme et le Shintoïsme. L’Asie de l’Est représente 6,2 % des proclamateurs du monde. Mais, en Chine et en Inde, le scénario a été très différent et l’implantation jéhovéenne dans ces territoires comptant plus de 2,5 milliards d’habitants, a quasiment échoué. D’une part les proclamateurs Témoins de Jéhovah se sont largement buttés à ces obstacles culturels asiatiques quasi insurmontables. D’autre part, le régime communiste chinois a enrayé toute progression religieuse possible par une répression systématique.

* La résistance acharnée de l’Islam aux Témoins de Jéhovah. Au Proche et au Moyen Orient, en Asie centrale, en Asie du Sud-Est, en Afrique du Nord et en Afrique saharienne, l’Islam est installé ou gagne du terrain (Il existe cependant quelques exceptions : Israël, le Liban, les pays du Caucase). Dans ces pays du Sud à majorité islamique dans lesquels l’intolérance religieuse règne, la pénétration jéhovéenne est quasiment enrayée. De fait, les Témoins de Jéhovah sont peu présents dans les pays où l’Islam domine. Pour la plupart des pays arabes du Proche-Orient, les chiffres sont tout simplement indisponibles comme pour l’Arabie saoudite, Bahreïn, les Émirats Arabes unis, l’Iran, l’Irak, la Jordanie, le Koweït, Oman, le Qatar, la Syrie ou le Yémen.

En Asie centrale, des pays comme l’Afghanistan, l’Ouzbékistan ou le Turkménistan ont recours à la violence pour faire taire les prédicateurs jéhovéens. Si les Témoins de Jéhovah sont l’objet de mauvais traitements et de tortures dans un certain nombre de pays intégristes musulmans, d’autres pays musulmans, comme la Turquie (2.465 proclamateurs), choisissent une autre voie. Pourtant, la Turquie ne reconnaît pas de statut d’objecteur de conscience.

Au plan mondial, on constate que partout où les gouvernements construisent un véritable respect des droits de pratiquer librement la religion de son choix et admettent l’objection de conscience en matière politique, militaire et médicale, les Témoins de Jéhovah progressent.

B. Précisions sur quelques aspects particuliers :

1. Aspects financiers

La société Watchtower dispose de revenus financiers assurés par les dons volontaires des fidèles. Une partie de la somme récoltée dans chaque congrégation est généralement reversée à la filiale locale. De plus, chaque fidèle peut aussi faire des dons en espèces ou en nature directement à la filiale locale, sans passer par la congrégation.

En 2001, la société Watchtower était classée parmi les 40 sociétés générant le plus haut revenu à New York, atteignant les 951 millions de dollars de recettes annuelles. Cette même année, elle annonce avoir dépensé « plus de 70,9 millions de dollars pour permettre aux pionniers spéciaux, aux missionnaires et aux surveillants itinérants d’accomplir leur ministère ». Moins de 10 % ! Étonnant pour un mouvement essentiellement prosélyte… Selon certaines estimations, la fortune totale de la société Watchtower s’élève bien au-delà d’un milliard de dollars, et est surtout constituée de biens immobiliers. Cette puissance financière n’est que rarement destinée à des œuvres sociales ou humanitaires, mais est principalement réinvestie dans le prosélytisme.

2. Bible : la Traduction du Monde Nouveau

La Bible, dont ils ne retiennent que les 66 livres figurant dans le canon protestant, est considérée par eux comme intégralement véridique. Elle est donc selon eux scientifiquement et historiquement exacte et digne de foi. De plus, ils considèrent qu’elle a déjà prédit l’avenir, notamment des événements pour notre époque, principalement dans le livre de l’Apocalypse.

Dans les faits, le contenu de la doctrine, que les Témoins de Jéhovah nomment « la vérité », vient de l’enseignement du Collège central. Ce dernier dispense une interprétation plutôt littérale de la Bible, mêlée de commentaires allégoriques concernant principalement (mais pas exclusivement) les livres de Daniel et de l’Apocalypse. Le mouvement prétend qu’il est impossible de comprendre pleinement la Bible sans recourir à son aide. Qu’elles soient littérales ou non, le mouvement présente indistinctement ses interprétations comme étant « bibliques » ou « basées sur les Écritures », même lorsqu’elles sont « spécifiques aux Témoins ». Même si chaque Témoin de Jéhovah est encouragé à lire et à étudier la Bible chaque jour, aucun n’est autorisé à dévier de l’interprétation officielle, sous peine d’être accusé d’apostasie et excommunié.

S’agissant de la Traduction du Monde Nouveau, on peut constater, à la fois dans le texte et dans les commentaires qui en sont faits dans les écrits du mouvement, qu’elle est biaisée ou truquée pour promouvoir pratiques et doctrines du mouvement (divinité du Christ, mort et résurrection du Christ, Saint Esprit, Trinité, l’homme le péché et la mort, etc.). La critique qui revient systématiquement concerne l’introduction du nom de « Jéhovah » dans le Nouveau Testament, qui ne figure dans aucun manuscrit grec de la Bible. Voir :

http://radix.ecclesiae.pagesperso-orange.fr/inf.desinfo.t-j.html

La Bible et les Témoins de Jéhovah

http://www.info-sectes.org/tj/tmn.htm

http://jw-verite.org/les-temoins-de-jehovah-face-a-la-bible/9-traduction-du-monde-nouveau-bible-temoins-de-jehovah.html

3. La Christologie des Témoins de Jéhovah

Le symbole (Credo) provenant des importants Conciles de Nicée et de Constantinople développe la christologie d’une manière peut-être pas très familière pour les croyants d’aujourd’hui, mais qui répond à une société, une culture et, surtout, aux propres hérésies de l’époque : « Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles, Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu, engendré, non pas créé, de même nature que le Père, par qui tout a été fait. Pour nous et pour notre salut, il descendit du ciel ; par la puissance de l’Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie et s’est fait homme ».

La christologie des TJ rejette explicitement ceci, parce qu’elle n’accepte pas le « scandale » de l’Incarnation, le mystère d’un Dieu qui s’est fait homme. Cependant, elle célèbre la mort et la résurrection de Jésus, mais en parlant d’un homme exceptionnel qui existait avant nous, comme le plus élevé des anges. Rien de plus. Ce n’est pas nouveau, évidemment, au regard de l’arianisme et de l’Islam. Même en parlant de « christologie basse », l’usurpation du caractère chrétien par les TJ est claire.

4. Morale et vie familiale

Les Témoins de Jéhovah sont encouragés à respecter un code de pureté strict. La fornication, l’adultère et l’homosexualité sont considérés comme des péchés. Les jeux d’argent, l’idolâtrie et le spiritisme sont condamnés, tout comme la violence et ce qu’ils considèrent comme des « atteintes à la vie » comme l’avortement, les sports extrêmes, la drogue, l’ivrognerie et même le tabagisme. L’apostasie, c’est-à-dire le fait de rejeter tout ou partie du dogme jéhoviste, est aussi considérée comme un péché grave.

Selon le sociologue Andrew Holden, la famille jéhoviste est de type patriarcale, c’est-à-dire que la femme se soumet à l’autorité de son mari, et les enfants à celle de leurs parents, même dans le cas où le mari n’est pas Témoin. Le divorce n’est possible qu’en cas d’adultère. Cependant, comme le note l’historien James Penton, ce terme adultère a été interprété différemment au fil du temps. À partir de janvier 1972, il exclut de sa définition l’homosexualité et la zoophilie, pour être compris quelques mois plus tard comme concernant tous les rapports sexuels considérés comme illicites, incluant la sodomie et la fellation entre personnes mariées. Toutefois, à partir de 1978, les pratiques sexuelles entre personnes mariées ne sont plus légiférées.

5. Les affaires de pédophilie

Certains critiques accusent les Témoins de Jéhovah de promouvoir une politique qui encourage les adeptes victimes d’abus sexuels à ne pas s’en plaindre aux autorités compétentes. Ainsi, plusieurs victimes de tels abus affirment avoir été incitées au silence par des anciens de leur congrégation, afin de ne pas porter préjudice au coupable et à l’organisation. Barbara Anderson, une ex-adepte ayant travaillé au siège mondial, constate que de nombreuses affaires de pédophilie sont étouffées en interne, la politique du mouvement décourageant les Témoins de Jéhovah ayant connaissance des faits de porter plainte contre leurs coreligionnaires. William H. Bowen, un autre ex-adepte, constate le même genre de dérives, ce qui le pousse à créer le site internet SilentLambs (« agneaux silencieux ») dans le but d’aider les victimes et de dénoncer les coupables. Le 14 juillet 2002, un documentaire de la BBC, qui fut seulement repris aux États-Unis par les chaînes CBS, CNN, établit — sur les témoignages de Bill Bowen, qui avait passé vingt ans au sein de l’organisation — l’existence d’un fichier secret faisant état de 23 720 cas de pédophilie au sein de la Société de la Tour de Garde. Bill Bowen déclara que les « pédophiles étaient protégés par le système ».

Aux États-Unis, la justice a condamné à plusieurs reprises les témoins de Jéhovah pour leur politique de non-dénonciation des pédophiles aux autorités compétentes. En juin 2012, la Cour supérieure du comté d’Alameda, en Californie, condamne la société Watchtower à verser 21 millions de dollars de dommages punitifs, plus 40 % des 7 millions de dollars de dommages compensatoires à la plaignante, Candace Conti, qui a été abusée par un témoin de Jéhovah pendant plusieurs années sans que la justice ne soit saisie. En octobre 2014, la société Watchtower de New York est à nouveau condamnée pour des faits similaires. Elle doit payer cette fois 13,5 millions de dollars au plaignant. Peu de temps avant que cette dernière affaire éclate, un article du Daily Mail va même jusqu’à parler d’une « épidémie insidieuse d’abus sexuels sur des enfants » chez les témoins de Jéhovah.

Dans le livre : « Faites paître le troupeau de Dieu », véritable code pénal interne, ouvrage ultra-confidentiel, puisque réservé exclusivement à la formation des responsables T.J., on trouve à la page 73 de ce livre de la Watch Tower, une référence biblique, celle de Dt 19, 15-17, énonçant la règle de deux ou trois personnes présentes et témoins pour que l’affaire soit traitée. Évidemment, faute d’avoir deux ou trois témoins, le crime n’est pas traité et le criminel laissé en liberté. Les anciens remettront l’affaire entre les mains de Jéhovah, l’affaire est classée, est-il écrit. Est-ce normal qu’une organisation réclamant le statut de religion loi 1905 ait son propre code pénal et son propre tribunal parallèles à ceux de La République ? Est-il normal qu’une telle organisation laissant des criminels en liberté ne soit pas dissoute et ses activités interdites ? L’Église catholique est elle-même en mesure d’entendre certaines de ces questions… et l’on comprend la ligne de conduite des papes Benoît XVI et François à ce sujet.

6. Rejet des transfusions sanguines

Historiquement, les Témoins de Jéhovah ont toujours refusé de manger des aliments faits principalement à partir de sang. De plus, ils se sont aussi méfiés de certaines pratiques médicales, telles que la vaccination. Cette méfiance n’est plus d’actualité aujourd’hui, les Témoins de Jéhovah faisant désormais confiance à la médecine traditionnelle. Toutefois, les transfusions de sang, qui étaient vues favorablement sous la présidence de Rutherford, ont été interdites à partir de 1945. Ainsi, les Témoins qui acceptent sciemment les transfusions pour eux ou pour leurs enfants, et ce même lorsque le pronostic vital est engagé, commettent un péché et sont excommuniés s’ils ne se repentent pas. Des exceptions sont toutefois admises depuis les années 1980 concernant le cas des hémophiles.

Depuis qu’ils les refusent, les Témoins de Jéhovah font valoir que les transfusions sanguines ne sont pas exemptes de risques et affirment que de nombreux médecins ont reconnu que l’adhésion des Témoins à ce qu’ils considèrent être des normes bibliques, les a avantagés sur le plan médical. Cela n’est cependant attesté par aucune étude indépendante. De plus, ces solutions alternatives ne sont envisageables que dans le cadre strict de la chirurgie programmée, sous certaines conditions définies, alors que dans le cadre de l’urgence, il n’existe pas aujourd’hui de produits disponibles en alternative à la transfusion de globules rouges.

Il n’existe pas de statistique officielle recensant le nombre de décès de Témoins de Jéhovah par refus de transfusion sanguine. Toutefois, le Journal of the American Medical Association du 5 février 1997 publie la recension d’un ouvrage rédigé par un ex-Témoin de Jéhovah qui affirme que des milliers de décès en découleraient.

Selon un article du journal Le Monde du 28 octobre 2001, les responsables du mouvement en France ont reconnu en 1999 que chaque année un témoin sur 300 se trouvait confronté au problème de la transfusion, et que dans pas moins de 15 cas les transfusions étaient nécessaires. Une analyse dans quatre hôpitaux de Nouvelle-Zélande sur une dizaine d’années, comparant les patients transfusés à ceux qui, Témoins de Jéhovah, ne l’étaient pas, a montré que les premiers risquaient dix fois moins de mourir ou d’avoir des complications cardiaques, neurologiques ou infectieuses que les patients Témoins de Jéhovah.

Dans des domaines particuliers, comme celui des femmes enceintes, plusieurs études dans différents pays démontrent le danger de la position des Témoins de Jéhovah. Une étude anglaise sur les causes de mortalité des femmes en couche démontre qu’entre 1994 et 1996, le taux de mortalité des femmes Témoins était de 1 pour 1 000, soit bien plus que le taux général de 1 pour 100 000. Une étude américaine expliquait que les femmes Témoins avaient un risque 44 fois plus élevé que la moyenne de mourir à l’accouchement à l’hôpital du Mont Sinaï de New-York. En 2006, une étude hollandaise indiquait un risque de mortalité de 14 pour 1000 chez les patientes Témoins de Jéhovah contre 4,5 pour 1000 pour le reste de la population.

7. Lieu de culte et réunions

La salle du Royaume est le lieu de culte des Témoins de Jéhovah. C’est un bâtiment ouvert au public, où se réunissent parfois plus d’une congrégation, et qui accueille généralement de 50 à 100 personnes à la fois. Elle n’est pas spécialement ornée et possède une architecture variable suivant les endroits, mais est avant tout conçue de manière à être fonctionnelle. Elle est généralement composée d’une grande salle dans laquelle le public se réunit pour écouter l’orateur, ainsi que d’une salle secondaire plus petite.

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Photo de Robert de Jong sur un lieu de culte des témoins de Jéhovah

Les réunions de la congrégation réunions assurent la « formation » continuelle de tous, y compris celle des enfants, leur apprenant à connaître l’interprétation jéhoviste de la Bible et à l’utiliser tant dans leur vie personnelle que durant la prédication. Les réunions sont donc considérées comme fondamentales pour chaque Témoin de Jéhovah, qui est encouragé à y assister régulièrement. Cinq réunions se tiennent chaque semaine dans les congrégations et sont généralement réparties en deux séances, plus particulièrement le week-end et en soirées. L’étude biblique de la congrégation (30 mn), l’école du ministère théocratique (18 mn) et la réunion de service (30 mn) se tiennent en général un soir de la semaine. Le discours public (30 mn) suivi de l’étude de La Tour de garde (1h15) se déroulent pendant le week-end.

À ces réunions hebdomadaires s’ajoutent trois assemblées annuelles, dont la durée varie entre un et trois jours, et qui rassemblent plus ou moins de fidèles suivant leur importance. Du plus petit rassemblement au plus grand, il existe des assemblées de circonscription, régionale, et des assemblées internationales. C’est notamment lors de ces assemblées qu’ont lieu les baptêmes.

8. Prosélytisme

L’activité de prédication, ou « prosélytisme », est considérée par les Témoins de Jéhovah comme étant une œuvre de salut. Puisqu’ils croient que la fin de notre monde est très proche, il est essentiel pour eux d’avertir leurs contemporains, non seulement par amour du prochain, mais aussi pour éviter de se rendre coupable d’une « dette de sang ». C’est leur principale activité. Ils la pratiquent sous plusieurs formes telles que le porte-à-porte, le démarchage par téléphone ou encore de façon informelle, dans les rues ou les marchés. Elle peut revêtir des formes intrusives. Elle bénéficie d’une logistique forte leur permettant de déployer rapidement des publications attractives en plusieurs langues. C’est une vraie question : tout aspect de puissance devrait être passé au crible de l’Évangile (y compris dans la « nouvelle évangélisation » catholique).

Depuis l’époque de Knorr, la prédication est organisée de façon systématique, chaque congrégation ayant la responsabilité d’une zone géographique afin que chaque foyer soit averti au moins une fois. Les Témoins de Jéhovah doivent remplir chaque mois un « rapport de prédication ». Se basant sur ces rapports, l’organisation publie chaque année le nombre d’heures qui a été consacré par les Témoins à la prédication, soit selon elle plus de 1,84 milliard en 2013. À la fin des années 1980, on estime que la moitié seulement des « conversions » intervenues aux États-Unis sont imputables à cette méthode, le reste venant principalement de l’engagement des enfants des adeptes. L’efficacité de cette méthode a décru avec le temps. Selon les statistiques fournies par la société Watchtower, il fallait 1 630 heures de prédication pour parvenir à un baptême en 1970, 2 970 en 1990, et 5 450 heures en 2010.

proselytisme lieu public

Lors de leur activité de porte-à-porte, les Témoins de Jéhovah (TJ) ont pour objectif de s’introduire dans les familles afin d’y conduire ce qu’ils appellent « une étude biblique à domicile » sur des supports comme : « Qu’enseigne réellement la Bible » à raison d’une heure par semaine. Ce support a la caractéristique de comporter des paragraphes et des questions numérotés, le TJ pose la question et la personne qui le reçoit chez elle lit le paragraphe tout en cherchant la réponse induite par la société d’édition new-yorkaise Watch Tower qui dirige les Témoins de Jéhovah du monde entier. La personne est invitée à prendre une règle et un stylo et à souligner la réponse induite, qui n’est pas le produit de sa réflexion.

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En procédant ainsi, cette réponse soulignée dans le livre s’inscrit dans la mémoire. Les personnes sont amenées à franchir des étapes à leur insu, les amenant à penser, agir et réagir en Témoins de Jéhovah. En six mois cette méthode atteint son apogée lorsque l’esprit critique est annihilé. Les personnes ne pensent plus par elles-mêmes, elles sont rendues semblables aux adeptes comme clonées, donc prévisibles et corvéables à souhait. Privés de leur esprit critique, les adeptes obéissent aux injonctions et inductions de la multinationale new-yorkaise Watch Tower. Ils sont amenés à chanter des cantiques dont les paroles sont séditieuses envers l’État, tel le cantique 62 intitulé : « A qui appartiens-tu ? » Il est question de deux dieux et maîtres ? L’un est vérité, l’autre est factice, c’est-à-dire faux, un choix est imposé ; quel est ce faux dieu et maître ? César, c’est-à-dire l’autorité, l’État, ses institutions, ses lois et son Code Pénal ! N’y a-t-il pas là une incitation à la désobéissance envers l’État, ses lois et ses institutions, qu’on retrouve par exemple dans le traitement en interne des cas de pédophilie ?

> Voir Jean-Pierre Coquand, ancien membre, auteur de : Aliénation et prises de conscience.

Jean-Pierre Coquand : « Pourquoi j’ai quitté les Témoins de Jéhovah »

9. Baptême

Le baptême représente pour les Témoins de Jéhovah une étape capitale dans leur engagement religieux. Il doit se faire en connaissance de cause, c’est pourquoi les Témoins de Jéhovah ne baptisent pas les bébés ou les petits enfants. Il est pour eux le seul moyen de vouer leur vie à Jéhovah et servir son organisation. Devenir un Témoin de Jéhovah actif et le rester est, selon eux, le seul moyen d’échapper à la destruction prochaine du monde actuel à Harmaguédon.

Pour se faire baptiser, le candidat doit en faire la demande aux anciens de la congrégation qu’il fréquente. Ceux-ci vont alors lui demander s’il s’est d’abord voué à Jéhovah dans la prière, vérifier sa connaissance des doctrines du mouvement, et s’assurer qu’il mène une vie conforme aux enseignements. Le baptême a lieu en général lors des assemblées, où les candidats sont présentés à tous les participants. Ils sont ensuite conduits dans une piscine, où on les baptise par immersion complète.

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10. Isolement social

Les Témoins de Jéhovah sont encouragés à se tenir « séparés du monde », qu’ils considèrent comme mauvais et voué à disparaître bientôt. Cette séparation implique que les relations avec ceux qui ne sont pas Témoins, fussent-ils de la famille proche, sont réduites au minimum. Un Témoin de Jéhovah qui suit les conseils donnés par la société Watchtower, ne fréquente pas un non-Témoin de Jéhovah.

De plus, les Témoins de Jéhovah ne fêtent ni les anniversaires, ni les fêtes religieuses comme Noël, Pâques, ni les fêtes patriotiques ou Halloween ou le Nouvel an. Il ne leur est pas interdit d’organiser des fêtes et de s’amuser lors de mariages, d’anniversaires de mariage, ou de sorties récréatives, mais le cadre de ces divertissements est fortement contrôlé.

Les lectures ou les émissions qui pourraient pousser à l’immoralité ou la violence, ou même qui font simplement référence à la magie, ou qui pourrait introduire des doutes comme la philosophie, doivent être proscrites. Les adeptes sont aussi encouragés à limiter l’utilisation d’Internet et des réseaux sociaux, qui sont considérés comme dangereux. En fait, tout contact avec des idées contraires à celles promues par la société Watchtower est prohibé.

La société Watchtower décourage fortement les adeptes de remettre en cause ses doctrines ou ses conseils, et même d’entrer en contact avec des raisonnements critiques. Chacun est encouragé à faire confiance à l’organisation, comme s’agissant de celle de Dieu lui-même.

Le temps réservé de façon hebdomadaire aux réunions et à leur préparation, ainsi qu’aux activités liées à la prédication, laisse de toute façon aux Témoins de Jéhovah peu de temps pour les loisirs. De plus, ils sont encouragés à renoncer à faire de longues études ou à suivre une carrière profane, et ce afin de se consacrer « entièrement à Jéhovah ».

Pour les Témoins de Jéhovah, cette « séparation du monde mauvais » est perçue de manière positive et sécurisante. Ils ont ainsi l’impression de se trouver parmi le « peuple de Dieu », à l’abri d’un monde corrompu et voué à l’échec. La contrepartie est la peur de l’excommunication, qui rejette toute personne déviant des principes fixés par l’organisation.

11. Excommunication

Le souci de préserver la « pureté » des congrégations a particulièrement été mis en avant par l’organisation à partir des années 1950, époque à laquelle sont codifiées les règles d’excommunication. La dénonciation des fautifs est encouragée, et peut même entraîner une violation du secret professionnel. Si cela s’avère nécessaire, les anciens peuvent aussi s’assurer, par des « visites pastorales » à son domicile, que chaque adepte vit conformément à la doctrine. Les anciens doivent reprendre les « transgresseurs » et disposent pour cela de plusieurs mesures de discipline religieuse, en fonction de l’importance des fautes commises. La « notation » et la « réprimande » concernent tout Témoin de Jéhovah qui se conduit d’une manière déviante par rapport aux normes fixées par le mouvement. Il sera conseillé de limiter la fréquentation d’un tel individu pendant quelque temps, et il se peut que les anciens décident de suspendre sa participation à certaines activités cultuelles.

L’excommunication, qui est la mesure la plus radicale, est appliquée à un adepte qui commet ce qui est considéré comme un « péché grave » et ne se repent pas. Elle fait normalement suite à un « comité de discipline religieuse » conduit par plusieurs anciens. Cette mesure implique la coupure immédiate des liens spirituels, sociaux et affectifs entre l’excommunié et l’ensemble des fidèles de la congrégation, fussent-ils de sa propre famille. Les excommuniés ont encore le droit d’assister aux réunions de la congrégation, mais ils sont évités et personne ne les salue. Comme les Témoins de Jéhovah limitent leurs relations avec les gens du monde extérieur, la majorité des excommuniés se retrouvent très seuls. Beaucoup deviennent donc dépressifs, voire suicidaires. Dans bien des cas, ils sont donc contraints de tout faire pour réintégrer le mouvement, principalement pour retrouver un milieu familial et social. Ceux qui décident de quitter le mouvement « n’ont que rarement l’occasion d’en sortir avec dignité. Non seulement leur départ est annoncé depuis le podium, mais ils sont aussi condamnés comme s’ils étaient malades mentalement ou apostats ».

12. L’ostracisme, une pratique cruelle

Passant au crible les Rapports annuels des TJ pour la période 2000-2010, nous découvrons que 1.335.139 membres ont quitté le Mouvement ou sont devenus inactifs. C’est une situation dramatique vu le nombre total répertorié de membres : 7.224.930 pour l’année 2010. Il est clair que le taux élevé de turn-over est dû au grand nombre d’entre eux qui quittent le mouvement.

Tous les Témoins qui quittent le Mouvement pour raison de conscience le font douloureusement, en sachant qu’ils seront étiquetés hérétiques par les « bons » Témoins. Même les membres de leur famille proche devront arrêter de les fréquenter étant donné qu’ils ont été exclus et seront traités comme bannis. Les règles du Mouvement n’envisagent pas de sortie honorable. L’excommunication peut être un outil très efficace de contrôle social, mais le Mouvement, à l’évidence en fait un grossier abus. Ces traitements de rejet causent de gros dégâts affectifs, psychologiques et psychiques.

Dans ce contexte, le système disciplinaire d’expulsion adopté par le Mouvement apparaît comme un instrument de pouvoir sur ses membres. Le recours à la menace de l’ostracisme en cas d’exclusion est une forme d’extorsion spirituelle, un chantage spirituel. Ils sont réellement « poignardés dans le dos » sous des accusations injustifiées et quelquefois perverses, en subissant un « lynchage moral » et on les laisse comme morts spirituellement face à ceux qui les connaissaient. Tout cela est-il de l’exagération ? Loin de là, tant de cas dépeignent ce qui arrive à l’intérieur du Mouvement, et qui relève de « l’emprise mentale », pour « protéger » ses membres d’une « contamination » externe.

13. Caractère sectaire

Au sens sociologique. Le groupe religieux des TJ possède toutes les caractéristiques de ce qu’on nomme une secte au sens sociologique : adhésion volontaire, appartenance accordée selon le mérite, exclusivité (ses membres se considèrent comme un peuple à part), idéal de perfection personnelle revendiqué par les fidèles, pas de clergé mais seulement des laïcs, un engagement militant important, une vie axée autour du christianisme jéhovéen, un refus de la compromission, et l’affirmation d’une identité chrétienne forte. Néanmoins, on ne peut pas le considérer comme une secte du point de vue juridique, mais bien comme un mouvement religieux minoritaire chrétien important au plan mondial, marqué par un certain nombre de dérives sectaires.

Au sens commun. Plusieurs anciens Témoins de Jéhovah font état de dérives sectaires. Raymond Franz, ancien membre du Collège central, accuse ce dernier de faire preuve d’autoritarisme et de refuser d’accorder la liberté d’expression aux adeptes. Il ajoute que le Collège central incite à séparer les familles et briser des amitiés, à la suite des conséquences des excommunications. Alan Rogerson présente ses anciens coreligionnaires comme des personnes endoctrinées dont les croyances et les pensées sont formées par la société Watchtower. Il précise que le Témoin récemment converti doit se conformer immédiatement à toutes les doctrines de la société, ce qui implique que ses croyances personnelles soient progressivement éradiquées s’il reste dans le mouvement. Heather et Gary Botting font remarquer quant à eux que la plupart des Témoins, bien que capable de pensées intelligentes et raisonnées, ont délégué la direction de leurs vies à l’organisation afin d’obtenir le paradis. Ils délèguent toute responsabilité et droits concernant leur vie privée, laissant ainsi la société Watchtower penser à leur place. En France, on le sait, ce groupe religieux a été classé par les rapports parlementaires de la Miviludes parmi les groupes religieux à dérives sectaires, avant d’être promu au rang de religion sous la pression de la CEDH.

Les liens avec d’autres sectes. En octobre 1992, les contacts des Témoins de Jéhovah aboutirent à la fondation de la Fédération Internationale des Religions et Philosophies Minoritaires. Ce cartel regroupe l’Église de Scientologie (reconnue comme religion officielle en Espagne en 2008) dont le fils du fondateur, Ron Hubbard, attestait qu’il était le successeur du sataniste Crowley, l’Église de l’Unification ou secte Moon, les Raéliens (secte ufologiste avec un culte sexuel), les druides celtiques, les satanistes, la Méditation transcendantale, les rites Memphis et Misraïm de la Franc-maçonnerie, ainsi que la secte des sorcières de la Wicca Occidental. Qui connaît comprendra.

14. Appartenance du fondateur à la Franc-Maçonnerie

La question semble saugrenue car les témoins de Jéhovah dénoncent dans leurs publications l’occultisme et la franc-maçonnerie. Cependant certains faits concernant Charles Taze Russell sont parlants en ce sens. Dans une allocution, Russell prétendit qu’il avait accès aux plus grandes loges.

Des réunions dans des temples maçonniques. Lancer une nouvelle religion demande de la logistique. Il est étonnant de constater que la plupart des réunions des premiers Témoins de Jéhovah se tenaient dans des temples franc-maçons ou sociétés secrètes apparentées.

Des symboles franc-maçons dans les publications. Le symbole maçonnique des chevaliers templiers figura sur la couverture de la Tour de Garde. Mais surtout, sur plusieurs livres des témoins de Jéhovah se trouve un autre symbole occulte à la présence inexpliquée : le « Disque solaire ailé ». Ce symbole est utilisé par les maçons du 33e degré (degré le plus élevé) et eux seuls en connaissent le sens. Dans les rituels de magie égyptienne, il est suspendu au-dessus de l’autel en direction de l’est et est utilisé pour invoquer le sylphe (génie de l’air dans la mythologie gauloise et germanique), pour lui demander sa protection et sa coopération. On ne peut que s’étonner de la présence de ce symbole maçonnique « magique » sur des livres à destination des « chrétiens ».

symbole maçonique tj
source :info-secte.org – disque solaire ailé sur livres de tj

Les funérailles du pasteur Russell. Plusieurs symboles occultes et maçonniques sont présents lors des funérailles du pasteur Russell, celles-ci sont décrites en détail (mais probablement sans arrière-pensées) dans la Tour de Garde (Watchtower) du 1er décembre 1916, version anglaise. Le déroulement des obsèques de Charles Taze Russell ne tient pas du hasard : dans ses dernières volontés publiées dans la Tour de Garde du 1° décembre 1916, Charles Taze Russell signale avoir donné à sa sœur M. M. Land et aux filles de celle-ci, Alice et May toutes les consignes qu’il voulait faire respecter. Les cérémonies qui accompagnèrent l’incinération de son corps et son enterrement se déroulèrent selon les Rites rosicruciens.

Un cimetière maçonnique ? Le cimetière où sont enterrés Russell et les premiers responsables de la société des témoins de Jéhovah est aujourd’hui au sein d’un immense complexe maçonnique à Pittsburgh, il n’y a pas de clôture entre les deux. Qu’en penser ? Pourquoi avoir choisi cet aménagement si Russell n’avait aucun lien avec la maçonnerie ? La franc-maçonnerie aurait voulu l’honorer, qu’elle n’aurait choisi meilleur lieu pour conserver à sa vue un mémorial de C.T. Russell. Sur cet aspect, voir :

http://www.info-sectes.org/tj/russel.htm

15. La marche vers la reconnaissance comme religion officielle

Les TJ sont reconnus comme religion officielle en Italie, en Norvège et en Bulgarie. En France, la loi de séparation de l’Église et de l’État de 1905 stipule que le culte est organisé par le régime juridique des associations cultuelles. Même si les Témoins de Jéhovah ont été mentionnés en France parmi les mouvements sectaires par des commissions d’enquête parlementaire sur les sectes, ils ont entrepris les démarches nécessaires pour bénéficier du statut d’association cultuelle et ainsi se distinguer des mouvements considérés comme sectaires. En effet, devenir une association cultuelle permet à un groupe « sectaire » d’asseoir de façon définitive sa reconnaissance sociale. Suite à de longues démarches administratives et judiciaires et à une jurisprudence construite en leur faveur, les autorités françaises ont décidé de leur accorder ce statut cultuel, y compris à leurs instances nationales depuis 2002. Le mouvement des Témoins de Jéhovah en France est de loin celui qui a revendiqué avec le plus de succès le bénéfice d’une reconnaissance officielle, relative en particulier à son statut de culte.

Un virage décisif a été pris le 30 juin 2011 : la Cour européenne des Droits de l’Homme, à l’unanimité, a condamné la France pour ‘atteinte à la liberté de religion’ dans la question de la taxation des offrandes cultuelles faites par les fidèles entre 1993 et 1996. Par cette décision susceptible d’appel, la CEDH confirme que les Témoins de Jéhovah sont bien une ‘religion’.

L’agrément de leurs ministres du culte comme aumôniers des prisons par le Garde des Sceaux est considéré comme la dernière étape de reconnaissance du culte des Témoins de Jéhovah. En juin 2011, la Cour administrative d’appel de Paris a confirmé « que l’association  » Les Témoins de Jéhovah de France  » bénéficiait du statut d’association cultuelle régie par la loi du 9 décembre 1905 ». Le 16 octobre 2013, le Conseil d’État a entériné la jurisprudence censurant les arguments de l’administration pénitentiaire pour refuser l’agrément des aumôniers Témoins de Jéhovah, en confirmant les arrêts des cours administratives d’appel de Paris, de Douai et de Nancy. Outre les textes fondamentaux, les juges ont rappelé que le code de procédure pénale prévoit que « chaque détenu doit pouvoir satisfaire aux exigences de sa vie religieuse » et « participer aux offices ou réunions organisés » par des aumôniers agréés. Ils ont également considéré que le refus ne peut se baser légalement sur « l’insuffisance du nombre de détenus se revendiquant de la confession des Témoins de Jéhovah ».

Les Témoins de Jéhovah font désormais partie des sept confessions agréées au niveau national. Au 1er janvier 2015, ils disposaient ainsi d’un aumônier national des prisons et de 105 intervenants cultuels répartis sur le territoire français. Leur rôle est « de célébrer les offices religieux, d’animer des réunions cultuelles et d’apporter l’assistance spirituelle aux personnes détenues ».

Selon le secrétaire général de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), « les témoins de Jéhovah ne sont pas une secte parce qu’en France, il n’y a aucune secte ». Il considère cependant « que les Témoins de Jéhovah posent un certain nombre de problèmes qui, [du] point de vue [de la Miviludes], sont caractéristiques des dérives sectaires », même s’il considère que cela ne constitue pas de troubles à l’ordre public.

J’ajoute personnellement qu’il faut garder une conscience vive concernant trois axes problématiques dans la doctrine, la vie, et la pratique des TJ :

– l’imposture chrétienne évidente

– le prosélytisme intrusif et logistique

– l’emprise sectaire (nombreux témoignages).

L’espace dialogal est quasiment absent dans le rapport aux TJ : on ne peut les connaître vraiment qu’à travers les témoignages de ceux qui en sont sortis, ou en y entrant soi-même.

D. Auzenet +, mars 2016

 

DES RESSOURCES POUR ALLER PLUS LOIN

*** http://jw-verite.org : La vérité sur les Témoins de Jéhovah, jw.org, Watchtower. Très nombreuses ressources. Site d’un homme dont les parents étaient T.J., et qui a tout étudié en détail à la naissance de son premier enfant…

* Des livres pouvant venir en aide aux TJ :

http://lestemoinsdejehovahlenversdudecor.blogspot.fr

* Dossier sur les TJ sur le site Vigi-Sectes

http://vigi-sectes.org/categorie/mouvements-religieux/temoins-de-jehovah/

* Témoins de Jéhovah : les dessous de l’histoire (livre de 430 p. de Pierre Oddon en lecture sur le site ou en téléchargement) http://www.info-sectes.org/tj/tjldh/index.htm

* Tous les sites et groupes de discussion connus (malheureusement, beaucoup de liens inactifs)

http://www.info-sectes.org/pages/liens.htm

> Site-phare belge sur la problématique des TJ

http://www.aggelia.be

> Témoignages d’ex-membres

http://www.info-sectes.org/tj/temoign/index.htm

> Histoire insolite et secrète des TJ, Ed. Book on demand, 2015. Par un ancien adepte.

> Dossier sur « l’excommunication, une atteinte aux droits de l’homme » sur le site de l’ADFI :

http://www.unadfi.org/bibliothèque/l’excommunication-une-atteinte-aux-droits-de-l’homme