Dis-moi qui je suis, ô ennéagramme…

par Mitchell Pacwa, S.J.


En Amérique et à l’étranger un système de classification des types de personnalité, l’ennéagramme, est devenu très populaire. À strictement parler, l’ennéagramme est un cercle avec neuf points dessus (ennea signifie « neuf » en grec, et gram signifie « dessin au trait « ). À l’intérieur du cercle deux chiffres relient les neuf points, un triangle et une figure étrange ayant une forme à six branches. La plupart des gens qui se réfèrent à l’ennéagramme, cependant, le relient à un système de typologie de la personnalité basé sur ce dessin. Dans des ateliers, ils apprennent que seuls existent neuf types de personnalité et que chaque personne s’inscrit dans l’un d’eux. Chacune de ces neuf types représente une tendance de la personnalité, une façon erronée ou même « démoniaque » de se comporter. Une fois qu’un individu identifie son type (généralement classifié par un numéro sur l’ennéagramme), alors il ou elle peut soi-disant apprendre à s’améliorer, ou au moins à éviter d’empirer, spirituellement.
L’ennéagramme est particulièrement populaire parmi les groupes catholiques, avec les paroisses et les maisons de retraite qui offrent des ateliers à travers le pays. Rares sont les enseignants ou les participants conscients de ses origines dans l’occultisme, une chose qui devrait être une source de préoccupation réelle pour l’Église chrétienne. On a entendu des échos sur une théologie fausse, gnostique dans l’enseignement de l’ennéagramme, bien que ses racines dans l’occultisme soient masquées. Le manque de recherche scientifique sur le système de l’ennéagramme est une cause supplémentaire d’inquiétude. Cet article va donc examiner ces trois aspects de l’ennéagramme : ses racines dans l’occultisme, sa théologie gnostique, et son manque de consistance scientifique.

HISTORIQUE — GEORGES GURDJIEFF

L’homme à qui on attribue le crédit d’avoir apporté la figure de l’ennéagramme à l’Occident est George Ilitch Gurdjieff, un grec – arménien originaire de ce qui est maintenant la Géorgie soviétique. Il aimait apparaître entouré de mystère, comme on le voit à propos des différentes dates qu’il a fournies pour sa naissance : il a dit à quelques disciples que c’était 1869. Mais son passeport portait la date du 28 Décembre 1877. Il a dit à d’autres qu’un phonographe Edison jouait lors de sa naissance, confirmant 1877, l’année au cours de laquelle le phonographe fut inventé. D’autres ont dit qu’il avait 77 ans quand il est mort, plaçant ainsi son année de naissance en 1872. (Gurdjieff était connu pour être un menteur et pour faire des réclamations scandaleuses dans le but de choquer ses disciples en vue d’un changement spirituel, peut-être le secret concernant son âge participa-t-il de cet affront).
Selon le livre de Gurdjieff Rencontres avec des hommes remarquables, une sorte d’autobiographie, sa famille voulait le voir étudier en vue de la prêtrise orthodoxe, tandis que ses propres intérêts résidaient dans l’étude de la science et de la technologie. Cependant, un prêtre local lui suggéra à la fois le séminaire et les études médicales afin qu’il puisse guérir à la fois l’âme et le corps [1]. Gurdjieff a finalement rejeté tout ce qui précède en raison de sa fascination pour l’occultisme. L’astrologie, la télépathie, le spiritisme et les tables tournantes, la divination, et la possession démoniaque, tout cela accaparait son intérêt de jeune homme [2]. Il ne voulut pas écouter les avertissements de son prêtre au sujet de ces choses, et ne trouva pas non plus les explications de la science très satisfaisantes. Par conséquent, dans les dernières années de son adolescence, il se mit à poursuivre l’étude de ces « sciences » occultes, à voyager à travers l’Asie centrale, le bassin méditerranéen, l’Égypte, le Tibet et l’Inde. L’objet spécifique de sa recherche était l’école ésotérique Sarmouni, prétendument fondée à Babylone aux alentours de 2500 avant Jésus-Christ. Il l’avait lu dans un livre ancien arménien et s’était senti attiré par la découverte cette école.
Gurdjieff se prit lui-même en charge tout au long de cette aventure spirituelle avec des affaires légitimes (par exemple : la vente de tapis) et des entreprises frauduleuses (par exemple : la coloration de moineaux avec de l’aniline, les qualifiant de « canaris américains », et les vendant avec un grand profit). Il était si entreprenant qu’à la fin il est devenu millionnaire.
Gurdjieff raconte que, tandis qu’il était en Afghanistan, vers 1897, un derviche (un type de mystique musulman soufi) le présenta à un vieil homme de la secte Sarmouni à la recherche de laquelle il s’était mis. Selon l’histoire, cet homme combina une expédition pour mener Gurdjieff au monastère Sarmouni dans le centre du Turkestan, où il apprit leur danse mystique, leurs pouvoirs psychiques, et l’ennéagramme. Pour les Sarmounis l’ennéagramme était un important moyen de divination afin de prédire les événements futurs aussi bien qu’un outil pour représenter les processus vitaux, tels que la transformation personnelle [3]. Ils l’utilisaient également comme symbole des états conscients et inconscients des êtres humains [4]. Ces utilisations allaient devenir une part de l’enseignement spirituel de Gurdjieff quand il fonda sa propre école pour atteindre l’illumination.
Après avoir quitté le monastère Sarmouni, Gurdjieff forma un groupe, les Chercheurs de Vérité, ses compagnons dans la quête de l’illumination et de la (pleine) conscience [5]. On raconte qu’ils se seraient rendus au Tibet pour prendre contact avec le cercle intime « éveillé » de l’humanité et à apprendre la sagesse des tulkas, les lamas tibétains (moines) soi-disant réincarnés[6]. Plus tard on voit Gurdjieff faufilé à l’intérieur de la Mecque et de Médine, les centres de l’Islam, mais il ne réussit pas à trouver là la vérité intérieure. Puis il s’est rendu à Boukhara, où vivait le groupe de soufis Bahaudin Naqshbandi [7].
Ces soufis Naqshbandi, également appelés les Khwajagan ou « Maîtres de Sagesse », prétendaient être la « Fraternité du Monde », composée de toutes les nationalités et religions, enseignant que « tous étaient unis par le Dieu de la Vérité ». Croyance typique de l’Asie centrale, les Naqshbandis possédaient une légende sur un cercle intérieur d’humanité qui constituait un réseau de personnes très évoluées ayant des connaissances particulières. Ces personnes auraient veillé sur la race humaine et dirigé le cours de son histoire. Les Naqshbandis croyaient aussi en une hiérarchie spirituelle perpétuelle dirigée par le Kutb i Zaman ou « Axe de l’âge », un esprit personnel recevant les révélations directes du dessein divin. Cet esprit transmet soi-disant ces révélations à l’homme par l’intermédiaire d’autres esprits appelés Abdal ou « les Transformés » [8]. Gurdjieff et ses disciples croyaient que ces esprits, « essences démiurgiques » d’un niveau supérieur à l’homme, étaient responsables du maintien et de l’évolution de l’harmonie planétaire bien que leur action ne fût pas forcément propice à la libération des individus [9]. En dépit de leur hostilité potentielle, Gurdjieff et ses partisans maintenaient le contact avec ces esprits.
Toute personne familière avec Madame Blavatsky et la Théosophie reconnaîtra des croyances similaires existant chez des « maîtres » très évolués [10]. Peut-être, a-t-elle appris chez les « maîtres » des traditions semblables à celles que Gurdjieff a apprises en Asie centrale. Rappelez-vous : elle avait parcouru les mêmes régions d’Asie seulement trente ou quarante ans avant Gurdjieff.
Le Naqshbandis enseignaient également des doctrines gnostiques. Par exemple, ils enseignèrent à Gurdjieff que la foi naissait de la « compréhension » qui est « l’essence obtenue à partir de l’information volontairement apprise et de toutes sortes d’expériences personnellement pratiquées. » Seule la compréhension peut conduire à Dieu et seules l’expérience et l’information permettent à quelqu’un d’acquérir une âme [11]. Cette approche de la foi place Gurdjieff carrément dans le camp gnostique à l’extérieur du Christianisme. Pour les chrétiens, la foi est un don de Dieu ; elle est disponible pour les esprits brillants comme pour les retardés mentaux, pour les gens âgés comme pour les enfants, indépendamment de savoir ce que l’être humain comprend ou non. Au lieu de la compréhension de l’homme qui mène à Dieu, c’est Dieu qui vient vers l’homme, lui offrant d’habiter dans son cœur grâce à Jésus-Christ par la puissance du Saint-Esprit.
Après des années de Voyage, le millionnaire Gurdjieff est retourné en Russie en 1912. À Moscou, il a mis en place l’Institut pour le développement Harmonieux de l’Homme pour former ses disciples à enseigner au monde ce qu’il avait appris dans ses voyages. Toutefois, Moscou devint vite un lieu qui ne convenait pas à un millionnaire ; aussi en 1915 retourna-t-il en Arménie. L’arrivée des bolcheviks en Arménie signifiait l’exil pour un capitaliste pas très net tel que Gurdjieff, qui déménagea successivement à Istanbul, Berlin, Dresde, et enfin (en 1922) à Paris, où il ouvrit à nouveau son Institut [12].

À Paris (et dans la succursale de New York de l’Institut, qui a ouvert en 1924), il a enseigné un « christianisme ésotérique » avec un programme pour aider les élèves à atteindre les plus hauts niveaux de conscience. Sa doctrine d’inspiration soufie/gnostique englobait la croyance que chacun dispose de trois centres personnels ; le mental, situé dans la tête (le chemin), l’émotionnel situé dans le cœur (oth), et le physique situé dans le ventre (kath). Une première cause pour que les gens soient spirituellement  » endormis  » ou  » mécaniques  » était le déséquilibre de ces trois centres au sein de chaque personne. Ses danses soufies et ses autres exercices étaient conçus pour rétablir l’équilibre de ces trois centres et amener la personne au plus près d’un état spirituel alerte.
Gurdjieff enseignait aussi que chacun a une essence et une personnalité. L’essence est « la matière dont l’univers est fait. L’essence est divine — la particule de Dieu dans notre subconscient appelée conscience »[13]. La personnalité est un masque de comportement compulsif qui recouvre l’essence. Bien que tout le monde soit né dans l’essence, chacun choisit son propre style d’ego, de personnalité autour de l’âge de trois ou quatre ans. Il est presque impossible de retourner à l’essence, mais grâce à un travail conscient, lent et délibéré, on peut y arriver à nouveau[14]. Notez que la doctrine de « l’essence » de Gurdjieff le place carrément parmi les panthéistes (qui croient que tout est Dieu). Ceux qui enseignent l’Ennéagramme, qui recommandent que les étudiants retournent à cette essence, comprennent rarement ce que Gurdjieff voulait dire, mais ses paroles montrent clairement qu’il n’avait pas un sens chrétien de Dieu. C’est une des raisons pour laquelle il prétendait enseigner un « christianisme ésotérique » ; le christianisme orthodoxe proclame en effet que nous sommes des créatures de Dieu, pas des particules divines.
L’ennéagramme figurait en bonne place dans l’enseignement de Gurdjieff, comme on le voit par son apparition fréquente dans les ouvrages de ses disciples (mais pas dans le sien). Les soufis avaient utilisé l’ennéagramme pour la divination en numérologie. [La numérologie est une « science » occulte qui soutient que les caractéristiques des personnes et de pratiquement toutes choses dans l’univers sont déterminées par les nombres, et que l’on peut deviner ces caractéristiques si les personnes ou les chiffres individuels des choses peuvent être identifiés, par exemple à partir de leurs noms ou de leur date de naissance] et que la signification de ces chiffres peut être déterminée. Les Soufis ont cherché les significations mystiques des nombres décimaux 0,3333…, 0,6666… et 0,9999… (sur la base de la division du nombre un par trois), et de la décimale 0,142857… (sur la base de la division du nombre un par sept et ne contenant pas de multiples de trois) [15]. Les multiples de trois correspondent au triangle à l’intérieur du cercle, et le chiffre décimal 0,142857 (obtenu en divisant sept dans un et résultant de la répétition d’un nombre décimal qui ne contient jamais trois ou ses multiples) correspondent à des points sur le cercle qui relient la figure à six côtés.
Grâce à ces deux figures à l’intérieur du cercle de l’ennéagramme, chacun basé sur les décimales de trois en un et de sept en un, Gurdjieff était capable de rendre manifestes les grandes lois numérologiques des trois et des sept. Il enseignait que « toutes choses dans le travail de la vie fonctionnent sur deux lois — 3 et 7 ». Toutes les lois psychologiques relèvent de la loi des trois — comme les trois centres de la personnalité, et toutes les choses matérielles tombent sous le coup de la loi des sept [16].

Gurdjieff et ses disciples ont fait des efforts énormes pour faire reconnaître l’ennéagramme comme la résultante de ces croyances numérologiques. Piotr (ou Peter) D. Ouspensky, un mathématicien, auteur, et disciple de Gurdjieff, citait Gurdjieff pour ses propos : « Ce qu’un homme est capable de mettre dans l’ennéagramme, c’est ce qu’il sait réellement, c’est-à-dire ce qu’il comprend. Ce qu’il ne peut pas mettre dans l’ennéagramme, c’est ce qu’il ne sait pas. »[17] En d’autres termes, on ne pourrait pas comprendre la véritable signification cosmique d’une information à laquelle on ne saurait attribuer sa valeur numérique ni la faire entrer dans le schéma de l’ennéagramme. Le processus de connaissance par le moyen de l’ennéagramme signifiait que l’on savait distinguer entre ses étapes fonctionnelles, qui doivent toujours suivre les neuf points autour du cercle, et le « cycle de la volonté », qui en suit la figure à l’intérieur, le long des lignes, entre les points 1, 4, 2, 8, 5, 7.[18]

Gurdjieff enseignait que l’ennéagramme a le pouvoir de révéler l’aspect  » intemporel  » de tout processus cosmique, puisqu’il est un symbole du cosmos (c’est-à-dire que l’univers lui-même est ordonné selon le même agencement numérique que l’ennéagramme)[19]. Par conséquent Gurdjieff dispensait une instruction à ses étudiants sur l’ennéagramme de cuisson (symbolisant le processus de transformation personnelle), qui avait neuf étapes et six dynamismes internes. John Bennett, un étudiant de Gurdjieff, en vint à croire que l’« ennéagramme est plus qu’une image de vous-même, c’est vous-même… L’ennéagramme est un schéma de vie et… nous pouvons nous expérimenter nous-mêmes comme des ennéagrammes ». Il en vint à cette compréhension quand Ouspensky dessina l’ennéagramme sur un tableau noir. Alors Bennett : « je me suis senti sortant de moi-même pour entrer dans le schéma. »[20] L’ennéagramme de personnalité a permis de développer des croyances similaires détenues par d’autres disciples de Gurdjieff.

LA BASE HISTORIQUE — OSCAR ICHAZO

Beaucoup de groupes Gurdjieff différents se sont formés après sa mort, comme les centres Gurdjieff — Ouspensky, le « Fellowship of Friends » de Robert Burton, le théâtre de Toutes les possibilités, et l’Institut pour le développement de l’Être humain harmonieux. Le plus influent dans la propagation de l’ennéagramme de personnalité est la formation Arica (du nom d’une ville dans le nord du Chili), un programme de « potentiel humain » fondé par Oscar Ichazo. Ichazo et Claudio Naranjo, psychologue chilien et anciennement instructeur Esalen, sont tous deux disciples de Gurdjieff, et (selon Narada) furent ensemble à l’origine de l’ennéagramme des types de personnalité. Leurs idées sont étroitement liées à la pensée de Gurdjieff, en particulier en ce qui concerne la structure et l’utilisation de l’ennéagramme.
À seize ans, Ichazo devint désillusionné de l’église catholique parce que ses enseignements étaient en contradiction avec ce qu’il avait appris par des expériences d’occultisme hors-du-corps. Il rejeta ce que ses maîtres jésuites disaient du ciel et de l’enfer, affirmant y avoir été et y avoir appris plus à ce sujet que le Christ et l’Église. Il en vint à croire que vivre dans sa propre subjectivité était le véritable enfer, mais que les gens pouvaient s’en libérer. Puis Il étudia les arts martiaux orientaux, le Zen, le yoga, le chamanisme, l’hypnotisme et de la psychologie, et expérimenta les drogues psychédéliques avec les indiens des Andes, pour apprendre les moyens de se libérer de la subjectivité infernale.
Un vieil homme (anonyme) de La Paz, introduisit Ichazo âgé de dix-neuf ans dans un groupe à Buenos Aires qui étudiait les « techniques ésotériques d’altération de la conscience ». Ichazo impressionna le groupe par ses capacités, aussi lui offrirent-ils la chance de voyager à Hong Kong, en Inde et au Tibet pour étudier les arts martiaux, les yogas supérieurs, l’alchimie, le I Ching, et le Confucianisme [21].

Chemin faisant Ichazo en vint à croire, comme Gurdjieff l’avait fait, en une hiérarchie d’esprits et d’entités. Il reçut prétendument les instructions d’une entité supérieure appelée « Métatron, le prince des archanges », et les membres de son groupe prirent contact avec des esprits inférieurs par la méditation et les mantras. Ichazo se considéra lui-même dès lors comme un « maître » en contact avec tous les précédents maîtres de l’école ésotérique, y compris ceux qui étaient morts. Les élèves de sa formation Arica furent aidés et guidés par un maître intérieur, le Qu’Tub Vert, qui se faisait connaître quand un élève atteignait un stade de développement suffisamment élevé [22]. Apparemment, c’était le même que Qutb i Zaman, l’esprit en charge de la hiérarchie qui parle à travers d’autres esprits, comme Gurdjieff l’avait enseigné (voir ci-dessus).

Quelque part dans sa recherche spirituelle, Ichazo apprit l’ennéagramme. Peut-être en application du principe de Gurdjieff selon lequel aucune chose n’est connue tant qu’elle n’a pas sa place dans l’ennéagramme, Ichazo a développé un système de neuf types de personnalité, chacun correspondant à [l’un des] neuf points de l’Ennéagramme. La théorie de la personnalité sous-jacente aux types est basée sur l’idée de Gurdjieff que chacun s’est détourné loin de l’essence dans laquelle ils est né pour choisir un type d’ego. Cet ego compulsif transforme les gens en machines et les endort spirituellement. Selon le rapport de Naranjo, Oscar Ichazo a donné à ces neuf types d’ego compulsifs de « sales » noms : le ressentiment, la flatterie, le laisser-aller, la mélancolie, l’avarice, la lâcheté, le complot, la vengeance, et l’indolence [23]. Ichazo a plus loin identifié les Idées Sacrées et les Vertus qui correspondent à chacun des neuf types quand une personne atteint le niveau d’essence de la conscience la plus élevée. Il a écrit de courtes descriptions de chaque type et employé des symboles d’animaux ou de « totems » pour illustrer les qualités de chacun [24].

Un texte classique de Helen Palmer sur l’ennéagramme donne une version différente de l’origine de l’ennéagramme de personnalité, qui est essentiellement confirmée par Claudio Naranjo. Naranjo, aussi, avait appartenu à des groupes Gurdjieff, mais les trouva exigeants. Lors d’une visite à son domicile au Chili à la fin des années 1960, il a rencontré Ichazo. Bien qu’il ne fût pas impressionné par lui au début, il découvrit en lui une personnalité puissante dès qu’il eut médité en sa présence. Il a aidé Ichazo à développer l’ennéagramme et à le diffuser en Amérique. Naranjo a contribué aux descriptions de la personnalité et les a corrélées aux mécanismes de défense freudiens pour chacun des neuf types. Puis, en 1970, il a emmené un groupe de 50 étudiants d’Esalen, y compris John Lilly et Joseph Hart, à Arica, au Chili pour la formation à l’ennéagramme d’Ichazo. Quand ils revinrent en Californie Naranjo enseigna l’ennéagramme aux étudiants d’Esalen — y compris Helen Palmer, Kathleen Riordan Speeth, et le père Robert Ochs, s.j.[25] Bien que Naranjo affirme que ces personnes avaient promis de ne pas enseigner à d’autres l’ennéagramme[26], les personnes citées ont écrit et donné des conférences à ce sujet depuis le début des années 1970. En particulier, Palmer a écrit l’un des textes de base et Ochs l’a introduit dans la communauté catholique.
Mon contact avec l’ennéagramme est dû au père Ochs, qui a enseigné dans notre séminaire jésuite. Nous les étudiants qui l’apprenions là, nous fîmes également la promesse de ne l’enseigner à personne pendant au moins deux ans, jusqu’à ce que nous puissions l’intégrer dans notre propre vie. Cependant, beaucoup d’entre nous, moi y compris, ne pûmes pas résister à la tentation de partager cet enseignement ésotérique avec d’autres. Beaucoup d’entre nous conduisîmes des classes, des séminaires et des retraites sur la base de l’ennéagramme, en le répandant à travers la communauté catholique en Amérique, en Australie et dans d’autres pays.
Il a été difficile d’en apprendre plus sur les racines de l’ennéagramme parce qu’il a été entouré de secret. Son origine occulte ne me fut pas enseignée, et la plupart des professeurs catholiques ne savent rien ou si peu sur cet aspect-là. Quand j’ai fini par apprendre ses origines occultes, cependant, il [me] devint évident que nous restions imprégnés de certains de ces enseignements, malgré la démythologisation du système. Une mauvaise théologie et une pauvre pratique pastorale ont accompagné l’ennéagramme. Pour ces raisons j’en fais maintenant la critique.

LA CRITIQUE

Presque tous les livres sur l’Ennéagramme et ses professeurs acceptent l’affirmation de Gurdjieff selon laquelle que l’ennéagramme serait très ancien, originaire de Babylone ou de la Mésopotamie vers 2500 ans avant Jésus-Christ. La foi dans l’antiquité de l’ennéagramme est en effet une raison de son autorité. Toutefois, dans mes études de littérature et d’archéologie antique, je ne vois aucune preuve de l’existence de l’ennéagramme dans les temps anciens, ni inscriptions, ni dessins. En fait, il apparaît pour la première fois avec les livres d’Ouspensky sur Gurdjieff. John Bennett dit qu’il est possible que le symbole remonte aux soufis du quatorzième siècle, puisque c’était le moment de la découverte du zéro et de la virgule décimale[27]. La dépendance de l’ennéagramme vis-à-vis de la virgule décimale pour sa forme interne exclut une date antérieure. Toutefois, la preuve externe pour une date médiévale fait défaut, il y a seulement la possibilité qu’il ait des racines mathématiques remontant à cette époque.
Après avoir suivi un cours sur l’ennéagramme, j’ai cherché plus d’informations sur l’ennéagramme des types de personnalité. Tandis que Ouspensky et d’autres disciples de Gurdjieff décrivaient des interprétations cosmiques de l’ennéagramme, ou l’utilisaient pour décrire le processus de cuisson ou des expériences scientifiques, aucun d’entre eux n’a décrit neuf types de personnalité. C’est seulement après avoir entendu le cours de Claudio Naranjo [28] et après la lecture du livre de Palmer que j’ai appris qu’Oscar Ichazo avait inventé l’ennéagramme des types de personnalité dans les années 1960.
De manière significative, l’ennéagramme d’Ichazo emploie la base numérologique du symbolisme soufi de la virgule pour comprendre la dynamique de la personnalité. Par exemple, selon le système, le numéro un se dégrade s’il suit le sens de la flèche sur la ligne reliée au type quatre, quatre se dégrade en devenant comme un deux, et ainsi de suite. Les gens s’améliorent en se déplaçant dans la direction opposée aux flèches, c’est à dire qu’un « un » va mieux en devenant comme un sept, un sept doit devenir comme un cinq, et ainsi de suite. Rappelez-vous que cette dynamique interne de la figure à six points et du triangle est basée sur la division numérologie du sept en un ou du trois en un, une dynamique ancrée dans l’occultisme et la divination. Cette dynamique occulte était une structure a priori d’Ichazo dans laquelle il mettait en conformité les neuf types de personnalité et leurs principes internes de croissance spirituelle ou de régression. Beaucoup de gens l’acceptent et ajustent leur vie spirituelle et psychologique à ces principes.
Même si l’on démythifie l’occultisme, ou que l’on présume la bonne volonté de ceux qui sont ignorants des racines occultistes, il faut néanmoins exiger un examen de ce système par les psychologues et spécialistes du comportement. Quelle est la preuve qu’un perfectionniste (un) qui « en veut » doive rechercher la vertu du planificateur « qui laisse faire » (sept) ? Pourquoi la personne vengeresse, avide de pouvoir (huit) devrait-elle (huit) devenir quelqu’un qui aide (deux) plutôt que de rechercher d’autres vertus ? Outre la croyance dans le caractère antique du système, qui n’est pas réellement fondée, comment une personne quelconque peut-elle avoir connaissance des meilleures qualités nécessaires pour chercher à atteindre un type individuel ? Aucune recherche n’a été menée à cet égard, mais les experts de l’Ennéagramme suggèrent des buts spirituels spécifiques, sur la base de ce système, à leurs élèves dans les paroisses et maisons de retraite. Le manque d’étude scientifique devrait mettre en état d’alarme toute personne s’intéressant à cette approche de la croissance spirituelle.
Un deuxième point à être remis en cause et testé est l’existence des neuf types de personnalité. Neuf, c’est le nombre a priori suggéré à Ichazo et Naranjo par la figure de l’ennéagramme occultiste. Quelle preuve psychologique ont-ils que seulement neuf types de base existent ? Et quelle est la preuve que ceux-ci sont en fait les neuf corrects ? Cela, non plus n’a pas fait l’objet de recherches.
Un troisième point qui nécessite des recherches est la théorie de la structure de la personnalité enseignée par des experts de l’Ennéagramme. Si l’on suit Gurdjieff, ils supposent que chacun est né dans son essence, mais a choisi une fixation de son ego autour de l’âge de trois ou quatre ans.
Les enfants choisissent ces egos comme moyen de défense contre les egos de leurs parents, mais se retrouvent piégés par leurs propres mécanismes de défense.
Les experts enseignent également la théorie de Gurdjieff selon laquelle trois centres de conscience — l’esprit (le chemin), le cœur (oth), et le ventre ou instinct (kath) — sont vrais. Certains associent le centre de la tête avec les types 5, 6 et 7, le centre du sentiment avec les types 2, 3, et 4, et le ventre avec des types 8 et 9 [29]. Ils enseignent la doctrine de Gurdjieff selon laquelle les problèmes de la personnalité humaine proviennent du déséquilibre de ces trois centres de la personnalité [30]. Un des buts de la thérapie de l’ennéagramme est de restaurer l’interdépendance des trois centres. Mais où est la preuve de l’existence de ces centres ? Est-ce que les psychologues peuvent confirmer leur existence, décrire leur déséquilibre, ou tester des thérapies qui rétablissent leur équilibre ? L’industrie de l’ennéagramme, comme Naranjo l’appelle maintenant, essaie d’éveiller ces centres par des « exercices spirituels » issus du yoga, du zen, et des pratiques soufies, de la même façon que le yoga kundalini essaie d’éveiller l’énergie psychique dans les sept « chakras » de cette école de yoga — une pratique considérée comme dangereuse, par ses propres partisans eux-mêmes. Pourquoi les enseignants de l’Ennéagramme font-ils cela, et quelle est leur garantie, à part les pratiques d’occultistes comme Gurdjieff et ses disciples ?

LES PROBLÈMES THÉOLOGIQUES EN REGARD DE LA DOCTRINE DE L’ENNÉAGRAMME


Outre ces problèmes scientifiques et psychologiques liés à l’ennéagramme, les chrétiens ont beaucoup de difficultés théologiques avec lui. L’emploi fréquent de ces pratiques occultes telles que la divination et le spiritisme chez Gurdjieff et Ichazo fait lever immédiatement un drapeau rouge. Dans le Deutéronome 18, 9-15 et de nombreux autres passages de l’Écriture, le Seigneur notre Dieu interdit de telles pratiques. La plupart des  » experts « , je sais, évitent toutefois l’occultisme ou ignorent tout de sa présence dans le fondement de l’ennéagramme. Malgré cet évitement ou cette ignorance, des problèmes théologiques apparaissent dans les ateliers sur l’ennéagramme à travers le pays.
Certains experts de l’Ennéagramme prétendent que le péché originel commence quand les petits enfants choisissent leur type d’ego ou de fixation. Ceci revient à émettre un non-sens pour le chrétien. Le péché originel, par sa nature, n’est pas un mal qu’une personne commet. Au contraire, à cause de la chute de nos premiers parents, Adam et Ève (en essayant de « devenir comme des dieux » en saisissant la connaissance interdite du bien et du mal — Genèse 3, 5), tous les humains héritent du péché originel. En raison de la déchéance de la nature humaine, les gens sont enclins à commettre réellement des péchés, et le font souvent. Le fait d’identifier le choix compulsif d’un enfant de trois ou de quatre ans avec le péché originel est une fausse doctrine d’un point de vue biblique.
Une autre erreur théologique découle de celle-ci, à savoir : les hommes peuvent annuler les effets de ce prétendu péché originel, la fixation originale de l’ego, au moyen de Gurdjieff, d’Ichazo, ou de quelque d’autre « travail » spirituel. Certes, les gens peuvent obtenir de l’aide des autres pour surmonter les problèmes psychologiques, et ils devraient chercher la sagesse et les conseils de solides psychologues chrétiens lorsqu’ils ont besoin de ce type d’aide. Cependant, ce « travail » ne peut jamais être l’élimination du péché originel, ou de tout autre péché, pour cette raison. Seule la mort rédemptrice sur la Croix de Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, peut retirer notre péché. C’est un don gratuit de la grâce de Dieu qu’aucun homme ne peut gagner ou mériter. Nous acceptons cette grâce de la miséricorde de Dieu, et nous lui en rendons grâce, à lui qui est lui-même son cadeau pour nous. N’importe quelle suppression des effets du péché — le résidu psychologique ou les ramifications de péché — peut être produite par une aide psychologique ainsi que d’autres aides, telles que la charité vis-à-vis des pauvres, l’annonce de l’Évangile, et ainsi de suite.
En outre, le prophète Isaïe a écrit que la sagesse, l’intelligence et le conseil sont des dons de l’Esprit Saint (Isaïe 11, 2), alors nous devrions chercher de l’aide psychologique de chrétiens bénis par ces cadeaux. Le chrétien doit savoir et proclamer au monde que même les techniques psychologiques exigent la grâce de Dieu, si elles veulent être efficaces pour éliminer les effets de notre péché. Tant le pardon de nos péchés que l’élimination de leurs effets exigent grâce imméritée de Dieu dans nos vies.
Une autre erreur théologique est l’affirmation que notre Seigneur Jésus possède en Lui-même les vertus des neuf types [31]. Seule une exégèse forcée (interprétation) des Évangiles permet cette sottise. Évaluer la personnalité de quelqu’un est très difficile, même si cette personne parle directement au thérapeute ou à l’intervieweur. Déterminer le type de personnalité de Notre Seigneur à partir de l’Évangile est à la fois un abus de l’Écriture et de la technique thérapeutique. Jésus n’a pas accordé des entretiens en vue d’un profil psychologique. Il n’a pas non plus composé lui-même les textes des Évangiles. Comment quelqu’un peut-il prétendre connaître son type d’ego à partir de ces textes ?
D’autant plus que les évangélistes n’ont pas cherché à nous donner un profil psychologique de Jésus, ils ont l’intention d’annoncer la nouvelle que Dieu s’est fait chair, est mort sur une croix, est ressuscité des morts, et a ainsi racheté le monde. Le propos des évangélistes est de provoquer les lecteurs et auditeurs de l’Évangile à la foi qui sauve en Jésus-Christ, non pas d’analyser le Seigneur ! Ces allégations sont absurdes et doivent être rejetées d’emblée.

Naranjo a enseigné que l’Idée Sainte ou la vertu de chaque type est l’un des neuf visages de Dieu ; les aspects compulsifs de chaque type mettent sens dessus dessous le visage de Dieu et deviennent un démon. L’objectif du « travail » est de se libérer des démons. Peut-être Naranjo a-t-il simplement eu l’intention de faire une figure de style, mais c’est devenu un lieu commun dans l’industrie de l’ennéagramme. Tout chrétien qui en entend parler doit ici reconnaître trois erreurs.
Premièrement, Dieu n’a pas neuf visages. Jésus notre Seigneur a révélé qu’il y a trois personnes égales dans le Dieu unique, formant ce que l’Église a depuis longtemps appelé la Trinité. Cependant, ces trois personnes ne sont pas en train de se multiplier ni de se subdiviser en neuf visages. C’est une façon stupide de parler, sans fondement dans la révélation divine ou le sens commun.
En second lieu, aucun humain ne peut renverser le visage de Dieu, le mettre de l’envers à l’endroit, ou le tourner de toute autre manière. Dieu est notre Souverain incréé ; les êtres créés ne le déplacent pas dans n’importe quelle direction. Déclarer que l’envers du visage de Dieu est un démon
cela va, au-delà de l’absurdité, vers le blasphème. Dieu, qui est toute bonté et tout amour, ne peut être remodelé en démon. Personne ne devrait parler de cette façon.
Troisièmement, comme c’est vrai du péché, ça l’est aussi des démons : nous, les humains, ne pouvons pas nous libérer nous-mêmes des démons. C’est Dieu qui nous en délivre. Aucune technique ou méditation ne nous délivre du pouvoir du mal ou des esprits élémentaires. C’est Jésus notre Sauveur qui nous sauve de ces maux.
Les praticiens de l’Ennéagramme, et ceux qui sont tentés de suivre leurs cours, doivent prendre conscience que leur doctrine doit être conforme à l’Écriture et (au moins du point de vue de l’Église catholique, mais aussi dans une moindre mesure pour de nombreux Protestants) à l’enseignement de l’Église. Partout où leur enseignement n’est pas conforme à la révélation de Dieu, ils doivent s’adapter à Dieu. Peu importe la tradition ésotérique soufie ou ce que peut être leur attente : ils devront rendre compte à Dieu pour la diffusion de fausses doctrines dans l’Église du Christ.

LES PROBLÈMES PRATIQUES DE L’INDUSTRIE DE L’ENNÉAGRAMME


Les Livres et les enseignants affirment souvent que l’ennéagramme permet à chacun non seulement de se classer soi-même en catégories, mais aussi de le faire pour d’autres personnes autour de soi. Dans ce cadre de référence, les spécialistes classent les différents types de personnes, apprécient en quoi elles diffèrent de nous, et apprennent à mieux s’entendre avec des types différents. Les enseignants prennent d’habitude des personnalités publiques en exemples des neuf types. Palmer nomme des groupes de personnages « célèbres » appartenant à chaque type. Par exemple, les bons protestants comme Martin Luther et Jerry Falwell sont des « uns », comme le sont des non-croyants tels que George B. Shaw et Ralph Waldo Emerson [32]. Les experts de l’Ennéagramme ne sont pas d’accord, cependant sur leur catégorisation de ces caractères. Certains considèrent qu’Hitler est un « huit », mais Palmer lui en fait un « six ». Des Contradictions similaires existent entre les livres et les porte-parole.
Un problème de base est que ces célébrités n’ont jamais eu le privilège de faire l’atelier de l’ennéagramme ; aussi n’ont-ils pas pu se typer. Par conséquent, lorsque les experts classent et caractérisent des personnages célèbres, leur exemple enseigne aux élèves comment se faire une opinion des personnes avec lesquelles ils vivent. Une fois que l’on se sent expert de l’ennéagramme, on peut ainsi classer amis, conjoint ou enfants. L’expert peut se percevoir détenteur d’un savoir secret qui lui permet de classer les autres dans des catégories.
L’abus qui découle de cette pratique est la banalisation des relations. Les gens croient qu’ils ont une vue plus perspicace en quelqu’un d’autre que cette personne a d’elle-même : la dynamique interne des compulsions et les comportements attendus sont mieux connus de l’expert de l’ennéagramme que de la personne considérée. Cela amène certaines personnes à des abus dans leurs relations avec autrui sur la base de leurs attentes vis-à-vis de l’ennéagramme, plutôt que sur ce que les gens choisissent effectivement de révéler d’eux-mêmes. Ce n’est pas sain, et c’est potentiellement abusif. Je l’ai fait et j’ai vu d’autres le faire. Laisser cette bride sur le cou à des groupes paroissiaux, cela ouvre la voie à de graves problèmes entre la fin de l’atelier et le moment où retombe l’engouement en faveur de l’ennéagramme.
Arrivé à ce point, je n’ai pas beaucoup de respect pour l’industrie de l’ennéagramme. Ses racines occultistes n’ont pas été profondément purgées (si elles pouvaient l’être), et il a lui-même ouvert la voie à l’erreur théologique ainsi qu’à l’abus social et psychologique. L’absence de moyens d’investigation scientifique signifie qu’il n’existe pas de contrôles pour déterminer qui est réellement un expert, quel conseil se révèle utile ou nuisible, et si les objectifs du système de l’ennéagramme sont sains.
Si on pouvait récupérer de l’ennéagramme quelque chose ayant une valeur psychologique, ses praticiens devraient purger le système de ses éléments non chrétiens. Si de vraies plongées dans le système s’avéraient utiles, il faudrait des tests psychologiques et un contrôle. Sinon de sages conseillers vont divaguer à travers l’Église, entraînant subtilement les gens loin du Christ, leur Seigneur, et causant peut-être des dommages à leur psychisme. Je recommande d’éviter l’industrie de l’ennéagramme jusqu’au jour où l’on pourra la rendre complètement compatible avec la foi chrétienne et une solide méthodologie scientifique solide, si c’est toutefois possible.

Le Père Mitchell Pacwa, SJ, est professeur d’Écriture sainte et d’hébreu à l’Université Loyola de Chicago. 

 

BIBLIOGRAPHIE


Anderson, Margaret
. L’inconnu Gurdjieff. Londres : Routledge and Kegan Paul, 1962.

Une description de la vie parmi les disciples de Gurdjieff et leur dévouement à sa méthode de changement de leur vie.
Beesing, OP, Maria ; Robert Nogosek, le SCC et Patrick O’Leary, SJL’Ennéagramme : Un voyage d’auto-découverte. Damville, New Jersey : Dimension Books, 1984
Bennett, John G. Ennéagramme Études. York Beach, Maine : Samuel Weiser, 1983. Bennett était un disciple de Gurdjieff qui a vécu avec lui pendant un certain temps. Il a étudié le soufisme et écrit sur les racines historiques de l’ennéagramme.
Gurdjieff, George I. Héraut du Bien à venir. New York : Samuel Weiser, 1973. Son premier livre, établissant une partie de sa philosophie.
Ci-dessous trois livres de Gurdjieff sont connus en tant que « Tout et Chaque chose », en trois séries :
______. Récits de Belzébuth à son petit-fils, 3 vol. Première série. Londres : Routledge et Kegan Paul, 1976. Plus sur la philosophie de Gurdjieff, destiné à initier les gens au caractère étrange de ses idées  » détruire, sans pitié… les croyances et les opinions… sur tout ce qui existe dans le monde.  »
______. Rencontres avec des hommes remarquables. Deuxième série. Londres : Routledge and Kegan Paul, 1977. C’est une autobiographie destinée à utiliser des histoires sur sa vie pour donner une nouvelle vision  » nécessaire pour une nouvelle création.  »
______. Alors seulement la vie est réelle, quand « Je suis ». Troisième série. New York : E. P. Dutton, 1975. Une introduction et une série de conférences pour continuer à enseigner ce qu’il veut dire sur le monde réel plutôt que sur le monde de l’illusion auquel on croit actuellement
Keen, Sam. Conversation sur la Destruction de l’Ego avec Oscar Ichazo, Psychology Today, Juillet 1973 64-72. Il s’agit d’une interview avec Ichazo, l’un des rares moments où il parle de lui-même.
Lilly, John C., et Joseph E. Hart. La formation Arica, dans Psychologies transpersonnelles, éd. Charles T. Hart. New York : Harper and Row, 1975, 329-51.

Cet article donne un approfondissement d’Ichazo, y compris des informations sur les pratiques occultistes de son groupe et le fort attachement du groupe à sa personne.
Naranjo, Claudio. L’ennéagramme — Obstacle ou Tremplin ? Cassette audio enregistrée à la Association des thérapeutes chrétiens, Février 1990 San Diego, en Californie. Disponible via le Centre diocésain du Renouveau Charismatique, 7654 Herschel Ave., La Jolla, Californie 92037.

Cette conférence est un rare récit sur les racines de l’ennéagramme dans les enseignements même de Naranjo et Ichazo.
Ouspensky, PD La Quatrième Voie : Un enregistrement de conférences, et réponses à des questions basées sur les enseignements de G. I. Gurdjieff. New York : Random House, 1957.
______. À la recherche du miraculeux : Fragments d’un enseignement inconnu. New York : Harcourt, Brace et mondiale, 1949.

Bien que le symbole de l’ennéagramme soit enseigné dans les livres d’Ouspensky, on cherche en vain des informations sur l’ennéagramme de personnalité.
Palmer, Helen. L’ennéagramme. San Francisco : Harper and Row, 1988. Une version populaire de l’ennéagramme qui définit les différents types.
Riordan, Kathleen. Gurdjieff, dans Psychologies Transpersonnelles, éd. Charles T. Hart. New York : Harper and Row, 1975, 281-328. Un bref historique de la pensée de Gurdjieff.
Riso, Don Richard. Types de personnalité : Utilisation de l’Ennéagramme pour la découverte de soi. Boston : Houghton Mifflin Company, 1987.
______. Comprendre l’ennéagramme : Le Guide pratique des types de personnalité. Boston : Houghton Mifflin Company, 1990.

Riso essaie d’utiliser une approche plus psychologique, mais il n’a pas fourni à l’extérieur, comme il l’admet, de preuve pour le système ou ses propres résultats.
Speeth, Kathleen Riordan, et Ira Friedlander. Gurdjieff : Chercheur de la Vérité.

Bibliographie établie par Walter Driscoll. New York : Harper and Row, 1980.

Il s’agit de la biographie la plus ordonnée de Gurdjieff que je connaisse. La chronologie est utile et la bibliographie est excellente pour des fins de recherche.
Wagner, Jérôme. Une étude descriptive de la fiabilité et de la validité de la typologie de la personnalité selon l’ennéagramme.

Ph.D. 1979, l’université de Loyola, à Chicago.
______. Fiabilité et étude de validité de la typologie d’une personnalité soufie : L’ennéagramme, Journal de Psychologie clinique 39, 1983, 712-17
Waldberg, Michael. Gurdjieff : une approche de son travail.

Trans.. Steve Cox. Londres : Routledge et Kegan Paul, 1981.

Un bon résumé des idées de Gurdjieff présenté par sujets.

 

Notes

Texte anglais http://www.equip.org/PDF/DN067.pdf 1994

NdT L’article a été écrit aux temps de l’URSS

[1] Gurdjieff, Rencontres avec des hommes remarquables, 53-54.

[2] Ibid., 37, 59-60, 62-72, 79-81, et psychique chien, 135.

[3] Bennett, 3-4.

[4] Gurdjieff, 148-65 ; Speeth et Friedlander, 113, 116.

[5] Gurdjieff, 164-65.

[6] Speeth et Friedlander, 81-82.

[7] Gurdjieff, 227 ; Speeth et Friedlander, 93.

[8] Speeth et Friedlander, 35-36.

[9] Bennett, 75, 79, 83.

[10] Voir Walter Martin, Le Royaume des Cultes (Minneapolis : Bethany House, 1985), chapitre huit, « La Société Théosophique. »

[11] Gurdjieff, 227-43.

[12] Ibid., 270-85.

[13] Anderson, 64.

[14] Ibid., 63.

[15] Riordan, 293 ; Bennett, 2-3.

[16] Anderson, 71-72.

[17] Ouspensky, In Search of the Miraculous, 294.

[18] Bennett, 31.

[19] Ibid., 32, 47.

[20] Ibid., 32.

[21] Keen, 64.

[22] Lilly et Hart, 341.

[23] Naranjo.

[24] Palmer, 46-47.

[25] Ibid, Vous pouvez aussi consulter Naranjo.

[26] Naranjo.

[27] Bennett, 31.

[28] Naranjo.

[29] Beesing, Nogosek, et O’Leary, 144-47.

[30] Ibid., 141-43.

[31] Ibid., 49-98.

[32] Palmer, 94.

Ennéagramme. Réflexion des évêques américains

La fascination qu’exercent les outils de connaissance de la personnalité pour les personnes qui ne sont pas psychologues de formation, fussent-elles théologiens par ailleurs,  est un réel sujet d’étonnement. Cet attrait pour les nouveaux arbres de la connaissance du bien et du mal les amène à gober le premier fruit venu avec tous ses pépins. Il en est ainsi de l’ennéagramme.
L’ennéagramme connaissant un certain succès dans les milieux religieux car il introduisait la notion morale de péché, les évêques américains ont été les premiers à réagir vigoureusement face à cette dérive et à son caractère fondamentalement gnostique. Voici à ce propos ce qu’en disait le 31 janvier 2012 Anna ABBOTT dans le « Catholic World Report » sous le titre « Une dangereuse pratique »:

« En 2000 , la Conférence américaine des évêques catholiques a préparé un projet de déclaration ,  » bref rapport sur les origines de l’Ennéagramme ,  » mettant en garde contre son utilisation . Il n’a jamais été publié , mais il peut être trouvé sur le site du National Catholic Reporter . En 2003 , le document du Vatican «Jésus-Christ , porteur de l’eau de la vie» a examiné les dangers de la spiritualité Nouvel Âge , et a mentionné l’Ennéagramme dans son glossaire . En 2004 , le Comité sur la doctrine de USCCB [la conférence des évêques américains] a publié un « Rapport sur l’utilisation de l’ennéagramme : Peut-il servir comme un véritable instrument de croissance spirituelle chrétienne ?  » pour l’usage interne de la Conférence . Le Père Thomas Weinandy du Secrétariat pour la doctrine de l’USCCB nous a fourni ce rapport pour  cet article.

En février dernier , l’archevêque Thomas Wenski de Miami a expliqué la doctrine catholique sur l’Ennéagramme et les sujets connexes dans une colonne en ligne intitulé « New Age et vieux gnosticisme » . Il a écrit que l’Ennéagramme est un  » exercice de pseudo- psychologie prétendument fondé sur le mysticisme oriental , [ qui ] introduit une ambiguïté dans la doctrine et la vie de la foi chrétienne et par conséquent ne peut pas être utilisé de façon heureuse à bon escient pour promouvoir la croissance dans une authentique spiritualité chrétienne » . La contribution de l’archevêque est l’enseignement le plus clair disponible pour les laïcs sur ce sujet , et un net résumé des rapports des évêques .

L’Ennéagramme redéfinit le péché , entre autres concepts fondamentaux , en associant simplement les défauts avec des types de personnalité, ce qui est particulièrement tentant dans un climat culturel d’irresponsabilité et de narcissisme . Il encourage une auto- absorption malsaine sur sa propre  » type », de sorte que le type est en faute plutôt que la personne . Cela donne lieu à un état d’esprit déterministe à l’encontre de la liberté chrétienne. »

L’ennéagramme, outil de connaissance de soi ?

Cette réflexion sur l’ennéagramme  a été motivée  par le fait que les chrétiens en France sont de plus en plus sollicités pour participer à des sessions d’ennéagramme pour une meilleure connaissance de soi et  pour une meilleure évolution spirituelle. J’ai souhaité appuyer mon analyse sur deux ouvrages qui sont fréquemment cités comme preuve de fiabilité de la méthode  et comme document de travail lors des formations.

Il m’a paru en effet intéressant de plonger au cœur de ces deux ouvrages, dont la réputation des auteurs sert de caution morale à ceux qui enseignent et propagent l’ennéagramme dans les milieux chrétiens. Bon nombre de ceux qui se forment ou qui  accueillent ces formations dans leur  locaux ne les ont sans doute pas consultés, pour cette raison précisément.

Il s’agit de   « L’ennéagramme, un itinéraire de la vie intérieure » de  Maria Beesing, religieuse dominicaine, animatrice de retraites spirituelles, Robert Nogosek et Patrick O’Learry  jésuite (américain) qui intègre l’ennéagramme à sa pratique de la direction spirituelle, (Desclée de Brouwer, Lonrai août 2003).  Et de « Les neuf portes de l’âme : ennéagramme et péchés capitaux : Un chemin psycho spirituel. », de Pascal Ide. (Ed Sarment éditions du Jubilé. Octobre 2008)

Je soulignerai ici simplement quelques points  d’attention.

Origine de l’énéagramme

Il a été introduit en France par Gurdjieff dans l’entre-deux-guerres. Le bref historique de l’ennéagramme que Pascal Ide propose est surprenant.

« La succession historique presque constamment retrouvée est la suivante : Pythagore- Pères du désert- soufisme- Georges Gurdjieff- Oscar Ichazo- Claudio Naranjo- Helen Palmer.[1] »

Or cette succession  est avérée depuis Gurdjieff. C’est tout ce que l’on peut dire. Le reste n’est  pas historiquement vérifiable.

Par ailleurs, dans sa bibliographie, Ide cite Boris Mouravieff, auteur de « Gnôsis,  étude et commentaires sur la tradition ésotérique de l’orthodoxie orientale », (Neufchâtel, La Baconnière 1972 et 1996) :

« En trois volumes, ce chercheur a creusé la tradition hermétique chrétienne orthodoxe. Dans le tome 3, il évalue les symboles géométriques de l’ésotérisme chrétien, dont l’ennéagramme qu’il estime résumer en soi toute la gnose. Il est incontestable que l’esprit de l’ouvrage est joachimite et présente les ambiguïtés de l’hermétisme et de la numérologie[2]»

Il est intéressant de savoir que Mouravieff est disciple d’Oupensky un des plus proches disciples de Gurdjieff. Ils sont les promoteurs de la quatrième voie  enseignée par Gurdjieff. Selon l’enseignement de Gurdjieff la première voie serait celle du fakir qui maîtrise par l’ascèse corporelle ses instincts ; la deuxième voie, celle du moine qui maîtrise ses sentiments et ses émotions ; la troisième, celle du yogi qui maîtrise son mental ; la quatrième voie permettrait la maîtrise de l’ensemble par un hyper contrôle sur soi, les autres et le monde. . Ce fondement  néo- gnostique imprègne l’anthropologie de l’énnéagramme. Nous pourrions faire des parallèles avec la théosophie de Blavatsky ou de Steiner. Les théosophes ont de nombreux contacts avec les gurjieffiens,  ils appartiennent parfois à  l’un et l’autre

Ide cependant précise qu’il n’a pas approfondi l’ouvrage de Mouravieff, ne l’ayant consulté que quelques jours. Il  cite également le livre de Jean-Marie Gries, « mythologie et astronomie à la lumière de l’ennéagramme », (coll. « Les cahiers d’Hermès » : « Le triangle de l’ennéagramme, est-il dit en quelques lignes, peut se comprendre à partir de la Sainte Trinité, mais aussi à partir du triangle d’or de la franc-maçonnerie !( p.35. [3]

Pour autant Ide  n’aboutit pas à cette évidence que pour un chrétien tout ce qui enferme l’homme dans une logique intrinsèquement pertinente se ferme au mystère de la création, de la vie et de l’homme et se rend hermétique à toute transcendance.

Nous pourrons faire des parallèles avec la théosophie de Blavatsky ou de Steiner. Les théosophes ont de nombreux contacts avec les gurjieffiens,  ils appartiennent parfois à  l’un et l’autre groupe. Ce fondement  né- gnostique imprègne l’anthropologie de l’énnéagramme comme bien d’autres méthodes où psychologies et spiritualités sont mélangées.

Principe fondateur de l’ennéagramme

« Le cœur de l’ennéagramme s’identifie pour une part à ce que l’Evangile appelle nos talents (Mt 25, 14-30). Au point de départ nous avons beaucoup de talents (neuf précisément).[4] »

Tout  le système repose sur le postulat que l’homme a neuf talents, et neuf péchés. Pour faire le compte, Pascal Ide ajoute  aux sept péchés capitaux traditionnels de l’Eglise, le mensonge et l’anxiété. Nous pourrons lire ce que Sœur Marie-Ancilla écrit à ce sujet dans sa propre analyse.

« La distinction des neufs types peut s’expliquer à partir de trois points de vue complémentaires : la caractérologie qui relève de notre géographie intérieur; les mécanismes de défenses qui s’intéresse à notre histoire personnelle subie ; les péchés capitaux qui concernent notre itinéraire voulu. Les deux premières perspectives sont psychologiques et la troisième éthique voire spirituelle. Les types sont bordés d’un côté par la caractérologie et de l’autre par l’éthique.[5] »

Cette vision du monde et de l’homme est globalisante et concordiste, tout doit rentrer dans le cercle  de l’ennéagramme: psychologie, théologie, morale, connaissance de soi.

La base de chaque numéro se serait construite en nous autour d’une blessure d’enfance, qu’il faudra prendre le temps de rechercher, si l’on veut comprendre le pourquoi de notre vie actuelle. C’est donc dans une histoire de malheur que nous nous constituons. Dire que chaque type se construit en nous autour d’une blessure d’enfance est une ineptie sur le plan de l’élaboration de la personnalité. Aucun psychologue ne pourrait postuler que  notre personnalité se construit  dans une histoire de malheur. Il n’y a pas de place ici sur le plan psychologique pour la résilience ou sur le plan spirituel pour le pardon.

Simple instrument de connaissance de soi ou système de lecture du monde

Face à certaines critiques, les praticiens de l’ennéagramme avancent qu’il s’agit d’un simple outil, parmi d’autres, au service d’une meilleure connaissance de soi. On entre en fait dans un véritable système qui permet de décoder le monde à la lumière des 9 chiffres. Car pour ajouter une pointe d’ésotérisme réservée aux seuls initiés : « La tradition se refuse à nommer les types autrement que par de chiffres. [6]»

Outil de connaissance de soi ou système complexe de lecture du monde ?

L’argument souvent avancé est que l’on peut considérer l’ennéagramme comme un simple instrument, parmi d’autres. Or il est conçu comme une méthode complète, système clos où rien n’échappe à son analyse, « L’ennéagramme est une méthode de connaissance et de transformation de soi .[7]»

Il est une démarche globale : « Connaître l’ennéagramme n’est pas engranger une information nouvelle, c’est entrer dans une démarche qui n’est pas anodine et dont on ne se sort pas indemne. [8]»

« Nombreux sont les gens à le ressentir comme dangereux. Il est pénible d’avoir à dépister à la base de sa propre personnalité une propension maligne caractéristique ! C’est précisément contre cet aveu que la compulsion cherche à nous protéger. Vouloir la déceler, c’est donc d’une certaine manière « mourir » à soi-même. » (Maria Bessing (o.p), Robert Nogoseck (c.s.c.), Patrick O’Leary ( s.j.), L’ennéagramme. Un itinéraire de la vie intérieure, Paris, DDB, 1992, p.14.[9])

Ne pas accueillir l’ennéagramme serait refuser de reconnaître ses mécanismes de défenses  ses compulsions ou ses disfonctionnements et ne pas accepter cette forme d’itinéraire obligé de qui veut mieux se connaître et connaître les fonctionnement des autres.

Toute critique de l’ennéagramme est ainsi disqualifiée ; elle  manifesterait en fait  que le détracteur aurait de ne pas vouloir affronter ses propres réalités compulsives, les reconnaître et changer son comportement. Ce manque de courage ferait ainsi obstacle à la vie intérieure qui nécessite une mort à soi-même.

Mais cette mort à soi-même n’est ni provoquée ni suscitée par les mystiques chrétiens eux-mêmes. Seul l’Esprit peut pousser dans les lieux déserts et amener à une purification passive des sens ou à une nuit de l’esprit. Provoquer par une telle méthode une mort à soi-même ne donne-t-il pas l’illusion d’être maître du mystère de sa propre vie et de toute connaissance

Un outil au service de la croissance spirituelle ?

Pascal Ide analyse le document du Conseil pontifical pour la culture et du Conseil pontifical pour le Dialogue interreligieux sur le Nouvel Age qui fait allusion à l’ennéagramme au terme d’un paragraphe consacré à la proximité entre New Age et gnose. Il en cite le texte : « Un exemple nous est donné par l’ennéagramme – un instrument pour l’analyse du caractère selon neuf catégories – qui, lorsqu’on l’utilise comme instrument de croissance spirituelle, introduit une ambiguïté dans la doctrine et la pratique de la foi chrétienne [10] »

Ide démonte ensuite  cette affirmation du texte romain, en un véritable syllogisme :

Un certain nombre de personnes, lisant rapidement le texte du Conseil Pontifical, l’ont interprété comme une mise en garde, voire comme une critique, à l’égard de l’ennéagramme .

Or :

  • 1. La définition de l’ennéagramme ne comporte rien qui fasse allusion ni à la foi chrétienne ni à la gnose ; or, la critique porte sur ces aspects ; il n’est donc pas étonnant que le texte ne se prononce pas favorablement, car telle n’est pas son intention.
  • 2. La proposition restrictive pose une distinction très salutaire. En effet, intentionnellement, le texte du Conseil Pontifical répète le terme « instrument » : l’ennéagramme peut être utilisé soit comme « instrument pour l’analyse du caractère », soit comme « instrument de croissance spirituelle »  ; or, seul le second usage est condamné : car il « introduit une ambiguïté dans la doctrine et la pratique de la foi chrétienne », donc est condamnable. Ce point mériterait un long développement qu’il n’y a pas lieu de faire ici. L’idée est la suivante : la croissance spirituelle est la réalisation du salut en nous ; or, la rédemption est l’œuvre de Dieu ; mais un instrument comme l’ennéagramme fait appel aux seules forces humaines (ici de connaissance de soi) ;
  • 3. Donc, l’ennéagramme utilisé à des fins spirituelles s’oppose à la vérité du salut.
  • Si l’on considère l’ennéagramme comme un simple instrument pour l’analyse du caractère, il serait donc licite pour un chrétien de l’utiliser. Pourquoi, après une telle analyse de la part même de Ide, les centres de formation de certains diocèses continuent-ils à accueillir des formations intitulées « vie spirituelle et ennéagramme » ?

Un outil psychologique ?

Pour ce qui est de la fiabilité de l’outil pour une meilleure connaissance de soi psychologique, il y a encore à réfléchir.  Dans les livres utilisés lors des formations, les concepts de sciences humaines sont flottants. Sont évoquées des comparaisons hasardeuses présentées comme des évidences.

« Le caractère est comme notre géographie intérieure. Nous ne percevons pas plus de changement dans le massif de l’Auvergne ou le lit du Rhône en l’espace d’une génération que dans nos traits de caractère. En revanche, cette géographie va être le théâtre d’un certain nombre d’événements qui constituent notre histoire et vont l’influencer : l’histoire d’un peuple continental comme la Russie n’est pas  celle d’un peuple maritime comme l’Angleterre. L’ennéagramme concerne notre histoire, puisque les types sont les mécanismes de défenses apparus au cours de notre vie. Mais ces types seront influencés par notre géographie intérieure : un émotif est d’avantage prédisposé à être individualiste qu’arriviste.

C’est d’ailleurs parce que l’ennéagramme est à la frontière de l’inné (la caractérologie) et de l’acquis que cette approche offre une vision positive et pleine d’espérance pour l’homme.[11] »

La personne qui entre en ennéagramme devra tout mettre en œuvre pour découvrir sa base, nommée par un chiffre. Or les tests psychologiques fiables répondent à des processus de paramétrage rigoureux. Leur étalonnage fait appel à des protocoles stricts qui tentent de sérier au plus près les réalités observées dans un champ de la personnalité bien précisé au départ. On peut par exemple prendre les tests de Quotient intellectuel. Des données statistiques tempérées par des milliers d’observations rigoureuses, permettent d’approcher un degré de fiabilité correcte pour ce type de test que l’on peut appeler alors instrument ou outil. Quand il s’agit de tests de personnalité, l’approche est beaucoup plus délicate et finalement beaucoup plus sujette à caution. Présenter l’ennégramme comme un instrument de connaissance, qui peut effectivement être subjectivement performant, ou tout au moins apporté quelques éclairages, n’assure pas la totale fiabilité de cet outil, ni la véracité de ce tout qu’il apporte.

D’autre part, lors des tests de personnalité, le psychologue prend bien soin d’avertir son patient sur le fait que le test est valable ici et maintenant.  Aucune mise en garde de ce type dans l’énnéagramme :  le numéro qui représente la base est le même pour toute la vie.

L’ennéagramme permettrait aussi de connaître les autres, de les décoder à leur insu. Ce danger a été cerné, puisque des précautions sont mises en place : « L’international Ennéagramme Association demande dans son code d’éthique de « laisser chacun découvrir son type, à son rythme ». C’est la règle d’or qui relève de la déontologie de l’ennéagramme. »

« De plus, dire à quelqu’un son type avant qu’il le découvre est non seulement lui ôter la joie et la fécondité d’en faire lui-même le découverte, mais se rendre complice d’une secrète volonté de puissance. Enfin, c’est laisser accroire que le type épuise la personne. »

« Il faut commencer par découvrir son type avant de comprendre celui des autres. Cette expérience intérieure permet à la fois de mieux saisir les finesses de l’analyse ennéagrammatique et d’autres dans une attitude de douceur et de compassion ; elle évite d’utiliser l’ennéagramme comme moyen de  manipulation ou de jugement intérieur. [12]»

Cependant, on pourra prendre dans les manuels des exemples de types et non des moindres ! La grille de lecture de l’ennéagramme aura finalement permis de juger les autres et de les épuiser précisément dans tel ou tel type ; Elle aura finalement permis d’opérer un regard en surplomb sur les personnes en les rangeant dans les catégories de l’ennéagramme. Et toi lecteur praticien de l’ennéagramme, pourras-tu en toute honnêteté  dire que tu n’essaies pas en me lisant de savoir quel numéro je suis ?

« Thérèse de l’Enfant Jésus semble avoir développé le type perfectionniste. Ce qui n’est pas le cas de toute la famille Martin. En regard, Pauline, par exemple, semble beaucoup plus légaliste.

Pour plusieurs raison. Le premier facteur est l’éducation exigeante de sa maman, Zélie Martin (qui devait être une indispensable plus qu’une perfectionniste ; à la limite une femme de type 2 avec une aile 1 .[13]»

Une démarche syncrétiste

La médecine même pourrait entrer dans le système. Pascal Ide avance une hypothèse  sur l’homéopathie : « J’avance une nouvelle hypothèse : privilégiant le malade sur la maladie, l’homéopathie (dans sa branche uniciste, la plus audacieuse et la plus prometteuse, me semble-t-il, et aussi la plus en résonance avec l’anthropologie que je défends ne propose-t-elle pas aussi une typologie des individus et de leur ressource (capacités et faiblesses), ainsi que des médicaments adaptés à ses ressources, négatives ou positives. [14]» p.136.

Or dans  le domaine de l’homéopathie,  il n’y a pas à ce jour d’expérimentation scientifiquement prouvée. Et pour cause, les paramètres des ressources des capacités et des faiblesses sont si complexes et diversifiés qu’il est impossible de les sérier.

Il semble bien que nous soyons dans une démarche syncrétiste où tout doit rentrer dans une logique préalable prise comme sommet de connaissance. Cela pourrait ressembler à une gnose. Seule la foi dans le concept sauve et fait tout coïncider. Ce qui par ailleurs n’est sans doute pas sans efficacité, mais c’est plutôt grâce à un effet inductif et suggestif où la part d’inconscient est déterminante, que par un effet objectivement vérifiable. Les processus magiques ne fonctionnent-t-il pas de manière identique ?

Changer ou se convertir : quel est l’objectif de la vie du chrétien ?

Il y a une ambiguïté permanente entre ces deux notions lorsque l’on se forme à  l’ennéagrammeet qu’on l’applique en tant que chrétien. D’ailleurs de quelle âme Ide parle-t-il, quand il évoque les neuf portes de l’âme ?

Il s’agit pour lui de « fonder l’ennéagramme sur une vision complète de l’homme .[15]» Mais il faudrait comparer cette vision holistique, vision néo-gnostique, avec  l’humanisme intégral développé par Jacques Maritain et repris  par Paul VI  et Benoît XVI dans l’encyclique Veritas in Caritatis.

« Pour changer, il faut un moteur, une aide, des outils de connaissance et de transformation de soi. C’est le but de cet ouvrage de vous les proposer.[16] »

Pour un chrétien, l’essentiel n’est-il pas de rencontrer le Christ de se laisser transformer par lui, dans les évènements du quotidien, de constater, dans l’inattendu et la gratuité, sa présence agissante qui permet de mieux le connaître et de mieux nous connaître ?

Bien sûr les sciences humaines aident à cette connaissance de nous-mêmes. Mais cela se fera dans la rigueur et l’exigence d’une étude qui ne peut se construire que dans la durée, et non pas avec des grilles de lecture stéréotypées et relativement simplistes, dans lesquelles il est facile d’entrer en un week-end de formation et finalement de s’enfermer.

Ennéagramme et Jésus

Reconnaître en soi les conditionnements compulsionnels de son propre type, selon les perspectives de l’ennéagramme devient l’objectif à atteindre pour rejoindre Jésus. Jésus est l’homme parfait, le sage qui, intégrant les neuf types, vit en plénitude toutes les qualités de l’humanité, étranger au péché et à toute compulsion.  « En faisant siennes les neufs façons de vivre en l’homme, tout en refusant l’aspect compulsif, Jésus est vraiment apte à proposer à chaque type de personnalité un véritable modèle du voyage intérieur à entreprendre  vers la vraie liberté. [17]». Mais il n’est pas question ici de Jésus vrai homme, certes, mais aussi fils de Dieu, vrai Dieu lui-même.

« Enfin, en Jésus, Dieu est le modèle par excellence (cf. Mt 16,24)…Tous les spécialistes de l’ennéagramme s’intéressant à la vie spirituelle et en particulier à l’Evangile ont constaté avec bonheur que Jésus est pleinement ouvert à tous types. Plus précisément, il déploie les qualités de chaque type et en évite les défauts et compulsions : fait rarissime, les neufs portes de son âmes humaine sont harmonieusement ouvertes. »  « Jésus a réalisé « l’état de l’homme véritable » sans se limiter à un seul type de personnalité[18].»[19] » p. 257. 258.

Ainsi,  par exemple, la qualité positive du numéro  1 se retrouve dans la perfection de Jésus. Et on s’appuiera sur une phrase de l’évangile pour justifier cela : « Soyez parfaits comme votre Père du Ciel est parfait. » Mt 5,48. Sa perfection en tant que numéro 1 permet alors  à Jésus de renvoyer chacun à lui-même ;  c’est dans l’épisode de la femme adultère qu’on en trouve la justification. Chaque type ayant en effet sa face d’ombre, la difficulté du un, perfectionniste, serait d’accueillir les gens avec leur imperfection, ainsi que d’accueillir ses propres imperfections.

Les types 2 trouveront en Jésus le modèle de la serviabilité, la parabole du bon samaritain en étant l’archétype, dépassant les rigueurs de la loi pour le service du prochain. La partie sombre de l’altruiste serait de gagner l’amour des autres en s’oubliant faussement soi-même.

Ainsi de suite, chaque typologie est rapportée à un passage des Évangiles et analysée selon la lumière parfaite qu’offre Jésus, et la face d’ombre que cela révèle en chacun d’entre nous.

Le risque de ce type d’approche est de permettre  une sacralisation de la psychologie ou de  psychologiser  le christianisme à travers une grille d’analyse qui semble pertinente, mais qui instrumentalise les récits évangéliques en les faisant entrer dans les numéros des neuf types de l’ennéagramme.

Parallèle avec les idées développées par Karl Jung

L’introspection et la connaissance de soi selon la typologie proposée par l’ennéagramme peuvent  être comparées avec les perspectives de la psychologie jungienne de recherche du moi profond appelé le Soi, différent du moi superficiel ou compulsif désigné par l’égo. Le Christ est alors le symbole du Soi profond  à atteindre. Le risque de ce psychologisme serait de faire coïncider ce que nous imaginons de la psychologie de Jésus avec  notre propre moi, au lieu d’aller de tout notre être vers Jésus, vrai Dieu et vrai homme.

Pour Jung, Jésus manifeste la partie positive et bonne de l’image de Dieu en nous, image qui doit être complétée de manière symétrique par la partie négative ou obscure, définie dans les types de l’ennéagramme comme la compulsion. Dans la conception jungienne, Dieu possède en lui-même ce côté obscur, « archétype de l’ombre ». La perspective de Gurdjieff, à l’origine de l’énnéagramme rejoint donc celle de Jung dans la réalisation de l’homme connaissant et intégrant sa part de lumière et d’ombre,  capable de se situer au-delà du bien et du mal. Dans « Psychologie et alchimie » Jung traite la question de l’intégration du démon, en affirmant que tant que le démon n’est pas intégré, le monde ne peut pas devenir une totalité et l’homme ne sera pas sauvé. Les différents écrits de Gurdjieff, soutiennent les mêmes perspectives dans ses Récits de Belzébuth à son petit fils (1950), éd. du Rocher, 1995, ou Rencontres avec des hommes remarquables (1960), éd. du Rocher, 2004.

Conclusion

Les techniques de développement personnel ou de guérison « psycho-spirituelle» se sont multipliées ces derniers temps. Elles interrogent l’Eglise. Les chrétiens se doivent d’être attentifs à ces nouveaux courants. Or la Tradition  offre des clés de discernement qui permettent d’évaluer ce qui est juste, et  ce qui l’est moins et ainsi d’avoir la distance nécessaire pour se prémunir contre de effets de mode si séduisants soient-ils..

Psychologiser la spiritualité tend à remplacer la religion par des thérapies ou des techniques de développement personnel. L’homme accompli, selon cette perspective, est celui qui a pris conscience et éliminé en lui le dualisme des valeurs du bien et du mal, devenant ainsi tolérant à tout, indifférent au niveau moral et tiède au niveau religieux.

Pourquoi notre temps ne serait-il pas, comme tous les autres temps, tenté par des formes nouvelles d’hérésie ? La notion de  « psycho spirituel » ne reprendrait-elle pas avec une grande subtilité,  les mêmes problématiques que les gnoses combattues par nos pères dans la foi ?

Seul le Christ nous offre par sa mort et sa résurrection accès au Salut et à la vie éternelle.

Bertran Chaudet


[1] Pascal Ide « Les neuf portes de l’âme : ennéagramme et péchés capitaux : Un chemin psycho spirituel. » Ed Sarment éditions du Jubilé.  Octobre 2008. p.337.

[2] Ib. p.364 ;

[3] Ib. p.362,363.

[4] Ib. p. 31.

[5] Ib. p. 220.

[6] Ib. p. 38.

[7] Ib. p. 7.

[8] Ib.p. 13.

[9] Ib. Cité par  Ide p.13.

[10] Conseil pontifical de la culture et Conseil pontifical pour le Dialogue interreligieux, Jésus-Christ le porteur d’eau vive. Une réflexion chrétienne sur le Nouvel Age, Cité du Vatican, Libreria Editrice Vaticana, 2003, 1.4., p. 12.

[11] Ib. p.136,137.

[12] Ib. p.33.

[13] Ib. p. 200.

[14] Ib. p. 136.

[15] Ib. p. 26.

[16] Ib. p.32.

[17] Maria Beesing, religieuse dominicaine, animatrice de retraites spirituelles, Robert Nogosek et Patrick O’Learry « L’ennéagramme, un itinéraire de la vie intérieure » Desclée de Brouwer, Lonrai août 2003. p. 55,56.

[18] Richard Rorh et Andreas Ebert, Ennéagramme, p.319.

[19] Pascal Ide « Les neuf portes de l’âme : ennéagramme et péchés capitaux : Un chemin psycho spirituel. » Ed Sarment éditions du Jubilé.  Octobre 2008. p.257, 258.

La biodynamie au risque de l’anthroposophie

I- Ayant rencontré dans mes jeunes années les Anthroposophes biodynamistes, j’ai souhaité mettre à jour mes connaissances. D’autant plus que la nomination de Mme Nyssen à la Culture lançait un début de polémique médiatique sur ses liens avec cette mouvance. Je pense avoir quelques compétences techniques pour discuter la validité de cette pratique agricole de plus en plus prisée par les viticulteurs.

II- BIODYNAMIE : une ésotérique occulte, à ne pas discuter ?

Les anthroposophes reprochent aux théories physico-chimiques et “mécanismes” de la science moderne — bien que d’une performance et d’une puissance extraordinaire —  de n’avoir qu’une validité limitée car –selon eux–elles sont basées sur une conception bien trop restreinte de l’Univers.

Selon R.Steiner, sa science spirituelle aurait découvert “des secrets beaucoup plus complexes que les seules lois du monde physique”, en y ajoutant en la notion deprincipes immatériels tels que forces de vie, forces formatrices et développement cyclique”.

Du coup les agriculteurs se voient munis d’une panoplie de préparations étranges, pour la plupart d’origine animale ou végétale, ayant subi une maturation ( que dis-je “une métamorphose alchimique” ! ) dans des organes animaux, aussi surprenants que les cornes de vaches, les intestins de cerf, ou le crâne d’un animal domestique.

Mais ce n’est pas tout : ces produits ne seront actifs que s’ils sont “dynamisés” selon une procédure complexe qui est assimilée au processus alchimique d’assemblage de la matière dénommé « coagula-solve ».

Dernier outil magique : les agriculteurs pourraient lutter contre les parasites animaux (rats, taupes, etc…) ou végétaux (mauvaises herbes) tout simplement en calcinant une exemplaire des ennemis, et en répandant leurs cendres à doses infimes !

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Feng shui, Chi Qong, Taï-chi-chuan ?

Le Ki

Le chi, le shui, le QI, ou le ki est une notion, provenant des cultures chinoise et japonaise, qui désigne l’essence, le souffle ou le principe énergétique fondamental formant et animant l’univers et la vie. Il faut dire tout de suite que ce concept relève d’une hypothèse et n’est ni infirmé ni confirmé par les sciences formelles. L’occident a rapidement réduit la notion de ki à de l’énergie sans pour autant définir ce qu’était cette énergie.

Dans une approche spirituelle, le ki est l’énergie même de l’univers qui relie les êtres et les choses entre eux.

« Nous ne possédons pas le ki, nous sommes le ki ! » enseignent les maîtres.

Cette énergie circulerait dans notre corps par des canaux appelés méridiens que l’acupuncture a répertoriés. Mais aucun support anatomique n’a été découvert à ce jour permettant de visualiser objectivement ou même de comprendre comment l’énergie y circulerait. L’acupuncture est une pratique empirique qui fonctionne objectivement, mais dont on n’a pas réussi à ce jour à comprendre ni pourquoi ni comment.

Le ki serait également présent dans toutes les manifestations de la nature.

Certains ont voulu trouver des équivalents du ki avec la notion de pneuma des Grecs (notion qui a évolué selon les époques de la Grèce antique) et le spiritus des Latins qui désigne plutôt la notion de souffle. Il serait plus proche du concept de prana de la philosophie indienne.

 « Une analyse rapide de la graphie (écriture non simplifiée) nous montre de la vapeur au-dessus du riz , qui donne une traduction étymologique très réductrice, « énergie produite par l’absorption du riz », exprimant l’idée que le ki est produit par l’air et l’alimentation. L’alimentation n’étant qu’un moyen parmi d’autres de produire du ki. Le Chinois moderne n’a retenu que la partie supérieure , et rejoint ainsi dans

l’esprit le caractère primitif formé de trois lignes horizontales , symbolisant les courants atmosphériques, similaires au caractère désignant le nombre « trois. » (Wikipedia article ki spiritualité)

Dans la pensée chinoise, le ki désigne donc un souffle vital qui préexiste aux êtres vivants et aux choses, mais se manifeste dans les êtres par une circulation alternée yin yang, inspiration expiration, positif négatif, mâle femelle. Le ki contrôlerait l’équilibre pour maintenir l’harmonie des contraires.

« Ce souffle animerait et accompagnerait la naissance, l’existence et la mort dans un cycle permanent de renouvellement… Durant l’existence, le ki se formerait aussi à partir de la digestion et de la respiration, pour alimenter la conscience, la pensée et la spiritualité sous forme de ki spirituel. Dans la médecine traditionnelle, l’état pathologique serait engendré par une mauvaise circulation du ki, ou par la circulation d’un ki nocif. Elle désigne alors un ki favorable à la bonne santé, et un ki vicié qui engendre la maladie. »

Le ki présentait au départ une forme indifférenciée ou unitive puis il s’est divisé en restant uni en yin et yang. Cette philosophie essaie toujours d’unir les contraires, il y a du yin dans le yang et du yang dans le yin. De plus il y a cinq phases ou cinq modes d’activité de ce ki qui se succèdent indéfiniment, le bois, le feu, la terre, le métal, et l’eau. L’eau permet le développement du bois qui alimente le feu, le feu engendre la terre, la terre où l’on trouve le métal qui peut se liquéfier. Ou bien l’eau éteint le feu qui fait fondre le métal qui tranche le bois qui puise dans la terre qui se nourrit d’eau…

Ce principe énergétique n’est pas divinisé, il ne fait pas l’objet d’un culte pour lui-même.

Dans la forme religieuse du taoïsme, le ki est perçu comme participant à l’évolution spirituelle d’un être. Des exercices corporels et de méditations permettraient d’harmoniser le ki avec l’énergie cosmique.

Il existe trois champs corporels, le premier, inférieur, au niveau du bas-ventre et dont le centre ou hara (à deux travers de doigt au-dessous du nombril, et quatre travers de doigt en profondeur). C’est l’endroit où se fabrique et s’entretient le ki en tant que substance vitale. Le second champ, situé au niveau du cœur-sternum (sur le sternum sur une ligne joignant les deux mamelons). À ce niveau le ki se transforme en un souffle plus subtil propre à la pensée ou à la conscience. Le troisième, au niveau de la tête, c’est le troisième œil (entre les deux sourcils, à quatre travers de doigt à l’intérieur). Le ki se transforme en un souffle propre à la spiritualité, celui qui est censé mettre le pratiquant dans un état d’unité avec le cosmos, c’est-à-dire le conduire à agir selon les lois intrinsèques d’équilibre de l’univers que le taoïsme nomme le retour ou la Voie, ou Tao, également état originel du cosmos. Cette pratique, nommée Chi Qong, se base sur des exercices de respiration et de visualisations mentales, alliés parfois à des mouvements ou postures.

Dans la pensée du Tao, la nature sauvage est harmonieuse parce que le ki n’y est pas perturbé ou pollué. Il y a un parfait équilibre entre le yin et le yang qui préside à la transformation et transmutation harmonieuse des éléments. Cet état d’harmonie, le Tao essaie de le reproduire dans les arts, la peinture, la calligraphie, la composition gastronomique, le travail artisanal, et bien entendu dans les arts martiaux tant prisés aujourd’hui en Occident. Cet état d’harmonie ne s’atteint que par l’ascèse, l’assiduité et l’expérience. C’est une discipline de tous les instants qui prend toute la personne durant toute sa vie.

C’est cette harmonie qui a donc pour base la bonne circulation du ki, et son équilibre, se retrouve dans l’aménagement intérieur d’une habitation, elle s’appelle alors le Feng Shui.

Cet équilibre entre yin et yang nommé « juste milieu », que l’on retrouve dans le caractère désignant la Chine l’empire du Milieu, mais aussi « l’empire qui recherche l’équilibre ».

Le Hara

Le hara est un point particulièrement important du corps. 1) Lieu d’observation du souffle quand la respiration est abdominale profonde. 2) lieu de transformation de la nourriture. 3) Centre de gravité de notre corps, tous les arts martiaux jouent sur ce point d’équilibre. 4) Lieu de la gestation.

Chacun connaît le hara-kiri, qui consiste pour le combattant à s’ouvrir le ventre avec un sabre, plutôt que de se rendre ou de subir un déshonneur.

La circulation du ki dans le corps a été découverte par empirisme, au fil de siècles de pratique en Chine. L’existence même du ki et sa circulation n’ont jamais été prouvées scientifiquement. Les éventuels effets sont mesurés par observation d’autres paramètres comme le rythme cardiaque, la pression sanguine, les changements de température, la sudation, le tonus musculaire, la douleur, etc. De prudentes recherches cliniques sont menées en Chine, à l’Institut de médecine traditionnelle de Chongqing ou à l’Institut de physique et des hautes énergies de Pékin. La médecine chinoise distingue deux formes de ki, le souffle intègre garant d’une bonne santé, et le souffle vicié générateur de maladies. Le ki circule soit en phase yang (actif, lumineux, masculin, en mouvement) soit en phase yin (passif, féminin, ombrageux, statique) dans des canaux spécifiques. Dans le corps comme dans la nature, le yin et le yang sont en mouvement perpétuel. Rien n’est immuable, rien n’est figé.

Le Tai-chi-chuan réactiverait par des mouvements spécifiques et des respirations contrôlées ces principes de circulation. Les arts martiaux jouent sur ces principes énergétiques qui pourraient même être contrôlés mentalement par les grands maîtres.

Les méridiens

Le ki circulerait dans des vaisseaux appelés méridiens principaux et secondaires, sur lesquels il y a des points. Cette circulation interne est tributaire, dans la médecine traditionnelle chinoise, de nos pensées ou de nos « états d’âme ». Il existe 12 méridiens dits ordinaires, et 8 méridiens dits extraordinaires. Ces méridiens relient en tout 361 points d’acupuncture, auxquels s’ajoutent 48 points hors méridiens. Cette nomenclature a été fixée et adoptée en 1987 lors du colloque de Séoul. Car nombreuses étaient les différentes écoles avec chacune leur spécificité. Certaines écoles sont ésotériques et ne dispensent leur enseignement que par initiation.

Deux méridiens principaux, le vaisseau conception descend du dessous des yeux vers l’entrejambe par la face avant du corps, et le vaisseau gouverneur qui remonte de l’entrejambe vers le sommet du crâne par le dos, pour finir entre le nez et la bouche. Le vaisseau conception alimente tous les méridiens dits yin, le vaisseau gouverneur, tous les méridiens yangs. Chaque partie du corps possède son méridien yin et son méridien yang.

Voici la liste de ces douze méridiens :

Méridien des poumons, yin de la main. Méridien du gros intestin, yang de la main. Méridien de l’estomac, yang du pied. Méridien de la rate et pancréas yin du pied. Méridien du cœur, yin de la main. Méridien de l’intestin grêle yang de la main. Méridien de la vessie yang du pied. Méridiens des reins, yin du pied. Méridien du péricarde, yin de la main. Méridien du triple réchauffeur, yang de la main. Méridien de la vésicule biliaire, yang du pied. Méridien du foie, yin du pied.

Les chakras et la kundalini

Chakras est un mot sanskrit signifiant disque ou roue. Il existerait sept chakras principaux et des milliers de chakras secondaires. Ce serait des points de jonction de canaux d’énergie.

La Kuṇḍalinī serait une puissante énergie lovée dans la base de la colonne vertébrale en l’occurrence le mûlâdhâra-chakra, correspondant dans le corps humain au sacrum. Elle est représentée comme un serpent enroulé sur lui-même trois fois et demi. Par la pratique de la méditation, la kuṇḍalinī s’éveillerait et monterait le long de la colonne vertébrale depuis l’os sacrum jusqu’à la fontanelle éveillant ou purifiant tour à tour les sept chakras.

Chakra (roue) au centre du drapeau de l’Inde

Les chakras décrits dans le Kundalini yoga ([1]) sont représentés par des fleurs de lotus et marquent, sur le corps vital de l’homme. Certains occidentaux ont voulu faire correspondre ces chakras avec des glandes ou des plexus décrits par la science médicale.

Sri Swami Shivananda dans son livre « Kundalini-yoga » ([2]), décrit les chakras comme des centres spirituels qui peuvent être activés à 100 % grâce à la montée de la Kundalini. Chaque chakra serait dépositaire de pouvoirs secrets endormis. Le mûlâdhâra-chakra activé permettrait au yogi de léviter et de se purifier de tout péché… Le dernier sahasrāra-chakra, mot d’origine sanscrit signifiant « chakra aux mille pétales », correspondrait à l’aboutissement du déploiement de la Kundalini, équivalent à l’éveil spirituel, avec développement de capacités médiumniques et magnétiques, claire audition, claire voyance, claire sensorialité, prévisionnelle, divinatoire, etc. Enfin Sahasrâra activé fournirait la paix suprême, l’union fusionnelle avec l’être cosmique.

Les sept couleurs des chakras principaux sont également les couleurs de l’arc-en-ciel. Voir le tableau sur cette page

http://www.wikistrike.com/article-autopsie-des-chakras-du-corps-92137553.html

Le Feng shui

Feng shui signifie littéralement en chinois : le vent et l’eau. C’est un art issu du taoïsme, ayant pour but d’harmoniser l’énergie ki d’un lieu d’habitation de manière à y favoriser la santé le bien-être et la prospérité de ses occupants. Il s’agit de tenir compte des flux visibles comme les cours d’eau, points d’eau et invisibles comme les vents, les arrivées d’air pour obtenir un équilibre des forces favorisant une bonne circulation de l’énergie. Les anciens adeptes disaient que le ki se disperse par le vent et qu’il est arrêté par l’eau. Il s’agit donc de le collecter pour éviter sa dissipation et de le guider pour assurer sa rétention.

Dans la Chine ancienne, les premières tribus étaient dirigées par des rois-chamans dont le premier fut l’Empereur Fu Xi. Il est aujourd’hui vénéré comme protecteur des sciences et des arts divinatoires. Les concepts du Feng shui reposent donc sur des théories occultes qui sont invérifiables scientifiquement.

Interdit sous le régime communiste de Mao, le Feng shui revient aujourd’hui en force dans l’agencement des habitations personnelles, des espaces publics, des bureaux. L’organisation de l’espace doit obéir à des règles si précises que finalement peu de place est laissée à la liberté de choisir. De plus l’utilisation d’une boussole appelée luopan est indispensable à la pratique. C’est une boussole composée de plusieurs anneaux ayant chacun une indication spécifique combinant harmonies et cycles, ayant chacune une formule. Nous avons ici un aperçu de ce qu’on appelle des chinoiseries…

Le New Age récupérant le Feng shui a divisé plus simplement les subtiles possibilités de la boussole en neuf secteurs (prospérité, carrière, santé)… Le nord symbolique référentiel étant toujours la porte d’entrée. Bien des superstitions se rattachent à ces divisions et représentations symboliques de l’espace. Ainsi l’espace à vivre devient un espace magique, un espace contraignant qui entrave la liberté.

Le Feng shui a ses maîtres qui donnent des cours ou des conseils pour agencer votre maison. Les seuls conseils peuvent être de l’ordre de 750 euros pour du vent… Ainsi, des personnes disent pratiquer le Feng shui en déplaçant quelques meubles ou quelques miroirs dans le but de canaliser l’énergie positive dans des endroits stratégiques.

La grande Banque HSBC, bien en difficulté en ce moment, a fait appel à Jacques Rosset, un consultant Feng shui, célébrant en toge blanche, pour bénir deux lions gardien du nouvel immeuble de sa banque privée, située Quai de Bergues à Genève. Des messages de bienveillance ont été déposés aux pieds des lions, par les principaux dirigeants de la banque. Jacques Rosset a agité une clochette sous le nez des lions qui sont restés de marbre. Des pièces de monnaie yin ont été déposées dans des coffrets en bois. Tout cela pour « améliorer la qualité de travail et le bien-être de l’ensemble des usagers. »

http://www.tdg.ch/economie/argentfinances/Bapteme-Feng-Shui-pour-le-bonheur-d-une-banque-quai-des-Bergues-/story/24709477

Chi Qong

C’est une gymnastique traditionnelle chinoise associant, mouvements exercices respiratoires et concentration. Qong voulant dire exercices pour maîtriser le chi, l’énergie vitale.

Paradoxalement c’est un cadre du parti communiste chinois, Lui Guizhzen (1920-1983), qui va revisiter ces pratiques traditionnelles et religieuses pour élaborer le Chi Qong « laïque » pratiqué aujourd’hui. Le Chi Qong fut interdit durant la révolution culturelle puis réhabilité à partir des années 70, faisant l’objet d’étude soi-disant scientifique, pour prouver l’existence du chi. Dans les années 80, il y eut une flambée de Chi Qong, des millions de Chinois se sont mis à le pratiquer dans les jardins publics dans les stades, dans les entreprises, dans des clubs…

Dans les arts martiaux japonais

Lorsqu’un coup est porté (atémi en japonais), c’est le ki du frappeur qui est transmis à l’adversaire, l’important est plus de frapper un point vital (rencontre de méridiens) que de mettre de la puissance physique. Le cri (appelé à tort « cri qui tue » des karatékas est une autre manière d’extérioriser le ki. Lors des exercices de casse (de briques, tuiles, planches…), le ki est concentré à l’extrémité du poing et provoque la rupture. Le ki reliant les êtres, il relie également les deux adversaires ou les deux partenaires. Ainsi, un des principes de l’aïkido est d’unir les énergies des partenaires afin de supprimer l’agression.

La notion de vigilance, que l’on retrouve dans tous les arts martiaux japonais, est le ninjutsu, l’art des ninjas (que l’on retrouve dans les dessins animés des tortues Ninja). Ce ninjutsu s’appuie aussi sur le concept de ki. À travers le ki, on peut « sentir » l’intention de l’ennemi, ce qui permet de riposter plus efficacement, voire d’agir avant que l’adversaire ait pu lui-même agir.

Dans la série des films Star Wars, la notion de force provient directement du concept de ki. Les costumes étant largement inspirés des guerriers du Japon médiéval. La force et le côté obscure de la force sont une seule et même réalité yin yang.

Bien des mangas sont inspirés par cette conception énergétique du monde (Dragon ball, Naruto…)

Le Taï-chi-chuan

C’est une discipline qui est à la fois une gymnastique de santé, un art martial et une voie spirituelle d’inspiration taoïste. Les mouvements ont à la fois une application martiale (esquives, parades, frappes, saisies…) et énergétique.

On peut traduire le Taï-chi-chuan : boxe du faîte suprême, dans le sens d’immortalité ou boxe de l’éternelle jeunesse.

Le tai-chi-chuan en tant qu’art martial interne insiste sur le développement d’une force souple et dynamique, par opposition à la force physique pure.

Une des règles du tai-chi-chuan est le relâchement. Ce relâchement garantit la fluidité des mouvements et leurs coordinations.

Un mouvement du poing prend naissance à la taille, se prolonge par l’épaule, puis par le bras. Les muscles sont utilisés d’une façon coordonnée et la force pénétrante provient d’une contraction rapide lors de l’impact.

Une fois la relaxation installée, le pratiquant va développer la force interne consistant à relier chaque partie du corps. Une partie bouge, tout le corps bouge, une partie s’arrête, tout le corps s’arrête.

Lors des frappes, l’énergie est tout d’abord concentrée dans l’un des centres inférieurs du ki connu sous la désignation hindouiste « second chakra ». Puis elle est libérée, accompagnée d’une onde de choc propagée par l’ondulation des articulations du pratiquant, tel un fouet. On appelle cette action faire jaillir la force.

Le tai-chi porte une attention particulière à l’enracinement. L’énergie doit s’élancer des « racines » que constituent les pieds, puisque ce sont généralement eux qui, dans la majorité des cas, vont amorcer le coup que transmettra la main, ou toute autre partie frappante. On dit parfois, « le pied donne le coup, la hanche dirige et la main transmet ». L’énergie provient des pieds, puis elle est dirigée par la taille avant d’être transmise par les mains.

Le tai-chi-chuan est un Chi Qong. Il implique un travail sur le souffle et non sur la force musculaire. C’est pourquoi l’entraînement du tai-chi-chuan est tout d’abord exécuté lentement pour sentir les flux du souffle vital ki, en vue d’exercices d’alchimie interne plus approfondis. Le centre de gravité et la respiration doivent être amenés au niveau de l’abdomen.

Le pratiquant pourra commencer à accélérer les gestes, et pratiquera une libération de l’énergie, d’abord d’une manière modérée afin de préserver ses articulations, puis d’une façon de plus en plus explosive.

Le tai-chi-chuan se pratique généralement à mains nues, mais il existe des formes de tai-chi avec éventail, poignard, épée, bâton, sabre, que le pratiquant pourra apprendre après quelques années d’expérience

Énergies et vie spirituelle chrétienne

Énergies ?

Le cosmos est un agrégat énergétique qui n’a ni début ni fin et où tout est en interaction. L’esprit et la matière sont deux formes de l’énergie divine. Il n’y a pas de transcendance. Principe du Yin et du Yang.

La réalité forme un tout, il n’y a pas de différenciation entre le monde et l’énergie « divine ». (Monisme).

Ainsi tout est dieu. (Panthéisme).

L’être humain est le microcosme ressemblant au macrocosme qui a sa propre conscience. Si l’homme est en harmonie avec les énergies cosmiques et avec ses propres énergies, c’est la santé. La maladie advient quand il y a blocage des énergies en soi et avec celles du cosmos.

La reconnaissance est le développement de ces capacités et potentialités énergétiques annonce une humanité nouvelle dans un monde nouveau. (New Age).

Vie spirituelle chrétienne ?

Dieu a créé le monde « ex nihilo », à partir de rien, la Révélation affirme ce principe et sa finalité : la béatitude éternelle pour l’homme qui suit les voies de Dieu.

 

Dieu est créateur et révèle son amour dans l’histoire. L’homme est invité à participer à l’œuvre de Dieu, « à garder et à cultiver le jardin. » Plus encore il est invité personnellement et collectivement, à la vie même de Dieu Trinité Sainte, Père Fils et Saint-Esprit.

 

Le Christ mort et ressuscité est le centre de l’histoire et du cosmos.

 

Finalité ?

Retrouver l’harmonie en soi-même et avec le cosmos en fusionnant avec les forces naturelles. Se sauver soi-même. Divinisation du Soi.

Annonce d’une humanité nouvelle et d’un monde nouveau.

Finalité ?

« L’homme est créé pour louer honorer et servir Dieu et par là sauver son âme. » Saint Ignace de Loyola.

Reconnaître que seul Dieu est Créateur et Sauveur.

Le travail énergétique ?

Ce divin est accessible par voie initiatique à plusieurs niveaux avec des secrets à ne pas dévoiler. (Reiki).

Développement de toutes les potentialités latentes du corps et du psychisme ?

Est-il lié à une technique traditionnelle éprouvée (Acupuncture) ou à une formation rapide ?

Parfois utilisation de drogues enthéogènes.

La guérison spirituelle ?

Se reconnaître enfant de Dieu sauvé par le Christ le Chemin, la Vérité et la Vie. Le Christ vient sauver l’humanité de son péché. Reconnaître son péché personnel. Trois axes « thérapeutiques » agissent ensemble : la Parole de Dieu, les sacrements et la vie fraternelle.

Aucun secret aucune prière qui ne soit connue et accessible à tous.

Le mal ?

Fait partie des apparences, il est lié à notre ignorance et dépassé par les progrès de la conscience. L’homme s’en libère en retrouvant son moi ou Soi divin.

Le Mal ?

Seul le Christ, par son incarnation, sa passion, sa mort et sa résurrection nous sauve du Mal et du péché. Seul notre Seigneur nous donne la Vie éternelle.

Le praticien ?

Quelle est sa formation ?

De qui ou de quoi se recommande-t-il ?

Quel est son domaine de compétences ?

Croit-il pouvoir tout guérir ?

Sait-il tout à la place du patient ?

Veut-il entraîner le patient dans sa vision du monde ?

Son intérêt pour l’occulte, l’ésotérisme, l’alchimie, l’hermétisme ?

Le diagnostic posé repose-t-il sur un examen clinique objectivé ou sur son intuition et sa capacité ?

Écoute-t-il le patient ou devine-t-il ce qui est caché (médiumnité) ?

Agit-il par imposition des mains (Magnétisme) ?

Le ministre ? L’accompagnateur spirituel ?

Reçoit sa mission de l’Église.

N’a aucune technique.

L’évêque, le prêtre administrent les sacrements, le diacre le baptême et le mariage.

Agit dans la Foi de l’Église et en conformité à son enseignement.

Est humblement au service de la Parole de Dieu, dans la fidélité à la succession apostolique.

Accompagne en laissant toujours en premier la Parole de Dieu.

Évite l’intrusion dans l’intimité de la personne et l’induction en posant des questions que la personne ne se pose pas.

 

Le patient ?

Cherche l’épanouissement complet, le développement de toutes ses potentialités, ou la guérison de son mal-être ou de ses malaises.

Que ma volonté soit faite.

Peu important les moyens, seul le résultat si possible immédiat compte.

Est passif, seule l’expérience ressentie compte.

Ne fait ni usage de sa raison ni de sa conscience morale. La fin justifie tous les moyens.

La personne ?

Abandon actif et confiant en Dieu, sûr qu’il veut notre bien et notre bonheur.

« Que ta volonté soit faite »

Participe volontairement et personnellement à ce chemin de guérison spirituelle dans l’intelligence de la Foi, sans renier sa raison.

L’Espérance liée à la mémoire et la Charité liée à la volonté contribuent au salut de tout son être.

Effets secondaires ?

Dépendances et passivité entre les mains de l’initié, du guérisseur du praticien ou de ce type de pratique.

Suppression des symptômes d’appel, mais enfouissement de symptômes plus sournois et profonds comme de l’angoisse, de la dépression, des insomnies des cauchemars…

Aliénation de la liberté personnelle.

Possibilité de liens occultes.

 

Fruits spirituels ?

Humilité.

Paix et joie profonde.

Liberté intérieure.

Responsabilité de la personne.

Témoignage au grand jour sans ostentation et simplement.

Engagement concret dans le quotidien au service de la Charité.

Conversion en pensée en paroles et en action.

Bertran Chaudet diacre permanent

[1] Voir article de Guénon Kundalîni yoga1933, qui donne en sus la correspondance avec le caducée des médecins comme les séphiroth de la kabbale, et de ce fait avec les sept sceaux de l’Apocalypse de Jean — recueil Études sur l’hindouisme, éd. Études traditionnelles — cf. lien externe « le coin du serpent »

[2] Ib.  page 55 à 61 dans le livre au format PDF Kundalinî-yoga.

La théologie de la prospérité

Ce texte est le fruit du travail du Comité composé de théologiens issus de lensemble des courants théologiques présents dans le CNEF. Il a pour objet principal de préciser les contours dune théologie souvent évoquée, mais rarement étudiée de façon rigoureuse.
Édité sous la responsabilité du Conseil National des Évangéliques de France (CNEF).

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L’Anthroposophie et Rudolf Steiner

Rudolf Steiner est né 25 février 1861 en Croatie dans l’Empire austro-hongrois ; il est mort le 30 mars 1925 à Dornach, en Suisse. Philosophe, et occultiste[1], membre de la société théosophique[2], il s’intéressa aux œuvres de Goethe puis de Nietzsche. Il est le fondateur en 1913 de l’anthroposophie, qu’il qualifie de « chemin de connaissance », visant à « restaurer le lien entre l’Homme et les mondes spirituels ». Il se présentait comme un guide spirituel doué de pouvoirs médiumniques (clairvoyance).

Cependant, bien qu’il cite des philosophes, les écrits de Steiner n’ont rien de philosophiques. Ses affirmations péremptoires ne procèdent pas d’un raisonnement logique. En 1905, Rudolf Steiner fréquente les obédiences maçonniques, notamment celles qui s’intéresse plus particulièrement aux sciences occultes telle que l’Ordre Memphis-Misraïm[3], sous l’égide de John Yarker qui avait succédé à Garibaldi (il en sera le grand hiérophante, c’est-à-dire chef mondial de ce rite). Steiner œuvre avec Marie von Sivers, durant une décennie à restaurer le cérémonial cultuel et symbolique, basé sur une supposée tradition de la sagesse ancienne, dont les fondements se trouvent partiellement dans l’ouvrage Dogme et Rituel de Haute Magie d’Éliphas Lévi. Il fonde ainsi son propre Rite initiatique : la franc-maçonnerie ésotérique, à laquelle Édouard Schuré aurait été initié. Parallèlement, Steiner devient le dirigeant du Rite de Memphis-Misraïm[4] très implanté en Allemagne et en Italie. Steiner aurait aussi été initié dans l’Ordre de la Rose-Croix ésotérique fondé par Franz Hartmann (1838-1921) médecin allemand, théosophe, occultiste, géomancien, astrologue et auteur d’ouvrages ésotériques.

Rudolph Steiner est à l’origine de projets aussi divers que les écoles Waldorf, l’agriculture biodynamique, la médecine anthroposophique avec ses médicaments et produits cosmétiques Weleda, la Communauté des Chrétiens, la banque la NEF.

Doctrine anthroposophique

L’anthroposophie se fonde sur l’affirmation de la possibilité de dépasser la vision matérialiste de la nature et du monde, en cultivant des niveaux suprasensibles de l’âme et de l’esprit. Selon Rudolf Steiner : « L’interprétation correcte du mot « anthroposophie » n’est pas « sagesse de l’homme », mais « conscience de son humanité, c’est-à-dire : éduquer sa volonté, cultiver la connaissance, vivre le destin de son temps afin de donner à son âme une orientation de conscience, une Sophia. [5] »

L’anthroposophie cherche à développer en l’homme les forces nécessaires pour appréhender ce qui existerait au-delà des sens : monde éthérique ou monde des forces formatrices, monde psychique ou astral, monde spirituel.

L’entité du Christ joue un rôle central dans l’Anthroposophie, et pourtant l’anthroposophie ne se conçoit pas comme une religion[6], alors que de fait, elle voudrait se substituer ou transcender toutes les religions, en se prétendant avoir la connaissance suprême.

Partant de ce qu’elle nomme Science Spirituelle (les Anthroposophes aiment les majuscules), l’anthroposophie propose dans tous les domaines de l’existence des applications pratiques qui se veulent en harmonie avec la nature profonde de l’homme : en politique (le mouvement pour la triarticulation de l’organisme social), en matière d’éducation (écoles Waldorf), médecine anthroposophique, en thérapies artistiques (eurythmie), en pharmacie, en agriculture biodynamique, en économie, en vie sociale, en arts, etc.

Les débuts de la Société anthroposophique

Tout commence par une histoire rocambolesque. À l’Assemblée générale de 1909 à Adyar, les responsables de la Société théosophique, Annie Besant et C.W. Leadbeater, déclarèrent qu’Alcyone, le futur Jiddu Krishnamurti, alors âgé de 13 ans, était le Christ réincarné. Rudolph Steiner n’était pas d’accord avec cette vision. Il fut exclu de la société théosophique et avec d’autres membres dissidents allemands, il fonda la Société Anthroposophique Universelle ainsi que l’École libre de science de l’esprit dont il devient le président.

Très prolixe, Rudolf Steiner fit plus de 6 000 conférences dont une partie fut publiée. Il écrivit une trentaine de livres. L’édition allemande compte environ 370 volumes. Une partie de son œuvre a été traduite en français. De nombreux cycles de conférences ont pour thématique la réincarnation et le karma.

La Société Anthroposophique Universelle, en tant que telle, compte en 2008 un peu plus de 50 000 membres, dont 1 300 adhérents en France. Mais beaucoup plus nombreux sont ceux qui gravitent autour d’elle. La Société Anthroposophique ne fait pas de propagande ni de prosélytisme direct, mais la doctrine se propage par l’agriculture biodynamique, la médecine anthroposophique, les écoles Waldorf, les produits Demeter…

L’anthroposophie propose un chemin de développement spirituel

Alors que pour percevoir le monde sensible, nous avons besoin des cinq sens, Steiner professe que pour appréhender les mondes suprasensibles, nous aurions besoin d’organes suprasensibles, notamment les chakras. Ces organes se seraient fossilisés permettant ainsi de développer la conscience de soi, mais ils resteraient actifs chez les peuples primitifs capables d’une médiumnité naturelle. Les Occidentaux auraient eu cette clairvoyance instinctive jusqu’au Moyen Âge. Grâce aux exercices de méditations et à l’enseignement de Steiner, ces organes de perception seraient développés et réactivés. Rudolf Steiner professe cela dans son livre : L’initiation ou comment parvenir à des Connaissances sur les Mondes supérieurs ? » Il s’agit pour lui d’une véritable Science de l’Occulte. L’adepte parviendrait ainsi à une clairvoyance consciente remplaçant et surpassant l’antique clairvoyance instinctive. Cet enseignement ésotérique, caché jusque-là, parviendrait à la connaissance du plus grand nombre grâce à Rudolf Steiner. Il insiste surtout sur le développement du chakra à douze pétales (chakra du cœur) qui permettrait de passer du registre intellectuel au registre spirituel.

Les croyances anthroposophiques

L’Anthroposophie est un syncrétisme complexe et abscons, mélangeant divers éléments de l’Hindouisme, du Christianisme et du Bouddhisme, associé à un discours pseudo-philosophique, pseudo-épistémologique et pseudo-humaniste sorti tout droit des phantasmes magico occultes de Rudolf Steiner.

Ces croyances sont bien entendu incompatibles avec la foi chrétienne et il est difficile de comprendre que des pasteurs protestants aient pu faire appel à Steiner et adhérer à de telles conceptions.

Ainsi la croyance en la loi du karma et de la réincarnation s’oppose à la Foi en la Résurrection.

La croyance en l’existence de « grands initiés » guidant le développement de l’humanité (Bouddha, Manès, Christian Rose-Croix, Scytianos, Rudolf Steiner) et la croyance en la possibilité de développer une pensée pure ouvrant l’accès au monde spirituel est en contradiction avec l’esprit des Béatitudes.

La croyance en l’influence des signes du zodiaque sur les hommes et sur les plantes est un relent de paganisme.

La croyance aux chakras, la croyance aux auras est incompatible avec une anthropologie chrétienne.

La croyance en la possibilité de devenir clairvoyant et de développer trois degrés de cette clairvoyance : imagination, inspiration et intuition, par la pratique régulière des méditations anthroposophiques, ou même la lecture des œuvres de Steiner, est une déviance grave de la pratique de la méditation chrétienne qui ne vise aucun pouvoir, mais une conformité de plus en plus grande à faire la volonté de Notre Père.

Voici un catalogue à la Prévert des croyances distillées comme des certitudes par la Science de l’Esprit de Steiner. Le Christ est descendu du Soleil, Bouddha s’est réincarné sur Mars, planète liquide ! La lune est faite de corne vitrifiée, le cosmos s’arrête à Saturne, ce sont les Gnomes qui font pousser les plantes, la Résurrection du Fils de Dieu aurait engendré le phénomène de la radioactivité, l’Atlantide n’est pas un mythe, mais un continent où les hommes avaient des corps cartilagineux capables de s’étendre à volonté, les blonds ont une intelligence cosmique, les dinosaures étaient en fait des dragons cracheurs de feu, les Africains pensent avec leur cerveau-arrière, l’organe sexuel du futur sera le larynx, tricoter développe de bonnes dents, les hommes et même la Terre se réincarnent, et enfin, ce sont les dieux qui ont révélé à Steiner les principes de la pédagogie Waldorf. Nous aurions pu ajouter une très longue liste d’inepties de ce genre.

Première école Waldorf

Appliquant la pédagogie de Rudolf Steiner, la première école Waldorf vit le jour en 1919 à Stuttgart. Initialement, c’était une école d’entreprise principalement destinée aux enfants des ouvriers de la fabrique de cigarettes Waldorf-Astoria. Les écoles Waldorf sont aussi appelées Écoles Steiner. De 1919 à 1924, Rudolf Steiner donna 15 cycles de conférences, développant les bases d’une pédagogie issue de sa compréhension spirituelle de l’être humain. Les écoles Waldorf prétendent ne pas enseigner l’anthroposophie, cependant la pédagogie et la finalité de l’enseignement reposent sur des bases données par Steiner qui conduisent toutes aux conceptions anthroposophiques.

Cela apparaît notamment très clairement dans l’une de ses déclarations aux professeurs de la première école Steiner-Waldorf de Stuttgart :

« Au sein du corps des professeurs, nous devons toujours retenir que nous, les hommes, ne sommes pas là pour nous-mêmes, mais pour réaliser les plans divins sur le monde. Gardons en conscience le fait que, lorsque nous accomplissons telle ou telle chose, nous réalisons en fait les intentions des dieux, que nous sommes, en quelque sorte, les réceptacles destinés à réaliser les courants qui viennent d’en haut et veulent devenir réalité dans le monde. [7] »

Aujourd’hui il y a plus de 800 écoles Waldorf à travers le monde.

La Communauté des Chrétiens

Elle se développe dès 1922 à Dornach avec l’ambition de rénover la pratique religieuse chrétienne. De jeunes théologiens s’adressèrent au pasteur protestant Friedrich Rittelmeyer (1872-1938), alors membre de la Société Anthroposophique à Berlin. Ce dernier se tourna alors vers Rudolf Steiner pour lui demander conseil sur la manière de féconder le domaine cultuel religieux à partir des conceptions anthroposophiques. Rudolf Steiner accéda à cette demande et organisa deux cours à l’intention de ces théologiens à Stuttgart et à Dornach. Rittelmeyer devint le premier recteur de ce « mouvement de rénovation religieuse » dont le centre s’établit à Stuttgart.

Alors que la Société Anthroposophique, son École de Science de l’Esprit, et Communauté des Chrétiens se prétendent indépendantes, il y a des liens étroits entre ses membres directeurs quand ils ne sont pas les mêmes.

Le premier office de ce culte initié par Steiner a été célébré au Goetheanum, au siège même de la Société Anthroposophique Universelle !

Si la Communauté des Chrétiens n’était pas, selon le mouvement, l’Église des Anthroposophes liés, alors pourquoi toutes les conférences, sermons et propos religieux tenus par les prêtres et dirigeants de cette institution s’appuieraient-ils systématiquement sur des références à l’Anthroposophie de Rudolf Steiner, qu’elles soient citées explicitement ou implicitement ?

Un fondement doctrinal plus anthroposophique que chrétien

La Communauté des Chrétiens prétend vénérer principalement la figure du Christ et se baser sur la Bible. Mais le Christ des anthroposophes n’est pas Celui des évangiles, c’est un être conçu cosmique lié au Soleil.

En réalité les sacrements de l’Église catholique sont plagiés par la Communauté des Chrétiens. Les prêtres de la Communauté des Chrétiens s’appuient sur les enseignements occultistes de Steiner et non sur la Bible.

« Steiner a réécrit lui-même la messe et a donné des directives sur ce que devait être la marche de l’institution ecclésiastique, avec un rituel d’ordination des prêtres, une hiérarchie montant aux niveaux nationaux jusqu’à des « Recteurs », etc. C’est une véritable église nouvelle avec pour fondement la doctrine anthroposophique que Rudolf Steiner a conçue ! [8] »

« Par exemple, lors de la « Communion », on entendra parler du fait que le Corps du Christ doit être salutaire pour les « forces formatrices » du communiant. Or ces termes sont une autre façon de désigner ce que les anthroposophes appellent le « corps éthérique », ou « corps vital », ou « corps de forces formatrices ». De même, lors de la Transsubstantiation, on remarquera qu’il est question de : « ma pensée pure », « mon cœur aimant » et de « ma volonté qui se donne ». Ces désignations reprennent très précisément la nomenclature et la doctrine anthroposophique selon laquelle l’Homme est tripartite, c’est-à-dire composé de la « pensée », des « sentiments » et de la « volonté ».

Ou encore, il est question de « cycles terrestres », termes faisant référence aux petites et aux grandes « rondes » de la Chronique de l’Akasha de Rudolf Steiner, ou encore aux « périodes » de sa Science de l’Occulte, c’est-à-dire à une conception du monde occulte selon laquelle le temps est composé de séquences temporelles ayant des unités spécifiques, se répétant. »[9]

« Cette construction du culte de la Communauté des Chrétiens à partir des références à la doctrine de Rudolf Steiner est particulièrement sensible avec les « Épîtres ». Ces dernières sont en effet des textes lus au début et la fin de chaque office. Elles s’éloignent du texte canonique de la messe traditionnelle, pour évoquer des événements du cycle naturel de l’année. Par exemple, il existe une Épître pour la saison hivernale (Épître de l’Avent), une Épître pour le début de l’Été (appelée « Épître de la saint Jean ») une Épître pour l’Automne (appelée « Épître de la Saint Michel »), une Épître du Printemps (appelée « Épître de Pâques »)… L’Épître de la Saint Jean est entièrement bâtie sur une dévotion à la lumière et au soleil estival, l’Épître de l’Avent est construite sémantiquement sur le crépuscule hivernal, à ce moment de l’année où les jours raccourcissent, l’Épître de Pâques sur les phénomènes atmosphériques et lumineux propres à cette saison… Cette insistance sur le vécu des saisons est typiquement anthroposophique : il doit être mis en relation directe avec le fameux Calendrier de l’Âme de Rudolf Steiner, un recueil de strophes mantriques où le gourou associe des états d’âme particuliers à des impressions liées à certains moments précis du cycle annuel. [10] »

La médecine anthroposophique

Ses bases reposent sur des cycles de conférences données à la demande d’une trentaine de médecins et sur le livre de Ita Wegman, médecin hollandais (1876-1943), Données de base pour un élargissement de l’art de guérir selon les connaissances de la science spirituelle… Ita Wegman fonda en 1921, à Arlesheim, en Suisse, la première clinique anthroposophique, appelée actuellement Ita Wegman Klinik.

Pour la médecine anthroposophique, une mauvaise santé, reflète souvent l’aboutissement d’une « destinée karmique ». Steiner enseignait que les maladies avaient des causes spirituelles. Ainsi quelqu’un qui naît avec des impuretés spirituelles causées par des péchés et des erreurs commises lors de ses vies antérieures, purgerait le mal somato spirituels contractés lors de précédentes incarnations. La médecine classique pourrait bloquer le processus d’auto guérison karmique du patient par des médications pharmacologiques ou chirurgicales invasives.

Steiner était contre les vaccins. « En vaccinant, nous accomplissons simplement quelque chose que la personne devrait produire elle-même en contrepartie dans une réincarnation prochaine. [11] »

En médecine anthroposophique la phytothérapie et l’homéopathie, les élixirs de Bach[12], les produits dynamisés selon les principes de Steiner sont préférentiellement prescrits.

Aucune validation scientifique selon les critères de la médecine n’a apporté le moindre début de preuve de l’efficacité de la médecine anthroposophique.

L’agriculture biodynamique

Elle a pris naissance en Allemagne, à la demande d’agriculteurs. Rudolf Steiner donna un seul cycle de 8 conférences sur le sujet en juin 1924 à Koberwitz (Silésie). Les méthodes de l’agro biodynamie n’ont rien à voir avec l’agriculture biologique pratiquée habituellement.

En effet l’agriculture biodynamique se base sur les influences astrales des signes du Zodiaque, sur des procédés magiques consistant à tuer et à brûler certains animaux en dispersant leurs cendres sur les champs durant la nuit pour éloigner la vermine, sur des rites consistant à pratiquer certaines méditations pour entrer en contact avec les « âmes-groupes » des animaux pour leur demander leur coopération invisible, sur des incantations, sur l’utilisation de cornes de vaches remplies de substances diverses remuées en imprimant au liquide la forme d’une lemniscate, cornes que l’on enfouit ensuite dans le sol, comme autant de capteurs d’énergies spirituelles pour réaliser des « préparations biodynamiques ».

Voici quelques extraits choisis particulièrement truculents du Chapitre 4 : Théorie du fumier spirituel du livre Cosmos, de Michel Onfray[13].

J’aime le vin et si j’avais pu boire une seule fois dans ma vie un bon flacon conçu selon les principes de l’agriculture biodynamique, je ne me serais pas interdit la philosophie de Rudolf Steiner, car sa pensée aurait été validée par ses produits. Hélas, je n’ai jamais bu de vin issu de la biodynamie qui ne soit une exécrable piquette…

Je compris que ce vin avait moins à voir avec le raisin qu’avec l’idéologie et qu’il procédait d’une croyance qui lui donnait sa loi. La biodynamie est une pensée magique qui, comme toute pensée magique, dont la psychanalyse, produit des effets chez ceux qui y croient. Ce vin imbuvable par un amateur de vin devient le nectar le plus fameux pour un palais qui a renoncé à ses papilles au profit du catéchisme formulé en 1924 par l’ésotériste Rudolf Steiner dans un ouvrage intitulé « Agriculture. Fondements spirituels de la méthode biodynamique ». Le vin biodynamique est un genre de vin de messe : il ne donne d’extase qu’aux croyants. Rudolf Steiner (1861-1925) est un pur produit de l’idéalisme allemand qui débouche clairement dans l’occultisme, l’ésotérisme.

Il semblerait que, sur la planète, 2 700 fermes se réclament aujourd’hui de l’agriculture biodynamique et que 92 000 hectares de terres agricoles soient dévolus à cette pratique. Un label, Demeter, certifie les produits obtenus en biodynamie et, en France, un autre label fort opportunément nommé Biodyvin (!) garantit lui aussi les produits obtenus avec la méthode de Rudolf Steiner. Ce dernier label français est issu du Syndicat international des vignerons en agriculture biodynamique.

Cette théorie biodynamique se double d’une pratique que Rudolf Steiner détaille dans une conférence le 12 juin 1924 : il s’agit de fabriquer un « fumier spirituel » appelé à régénérer, féconder, nourrir le sous-sol, donc le sol, à partir de pratiques qui, pour ma part, me font plutôt sourire ou rire. Steiner y conserve l’idée chère à Samuel Hahnemann, l’inventeur de l’homéopathie, de petites dilutions sublimées par une pratique du vortex dans un rituel qui convoque la bouse et la corne de vache dans un concentré de pensée magique.

Voici la recette : trouver des cornes en choisissant des vaches du lieu, car « les forces des cornes provenant d’autres bêtes étrangères au pays peuvent entrer en conflit avec les forces attachées à la terre de ce pays » ; peu importe leur âge, pourvu qu’elles ne soient pas trop jeunes, pas trop vieilles non plus ; ne craignant pas la contradiction, répondant aux questions des paysans, Steiner dit qu’on pourra les réutiliser trois ou quatre fois, mais exige des cornes « aussi fraîches que possible » ; on évitera les cornes de bœuf ou de taureau, seule la vache est licite ; elles devront faire entre 30 et 40 centimètres ; si l’on veut réutiliser les cornes, on les placera dans une caisse dont les côtés seront rembourrés avec de la tourbe. Si l’on devait utiliser du fumier de cheval dans une corne de vache, il faudrait alors prendre soin de l’entourer avec des crins du cheval.

Ensuite : bourrer la corne du fumier de la vache ; l’hiver, l’enterrer dans un sol ad hoc, pas trop sablonneux, entre 50 et 75 centimètres, ainsi, écrit Steiner, « nous conservons dans celle-ci les forces que la corne de vache avait l’habitude d’exercer à l’intérieur même de la vache, à savoir réfléchir l’éthérique et l’astral » (127) ; cette hivernation permet de vivifier le contenu de la corne ; on obtient donc dans celle-ci une capacité de fertilisation extraordinairement concentrée et vitalisante – Pourquoi ? Comment ? En vertu de quels principes ? Selon quel processus chimique ? Steiner ne le dira pas, il suffit qu’il en offre la formule.

Plus tard, après que le sous-sol a effectué son travail magique, déterrer le tout, sortir le fumier dont l’anthroposophe nous apprend qu’« il ne sent plus du tout », puis il ajoute : « Il y a là des forces énormes tant astrales qu’éthériques. » Diluer ensuite le fumier dans de l’eau : le contenu d’une corne nécessite un demi-seau d’eau et cette quantité suffira pour traiter 1 200 mètres carrés – pourquoi pas 1 000 ou 1 500, on ne le saura pas plus que pour les autres assertions.

Quand le fumier se trouve dans l’eau du seau, il faut remuer en créant un puissant tourbillon qui doit toucher le fond du récipient. Puis, magie, il faut inverser soudainement la rotation pour créer un vortex. Ce travail doit s’effectuer pendant une heure. Steiner explique qu’il vaut mieux éviter la mécanisation de ce geste et préférer l’effectuer à la main, car, en brassant de façon ancestrale, le paysan transmet des informations sur lui-même au contenu de son seau. L’anthroposophe invite à mobiliser les amis ou la famille le dimanche pour transformer ce rituel en plaisir. Une fois obtenu le précieux liquide astral et éthérique, le pulvériser à dose homéopathique (je rappelle : un seau pour 1 200 mètres carrés) sur le sol ainsi régénéré. On obtient des fruits et légumes dignes d’un jardin d’Éden, bien sûr.

L’extravagance de Rudolf Steiner en matière d’agriculture ne s’arrête pas là. Il complète sa théorie du fumier le 13 juin 1924 en affirmant qu’il reprend à son compte les thèses homéopathiques de la grande puissance des petites substances. À cet effet, il parle de « fumure homéopathique ». Il donne six recettes pour tonifier et fortifier le fumier et lui permettre d’obtenir les meilleures grâces de certaines substances nécessaires à l’excellence de l’agriculture biodynamique – potassium, calcium, fer, acide silicique, phosphore.

Pour ce faire, sur le même principe qu’avec la bouse de corne et la silice de corne, Steiner propose des recettes à mi-chemin du rituel de sorcellerie et du canular. Première recette : cueillir des fleurs d’achillée, qui s’avère une plante excellente pour remédier aux maux provoqués par la faiblesse astrale ; sa puissance est telle qu’elle agit du simple fait de sa présence ; mettre sa récolte dans une vessie de cerf que l’on coud – la vessie de cerf est en relation directe avec le cosmos ; pendre ce résultat l’été, à l’air libre, dans un endroit aussi ensoleillé que possible ; la décrocher à l’automne ; l’enterrer l’hiver de façon assez peu profonde ; lorsqu’on la sort de terre, la mélanger à un gros tas de fumier : « Le rayonnement agit », affirme Steiner, en vertu d’une « force de radiation extraordinaire ».

Une fois de plus, la proposition pratique issue des considérations théoriques astrologiques, ésotériques et occultistes confine aux pratiques de sorcellerie, aux rituels de magie, aux recettes de bonne femme prétendument enracinées dans le savoir millénaire des gens de la terre – rappelons que Steiner, théoricien de l’agriculture, qui moque la théorie et vante les mérites du paysan, n’a jamais eu aucun contact personnel et direct avec le travail des champs : il se contentait de penser l’agriculture du fond de son fauteuil.

Un adepte très médiatisé de l’agriculture biodynamique est Pierre Rabhi qui interrogé sur le sujet, affirme qu’il n’est pas anthroposophe. Pourtant, dans son domaine agricole, il organise des stages de Biodynamie, méthode d’agriculture magico-religieuse comme nous venons de le voir. Pierre Rabhi y fut très tôt initié, il le raconte dans son ouvrage intitulé Du Sahara aux Cévennes. De plus, bon nombre de personnalités de son mouvement sont des anthroposophes. Et Pierre Rabhi donne fréquemment des conférences dans des institutions liées à l’Anthroposophie, et les écoles Steiner-Waldorf.

L’eurythmie

Dans les écoles Steiner-Waldorf, on pratique l’Eurythmie, cet « art du mouvement » que Rudolf et Marie Steiner ont inventé. L’Eurythmie est présentée par ses adeptes comme une sorte de danse ou d’expression corporelle permettant une meilleure de prise de conscience personnelle et relationnelle. Pas un mot dans un premier temps n’est dit sur les arrière-plans ésotériques de cette activité scolaire. Pourtant, Rudolf Steiner lui-même disait que l’Eurythmie n’est pas une fille, mais la sœur de l’anthroposophie. L’Eurythmie est une sorte de grammaire gestuelle qui permettrait de rendre corporellement visibles les sonorités de consonnes, de voyelles, et des phonèmes. Cette correspondance parfaitement subjective et suggestive induit dans l’esprit des enfants des gestes codifiés qui sont présentés comme immuables et universels. L’Eurythmie serait en effet, selon les anthroposophes, « le langage de l’invisible rendu visible ». Les sonorités des mots exprimeraient, dans chaque langue, quelque chose de l’essence éternelle de ce qu’il désigne.

En fait, l’Eurythmie se nourrit d’autosuggestion. Lorsque les enfants font les gestes censés représenter la sonorité des mots, l’enseignant leur indique ce qu’ils sont censés ressentir intérieurement. Ainsi, les élèves des écoles Steiner-Waldorf sont accoutumés à s’imaginer qu’ils ressentent effectivement en eux-mêmes telle ou telle chose, alors celles-ci leur ont été suggérées. On fait croire aux élèves qu’ils ont découvert par eux-mêmes, au fond d’eux-mêmes, certaines idées qui, en réalité, ont été implantées dans leur esprit sans qu’ils ne s’en aperçoivent. En anthroposophie une large place est réservée à l’intuition au ressenti, mais les enfants qui ont subi cet enseignement sont de fait formatés jusque dans leur inconscient pour aborder la vie selon les conceptions du maître Steiner. Il est fréquent que les réunions anthroposophiques commencent par quelques gestes d’Eurythmie, avec la consigne que chacun prenne bien conscience de ce qu’il pense et de ce qu’il fait. En réalité l’adepte reproduit les schèmes de pensée qu’on lui a inculqués.

Doctrine sur le corps

Pour Steiner le cœur n’est pas une pompe et le sang circule de son propre chef, grâce à la force vitale qu’il porte en lui[14]. De même, il enseignait que le cerveau n’était pas impliqué dans la connaissance[15]. Pour Steiner, la véritable connaissance était l’exercice de pouvoirs paranormaux rendus possibles quand les individus développaient des « organes de clairvoyance »[16].

Le corps aurait une structure ternaire, corps physique corps éthérique et corps astral.

Le corps physique, partie visible est le seul qui est reconnu et étudié par la science.

Le corps éthérique est pour Steiner à la suite des occultistes le corps vital ou un champ de forces qui permettrait le développement du corps physique et son maintien en forme.

Le corps astral est appelé par Steiner corps psychique, corps de conscience, parfois corps des désirs ou corps animique. Il serait de forme ovoïde et serait perceptible par les clairvoyants qui l’assimilent à l’aura. Ses couleurs varieraient en fonction des climats intérieurs de la personne et de son état de santé.

Le Moi est considéré comme l’entité supérieure immortelle de l’homme, censé agir dans l’âme et susciterait ainsi l’être conscient.

Les corps supérieurs. Le disciple qui suit le chemin spirituel selon Steiner, anticipe par le travail qu’il fait sur lui-même, les stades de conscience qui ne deviendraient l’apanage naturel de l’humanité que dans le futur.

Le travail du Moi sur le corps astral, en le transcendant, donnerait naissance au Soi spirituel.

Le travail du Moi sur le corps éthérique, en le transcendant donnerait naissance à l’Esprit de vie.

Le travail du Moi sur le corps physique, en le transcendant, donnerait naissance à l’Homme-Esprit.

C’est un jargon qui n’a donc rien de philosophique de scientifique ou de théologique, et ne rentre dans aucune catégorie anthropologique.

Les entités dites « adverses »

Le monde invisible serait habité par des entités adverses Lucifer et Ahriman.

Ainsi le Christ cosmique maîtriserait Lucifer et Ahriman dans leur opposition pour maintenir l’équilibre intervenant dans le développement de l’humanité. Les forces lucifériennes auraient une action expansive, centrifuge, dilatoire, dissolvante et calorique, tandis que les forces ahrimaniennes auraient une action contractante, durcissante, centripète et réfrigérante. Selon cette vision, dans l’organisme humain, les forces lucifériennes auraient un certain rapport avec les maladies de type inflammatoire, microbienne, tandis que les forces ahrimaniennes seraient liées aux maladies sclérosantes, paralysantes et virales. La santé résulterait ainsi de l’équilibre dynamique entre ces deux tendances.

Réincarnation et karma

Pour Rudolf Steiner grâce à l’initiation qu’il donne, l’homme trouverait sa propre libération en développant les facultés et le savoir, et ce en progressant d’incarnation en incarnation. Ainsi les corps seraient renouvelés à chaque incarnation. Le karma présiderait à ces réincarnations. Après la mort, l’esprit de l’être humain initié s’élèverait dans les mondes spirituels, aussi haut que lui permettrait son degré d’évolution. Il irait y rencontrer des entités spirituelles, avec lesquels il préparerait sa prochaine incarnation. Enfin prêt, avec des conditions terrestres adéquates, l’esprit humain redescendrait vers la terre.

Les prophéties délirantes de Rudolf Steiner

Voici quelques-uns des innombrables délires de Rudolph Steiner qu’il prophétise de manière péremptoire à un auditoire hypnotisé par sa force de persuasion. Il professe l’incarnation d’Ahriman au début du troisième millénaire, la venue du Maitraya Bouddha, l’apparition du Christ dans le monde éthérique à partir de 1933, l’avènement dans le monde anglo-saxon d’une nouvelle technologie basée sur l’utilisation des forces éthériques pour remplacer le pétrole, la prochaine réincarnation de Manès.

Croyance en la future incarnation d’Ahriman, venant après celle du Christ et de Lucifer (la date n’est jamais précisée clairement et oscille entre un événement imminent ou prévu pour le 3e millénaire) ; ou la « culmination anthroposophique » censée avoir commencé depuis la fin du siècle dernier et marquer le triomphe culturel de l’Anthroposophie ; ou qu’à partir d’une certaine époque l’organe de reproduction de l’être humain ne sera plus le sexe, mais le larynx.

Croyance en l’existence de deux groupes d’âmes élues que Steiner nomme les « Platoniciens » et les « Aristotéliciens ».

Croyance en des rythmes qui viendraient régler l’histoire de l’humanité (comme celui des 33 ans et celui des 666 ans, notamment).

Croyance en une évolution réglée par des cycles régis par le nombre sept.

Croyance en l’existence des continents engloutis de l’Atlantide et de la Lémurie.

Chacune de ces croyances a donné lieu à des développements et des commentaires considérables de la part de Rudolf Steiner et de ses successeurs, dans le but de les présenter comme des vérités de la Science Spirituelle et non précisément comme des croyances.

Au sein de la Société Anthroposophique, la fascination exercée par ces élucubrations sans fondement demeure intacte et est cultivée religieusement.

Les membres de l’École de Science de l’Esprit. « Au-dessus des simples anthroposophes, on trouve ceux qui appartiennent à l’École de Science de l’Esprit, c’est-à-dire les membres de la Société Anthroposophique qui sont admis à écouter les « leçons » de la « classe », c’est-à-dire le culte secret au cours duquel sont lues certaines conférences de Steiner, accompagnées de mantras considérés comme plus particulièrement sacrés, qu’ils auront le devoir de méditer régulièrement et de ne le divulguer à personne. On est accepté à ce niveau après un long entretien avec un « Lecteur de classe », pouvant prendre un caractère très intime.

Les dirigeants. Enfin, pour piloter tout cela existe le Goetheanum, où se trouve le Comité Directeur de la Société Anthroposophique Universelle, ainsi que les différentes Directions des Sections Professionnelles de l’École de Science de l’Esprit. Le Goetheanum n’est pas considéré comme un simple centre administratif, mais comme un véritable temple. Pour s’en rendre compte, il suffit de considérer comment Steiner lui-même a procédé à une sorte de divinisation du premier édifice qu’il avait construit et qui a péri dans les flammes en 1922[17] Certains anthroposophes vont ainsi jusqu’à parler de « Goetheanum céleste », comme il y a une « Jérusalem céleste » dans la Bible…[18] »

Ces dirigeants ont un langage abstrait et incompréhensible peut-être également à eux-mêmes, qui sait ! Ils donnent l’image d’érudits débattant de questions complexes et de sujets aussi alambiqués qu’ésotériques

La Science de l’Esprit

La Science de l’Esprit de Rudolf Steiner se définit elle-même comme une méthode rigoureuse permettant à tout homme, qui pratiquerait assidûment les exercices proposés entre autres dans le livre l’Initiation, d’accéder à une connaissance exacte des mondes supérieurs, si son karma lui en fait la grâce.[19] Une Science de l’Esprit qui n’a jamais eu qu’un seul chercheur Steiner lui-même.

Cette Science de l’esprit ne cherche pas à connaître le monde avec rigueur, précision et humilité, mais à l’intégrer dans ses catégories préétablies.

Voici un extrait du livre de Serge Prokofieff, fidèle perroquet de l’enseignement abscons de Steiner, très haut gradé dans la hiérarchie anthroposophe, intitulé : Rudolf Steiner et les mystères angulaires de notre temps :

« La cognition du rapport entre le microcosme et le Macrocosme correspond au cinquième rythme. Ce degré d’initiation devient à présent accessible au disciple grâce au sacrifice astral cosmique terrestre du Christ, et s’exprime dans la cognition du rapport cosmique de la Terre au Soleil, et également de sa métamorphose en tant que résultat du Mystère du Golgotha. Ce degré est désigné par les exercices amenés dans le rythme en question, et exprimant l’essence du chemin d’initiation que traverse le disciple en tant que microcosme, ainsi que la quatrième partie de la Méditation, où est relaté le chemin macrocosmique du Christ à partir du Soleil vers la Terre, en tant que modèle cosmique primordial de toute véritable initiation terrestre. [20] »

Sur les 574 pages de cet ouvrage, pratiquement chaque ligne est écrite dans ce style à la fois touffu et incompréhensible, mais qui sait se donner des allures pseudo-scientifiques. Dans cet ensemble saturé de références mystérieuses, on est comme noyé dans une architecture de rapports sémantiques que des phrases interminables parviennent à peine à supporter. Il devient ainsi impossible de comprendre quoique ce soit à un tel verbiage. Tout ce qu’on en retient, c’est que l’auteur a l’air de maîtriser parfaitement son sujet et connaître comme sa poche à la fois les processus initiatiques, la marche spirituelle passée et à venir de l’humanité, et ses rapports au Soleil et à la Terre. Ainsi, l’anthroposophe qui lit continuellement ce genre de littérature finit-il par avoir l’impression qu’il sait pertinemment ce qui relève de l’avenir proche ou lointain de l’humanité. Il finit par être comme écrasé par des monceaux de références dressant dans son esprit un édifice monumental où sa pensée se retrouvera prisonnière. En outre, c’est l’ossature même de la logique qui, par la méditation anthroposophique, sera en dernier ressort brisée. Nous pouvons le voir par exemple dans un petit texte de Rudolf Steiner extrait du Calendrier de l’âme, c’est-à-dire l’un des textes que les anthroposophes méditent régulièrement tout au long de l’année et récitent à chaque ouverture de certaines de leurs réunions :

« Ma pensée en sa force aujourd’hui s’affermit,

A la naissance de l’esprit associée ;

Elle éclaire des sens le sourd enchantement,

Lui conférant pleine clarté.

Si l’âme tout entière

Au devenir de l’univers cherche à s’unir,

La révélation de ce monde sensible

Doit en elle accueillir l’éclat de la pensée. »

(Rudolf Steiner, Le calendrier de l’âme, Ed. EAR., p. 99.)[21]

Anthroposophie et New-Age

L’Anthroposophie se présentant comme une Science de l’Esprit, ses adeptes s’offusqueraient d’être assimilés à la pensée du New Age. Il y a il est vrai, une différence de date entre l’une de l’autre : l’arrivée de la nouvelle conscience de l’homme et de l’ouverture de ses nouvelles potentialités est arrivée pour le New Age alors que l’anthroposophie ne voit cette perspective que pour 3573.

Les anthroposophes n’ont rien à reprocher aux mancies ; bien au contraire Steiner se présente lui-même comme un grand médium, un maître en astrologie, voire un exorciste. Ainsi médiumnité magnétisme, divination sont considérées comme des sciences spirituelles à part entière, à condition cependant que leurs praticiens soient validés par Steiner et ses successeurs. L’anthroposophie a des contours si flottants et ambigus sur le plan doctrinal, qu’elle peut phagocyter tous les types de pratiques et de croyances, même si elles sont contradictoires.

Les grands chantres du New Age font référence à la théosophie d’Héléna Blavatsky ou à Annie Besant dont s’est inspiré Steiner. Leur cousinage est évident.

Résumé conclusif

Steiner déclare que ses œuvres ne sont pas faites pour être lues, mais pour être méditées. Ses adeptes considèrent ces textes comme sacrés, textes qui seraient en eux-mêmes initiatiques. Mais la pensée de Steiner est nébuleuse, ses concepts flous, ses affirmations ne reposent sur aucun fondement vérifiable. Le jargon de Steiner, sublime pour ses disciples, demeure incompréhensible pour quelqu’un d’extérieur. Il faut subir une fascination quasi hypnotique pour adhérer à cette doctrine de ce maître l’enfumage.

 

Bertran Chaudet, diacre permanent,

fév. 2016 

Pour une analyse plus approfondie, nous recommandons particulièrement le Blog de Grégoire Perra[22] qui a passé son enfance son adolescence, puis est devenu enseignant et un membre important de la Société Anthroposophique, avant de prendre des distances et d’analyser le mouvement et ses ramifications. Il est actuellement philosophe.

Notes

[1] L’occultisme désigne l’ensemble des arts et sciences occultes (alchimie, astrologie, magie, divination, médecine occulte, kabbale) touchant aux secrets de la nature, à ce qui est non visible.

[2] La théosophie est un système philosophique ésotérique qui permettrait à l’homme de s’initier à la recherche du divin en lui et de la Vérité. Helena Blavatsky (1831-1891) avait des pouvoirs psychiques et médiumniques considérables qui subjuguaient son auditoire et ses disciples. À partir de traditions orientales et d’ésotérisme occidental, elle fonda la Société Théosophique en 1875. Elle voua une haine féroce à l’Église catholique. C’est ici, une des sources des courants du New Âge. Cette organisation spiritualiste s’apparente à d’autres mouvements initiatiques du même ordre (Franc-maçonnerie, Rose-Croix, Martinisme, Nouvelle Acropole).

Helena Blavatsky se retrouve dans les livres de Harry Potter sous le nom de Cassandra Vablatsky.

[3] Ce rite attire les hauts grades de la franc-maçonnerie et comporte 90 ou 92, voire 99 grades, et fait référence à la kabbale et aux mystères égyptiens.

[4] Paul Ariès, Anthroposophie, enquête sur un pouvoir occulte, le Cercle de Magie Sexuelle de Vienne.

[5] Rudolf Steiner, conférence du 13 février 1923 à Stuttgart, in Éveil au contact du Moi d’autrui, GA 257, Éditions Anthroposophiques romandes.

[6] Rudolf Steiner, Conférence faite à Berlin le 4 juillet 1916 in Êtres universels et Essence du Moi, GA 169, Éditions Anthroposophiques romandes

[7]Rudolf Steiner, Conseils, Ed. Fédération des écoles Steiner-Waldorf en France, page 132.

[8] blog de Grégoire Perra sur l’Anthroposophie, article communauté des chrétiens.

[9] Ib.

[10] Ib.

[11] Steiner R. Karma of the higher beings. In Manifestations of karma. Lecture 8, 25 Mai 1910.

[12] C’est au cours d’une initiation de type chamanique que le docteur Edouard Bach, ancien homéopathe, dit avoir reçu une révélation lui indiquant le nom de trente-huit plantes dotées de vertus thérapeutiques particulières, rééquilibrant l’esprit ou soulageant des perturbations psychiques ou physiques. C’est le transfert des forces spirituelles contenues dans les fleurs, récoltées à l’état sauvage, qui permettrait cette harmonisation. Aujourd’hui, de nombreuses fleurs sur le marché sont censées influer sur la conscience et permettraient d’ouvrir à la médiumnité. Certains proposent de charger positivement ces essences de plantes par la méditation et la transmission de pensée. Selon ses perspectives, la force de la pensée donnerait une énergie positive et réparatrice à « l’esprit » de la plante. Nous sommes en plein délire !

[13] Cosmos, Michel Onfray, Éditions Flammarion 2015.

[14] Marinelli R. and others. The heart is not a pump. Frontier Perspectives 5, 1995

[15] Steiner R., The Foundations of Human Experience (Foundations of Waldorf Education, 1). Great Barrington, MA: Anthroposophic Press, 1996, p. 60.

[16] Steiner R., Knowledge of the Higher Worlds and its Attainment. London and New York: Anthroposophic Press, 1944, , p. 28

[17] Rudolf Steiner, Le Premier Goetheanum et Le langage des formes du Goetheanum, Ed. EAR

[18] Blog de Grégoire Perra sur l’Anthroposophie Les différents cercles du milieu anthroposophique.

[19] Rudolf Steiner, L’Initiation, Ed. Triades Poche.

[20] Serge O. Prokofieff, Rudolf Steiner et les mystères angulaires de notre temps, Ed . Société Anthroposophique Branche Paul de Tarse, p. 354

[21] Extrait du Blog de Grégoire Perra sur l’Anthroposophie.

[22] https://gregoireperra.wordpress.com

Psychophonie. Éléments de réflexion

Loin de vouloir contester les bienfaits du chant sur notre corps et ses bénéfices sur notre «climat intérieur ». Je ne doute pas qu’une approche selon les indications de Marie-Louise Aucher puisse apporter une prise de conscience renouvelée d’une voix bien posée et des résonances du son et de la musique sur tout notre être. Je voudrais cependant vous faire part d’un bémol concernant l’anthropologie qui sous-tend sa méthode. En effet, Marie-Louise Aucher se référait à une tradition orientale et initiatique qu’elle a adaptée à notre culture occidentale. Les niveaux de vibration sonore auraient un effet sur les différents étages de notre corps et sont utilisés notamment dans un but d’auto purification pouvant entraîner une ouverture des chakras, sorte de centres énergétiques de notre corps. (Des écoles ésotériques proposent une correspondance entre ces connaissances venues d’Orient et la physiologie et l’anatomie de la science médicale occidentale.) Bien des thérapies alternatives reposent ce type d’explication.

Voici le témoignage d’une religieuse spécialiste du chant liturgique qui a bénéficié des enseignements de Marie-Louise Aucher, avant de prendre des distances :

« Ces expériences m'ont permis de découvrir le monde des vibrations sonores et de ses bienfaits sur le corps, dans une intériorité qui n’a rien intellectuelle. Là où j’ai été mal à l'aise, c'est quand elle a commencé à parler de spiritualité et de la relation entre les sons et les chakras. En chantant dans mon dos les trois octaves de l'échelle sonore, elle a découvert et m'a révélé des zones de blocage, sans que je ne lui ai rien demandé. Plus grave, c'est elle-même qui me l’a raconté, elle avait dit à une jeune novice que son chakra du sommet de la tête (chakra coronaire) était ouvert, preuve selon elle, du niveau de spiritualité élevée qu'elle avait atteint… Cette novice a quitté définitivement la vie religieuse trois mois après !... »

Il y a un risque potentiel de manipulation de la personne, d’autant plus que l’harmonisation provoquée par la psychophonie est sensée « englober toutes les dimensions : physique, psychique et spirituelle. » Effectivement, « on peut rapprocher la psychophonie du yoga, de la gymnastique chinoise, des techniques énergétiques et des arts martiaux » comme le dit l’article. Marie-Louise Aucher distribuait des photos du visage du Bouddha faisant admirer son calme et sa sérénité.
Sommes-nous là dans la même spiritualité que celle de l’écoute de tout notre être d’une Parole Révélée ?

Il peut y avoir une séduction très grande à ressentir dans notre corps des subtilités vibratoires dont nous ne nous doutions pas. Nos modes de vie, tendus, pressés nous empêchent sans doute de retrouver une juste intériorité. Les berceuses de nos grands-mères, et les chants et danses de nos traditions orales produisaient aussi des effets détendants ou tonifiants.

La tradition grégorienne nous fait aujourd’hui redécouvrir des lieux de résonance entre le corps et l’âme, sans que nous ayons analysé scientifiquement leurs effets psychophysiologiques. Mais la finalité de la vie chrétienne n’est pas une recherche de sensations si bénéfiques soient-elles, c’est une action de grâce tournée vers Dieu.

L’Eglise a toujours favorisé la participation du corps à la prière. Peut-être ces méthodes sont-elles un appel, et même un aiguillon pour que nous retrouvions la justesse de la place du corps dans notre vie spirituelle et nos liturgies ? Ainsi le geste l’inclination profonde redonne sens à l’orientation de nos offices : rendre gloire à Dieu, Père Fils et Saint Esprit. Notre réponse libre et gratuite à l’écoute de la Parole de Dieu, n’a pas comme objectif premier le bien-être ou la relaxation. Parfois, cette Parole nous entraîne là on ne nous n’aurions pas voulu aller. La prière est le lieu privilégié de ce repos en Dieu, sans crainte, dans un abandon en Lui, comme des petits-enfants, (et non comme des initiés), sûrs, parfois de manière non sensible, dans la Foi et l’Espérance de sa Présence et de son Amour.

B. Chaudet, 2008.

Méditation de pleine conscience

En médecine, en entreprise,

dans le monde de la finance, dans l’éducation,

la méditation de pleine conscience est proposée.

Matthieu Ricard, disciple du Dalaï-Lama, s’en fait le promoteur.

D’où vient-elle, est-elle neutre, que véhicule-t-elle,

où conduit-elle, qui l’enseigne ?

En nous référant à la méditation chrétienne,

y a-t-il divergence, convergence, opposition

entre les deux formes de méditation ?

Origine

La méditation de pleine conscience tire son origine du bouddhisme revue à la sauce occidentale. Dans le bouddhisme, il est enseigné que la pleine conscience est un facteur essentiel pour la libération.

La méditation de pleine conscience permettrait une attention juste, une présence attentive ou une conscience vigilante à ses propres pensées, actions et motivations.

La pleine conscience se situe au-delà de la première forme de sagesse selon le bouddhisme qui est la dévotion, et au-delà de la deuxième forme : la logique de l’intellect ou de la raison.

Elle accéderait à la troisième forme de sagesse, qui est la vision directe de la réalité ultime en toute chose.

Dans son principe même, nous constatons que la méditation de pleine conscience se situe au-delà de toute foi et de toute raison.

Principes

Dans un premier temps, il s’agit d’être attentif à ses sensations dans l’instant présent, comment elles apparaissent, comment elles durent ou ne durent pas, et comment elles disparaissent.

Par la suite, le méditant va aussi examiner les idées qui l’habitent, les perceptions, les habitudes mentales positives ou négatives, à leur point de départ, dans leurs durées et à leur point de dissolution.

Il doit rester neutre et silencieux dans cette introspection, il accueille l’apparition et la disparition des sensations agréables, neutres ou désagréables, sans juger, sans chercher à retenir la sensation agréable ou à rejeter la sensation désagréable.

C’est ainsi que le méditant arriverait progressivement au détachement et à la libération de la matière, de la sensation, de la perception, des conditionnements mentaux.

Ce détachement est typiquement bouddhique, il faut se détacher de toute sensation et même de tout sentiment de joie ou de tristesse comme autant d’illusions qui empêchent de nous libérer.

L’important est qu’il soit tout à ce qu’il fait, à ressentir plus que penser à expérimenter plus qu’à savoir.

Concepteur

Le concepteur et promoteur de la méditation de pleine conscience, mindfulness méditation, est Jon Kabat-Zinn, né le 5 juin 1944.

Depuis 1979, il présente la « méditation de la pleine conscience » comme une technique destinée à aider les gens à surmonter leur stress, leur anxiété, leur douleur et leur maladie.

Il est l’un des leaders actuels de l’institut ésotérique ESALEN, centre historiquement lié au mouvement GURDJIEFF.

C’est là, le cœur des pratiques du New Age qui tentent de rapprocher l’enseignement bouddhique et les dernières expériences en psychologie.

Ce syncrétisme, prédisant la venue d’un nouveau type d’homme au potentiel illimité, a engendré un grand nombre de dérives sectaires et de pratiques « spirituelles », et attiré 350 millions d’adeptes à travers le monde.

C’est une vision totalitaire qui cherche le bonheur de l’homme sans perspective de transcendance. L’homme devient Dieu, il n’a plus besoin de Dieu Créateur et Sauveur du christianisme.

Médias

L’expansion (l’explosion même) de la méditation de pleine conscience passe actuellement par les médias.

Tous les magazines, toutes les chaînes de télévision ont consacré articles et émissions à la méditation de pleine conscience.

Sur Internet, il suffit de taper « méditation de pleine conscience » ou « mindfulness » pour trouver une multitude de sites, tous à la gloire de la mindfulness.

Il est presque impossible de trouver des sites émettant des questions ou des réserves sur cette méthode.

Le géant mondial de la publicité JWT a listé la Pleine conscience comme l’une de ses 10 tendances pour façonner le monde en 2014.

Actuellement, de grandes entreprises proposent à leurs membres, dans le cadre de formations internes et à large échelle, des stages de méditation de pleine conscience pour apprendre à « optimiser sa performance par une meilleure prise de décision ».

Pour les enseignants et les familles, des livres et CD sont lancés en direction des enfants… (« Calme et attentif comme une grenouille… »).

Matthieu Ricard

Docteur en génétique cellulaire de formation, moine bouddhiste depuis 1979, disciple rapproché du dalaï-lama, dont il est le traducteur français, Matthieu Ricard est aussi connu pour ses nombreux écrits et ses interventions télévisuelles.

Son site.

Selon lui, vingt minutes de pratique quotidienne de méditation de pleine conscience contribueraient à la diminution de l’anxiété, du stress, de la tendance à la colère et à augmenter la bienveillance, ceci améliorant la vie sociale…

Nous sommes exactement dans les mêmes promesses de résultats mirifiques, que proposait la méditation transcendantale dans les années 1970.

Comment ces recherches sont-elles financées ? L’Institut Mind & Life dans laquelle Matthieu Ricard milite refuse selon ses dires tout lien avec des sociétés commerciales, y compris les laboratoires pharmaceutiques.

Mathieu Ricard ne cultiverait-il ici pas une certaine ambiguïté ? En effet, les travaux expérimentaux auxquels il se réfère, semblent être biaisés par des conflits d’intérêts. Les différents scientifiques nommés qui pilotent ces études pratiquent eux-mêmes la méditation de pleine conscience.

Méditations

La méditation de pleine conscience se présente comme étant strictement laïque, cependant, lorsque certains moines bouddhistes font la promotion de cette technique, il est alors permis de douter de cette affirmation. D’autres bouddhistes se sont opposés à cette « laïcisation », faisant valoir qu’il est déraisonnable de dissocier cette pratique ancrée dans la religion bouddhiste.

Claire Chartier, de l’Express, pose la question à Matthieu Ricard :

« Se recueillir en souhaitant l’amour du prochain : n’est-ce pas dans le sens même de la prière ?

Et voici sa réponse :

– Il y a une différence importante : le fait de s’unir à quelque chose qui vous dépasse, par l’oraison, est davantage un abandon qu’une méthode destinée à transformer votre façon de voir les choses. »

(L’Express n° 3289 du 16 au 22 juillet 2014. « Les vrais pouvoirs de la méditation. » p.22.)

Effectivement, la différence est de taille, la relation à Dieu dans la tradition chrétienne, nécessite une conversion qui entraîne à une autre manière de penser de dire de faire, cette relation n’est pas une méthode, mais un échange qui transforme notre cœur, nos pensées et nos actions.

La méditation de pleine conscience invite à l’acceptation sans jugement de ce qui est. Elle nous invite au détachement, le monde apparent étant fait d’illusion, c’est en entrant en soi-même que l’on trouvera la libération.

Ce type de pensée a généré un système de caste. Le bouddhisme tibétain notamment a permis un système de servage particulièrement cruel.

Aimer son prochain comme soi-même n’a pas présidé à l’élaboration de ce système de gouvernement du peuple.

Dans une perspective chrétienne, la conscience est une valeur morale, elle est liée à la connaissance du bien et du mal. La vie spirituelle a pour objectif de maintenir une bonne conscience morale en évitant le péché et en choisissant ce qui est le bien, le juste et le vrai.

Annexe : pour aller plus loin sur ce qu’est la méditation chrétienne

> Lettre « Quelques aspects de la méditation chrétienne » (1989, Congrégation pour la Doctrine de la Foi, signée de Joseph Ratzinger, le futur benoît XVI).

> La prière contemplative pour tous.Un résumé du livre de Peggy Wilkinson « Trouver le mystique qui est en vous », par le P. Dominique Auzenet

> Positions et attitudes du corps en vue de la prière. Yoga et méditation chrétienne. Collation de différents textes par le P. Dominique Auzenet.

Expérimenter l’extension et la dissolution

La finalité de la méditation de pleine conscience : une extension jusqu’à la dissolution de soi. Là où le moi n’a plus de raison d’être, car il est en tout et tout est en lui.

« La pleine conscience est une expansion de soi. On absorbe tout ce qui est autour de nous, on s’en imprègne et on le devient. Comme un cercle qui s’élargit pour tout englober. On est au centre de cet univers. Mais ce n’est pas un univers borné, toutes ses frontières sont poreuses… Dans la pleine conscience, nous éprouvons des sentiments récurrents d’abolition des frontières entre nous et l’extérieur. Sentiments de fusion de soi dans l’environnement. De diffusion de l’environnement en soi. »

(Christophe André, « Méditer jour après jour », L’iconoclaste, 2011.p.282, 283)

Voici la dernière leçon qui termine le livre :

« Méditer la pleine conscience c’est se connecter au monde, si fortement que les distinctions entre soi et non-soi deviennent absurdes, inutiles et encombrantes. Se préparer doucement à revenir d’où on vient, comme la vague se dissoudra bientôt dans l’océan. Il n’y a alors plus de limites. Que des liens. »

 Le quiétisme

Nous retrouvons le même type de langage dans l’histoire dans la spiritualité catholique française. Cette tendance porte un nom, c’est le quiétisme, prôné entre autres par le couple FénelonMadame Guyon.

En cette fin de dix-septième siècle. Madame Guyon se perd dans des métaphores aquatiques, pour dire le chemin de l’âme : « L’âme se perd dans l’immense comme un petit poisson se perd toujours plus avant dans la mer infinie. » Ou encore, elle se sent pareille au fleuve qui s’étend perdu dans l’océan « a pris tellement la nature de l’eau marine qu’on ne voit plus rien qui lui soit propre. »

Plus de différence entre l’homme et Dieu, plus d’obstacle entre l’intérieur et l’extérieur. Bossuet luttera avec une certaine rugosité contre cet illuminisme, maugréant contre ce faux abandon qui fait fi de l’incarnation et glisse inexorablement dans la fusion et la confusion.

En forme de conclusion

Pas de dissolution

Eh bien non, un chrétien ne peut pas adhérer à cette vision des choses. Il ne peut se confondre et se dissoudre dans la matière du monde comme la vague dans l’océan.

La rencontre d’un amour

Il fait l’expérience d’être aimé de Dieu, et confronte son expérience à la tradition de l’Église, pour éviter tout subjectivisme.

Un engagement de charité

Cet amour de Dieu l’invite à aimer son prochain, non seulement comme lui-même mais comme le Christ lui-même nous a aimés en donnant sa vie.

Pour aller plus loin sur cette réflexion

> Un texte approfondi sur la méditation de pleine conscience

> Chemin de sérénité ou illusion ?

> Une réflexion sur le livre pour enfants « Calme et attentif comme une grenouille »…  Cette réflexion pour les parents existe aussi sous forme d’e-book

 

  

E-book

au format PDF

pour smartphones et tablettes, au format E-pub et Mobi