Empathie : le danger des mystifications

Empathie : le danger des mystifications. Un article de Serge Tisseron, psychiatre, docteur en psychologie et psychanalyste, chercheur associé habilité à diriger des recherches (HDR) au Centre de Recherche Psychanalyse Médecine et Société à l’université Paris VII Denis Diderot.

Plan : les trois étapes de l’empathie — Les menaces sur l’empathie — Le pouvoir ambigu des TIC — Apprendre l’empathie.

 

L’empathie semble bien placée pour devenir le dernier concept à la mode. Mais pourquoi tant d’engouements ? Parce que nous avons tous envie d’y croire ! Et pour rendre l’empathie encore plus désirable, certains auteurs, comme Jeremy Rifkin, n’hésitent pas à la caricaturer et à la présenter comme une formidable force altruiste. Pourtant, les diverses recherches menées actuellement en neuro physiologie sont formelles : si l’empathie est bien la capacité de percevoir les états mentaux de l’autre, elle n’est pas la tendance à s’en préoccuper. Telle est la première mystification qu’entretient l’ouvrage de Jeremy Rifkin. La seconde est de nous faire croire que les technologies numériques augmenteraient les capacités empathiques de l’humanité. Pour comprendre ces deux mystifications, commençons par définir l’empathie.

1. Les trois étages de l’empathie (figure 1)

Tout d’abord, l’empathie n’est ni la sympathie, ni la compassion ni l’identification. Dans la sympathie, on partage en effet non seulement les mêmes émotions, mais aussi les valeurs, les objectifs et les idéaux de l’autre. C’est ce que signifie le mot « sympathisant ». La compassion, elle, met l’accent sur la souffrance. Elle est inséparable de l’idée d’une victime et du fait de prendre sa défense contre une force hostile, voire une agression humaine. Son principal danger est qu’elle fait peu de place à la réciprocité, et s’accompagne même parfois d’un sentiment de supériorité. Enfin, l’identification n’est que le premier degré de l’empathie, qui en comporte trois.

L’empathie peut en effet être représentée sous la forme d’une pyramide constituée de trois étages superposés, correspondant à des relations de plus en plus riches, partagées avec un nombre de plus en plus réduit de gens (Tisseron S., 2010).

Le premier de ces étages est l’empathie directe (ou unilatérale). Elle correspond à ce qu’on appelle plus couramment identification. On pourrait aussi l’appeler « identifiction », dans la mesure où personne ne peut vraiment se mettre à la place d’autrui. On peut donc la définir plutôt comme la capacité de changer de point de vue sans s’y perdre. Ses bases sont neurophysiologiques et elle est toujours assurée, sauf difficultés liées à l’existence de troubles envahissants du développement (autisme). Elle a deux composantes car elle consiste à la fois à comprendre le point de vue de l’autre (c’est l’empathie cognitive) et ce qu’il ressent (c’est l’empathie émotionnelle). L’empathie apparaît chez le bébé dès la deuxième année, aussitôt qu’il est capable de faire la distinction entre l’autre et lui. Certains auteurs placent cette distinction vers le premier mois (Stern D., 1989). Les animaux aussi en sont capables (De Waal F.), mais l’être humain se caractérise par une exceptionnelle capacité de faire servir ses capacités d’empathie à ses intérêts personnels. La compréhension émotionnelle et cognitive qu’il a de l’autre est alors utilisée pour le manipuler, voire l’éliminer.

Le second étage de l’empathie est l’empathie réciproque. C’est le fait de traiter autrui comme soi. A la différence de l’empathie directe, ses bases sont éthiques. Elle fonde la réciprocité. Non seulement je m’identifie à l’autre, mais je lui accorde le droit de s’identifier à moi, autrement dit de se mettre à ma place et, ainsi, d’avoir accès à ma réalité psychique, de comprendre ce que je comprends et de ressentir ce que je ressens. Elle concerne la qualité émotionnelle de la relation. Nous percevons les autres hommes comme pourvus de sensibilité au même titre que nous et non pas comme de simples choses. Toute relation qui implique cette dimension de la reconnaissance « ne construit pas fictivement son objet, mais le saisit dans tous les aspects de sa particularité concrète » (Honneth A. 1998). Cette reconnaissance mutuelle a trois facettes : reconnaître à l’autre la possibilité de s’estimer lui-même comme je le fais pour moi (c’est la composante du narcissisme) ; lui reconnaître la possibilité d’aimer et d’être aimé (c’est la composante des relations d’objet) ; lui reconnaître la qualité de sujet du droit (c’est la composante de la relation au groupe). Le regard et les échanges mimiques et gestuels y jouent un rôle essentiel.

Enfin, le troisième étage de l’empathie est l’intersubjectivité. Elle consiste à reconnaître à l’autre la possibilité de m’éclairer sur des aspects de moi-même que j’ignore. C’est ce que je nomme l’« empathie extimisante », pour la rapprocher de la notion d’extimité (Tisseron, 2001). Celle ci, rappelons-le, consiste à proposer à un public plus ou moins large certains fragments de soi jusque là protégés du regard d’autrui (et donc gardés intimes) pour en faire reconnaître la valeur et les valider. Ce désir de validation par le regard d’autrui trouve son origine au début de la vie lorsque le bébé cherche une approbation de lui même dans les yeux de sa mère. Il nous accompagne ensuite tout au long de la vie, et il trouve aujourd’hui dans les nouvelles technologies un support privilégié d’expression et de mise en scène (Tisseron S., 2008). Dans tous les cas, il suppose que je reconnaisse à autrui le pouvoir de m’informer utilement sur des aspects de moi-même encore inconnus de moi. Il ne s’agit plus seulement de s’identifier à l’autre, ni même de reconnaître à l’autre la capacité de s’identifier à soi en acceptant de lui ouvrir ses territoires intérieurs, mais de se découvrir à travers lui différent de ce que l’on croyait être et de se laisser transformer par cette découverte.

L’empathie est donc bien plus qu’un partage des vécus. La façon dont chacun éprouve ce que l’autre ressent n’en constitue que le premier étage. Dans sa forme complète, elle fait intervenir non seulement les sentiments éprouvés « pour » l’autre et « avec » lui, mais aussi la conviction partagée d’une complémentarité. L’empathie complète est autant intimité que réserve, abandon que discrétion.

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D’autres réflexions sur l’empathie ici.

La communication NonViolente

La Communication NonViolente (CNV) a été conceptualisée par un américain d’origine juive, Marshall B. Rosenberg (1934- 2015) docteur en psychologie. Le fondement de la CNV repose sur quatre piliers dits OSBD : Observation, Sentiment, Besoin, Demande. Rosenberg a été l’élève de Carl Rogers dont il adopté puis adapté les principes d’empathie et de non-directivité ; il s’inspire des recherches d’Abraham Maslow théoricien des notions de besoins humains. Gandhi apparaît comme l’emblème iconique de la non-violence pour justifier et asseoir le sérieux des références de la CNV.[1]

Il faut bien écrire Communication NonViolente, car c’est une marque déposée aux États-Unis. L’altruisme prôné par le concept ne doit pas oublier le côté business. Le cursus de formation de base, pour être certifié praticien CNV, est de 78 jours sur trois ans et revient environ à 15000 euros soit 200 euros la journée de formation, soit environ 30 euros de l’heure sans compter les frais annexes… Cette formation est ouverte à tous, ayant eu déjà une vingtaine de jours d’initiations avec un praticien habilité. Aucun diplôme ni examen préalable n’est nécessaire.

Il est toujours important de comprendre les fondements d’une méthode ou d’un concept.

Deux personnes

Carl Ransom Rogers (1902-1987)

Psychologue humaniste américain, connu internationalement, pour son approche non directive dans le domaine de la psychothérapie, de la médiation et de la relation d’aide. Il a insisté sur l’importance de la qualité de la relation entre le thérapeute et le patient. Il redéfinit trois attitudes fondamentales du psychothérapeute ou de l’aidant : l’empathie, la congruence et la considération positive inconditionnelle. Pour Rogers la relation thérapeutique ne repose pas sur des concepts à appliquer, mais sur un savoir-être.

L’empathie. Le thérapeute est à l’écoute bienveillante, sans jamais prendre position, des messages verbaux de son client. Rogers n’utilise pas le terme « patient », mais celui de « client », afin de ne pas être dans un diagnostic préalable à la relation. L’aidant incite seulement à la répétition ou la reformulation de ce qui est dit. Le thérapeute doit toujours se déplacer pour comprendre les situations selon les cadres de référence de son client.

La congruence. Le thérapeute ne doit jamais oublier qu’il est une personne à l’écoute d’une autre personne et non un expert ou un conseiller. La congruence rogérienne est un appel à la cohérence entre l’expérience, le ressenti et l’analyse que l’on en fait, pour mieux agir.

La considération positive inconditionnelle. Le client est accepté tel qu’il est dans un climat chaleureux, toujours positif et sans jugement.

Rogers a inspiré en France les courants de pédagogie non directive.

Parmi ses livres, s’il ne fallait en retenir qu’un pour approcher sa pensée, ce serait Le développement de la personne, Dunod, 2005, 270 p. 

Abraham Harold Maslow, (1908-1970)

Psychologue américain, il est considéré comme le fondateur de l’approche humaniste. Théoricien des motivations « supérieures » de l’homme par la hiérarchie des besoins, à la recherche de l’accomplissement de soi, représentée de manière simplifiée sous la forme d’une pyramide.

Cette hiérarchie des besoins signifie que l’homme n’atteint le plein développement de sa personne que s’il est satisfait sur tous les plans : physiologie, sécurité, amour, estime et accomplissement de soi. Maslow estimait que lorsque les besoins élémentaires (physiologiques et de sécurité) sont satisfaits, la personne peut chercher à satisfaire des besoins d’ordre supérieur et retrouver ainsi d’autres motivations.

Puis il s’intéressa aux expériences mystiques, aux états de plénitude, aux expériences paroxystiques, en fait paranormales. Il devient alors, un représentant emblématique de la psychologie transpersonnelle, étudiant les états de conscience modifiée ou exceptionnelle, que d’aucuns appelleraient parapsychologie, aux confins de phénomènes occultes.

Vers la fin de sa vie, Maslow va identifier un nouveau besoin motivationnel qu’il nommera dépassement de soi (self-transcendence). Il constata que l’être humain pleinement développé et épanoui était motivé par des valeurs qui transcendent sa personne ; découvrant l’altruisme et une communion plus large avec les autres hommes, en mettant de côté ses propres besoins, il s’engage pour servir. Maslow d’origine juive, découvre-t-il alors ce qu’est la charité chrétienne ?

Trois finalités du concept CNV

Se libérer des contraintes des conditionnements culturels, pour vivre sa vie. En fait, c’est arriver à ne plus porter de jugement sur les personnes et sur les actes en termes de vrai ou de faux.

Se mettre en cohérence avec soi-même et autrui à partir de ce que je ressens. En fait, c’est prendre conscience des besoins et des sentiments qui nous habitent et en tenir compte avant tout.

Se structurer pour renforcer cette cohérence. En fait, après avoir reconnu ses besoins et ses sentiments « selon son cœur », une générosité aussi spontanée que volontaire doit nous habiter, sans s’appuyer sur des obligations morales ou légales. Partant du postulat que la nature profonde des hommes les porte à « aimer, donner, et recevoir dans un esprit de bienveillance ». C’est le même principe idéologique que celui de Rousseau « L’homme est bon par nature, c’est la société qui le pervertit ». Pour être libre, il faut redécouvrir le bon sauvage en nous, naturel et sans lois coercitives.

Le concept CNV se veut politique en mettant en place des structures gouvernementales et sociales qui respectent ces préceptes, qui, rappelons-le, sont labélisés…

Quatre étapes appelées selon leurs initiales OSBD

O : Observation. Décrire la situation en termes d’observations partageables, de faits concrets, vécus. La CNV ne prend pas position sur ce qui pourrait fâcher, ou tout simplement sur ce qu’est la réalité objective. Puisque toute situation ne doit être prise en compte que selon la sensibilité et l’émotion, le vrai et le faux deviennent uniquement relatifs à ce que je perçois.

S : Sentiments et attitudes.Exprimer les sentiments et attitudes tels que je les vis. Aucun jugement ne doit être émis. La simple écoute bienveillante et empathique confirme la justesse des ressentis.

B : Besoin de clarifier le ou les besoins. Tout est centré sur soi. Il n’y a pas de contestations de ces besoins, pas de réflexions ni morales ni légales.

D : Demande, en respectant les critères suivants : réalisable, concrète, précise et formulée positivement, à mettre en œuvre aussi rapidement que possible, et… négociable. Si cette demande n’est pas légitime ni recevable, que se passe-t-il ?

Il est précisé que ces concepts ne sont pas des règles à suivre, mais des aides ou des repères qui aident à la communication.Ainsi l’ordre OSBD est interchangeable en fonction des situations et des personnes. Selon la CNV, les ressentis sont légitimes et peuvent être exprimés ; cependant l’important est de les distinguer des observations objectives et de préciser que c’est ce que nous imaginons. Il n’est pas précisé ce que serait une observation objective, car les critères de cette objectivité ne sont pas définis et confrontés à des principes légaux ou moraux qui eux sont bien établis. Toute évaluation et tout jugement sont à proscrire, car l’interlocuteur se réfugierait dans le renforcement de ses défenses. Tout étant fluctuant, il ne faut rien figer par des évaluations ou des positions fermes.

Cependant la CNV propose quelques conseils de bon sens et d’attention à soi-même et aux autres. Par exemple, si l’on dit à quelqu’un qu’on se sent ignoré par lui parce qu’il ne nous a pas dit bonjour, on ne décrit pas nos sentiments, mais notre interprétation de son comportement. Ce que nous ressentons peut ici être de la tristesse ou de la frustration. De même, certaines expressions cultivent la confusion entre sentiment et jugement.

Autre exemple, « j’ai le sentiment que tu ne m’aimes pas » n’est pas un sentiment, mais un jugement : on interprète le comportement de l’autre. De manière générale, à chaque fois qu’intervient le mot « tu » dans une phrase, la probabilité est très forte qu’il s’agisse d’un jugement et non d’un sentiment.

Il faut être conscient et attentif à la peur de communiquer, sur ce que l’on considère comme intime par pudeur, par peur d’être jugé, qui devient un obstacle à une juste relation.

Rosenberg distingue « demande » et « exigence« .Les demandes formulées ou perçues comme des exigences sont difficilement recevables, car elles seraient dominatrices et entraîneraient une soumission. Il précise que les demandes exprimées sur un mode autoritaire ou contenant des termes qui expriment l’obligation (« il faut », « on doit », « c’est comme ça », verbe à l’impératif, etc.) sont des exigences. L’attitude, les mimiques, le ton, tout ce qui fait la communication non verbale sont à prendre en considération dans des demandes qui peuvent être reçues comme des exigences.

Les besoins. Marshall Rosenberg les définit ainsi : « Les besoins sont des manifestations de la vie ». Il les considère comme des cadeaux « beaux et précieux »[2]. L’expression de ces besoins est un fondement de la CNV ; en voici la liste non exhaustive, selon le Centre de la Communication NonViolente. Besoins physiologiques, bien-être physique ; Sécurité ; Empathie, compréhension ; Créativité ; Amour, intimité ; Jeu, distraction ; Repos, détente, récupération ; Autonomie ; Sens, spiritualité.

Si la spiritualité peut être entendue dans la CNV, elle n’est jamais définie. Dans un syncrétisme indifférencié, tout sert à justifier la CNV citant : Gandhi, Krishnamurti, l’évangéliste Matthieu, Martin Buber, ou Teilhard de Chardin. Comme si toutes ces cultures et spiritualités ne pouvaient être que compatibles et sans contradiction. Ainsi comme la CNV est ouverte à tout et à tous, elle ne peut générer aucun conflit…

La CNV fait partie de ces méthodes globales tout-en-un, un trousseau de clés bien pratique, s’adaptant à toutes les portes, et qui vous balise le terrain à votre place. C’est rassurant !

Critiques et discernement

Avec une certaine dose d’humour, la méthode est présentée par le quotidien La Libre Belgique de la façon suivante : « Ne dites plus : « Tu ne m’écoutes jamais ! », dites : « Lorsque je parle, pourrais-tu avoir l’élan d’attendre que j’aie fini avant de prendre la parole à ton tour pour répondre ainsi à mon besoin d’expression ? »[3]

La CNV, comme bon nombre de ces méthodes qui surgissent dans le marché du bien-être et du développement personnel, a un but lucratif. Maslow découvrit à la fin de sa vie, un besoin supérieur, libre et volontaire : l’importance de se donner aux autres gratuitement.

Faut-il se sentir complètement compris, et avoir satisfait tous ses besoins pour commencer à aimer Dieu et son prochain, comme nous y invite le Christ ? Il ne s’agit pas alors de commencer par s’aimer soi-même ou de demander à nos proches de nous aimer comme nous le souhaiterions. N’est-ce pas pour les chrétiens, en respectant un chemin de vie, d’avancer avec comme premier commandement d’aimer Dieu de tout son cœur, de toutes ses pensées et de toutes ses forces, et en second, d’aimer son prochain ? C’est alors que l’on découvre avec paix et joie que c’est la meilleure manière de s’aimer soi-même et d’être heureux selon le bonheur promis dans les Béatitudes.

Que Ta volonté soit faite et non la mienne, avons-nous appris du Christ dans le Notre Père.

Bertran Chaudet

[1]Marshall B. Rosenberg. Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) – Introduction à la Communication NonViolente– Éditions La Découverte, 1999, 2004.uvence, 2003.

[2]Dénouer les conflits par la Communication NonViolente, éd. Jouvence, 2006, p. 41

[3]Source Wikipédia, article CNV.

Neuf manières de prier avec son corps à la manière de saint Dominique

Entretien avec Sœur Catherine Aubin, o.p. (16 mars 2005, ZENIT. org), religieuse dominicaine, auteur d’un ouvrage intitulé « Prier avec son corps à la manière de saint Dominique » (Editions du Cerf, Paris, en 2005)

Licenciée en psychologie et docteur en théologie, sœur Catherine Aubin est entrée chez les sœurs dominicaines en 1984. Après cinq années de vie et de ministère dans la communauté saint Leu-Saint Gilles, rue saint Denis à Paris, et des études de théologie, elle est actuellement professeur de théologie sacramentaire et de théologie spirituelle à l’institut pontifical Regina Mundi, à l’institut de théologie de la Vie Consacrée Claretianum et à l’université pontificale saint Thomas d’Aquin Angelicum à Rome.

Comment est née l’idée d’un tel ouvrage ?

Pendant 10 ans, j’ai vécu rue saint Denis à Paris où notre communauté de sœurs dominicaines étaient implantée. Et là j’ai rencontré des personnes en quête d’unité intérieure et de paix qui pratiquaient des techniques ou des exercices corporels tels que le zen, la méditation transcendantale ou autres. De mon côté je découvrais comme jeune religieuse la spiritualité dominicaine et je venais d’avoir « un vrai coup de foudre » pour les 9 manières corporelles de prier de saint Dominique. La rencontre de ces événements a donné naissance à ce livre dont un des messages est justement de dire à ceux qui pratiquent des techniques : « nous aussi dans la tradition catholique, nous avons une pédagogie de la prière avec le corps qui peut vous combler dans votre recherche ».

Qu’est-ce que vous entendez exactement par « prier avec son corps » ?

Quand on aime, on le manifeste avec des gestes, salutations, sourires etc. Il en est de même pour la prière. Devant moi, en moi, je suis habitée par une Présence celle du Christ vivant, alors comment vais-je lui montrer mon attachement sinon par des attitudes ? Dans ce livre le maître est saint Dominique, en effet sa prière était tellement fascinante que ses premiers frères ont transcris ce qu’il disait et ce qu’il faisait avec neuf images qui le représente en train de prier. Chaque attitude corporelle correspond à une attitude spirituelle et permet à celle-ci de se déployer : les gestes donnent figure à ce qui est caché et illustrent les mouvements du cœur. Par exemple au geste de l’inclination correspond l’humilité, à l’agenouillement la confiance.

Pouvez-vous nous expliquer quelles sont ces neuf manières de prier ?

La première manière de prier est l’inclination, saint Dominique s’humilie devant l’autel où le Christ est vivant sur la croix et de son côté jaillit du sang pour dire qu’Il nous communique sa vie. Toutes les images se passent devant ce Christ. La disposition intérieure de Dominique est l’humilité du cœur.

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Les méthodes psychophysiques dans la prière

1. Extrait de « Quelques aspects
de la méditation chrétienne », lettre de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, 1989.

La posture du corps. 26. L’expérience humaine démontre que la position et l’attitude du corps ne sont pas sans influence sur le recueillement et la disposition de l’esprit. C’est là une donnée à laquelle certains auteurs spirituels de l’Orient et de l’Occident chrétien ont prêté attention. Ces auteurs spirituels ont adopté les éléments qui facilitent le recueillement dans la prière, reconnaissant en même temps aussi leur valeur relative : ceux-ci sont utiles s’ils sont reformulés en vue du but de la prière chrétienne. Ainsi, par exemple, le jeûne possède avant tout, dans le christianisme, la signification d’un exercice de pénitence et de sacrifice ; mais déjà chez les Pères, il avait aussi pour fin de rendre l’homme plus disponible à la rencontre avec Dieu, et le chrétien plus capable de se dominer et en même temps plus attentif à ceux qui sont dans le besoin.

Dans la prière, c’est l’homme tout entier qui doit entrer en relation avec Dieu, et donc son corps aussi doit prendre la position la mieux adaptée au recueillement. Cette position peut exprimer d’une manière symbolique la prière elle-même, variant selon les cultures et la sensibilité personnelle. Dans certaines zones, les chrétiens acquièrent aujourd’hui une conscience plus grande du fait que l’attitude du corps peut favoriser la prière.

Le symbolisme psychophysique. 27. La méditation chrétienne de l’Orient a valorisé le symbolisme psychophysique, souvent absent de la prière de l’Occident. Il peut aller d’une attitude corporelle déterminée jusqu’aux fonctions vitales, comme la respiration et le battement cardiaque. Ainsi l’exercice de la  » prière de Jésus « , qui s’adapte au rythme respiratoire naturel, peut, au moins pour un certain temps, être d’une aide réelle à beaucoup.

D’autre part, les mêmes maîtres orientaux ont aussi constaté que tous ne sont pas également aptes à utiliser ce symbolisme, parce que tous ne sont pas en mesure de passer du signe matériel à la réalité spirituelle recherchée. Compris d’une manière inadéquate et incorrecte, le symbolisme peut même devenir une idole, et par conséquent un obstacle à l’élévation de l’esprit vers Dieu. Vivre dans le cadre de la prière toute la réalité de son propre corps comme symbole est encore plus difficile : cela peut dégénérer dans un culte du corps, et porter à identifier subrepticement toutes ses sensations avec des expériences spirituelles.

Ne pas confondre le bien-être psychologique et spirituel avec l’œuvre de l’Esprit Saint. 28. Certains exercices physiques produisent automatiquement des sensations de quiétude et de détente, des sentiments gratifiants, voire même des phénomènes de lumière et de chaleur qui ressemblent à un bien-être spirituel. Les prendre pour d’authentiques consolations de l’Esprit-Saint serait une manière totalement erronée de concevoir le cheminement spirituel. Leur attribuer des significations symboliques typiques de l’expérience mystique, alors que l’attitude morale de l’intéressé ne lui correspond pas, représenterait une sorte de schizophrénie mentale, pouvant même conduire à des troubles psychiques et parfois à des aberrations morales. Cela n’empêche pas que d’authentiques pratiques de méditation provenant de l’Orient chrétien et des grandes religions non chrétiennes, qui attirent l’homme d’aujourd’hui divisé et désorienté, puissent constituer un moyen adapté pour aider celui qui prie à se tenir devant Dieu dans une attitude de détente intérieure, même au milieu des sollicitations extérieures.

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Vous avez dit Yoga ?

Sur cette page, plusieurs articles différents sur l’exercice du Yoga au regard de la foi chrétienne…

Pourquoi le Yoga est une tromperie, par Marie.

Cet article aborde la vraie question que le yoga pose aux chrétiens.

Le yoga unifie la personne, par Claire Lesegretain.

Une double page de La Croix, où la journaliste ne voit pas où serait le problème… En revanche la liste des yogas est intéressante à inventorier.

Ennéagramme et christianisme

Le P. Edouard Divry, dominicain de la Province de Toulouse, est docteur en théologie et maître en philosophie. Voici quatre article où il aborde cette question.

Ennéagramme et christianisme. Éléments pour un discernement chrétien (2018)

Première partie        Deuxième partie (à venir).

Articles paru (1) et à paraître (2) dans la revue canadienne Egards.

Recension du livre du P. Pascal Ide, Les Neuf portes de l’âme

http://web.archive.org/web/20130910190526/http://montpellier.dominicains.com/textes-formation/88-dialogue/268-les-neufs-portes-de-lame-recension

Recension du livre de Maria Beesing, Robert Nogosek, Patrick O’Leary, L’Ennéagramme, un itinéraire de la vie intérieure

http://web.archive.org/web/20130909001957/http://montpellier.dominicains.com/textes-formation/88-dialogue/267-lenneagramme-un-itineraire-de-la-vie-interieure

Les dessous du chamanisme, témoignage de Mirana

Comme vous le constaterez, Mirana opère très récemment une sortie du Nouvel Age. Son expérience personnelle dans ces réseaux la qualifie pour la mise en garde qu’elle nous adresse. Je tenais à l’encourager dans cette voie en postant sa video, même si je ne peux conseiller son site internet de thérapeute, ni sa chaîne YT.

Mélanges psycho somato spirituels entraînant des dérives

Kinésithérapeute, exerçant en libéral depuis 36 ans, j’ai vu la prolifération de nouvelles thérapies à prétention holistique. C’est-à-dire proposant de guérir toute la personne, toutes les personnes de toutes sortes de maladies. Des stages allant de quelques heures de formation à quelques week-ends permettraient d’acquérir la maîtrise de la méthode, voire la capacité de l’enseigner à d’autres. 

Principaux axes sur lesquels ces « thérapies » reposent pour attirer le client

Un postulat du New Age prétend que : « Aucun être humain n’a jamais utilisé plus de  10% des neurones de son cerveau. »[1]

Il faut donc s’exercer ou s’initier à un épanouissement total de soi.

Certaines nouvelles thérapies  procèdent d’un mélange de connaissances ou de pseudo-connaissances scientifiques et d’une conception du monde inspirée de bouddhisme ou d’hindouisme, voire de l’occultisme.

Ces initiations aux nouvelles thérapies font appel à des notions d’énergie spirituelle qui restent à définir, appelées ki, prana, énergie cosmique, véhicule de lumière divine, esprit d’amour, etc. … Le monde y est perçu comme un vaste système d’énergie. L’homme est traversé par des champs énergétiques qui influenceraient les organes et les systèmes du corps humain, physiquement, psychologiquement et spirituellement. L’esprit ne doit poursuivre aucun but, mais se libérer de toute contrainte pour accéder à un état de béatitude désincarnée.

Les thérapies énergétiques mélangent  les notions et les catégories : ainsi Christ ou Bouddha, peu importe le nom qui est donné à l’incarnation de la perfection la plus élevée. Le patient ou le disciple s’entend dire : « Tu prends conscience que tu es maître de toi-même et de ta vie, pour parvenir à l’auto-guérison ou l’auto-salut par ta propre recherche, comme l’ont réalisé avant toi tous les initiés ; mais pour cela, suis le chemin que l’on t’indique sans raisonner, en développant ton intuition« .

On peut distinguer trois degrés progressifs dans cette initiation

– Le premier niveau très concret concerne avant tout le corps, avec des exercices de prise de conscience corporelle, des exercices respiratoires qui peuvent permettre une meilleure connaissance de soi-même. A ce stade il n’y a que des prémices de risque de dérives.

– Le deuxième niveau plus subtil et plus intuitif concerne la dimension psychosomatique, dite parfois spirituelle, avec des exercices d’induction mentale ou de suggestion.

– Au  troisième niveau, l’initié accède à une dimension où le temps et l’espace semblent ne plus être limités. Ainsi l’on peut entrer dans la mémoire de l’autre, dans son passé, dans son présent et même dans son futur, et ce, même à distance, en communiquant avec des «entités» du monde invisible.

Ces initiation peuvent se faire à l’aide de moyens secrets révélés à chaque niveau ou par simple contact avec le gourou ou l’initié. Certaines initiations permettraientl’accès à des «pouvoirs» de plus en plus étendus : pouvoir de guérison, d’influence sur son entourage, pouvoir de réaliser ses désirs, pouvoir de deviner le passé le présent et le futur.Certaines thérapies ouvrent à la médiumnité et au magnétisme.

Nous citerons parmi bien d’autres thérapies : le Reiki, les propositions diverses et variées de libération des chakras, certains arts martiaux avec rituel initiatique, les initiations néo-chamaniques, la kinésiologie, la psychologie trans personnelle, certaines ostéopathies fluidiques, la micro kinésithérapie, la psychophanie dite aussi communication facilitée.

Qu’en penser ?

Les diagnostics ne reposent sur aucune donnée objectivable. Il y a là le risque de déclarer malades des bien-portants et sains des malades, de prescrire des exercices, des régimes inutiles, voire une médication inefficace et d’empêcher des soins indispensables.

L’initié ou le thérapeute teste subjectivement le ressenti du patient, mais aussi son propre ressenti en induisant de ce qu’il veut tester. Il n’y a pas de signes cliniques définis et vérifiables.

La suppression quasi magique du ou des symptômes de pathologies fonctionnelles et bien entendu non lésionnelles, qui amène le patient à consulter, est parfois spectaculaire, d’où l’attrait exercé par ce type de méthodes. Mais il y a un enfouissement des symptômes qui réapparaissent sous forme d’angoisse, d’état dépressif ou de maladies larvées plus graves.

La suggestion entraîne un effet placebo important qui n’est pas sans efficacité apparente, mais qui n’a pas d’effet durable.

Il y a un risque de dépendance du patient vis-à-vis du thérapeute ou de la thérapie.

L’attrait pour l’invisible, le mystère

Le Credo chrétien affirme la foi en Dieu créateur du monde visible « et » invisible. L’Église catholique a été frileuse, depuis le Concile Vatican II à évoquer le monde invisible. Orce monde de l’invisible a été réinvesti par le New Age, les courants occultes ou ésotériques, ainsi que les courants issus du bouddhisme tibétain. Le nombre de parutions de livres parlant de channeling, des esprits, des anges est en constante progression, sans parler de Satan, de ses pompes et de ses œuvres, lequel refait surface par le biais des courants gothiques et du satanisme, de la musique, aux vêtements et aux scarifications et tatouages.

L’attrait pour les secrets et pour les mystères qui traverseraient l’histoire et expliqueraient ses ressorts cachés, repose sur une crédulité et un manque de repère sans fond.

Des livres et des films pour les enfants et les adolescents ayant un succès planétaire véhiculent des conceptions symboliques qui ne sont pas sans ambiguïté. « Eragon » de Christopher Paolini dont un film a été tiré, relate l’histoire d’un enfant qui découvre un œuf de dragon nommé Saphira. Un vieux dragonnier va l’initier à vivre avec sa dragonne (femelle du dragon), avec qui il pourra communiquer par transmission de pensée et bénéficier ainsi de tous ses pouvoirs. Il pourra même la guérir, à l’aide de passes magnétiques et de formules magiques, quand elle sera mortellement blessée. L’enfant entre en communion, fusion avec le dragon, symbole des puissances des quatre éléments, l’air, le feu, la terre et l’eau. Il s’agit ici d’un processus initiatique cher au Nouvel-Age. Bien des dessins animés, des bandes dessinées ou des mangas, baignent dans ces représentations du monde. Dans l’imaginaire des contes de fée d’autrefois, le prince charmant devait, au contraire, combattre le dragon pour rejoindre sa bien-aimée… les sorcières y étaient vraiment méchantes…

Il est important de constater qu’en quelques années, nous avons changé de référentiels, les archétypes n’ont plus la même signification. Le New Age annonçait des changements de paradigmes. Nous y sommes.

Dérives dans l’Église Catholique

Ce désir de guérison immédiate de toutes ses blessures, de sa mémoire, le désir d’épanouissement, de bien être, de connaissance de soi  touche également les chrétiens. Diacre permanent de l’Église Catholique depuis 20 ans, je suis un témoin attristé de nombre de dérives et de conséquences tragiques dans beaucoup de familles.

Lorsque je suis entré au bureau national de la Pastorale Nouvelles Croyances et Dérives Sectaires de la Conférence des Évêques de France en 2006, ce sont les dérives dans les nouvelles thérapies et les techniques de développement personnel qui étaient l’objet de mon attention. Aujourd’hui, je suis tout autant attentif et préoccupé par les dérives au sein même de l’Église Catholique.

Certains chrétiens ont cherché et cherchent encore auprès de leaders charismatiques, de structures ou de communautés se recommandant de l’Eglise Catholique, la guérison, ou des moyens de connaissance et de développement personnel.

Guérison

La communauté des Béatitudes et plus particulièrement Ephraïm, Philippe Madre, Fernand Sanchez et Bernard Dubois sont à l’origine de sessions ou retraites dites de « guérison psycho spirituelle. »  Le vocable a changéaprès quelques remontrances des pouvoirs publics et quelques remarques des autorités ecclésiales, mais après un toilettage cosmétique d’apparence, ces sessions ont perduré selon les mêmes concepts. Nous évoquerons ici, principalement les sessions « Anne Péguy Agapè », au Puy-en-Velay qui ont reçu la bénédiction de Monseigneur Brincard, décédé aujourd’hui.

Le livre très bien documenté : « Le Renouveau charismatique une Église dans l’Église » fait une recension des leaders de ces sessions. Il analyse avec pertinence les enjeux de ce qu’il considère comme de très graves dérives.

De nombreuses familles ont été victimes de ce type de retraites, allant parfois jusqu’à des ruptures entre conjoint ou entre parents et enfants, dont certaines paraissent irréversibles. La plupart des retraitants sont issus de familles privilégiées. Les sessions coûtent cher !

Les futurs participants doivent  envoyer par écrit leur motivation pour suivre la retraite dévoilant ainsi déjà, ce qui serait à l’origine de leur mal-être. Certaines sessions peuvent accueillir jusqu’à 80 participants. En moins d’une semaine, il est proposé de revisiter à l’aide d’un livret mêlant citations bibliques et questions inductives et intrusives toutes négatives, l’histoire du retraitant et de sa mémoire : conception, vie in utéro,  naissance (il sera demandé de modeler en pâte à modeler le bébé qu’ils ont été !), premières années, relations aux parents, aux frères et sœurs, aux souvenirs cachés, enfouis, douloureux, incestes, avortements, divorces, non-dits familiaux…, et deprésenter toutes ces blessures secrètes pour que le Seigneur vienne libérer ou guérir dece dont les retraitants auraient été victimes, et qui nuirait  à leur vie intérieure et relationnelle. Dans un premier temps, beaucoup de participants ont le sentiment d’avoir enfin trouvé l’origine de leur mal-être, de comprendre enfin leur difficulté de relation à eux-mêmes, à l’autre, au père, à la mère, aux frères aux sœurs, aux supérieurs de leur communauté, à Dieu… L’émotion, l’affectivité prennent le pas sur l’analyse et la raison, ne faut-il pas lâcher prise, tout dévoiler ? Le retraitant baisse toutes ses défenses dans ce système qui a la garantie de l’Église. Tout est dévoilé à un « accompagnateur » la plupart du temps sans réelle compétence tant sur le plan de l’accompagnement psychologique que spirituel.

Ces « découvertes » peuvent entraîner une reconstruction de la personne autour de ces souvenirs hâtivement retrouvés, et révélés devant Dieu. Il se peut que de faux souvenirs ou des souvenirs partiels soient confirmés par l’accompagnateur. Où se situe la juste maïeutique laissant chacun libre de son interprétation ?

Ce processus a été analysé par Elisabeth Loftus [2], sous le nom de faux souvenirs induits.

Après quelques jours ou quelques mois d’impression de mieux-être, l’humble réalité du quotidien, de la famille, de la communauté, peut devenir plus lourde à supporter. Le père, la mère, le conjoint, le frère, la sœur, le supérieur, qui  n’a pas fait  ces sessions permettant cette «guérison» aurait besoin lui aussi d’être libéré de blessures inavouées! De contaminé l’on devient contaminant. Progressivement ce type de relecture psychospirituelle peut obnubiler ceux qui ont fait ce parcours. Après la retraite, tout en prétendant avoir tout pardonné, une insensibilité aux proches s’ensuit, d’autant plus cruelle que ces mêmesproches sont abandonnés. llsvivent silencieusement et douloureusement, sans comprendre le pourquoi de ce subit ou progressif abandon.

Le livre noir de l’emprise du psychospirituel a été a été publié par le CCMM en juillet 2012. Je connais personnellement presque toutes les victimes qui ont témoigné dans ce livre. Suite au traumatisme qu’elles-mêmes ou leurs proches ont subi lors de retraite ou de session, ces victimes ont cherché soutien et réconfort auprès de responsables ecclésiaux. Leur plainte n’a pas été reconnue à la hauteur de ce qu’elles avaient subi. Pire après avoir recueilli certains témoignages et avoir promis une réponse adaptée et réparation autant que faire se pouvait, les responsables ecclésiaux se sont défaussés et n’ont plus voulu entrer en contact avec les victimes. Une commission avait pourtant été diligentée par la conférence des Évêques de France, pour entendre les victimes et analyser les éléments de ce dossier[3]. Tous les spécialistes de cette commission, laïques ou clercs, selon leurs domaines de compétences, avaient donné un avis défavorable quant aux sessions de guérison mélangeant le psychologique et le spirituel. Ils ont rendu leur rapport à tous les Évêques de France. Cela n’a été suivi d’aucun effet. Les sessions ont continué. Les leaders n’ont pas reçu de demande d’arrêt de leurs pratiques. Monseigneur Aillet a préfacé récemment le livre d’un des principaux leaders de ces sessions : Bernard Dubois « Chemins de guérison des blessures de l’enfance sur les pas de Thérèse de Lisieux »[4].

Le  collectif des victimes du psychospirituel du CCMM s’est mis en place. L’interpellation des autorités catholiques demeure et demeurera tant que vérité et justice ne seront pas faites autour de ces pratiques pour lesquelles les autorités ecclésiales ont au mieux fermé les yeux et qu’elles ont au pire explicitement cautionnées.

Un outil de connaissance de soi et développement personnel : l’ennéagramme

Avant tout, je voudrais rendre hommage à Daniel Lafargue qui depuis des années a fait un travail remarquable de recherche d’analyse et de synthèse sur l’ennéagramme, sur son fondateur Gurdjieff, ses disciples et ses actuels développement. Je ne peux que recommander la lecture de son livre : « La face cachée de l’ennéagramme»[5].

Les praticiens et adeptes de l’ennéagramme n’aiment pas qu’on leur rappelle la sulfureuse histoire de Gurdjieff, son promoteur en Occident. Et pourtant la genèse d’une histoire explique bien souvent son développement et sa finalité…  Gurdjieff était probablement illettré, mais c’était un homme rusé et opportuniste qui pratiquait l’art de subjuguer et d’envoûter son entourage. Il se situait au-delà du bien et du mal, manipulant sans aucun scrupule les hommes et les femmes tombés sous son emprise.

Il est arrivé en France en 1922 et s’est installé dans le prieuré d’Avon à Fontainebleau. Des intellectuels français de renom l’ont suivi au moins pendant un temps, puis pour certains ont fini par prendre des distances, Louis Pauwels, Jean-François Revel, René Daumal, René Barjavel, mais aussi anglophones, Katherine Mansfield, Peter Brook, Aldous Huxley et Jodorowsky.

Gurdjieff se nourrissait de toutes les doctrines ésotériques et « sciences occultes»  de ses adeptes,  et concoctait une synthèse à sa sauce qu’il resservait avec une faconde persuasive. Il proposait à ses élèves des efforts permanents d’introspection pour mieux se connaître en se coupant de tout ce qu’ils avaient pensé, su, cru, ou cru penser auparavant. Aucune validation scientifique selon un protocole rigoureux n’atteste de la pertinence des affirmations de l’ennéagramme quant auxneuf types ou bases, et uniquement neuf types possibles, qui peuvent évoluer ou régresser selon les critères propres à ce système. Pourtant les experts en matière d’ennéagramme suggèrent à leurs élèves, des orientations concrètes, psychologiques et spirituelles basées sur ce système.

C’est à Esalen, sur la côte ouest des États-Unis que nous retrouvons l’ennéagramme vers la fin des années 1960 et les années 1970, sous l’impulsion d’un des maîtres à penser du mouvement hippie, Aldous Huxley adepte de Gurdjieff et de l’ennéagramme. C’est Ichazo un mage touche-à-tout, disciple de Gurdjieff, d’origine bolivienne, proche des courants théosophes qui donne neuf types  de caractère aux neuf chiffres de l’ennéagramme. Najanjo psychiatre d’origine colombienne, en demeurant très fidèle à la structure et à l’utilisation initiale par Gurdjieff,  conceptualise et formalise les neufs types de l’ennéagramme tel qu’il est réimporté aujourd’hui en Europe. Le Père Robert Ochs, jésuite, enseignant à l’université de Loyola à Chicago réaménagea « l’outil» ennéagramme pour intégrer la doctrine catholique, notamment celle du péché. Helen Palmer, en faisant de l’ennéagramme un « outil » soi-disant aconfessionnel et areligieux, eut un retentissement considérable. Erik Salmon, entre autres a permis la pénétration de l’ennéagramme, ainsi revu, en France.

Voir différents articles sur l'ennéagramme sur ce site

L’homme accompli, selon la perspective gurdjieffienne, est celui qui a pris conscience et éliminé en lui le dualisme des valeurs du bien et du mal, devenant ainsi tolérant à tout, indifférent au niveau moral et tiède au niveau religieux. Tout doit entrer dans la logique préalable de l’ennéagramme prise comme sommet de la connaissance de soi. Seule la foi dans le concept sauve et fait tout coïncider. Ce qui par ailleurs n’est sans doute pas sans efficacité,  par un effet inductif et suggestif quasi hypnotique. Les processus magiques ne fonctionnent-ils pas de manière identique ?

Dans la société

L’ennéagramme est proposé dans le cadre de formation professionnelle, parfois associé à d’autres techniques comme la programmation neurolinguistique PNL, l’analyse transactionnelle ou l’hypnose éricksonienne. Ces formations ne visent pas à améliorer une compétence professionnelle, mais à permettre de mieux se connaître, et de connaître les autres. « C’est là toute l’ambivalence de ces formations qui promettent aux salariés un développement personnel dans un cadre professionnel. »[6]

Dans l’Église Catholique

Le Père Pacwa jésuite[7]après avoir été initié à l’ennéagramme, en a vu les dangers tant sur le plan théologique que pastoral,et les a dénoncés, dans de remarquables articles. Les personnes qui entrent dans ce système, acceptent puis ajustent leur vie spirituelle et psychologique selon ces principes. C’est une adhésion sans critique qui est demandée. Il peut être dangereux de considérer que nos actes ne sont pas libres, mais résultent de compulsions que nous ignorerions, tant que nous n’avons pas réalisé grâce à l’ennéagramme, qu’elles induisent nos comportements.

La communauté des Béatitudes a vécu sous l’emprise de l’ennéagramme, sous l’impulsion de son fondateur Ephraïm. Ses cadres appelés « bergers » recevaient une formation.  Aujourd’hui malgré de nombreuses mises en garde, l’ennéagramme est proposé dans des centres spirituels catholiques, des centre de formations comme le Cler, et à l’intérieur de communautés religieuses.

« Cela n’a pas empêché le diocèse de Saint Étienne d’organiser, en partenariat avec le CEE d’Eric Salmon, les premières rencontres chrétiennes d’ennéagramme, où se côtoyaient , autour d’ateliers, de tables rondes et de danses sacrées de Gurdjieff, formateurs chrétiens en ennéagrammme , anciens Bergers des Béatitudes et enseignant de la Libre Université de Samadeva. »[8]

Il suffit de taper ennéagramme sur le moteur de recherche officiel de l’Eglise catholique en France, dépendant directement de la conférence des Evêques de France pour avoir les informations sur une grande partie de ces formations ou sessions.

Réflexion conclusive

Le narcissisme caractérisé de l’homme postmoderne occidental, replié sur son bien-être, son auto suffisance et ses performances nécessite, pour les acteurs de la société et de l’Église, une formation spécifique aux thématiques du New Age, des nouvelles thérapies et des méthodes de développement personnel, sans laquelle ils ne pourront dépister les dérives mises en place par des manipulateurs conscients ou inconscients, mais décidés. Les responsables de la société et de l’Église pourraient plus gravement encore se laisser piéger en devenant complices.

Betran Chaudet, 2015.

 

[1]Aldous Huxley (un des maîtres à pense du New Age), Conférence «Human Potentialities », Université de Californie, 1960. http ;//fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_du_potentiel#cite_ref-2

[2]Elisabeth Loftus, Le syndrome des faux souvenirs et le mythe des souvenirs refoulés, Ed Exergue 2001.  Ainsi que Brigitte Axelrad, le ravage des faux souvenirs, 2010, book-e-book.

[3]Les « sessions Agapè » devenues « Anne-Péguy Agapè » et les écrits de leur initiateur, le Dct Bernard Dubois membre de la communauté des Béatitudes, ont fait particulièrement l’objet de ces analyses.

[4]Ed. des Béatitudesnovembre 2014, Nouan-le-Fuzelier (Loir-et-Cher).

[5]Daniel Lafague, la face cachée de l’ennéagramme. Ed book-e-book. 2014.

[6]Daniel Lafargue, La face cachée de l’ennéagramme, Ed book-e-book, 2014.

[7]Notamment analyse en anglais du Père Pacwa sj sur l’ennéagramme http://www.equip.org/PDF/DN067.pdf 1994 et « Dis-moi qui je suis Ö ennéagramme » revue du Christian Research Institute, automne 1991.

[8]Daniel Lafargue, La face cachée de l’ennéagramme, p. 64. Ed book-e-book, 2014.

Que sait-on de la biodanza ?

La Biodanza, « Danse de la vie », est présentée comme une méthode de développement basée sur « un ensemble d’exercices et de musiques spécialement étudié pour réhabiliter l’élan vital et la joie de vivre »[1]. Elle se distingue cependant d’autres pratiques d’expression corporelle visant l’épanouissement personnel par l’importance de la théorie pseudo-scientifique élaborée à partir de la vision anthropologique personnelle du fondateur.

Définition(s)

Sur le site officiel du mouvement international :

« La Biodanza est un système d’intégration humaine, de rénovation organique, de rééducation affective et de réapprentissage des fonctions originaires de la vie. Sa méthodologie consiste à induire des vivencias intégrantes au moyen de la musique, du chant, du mouvement et de situations de rencontre en groupe. »

Une deuxième définition, « définition actuelle » se voulant scientifique, figure sur plusieurs sites français :

« un système d’accélération des processus intégratifs au niveau cellulaire, immunologique, neuroendocrinien, métabolique, hormonal, cortical et existentiel » (Rolando Toro, 2009).

Continuer la lecture de « Que sait-on de la biodanza ? »

La biodynamie

« Écologie profonde »,

ou gnose anthroposophique avançant masquée ?

Écho d’un New Age, « trahison du projet anthropologique de toute notre civilisation »  

La biodynamie, conçue il y a près d’un siècle par R.Steiner, philosophe occultiste, est l’avatar agricole de sa  « science spirituelle » l’ Anthroposophie . Très tôt implantée en Allemagne, elle a démarré en France en 1925, et connaît à l’heure actuelle un fort développement, notamment en viticulture, y compris dans les domaines les plus prestigieux.

Le texte suivant s’interroge sur l’efficacité réelle de ces pratiques, sur l’ignorance médiatique de leurs aspects ésotériques, et sur les risques de la progression d’une idéologie New Age masquée de multiples façons. Propos illustrés par le cas d’une célèbre vedette écolo-médiatique.

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La biodynamie a connu une certaine actualité lors de la nomination de Mme Nyssen au Ministère de la Culture. Quelques années plus tôt s’était ouverte en Arles –aux côtés d’une école hors contrat dirigée par un anthroposophe– une sorte d’« université » privée, vouée à favoriser la diffusion1 de la biodynamie, au titre des méthodes alternatives de l’agro-écologie, tout en accueillant des producteurs désireux d’expérimenter sur de grands espaces. Plusieurs biodynamistes membres haut placés du Gœtheanum 2, étaient cités comme source de cette initiative.

OR LE CARACTÈRE ÉSOTÉRIQUE DE LA BIODYNAMIE EST INDISCUTABLE.

Elle est née des relations affirmées de Rudolph Steiner avec les mondes « supra-sensibles » et la supposée base de données occultiste de l’Akasha. Sans relater aucune expérimentation préalable, il prescrivit aux agriculteurs des préparations à utiliser sous forme de fortes dilutions « dynamisées», après avoir été « trans-substanciées »- dans les organes animaux les plus improbables, corne de vache, vessie de cerf, crâne d’animal domestique et autres, puis enterrées six mois. Il s’agissait de capter les forces vitales (éthériques et astrales) qui se matérialiseraient dans le calcium sous l’influence de la Lune, et dans la silice sous l’influence de Saturne. L’équilibre du sol serait restitué par des fumures chargées de forces spirituelles cosmiques grâce aux fameuses préparations. Les forces vitales se concentreraient dans l’azote et l’oxygène, mais « Steiner n’a pas été exhaustif sur ce sujet ». Je ne peux aller plus loin dans l’exposé de cette approche anthroposophique confuse, dont les adeptes eux-mêmes reconnaissent que le Maître leur a laissé des énigmes sur les arrière-plans spirituels des préparations comme sur la justification des « enveloppes animales ». Ils ignorent encore quelle planète favoriserait réellement la destruction des nuisibles traités par pulvérisation de leurs propres cendres, comme recommandé par les Textes.

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