Les dessous du chamanisme, témoignage de Mirana

Comme vous le constaterez, Mirana opère très récemment une sortie du Nouvel Age. Son expérience personnelle dans ces réseaux la qualifie pour la mise en garde qu’elle nous adresse. Je tenais à l’encourager dans cette voie en postant sa video, même si je ne peux conseiller son site internet de thérapeute, ni sa chaîne YT.

Mélanges psycho somato spirituels entraînant des dérives

Kinésithérapeute, exerçant en libéral depuis 36 ans, j’ai vu la prolifération de nouvelles thérapies à prétention holistique. C’est-à-dire proposant de guérir toute la personne, toutes les personnes de toutes sortes de maladies. Des stages allant de quelques heures de formation à quelques week-ends permettraient d’acquérir la maîtrise de la méthode, voire la capacité de l’enseigner à d’autres. 

Principaux axes sur lesquels ces « thérapies » reposent pour attirer le client

Un postulat du New Age prétend que : « Aucun être humain n’a jamais utilisé plus de  10% des neurones de son cerveau. »[1]

Il faut donc s’exercer ou s’initier à un épanouissement total de soi.

Certaines nouvelles thérapies  procèdent d’un mélange de connaissances ou de pseudo-connaissances scientifiques et d’une conception du monde inspirée de bouddhisme ou d’hindouisme, voire de l’occultisme.

Ces initiations aux nouvelles thérapies font appel à des notions d’énergie spirituelle qui restent à définir, appelées ki, prana, énergie cosmique, véhicule de lumière divine, esprit d’amour, etc. … Le monde y est perçu comme un vaste système d’énergie. L’homme est traversé par des champs énergétiques qui influenceraient les organes et les systèmes du corps humain, physiquement, psychologiquement et spirituellement. L’esprit ne doit poursuivre aucun but, mais se libérer de toute contrainte pour accéder à un état de béatitude désincarnée.

Les thérapies énergétiques mélangent  les notions et les catégories : ainsi Christ ou Bouddha, peu importe le nom qui est donné à l’incarnation de la perfection la plus élevée. Le patient ou le disciple s’entend dire : « Tu prends conscience que tu es maître de toi-même et de ta vie, pour parvenir à l’auto-guérison ou l’auto-salut par ta propre recherche, comme l’ont réalisé avant toi tous les initiés ; mais pour cela, suis le chemin que l’on t’indique sans raisonner, en développant ton intuition« .

On peut distinguer trois degrés progressifs dans cette initiation

– Le premier niveau très concret concerne avant tout le corps, avec des exercices de prise de conscience corporelle, des exercices respiratoires qui peuvent permettre une meilleure connaissance de soi-même. A ce stade il n’y a que des prémices de risque de dérives.

– Le deuxième niveau plus subtil et plus intuitif concerne la dimension psychosomatique, dite parfois spirituelle, avec des exercices d’induction mentale ou de suggestion.

– Au  troisième niveau, l’initié accède à une dimension où le temps et l’espace semblent ne plus être limités. Ainsi l’on peut entrer dans la mémoire de l’autre, dans son passé, dans son présent et même dans son futur, et ce, même à distance, en communiquant avec des «entités» du monde invisible.

Ces initiation peuvent se faire à l’aide de moyens secrets révélés à chaque niveau ou par simple contact avec le gourou ou l’initié. Certaines initiations permettraientl’accès à des «pouvoirs» de plus en plus étendus : pouvoir de guérison, d’influence sur son entourage, pouvoir de réaliser ses désirs, pouvoir de deviner le passé le présent et le futur.Certaines thérapies ouvrent à la médiumnité et au magnétisme.

Nous citerons parmi bien d’autres thérapies : le Reiki, les propositions diverses et variées de libération des chakras, certains arts martiaux avec rituel initiatique, les initiations néo-chamaniques, la kinésiologie, la psychologie trans personnelle, certaines ostéopathies fluidiques, la micro kinésithérapie, la psychophanie dite aussi communication facilitée.

Qu’en penser ?

Les diagnostics ne reposent sur aucune donnée objectivable. Il y a là le risque de déclarer malades des bien-portants et sains des malades, de prescrire des exercices, des régimes inutiles, voire une médication inefficace et d’empêcher des soins indispensables.

L’initié ou le thérapeute teste subjectivement le ressenti du patient, mais aussi son propre ressenti en induisant de ce qu’il veut tester. Il n’y a pas de signes cliniques définis et vérifiables.

La suppression quasi magique du ou des symptômes de pathologies fonctionnelles et bien entendu non lésionnelles, qui amène le patient à consulter, est parfois spectaculaire, d’où l’attrait exercé par ce type de méthodes. Mais il y a un enfouissement des symptômes qui réapparaissent sous forme d’angoisse, d’état dépressif ou de maladies larvées plus graves.

La suggestion entraîne un effet placebo important qui n’est pas sans efficacité apparente, mais qui n’a pas d’effet durable.

Il y a un risque de dépendance du patient vis-à-vis du thérapeute ou de la thérapie.

L’attrait pour l’invisible, le mystère

Le Credo chrétien affirme la foi en Dieu créateur du monde visible « et » invisible. L’Église catholique a été frileuse, depuis le Concile Vatican II à évoquer le monde invisible. Orce monde de l’invisible a été réinvesti par le New Age, les courants occultes ou ésotériques, ainsi que les courants issus du bouddhisme tibétain. Le nombre de parutions de livres parlant de channeling, des esprits, des anges est en constante progression, sans parler de Satan, de ses pompes et de ses œuvres, lequel refait surface par le biais des courants gothiques et du satanisme, de la musique, aux vêtements et aux scarifications et tatouages.

L’attrait pour les secrets et pour les mystères qui traverseraient l’histoire et expliqueraient ses ressorts cachés, repose sur une crédulité et un manque de repère sans fond.

Des livres et des films pour les enfants et les adolescents ayant un succès planétaire véhiculent des conceptions symboliques qui ne sont pas sans ambiguïté. « Eragon » de Christopher Paolini dont un film a été tiré, relate l’histoire d’un enfant qui découvre un œuf de dragon nommé Saphira. Un vieux dragonnier va l’initier à vivre avec sa dragonne (femelle du dragon), avec qui il pourra communiquer par transmission de pensée et bénéficier ainsi de tous ses pouvoirs. Il pourra même la guérir, à l’aide de passes magnétiques et de formules magiques, quand elle sera mortellement blessée. L’enfant entre en communion, fusion avec le dragon, symbole des puissances des quatre éléments, l’air, le feu, la terre et l’eau. Il s’agit ici d’un processus initiatique cher au Nouvel-Age. Bien des dessins animés, des bandes dessinées ou des mangas, baignent dans ces représentations du monde. Dans l’imaginaire des contes de fée d’autrefois, le prince charmant devait, au contraire, combattre le dragon pour rejoindre sa bien-aimée… les sorcières y étaient vraiment méchantes…

Il est important de constater qu’en quelques années, nous avons changé de référentiels, les archétypes n’ont plus la même signification. Le New Age annonçait des changements de paradigmes. Nous y sommes.

Dérives dans l’Église Catholique

Ce désir de guérison immédiate de toutes ses blessures, de sa mémoire, le désir d’épanouissement, de bien être, de connaissance de soi  touche également les chrétiens. Diacre permanent de l’Église Catholique depuis 20 ans, je suis un témoin attristé de nombre de dérives et de conséquences tragiques dans beaucoup de familles.

Lorsque je suis entré au bureau national de la Pastorale Nouvelles Croyances et Dérives Sectaires de la Conférence des Évêques de France en 2006, ce sont les dérives dans les nouvelles thérapies et les techniques de développement personnel qui étaient l’objet de mon attention. Aujourd’hui, je suis tout autant attentif et préoccupé par les dérives au sein même de l’Église Catholique.

Certains chrétiens ont cherché et cherchent encore auprès de leaders charismatiques, de structures ou de communautés se recommandant de l’Eglise Catholique, la guérison, ou des moyens de connaissance et de développement personnel.

Guérison

La communauté des Béatitudes et plus particulièrement Ephraïm, Philippe Madre, Fernand Sanchez et Bernard Dubois sont à l’origine de sessions ou retraites dites de « guérison psycho spirituelle. »  Le vocable a changéaprès quelques remontrances des pouvoirs publics et quelques remarques des autorités ecclésiales, mais après un toilettage cosmétique d’apparence, ces sessions ont perduré selon les mêmes concepts. Nous évoquerons ici, principalement les sessions « Anne Péguy Agapè », au Puy-en-Velay qui ont reçu la bénédiction de Monseigneur Brincard, décédé aujourd’hui.

Le livre très bien documenté : « Le Renouveau charismatique une Église dans l’Église » fait une recension des leaders de ces sessions. Il analyse avec pertinence les enjeux de ce qu’il considère comme de très graves dérives.

De nombreuses familles ont été victimes de ce type de retraites, allant parfois jusqu’à des ruptures entre conjoint ou entre parents et enfants, dont certaines paraissent irréversibles. La plupart des retraitants sont issus de familles privilégiées. Les sessions coûtent cher !

Les futurs participants doivent  envoyer par écrit leur motivation pour suivre la retraite dévoilant ainsi déjà, ce qui serait à l’origine de leur mal-être. Certaines sessions peuvent accueillir jusqu’à 80 participants. En moins d’une semaine, il est proposé de revisiter à l’aide d’un livret mêlant citations bibliques et questions inductives et intrusives toutes négatives, l’histoire du retraitant et de sa mémoire : conception, vie in utéro,  naissance (il sera demandé de modeler en pâte à modeler le bébé qu’ils ont été !), premières années, relations aux parents, aux frères et sœurs, aux souvenirs cachés, enfouis, douloureux, incestes, avortements, divorces, non-dits familiaux…, et deprésenter toutes ces blessures secrètes pour que le Seigneur vienne libérer ou guérir dece dont les retraitants auraient été victimes, et qui nuirait  à leur vie intérieure et relationnelle. Dans un premier temps, beaucoup de participants ont le sentiment d’avoir enfin trouvé l’origine de leur mal-être, de comprendre enfin leur difficulté de relation à eux-mêmes, à l’autre, au père, à la mère, aux frères aux sœurs, aux supérieurs de leur communauté, à Dieu… L’émotion, l’affectivité prennent le pas sur l’analyse et la raison, ne faut-il pas lâcher prise, tout dévoiler ? Le retraitant baisse toutes ses défenses dans ce système qui a la garantie de l’Église. Tout est dévoilé à un « accompagnateur » la plupart du temps sans réelle compétence tant sur le plan de l’accompagnement psychologique que spirituel.

Ces « découvertes » peuvent entraîner une reconstruction de la personne autour de ces souvenirs hâtivement retrouvés, et révélés devant Dieu. Il se peut que de faux souvenirs ou des souvenirs partiels soient confirmés par l’accompagnateur. Où se situe la juste maïeutique laissant chacun libre de son interprétation ?

Ce processus a été analysé par Elisabeth Loftus [2], sous le nom de faux souvenirs induits.

Après quelques jours ou quelques mois d’impression de mieux-être, l’humble réalité du quotidien, de la famille, de la communauté, peut devenir plus lourde à supporter. Le père, la mère, le conjoint, le frère, la sœur, le supérieur, qui  n’a pas fait  ces sessions permettant cette «guérison» aurait besoin lui aussi d’être libéré de blessures inavouées! De contaminé l’on devient contaminant. Progressivement ce type de relecture psychospirituelle peut obnubiler ceux qui ont fait ce parcours. Après la retraite, tout en prétendant avoir tout pardonné, une insensibilité aux proches s’ensuit, d’autant plus cruelle que ces mêmesproches sont abandonnés. llsvivent silencieusement et douloureusement, sans comprendre le pourquoi de ce subit ou progressif abandon.

Le livre noir de l’emprise du psychospirituel a été a été publié par le CCMM en juillet 2012. Je connais personnellement presque toutes les victimes qui ont témoigné dans ce livre. Suite au traumatisme qu’elles-mêmes ou leurs proches ont subi lors de retraite ou de session, ces victimes ont cherché soutien et réconfort auprès de responsables ecclésiaux. Leur plainte n’a pas été reconnue à la hauteur de ce qu’elles avaient subi. Pire après avoir recueilli certains témoignages et avoir promis une réponse adaptée et réparation autant que faire se pouvait, les responsables ecclésiaux se sont défaussés et n’ont plus voulu entrer en contact avec les victimes. Une commission avait pourtant été diligentée par la conférence des Évêques de France, pour entendre les victimes et analyser les éléments de ce dossier[3]. Tous les spécialistes de cette commission, laïques ou clercs, selon leurs domaines de compétences, avaient donné un avis défavorable quant aux sessions de guérison mélangeant le psychologique et le spirituel. Ils ont rendu leur rapport à tous les Évêques de France. Cela n’a été suivi d’aucun effet. Les sessions ont continué. Les leaders n’ont pas reçu de demande d’arrêt de leurs pratiques. Monseigneur Aillet a préfacé récemment le livre d’un des principaux leaders de ces sessions : Bernard Dubois « Chemins de guérison des blessures de l’enfance sur les pas de Thérèse de Lisieux »[4].

Le  collectif des victimes du psychospirituel du CCMM s’est mis en place. L’interpellation des autorités catholiques demeure et demeurera tant que vérité et justice ne seront pas faites autour de ces pratiques pour lesquelles les autorités ecclésiales ont au mieux fermé les yeux et qu’elles ont au pire explicitement cautionnées.

Un outil de connaissance de soi et développement personnel : l’ennéagramme

Avant tout, je voudrais rendre hommage à Daniel Lafargue qui depuis des années a fait un travail remarquable de recherche d’analyse et de synthèse sur l’ennéagramme, sur son fondateur Gurdjieff, ses disciples et ses actuels développement. Je ne peux que recommander la lecture de son livre : « La face cachée de l’ennéagramme»[5].

Les praticiens et adeptes de l’ennéagramme n’aiment pas qu’on leur rappelle la sulfureuse histoire de Gurdjieff, son promoteur en Occident. Et pourtant la genèse d’une histoire explique bien souvent son développement et sa finalité…  Gurdjieff était probablement illettré, mais c’était un homme rusé et opportuniste qui pratiquait l’art de subjuguer et d’envoûter son entourage. Il se situait au-delà du bien et du mal, manipulant sans aucun scrupule les hommes et les femmes tombés sous son emprise.

Il est arrivé en France en 1922 et s’est installé dans le prieuré d’Avon à Fontainebleau. Des intellectuels français de renom l’ont suivi au moins pendant un temps, puis pour certains ont fini par prendre des distances, Louis Pauwels, Jean-François Revel, René Daumal, René Barjavel, mais aussi anglophones, Katherine Mansfield, Peter Brook, Aldous Huxley et Jodorowsky.

Gurdjieff se nourrissait de toutes les doctrines ésotériques et « sciences occultes»  de ses adeptes,  et concoctait une synthèse à sa sauce qu’il resservait avec une faconde persuasive. Il proposait à ses élèves des efforts permanents d’introspection pour mieux se connaître en se coupant de tout ce qu’ils avaient pensé, su, cru, ou cru penser auparavant. Aucune validation scientifique selon un protocole rigoureux n’atteste de la pertinence des affirmations de l’ennéagramme quant auxneuf types ou bases, et uniquement neuf types possibles, qui peuvent évoluer ou régresser selon les critères propres à ce système. Pourtant les experts en matière d’ennéagramme suggèrent à leurs élèves, des orientations concrètes, psychologiques et spirituelles basées sur ce système.

C’est à Esalen, sur la côte ouest des États-Unis que nous retrouvons l’ennéagramme vers la fin des années 1960 et les années 1970, sous l’impulsion d’un des maîtres à penser du mouvement hippie, Aldous Huxley adepte de Gurdjieff et de l’ennéagramme. C’est Ichazo un mage touche-à-tout, disciple de Gurdjieff, d’origine bolivienne, proche des courants théosophes qui donne neuf types  de caractère aux neuf chiffres de l’ennéagramme. Najanjo psychiatre d’origine colombienne, en demeurant très fidèle à la structure et à l’utilisation initiale par Gurdjieff,  conceptualise et formalise les neufs types de l’ennéagramme tel qu’il est réimporté aujourd’hui en Europe. Le Père Robert Ochs, jésuite, enseignant à l’université de Loyola à Chicago réaménagea « l’outil» ennéagramme pour intégrer la doctrine catholique, notamment celle du péché. Helen Palmer, en faisant de l’ennéagramme un « outil » soi-disant aconfessionnel et areligieux, eut un retentissement considérable. Erik Salmon, entre autres a permis la pénétration de l’ennéagramme, ainsi revu, en France.

Voir différents articles sur l'ennéagramme sur ce site

L’homme accompli, selon la perspective gurdjieffienne, est celui qui a pris conscience et éliminé en lui le dualisme des valeurs du bien et du mal, devenant ainsi tolérant à tout, indifférent au niveau moral et tiède au niveau religieux. Tout doit entrer dans la logique préalable de l’ennéagramme prise comme sommet de la connaissance de soi. Seule la foi dans le concept sauve et fait tout coïncider. Ce qui par ailleurs n’est sans doute pas sans efficacité,  par un effet inductif et suggestif quasi hypnotique. Les processus magiques ne fonctionnent-ils pas de manière identique ?

Dans la société

L’ennéagramme est proposé dans le cadre de formation professionnelle, parfois associé à d’autres techniques comme la programmation neurolinguistique PNL, l’analyse transactionnelle ou l’hypnose éricksonienne. Ces formations ne visent pas à améliorer une compétence professionnelle, mais à permettre de mieux se connaître, et de connaître les autres. « C’est là toute l’ambivalence de ces formations qui promettent aux salariés un développement personnel dans un cadre professionnel. »[6]

Dans l’Église Catholique

Le Père Pacwa jésuite[7]après avoir été initié à l’ennéagramme, en a vu les dangers tant sur le plan théologique que pastoral,et les a dénoncés, dans de remarquables articles. Les personnes qui entrent dans ce système, acceptent puis ajustent leur vie spirituelle et psychologique selon ces principes. C’est une adhésion sans critique qui est demandée. Il peut être dangereux de considérer que nos actes ne sont pas libres, mais résultent de compulsions que nous ignorerions, tant que nous n’avons pas réalisé grâce à l’ennéagramme, qu’elles induisent nos comportements.

La communauté des Béatitudes a vécu sous l’emprise de l’ennéagramme, sous l’impulsion de son fondateur Ephraïm. Ses cadres appelés « bergers » recevaient une formation.  Aujourd’hui malgré de nombreuses mises en garde, l’ennéagramme est proposé dans des centres spirituels catholiques, des centre de formations comme le Cler, et à l’intérieur de communautés religieuses.

« Cela n’a pas empêché le diocèse de Saint Étienne d’organiser, en partenariat avec le CEE d’Eric Salmon, les premières rencontres chrétiennes d’ennéagramme, où se côtoyaient , autour d’ateliers, de tables rondes et de danses sacrées de Gurdjieff, formateurs chrétiens en ennéagrammme , anciens Bergers des Béatitudes et enseignant de la Libre Université de Samadeva. »[8]

Il suffit de taper ennéagramme sur le moteur de recherche officiel de l’Eglise catholique en France, dépendant directement de la conférence des Evêques de France pour avoir les informations sur une grande partie de ces formations ou sessions.

Réflexion conclusive

Le narcissisme caractérisé de l’homme postmoderne occidental, replié sur son bien-être, son auto suffisance et ses performances nécessite, pour les acteurs de la société et de l’Église, une formation spécifique aux thématiques du New Age, des nouvelles thérapies et des méthodes de développement personnel, sans laquelle ils ne pourront dépister les dérives mises en place par des manipulateurs conscients ou inconscients, mais décidés. Les responsables de la société et de l’Église pourraient plus gravement encore se laisser piéger en devenant complices.

Betran Chaudet, 2015.

 

[1]Aldous Huxley (un des maîtres à pense du New Age), Conférence «Human Potentialities », Université de Californie, 1960. http ;//fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_du_potentiel#cite_ref-2

[2]Elisabeth Loftus, Le syndrome des faux souvenirs et le mythe des souvenirs refoulés, Ed Exergue 2001.  Ainsi que Brigitte Axelrad, le ravage des faux souvenirs, 2010, book-e-book.

[3]Les « sessions Agapè » devenues « Anne-Péguy Agapè » et les écrits de leur initiateur, le Dct Bernard Dubois membre de la communauté des Béatitudes, ont fait particulièrement l’objet de ces analyses.

[4]Ed. des Béatitudesnovembre 2014, Nouan-le-Fuzelier (Loir-et-Cher).

[5]Daniel Lafague, la face cachée de l’ennéagramme. Ed book-e-book. 2014.

[6]Daniel Lafargue, La face cachée de l’ennéagramme, Ed book-e-book, 2014.

[7]Notamment analyse en anglais du Père Pacwa sj sur l’ennéagramme http://www.equip.org/PDF/DN067.pdf 1994 et « Dis-moi qui je suis Ö ennéagramme » revue du Christian Research Institute, automne 1991.

[8]Daniel Lafargue, La face cachée de l’ennéagramme, p. 64. Ed book-e-book, 2014.

Que sait-on de la biodanza ?

La Biodanza, « Danse de la vie », est présentée comme une méthode de développement basée sur « un ensemble d’exercices et de musiques spécialement étudié pour réhabiliter l’élan vital et la joie de vivre »[1]. Elle se distingue cependant d’autres pratiques d’expression corporelle visant l’épanouissement personnel par l’importance de la théorie pseudo-scientifique élaborée à partir de la vision anthropologique personnelle du fondateur.

Définition(s)

Sur le site officiel du mouvement international :

« La Biodanza est un système d’intégration humaine, de rénovation organique, de rééducation affective et de réapprentissage des fonctions originaires de la vie. Sa méthodologie consiste à induire des vivencias intégrantes au moyen de la musique, du chant, du mouvement et de situations de rencontre en groupe. »

Une deuxième définition, « définition actuelle » se voulant scientifique, figure sur plusieurs sites français :

« un système d’accélération des processus intégratifs au niveau cellulaire, immunologique, neuroendocrinien, métabolique, hormonal, cortical et existentiel » (Rolando Toro, 2009).

 

Historique

Son créateur, Rolando Toro Araneda, est né en 1924 au Chili. D’abord professeur de l’enseignement élémentaire, il se forme ensuite à l’École de Psychologie du Chili, et tient la chaire de Psychologie de l’Art et de l’Expression à l’Institut d’Esthétique de l’Université Pontificale du Chili. Professeur au Centre d’Anthropologie Médicale de l’école de médecine de l’Université du Chili, il fait des recherches sur l’inconscient et les états d’expansion de conscience.

Autour de 1970, il élabore une méthode qu’il expérimente dans le cadre de l’hôpital psychiatrique de Santiago. Basée sur la musique, le mouvement et la danse, se pratiquant en groupe, en lien affectif avec les autres participants, cette méthode fut d’abord appelée « Psychodanse », puis rebaptisée « Biodanza » en 1977, afin d’être diffusée au grand public.

Jusqu’à sa mort, en 2010, Rolando Toro poursuivra ses recherches, étendant les domaines d’utilisation de la Biodanza, devenue aujourd’hui le système de Biodanza™, et développant le nouveau concept d’Éducation Biocentrique pour faire face aux difficultés du monde moderne.

Organisation

D’abord développée au Chili et au Brésil, la Biodanza est aujourd’hui pratiquée dans une quarantaine de pays, principalement en Amérique et en Europe où elle s’est beaucoup développée depuis une dizaine d’années.

Les écoles de Biodanza sont coordonnées et administrées par l’International Biocentric Foundation (IBF), structure créée par Rolando Toro Araneda qui en a été le président jusqu’à son décès en 2010. Le président actuel est Sergio Cruz. Un Conseil directeur permanent de onze membres a pour fonction de conserver le Système Biodanza.

L’IBF est une « entreprise privée à caractère partagé », son siège social est à Dublin. La fondation est propriétaire de la marque déposée Biodanza et gère l’enregistrement dans le monde de la marque Biodanza (elle est déjà enregistrée dans une quarantaine de pays) ainsi que l’ouverture des écoles de formation à la Biodanza et la nomination de leurs directeurs.

Les professeurs (facilitateurs) des écoles de Biodanza doivent avoir suivi la formation : cursus de trois ans, dont un an de pratique, qui s’achève par la soutenance d’un mémoire devant un jury. Le diplôme doit être validé par l’IBF.

Les professeurs des écoles de Biodanza ne sont pas des franchisés, ils ont une autonomie économique, mais ils sont tenus de se conformer à la méthode « afin de conserver l’intégrité du modèle » et doivent s’acquitter d’une cotisation annuelle à l’IBF.

Ces conditions sont formalisées dans un contrat signé entre les directeurs d’école et l’IBF qui fixe également la cotisation annuelle des écoles (1 000 € pour les écoles d’Europe).

En France, les professionnels de la Biodanza sont regroupés en une Fédération (FPB).

Principes et concepts

La vivencia[2]

Concept et outil fondamental, la vivencia désigne la séance de Biodanza, d’1 h 30 à 2 heures, « expérience vécue avec une grande intensité dans l’ici et maintenant, avec une qualité ontologique (qui se projette sur toute l’existence), selon des adeptes,

C’est à travers les vivencias que se perfectionnerait l’unité neurophysiologique et existentielle de l’être humain. Les participants travaillent au développement de leur potentiel qui s’exprimerait, selon Rolando Toro, à travers cinq fonctions universelles (Lignes de Vivencia) :

  • La vitalité : basée sur l’instinct de conservation, elle a pour but d’augmenter la joie de vivre, de diminuer le stress.
  • La sexualité : elle est liée à l’instinct de reproduction et a pour but d’éveiller le désir, d’augmenter le plaisir.
  • La créativité : permet de développer les capacités de création, d’explorer de « nouveaux horizons », mais aussi de pouvoir révéler sa « vraie personnalité » et d’apprendre à s’opposer à l’ordre établi par la société.
  • L’affectivité : elle a pour origine l’instinct grégaire. Elle vise à restaurer le lien entre les hommes, l’altruisme, la bonté.

La transcendance : développe le besoin de fusion avec l’univers.

Des séries d’exercices et des mouvements libres, permettraient ainsi de retrouver la confiance en soi, l’ouverture aux autres, de favoriser la spontanéité, d’exprimer ses émotions, de dénouer des tensions…

Le principe biocentrique

« Le principe biocentrique provient d’une intuition que l’univers est organisé en fonction de la vie et propose une reformulation de nos valeurs culturelles qui a comme référence le respect pour la vie, » […] « Selon le principe biocentrique, l’univers existe parce que la vie existe, et non le contraire. » Ce principe est à la base de l’éducation biocentrique, cette « nouvelle pédagogie de l’art de vivre »

L’inconscient vital

Cette notion, propre à Rolando Toro, viendrait compléter celles d’inconscient personnel de Freud et d’inconscient collectif de Jung, avec un aspect biologique :

« J’ai défini le concept « d’inconscient vital » comme une proposition qui fait référence au psychisme cellulaire. Il existe une forme de psychisme des organes, des tissus et des cellules qui obéit à un « sens » global d’autoconservation. »

« L’inconscient vital se nourrit de la mémoire cosmique et organise la matière (chaînes de protéines, systèmes organiques) sur la base d’une programmation présumée qui peut ou non générer des systèmes organiques stables. Les modèles d’auto-organisation qui génèrent des systèmes vivants capables de se reproduire sont assez stables. »

« La Biodanza travaille spécialement avec l’inconscient vital, condition qui permet une action très efficace sur la couche plus profonde du système vivant humain. »

Sur l’inconscient vital, lire : http://www.psycho-ressources.com/bibli/biodanza-inconscient.html

Pratique

La Biodanza s’adresse à tous les publics, aucune connaissance de la danse n’est nécessaire ; la finalité n’est pas d’apprendre des techniques (on ne parle pas d’école ou d’élève), mais d’être éduqué à l’art de vivre.

Les séances

Elles sont animées par un facilitateur qui propose des mouvements ou des exercices à reproduire, ou dont on peut s’inspirer pour laisser libre cours à l’imagination.

Une séance débute par un débriefing de la séance précédente, L’expression des émotions ressenties ne doit pas donner lieu à des analyses ou des interprétations par les facilitateurs qui ne doivent pas se substituer à un psychothérapeute. Après cette prise de parole, le cours se poursuit en silence. Les facilitateurs expriment ensuite leurs consignes sous forme de métaphores avant d’en faire la démonstration. À partir de ces figures, les danseurs donnent libre cours à leur imagination en improvisant des chorégraphies en solo ou en groupe. La séance commence (et souvent se termine) par une ronde, tous les participants se donnent la main.

La musique et la danse

La Biodanza propose environ 250 exercices (ou danses) non pas composés d’une série de pas à apprendre, mais vivenciels, induits par l’effet de la musique et de la poétique de la présentation de la danse.

Pendant la pratique de la Biodanza, la musique se transformerait en mouvement corporel, c’est-à-dire qu’elle « s’incarnerait » et le danseur entrerait en vivencia. La combinaison musique-mouvement-vivencia déclencherait des changements physiologiques et dans les neurotransmetteurs.

La musique est rigoureusement sélectionnée pour stimuler les écofacteurs liés aux 5 besoins fondamentaux. Tous les styles de musique sont utilisés, suivant une progression, incitant soit à la sérénité soit au défoulement. Si le groupe est prêt, la musique amènera à des régressions, voire des transes pouvant aboutir à des états d’expansion de conscience.

Le groupe

Le groupe est présenté comme le vecteur indispensable de l’évolution personnelle de chacun et de tous. Le groupe est constitué des mêmes participants d’une séance à l’autre. Encadré de facilitateurs attitrés, il constitue « une matrice bienveillante et permissive qui soutient l’expression identitaire ».

Les 7 pouvoirs de la Biodanza

Selon Rolando Toro, la Biodanza a des effets transformateurs sur l’organisme grâce à sept pouvoirs : « musical, de la danse intégrante, de la méthodologie vivencielle, de la caresse, de la transe, de l’expansion de conscience, du groupe. »

« Chacun d’eux a, en lui-même, un effet transformateur. Reliés en un ensemble cohérent, par un modèle théorique scientifique, ils sont un faisceau d’écofacteurs aux effets extraordinaires, capables d’influer y compris sur les lignes de programmation génétique. »

Pour R. Toro, les techniques thérapeutiques fondées sur la seule parole sont une tromperie. La connexion verbale est insuffisante. Le contact, la danse à deux ou collective et l’engagement corporels dans un contexte sensible sont nécessaires. Il parle ainsi du « pouvoir déflagrateur de la caresse »…

La transe, état régressif, permettrait de rééditer les conditions biologiques du commencement de la vie : « les exercices de transe en Biodanza permettent la reparentalisation, c’est-à-dire le « naître à nouveau », dans un contexte d’amour et de protection. De nombreux adultes portent en eux un enfant blessé, un enfant abandonné. La reparentalisation permettrait de prendre soin de lui dans des cérémonies de transe et de renaissance. »

« Matrice de renaissance » et « champ d’interaction très intense », le groupe est un élément fondamental du système Biodanza.

Applications et extensions de la biodanza

Elles sont nombreuses ! Le principe de base étant assez simple, la Biodanza peut s’adapter à des publics ciblés ou non, et s’associer à des projets artistiques ou autres. Certaines « extensions » ont des prétentions qui vont au-delà d’une recherche de mieux-être ou de la recherche de créativité. Quelques exemples :

  • Biodanza clinique : « c’est le système Biodanza utilisé comme médecine complémentaire pour des groupes spéciaux, des porteurs de troubles cliniques. », peut-on lire sur le site officiel du mouvement. Suit une liste des spécialités de la Biodanza clinique…

Ces affirmations non fondées scientifiquement incitent à la plus grande vigilance.

  • Biodanza pour les enfants, en famille, pour les enfants et les adolescents, pour les personnes âgées.
  • Biodanza et massage, Éducation au contact et massage Bio-intégrant.
  • Biodanza et tarots, Biodanza et YI-King, Biodanza et Néo-chamanisme.

Éducation biocentrique

La Biodanza serait l’outil privilégié d’une approche « biocentrique » de l’éducation qui met le respect de la vie et sa préservation au centre des préoccupations de chacun :

« La formation intellectuelle ou technologique est essentielle, mais l’éducation biocentrique propose de stimuler également les potentiels génétiques qui sont la structure de base de l’identité. Pour cela, elle utilise comme médiation la Biodanza qui permet l’expression de ces potentiels. Sa méthodologie est la vivencia. »

Parfois organisée au sein des écoles, la Biodanza peut s’adresser aux enfants de 3 à 10 ans. Il est souhaitable que les enseignants participent avec l’ensemble de leurs élèves, sans observateur extérieur. Mais les parents connaissent-ils les bases théoriques de cette pratique corporelle et le modèle de la société qu’entend promouvoir cette « éducation » ?

Cette extension de la Biodanza se développe depuis plusieurs années en Europe, en particulier à travers le Centre Pilote d’Éducation Biocentrique (CEBO) de Nantes, inauguré en 2009 par R. Toro lui-même et parrainé par Edgar Morin ; centre de développement de l’éducation biocentrique et de formation d’animateurs ou de formateurs. La formation en Éducation Biocentrique s’adresse aussi, par la formation continue, aux professionnels de l’éducation et de l’action sociale, qui pratiquent l’animation, la formation, l’accompagnement…

Le système biocentrique serait aussi valable pour les entreprises, considérées comme des organismes vivants en interaction avec leur environnement (humain et naturel). Aussi, est-il possible d’adapter les modèles créés pour la Biodanza : développement des liens entre collaborateurs, respect des collaborateurs et de l’environnement.

Mise en garde : « Danser la vie »… ou changer de vie ?

« Par les vivencias, une aventure cosmique commence dans laquelle on navigue avec une direction inconnue, vers des formes de vie optimisées. »

Peu à peu la Biodanza s’est diversifiée et a su s’adapter pour répondre à de multiples problèmes de nos sociétés développées. En réalité, la théorie de la Biodanza va bien plus loin que le simple épanouissement de la personne, son but est de changer le monde, comme l’écrivait R. Toro en 2008, dans un texte de référence, « Danser la vie » :

« La déformation de l’esprit occidental a eu son apogée, durant ce siècle, avec les plus grands attentats contre la vie humaine qu’a connu l’histoire. La pathologie de l’ego a été renforcée à l’extrême comme jamais auparavant. Pour soutenir cette pathologie, il y a les institutions gouvernementales, les idéologies politiques et éducationnelles. […] Notre action est donc une transgression ouverte des valeurs de la culture contemporaine, des consignes d’aliénation de la société de consommation et des idéologies totalitaires. »

Rolando Toro a peu à peu développé un modèle théorique très sophistiqué et une vision anthropologique tout à fait personnelle que son charisme naturel lui a permis de communiquer à des élèves devenus inconditionnels :

« L’éducation Biocentrique en une seule génération changerait la qualité du processus évolutif mondial. Grâce à une approche holistique de la culture, il suffirait d’une génération pour préparer les hommes à la plénitude », selon Alain Lucas, responsable du CEBO.

Il ne s’agit donc pas seulement de « danser la vie »… mais aussi de changer ses valeurs pour entrer dans une nouvelle vision de l’homme et de l’univers.

À travers ses diverses applications et extensions, la Biodanza est aussi devenue un véritable système aux prétentions de plus en plus larges : scientifiques, philosophiques, médicales, éducatives, économiques,… mais aussi ésotériques. Nul doute que le fondateur et sa Fondation, qui détient la marque, ont su combiner leur intuition et leurs convictions à un solide sens des affaires.

Il importe d’être prudent face à une offre de développement et d’épanouissement certes séduisante, apparemment simple et spontanée, qui n’est en réalité que la partie visible d’un système « éducatif » très structuré. Les prospectus présentent la Biodanza comme une activité de loisir et de détente, elle n’est pas que cela.

Avec la Biodanza on est dans l’instant présent, au sein d’un groupe fusionnel (il est fortement conseillé de n’appartenir qu’à un groupe), la communication ne passant que par la gestuelle et le contact (il est interdit de verbaliser durant les séances, la réflexion et l’analyse ne sont pas les bienvenues), chacun serait libre de s’affirmer, sans peur et sans pudeur. On ne peut cependant pas exclure que s’installe une dépendance au groupe, que des pressions s’exercent subtilement provoquant des sentiments de culpabilité ou de violation de l’intimité.

Pour la psychologue sud-africaine Elma Maree, « si le principe de faire tomber les barrières et de libérer les émotions est sain, traduire un désir universel d’amour et d’affirmation dans une expression physique, potentiellement sexuelle, devient manipulateur et même nuisible. »

Revue de l’UNADFI, Bulles n° 134, 2° trimestre 2017.

http://www.unadfi.org/system/files/articles/La%20Biodanza.pdf

[1] Toutes les citations de l’article proviennent de sites internet du mouvement ayant le label « Biodanza Systema Rolando Toro »

[2] Terme espagnol, inventé par l’écrivain José Ortega y Gasset en 1923, pour traduire le vocable allemand « erlebnis » (l’expérience vécue).

La biodynamie

« Écologie profonde »,

ou gnose anthroposophique avançant masquée ?

Écho d’un New Age, « trahison du projet anthropologique de toute notre civilisation »  

La biodynamie, conçue il y a près d’un siècle par R.Steiner, philosophe occultiste, est l’avatar agricole de sa  « science spirituelle » l’ Anthroposophie . Très tôt implantée en Allemagne, elle a démarré en France en 1925, et connaît à l’heure actuelle un fort développement, notamment en viticulture, y compris dans les domaines les plus prestigieux.

Le texte suivant s’interroge sur l’efficacité réelle de ces pratiques, sur l’ignorance médiatique de leurs aspects ésotériques, et sur les risques de la progression d’une idéologie New Age masquée de multiples façons. Propos illustrés par le cas d’une célèbre vedette écolo-médiatique.

—————————

La biodynamie a connu une certaine actualité lors de la nomination de Mme Nyssen au Ministère de la Culture. Quelques années plus tôt s’était ouverte en Arles –aux côtés d’une école hors contrat dirigée par un anthroposophe– une sorte d’« université » privée, vouée à favoriser la diffusion1 de la biodynamie, au titre des méthodes alternatives de l’agro-écologie, tout en accueillant des producteurs désireux d’expérimenter sur de grands espaces. Plusieurs biodynamistes membres haut placés du Gœtheanum 2, étaient cités comme source de cette initiative.

OR LE CARACTÈRE ÉSOTÉRIQUE DE LA BIODYNAMIE EST INDISCUTABLE.

Elle est née des relations affirmées de Rudolph Steiner avec les mondes « supra-sensibles » et la supposée base de données occultiste de l’Akasha. Sans relater aucune expérimentation préalable, il prescrivit aux agriculteurs des préparations à utiliser sous forme de fortes dilutions « dynamisées», après avoir été « trans-substanciées »- dans les organes animaux les plus improbables, corne de vache, vessie de cerf, crâne d’animal domestique et autres, puis enterrées six mois. Il s’agissait de capter les forces vitales (éthériques et astrales) qui se matérialiseraient dans le calcium sous l’influence de la Lune, et dans la silice sous l’influence de Saturne. L’équilibre du sol serait restitué par des fumures chargées de forces spirituelles cosmiques grâce aux fameuses préparations. Les forces vitales se concentreraient dans l’azote et l’oxygène, mais « Steiner n’a pas été exhaustif sur ce sujet ». Je ne peux aller plus loin dans l’exposé de cette approche anthroposophique confuse, dont les adeptes eux-mêmes reconnaissent que le Maître leur a laissé des énigmes sur les arrière-plans spirituels des préparations comme sur la justification des « enveloppes animales ». Ils ignorent encore quelle planète favoriserait réellement la destruction des nuisibles traités par pulvérisation de leurs propres cendres, comme recommandé par les Textes.

UNE EFFICACITÉ INCROYABLE ?

Des résultats d’une « efficacité »  incroyable sont diffusés par le MABD (Mouvement d’Agriculture Biodynamique). En quelques mois la composition chimique et la structure des sols seraient magiquement améliorés dans des proportions considérables, après traitement par les «préparations» fortement diluées.

Plusieurs études universitaires américaines ont, depuis plusieurs années, récusé ces résultats, niant à la méthode un quelconque avantage sur une culture biologique bien conduite. Comme ex-pharmacien industriel, ayant des compétences en essais comparatifs contrôlés, je peux également mettre en doute ces effets, leur protocole exact n’étant pas diffusé. D’autres essais sont réalisés en Allemagne, mais sous le contrôle exclusif de la société anthroposophique. A toutes fins utiles sans doute, le MABD a reconnu une liste impressionnante de causes d’échecs, ce qui laisse déjà deviner l’aspect aléatoire de sa technique. Les échecs seraient dus aux circonstances planétaires, mais aussi à l’influence de l’agriculteur ou de l’observateur… en référence à la physique quantique.

Confirmant le peu de crédibilité des résultats présentés par les anthroposophes, plusieurs chambres d’agriculture françaises ont récemment mis en route des essais portant sur plusieurs années, et destinés à tester, en viticulture, l’éventuel avantage de la biodynamie sur une bonne culture biologique. Pour une méthode « révélée  par les dieux (sic)» il y a près d’un siècle, c’est pour le moins troublant. Alors même que fleurissent les formations officielles et que l’anthroposophie dispose déjà d’une fondation reconnue d’utilité publique pour son développement.

DES MÉDIA SANS CURIOSITÉ ou HYPNOTISÉS ?

Sur ce sujet, il semblerait que le moindre esprit critique ait déserté les média3 comme les autorités spirituelles. Serait-ce l’effet de la prétendue « spiritualité » de la biodynamie, la qualité de (certains) vins biodynamiques ou l’influence rassurante de personnages aussi médiatiques qu’un Pierre Rabhi devenu une star incontournable ? (j’y reviens plus bas). Faut-il croire que les journalistes, abusés, hésitent ensuite à contredire leurs précédents jugements, enthousiastes (comme Télérama) ou au moins dénués de la plus élémentaire curiosité ?

Quant aux média religieux, à part l’accueil très favorable du Père Auzenet (de la « Pastorale Nouvelles croyances, dérives sectaires » du Mans, dont le site a recommandé mon travail), je suis réellement surpris de l’absence de réactions de « La Croix », de la radio catholique RCF, et d’autres, ne tarissant pas d’éloges sur la viticulture biodynamique. Il est vrai qu’en 1999, Mgr Jean Vernette (chargé des sectes et nouveaux mouvements religieux), avait manifesté « respect et distance » envers cette anthroposophie, qu’il qualifiait « de gnose intelligente », en estimant que ses applications, (dont la biodynamie !), étaient « tout à fait novatrices ». En fait, son jugement concernait (c’est un autre aspect du problème4) essentiellement les écoles Steiner-Waldorf, alors soupçonnées de sectarisme et il n’avait visiblement guère d’informations sur la biodynamie.

INFILTRATION MASQUÉE CROISSANTE.

Diffusion de connaissances fausses sous alibi scientifique, la biodynamie apparaît souvent sous différents masques : Rudolph Steiner n’est plus un philosophe occultiste transfuge de la Théosophie, mais seulement un philosophe ; la qualification antinomique de son étrange science spirituelle se travestit en spiritualité laïque5, termes aussi injustifiés que les précédents ; la biodynamie, noyée dans une obscure agro-écologie, est fort peu exposée sous ses aspects ésotériques : les préparations, utilisées très diluées, sont présentées à tort comme relevant de l’homéopathie ; leur composition magique, rarement évoquée, est rapportée à des savoirs traditionnels ; les influences cosmiques ne relèveraient que de l’influence lunaire bien connue des anciens ; et les révélations de Steiner seraient issues de la phénoménologie de Goethe. Plus jamais on n’entendra cet aveu, dans les années 70, d’un des pionniers de la biodynamie en France, Xavier Florin : [le biodynamiste] « collera mieux à la terre et au ciel. Bref il s’exercera à redevenir toujours plus un paysan du Nouvel Âge ».

Enfin, comble de confusion, c’est au nom de la liberté d’expression qu’une pétition européenne dépassant le million de signatures, réclama, avec des personnalités écologiques, « l’opportunité de choisir des produits et des services anthroposophiques » au moment où les européens tentèrent de classifier et contrôler à juste titre les préparations biodynamiques, pour eux de simples « bio-stimulants ».

Ce serait manquer de compassion6 que de considérer comme un succès stratégique d’infiltration la création par Mme Nyssen de l’École du Domaine du Possible, présentée à l’origine comme devant appliquer diverses pédagogies alternatives, mais dont la direction fut confiée à un anthroposophe bien connu7, la déclarant « ancrée dans la pédagogie des écoles Steiner ».

Certes, mais peut-on ignorer que c’est bien un personnage public, notre Ministre de la Culture, qui ouvrit deux établissements à l’emprise anthroposophique, jusqu’à envisager d’y installer une école de danse anthroposophique, l’« eurythmie », assortie de cours de « formation de la pensée » et de « culture de la vie intérieure », confiés à des anthroposophes de haut niveau ?8

FAIRE RÉFLÉCHIR L’OPINION.

Nous sommes actuellement trois philosophes à tenter de faire réfléchir l’opinion à cette stratégie évoquant des comportements sectaires : Michel Onfray (in Cosmos9, en un chapitre entier « Théorie du Fumier Spirituel » ), Grégoire Perra, qui témoigne de son éducation et de trente années dans une école Steiner-Waldorf, et moi-même, qui alimente depuis plusieurs mois, un blog critique des textes mis en ligne par les anthroposophes. Tenant compte de certaines intuitions de R.Steiner, il a été tenté, afin de rester positif, de proposer à Mme Nyssen de pratiquer dans son « université » certaines expériences comparatives scientifiques précises, qui auraient permis d’authentifier la validité–ou non– des pratiques recommandées par R.Steiner. En vain, sans même l’accusé réception d’un courrier pourtant respectueux.

Il serait nécessaire que le public soit informé du développement progressif d’un mouvement occultant le caractère ésotérique d’objectifs qui concernent non seulement l’école, et l’agriculture, mais aussi la médecine, l’art, la religion et la politique (la bien peu démocratique « tripartition sociale »). Le développement de la biodynamie et l’affirmation incontrôlée, mille fois répété sur le Net, de son efficacité, cherche à entraîner l’adhésion à l’ensemble d’une gnose prétendument scientifique. Sa dimension commerciale ne doit pas non plus être ignorée, (très inférieure à ce qui se passe en Allemagne) : on peut citer le laboratoire homéopathique et de soins de beauté WELE DEMETER qui labellise les productions biodynamiques, au prix plus élevés.

UN APAISEMENT… MAIS A QUEL PRIX ?

Les viticulteurs biodynamistes se déclarent apaisés. Engagés à ne plus polluer, et acceptant de moindres rendements, ils manifestent à la fois confiance et respect envers leur terre et son environnement. Mais fallait-il pour cette prise de conscience, que se répande une pensée pseudo-scientifique, très New-Age, soumise aux prescriptions d’un gourou, au risque, à la longue, d’entraîner la disparition de tout esprit critique ?

DES ERREURS GRAVES DEVRAIENT DÉVALORISER DÉFINITIVEMENT LA « SCIENCE » ANTHROPOSOPHIQUE

Les Anthroposophes eux-mêmes ont été victimes, durant vingt années10, (1991-2011) de leur propre absence de jugement critique : Fidèles aux paroles sacrées du Maître, leur « École de Science de l’Esprit », fleur des initiés du Gœtheanum, a financé avec l’aide de WELEDA,  l’étude d’un moteur devant fonctionner aux forces éthériques, au sein d’une sorte de bunker suisse blindé comme un vaisseau spatial. Moteur qui, selon les propres termes de Steiner, devait abolir la nécessité « de 9/10èmes du travail humain ». Quant à ses révélations sur les origines du monde et l’astronomie, elles ne sont plus guère diffusées, sauf à titre de bévues ésotériques plutôt comiques. Pas plus que l’introduction de coquilles d’œufs dans certaines préparations biodynamiques, à seule fin d’arrêter les remontées radioactives en sol contaminé.

QUEL EST LE SENS DE TELLES DÉRIVES ÉSOTÉRIQUES ?

L’essor général de l’ésotérisme dans notre société résulterait-il de la quasi-impuissance des politiques, et des compromissions de tant de scientifiques prostituant leurs compétences à l’attrait d’un profit à court terme ? Les média qui dénoncent sans fin les dangers auxquels chacun est exposé, avec la complicité impuissante des citoyens impliqués dans les industries polluantes, n’ont-ils pas lancé une société déboussolée dans les bras de gourous soi-disant spirituels et supposés désintéressés, qui les exempteraient de tels risques ?

Le succès étourdissant de Pierre Rabhi me paraît emblématique. Je tiens d’abord à dire combien je veux respecter, au delà du sujet médiatique, la personne d’un paysan ardéchois au parcours digne d’éloges. Mais il me paraît, dans sa naïveté, être utilisé par des forces qui le dépassent : il fait le jeu de la diffusion d’une biodynamie en quête de reconnaissance pour l’intégralité de la gnose anthroposophique, tout en devenant l’alibi d’une société sans doute attirée par un parfum New-Age, et choyant sans vergogne son étrange prophète.

Il y a quelques années, Rabhi avait manifesté toute sa joie à la découverte de la biodynamie et de l’anthroposophie 11 : « Et là, ça a été la joie totale disant, (sic) enfin cette logique-là me convient ! ». On trouve encore sur le Net, parmi la multitude des vidéos de lui, celle où il enseigne les « énergies vibratoires émises par certaines planètes, captées par la terre et la vitalisant ».

S’ensuivit la dénonciation apocalyptique de la destruction de la terre sous la conspiration des marchands d’engrais et de pesticides12. Mais la dérive imprudente du nouvel anthroposophe fut signalée dans un rapport de la MIVILUDES13. « Notons par exemple la présence de Pierre Rabhi lors de la 5e  édition du congrès organisé à Reims par «Quantique Planète» congrès dans lequel se retrouvent les thématiques New Age  comme le «changement de paradigme», les «transmutations biologiques», la «médecine akashique» etc.» . Dès lors, cette joyeuse conversion sera abordée uniquement en terrain conquis, comme par exemple lors de la réception de Rabhi à l’école Steiner-Waldorf de Chatou.

Le paysan ardéchois, multipliant voyages et publications (chez Actes-Sud) sans désavouer ses convictions anthroposophiques, s’est alors fait le chantre d’un retour à la terre agro-écologique, et d’une sobriété heureuse. Sa société paysanne séculaire, ne vise pas l’émancipation de la condition humaine, mais plutôt une sorte de bien être individuel indéfini, car sans statut. La loi, le droit, Rabhi n’en parle jamais. Solution qu’il eut bien du mal à défendre lors de son interview à France-Inter (émission du 26 octobre 2017), par Léa Salamé, qui le qualifiait de paysan-philosophe, et insistait vainement pour comprendre:  « comment fait-on pour résister à la frénésie du monde quand on n’a pas de jardin ? »

Devenu la coqueluche de l’impudente jet-society [enquête de Vanityfair : à lire absolument], qui le finance largement –et à qui il sert de diversion écologique– soutenu par sa fille, fondatrice d’une école proche des méthodes Steiner-Waldorf et Montessori, il fonda alors un mouvement, tout naturellement sponsorisé par le laboratoire anthroposophique Weleda, les « Colibris », qui se définit ainsi : « Créé en 2007 sous l’impulsion de Pierre Rabhi, Colibris se mobilise pour la construction d’une société écologique et humaine. L’association place le changement personnel au cœur de sa raison d’être, convaincue que la transformation de la société est totalement subordonnée au changement humain. Colibris s’est donné pour mission d’inspirer, relier et soutenir les citoyens engagés dans une démarche de transition individuelle et collective ».

Cette exigence du changement personnel préliminaire à l’action citoyenne s’articule bien avec les appels au développement personnel ou à la réalisation de soi, rengaine de tous les mouvements du New Age. Je partage l’opinion du philosophe Michel Lacroix14, auquel j’emprunte une conclusion en forme d’avertissement : « Ma conviction au contraire est que le développement personnel ou la réalisation de soi doivent viser l’épanouissement de ce qui est  constitutif de notre nature : la raison et la capacité d’autonomie. Ce que Descartes appelle «je pense»: exercer notre volonté libre et notre raison, être en position critique par rapport aux idées, aux opinions, aux croyances.

(…) Le New Age regarde vers d’autres pouvoirs de connaissance que la raison, préférant l’intuition, la subjectivité, l’extase, la mystique, l’ésotérisme, les sciences occultes. Il cherche à développer des facultés parapsychologiques censées lui apporter des connaissances plus vraies que la science. C’est une trahison du projet anthropologique de toute notre civilisation. »

——–Jean-Pierre CAMBIER, 20/12/2017.

1Manuel de présentation de l’école : « Le domaine est également destiné à héberger l’université Domaine du Possible. Celle-ci mènera des programmes de recherche portant sur la généralisation des méthodes de l’agro-écologie. Elle accueillera également des formations afin de favoriser une diffusion plus large de ses méthodes : permaculture, agroforesterie, biodynamie, etc. »

2Le Gœtheanum (Dornach- Suisse), est le centre mondial de la sphère anthroposophique. Il s’agit de M. Jean-Michel FLORIN, codirecteur de la Section d’Agriculture de l’Université libre de science spirituelle. Et de René BECKER secrétaire général de la Société Anthroposophique en France.

3A l’exception de : Alain Tournebise, revue Progresssites, N° 17, oct 2017, « Le Charlatanisme à la Culture » .

4Thème abondamment traité sur le site de Grégoire Perra, qui témoigne de son éducation dans ce type d’école.

5 Une série de conférences sur ce thème avait été organisée à Arles, au printemps 2015, par Mme Nyssen, avec le concours de MM.Bodo von Plato, et J-M Florin, hautes personnalités anthroposophiques.

6 La rencontre de Mme Nyssen avec les anthroposophes aurait eu lieu à la suite du drame de la perte de son fils, qui mit fin à ses jours à l’âge de 18 ans, suite à de graves difficultés scolaires.

7M.Dahan, anthroposophe, ex-Délégué général de la Fédération Steiner-Waldorf en France. Il déplore « les programmes de l’État (…) construits sur une vision pseudo-scientifique du monde. Les élèves n’ont d’autre choix que de croire. C’est une forme de réponse religieuse à leurs questions métaphysiques. L’esprit critique est amputé d’une partie de ce qui le construit : l’observation sensible, intuitive et le temps de la méditation pour s’approprier des connaissances plutôt que d’y croire. ». Interview du Monde, 10 oct 2016, « le Domaine du Possible, une école pour faire bouger les lignes ». Opinion bien surprenante venant d’un disciple des thèses pseudo-scientifiques de Steiner...

8 tels que M.Bodo von Plato, membre du Comité directeur de la société anthroposophique universelle au Gœtheanum à Dornach (Suisse). 

9Michel Onfray, Cosmos, Éditions J’ai Lu, 2017, 2ème partie, 4. Théorie du fumier spirituel, pp 243-266.

10Linus Feiten, « Rudolph Steiner et la Technique : une étude » sur le site de la Société anthroposophique en France, le 2 mars 2016. Paru en décembre 2010 dans la revue Jupiter de la section mathématiques-astronomie de l’École de Science de l’Esprit au Goetheanum.

11 à la lecture de « la Fécondité de la Terre » d’un certain Pfeiffer, lequel était disciple de Rudolph Steiner, lequel était anthroposophe, etc, etc.. » (sic)….Transcription de la vidéo citée. L’ouvrage de Pfeiffer est « Fécondité de la Terre » réédité en sept 2016 par Actes-Sud, et préfacé par J-M Florin, déjà cité.

12Depuis des années, la vie des sols est prise en compte officiellement. De nombreux engrais contiennent des micro-organismes, et l’INRA (Genosol) dispose d’une mesure de l’ADN génomique global qui permet de suivre la qualité micro-organique des terrains. Ce qui, bien entendu, ne retire rien à l’urgence de lutte contre la pollution agricole.

13Mission Interministérielle de lutte contre les dérives sectaires, Rapport au 1er Ministre 2013, « le risque sectaire et Internet » , p.77, note 99.

14Interview de Michel Lacroix, par Mathieu Stricot, sur le site « Psychothérapie-vigilance ». Michel Lacroix est est agrégé de philosophie, docteur d’État et maître de conférences honoraire à l’Université de Cergy-Pontoise, auteur de nombreux ouvrages sur le développement personnel et le New Age.

La « mindfulness » peut conduire les catholiques à un « chaos spirituel »

Susan Brinkmann, qui fut une féministe du New-Age, nous met en garde dans une interview sur la dernière nouveauté en matière de méditation orientale, et nous fait part de sa préoccupation quant à l’essai de nombreux Catholiques d’ajouter les principes de la « mindfulness » dans leur oraison ou vie spirituelle. « Si quelqu’un vit actuellement dans la présence de Dieu, il n’a pas besoin de pratiques bouddhistes comme la mindfulness ». Les pratiques chrétiennes sont de beaucoup supérieures à ces méthodes simplement humaines, elles nous conduisent à la présence de Dieu, en qui nous rencontrons la vraie paix et la santé.

Elle sait bien ce que signifie chercher le bonheur dans des domaines équivoques et elle a dédié sa vie à partager la bonne nouvelle de sa foi catholique. Son dernier livre,  A Catholic Guide to Mindfulness met en garde sur les dangers de cette dernière nouveauté en méditation orientale, et offre aux Catholiques un lien plus profond et saint, enraciné dans la sagesse des saints et des docteurs de l’Église.

Brinkmann est maintenant une fervente Catholique, un auteur couronné par des prix, elle appartient au tiers-ordre carmélitain, elle est scénariste et présentatrice de programmes radio et télévision tels que Living His Life abundantly et Women of Grace. Nous reproduisons à suivre l’interview qu’a réalisée Patti Armstrong pour le National Catholic Register, traduite en castillan par Helène Faccia Serrano pour InfoVaticana (site espagnol, qui, contrairement à son nom, n’a rien à voir avec le Saint Siège.).

En premier lieu : en quoi consiste cette pratique chaque fois plus étendue de la pleine conscience ?

La « mindfulness » cache ses racines dans le bouddhisme et cherche à atteindre un état d’attention active et d’ouverture au présent, pour celui qui observe ses pensées et ses sentiments avec une certaine distance sans chercher à savoir s’ils sont bons ou mauvais. Bien que présentée comme une pratique non spirituelle utilisée comme moyen pour combattre le stress et l’anxiété, elle se pratique à travers différentes formes de méditations bouddhistes, comme la « méditation spatiale », « le scanner du corps », et la « méditation expansive de la conscience ». Entrer en communication avec Dieu ne fait pas partie des objectifs d’aucun de ces types de méditations.

Pourquoi avez-vous écrit ce livre ?

Ma préoccupation principale est la tentative de nombreux Catholiques d’intégrer les pratiques de la « mindfulness » dans leur oraison ou vie spirituelle. Ils croient que ce n’est pas une « pratique bouddhiste » mais une façon de se recentrer sur le « ici et maintenant ». Cependant, en le faisant au travers d’une des techniques de méditation disponibles – comme la « méditation spatiale » le « scanner du corps » ou d’autres — il est clair qu’ils entrent dans le règne des pratiques bouddhistes.

Beaucoup de catholiques commencent peut-être en gardant des pratiques distinctes, mais il y a une grande confusion en Occident sur la méditation orientale. Elle est différente de la méditation occidentale : l’une est un exercice mental, l’autre est un moyen pour se mettre à dialoguer avec Dieu. Beaucoup, sans s’en rendre compte, combinent les deux, ce qui a de nombreuses fois conduit à un chaos spirituel, à tel point que dans certains cas il a fallu recourir à un exorcisme.

Pourquoi est-ce que le mélange des pratiques peut constituer un problème ?

Comme je l’explique dans le livre, j’ai une expérience personnelle de tout ceci. Notre blog, « New-Age Q & A » dans Women of Grace a reçu récemment le message électronique d’une femme dont le mari a arrêté de prier le rosaire avec sa famille parce qu’il a compris que ce type de relaxation était plus reposante. Même si personne ne doit prier pour se relaxer, mais au contraire pour dialoguer avec Dieu, cet exemple démontre à quel point il est facile pour les gens, à différents stades de leur vie spirituelle, de tout confondre, sans même s’en rendre compte, et de s’éloigner de Dieu au lieu de s’en rapprocher.

Il y a des études sur les effets de la « mindfulness » ?

Il y a un intérêt de plus en plus grand dans le monde scientifique parce que les principaux moyens de communication ne font état que des études qui défendent les bénéfices de la « mindfulness », sans informer sur les études qui font état des résultats négatifs de cette pratique. Certaines études ont démontré que la pratique de la « mindfulness » peut s’avérer contre-productive avec des gens qui se concentrent trop sur l’instant, et laissent au loin leurs pensées, même les positives. Ça peut même amener les gens à se déconnecter plutôt qu’à se centrer, par exemple pour ceux qui finissent par avoir des pensées critiques sur des problèmes qui demandent à penser plus profondément.

Par ailleurs, une méta analyse de 18 000 études sur la « mindfulness » réalisée par des chercheurs de la John Hopkins Université en 2014 a montré que seules 47 d’entre elles étaient méthodologiquement correctes, c’est-à-dire seulement 0,0026 %. Des 47 considérées acceptables, la recherche n’a donné que des « preuves modérées » de diminution de l’angoisse, de la dépression et de la souffrance, mais très « peu de preuves » de l’amélioration de la santé mentale en relation avec la qualité de vie. Cette recherche a mené à des découvertes alarmantes sur les effets négatifs de la « mindfulness », ce qui m’a amenée à mettre cette information dans le livre, avec pour objectif de présenter un état plus complet de cette pratique, état que les gens ne reçoivent pas de ceux qui la défendent et la promotionnent.

Pourquoi est-ce que la « mindfulness » plaît aux gens ?

Il y a plusieurs raisons qui font que ça plaît aux gens. Tout d’abord notre société de plus en plus sécularisée a relégué les valeurs judéo-chrétiennes aux oubliettes, « personne n’a le souci de rien ». Il en résulte que de nombreuses personnes abandonnent les religions principales et alimentent la faim spirituelle qui en résulte autrement, et cela va d’un quelconque échantillon de philosophies pas chrétiennes et/ou au New-Age, jusqu’à l’occultisme.

Et puis il y a le besoin d’échapper à la pression de la vie moderne. Voici une autre raison pour laquelle les gens sont attirés par les pratiques de méditation orientale qui conduisent à des états altérés de conscience à travers l’usage de techniques faites pour vider et pour manipuler le mental. Ce qui donne aux gens une fausse sensation momentanée d’amélioration de leurs préoccupations.

Dans une époque où nous souffrons un niveau record de dépression et d’angoisse, qui ne voudrait pas échapper à ses problèmes un moment ? Il est clair que cela fascine les gens. Dans l’oraison chrétienne, ils ont aussi besoin d’affronter leurs problèmes, mais ils le font avec Quelqu’un qui, réellement, peut les résoudre. Dans la méditation orientale la solution est de s’échapper momentanément. Après, les problèmes vous rattrapent.

Troisièmement, avec tout le respect que je dois aux psychologues et aux autres qui encouragent cette pratique, sachez qu’il y a beaucoup d’argent à gagner dans des modes psychospirituelles comme la « mindfulness ». Nous avons vu le même schéma se produire dans le passé, avec le Reiki et « l’oraison centrante ». Une fois que ces modes ne sont plus d’intérêt public, nombreux sont ceux qui tentent de les exploiter pour gagner de l’argent avec.

Pour quelles raisons les alternatives catholiques sont-elles supérieures ?

Si quelqu’un vit actuellement en présence de Dieu, il n’a pas besoin de pratiques bouddhistes comme la « mindfulness ». Les pratiques chrétiennes sont de beaucoup supérieures à ces méthodes purement humaines, elles qui nous conduisent vers la présence de Dieu, en qui nous trouvons la vraie paix et la santé.

Au lieu d’échapper momentanément à l’angoisse, l’alternative chrétienne de l’oraison offre une solution vraie à l’angoisse et une transformation permanente. La pratiquer est une solution facile ; d’un autre côté c’est une opportunité à long terme pour un développement personnel exponentiel jusqu’à la fin ultime de notre existence sur cette terre, l’union avec Dieu.

Quand nous atteindrons la cime de notre union avec Lui sur terre, nous aurons été totalement transformés en une autre créature, ce ne sera pas seulement une amélioration de l’ancienne. Quand nous serons unis avec notre Créateur, nous nous transformerons finalement en ce que nous devions être depuis la nuit des temps. C’est une grâce qui dépasse toute compréhension.

Peut-on être un bon Catholique et pratiquer la « mindfulness » ?

Tout dépend de ce que vous voulez dire par « bon ». Les bonnes personnes se trompent tout le temps. Des personnes pleines de bonnes intentions ont recours à des méthodes pour se sentir bien à tout moment, mais ces méthodes peuvent être préjudiciables spirituellement.

Si avec cette pratique, tout ce que tu fais c’est de te centrer personnellement quelques minutes sur la tâche que tu as entre les mains, il n’y a pas de problème. Mais si tu es engagé dans les méthodes typiques pour pratiquer la « mindfulness », méthodes qui impliquent toutes un certain type de méditation, alors tu cours le risque de voir s’altérer tes états de conscience, ce qui te rendra vulnérable psychologiquement, voire être influencé par des entités spirituelles.

Les Catholiques ne doivent pas s’impliquer là-dedans, même si un médecin le recommande, car d’assez nombreuses études démontrent que cela leur est préjudiciable. C’est la raison pour laquelle de plus en plus de chercheurs mettent en garde contre cette pratique.

Si un Catholique veut pratiquer pour être en « pleine conscience » je recommande dans mon livre qu’il commence par La pratique de la présence de Dieu qui fut introduite au XVIe siècle par un humble carme français, le frère Laurent de la Résurrection*. Non seulement il enseigne à être fermement ancré dans le présent, mais aussi à vivre continuellement conscients de la présence de Dieu en nous.

Il nous enseigne à vivre toujours dans le moment présent pour répondre ainsi au désir de Dieu dans chacun des moments de notre vie. Il y a une grande différence entre un état de « conscience » stérile et le sentiment profond d’extase que nous rencontrons pendant que nous profitons de la présence du Créateur de l’univers.

Parlez-moi des retraites et des conférences que vous avez appelées « l’alternative catholique à la « mindfulness » ».

Mes retraites ont été créées dans le but d’enseigner aux gens comment rentrer dans la pratique de la présence de Dieu et le sacrement du moment présent dans leurs vies. Ils auront lieu à la Casa de Fatima à Bedminster, Pennsylvanie, les 16 et 17 février, le 23 et le 24 mars ; mais aussi dans la Casa de retraite de Malvern, en Pennsylvanie, les 9 et 10 juin de cette année. Nous allons en planifier d’autres.

Source : National Catholic Register. Traduction : Isabel Lorans et D. Auzenet

* http://www.carmel.asso.fr/Son-Message,218.html

http://www.fsc-canada.com/formation_continue/lectures/2016-03-16-ethier.pdf

La Méditation Transcendantale

Technique mentale de relaxation, la Méditation Transcendantale (MT) a donné son nom à une puissante organisation internationale présente dans plusieurs dizaines de pays à travers de nombreuses structures, et dont la promotion est de plus en plus souvent assurée par les médias, mais aussi par des personnalités connues, dont il n’est pas interdit de se demander s’ils connaissent vraiment le mouvement.

Dans la revue BULLES, n° 136, 2017, pp. 14-20

Historique

Mahesh Prasad Wama (1917 ou 18-2008), plus connu sous le nom de Maharishi Mahesh Yogi est né en Inde. En 1940, après des études de physique à l’université d’Allahabad, il se tourne vers l’enseignement spirituel et devient disciple de Swami Brahmananda Saravasti Maharaj, alias guru Dev, leader spirituel d’un monastère. Après la mort de ce dernier, en 1953, Mahesh Prasad Wama entreprend de diffuser le savoir de son Maître lors de rassemblements dans divers endroits du sud de l’Inde. Il y enseigne une méthode simple et accessible à tous en vue d’atteindre le « Nirvana instantané ». Rapidement il forme le projet (pour le moins) ambitieux d’« ouvrir les portes de l’illumination à chaque individu et amener l’invincibilité, la paix, la prospérité et le bonheur à tous les pays ». En 1958, il prend le titre de Maharishi[1] et lance en Inde le Spiritual Regeneration Movement, « Mouvement pour la régénération spirituelle » dont l’objectif est la diffusion de cette méthode de méditation, qui serait issue d’une lignée de maîtres et qu’il aurait redécouverte.

En Inde, Maharishi ne suscite pas l’enthousiasme et, à partir de 1959, le mouvement s’internationalise avec des activités aux États-Unis et en Grande-Bretagne, puis des tournées mondiales de Maharishi, l’ouverture de centres locaux et la formation des premiers instructeurs de Méditation Transcendantale. À travers la création, aux États-Unis en 1966, d’une association s’adressant plus spécialement à la population universitaire, l’intérêt pour la méthode grandit. Le soutien de célébrités du monde du spectacle (les Beatles surtout) contribue au succès d’une pratique qui, adaptée à l’Occident, s’apparente à une technique de mieux-être dotée de vertus thérapeutiques.

En 1969, Maharishi commence à former des enseignants de MT, à Seelisberg (Suisse), nouveau siège mondial du mouvement. Il inaugure un cours de Science de l’Intelligence Créative. Les années 1970 voient le développement mondial du groupe et la création de sa propre université à Fairfield (Iowa), la Maharishi International University (MIU), devenue la Maharishi University of Management (MUM). En Europe le mouvement ouvre des centres dans plusieurs pays, dont le Maharishi European Research University (MERU) à Seelisberg (aujourd’hui au Pays-Bas).

En 1972, Maharishi annonce son Plan mondial pour « l’âge de l’illumination » et constitue le World Plan Executive Council pour mettre en œuvre son projet de résoudre au cours de cette génération les problèmes séculaires de l’humanité en créant dans le monde entier un centre de MT par million d’habitants.

Dans les années 1980-1990, plusieurs opérations contribuent à faire connaître les ambitions du mouvement comme la réunion, en 1984, de 7 000 adeptes rassemblés à la MIU de Fairfield pour une méditation de masse en vue de réduire crimes et accidents, faire remonter la Bourse et alléger les tensions mondiales ; ou l’offre faite au Président Bush d’engager 7 000 méditants « dans l’armée ou autre part » pour ramener les otages détenus au Moyen-Orient.

Fondé en 1992 sur la « Loi naturelle » redécouverte par Maharishi, le Natural Law Party préconisait l’utilisation des techniques de la MT et du programme TM-Sidhi (vol yogique) pour réduire ou éliminer les problèmes dans la société. En France, les candidats de ce Parti de la Loi Naturelle ont participé à quatre élections entre 1993 et 1999.

En 2000, Maharishi proclame l’établissement du Pays Mondial de la Paix sur Terre (Global Country of World Peace ou GCWP) « pour créer la paix globale du monde en unifiant toutes les nations dans le bonheur, la prospérité, l’invincibilité et la santé parfaite, tout en soutenant la riche diversité de notre famille mondiale. » Pays virtuel sans territoire ni frontières[2], le GCWP englobe l’ensemble des initiatives liées à la « totalité de la loi naturelle ». Tony Nader est nommé Maharaja Adhiraj Rajaraam, premier souverain régnant.

Maharishi est décédé le 5 février 2008 à Vlodrop (Pays-Bas), ses funérailles se sont déroulées dans son ashram d’Allahabad, en Inde, en présence d’autorités de l’État.

En soixante ans, la technique de base a été enseignée à des millions de personnes à travers le monde, le mouvement a initié de multiples programmes basés sur l’interprétation par Maharishi des traditions védiques, ouvert des centres, des écoles, des universités et des entreprises aux États-Unis, en Europe et en Inde.

Doctrine et pratique

Principes

Ni religion, ni philosophie, ni mode de vie, la Méditation Transcendantale se présente comme une « technique permettant à tout homme d’harmoniser sa vie spirituelle intérieure avec les splendeurs de la vie matérielle extérieure et de trouver Dieu en lui-même »[3].

Les principaux éléments théoriques de la pensée de Maharishi, contenus dans ses écrits, constituent la Science de l’Intelligence Créatrice, qui réunit la « Science védique » (selon Maharishi) et la science moderne. Toutes les manifestations, y compris les pensées, ont une même source : l’Être pur, aussi nommé absolu, ou champ unifié de la Loi naturelle (en référence à la science physique). L’homme qui n’a pas de contact direct avec l’Être vit de manière superficielle et son potentiel n’est pas utilisé de manière optimale.

Selon Maharishi, la MT est l’instrument qui va lui permettre de faire l’expérience de l’Être : la technique, par l’état de détente qu’elle procurerait, permettrait à l’esprit d’atteindre progressivement la Source d’une pensée, « le domaine de l’Être ». Un tel contact régulier lui permet d’accéder à un quatrième état de conscience (au-delà des états de veille, sommeil et rêve) : la conscience transcendantale ou conscience pure. Des niveaux de consciences supérieurs, la conscience cosmique, la conscience cosmique raffinée et la conscience-unité (stade de l’illumination) pourraient être ensuite atteints.

Pratique

Tout le monde peut pratiquer la MT quel que soit son âge (technique adaptée pour les jeunes enfants). Différente de toutes les autres méditations, la méthode est apprise auprès de « professeurs qualifiés qui enseignent de la même manière systématique depuis des millénaires (sic) ».

L’apprentissage de la MT suit une procédure normalisée, en sept étapes réparties sur quelques jours, le cours durant au total environ neuf heures. Strictement individuelle, l’instruction personnelle au cours de laquelle est enseignée la technique elle-même est en fait une cérémonie rituelle (puja) d’initiation au cours de laquelle l’instructeur récite un texte en sanskrit puis remet au nouvel initié un mantra spécialement choisi pour lui, en lui indiquant comment l’utiliser.

Le contenu de ce cours est confidentiel ainsi que te mantra remis par le professeur, celui qui le reçoit s’engage à ne pas le révéler. La MT ne peut être transmise qu’à travers ce processus très normalisé : « C’est une pratique très spécialisée et délicate. Il est important qu’elle soit apprise uniquement d’un professeur autorisé relevant d’un Centre du Plan Mondial », dit Maharishi. Cet apprentissage coûte 890 € (450 € pour les étudiants)[4].

Après cette initiation, la MT se pratique matin et soir pendant 15 à 20 minutes, les yeux fermés. Un suivi de plusieurs mois est proposé et encouragé, pour contrôler que la méditation est correctement pratiquée.

La formation de professeur se déroule sur plusieurs mois de façon continue, son prix (élevé) dépend de l’endroit où elle s’effectue.

Selon le mouvement, la pratique régulière procure de multiples bienfaits sur le plan personnel : gestion du stress, amélioration de la santé, développement de la mémoire, de la concentration et de la créativité, meilleures relations professionnelles. Mais la MT aurait aussi des effets bénéfiques sur le plan collectif, grâce à l’Effet Maharishi mis en avant par l’organisation : la pratique de la Méditation Transcendantale par un nombre suffisant de personnes (plus de 1 % de la population d’une ville, par exemple) permettrait de diminuer le nombre de crimes, d’accidents et de maladies.

Introduit en 1976 comme une « technique avancée », le programme TM-Sidhi, comprenant le vol yogique (Yogic Flying), améliorerait la santé et la réflexion grâce à la purification du système nerveux. Sa pratique collective par un groupe de personnes supérieur à la racine carrée de 1 % de la population considérée, produirait l’Effet Maharishi étendu, en diminuant sur la région les tendances négatives (conflits, terrorisme…) et renforçant les tendances positives grâce à la « cohérence dans la conscience collective »[5].

Le mouvement met en avant de très nombreuses études sur les effets bénéfiques de ces pratiques, mais selon l’Académie Royale de Médecine de Belgique « il n’existe actuellement aucune preuve solide montrant une supériorité de la MT relativement à d’autres formes de méditation. Il n’existe non plus aucun argument théorique qui permettrait de supposer une supériorité de cette forme de méditation. Les affirmations du mouvement MT quant à une supériorité scientifiquement établie de leur forme de méditation sont donc totalement erronées. »[6].

L’organisation

Avec l’établissement, en 2000, du Pays Mondial de la Paix sur Terre (GCWP), le mouvement s’est doté d’une organisation centralisée, considérée comme sans défaut et immuable, ayant à sa tête le Maharaja désigné par Maharishi (Tony Nader). Il est assisté pour diriger le Pays par un premier ministre et douze ministres, chacun responsable d’une branche d’activité, et d’un conseil de Rajas dont le rôle est la propagation des programmes du mouvement dans une région géographique déterminée. Sur le plan national, l’administration est structurée de la même façon : un administrateur nommé, assisté de douze administrateurs, un par branche d’activité.

Les femmes n’ont pas accès à ces postes, mais l’Organisation Mondiale Mère Divine (Global Mother Divine Organization) s’occupe particulièrement d’initiatives pour les femmes dans l’éducation, la santé, la culture et les arts.

Le siège international est au Pays-Bas, à Vlodrop. Etablie en 2001, la Maharishi Global Financing Research, fondation de droit néerlandais, a pour but de servir de trésorerie au GCPW. Elle a lancé sa propre monnaie, le Raam, destinée à devenir « la monnaie mondiale du développement du Pays Mondial de la Paix sur Terre », convertible aux Pays-Bas et à Maharishi Vedic City (Iowa).

Le site du GCWP est à lui seul le reflet des ambitions démesurées du mouvement, dont le projet de créer la paix mondiale « en unifiant toutes les nations dans le bonheur, la prospérité, l’invincibilité et la santé parfaite » se décline dans tous les domaines de la vie des individus comme des collectivités. De nombreuses structures ont ainsi vu le jour, telles que Maharishi International University (Fairfield, Iowa, USA), Maharishi European Research University (MERU), Maharishi University of Natural Law (GB), Maharishi Vedic University, Maharishi Vedic Education Development Corporation, basée à Maharishi Vedic City (Iowa) qui gère les licences des nombreuses marques déposées du mouvement[7]. Dans un article du Times en 2008, la fortune du groupe était estimée à 3,5 milliards de dollars.

Parmi les domaines d’application, citons :

  • La santé, avec le Maharishi Ayurveda ou « Approche védique Maharishi de la santé ». Des cours de base pour tous sont proposés (lecture du pouls, prévention, alimentation, Yoga Maharishi, tarif 300 €)[8], l’organisation possède aussi des centres de santé ; la société Maharishi Ayurveda Products India produit des préparations distribuées par des entreprises du mouvement.
  • L’éducation, avec un programme « Education fondée sur la conscience », la théorie du « champ unifié » de la Loi naturelle éclairant l’enseignement de différentes disciplines. Quelques établissements existent à travers le monde, et le mouvement cherche à en établir d’autres. Mais le projet est aussi d’introduire dans toutes les écoles des séances de MT pour les enseignants et les élèves.
  • L’architecture, avec le Maharishi Sthapatya Veda, ensemble de principes architecturaux régissant la construction de bâtiments. Selon le mouvement, la plupart des bâtiments des grandes capitales sont mal orientées, ce qui entraîne une augmentation du stress collectif et engendrera, à terme, « criminalité, terrorisme, catastrophes naturelles ».

Propagande et lobbying

Objectif principal du mouvement, l’ambition initiale de Maharishi d’amener paix, invincibilité et prospérité au monde entier est au cœur de la communication du GCWP qui possède plusieurs médias : une maison d’édition, MUM Press (Maharishi University of Management press), Maharishi Channel (chaîne de télévision diffusée via internet et le satellite), KHOE radio.

Mais c’est surtout à travers des campagnes menées par diverses associations et fondations et des opérations ciblées que le mouvement a toujours fait sa propre promotion :

  • Dans les années 1980-1990, plusieurs tentatives d’infiltration au niveau du pouvoir en Roumanie, en Zambie, au Mozambique.
  • Le Parti de la Loi naturelle qui aurait été actif dans soixante-quatorze pays, la Maharishi Foundation (GB), enregistrée comme organisme de bienfaisance (charity), organisation aux Pays-Bas du congrès international d’Ayurveda, présidence de l’Union Mondiale des Scientifiques pour la Paix (Global Union of Scientists for Peace — GUSP).
  • La Fondation David Lynch, le cinéaste étant un soutien inconditionnel du mouvement et ne manquant jamais l’occasion d’en faire la promotion. Décoré de la Légion d’Honneur par le président Nicolas Sarkozy, David Lynch avait profité de la rencontre pour essayer de convaincre le Président de la République « qu’il suffirait d’unir les ondes positives d’un millier d’adeptes en France pour vaincre le chômage et la criminalité ». La fondation finance la mise en œuvre institutionnelle de programmes axés sur la méditation transcendantale auprès de publics en difficulté.
  • Actuellement, la pénétration du monde économique se développe à travers des stages de MT, technique censée améliorer l’efficacité individuelle et la rentabilité. Récemment, l’organisation a réussi à être intégrée dans le programme interne de formations à destination des fonctionnaires de la Commission européenne.

 

Pour conclure

La MT se présente comme une méthode « simple, naturelle, ne nécessitant aucun effort et se distinguant des autres techniques de méditation ou de relaxation par une absence totale de concentration et de contemplation », accessible à tous ; en réalité elle ne s’adresse pas à tous, l’initiation et les activités coûtent cher et ciblent un public économiquement favorisé chez lequel la pratique a tout pour induire un sentiment de « supériorité et triomphe », clairement illustré par les affirmations lues sur tous les sites du mouvement.

« Une étude comparative objective a été menée sur la Méditation Transcendantale et sur d’autres techniques de méditation. Ses conclusions sont on ne peut plus claires : ce n’est tout simplement pas comparable. »[9].

Comment, avec ses prétentions démesurées et uniformisantes, la Méditation Transcendantale pourrait-elle être l’instrument d’une paix entre les individus et entre les pays ?

Notes

[1] Maha = grand et rishi = voyant

[2] Plusieurs tentatives pour fonder un état indépendant, en Afrique, Asie ou Amérique du Sud, ont échoué.

[3] Maharishi Mahesh Yogi, La science de l’être et l’art de vivre, Paris, Editions Robert Laffont, 1976, p. 31.

[4] http://mt-maharishi.com/apprendre.html

[5] http://www.sante-conscience.fr/effet-maharishi

[6] CIAOSN, 12 octobre 2009, Avis concernant la Maharishi Global Financing Research Foundation/ Méditation Transcendantale http://www.ciaosn.be/avis091012.pdf.

[7] https://maharishivediccity-iowa.gov/

[8] http://www.ayurveda-maharishi.fr/

[9] https://tmhome.com/learn-to-meditate/france-transcendental-meditation-tm/

Le Centre de gravité professionnel

Ouverture

Dans notre époque souvent difficile sur le plan économique, les jeunes comme les adultes cherchent leur place, tant dans la société que dans l’entreprise.

Pour les jeunes, il s’agit de choisir un cursus d’études supérieures qui sera une porte d’entrée dans la vie active. Ce choix doit correspondre le mieux possible aux potentiels, aux compétences et aux aspirations de chacun.

Pour les adultes en reconversion, il s’agit d’abord de réaliser un bilan des expériences professionnelles antérieures avant de construire un nouveau projet, en continuité ou en rupture.

C’est dire si l’enjeu du travail du consultant en orientation est important! Quant aux candidats à l’orientation, ils doivent faire leur choix dans une offre un peu opaque où le meilleur côtoie l’approximatif.

Il nous a semblé utile d’apporter des critères de discernement sur une de ces méthodes en particulier. En effet, l’analyse du Centre de Gravité Professionnel (CGP) séduit de nombreuses personnes, dans le milieu chrétien notamment.

Notre objectif est d’éveiller à quelques questions fondamentales afin que chacun puisse mener sa propre réflexion et faire un choix éclairé sur la méthode et le professionnel avec lequel il discutera de ses projets d’avenir.

Le document que vous avez sous les yeux ne prétend pas proposer une analyse exhaustive de la méthode CGP, ni de la biographie de son concepteur. A plusieurs, nous avons tenté de mettre en évidence certains points, à la lumière des contenus disponibles sur internet et à la lecture de deux livres de la méthode CGP : La personnalité professionnelle, Tome I et II (édition de l’Harmattan).

Bien évidemment, le lecteur reste libre d’avoir un point de vue différent de celui que nous proposons.

NB : Cet e-book est le fruit d’un travail de recherche collectif. Il a été mené par des personnes qui aiment réfléchir et questionner les idées qui sont dans l’air du temps. Leur désir est de partager leurs interrogations afin de permettre à chacun de se forger sa propre idée.

Robert Jourda, l’inventeur

L’inventeur du concept de Centre de Gravité Professionnel et fondateur de l’Institut de la Vocation (Lyon), Robert Jourda, est peu bavard sur sa formation : il revendique une formation commerciale supérieure, trois ans de fac de psycho, une psychanalyse et de nombreuses intuitions personnelles. Il ne donne dans la littérature accessible aucune indication sur les fondements de sa méthode. Cette méthode est largement expliquée dans ses ouvrages sur la personnalité professionnelle.

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=auteurs&obj=artiste&no=8714

On pourra écouter sa conférence sur youtube intitulée « homo creator« . Il y raconte la genèse du concept d’homo creator, homme créateur, qui serait pour lui le dernier stade de l’évolution humaine, compromis entre les forces naturelles et notre désir de faire des choses à notre manière.

Jourda est actuellement président du Rassemblement des Astrologues Occidentaux, dont le but est de « donner une déontologie à l’art de l’astrologie ».

Le rassemblement des astrologues occidentaux a organisé en 2016 un colloque intitulé : «Comment trouver sa vocation grâce à l’astrologie ? », thème qui rejoint directement les préoccupations de R. Jourda.

On trouve aussi un livre écrit par lui sur le « le thème astral de Jésus ».

Sur le site du Rassemblement des astrologues occidentaux, nous trouvons plusieurs articles de Robert Jourda traitant de l’astrologie en lien avec d’autres thèmes.

http://www.astrologie-rao.com/revue-3711/rechercher-un-article/

Nous lisons dans un article intitulé « La Causalité astrale » :

« Je soutiens qu'il y une causalité astrale qui régit la vie humaine. »

« Tout le monde est d'accord pour constater que l'homme a, de tout temps, projeté dans le ciel tout ce qui naissait dans son psychisme. Est-ce à dire que les attributs astrologiques de Saturne sont de l'arbitraire total ? Non bien sûr. Ils sont au contraire particulièrement pertinents. Ce ne sont pas des concepts qui sont passés par la tête des hommes, comme ça par hasard, ce sont à proprement parler des propriétés de la planète qui ont été constatées sous la forme d'états et de comportements humains.

Quand Ptolémée écrit que Saturne "fait ceux qui ont un grand soin de leur personne, qui sont graves, pensent profondément, qui sont tristes, solitaires, laborieux, impérieux, (...)", il affirme ce que lui et ses prédécesseurs ont observé. Il ne dit pas que Saturne donne l'image de, il dit que Saturne fait. Les planètes ne sont pas des symboles, elles n'ont aucun pouvoir de représentation abstraite des propriétés qu'on leur attribue, elles sont des énergies fonctionnelles en action et en interaction, entre elles, et en direction de la Terre. »

« Pratiquer l'astrologie, ce n'est pas appliquer et combiner une série de règles qui énoncent des causes célestes qui produisent des effets terrestres, c'est établir une correspondance, au moyen de symboles et par le raisonnement analogique, entre une situation céleste d'une part et une situation terrestre d'autre part. La carte du ciel que l'on dresse ne décrit pas le système causal de, par exemple, la personnalité de quelqu'un, elle donne une image de cette personnalité. Par exemple, votre Neptune de naissance révèle que le déterminisme terrestre a fait de vous quelqu'un d'un peu brouillon. »

Plus loin, nous avons encore cette analyse :

« Que les astres lointains et même le cosmos le plus reculé (les portions de ciel du zodiaque) exercent une action sur notre être et ses manifestations, je sais que c'est inouï et qu'aucune radiation/onde/vibration n'est décelable et a fortiori mesurable, mais les effets de cette cause sont parfaitement identifiables et nous les identifions depuis des milliers d'années : quand va- t-on cesser de refuser d'analyser ces observations sous prétexte que leur cause est inouïe ? »

Commentaire :

Nous émettons une première réserve pour une démarche qui ne se place pas une dans une lignée issue des sciences humaines validées. Dans sa conférence sur « l’homo creator », Robert Jourda plaide pour le syncrétisme de sa démarche, il a compilé de nombreux ouvrages et a inventé son propre chemin.

Chez Jourda, « la personnalité professionnelle est le type de de contribution que l’individu porte en lui de manière innée » (Tome I, p. 43), il y a là comme une sorte de déterminisme qui est présent dès la naissance. Ce postulat est cohérent avec le discours qu’il tient dans ses réflexions astrologiques.

Nous pensons qu’il est difficile de vouloir distinguer une méthode ou une œuvre de son fondateur. Or, le fondateur de CGP pose question.

Ci-dessous, représentation du thème astral d’une personne

L’institut de la vocation

«Vocation et personnalité professionnelle sont une seule et même chose, l’actualisation sur le plan socio-professionnel de la pulsion de transformation du monde extérieur » (Tome I p. 43)

Les praticiens en CGP sont formés au sein de « l’Institut de la Vocation » basé à Lyon.

La formation comprend 2 sessions de 2 jours, soit 4 jours au total.

Un logiciel acheté 2500 € auprès de l’institut de formation permet de calculer automatiquement les résultats du questionnaire et d’éditer le texte d’analyse standard du type de Personnalité Professionnelle correspondante.

Les chapitres suivants sont une analyse de la présentation du CGP à partir des informations présentes sur le site de l’Institut de la vocation en janvier 2017.

Les énergies fonctionnelles

Le principe à la base de cette approche stipule qu’en situation de travail chaque individu est animé par une « pulsion de transformation du monde ». Pour transformer le monde, quatre énergies seraient à l’œuvre, présentes à des degrés divers en chacun de nous. (Site internet)

Voici ce que dit le site internet de l’institut de la vocation :

« Qu’est-ce qu’une énergie fonctionnelle ?

Le mot "énergie" se réfère au constituant fondamental de la matière sous toutes ses formes et le mot "fonctionnelle" évoque la différenciation que peut revêtir une énergie (par exemple pour l’électricité : énergie calorique, énergique magnétique, énergie cinétique). En Analyse CGP, ces différenciations concernent et l’énergie d’expression de soi, et l’énergie de transformation du monde qui est le constituant fondamental de la personnalité professionnelle.

Il y a quatre différenciations. Elles ont été nommées respectivement : Fantasme, Règle, Pensée et Milieu.

L’énergie fonctionnelle "Fantasme" est, en termes simplifiés, le besoin de libre-expression-de-soi.

Elle est appariée à l’énergie fonctionnelle "Règle" qui se définit, toujours en termes simplifiés, comme le sens des lois qui gouvernent la Nature et la Société. Ces deux énergies agissent en opposition. Il est convenu de les représenter sur un axe vertical (axe des ordonnées).

Sur un axe horizontal, croisant le précédent, (axe des abscisses) on fait figurer d’une part l’énergie fonctionnelle "Pensée" qui se définit comme la capacité/besoin d’analyser rationnellement le monde.

À l’opposé et en opposition de force, on place l’énergie fonctionnelle "Milieu", abréviation de « Adaptation au Milieu », qui se définit comme le besoin-capacité d’adaptation instinctuelle aux réalités.»

Commentaire :

Les énergies sont présentées sous forme d’un graphique, ce qui donne à la personnalité professionnelle une apparence mathématique, c’est-à-dire une apparence d’évidence, d’objectivité, mais on ne sait pas d’où viennent ces quatre composants, ni comment la représentation a été mise en place.

Le postulat des énergies fonctionnelles ne fait aucune référence à une théorie reconnue des sciences humaines. Or c’est à partir de ces différents types d’énergie que l’analyse CGP prétend classer les personnalités et orienter les choix d’études et de carrière.

La notion d’énergie comme constituant de la matière qui aurait une influence sur les êtres et les choses se retrouve dans les pratiques de la famille du magnétisme.

Le centre de gravité

Les énergies sont reliées à des « pulsions », elles-mêmes mises en lien avec des catégories « d’intelligence ».

Le terme « pulsion » est utilisé ici sans que l’on sache précisément ce qu’il recouvre. Or, selon le Larousse, il s’agit d’une « force à la limite de l’organique et du psychique qui pousse le sujet à accomplir une action dans le but de résoudre une tension venant de l’organisme. » Ce terme fait son apparition avec la psychanalyse de Freud.

Ici, la pulsion est reliée avec l’intelligence, selon le Larousse, la « qualité de quelqu’un qui manifeste dans un domaine donné un souci de comprendre, de réfléchir, de connaitre et

qui adapte facilement son comportement à ces finalités. »

Le couplage de R. Jourda entre la pulsion où le libre-arbitre est absent d’une part, et l’intelligence, où la personne agit ses liens personnels pour trouver des solutions d’autre part, rend la démonstration du fondement de CGP encore plus opaque.

Voici le descriptif en ligne :

« Les lettres-codes des quatre énergies sont : F R P M.

A partir de ces 4 sortes d’énergie, Robert JOURDA, fondateur de l'Institut de la vocation et inventeur de l'outil CGP, a répertorié quatre pulsions de nature différentes :

• Le Fantasme lié à l'intelligence émotionnelle

• La Règle liée à l'intelligence normative

• La Pensée liée à l'intelligence rationnelle

• Le Milieu lié à l'intelligence instinctuelle



Selon lui, ces pulsions agissent en proportion variable chez tout individu immergé dans un contexte socio-professionnel. Un centre de gravité est le point sur lequel un corps se tient en équilibre dans toutes ses positions. Le point d'équilibre de ces forces est identifiable et représentable graphiquement. On dit, en raccourci, que c’est le CGP de la personne et que ce CGP définit sa personnalité professionnelle et met en évidence le lien qui existe entre personnalité et activité professionnelle.

Le Test CGP est un indicateur typologique. Les types de personnalité professionnelle sont fixés à l’avance : une personne appartient nécessairement à tel type à l’exclusion (relative) de tous les autres. Le Test n’a pas besoin de beaucoup de questions pour déceler cette appartenance à un type. A la performance technique - une identification claire et précise, et uniquement sur le terrain de la compétence au travail - l’Analyse CGP allie la rapidité d’exécution. »

Commentaire :

Les promesses du CGP sont de l’ordre d’une identification d’un type de personnalité signant pour un individu donné l’appartenance à une catégorie déterminée (on en compte 321, chiffre avancé lorsqu’on objecte que l’être humain ne peut se résoudre à des catégories). Il est même prévu une typologie pour ceux qui détestent les tests ! On rencontre 5 cas identifiés d’indétermination totale, c’est-à-dire de gens pour lesquels « la conscience de ce pourquoi on est fait n’a pas pu se faire, et le test CGP les détecte impitoyablement » (tome II,p. 49). Que faire pour le jeune dans ce cas-là ? Pourquoi ce côté impitoyable du test ? L ’indétermination serait-elle un dysfonctionnement à traquer ?

Il n’est pas évoqué le fait que la personnalité d’un individu puisse évoluer tout au long de la sa vie, l’appartenance à un type donné semble non seulement fixée par avance mais définitif. Cela contredit le simple bon sens qui veut que les expériences nous permettent d’évoluer en termes de centres d’intérêts, de compétences, de manière d’agir.

Serions-nous donc prédéterminés dès l’adolescence, voire dès la naissance ? Notre façon d’être et de faire est-elle similaire à 15 ans et à 45 ?

Cette personnalité, issue du centre de gravité trouvé sur le diagramme, est donnée, il convient de la faire émerger si elle a été enfouie : « l’important est de comprendre pourquoi l’accompagnement parental a pu permettre le développement d’une personnalité professionnelle tout en en empêchant la conscience claire » (tome II p. 51). C’est le rôle de l’analyste CGP, qui seul a la clé du diagramme. Il devient même un « parent de substitution ».

Comment admettre que l’analyste CGP puisse être le seul à savoir quelle est notre personnalité professionnelle ?

La personnalité professionnelle

Poursuivons avec la présentation du test que nous trouvons sur le site internet de l’Institut de la vocation :

« Le Test CGP est un questionnaire à choix multiple, très court puisqu’il ne comporte que 14 questions. Il fonctionne comme indicateur du type de « personnalité professionnelle » auquel appartient l’analysé. Les types de personnalités sont donc définis à l’avance et font l’objet d’un descriptif standard accessible grâce à l’acquisition du Logiciel CGP Test.

Ce logiciel CGP Test qui contient toutes les analyses standard édite pour chacune un descriptif de deux à quatre pages. Chaque descriptif évoque des types de "métiers" à titre d’exemple de ce qui convient à la personne, mais toute fonction professionnelle, quelles que soient ses exigences spécifiques, peut être déclarée appropriée à une personnalité professionnelle donnée.

Combien de personnalités différentes ?

Derrière la notion ancestrale de vocation, se profile le concept de personnalité professionnelle développé par Robert Jourda : « Elle confère de façon singulière à chaque individu une capacité de réponse aux exigences spécifiques d’une activité productive déterminée » »

Le type de base et les variantes

« L’analyse CGP décrit cette tendance caractéristique que chacun de nous manifeste dans sa façon d’assumer les tâches, les fonctions, les responsabilités professionnelles. Elle affirme que chaque être humain a un comportement professionnel naturel qui s’inscrit dans une typologie des comportements. Lorsque cet être humain a la chance d’exercer le type de tâche/fonction/responsabilité pour lequel il est fait, il a toutes les chances de se sentir à la fois heureux et compétent. »

« Le CGP distingue 9 types de base : le concepteur, le créatif, l’animateur, le créateur, le réalisateur, le service public, le maître et technicien, le méthodologiste, le polyvalent.

À partir de ces neuf types, il dresse une typologie de 61 personnalités professionnelles différentes (151 avec les variantes).

Les noms de toutes ces personnalités professionnelles ont été puisés dans le vocabulaire professionnel ou courant. Ils sont à prendre pour leur valeur d’image et non comme une qualification professionnelle. Exemples : Animateur entraîneur, Réviseur, Réparateur avisé, Entrepreneur modéré, Créatif inspiré, Artisan pratique… »

Commentaire :

D’où viennent les types de personnalités définis par Robert Jourda ?

Quels fondements théoriques issus des sciences humaines universitaires permettent d’aboutir à cette classification ? A-t-elle fait l’objet d’une validation scientifique ? Peut-elle être partagée avec d’autres disciplines reconnues ?

Quelle différence le consultant fait-il entre la personnalité professionnelle et la personnalité ? Pourquoi cette dissociation de l’individu ?

Comment une méthode d’analyse d’un profil professionnel peut-elle certifier qu’une personne se sentira heureuse et compétente dans son métier ?

 

Le test CGP

Le test comprend 14 questions, nous les reproduisons ici.

1/ Vous êtes dans une grande entreprise. Dans laquelle de ces quatre équipes souhaiteriez-vous travailler ?
A – M L’équipe qui présente les produits dans toutes les foires internationales
B – F L’équipe qui cherche des produits nouveaux par la créativité
C – P L’équipe qui met au point une méthode de direction par objectifs
D – R L’équipe qui teste les produits en vue d’obtenir une norme de qualité

2/ Vous êtes avec d’autres personnes dans une association sans but lucratif, que préférez-vous faire ?
A – P Rédiger les statuts et les définitions de fonction
B – R Présider le conseil d’administration
C – M Faire rentrer les cotisations et obtenir les subventions promises
D – F Organiser une grande réception des membres et de personnalités

3/ Quelle profession choisiriez-vous si vous n’aviez qu’une des quatre suivantes à choisir ?
A – F Poète
B – R Juge
C – M Représentant
D – P Mathématicien

4/ Vous faites partie du conseil municipal et vous devez opter pour l’une des quatre commissions suivantes. Laquelle choisissez-vous ?
A – P Commission « Plan d’urbanisme à long terme »
B – R Commission « Problèmes de délinquance »
C – F Commission des Fêtes
D – M Commission « Développement des zones industrielles »

5/ Vous devez faire une thèse sur l’un des quatre sujets suivants. Lequel choisissez-vous ?
A – M+R L’univers hospitalier
B – M+F Les coopératives ouvrières
C – P+F Le couple demain
D – P+R La famille, en milieu rural

6/ Quelle profession choisiriez-vous si vous n’aviez qu’une des quatre suivantes à choisir ?
A – M+F Reporter international
B – F+P Membre d’un bureau d’études
C – P+R Conservateur des monuments historique
D – M+R Directeur de la Maison des Jeunes et de la Culture

7/ Laquelle de ces quatre exclamations pourraient être une de vos réactions ?
A – R Faut pas exagérer
B – P À y bien réfléchir
C – M Dis donc, ça paye
D – F Ça, c’est chouette

8/ Laquelle de ces affirmations correspond le mieux à vos sentiments profonds ?
A – M+R Il faut se regrouper pour protéger les acquis
B – F+P Il faut se rencontrer pour mettre en question les acquis
C – P+R Il faut se retrouver pour réfléchir sur les acquis
D – M+F Il faut se rassembler pour aller jusqu’au bout des conquêtes possibles

9/ Si vous deviez vous intéresser à de nouvelles formes de vie sociale, que préfériez-vous ?
A – F Les découvrir
B – M Les vivre
C – P Les théoriser
D – R Les confronter aux valeurs sociales

10/ Laquelle de ces quatre expressions a le plus de chance de venir dans votre conversation ?
A – F+P Euréka, j’ai trouvé.
B – P+R La sagesse populaire dit…
C – M+R Luttons !
D – M+F On les tient

11/ Vous êtes invité à une soirée costumée, quelle est votre réaction ?
A – F Terrible, chouette, on va rigoler.
B – R Je ne veux pas me prêter à ces mascarades.
C – P C’est un jeu tout à fait traditionnel qui ne fait que pousser à ses limites le comportement que l’on a dans toute soirée
D – M C’est un excellent moyen pour attirer du monde et rencontrer des gens

12/ On vous offre un tableau. Vous avez à choisir entre deux scènes héroïques : sur l’une on voit Gandhi, sur l’autre on voit Marco Polo. Quel tableau acceptez-vous ?
A – F+P Gandhi
B – M+R Marco Polo

13/ Qu’est-ce qui est le plus important pour vous dans la vie ?
A – F+P Organiser son plaisir
B – R+M Gérer ses biens

14/ Tout compte fait, quel est le vecteur principal de votre comportement ?
A – P La réflexion
B – R La morale
C – F Le bonheur
D – M La vie

Source : tome I, pp. 51-53

Commentaire

Quatorze questions pour définir une personnalité, cela parait très peu.

Comment les lycéens qui font ce test peuvent-ils se reconnaitre objectivement dans certains des items proposés dont les réponses font parfois appel à des connaissances ou des expériences qu’ils n’ont pas encore acquises ?

D’une manière générale, le questionnaire en sciences humaines est un outil à prendre avec précautions, car il permet toutes les approximations, tous les contournements, tous les sabotages conscients ou inconscients.

 

Les moyens et outils du diagnostic

Avant la passation du test,

l’entretien commence par un long échange avec la personne qui consulte : adulte en reconversion ou lycéen/étudiant, accompagné de ses parents.

En particulier, les questions qui touchent à la psychologie arrivent très rapidement dans cet entretien de type « histoire de vie ». De nombreux cas sont rapportés dans le tome II qui racontent la recherche du moment important où la personne pleure : « souvent des larmes viennent à tous les yeux » (tome II p. 57). L’analyste engage alors les parents à poser un « acte de réparation » (tome II p. 45).

Commentaire

Chercher à susciter un bouleversement émotionnel chez une ou plusieurs personnes, dans le cadre d’un bilan d’orientation, ressemble fort à une technique de déstabilisation. Les prérequis pour devenir consultant CGP ne mentionnent pas de diplômes ou certifications spécifiques en psychologie alors même que la méthode aborde directement cet aspect, et que la formation CGP proprement dite dure 4 jours.

Comment l’analyste CGP est-il formé à la psychologie, notamment des adolescents ? Comment sont gérés ces aspects psychologiques si le consultant n’est pas psychologue ? Certains parents ou jeunes ont rapporté que tout ce qui a été dit dans cet entretien a servi de matériau à l’exploitation du test, qui ensuite ne leur a rien apporté de plus.

Le rôle des parents

Jourda développe dans la partie concernant l’accompagnement des personnes des concepts psychologiques tels que « le dépôt d’angoisse », « le devoir d’héritage », « le rôle de la fratrie ».

Il établit en outre une typologie des parents qui amènent leur enfant. Ceux-ci sont bien souvent considérés comme ayant empêché l’émergence et l’épanouissement de la personnalité professionnelle de leur progéniture. Le consultant CGP peut se vivre alors comme le parent de transition qui permet de pallier cette déficience parentale.

Robert Jourda note : « la restitution des éventuelles défaillances de l’accompagnement parental est très délicate » (tome II p. 57)

Commentaire :

Les parents sont-ils au courant de ce tournant possible dans leur démarche d’orientation pour leur enfant. Dans le cas d’un entretien pour un adulte, qui endosse ce rôle d’empêcheur ? Le conjoint ?

Pour la deuxième partie de l’entretien, le jeune est mis sur un ordinateur et doit répondre seul aux 14 questions. Les réponses sont analysées automatiquement par un logiciel. Celui-ci produit un bilan écrit standard.

Comment cette typologie permet-elle de faire des choix d’études ou de métier ? Certains clients de CGP doivent ensuite se tourner vers une autre méthode et un autre interlocuteur pour être en mesure de poser des choix concrets.

Points d’attention

✓ La notion de vocation superposée à celle de la recherche professionnelle ne nous parait pas bénéfique même si, de prime abord, elle semble séduisante. La vocation est plus globale et immatérielle que l’activité professionnelle. Elle touche aussi à la vie spirituelle. Est-ce sur ce vocable qui introduit de la confusion que des chrétiens sont séduits par la méthode CGP ?

✓ Lorsque le praticien ne respecte pas la nécessaire distinction des plans, le projet de vie se retrouve mélangé aux questions de parcours et de personnalité, donnant une lecture globalisante de la personne et une valeur d’absolu à la démarche de recherche d’orientation.

✓ Le rôle des parents est envisagé sous un angle souvent culpabilisant pour eux et géré de manière incertaine ensuite.

✓ Cette démarche nous parait faire courir le risque que la liberté de choix et de décision soit fortement influencée par le côté absolu, exhaustif, de la typologie. La vie professionnelle est faite de changements et d’évolution, cela suppose de laisser le champ des possibles largement ouvert.

✓ CGP revendique la rapidité d’obtention d’une réponse à la question de l’orientation. Or, c’est un choix qui demande du temps, plusieurs années parfois. Il est important de garder la liberté de changer de chemin. Ce travail d’orientation d’un jeune peut aussi être l’objet d’une réflexion en famille, sur du long terme.

✓ Cet outil apparait non comme un outil d’accompagnement, mais comme une méthode pour découvrir une position figée par avance.

✓ Peut-être avons-nous à purifier notre désir d’une solution immédiate, presque magique, pour des sujets aussi fondamentaux.

 

Conclusion

Pour nous, l’analyse CGP soulève des interrogations sur :

◆ La personnalité du fondateur et ses références anthropologiques.

◆ Le soubassement théorique sans convergence revendiquée avec des données reconnues en sciences humaines, sans références d’évaluation scientifique objective.

◆ Les conditions de mise en œuvre qui paraissent sommaires : 14 questions et un bilan standard pré-rédigé par un logiciel.

◆ Des catégories de « personnalité professionnelle » peu utiles dans une recherche d’études supérieures et ou de métier. Soulignons également le coût de ce bilan qui peut s’avérer assez élevé (souvent plus de 300 euros).

Les adultes en cours de reconversion professionnelle sont-ils vraiment dans le bureau du consultant pour réfléchir au sens de leur vie dans tous ses aspects ? Ne risquent-ils pas une confusion avec une démarche de type psychothérapeutique voire un questionnement d’ordre spirituel ?

Nos jeunes, en recherche d’une formation supérieure ou d’un métier, ont-ils besoin d’une étiquette ? Ne seraient-ils pas plus aidés par la proposition d’un cadre de réflexion, ouvert, sur leurs potentiels et compétences ? La souplesse de ce cadre leur permettrait ensuite de puiser dans toutes leurs ressources afin de s’adapter tout au long de leur vie.

Pour finir, nous aimerions réaffirmer que la démarche de bilan d’orientation peut s’avérer nécessaire et être bénéfique.

Des chercheurs français et étrangers, issus des sciences humaines universitaires, ont conçu des méthodes qui ont fait l’objet d’études et d’évaluations sérieuses.

Ces approches ne travaillent pas sur la question de la personnalité mais abordent d’autres facteurs de réussite professionnelle : potentiels, caractéristiques cognitives, compétences…

Avant de vous lancer, il est donc utile de chercher la méthode et le consultant qui apportera les meilleures garanties pour votre projet d’orientation.

Pour télécharger l’e-book, se rendre à la page e-books

Dis-moi qui je suis, ô ennéagramme…

par Mitchell Pacwa, S.J.


En Amérique et à l’étranger un système de classification des types de personnalité, l’ennéagramme, est devenu très populaire. À strictement parler, l’ennéagramme est un cercle avec neuf points dessus (ennea signifie « neuf » en grec, et gram signifie « dessin au trait « ). À l’intérieur du cercle deux chiffres relient les neuf points, un triangle et une figure étrange ayant une forme à six branches. La plupart des gens qui se réfèrent à l’ennéagramme, cependant, le relient à un système de typologie de la personnalité basé sur ce dessin. Dans des ateliers, ils apprennent que seuls existent neuf types de personnalité et que chaque personne s’inscrit dans l’un d’eux. Chacune de ces neuf types représente une tendance de la personnalité, une façon erronée ou même « démoniaque » de se comporter. Une fois qu’un individu identifie son type (généralement classifié par un numéro sur l’ennéagramme), alors il ou elle peut soi-disant apprendre à s’améliorer, ou au moins à éviter d’empirer, spirituellement.
L’ennéagramme est particulièrement populaire parmi les groupes catholiques, avec les paroisses et les maisons de retraite qui offrent des ateliers à travers le pays. Rares sont les enseignants ou les participants conscients de ses origines dans l’occultisme, une chose qui devrait être une source de préoccupation réelle pour l’Église chrétienne. On a entendu des échos sur une théologie fausse, gnostique dans l’enseignement de l’ennéagramme, bien que ses racines dans l’occultisme soient masquées. Le manque de recherche scientifique sur le système de l’ennéagramme est une cause supplémentaire d’inquiétude. Cet article va donc examiner ces trois aspects de l’ennéagramme : ses racines dans l’occultisme, sa théologie gnostique, et son manque de consistance scientifique.

HISTORIQUE — GEORGES GURDJIEFF

L’homme à qui on attribue le crédit d’avoir apporté la figure de l’ennéagramme à l’Occident est George Ilitch Gurdjieff, un grec – arménien originaire de ce qui est maintenant la Géorgie soviétique. Il aimait apparaître entouré de mystère, comme on le voit à propos des différentes dates qu’il a fournies pour sa naissance : il a dit à quelques disciples que c’était 1869. Mais son passeport portait la date du 28 Décembre 1877. Il a dit à d’autres qu’un phonographe Edison jouait lors de sa naissance, confirmant 1877, l’année au cours de laquelle le phonographe fut inventé. D’autres ont dit qu’il avait 77 ans quand il est mort, plaçant ainsi son année de naissance en 1872. (Gurdjieff était connu pour être un menteur et pour faire des réclamations scandaleuses dans le but de choquer ses disciples en vue d’un changement spirituel, peut-être le secret concernant son âge participa-t-il de cet affront).
Selon le livre de Gurdjieff Rencontres avec des hommes remarquables, une sorte d’autobiographie, sa famille voulait le voir étudier en vue de la prêtrise orthodoxe, tandis que ses propres intérêts résidaient dans l’étude de la science et de la technologie. Cependant, un prêtre local lui suggéra à la fois le séminaire et les études médicales afin qu’il puisse guérir à la fois l’âme et le corps [1]. Gurdjieff a finalement rejeté tout ce qui précède en raison de sa fascination pour l’occultisme. L’astrologie, la télépathie, le spiritisme et les tables tournantes, la divination, et la possession démoniaque, tout cela accaparait son intérêt de jeune homme [2]. Il ne voulut pas écouter les avertissements de son prêtre au sujet de ces choses, et ne trouva pas non plus les explications de la science très satisfaisantes. Par conséquent, dans les dernières années de son adolescence, il se mit à poursuivre l’étude de ces « sciences » occultes, à voyager à travers l’Asie centrale, le bassin méditerranéen, l’Égypte, le Tibet et l’Inde. L’objet spécifique de sa recherche était l’école ésotérique Sarmouni, prétendument fondée à Babylone aux alentours de 2500 avant Jésus-Christ. Il l’avait lu dans un livre ancien arménien et s’était senti attiré par la découverte cette école.
Gurdjieff se prit lui-même en charge tout au long de cette aventure spirituelle avec des affaires légitimes (par exemple : la vente de tapis) et des entreprises frauduleuses (par exemple : la coloration de moineaux avec de l’aniline, les qualifiant de « canaris américains », et les vendant avec un grand profit). Il était si entreprenant qu’à la fin il est devenu millionnaire.
Gurdjieff raconte que, tandis qu’il était en Afghanistan, vers 1897, un derviche (un type de mystique musulman soufi) le présenta à un vieil homme de la secte Sarmouni à la recherche de laquelle il s’était mis. Selon l’histoire, cet homme combina une expédition pour mener Gurdjieff au monastère Sarmouni dans le centre du Turkestan, où il apprit leur danse mystique, leurs pouvoirs psychiques, et l’ennéagramme. Pour les Sarmounis l’ennéagramme était un important moyen de divination afin de prédire les événements futurs aussi bien qu’un outil pour représenter les processus vitaux, tels que la transformation personnelle [3]. Ils l’utilisaient également comme symbole des états conscients et inconscients des êtres humains [4]. Ces utilisations allaient devenir une part de l’enseignement spirituel de Gurdjieff quand il fonda sa propre école pour atteindre l’illumination.
Après avoir quitté le monastère Sarmouni, Gurdjieff forma un groupe, les Chercheurs de Vérité, ses compagnons dans la quête de l’illumination et de la (pleine) conscience [5]. On raconte qu’ils se seraient rendus au Tibet pour prendre contact avec le cercle intime « éveillé » de l’humanité et à apprendre la sagesse des tulkas, les lamas tibétains (moines) soi-disant réincarnés[6]. Plus tard on voit Gurdjieff faufilé à l’intérieur de la Mecque et de Médine, les centres de l’Islam, mais il ne réussit pas à trouver là la vérité intérieure. Puis il s’est rendu à Boukhara, où vivait le groupe de soufis Bahaudin Naqshbandi [7].
Ces soufis Naqshbandi, également appelés les Khwajagan ou « Maîtres de Sagesse », prétendaient être la « Fraternité du Monde », composée de toutes les nationalités et religions, enseignant que « tous étaient unis par le Dieu de la Vérité ». Croyance typique de l’Asie centrale, les Naqshbandis possédaient une légende sur un cercle intérieur d’humanité qui constituait un réseau de personnes très évoluées ayant des connaissances particulières. Ces personnes auraient veillé sur la race humaine et dirigé le cours de son histoire. Les Naqshbandis croyaient aussi en une hiérarchie spirituelle perpétuelle dirigée par le Kutb i Zaman ou « Axe de l’âge », un esprit personnel recevant les révélations directes du dessein divin. Cet esprit transmet soi-disant ces révélations à l’homme par l’intermédiaire d’autres esprits appelés Abdal ou « les Transformés » [8]. Gurdjieff et ses disciples croyaient que ces esprits, « essences démiurgiques » d’un niveau supérieur à l’homme, étaient responsables du maintien et de l’évolution de l’harmonie planétaire bien que leur action ne fût pas forcément propice à la libération des individus [9]. En dépit de leur hostilité potentielle, Gurdjieff et ses partisans maintenaient le contact avec ces esprits.
Toute personne familière avec Madame Blavatsky et la Théosophie reconnaîtra des croyances similaires existant chez des « maîtres » très évolués [10]. Peut-être, a-t-elle appris chez les « maîtres » des traditions semblables à celles que Gurdjieff a apprises en Asie centrale. Rappelez-vous : elle avait parcouru les mêmes régions d’Asie seulement trente ou quarante ans avant Gurdjieff.
Le Naqshbandis enseignaient également des doctrines gnostiques. Par exemple, ils enseignèrent à Gurdjieff que la foi naissait de la « compréhension » qui est « l’essence obtenue à partir de l’information volontairement apprise et de toutes sortes d’expériences personnellement pratiquées. » Seule la compréhension peut conduire à Dieu et seules l’expérience et l’information permettent à quelqu’un d’acquérir une âme [11]. Cette approche de la foi place Gurdjieff carrément dans le camp gnostique à l’extérieur du Christianisme. Pour les chrétiens, la foi est un don de Dieu ; elle est disponible pour les esprits brillants comme pour les retardés mentaux, pour les gens âgés comme pour les enfants, indépendamment de savoir ce que l’être humain comprend ou non. Au lieu de la compréhension de l’homme qui mène à Dieu, c’est Dieu qui vient vers l’homme, lui offrant d’habiter dans son cœur grâce à Jésus-Christ par la puissance du Saint-Esprit.
Après des années de Voyage, le millionnaire Gurdjieff est retourné en Russie en 1912. À Moscou, il a mis en place l’Institut pour le développement Harmonieux de l’Homme pour former ses disciples à enseigner au monde ce qu’il avait appris dans ses voyages. Toutefois, Moscou devint vite un lieu qui ne convenait pas à un millionnaire ; aussi en 1915 retourna-t-il en Arménie. L’arrivée des bolcheviks en Arménie signifiait l’exil pour un capitaliste pas très net tel que Gurdjieff, qui déménagea successivement à Istanbul, Berlin, Dresde, et enfin (en 1922) à Paris, où il ouvrit à nouveau son Institut [12].

À Paris (et dans la succursale de New York de l’Institut, qui a ouvert en 1924), il a enseigné un « christianisme ésotérique » avec un programme pour aider les élèves à atteindre les plus hauts niveaux de conscience. Sa doctrine d’inspiration soufie/gnostique englobait la croyance que chacun dispose de trois centres personnels ; le mental, situé dans la tête (le chemin), l’émotionnel situé dans le cœur (oth), et le physique situé dans le ventre (kath). Une première cause pour que les gens soient spirituellement  » endormis  » ou  » mécaniques  » était le déséquilibre de ces trois centres au sein de chaque personne. Ses danses soufies et ses autres exercices étaient conçus pour rétablir l’équilibre de ces trois centres et amener la personne au plus près d’un état spirituel alerte.
Gurdjieff enseignait aussi que chacun a une essence et une personnalité. L’essence est « la matière dont l’univers est fait. L’essence est divine — la particule de Dieu dans notre subconscient appelée conscience »[13]. La personnalité est un masque de comportement compulsif qui recouvre l’essence. Bien que tout le monde soit né dans l’essence, chacun choisit son propre style d’ego, de personnalité autour de l’âge de trois ou quatre ans. Il est presque impossible de retourner à l’essence, mais grâce à un travail conscient, lent et délibéré, on peut y arriver à nouveau[14]. Notez que la doctrine de « l’essence » de Gurdjieff le place carrément parmi les panthéistes (qui croient que tout est Dieu). Ceux qui enseignent l’Ennéagramme, qui recommandent que les étudiants retournent à cette essence, comprennent rarement ce que Gurdjieff voulait dire, mais ses paroles montrent clairement qu’il n’avait pas un sens chrétien de Dieu. C’est une des raisons pour laquelle il prétendait enseigner un « christianisme ésotérique » ; le christianisme orthodoxe proclame en effet que nous sommes des créatures de Dieu, pas des particules divines.
L’ennéagramme figurait en bonne place dans l’enseignement de Gurdjieff, comme on le voit par son apparition fréquente dans les ouvrages de ses disciples (mais pas dans le sien). Les soufis avaient utilisé l’ennéagramme pour la divination en numérologie. [La numérologie est une « science » occulte qui soutient que les caractéristiques des personnes et de pratiquement toutes choses dans l’univers sont déterminées par les nombres, et que l’on peut deviner ces caractéristiques si les personnes ou les chiffres individuels des choses peuvent être identifiés, par exemple à partir de leurs noms ou de leur date de naissance] et que la signification de ces chiffres peut être déterminée. Les Soufis ont cherché les significations mystiques des nombres décimaux 0,3333…, 0,6666… et 0,9999… (sur la base de la division du nombre un par trois), et de la décimale 0,142857… (sur la base de la division du nombre un par sept et ne contenant pas de multiples de trois) [15]. Les multiples de trois correspondent au triangle à l’intérieur du cercle, et le chiffre décimal 0,142857 (obtenu en divisant sept dans un et résultant de la répétition d’un nombre décimal qui ne contient jamais trois ou ses multiples) correspondent à des points sur le cercle qui relient la figure à six côtés.
Grâce à ces deux figures à l’intérieur du cercle de l’ennéagramme, chacun basé sur les décimales de trois en un et de sept en un, Gurdjieff était capable de rendre manifestes les grandes lois numérologiques des trois et des sept. Il enseignait que « toutes choses dans le travail de la vie fonctionnent sur deux lois — 3 et 7 ». Toutes les lois psychologiques relèvent de la loi des trois — comme les trois centres de la personnalité, et toutes les choses matérielles tombent sous le coup de la loi des sept [16].

Gurdjieff et ses disciples ont fait des efforts énormes pour faire reconnaître l’ennéagramme comme la résultante de ces croyances numérologiques. Piotr (ou Peter) D. Ouspensky, un mathématicien, auteur, et disciple de Gurdjieff, citait Gurdjieff pour ses propos : « Ce qu’un homme est capable de mettre dans l’ennéagramme, c’est ce qu’il sait réellement, c’est-à-dire ce qu’il comprend. Ce qu’il ne peut pas mettre dans l’ennéagramme, c’est ce qu’il ne sait pas. »[17] En d’autres termes, on ne pourrait pas comprendre la véritable signification cosmique d’une information à laquelle on ne saurait attribuer sa valeur numérique ni la faire entrer dans le schéma de l’ennéagramme. Le processus de connaissance par le moyen de l’ennéagramme signifiait que l’on savait distinguer entre ses étapes fonctionnelles, qui doivent toujours suivre les neuf points autour du cercle, et le « cycle de la volonté », qui en suit la figure à l’intérieur, le long des lignes, entre les points 1, 4, 2, 8, 5, 7.[18]

Gurdjieff enseignait que l’ennéagramme a le pouvoir de révéler l’aspect  » intemporel  » de tout processus cosmique, puisqu’il est un symbole du cosmos (c’est-à-dire que l’univers lui-même est ordonné selon le même agencement numérique que l’ennéagramme)[19]. Par conséquent Gurdjieff dispensait une instruction à ses étudiants sur l’ennéagramme de cuisson (symbolisant le processus de transformation personnelle), qui avait neuf étapes et six dynamismes internes. John Bennett, un étudiant de Gurdjieff, en vint à croire que l’« ennéagramme est plus qu’une image de vous-même, c’est vous-même… L’ennéagramme est un schéma de vie et… nous pouvons nous expérimenter nous-mêmes comme des ennéagrammes ». Il en vint à cette compréhension quand Ouspensky dessina l’ennéagramme sur un tableau noir. Alors Bennett : « je me suis senti sortant de moi-même pour entrer dans le schéma. »[20] L’ennéagramme de personnalité a permis de développer des croyances similaires détenues par d’autres disciples de Gurdjieff.

LA BASE HISTORIQUE — OSCAR ICHAZO

Beaucoup de groupes Gurdjieff différents se sont formés après sa mort, comme les centres Gurdjieff — Ouspensky, le « Fellowship of Friends » de Robert Burton, le théâtre de Toutes les possibilités, et l’Institut pour le développement de l’Être humain harmonieux. Le plus influent dans la propagation de l’ennéagramme de personnalité est la formation Arica (du nom d’une ville dans le nord du Chili), un programme de « potentiel humain » fondé par Oscar Ichazo. Ichazo et Claudio Naranjo, psychologue chilien et anciennement instructeur Esalen, sont tous deux disciples de Gurdjieff, et (selon Narada) furent ensemble à l’origine de l’ennéagramme des types de personnalité. Leurs idées sont étroitement liées à la pensée de Gurdjieff, en particulier en ce qui concerne la structure et l’utilisation de l’ennéagramme.
À seize ans, Ichazo devint désillusionné de l’église catholique parce que ses enseignements étaient en contradiction avec ce qu’il avait appris par des expériences d’occultisme hors-du-corps. Il rejeta ce que ses maîtres jésuites disaient du ciel et de l’enfer, affirmant y avoir été et y avoir appris plus à ce sujet que le Christ et l’Église. Il en vint à croire que vivre dans sa propre subjectivité était le véritable enfer, mais que les gens pouvaient s’en libérer. Puis Il étudia les arts martiaux orientaux, le Zen, le yoga, le chamanisme, l’hypnotisme et de la psychologie, et expérimenta les drogues psychédéliques avec les indiens des Andes, pour apprendre les moyens de se libérer de la subjectivité infernale.
Un vieil homme (anonyme) de La Paz, introduisit Ichazo âgé de dix-neuf ans dans un groupe à Buenos Aires qui étudiait les « techniques ésotériques d’altération de la conscience ». Ichazo impressionna le groupe par ses capacités, aussi lui offrirent-ils la chance de voyager à Hong Kong, en Inde et au Tibet pour étudier les arts martiaux, les yogas supérieurs, l’alchimie, le I Ching, et le Confucianisme [21].

Chemin faisant Ichazo en vint à croire, comme Gurdjieff l’avait fait, en une hiérarchie d’esprits et d’entités. Il reçut prétendument les instructions d’une entité supérieure appelée « Métatron, le prince des archanges », et les membres de son groupe prirent contact avec des esprits inférieurs par la méditation et les mantras. Ichazo se considéra lui-même dès lors comme un « maître » en contact avec tous les précédents maîtres de l’école ésotérique, y compris ceux qui étaient morts. Les élèves de sa formation Arica furent aidés et guidés par un maître intérieur, le Qu’Tub Vert, qui se faisait connaître quand un élève atteignait un stade de développement suffisamment élevé [22]. Apparemment, c’était le même que Qutb i Zaman, l’esprit en charge de la hiérarchie qui parle à travers d’autres esprits, comme Gurdjieff l’avait enseigné (voir ci-dessus).

Quelque part dans sa recherche spirituelle, Ichazo apprit l’ennéagramme. Peut-être en application du principe de Gurdjieff selon lequel aucune chose n’est connue tant qu’elle n’a pas sa place dans l’ennéagramme, Ichazo a développé un système de neuf types de personnalité, chacun correspondant à [l’un des] neuf points de l’Ennéagramme. La théorie de la personnalité sous-jacente aux types est basée sur l’idée de Gurdjieff que chacun s’est détourné loin de l’essence dans laquelle ils est né pour choisir un type d’ego. Cet ego compulsif transforme les gens en machines et les endort spirituellement. Selon le rapport de Naranjo, Oscar Ichazo a donné à ces neuf types d’ego compulsifs de « sales » noms : le ressentiment, la flatterie, le laisser-aller, la mélancolie, l’avarice, la lâcheté, le complot, la vengeance, et l’indolence [23]. Ichazo a plus loin identifié les Idées Sacrées et les Vertus qui correspondent à chacun des neuf types quand une personne atteint le niveau d’essence de la conscience la plus élevée. Il a écrit de courtes descriptions de chaque type et employé des symboles d’animaux ou de « totems » pour illustrer les qualités de chacun [24].

Un texte classique de Helen Palmer sur l’ennéagramme donne une version différente de l’origine de l’ennéagramme de personnalité, qui est essentiellement confirmée par Claudio Naranjo. Naranjo, aussi, avait appartenu à des groupes Gurdjieff, mais les trouva exigeants. Lors d’une visite à son domicile au Chili à la fin des années 1960, il a rencontré Ichazo. Bien qu’il ne fût pas impressionné par lui au début, il découvrit en lui une personnalité puissante dès qu’il eut médité en sa présence. Il a aidé Ichazo à développer l’ennéagramme et à le diffuser en Amérique. Naranjo a contribué aux descriptions de la personnalité et les a corrélées aux mécanismes de défense freudiens pour chacun des neuf types. Puis, en 1970, il a emmené un groupe de 50 étudiants d’Esalen, y compris John Lilly et Joseph Hart, à Arica, au Chili pour la formation à l’ennéagramme d’Ichazo. Quand ils revinrent en Californie Naranjo enseigna l’ennéagramme aux étudiants d’Esalen — y compris Helen Palmer, Kathleen Riordan Speeth, et le père Robert Ochs, s.j.[25] Bien que Naranjo affirme que ces personnes avaient promis de ne pas enseigner à d’autres l’ennéagramme[26], les personnes citées ont écrit et donné des conférences à ce sujet depuis le début des années 1970. En particulier, Palmer a écrit l’un des textes de base et Ochs l’a introduit dans la communauté catholique.
Mon contact avec l’ennéagramme est dû au père Ochs, qui a enseigné dans notre séminaire jésuite. Nous les étudiants qui l’apprenions là, nous fîmes également la promesse de ne l’enseigner à personne pendant au moins deux ans, jusqu’à ce que nous puissions l’intégrer dans notre propre vie. Cependant, beaucoup d’entre nous, moi y compris, ne pûmes pas résister à la tentation de partager cet enseignement ésotérique avec d’autres. Beaucoup d’entre nous conduisîmes des classes, des séminaires et des retraites sur la base de l’ennéagramme, en le répandant à travers la communauté catholique en Amérique, en Australie et dans d’autres pays.
Il a été difficile d’en apprendre plus sur les racines de l’ennéagramme parce qu’il a été entouré de secret. Son origine occulte ne me fut pas enseignée, et la plupart des professeurs catholiques ne savent rien ou si peu sur cet aspect-là. Quand j’ai fini par apprendre ses origines occultes, cependant, il [me] devint évident que nous restions imprégnés de certains de ces enseignements, malgré la démythologisation du système. Une mauvaise théologie et une pauvre pratique pastorale ont accompagné l’ennéagramme. Pour ces raisons j’en fais maintenant la critique.

LA CRITIQUE

Presque tous les livres sur l’Ennéagramme et ses professeurs acceptent l’affirmation de Gurdjieff selon laquelle que l’ennéagramme serait très ancien, originaire de Babylone ou de la Mésopotamie vers 2500 ans avant Jésus-Christ. La foi dans l’antiquité de l’ennéagramme est en effet une raison de son autorité. Toutefois, dans mes études de littérature et d’archéologie antique, je ne vois aucune preuve de l’existence de l’ennéagramme dans les temps anciens, ni inscriptions, ni dessins. En fait, il apparaît pour la première fois avec les livres d’Ouspensky sur Gurdjieff. John Bennett dit qu’il est possible que le symbole remonte aux soufis du quatorzième siècle, puisque c’était le moment de la découverte du zéro et de la virgule décimale[27]. La dépendance de l’ennéagramme vis-à-vis de la virgule décimale pour sa forme interne exclut une date antérieure. Toutefois, la preuve externe pour une date médiévale fait défaut, il y a seulement la possibilité qu’il ait des racines mathématiques remontant à cette époque.
Après avoir suivi un cours sur l’ennéagramme, j’ai cherché plus d’informations sur l’ennéagramme des types de personnalité. Tandis que Ouspensky et d’autres disciples de Gurdjieff décrivaient des interprétations cosmiques de l’ennéagramme, ou l’utilisaient pour décrire le processus de cuisson ou des expériences scientifiques, aucun d’entre eux n’a décrit neuf types de personnalité. C’est seulement après avoir entendu le cours de Claudio Naranjo [28] et après la lecture du livre de Palmer que j’ai appris qu’Oscar Ichazo avait inventé l’ennéagramme des types de personnalité dans les années 1960.
De manière significative, l’ennéagramme d’Ichazo emploie la base numérologique du symbolisme soufi de la virgule pour comprendre la dynamique de la personnalité. Par exemple, selon le système, le numéro un se dégrade s’il suit le sens de la flèche sur la ligne reliée au type quatre, quatre se dégrade en devenant comme un deux, et ainsi de suite. Les gens s’améliorent en se déplaçant dans la direction opposée aux flèches, c’est à dire qu’un « un » va mieux en devenant comme un sept, un sept doit devenir comme un cinq, et ainsi de suite. Rappelez-vous que cette dynamique interne de la figure à six points et du triangle est basée sur la division numérologie du sept en un ou du trois en un, une dynamique ancrée dans l’occultisme et la divination. Cette dynamique occulte était une structure a priori d’Ichazo dans laquelle il mettait en conformité les neuf types de personnalité et leurs principes internes de croissance spirituelle ou de régression. Beaucoup de gens l’acceptent et ajustent leur vie spirituelle et psychologique à ces principes.
Même si l’on démythifie l’occultisme, ou que l’on présume la bonne volonté de ceux qui sont ignorants des racines occultistes, il faut néanmoins exiger un examen de ce système par les psychologues et spécialistes du comportement. Quelle est la preuve qu’un perfectionniste (un) qui « en veut » doive rechercher la vertu du planificateur « qui laisse faire » (sept) ? Pourquoi la personne vengeresse, avide de pouvoir (huit) devrait-elle (huit) devenir quelqu’un qui aide (deux) plutôt que de rechercher d’autres vertus ? Outre la croyance dans le caractère antique du système, qui n’est pas réellement fondée, comment une personne quelconque peut-elle avoir connaissance des meilleures qualités nécessaires pour chercher à atteindre un type individuel ? Aucune recherche n’a été menée à cet égard, mais les experts de l’Ennéagramme suggèrent des buts spirituels spécifiques, sur la base de ce système, à leurs élèves dans les paroisses et maisons de retraite. Le manque d’étude scientifique devrait mettre en état d’alarme toute personne s’intéressant à cette approche de la croissance spirituelle.
Un deuxième point à être remis en cause et testé est l’existence des neuf types de personnalité. Neuf, c’est le nombre a priori suggéré à Ichazo et Naranjo par la figure de l’ennéagramme occultiste. Quelle preuve psychologique ont-ils que seulement neuf types de base existent ? Et quelle est la preuve que ceux-ci sont en fait les neuf corrects ? Cela, non plus n’a pas fait l’objet de recherches.
Un troisième point qui nécessite des recherches est la théorie de la structure de la personnalité enseignée par des experts de l’Ennéagramme. Si l’on suit Gurdjieff, ils supposent que chacun est né dans son essence, mais a choisi une fixation de son ego autour de l’âge de trois ou quatre ans.
Les enfants choisissent ces egos comme moyen de défense contre les egos de leurs parents, mais se retrouvent piégés par leurs propres mécanismes de défense.
Les experts enseignent également la théorie de Gurdjieff selon laquelle trois centres de conscience — l’esprit (le chemin), le cœur (oth), et le ventre ou instinct (kath) — sont vrais. Certains associent le centre de la tête avec les types 5, 6 et 7, le centre du sentiment avec les types 2, 3, et 4, et le ventre avec des types 8 et 9 [29]. Ils enseignent la doctrine de Gurdjieff selon laquelle les problèmes de la personnalité humaine proviennent du déséquilibre de ces trois centres de la personnalité [30]. Un des buts de la thérapie de l’ennéagramme est de restaurer l’interdépendance des trois centres. Mais où est la preuve de l’existence de ces centres ? Est-ce que les psychologues peuvent confirmer leur existence, décrire leur déséquilibre, ou tester des thérapies qui rétablissent leur équilibre ? L’industrie de l’ennéagramme, comme Naranjo l’appelle maintenant, essaie d’éveiller ces centres par des « exercices spirituels » issus du yoga, du zen, et des pratiques soufies, de la même façon que le yoga kundalini essaie d’éveiller l’énergie psychique dans les sept « chakras » de cette école de yoga — une pratique considérée comme dangereuse, par ses propres partisans eux-mêmes. Pourquoi les enseignants de l’Ennéagramme font-ils cela, et quelle est leur garantie, à part les pratiques d’occultistes comme Gurdjieff et ses disciples ?

LES PROBLÈMES THÉOLOGIQUES EN REGARD DE LA DOCTRINE DE L’ENNÉAGRAMME


Outre ces problèmes scientifiques et psychologiques liés à l’ennéagramme, les chrétiens ont beaucoup de difficultés théologiques avec lui. L’emploi fréquent de ces pratiques occultes telles que la divination et le spiritisme chez Gurdjieff et Ichazo fait lever immédiatement un drapeau rouge. Dans le Deutéronome 18, 9-15 et de nombreux autres passages de l’Écriture, le Seigneur notre Dieu interdit de telles pratiques. La plupart des  » experts « , je sais, évitent toutefois l’occultisme ou ignorent tout de sa présence dans le fondement de l’ennéagramme. Malgré cet évitement ou cette ignorance, des problèmes théologiques apparaissent dans les ateliers sur l’ennéagramme à travers le pays.
Certains experts de l’Ennéagramme prétendent que le péché originel commence quand les petits enfants choisissent leur type d’ego ou de fixation. Ceci revient à émettre un non-sens pour le chrétien. Le péché originel, par sa nature, n’est pas un mal qu’une personne commet. Au contraire, à cause de la chute de nos premiers parents, Adam et Ève (en essayant de « devenir comme des dieux » en saisissant la connaissance interdite du bien et du mal — Genèse 3, 5), tous les humains héritent du péché originel. En raison de la déchéance de la nature humaine, les gens sont enclins à commettre réellement des péchés, et le font souvent. Le fait d’identifier le choix compulsif d’un enfant de trois ou de quatre ans avec le péché originel est une fausse doctrine d’un point de vue biblique.
Une autre erreur théologique découle de celle-ci, à savoir : les hommes peuvent annuler les effets de ce prétendu péché originel, la fixation originale de l’ego, au moyen de Gurdjieff, d’Ichazo, ou de quelque d’autre « travail » spirituel. Certes, les gens peuvent obtenir de l’aide des autres pour surmonter les problèmes psychologiques, et ils devraient chercher la sagesse et les conseils de solides psychologues chrétiens lorsqu’ils ont besoin de ce type d’aide. Cependant, ce « travail » ne peut jamais être l’élimination du péché originel, ou de tout autre péché, pour cette raison. Seule la mort rédemptrice sur la Croix de Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, peut retirer notre péché. C’est un don gratuit de la grâce de Dieu qu’aucun homme ne peut gagner ou mériter. Nous acceptons cette grâce de la miséricorde de Dieu, et nous lui en rendons grâce, à lui qui est lui-même son cadeau pour nous. N’importe quelle suppression des effets du péché — le résidu psychologique ou les ramifications de péché — peut être produite par une aide psychologique ainsi que d’autres aides, telles que la charité vis-à-vis des pauvres, l’annonce de l’Évangile, et ainsi de suite.
En outre, le prophète Isaïe a écrit que la sagesse, l’intelligence et le conseil sont des dons de l’Esprit Saint (Isaïe 11, 2), alors nous devrions chercher de l’aide psychologique de chrétiens bénis par ces cadeaux. Le chrétien doit savoir et proclamer au monde que même les techniques psychologiques exigent la grâce de Dieu, si elles veulent être efficaces pour éliminer les effets de notre péché. Tant le pardon de nos péchés que l’élimination de leurs effets exigent grâce imméritée de Dieu dans nos vies.
Une autre erreur théologique est l’affirmation que notre Seigneur Jésus possède en Lui-même les vertus des neuf types [31]. Seule une exégèse forcée (interprétation) des Évangiles permet cette sottise. Évaluer la personnalité de quelqu’un est très difficile, même si cette personne parle directement au thérapeute ou à l’intervieweur. Déterminer le type de personnalité de Notre Seigneur à partir de l’Évangile est à la fois un abus de l’Écriture et de la technique thérapeutique. Jésus n’a pas accordé des entretiens en vue d’un profil psychologique. Il n’a pas non plus composé lui-même les textes des Évangiles. Comment quelqu’un peut-il prétendre connaître son type d’ego à partir de ces textes ?
D’autant plus que les évangélistes n’ont pas cherché à nous donner un profil psychologique de Jésus, ils ont l’intention d’annoncer la nouvelle que Dieu s’est fait chair, est mort sur une croix, est ressuscité des morts, et a ainsi racheté le monde. Le propos des évangélistes est de provoquer les lecteurs et auditeurs de l’Évangile à la foi qui sauve en Jésus-Christ, non pas d’analyser le Seigneur ! Ces allégations sont absurdes et doivent être rejetées d’emblée.

Naranjo a enseigné que l’Idée Sainte ou la vertu de chaque type est l’un des neuf visages de Dieu ; les aspects compulsifs de chaque type mettent sens dessus dessous le visage de Dieu et deviennent un démon. L’objectif du « travail » est de se libérer des démons. Peut-être Naranjo a-t-il simplement eu l’intention de faire une figure de style, mais c’est devenu un lieu commun dans l’industrie de l’ennéagramme. Tout chrétien qui en entend parler doit ici reconnaître trois erreurs.
Premièrement, Dieu n’a pas neuf visages. Jésus notre Seigneur a révélé qu’il y a trois personnes égales dans le Dieu unique, formant ce que l’Église a depuis longtemps appelé la Trinité. Cependant, ces trois personnes ne sont pas en train de se multiplier ni de se subdiviser en neuf visages. C’est une façon stupide de parler, sans fondement dans la révélation divine ou le sens commun.
En second lieu, aucun humain ne peut renverser le visage de Dieu, le mettre de l’envers à l’endroit, ou le tourner de toute autre manière. Dieu est notre Souverain incréé ; les êtres créés ne le déplacent pas dans n’importe quelle direction. Déclarer que l’envers du visage de Dieu est un démon
cela va, au-delà de l’absurdité, vers le blasphème. Dieu, qui est toute bonté et tout amour, ne peut être remodelé en démon. Personne ne devrait parler de cette façon.
Troisièmement, comme c’est vrai du péché, ça l’est aussi des démons : nous, les humains, ne pouvons pas nous libérer nous-mêmes des démons. C’est Dieu qui nous en délivre. Aucune technique ou méditation ne nous délivre du pouvoir du mal ou des esprits élémentaires. C’est Jésus notre Sauveur qui nous sauve de ces maux.
Les praticiens de l’Ennéagramme, et ceux qui sont tentés de suivre leurs cours, doivent prendre conscience que leur doctrine doit être conforme à l’Écriture et (au moins du point de vue de l’Église catholique, mais aussi dans une moindre mesure pour de nombreux Protestants) à l’enseignement de l’Église. Partout où leur enseignement n’est pas conforme à la révélation de Dieu, ils doivent s’adapter à Dieu. Peu importe la tradition ésotérique soufie ou ce que peut être leur attente : ils devront rendre compte à Dieu pour la diffusion de fausses doctrines dans l’Église du Christ.

LES PROBLÈMES PRATIQUES DE L’INDUSTRIE DE L’ENNÉAGRAMME


Les Livres et les enseignants affirment souvent que l’ennéagramme permet à chacun non seulement de se classer soi-même en catégories, mais aussi de le faire pour d’autres personnes autour de soi. Dans ce cadre de référence, les spécialistes classent les différents types de personnes, apprécient en quoi elles diffèrent de nous, et apprennent à mieux s’entendre avec des types différents. Les enseignants prennent d’habitude des personnalités publiques en exemples des neuf types. Palmer nomme des groupes de personnages « célèbres » appartenant à chaque type. Par exemple, les bons protestants comme Martin Luther et Jerry Falwell sont des « uns », comme le sont des non-croyants tels que George B. Shaw et Ralph Waldo Emerson [32]. Les experts de l’Ennéagramme ne sont pas d’accord, cependant sur leur catégorisation de ces caractères. Certains considèrent qu’Hitler est un « huit », mais Palmer lui en fait un « six ». Des Contradictions similaires existent entre les livres et les porte-parole.
Un problème de base est que ces célébrités n’ont jamais eu le privilège de faire l’atelier de l’ennéagramme ; aussi n’ont-ils pas pu se typer. Par conséquent, lorsque les experts classent et caractérisent des personnages célèbres, leur exemple enseigne aux élèves comment se faire une opinion des personnes avec lesquelles ils vivent. Une fois que l’on se sent expert de l’ennéagramme, on peut ainsi classer amis, conjoint ou enfants. L’expert peut se percevoir détenteur d’un savoir secret qui lui permet de classer les autres dans des catégories.
L’abus qui découle de cette pratique est la banalisation des relations. Les gens croient qu’ils ont une vue plus perspicace en quelqu’un d’autre que cette personne a d’elle-même : la dynamique interne des compulsions et les comportements attendus sont mieux connus de l’expert de l’ennéagramme que de la personne considérée. Cela amène certaines personnes à des abus dans leurs relations avec autrui sur la base de leurs attentes vis-à-vis de l’ennéagramme, plutôt que sur ce que les gens choisissent effectivement de révéler d’eux-mêmes. Ce n’est pas sain, et c’est potentiellement abusif. Je l’ai fait et j’ai vu d’autres le faire. Laisser cette bride sur le cou à des groupes paroissiaux, cela ouvre la voie à de graves problèmes entre la fin de l’atelier et le moment où retombe l’engouement en faveur de l’ennéagramme.
Arrivé à ce point, je n’ai pas beaucoup de respect pour l’industrie de l’ennéagramme. Ses racines occultistes n’ont pas été profondément purgées (si elles pouvaient l’être), et il a lui-même ouvert la voie à l’erreur théologique ainsi qu’à l’abus social et psychologique. L’absence de moyens d’investigation scientifique signifie qu’il n’existe pas de contrôles pour déterminer qui est réellement un expert, quel conseil se révèle utile ou nuisible, et si les objectifs du système de l’ennéagramme sont sains.
Si on pouvait récupérer de l’ennéagramme quelque chose ayant une valeur psychologique, ses praticiens devraient purger le système de ses éléments non chrétiens. Si de vraies plongées dans le système s’avéraient utiles, il faudrait des tests psychologiques et un contrôle. Sinon de sages conseillers vont divaguer à travers l’Église, entraînant subtilement les gens loin du Christ, leur Seigneur, et causant peut-être des dommages à leur psychisme. Je recommande d’éviter l’industrie de l’ennéagramme jusqu’au jour où l’on pourra la rendre complètement compatible avec la foi chrétienne et une solide méthodologie scientifique solide, si c’est toutefois possible.

Le Père Mitchell Pacwa, SJ, est professeur d’Écriture sainte et d’hébreu à l’Université Loyola de Chicago. 

 

BIBLIOGRAPHIE


Anderson, Margaret
. L’inconnu Gurdjieff. Londres : Routledge and Kegan Paul, 1962.

Une description de la vie parmi les disciples de Gurdjieff et leur dévouement à sa méthode de changement de leur vie.
Beesing, OP, Maria ; Robert Nogosek, le SCC et Patrick O’Leary, SJL’Ennéagramme : Un voyage d’auto-découverte. Damville, New Jersey : Dimension Books, 1984
Bennett, John G. Ennéagramme Études. York Beach, Maine : Samuel Weiser, 1983. Bennett était un disciple de Gurdjieff qui a vécu avec lui pendant un certain temps. Il a étudié le soufisme et écrit sur les racines historiques de l’ennéagramme.
Gurdjieff, George I. Héraut du Bien à venir. New York : Samuel Weiser, 1973. Son premier livre, établissant une partie de sa philosophie.
Ci-dessous trois livres de Gurdjieff sont connus en tant que « Tout et Chaque chose », en trois séries :
______. Récits de Belzébuth à son petit-fils, 3 vol. Première série. Londres : Routledge et Kegan Paul, 1976. Plus sur la philosophie de Gurdjieff, destiné à initier les gens au caractère étrange de ses idées  » détruire, sans pitié… les croyances et les opinions… sur tout ce qui existe dans le monde.  »
______. Rencontres avec des hommes remarquables. Deuxième série. Londres : Routledge and Kegan Paul, 1977. C’est une autobiographie destinée à utiliser des histoires sur sa vie pour donner une nouvelle vision  » nécessaire pour une nouvelle création.  »
______. Alors seulement la vie est réelle, quand « Je suis ». Troisième série. New York : E. P. Dutton, 1975. Une introduction et une série de conférences pour continuer à enseigner ce qu’il veut dire sur le monde réel plutôt que sur le monde de l’illusion auquel on croit actuellement
Keen, Sam. Conversation sur la Destruction de l’Ego avec Oscar Ichazo, Psychology Today, Juillet 1973 64-72. Il s’agit d’une interview avec Ichazo, l’un des rares moments où il parle de lui-même.
Lilly, John C., et Joseph E. Hart. La formation Arica, dans Psychologies transpersonnelles, éd. Charles T. Hart. New York : Harper and Row, 1975, 329-51.

Cet article donne un approfondissement d’Ichazo, y compris des informations sur les pratiques occultistes de son groupe et le fort attachement du groupe à sa personne.
Naranjo, Claudio. L’ennéagramme — Obstacle ou Tremplin ? Cassette audio enregistrée à la Association des thérapeutes chrétiens, Février 1990 San Diego, en Californie. Disponible via le Centre diocésain du Renouveau Charismatique, 7654 Herschel Ave., La Jolla, Californie 92037.

Cette conférence est un rare récit sur les racines de l’ennéagramme dans les enseignements même de Naranjo et Ichazo.
Ouspensky, PD La Quatrième Voie : Un enregistrement de conférences, et réponses à des questions basées sur les enseignements de G. I. Gurdjieff. New York : Random House, 1957.
______. À la recherche du miraculeux : Fragments d’un enseignement inconnu. New York : Harcourt, Brace et mondiale, 1949.

Bien que le symbole de l’ennéagramme soit enseigné dans les livres d’Ouspensky, on cherche en vain des informations sur l’ennéagramme de personnalité.
Palmer, Helen. L’ennéagramme. San Francisco : Harper and Row, 1988. Une version populaire de l’ennéagramme qui définit les différents types.
Riordan, Kathleen. Gurdjieff, dans Psychologies Transpersonnelles, éd. Charles T. Hart. New York : Harper and Row, 1975, 281-328. Un bref historique de la pensée de Gurdjieff.
Riso, Don Richard. Types de personnalité : Utilisation de l’Ennéagramme pour la découverte de soi. Boston : Houghton Mifflin Company, 1987.
______. Comprendre l’ennéagramme : Le Guide pratique des types de personnalité. Boston : Houghton Mifflin Company, 1990.

Riso essaie d’utiliser une approche plus psychologique, mais il n’a pas fourni à l’extérieur, comme il l’admet, de preuve pour le système ou ses propres résultats.
Speeth, Kathleen Riordan, et Ira Friedlander. Gurdjieff : Chercheur de la Vérité.

Bibliographie établie par Walter Driscoll. New York : Harper and Row, 1980.

Il s’agit de la biographie la plus ordonnée de Gurdjieff que je connaisse. La chronologie est utile et la bibliographie est excellente pour des fins de recherche.
Wagner, Jérôme. Une étude descriptive de la fiabilité et de la validité de la typologie de la personnalité selon l’ennéagramme.

Ph.D. 1979, l’université de Loyola, à Chicago.
______. Fiabilité et étude de validité de la typologie d’une personnalité soufie : L’ennéagramme, Journal de Psychologie clinique 39, 1983, 712-17
Waldberg, Michael. Gurdjieff : une approche de son travail.

Trans.. Steve Cox. Londres : Routledge et Kegan Paul, 1981.

Un bon résumé des idées de Gurdjieff présenté par sujets.

 

Notes

Texte anglais http://www.equip.org/PDF/DN067.pdf 1994

NdT L’article a été écrit aux temps de l’URSS

[1] Gurdjieff, Rencontres avec des hommes remarquables, 53-54.

[2] Ibid., 37, 59-60, 62-72, 79-81, et psychique chien, 135.

[3] Bennett, 3-4.

[4] Gurdjieff, 148-65 ; Speeth et Friedlander, 113, 116.

[5] Gurdjieff, 164-65.

[6] Speeth et Friedlander, 81-82.

[7] Gurdjieff, 227 ; Speeth et Friedlander, 93.

[8] Speeth et Friedlander, 35-36.

[9] Bennett, 75, 79, 83.

[10] Voir Walter Martin, Le Royaume des Cultes (Minneapolis : Bethany House, 1985), chapitre huit, « La Société Théosophique. »

[11] Gurdjieff, 227-43.

[12] Ibid., 270-85.

[13] Anderson, 64.

[14] Ibid., 63.

[15] Riordan, 293 ; Bennett, 2-3.

[16] Anderson, 71-72.

[17] Ouspensky, In Search of the Miraculous, 294.

[18] Bennett, 31.

[19] Ibid., 32, 47.

[20] Ibid., 32.

[21] Keen, 64.

[22] Lilly et Hart, 341.

[23] Naranjo.

[24] Palmer, 46-47.

[25] Ibid, Vous pouvez aussi consulter Naranjo.

[26] Naranjo.

[27] Bennett, 31.

[28] Naranjo.

[29] Beesing, Nogosek, et O’Leary, 144-47.

[30] Ibid., 141-43.

[31] Ibid., 49-98.

[32] Palmer, 94.

Ennéagramme. Réflexion des évêques américains

La fascination qu’exercent les outils de connaissance de la personnalité pour les personnes qui ne sont pas psychologues de formation, fussent-elles théologiens par ailleurs,  est un réel sujet d’étonnement. Cet attrait pour les nouveaux arbres de la connaissance du bien et du mal les amène à gober le premier fruit venu avec tous ses pépins. Il en est ainsi de l’ennéagramme.
L’ennéagramme connaissant un certain succès dans les milieux religieux car il introduisait la notion morale de péché, les évêques américains ont été les premiers à réagir vigoureusement face à cette dérive et à son caractère fondamentalement gnostique. Voici à ce propos ce qu’en disait le 31 janvier 2012 Anna ABBOTT dans le « Catholic World Report » sous le titre « Une dangereuse pratique »:

« En 2000 , la Conférence américaine des évêques catholiques a préparé un projet de déclaration ,  » bref rapport sur les origines de l’Ennéagramme ,  » mettant en garde contre son utilisation . Il n’a jamais été publié , mais il peut être trouvé sur le site du National Catholic Reporter . En 2003 , le document du Vatican «Jésus-Christ , porteur de l’eau de la vie» a examiné les dangers de la spiritualité Nouvel Âge , et a mentionné l’Ennéagramme dans son glossaire . En 2004 , le Comité sur la doctrine de USCCB [la conférence des évêques américains] a publié un « Rapport sur l’utilisation de l’ennéagramme : Peut-il servir comme un véritable instrument de croissance spirituelle chrétienne ?  » pour l’usage interne de la Conférence . Le Père Thomas Weinandy du Secrétariat pour la doctrine de l’USCCB nous a fourni ce rapport pour  cet article.

En février dernier , l’archevêque Thomas Wenski de Miami a expliqué la doctrine catholique sur l’Ennéagramme et les sujets connexes dans une colonne en ligne intitulé « New Age et vieux gnosticisme » . Il a écrit que l’Ennéagramme est un  » exercice de pseudo- psychologie prétendument fondé sur le mysticisme oriental , [ qui ] introduit une ambiguïté dans la doctrine et la vie de la foi chrétienne et par conséquent ne peut pas être utilisé de façon heureuse à bon escient pour promouvoir la croissance dans une authentique spiritualité chrétienne » . La contribution de l’archevêque est l’enseignement le plus clair disponible pour les laïcs sur ce sujet , et un net résumé des rapports des évêques .

L’Ennéagramme redéfinit le péché , entre autres concepts fondamentaux , en associant simplement les défauts avec des types de personnalité, ce qui est particulièrement tentant dans un climat culturel d’irresponsabilité et de narcissisme . Il encourage une auto- absorption malsaine sur sa propre  » type », de sorte que le type est en faute plutôt que la personne . Cela donne lieu à un état d’esprit déterministe à l’encontre de la liberté chrétienne. »

L’ennéagramme, outil de connaissance de soi ?

Cette réflexion sur l’ennéagramme  a été motivée  par le fait que les chrétiens en France sont de plus en plus sollicités pour participer à des sessions d’ennéagramme pour une meilleure connaissance de soi et  pour une meilleure évolution spirituelle. J’ai souhaité appuyer mon analyse sur deux ouvrages qui sont fréquemment cités comme preuve de fiabilité de la méthode  et comme document de travail lors des formations.

Il m’a paru en effet intéressant de plonger au cœur de ces deux ouvrages, dont la réputation des auteurs sert de caution morale à ceux qui enseignent et propagent l’ennéagramme dans les milieux chrétiens. Bon nombre de ceux qui se forment ou qui  accueillent ces formations dans leur  locaux ne les ont sans doute pas consultés, pour cette raison précisément.

Il s’agit de   « L’ennéagramme, un itinéraire de la vie intérieure » de  Maria Beesing, religieuse dominicaine, animatrice de retraites spirituelles, Robert Nogosek et Patrick O’Learry  jésuite (américain) qui intègre l’ennéagramme à sa pratique de la direction spirituelle, (Desclée de Brouwer, Lonrai août 2003).  Et de « Les neuf portes de l’âme : ennéagramme et péchés capitaux : Un chemin psycho spirituel. », de Pascal Ide. (Ed Sarment éditions du Jubilé. Octobre 2008)

Je soulignerai ici simplement quelques points  d’attention.

Origine de l’énéagramme

Il a été introduit en France par Gurdjieff dans l’entre-deux-guerres. Le bref historique de l’ennéagramme que Pascal Ide propose est surprenant.

« La succession historique presque constamment retrouvée est la suivante : Pythagore- Pères du désert- soufisme- Georges Gurdjieff- Oscar Ichazo- Claudio Naranjo- Helen Palmer.[1] »

Or cette succession  est avérée depuis Gurdjieff. C’est tout ce que l’on peut dire. Le reste n’est  pas historiquement vérifiable.

Par ailleurs, dans sa bibliographie, Ide cite Boris Mouravieff, auteur de « Gnôsis,  étude et commentaires sur la tradition ésotérique de l’orthodoxie orientale », (Neufchâtel, La Baconnière 1972 et 1996) :

« En trois volumes, ce chercheur a creusé la tradition hermétique chrétienne orthodoxe. Dans le tome 3, il évalue les symboles géométriques de l’ésotérisme chrétien, dont l’ennéagramme qu’il estime résumer en soi toute la gnose. Il est incontestable que l’esprit de l’ouvrage est joachimite et présente les ambiguïtés de l’hermétisme et de la numérologie[2]»

Il est intéressant de savoir que Mouravieff est disciple d’Oupensky un des plus proches disciples de Gurdjieff. Ils sont les promoteurs de la quatrième voie  enseignée par Gurdjieff. Selon l’enseignement de Gurdjieff la première voie serait celle du fakir qui maîtrise par l’ascèse corporelle ses instincts ; la deuxième voie, celle du moine qui maîtrise ses sentiments et ses émotions ; la troisième, celle du yogi qui maîtrise son mental ; la quatrième voie permettrait la maîtrise de l’ensemble par un hyper contrôle sur soi, les autres et le monde. . Ce fondement  néo- gnostique imprègne l’anthropologie de l’énnéagramme. Nous pourrions faire des parallèles avec la théosophie de Blavatsky ou de Steiner. Les théosophes ont de nombreux contacts avec les gurjieffiens,  ils appartiennent parfois à  l’un et l’autre

Ide cependant précise qu’il n’a pas approfondi l’ouvrage de Mouravieff, ne l’ayant consulté que quelques jours. Il  cite également le livre de Jean-Marie Gries, « mythologie et astronomie à la lumière de l’ennéagramme », (coll. « Les cahiers d’Hermès » : « Le triangle de l’ennéagramme, est-il dit en quelques lignes, peut se comprendre à partir de la Sainte Trinité, mais aussi à partir du triangle d’or de la franc-maçonnerie !( p.35. [3]

Pour autant Ide  n’aboutit pas à cette évidence que pour un chrétien tout ce qui enferme l’homme dans une logique intrinsèquement pertinente se ferme au mystère de la création, de la vie et de l’homme et se rend hermétique à toute transcendance.

Nous pourrons faire des parallèles avec la théosophie de Blavatsky ou de Steiner. Les théosophes ont de nombreux contacts avec les gurjieffiens,  ils appartiennent parfois à  l’un et l’autre groupe. Ce fondement  né- gnostique imprègne l’anthropologie de l’énnéagramme comme bien d’autres méthodes où psychologies et spiritualités sont mélangées.

Principe fondateur de l’ennéagramme

« Le cœur de l’ennéagramme s’identifie pour une part à ce que l’Evangile appelle nos talents (Mt 25, 14-30). Au point de départ nous avons beaucoup de talents (neuf précisément).[4] »

Tout  le système repose sur le postulat que l’homme a neuf talents, et neuf péchés. Pour faire le compte, Pascal Ide ajoute  aux sept péchés capitaux traditionnels de l’Eglise, le mensonge et l’anxiété. Nous pourrons lire ce que Sœur Marie-Ancilla écrit à ce sujet dans sa propre analyse.

« La distinction des neufs types peut s’expliquer à partir de trois points de vue complémentaires : la caractérologie qui relève de notre géographie intérieur; les mécanismes de défenses qui s’intéresse à notre histoire personnelle subie ; les péchés capitaux qui concernent notre itinéraire voulu. Les deux premières perspectives sont psychologiques et la troisième éthique voire spirituelle. Les types sont bordés d’un côté par la caractérologie et de l’autre par l’éthique.[5] »

Cette vision du monde et de l’homme est globalisante et concordiste, tout doit rentrer dans le cercle  de l’ennéagramme: psychologie, théologie, morale, connaissance de soi.

La base de chaque numéro se serait construite en nous autour d’une blessure d’enfance, qu’il faudra prendre le temps de rechercher, si l’on veut comprendre le pourquoi de notre vie actuelle. C’est donc dans une histoire de malheur que nous nous constituons. Dire que chaque type se construit en nous autour d’une blessure d’enfance est une ineptie sur le plan de l’élaboration de la personnalité. Aucun psychologue ne pourrait postuler que  notre personnalité se construit  dans une histoire de malheur. Il n’y a pas de place ici sur le plan psychologique pour la résilience ou sur le plan spirituel pour le pardon.

Simple instrument de connaissance de soi ou système de lecture du monde

Face à certaines critiques, les praticiens de l’ennéagramme avancent qu’il s’agit d’un simple outil, parmi d’autres, au service d’une meilleure connaissance de soi. On entre en fait dans un véritable système qui permet de décoder le monde à la lumière des 9 chiffres. Car pour ajouter une pointe d’ésotérisme réservée aux seuls initiés : « La tradition se refuse à nommer les types autrement que par de chiffres. [6]»

Outil de connaissance de soi ou système complexe de lecture du monde ?

L’argument souvent avancé est que l’on peut considérer l’ennéagramme comme un simple instrument, parmi d’autres. Or il est conçu comme une méthode complète, système clos où rien n’échappe à son analyse, « L’ennéagramme est une méthode de connaissance et de transformation de soi .[7]»

Il est une démarche globale : « Connaître l’ennéagramme n’est pas engranger une information nouvelle, c’est entrer dans une démarche qui n’est pas anodine et dont on ne se sort pas indemne. [8]»

« Nombreux sont les gens à le ressentir comme dangereux. Il est pénible d’avoir à dépister à la base de sa propre personnalité une propension maligne caractéristique ! C’est précisément contre cet aveu que la compulsion cherche à nous protéger. Vouloir la déceler, c’est donc d’une certaine manière « mourir » à soi-même. » (Maria Bessing (o.p), Robert Nogoseck (c.s.c.), Patrick O’Leary ( s.j.), L’ennéagramme. Un itinéraire de la vie intérieure, Paris, DDB, 1992, p.14.[9])

Ne pas accueillir l’ennéagramme serait refuser de reconnaître ses mécanismes de défenses  ses compulsions ou ses disfonctionnements et ne pas accepter cette forme d’itinéraire obligé de qui veut mieux se connaître et connaître les fonctionnement des autres.

Toute critique de l’ennéagramme est ainsi disqualifiée ; elle  manifesterait en fait  que le détracteur aurait de ne pas vouloir affronter ses propres réalités compulsives, les reconnaître et changer son comportement. Ce manque de courage ferait ainsi obstacle à la vie intérieure qui nécessite une mort à soi-même.

Mais cette mort à soi-même n’est ni provoquée ni suscitée par les mystiques chrétiens eux-mêmes. Seul l’Esprit peut pousser dans les lieux déserts et amener à une purification passive des sens ou à une nuit de l’esprit. Provoquer par une telle méthode une mort à soi-même ne donne-t-il pas l’illusion d’être maître du mystère de sa propre vie et de toute connaissance

Un outil au service de la croissance spirituelle ?

Pascal Ide analyse le document du Conseil pontifical pour la culture et du Conseil pontifical pour le Dialogue interreligieux sur le Nouvel Age qui fait allusion à l’ennéagramme au terme d’un paragraphe consacré à la proximité entre New Age et gnose. Il en cite le texte : « Un exemple nous est donné par l’ennéagramme – un instrument pour l’analyse du caractère selon neuf catégories – qui, lorsqu’on l’utilise comme instrument de croissance spirituelle, introduit une ambiguïté dans la doctrine et la pratique de la foi chrétienne [10] »

Ide démonte ensuite  cette affirmation du texte romain, en un véritable syllogisme :

Un certain nombre de personnes, lisant rapidement le texte du Conseil Pontifical, l’ont interprété comme une mise en garde, voire comme une critique, à l’égard de l’ennéagramme .

Or :

  • 1. La définition de l’ennéagramme ne comporte rien qui fasse allusion ni à la foi chrétienne ni à la gnose ; or, la critique porte sur ces aspects ; il n’est donc pas étonnant que le texte ne se prononce pas favorablement, car telle n’est pas son intention.
  • 2. La proposition restrictive pose une distinction très salutaire. En effet, intentionnellement, le texte du Conseil Pontifical répète le terme « instrument » : l’ennéagramme peut être utilisé soit comme « instrument pour l’analyse du caractère », soit comme « instrument de croissance spirituelle »  ; or, seul le second usage est condamné : car il « introduit une ambiguïté dans la doctrine et la pratique de la foi chrétienne », donc est condamnable. Ce point mériterait un long développement qu’il n’y a pas lieu de faire ici. L’idée est la suivante : la croissance spirituelle est la réalisation du salut en nous ; or, la rédemption est l’œuvre de Dieu ; mais un instrument comme l’ennéagramme fait appel aux seules forces humaines (ici de connaissance de soi) ;
  • 3. Donc, l’ennéagramme utilisé à des fins spirituelles s’oppose à la vérité du salut.
  • Si l’on considère l’ennéagramme comme un simple instrument pour l’analyse du caractère, il serait donc licite pour un chrétien de l’utiliser. Pourquoi, après une telle analyse de la part même de Ide, les centres de formation de certains diocèses continuent-ils à accueillir des formations intitulées « vie spirituelle et ennéagramme » ?

Un outil psychologique ?

Pour ce qui est de la fiabilité de l’outil pour une meilleure connaissance de soi psychologique, il y a encore à réfléchir.  Dans les livres utilisés lors des formations, les concepts de sciences humaines sont flottants. Sont évoquées des comparaisons hasardeuses présentées comme des évidences.

« Le caractère est comme notre géographie intérieure. Nous ne percevons pas plus de changement dans le massif de l’Auvergne ou le lit du Rhône en l’espace d’une génération que dans nos traits de caractère. En revanche, cette géographie va être le théâtre d’un certain nombre d’événements qui constituent notre histoire et vont l’influencer : l’histoire d’un peuple continental comme la Russie n’est pas  celle d’un peuple maritime comme l’Angleterre. L’ennéagramme concerne notre histoire, puisque les types sont les mécanismes de défenses apparus au cours de notre vie. Mais ces types seront influencés par notre géographie intérieure : un émotif est d’avantage prédisposé à être individualiste qu’arriviste.

C’est d’ailleurs parce que l’ennéagramme est à la frontière de l’inné (la caractérologie) et de l’acquis que cette approche offre une vision positive et pleine d’espérance pour l’homme.[11] »

La personne qui entre en ennéagramme devra tout mettre en œuvre pour découvrir sa base, nommée par un chiffre. Or les tests psychologiques fiables répondent à des processus de paramétrage rigoureux. Leur étalonnage fait appel à des protocoles stricts qui tentent de sérier au plus près les réalités observées dans un champ de la personnalité bien précisé au départ. On peut par exemple prendre les tests de Quotient intellectuel. Des données statistiques tempérées par des milliers d’observations rigoureuses, permettent d’approcher un degré de fiabilité correcte pour ce type de test que l’on peut appeler alors instrument ou outil. Quand il s’agit de tests de personnalité, l’approche est beaucoup plus délicate et finalement beaucoup plus sujette à caution. Présenter l’ennégramme comme un instrument de connaissance, qui peut effectivement être subjectivement performant, ou tout au moins apporté quelques éclairages, n’assure pas la totale fiabilité de cet outil, ni la véracité de ce tout qu’il apporte.

D’autre part, lors des tests de personnalité, le psychologue prend bien soin d’avertir son patient sur le fait que le test est valable ici et maintenant.  Aucune mise en garde de ce type dans l’énnéagramme :  le numéro qui représente la base est le même pour toute la vie.

L’ennéagramme permettrait aussi de connaître les autres, de les décoder à leur insu. Ce danger a été cerné, puisque des précautions sont mises en place : « L’international Ennéagramme Association demande dans son code d’éthique de « laisser chacun découvrir son type, à son rythme ». C’est la règle d’or qui relève de la déontologie de l’ennéagramme. »

« De plus, dire à quelqu’un son type avant qu’il le découvre est non seulement lui ôter la joie et la fécondité d’en faire lui-même le découverte, mais se rendre complice d’une secrète volonté de puissance. Enfin, c’est laisser accroire que le type épuise la personne. »

« Il faut commencer par découvrir son type avant de comprendre celui des autres. Cette expérience intérieure permet à la fois de mieux saisir les finesses de l’analyse ennéagrammatique et d’autres dans une attitude de douceur et de compassion ; elle évite d’utiliser l’ennéagramme comme moyen de  manipulation ou de jugement intérieur. [12]»

Cependant, on pourra prendre dans les manuels des exemples de types et non des moindres ! La grille de lecture de l’ennéagramme aura finalement permis de juger les autres et de les épuiser précisément dans tel ou tel type ; Elle aura finalement permis d’opérer un regard en surplomb sur les personnes en les rangeant dans les catégories de l’ennéagramme. Et toi lecteur praticien de l’ennéagramme, pourras-tu en toute honnêteté  dire que tu n’essaies pas en me lisant de savoir quel numéro je suis ?

« Thérèse de l’Enfant Jésus semble avoir développé le type perfectionniste. Ce qui n’est pas le cas de toute la famille Martin. En regard, Pauline, par exemple, semble beaucoup plus légaliste.

Pour plusieurs raison. Le premier facteur est l’éducation exigeante de sa maman, Zélie Martin (qui devait être une indispensable plus qu’une perfectionniste ; à la limite une femme de type 2 avec une aile 1 .[13]»

Une démarche syncrétiste

La médecine même pourrait entrer dans le système. Pascal Ide avance une hypothèse  sur l’homéopathie : « J’avance une nouvelle hypothèse : privilégiant le malade sur la maladie, l’homéopathie (dans sa branche uniciste, la plus audacieuse et la plus prometteuse, me semble-t-il, et aussi la plus en résonance avec l’anthropologie que je défends ne propose-t-elle pas aussi une typologie des individus et de leur ressource (capacités et faiblesses), ainsi que des médicaments adaptés à ses ressources, négatives ou positives. [14]» p.136.

Or dans  le domaine de l’homéopathie,  il n’y a pas à ce jour d’expérimentation scientifiquement prouvée. Et pour cause, les paramètres des ressources des capacités et des faiblesses sont si complexes et diversifiés qu’il est impossible de les sérier.

Il semble bien que nous soyons dans une démarche syncrétiste où tout doit rentrer dans une logique préalable prise comme sommet de connaissance. Cela pourrait ressembler à une gnose. Seule la foi dans le concept sauve et fait tout coïncider. Ce qui par ailleurs n’est sans doute pas sans efficacité, mais c’est plutôt grâce à un effet inductif et suggestif où la part d’inconscient est déterminante, que par un effet objectivement vérifiable. Les processus magiques ne fonctionnent-t-il pas de manière identique ?

Changer ou se convertir : quel est l’objectif de la vie du chrétien ?

Il y a une ambiguïté permanente entre ces deux notions lorsque l’on se forme à  l’ennéagrammeet qu’on l’applique en tant que chrétien. D’ailleurs de quelle âme Ide parle-t-il, quand il évoque les neuf portes de l’âme ?

Il s’agit pour lui de « fonder l’ennéagramme sur une vision complète de l’homme .[15]» Mais il faudrait comparer cette vision holistique, vision néo-gnostique, avec  l’humanisme intégral développé par Jacques Maritain et repris  par Paul VI  et Benoît XVI dans l’encyclique Veritas in Caritatis.

« Pour changer, il faut un moteur, une aide, des outils de connaissance et de transformation de soi. C’est le but de cet ouvrage de vous les proposer.[16] »

Pour un chrétien, l’essentiel n’est-il pas de rencontrer le Christ de se laisser transformer par lui, dans les évènements du quotidien, de constater, dans l’inattendu et la gratuité, sa présence agissante qui permet de mieux le connaître et de mieux nous connaître ?

Bien sûr les sciences humaines aident à cette connaissance de nous-mêmes. Mais cela se fera dans la rigueur et l’exigence d’une étude qui ne peut se construire que dans la durée, et non pas avec des grilles de lecture stéréotypées et relativement simplistes, dans lesquelles il est facile d’entrer en un week-end de formation et finalement de s’enfermer.

Ennéagramme et Jésus

Reconnaître en soi les conditionnements compulsionnels de son propre type, selon les perspectives de l’ennéagramme devient l’objectif à atteindre pour rejoindre Jésus. Jésus est l’homme parfait, le sage qui, intégrant les neuf types, vit en plénitude toutes les qualités de l’humanité, étranger au péché et à toute compulsion.  « En faisant siennes les neufs façons de vivre en l’homme, tout en refusant l’aspect compulsif, Jésus est vraiment apte à proposer à chaque type de personnalité un véritable modèle du voyage intérieur à entreprendre  vers la vraie liberté. [17]». Mais il n’est pas question ici de Jésus vrai homme, certes, mais aussi fils de Dieu, vrai Dieu lui-même.

« Enfin, en Jésus, Dieu est le modèle par excellence (cf. Mt 16,24)…Tous les spécialistes de l’ennéagramme s’intéressant à la vie spirituelle et en particulier à l’Evangile ont constaté avec bonheur que Jésus est pleinement ouvert à tous types. Plus précisément, il déploie les qualités de chaque type et en évite les défauts et compulsions : fait rarissime, les neufs portes de son âmes humaine sont harmonieusement ouvertes. »  « Jésus a réalisé « l’état de l’homme véritable » sans se limiter à un seul type de personnalité[18].»[19] » p. 257. 258.

Ainsi,  par exemple, la qualité positive du numéro  1 se retrouve dans la perfection de Jésus. Et on s’appuiera sur une phrase de l’évangile pour justifier cela : « Soyez parfaits comme votre Père du Ciel est parfait. » Mt 5,48. Sa perfection en tant que numéro 1 permet alors  à Jésus de renvoyer chacun à lui-même ;  c’est dans l’épisode de la femme adultère qu’on en trouve la justification. Chaque type ayant en effet sa face d’ombre, la difficulté du un, perfectionniste, serait d’accueillir les gens avec leur imperfection, ainsi que d’accueillir ses propres imperfections.

Les types 2 trouveront en Jésus le modèle de la serviabilité, la parabole du bon samaritain en étant l’archétype, dépassant les rigueurs de la loi pour le service du prochain. La partie sombre de l’altruiste serait de gagner l’amour des autres en s’oubliant faussement soi-même.

Ainsi de suite, chaque typologie est rapportée à un passage des Évangiles et analysée selon la lumière parfaite qu’offre Jésus, et la face d’ombre que cela révèle en chacun d’entre nous.

Le risque de ce type d’approche est de permettre  une sacralisation de la psychologie ou de  psychologiser  le christianisme à travers une grille d’analyse qui semble pertinente, mais qui instrumentalise les récits évangéliques en les faisant entrer dans les numéros des neuf types de l’ennéagramme.

Parallèle avec les idées développées par Karl Jung

L’introspection et la connaissance de soi selon la typologie proposée par l’ennéagramme peuvent  être comparées avec les perspectives de la psychologie jungienne de recherche du moi profond appelé le Soi, différent du moi superficiel ou compulsif désigné par l’égo. Le Christ est alors le symbole du Soi profond  à atteindre. Le risque de ce psychologisme serait de faire coïncider ce que nous imaginons de la psychologie de Jésus avec  notre propre moi, au lieu d’aller de tout notre être vers Jésus, vrai Dieu et vrai homme.

Pour Jung, Jésus manifeste la partie positive et bonne de l’image de Dieu en nous, image qui doit être complétée de manière symétrique par la partie négative ou obscure, définie dans les types de l’ennéagramme comme la compulsion. Dans la conception jungienne, Dieu possède en lui-même ce côté obscur, « archétype de l’ombre ». La perspective de Gurdjieff, à l’origine de l’énnéagramme rejoint donc celle de Jung dans la réalisation de l’homme connaissant et intégrant sa part de lumière et d’ombre,  capable de se situer au-delà du bien et du mal. Dans « Psychologie et alchimie » Jung traite la question de l’intégration du démon, en affirmant que tant que le démon n’est pas intégré, le monde ne peut pas devenir une totalité et l’homme ne sera pas sauvé. Les différents écrits de Gurdjieff, soutiennent les mêmes perspectives dans ses Récits de Belzébuth à son petit fils (1950), éd. du Rocher, 1995, ou Rencontres avec des hommes remarquables (1960), éd. du Rocher, 2004.

Conclusion

Les techniques de développement personnel ou de guérison « psycho-spirituelle» se sont multipliées ces derniers temps. Elles interrogent l’Eglise. Les chrétiens se doivent d’être attentifs à ces nouveaux courants. Or la Tradition  offre des clés de discernement qui permettent d’évaluer ce qui est juste, et  ce qui l’est moins et ainsi d’avoir la distance nécessaire pour se prémunir contre de effets de mode si séduisants soient-ils..

Psychologiser la spiritualité tend à remplacer la religion par des thérapies ou des techniques de développement personnel. L’homme accompli, selon cette perspective, est celui qui a pris conscience et éliminé en lui le dualisme des valeurs du bien et du mal, devenant ainsi tolérant à tout, indifférent au niveau moral et tiède au niveau religieux.

Pourquoi notre temps ne serait-il pas, comme tous les autres temps, tenté par des formes nouvelles d’hérésie ? La notion de  « psycho spirituel » ne reprendrait-elle pas avec une grande subtilité,  les mêmes problématiques que les gnoses combattues par nos pères dans la foi ?

Seul le Christ nous offre par sa mort et sa résurrection accès au Salut et à la vie éternelle.

Bertran Chaudet


[1] Pascal Ide « Les neuf portes de l’âme : ennéagramme et péchés capitaux : Un chemin psycho spirituel. » Ed Sarment éditions du Jubilé.  Octobre 2008. p.337.

[2] Ib. p.364 ;

[3] Ib. p.362,363.

[4] Ib. p. 31.

[5] Ib. p. 220.

[6] Ib. p. 38.

[7] Ib. p. 7.

[8] Ib.p. 13.

[9] Ib. Cité par  Ide p.13.

[10] Conseil pontifical de la culture et Conseil pontifical pour le Dialogue interreligieux, Jésus-Christ le porteur d’eau vive. Une réflexion chrétienne sur le Nouvel Age, Cité du Vatican, Libreria Editrice Vaticana, 2003, 1.4., p. 12.

[11] Ib. p.136,137.

[12] Ib. p.33.

[13] Ib. p. 200.

[14] Ib. p. 136.

[15] Ib. p. 26.

[16] Ib. p.32.

[17] Maria Beesing, religieuse dominicaine, animatrice de retraites spirituelles, Robert Nogosek et Patrick O’Learry « L’ennéagramme, un itinéraire de la vie intérieure » Desclée de Brouwer, Lonrai août 2003. p. 55,56.

[18] Richard Rorh et Andreas Ebert, Ennéagramme, p.319.

[19] Pascal Ide « Les neuf portes de l’âme : ennéagramme et péchés capitaux : Un chemin psycho spirituel. » Ed Sarment éditions du Jubilé.  Octobre 2008. p.257, 258.