Avant de s’engager dans le Parcours Alpha

Le Parcours Alpha est présenté comme une introduction à la foi chrétienne en 10 soirées et un week-end de retraite, une « proclamation chaleureuse et lumineuse du noyau de la foi, le Kérygme ».

Et pourtant, ce parcours est controversé chez les protestants comme chez les catholiques. Voici 5 points de réflexion nécessaires au discernement d’un catholique qui hésiterait à suivre un parcours Alpha.

Cinq éléments à approfondir avant de s’engager

1-Alpha, une introduction à la foi chrétienne ?

Les faits prouvent que : Alpha n’est pas une présentation affirmative de la foi chrétienne mais une proclamation polémique. L’objectif d’Alpha est de défaire l’ancienne conception de la foi, qui est « fausse, ennuyeuse et dépassée », et de la remplacer par LA spiritualité authentique : celle d’Alpha ! (mode d’évangélisation typiquement évangélique ou pentecôtiste)

2-Alpha, la proclamation du noyau de la foi, le Kérygme ?

Dans la réalité : 85 % des thèmes abordés n’ont rien à voir avec le Kérygme (comment prier ? en parler aux autres, comment lire la Bible, comment résister au mal ? Dieu guérit-il aujourd’hui ?). Ces thèmes traités selon une doctrine évangélique, sont les réflexions de Nicky Gumbel, le pasteur pentecôtiste et fondateur d’Alpha. Si Alpha annonçait réellement le Kérygme, alors la totalité de son contenu traiterait du Kérygme, c’est-à-dire de Jésus Christ, sa Passion et sa Résurrection, son Ascension et sa Venue dans la Gloire. Or la proclamation du Kérygme est minoritaire (15 % du parcours) et lacunaire (des pans entiers du Kérygme ne sont pas abordés).

3-Alpha, une rencontre personnelle avec Jésus-Christ ?

La personne de Jésus n’est pas du tout centrale dans le parcours. Une expérience de l’effusion ou « baptême de l’Esprit » est le véritable but et sommet de ce parcours initiatique ; elle a lieu à mi-parcours pendant le « Week-end à l’Esprit Saint ». Les premières rencontres Alpha préparent les participants émotivement et psychologiquement à recevoir ce « baptême de l’Esprit », une sorte de para-sacrement pentecôtiste qui provient dans ce cas du Toronto Blessing de 1994. Les séances post-week-end reviennent sur la prétendue grâce reçue.

4-Alpha, un moyen simple d’évangéliser ?

Dans les faits : Alpha est une organisation évangélique internationale, une « église dans l’Église » qui prétend « pénétrer l’ADN » des paroisses et réformer l’Église Catholique. Alpha promeut une prise en main de la stratégie des paroisses en 5 étapes. Cette énorme usine à gaz organise en parallèle de l’Église Catholique, ses propres événements et conférences, forme ses cadres et ses leaders, des prêtres et des évêques, impose ses plans d’actions (3/5 ans) de manière parallèle, déconnectée de la liturgie et de la hiérarchie ecclésiale. Elle prétend réformer l’Église.

5-L’image de gratuité ?

Attention : s’il est vrai que le parcours Alpha classique est proposé gratuitement aux invités, ils seront ensuite très régulièrement sollicités pour des dons généreux. Les coûts des dîners Alpha sont supportés par la paroisse et les paroissiens. Les animateurs doivent suivre plusieurs formations et des conférences payantes. Le coût de la formation d’un prêtre s’élève à 800 € (Pasteurs selon mon Cœur) sans compter les frais de déplacement et d’hébergement. Les paroisses se voient finalement dépenser plusieurs milliers d’euros par an pour soutenir ce programme. Au final ce sont des milliers de dons détournés de l’Église catholique et récupérés par ce business mondialiste évangélique.

Comment expliquer qu’Alpha soit proposé dans des paroisses catholiques ?

Alpha est convivial et sympathique, personne ne nie cela. Cependant, beaucoup s’illusionnent sur la capacité de ce programme à convertir les âmes car ils n’ont pas pris le temps d’analyser ni le contenu de sa doctrine et ni ses méthodes. Les cadres dirigeant d’Alpha ont depuis longtemps développé un argumentaire de lutte contre la résistance psychologique. Alpha serait une chance exceptionnelle pour les églises, et toutes les objections qui mettent en lumière la réalité du parcours sont réduites à un incontournable combat spirituel qu’il faut remporter coûte que coûte. Ce positionnement idéologique interdit toute recherche de vérité.

D’autres « preuves » sont sans cesse invoquées pour rassurer les participants.

– « Alpha existe depuis longtemps » : or, ce longtemps à l’échelle de l’histoire de l’Église ne représente presque rien. Les hérésies peuvent durer quelque temps, mais finissent par être dévoilées.

– « Alpha est recommandé par de nombreux évêques » : or, le nombre, même écrasant, et la dignité des responsables hiérarchiques ne garantissent pas forcément la vérité et la justesse de leur jugement. Ils ont pour première mission de garantir et de pérenniser le dépôt de la Foi reçu du Christ, des apôtres et du magistère de l’Église.

Les prélats qui ont bien étudié les fondations doctrinales et méthodologiques du programme refusent de l’utiliser.

– « Alpha, ça marche ! » La foi n’est pas une formule magique. Le but n’est pas de faire entrer physiquement à tout prix des âmes dans l’Église mais de les conduire au Ciel par l’annonce de la doctrine véritable, la dispense des sacrements valides, et la charité.

Conclusion : Seule, l’analyse objective, consciencieuse et systématique de la théologie et de l’ecclésiologie des enseignements prodigués par Alpha permettra un authentique discernement non seulement selon l’intelligence de la Foi catholique, mais aussi selon la raison, car les procédés utilisés par Alpha peuvent être manipulatoires. (Voir le Dossier A ci-dessous, esquisse d’une étude qui mériterait d’être reprise et étayée, et qui donne les pièces justifiant les affirmations de cet article).

Claire Moquet

Télécharger le Dossier A

Commencer un combat spirituel après l’occultisme, l’ésotérisme, le new-age

Certains d’entre vous ont baigné pendant des dizaines d’années dans les pratiques occultes, le new-âge, l’ésotérisme. Vous avez fait l’expérience des perturbations et dysfonctionnements qui s’ensuivent. Vous ressentez que vous êtes en état de fragilité sur ce point, et vous cherchez à contrer des attaques spirituelles.

Après une prière de libération, il est important de prendre conscience que le COMBAT SPIRITUEL s’impose, et ce sans remettre à demain!

Saint Paul affirme : « Au reste, frères, fortifiez-vous dans le Seigneur et dans sa vertu toute-puissante. Revêtez-vous de l’armure de Dieu, afin de pouvoir résister aux embûches du diable. Car nous n’avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les princes, contre les puissances, contre les dominateurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits mauvais répandus dans l’air. C’est pourquoi prenez l’armure de Dieu, afin de pouvoir résister au jour mauvais, et après avoir tout surmonté, rester debout. » (Ep 6, 10-13)

Jésus lui-même nous a prévenus : « Lorsque l’esprit impur est sorti d’un homme, il va par des lieux arides, cherchant du repos. N’en trouvant point, il dit : Je retournerai dans ma maison, d’où je suis sorti. Et quand il arrive, il la trouve nettoyée et ornée. Alors il s’en va, prend avec lui sept autres esprits plus méchants que lui; puis ils entrent et s’y établissent : et le dernier état de cet homme devient pire que le premier. » (Luc 11, 24-26).

Il ne faut pas sous-estimer ce combat. Vous devez passer par une période de « remise à niveau » spirituel.

Icône Michèle Koné

 

1 — SORTIR D’UN ÉTAT DE FAIBLESSE SPIRITUELLE

Renouez avec la prière

J’ai dans mon garage un vélo. Parce que j’ai décidé de privilégier la marche à pied, je ne m’en sers plus. Les pneus sont à plat. Ainsi de la vie spirituelle des chrétiens qui ne prient plus et ne reçoivent plus les sacrements de l’Église.

Beaucoup ne savent pas qu’ils sont en ÉTAT DE FAIBLESSE

À la suite d’attaques spirituelles (phénomènes paranormaux ou diaboliques), ils finissent par en prendre conscience.

Ils le comprennent le jour où cette faiblesse les met dans un ÉTAT DE DÉTRESSE.

Le secret élémentaire du combat spirituel est la remise en pression de notre organisme spirituel.

 Il va falloir se décider à inscrire la prière dans l’agenda de sa journée, en plusieurs moments différents.

✓       Il y aura la prière du matin, avant de commencer ma journée…

✓       La méditation de l’Évangile avec la récitation du chapelet, sans doute à un autre moment.

✓       Peut-être une courte prière en commun avec d’autres. À voir quand.

✓       Le dimanche, et quelquefois en plus dans la semaine, la participation à la célébration de la messe.

✓       La prière du soir avant de me coucher…

✓       Et l’état de prière à cultiver tout au long de la journée (la prière du coeur)

ÉTAT D’URGENCE. Ne dites pas : je n’ai pas le temps… Trouvez-le.

 

Réglez votre réveil plus tôt

La première chose à décider, c’est de se lever plus tôt pour prier. Il va falloir régler mon réveil autrement.

La prière se vit d’abord le matin, car la journée s’offre à nous remplie de promesses. Prier le soir, c’est bien, et il faut le faire; mais la journée s’en est allée.

La spécificité de la prière du matin, c’est qu’on va se préparer à vivre la journée qui se trouve devant nous en s’ouvrant à la présence de Jésus vivant.

« La prière joue le rôle d’une prise de courant : c’est elle qui assure le contact permanent avec la source de lumière, de chaleur et de force...


 

Devant cette prise de courant, il n’y a pas moyen de savoir si le courant arrive ou non. On a envie de penser que cela ne sert à rien, quand on ne voit ni lumière, ni résultat. En attendant, il faut durer dans le silence et l’espérance, maintenir coûte que coûte le contact dans la foi. Il faut y croire.

Dans notre vie, de cette source cachée ruisselleront des fontaines, de cette obscurité fusera la lumière, de ce creux d’ombre se répand la paix, de ce temps perdu votre journée reçoit efficacité, dans ce repos votre travail prend valeur, à partir de ce silence votre parole devient féconde. Mais la prière, par où vous viennent tous ces biens, peut rester glacée, voire, inaccessible et dure. Aucune importance : c’est la prise de courant ». (Soeur Jeanne d’Arc. Du temps pour la prière)

Prenez ces petites décisions

QUAND ?

Décidez à quel moment vous allez prier : après votre toilette… avant ou après votre petit déjeuner… ?

OÙ ?

Prévoyez dans quel endroit vous allez prier : au pied de votre lit dans votre chambre ? Assis dans votre salle de séjour… Dans un petit endroit que je vous vous serez aménagé ? Dans ce cas : un crucifix, une petite bougie, une bible ?

COMBIEN ?

Prévoyez combien de temps vous vous donnez, pardon, vous donnez au Seigneur, pour cette prière du matin : dix minutes, un quart d’heure, une demi-heure…

AVEC QUI ?

Si vous êtes en couple ou en famille et que l’appel s’en fait sentir, y a-t-il une petite partie de cette prière qui sera commune à tous ? (simple exemple : dire le Notre Père ensemble au moment de prendre le petit déjeuner…)

QUOI ?

Quel va être le contenu de votre temps de prière ?

Votre prière du matin

Voici quelques suggestions, à arranger à votre façon pour une durée de 10 mn.

✓      Commencer par un beau signe de croix.

✓      Lire un Psaume (c’est-à-dire une prière titrée de la Bible, dans le livre des Psaumes)

✓      Prendre un temps de silence

✓      Ouvrir mon coeur à la présence de Dieu, qui m’est intérieur

✓      Faire la prière de protection

✓      Recommander à dieu telle ou telle personne

✓      Réciter lentement le Notre Père, la seule prière que Jésus nous ait donnée

✓      Demander l’aide de la Vierge Marie, en récitant le Je vous salue Marie

✓      Écouter un chant de louange ou de méditation…

✓      Terminer par le signe de croix

À vous d’ajouter, de retrancher, de mettre dans un autre ordre…


 

2 — LES ARMES SPIRITUELLES ESSENTIELLES

Faites la prière de protection

Les pages qui suivent sont consacrées aux huiles essentielles, pardon aux armes essentielles du combat spirituel.

Voici tout d’abord une toute petite prière, qui s’adresse au Père, pour demander la protection de Jésus

Père, dans le combat spirituel de ce jour (de cette nuit),

que le Sang de ton Fils Jésus soit ma protection.

Je me place moi-même, ma famille (nommer des personnes),

mes biens, mon travail (mon entreprise)

sous la protection du précieux Sang

que Jésus a versé pour nous sur la Croix.

Père, merci pour cette protection que tu me donnes. Amen.

Il ne s’agit pas d’appliquer une formule, de réciter une « prière efficace », ou « la prière qui marche le mieux ».

Vous pouvez imprimer, à partir de ce lien, le feuillet concernant la prière pour mieux vivre le combat spirituel.

Il s’agit d’entrer en relation vivante avec Jésus ressuscité, par la foi, en réclamant explicitement la protection spéciale de son amour sauveur. Il nous a montré son amour en donnant sa vie pour nous sur la croix, en versant son sang en sacrifice pour tous les hommes. « Vous avez été rachetés… non par de l’argent ou de l’or, mais par le sang précieux de Christ » (1 Pierre 1, 18-19)

 « Le Sang de Jésus nous purifie de tout péché » (1 Jn 1, 7); il nous protège également des défaites dans les tentations provenant de l’ennemi. Il prend la brebis perdue sur ses épaules.

En faisant cette prière — un esprit à acquérir plus qu’une formule à réciter telle quelle —, c’est comme si nous établissions un bouclier de protection par rapport à tout ce qui nous concerne.

Une personne d’origine Africaine en butte à des attaques spirituelles, et qui avait commencé à dire chaque matin la prière de protection, me disait : « J’ai encore des attaques, mais c’est comme si j’avais mis un toit sur ma maison ».

Il faut faire cette prière tous les jours, l’intégrer à notre prière du matin, sans faiblir. Vous pouvez y ajouter, en page 2 du feuillet, la petite prière ou vous demandez à Jésus qu’il veuille bien couper tout lien mauvais entre vous-même et les personnes à qui vous aviez demandé des services occultes…

Lisez régulièrement la Bible

Lorsque Jésus a été tenté par le diable, il lui a répondu en citant des passages de la Bible.

« Le diable lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, commande à cette pierre de se changer en pain. » Jésus lui répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole de Dieu. » (Mt 4, 3)

La plupart des chrétiens sont sous-alimentés spirituellement, et ne lisent quasiment pas leur Bible.

Une bible ?

Procurez-vous une Bible, placez-la dans votre coin prière à la maison, ouvrez-là régulièrement.

Un abonnement mensuel ?

Si cela vous semble trop compliqué, abonnez-vous à un missel mensuel comme « Prions en Église » ou « Magnificat », et lisez chaque jour les deux lectures bibliques de la messe, en communion avec tous les chrétiens.

Cela représente une petite somme d’argent pour l’année (entre 40 et 50 €, moins cher somme toute que les oboles répétées laissées chez les magnétiseurs !) Il faut savoir ce qu’on veut ?

Paul affirmait à son disciple Timothée que la Parole de Dieu est : « divinement inspirée, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour former à la justice, afin que l’homme de Dieu soit parfait, apte à toute bonne œuvre. » (2 Tm 3, 16-17)

Une étude personnelle brève ?

Vous pouvez chercher aussi du côté de mon site petiteecolebiblique.fr

Chaque mois, un thème biblique transversal est mis en ligne, composé d’une trentaine d’étapes à parcourir, une par jour…

 

Récitez le chapelet de la Vierge Marie

La Vierge Marie est l’Immaculée. Elle a été conçue sans péché, et n’a jamais péché personnellement.

Pour ces raisons, marcher main dans la main avec elle est une aide précieuse dont nous avons tous besoin.

Je conseille très vivement, au regard du combat spirituel marquant la vie contemporaine, de se débrouiller pour dégager une vingtaine de minutes dans sa journée pour méditer et réciter le chapelet.

On peut le faire chez soi, on peut le faire en marchant, en s’arrêtant dans une église, on peut le faire la nuit si l’on a des insomnies… mais il faut le faire, et chaque jour .

Voici sous ce lien UNE MÉDITATION POUR MÉDITER QUATRE CHAPELETS DIFFÉRENTS, dont le thème, ici, est en rapport avec la famille.

Si vous n’avez jamais récité le chapelet, essayez de trouver dans votre entourage chrétien quelqu’un qui pourra vous aider à commencer.

Pour entendre comment on récite le chapelet, servez-vous de ces médias
Vous pouvez ainsi vous unir au chapelet récité à Lourdes, en direct (15h30), ou en différé par podcast.

Il est important de méditer le « mystère » sur chaque dizaine de chapelet; peu à peu, vous finirez par les savoir par coeur, et ne plus avoir besoin d’un papier qui vous les rappelle.

Encore une précision : ne vous affiliez à aucun des « messages » proposés ici ou là; récitez simplement le chapelet telle que l’Église le propose. Apprenez par coeur la prière du « Je vous salue Marie ».

La Vierge Marie est l’Immaculée. Sa descendance, Jésus, écrase la tête du serpent. Lisez le récit de ce songe de Don Bosco, dans la nuit du 14 août 1862, « LE SERPENT ET LE CHAPELET »

Recevez le pardon des péchés

Recevoir le sacrement de réconciliation régulièrement, cette démarche fréquente contient une grande grâce de régénération…

Dans la demande de services occultes (magnétiseurs, guérisseurs, voyants, médiums, etc.), il y a un péché contre la sainteté de Dieu. Il est essentiel d’en demander pardon. Même si l’on n’était pas conscient de pécher à l’époque, Dieu bénit notre repentir, et nous remet dans une grande paix intérieure. J’ai vu des personnes être totalement libérées uniquement par la confession qu’elles vivaient avec sincérité et foi.

Demander et recevoir périodiquement le pardon de ses péchés, c’est une nécessité pour demeurer dans la sainteté de son baptême, et donner le moins de prise possible à l’ennemi, qui est aussi « l’accusateur » (Ap 12, 10). Il nous pousse à pécher, et ensuite nous accuse intérieurement d’avoir péché…

Voici une la feuille que vous pouvez imprimer, une sorte de petit mode d’emploi : COMMENT CONFESSER MES PÉCHÉS ET RECEVOIR LE PARTON DE DIEU APRÈS TANT D’ANNÉES OÙ JE NE L’AI PAS FAIT ?

Au début d’un combat spirituel, il faut vraiment faire une démarche approfondie dans ce sens. Car tout péché non confessé est comme une sorte de prise que nous donnons au Tentateur pour nous tenir captif. Purifiés de nos péchés, nous offrons beaucoup moins de prise à l’ennemi… C’est ce que j’appelle « savonner la planche » !

Cherchez un prêtre auprès de qui vous pouvez faire la démarche de recevoir le sacrement de réconciliation, après vous être préparé(e).

N.-B. : Bien sûr, les personnes qui ne sont pas baptisées peuvent envisager de se préparer à recevoir le sacrement du baptême, en se rapprochant de leur paroisse géographique. Un cheminement vers le baptême s'accomplit sur une certaine durée, deux années environ. Que cela ne les empêche pas de se repentir dès maintenant de leurs péchés devant Dieu au cours d’un moment de prière personnelle.

Participez à l’eucharistie le dimanche

La plupart des chrétiens sont sous-alimentés spirituellement, ils ne communient pas à l’aliment divin que Jésus nous a laissé pour la route, le Pain de Vie, l’eucharistie…

Pour être fort spirituellement, il faut manger la « pain des forts », celui qui nous unit à la victoire de Jésus, et soutient ainsi notre courage.

Jésus dit : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi, et moi en lui. Comme le Père qui est vivant m’a envoyé, et que je vis par le Père, ainsi celui qui me mange vivra aussi par moi. » (Jean 6, 56-57).

Cela nécessite de PARTICIPER À LA MESSE DOMINICALE, ce qui veut dire aussi intégrer la communauté chrétienne de sa paroisse.

D’ailleurs, quand cela est possible, il ne faut pas hésiter à demander au curé de sa paroisse, à son pasteur, le nom d’une personne qui pourra nous aider pendant un temps par un « accompagnement spirituel », c’est-à-dire de petites rencontre d’aide au discernement spirituel.

Dans le cadre d’un combat spirituel, il est clair que la Communion eucharistique est l’état de protection maximale, car nous y recevons Jésus lui-même.

Avant de vous remettre à communier, recevez d’abord le pardon des péchés.

Allez voir au tableau d’affichage de votre église, en ville ou en rural, pour savoir où se trouve la célébration de la messe.

Vous êtes en déplacement ?


 

Soyez intérieurement en état de prière

Cela suppose moins de distractions, moins de bruit, plus d’intériorité tout au long de nos journées.

Voici une prière transmise par les premiers Pères du désert (3è – 4è siècle). Répétée intérieurement, en synchronie avec la respiration, elle permet à notre âme de rester consciente de la présence de Dieu, alors que nous nous occupons aux tâches quotidiennes.

« Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur »

La tradition orthodoxe insiste pour qu’on entrelace prière et respiration l’une avec l’autre.

On dira dans l’inspiration: « Jésus-Christ, Fils de Dieu », et dans l’expiration : « Aie pitié de moi, pécheur ».

Dans sa version courte, cette prière devient « Seigneur, aie pitié de moi » (Kyrie eleison) que l’on répète intérieurement des centaines de fois par jour jusqu’à ce qu’elle devienne aussi spontanée et instinctive que la respiration.

Chacun peut, bien sûr, modifier ou simplifier la formule selon ses goûts, ses préoccupations, son rythme, son humeur, soit à mi-voix, soit en pensée intérieure :

- « Seigneur, apprends-moi à t’aimer » 

- « Seigneur, pardonne-moi »

- « Jésus, viens »

- « Jésus, merci » 

- « Jésus, j’ai confiance en toi »

- « Ô Jésus, roi d’Amour, j’ai confiance en ta miséricordieuse bonté ».

- « Que tout esprit loue Dieu »

Plus notre « intérieur » est habité par la prière, moins l’esprit mauvais peut s’insinuer. C’est vrai pour tout combat spirituel, en particulier celui contre les tentations, qui sont l’essentiel du travail diabolique pour nous éloigner de Dieu.

Combattez les tentations, développez les vertus

À votre avis, quel est le travail le plus habituel du démon ? C’est la tentation intérieure, discrète, insistante, pour nous faire tomber dans le péché.

Jésus lui-même a été tenté.

Les évangiles se font l’écho de trois tentations, qui résument toutes les autres. Vous pouvez en lire l’évocation dans l’évangile selon saint Matthieu au chapitre 4.

Jésus nous apprend à repousser la tentation par la puissance de la Parole biblique et par la prière.

Tous, nous devons entrer dans ce combat spirituel qui consiste à lutter contre les tentations et à développer les vertus.

J’ai écrit un petit commentaire sous forme de méditation, intitulé trois fois tenté, trois fois libre ! Vous pouvez en lire le texte sur mon blog sous ce lien.

 

3 — PETITS COMPLÉMENTS ANTI-DIABOLIQUES

Manifestations paranormales, que faire ?

Bien des personnes sont terrorisées par certains phénomènes paranormaux. D’autres, en détresse, ont fini, par tâtonnements successifs, par découvrir que la prière les faisait cesser.

C’est en effet la bonne tactique. Les phénomènes paranormaux objectivement avérés sont le fruit de la présence des esprits ténébreux qui parasitent une personne. La peur ne sert à rien. Il est normal d’avoir peur dans certains cas, mais il ne faut pas nous laisser envahir par la peur…

 

Il faut réagir immédiatement par la prière. Prier, c’est s’ouvrir à l’Esprit de Dieu. Invoquer le nom de Jésus, celui de la Vierge Marie, celui de l’archange Saint Michel, c’est leur permettre de se rendre présents et de faire reculer les esprits mauvais.

Petite vérification à faire : rien dans ma maison ou sur moi qui puisse être un « signe » occulte (pendule, jeu de tarots divinatoires, talismans, représentations d’idoles, la formule magique sur une petite feuille, etc.). Faire le ménage.

Quelle prière dire ?

> D’abord le Notre Père. La seule prière que Jésus nous ait donnée est le « Notre Père ». Celui-ci se termine par cette demande : « Délivre-nous du Mal ».

J'ai reçu bien des témoignages de personnes qui ont fait l'expérience d'éloigner tel ou tel phénomène paranormal qui les accablait simplement en récitant le Notre Père... « Ça s'est arrêté d'un seul coup… »

Vous avez une sensibilité médiumnique et divinatoire ? Refusez volontairement les « informations » qui affluent, et réagissez tout de suite par la prière …

> Le Je vous salue Marie, bien sûr, prière qui se compose de la salutation de l’ange Gabriel, et du cri d’admiration de la cousine de Marie, Elisabeth… Des paroles bibliques, donc.

Plus simple encore : répéter tranquillement le nom de JÉSUS, « le Nom qui est au-dessus de tout nom, pour que tout, au nom de Jésus, s’agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers » (Ph 2, 9-10)

Jésus a été tenté par le diable, et l’a vaincu. C’est sa victoire qui est le gage de la nôtre. Ayons bien conscience que nous sommes, par notre FOI en Jésus, établis sur une base de victoire.

? Pour écouter le chant Victoire, tu règneras (Jean-Paul Prat)

? Victoire au Seigneur de la Vie (groupe de louange Le Pain de Vie)

Notre combat ne consiste pas à essayer de remporter la victoire, mais à éloigner l’ennemi que Jésus a déjà vaincu, et qui vient nous « titiller » pour nous faire croire que nous sommes dans la défaite…

« Désormais, la victoire, la puissance et la royauté

sont acquises à notre Dieu,

et la domination à son Christ,

puisqu'on a jeté bas l'accusateur de nos frères,

celui qui les accusait jour et nuit devant notre Dieu. »

(Ap 12, 10)

Des gestes et des attitudes de foi

* L’eau bénite est utile pour nous rappeler la grâce de notre baptême, et combattre la présence de l’ennemi. Avoir un petit bénitier, chez soi, où l’on peut plonger l’extrémité de ses doigts et faire un beau signe de croix avec foi…

* L’invocation à Saint Michel Archange est traditionnelle dans l’Église pour demander son aide dans notre combat spirituel contre les démons. Cliquer ici pour voir la prière.

* Le fait de porter des objets bénis sur soi (ou d’en avoir à la maison), par exemple une médaille de la Vierge de la rue du Bac, une petite croix, une médaille de Saint Benoît, un chapelet… tout cela peut nous aider dans notre marche vers la sainteté. Encore une fois, il ne s’agit pas de grigris, ni de talismans, mais d’objets qui nous rappellent notre condition de chrétiens.

* Bien sûr, on peut demander au curé de sa paroisse de passer chez soi pour bénir l’appartement ou la maison. Afin de manifester qu’on désire y vivre vraiment en présence de Dieu. En se rappelant que s’il y a des phénomènes paranormaux dans la maison, c’est plutôt la personne qui habite la maison qui provoque ce genre de choses; ils peuvent cesser après la démarche de prière de libération et dès qu’on entreprend un combat spirituel.

Nous t'en supplions, Seigneur, visite cette maison, et repousse loin d'elle toutes les embûches de l'ennemi; que tes saints anges viennent l'habiter pour nous garder dans la paix; et que ta bénédiction demeure à jamais sur nous. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen. (Complies du mardi)

* Oui les anges gardiens existent, et chacun de nous a un ange à son service. Lui demander son aide dans la prière est une excellente chose. À condition de ne pas tomber dans l’évocation des esprits « guides spirituels », par des recettes dont le réseau internet regorge… Ces recettes aboutissent aux « anges déchus » que sont les démons. Au contraire, demandons l’aide des Saints Anges.

Quelques belles citations sur les Anges gardiens…


L’invocation au Précieux Sang de Jésus

Certaines personnes ont un combat spécial à mener, pour des raisons particulières.

Elle pourront trouver comme une sorte d’extension de la prière de protection dans cette supplication pour demander libération et protection par l’invocation du Sang de Jésus composée sous la forme d’un chapelet à réciter,

à télécharger sous ce lien

J’ai composé cette prière de façon plus biblique, sur le modèle du chapelet à la divine miséricorde. Je l’ai montrée à mon évêque qui m’a permis de la mettre à votre disposition.

L’invocation au Sang de Jésus est puissante contre les démons, à chacun d’en faire l’expérience.Du coeur ouvert de Jésus, toutes les grâces nous sont accordées.

Spirituellement fort

Vous direz : c’est beaucoup trop pour moi. Je n’y arriverai pas ?

Cependant, c’est maintenant le moment favorable pour entreprendre une démarche profonde — C’est maintenant le jour du salut !

Vous êtes motivé(e) parce que vous subissez l’impact des attaques spirituelles, et les parasitages liés aux compromissions avec l’occultisme.

Écoutez Jésus : « Entrez par la porte étroite. Large, en effet, et spacieux est le chemin qui mène à la perdition, et il en est beaucoup qui s'y engagent ; mais étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la Vie, et il en est peu qui le trouvent » (Mt 7, 13-14).

Gravissez jour après jour les marches, même si elles vous semblent trop hautes. Soyez progressif et proactif.

En peu de temps, vous verrez la différence.

Pour conclure, un peu d’humour

Il avait été annoncé que le diable devait se retirer des affaires et mettre ses outils en vente.

Le jour de la vente, les outils étaient exposés d’une manière attrayante : malice, haine, envie, jalousie, pornographie, fourberie, vengeance… tous les instruments du mal étaient là, chacun marqué de son prix.

Il y avait aussi un outil en apparence inoffensif, très usé, mais dont le prix était supérieur à tous les autres.

Quelqu’un demanda au diable ce que c’était :

– C’est le découragement, répondit-il

– Pourquoi le vendez-vous aussi cher ?

– Parce qu’il est plus utile que n’importe quel autre. Avec ça je peux entrer dans n’importe qui, et une fois à l’intérieur, manœuvrer de la manière qui me convient le mieux.

– Pourquoi est-il si usé ?

Parce que je l’emploie avec tout le monde… Mais très peu de gens savent qu’il m’appartient.

Le prix fixé pour le découragement était si élevé que l’instrument n’a jamais été vendu.

Le diable en est toujours possesseur et… il continue à l’utiliser…

P. Dominique Auzenet (et une équipe)

Bibliographie

Si vous souhaitez aller plus loin sur ce thème du combat spirituel, il existe de très nombreux livres, dont voici quelques-uns.

* P. Hervé Ponsot, dominicain. Combat, la spiritualité au quotidien. Éd. du Cerf, 2016

Vous trouvez les principales articulations de ce livre ici.

* Christian Poirier. Le combat spirituel. De l’ombre à la lumière. Éd. Salvator, 2008.

* P. Pierre Descouvemont, Gagner le combat spirituel. Éd. de l’Emmanuel. 2006.

* Marie-Anne Le Roux. Sortir gagnant de nos luttes intérieures. Éd. des Béatitudes. 2008.

* P. Benedict Héron. Jésus est le plus fort. les voies du combat spirituel. Éd. P. Téqui, 2000 (Trad. de l’anglais par Béatrice Soulary). Voici le chapitre 5 du livre : face aux attaques du démon.

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Les raisons de faire dire une messe

POUR UN DÉFUNT, POUR UN VIVANT, LES RAISONS SONT DIVERSES, LES INTENTIONS VARIÉES. SI LA PRATIQUE EST ANCIENNE, ELLE ÉVOLUE AUJOURD’HUI.

Il se nomme Pierre, il a 37 ans, il est catholique et vit dans la banlieue parisienne. Faire dire une messe, il en avait déjà entendu parler. Mais dans sa famille, il n’en avait jamais été vraiment question. «Cela m’apparaissait un truc un peu vieillot et un brin superstitieux », sourit-il. Il y a quatre ans, sa fille cadette, Claire, alors nouveau-née, présentait des signes inquiétants de retard mental aux yeux de son pédiatre : des examens approfondis du cerveau furent demandés. Le jour de la consultation, Pierre est bloqué en Égypte pour son travail. « Ma femme y est allée seule. C’était terrible d’être si loin. Je me suis souvenu que l’on pouvait faire dire des messes pour des proches. J’ai demandé à un ami prêtre de le faire pour Claire. Ce jour-là, je l’ai particulièrement remise entre les mains de Dieu. » L’appréhension du pédiatre s’est révélée infondée. Pierre ne sait pas s’il y a un lien avec la messe célébrée pour sa fille mais il s’en souvient comme d’un moment de « grâce » et de « communion spirituelle » avec sa fille, son épouse et Dieu.

« Chaque messe offerte est une manière d’appliquer la rédemption du Christ à notre situation particulière, explique le P. Ludovic Serre, curé de Chaville. Concrètement, le fidèle demande au prêtre, et à travers lui, à l’Église tout entière, de prier pour une intention au moment où il célèbre l’eucharistie », ajoute le carme Christophe-Marie Baudouin, prieur du couvent de Lille.

Messe pour les défunts, pour les vivants, pour une action de grâce… les raisons en sont variées. « La plus courante est de prier pour les défunts, observe cependant le P. Serre, afinqu’ils accèdent à la plénitude de la lumière de Dieu par l’action du Christ actualisée dans l’eucharistie. » Il précise : « Il ne faut pas oublier que, une fois mort, je ne peux plus rien faire pour mon âme. Il n’y a que les vivants qui pourront m’aider, par leur prière, à rencontrer Dieu.»

Ces messes sont le plus souvent demandées par les familles des défunts. Elles peuvent faire dire une, dix, trente messes… l’usage est souple et varié. « La famille désire le salut du disparu qu’elle espère retrouver au royaume des cieux. Et c’est aussi un lien qui la rattache à cette personne», souligne le P. Serre.

Ne pas rompre ce lien, manifester la présence de l’absent parmi les vivants. C’est l’histoire d’Olivier, 52 ans. Sa mère est morte brutalement au mois de décembre à Toulon. Issue d’une famille athée, la défunte est incinérée et ses cendres sont dispersées au bord de la mer : « Et puis c’est tout, dit-il. J’ai ressenti un immense vide. Un de mes amis, qui connaissait ma mère, m’a proposé de faire dire une messe pour elle, un dimanche. J’ai accepté aussitôt.» Pourquoi ? « J’avais besoin que l’on prie pour elle, de vérifier que tout ne se finissait pas avec sa mort et son incinération. »

Le jour dit, Olivier est venu à la messe avec ses deux filles, sa sœur, ses neveux et nièces. « Nous ne mettons jamais les pieds à l’église mais ce jour-là, ce n’était pas pareil, explique-t-il. Lorsque le prêtre a nommé ma mère, j’ai été profondément ému. J’ai eu l’impression qu’elle n’était pas seule, là où elle était. Et qu’elle n’avait pas complètement disparu de notre monde. »

Cette relation spirituelle avec le défunt dépasse très largement les frontières culturelles. En Afrique, par exemple. « Chez nous au Burundi, observe le P. Arsène Dutunge, prêtre du diocèse de Bujumbura, les morts ne sont pas morts.Ils sont toujours vivants en une autre dimension. En disant une messe pour eux, nous manifestons notre communion avec eux comme s’ils étaient présents en nous. »

Et à Bujumbura comme à Chaville, la perspective de cette démarche qui se porte au-delà de la mort est centrale pour les fidèles. « Il s’agit de secourir une âme, de l’aider à quitter le purgatoire, complète le P. Arsène. Dans ce chemin, l’âme du mort a besoin de la prière des vivants. C’est pourquoi, dire une messe pour les défunts est un usage très répandu chez nous. »

Le Catéchisme de l’Église catholique ne dit pas autre chose : « Dès les premiers temps, l’Église a honoré la mémoire des défunts et offert des suffrages en leur faveur, en particulier le sacrifice eucharistique (cf. DS 856 ), afin que, purifiés, ils puissent parvenir à la vision béatifique de Dieu. L’Église recommande aussi les aumônes, les indulgences et les œuvres de pénitence en faveur des défunts. »

Si la pratique est ancienne, elle évolue toutefois aujourd’hui. Les prêtres observent d’abord la part plus grande prise par les intentions pour les « vivants », notamment chez les plus jeunes. Autour d’un enfant malade, d’un parent au chômage, d’une situation « désespérée », de plus en plus de chaînes de prière se mettent en place. Parmi les nouveautés, note le P. Arsène, il y a cette action de grâce « pour avoir obtenu un visa ».

Autre variation sensible : dire le nom de la personne pour qui la messe est célébrée. « Avant, nous portions les intentions dans notre cœur. Aujourd’hui, on nous demande de nommer les personnes sans quoi, il y a quelque chose d’incomplet pour les fidèles », remarque le P. Serre. Ce qui n’est pas sans risque : « On peut écorcher les noms », constate le P. Baudouin. Dans certaines églises, on s’y refuse aux messes dominicales.

Depuis le VIIIe siècle, faire dire une messe a aussi un coût. Dans le langage de l’Église, on préfère le terme d’offrande ou d’intention de messe : 17 € en France, 50 centimes d’euro au Burundi. Cet usage est lié à la participation du fidèle à la vie matérielle du prêtre et de l’Église (lire ci-contre). Mais pas seulement. Ils s’inscrivent aussi dans l’histoire de la pénitence tarifée née au Moyen Âge. Une pénitence pouvait être rachetée par un certain nombre de messes : par exemple, trente messes pouvaient racheter un an de jeûne.

« Dans le passé, il y a eu des abus, souligne le P. Christophe-Marie Baudouin. Au Moyen Âge, par exemple, on a vu des communautés multiplier les ordinations de prêtres afin de pouvoir augmenter leurs revenus liés aux messes tarifées”. C’est pourquoi, cette pratique a décliné dans les années 1960-1980. Les 17 € sont indicatifs. La messe n’a pas de prix,elle est gratuite !

En pratique

La définition. L’Église permet aux fidèles de s’unir plus intimement au sacrifice de la messe par une intention personnelle confiée au célébrant. Cette possibilité d’associer une intention privée à l’intention générale est très ancienne.

Le moyen. Le plus simple est de contacter sa paroisse. Mais on peut aussi s’adresser à un sanctuaire, une communauté religieuse. Cela peut aussi se faire par Internet.

L’intention. Si l’on prie le plus souvent pour un défunt, on peut aussi prier pour une multitude d’intentions : pour de jeunes mariés, un malade, un parent, un ami, pour soi-même, pour la vie du monde ou de l’Église, en action de grâces pour des noces d’or ou d’argent, pour un jubilé sacerdotal, une guérison, une paix retrouvée… Il faut formuler l’intention le plus simplement possible et si l’on souhaite rester discret, on peut demander « pour une intention particulière ».

La date. On peut préciser la date à laquelle on veut que la messe soit célébrée. Mais il vaut mieux vérifier – avec le célébrant ou ceux qui sont chargés de ce service – que la date n’est pas déjà prise par beaucoup. Dans les lieux où cette pratique est très demandée, il est courant de ne pas pouvoir choisir la date retenue. En revanche, il est d’usage que l’on vous prévienne du jour et de l’heure retenus par le célébrant.

L’offrande. Pour une messe, l’offrande s’élève actuellement à 17 €. Pour une neuvaine (célébration de neuf messes consé- cutives en neuf jours), il est proposé une offrande de 170 €. Pour un trentain dit grégorien (célébration de 30 messes consécutives, 30 jours), l’offrande est de 595 €.

Ces messes qui n’ont pas de prix

SI L’ÉGLISE PROPOSE CHAQUE ANNÉE UNE GRILLE INDICATIVE DE MONTANTS POUR LES OFFRANDES DES MESSES DITES POUR DES INTENTIONS PARTICULIÈRES, LES FIDÈLES RESTENT TOUJOURS LIBRES DE DONNER CE QU’ILS SOUHAITENT.

Combien coûtera la messe ? Quels sont vos honoraires, Père ? » Qu’elles soient posées aux prêtres d’une voix assurée ou avec un brin de gêne, ces questions taraudent régulièrement nombre de paroissiens souhaitant faire dire une messe pour un proche ou un événement particulier. Comment, dès lors, fixer le coût d’une telle célébration ?

Chaque année depuis près de quarante ans, la Conférence des évêques de France (CEF) propose une grille indicative de prix pour aiguiller les fidèles s’interrogeant à ce sujet (voir repères). « Pour l’année 2017, les montants votés en novembre par l’assemblée des évêques restent inchangés par rapport à l’an dernier », explique Corinne Boilley, secrétaire générale adjointe de la CEF depuis 2012, chargée des questions économiques, juridiques et sociales. « Il n’y a en revanche  ‡ particulières pour les offrandes des enterrements, des baptêmes ou encore des mariages », poursuit-elle, tout en précisant que les diocèses suivent, dans leur grande majorité, les premières recommandations.

Il revient en effet à chaque diocèse de choisir ensuite de s’écarter ou non de ces propositions indicatives, en relayant d’autres sommes sur leurs sites ou dans leurs paroisses. Généralement, la variante n’excède pas, dans un sens comme dans l’autre, quelques euros. « À Strasbourg, les montants proposés sont traditionnellement inférieurs à ceux votés par la CEF : cette spécificité est liée au statut particulier des prêtres dans la région, toujours régie par le concordat », explique le chanoine Bernard Xibaut, chancelier et secrétaire général du diocèse. « Par exemple, nous proposons la neuvaine à 160 € », cite-t-il, tout en concluant d’une voix amusée : « Mais nous rappelons toujours qu’il s’agit là de montants indicatifs, et que le SDF pourrait donner 50 centimes là où un milliardaire pourrait donner 100 euros ! »

À la Plaine-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le P. Jean-Marc Danty-Lafrance, curé de l’église Sainte-Geneviève, est à la tête d’une assemblée paroissiale très modeste. « Les montants votés par la CEF sont affichés dans l’église, mais nous répétons aux fidèles que la participation reste libre », témoigne-t-il, tout en ajoutant « ne pas faire payer la moitié des messes (qu’il dit) pour des intentions particulières ».

Tous rappellent que les sommes données ne permettent pas d’acheter la bienveillance de Dieu, et que les sacrements n’ont pas de valeurs marchandes. « La messe n’a en soi pas de prix : ou si elle en a un, c’est bien celui que le Seigneur a payé par le don de sa vie », explique ainsi le P. Paul Préaux, modérateur général de la communauté Saint-Martin. « L’offrande en argent qui accompagne la demande de messe ne correspond pas au paiement de la célébration, mais elle permet au paroissien de participer plus étroitement au sacrifice eucharistique en pourvoyant à la subsistance du prêtre qui officie », poursuit-il.

Les sommes récoltées sont en effet entièrement reversées aux célébrants. Et leur apport est loin d’être négligeable dans la vie de l’Église. D’après les derniers chiffres de la CEF, elles auraient rapporté, en 2015, plus de 52 millions d’euros aux paroisses.

MALO TRESCA

Dans le journal La Croix du 18 février 2017.

Le combat spirituel

Je souhaite vous faire connaître un livre du P. Hervé Ponsot, dominicain, Combat, la spiritualité au quotidien. Éd. du Cerf, 2016 (1), que je vous invite à vous procurer, à lire, et à travailler. Je souhaite vous en présenter ici uniquement les articulations et des extraits. Ce livre aide à entrer dans une compréhension équilibrée de cette réalité centrale de la vie chrétienne.

En fait, le combat spirituel ne devrait pas être vu en le rapportant au démon, mais à Jésus. Ce combat est en effet celui qui va permettre de s’identifier à Jésus, de « le revêtir » pour employer un terme très familier à l’apôtre Paul (Rm 13, 14; 1 Co 15, 53- 54 ; 2 Co 5, 2-4 ; Ga 3, 27) : en d’autres termes, de transfigurer le premier ou vieil Adam, cet être que nous sommes par notre naissance, en le configurant au second ou nouvel Adam, Jésus.

Ce combat implique bien une lutte contre le démon et sa cour, avec la valeur primordiale et exemplaire de ce e lutte, mais il ne s’y réduit pas : il est l’ajustement à Jésus de toute une vie en ses différentes composantes. D’ailleurs, dans le récit des Tentations, toutes les idoles mondaines potentielles évoquées, que l’on peut classer commodément sous les rubriques de l’avoir, du savoir et du pouvoir (Lc 4, 1-13), manifestent bien la diversité et l’étendue du « combat spirituel », qui ne se limite pas à un combat frontal et ponctuel contre Satan, que l’homme ne pourrait d’ailleurs que perdre.

I. Les acteurs du combat

Beaucoup plus que l’homme et Satan, les deux protagonistes sont Dieu et l’homme, dans leurs rapports réciproques tels que les campe la Bible: un Dieu de miséricorde, en quête de cet homme pécheur, qui s’est dressé contre lui dans le jardin de la Genèse, mais qu’il refuse d’abandonner. Et auquel il propose sans cesse de s’écarter du péché pour retrouver sa véritable identité d’être de communion, à l’image et la ressemblance de Dieu : par la venue au monde de Jésus, crucifié, mort et ressuscité, homme nouveau et parfait, Dieu met un point d’orgue à cette quête en offrant désormais à tout homme un modèle et une voie à suivre.

1. Dieu et l’homme

1a. L’homme à la recherche de la ressemblance perdue

« Adam, où es-tu? »: c’est la première demande que Dieu adresse à l’homme après le péché. Et Adam est un homme désorienté qui a perdu sa place dans la création parce qu’il croit devenir puissant, pouvoir tout dominer, être Dieu. Et l’harmonie se rompt, l’homme se trompe et cela se répète aussi dans la relation avec l’autre qui n’est plus le frère à aimer, mais simplement l’autre qui dérange ma vie, mon bien-être. » (Homélie aux migrants, pape François à Lampedusa, le 8 juillet 2013).

En résumé, le combat spirituel apparaît comme la lutte que l’homme doit mener pour retrouver le Paradis perdu, autrement dit la condition qui fut la sienne avant le péché et dont l’image de Dieu en lui garde la trace : un homme de communion en face du Dieu amour, différent de lui et recevant de lui à chaque instant, directement ou par la médiation d’autrui, tout ce qui lui est nécessaire pour grandir dans ses deux composantes relationnelles, humaine et divine. C’est le chemin que trace pour lui le Fils.

1b. Jésus le crucifié, parfaite image de Dieu

Comprenons bien toutefois qu’après la chute, ce e image qu’il s’agira de reproduire, en reprenant toutes les ressemblances, sera toujours celle de Jésus crucifié et glorifié, glorifié dans sa crucifixion : la croix sera désormais le seul chemin qui permette de revenir au Paradis. Un chemin que Jésus qualifie lui-même de resserré (Mt 7, 14), et qu’il est venu annoncer, vivre et promouvoir sur la terre. Nous allons visiter ce chemin en évoquant les étapes, les lieux, les moyens de « revêtir le Christ ».

2. Dieu et l’homme à l’épreuve l’un de l’autre

Dans les le res dites « Pastorales », saint Paul insiste sur la qualité du combat : « afin que tu combattes le bon combat » (1 Tm 1, 18), « combats le bon combat de la foi » (1 Tm 6, 12), « j’ai combattu jusqu’au bout le bon combat » (2 Tm 4, 7). L’homme est donc appelé à combattre pour retrouver le chemin du paradis perdu, mais contre qui doit-il lutter ? Comme le suggère l’évocation de la foi, le combat ne vise pas en priorité des êtres de chair et d’os, même si cela ne doit pas être complètement exclu. On pense donc plutôt spontanément aux forces spirituelles démo- niaques déjà évoquées et sur lesquelles on reviendra, qui trouvent tout un tas de relais tels l’orgueil ou l’argent, mais il en est d’autres que l’on mentionne plus rarement : soi-même, et Dieu. Tous les auteurs spirituels, comme les textes bibliques, en témoignent, la lutte contre Dieu est un des aspects du combat spirituel.

2a. L’homme en lutte contre Dieu

Dieu et l’homme sont en cause : ils doivent s’ajuster, et leur rapport s’exprime en termes de « mise à l’épreuve » car ni l’un ni l’autre ne font l’économie d’un tel ajustement.

Peut-on se battre contre Dieu? La proposi on paraît pour le moins étrange si, comme il a été dit, Dieu ne cesse de chercher l’homme, de venir à sa rencontre. Et pourtant, le fameux combat de Jacob (Gn 32, 23-31), même si l’on en adoucit les termes en parlant de « lutte contre l’ange », met bien en scène un combat contre Dieu, représenté par son ange: « tu as été fort contre Dieu » (v. 29). Et même si l’événement se présente de manière très différente, c’est aussi une forme de combat contre Dieu que mène Jésus à Gethsémani : « Éloigne de moi cette coupe » (Mc 14, 32-36).

Ne limitons pas l’ajustement au seul être humain : comme le rapporte l’Ancien Testament, dans sa quête de l’homme, Dieu n’a de cesse de s’ajuster à lui. En lui envoyant prophète après prophète, en lui donnant sa parole par de multiples canaux, y compris le canal de ses adversaires, Dieu ajuste sa proposition de salut à l’homme. Les pères de l’Église parleront de la « condescendance de Dieu », dont le sommet sera atteint dans la venue au monde de Jésus, fils de Dieu, venu ouvrir un chemin afin que nous marchions sur ses traces (cf. 1 P 2, 21).

Ne disons pas non plus trop vite que le combat est « spirituel », comme s’il se passait uniquement dans la tête ou le cœur du lutteur terrestre : il engage tout l’être, au point que Jacob en portera dans son corps la trace définitive, symboliquement évoquée au travers du nerf sciatique. Ou, pour Jésus, dans la tristesse et l’angoisse de Gethsémani, que Luc exprime en termes de « sueur de sang » (Lc 22, 44). En fait, comme il a été dit un peu plus haut, ce combat est un chemin de croix, une épreuve, au sens fort et originel du mot: quelque chose de douloureux, mais aussi un test de fidélité. Cette épreuve qu’Adam et Ève ont échoué à traverser en tombant tout de go dans les filets du serpent.

 2b. L’homme en lutte contre lui-même

Scupoli a une manière propre de décrire le dilemme évoqué par
Paul sur cette loi de péché (Rm 7, 18-23). Il écrit : « La guerre spi-
rituelle que nous avons à soutenir vient principalement de ce que
la volonté raisonnable a, au-dessus d’elle, la volonté divine et au-
dessous, la volonté des sens ; placée au milieu, elle se trouve en-
gagée dans un combat sans trêve, chacune des deux volontés
cherchant à l’attirer à son par et à l’assujettir à sa puissance »
(Lorenzo Scupoli, Le combat spirituel, livre publié en 1589, ch.
12).

Jésus n’a pas craint de s’abaisser pour pouvoir grandir: « De condition divine, il n’a pas considéré comme une proie à saisir d’être l’égal de Dieu. Mais il s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes » (Ph 2, 6-7). Le fruit en est évoqué par Jésus lui-même dans une célèbre parabole sur les invités à un repas de noces : « Lorsque tu es invité, va te mettre à la dernière place, de façon qu’à son arrivée celui qui t’a invité te dise: « Mon ami, monte plus haut. » Alors il y aura pour toi de l’honneur devant tous les autres convives » (Lc 14, 10).

 

3. Le tentateur, les tentations et la réalité du péché

3a. Les tentations comme épreuves

La première tentation est précédée d’une longue période de jeûne, et donc d’une expérience aiguë du manque: Satan propose alors à Jésus du pain… ce qui en soi est une bonne chose, et l’on ne pourrait que se réjouir que toute la terre puisse bénéficier d’une telle offre. Mais cette offre est biaisée, tout comme celle faite à Adam et Ève: le pain en question n’est pas le fruit souhaitable et légitime du travail de l’homme, mais l’effet d’un coup de baguette magique, un artifice. Comment ne pas penser aujourd’hui à tous ces hochets que la technique nous propose, et qui nous distraient si souvent de notre faim la plus profonde, celle d’un « pain qui rassasie »? Et cela marche parce que l’homme refuse, par légèreté ou par peur, de descendre en lui-même et d’écouter la voix de l’Esprit en son cœur.

La deuxième tentation (« Jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et sur leurs mains ils te porteront », Mt 4, 1-11), nous montre Satan citant l’Écriture, comme il prétendait rapporter la voix de Dieu dans le jardin de la Genèse : Satan est prophète ! Il sait Dieu, il « parle » Dieu, du moins il voudrait le faire croire. Et l’homme s’y fait prendre, souvent, très souvent, parce que, faute de fréquenter la parole de Dieu, il est comme une brebis égarée qui ne sait plus reconnaître la voix de
son Pasteur (cf. Jn 10, 4-5).

La troisième et dernière tentation nous montre Satan proposant à Jésus la maîtrise de tous les royaumes de la terre. C’est la tentation du pouvoir à laquelle, l’histoire ne cesse de le montrer, il est bien difficile de résister. Alors même qu’il peut être utile pour une noble cause : les politiques le disent souvent, c’est pour réaliser des choses en faveur de leurs concitoyens qu’ils souhaitent un tel pouvoir. Mais il est hélas fréquent que cette cause soit vite oubliée. Remarquons que Satan méconnaît, parce qu’il n’en a justement aucune maîtrise, le Royaume de Dieu, le seul qui soit important : « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa jus ce, et tout le reste vous sera donné en plus » (Mt 6,33).

Voilà donc les tentations majeures, qu’il ne faut pas confondre avec le ou les péchés.

3b. Le ou les péchés

= Les péchés

En d’autres termes, le péché ne se révèle que dans la lumière divine, ce qui soit dit en passant explique pourquoi l’annonce de l’Évangile doit toujours avoir la priorité sur la dénonciation de tel ou tel péché, de telle ou telle turpitude.

La poussière plus ou moins grossière de ce péché n’est évidemment pas la même pour tous. Le Je confesse à Dieu évoque des péchés « en pensée, en parole, par action et par omission ». Ces quatre formes recouvrent l’ensemble des péchés qui peuvent être commis. Étant bien entendu que, pour qu’ils soient véritablement des péchés, et pas de simples velléités, il faut qu’ils soient des actes ou des renoncements fruits d’une volonté propre. Il faudrait donc suppléer l’adjectif « volontaire » à chacune des possibilités : pensée volontaire, parole volontaire, action volontaire, omission volontaire.

Évoquer cela, c’est aussi se donner les moyens du combat selon les dimensions qui viennent d’être évoquées :

• Chasser les pensées négatives, la haine certes, mais aussi plus simplement les idées de revanche, les « idées noires ». Toutes choses qui encombrent notre esprit sans aucun fruit, qui nous font nous retourner en arrière. La culpabilité nous reconduit sans cesse vers le passé, et nous empêche de vivre parce que la vie est devant nous. La réconciliation, sous toutes ses formes, en particulier le sacrement, est le meilleur moyen de lui ôter sa force.

• Éviter les paroles blessantes, contrôler sa langue comme y invite, avec beaucoup de justesse, l’apôtre saint Jacques : « La langue, au contraire, personne ne peut la dompter : c’est un fléau sans repos. Elle est pleine d’un venin mortel. Par elle nous bénissons le Seigneur et Père, et par elle nous maudissons les hommes faits à l’image de Dieu. De la même bouche sortent la bénédiction et la malédiction. Il ne faut pas, mes frères, qu’il en soit ainsi » (3, 8-10).

• Marcher dans les voies de Dieu : ici le champ est vaste et ne peut être détaillé. Les Béatitudes (Mt 5, 1-12) pourraient baliser la route. Mais attention aux chemins de traverse telle que l’illusion dénoncée avec raison par Scupoli : « Aussitôt qu’une œuvre nous est proposée, nous l’envisageons et nous la désirons, non sous l’impulsion de la volonté de Dieu et dans le but de lui plaire, mais pour le plaisir et le contentement que nous trouvons à vouloir ce que Dieu veut. L’illusion en ce point est d’autant plus facile que l’objet de nos désirs est meilleur en soi. L’amour-propre trouve à se glisser jusque dans le désir que nous avons de nous unir à Dieu » (ch. 10).

• Saisir les occasions de venir en aide au prochain. Le bon exemple ici nous est rappelé dans la fameuse parabole de ce « Bon Samaritain » (Lc 10, 30-35) qui, au contraire du prêtre et du lévite, clairement pécheurs par omission, accepte, lui de se dérouter pour prendre en charge l’homme à demi-mort au bord de la route.

 Il existe donc dans l’homme une volonté négative, que Paul appelle globalement « le péché » (au singulier, cf. Rm 6 et 7), qui se traduit très concrètement dans des péchés, et que certains voudraient à tort assimiler au péché originel.

= Le péché originel

Le péché originel désigne une situation caractéristique du monde désorienté que trouve tout homme à sa naissance, et qu’il contribue à augmenter par ses péchés personnels. Elle est rapportée à son origine pour en dire la dimension universelle. Voici ce que dit le catéchisme pour les jeunes connu sous le nom de Youcat, Paris, Éd. du Cerf, 2011 : « L’expression « péché originel » ne désigne pas une faute personnelle, mais la situation néfaste de l’humanité dans laquelle s’insère chaque individu, avant que, par libre décision, il ait péché lui-même » [voir Catéchisme de l’Église catholique, 388-389, 402-404]. De ce péché originel et aussi personnel, la tradition chrétienne exclut Jésus, et la tradition catholique la Vierge Marie, par une grâce particulière anticipée de la mort et de la résurrection de son fils (dogme de l’Immaculée Conception).

Celui qui veut donc se lancer dans un combat spirituel doit savoir que ce péché est attaché à ses basques, mais aussi que la grâce baptismale permet de s’en affranchir, et que la meilleure manière de ne pas rechuter consiste à ne plus « charger la barque », à vivre une vie chrétienne selon les dimensions évoquées plus haut, en s’attaquant aux péchés personnels. Ce combat aura lieu dans un monde désorienté, dont il n’y a guère de secours à attendre !

II. Les lieux et les moyens de la rencontre

1. Les lieux de la rencontre

Où l’homme doit-il engager le combat spirituel ? La réponse paraît très naturelle, compte tenu de ce qui a déjà été dit : en lui. Il est vrai, mais ce n’est pas le seul « lieu » dans la mesure où il va devoir faire appel à l’aide de Dieu : celui-ci se trouve aussi dans le désert et… la vie quotidienne. Remarquons que ce sont précisément les deux lieux où Jésus s’est constamment situé !

S’il est facile d’imaginer que l’on puisse rencontrer Dieu dans le désert, où la bruyante présence humaine se trouve a priori fort réduite, invitant donc à écouter la brise légère de la voix divine (1 R 19) que l’on étouffe trop souvent, on peut se demander comment des opportunités identiques peuvent se présenter dans la vie quotidienne, harassante, bruyante, haletante.

Deux « moyens » sont offerts à l’homme qui, sans conduire au désert, sont tous les deux des formes d’une ascèse qui se manifeste dans une « mise à distance », ou plutôt dans une prise en charge, trop souvent négligée, de soi et du temps :

• En premier lieu, l’exercice de quelques vertus : sans prétendre à l’exhaustivité, la patience, la constance, le juste jugement, l’obéissance.

• En second lieu, la réalisation des œuvres de piété telles que Jésus lui-même les recommande à ses disciples : jeûne, aumône, prière. Toutes actions qui mettent en relation tant avec Dieu qu’avec les hommes.

1a. Le désert

Le désert, synonyme d’aridité, peut s’envisager de deux manières : sur le plan spatial, il représente cette étendue que les moines ont entrepris d’habiter, voire de féconder, dès le IIIe siècle du christianisme ; sur le plan spirituel, il désigne cette sécheresse qui touche souvent les chercheurs de Dieu, et dont certains comme saint Jean de la Croix parlent en termes de nuit. Si le premier de ces déserts est généralement choisi, le deuxième est plutôt subi : ils sont donc assez différents et exigent d’être abordés chacun pour soi.

= Le désert spatial

Ce désert, ou au moins sa perspective, intrigue et attire. Et celui qui s’engage dans un combat spirituel devra sans doute passer un moment ou un autre dans un tel lieu pour une raison dont la formulation nous est donnée dans le livre d’Osée : « Je parlerai à son cœur » (Os 2, 16-17.21-22). Écouter en vérité, réfléchir, discerner, demande de prendre une réelle distance par rapport à tout ce qui se dit, s’écrit, s’entend, et le désert, ou les déserts dans leur diversité sont des lieux parfaits pour cela.

Et le meilleur, c’est cette voix, différente de toutes les autres, plus douce, plus profonde, « comme le murmure d’une brise légère » (1 R 19, 12), la voix de l’Esprit. « Le diable qui avait vaincu au Paradis fut vaincu au désert » (Eucher de Lyon).

 = Le désert spirituel

Il est un autre désert, qui se vit dans l’intimité du cœur, cette fameuse « nuit spirituelle », qui a touché tant de grandes figures (Jean de la Croix, Thérèse de l’Enfant-Jésus, sœur Teresa de Calcutta…) et en touche encore tant d’autres moins connues. Jésus a sûrement connu une des formes de cette nuit dans le jardin de Gethsémani d’abord, puis sur la croix, même si les évangélistes sont relativement discrets à ce sujet : Luc parle quand même d’une « sueur de sang » tombant sur le sol à Gethsémani (22, 44) et le psaume 22 paraît anticiper ce sentiment d’abandon que ressent Jésus sur la croix et, dont font état Matthieu et Marc. Un sentiment qui l’aurait poussé à reprendre ce psaume à ce moment-là (Mt 27, 46).

1b. La vie quotidienne

L’essentiel de nos vies se passe ailleurs, dans un quotidien que l’on ressent souvent comme banal, voire répétitif : il nous offre pourtant bien des occasions d’aller vers Dieu, dans des luttes qui peuvent être menées sur plusieurs terrains. En voici quatre : la patience, la constance, le juste jugement, l’obéissance.

= La patience

Il est connu que le verbe latin patior qui a donné le verbe français pâtir, et qui est à l’origine du terme patience, connote tout à la fois l’idée de souffrir et supporter : il n’est de patience que celle qui s’exerce, se vit et croît dans l’adversité, voire la souffrance. D’où l’invitation réitérée de Scupoli à ne pas fuir les situations d’adversité, sans pourtant les rechercher :

« Voulez-vous acquérir l’habitude de la patience ? N’évitez point les personnes, les actions et les pensées qui vous portent à l’impatience. Ne cessez point vos relations parce qu’elles vous sont à charge ; et, dans les conversations et les rapports que vous entretiendrez avec les personnes qui vous ennuient, tenez votre volonté toujours prête à souffrir les contrariétés et les dégoûts qui vous arriveront ; sinon vous n’acquerrez jamais l’habitude de la patience » (ch. 37).

= La constance

Combattre sur la durée demande régularité et assiduité, en un mot de la constance. C’est ce terme qu’emploie saint Paul à plusieurs reprises dans ses lettres : littéralement traduit du grec, il veut dire « le fait de sous-tenir ». On le trouve par exemple en 2 Corinthiens 12, 12 : « Les traits distinctifs de l’apôtre ont été réalisés chez vous ; parfaite constance, signes, prodiges et miracles » (voir aussi Rm 2, 7 ; 1 Th 1, 3 ; 1 Tm 6, 11 etc.). Elle se manifeste en de multiples occasions de la vie, mais en particulier bien sûr dans l’adversité.

Cette espérance, par laquelle « nous avons comme une ancre de notre âme, sûre autant que solide, et pénétrant par-delà le voile » (Hb 6, 19), invite à faire confiance à Dieu et à sa parole par-delà les apparences terrestres, et donc les contrariétés dont tout un chacun peut être l’objet. Elle relève les découragés et engendre en eux, dans les tribulations, ses deux filles, patience et constance.

En termes de constance, il est intéressant d’en présenter deux incarnations et donc deux destins opposés, Judas et Pierre. Le tort de Judas est probablement, après avoir souffert d’un espoir déçu, de s’être enfermé dans le désespoir, de n’avoir pas levé les yeux vers le Seigneur, de n’avoir pas cru en cette miséricorde qui surpasse toute faute. Il s’est condamné lui-même et Dieu n’a rien pu faire pour lui !

= Le juste jugement

Lorsqu’il s’agit du jugement quotidien, de l’appréciation de telle ou telle action, et en définitive du discernement, Jésus laisse carte blanche à ses disciples, avec cette même liberté qu’il manifeste en plusieurs occasions : il le montre par exemple face à la Samaritaine (Jn 4) ou face à la femme adultère (Jn 8, 3-11). Et c’est pourquoi un saint Paul se permet de juger, alors même qu’il n’est pas présent sur les lieux du scandale (1 Co 5, 3). Ce qui est requis d’un tel discernement, c’est seulement d’être mesuré, de prendre en compte non seulement la faute et sa gravité, mais aussi la situation du pécheur : l’Évangile le montre dans les exemples déjà cités ou dans les invitations à la miséricorde (Mt 5, 7 ; 9, 13). De sorte que si le jugement aboutit à une condamnation, ce sera celle du péché beaucoup plus que du pécheur.

Le combat spirituel doit donc permettre de progresser dans le discernement et de trouver une juste mesure, qui évite de « filtrer le moustique et d’engloutir le chameau » (Mt 23, 24), qui respecte le pécheur et lui laisse toujours la possibilité de s’amender.

= L’obéissance

« (Jésus), aux jours de sa chair, ayant présenté, avec une violente clameur et des larmes, des implorations et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort, et ayant été exaucé en raison de sa piété, tout Fils qu’il était, apprit, de ce qu’il souffrit, l’obéissance ; après avoir été rendu parfait, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent principe de salut éternel. » (Hb 5, 7-9)

L’obéissance est source de bénédictions, et Jésus l’a vécue pleinement au prix de sa vie. Adam par sa désobéissance a entraîné le malheur et la chute : obéir devient ainsi la condition de cette bénédiction qu’est le retour au Paradis perdu.

Cette obéissance est très tôt devenue une des caractéristiques essentielles de la vie selon l’Évangile : les Pères du désert l’ont mise au premier plan, et elle constitue l’un des trois vœux de la vie religieuse, que l’on appelle traditionnellement « conseils évangéliques ». Mais, pour le commun des mortels, à qui s’agit-il d’obéir et comment ?

2. Les moyens de la rencontre

Les « œuvres de piété » que nous propose Jésus et que recommande à sa suite la tradition ecclésiale : le jeûne, l’aumône, la prière. Elles sont certes une forme de protection contre l’Adversaire, mais ces œuvres sont plutôt pour celui qui les entreprend des « formes de délestage » qui vont lui permettre de se détacher de lui-même et de se revêtir du Christ. À condition toutefois que l’intention qui les anime soit bien de plaire à Dieu et à lui seul, ce qui est loin d’être toujours le cas comme on va le voir.

2a. Le jeûne

Sans doute faudrait-il aujourd’hui actualiser le propos d’Isaïe sur au moins deux plans et inviter à de nouveaux jeûnes : par exemple celui de la parole, et celui d’une forme envahissante de « beauté ». Il faudrait que nous donnions dans la vie quotidienne toute sa place à ce silence dont la tradition dominicaine dit qu’il est « le père des Prêcheurs » : en apprenant à « tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler », comme aimaient à le dire nos anciens, ou bien encore en méditant et en appliquant ce que dit la lettre de Jacques à propos de « la langue ». « Parmi les choses même qui vous semblent bonnes à dire, plusieurs pourront avec avantage être passées sous silence ; pour vous en convaincre, pensez-y quand l’occasion de les dire sera passée » (Scupoli, ch. 24).

2b. L’aumône

Rappelons d’entrée le principe mis en valeur le livre de Tobit (Tb 4, 7-11) : « Mesure ton aumône à ton abondance : si tu as beaucoup, donne davantage ; si tu as peu, donne moins, mais n’hésite pas à faire l’aumône. » C’est précisément ce que fait la veuve dont il est question dans l’Évangile de Marc (12, 41-44). Ce qui est en jeu dans l’aumône est donc bien moins ce que l’on donne, a fortiori le montant de ce que l’on donne, que ceux à qui l’on donne et la manière dont on leur donne. Et tout cela est largement une question de regard.

Ouvrir les yeux sur les misères les plus proches géographiquement, ou même physiquement, peut être très dérangeant. Ce qui frappe dans les Évangiles, c’est que Jésus voit ce que les yeux des disciples ne voient pas. L’aumône, lorsqu’elle n’est pas faite de haut, mais les yeux dans les yeux, représente une manière privilégiée de rencontrer le Seigneur Jésus présent dans le pauvre, et de progresser spirituellement en allant d’ailleurs souvent bien au-delà de l’aumône au sens étroit : le bon Samaritain n’hésite pas, il « charge le blessé sur sa propre monture » (Lc 10, 34). Il s’agit bien d’un combat qui nous reconduit vers Dieu.

2c. La prière

Lorsque Amalek attaque Israël, Moïse ne prend aucune part directe au combat : son rôle n’est pas de guerroyer, mais de maintenir le lien avec Dieu, seul garant de la victoire. Symboliquement, il monte « au sommet » d’une colline, dans ces hauteurs où Dieu se manifeste, et il étend les bras… en croix ! (Ex 17,8-12) Intercession primordiale : dès que les bras « lui en tombent », Israël a le dessous, dès que les bras retrouvent leur position, Israël a le dessus. C’est tout le sens de la prière, en particulier de celle que l’on dit d’« intercession », qui se trouve évoquée ici.

 Mais quelle est donc la place de cette prière, personnelle ou communautaire ? N’est-elle pas, comme le pensent tant de nos contemporains, pure perte de temps ? Une première réponse pourrait être de reprendre ce qui a été dit plus haut, du temps qui se reçoit et ne nous appartient pas. Une deuxième serait évidemment de rappeler que Jésus a pris de nombreux et longs temps de prière, seul face à celui qu’il appelle son Père (Lc 3, 21 ; 5, 16 ; 6, 12 etc.).

III. Secours spirituels pour bras défaillants

Dans le combat spirituel, il est difficile de durer si l’on est seul et sans appuis : l’Église, sous toutes ses formes et avec tous ses moyens, constitue un puissant et nécessaire soutien.

1. Le Saint-Esprit

On comprend alors que son acquisition, par participation (voir Hb 6, 4), ait pu constituer aux yeux du grand saint oriental Séraphim de Sarov le but de toute vie chrétienne comme en témoigne le texte qui suit : « C’est donc dans l’acquisition de cet Esprit de Dieu que consiste le vrai but de notre vie chrétienne, tandis que la prière, les veilles, le jeûne, l’aumône et les autres actions vertueuses faites au Nom du Christ ne sont que des moyens pour l’acquérir. – Comment l’acquisition ? demandai-je au père Séraphim. Je ne comprends pas très bien. – L’acquisition, c’est la même chose que l’obtention. Tu sais ce que c’est que d’acquérir de l’argent ? Pour le Saint-Esprit, c’est pareil. Pour les gens du commun, le but de la vie consiste en l’acquisition d’argent — le gain. […] L’acquisition du Saint-Esprit est aussi un capital, mais un capital éternel, dispensateur de grâces ; très semblable aux capitaux temporels, et qui s’obtient par les mêmes procédés » (Entretien avec Motovilov)

Le combat spirituel est un combat qui doit se vivre dans l’Esprit, qui doit être animé par l’Esprit ; il se vit depuis l’intérieur de l’homme, il est tout autre chose qu’un changement qui s’appuierait sur des éléments extérieurs. L’Esprit est un élément moteur de ce combat en tant qu’il restaure en chaque homme, par une transfiguration progressive qui commence par la ressemblance, cette image primitive de Dieu que le péché a obscurcie.

2. Les anges et les saints

Pourquoi les anges ? Si comme « créatures purement spirituelles, incorporelles, invisibles et immortelles » (Abrégé du Catéchisme de l’Église catholique § 60), leur représentation, qu’elle soit narrative ou picturale, est sujet à caution, leur existence n’a pas à être mise en doute : elle est vérité de foi. Ils ont un rôle d’assistance, de guérison, d’intercession, de délivrance (voir p. ex. : Tb 12, 12-15 et Ac 12, 7-11).

Si l’ange Raphaël se distingue par ses capacités de guérisseur, lui et celui qui rejoint Pierre jouent aussi le rôle de guide ou d’accompagnateur : ils se rapprochent de ce que la tradition chrétienne appelle des « anges gardiens ». Un peu seulement parce qu’ici comme en général dans la tradition biblique, ils ont un rôle ponctuel, fût-il de longue durée (Ex 23, 20-23), ce qui n’est pas le cas de l’ange gardien dans la tradition chrétienne : lui est unique, créature protectrice assignée à chaque être humain, et à laquelle ce dernier ne devrait jamais hésiter à se confier. Dans les différentes formes et les différentes étapes du combat spirituel, ces anges constituent une aide précieuse.

Enfin, il ne faudrait pas oublier le rôle des saints, non seulement de ceux qui sont déjà sur les autels, au premier rang desquels se trouve bien sûr la Vierge Marie, mais aussi tous les frères en vie chrétienne et que Paul appelle justement dans les introductions de ses lettres « des saints », comprenons « des appelés à la sainteté ».

3. Le sacrement de réconciliation

Il n’y a aucune honte à tomber sur le chemin du fait de son propre péché. Bien sûr, une fois tombé, il faut non seulement se relever, mais aussi repartir du bon pied, allégé, sur une route dégagée : ce qui suppose de recevoir le pardon des offensés, à savoir Dieu et telle ou telle personne ou groupe.

Se réconcilier vers Dieu est très exigeant pour plusieurs raisons :

• Il faut d’abord admettre que Dieu a son mot à dire, ce qui n’est pas évident pour ceux qui ne voient pas qu’à travers les offensés, membres du corps du Christ, c’est le corps tout entier qui est blessé.

• Il faut ensuite accepter d’avoir recours au sacrement de réconciliation pour se tourner vers Dieu.

• Il faut enfin accepter, au moins dans l’Église catholique, la forme particulière de ce sacrement qui passe par une rencontre personnelle avec un prêtre, médiateur de la grâce divine malgré toutes ses imperfections et maladresses.

Se réconcilier avec les offensés forme le deuxième pan de la réconciliation : il n’est pas moins exigeant que le précédent. Il y faut bien sûr de l’humilité, mais aussi le plus souvent du temps. La seule et bonne manière de faire est d’aller vers l’autre en toute humilité et conviction pour lui dire, sans « en rajouter », à la manière du fils prodigue face à son Père : « Frère, j’ai péché contre le ciel et contre toi » (Lc 15, 18.21). Ce qui suppose d’avoir fait retour sur soi, d’avoir accepté et endossé sa part de responsabilité, et d’offrir à l’autre, en soi, un espace vierge qu’il pourra venir habiter.

4. L’Eucharistie

Pour vivre, il faut à l’homme du pain et de l’eau. Pendant les quarante années passées dans le désert, Dieu a pris en compte cette nécessité très matérielle en donnant à son peuple des cailles, de la manne et de l’eau jaillie du rocher : bien sûr, pour le psalmiste déjà, ces dons de Dieu renvoyaient à une autre nourriture, céleste, alors appelée « pain du ciel ». Et depuis que Jésus a célébré la dernière Cène avec ses disciples, le peuple chrétien sait que ce pain du ciel se donne réellement sous la forme du corps et du sang du Christ à ceux qui s’avancent vers la table eucharistique.

Pour celui qui la reçoit, cette « présence réelle », que l’invocation de l’Esprit a consacrée, constitue une participation à l’intime de la vie trinitaire, l’une des meilleures manières de revêtir le Christ. Il est donc légitime de souhaiter la recevoir souvent, comme pain de vie sur la route, « viatique » comme l’on dit souvent, afin de garder l’élan et la vigueur dans le combat : très rare dans les siècles passés, la communion quotidienne est devenue beaucoup plus fréquente dans l’Occident chrétien, au risque se banaliser.

IV. Un combat toujours incertain et pourtant gagné

Le combat spirituel demande toute une vie, et le lutteur n’est même pas sûr de l’avoir gagné à la fin : seul Dieu en décidera au jour du Jugement. Il s’agit donc d’un combat rempli d’incertitudes, que celles-ci soient le fait de Dieu ou de l’homme : du côté de Dieu, ses choix qui peuvent apparaître comme une certaine forme d’arbitraire ; et du côté de l’homme, la force de l’opposition rencontrée, l’étroitesse du chemin, et peut-être aussi le découragement.

1. Le choix de Dieu

Nous sommes ici dans l’affrontement de deux « logiques comptables », celle du monde et celle de Dieu. La logique du monde est fondée sur la justice distributive, celle qui compte et qui attend de recevoir un (ou plus !) pour le don d’un : elle est mise en scène de manière très frappante dans la parabole des ouvriers envoyés à la vigne (Mt 20) ou dans celle, peut-être encore plus connue, du fils prodigue au travers de l’attitude de l’aîné (Lc 15, 11-32).

La logique divine est dite par les commentateurs « salvifique » : elle se défie de tout compte (voir la condamnation du recensement du peuple par David en 2 S 24), elle donne toujours plus, d’une mesure secouée et débordante (Lc 6, 38), elle pardonne même les bourreaux (Lc 23, 34). Elle est liberté, gratuite, elle est au cœur de l’amour divin comme de tout amour en fait. Et pour toutes ces raisons, elle déroute, décontenance, prend des allures d’arbitraire alors qu’elle n’est que paradoxale et qu’elle est le vrai moteur de l’avancement du monde.

Faut-il en inférer l’inutilité du combat ? Certainement pas. Pour prendre l’exemple des ouvriers de la première heure, en quoi ont-ils été lésés ? N’ont-ils pas eu la chance de travailler à la vigne de Dieu pendant la plus grande partie de leur journée ? Ne fût-ce pas aussi le cas du fils aîné, dans lequel certains commentateurs ne manquent pas de reconnaître Israël, dans la parabole du Fils prodigue ? En témoigne la réflexion très étonnée du père : « Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi » (v. 31).

 Le combat spirituel ne vise pas à assurer une fin heureuse à celui qui l’entreprend, mais à le rapprocher sans cesse et au plus tôt de ce Dieu auprès duquel il est sûr de trouver son vrai bonheur, à lui faire revêtir le Christ, à le remettre sur le chemin du paradis : pour cette raison, il se vit au jour le jour, sans calcul, dans la joie de la présence divine.

2. Les obstacles sur le chemin : découragement, poids de la croix…

« Étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la Vie, et il en est peu qui le trouvent » (Mt 7, 14). Il n’est pas étonnant que le découragement guette, comme il guettait ces premiers chrétiens que saint Paul ne cesse de relancer : « Votre course partait bien ; qui a entravé votre élan de soumission à la vérité ? » (Gal 5, 7). L’apôtre exhorte donc ses lecteurs, les invitant à l’audace, forts de l’assurance que donne l’espérance (2 Co 3, 12 ; Ph 1, 14), et leur recommandant la constance ou persévérance (Rm 5, 3-4 ; 15, 4-5 ; Col 1, 11 ; 1 Th 1, 3 etc.).

Il faut prendre sa croix au quotidien. « Il faut prendre sa croix, après que l’on a renoncé à soi-même. Ce point est un document de grande perfection ; mais je crois que vous aurez assez de courage pour en embrasser la pratique. Prendre sa croix, ne veut dire autre chose, sinon, prendre et recevoir toutes les peines, contradictions, afflictions et mortifications qui vous arriveront en cette vie, sans exception quelconque, avec soumission. Au renoncement de nous-mêmes, nous faisons encore, ce me semble, quelque chose qui nous contente, parce que c’est nous-mêmes qui choisissons nos croix ; mais ici il faut prendre la croix telle qu’on nous l’impose indifféremment. Il est donc certain, qu’il y a bien plus de difficulté, parce qu’il n’y a point de notre choix, et c’est pourquoi ce point est d’une perfection bien plus grande que le précédent : et Notre-Seigneur nous a bien montré qu’il ne faut pas que nous choisissions la croix, mais qu’il faut que nous la prenions et portions, telle qu’elle nous est présentée ; car lorsqu’il voulut mourir pour nous racheter et satisfaire à la volonté de son Père, il ne voulut pas choisir la sienne, mais reçut humblement celle que les juifs lui avaient préparée ». (Saint François de Sales, Sermon pour la saint Blaise).

3. La louange : tout est grâce

L’essentiel du « travail » chrétien ne consiste pas à mener le combat que Jésus a gagné, et qu’il était seul à pouvoir gagner, sur la croix, que de méditer cette victoire et de s’y associer pleinement en « revêtant le Christ » — ce qui est certes un combat, mais d’une autre sorte -, de rendre grâce pour les bienfaits qui en découlent et, dans une grâce d’abandon, de les faire siens.

Si bien que le chrétien doit être d’abord et avant tout un homme de louange. Cet accent porté sur la louange pourra paraître excessif à certains, mais il remettait au goût du jour une dimension de la vie chrétienne alors un peu oubliée, pourtant si présente dans la tradition biblique, en particulier dans les psaumes, ou dans la liturgie eucharistique. En outre, la louange est une dimension importante de cette gratuité dont je reparle plus bas.

Par-delà les incertitudes quotidiennes dont le précédent chapitre s’est fait l’écho, le combat spirituel est donc déjà gagné : ce qui reste à faire au lutteur est de… s’en approprier le fruit, ce qui peut sembler paradoxal pour quelqu’un qui souhaite retrouver le Paradis ! Mais c’est un travail de longue haleine, un processus comme on dit aujourd’hui, sauf grâce particulière de Dieu : saint Paul nous en a donné en Romains 8 la finalité sous le nom d’adoption filiale, parce que c’est bien en redevenant fils dans le Fils unique que l’on fait retour au paradis originel.

P. Dominique Auzenet, pncds72, février 2017

Ces feuilles ne donnent que des extraits très partiels du livre du P. Ponsot que je vous engage à lire en entier. Docteur en théologie, le P. Hervé Ponsot est ancien directeur de l’École biblique et archéologique française de Jérusalem. Il est actuellement prieur du Couvent des Dominicains de Montpellier. Pour le suivre sur son blog : http://biblicom.net

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Yoga et méditation chrétienne. Positions et attitudes du corps en vue de la prière

La pénétration de stages inspirés du Yoga dans les Centres Spirituels chrétiens est une réalité qui pose question.

Voici par exemple le compte rendu d’un stage « Yoga, souffle, sons, couleurs », en Savoie (2011).

« Telles les douze notes chromatiques, c’est une équipe fantastique qui s’est constituée à Notre-Dame de Myans, la deuxième semaine de juillet, pour pratiquer le matin le yoga-nidra, au rythme de chacun en particulier, et découvrir, à travers les postures, les possibilités de chaque créature ! Clôturant la matinée, un temps de méditation guidée conduit vers les profondeurs de l’individualité ! Ouvrant l’après-midi, une carte de couleur choisie, révèle les différentes facettes de la personnalité ! Prolongeant, une séance sonore agrémentée de jeux, de joie et de rires, où chacun fait ce qu’il peut, pour admirablement s’en sortir ! Le tout dans l’harmonie construite jour après jour, dévoilant l’Infini de l’Éternel Présent Amour… »

> Mais nous pourrions regarder tout aussi bien dans notre Sarthe, et écouter les CD « Chemins d’oraison » proposés par une Association dans la Sarthe. On constaterait aisément une importance centrale, omniprésente, donnée à la conscience du corps, à la posture, à la respiration, à la détente, à la relaxation corporelle ; cette insistance prégnante est quasiment obsessionnelle jusqu’à saturation… Une affirmation comme celle-ci : « la présence à Dieu commence par la présence au corps » résume bien cette fixation univoque sur le ressenti de chacun des organes allant jusqu’à l’induction de sensations corporelles… « Choisir de s’appuyer sur la sensation du corps et de la respiration est un choix toujours à recommencer si l’on veut parvenir à prier de tout son être », est une autre phrase emblématique de tout le contenu. On serait tenté de discerner une vie spirituelle à l’envers : le corps chemin vers l’âme, la maîtrise du corps vecteur de la progression spirituelle…

Certaines allusions à des pratiques yogiques sont sans doute l’expression de tout un vécu de yoga sous-jacent, chez les enseignants, et qui est comme la « quille » immergée du bateau qui navigue au fil de la méditation… Le nom de Jésus est chanté à diverses reprises, soit en hébreu de façon assez harmonieuse, soit en français d’une voix grave et monocorde, évoquant dans ce deuxième cas la vibration d’un mantra. Le Seigneur Jésus est-il au centre de la démarche ? Celle-ci ressemble à une tentative de présenter un yoga « déshindouïsé » et habillé de concepts de relaxation ainsi que de vêtements chrétiens… Subtile dérive qui risque de conduire à une régression…

Le cheminement méditatif est parsemé de conseils de bon sens (assez volontaristes à l’impératif), et de spiritualité classique (l’abandon, la confiance, la simplicité). Mais une place excessive est donnée à la perception de la sensation pure, manière Vittoz, au détriment complet de la tradition carmélitaine, experte en matière d’oraison, dont on se demande vraiment où la trouver ici. Le mot « oraison » semble donc dévoyé dans ce contexte. Il nous faut donc aller plus loin dans la compréhension de spécificités propres au Yoga, et à la méditation chrétienne.

Le yoga

Compilé par F Despert, Tours, mai 2011.

L’origine du Yoga

Le yoga classique indien provient d’un texte attribué à Patanjali dont on connaît peu de chose. Il aurait vécu au Pendjab au IVe siècle avant notre ère. Ce texte est une collection de maximes écrites en sanscrit du nom de yoga-Sûtras (« aphorismes sur le yoga »). Ces courtes phrases sont difficilement compréhensibles ; elles sont mémorisées par l’étudiant, puis commentées par des spécialistes dans les ashrams. Patanjali enseignait le Râja-yoga (yoga royal). le terme yoga (litt. « joug », « attelage ») évoque la recherche de l’union entre le soi (atman) et l’Absolu (brahman).

2. Les principes du Yoga

Le yoga part de l’idée que tout est souffrance dont il faut être délivré. Cette douleur provient de la séparation d’avec l’essence (l’Absolu, le brahman) : l’ « âme » individuelle (atman) qui n’est pas différente de cet Absolu mais qui porte le poids des actes accomplis dans les existences antérieures (loi du karma) est amenée à s’incarner dans un corps vivant et souffre de cette condition déchue aspirant à retourner se fondre dans le principe universel dont elle est issue.

3. Une libération qui permet au moi de se fondre dans l’Absolu impersonnel

Cette libération est favorisée par la pratique du Hatha-yoga (technique tirée du Yoga royal). Cette pratique associe exercices physiques (Âsana) et exercices respiratoires (Prânâyâma). C’est essentiellement cette technique qui est pratiquée en occident. Selon le Dictionnaire de la sagesse orientale, le yoga « cherche à montrer la voie pratique qui mène au salut et à la délivrance par l’activité disciplinée ».

Jean Varenne (grand spécialiste de l’hindouisme et du sanskrit) commente ainsi les phases d’un cours de yoga :

« Ces différentes étapes ne se comprennent que par référence à la doctrine du corps « subtil » qui, chez chacun d’entre nous, double le corps « grossier » seul accessible aux sens. Ainsi, la tenue du souffle, ou Prânâyâma, sert-elle à permettre au prana (souffle inspiré) d’atteindre un Centre (chakra, roue) situé à la base du corps subtil. Là gît une Puissance qui, chez l’homme ordinaire, n’est que virtuelle (on la compare à un serpent femelle endormi). Réalisée par le yoga (éveillée par le souffle), cette Puissance (on l’appellera Kundalini, l’Enroulée) s’activera et, guidée par la pensée durant les exercices de méditation, montera progressivement de chakra en chakra, jusqu’au sommet du corps subtil où elle s’unira à l’âme (atman est un mot masculin) : les noces de l’atman et de la Kundalini, comparées à celles de Shiva (Siva) et de sa parèdre Pârvat, provoquent une véritable transmutation alchimique de l’individu, que l’on, qualifie dès lors de jivan-mutka (délivré-vivant). On ne pourra jamais séparer la pratique du yoga de la théologie »

à laquelle elle est liée. En quelque sorte, le hatha-yoga offre à l’hindouisme ce que les sacrements offrent au catholicisme. Ils sont les rites initiatiques et opérants de privilèges spirituels.

Ysé Tardan-Masquelier (spécialiste de l’Hindouisme à Paris IV) évoque la « sacralisation du souffle comme le symbole de l’élan vital, de la conscience lumineuse et, éventuellement, d’un don divin : à l’enseignant de savoir susciter cette dimension en conservant à chaque élève son espace de liberté ». Elle écrit par ailleurs : « Le yoga n’a jamais été conçu seulement comme une discipline de mieux-être dans la vie actuelle, mais comme un mode de transformation si radical que ses effets se répercutent sur l’après vie ».

4. Une vision philosophique fondamentalement différente de celle du Christianisme

La philosophie et la pratique du yoga sont basées sur la croyance que l’homme et Dieu ne font qu’un. Elle enseigne à se concentrer sur soi-même plutôt que sur Dieu Seul et Unique. Le Yoga encourage ses participants à rechercher les réponses aux problèmes de la vie au sein de leur propre esprit et conscience au lieu de trouver les solutions dans la Parole de Dieu par l’intermédiaire de l’Esprit Saint comme c’est le cas dans le Christianisme.

5. La pratique du Yoga est incompatible avec la foi chrétienne

Beaucoup de ceux qui pratiquent le Yoga disent : « Il n’y a aucun mal à pratiquer ces exercices, il suffit de ne pas croire dans la philosophie qu’il y a derrière ». Toutefois les promoteurs du Yoga, du Reiki, etc. affirment très clairement que la philosophie et la pratique sont inséparables. Entrer dans une pratique régulière du Yoga amène à plus ou moins consciemment entrer dans une vision de l’homme où les énergies du cosmos vont pouvoir agir en lui et lui redonner un équilibre auquel il aspire. Le Yoga prétend fournir à l’homme une technique lui permettant de retrouver sa véritable nature par l’union au Brahman, sa souffrance sa souffrance provenant de sa séparation d’avec celui-ci.

Par contre le christianisme voit comme cause de sa souffrance la rupture de l’intimité de l’homme avec Dieu en raison du péché. Ainsi l’homme est séparé de Dieu et il a besoin de réconciliation. La réponse chrétienne est Jésus-Christ « L’agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde ». Grâce à la mort de Jésus sur la Croix, Dieu a réconcilié le monde avec lui-même et il appelle l’homme à recevoir gratuitement tous les bénéfices de son salut par la foi en Jésus-Christ seul. C’est pourquoi un Chrétien ne peut, en aucun cas, accepter la philosophie et la pratique du Yoga parce que le Christianisme et le Yoga ont des points de vue qui s’excluent mutuellement. Contrairement au Yoga, le Christianisme voit la rédemption comme un cadeau gratuit qui peut seulement être reçu et ne jamais être gagné ou atteint par ses propres efforts ou œuvres. Jésus est le Chemin, La Vérité et la Vie et seule la Vérité peut nous rendre libres.

Peut-on dissocier le Yoga de sa visée spirituelle ?

1. Extrait du livre du Père J.M. Verlinde : l’expérience interdite, p 138 :

«- Vous semblez affirmer que l’on ne peut séparer les techniques du yoga de l’horizon hindouiste auxquelles elles appartiennent.  – C’est exact. Je me souviens du sourire amusé du gourou devant les motivations invoquées par les Occidentaux pour pratiquer le yoga : relaxation, détente, maîtrise, etc. Il répondait en substance : « Vous êtes étonnants : vous pratiquez ces techniques sacrées pour des effets périphériques auxquels nous n’attachons aucune importance, et ne portez qu’une moindre attention aux transformations profondes qu’elles induisent en vous !… » et il haussait les épaules d’un air de dire : Qu’à cela ne tienne, votre ignorance ou votre manque d’intérêt pour ces effets profonds n’empêchent pas les techniques de produire en vous ce pour quoi elle sont conçues… »  

2. Extraits du livre de Jean Déchanet, moine bénédictin, Le yoga en dix leçons :

« Il faut savoir que le Yoga, les postures, mais surtout les exercices de respiration contrôlée développent mécaniquement une grande énergie. Et je vais vous étonner en affirmant bien haut ici qu’en ce sens il est dangereux… » et plus loin … «couper le Yoga de sa visée spirituelle, c’est renier ses origines religieuses ; c’est surtout courir le risque, le gros risque de retourner contre soi les énergies qu’il doit libérer ».

J. Déchanet cite S. Yesudian, lui aussi un grand nom du yoga : « Tous les exercices yogiques, que nous le voulions ou non, tendent à éveiller ces centres nerveux (chakras) et à nous mettre en possession de facultés généralement insoupçonnées… » « Qu’un yogi chrétien se découvre un jour plus intuitif, plus clairvoyant… et même qu’il expérimente, en passant, quelque pouvoir paranormal (j’ai noté pour ma part, de curieux, très curieux pressentiments, des espèces de prémonitions), il n’y a là rien qui soit de nature à inquiéter. Qu’il se complaise dans ces « effets » ou ces « à-côtés » du yoga, qu’il les désire intensément, et qu’il en fasse comme le but de ses pratiques, c’est autre chose. Viciée dans sa racine, sa visée ne peut aboutir qu’au plus vil désenchantement ».

3. L’expression « Yoga chrétien » n’est-elle pas contradictoire ?

En orient, le Karma, l’enchaînement des vies, la réincarnation, est vécue comme une sorte de malédiction. Le yoga, par l’exercice de postures et la maîtrise du souffle, permet d’en sortir. Il fait parvenir à des états modifiés de conscience, et au « plongeon » dans l’énergie cosmique. Autrement dit, par une technique longuement mise en œuvre, on se fait « sauter » dans l’Un… C’est une sorte d’échappatoire à la force du poignet.

Rien à voir avec l’accueil de la miséricorde du Père obtenue par l’acte rédempteur de Jésus (sa mort sur la croix, sa résurrection, et le don de l’Esprit Saint), qui me fait entrer dans la vie éternelle dès maintenant et la promesse de la résurrection dans la gloire divine.

Aucun besoin de postures, ni de maîtrise du souffle, pour prier chrétiennement : il s’agit de laisser l’Esprit de Dieu nous entraîner à une communion de cœur avec Jésus et avec son Père. Rien à voir avec « faire le vide ». Ni avec l’ouverture des chakras ou la montée de la kundalini…

La grande tradition mystique de l’Église, représentée au premier plan par les grands maîtres du Carmel, Saint Jean de la Croix, Sainte Thérèse d’Avila, mais aussi Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, nous propose de « faire oraison », d’entrer dans la « contemplation »… Ils ont déjà balisé le cheminement : voir la « Montée du Carmel » de Jean de la Croix, et le « Château Intérieur » de Thérèse d’Avila… Voyez par exemple le site http://www.carmel.asso.fr/

Chercher à s’appuyer d’abord sur la sensation du corps et la respiration, fait dériver, imperceptiblement, vers une vie spirituelle à l’envers : le corps chemin vers l’âme, la maîtrise du corps vecteur de la progression spirituelle… ! Le résultat est périlleux ; le Christ Jésus, de la place centrale qu’il occupe dans la perspective chrétienne, devient généralement tout-à-fait marginal, au profit de la réalisation de soi…

4. Le yoga peut-il aider à prier ? L’avis du Père Joseph-Marie Verlinde Famille Chrétienne 1249 — 22/12/2001

Yoga, méditation transcendantale, zen — les techniques de méditation orientales sont très séduisantes. Elles constituent de puissants moyens de nous retirer du monde extérieur, désinvolte et changeant, pour nous recentrer sur notre intériorité, dont nous avons tous la nostalgie. Je le sais pour les avoir moi-même pratiquées pendant plusieurs années.

Au départ, la démarche est la même que dans la prière chrétienne : il y a une volonté de rompre avec une vie superficielle, dispersée, très décevante, pour rentrer en soi. Dans les deux cas, il y a une grande soif d’Absolu.

Mais dès le début de ce chemin intérieur, les routes divergent : dans les techniques orientales, il s’agit de rentrer de plus en plus en soi, par ses propres forces, jusqu’à atteindre une sorte de fusion dans le Tout, une sensation d’exister très intense ; dans cette expérience, il n’y a aucune place pour l’autre : je suis de plus en plus centré sur moi et sur moi seul.

Tout au contraire, la prière chrétienne est rencontre de l’Autre, de Dieu qui vient vers moi. Je rentre en moi-même, mais c’est pour me disposer à y recevoir ce que le Seigneur veut me donner.

C’est toute la différence entre une mystique naturelle, qui ne s’appuie que sur des moyens naturels et me laisse seul avec moi-même, et une mystique surnaturelle, qui me tourne vers Dieu, un Dieu personnel qui se donne à moi dans un dialogue d’amour. Dans les techniques orientales, c’est moi qui suis le maître de ma vie intérieure ; dans la prière chrétienne, c’est Dieu : j’accepte de m’en remettre à Lui et de Le laisser me conduire jusqu’à Lui.

De plus, les techniques orientales visent à une dissolution du moi dans le grand Tout, alors que la relation avec le Christ respecte mon altérité : la prière chrétienne est une communion, pas une fusion.

Bien sûr les techniques qui relèvent d’une mystique naturelle — telles que les techniques de méditation orientales — peuvent conduire à des expériences très fortes… mais cela n’a rien à voir avec la paix surnaturelle de l’Esprit Saint.

Le risque est grand de confondre la sérénité produite par certains exercices respiratoires, certaines postures, avec la présence authentique de l’Esprit Saint.

Les méthodes psychophysiques et corporelles dans la prière

1. Extrait de « Quelques aspects
de la méditation chrétienne », lettre de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, 1989.

La posture du corps. 26. L’expérience humaine démontre que la position et l’attitude du corps ne sont pas sans influence sur le recueillement et la disposition de l’esprit. C’est là une donnée à laquelle certains auteurs spirituels de l’Orient et de l’Occident chrétien ont prêté attention. Ces auteurs spirituels ont adopté les éléments qui facilitent le recueillement dans la prière, reconnaissant en même temps aussi leur valeur relative : ceux-ci sont utiles s’ils sont reformulés en vue du but de la prière chrétienne. Ainsi, par exemple, le jeûne possède avant tout, dans le christianisme, la signification d’un exercice de pénitence et de sacrifice ; mais déjà chez les Pères, il avait aussi pour fin de rendre l’homme plus disponible à la rencontre avec Dieu, et le chrétien plus capable de se dominer et en même temps plus attentif à ceux qui sont dans le besoin.

Dans la prière, c’est l’homme tout entier qui doit entrer en relation avec Dieu, et donc son corps aussi doit prendre la position la mieux adaptée au recueillement. Cette position peut exprimer d’une manière symbolique la prière elle-même, variant selon les cultures et la sensibilité personnelle. Dans certaines zones, les chrétiens acquièrent aujourd’hui une conscience plus grande du fait que l’attitude du corps peut favoriser la prière.

Le symbolisme psychophysique. 27. La méditation chrétienne de l’Orient a valorisé le symbolisme psychophysique, souvent absent de la prière de l’Occident. Il peut aller d’une attitude corporelle déterminée jusqu’aux fonctions vitales, comme la respiration et le battement cardiaque. Ainsi l’exercice de la  » prière de Jésus « , qui s’adapte au rythme respiratoire naturel, peut, au moins pour un certain temps, être d’une aide réelle à beaucoup.

D’autre part, les mêmes maîtres orientaux ont aussi constaté que tous ne sont pas également aptes à utiliser ce symbolisme, parce que tous ne sont pas en mesure de passer du signe matériel à la réalité spirituelle recherchée. Compris d’une manière inadéquate et incorrecte, le symbolisme peut même devenir une idole, et par conséquent un obstacle à l’élévation de l’esprit vers Dieu. Vivre dans le cadre de la prière toute la réalité de son propre corps comme symbole est encore plus difficile : cela peut dégénérer dans un culte du corps, et porter à identifier subrepticement toutes ses sensations avec des expériences spirituelles.

Ne pas confondre le bien-être psychologique et spirituel avec l’œuvre de l’Esprit Saint. 28. Certains exercices physiques produisent automatiquement des sensations de quiétude et de détente, des sentiments gratifiants, voire même des phénomènes de lumière et de chaleur qui ressemblent à un bien-être spirituel. Les prendre pour d’authentiques consolations de l’Esprit-Saint serait une manière totalement erronée de concevoir le cheminement spirituel. Leur attribuer des significations symboliques typiques de l’expérience mystique, alors que l’attitude morale de l’intéressé ne lui correspond pas, représenterait une sorte de schizophrénie mentale, pouvant même conduire à des troubles psychiques et parfois à des aberrations morales. Cela n’empêche pas que d’authentiques pratiques de méditation provenant de l’Orient chrétien et des grandes religions non chrétiennes, qui attirent l’homme d’aujourd’hui divisé et désorienté, puissent constituer un moyen adapté pour aider celui qui prie à se tenir devant Dieu dans une attitude de détente intérieure, même au milieu des sollicitations extérieures.

Il faut toutefois rappeler que l’union habituelle à Dieu, à savoir cette attitude de vigilance intérieure et d’invocation de l’aide divine que le Nouveau Testament nomme la prière continuelle, ne s’interrompt pas nécessairement lorsque l’on s’adonne aussi, selon la volonté de Dieu, au travail et au soin du prochain.  » Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez et quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu « , nous dit l’Apôtre (1 Co 10, 31). En effet, comme le soutiennent les grands maîtres spirituels, la prière authentique réveille en ceux qui prient une ardente charité, qui les pousse à collaborer à la mission de l’Église et au service de leurs frères, pour la plus grande gloire de Dieu.

Faire le vide ? 19. Il convient d’interpréter correctement l’enseignement des maîtres qui recommandent de  » vider  » l’esprit de toute représentation sensible et de tout concept, en maintenant toutefois une aimante attention à Dieu, de sorte qu’il y ait en celui qui prie un vide qui peut alors être rempli par la richesse divine. Le vide dont Dieu a besoin est celui du renoncement au propre égoïsme, pas nécessairement celui du renoncement aux réalités créées qu’il nous a données et au milieu desquelles il nous a placés. Il n’y a pas de doute que dans la prière, on doive se concentrer entièrement sur Dieu et exclure le plus possible les choses du monde qui enchaînent notre égoïsme.

Saint Augustin est sur ce point un maître insigne : si tu veux trouver Dieu, dit-il, abandonne le monde extérieur et rentre en toi-même. Toutefois, poursuit-il, ne demeure pas en toi-même, mais surpasse-toi, car tu n’es pas Dieu : Lui est plus profond et plus grand que toi. « Je cherche sa substance dans mon âme, et je ne la trouve pas ; j’ai toutefois médité sur la recherche de Dieu et, tendu vers lui, à travers les choses créées, j’ai cherché à connaître les perfections invisibles de Dieu ». Demeurer en soi-même : voilà le vrai danger. Le grand Docteur de l’Église recommande de se concentrer en soi-même, mais aussi de transcender le moi qui n’est pas Dieu, mais une créature. Car Dieu est bien en nous et avec nous, mais il nous transcende dans son mystère.

2. Le « dieu intérieur » et la « theosis » Extrait de « Jésus-Christ Porteur d’eau vive »,

réflexion chrétienne sur le Nouvel Age, publié en 2003 par le Conseil Pontifical pour la Culture, et le Conseil Pontifical pour le dialogue interreligieux.

3.5. Il s’agit d’un point fondamental opposant le Nouvel Âge au christianisme. Nombre d’ouvrages Nouvel Âge expriment la conviction qu’il n’y a pas d’être divin « là dehors », ou du moins que celui- ci ne se distingue pas vraiment du reste de la réalité. Depuis l’époque de Jung, il y a toujours eu un mouvement professant la croyance dans « le dieu intérieur ». Notre problème, dans l’optique du Nouvel Âge, est que nous sommes incapables de reconnaître notre propre divinité, une incapacité qui peut être surmontée avec l’aide d’un guide spirituel ou au moyen d’une série de techniques destinées à libérer notre potentiel caché (divin).

L’idée fondamentale est que ‘Dieu’ est présent au fin fond de nous-mêmes. Nous sommes des dieux, et nous pouvons découvrir le pouvoir illimité qui est en nous en éliminant une à une les couches d’inauthenticité. Plus ce potentiel est reconnu, mieux il est réalisé, et en ce sens le Nouvel Âge a une conception bien à lui de la theosis ou divinisation, qui consiste à reconnaître et à accepter notre nature divine. Pour certains, nous vivons « une époque où notre compréhension de Dieu doit être intériorisée : du Dieu Tout-Puissant et extérieur au Dieu comme force dynamique et créative au cœur même de tout être : Dieu comme Esprit ».

Dans la préface du livre V de l’Adversus Hæreses, saint Irénée nous parle de « Jésus-Christ qui, à cause de son surabondant amour, est devenu ce que nous sommes afin de faire de nous ce qu’il est ». Telle est la conception chrétienne de la theosis ou divinisation, qui ne saurait être l’aboutissement de nos seuls efforts, mais requiert l’intervention de la grâce de Dieu qui opère dans et à travers nous. Cela demande nécessairement de notre part une prise de conscience initiale de notre incomplétude et de notre péché, qui est tout l’opposé de l’exaltation du moi. Qui plus est, cela nous ouvre la voie à la participation à la vie trinitaire, un cas parfait de distinction au cœur de l’unité: plus qu’une fusion, c’est une synergie. Tout cela est le fruit d’une rencontre personnelle, l’offre d’une vie entièrement nouvelle. La vie en Jésus-Christ n’est pas si personnelle et privée qu’elle se limite au domaine de la conscience. Elle n’est pas non plus uniquement un nouveau niveau de conscience. Elle est une transformation de notre corps et de notre âme par la participation à la vie sacramentelle de l’Église.

Neuf manières de prier avec son corps à la manière de saint Dominique

Entretien avec Sœur Catherine Aubin, o.p. (16 mars 2005, ZENIT. org), religieuse dominicaine, auteur d’un ouvrage intitulé « Prier avec son corps à la manière de saint Dominique » (Editions du Cerf, Paris, en 2005)

Licenciée en psychologie et docteur en théologie, sœur Catherine Aubin est entrée chez les sœurs dominicaines en 1984. Après cinq années de vie et de ministère dans la communauté saint Leu-Saint Gilles, rue saint Denis à Paris, et des études de théologie, elle est actuellement professeur de théologie sacramentaire et de théologie spirituelle à l’institut pontifical Regina Mundi, à l’institut de théologie de la Vie Consacrée Claretianum et à l’université pontificale saint Thomas d’Aquin Angelicum à Rome.

Comment est née l’idée d’un tel ouvrage ?

Pendant 10 ans, j’ai vécu rue saint Denis à Paris où notre communauté de sœurs dominicaines étaient implantée. Et là j’ai rencontré des personnes en quête d’unité intérieure et de paix qui pratiquaient des techniques ou des exercices corporels tels que le zen, la méditation transcendantale ou autres. De mon côté je découvrais comme jeune religieuse la spiritualité dominicaine et je venais d’avoir « un vrai coup de foudre » pour les 9 manières corporelles de prier de saint Dominique. La rencontre de ces événements a donné naissance à ce livre dont un des messages est justement de dire à ceux qui pratiquent des techniques : « nous aussi dans la tradition catholique, nous avons une pédagogie de la prière avec le corps qui peut vous combler dans votre recherche ».

Qu’est-ce que vous entendez exactement par « prier avec son corps » ?

Quand on aime, on le manifeste avec des gestes, salutations, sourires etc. Il en est de même pour la prière. Devant moi, en moi, je suis habitée par une Présence celle du Christ vivant, alors comment vais-je lui montrer mon attachement sinon par des attitudes. Dans ce livre le maître est saint Dominique, en effet sa prière était tellement fascinante que ses premiers frères ont transcris ce qu’il disait et ce qu’il faisait avec neuf images qui le représente en train de prier. Chaque attitude corporelle correspond à une attitude spirituelle et permet à celle-ci de se déployer : les gestes donnent figure à ce qui est caché et illustrent les mouvements du cœur. Par exemple au geste de l’inclination correspond l’humilité, à l’agenouillement la confiance.

Pouvez-vous nous expliquer quelles sont ces neuf manières de prier ?

La première manière de prier est l’inclination, saint Dominique s’humilie devant l’autel où le Christ est vivant sur la croix et de son côté jaillit du sang pour dire qu’Il nous communique sa vie. Toutes les images se passent devant ce Christ. La disposition intérieure de Dominique est l’humilité du cœur.

La seconde manière est la prosternation, Dominique est allongé de tout son long sur le sol et il pleure, il vit intérieurement la componction du cœur, son cœur est transpercé par la conscience de son péché.

Dans la troisième manière de prier Dominique se donne la discipline à genoux, son désir est d’être conforme au Christ dans sa Passion.

Pour la quatrième manière de prier, saint Dominique s’agenouille et se relève et survient en son cœur une grande confiance en la miséricorde de Dieu pour lui, ses frères et les pécheurs.

Pour ces quatre premières manières de prier, le corps de Dominique est dirigé vers le sol, dans la première manière son dos est dirigé vers le bas et son regard est tourné vers le sol, dans la deuxième son corps est sur le sol, dans la troisième et quatrième ce sont ses genoux qui touchent la terre. Or la terre est le lieu d’où nous venons, c’est le lieu des origines, lieu de nos limites. Les quatre dispositions spirituelles correspondantes, l’humilité, la componction du cœur, la discipline, la confiance, sont des dispositions spirituelles qui reconnaissent une dépendance et la primauté envers Dieu. On peut regrouper ces quatre premières manières de prier autour d’une attitude : l’accueil, accueil de sa condition de créature devant Dieu, accueil de Dieu comme Créateur et Sauveur, accueil de ses limites devant Celui qui est infini.

Pour la cinquième manière, le saint s’est dressé et levé sans s’appuyer à quoi que ce soit, à la manière d’un prophète ou de Jésus lui-même. Son attitude est celle de la résurrection, il est debout dans son corps et dans son cœur. Ses bras et ses mains manifestent l’écoute de la parole. Progressivement il se tait pour écouter et se laisser saisir par Celui qui lui parle à travers les Écritures.

Puis ses bras s’ouvrent majestueusement dans la sixième manière, pour embrasser et imiter son Ami qui a donné sa vie pour lui sur la Croix. Son geste des bras en croix, signifie la Vie donnée par le Christ et la Vie reçue par le saint. Geste du crucifié-ressuscité qui donne à saint Dominique de redonner vie au jeune garçon tombé de cheval et aux pèlerins anglais.

Il continue son mouvement des bras dans la septième manière en les étendant fortement vers le ciel, les mains jointes ou légèrement ouvertes en forme de coupe pour recevoir quelque chose du ciel. La tension de tout son être montre son désir d’être avec Celui qui est au ciel et avec nous chaque jour. Son corps comme son cœur témoignent de sa supplication qui monte, qui jaillit comme une flèche : il connaît Celui à qui il s’adresse et sait que sa prière sera exaucée car elle correspond à celle du Christ : la promesse de nous envoyer l’Esprit Saint.

Trois positions debout, trois attitudes intérieures de présence. Saint Dominique est présent à Celui qui est présent en Lui. Il nous est montré attentif, éveillé, concentré, recueilli, élancé. C’est le moment de la rencontre avec Dieu dans un dialogue face à face. Ces trois manières de prier forment un tout autour d’une attitude ; celle de la rencontre avec Dieu, du face à face avec l’Ami : face à face, debout, redressé ; face à face pour un dialogue d’amitié ; face à face pour être enraciné dans son unicité.

Dans la huitième manière de prier, saint Dominique est assis à une table et lit et écoute ce que le Seigneur lui dit à travers sa parole, et dans la dernière manière de prière on voit saint Dominique avec un compagnon partir en voyage sur les chemins pour aller transmettre ce qu’il a contemplé. Saint Dominique illustre ainsi l’amitié de Jésus avec ses proches. Une amitié où non seulement on prend le temps de s’asseoir ensemble, mais aussi de marcher sur les routes pour la partager. Ces deux dernières manières sont ordonnées autour du don : don de Dieu dans sa Parole et dans sa Vie, don de Dieu qui entraîne à donner et à se donner.

Les neuf manières de prier se divisent donc en trois étapes : l’accueil, la rencontre, le don. Elles nous font entrer dans un chemin de salut pour être guéris de la dévalorisation sur nous-mêmes et entendre le Seigneur nous dire : Je te reçois comme tu es ; Tu es mon ami ; sois fécond, donne du fruit. […]

Quels enseignements pouvons nous tirer de cette forme de prière ?

Je répondrai par un exemple celui de Madeleine Delbrel : lorsque Madeleine Delbrel se retrouve terrassée par une conversion qu’elle qualifie de « violente », elle choisit ce qui lui paraissait le mieux traduire son changement de perspective : elle décida de prier. « Dès la première fois je priai à genoux par crainte, encore, de l’idéalisme. Je l’ai fait ce jour là et beaucoup d’autres jours… En priant j’ai cru que Dieu me trouvait et qu’il est la vérité vivante, et qu’on peut l’aimer comme on aime une personne ». Pour prier, Madeleine Delbrel éprouva le besoin de s’agenouiller, comme si elle inscrivait dans son corps le cri de son âme. Elle remit à Dieu ce jour là sa force et lui présenta sa faiblesse, dans un mouvement de confiance. Prier avec tout son corps c’est aimer avec tout son cœur.

Réflexion finale

« Les différentes méthodes de méditation orientale visent à se centrer sur soi-même, à rechercher son « moi ». La méditation chrétienne est une rencontre avec un autre. Le chrétien croit que le secret de l’humanité a un nom, et que celui-ci a été révélé par le Christ.

La méditation chrétienne, et c’est là une seconde différence fondamentale, ne cherche pas l’élévation personnelle. En effet, elle se concentre sur l’environnement, sur le prochain, sur le quotidien. A l’opposé, la méditation centrée sur soi-même peut se révéler dangereuse, parce qu’elle nous abandonne, livrés à nous-mêmes.

Au centre de la méditation chrétienne, on trouve le Christ. Ce choix n’est pas arbitraire. Dépasser ses limites est l’espérance d’un grand nombre de personnes qui souffrent des limites de leur « petite » existence. Pourtant, il est impossible de franchir les obstacles qui nous séparent de Dieu. Ces derniers ne peuvent être surmontés que par Dieu lui-même. C’est la raison pour laquelle la méditation chrétienne recherche la présence de Dieu dans notre monde en Jésus-Christ.

Par conséquent, la méditation chrétienne cherche à concrétiser l’inspiration en actions. Se retirer dans le recueillement et s’engager dans la société sont comme les deux phases de la respiration, l’inspiration et l’expiration. Tout ce qui est réellement nouveau naît dans le recueillement et se concrétise par l’amour. C’est là la dynamique du recueillement.

La méditation chrétienne contient encore une autre dimension. L’exercice de la vue, de l’écoute et de l’action par la prière méditative, le dialogue avec Dieu et l’écoute de sa Parole, conduisent à la présence du Christ. La grâce qui nous touche nous permet d’être prêts intérieurement à recevoir le cadeau de son Esprit : Christ en nous, nous en Christ. »

(Jörg Gutzwiller, pasteur (Suisse). Tiré d’un article paru pour la première fois dans le journal « Der Bund » sous le titre « Le recueillement dynamique »).
Réflexion annexe : méditer ou prier ?

Les deux dispositions mentales ont en commun une volonté de rompre avec l’environnement, de suspendre l’action. Elles voudraient cesser de faire pour être. Elles voudraient aussi entendre ce qui ne parle pas, voir ce qui ne se montre pas. Car sans s’être concertées, elles le savent : non loin de soi, sous le chahut de la pensée, il y a ce murmure indicible, cette ombre projetée de ce qui échappe, la fascinante énigme…

La parenté n’est pourtant que de surface : quand la méditation cherche dans l’« ici et maintenant » la plénitude de l’instant, la prière regarde d’avant en arrière. Elle fait place au passé — regret ou remords — mais aussi, et peut-être surtout, au futur qui, pour elle, est Espérance. Quand la méditation tend vers l’immobile et le vide, la prière cherche ailleurs, plus loin, au-delà. Elle est un saut hors de soi-même, un élan prodigieux vers l’invisible et l’inouï. L’une s’affranchit des mots, l’autre s’incarne dans le verbe. La première se vit à travers les sensations éprouvées, la seconde prend forme dans la parole adressée. Car elle n’en doute pas : un Autre existe, plus près ou plus loin, plus bas ou plus haut. Un Autre existe, à portée de soi.

« Je me recentre, dirait le méditant. Je ne raisonne plus. Je ne veux plus. J’ouvre très grand les yeux. Du balcon de moi-même, j’observe, je me regarde être. Je me rends présent à ce que j’éprouve. Je me rejoins, je me perds, je me retrouve. À mesure que j’immerge, j’élargis mon espace… Je tends vers la conscience. Là où je vais, je suis. » « Je me recueille, dirait l’orante. Je me détourne de moi-même. Je baisse les paupières. Je consens au mystère. La brèche s’ouvre et je la reconnais. Ce qui s’en échappe, ce qui me tourmente ou me trouble, j’ai besoin de le confier. Je vais vers Toi dont j’ignore tout. Je cherche ton visage, je guette ton regard ou quelques messages qui pourraient s’en échapper. Je tends vers la connaissance. Là où je cherche, tu es. »

Cousines par l’esprit, ces deux approches vagabondent à travers les souffles. Elles rôdent aux confins de la Transcendance, mais, quand l’une, pensant pouvoir se passer de Dieu, s’arrête au seuil et s’en tient à une apesanteur profane, l’autre, plus téméraire, consent à se laisser soulever, enrôler, mener plus loin, vers la divine présence.

Extrait d’un article de CATHERINE TERNYNCK, Psychanalyste, département d’éthique de l’Université catholique de Lille, dans le journal La Croix du 30 décembre 2013.

P. Dominique Auzenet, formation pncds72, 15 janv. 2014.

Obéissance et liberté dans la vie religieuse

PARMI LES TROIS VŒUX QUE PRONONCENT LES RELIGIEUX, CELUI D’OBÉISSANCE EST LE PLUS DÉLICAT. S’IL EST MAL COMPRIS, IL EST SUSCEPTIBLE DE CONDUIRE À DES DÉRIVES.

D’où vient l’appel à l’obéissance ?

Lorsqu’ils s’engagent dans une communauté, les religieux prononcent un vœu d’obéissance, souvent décrit comme le plus délicat. De fait, l’obéissance dans la vie religieuse est bien plus radicale que celle requise dans une entreprise ou l’armée. Sa raison d’être n’est pas qu’organisationnelle, au service du bien commun, mais avant tout théologique. Elle s’enracine dans l’idéal chrétien de l’amour de Dieu et des autres : faire la volonté de Dieu en imitant l’humilité du Christ, lui-même décrit comme s’étant fait « obéissant jusqu’à la mort, et la mort sur une croix » (Philippiens 2,8).

Obéissant, c’est-à-dire, étymologiquement, celui qui écoute. Dans la cathédrale du Puy-en-Velay, la chapelle du Saint-Crucifix présente un Christ du XVe siècle avec de grandes oreilles, symbole de celui qui a écouté parfaitement la volonté de son Père. « L’obéissance est avant tout une attitude filiale (…), une écoute imprégnée de la confiance qui rend le fils accueillant à la volonté du père, assuré qu’elle sera pour son bien », rappelle l’instruction romaine de 2008 sur

« Le service de l’autorité et l’obéissance ». Ainsi, poursuit-elle, « l’obéissance à Dieu est chemin de croissance et donc de la liberté de la personne, parce qu’elle consent à accueillir un projet ou une volonté différente de la sienne qui non seulement n’humilie pas ou n’abaisse pas, mais fonde la dignité humaine ».

Si l’obéissance comme écoute de la Parole de Dieu est capitale pour tout chrétien, la vie religieuse lui donne une autre radicalité car le religieux renonce à sa volonté égoïste et se remet dans les mains de supérieurs. L’obéissance religieuse est alors vécue comme un acte de foi : le religieux croit que Dieu lui communique sa volonté dans le cadre de sa mission par l’intermédiaire des supérieurs et l’associe par là à sa volonté de salut. Ce que formalise le droit canonique : « Le conseil évangélique d’obéissance, assumé en esprit de foi et d’amour à la suite du Christ obéissant jusqu’à la mort, oblige à la soumission de la volonté aux supérieurs légitimes qui tiennent la place de Dieu, lorsqu’ils commandent suivant leurs propres constitutions » (canon 601).

Quelles en sont les limites ?

Si le propos est radical, l’histoire de l’Église – et récemment les dérives sectaires de certaines communautés – rappelle toutefois que le risque d’abus de l’obéissance est bien réel et qu’elle doit toujours être encadrée. « C’est un équilibre très fragile qui demande de la prudence », relève le dominicain Henry Donneaud, professeur de théologie à Toulouse, qui fut commissaire pontifical pour la communauté des Béatitudes (1).

Première limite du côté de celui qui obéit : il reste toujours éminemment libre. « L’obéissance est un acte de foi mais elle n’est jamais irrationnelle. La liberté reste souveraine. On ne peut obéir quepar choix, sinon ce n’est plus de l’amour », souligne Frère Oliveto, maître des novices à l’abbaye olivétaine de Maylis (Landes). C’est même la condition d’une vraie obéissance : pour être capable d’obéir, il faut être capable de désobéir. Faisant le lien entre « obéir » et « écouter, pour ensuite répondre », le dominicain Yves Bériault (2) rappelle que le mot « responsabilité » veut aussi dire « donner une réponse » et qu’en ce sens, « obéissance et responsabilité » sont « indissociables » dans la vie religieuse : « L’obéissance implique donc une attitude très active et très dynamique qui fait appel à toute la personne », et notamment « à l’adulte en nous ».

Elle n’est jamais obéissance aveugle : le consacré ne doit jamais démissionner de son intelligence et de sa volonté, mais garder sa capacité de juger de ce que lui demande son supérieur, ne serait-ce que pour entrer plus librement dans ce qui lui est demandé. Sachant que le précepte posé par le supérieur ne peut jamais porter que sur un sujet extérieur, précise le

P. Donneaud : « Il peut me commander de faire cela, mais pas de penser que cela est bon. » Sachant aussi que le supérieur ne peut jamais demander un acte mauvais. « Si un religieux commettait un péché sur ordre de son supérieur, sa responsabilité ne serait pas dédouanée au motif qu’il a obéi », poursuit le dominicain. Saint Thomas d’Aquin parle en ce cas d’« obéissance indiscrète » c’est-à-dire non discernée, non réfléchie.

Et du côté du supérieur ?

Même si le religieux juge que les motivations de son supérieur ou le contenu même de ce qu’il demande ne paraissent pas les meilleurs, à partir du moment où ce qui est demandé n’est pas un mal, il est invité à obéir et à croire qu’ainsi il fait la volonté de Dieu. C’est toute la spécificité de l’obéissance religieuse… « À condition, précise le P. Donneaud, que je sois la seule ”victime”. Car si toute une communauté subit les conséquences négatives d’une autorité abusive, alors il y a dysfonctionnement et j’ai le devoir d’alerter les autorités de l’Église. »

L’autorité du supérieur est toujours subordonnée au bien commun, au service du bien des frères et sœurs. S’il la tient de Dieu, il n’est pas Dieu sur terre : « Ses paroles ne sont pas les paroles du Christ, ses ordres non plus. Ils restent le fruit d’un discernement et d’une délibération humaine, quelles que soient par ailleurs les aides divines dont il a pu bénéficier, rappelle le P. Donneaud. Il n’est pas infaillible et peut se tromper. Il ne faut donc jamais démissionner de sa capacité de juger, mais obéir jusqu’à preuve du contraire. »

Dans le cas de dérives intervient aussi le paramètre des « conditionnements psychologiques et moraux (…), ces derniers cas découlant facilement d’une emprise mentale exercée plus ou moins consciemment par le supérieur ». Il relève de la responsabilité du supérieur de veiller à enseigner la liberté, « au lieu d’enfermer dans une pseudo-obéissance qui est dressage, manipulation ». Cela suppose également une vigilance des autorités de l’Église et une formation rigoureuse des religieux à la juste obéissance, et au droit canonique qui l’encadre.

(1) Il s’est exprimé en juin lors d’un séminaire sur « Liberté et obéissance dans la vie religieuse » faisant intervenir à Paris responsables religieux, magistrats, lanceurs d’alerte…

(2) Article « Obéir à Dieu, à soi-même et au monde », dans La Vie des communautés religieuses, mars-avril 2004.

Céline HOYEAU, La Croix – samedi 28 janvier 2017