Autour des Extra-terrestres

Notre civilisation est-elle la seule ? Existe-t-il d’autres planètes avec la vie ? Et si oui, existe-t-il d’autres civilisations plus avancées que la nôtre? Cherchent-elles à prendre contact avec la nôtre ?

1. Les extraterrestres, une croyance bien implantée

Il est impossible de faire le tour de l’abondante production en littérature, livres, DVD, vidéos sur le sujet, vous vous en doutez bien. Et ce n’est pas l’objet de cette causerie, qui est d’abord de donner des éléments de discernement spirituel chrétien.

La notion d’OVNI (en anglais : UFO : Unidentified Flying Object) a été créée par Edward J. Ruppelt, ancien capitaine de l’USAF, pour remplacer celle de « Flying Saucer », utilisée généralement à partir de 1947 après l’annonce officielle de la première information de ce type. En français, on utilise le sigle correspondant à la traduction exacte de cette terminologie anglaise : « Objets volants non identifiés » (OVNI). Par analogie aux contacts avec des véhicules prétendument cosmiques (soucoupes volantes), dont l’origine remonterait à des civilisations extraterrestres, on parle aussi des prétendues rencontres avec leurs passagers — appelés souvent EBE (Entités Biologiques Extraterrestres), ET, Ufonautes, Humanoïdes, Cosmites, ou justement — et ce nom est peut-être le plus juste — Étrangers (en anglais Aliens).

Si vous vous intéressez à une méthodologie pour l’étude du phénomène ufologique, vous pouvez lire sur le net l’article d’Éric Déguillaume, « La zététique appliquée à l’ufologie », la zététique se présentant comme une méthode de recherche fondée sur le doute et la vérification des informations.

http://zetetique.fr/index.php/dossiers/288-zetetique-ufologie

Ce qui est certain, c’est que, dans le milieu des médias people, nous sommes l’objet d’un matraquage et d’un formatage continuel. Science et Vie de sept. 2013 titre : « Les scientifiques en sont convaincus, nous ne sommes pas seuls ! Les arguments qui changent la donne ». Ou encore en sept. 2014 : « Voie lactée, 9 milliards de planètes habitables ! »

Les sites internets ne sont pas en reste, et peuvent donner lieu à des délires non dissimulés. Côté russe, le premier ministre Medvedev, après avoir complété une entrevue sur caméra le 7 décembre 2012 avec des journalistes à Moscou, a continué à répondre aux journalistes et a fait quelques commentaires sans réaliser que son micro était toujours ouvert. Un journaliste lui a ensuite demandé si « le président avait en main des dossiers secrets sur les extraterrestres quand il a reçu la mallette nécessaire pour activer l’arsenal nucléaire de la Russie ? » Medvedev a répondu : « Avec la mallette contenant les codes nucléaires, le président du pays reçoit un dossier spécial « top secret ». Ce dossier dans son intégralité contient des informations au sujet des extraterrestres qui ont visité notre planète. Parallèlement à cela, il reçoit un rapport des services spéciaux absolument secret qui exercent un contrôle sur les extraterrestres sur le territoire de notre pays… »

Ou encore, côté américain, l’ancien conseiller du Pentagone, Timothy Good, auteur de Above Top Secret : Le cover-up mondial des OVNIs, a déclaré en février 2012, que l’ancien président Dwight Eisenhower avait tenu trois réunions secrètes avec les extraterrestres qui étaient « nordiques » en apparence et dans lesquelles un « pacte » a été signé pour garder secret leur agenda sur la Terre… Arrêtons-nous là !

hommes verts
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http://www.wikistrike.com/2015/05/la-russie-demande-aux-usa-de-dire-la-verite-sur-les-extraterrestres.html

2. Quelle réponse chrétienne à la question : sommes-nous seuls dans l’univers ?

Dans la postface du petit livre (40 pages) du P. Guy Consolmagno, jésuite, astronome au Vatican, « Les extraterrestres existent-ils ? » (Éd. Quasar, 2013), M. Philippe Quentin, professeur à l’Université Bordeaux 1, après avoir fait un rapide historique des réponses apportées à la question au cours de l’histoire, écrit :

« Dans le parcours auquel il nous invite dans ce livre, tout part de l’intuition que nous ne sommes pas les seuls êtres intelligents dans l’univers. Pour autant, malgré l’incroyable progrès de nos connaissances, sujet que l’auteur développe avec talent, reviennent comme un leitmotiv, ponctuant tel le chœur antique l’avancée du discours, ces quelques mots : « Nous ne savons pas. » Ceci, en soi seul, nous situe dans une démarche proprement scientifique. Notre ignorance est un état de fait, certes, mais elle est « docte ignorance », dirait Nicolas de Cuse, étant accompagnée et comme éclairée par un regard acéré sur le travail accompli, et constitue certainement un aiguillon pour avancer plus loin, en eau profonde…

En regard de ces considérations, l’auteur s’appuie fermement sur deux données théologiques de base : le principe de plénitude, évoqué plus haut, et le caractère complet et définitif de la Révélation selon laquelle Dieu aime de façon inaltérable tout être humain – à la liberté de l’homme de l’accepter ou non. La première conviction souligne l’incohérence d’une limitation a priori des capacités créatrices de Dieu, tandis que la seconde affirme avec Saint Paul « qu’aucune autre créature ne saurait nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 8, 39).

Alors, sommes-nous seuls ? Peut-être bien que non… En tout cas, pour un tenant lucide de la foi catholique, ne pas être seuls au monde ne saurait constituer une source d’inquiétude.

Après tout, pour ce qui concerne son propre salut, on peut prendre à son compte ce que Jésus disait à saint Pierre au bord du lac de Tibériade : « Que t’importe ?  Toi, suis-moi » (Jn 21, 22). »

Rien n’empêche, en effet, de penser que Dieu, de son éternel présent, ait pu créer d’autres univers complètement étrangers au nôtre et sur lesquels nous n’aurons jamais d’informations, n’ayant avec eux aucune connexion. Mais imaginer de tels univers n’a strictement aucun intérêt et ne pourrait éventuellement que nous détourner de la réalité tant de la vie temporelle que de la vie éternelle.

Le P. Yannik Bonnet, dans un petit article genre « réponse aux questions » (L’homme Nouveau, 26 avril 2008) écrit :

« Il me semble que cette fiction est radicalement hétérogène avec la Révélation. Cette dernière nous parle de ce Dieu auquel notre seule raison nous permet d’accéder avec certitude : la contemplation de la création conduit logiquement à la conviction de l’existence du Créateur.

Ce Dieu nous révèle qu’Il est Amour, unique mais en trois Personnes, et qu’Il a créé par amour des êtres doués de libre arbitre, les anges et les hommes. C’est grâce à cette caractéristique du libre arbitre, que ces créatures peuvent, par choix délibéré, aimer et participer à la vie divine, pour laquelle ils ont été créés. La Révélation nous dévoile que, dans le plan de Dieu, il y a un lien mystérieux entre cette accession à la vie divine proposée aux anges et aux hommes. Les uns, les anges, sont des esprits immatériels, les autres, les hommes, des êtres de chair et d’esprit. Quant à Dieu, en Jésus-Christ, Il s’est fait homme tout en restant le Verbe Éternel, préexistant à la création des anges, des hommes et de tout l’univers.

On ne voit pas pourquoi Dieu, qui est Lumière et Vérité, nous aurait caché l’existence d’une troisième catégorie d’êtres doués d’intelligence et de volonté, susceptibles d’avoir des contacts avec nous et donc un impact sur notre vie terrestre, dont le Christ nous a dit que sa seule fonction est de nous faire cheminer vers la vraie vie, la vie éternelle. Les extraterrestres sont une pure fiction, n’ont aucune réalité ; l’intérêt suscité par leur existence supposée chez certains ne peut que les détourner du réel et de la recherche du chemin du salut. »

Voici quelques brefs extraits du livre du P. Consolmagno :

« Le premier et le plus important fait auquel nous ayons à faire face dès lors que nous nous posons la question de l’intelligence extraterrestre, est celui-ci : nous ne savons pas. De toutes les planètes que nous avons découvertes en orbite autour d’autres étoiles, il n’est pas clairement établi que l’une d’elles offre un lieu adapté à la vie telle que nous la connaissons. Sur aucune d’elles, pas plus d’ailleurs – pour rester plus proche de nous – que n’importe où dans notre propre système solaire, nous n’avons trouvé la preuve, complète et irréfutable, que la vie ait pu démarrer en quelque autre endroit qu’ici, sur la Terre. Pour autant que nous sachions avec certitude, nous pourrions bien être seuls. » (p. 5)

« Quand bien même la vie serait possible dans tous ces lieux, la découvrir effectivement serait très difficile, compte tenu de l’état actuel de nos moyens techniques. Même s’il existe plusieurs endroits dans notre système solaire où la vie pourrait être trouvée, ce n’est qu’en un seul lieu, la planète Terre, qu’elle a été trouvée jusqu’à présent. Nous ne pouvons pas encore dire si la vie est chose commune ou rare. Nous ne savons pas. » (p. 16)

« Le résultat de toute cette discussion est simple : il n’y a rien dans les Saintes Écritures qui confirme ou infirme la possibilité d’une vie intelligente ailleurs dans l’univers. Nous ne savons pas. Nous sommes libres de spéculer à ce sujet. Mais cette spéculation est limitée par deux faits que nous reconnaissons comme des points centraux de notre foi. Tout d’abord, tout ce qui pourrait exister ailleurs est création d’un Dieu d’amour. Ensuite, indépendamment de la question de savoir ce que Dieu aurait ou n’aurait pas créé ailleurs, rien de ce qui existerait ailleurs ne peut contredire ce qu’Il a fait ici pour nous. » (p. 27)
Le dessinateur américain de bandes dessinées Walt Kelly (1913-1973)a peut-être fourni la vision la plus pertinente du débat à propos de l’intelligence extraterrestre. Au début des années 1970, Pogo, personnage d’un de ses ouvrages, proposait cette réflexion :

« Il n’y a que deux possibilités : ou bien il existe de la vie ailleurs dans l’univers qui est plus intelligente que la nôtre, ou bien nous sommes les êtres les plus intelligents de l’univers. Dans les deux cas, cette pensée a le grand pouvoir de nous rendre modestes.

La seule éventualité d’une vie intelligente ailleurs souligne le caractère humain – ou au moins presque humain – des observations astronomiques les mieux établies sur l’immensité de notre univers. Pour des catholiques, faute de réponse certaine, l’étude de cette question invite à retrouver la place de l’homme. Elle devrait nous conduire à nous concentrer sur la contemplation de la grandeur de Dieu et de Son amour tout particulier pour nous. » (p. 33)

Pour terminer, un autre point de vue récent, celui du P. José Funes, directeur de l’Observatoire astronomique du Vatican

Après l’annonce par la Nasa de la découverte de Kepler 452b, une planète semblable à la Terre, il a expliqué, vendredi 31 juillet 2015, à l’Agence France-Presse, ne pas croire à une rencontre avec des extraterrestres.

Pour ce jésuite argentin, l’existence d’une vie et d’une forme d’intelligence sur Kepler 425b est « probable » même s’il reste « sceptique ». Il rappelle qu’il n’en existe « aucune preuve » et que « nous ne le saurons sans doute jamais », en raison des distances qui séparent les deux planètes. « Peut-être serai-je contredit demain, mais je ne crois pas que nous arrivions un jour à rencontrer un M. Spock », plaisante-t-il en faisant référence au personnage de la série « Star Trek ».

M. Spock
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Insistant sur le fait qu’il parle en son nom propre, en l’absence de « position officielle du Vatican » sur ces sujets, le P. José Funes affirme ainsi que  jusqu’à ce que nous ayons un résultat concret, accepté par la communauté scientifique, il est inutile de se lancer dans des commentaires hasardeux .

Et même si une vie intelligente en dehors de la Terre était découverte, il n’y verrait « pas de contradiction avec la foi chrétienne ». D’après lui, l’incarnation de Dieu est un « événement unique » dans l’histoire de l’humanité et même « de l’univers », et il ne peut exister un « autre Jésus ».  Dieu s’est fait homme en Jésus, mais sur notre Terre, en Palestine, il y a 2 000 ans. Et il n’a pas choisi un Français, un Italien ou un Argentin, il a choisi un juif , précise-t-il en souriant.

Il tient cependant à saluer « une bonne nouvelle » dans la découverte de l’exoplanète.  Ce que j’ai appris de tout cela, c’est que la recherche d’une autre vie dans l’univers nous aide à nous comprendre mieux, à nous rendre compte du rôle qui est le nôtre dans cet univers, à comprendre ce que signifie la vie, ce que veut dire être intelligent, ce qu’est une civilisation , soutient-il.

L’observatoire astronomique du Vatican, qu’il dirige, se trouve à proximité de la résidence d’été du pape à Castel Gandolfo, dans les Monts Albains près de Rome. Des scientifiques y mènent des recherches sur les météorites, les galaxies, l’origine du monde et le big bang. Une activité qui  ne va pas à l’encontre de ce que dit Dieu, car l’Église promeut la science, une science de qualité , assure-t-il.

3. Interprétation des expériences avec les OVNI comme phénomène occultiste et spirite

Ce texte a pour auteur le P. Aleksander Posacki, s.j. Il est extrait de deux chapitres du livre « Psychologie et Nouvel Âge », Éd. Bénédictines, 2009 : Étranger ? Mais de quel monde ? (pp. 111-129), Les Étrangers comme anciens « dieux » et nouveaux « messies » (pp. 131-149). Ce ne sont ici que des extraits, et la lecture des textes complets s’impose, pour une bonne compréhension et maîtrise de la problématique très intéressante exposée par l’auteur.

Ce « monde merveilleux » est bien bizarre
(Étranger ? Mais de quel monde ?)

[…] L’idée de la perfection infinie du développement de la science et de la technique est impossible à concilier avec le fait récemment célèbre de l’enlèvement ou du rapt de personnes par des extraterrestres. D’autant plus s’il s’agit, selon l’opinion la plus répandue, d’enlèvements pour des recherches sur l’homme et d’expérimentations génétiques. En effet, si une communauté a atteint un tel niveau de développement qu’elle puisse manipuler le temps et l’espace, et voyager entre les galaxies, théoriquement, elle ne devrait pas avoir besoin d’entreprendre des recherches aussi grossières sur l’homme. Sans parler ici du fait que, probablement, chaque communauté parvenue à un tel degré de développement devrait pouvoir considérer un tel comportement comme immoral.

De plus, certaines visions du monde parfait, basées sur les OVNI, font penser aux visions irréelles ou plutôt à celles résultant du penser magique, décrites auparavant dans de nombreuses utopies littéraires (y compris dans la littérature de science-fiction) qui expriment des rêves humains. […] Dans les prétendus messages des Cosmites qui, pour ainsi dire avec bienveillance (et aussi dans leur propre intérêt), avertissaient l’homme contre les abus de l’énergie nucléaire et contre la possibilité de l’autodestruction, transparaissait le message sur le monde parfait mais aussi sur le régime socialiste et l’autorité centrale. Les précurseurs de l’idéologie des soucoupes volantes, G. Adamski et D. Leslie, s’inspiraient de la littérature théosophique, surtout des œuvres de Blavatsky, de Sinnet, mais aussi de Besant, de Bailey ou de Leadbeater. Cela fait penser à la vision prévenante de Huxley ou d’Orwell. Le monde trop parfait apparaît en fait toujours comme trop peu humain (N. Berdiaev), et le monde privé de démocratie et de liberté individuelle est une régression (K. Lorenz).

D’autant plus que, généralement parlant, les intentions des Étrangers ne sont pas très claires. Camouflage bizarre, absence de contacts officiels, enlèvements ou rapts mystérieux liés à la violence (suscitant la peur), ou dans le but d’expérimentations sur des humains (ou moins de leur observation approfondie) enlevés dans des vaisseaux prétendument spatiaux : tout cela suscite des doutes quant aux intentions et à l’éthique des Cosmites, habitants des mondes parfaits, des civilisations extraterrestres.

On affirme aussi qu’ils procèdent ainsi pour ne pas captiver l’intelligence humaine par l’évidence de leur présence, pour que l’homme, en profitant de différentes données, s’ouvre à leur contact en toute liberté. Ils diffèrent entre eux par la grandeur, la couleur, la structure, le type de comportement qui va du banal ou burlesque jusqu’à une certaine forme de gravité, et ils portent un message concernant les Idées sur le Monde. Ils diffèrent aussi par le type d’action, que l’on peut qualifier d’éthique, correcte ou parfois de violente, pleine d’agressivité, avec y compris viol ou meurtre.

Du point de vue théologique, dans la tradition spirituelle et mystique chrétienne, il est évident et généralement connu que le démon se cache pour nuire davantage. L’absence de preuves de l’existence des OVNI pourrait donc s’expliquer non tellement par le fait que ces preuves soient cachées mais par le fait que les Étrangers eux-mêmes se cachent. Le malfaiteur fait de même pour ne pas être démasqué.

La violence comme carte de visite

Ce qui dévoile un peu le mystère, c’est que « les êtres OVNI » agissent à travers la violence. Parfois, il s’agit plus d’une violence sexuelle que d’une violence qui s’exprime par des rapts en vue d’expérimentations et de recherches. Au cours des dernières années, on relève beaucoup de preuves qui suggèrent que certains rapts faits par des OVNIs se rapprochent davantage des abus sexuels que des recherches scientifiques sur la génétique. […]

L’hostilité montrée aux hommes dévoile la nature probablement démoniaque de ces êtres. Ils utilisent la contrainte et la violence, en influençant l’intelligence et la volonté des humains à l’aide de la violence physique ou de la télépathie. On connaît aussi des histoires suggérant que des êtres étrangers ont enlevé des personnes, comme on vient de le mentionner. Il existe une riche littérature consacrée aux disparitions mystérieuses. On rencontre aussi des attaques directes des Étrangers contre des humains, qui souvent aboutissent au meurtre de ces derniers.

Bien que le thème de la lumière se répète sans cesse, comme dans l’ancien occultisme (luciférisme), l’activité des « êtres OVNI » est souvent très ténébreuse et terrifiante. Tel ces preuves de l’activité hostile des êtres intelligents inconnus : 1. Cas avec des monstres terrifiants. 2. Mutilations cruelles d’animaux. 3. Expériences terrifiantes des personnes enlevées. 4. Attaques avec des armes en forme de faisceaux de lumière. 5. Visites d’horribles Hommes en Noir.

Selon l’interprétation plus optimiste de C. G. Jung, les contacts avec les Cosmites sont une projection de l’Inconscient. Les contacts avec les OVNIs sont en effet étonnamment absurdes, privés de finalité ou de tâche quelconque ; cela fait penser à la perception du monde par des personnes hypnotisées. Cela ressemble à la rencontre avec les personnages du monde de l’Inconscient, avec les symboles d’un monde inconnu ou avec le monde souterrain du chaos et de l’obscurité.

La ressemblance avec les rites de l’initiation, religieux ou occultistes, remarquée dans ces rencontres, peut donc être interprétée de deux manières : ou bien c’est le contact avec un symbole irrationnel, ouvert aux significations, contact motivé par le désir d’un « monde nouveau, magnifique » (A. Huxley) ; ou bien c’est le contact avec le monde souterrain, chaotique, spirite et démoniaque. Les images paraphysiques sont seulement une projection du monde psychique où on ne peut pourtant pas exclure le facteur démoniaque. Certaines personnes ayant un contact avec les Étrangers ressemblent souvent aux médiums spirites, de même que les matérialisations et les dématérialisations bizarres des objets prétendus volants ressemblent à des phénomènes analogues au cours des séances spirites.

La ressemblance phénoménologique du contact avec les Cosmites et celle des expériences spirites (aussi dans leur version channeling) se dessine nettement, si on reconstruit le schéma général de l’expérience :

  1. L’Univers (le Cosmos) se trouve sous contrôle d’êtres soi-disant bienveillants (esprits), placés très haut sur l’échelle de l’évolution.
  2. Ces êtres sont censés nous nourrir d’une façon désintéressée, avec les ressources illimitées de leur expérience, connaissance et puissance.
  3. Si nous voulons nous ouvrir à cette connaissance et à cette puissance et montrer une sorte d’obéissance, ces êtres nous guideront dans l’évolution spirituelle, orientée vers la perfection ou même la divinité.

Pourquoi une interprétation démonologique ?

Non seulement les incertitudes décrites ci-dessus, les pistes suggérant l’initiation religieuse ou le fait de violence, mais encore la ressemblance de certains types anthropoïdes des Cosmites avec des représentations des démons du Moyen Âge, autorisent à expliquer les phénomènes OVNI par des actions cachées et sournoises des démons. Et dans le sens contraire, on assiste ici à une sorte de démythologisation parascientifique ou pseudo scientifique du monde des démons à l’aide du monde des Cosmites. L’interprétation démonologique est en plus rendue valable par le fait que de nombreuses relations sur les OVNI ressemblent à l’histoire des possessions démoniaques, décrite dans les vies de saints. L’enlèvement par les démons a été relaté dans la vie de saint Nil Sorsky, et des contacts semblables aux rencontres avec les OVNI ont été le fait pour saint Martin de Tours. Le prêtre orthodoxe, le Père Séraphin Rose, a remarqué aussi que dans de nombreux témoignages l’aspect extérieur des êtres étrangers est identique à la description des démons dans la littérature spirituelle orthodoxe. Il a rappelé que la description de deux cas d’enlèvement par les diables en Russie, au XVe et XIXe siècles, semble identique à celle de rapts contemporains par des extraterrestres.

[…] De telles interprétations sont renforcées par le fait que le contact avec les Cosmites se fait souvent sous forme de channeling (qui est une nouvelle forme de spiritisme) ou sous forme d’un contact parapsychique, induit par exemple par une hypnose ordinaire. Notons aussi que ceux qui ont fait l’expérience d’un tel contact avaient déjà été engagés dans une expérience mystique ou pseudo mystique (occultiste, parapsychologique), comme l’a soulevé l’éminent chercheur de ce phénomène, J.-B. Renard.

Habituellement, ce contact n’est pas désintéressé, mais il est motivé par la recherche de sa propre divinité auprès de ceux qui sont censés la posséder et qui peuvent l’offrir (mais est-ce gratuitement ?). Cela ressemble à la recherche de la puissance dans le cadre des pratiques magiques et spirites, et à la tentation par le pacte avec des puissances d’origine inconnue, comme l’a fait Faust. Il n’est donc pas étonnant que dans certains cas naisse un culte idolâtrique des Cosmites.

Une transformation totale vers… « une double identité »

Ce qu’il y a d’étonnant ici, c’est le passage de l’état de victime de l’enlèvement à celui de témoin de contact. Parfois, il s’agit d’un simple contact ou toucher. Après ce contact, la conscience change, l’amour pour celui qui vient d’être persécuteur apparaît, les Idées sur le Monde changent en s’orientant vers le panthéisme.

Cette transformation totale de la personne enlevée par des Étrangers est intéressante ; elle fait penser à un processus de l’initiation parareligieuse. L’homme, après avoir vécu une sorte de mort initiatique de son ego, commence à considérer les ravisseurs comme une sorte de médiateurs divins (par exemple entre lui-même et la source originelle de la création, la divinité ou Dieu), ce qui crée une sorte de culte idolâtrique.

Pourtant le résultat de telles rencontres, profondément traumatisantes, est souvent la désintégration de la personnalité ou le suicide. Cela montre une autre ressemblance avec des phénomènes parareligieux, à savoir spirites ou occultistes, qui provoquent des résultats analogues chez les personnes qui entrent en contact avec ce genre de réalité, surtout pour nombre d’entre elles qui captent des messages par télépathie.

[…] Un aspect intéressant des enlèvements consiste en une sorte de changement initiatique qui touche non seulement la transformation de la conscience, mais aussi celle des Idées sur le Monde. nous avons affaire à la découverte d’une double identité des victimes : celle de la victime et celle des Étrangers en même temps. D’ailleurs, souvent, on accède à cette identité par la thérapie sous hypnose (qui, en elle-même, est déjà problématique).

On ne saurait dire toutefois clairement si la transformation de la conscience (vers une double identité) est un effet secondaire de la résolution d’une expérience traumatisante, ou bien si elle constitue une caractéristique immanente de ce phénomène. Une personne enlevée, Sheila, a reconnu son lien avec des êtres étrangers au moment où elle a regardé le chef des Étrangers droit dans les yeux et s’est soumise à son pouvoir. Ainsi a-t-elle adopté les Idées sur le Monde basées sur une profonde préoccupation pour l’écologie, qui lui ont été suggérées alors.

Une autre enlevée, Catherine, après avoir noué des liens avec les Étrangers, a compris combien sont forts et entre-tissés les liens entre toutes les manifestations de la vie sur notre planète. On l’a rendue consciente aussi de la question, si difficile à comprendre pour les Occidentaux, de la continuité qui se manifeste dans la réincarnation. Une autre enlevée, Lee, a été soumise à une profonde régression hypnotique qui a révélé que Lee avait été enlevée à bord d’un OVNI alors qu’elle était jeune adolescente ; là, on avait mis une sonde dans son vagin et prélevé un tissu, probablement un ovule. Dix jours plus tard, elle était partie pour quelques mois en Inde, afin d’étudier le bouddhisme tibétain (!) Comme elle le constate elle-même, l’expérience avec l’OVNI a causé chez elle un traumatisme sexuel, mais a suscité aussi en elle un prétendu « développement spirituel et a développé la sensibilité à tout ce qui est vivant — depuis les insectes jusqu’aux êtres d’autres dimensions et systèmes planétaires ». Elle a vécu, comme elle le constate, un développement de la conscience unique et agité, pour lequel elle est très reconnaissante aux forces qu’elle ne sait même pas nommer. Elle a ajouté que « le bouddhisme tibétain reconnaît en grande partie de telles rencontres spirituelles et la conscientisation des personnes enlevées ».

Scott, abusé par des Étrangers, a senti depuis leur présence permanente dans son esprit. Il a constaté ensuite : « Mon ouverture par rapport à eux a débloqué aussi certains mécanismes en moi […]. Cette entrée dans la sphère de l’esprit s’est produite sans aucune préparation. Et pourtant les yogins travaillent bien dur pendant de longues années pour obtenir un niveau spirituel plus élevé. »

L’initiation qui conduit à la possession ?

Ce qui est étonnant ici, c’est la juxtaposition de la violence avilissante, que rien ne justifie, et le développement ou le pseudo développement spirituel de type écologique, bouddhique, ou bien strictement occultiste : médiumnique ou chamanique. Du point de vue chrétien, on peut supposer ici une intervention démoniaque, ce qui est suggéré aussi par le fait de la double identité qu’on peut interpréter comme un phénomène de possession démoniaque ou d’une certaine démonisation. Elle se réalise dans le cas d’une initiation étrange (rencontre) qui ressemble à une initiation occultiste ou bien spirite, typique des expériences du Nouvel Âge. Cette possibilité est indiquée par le phénomène même de channeling médiumnique.

[…] Beaucoup de personnes enlevées vivent une sorte d’extase. Et cela, parce qu’à travers l’expérience (et sa répétition dans les transes) de la création dans le cosmos, elles s’ouvrent en quelque sorte à la source divine. Les enlevés ressentent une unité extraordinaire de tous les êtres et de toutes les créatures, le lien avec la nature et les esprits, et aussi avec les animaux, car les Étrangers peuvent se manifester aussi sous la forme d’animaux (comme les esprits dans le chamanisme). À travers les interactions avec les Étrangers, les personnes enlevées s’approcheraient, dit-on, des racines spirituelles, cosmiques, de la lumière divine.

Pour Dawid, l’enlevé, la spiritualité des Indiens, le chamanisme, les forces de la nature, les réalités différentes, l’énergie chi, le karaté, les expériences de la réincarnation et d’enlèvement, sont les pièces d’un puzzle total. Le lien direct se fait souvent à travers le contact visuel. Les enlevés confirmaient maintes fois qu’en regardant dans ces grands yeux omniscients des Cosmites, ils font l’expérience de l’amour qui embrasse tout. Ce contact est pour eux bien plus fort qu’un lien quelconque entre les humains. […]

La propagation de l’idéologie du Nouvel Âge (Les Étrangers comme anciens « dieux » et nouveaux »messies »)
Dans une telle situation, les craintes de tromperie spirituelle (démoniaque) ne sont donc pas infondées, car les conceptions de ce genre aussi bien en théorie qu’en pratique répondent à l’idéologie du Nouvel Âge et y sont assimilées (par exemple, l’idéologie de l’énergie ou de la puissance cosmique, de la conscience planétaire mondiale, la propagation de la technologie spirituelle, de la religion scientifique, du matérialisme spirituel). Le Nouvel Âge n’a pas cessé d’exercer son influence.

Dans ses publications officielles, le Nouvel Âge flatte les Cosmites, de même que les autres cultures non-européennes ou non-chrétiennes. L’idéologie de l’OVNI s’appuie sur les mêmes piliers théoriques que l’idéologie du Nouvel Âge :

– Le diagnostic de crise écologique.

– La création d’un champ de conscience planétaire qui permettra de sauver la Terre.

– Le pragmatisme technocrate qui domine tout dans l’action pour : sauver la Terre. Au mieux : en attendant un salut de la part des dieux du cosmos. Du point de vue chrétien (où l’interprétation démonologique peut apparaître), un tel penchant de l’intelligence et du cœur suffit pour incliner l’homme vers l’idolâtrie, et favorise l’apparition des êtres démoniaques, par exemple sous la forme d’OVNI. […]

Le discernement spirituel chrétien

Célèbre pour ses recherches dans le domaine de l’occultisme, le père Séraphin Rose, moine orthodoxe mort en odeur de sainteté, est convaincu que les rapts contemporains par les OVNI sont une forme de possession démoniaque, décrite dans la tradition depuis de longs siècles. Il constate que  les hommes contemporains, fiers de leur illumination et de leur sagesse, sont de nouveau confrontés à l’expérience d’un contact avec l’illusion démoniaque, mais ils n’ont plus les idées chrétiennes sur le monde qui leur permettraient d’évaluer ce phénomène de façon juste .

[…] Il est difficile de résister à la conclusion qu’il s’agit ici de démons ou de fantômes créés par eux. Quelques facteurs l’indiquent :

  1. Les Étrangers « ont l’aspect des démons tels qu’ils apparaissent dans les descriptions connues de la tradition ecclésiale. Ils semblent des êtres matériels mais, en même temps, ils sont transparents ou lumineux, comme immatériels. Conformément à l’enseignement de l’Église, les démons sont des êtres spirituels — des Anges déchus. Ils se nourrissent des passions humaines, mais eux-mêmes sont déchus et pervers. Durant la plupart des enlèvements, les gens sont abusés sexuellement ».
  2. «… selon la plupart des faits rapportés, au cours des « examens » […] », les Étrangers « infligent une douleur aux enlevés et leur font peur. Dans la littérature spirituelle, surtout dans les vies des saints, on peut trouver de nombreuses descriptions des attaques physiques des démons contre des chrétiens. Si les Étrangers avaient vraiment été des extraterrestres spiritualisés du cosmos et non des démons, ils auraient sûrement épargné aux gens les souffrances. En réalité, ils ne veulent pas adoucir la douleur physique et psychique mais, au contraire, l’infliger aux victimes arrêtées. »
  3. Les Étrangers suscitent « le sentiment de peur et de dégoût qui accompagne les humains au cours de la première rencontre ; il disparaît seulement après la soumission spirituelle de l’homme à ses ravisseurs. Ce sont des manipulations démoniaques typiques, connues de la tradition chrétienne. Les démons tendent méthodiquement à vaincre le dégoût naturel que leur proximité suscite aux humains et à le remplacer par la confiance à leur égard. »
  4. « Les effets spirituels des contacts avec les étrangers sont complètement antichrétiens. Les personnes enlevées abandonnent la tradition universelle du christianisme orthodoxe, en pratiquant une spiritualité fausse, apparentée à la pseudo-religiosité du Nouvel Âge, qui leur est transmise par la voie de l’illusion démoniaque. Ces gens ne se trouvent plus sur le chemin de perfectionnement et de transformation de la personne humaine, chemin chrétien, théocentrique, soutenu par la grâce de Dieu. De « nouvelles Idées sur le Monde » les amènent à l’extinction de la personnalité, à la foi en la nécessité de se fondre dans l’Un, qui constitue la compréhension païenne du Paradis et du Salut. […] »

Les religions en tant que culte de l’OVNI (Les Étrangers comme anciens « dieux » et nouveaux « messies »)

Erich von Daniken, businessman-hôtelier et chercheur du phénomène de l’OVNI, autodidacte et dilettante, fut peut-être le premier dans les médias à donner aux Étrangers le nom de dieux. Les chariots des Dieux (1968) est le premier des livres de Daniken, jouissant d’une énorme renommée.

Titre du livre de Daniken

L’auteur affirmait que les extraterrestres ont visité la Terre il y a 10 000 ans, et qu’ils y ont créé les hommes en modifiant à leur image les gènes des singes anthropoïdes. Ils « sont restés sur la terre pendant un certain temps, et ils ont été, dit-on, adorés comme des dieux. De nombreuses et sérieuses analyses ont réfuté comme fiction totale les abondants arguments de Daniken. L’auteur lui-même a avoué avoir traité ses matériaux très librement, ce qui ne l’a pas empêché de publier une dizaine de livres vendus au total à plus de 50 millions d’exemplaires.

Moise et Ovni !

Les différents titres d’une vingtaine de livres de Daniken (par exemple, L’or des Dieux, Les Dieux étaient astronautes) témoignent d’une sorte d’obsession pour ce sujet, indiquant non seulement des recherches dans le domaine de l’OVNI ou de la culture, mais aussi une sorte de recherche au niveau religieux. Il s’agit de prouver ici, non pas tant que les ovnis sont dieux, mais que tous les dieux sont justement des ovnis.

[…] Il y a là un abus théologique, sous la forme d’une tendance de plus en plus fréquente à expliquer tous les phénomènes religieux de cette manière. Il s’agit ici de l’utilisation illicite de termes ufologiques appliqués à l’interprétation de l’histoire de la religion dans sa totalité, et à la lecture des écrits et des mythologies anciennes, écrits considérés dans ce cas précis comme des récits déformés des visites des Cosmites (par exemple : la vision biblique d’Ezéchiel décrit un vaisseau spatial, l’étoile de Bethléem est un véhicule volant et les anges sont des Cosmites).

Est-ce pour cela que les recherches de Daniken se fondent toujours sur la question : Est-ce que les dieux ont été astronautes ? Il a constitué un large dossier dans le but de confirmer la théorie des dieux-astronautes, ainsi que l’hypothèse concernant de prétendues visites que les Étrangers auraient rendues à nos ancêtres. Il présuppose que, depuis les temps les plus anciens, les extraterrestres ont visité maintes fois la Terre « pour pousser l’évolution de l’homme plus en avant ». Les dieux ont créé l’homme à leur ressemblance — cette thèse, rencontrée dans différentes religions, est interprétée par Daniken avant tout à travers une réinterprétation de la Bible. Le péché originel est le résultat du croisement des Cosmites, Fils de Dieu révoltés, avec les Terriens (Gn 6, 1-2). « Dans ce drame préhistorique, le Très Haut, c’est-à-dire le chef du vaisseau spatial, avait évidemment de meilleures cartes que l’équipe révoltée. Il regardait avec préoccupation ce qui se passait sur la Terre. Le croisement des Cosmites avec les Terriens a donné comme résultat des êtres tout à fait différents du projet de la lignée Homo sapiens. C’était justement ce péché originel mythologique. Les humains ont hérité d’un matériel génétique non approprié, donc le Seigneur « se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre et il s’affligea dans son cœur », comme le dit le Livre de la Genèse (Gn 6, 6). »

Daniken indique que les Fils de Dieu sont traduits dans la Bible une fois comme géants, une autre fois comme enfants de Dieu, ou bien comme anges déchus ou êtres spirituels révoltés. Dans cette approche, les hommes, en tant que créations non réussies, seraient enfants des démons ou d’autres dieux gnostiques de second ordre. Les affirmations anthropologico-théologiques de Daniken sont donc un mélange de pseudoscience et d’affirmations religieuses arbitraires, qui sont le plus souvent une forme de redéfinition gnostique de la Bible et du christianisme. Ici, nous avons donc même affaire à une certaine démonisation de l’homme et aussi à une démonisation de Dieu. Une telle approche rend les théories de Daniken semblables aux théories satanistes, par exemple celles de La Vey.

L’idéologie ou une certaine religion de Daniken trouve sa continuation dans la mission d’un nouveau prophète, Raël (Claude Vorilhon), qui fonde sa propre secte (1974, Mouvement Raëlien). « En 1973, un jeune journaliste, Raël, a reçu un message pour l’humanité entière de la part d’un représentant de la civilisation extraterrestre […]. Toutes les formes de la vie sur la Terre, y compris l’homme, ont été créées scientifiquement par les Cosmites à l’aide de l’ingénierie génétique (synthèse de l’ADN). Ce sont eux qui ont commencé toutes les religions actuellement existantes. La Bible les nomme ELOHIM […], ils veulent prendre contact avec la civilisation terrestre. Dans cet objectif, il est nécessaire que les Terriens érigent une ambassade pour eux. Sommes-nous prêts à leur retour ? Cette transmission de l’espérance, qui aboutira à un renversement sans précédent dans notre société, est ridiculisée et attaquée par les autorités politiques et religieuses qui veulent tenir les gens dans l’ignorance. »

Les partisans de la théorie de C. Vorilhon se croient confesseurs de la religion scientifique du IIIe millénaire. Dans les doctrines des mouvements religieux à caractère apocalyptique, les Cosmites sont considérés comme une chance pour sauver la Terre d’une catastrophe qui la menace, et/ou pour monter à un niveau supérieur de l’existence ou de la conscience.

Les cultes de l’OVNI : une religion nouvelle

Différents cultes des OVNI, présentant un caractère nettement religieux, ont fait leur apparition. Parmi ces cultes, on compte le plus souvent : Antrovis, la Société Aetherius (Aetherius Society), l’Académie des Sciences Unarius (Unarius Academy of Science), le Mouvement Raëlien mentionné déjà et le Mouvement Urantia.

Selon différents groupes de ce type, les civilisations extraterrestres et leurs habitants réunissent des traits caractéristiques spécifiques :

  1. Le trait peut-être le plus important des groupes qui rendent à leur manière le culte aux Cosmites est l’acceptation de la transcendance des Cosmites. Cela s’exprime dans des expressions mettant en relief des caractéristiques absolues des habitants d’autres planètes : omniscience, perfection physique, psychique, technique et scientifique, et aussi disposition à sauver les Terriens. La transcendance des Cosmites est soulignée par leurs dénominations : Elohim, Frères de la lumière, Guides célestes.
  2. Un autre trait, c’est la révélation des Cosmites au fondateur. Des extraterrestres mystérieux se révèlent, dans un lieu désert, à un fondateur solitaire d’un groupe, à cause de ses traits caractéristiques personnels. Cette rencontre porte du fruit par le canal d’une relation, d’un témoignage écrit par le fondateur et qui devient livre sacré du groupe.
  3. Le message transmis par les Cosmites au fondateur élu d’un groupe contient habituellement une critique de la société terrestre avec des accents écologiques (destruction de la nature) et catastrophico-apocalyptiques (destruction de la nature comme un des facteurs qui annoncent l’extermination).
  4. Il n’y a donc que les Cosmites qui peuvent sauver l’humanité. Dans des groupes ufologiques naissent alors des attentes messianiques. L’attente d’un salut imminent a un caractère millénariste.
  5. C’est possible, parce que les Cosmites représentent une supertechnique infiniment supérieure à la terrestre. D’où la fascination par la technique, la mise en relief du caractère scientifique de la religion, l’intérêt pour la science et l’emploi d’un argot techno-scientifique spécifique.
  6. Il faut souligner que les fondateurs des groupes ufologiques avaient eu des expériences mystiques antérieures au sens de mysticisme large, conçu comme toute expérience extatique, y compris occultiste, ésotérique ou spirite. Cette dernière caractéristique semble très significative dans le discernement spirituel chrétien.

Les Étrangers se présentent donc comme des tuteurs providentiels de l’humanité, nouveaux messies, qui interviennent dans la vie de l’homme pour l’avertir d’un danger ou le préparer à accéder à un niveau supérieur de spiritualité. […] Des créatures disposant de puissances mystiques essaient, pour tromper les gens, de les préparer en démontant leurs Idées sur le Monde et leur conscience morale. Ils les endoctrinent avec une philosophie spirituelle ou une vision religieuse fondée sur l’évolution cosmique de la conscience et la conception impersonnelle de l’absolu. Que ce soient donc des Humanoïdes réels, visitant les hommes dans leurs véhicules cosmiques, ou simplement des démons : les uns et les autres détournent les gens de la vraie religion et du vrai chemin de salut.

Les messages antichrétiens des Étrangers

[…] Les Étrangers, bien que taciturnes pendant de nombreuses rencontres (ce qui ne veut pas dire qu’ils n’influencent pas les humains, en les manipulant, par exemple, par l’hypnose ou la télépathie), prononcent souvent des discours sophistiqués et des messages compliqués. On peut les décrire et les évaluer. Ce sont des messages concernant les Idées sur le Monde : messages philosophiques et aussi théologiques, qui rappellent en principe le message reçu dans l’expérience de channeling (même si le cas en question était sans rapport avec l’ufologie). Ce qui est bizarre, c’est qu’il s’agit ici principalement des Idées sur le Monde de type Nouvel Âge, ou des idées orientales simplifiées, védiques ou bouddhiques par exemple. Des éléments essentiels de ces idées ont déjà été diffusés par la tradition occultiste de la franc-maçonnerie et de la théosophie de H. Blavatsky (liée à la franc-maçonnerie et ayant une influence importante sur le Nouvel Âge) qui — comme nous l’avons mentionné — a été une source d’inspiration pour Daniken.

La vision du monde propagée ou proposée par les Étrangers peut être résumée en quelques points.

  1. La philosophie présentée par ces êtres montre un certain modèle conséquent qui s’oppose nettement à la science contemporaine (en renvoyant habituellement à la science de l’avenir dont le niveau est déjà atteint par les ufonautes).
  2. Ces Idées sur le Monde veulent persuader que la vie existe dans l’Univers entier. Il y a là justement les Humanoïdes qui possèdent une conscience et une vie affective (qui, en général, diffère de la vie affective humaine : on dit parfois — le plus souvent en s’appuyant sur l’expérience — qu’ils dépassent l’homme par leur niveau d’amour, mais on parle aussi d’une froideur plus grande de ces êtres). Généralement, ils possèdent aussi des capacités parapsychiques développées (télépathie, puissance de l’intelligence : psychokinésie).
  3. Il s’agit davantage d’avoir une conscience que d’être une personne. Les âmes conscientes habitent des corps matériels, en transmigrant d’un corps physique dans un autre, selon le processus de l’évolution cosmique de la conscience, en atteignant par degrés le progrès dans la vie spirituelle à travers différentes expériences dans des corps matériels successifs. (Il s’agit donc là de la migration des âmes ou de la réincarnation — qui s’opposent au dogme de la résurrection !) Comme le constate Katrin Ledermann, l’ex-leader du mouvement du Nouvel Âge, l’expérience centrale suprasensorielle ou spirituelle y est, aujourd’hui aussi, une certaine migration de l’âme où on a l’impression de quitter son propre corps et de se mouvoir dans une région qui se trouve hors de notre planète. Selon le P. M. Fuss, c’est la réincarnation qui constitue l’essence de l’expérience spirituelle dans le Nouvel Age. L’un et l’autre sont vrais et ont lieu ici.
  4. Le progrès spirituel consiste dans le développement de l’amour et de la compassion par rapport à tous les êtres, et dans le développement de la connaissance, de l’intelligence et des puissances parapsychiques.
  5. Les êtres, à des niveaux supérieurs du développement spirituel, collaborent entre eux dans un système organisé de gouvernement cosmique. À l’opposé de cela, la plupart des gens sur la terre sont considérés comme arriérés dans leur développement spirituel (barbares primitifs, demi-animaux, etc.).
  6. À part le corps physique, il existe un corps subtil, formé d’énergies plus subtiles que celles qui sont connues de la science contemporaine. Il existe aussi différents niveaux d’existence dans la réalité dite parallèle ou l’autre dimension.
  7. On y confesse le plus souvent la philosophie du panthéisme (tout est dieu), en parlant d’un dieu ou même d’un créateur mais qui est impersonnel, omniprésent, agissant à travers le monde de la nature. Ce dieu impersonnel est presque incompréhensible et inaccessible. À l’étape supérieure, ce dieu est considéré comme l’Un — un être éternel, sans dualité, plein de conscience, d’amour et de lumière. L’évolution de la conscience conduit finalement à l’expérience de l’Un ou à la pénétration en l’Un.

Une telle philosophie ou théologie antichrétienne émerge partiellement (ou dans sa totalité) de nombreux communiqués liés à l’OVNI — notamment du communiqué reçu par la voie du channeling (qui est — encore une analogie — la prière du Nouvel Âge et l’expérience spirituelle la plus importante) et dans les rencontres directes avec les êtres de l’OVNI.

Certains chercheurs disent que, dans l’explication de l’énigme OVNI, on ne peut pas exclure des communiqués télépathiques de la part des hommes-yogins qui représentent les Idées sur le Monde mentionnées ci-dessus. Une telle expérience de contact avec les mystiques tibétains aurait été le fait de femmes théosophes : H. Blavatsky et celle qui lui a succédé dans le mouvement théosophique, A. Bailey. Il est intéressant de constater que la finalité, choisie dans les communiqués médiumniques de Bailey et dans les messages des Étrangers, est semblable ! Elle consiste « d’une part en annihilation du matérialisme occidental et d’autre part en annihilation du dévouement sentimental de nombreux fidèles de nombreuses confessions ». Il faut surtout remplacer l’idée du Dieu personnel par une notion lointaine et abstraite du Très Haut, comme « Celui dont on ne peut rien dire ». Un des effets fondamentaux de l’influence de l’OVNI sur les personnes qui en traitent sérieusement (pas nécessairement tout de suite religieusement) est la destruction de leur image occidentale et scientifique de la réalité. Mais aussi la destruction du culte du Dieu personnel, surtout dans sa conception chrétienne.

Dans une grande partie des communiqués liés à l’OVNI existe une tendance à critiquer radicalement la religion et les Églises, et en particulier à noircir l’idée d’un Dieu personnel. De nombreux messages des OVNI, qui nous sont déjà connus et qui ont un contenu théologique, diffusent souvent une conception impersonnelle ou athée de Dieu, et certains attaquent directement les fondements de certaines religions qui incitent à l’offrande de soi, particulièrement du christianisme.

Le syncrétisme religieux antichrétien

Une forme du rejet du christianisme est sa redéfinition justement dans le syncrétisme religieux, qui n’est autre que la confusion intellectuelle des notions (erreur) et la profanation religieuse (péché). Les sectes religieuses inspirées par l’OVNI prônent souvent le syncrétisme religieux (au sens de pseudo-synthèse des grandes religions connues de l’humanité). Déjà, en 1954, un certain Georg King fonde l’Aetherius Society dont les confesseurs croient que tous les grands fondateurs de religions (Bouddha, Jésus, Krishna) sont membres de la Confrérie Blanche cosmite qui vient chez nous à l’aide des OVNI de différentes planètes de notre système. Des idées semblables ont été diffusées à partir de 1956 par un certain Sananda de Californie ; à son avis, depuis 260.000 ans, la Terre est gouvernée par « le gouvernement spirituel du Système Solaire » dont le régent porta successivement les noms d’Abel, de Noé, Melkisédek, Moïse, Bouddha, Socrate, Jésus, et, à partir de 1956, justement de Sananda. Ce gouvernement dirige, entre autres, le développement de la culture sur la terre, en essayant de changer progressivement l’humanité (à l’aide de la flotte OVNI).

Erich von Daniken, critiquant ou redéfinissant la religion judéo-chrétienne, et aussi d’autres religions (perses, babyloniennes, des Indes), crée sa propre religion. Pourtant, à la différence de la plupart des gnostiques, il ne s’attribue pas de révélation ni d’illumination mais affirme qu’il a connu la Vérité par la voie du raisonnement rationnel. Malgré cela il croit posséder une certaine capacité de perception non-sensorielle, bien qu’il ne soit pas clairvoyant au sens ordinaire du mot. Peut-être est-ce justement pour cela qu’il se réfère volontiers aux gnostiques de la période du christianisme primitif, aux apocryphes, surtout au Livre d’Enoch, et aussi à la Kabbale et à l’alchimie, par exemple à Paracelse. Il regarde d’une façon très critique les révélations reconnues par l’Église catholique. En revanche, il accepte avec admiration les révélations du fondateur des mormons, Joseph Smith, ou de la fondatrice de la théosophie, Hélène Blavatsky, qui vénère d’une façon spécifique Lucifer. C’est une forme de syncrétisme obscur, typique des idéologies occultistes, dont Daniken s’inspire passionnément.

Adam et Eve et le raélisme – source : Kmarinas86 (Own work) [GFDL (http://www.gnu.org/copyleft/fdl.html)
Raël aussi prône le syncrétisme à partir du moment où, en 1973, les extraterrestres l’ont contacté, en lui donnant le nom de Raël. De son message, nous apprenons que « tous les anciens textes de religion et toutes les légendes relatent leur séjour sur notre planète. Dans la Bible, ils sont appelés Elohim ; ce nom, au pluriel, est improprement traduit par « Dieu » mais il signifie : ceux qui sont venus du ciel. Ce sont eux qui ont initié toutes les anciennes religions grâce aux contacts avec certains prophètes, comme Moïse, Élie, Ézéchiel, Bouddha, Mahomet, Joseph Smith… Jésus a été fils de l’un d’eux et d’une terrienne, Marie ».

Pour finir vient l’Ordre du Temple Solaire (déjà mentionné), mouvement religieux syncrétiste à caractère apocalyptique. Il est né en 1984 dans le cadre de la Fondation de la Voie d’Or (Golden Way Foundation), créée en 1978 à Genève par J. Di Mambro. Ce dernier a été leader du groupe, tandis que L. Jouret, charismatique, représentait le mouvement à l’extérieur et était chargé de l’enseignement. Le gouvernement réel du mouvement aurait été exercé par de mystérieux « Maîtres de Zürich » (qui probablement n’existaient pas) ; Di Mambro transmettait leurs recommandations aux disciples. Dans les enseignements de la secte apparaissaient des emprunts au christianisme, au gnosticisme, à l’occultisme, à l’ésotérisme, des allusions à la tradition des templiers et à l’idée du mouvement de Rose-Croix AMORC (Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix). Le caractère apocalyptique de ce mouvement (ce trait n’a pas été mis en relief dans son image publique) se manifestait dans l’évaluation négative de la condition du monde, et l’énumération des cataclysmes menaçant la Terre. Une attention particulière était consacrée à l’état de la protection de l’environnement (Sz. Beznic). Cela est noble, mais s’est tragiquement terminé par un suicide et un meurtre collectifs.C’est de cette manière-là que fonctionne le mécanisme de la tromperie spirituelle, ou du piège spirituel, dont les conséquences — les fruits dangereux — sont parfois dissimulées jusqu’au bout.

C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez

L’angliciste américaine, le Dr Karla Turner, qui, pour sa part, a fait plusieurs fois l’expérience de l’« enlèvement » par les OVNI, est une de ces victimes qui disent savoir exactement ce qui leur est arrivé. À son avis, « l’état modifié de conscience » induit au cours de l’enlèvement empêche les témoins de faire une quelconque évaluation objective de la situation. Dans cet état modifié, écrit Turner, les Étrangers peuvent manipuler totalement l’homme, et ils le font en prenant le contrôle total de la situation, et, par conséquent, des informations qui se trouveront dans cette relation. Ainsi, ce que nous entendons est soumis à la censure totale de la part des extraterrestres. Tous ceux qui s’occupent de ce phénomène n’ont pas le droit de faire abstraction de ce fait. […]

L’auteur cité n’évalue pas les expériences avec les OVNI à partir d’une position théologique, mais à partir d’une position laïque et de sa propre expérience. Et pourtant, elle recommande quelque chose qu’on pourrait appeler préparation au discernement spirituel. Derrière des messages sublimes et positifs se cache en fait une force réelle, d’origine inconnue, qui dissimule ses intentions. D’où le connaissons-nous ? Nous vérifierons ces intentions à leurs fruits. Comme l’écrit le maître du discernement spirituel, Saint Ignace de Loyola, « l’ange de lumière (Exercices spirituels, 332) qui cache ses mauvaises intentions, obscurcit l’intelligence par ses manipulations, dissimule ses projets destructeurs (ibid., 140-142), peut être reconnu à la fin de nos pensées (ibid., 333) et à sa queue de serpent (ibid., 334). »

Dans le chapitre précédent, consacré aux OVNI, j’ai écrit qu’un fruit de la rencontre avec les Étrangers, c’est une transformation suspecte et soudaine des Idées sur le Monde, et une initiation dangereuse parareligieuse, pseudo-religieuse, occultiste ou spirite. Il faut mentionner aussi d’autres fruits qui l’accompagnent, comme de bizarres changements de personnalité, la confusion et la désorientation, l’angoisse et le chaos, des signes mystérieux et des blessures sur le corps. De quel esprit cela vient-il ? Sûrement pas du bon, même si cela était fait par les mains de Cosmites existant réellement.

Karla Turner, en examinant les enlèvements par les OVNI, pour comprendre le vécu de l’enlèvement qui la concernait elle-même et sa famille, a remarqué que dans le groupe de vingt-et-un enlevés : seize ont rapporté l’augmentation des capacités parapsychiques ; seize, des bruits non expliqués chez eux (par exemple, le bruit de pas sur le toit) ; seize, des troubles d’électricité non expliqués (par exemple, les postes de télé ou la lumière s’allumant mystérieusement) ; seize, l’apparition, au cours de la nuit, d’étranges cicatrices sur leurs corps (comme des traces de piqûres, des bleus et des traces de griffes) ; douze ont rapporté des phénomènes de type poltergeist (par exemple, à la maison, des objets apparaissent et disparaissent de façon inexplicable). Elle a remarqué aussi que les vingt-et-un enlevés ont tous parlé de voix mystérieuses, qu’ils entendaient (et qui, souvent, les appelaient par leur nom), et de sons (tels que bourdonnements et sifflements). La plupart de ces événements rapportés font pleinement partie de la catégorie des phénomènes parapsychiques.

Il faut rappeler aussi que les recherches sociologiques (et celles du psychiatre de Harvard, le Dr J. Mack) n’ont pas confirmé l’hypothèse selon laquelle les personnes qui croient aux OVNI sont avant tout des individus malades, malheureux, ayant tendance à penser en termes simplistes, marginaux, rejetant la société ou soulignant leur aliénation par des idées extravagantes affichées. Par contre, fut confirmée l’hypothèse que les personnes croyant aux OVNI s’intéressent en même temps aux autres réalités alternatives telles que l’astrologie ou, plus généralement, l’occultisme. Ces personnes aussi ont plus souvent affirmé avoir vu un OVNI de leurs propres yeux, et étaient plus portées à croire vraies des informations diffusées par les médias à ce sujet. Elles étaient aussi plus sceptiques vis-à-vis de l’incrédulité des autorités face à la réalité de l’OVNI. On a démontré aussi que les personnes maltraitées dans l’enfance et, pour cette raison, prédisposées à une dissociation psychique, ont une tendance plus forte à reconnaître la réalité de l’OVNI. […]

4.Brève présentation du mouvement raëlien

Historique

Claude Vorilhon est né en 1946, avant de devenir Raël, il veut chanter tout comme son idole : Jacques Brel. Après un succès mitigé, il s’investit dans son autre passion : le sport automobile, il devient journaliste sportif et crée sa propre revue dont la santé financière ne résiste pas au choc pétrolier de 1973.

A cette, même date, il aurait rencontré, au sommet d’un volcan du Puy de Dôme, des extraterrestres, les Élohim, venus de leur lointaine galaxie pour lui porter un message. Afin de lui révéler La Vérité, ils l’emmènent sur leur planète. C’est là qu’il apprend qu’il n’est pas un homme ordinaire car, si sa mère est terrienne, son père est un Élohim, plus précisément le président du Conseil des Éternels, « Iahvé ». Il est également le demi-frère de Jésus, Bouddha et Mahomet. Son véritable nom est Raël, « le messager », nouvel ambassadeur des Élohim sur Terre, son rôle est de diffuser leur message afin de préparer leur arrivée.

Le mouvement Raëlien se présente comme une religion sans dieu ; la création, les miracles et les événements de la Bible peuvent tous être expliqués de manière scientifique. Les Élohim au sommet de l’évolution technologique et scientifique ont découvert le secret de la vie éternelle et du bonheur, un monde sans guerre et sans violence, lieu d’éternel plaisir où le travail est assuré par des robots biologiques. Il y a 25 000 ans, ils ont créé l’espèce humaine en laboratoire grâce à la génétique. Progressant sur le chemin de la connaissance, les humains ont peu à peu découvert les techniques de leurs créateurs mais ils en font mauvais usage, notamment la bombe atomique, utilisée pour la première fois en 1945.

Cette date marque le début de l’âge de l’Apocalypse, qui pourrait conduire l’humanité à s’autodétruire au cours d’une guerre nucléaire. D’où la décision prise par les Élohim de faire venir sur Terre le dernier prophète, Raël, né en 1946, an I AH (après Hiroshima) du calendrier raëlien :

 D’un jour à l’autre l’homme peut s’autodétruire. Seuls seront sauvés de la destruction ceux qui suivent le dernier des prophètes . (Les extraterrestres m’ont emmené sur leur planète, Raël, édité par la Fondation raëlienne 1986 p. 145).

Doctrine

La doctrine raëlienne s’organise autour de la notion d’éternité, qui caractérise le stade ultime de l’évolution. De celle-ci découle l’organisation de la société, le type de gouvernement, le statut des individus. Mais elle est surtout la justification du clonage prôné par Raël.

En vérité, tous ceux qui ne souhaitent pas vivre éternellement et qui sont apparemment en bonne santé (et ils ne doivent pas être nombreux) devraient être soignés pour dépression… […]  (Oui au clonage humain, édité par la Fondation raëlienne, 2001, p. 48-49)

Il paraît important de noter que le système, qui va être décrit, existe déjà selon Raël sur la planète des Élohim et que cette organisation de la société est destinée à s’appliquer concrètement sur Terre dans le futur.

Vie sociale et politique

Le modèle social proposé par Raël n’est à aucun point de vue égalitariste, il propose une véritable hiérarchisation des individus. Selon Raël, et contrairement aux droits de l’Homme, tous les individus ne sont pas « égaux en droit » ; la société est dirigée par une élite peu nombreuse, les Éternels, qui choisissent par cooptation ceux qui les rejoindront pour régenter la vie des « mortels » : « Tu n’hésiteras pas un seul instant entre les lois humaines et celles des créateurs, car même les juges humains seront jugés un jour par nos créateurs ». (Les extraterrestres m’ont emmené sur leur planète, p. 128)

 Car un jour, très prochainement, nous allons pouvoir devenir éternels. […] Et nous devrons, tout comme les Élohim le font avec leur propre population, sélectionner ceux qui le méritent. […] Un jury, chargé d’un jugement dernier devra décider qui mérite d’être immortel et qui doit disparaître […] Il se peut que la population mortelle ait des sursauts de révolte et de révolution. Il se peut donc […] que la vie des Éternels sur la terre devienne dangereuse et qu’ils doivent s’exiler sur une planète proche et en faire en quelque sorte la planète des Éternels Humains. […] Après avoir organisé la société sur terre pour qu’elle n’ait plus jamais accès aux technologies les plus avancées beaucoup trop dangereuses entre les mains d’êtres pas assez avancés spirituellement, ils partiront pour une planète voisine, d’où ils gouverneront la Terre tout en sélectionnant ceux qui méritent d’accéder à la vie éternelle.  (Oui au clonage humain, p. 124 -126)

Le système politique envisagé par Raël, la géniocratie, est tout autant élitiste et antidémocratique. Il s’agit d’un système de gouvernement mondial dirigé par les génies : Seuls les gens dont le niveau d’intelligence à l’état brut est supérieur de 50 % à la moyenne doivent être éligibles et seuls ceux dont le niveau d’intelligence est supérieur de 10 % à la moyenne peuvent être électeurs.

Ce type de gouvernement s’oppose au système démocratique actuel qui est qualifié par Raël de « médiocratie » car ce sont  les gens qui ont une intelligence moyenne, donc médiocre, qui vont faire la décision lors du scrutin .

Le clonage et l’intégrité physique de l’individu

Grâce à la technologie génétique et informatique, les individus pourront, dans le futur selon Raël, télécharger le contenu de leur cerveau dans des ordinateurs. Ils vivront une vie virtuelle et pourront, à l’occasion, réintégrer pour une durée déterminée un corps, conçu à vitesse accélérée, grâce au clonage d’ADN. Le corps physique acquiert donc une valeur insignifiante. Cela entraîne certaines interrogations. Que représenteront alors les « atteintes physiques » faites aux individus ? Le corps n’est-il pas destiné à devenir un simple « outil biologique » utilisable à merci ? L’interrogation persiste quand on se penche sur la vision futuriste de Raël concernant les « robots biologiques » :

Les robots biologiques, (… ), sont composés de matière vivante (… ). En quelque sorte des êtres ressemblant aux êtres humains, mais qui n’auront pas ce qui fait des humains des humains, à savoir : la conscience, l’auto-programmabilité et la capacité de se reproduire. Sans la conscience, l’auto-programmabilité et la capacité de se reproduire, il n’y a aucun problème éthique à créer de tels nouveaux esclaves. […] Ils doivent être totalement soumis à leurs maîtres (… ) Il suffira de lui fournir un endroit pour dormir et de la nourriture comme à n’importe quel animal de compagnie.  (Oui au clonage humain, p. 104 -106)

Un autre aspect du concept de « corps-objet » est toujours observable dans le fait que plusieurs dizaines d’adeptes féminines du mouvement se sont portées volontaires pour être les mères porteuses du premier clone humain créé par Clonaid.

Enfin, la science (et en particulier la génétique) sert de prétexte à la mise en place d’une certaine forme d’eugénisme : « La criminalité sera également presque totalement éliminée. Tout d’abord grâce à un dépistage génétique de tous les défauts pouvant entraîner des comportements violents et anti-sociaux. Il est criminel de laisser naître des enfants qui vont souffrir toute leur vie alors que l’on sait faire en sorte que seuls des enfants génétiquement sains soient conçus. […] La mise au monde d’enfants porteurs de tares génétiques ne devrait-elle pas être elle aussi interdite comme crime contre l’humanité quand on sait l’empêcher. » (Oui au clonage humain, p. 79, 56, 59)

Vie des adeptes

À l’heure actuelle, l’utopie raëlienne n’étant pas réalisée, les adeptes sont bien obligés de travailler pour assurer leur subsistance. Si leur vie future leur promet « un revenu minimum de subsistance », pour l’heure, ce sont les adeptes qui financent le mouvement en versant 10 % de leur salaire annuel, auquel il faut ajouter le coût des différents stages et conférences. En cas de problèmes financiers temporaires, des arrangements sont prévus.

Les adeptes ne vivent pas en communauté mais se regroupent régulièrement à travers le monde lors de stages, notamment les stages d’éveil qui initient à la « méditation sensuelle », technique « d’harmonisation » permettant de communiquer avec les Élohim par l’éveil de tous les sens.

La sexualité joue donc un rôle essentiel au sein du mouvement, aussi bien entre les adeptes, que dans les relations du leader avec les femmes. Il a d’ailleurs créé un ordre, « les anges », jeunes femmes distinguées par un collier avec une ou plusieurs plumes d’anges et qui sont entièrement dévouées à Raël.

La place des enfants : intégrité physique et intellectuelle

Cette vision libérale de la sexualité est à mettre en question quand on aborde la question de la place des enfants au sein du mouvement raëlien. Au regard des différents textes et des affaires judiciaires relatives aux abus sexuels sur mineurs, il est légitime de s’interroger.

Selon Hayat El Mountacir (Les enfants des sectes, Fayard, 1994) des tentatives de théorisation de la pédophilie reviennent de façon itérative dans les différents écrits » de Raël :  Il faut donc supprimer les lois faisant automatiquement un détournement de mineurs d’un rapport sexuel entre un individu de plus de 18 ans et un individu de moins de 18 ans ». « Tu éveilleras l’esprit de ton enfant, mais tu éveilleras aussi son corps, car l’éveil du corps va de pair avec l’éveil de l’esprit […]. Ne rien dire à ses enfants au sujet du sexe, c’est mal, leur expliquer à quoi ça sert, c’est mieux mais ce n’est pas encore suffisant : il faut leur expliquer comment ils peuvent s’en servir pour en retirer du plaisir  (Les extra terrestres m’ont emmené sur leur planète)

L’initiation sexuelle devrait se faire aussi bien par les parents que par des éducateurs (ou des guides raëliens). Comment saisir cette initiation des enfants par les parents autrement que dans un cadre incestueux , interroge H. El Mountacir.

Le problème de l’intégrité physique et intellectuelle des enfants doit également être examiné lorsqu’on aborde les thèmes de l’éducation des enfants, du développement du libre arbitre et de l’accès à la connaissance:  Les écoles et les universités deviennent, elles aussi, totalement inutiles car les enfants peuvent soit être éduqués par l’informatique et la réalité virtuelle en bénéficiant des cours des meilleurs professeurs du monde, soit recevoir des implants électroniques qui leur communiquent les connaissances dont ils ont besoin. Le nombre d’enfants de cette société future sera d’ailleurs très limité car les individus auront un choix à faire entre devenir éternels ou avoir un enfant, ceci pour éviter la surpopulation. » « Le fait d’être obligé de choisir entre le droit à l’éternité et le fait d’avoir un enfant fera qu’il n’y aura probablement que très peu d’enfants, ce qui aidera encore les gens à se séparer sans problème pour vivre constamment de nouveaux plaisirs avec de nouvelles personnes  (Oui au clonage humain, p. 78, 142)

Cette nouvelle approche du thème de l’enfance, qui apparaît dans « Oui au clonage humain » est peut-être à rapprocher des démêlés judiciaires du Mouvement et de l’implication de certains adeptes dans des affaires de pédophilie et d’abus sexuels sur mineurs qui, nous l’avons vu, semblent trouver une justification dans les textes relatifs à la méditation sensuelle.

Raël promet à ses adeptes une vie future entièrement vouée aux plaisirs :  Chaque journée sera une nouvelle succession de plaisirs ininterrompus. (Oui au clonage humain, p. 142)

Apparemment le messager a, pour sa part, grâce à la générosité de ses adeptes, appliqué ses préceptes dans sa vie terrestre : « Les autres seront préservés et emmenés avec le guide des guides sur la planète des Éternels où ils jouiront d’une vie merveilleuse d’épanouissement et de plaisirs. Ils seront servis par de magnifiques athlètes aux corps sculpturaux (… ) en compagnie d’hommes et de femmes d’une beauté et d’un charme sans pareil et entièrement soumis à leurs désirs. » (Les extra terrestres m’ont emmené sur leur planète, p. 146) « […] De magnifiques jeunes filles seront la récompense de leur foi ». Dans les faits, des dizaines « d’anges », des jeunes filles distinguées par une plume portée en collier, prêtes à satisfaire leur prophète

« Nous avons un genre de courses automobiles atomiques qui vous passionnerait. » (Le livre qui dit la vérité, p 147) confie par ailleurs un Élohim à Raël. Le mouvement raëlien a créé une filiale, la Raël Racing Team, une écurie de course financée par les dons des adeptes, permettant à Raël de vivre sa passion et de courir sur les grands circuits automobiles du monde. « Plus personne n’ayant besoin de travailler, l’argent tel que nous le connaissons actuellement disparaît forcément et fait place à un crédit mensuel, dont les gens disposent pour s’offrir ce qu’ils souhaitent. » (Oui au clonage humain, p. 76). Raël dispose de suffisamment d’argent sans, dit-il, posséder un quelconque compte en banque, ni, semble-t-il, avoir besoin de travailler pour gagner sa vie.

Pour finir

Le rapport 2001 de la Miviludes souligne :Sur son site interne, Raël réagit en insistant sur les dangers du monothéisme qui, selon lui, pousse au fanatisme et [le danger] de l’éducation religieuse qui fait des enfants des terroristes de demain. […] L’ardent défenseur de la religion athée propose de remplacer le monothéisme par la science qui devrait devenir notre seule religion.

Mais dans ce cas, comment qualifier ce qu’on peut lire dans la revue interne du mouvement (Apocalypse International, n° 101) Mourir pour les Élohim est ce qu’il y a de plus beau sur cette planète, c’est la clé du jardin d’Allah ou de la planète des Éternels […] II y a hélas peu de chances pour que l’on puisse en Europe mourir parce que l’on est Raëlien, je dis hélas car il n’est rien pour moi de plus beau.

Ce texte est extrait de la Revue Bulles (Bulletin de Liaison pour l’Étude des Sectes, n° 77, mars 2003, pp. 4-9). UNADFI

http://www.unadfi.org

Voir aussi de très nombreuses ressources sur le mouvement raëlien. La secte des clones invisibles. Vers l’orgasme cosmique par la méditation sensuelle… :

http://www.prevensectes.com/rael.htm#divers

Et encore sur le mouvement raëlien :

http ://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_raëlien

Au Mans habite Princess Loona, un des «Anges de Raël», alias Elsa Cabello, kinésithérapeute 245 Av. de la Libération…

Sur l’historique des sectes ufologiques, voir : Cyril Le Tallec, Les sectes ufologiques 1950-1980, Édition L’Harmattan (2005)

Chapitre 1 : « Accueillir les extraterrestres ». De très médiatiques précurseurs : George Adamski et ses groupes internationaux — Le Centre d’études fraternité cosmique — L’Association ontologie et mysticisme ciel-terre — L’Ordre de Melchisédec — Les débuts du Mouvement raëlien français — Aquarius et Iso Zen — Le Club ondes vives — La Fraternité internationale d’Isis et Jean Archaimbault — De Rampa aux Ummites — Jean-Claude Monet et les petits hommes bruns — Le « pape » Clément XV : évangéliser les « interplanétaires »— Le Grand-Druide et les extraterrestres

Chapitre 2 : L’espace comme toile de fond. Le docteur Lefébure face au virus extra-terrestre — L’ange de la planète Cyclamen — Une révélation « rünciste »— Vers une société « éthérée » — Le Bâal-Contrat

Chapitre 3 : Les groupes d’études. L’ufologie : une science nouvelle ? — — Les pionniers de la Société fortéenne — GEOS, GEPA, CEREIC… l’imbroglio français — « Lumières dans la nuit » — Vers une Fédération française d’ufologie — De « Kruptos » au Pèlerin de Paris — Les « petits gris » de l’IMSA

Chapitre 4 : Hors de l’Hexagone. En Angleterre : de Viewpoint Aquarius à Findhorn — La Californie : un vaste champ d’expérimentation — De Géorgie en Oregon

***

La problématique ufologiste a encore de beaux jours devant elle ; le meilleur reste sans doute à venir. Il semblerait que tout soit fait pour nous abstraire de l’« ici et maintenant », si important dans le christianisme ; et aussi pour nous aider à oublier de poser notre regard sur notre prochain, et sur la grande valeur de l’homme, sommet de la création divine, de sorte à nous brancher sur des chimères qui n’existent pas.

En ce sens, on peut souligner le rapprochement à faire entre l’idéologie ufologiste et l’idéologie montante du transhumanisme, qui, Dieu voulant, fera l’objet d’un exposé dans un autre cycle. Dépasser l’homme, tel est le projet du transhumanisme : franchir les limites de l’homme, son corps, son intelligence, puis sa pensée, sa morale, sa religion… Mais le véritable homme « augmenté », n’est-ce pas celui qui a la foi au Christ ressuscité ?

P. Dominique Auzenet

pncds72

février 2016

Depuis ce travail, il faut noter la parution du livre de Jacques Arnould, Turbulences dans l’univers. Dieu, les extraterrestres et nous. Albin Michel, 2017

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