Le Centre de gravité professionnel

Ouverture

Dans notre époque souvent difficile sur le plan économique, les jeunes comme les adultes cherchent leur place, tant dans la société que dans l’entreprise.

Pour les jeunes, il s’agit de choisir un cursus d’études supérieures qui sera une porte d’entrée dans la vie active. Ce choix doit correspondre le mieux possible aux potentiels, aux compétences et aux aspirations de chacun.

Pour les adultes en reconversion, il s’agit d’abord de réaliser un bilan des expériences professionnelles antérieures avant de construire un nouveau projet, en continuité ou en rupture.

C’est dire si l’enjeu du travail du consultant en orientation est important! Quant aux candidats à l’orientation, ils doivent faire leur choix dans une offre un peu opaque où le meilleur côtoie l’approximatif.

Il nous a semblé utile d’apporter des critères de discernement sur une de ces méthodes en particulier. En effet, l’analyse du Centre de Gravité Professionnel (CGP) séduit de nombreuses personnes, dans le milieu chrétien notamment.

Notre objectif est d’éveiller à quelques questions fondamentales afin que chacun puisse mener sa propre réflexion et faire un choix éclairé sur la méthode et le professionnel avec lequel il discutera de ses projets d’avenir.

Le document que vous avez sous les yeux ne prétend pas proposer une analyse exhaustive de la méthode CGP, ni de la biographie de son concepteur. A plusieurs, nous avons tenté de mettre en évidence certains points, à la lumière des contenus disponibles sur internet et à la lecture de deux livres de la méthode CGP : La personnalité professionnelle, Tome I et II (édition de l’Harmattan).

Bien évidemment, le lecteur reste libre d’avoir un point de vue différent de celui que nous proposons.

NB : Cet e-book est le fruit d’un travail de recherche collectif. Il a été mené par des personnes qui aiment réfléchir et questionner les idées qui sont dans l’air du temps. Leur désir est de partager leurs interrogations afin de permettre à chacun de se forger sa propre idée.

Robert Jourda, l’inventeur

L’inventeur du concept de Centre de Gravité Professionnel et fondateur de l’Institut de la Vocation (Lyon), Robert Jourda, est peu bavard sur sa formation : il revendique une formation commerciale supérieure, trois ans de fac de psycho, une psychanalyse et de nombreuses intuitions personnelles. Il ne donne dans la littérature accessible aucune indication sur les fondements de sa méthode. Cette méthode est largement expliquée dans ses ouvrages sur la personnalité professionnelle.

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=auteurs&obj=artiste&no=8714

On pourra écouter sa conférence sur youtube intitulée « homo creator« . Il y raconte la genèse du concept d’homo creator, homme créateur, qui serait pour lui le dernier stade de l’évolution humaine, compromis entre les forces naturelles et notre désir de faire des choses à notre manière.

Jourda est actuellement président du Rassemblement des Astrologues Occidentaux, dont le but est de « donner une déontologie à l’art de l’astrologie ».

Le rassemblement des astrologues occidentaux a organisé en 2016 un colloque intitulé : «Comment trouver sa vocation grâce à l’astrologie ? », thème qui rejoint directement les préoccupations de R. Jourda.

On trouve aussi un livre écrit par lui sur le « le thème astral de Jésus ».

Sur le site du Rassemblement des astrologues occidentaux, nous trouvons plusieurs articles de Robert Jourda traitant de l’astrologie en lien avec d’autres thèmes.

http://www.astrologie-rao.com/revue-3711/rechercher-un-article/

Nous lisons dans un article intitulé « La Causalité astrale » :

« Je soutiens qu'il y une causalité astrale qui régit la vie humaine. »

« Tout le monde est d'accord pour constater que l'homme a, de tout temps, projeté dans le ciel tout ce qui naissait dans son psychisme. Est-ce à dire que les attributs astrologiques de Saturne sont de l'arbitraire total ? Non bien sûr. Ils sont au contraire particulièrement pertinents. Ce ne sont pas des concepts qui sont passés par la tête des hommes, comme ça par hasard, ce sont à proprement parler des propriétés de la planète qui ont été constatées sous la forme d'états et de comportements humains.

Quand Ptolémée écrit que Saturne "fait ceux qui ont un grand soin de leur personne, qui sont graves, pensent profondément, qui sont tristes, solitaires, laborieux, impérieux, (...)", il affirme ce que lui et ses prédécesseurs ont observé. Il ne dit pas que Saturne donne l'image de, il dit que Saturne fait. Les planètes ne sont pas des symboles, elles n'ont aucun pouvoir de représentation abstraite des propriétés qu'on leur attribue, elles sont des énergies fonctionnelles en action et en interaction, entre elles, et en direction de la Terre. »

« Pratiquer l'astrologie, ce n'est pas appliquer et combiner une série de règles qui énoncent des causes célestes qui produisent des effets terrestres, c'est établir une correspondance, au moyen de symboles et par le raisonnement analogique, entre une situation céleste d'une part et une situation terrestre d'autre part. La carte du ciel que l'on dresse ne décrit pas le système causal de, par exemple, la personnalité de quelqu'un, elle donne une image de cette personnalité. Par exemple, votre Neptune de naissance révèle que le déterminisme terrestre a fait de vous quelqu'un d'un peu brouillon. »

Plus loin, nous avons encore cette analyse :

« Que les astres lointains et même le cosmos le plus reculé (les portions de ciel du zodiaque) exercent une action sur notre être et ses manifestations, je sais que c'est inouï et qu'aucune radiation/onde/vibration n'est décelable et a fortiori mesurable, mais les effets de cette cause sont parfaitement identifiables et nous les identifions depuis des milliers d'années : quand va- t-on cesser de refuser d'analyser ces observations sous prétexte que leur cause est inouïe ? »

Commentaire :

Nous émettons une première réserve pour une démarche qui ne se place pas une dans une lignée issue des sciences humaines validées. Dans sa conférence sur « l’homo creator », Robert Jourda plaide pour le syncrétisme de sa démarche, il a compilé de nombreux ouvrages et a inventé son propre chemin.

Chez Jourda, « la personnalité professionnelle est le type de de contribution que l’individu porte en lui de manière innée » (Tome I, p. 43), il y a là comme une sorte de déterminisme qui est présent dès la naissance. Ce postulat est cohérent avec le discours qu’il tient dans ses réflexions astrologiques.

Nous pensons qu’il est difficile de vouloir distinguer une méthode ou une œuvre de son fondateur. Or, le fondateur de CGP pose question.

Ci-dessous, représentation du thème astral d’une personne

L’institut de la vocation

«Vocation et personnalité professionnelle sont une seule et même chose, l’actualisation sur le plan socio-professionnel de la pulsion de transformation du monde extérieur » (Tome I p. 43)

Les praticiens en CGP sont formés au sein de « l’Institut de la Vocation » basé à Lyon.

La formation comprend 2 sessions de 2 jours, soit 4 jours au total.

Un logiciel acheté 2500 € auprès de l’institut de formation permet de calculer automatiquement les résultats du questionnaire et d’éditer le texte d’analyse standard du type de Personnalité Professionnelle correspondante.

Les chapitres suivants sont une analyse de la présentation du CGP à partir des informations présentes sur le site de l’Institut de la vocation en janvier 2017.

Les énergies fonctionnelles

Le principe à la base de cette approche stipule qu’en situation de travail chaque individu est animé par une « pulsion de transformation du monde ». Pour transformer le monde, quatre énergies seraient à l’œuvre, présentes à des degrés divers en chacun de nous. (Site internet)

Voici ce que dit le site internet de l’institut de la vocation :

« Qu’est-ce qu’une énergie fonctionnelle ?

Le mot "énergie" se réfère au constituant fondamental de la matière sous toutes ses formes et le mot "fonctionnelle" évoque la différenciation que peut revêtir une énergie (par exemple pour l’électricité : énergie calorique, énergique magnétique, énergie cinétique). En Analyse CGP, ces différenciations concernent et l’énergie d’expression de soi, et l’énergie de transformation du monde qui est le constituant fondamental de la personnalité professionnelle.

Il y a quatre différenciations. Elles ont été nommées respectivement : Fantasme, Règle, Pensée et Milieu.

L’énergie fonctionnelle "Fantasme" est, en termes simplifiés, le besoin de libre-expression-de-soi.

Elle est appariée à l’énergie fonctionnelle "Règle" qui se définit, toujours en termes simplifiés, comme le sens des lois qui gouvernent la Nature et la Société. Ces deux énergies agissent en opposition. Il est convenu de les représenter sur un axe vertical (axe des ordonnées).

Sur un axe horizontal, croisant le précédent, (axe des abscisses) on fait figurer d’une part l’énergie fonctionnelle "Pensée" qui se définit comme la capacité/besoin d’analyser rationnellement le monde.

À l’opposé et en opposition de force, on place l’énergie fonctionnelle "Milieu", abréviation de « Adaptation au Milieu », qui se définit comme le besoin-capacité d’adaptation instinctuelle aux réalités.»

Commentaire :

Les énergies sont présentées sous forme d’un graphique, ce qui donne à la personnalité professionnelle une apparence mathématique, c’est-à-dire une apparence d’évidence, d’objectivité, mais on ne sait pas d’où viennent ces quatre composants, ni comment la représentation a été mise en place.

Le postulat des énergies fonctionnelles ne fait aucune référence à une théorie reconnue des sciences humaines. Or c’est à partir de ces différents types d’énergie que l’analyse CGP prétend classer les personnalités et orienter les choix d’études et de carrière.

La notion d’énergie comme constituant de la matière qui aurait une influence sur les êtres et les choses se retrouve dans les pratiques de la famille du magnétisme.

Le centre de gravité

Les énergies sont reliées à des « pulsions », elles-mêmes mises en lien avec des catégories « d’intelligence ».

Le terme « pulsion » est utilisé ici sans que l’on sache précisément ce qu’il recouvre. Or, selon le Larousse, il s’agit d’une « force à la limite de l’organique et du psychique qui pousse le sujet à accomplir une action dans le but de résoudre une tension venant de l’organisme. » Ce terme fait son apparition avec la psychanalyse de Freud.

Ici, la pulsion est reliée avec l’intelligence, selon le Larousse, la « qualité de quelqu’un qui manifeste dans un domaine donné un souci de comprendre, de réfléchir, de connaitre et

qui adapte facilement son comportement à ces finalités. »

Le couplage de R. Jourda entre la pulsion où le libre-arbitre est absent d’une part, et l’intelligence, où la personne agit ses liens personnels pour trouver des solutions d’autre part, rend la démonstration du fondement de CGP encore plus opaque.

Voici le descriptif en ligne :

« Les lettres-codes des quatre énergies sont : F R P M.

A partir de ces 4 sortes d’énergie, Robert JOURDA, fondateur de l'Institut de la vocation et inventeur de l'outil CGP, a répertorié quatre pulsions de nature différentes :

• Le Fantasme lié à l'intelligence émotionnelle

• La Règle liée à l'intelligence normative

• La Pensée liée à l'intelligence rationnelle

• Le Milieu lié à l'intelligence instinctuelle



Selon lui, ces pulsions agissent en proportion variable chez tout individu immergé dans un contexte socio-professionnel. Un centre de gravité est le point sur lequel un corps se tient en équilibre dans toutes ses positions. Le point d'équilibre de ces forces est identifiable et représentable graphiquement. On dit, en raccourci, que c’est le CGP de la personne et que ce CGP définit sa personnalité professionnelle et met en évidence le lien qui existe entre personnalité et activité professionnelle.

Le Test CGP est un indicateur typologique. Les types de personnalité professionnelle sont fixés à l’avance : une personne appartient nécessairement à tel type à l’exclusion (relative) de tous les autres. Le Test n’a pas besoin de beaucoup de questions pour déceler cette appartenance à un type. A la performance technique - une identification claire et précise, et uniquement sur le terrain de la compétence au travail - l’Analyse CGP allie la rapidité d’exécution. »

Commentaire :

Les promesses du CGP sont de l’ordre d’une identification d’un type de personnalité signant pour un individu donné l’appartenance à une catégorie déterminée (on en compte 321, chiffre avancé lorsqu’on objecte que l’être humain ne peut se résoudre à des catégories). Il est même prévu une typologie pour ceux qui détestent les tests ! On rencontre 5 cas identifiés d’indétermination totale, c’est-à-dire de gens pour lesquels « la conscience de ce pourquoi on est fait n’a pas pu se faire, et le test CGP les détecte impitoyablement » (tome II,p. 49). Que faire pour le jeune dans ce cas-là ? Pourquoi ce côté impitoyable du test ? L ’indétermination serait-elle un dysfonctionnement à traquer ?

Il n’est pas évoqué le fait que la personnalité d’un individu puisse évoluer tout au long de la sa vie, l’appartenance à un type donné semble non seulement fixée par avance mais définitif. Cela contredit le simple bon sens qui veut que les expériences nous permettent d’évoluer en termes de centres d’intérêts, de compétences, de manière d’agir.

Serions-nous donc prédéterminés dès l’adolescence, voire dès la naissance ? Notre façon d’être et de faire est-elle similaire à 15 ans et à 45 ?

Cette personnalité, issue du centre de gravité trouvé sur le diagramme, est donnée, il convient de la faire émerger si elle a été enfouie : « l’important est de comprendre pourquoi l’accompagnement parental a pu permettre le développement d’une personnalité professionnelle tout en en empêchant la conscience claire » (tome II p. 51). C’est le rôle de l’analyste CGP, qui seul a la clé du diagramme. Il devient même un « parent de substitution ».

Comment admettre que l’analyste CGP puisse être le seul à savoir quelle est notre personnalité professionnelle ?

La personnalité professionnelle

Poursuivons avec la présentation du test que nous trouvons sur le site internet de l’Institut de la vocation :

« Le Test CGP est un questionnaire à choix multiple, très court puisqu’il ne comporte que 14 questions. Il fonctionne comme indicateur du type de « personnalité professionnelle » auquel appartient l’analysé. Les types de personnalités sont donc définis à l’avance et font l’objet d’un descriptif standard accessible grâce à l’acquisition du Logiciel CGP Test.

Ce logiciel CGP Test qui contient toutes les analyses standard édite pour chacune un descriptif de deux à quatre pages. Chaque descriptif évoque des types de "métiers" à titre d’exemple de ce qui convient à la personne, mais toute fonction professionnelle, quelles que soient ses exigences spécifiques, peut être déclarée appropriée à une personnalité professionnelle donnée.

Combien de personnalités différentes ?

Derrière la notion ancestrale de vocation, se profile le concept de personnalité professionnelle développé par Robert Jourda : « Elle confère de façon singulière à chaque individu une capacité de réponse aux exigences spécifiques d’une activité productive déterminée » »

Le type de base et les variantes

« L’analyse CGP décrit cette tendance caractéristique que chacun de nous manifeste dans sa façon d’assumer les tâches, les fonctions, les responsabilités professionnelles. Elle affirme que chaque être humain a un comportement professionnel naturel qui s’inscrit dans une typologie des comportements. Lorsque cet être humain a la chance d’exercer le type de tâche/fonction/responsabilité pour lequel il est fait, il a toutes les chances de se sentir à la fois heureux et compétent. »

« Le CGP distingue 9 types de base : le concepteur, le créatif, l’animateur, le créateur, le réalisateur, le service public, le maître et technicien, le méthodologiste, le polyvalent.

À partir de ces neuf types, il dresse une typologie de 61 personnalités professionnelles différentes (151 avec les variantes).

Les noms de toutes ces personnalités professionnelles ont été puisés dans le vocabulaire professionnel ou courant. Ils sont à prendre pour leur valeur d’image et non comme une qualification professionnelle. Exemples : Animateur entraîneur, Réviseur, Réparateur avisé, Entrepreneur modéré, Créatif inspiré, Artisan pratique… »

Commentaire :

D’où viennent les types de personnalités définis par Robert Jourda ?

Quels fondements théoriques issus des sciences humaines universitaires permettent d’aboutir à cette classification ? A-t-elle fait l’objet d’une validation scientifique ? Peut-elle être partagée avec d’autres disciplines reconnues ?

Quelle différence le consultant fait-il entre la personnalité professionnelle et la personnalité ? Pourquoi cette dissociation de l’individu ?

Comment une méthode d’analyse d’un profil professionnel peut-elle certifier qu’une personne se sentira heureuse et compétente dans son métier ?

 

Le test CGP

Le test comprend 14 questions, nous les reproduisons ici.

1/ Vous êtes dans une grande entreprise. Dans laquelle de ces quatre équipes souhaiteriez-vous travailler ?
A – M L’équipe qui présente les produits dans toutes les foires internationales
B – F L’équipe qui cherche des produits nouveaux par la créativité
C – P L’équipe qui met au point une méthode de direction par objectifs
D – R L’équipe qui teste les produits en vue d’obtenir une norme de qualité

2/ Vous êtes avec d’autres personnes dans une association sans but lucratif, que préférez-vous faire ?
A – P Rédiger les statuts et les définitions de fonction
B – R Présider le conseil d’administration
C – M Faire rentrer les cotisations et obtenir les subventions promises
D – F Organiser une grande réception des membres et de personnalités

3/ Quelle profession choisiriez-vous si vous n’aviez qu’une des quatre suivantes à choisir ?
A – F Poète
B – R Juge
C – M Représentant
D – P Mathématicien

4/ Vous faites partie du conseil municipal et vous devez opter pour l’une des quatre commissions suivantes. Laquelle choisissez-vous ?
A – P Commission « Plan d’urbanisme à long terme »
B – R Commission « Problèmes de délinquance »
C – F Commission des Fêtes
D – M Commission « Développement des zones industrielles »

5/ Vous devez faire une thèse sur l’un des quatre sujets suivants. Lequel choisissez-vous ?
A – M+R L’univers hospitalier
B – M+F Les coopératives ouvrières
C – P+F Le couple demain
D – P+R La famille, en milieu rural

6/ Quelle profession choisiriez-vous si vous n’aviez qu’une des quatre suivantes à choisir ?
A – M+F Reporter international
B – F+P Membre d’un bureau d’études
C – P+R Conservateur des monuments historique
D – M+R Directeur de la Maison des Jeunes et de la Culture

7/ Laquelle de ces quatre exclamations pourraient être une de vos réactions ?
A – R Faut pas exagérer
B – P À y bien réfléchir
C – M Dis donc, ça paye
D – F Ça, c’est chouette

8/ Laquelle de ces affirmations correspond le mieux à vos sentiments profonds ?
A – M+R Il faut se regrouper pour protéger les acquis
B – F+P Il faut se rencontrer pour mettre en question les acquis
C – P+R Il faut se retrouver pour réfléchir sur les acquis
D – M+F Il faut se rassembler pour aller jusqu’au bout des conquêtes possibles

9/ Si vous deviez vous intéresser à de nouvelles formes de vie sociale, que préfériez-vous ?
A – F Les découvrir
B – M Les vivre
C – P Les théoriser
D – R Les confronter aux valeurs sociales

10/ Laquelle de ces quatre expressions a le plus de chance de venir dans votre conversation ?
A – F+P Euréka, j’ai trouvé.
B – P+R La sagesse populaire dit…
C – M+R Luttons !
D – M+F On les tient

11/ Vous êtes invité à une soirée costumée, quelle est votre réaction ?
A – F Terrible, chouette, on va rigoler.
B – R Je ne veux pas me prêter à ces mascarades.
C – P C’est un jeu tout à fait traditionnel qui ne fait que pousser à ses limites le comportement que l’on a dans toute soirée
D – M C’est un excellent moyen pour attirer du monde et rencontrer des gens

12/ On vous offre un tableau. Vous avez à choisir entre deux scènes héroïques : sur l’une on voit Gandhi, sur l’autre on voit Marco Polo. Quel tableau acceptez-vous ?
A – F+P Gandhi
B – M+R Marco Polo

13/ Qu’est-ce qui est le plus important pour vous dans la vie ?
A – F+P Organiser son plaisir
B – R+M Gérer ses biens

14/ Tout compte fait, quel est le vecteur principal de votre comportement ?
A – P La réflexion
B – R La morale
C – F Le bonheur
D – M La vie

Source : tome I, pp. 51-53

Commentaire

Quatorze questions pour définir une personnalité, cela parait très peu.

Comment les lycéens qui font ce test peuvent-ils se reconnaitre objectivement dans certains des items proposés dont les réponses font parfois appel à des connaissances ou des expériences qu’ils n’ont pas encore acquises ?

D’une manière générale, le questionnaire en sciences humaines est un outil à prendre avec précautions, car il permet toutes les approximations, tous les contournements, tous les sabotages conscients ou inconscients.

 

Les moyens et outils du diagnostic

Avant la passation du test,

l’entretien commence par un long échange avec la personne qui consulte : adulte en reconversion ou lycéen/étudiant, accompagné de ses parents.

En particulier, les questions qui touchent à la psychologie arrivent très rapidement dans cet entretien de type « histoire de vie ». De nombreux cas sont rapportés dans le tome II qui racontent la recherche du moment important où la personne pleure : « souvent des larmes viennent à tous les yeux » (tome II p. 57). L’analyste engage alors les parents à poser un « acte de réparation » (tome II p. 45).

Commentaire

Chercher à susciter un bouleversement émotionnel chez une ou plusieurs personnes, dans le cadre d’un bilan d’orientation, ressemble fort à une technique de déstabilisation. Les prérequis pour devenir consultant CGP ne mentionnent pas de diplômes ou certifications spécifiques en psychologie alors même que la méthode aborde directement cet aspect, et que la formation CGP proprement dite dure 4 jours.

Comment l’analyste CGP est-il formé à la psychologie, notamment des adolescents ? Comment sont gérés ces aspects psychologiques si le consultant n’est pas psychologue ? Certains parents ou jeunes ont rapporté que tout ce qui a été dit dans cet entretien a servi de matériau à l’exploitation du test, qui ensuite ne leur a rien apporté de plus.

Le rôle des parents

Jourda développe dans la partie concernant l’accompagnement des personnes des concepts psychologiques tels que « le dépôt d’angoisse », « le devoir d’héritage », « le rôle de la fratrie ».

Il établit en outre une typologie des parents qui amènent leur enfant. Ceux-ci sont bien souvent considérés comme ayant empêché l’émergence et l’épanouissement de la personnalité professionnelle de leur progéniture. Le consultant CGP peut se vivre alors comme le parent de transition qui permet de pallier cette déficience parentale.

Robert Jourda note : « la restitution des éventuelles défaillances de l’accompagnement parental est très délicate » (tome II p. 57)

Commentaire :

Les parents sont-ils au courant de ce tournant possible dans leur démarche d’orientation pour leur enfant. Dans le cas d’un entretien pour un adulte, qui endosse ce rôle d’empêcheur ? Le conjoint ?

Pour la deuxième partie de l’entretien, le jeune est mis sur un ordinateur et doit répondre seul aux 14 questions. Les réponses sont analysées automatiquement par un logiciel. Celui-ci produit un bilan écrit standard.

Comment cette typologie permet-elle de faire des choix d’études ou de métier ? Certains clients de CGP doivent ensuite se tourner vers une autre méthode et un autre interlocuteur pour être en mesure de poser des choix concrets.

Points d’attention

✓ La notion de vocation superposée à celle de la recherche professionnelle ne nous parait pas bénéfique même si, de prime abord, elle semble séduisante. La vocation est plus globale et immatérielle que l’activité professionnelle. Elle touche aussi à la vie spirituelle. Est-ce sur ce vocable qui introduit de la confusion que des chrétiens sont séduits par la méthode CGP ?

✓ Lorsque le praticien ne respecte pas la nécessaire distinction des plans, le projet de vie se retrouve mélangé aux questions de parcours et de personnalité, donnant une lecture globalisante de la personne et une valeur d’absolu à la démarche de recherche d’orientation.

✓ Le rôle des parents est envisagé sous un angle souvent culpabilisant pour eux et géré de manière incertaine ensuite.

✓ Cette démarche nous parait faire courir le risque que la liberté de choix et de décision soit fortement influencée par le côté absolu, exhaustif, de la typologie. La vie professionnelle est faite de changements et d’évolution, cela suppose de laisser le champ des possibles largement ouvert.

✓ CGP revendique la rapidité d’obtention d’une réponse à la question de l’orientation. Or, c’est un choix qui demande du temps, plusieurs années parfois. Il est important de garder la liberté de changer de chemin. Ce travail d’orientation d’un jeune peut aussi être l’objet d’une réflexion en famille, sur du long terme.

✓ Cet outil apparait non comme un outil d’accompagnement, mais comme une méthode pour découvrir une position figée par avance.

✓ Peut-être avons-nous à purifier notre désir d’une solution immédiate, presque magique, pour des sujets aussi fondamentaux.

 

Conclusion

Pour nous, l’analyse CGP soulève des interrogations sur :

◆ La personnalité du fondateur et ses références anthropologiques.

◆ Le soubassement théorique sans convergence revendiquée avec des données reconnues en sciences humaines, sans références d’évaluation scientifique objective.

◆ Les conditions de mise en œuvre qui paraissent sommaires : 14 questions et un bilan standard pré-rédigé par un logiciel.

◆ Des catégories de « personnalité professionnelle » peu utiles dans une recherche d’études supérieures et ou de métier. Soulignons également le coût de ce bilan qui peut s’avérer assez élevé (souvent plus de 300 euros).

Les adultes en cours de reconversion professionnelle sont-ils vraiment dans le bureau du consultant pour réfléchir au sens de leur vie dans tous ses aspects ? Ne risquent-ils pas une confusion avec une démarche de type psychothérapeutique voire un questionnement d’ordre spirituel ?

Nos jeunes, en recherche d’une formation supérieure ou d’un métier, ont-ils besoin d’une étiquette ? Ne seraient-ils pas plus aidés par la proposition d’un cadre de réflexion, ouvert, sur leurs potentiels et compétences ? La souplesse de ce cadre leur permettrait ensuite de puiser dans toutes leurs ressources afin de s’adapter tout au long de leur vie.

Pour finir, nous aimerions réaffirmer que la démarche de bilan d’orientation peut s’avérer nécessaire et être bénéfique.

Des chercheurs français et étrangers, issus des sciences humaines universitaires, ont conçu des méthodes qui ont fait l’objet d’études et d’évaluations sérieuses.

Ces approches ne travaillent pas sur la question de la personnalité mais abordent d’autres facteurs de réussite professionnelle : potentiels, caractéristiques cognitives, compétences…

Avant de vous lancer, il est donc utile de chercher la méthode et le consultant qui apportera les meilleures garanties pour votre projet d’orientation.

Pour télécharger l’e-book, se rendre à la page e-books

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *