Psychogénéalogie

Un véritable engouement

 La psychogénéalogie est une discipline en vogue. Elle bénéficie d’un véritable engouement depuis sa vulgarisation dans les années 80.

Sans doute peut-on parler d’un phénomène de société. En effet, les concepts sur lesquels s’appuie cette nouvelle approche sont très répandus si bien qu’ils semblent familiers à la plupart d’entre nous.

Nous les retrouvons sous différents formats :

et aussi

  • dans le langage courant
  • les conversations familières
  • dans une conception millénaire selon laquelle il y aurait une interdépendance pathologique entre les générations

Deux exemples parmi d’autres

La psychogénéalogie bénéficie en outre d’un important réseau de praticiens.

Qu’est-ce que la psychogénéalogie ?

« La psychogénéalogie est une théorie développée dans les années 1970 par Anne Ancelin Schützenberger selon laquelle les événements, traumatismes, secrets, conflits vécus par les ascendants d’une personne conditionneraient ses faiblesses, ses troubles psychologiques, ses maladies et ses comportements.

Pour élaborer cette théorie, Anne Ancelin Schützenberger s’est fondée sur ses propres observations, et sur des concepts issus de la psychanalyse, de la psychologie, de la psychothérapie et de la systémique.

La psychogénéalogie est une approche thérapeutique qui s’intéresse aux liens complexes qui se sont tissés dans notre famille. Elle observe la place que nous occupons dans notre famille, en se référant aux informations généalogiques, à la mémoire familiale et aux secrets de famille, afin de comprendre l’impact psychologique sur la descendance, d’événements douloureux qui se sont produits dans les générations précédentes.

L’analyse transgénérationnelle cherche à montrer qu’il existe une forme de reproduction inconsciente entre les générations. Prendre conscience de notre histoire permet de se déculpabiliser et de la transformer en une autre qui nous ressemble. » Source

Mieux connaître Anne Ancelin Schützengerger

Ainsi, la psychogénéalogie « consiste à travailler sur la transmission des traumatismes de génération en génération ».

 Le concept de syndrome des anniversaires désigne des coïncidences de dates et d’évènements traumatisants se répétant avec fidélité aux mêmes dates, d’une génération à l’autre.

La psychogénéalogie se présente comme une offre clés en mains pour comprendre comment les fautes, accidents ou événements marquants de tous ordres de nos ascendants conditionneraient notre existence au point de nous empêcher de vivre heureux et en bonne santé.

Elle est liée à la notion de secret de famille et postule qu’aucune famille n’y échappe. Le NON-DIT serait enfoui dans l’Inconscient et passerait de manière imperceptible d’une génération à une autre. Il provoquerait des loyautés invisibles.

Selon cette hypothèse, nous serions susceptibles d’être influencés de manière inconsciente par le comportement, les traits de caractère, les travers ou les problèmes de nos ancêtres au point de les reprendre à notre compte. Ces loyautés iraient donc de pair avec les schémas dits répétitifs : correspondances d’âges, de dates, d’événements, etc. entre les générations successives.

Pour en savoir plus :

« Le principe : découvrir les événements qui, chez nos aïeux, pourraient avoir une résonance avec nos propres problèmes. Mais comment un fait, heureux ou malheureux, du passé,  » caché  » qui plus est – par ignorance ou sous le poids d’un  » secret de famille  » –, peut-il avoir de telles conséquences quelques générations plus tard ? Quand il court sur deux ou trois générations, ce phénomène de répétition peut s’expliquer aisément : par une transmission orale directe, des comportements visibles ou des sous-entendus dont le sens peut être deviné intuitivement. Mais…»


La première étape de la démarche de psychogénéalogie consiste donc en une recherche de liens, plus ou moins alambiqués, entre les difficultés du patient et ses ancêtres. Il s’agit d’abord d’une étape de découverte et de « prise de conscience ».

Ces rapprochements étant faits, souvent par le thérapeute qui, de ce fait, peut induire consciemment ou non sa vision des choses, il faut mettre en œuvre une réparation du dysfonctionnement supposé.

La technique du psychodrame intervient alors. Il s’agit d’un jeu de rôle, d’une mise en scène incluant diverses personnes en recherche.

« Le participant est invité à jouer des scènes de sa vie passée, présente et future, en faisant appel à la mémoire du corps, explique Anne Ancelin. Les gestes sont ébauchés, mais on ne passe pas à l’acte. Il y a cependant un contact physique et cela permet de mesurer l’importance du contexte. C’est par les détails que l’on voit l’essentiel. »

Les participants à la session de psychodrame endossent les rôles des membres de la famille les uns des autres et mettent en scène les événements passés, recensés comme traumatiques. Quant au fait de « jouer des scènes de sa vie future en faisant appel à la mémoire du corps », on ne voit pas très bien ce que cela recouvre !

Nous pouvons d’ores et déjà noter toutes les influences incontrôlables liées à la personnalité et à l’histoire des acteurs du psychodrame, ainsi qu’à l’environnement de la session (lieu, temps, fatigue, etc.) Ainsi, le psychodrame risque de mettre en scène une production fantasmatique bien plus qu’une évocation fidèle du passé. Cette fiction risque, en outre, d’être intégrée, a posteriori, comme vérité historique alors qu’il s’agit pour l’essentiel d’une improvisation de groupe, téléguidée par un animateur.

La généalogie

 La psycho-généalogie se propose de dépasser la simple généalogie. Elle bénéficie de l’attrait de nos conrtemporains pour cette dernière. L’arbre généalogique est mis au service d’une recherche de mieux-être individuel par la mise en liens de l’histoire de la personne qui consulte avec le parcours de vie de ses ancêtres.

La généalogie, longtemps dévolue aux questions d’héritages ou à l’étude de grandes lignées aristocratiques, connait un regain d’intérêt pour de multiples raisons :

–      Questionnements décuplés du fait de la vulgarisation des théories de la psychanalyse et de la psychologie, angoisse existentielle, vide spirituel.

–      Relâchement des liens familiaux, disparition des grandes réunions de famille, familles éclatées ou recomposées, monoparentales.

En raison des progrès de l’informatique :

–      Recherches rendues concrètes et rapides par les facilités du net, la numérisation, la mise en ligne des archives et de l’état-civil.

–      Profusion de sites généalogiques sur la Toile, offrant la possibilité, très tendance, de créer son arbre généalogique et d’effectuer à partir de très nombreuses bases de données mises en ligne, des recherches sur ses ancêtres, sur plusieurs générations.

Cet attrait pour la généalogie questionne aussi dans un contexte où les techniques de procréation médicalement assistée permettent d’aller toujours plus loin dans la dissociation entre « famille », filiation (concepts redéfinis jusqu’à représenter tout et son contraire) et patrimoine génétique.

C’est comme si, la famille étant à géométrie variable, toujours plus fondée sur le désir fluctuant de l’individu, il fallait à tout prix formaliser et interroger la sienne propre pour exister comme sujet.

En quoi la psychogénéalogie pose-t-elle problème?

 La démarche psycho-généalogique repose sur des postulats dont la validité n’est pas avérée.

En particulier, personne n’a jamais pu démonter comment des événements, traumatismes, secrets, conflits vécus par les ascendants d'une personne pourraient conditionner à plusieurs décennies d’écart des troubles psychologiques, des maladies, des comportements et des répétitions néfastes.

La psychogénéalogie a tout d’une discipline pseudo-scientifique, elle ne remplit aucun critère de validation scientifique. Tout est affaire d’empirisme et d’intuition.

A partir de coïncidences fortuites, l’histoire familiale tend à être réorganisée sous l’angle de la transmission pathologique.

Nous vous invitons à lire les articles suivants sur le manque de fondement théoriques et les sources tant psychanalytiques que numérologiques de la psychogénéalogie.

Une méthode ? Une technique ? Une science ?

« …Un conte fantaisiste totalement hors de la science : Il n’y a bien entendu aucun mal à produire des histoires hors de la science, ou à philosopher de manière rigoureuse sur des hypothèses non validées. Mais la psychogénéalogie est régulièrement présentée par les médias et une partie de ceux qui la pratiquent comme une science ».

Psychogénéalogie dans l’étrange lucarne… Numérologie, fantômes et psychanalyse… par Nicolas Gauvrit – SPS n° 282, juillet 2008 (lire l’article entier)

http://www.zetetique.fr/divers/Psychogenealogie%201.pdf par Géraldine Fabre.

https://cortecs.org/materiel/compilation-de-ressources-critiques-sur-la-psychogenealogie/


Sur le site cortecs.org, vous trouverez : 

  • Conférence « La psychogénéalogie, un mythe » de Nicolas Gaillard
  • Entrevue Géraldine Fabre et Nicolas Gaillard « La psychogénéalogie : promesse tenue ? »
  • Articles de Géraldine Fabre « Psychogénéalogie : les dossiers de l’OZ »
  • Reportage « Psychogénéalogie : Nos Mémoires Secrètes », « Infrarouge », France 2, avril 2008.
  • Matériel CorteX – analyse d’un reportage sur la psychogénéalogie
  • Les Ateliers de l’information, conférence « La psychogénéalogie et ses dérives », par Nicolas Gaillard

Qu’est-ce que le transgénérationel ?

A partir de la constatation que les traumatismes à caractère pathologique se situaient très souvent dans l’enfance des sujets, on a recherché ensuite d’éventuels traumas dans l’histoire personnelle des parents, puis des grands-parents des patients. Et ainsi de suite jusqu’à 6 ou 7 générations, voire plus.

Il faut « trois générations pour faire un psychotique » assurait Françoise Dolto (1908-1988), pédiatre et psychanalyste française bien connue pour ses ouvrages et sa volonté de vulgarisation des connaissances sur ce domaine. Nous savons désormais que les psychoses sont la conjonction d’une prédisposition génétique (base physiologique de la pathologie), d’un environnement singulier (société, famille, environnement… y compris exposition à des polluants…) et d’une expérience traumatisante éventuelle, tous ces éléments étant présents dans des proportions variables impossible à quantifier.

Par conséquent, si l’on retrouve des ancêtres schizophrènes dans l’arbre généalogique d’une personne atteinte de cette maladie, la raison est essentiellement génétique, donc biologique et non transgénérationnelle au sens où la psychogénéalogie utilise ce terme.

Loin de cette approche prudente et multifactorielle, la psychogénéalogie, par une enquête minutieuse sur le passé de nos ancêtres, nous promet d’ouvrir les lourdes portes de secrets, en particulier lorsqu’ils sont sombres et indicibles :

Secret de filiation, enfant caché, grossesse illégitime

         Séparation, divorce, blessure psychologique, maltraitance

                   Mort tragique, accident, suicide, meurtre, crime

                          Maladie ou relation honteuse,

                                   Condamnation infamante, affront, escroquerie.

Témoignage
Une jeune femme, M., a été atteinte d’un cancer à l’âge de 20 ans. De lourds traitements ont été mis en œuvre et lui ont sauvé la vie. Par la suite, elle a cherché à comprendre pourquoi elle avait été malade, avec l’espoir légitime de ne pas rechuter.

Une recherche en psycho-généalogie lui a laissé entendre qu’elle avait été reliée de manière toxique à une arrière-arrière-grand-mère, chef d’une entreprise prospère au tout début du XXème siècle. Cette trisaïeule, connue pour son goût d’entreprendre et bénéficiant d’une bonne réputation dans sa famille, a été qualifiée par le thérapeute d’ascendant néfaste parce qu’elle aurait été uniquement motivée par l’appât du gain. 

Cette cupidité supposée aurait été à l’origine du cancer de M., quatre générations plus tard. La suite de la thérapie de M. a consisté en une démarche de rupture de liens avec l’ancêtre « toxique » et une soi-disant guérison de l’arbre généalogique.

 Nous voyons-là un mélange de détresse bien réelle, de suppositions non vérifiables, de projection du cadre de référence du « thérapeute » sur la généalogie de la patiente (gagner de l’argent, c’est « mal ») et de crédulité.

Tout cela aboutit à la condamnation d’un ancêtre en particulier et la diabolisation des relations familiales en général. En effet, si un lointain ancêtre prétendument cupide peut être responsable d’un cancer à 100 ans de distance, combien d’autres ancêtres peu recommandables ou événements tragiques passés pourraient nous nuire de manière pire encore ?

Il nous apparait que la recherche des causes de nos problèmes parmi nos ascendants est perverse. Elle peut se poursuivre indéfiniment au gré de l’imagination et des turpitudes de ceux qui s’y adonnent. Elle risque d’être profondément orientée par le cadre de référence du thérapeute qui peut extrapoler à l’envi dates et événements selon ses valeurs personnelles comme nous l’avons vu pour M.

La démarche en psychogénéalogie nous semble également profondément anxiogène, car elle postule que des membres décédés de la famille de tout un chacun peuvent venir semer le trouble et la souffrance dans nos vies d’aujourd’hui ou dans celles de nos enfants et petits-enfants. Elle rejoint des thématiques proches de la magie, des mauvais sorts, etc.

La psychogénéalogie offre une vision profondément déterministe de la vie des personnes.

Parmi les risques liés à la démarche en psychogénéalogie, nous pouvons souligner :

  • les faux souvenirs induits : le soi-disant secret étant invérifiable, le sujet finit par croire à des hypothèses de traumatismes ou de drames comme s’ils étaient avérés. En toute logique, la personne en vient à se dire que, si elle va si mal, c’est parce que le secret doit être terrible et finit par adhérer aux scénarios les plus éprouvants : incestes, viols, suicide, etc.
  • les ruptures familiales : suite à une démarche de psychogénéalogie, la perception que nous avons de la famille dont nous sommes issus peut se trouver profondément modifiée. Nos proches n’entreront pas forcément dans ce nouveau point de vue, réagissant parfois violemment au discrédit porté sur un grand-père, une mère, un oncle… Sur la base de suppositions invérifiables, conflits et ruptures deviennent inévitables.
  • le discrédit de la médecine et l’abandon de soins médicaux, les causes étant identifiées dans l’arbre généalogique, certains patients se détournent d’une prise en charge médicale pourtant indispensable.
  • les risques psycho-spirituels lorsque la psychogénéalogie inclut des références à la foi chrétienne notamment.

Les constellations familiales

C’est une théorie très voisine, mélange de jeu de rôles ésotérique et d’idéologie réactionnaire, développée par BERT HELLINGER psychanalyste et psychothérapeute allemand.

Lisez l’article « MERCI, CHER PAPI » de Beate Lakotta, vous comprendrez tout de suite…

« La méthode, que le guérisseur diffuse dans le monde entier à des milliers de disciples et d’imitateurs, promet une solution rapide à la souffrance, et au conflit intergénérationnel. Après dix minutes, des manifestations de sentiments intenses dramatiques, des réactions physiques selon toutes apparences inexplicables règlent, d’après le « thérapeute », un problème que les psychanalystes auraient mis des années à résoudre.

Et c’est comme cela que ça se passe... : Un "client" décrit sa demande en peu de phrases. Alors, il désigne les "représentants" du public qui doivent représenter les membres de sa famille et lui -même, et les met en relation les uns avec les autres. Des acteurs peuvent également être mis en scène pour représenter des maladies, un décès, un pays, une guerre ou même Dieu. Le client devient donc un figurant muet. Le thérapeute déplace les représentants dans diverses positions, et demande au client ses sentiments. »

Le rapport 2007 de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires met en garde contre la pratique de cette technique susceptible de créer des faux souvenirs induits. MIVILUDES Guide santé et dérives sectaires

Pour élargir la réflexion : http://www.psyfmfrance.fr/techniques.php

Trois séances ont suffi pour ruiner mon existence…

« Le présent récit concerne une pratique à laquelle je me suis adonné durant l’année 2004, et dont trois séances ont suffi à ruiner mon existence. J’étais alors âgé de trente-quatre ans, et travaillais comme enseignant. Rien ne me prédisposait à m’adonner à ce genre de pratique, ayant toujours été extrêmement rétif à tout ce qui peut être regroupé sous le qualificatif de « développement personnel ». Pour cette raison, je ne me serais jamais inscrit par moi-même à une chose de ce genre, si je n’avais reçu un jour de novembre 2003 l’appel téléphonique d’une femme de mes connaissances, gynécologue de son état, convertie à la médecine ayurvédique, et en qui j’avais mon entière confiance… »

 Et pourtant, cette pratique a pu être proposée dans les séances de thérapie de couple du CLER-Amour et Famille, car de nombreuses conseillères conjugales font des formations aux « constellations familiales » en plus de leur formation CLER…

Famille et psychothérapie

Quelle place pour nos parents et notre famille dans un travail psychothérapeutique ? Une question tout d’abord : sommes-nous des êtres humains libres ou des marionnettes dont les ficelles seraient actionnées par de mauvais génies du passé et dont il faudrait couper les fils ?

Une démarche de psychothérapie se veut un espace de liberté pour aborder de manière confidentielle, avec un tiers neutre, nos difficultés psychologiques.

  • Parfois la question des relations familiales est présente dans la demande initiale du patient : conflits, ruptures, jalousies sont au cœur du mal-être et la personne en a une conscience aigüe.
  • Dans d’autres cas, les sujets de l’enfance heureuse ou malheureuse, de relations plus ou moins difficiles se feront jour au détour d’un souvenir ou d’une expérience.

Il est probable que les thématiques familiales interviendront au cours d’une psychothérapie mais il est important que ce soit le patient qui ait l’initiative d’aborder ce sujet, à sa manière et sous son angle de vue. Il fera ou non des liens avec son vécu actuel sans être influencé. Son point de vue sur tel ou tel événement ou telle ou telle personne de son entourage pourra évoluer au fur et à mesure de son cheminement personnel.

Le thérapeute se situera dans l’écoute et n’emmènera donc pas le patient dans une recherche systématique d’une cause familiale expliquant le mal-être ressenti. Il s’agit encore moins de débusquer d’éventuels coupables.

Le professionnel se gardera bien de toute projection ou suggestion et n’attribuera pas de valeur de répétition ou de loyauté invisible là où il n’y a, tout au plus, qu’une ressemblance ou coïncidence.

Il peut être extrêmement bénéfique de nommer aussi le bon que nous avons reçu, y compris lorsque nous avons identifié des manques. L’inventaire n’est donc pas à charge. Il y a dans un travail psychothérapeutique sain tout un enjeu de justesse.

Les risques psycho-spirituels pour les familles chrétiennes

Des personnes se font appeler « thérapeutes » et ajoutent le qualificatif « chrétien », comme si c’était une garantie de probité. L’adjectif, dans ce cas, est détourné de son sens profond. Le côté « chrétien » vient facilement susciter la confiance, l’adhésion sans critique. Or, dans une démarche de thérapie, la personne qui consulte doit rester maitre à bord en faisant œuvre de discernement tout au long du processus.

L’étiquette d’appartenance à une Communauté nouvelle, ou à un courant spirituel de guérison comme l’agapèthérapie, ou à l’un des centres de diffusion de parcours de guérison intérieure (Cacouna par exemple) ajoute encore à la confusion. Nous risquons ici de tomber dans l’escroquerie tant spirituelle que psychothérapeutique.

Les chrétiens expriment souvent le souci de rencontrer un thérapeute qui respecte leur foi. Pourtant, le souhait de recourir à un « thérapeute chrétien » est une fausse bonne idée qui peut même s’avérer préjudiciable. En effet, certaines propositions allient la non-compétence professionnelle avec un vernis chrétien sans étayage théologique sérieux.

Cette conjonction aboutit à un taux de dérapages particulièrement élevé. Les catastrophes ont lieu dans le secret des cœurs mais les ravages sur la vie spirituelle et la vie relationnelle sont considérables.

Certaines prières de guérison spirituelle dans les agapèthérapies laissent à penser que cette conjonction introduit un facteur aggravant par la couche spirituelle supplémentaire :

«Tu sais que mon père n'a pas su ou n'a pas pu m'accueillir adéquatement du fait des circonstances que je t'ai présentées. Délivre-moi, Père Saint, au nom de ton Fils Jésus, de toutes les conséquences aliénantes que ces blessures ont engendrées dans ma vie et viens pallier ces carences dans mon cœur. Car tu peux combler mes manques affectifs; visiter les souvenirs douloureux qui m'enchaînent à mon père et créer de nouveaux liens d'amour avec lui.»

«Restaure les racines de mon être en y infusant ton Esprit de Vie. Répare en moi ce lien sacré qui m'établit dans une dépendance filiale vis-à-vis de mes aïeux. Merci, Père, de baigner ma lignée familiale de ta tendresse guérissante.»

«Tu sais que ma naissance a pu être difficile à cause des circonstances que je t'ai présentées. Libère-moi des conséquences aliénantes que ces blessures ont engendrées dans ma vie. Délivre-moi de toute culpabilité que je pourrais ressentir face aux douleurs vécues par maman.» (1)

La psychogénéalogie s’est fait une place de choix dans les démarches psycho-spirituelles. Or, pour un seul membre qui consulte, c’est l’ensemble du corps familial qui risque d’être ébranlé jusque dans ses fondements.

Lorsqu’elle est menée sans recul ni discernement, les conséquences de cette pseudo-thérapie ressembleront rapidement à une injection létale dans un organisme sain.

La psychogénéalogie, par ses fondements mêmes, est une porte ouverte pour les suggestions et la manipulation. De plus, elle induit une conception déterministe de la vie qui nous semble contraire à une vision chrétienne de l’homme.

La personne qui se laisse tenter par les propositions alléchantes de sessions de psychogénéalogie arrive avec ses soucis et livre au « thérapeute », voire au groupe des participants, un arbre généalogique comportant des noms, dates, métiers, difficultés, deuils, traumatismes réels ou supposés sur plusieurs générations.

A partir de ce matériau, un praticien peu soucieux de vérité, cherchant le sensationnel pour frapper les imaginations, aura tout loisir de broder un récit douloureux, délirant, culpabilisant, etc. Il fera « parler » des dates, soupçonnera des secrets, désignera des causes et des coupables. Dans un cadre « spi », il faudra donc ensuite entreprendre des démarches de pardon plus ou moins téléguidées et marquées par l’émotionnel, avec force larmes et formules lénifiantes.

Le format en « sessions » de plusieurs jours rend plus difficile la prise de recul sur ce qui est dit et vécu. Certains discours séduisants amalgament des notions psychologiques et des références spirituelles. Dans ce mélange des genres, la manipulation des souvenirs et des faits peut véritablement détruire les proches, les aïeux jusqu’à affecter toutes les relations familiales.

Nous insistons sur le fait que la présence de références spirituelles rend la prise de distance beaucoup plus aléatoire, voire impossible dans certains contextes proches de systèmes sectaires.

Pour prendre une image, c’est comme si vous ouvriez la porte de votre maison familiale à un inconnu qui pourrait ensuite visiter et revisiter les moindres recoins, changer les objets de place, la fonction des pièces, la couleur des murs jusqu’à ce que cette maison vous apparaisse tout autant familière et monstrueuse.

La manipulation réside dans cette prise de pouvoir par un tiers sur votre histoire intime qu’il peut interpréter et travestir au gré de ses turpitudes et de ses intérêts, en utilisant vos croyances et votre système de valeurs pour appuyer sa démonstration.

À travers leur « patient », certains se livrent à une « psychanalyse sauvage » de toute une famille à la lumière aveugle de théories pernicieuses et dévastatrices avec un saupoudrage de prières et autres invocations pour se rassurer à bon compte.

Enfin, les démarches psycho-spirituelles abolissent la distinction des plans, laquelle permet de séparer strictement ce qui relève d’un travail psychologique et ce qui est du domaine de la vie spirituelle. La distinction des plans est essentielle pour protéger le patient de toute forme de manipulation mais aussi d’une grave altération de sa vie spirituelle.

Sans cette séparation, la conscience du péché dans notre vie personnelle peut se retrouver comme diluée ou anesthésiée par des pensées du type :

-      si je suis radin c’est que j’ai trop manqué dans mon enfance ou que mes ancêtres ont été spoliés à la Révolution de 1789…

-      si je suis incapable d’aimer mon conjoint c’est à cause du manque d’amour dont j’ai souffert dans mon enfance ou d’une arrière-grand-mère abandonnée par un fiancé indélicat, etc.

La psychologisation à outrance, encore plus si elle remonte dans l’arbre généalogique, conduit à une autojustification perfide et au renforcement d’attitudes qui relèveraient pourtant d’une démarche de conversion personnelle véritable et sincère.

Pour aller plus loin :

(1) Cité dans Eugène Pischoff & Gilberte Tailurd, Les mensonges de l’Agapè, 2013.

La guérison de l’arbre généalogique par l’eucharistie

 Une mode récente

 Ce livre, écrit par un psychiatre anglican Kenneth Mc All peut paraître en partie, acceptable pour les catholiques. Mais le résumé qui en est fait, au dos de la page de couverture, est très problématique :

« Le docteur Mc All dit comment, à travers ses expériences religieuses, il a découvert une méthode exceptionnelle de soin. Il croit que de nombreux malades dits incurables ne sont que des victimes sous contrôle de leurs aïeux. Il cherche donc à les libérer de cette emprise : en établissant l’arbre généalogique, il peut identifier l’ancêtre qui est à l’origine du mal de son patient. Il coupe alors le lien entre l’aïeul et le patient. » (2006, trad. française. Best-seller traduit en plus de 15 langues)

Il y a toute une littérature sur le sujet. Il y a aussi des sessions et retraites sur ce thème; en voici une trace en 2016 :

Retraite spirituelle : Libération des liens ancestraux. « Nous héritons de nos prédécesseurs des habitudes comportementales viciées : tendances à la colère, au pessimisme, à la paresse, à la jouissance, à l’alcoolisme, à l’adultère. Ce sont des liens spirituels négatifs dont nous subissons les conséquences en étant nous-même affecté par des travers de tous genres. C’est une forme de « châtiment » du mal que nous subissons. ». (Publicité dans l’hebdomadaire France-Catholique)

Autour des années 2000, un véritable engouement pour la guérison de l’arbre généalogique s’est fait jour dans le courant du Renouveau charismatique. Le livre de Jean Pliya, Des ténèbres à la Lumière, Osez prier pour la délivrance (Éd. St Paul, 2002), par exemple, comporte une partie sur « l’eucharistie pour la guérison et la délivrance de l’arbre généalogique » (pp. 124-154).

Une note de la Commission Doctrinale de l’épiscopat français (2007)

On la trouvera sous ce lien. Il est bon de la relire. Elle conclut :

« Que les structures de péché (« le péché social ») pèsent rudement sur la sanctification des personnes, au titre des causalités de conditionnement : soit. Qui oserait prétendre le contraire ? Mais que les âmes des défunts encore au purgatoire puissent nuire de façon actuelle et décisive à la santé spirituelle de leurs descendants, et qu’en délivrant les uns, on puisse actuellement guérir les autres, voilà qui apparaîtrait comme une vérité nouvelle dans l’Eglise catholique et sans appui dans la Tradition : on saurait donc ni la reconnaître ni la mettre en pratique. »

En effet, jamais une seule ligne n’a été écrite par les Pères de l’Eglise, ni par les docteurs de l’Eglise, ni par aucun saint, ni aucun pape sur les mauvais esprits et leurs allées et venues le long de l’arbre généalogique ! Rien sur la guérison de cet arbre en identifiant l’aïeul qui vous lie… Rien dans l’Écriture, le Magistère, la Tradition. Pas un mot non plus dans les 688 pages du Catéchisme de l’Eglise catholique.

En prenant pour base ce livre du P. John Hampsch, la note souligne que dans tous ces livres, la plus grande partie des citations bibliques qui viennent en preuve de la transmission de l’iniquité comme mal objectif et hérité sont tirées de l’Ancien Testament. On cite en particulier Ex 20, 5-6 : « Car c’est moi ton Dieu, un Dieu jaloux poursuivant la faute des pères chez les fils sur trois et quatre générations». Mais curieusement, on contourne l’enseignement d’Ezéchiel 18 sur la rupture de ces solidarités ataviques. Et précisément, l’approfondissement de la Révélation biblique s’est accomplie en prenant en compte la consistance de la responsabilité personnelle de chacun :

« Celui qui a péché, c'est lui qui mourra! Un fils ne portera pas la faute de son père ni un père la faute de son fils : au juste sera imputée sa justice et au méchant sa méchanceté. Quant au méchant, s'il renonce à tous les péchés qu'il a commis, observe toutes mes lois et pratique le droit et la justice, il vivra, il ne mourra pas. » (Ez 18, 20-21)

Encore au temps de Jésus, les apôtres pensaient que toute maladie actuelle pouvait être associée à un aïeul pécheur, que toute affliction pouvait être associée à un péché. Il faut donc tirer la conclusion du renversement opéré clairement par Jésus : l’absence de lien entre le péché de nos ancêtres et le mal qui nous touche aujourd’hui :

« En passant, il vit un homme aveugle de naissance. Ses disciples lui demandèrent : « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu'il soit né aveugle ? » Jésus répondit : « Ni lui ni ses parents n'ont péché, mais c'est afin que soient manifestées en lui les œuvres de Dieu. » (Jn 9, 1-2).

Il est bien clair que Jésus nous libère du Mal et de notre péché par le don du Saint Esprit. C’est la mission qu’il a donnée aux Apôtres :

« Il souffla sur eux et leur dit : « Recevez l'Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. » (Jn 20,22-23).

La croyance dans le mauvais sort ancestral et générationnel ne serait-elle pas une perversion de la doctrine catholique du péché originel ? Le remède est la régénération par le sacrement du baptême, et non pas des exorcismes particuliers ou des rites de guérison centrés sur le péché des ancêtres, instrumentalisant au passage l’Eucharistie.

Trois ressources essentielles

  1. Prendre la responsabilité de nos propres choix et décisions

Regarder ailleurs qu’en soi pour trouver la source de ses problèmes est une constante du monde d’aujourd’hui. C’est refuser de prendre la responsabilité de ses propres choix et décisions.

Ainsi certains cherchent à mettre le blâme sur leurs parents ou aïeux ou pensent qu’un mauvais sort leur a été jeté.

Nous savons qu’il y a des tendances dans des familles à l’alcoolisme, au jeu, etc.. mais nous savons aussi qu’à l’intérieur de la famille, quel que soit le tempérament, le caractère, les tares, ce qui compte est ce que nous en faisons, et ce dont nous sommes capables si nous coopérons avec la grâce de Dieu.

Alors nous pouvons surmonter la tentation, les états malsains et le mauvais exemple.

  1. Mettre en oeuvre notre confiance en Dieu

Si quelqu’un dans votre famille est malade, point n’est besoin de chercher un ancêtre coupable. Sainte Thérèse d’Avila dit au chapitre 19 de sa Vie, en méditant le psaume 119, que nous devons nous confier en Dieu.

Nous ne pouvons pas comprendre et essayer de justifier les voies de Dieu. Vouloir y apporter une explication personnelle, chaque fois qu’un fait attire notre attention, virerait à l’obsession et consisterait à douter de Lui. Pourquoi, pourquoi, pourquoi… ce n’est pas le fruit de l’Esprit Saint.

💽   Écouter le chant « En toi j’ai mis ma confiance »

  1. Offrir l’eucharistie pour la sanctification de nos familles

Une belle démarche : prier régulièrement pour nos familles, et faire célébrer l’eucharistie pour nos défunts… Déposer au Père du ciel, à travers l’offrande du sacrifice rédempteur de Jésus, toutes les personnes de notre famille…

En offrant pour elles l’eucharistie, nous prions pour tous les défunts auxquels nous sommes unis par les liens familiaux, ainsi que pour tous les membres actuels de nos familles. Nous demandons ainsi la sanctification de notre famille.

On peut certes personnaliser des célébrations pour certaines familles, ou pour des groupes de personnes cherchant une démarche plus explicite pour remettre au Seigneur de lourdes épreuves familiales. Peut-être la Pastorale familiale des diocèses pourrait-elle proposer des démarches en ce sens ? Je l’ai fait personnellement lorsque j’étais recteur de sanctuaire dans mon diocèse.

Mais il faut absolument quitter les perspectives et les présupposés de « guérison de l’arbre généalogique », qui jouxtent ceux de la psychogénéalogie. Avec le recul, je perçois que je n’en avais pas suffisamment conscience à l’époque, porté par la mode ambiante, et par le souci de faire venir des pèlerins au sanctuaire.

C’est pourquoi j’ai été heureux de partager cette réflexion avec vous, grâce à l’assistance de l’équipe qui travaille à produire ces livrets, et que je remercie.

D.A.

 

 

Téléchargez cet article sous forme d’e-book et faites-le connaître

Format PDF

Format e-pub et mobi pour les smartphones et tablettes.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *