Le corps et le Nouvel Age

Le Nouvel Age, ensemble de réseaux fluides, se présente comme un nouveau paradigme, une nouvelle spiritualité. Aujourd’hui, on ne parle plus beaucoup de Nouvel Age ou de New-Age, mais cette manière d’être et de penser imprègne et influence tous les domaines de notre société :

Le monde de la santé, de l’éducation, du développement personnel, de l’entreprise et de ses méthodes de management, du commerce et de ses performances de persuasion de la clientèle, de l’écologie, de l’agriculture biodynamique, de l’économie positive, de la politique et de certains de ses réseaux, de la culture (avec ses films à audience planétaire, en direction des enfants, des ados et des adultes, ses jeux vidéo, ses musiques), de la mode, du social…

Ces influences sont de plus en plus difficiles à déceler, tant elles imbibent nos existences ; nous y adhérons parfois, sans même nous en rendre compte. Certaines d’entre elles s’inscrivent à l’opposé de la révélation chrétienne.

Le Nouvel Age mange à tous les râteliers

En effet, depuis le XVIIIe siècle, avec une croissance importante à la fin du XIXe siècle, les influences des mouvements théosophiques, maçonniques, et rose-croix, et de leurs enseignements ésotériques, la croissance du spiritisme et de l’occultisme, de la magie, de la kabbale, de l’alchimie et de l’astrologie, du druidisme, du chamanisme, du mouvement Wicca[1], du bouddhisme tibétain, du zen, du yoga, vont poser les fondements mouvants et hétéroclites du Nouvel Âge.

Helena Blavastky, médium russe, maçonne, qui fonda en 1870 la Société Théosophique en est une des figures emblématiques. Elle tentera de faire coïncider les spiritualités orientales et leurs anthropologies avec les doctrines ésotériques et les pratiques occultes des sociétés secrètes occidentales. Annie Besant lui succédera, et Rudolf Steiner se séparera de cette mouvance, sans en renier les fondements ésotériques et occultes, en tentant une synthèse entre un christianisme gnostique et les doctrines orientales, notamment de la réincarnation.

Carl Gustav Jung fait lui aussi référence : « Jung n’a pas seulement psychologisé l’ésotérisme, mais il a aussi sacralisé le psychologique en le chargeant des contenus de la spéculation ésotérique. Il en a résulté un corps de théories qui permettent aux hommes de parler de Dieu en désignant en fait leur propre psyché, et de leur propre psyché en désignant la divinité. »[2] Pour lui Dieu est l’énergie vitale de la personne. Cette confusion entre le psychologique et le spirituel, entre la nature et la grâce, va être le fondement même du Mouvement de Développement du Potentiel Humain, né à l’Institut Esalen, en Californie, origine de bien des dérives. Esalen demeure le Centre du rayonnement de la Méditation de Pleine Conscience, de l’ennéagramme et des réseaux Gurdjieff. Le psycho spirituel est entré dans l’Église par l’intermédiaire de communautés nouvelles et maintenant toutes les familles spirituelles chrétiennes sont peu ou prou touchées par le phénomène.

La psychologie transpersonnelle, née de cette confusion entre psychologique et spirituel, a été pointée par ce document de l’Église catholique en 2003 qui garde toute sa pertinence et son actualité : « La psychologie transpersonnelle, fortement influencée par les religions orientales et par Jung, propose un parcours contemplatif où la science et le mysticisme se rencontrent. L’accent mis sur la corporéité, la recherche de techniques d’élargissement de la conscience et l’intérêt porté aux mythes de l’inconscient collectif étaient autant d’indications à rechercher le « Dieu intérieur » en soi. Pour réaliser son potentiel, l’homme devait dépasser son ego et devenir le dieu qu’il est au fond de lui-même. Pour cela, il fallait choisir la thérapie appropriée : méditation, expériences parapsychologiques, recours aux drogues hallucinogènes. Tous ces moyens devaient permettre de réaliser des expériences « ultimes » ou « mystiques », de fusion avec Dieu ou avec le cosmos. »[3]

Ce texte est le seul document officiel de l’Église catholique qui parle avec autant de netteté et de connaissance avisée, de ce phénomène de société. Il se réfère au livre d’entretien de Jean-Paul II, Entrez dans l’espérance, qui met en garde contre « la question de la renaissance de certaines traditions du gnosticisme antique dans ce que l’on appelle aujourd’hui le New-Age. Il est impossible de se laisser bercer par l’illusion que ce retour de la gnose préluderait à un renouveau de la religion. Il s’agit tout simplement d’un renouveau de la version moderne d’une attitude spirituelle qui, au nom d’une prétendue connaissance supérieure de Dieu, finit par rejeter définitivement sa Parole en la remplaçant par des paroles toutes humaines. La gnose n’a jamais disparu du champ du christianisme. Elle a toujours cohabité avec lui, parfois en tant que courant philosophique, plus souvent sous des formes religieuses ou parareligieuses, en opposition nette, même si elle n’est pas explicite, avec l’essentiel du christianisme. » [4]

Anthropologie du New-Age

Il serait erroné de proposer une synthèse de l’anthropologie du Nouvel Âge tant elle est disparate. En effet, sous une apparente ouverture à toutes les cultures et à toutes les religions, tous les concepts même les plus contradictoires sont acceptés avec une bienveillance de façade. Les adeptes du Nouvel Âge arborent souvent une suave et douce condescendance qui cache leur vive hostilité à l’égard de ceux qui croient encore à des dogmes, surtout s’ils sont catholiques. Il est cependant possible de dégager quelques points saillants dans cette nébuleuse.

L’énergie

Kundalini, prana en Inde, aura, chi ou qi, en Chine, ki au japon reviennent fréquemment dans les discours pseudoscientifiques du Nouvel Âge. Ces termes évoqueraient une substance invisible en lien avec la déité ou le divin dont la définition reste floue, inquantifiable et invérifiable. En physique, l’énergie est une notion précisément définie selon sa catégorie, quantifiable et mesurable. Ici nous ne savons pas réellement ce dont il est question. Le Dieu du Nouvel Âge est une énergie impersonnelle, une force vitale ou âme du monde.

Déjà dans le stoïcisme, philosophie grecque née au troisième siècle avant Jésus-Christ, il était question de l’âme du monde. « On retrouve cette conception de l’âme du monde dans le stoïcisme où le Logos, âme du monde, est également qualifié « d’Esprit. » [5] Conception moniste du monde, c’est-à-dire sans distinction entre un Dieu Créateur et la création. Dans le monisme tout est un. Ce concept est repris dans le Nouvel Âge. C’est chez Jamblique (242-325), dans ses textes De mysteriis que l’on trouve la notion d’énergie liée aux rites et pratiques divinatoires connus sous le nom de « théurgie ».[6] Les idées des néo-platoniciens seront condamnées par saint Justin. Mais cette philosophie sert de références aux intellectuels néo gnostiques du Nouvel Âge.

Selon la Foundation for Hollistic Spirituality, la définition de la spiritualité devient : « Connexion humaine naturelle avec le merveilleux et l’énergie de la nature, du cosmos et de toute l’existence, ainsi que l’instinct d’explorer et de comprendre sa signification. »

Par ailleurs, le Nouvel Âge a voulu récupérer la physique quantique pour se donner un vernis scientifique. Aucun physicien quantique ne peut se reconnaître dans cette assimilation erronée et cette usurpation de termes. Les catégories et l’objet des énergies dites spirituelles du Nouvel Âge n’ont rien à voir avec la mécanique quantique qui appartient au domaine de la physique.

Quelques écrivains s’inscrivant dans cette tendance

Paulo Coelho, auteur prolifique de nombreux romans et chantre de ces perspectives du Nouvel Âge, écrit dans L’Alchimiste, livre qui a connu un succès international. (Ce livre a souvent été offert à des enfants faisant leur profession de Foi, alors que nous sommes là, précisément à l’inverse d’une profession de Foi catholique) :

« L’Âme du Monde se nourrit du bonheur des gens. Ou de leur malheur, de l’envie, de la jalousie. Accomplir sa légende personnelle est la seule obligation des hommes. Tout n’est qu’une seule chose. Et quand tu veux quelque chose, tout l’univers conspire à te permettre de réaliser ce désir. »[7]

C’est une conception moniste qui voit dieu en toute chose sans distinction entre nature et divinité.

« Il commença à comprendre que les pressentiments étaient de rapides plongées de l’âme dans ce courant universel de vie, au sein duquel l’histoire de tous les hommes se trouve liée de façon à ne faire qu’un : de sorte que nous pouvons tout savoir, parce que c’est écrit. »[8]

« Et le jeune homme se plongea dans l’Âme du Monde et vit que l’Âme du Monde faisait partie de l’Âme de Dieu et vit que l’Âme de Dieu était sa propre âme. »[9]

Dans le Pèlerin de Compostelle, roman initiatique gnostique, Coelho s’inscrit dans des inversions permanentes quant à la Révélation chrétienne. Il ne s’agit donc pas d’un pèlerinage chrétien de conversion intérieure pour rencontrer le Christ.

L’énergie divinisée est présente en toute chose, du vulgaire caillou jusqu’aux sphères célestes, du brin d’herbe jusqu’au baobab, du chétif insecte jusqu’au grand savant. Cette énergie est conscience universelle ou Âme du Monde. C’est de fait un retour au panthéisme, si ce n’est au paganisme.

Frédéric Lenoir, ancien directeur du Monde des religions, continue de surfer sur cette vague de consensus mou, sans dogme. C’est l’auteur français contemporain qui a vendu le plus de livres, invité permanent des plateaux télévision en tant qu’expert des religions et de la spiritualité. Dans son livre L’Âme du monde, qui se veut être « un conte initiatique lumineux qui touche le cœur autant que l’intelligence » (selon ce que dit en toute simplicité la quatrième de couverture) nous sommes encore dans ces perspectives aussi holistiques que floues : « Mais pour bien marquer le caractère universel de cet enseignement, nous ne citerons pas de nom, ni les sources qui nous inspirent. Afin d’éviter toute référence explicite à ce que certains d’entre nous nomment « Dieu », d’autres le « Dharma », d’autres encore « le divin », « le Tao » ou « l’Absolu », nous nous sommes entendus pour utiliser une seule expression : « l’Âme du monde ».[10]

« Cette reliance au divin nourrit et fortifie l’âme des croyants, plus que tout rituel ou acte religieux extérieurs… La prière peut aussi rester un « cœur à cœur » silencieux dans lequel l’homme savoure l’amour qui émane de l’Âme du monde, quel que soit le nom qu’il lui donne… Toute parole, toute pensée, tout regard adressé à la force mystérieuse qui anime l’univers nous relient à l’Âme du monde et portent ses fruits. »[11]

Il n’est pas question d’un Dieu personnel, créateur et sauveur de l’humanité tel que le professe la Révélation chrétienne.

« Et la force de nos croyances ira jusqu’à produire des évènements qui les confirmeront. »[12]

Ce pourrait être une définition de la pensée magique que l’on retrouve chez Laurent Gounelle.

Laurent Gounelle, dans l’ensemble de ses livres parle beaucoup de spiritualité. Ces livres se vendent très bien, ils ne cessent de tourner autour de la même idée, placée sur la une de son livre L’homme qui voulait être heureux : « Ce que l’on croit peut devenir réalité ». Gounelle, comme Coelho comme Lenoir et bien d’autres, pense qu’il faut savoir dépasser toutes les croyances religieuses particulières, parce qu’elles seraient l’expression d’une même réalité intérieure, dont il faudrait se détacher de la forme extérieure. Par conséquent il faut choisir celle qui nous convient le mieux, ou plutôt adhérer à ce qui marche le mieux et se situer en surplomb. C’est une des perspectives des Franc-maçonneries et autres associations initiatiques. C’est aussi une des professions de foi du Nouvel Âge…

Nous sommes en pleine pensée positive, cette conviction que l’on peut changer le réel en modifiant ses attitudes mentales, en pleine pensée magique également, où la force du symbole fait entrer dans une vision initiatique qui changerait la perception du réel, et serait capable de le transformer.

Les adeptes des thérapies énergétiques croient que les pensées, les sentiments, les émotions causent des vibrations dans le corps physique, sans support matériel. S’il est vrai que le stress, la fatigue, une mauvaise hygiène de vie minent le système immunitaire, et que la bonne humeur est un gage de bon fonctionnement psycho corporel, aucune démonstration scientifique n’a avalisé que le mental pouvait agir sans substrat physique sur le corps. Faut-il alors intégrer l’idée qu’un monde des esprits existe, se manifeste et puisse être instrumentalisé dans certaines circonstances ?

Les disciplines énergétiques prétendent agir sur des bases vibratoires non encore objectivées, en accordant les fréquences entre le mental et le corps à l’aide de cristaux, d’eaux, de médailles, de grigris, de couleurs, de sons, de lumières. Ici l’imagination des thérapeutes ou des gourous est sans limites.

Quelques thérapies s’inscrivant dans cette tendance

Les fleurs de Bach illustrent cette croyance en l’énergie ou en l’esprit des plantes. C’est au cours d’une initiation chamanique que le Dr Édouard Bach (1886-1936), ancien médecin homéopathe, dit avoir reçu une révélation, lui indiquant le nom de trente-huit plantes dotées de vertus thérapeutiques particulières, rééquilibrant l’esprit ou soulageant des perturbations psychiques ou physiques. C’est le transfert des forces spirituelles contenues dans les fleurs, récoltées à l’état sauvage, qui permettrait cette harmonisation. À part le Cognac contenu dans ces préparations, aucune substance active n’est décelable à l’examen chimique. Aujourd’hui, de nombreuses autres fleurs sont sur le marché dont certaines sont censées influer sur la conscience et permettraient d’ouvrir à la médiumnité. Certains proposent même de charger positivement ces essences de plantes par la méditation et la transmission de pensée. Selon ces perspectives, la force de la pensée donnerait une énergie positive et réparatrice à « l’esprit » de la plante.

L’homéopathie, procède de manière similaire, car dans les hautes dilutions à partir de 7CH, il est quasi impossible de déceler une seule molécule active dans les gélules. Selon les homéopathes, une substance extrêmement diluée peut soigner les symptômes de maladie qu’elle susciterait chez la personne en bonne santé. L’homéopathie, forme de médecine énergétique, affirme agir sur la force vitale du corps pour favoriser sa guérison émotionnelle et physique. À ce jour cette force vitale en tant que telle n’a jamais été démontrée scientifiquement, les effets placebo eux l’ont été. Le Dr Samuel Hahnemann (1755-1843), prétend avoir expérimenté sur lui tous les traitements homéopathiques. Certains ont des effets toxiques ou préjudiciables à haute dose comme nux vomica, qui comme son nom l’indique fait vomir lorsque l’on ingère la noix vomique concentrée, et empêcherait vomissement ou sensation de nausée en haute dilution. D’autres médications sont d’ordre purement symbolique, comme oscillococcinum qui est un autolysat de foie et de cœur de canard de Barbarie. Au prétexte que le canard résiste au froid et incube dans son foie des éléments lui permettant d’affronter les maladies qui y sont liées. Tout ceci n’est en rien conforme à des expérimentations médicales randomisées. L’efficacité de l’homéopathie est surtout liée aux maladies psychosomatiques où l’on sait l’influence du psychisme sur le corps, et par conséquent l’induction consciente ou inconsciente du patient sur le processus de guérison, grâce à la confiance qu’il donne au remède ou à celui qui l’a prescrit et au rituel auquel il se soumet pour le prendre. Quand le remède homéopathique qui conviendrait au malade est trouvé avec un pendule ou tout autre moyen médiumnique, il est facilement constatable que l’on n’est plus dans le domaine de la raison, mais dans la croyance en des puissances invisibles. Comment se fait-il que l’homéopathie se prête plus volontiers à ce type de médiumnité ou de divination ? Hahnemann, franc-maçon, s’est intéressé à la symbolique et aux analogies occultes. Il est alors moins surprenant que l’homéopathie puisse entrer en résonance avec d’autres pratiques occultes.

La Gemmothérapie n’est pas plus fiable quand elle prétend que des cristaux pourraient agir sur les chakras et débloquer ainsi la circulation de l’énergie dans le corps et même dans l’esprit et plus encore dans la conscience spirituelle. On médite en tenant le cristal et en plongeant son regard en lui… C’est ainsi que l’on susciterait l’alignement entre le mental du méditant et les vibrations du cristal, amenant à la plénitude.

Le Reiki [13]. Pseudo thérapie qui a pris un essor considérable. Le terme Reiki est composé de deux mots : rei, pouvoir supérieur universel et ki énergie force vitale. Selon la légende, considérée comme historique par les praticiens, son fondateur, Mikao Usui (1825-1926) après 21 jours de jeûne et de méditation sur une montagne sacrée du Japon aurait eu la révélation du Reiki. Il serait resté sous une cascade sacrée, méditant pour ouvrir son chakra le plus élevé. Après cette expérience, Usui affirmait pouvoir guérir sans épuisement de son énergie, car branché directement sur l’énergie universelle.

La transmission initiatique du reiki « harmonisation », se fait de maître à disciples. Aucune formation particulière n’est demandée. Durant « l’harmonisation », plusieurs symboles, qui doivent rester secrets, sont scellés dans le champ énergétique de l’élève, afin d’ouvrir celui-ci de façon permanente à l’énergie du reiki, et lui permettre à son tour d’effectuer des « harmonisations ».

Il existe trois degrés d’initiation au reiki. Le premier qui permettrait le contrôle du champ énergétique des patients, se fait à distance de quelques centimètres du corps. L’énergie reiki pénétrerait dans le corps du praticien par le chakra de la gorge et ressortirait par ses mains pour être redistribuée par les chakras du patient. Le second permettrait d’effectuer des guérisons à distance. La transmission de l’énergie reiki est purement mentale. Au troisième degré, le disciple peut devenir maître et transmettre l’initiation « harmonisation » à d’autres personnes.

Nous sommes là dans du magnétisme et une ouverture à la médiumnité. [14]

Parmi les thérapies « New-Age » et les systèmes de méditation orientale, le Reiki est aujourd’hui une des plus populaires. Si en France, il suscite encore quelque méfiance, cela ne l’a pas empêché de faire son entrée dans nombre d’hôpitaux, comme celui de la Timone à Marseille. En Espagne, ce sont désormais les mairies et d’autres institutions publiques qui le rendent accessible à tout un chacun. Christophe André, psychiatre bouddhiste promoteur de la « méditation pleine conscience », auteur du best-seller Méditer, jour après jour, traduit en espagnol, italien, catalan, allemand, polonais, coréen, anglais, néerlandais, anglais, chinois, n’hésite pas à préconiser le reiki.

Cela atteste d’une grande confusion des esprits, mais aussi des contradictions de la soi-disant laïcité ou neutralité républicaine qui n’a rien à dire sur ces pratiques qui sont en fait des croyances, sans aucun support rationnel ni raisonnable. Alors que ces praticiens opèrent dans des espaces publics, hôpitaux, écoles, universités, lieux de formation officiels.

L’illusion

« Le serpent dit à la femme : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » La femme s’aperçut que le fruit de l’arbre devait être savoureux, qu’il était agréable à regarder et qu’il était désirable, cet arbre, puisqu’il donnait l’intelligence. Elle prit de son fruit, et en mangea. Elle en donna aussi à son mari, et il en mangea. Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils se rendirent compte qu’ils étaient nus. » (Gn 3, 4-7).

Le maître de l’illusion demeure, aujourd’hui comme hier, le serpent tentateur qui induit une réalité mensongère. Dans le regard du serpent, nous pensons devenir maîtres de la réalité, connaissant toute chose, entrainés à croire que l’immédiateté de la jouissance et du bien-être confère l’immortalité et l’identité des dieux.

Certaines méthodes de relaxation, de méditation comme la méditation de pleine conscience, l’hypnose, la sophrologie, ou de techniques comme la PNL, programmation neurolinguistique ou la pensée positive peuvent arriver à faire prendre des vessies pour des lanternes et qui plus est, des lanternes spirituelles.

Certains exercices permettraient même d’enlever des séquences mémorielles négatives pour les remplacer par des séquences positives. En sophrologie, en hypnose, en PNL, l’on peut induire des images positives qui remplacent ce qui a été, ce qui est ou ce qui sera douloureux à vivre tant sur le plan physique que psychologique. La méditation de pleine conscience permet de se déconnecter d’un réel stressant ou douloureux pour rentrer dans une bulle de bien être totalement provoqué par des exercices répétitifs. Mathieu Ricard « roue de secours » du Dalaï-Lama, comme il se définit lui-même, invité complaisamment sur tous les plateaux de télévision, faisant la une de bien des hebdomadaires, en est la figure de proue.[15]

Les Rose-Croix AMORC (Ancien et Mystique Ordre des Rose-Croix) pratiquent la matérialisation d’images mentales pour obtenir santé, richesse et bonheur. Ils pratiquent en groupe des égrégores, en l’occurrence des matérialisations mentales permettant, par magnétisme et médiumnité, d’opérer, selon eux, des influences magiques sur la réalité.

Selon Jimmy Hendrix, chanteur des années hippies, adepte du LSD et mort d’une overdose, les sons étaient liés à des couleurs ; ainsi dans sa chanson Purple Haze il associait le violet à l’accord mi 7e. Associer couleur et son est le propre d’expériences psychédéliques liées à l’absorption de drogues, notamment du LSD. Aujourd’hui dans le néo chamanisme, de telles expériences sont proposées, avec prise de drogues hallucinogènes, dites aujourd’hui enthéogènes, c’est-à-dire capable d’engendrer une expérience de Dieu !

Le corps, sept corps !

Helena Blavatsky, inspirée par les textes du Véda et des Puranas, décrit les sept corps que posséderait l’être humain. Pour elle, il existe sept états de la matière en correspondance avec les sept corps de l’homme.[16] La finalité de la vie serait de maîtriser ces sept états pour évoluer spirituellement dans un processus « d’alchimie de l’être ». Il est à noter que cette alchimie est le fil conducteur des sept tomes d’Harry Potter, transformation du plomb en or. Héléna Blavatsky y apparaît sous le nom de Cassandra Vablasky. C’est dire les références occultes des œuvres de Madame Rowling.

Pour ces courants théosophiques et occultistes, ce septénaire a une signification symbolique. Le chiffre quatre symbolise la Terre ou la matière, et le chiffre trois, le Ciel ou le Spirituel, le sept étant l’harmonie du tout.

Rudolf Steiner, héritier de ces courants mais en dissidence, fondateur de l’anthroposophie, précise en 1910, le nom de ces sept corps, dans son ouvrage La science de l’occulte : « chez l’être humain il y a les sept éléments suivants : corps physique, corps éthérique, corps astral, Moi, Moi spirituel, Esprit de vie, Homme-Esprit« .

Corps éthérique

La définition du corps éthérique n’est pas la même selon les écoles ésotériques et n’a rien de scientifique. Nous sommes dans un domaine d’énergies indéfinissables et de leurs subtiles correspondances. L’éthérique ne correspond à aucune substance repérable objectivement, si ténue soit-elle. Le corps éthérique ne pourrait être perçu que par des êtres initiés extralucides.

C’est Aristote qui crée le concept d’Éther vers 345 av. J.-C. Aux quatre Éléments la terre l’eau l’air et le feu il en adjoint un cinquième corps, l’éther. Chez Aristote, l’Éther forme la matière des astres et de l’âme.

Ces conceptions du corps éthérique ou du corps astral, reprises par la nébuleuse du Nouvel Âge, nous l’avons dit en introduction, proviennent des courants théosophiques avec Blavatsky et Annie Besant qui lui succéda. Ces courants étaient violemment anti-chrétiens et plus particulièrement anti-catholiques.

Ainsi voici les élucubrations d’Annie Besant, que l’on peut qualifier au mieux d’ésotériques, mais plus réalistement de charabias :

« La matière physique forme sept subdivisions, qu’on peut distinguer les unes des autres, et dont chacune produit, entre ses propres limites, des combinaisons infiniment diverses. Ces subdivisions sont : le solide, le liquide, le gaz, puis l’éther sous quatre états aussi distincts les uns les autres que sont distincts entre eux le solide, le liquide et le gaz. Le corps physique de l’Homme se compose de matière physique en ces sept états – son corps grossier consistant en solide, liquides et gaz, et son double éthérique se composant des quatre subdivisions de l’éther, respectivement désignées par éther I, éther II, éther III et éther IV. […] Les fonctions du corps astral proprement dit ont souvent été attribuées au double éthérique, auquel on donnait parfois à tort le nom de corps astral. Le double éthérique se compose des éthers physiques seulement, et, s’il est extériorisé, il ne peut ni quitter le plan physique, ni s’éloigner notablement de sa doublure » [17].

Alice Bailey en 1925, donnera des précisons tout aussi obscures dans un langage abscons :

« Le corps éthérique interpénètre le physique dense et le dépasse légèrement. Il est comme un brouillard (gris-bleu ?). Il se compose d’un tissu de courants d’énergie, de lignes de force et de lumière. L’énergie circule le long de ces lignes comme le sang dans les veines et les artères. Cette circulation permanente, humaine, planétaire et solaire de force vitale animant le corps éthérique de toutes les formes est la base de toute vie manifestée. Aucune vie n’existe sous une forme séparée. Le corps éthérique d’un être humain fait partie du corps éthérique de la planète donc, il est relié à toutes les formes qui se trouvent dans ce corps éthérique, quel que soit le règne de la nature auquel il appartient. C’est le véhicule emprunté par les courants de vitalité qui maintiennent le corps en vie. Il apporte vitalité et énergie au corps physique et l’intègre au corps éthérique de la terre et du système solaire. » Alice Bailey, dans son Traité du feu cosmique (1925)[18].

Rudolf Steiner aura lui aussi sa définition. Pour Steiner le corps éthérique est un corps de forces formatrices, de forces vitales qui imprègne et donne forme aux organismes des êtres vivants. Ce corps éthérique, serait lui-même pénétré du corps astral et du Moi. Ce corps éthérique maintiendrait le corps en vie. Son interaction avec l’organisme serait inégale et différenciée selon les organes. Le corps éthérique, visible seulement par les initiés, formerait une sorte d’aura autour du corps et refléterait l’état de santé physiologique psychologue et spirituel des êtres. [19]

Kirlian en 1939 prétendit visualiser photographiquement ce corps énergétique ou cette aura. En fait ses photos ne faisaient qu’objectiver l’humidité qui se dégage de chaque corps vivant.

Les explications les plus diverses et saugrenues ont été données pour tenter de rendre compte de ce qu’est le corps éthérique, elles font partie de ces pseudo-preuves chères au Nouvel Âge :

– Le corps éthérique serait le lieu de la mémoire de l’individu. À l’approche imminente de la mort ou en coma dépassé, les personnes voient défiler leur vie par l’intermédiaire de ce corps éthérique.

– En cas de peur intense et soudaine, le corps éthérique pourrait se détacher un instant du corps physique.

– En cas de blessure physique grave, si l’on ne ressent pas de douleur, ce serait parce que le corps éthérique se serait séparé du corps physique.

Le gourou de la Fraternité blanche universelle, Omraam Mikhaël Aïvanhov, témoigne dans ses expériences : « J’ai voulu démontrer à mes amis l’existence du corps éthérique, ce double du corps physique qui lui donne la sensibilité… Je me concentrais [sur une personne] pour la plonger dans un sommeil hypnotique, puis je faisais au-dessus d’elle quelques passes magnétiques pour lui retirer son corps éthérique que je déplaçais dans la pièce voisine. Avec une épingle, je lui piquais légèrement le bras. Elle ne réagissait pas : visiblement elle ne sentait rien. Ensuite, j’allais dans la pièce voisine et là, avec la même aiguille, je piquais légèrement le corps éthérique que je lui avais retiré. Et voilà qu’elle poussait un cri. »[20]

Ce sont des expériences de magie qui ne valident en rien l’existence objective d’un corps éthérique.

Les chakras, décrits plus bas, seraient des centres subtils situés dans les corps éthérique et astral. Les points d’acupuncture seraient des points particuliers de jonction entre le corps physique et le champ éthérique.

Corps astral

Alors que le corps éthérique serait à l’extérieur du corps physique, le corps astral serait à l’intérieur.

Le corps astral réapparaît chez les spirites comme Allan Kardec et les occultistes comme Eliphas Lévi, Papus ou Stanislas de Guaita dans la deuxième partie du 19e siècle. Allan Kardec, en 1857, dans Le Livre des Esprits parle, décrit ce corps astral qui survivrait à la mort physique et permettrait de rentrer en relation avec les vivants. « L’homme a ainsi deux natures : par son corps, il participe de la nature des animaux dont il a les instincts ; par son âme il participe de la nature des Esprits. Le lien ou périsprit qui unit le corps et l’Esprit est une sorte d’enveloppe semi-matérielle. La mort est la destruction de l’enveloppe la plus grossière ; l’Esprit conserve la seconde, qui constitue pour lui un corps éthéré, invisible pour nous dans l’état normal, mais qu’il peut rendre accidentellement visible et même tangible, comme cela a lieu dans le phénomène des apparitions. »

Ce corps astral serait perçu pour Rudolf Steiner, par les clairvoyants comme un corps de lumière psychospirituelle formant une aura autour du corps matériel. Il est appelé astral, car il manifesterait en l’homme les forces psychospirituelles des astres. Durant le sommeil, le corps astral se séparerait en quelque sorte du corps psychosensoriel. Le corps astral se régénérerait alors au contact de la lumière astrale et spirituelle émanant des planètes.

Là aussi de pseudo preuves sont évoquées qui manifesteraient l’existence de ce corps astral.

D’après Rudolf Steiner, « chaque soir, en s’endormant, l’homme sort de son petit univers, de son microcosme, pour entrer dans le grand univers, le macrocosme, et il s’unit à ce macrocosme en y répandant son corps astral et son Je ». Cette phase correspondrait au sommeil profond.

Les passes magnétiques, les séances d’hypnose permettraient de séparer le corps astral du corps physique.

Le voyage astral : lors de l’expérience de décorporation, ou Out-of-Body-Experience, le corps astral se détacherait et vivrait une vie autonome. Aucun psychiatre sérieux n’a validé cette interprétation.

Le chaman guérirait le malade qui le consulte, en sortant lui-même du corps dans un état de transe soit cataleptique (son corps physique est immobile au sol), soit somnambulique (il s’agite, danse, chante, mime le voyage, imite un animal).

Selon les spirites, le corps éthérique qui se désagrège forme un spectre, tandis que le corps astral qui se désagrège forme un fantôme.

Le voyage astral. En anglais out-of-body-experience (OBE)

Les livres prolifèrent dans ce domaine, et ce n’est pas sans danger…

Ils décrivent un « cordon d’argent » comme étant un mince câble lumineux, composé de nombreux fils ou filaments, infiniment extensibles. Dans les voyages astraux, ce cordon d’argent permettrait de relier le corps physique avec le corps éthérique qui serait susceptible de voyager dans le temps et dans l’espace.

Il serait fastidieux de rentrer dans le détail de ces descriptions qui demeurent fondamentalement ésotériques, par conséquent réservées à ceux qui se croient initiés. À force de pratiquer ce langage incompréhensible aux profanes, ils pensent avoir percé les mystères de la vie.

Évoquons rapidement le livre sur La vie après la vie (1974) de Raymond Moody qui est fait de témoignages d’expériences de mort imminente (Near Death Experience, NDE), parfois en état de mort clinique, et de la sensation qu’ont eu certaines personnes de flotter dans l’espace avec un corps léger, de rencontrer des parents ou amis défunts dotés d’un corps spirituel. Il ne s’agit pas de remettre en cause la sincérité de ceux qui ont vécu de telles expériences, mais d’être très vigilants quant aux explications données et de distinguer ce qui est d’ordre subjectif de ce qui est de l’ordre de la preuve scientifiquement établie. Enfin de discerner pour un chrétien sur le plan spirituel, si cela ne remet pas en question notre Foi et notre Espérance en la Résurrection.

Les thérapies du Nouvel Âge font souvent référence aux chakras et à l’aura

Les chakras se trouvent décrits dans les textes sacrés sanscrits de l’Inde appelés Upanishad datant de six cents ans avant Jésus-Christ, puis de manière plus précise dans une des multiples sectes hindoues, apparue au Vème siècle avant Jésus-Christ, comme le shaktisme. Sept chakras principaux iraient de la base de la colonne vertébrale jusqu’au sommet de la tête. Les chakras seraient des centres de conscience pure et des points d’attention de la méditation auxquels sont associés des mantras. Le principal canal énergétique du corps appelé sushumna nadi, relie ces sept chakras. Il est encadré de deux nadis secondaires : ida à gauche (véhiculant la force vitale descendante) et pingala à droite (véhiculant la force ascendante). Le but de la vie spirituelle consiste à éveiller la puissante énergie de la kundalini, force vitale représentée par un cobra royal lové et assoupie, à la base de la colonne vertébrale. Cette kundalini en traversant chaque chakra arriverait au chrakra couronne shahasrara situé au-dessus de la tête, et ainsi provoquerait l’illumination. Ceci demeure un élément important dans la pratique du yoga, de la méditation et de certaines initiations. Des théosophes comme Charles W. Leadbeater (1854-1934) et Alice Bailey (1880-1949), puis les anthroposophes à la suite de Rudolf Steiner ont occidentalisé ces notions énergétiques en les rapprochant de théories ésotériques et de pratiques occultes. Des rapprochements entre chakras et glandes endocrines y ont été faits, sans qu’aucune recherche médicale et scientifique n’ait pu prouver la réalité de ces chakras ni du kundalini ; et pour cause ce sont des énergies dites spirituelles !

Énergie du corps. Alex Grey.

Alex Grey, né le 29 novembre 1953, est un peintre New-Age puisant son inspiration dans le LSD, dans des initiations ésotériques, des rites de passage, et toutes sortes d’exercices psycho corporels. Dans cette peinture il représente le corps anatomique de la médecine occidentale, le corps énergétique et ses chakras, les méridiens d’acupuncture, et les auras entourant le corps physique.

L’aura serait un genre de champ énergétique qui manifesterait extérieurement l’énergie physique psychologique et spirituelle. Elle serait donc en lien étroit avec les chakras. Les clairvoyants prétendent voir l’aura qui changerait constamment de forme de couleur et de taille en fonction des pensées des climats émotionnels ou spirituels, ou de la santé des personnes. Aucune validation scientifique n’est venue à ce jour confirmer ces dires.

L’invisible

Les forces cachées communiquées par les anges, les esprits des éléments, les entités, qu’il faut savoir se concilier par initiation permettraient de rendre possible l’interaction entre matière et esprit et ainsi accéder au divin en nous. Il s’agit d’instrumentaliser les forces de l’invisible pour les mettre à notre service, pour agir selon nos désirs et notre volonté. Ces méthodes magiques ont leur efficience. Mais à qui les personnes qui sacrifient à ces pratiques font-elles allégeance ? La plupart des guérisseurs et autres intercesseurs prétendent, pour les uns détenir ce don de Dieu, d’autres évoquent une faculté naturelle, d’autres encore auraient été initiés. Les prières secrètes, les rites magiques, et autres invocations des esprits ou de l’énergie universelle ne peuvent que nous interroger sur la nature de ces forces invoquées ou invitées. Même si la gratuité de certains praticiens est évoquée, est-ce suffisant pour dédouaner ces pratiques de toute innocuité ? L’apparente disparition des symptômes d’appel des malades qui y ont recours, est-elle un critère suffisant pour valider ces pratiques ?

Beaucoup de questions se posent quant à ces pratiques aussi bien sur le plan de la raison que celui de la Foi, si nous sommes chrétiens.

Voici ce qu’écrit François Mathisjsen, philosophe, théologien, et psychologue :

« Si le phénomène s’explique par l’hypothèse de facultés humaines inconnues (hypothèse psy) ou des lois naturelles encore incomprises, il peut être considéré comme quelque chose de neutre et il est difficilement compréhensible de ne pas l’utiliser pour en bénéficier. Par contre, si la source de certains phénomènes paranormaux n’est pas naturelle, mais surnaturelle (hypothèse spi), que ce ne soit pas donc ni une faculté humaine inconnue, ni une réalité physique inexploitée, mais la manifestation d’une intelligence immatérielle externe qui s’exprimerait à travers une sensibilité ou une disposition naturelle, alors cela demande de discerner ce à quoi nous avons à faire. » [21]

Quelle est la source qui se manifeste incontestablement de façon paranormale, qui échappe à toute analyse et à toute explication rationnelle, et qui semble agir au-delà du temps et de l’espace commun et habituel ? Est-ce une énergie physique naturelle ou une intelligence spirituelle ? La réponse à cette question est déterminante. Car s’il s’agit d’effet physique, de fluides si subtils que nous n’aurions pas encore pu objectiver scientifiquement, il ne serait pas illicite de les utiliser pour le bien. Mais s’il s’agit d’entités spirituelles, alors cela est du ressort de la vie spirituelle et de ses combats. Il n’est pas juste et bon de faire allégeance à des forces invisibles, contraires à la volonté de Dieu.

Voici les recommandations explicites de saint Paul aux Ephésiens. Il est question également d’énergie mais elle n’a pas la même origine :

« Enfin, puisez votre énergie dans le Seigneur et dans la vigueur de sa force. Revêtez l’équipement de combat donné par Dieu, afin de pouvoir tenir contre les manœuvres du diable. Car nous ne luttons pas contre des êtres de sang et de chair, mais contre les Dominateurs de ce monde de ténèbres, les Principautés, les Souverainetés, les esprits du mal qui sont dans les régions célestes. Pour cela, prenez l’équipement de combat donné par Dieu ; ainsi, vous pourrez résister quand viendra le jour du malheur, et tout mettre en œuvre pour tenir bon. Oui, tenez bon, ayant autour des reins le ceinturon de la vérité, portant la cuirasse de la justice, les pieds chaussés de l’ardeur à annoncer l’Évangile de la paix, et ne quittant jamais le bouclier de la foi, qui vous permettra d’éteindre toutes les flèches enflammées du Mauvais. Prenez le casque du salut et le glaive de l’Esprit, c’est-à-dire la parole de Dieu. En toutes circonstances, que l’Esprit vous donne de prier et de supplier : restez éveillés, soyez assidus à la supplication pour tous les fidèles. Priez aussi pour moi : qu’une parole juste me soit donnée quand j’ouvre la bouche pour faire connaître avec assurance le mystère de l’Évangile dont je suis l’ambassadeur, dans mes chaînes. Priez donc afin que je trouve dans l’Évangile pleine assurance pour parler comme je le dois… Que la paix soit avec les frères, ainsi que l’amour et la foi, de la part de Dieu le Père et du Seigneur Jésus Christ. Que la grâce soit avec tous ceux qui aiment notre Seigneur Jésus Christ d’un amour impérissable. » (Ep 6, 10-23).

Problème de santé publique

« Près de la moitié des signalements de dérive sectaire que reçoit la Mission interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires (MIVILUDES) relèvent du domaine de la santé… Elle recense plus de 300 pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique, 1 800 centres de formation dans le domaine de la santé susceptible de présenter un risque de dérive sectaire, 4 000 psychothérapeutes autoproclamés sans formation et non-inscrits sur un registre professionnel. Il est impossible, aujourd’hui, d’évaluer le nombre de pseudo-thérapeutes en France. L’ordre des médecins signale également que près de 3 000 médecins sont en lien avec la mouvance sectaire. Ce constat est d’autant plus alarmant que près de quatre Français sur dix ont recours aux médecines alternatives, dont 60 % de malades du cancer… La majorité de ces « soignants » alternatifs conseillent souvent à leur patient l’arrêt de leur traitement en décrédibilisant leur médecin traitant. Les conséquences peuvent être dramatiques et conduire au décès, comme l’illustre le cas de Steve Jobs, le fondateur d’Apple (adepte et promoteur dans son entreprise de la Méditation de Pleine Conscience). À la suite d’un diagnostic de cancer du pancréas en 2003, il a adopté un traitement à base de jus de carotte et d’acupuncture, sur les conseils de « spiritualistes »… L’efficacité des médecines alternatives est difficilement démontrable scientifiquement, car c’est le ressenti du patient qui sert de preuve. Il est très délicat de mettre en œuvre des études cliniques. En effet, « cette médecine se voulant fondée sur le savoir-faire propre à chaque praticien » cela rend difficile l’établissement de critères objectifs d’étude… « Il suffit de parcourir Internet pour voir le nombre de pseudo-praticiens qui exercent en dehors de tout cadre réglementé. Ils touchent les moins bien informés, les plus vulnérables à qui ils ôtent tout discernement en promettant des traitements miraculeux.[22] »

Le Dalaï-Lama

Il est intéressant de constater que la pensée du Nouvel Âge est très conforme à celle du Dalaï-Lama.

Quel grand personnage, du monde occidental, ne s’affiche-t-il pas complaisamment auprès du Dalaï-Lama ? Son sourire permanent, la compassion, la bienveillance la tolérance de sa Sainteté le Dalaï-Lama est affichée comme étant la réalisation la plus haute de la vie spirituelle, toutes confessions confondues. La sponsorisation du Dalaï-Lama est-elle aussi neutre que cela ? La méditation de pleine conscience issue du bouddhisme tibétain inonde le marché occidental de la maternelle à l’université, du monde de la santé à celui du management d’entreprise.

Il est intéressant d’analyser quelques phrases extraites de la pensée du Dalaï-Lama.

Nous pouvons constater facilement qu’elles sont autant de professions de foi ou de « dogmes », s’opposant frontalement à la révélation chrétienne :

– « La loi du karma dit que ce monde est notre œuvre, que nous soyons nos propres enfants et non ceux d’un dieu ou du hasard. » [23]

Dieu a créé le monde ex nihilo, il a créé l’homme et la femme à son image et à sa ressemblance. Nous sommes devenus enfants de Dieu par la grâce de notre baptême.

– « Dans une certaine mesure la terre est notre mère. »[24]

C’est une des professions de foi chère au Nouvel Âge que l’on retrouve dans les discours écologiques. Cette affirmation est panthéiste, voire animiste.

– « Le seul vrai gardien de la paix est en soi. »[25]

C’est le Christ qui est source de Paix et qui nous donne sa Paix. C’est Lui, la source et le gardien de la paix en nous. Cette Paix vient de son sacrifice sur la croix pour la rémission de nos péchés et le Salut du monde. Chaque eucharistie renouvelle pour nous, avec nous et en nous la présence du Christ qui nous donne sa Paix et nous envoie pour manifester cette Paix au monde.

– « La notion de péché est étrangère au bouddhisme. » [26]

La liturgie de la veillée pascale ose dire : « Bienheureuse faute qui nous a valu un tel Rédempteur. » Si le péché n’existe pas comme l’affirme le Dalaï-Lama, le Christ n’a plus sa raison d’être : sauver les hommes de l’emprise du péché et donner accès à la vie éternelle.

– « Le bouddhisme s’est toujours gardé d’affirmer l’existence et l’omnipotence d’un dieu créateur… nous reconnaissons l’existence d’êtres supérieurs, en tout cas l’état supérieur de l’être, nous croyons aux oracles, aux interprétations des songes, à la réincarnation… Le bouddhisme est une expérience… L’un des enseignements du Bouddha est : « attendez tout de vous-mêmes » ».[27]

Le Dalaï-Lama dit que le bouddhisme est une expérience, par conséquent qu’il serait neutre, laïque, et non confessionnel. Or précisément le bouddhisme tibétain est rempli de pratiques magiques de superstition et d’affirmation dogmatique comme celui de la réincarnation. « Attendez tout de vous-mêmes » s’oppose à la prière chrétienne du Notre Père : « Que ta volonté soit faite. »

L’enseignement de l’Église affirmait : « Hors de l’Église point de salut ». Et Dieu sait si cette « prétention » en a offusqué plus d’un. Mais voici ce que dit en toute humilité le Dalaï-Lama :

– « Oui je crois profondément que le bouddhisme est plus profond, plus sophistiqué que d’autres religions ou écoles de pensée. »[28]

Le christianisme aurait dévalorisé le corps, comme étant le lieu du péché. Cependant le Christ de nature divine a pris chair dans notre nature humaine. Ainsi le corps, dans la tradition chrétienne, est précieux de sa conception à la mort et même au-delà de la mort puisque nous croyons à la résurrection de la chair dans la vie éternelle. Saint Paul parlant de l’être corps et âme disait : « Ne savez-vous pas que vous êtes un sanctuaire de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? » (1 Co 3,6)

 

– À l’inverse voici ce que dit le Dalaï-Lama : « Cette existence humaine que nous tenons pour précieuse vient d’un rebut… Le corps est une machine à produire excréments et urine. Pareil corps n’est pas à chérir. » [29]

Il est curieux de considérer que bien des Occidentaux se tournent vers le bouddhisme, pensant que celui-ci tient davantage en considération la dimension corporelle que le christianisme !

– « Le Bouddha à le pouvoir de connaître les vies passées des êtres, ainsi que le moment de leur mort et de leur renaissance, suivant leur karma. »[30]

Le chrétien ne croit pas à la réincarnation, mais à la résurrection, il y a radicale incompatibilité entre ces deux professions de foi.

– « C’est par son propre effort et par sa propre et dure application qu’il est devenu le Bouddha. »

Pour le bouddhisme, le monde sensible est synonyme d’illusion, de mensonge, de mal, il est maya. La connaissance sensible ne peut être que partielle, voire déformante. Il faut donc s’en abstraire avec une constante application, pour rejoindre l’immuable.

Ce n’est pas par notre propre mérite, mais par grâce que nous devenons enfants de Dieu, même si nous sommes participants au maintien de cette grâce en nous, et c’est l’objet de notre combat spirituel.

– « Le cycle de l’existence est dépourvu de commencement. » [31] Pour le bouddhisme et bien des conceptions venues de l’Orient, le temps est cyclique, il n’a donc pas d’origine ni de finalité. Pour le christianisme le temps est linéaire, il a un commencement, la création du monde, et il existe une fin de ce monde. Au-delà, il y aura la Jérusalem céleste où sera proclamée la Gloire de Dieu pour l’éternité.

Culture en direction des jeunes

Les milieux intellectuels chrétiens se sont abstenus depuis des années d’analyser les ressorts et les enseignements proposés à nos enfants adolescents et jeunes adultes dans ces nouvelles cultures. Hier les héros étaient des personnages historiques, des saints ou des personnages de légende combattant les forces du mal, et maîtrisant en eux-mêmes les passions mauvaises, pour suivre le beau, le vrai et le bien. Aujourd’hui il y a une inversion des figures archétypales, les dragons ne sont plus à combattre, mais à amadouer pour entrer en communion fusion avec eux  dans Eragon ; les sorcières ne sont plus méchantes, mais permettent d’ouvrir les yeux comme dans La croisée des mondes ; les initiations aux pratiques magiques sont banalisées, à l’instar des aventures de Harry Potter, véritable compendium de l’ésotérisme et de l’occultisme.

Ces romans devenus des films ont une face exotérique, l’histoire apparente destinée au plus grand nombre ; il y a cependant une face ésotérique avec des correspondances suggérées ou implicites qui font référence à l’alchimie, la magie, la théosophie ou la franc-maçonnerie, invisible aux profanes… L’anthropologie qui sous-tend ces géants de l’industrie médiatique n’a non seulement plus rien de chrétien, mais inverse les perspectives. Star Wars et son univers binaire se situe davantage dans une conception yin yang qui vient de l’Orient. Et nous pourrions multiplier les exemples avec Matrix ou Valérian. Le dernier film de Walt Disney proposé pour Noël 2017, Coco, parle de l’initiation que reçoit un jeune garçon dans le séjour des morts ! Bien sûr l’enrobage merveilleux et ludique, les prouesses techniques d’une musique s’accordant parfaitement aux images vont séduire parents et enfants. Mais prenons-nous le temps d’analyser le thème proposé ?

La musique métal fait l’apologie des forces du mal et rend pour certains groupes un culte au nombre de la Bête de l’Apocalypse 666, incarnation des forces sataniques. Des jeux vidéo sont également pénétrés par l’univers des forces du mal, du diable et des puissances des ténèbres dont on ne parle plus depuis longtemps dans les églises catholiques.

Les représentations populaires de la foi montrent les enjeux du combat entre les forces du bien et du mal. Ainsi saint Michel, saint Georges, sainte Marguerite (d’Antioche) terrassaient le dragon, et personne ne trouvait cela distrayant.

Apologie du christianisme

Le terme apologie vient du grec ancien apologia, qui signifie « justification, défense (contre une attaque) »

« L’apologétique chrétienne est la partie de la théologie qui a pour but d’analyser méthodiquement tout ce qui touche à la crédibilité de la foi chrétienne de façon à proposer les arguments qui prouvent qu’il est raisonnable de croire à la Révélation divine, fondement de la foi chrétienne. »[32]

Aujourd’hui, les attaques du contenu de la Foi chrétienne, qui déferlent dans tous les domaines sont incessantes. Les quelques éléments et symptômes trop rapidement et partiellement décrits ici sont bien loin d’être exhaustifs. Ces attaques conscientes ou inconscientes, issues du Nouvel Âge et de ses dérivés, s’inscrivent dans ce combat de toujours entre la gnose et la Foi. Elles ne cessent de s’amplifier et de se mondialiser. Il est nécessaire que l’Église « experte en humanité », fidèle à sa tradition, produise une apologétique actualisée aux questions d’anthropologie et de théologie fondamentales que cela soulève. La hiérarchie de l’Église a le devoir, au respect de sa tradition bi millénaire, d’oser une Parole forte pour dire la compatibilité ou l’incompatibilité radicale de la doctrine de la foi, au regard de certaines de ces hérésies, d’éclairer les consciences et donner aux âmes les moyens du salut en, par et avec notre Seigneur Jésus-Christ.

Nature et grâce

Il y a une radicale différence entre les énergies du Nouvel Age et la grâce de Dieu.

Selon la théologie catholique, la grâce ne vient pas de nos exercices ou de nos mérites pour la recevoir, mais de l’Amour libre et gratuit de Dieu. Le corps de l’homme, son être tout entier sont du domaine de sa nature créée par Dieu. L’homme a la capacité d’accueillir la grâce de Dieu, qui le rend digne de cet amour. Cette seule grâce donne à l’homme d’aimer comme Dieu nous aime, jusqu’à donner sa vie à la suite du Christ. C’est la grâce de Dieu qui fait que la nature de l’homme est tournée vers un au-delà de lui-même. L’homme a une constitution qui le tourne vers Dieu passivement, mais qui trouve son accomplissement dans son désir libre et actif de communion avec Dieu. Ainsi la grâce ne détruit pas, mais soutient et complète la nature.

La nature divine est distincte radicalement de la nature humaine. Cependant Jésus-Christ possède en lui les deux natures humaine et divine. Il est vrai Dieu et vrai homme. Il nous fait mystérieusement le don de sa nature divine par son sacrifice sur la croix, sa mort et sa résurrection qui rachète le péché des hommes et nous ouvre à la vie éternelle.

« La grâce en tant qu’elle est libre, gratuite, et qu’elle demande à être acceptée librement, constitue le don de cet amour dont l’homme a besoin pour trouver son ultime accomplissement. »[33]

Vie spirituelle

Il est nécessaire de définir ce qu’est la vie spirituelle pour un chrétien, car dans la mouvance du Nouvel Âge il est sans cesse question de spiritualité.

La vie spirituelle du chrétien est liée à l’Esprit Saint, troisième personne de la Sainte Trinité qui nous permet de connaître et de reconnaître l’œuvre de Rédemption dans notre vie. C’est l’Esprit Saint qui nous permet de confesser Jésus vrai Dieu et vrai homme et d’entrer en relation avec Dieu notre Père. L’Esprit Saint est la source, l’agent et le protecteur de la vie spirituelle, il traduit la Parole de Dieu dans un langage qui touche notre cœur, notre être tout entier et nous rend ainsi participant à la vie en Dieu.

Ainsi l’homme n’accède à la vie spirituelle que par grâce. La grâce est l’essence même, ou les énergies, selon la spiritualité orthodoxe, de la sollicitude de Dieu envers l’homme, telle qu’elle s’incarne en Jésus-Christ et se communique au plus profond de notre corps, de notre intelligence et de notre âme comme don de l’Esprit Saint. Cette grâce est à l’origine, au sens et à la finalité de la relation restaurée entre l’homme et Dieu Trinité Sainte.

La recommandation de Saint Paul à Timothée dans sa première lettre, garde toute sa force sa pertinence :

« À Timothée, mon véritable enfant dans la foi. À toi, la grâce, la miséricorde et la paix de la part de Dieu le Père et du Christ Jésus notre Seigneur… Comme je te l’ai recommandé en partant pour la Macédoine, reste à Éphèse pour interdire à certains de donner un enseignement différent… Le but de cette interdiction, c’est l’amour, la charité, qui vient d’un cœur pur, d’une conscience droite et d’une foi sans détour.

Voici la consigne que je te transmets, Timothée mon enfant, conformément aux paroles prophétiques jadis prononcées sur toi : livre ainsi la bonne bataille; pour s’être écartés de ce chemin, en gardant la foi et une conscience droite, certains se sont tournés vers des discours inconsistants… » (1 Tm 1, 2. 3. 5. 6. 18. 19. 20).

« L’Esprit dit clairement qu’aux derniers temps certains abandonneront la foi, pour s’attacher à des esprits trompeurs, à des doctrines démoniaques. Ils seront égarés par le double jeu des menteurs dont la conscience est marquée au fer rouge. » (1 Tm 4, 1-2).

Bertran Chaudet

Déc. 2017

Écouter  la conférence (1h30)
Notes

[1] Wicca est un terme anglais qui désigne les sorcières. Ce mouvement néo païen fondé en 1939 par Gérald Gardner pratique la magie. Certains mouvements féministes américains s’en inspirent.

[2] Conseil pontifical de la culture, Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux. Jésus-Christ Le Porteur d’Eau Vive. Éd Tequi, 2003, p. 43-44.

[3] Ib., p. 43-44.

[4] Jean-Paul II, Entrez dans l’espérance, Éd. Plon 1994, p. 147.

[5] Jean-Claude Larchet, La théologie des énergies, Éd. du Cerf. 2010, p. 37.

[6] Ib., p. 53.

[7] Paulo Coelho, L’Alchimiste. France Loisir. Éd Anne Carrière, 1994, p. 46-47.

[8] Ib., p. 122.

[9] Ib., p. 233.

[10] Frédéric Lenoir, l’Âme du monde, Éd. Nil, 2012, p. 56.

[11] Ib., p. 149.

[12] Ib., p. 161.

[13] Voir les articles sur pncds72.free.fr

[14] Voir toutes les études du Père Dominique Auzenet sur occultismedanger.free.fr

[15] Voir les articles correspondants dans sosdiscernement.org, et pncds72.free.fr

[16] Helena Blavatsky, Doctrine Secrète, Vol. 4, Partie II, Section XI, A. Saptaparna.

[17] Annie Besant, L’homme et ses corps, 1911.

[18] Christian Jacq, Dictionnaire critique de l’ésotérisme, PUF, 1998, p. 701. D’après Alice Bailey, dans son Traité du feu cosmique (1925). Il est a noter que Christian Jack auteur prolifique, franc-maçon, a écrit de très nombreux ouvrages sur l’Égypte ancienne, ses cultes et initiations. Ses livres ont une grande audience.

[19] Extrait de Rudolf Steiner, La science de l’occulte (1910), chap. II : « L’être humain » ; Théosophie. Introduction à la connaissance suprasensible du monde et de la destinée de l’homme (1904).

[20] O. M. Aïvanhov, Éléments d’autobiographie, t. I : Afin de devenir un livre vivant, Fréjus, Prosveta, 2009, p. 94.

[21] François Mathijsen, Les expériences paranormales, Éd. Fidélité, 2014, p. 45-46.

[22] Unadfi – Actualités n° 250, octobre 2017. (Sources : Le Figaro Santé, 20.10.2017 & Notre Temps, 12.10.2017)

[23] Samsara, la vie, la mort, la renaissance. Le livre du Dalaï-Lama. Éd. le Pré aux Clercs, 1996, p. 157.

[24] Ib., p. 71

[25] Ib., p. 75.

[26] Ib., p. 77.

[27] Ib., p. 88.

[28] Ib., p. 89.

[29] Ib., p. 105.

[30] Ib., p. 109.

[31] Ib., p. 128.

[32] Définition donnée sur le site internet de la Conférence des Évêques de France, CEF.

[33] Dictionnaire critique de théologie, sous la direction de Jean-Yves Lacoste. Éd. PUF, 2007. Article Grâce, p. 605.

L’ennéagramme, outil de connaissance de soi ?

Cette réflexion sur l’ennéagramme  a été motivée  par le fait que les chrétiens en France sont de plus en plus sollicités pour participer à des sessions d’ennéagramme pour une meilleure connaissance de soi et  pour une meilleure évolution spirituelle. J’ai souhaité appuyer mon analyse sur deux ouvrages qui sont fréquemment cités comme preuve de fiabilité de la méthode  et comme document de travail lors des formations.

Il m’a paru en effet intéressant de plonger au cœur de ces deux ouvrages, dont la réputation des auteurs sert de caution morale à ceux qui enseignent et propagent l’ennéagramme dans les milieux chrétiens. Bon nombre de ceux qui se forment ou qui  accueillent ces formations dans leur  locaux ne les ont sans doute pas consultés, pour cette raison précisément.

Il s’agit de   « L’ennéagramme, un itinéraire de la vie intérieure » de  Maria Beesing, religieuse dominicaine, animatrice de retraites spirituelles, Robert Nogosek et Patrick O’Learry  jésuite (américain) qui intègre l’ennéagramme à sa pratique de la direction spirituelle, (Desclée de Brouwer, Lonrai août 2003).  Et de « Les neuf portes de l’âme : ennéagramme et péchés capitaux : Un chemin psycho spirituel. », de Pascal Ide. (Ed Sarment éditions du Jubilé. Octobre 2008)

Je soulignerai ici simplement quelques points  d’attention.

Origine de l’énéagramme

Il a été introduit en France par Gurdjieff dans l’entre-deux-guerres. Le bref historique de l’ennéagramme que Pascal Ide propose est surprenant.

« La succession historique presque constamment retrouvée est la suivante : Pythagore- Pères du désert- soufisme- Georges Gurdjieff- Oscar Ichazo- Claudio Naranjo- Helen Palmer.[1] »

Or cette succession  est avérée depuis Gurdjieff. C’est tout ce que l’on peut dire. Le reste n’est  pas historiquement vérifiable.

Par ailleurs, dans sa bibliographie, Ide cite Boris Mouravieff, auteur de « Gnôsis,  étude et commentaires sur la tradition ésotérique de l’orthodoxie orientale », (Neufchâtel, La Baconnière 1972 et 1996) :

« En trois volumes, ce chercheur a creusé la tradition hermétique chrétienne orthodoxe. Dans le tome 3, il évalue les symboles géométriques de l’ésotérisme chrétien, dont l’ennéagramme qu’il estime résumer en soi toute la gnose. Il est incontestable que l’esprit de l’ouvrage est joachimite et présente les ambiguïtés de l’hermétisme et de la numérologie[2]»

Il est intéressant de savoir que Mouravieff est disciple d’Oupensky un des plus proches disciples de Gurdjieff. Ils sont les promoteurs de la quatrième voie  enseignée par Gurdjieff. Selon l’enseignement de Gurdjieff la première voie serait celle du fakir qui maîtrise par l’ascèse corporelle ses instincts ; la deuxième voie, celle du moine qui maîtrise ses sentiments et ses émotions ; la troisième, celle du yogi qui maîtrise son mental ; la quatrième voie permettrait la maîtrise de l’ensemble par un hyper contrôle sur soi, les autres et le monde. . Ce fondement  néo- gnostique imprègne l’anthropologie de l’énnéagramme. Nous pourrions faire des parallèles avec la théosophie de Blavatsky ou de Steiner. Les théosophes ont de nombreux contacts avec les gurjieffiens,  ils appartiennent parfois à  l’un et l’autre

Ide cependant précise qu’il n’a pas approfondi l’ouvrage de Mouravieff, ne l’ayant consulté que quelques jours. Il  cite également le livre de Jean-Marie Gries, « mythologie et astronomie à la lumière de l’ennéagramme », (coll. « Les cahiers d’Hermès » : « Le triangle de l’ennéagramme, est-il dit en quelques lignes, peut se comprendre à partir de la Sainte Trinité, mais aussi à partir du triangle d’or de la franc-maçonnerie !( p.35. [3]

Pour autant Ide  n’aboutit pas à cette évidence que pour un chrétien tout ce qui enferme l’homme dans une logique intrinsèquement pertinente se ferme au mystère de la création, de la vie et de l’homme et se rend hermétique à toute transcendance.

Nous pourrons faire des parallèles avec la théosophie de Blavatsky ou de Steiner. Les théosophes ont de nombreux contacts avec les gurjieffiens,  ils appartiennent parfois à  l’un et l’autre groupe. Ce fondement  né- gnostique imprègne l’anthropologie de l’énnéagramme comme bien d’autres méthodes où psychologies et spiritualités sont mélangées.

Principe fondateur de l’ennéagramme

« Le cœur de l’ennéagramme s’identifie pour une part à ce que l’Evangile appelle nos talents (Mt 25, 14-30). Au point de départ nous avons beaucoup de talents (neuf précisément).[4] »

Tout  le système repose sur le postulat que l’homme a neuf talents, et neuf péchés. Pour faire le compte, Pascal Ide ajoute  aux sept péchés capitaux traditionnels de l’Eglise, le mensonge et l’anxiété. Nous pourrons lire ce que Sœur Marie-Ancilla écrit à ce sujet dans sa propre analyse.

« La distinction des neufs types peut s’expliquer à partir de trois points de vue complémentaires : la caractérologie qui relève de notre géographie intérieur; les mécanismes de défenses qui s’intéresse à notre histoire personnelle subie ; les péchés capitaux qui concernent notre itinéraire voulu. Les deux premières perspectives sont psychologiques et la troisième éthique voire spirituelle. Les types sont bordés d’un côté par la caractérologie et de l’autre par l’éthique.[5] »

Cette vision du monde et de l’homme est globalisante et concordiste, tout doit rentrer dans le cercle  de l’ennéagramme: psychologie, théologie, morale, connaissance de soi.

La base de chaque numéro se serait construite en nous autour d’une blessure d’enfance, qu’il faudra prendre le temps de rechercher, si l’on veut comprendre le pourquoi de notre vie actuelle. C’est donc dans une histoire de malheur que nous nous constituons. Dire que chaque type se construit en nous autour d’une blessure d’enfance est une ineptie sur le plan de l’élaboration de la personnalité. Aucun psychologue ne pourrait postuler que  notre personnalité se construit  dans une histoire de malheur. Il n’y a pas de place ici sur le plan psychologique pour la résilience ou sur le plan spirituel pour le pardon.

Simple instrument de connaissance de soi ou système de lecture du monde

Face à certaines critiques, les praticiens de l’ennéagramme avancent qu’il s’agit d’un simple outil, parmi d’autres, au service d’une meilleure connaissance de soi. On entre en fait dans un véritable système qui permet de décoder le monde à la lumière des 9 chiffres. Car pour ajouter une pointe d’ésotérisme réservée aux seuls initiés : « La tradition se refuse à nommer les types autrement que par de chiffres. [6]»

Outil de connaissance de soi ou système complexe de lecture du monde ?

L’argument souvent avancé est que l’on peut considérer l’ennéagramme comme un simple instrument, parmi d’autres. Or il est conçu comme une méthode complète, système clos où rien n’échappe à son analyse, « L’ennéagramme est une méthode de connaissance et de transformation de soi .[7]»

Il est une démarche globale : « Connaître l’ennéagramme n’est pas engranger une information nouvelle, c’est entrer dans une démarche qui n’est pas anodine et dont on ne se sort pas indemne. [8]»

« Nombreux sont les gens à le ressentir comme dangereux. Il est pénible d’avoir à dépister à la base de sa propre personnalité une propension maligne caractéristique ! C’est précisément contre cet aveu que la compulsion cherche à nous protéger. Vouloir la déceler, c’est donc d’une certaine manière « mourir » à soi-même. » (Maria Bessing (o.p), Robert Nogoseck (c.s.c.), Patrick O’Leary ( s.j.), L’ennéagramme. Un itinéraire de la vie intérieure, Paris, DDB, 1992, p.14.[9])

Ne pas accueillir l’ennéagramme serait refuser de reconnaître ses mécanismes de défenses  ses compulsions ou ses disfonctionnements et ne pas accepter cette forme d’itinéraire obligé de qui veut mieux se connaître et connaître les fonctionnement des autres.

Toute critique de l’ennéagramme est ainsi disqualifiée ; elle  manifesterait en fait  que le détracteur aurait de ne pas vouloir affronter ses propres réalités compulsives, les reconnaître et changer son comportement. Ce manque de courage ferait ainsi obstacle à la vie intérieure qui nécessite une mort à soi-même.

Mais cette mort à soi-même n’est ni provoquée ni suscitée par les mystiques chrétiens eux-mêmes. Seul l’Esprit peut pousser dans les lieux déserts et amener à une purification passive des sens ou à une nuit de l’esprit. Provoquer par une telle méthode une mort à soi-même ne donne-t-il pas l’illusion d’être maître du mystère de sa propre vie et de toute connaissance

Un outil au service de la croissance spirituelle ?

Pascal Ide analyse le document du Conseil pontifical pour la culture et du Conseil pontifical pour le Dialogue interreligieux sur le Nouvel Age qui fait allusion à l’ennéagramme au terme d’un paragraphe consacré à la proximité entre New Age et gnose. Il en cite le texte : « Un exemple nous est donné par l’ennéagramme – un instrument pour l’analyse du caractère selon neuf catégories – qui, lorsqu’on l’utilise comme instrument de croissance spirituelle, introduit une ambiguïté dans la doctrine et la pratique de la foi chrétienne [10] »

Ide démonte ensuite  cette affirmation du texte romain, en un véritable syllogisme :

Un certain nombre de personnes, lisant rapidement le texte du Conseil Pontifical, l’ont interprété comme une mise en garde, voire comme une critique, à l’égard de l’ennéagramme .

Or :

  • 1. La définition de l’ennéagramme ne comporte rien qui fasse allusion ni à la foi chrétienne ni à la gnose ; or, la critique porte sur ces aspects ; il n’est donc pas étonnant que le texte ne se prononce pas favorablement, car telle n’est pas son intention.
  • 2. La proposition restrictive pose une distinction très salutaire. En effet, intentionnellement, le texte du Conseil Pontifical répète le terme « instrument » : l’ennéagramme peut être utilisé soit comme « instrument pour l’analyse du caractère », soit comme « instrument de croissance spirituelle »  ; or, seul le second usage est condamné : car il « introduit une ambiguïté dans la doctrine et la pratique de la foi chrétienne », donc est condamnable. Ce point mériterait un long développement qu’il n’y a pas lieu de faire ici. L’idée est la suivante : la croissance spirituelle est la réalisation du salut en nous ; or, la rédemption est l’œuvre de Dieu ; mais un instrument comme l’ennéagramme fait appel aux seules forces humaines (ici de connaissance de soi) ;
  • 3. Donc, l’ennéagramme utilisé à des fins spirituelles s’oppose à la vérité du salut.
  • Si l’on considère l’ennéagramme comme un simple instrument pour l’analyse du caractère, il serait donc licite pour un chrétien de l’utiliser. Pourquoi, après une telle analyse de la part même de Ide, les centres de formation de certains diocèses continuent-ils à accueillir des formations intitulées « vie spirituelle et ennéagramme » ?

Un outil psychologique ?

Pour ce qui est de la fiabilité de l’outil pour une meilleure connaissance de soi psychologique, il y a encore à réfléchir.  Dans les livres utilisés lors des formations, les concepts de sciences humaines sont flottants. Sont évoquées des comparaisons hasardeuses présentées comme des évidences.

« Le caractère est comme notre géographie intérieure. Nous ne percevons pas plus de changement dans le massif de l’Auvergne ou le lit du Rhône en l’espace d’une génération que dans nos traits de caractère. En revanche, cette géographie va être le théâtre d’un certain nombre d’événements qui constituent notre histoire et vont l’influencer : l’histoire d’un peuple continental comme la Russie n’est pas  celle d’un peuple maritime comme l’Angleterre. L’ennéagramme concerne notre histoire, puisque les types sont les mécanismes de défenses apparus au cours de notre vie. Mais ces types seront influencés par notre géographie intérieure : un émotif est d’avantage prédisposé à être individualiste qu’arriviste.

C’est d’ailleurs parce que l’ennéagramme est à la frontière de l’inné (la caractérologie) et de l’acquis que cette approche offre une vision positive et pleine d’espérance pour l’homme.[11] »

La personne qui entre en ennéagramme devra tout mettre en œuvre pour découvrir sa base, nommée par un chiffre. Or les tests psychologiques fiables répondent à des processus de paramétrage rigoureux. Leur étalonnage fait appel à des protocoles stricts qui tentent de sérier au plus près les réalités observées dans un champ de la personnalité bien précisé au départ. On peut par exemple prendre les tests de Quotient intellectuel. Des données statistiques tempérées par des milliers d’observations rigoureuses, permettent d’approcher un degré de fiabilité correcte pour ce type de test que l’on peut appeler alors instrument ou outil. Quand il s’agit de tests de personnalité, l’approche est beaucoup plus délicate et finalement beaucoup plus sujette à caution. Présenter l’ennégramme comme un instrument de connaissance, qui peut effectivement être subjectivement performant, ou tout au moins apporté quelques éclairages, n’assure pas la totale fiabilité de cet outil, ni la véracité de ce tout qu’il apporte.

D’autre part, lors des tests de personnalité, le psychologue prend bien soin d’avertir son patient sur le fait que le test est valable ici et maintenant.  Aucune mise en garde de ce type dans l’énnéagramme :  le numéro qui représente la base est le même pour toute la vie.

L’ennéagramme permettrait aussi de connaître les autres, de les décoder à leur insu. Ce danger a été cerné, puisque des précautions sont mises en place : « L’international Ennéagramme Association demande dans son code d’éthique de « laisser chacun découvrir son type, à son rythme ». C’est la règle d’or qui relève de la déontologie de l’ennéagramme. »

« De plus, dire à quelqu’un son type avant qu’il le découvre est non seulement lui ôter la joie et la fécondité d’en faire lui-même le découverte, mais se rendre complice d’une secrète volonté de puissance. Enfin, c’est laisser accroire que le type épuise la personne. »

« Il faut commencer par découvrir son type avant de comprendre celui des autres. Cette expérience intérieure permet à la fois de mieux saisir les finesses de l’analyse ennéagrammatique et d’autres dans une attitude de douceur et de compassion ; elle évite d’utiliser l’ennéagramme comme moyen de  manipulation ou de jugement intérieur. [12]»

Cependant, on pourra prendre dans les manuels des exemples de types et non des moindres ! La grille de lecture de l’ennéagramme aura finalement permis de juger les autres et de les épuiser précisément dans tel ou tel type ; Elle aura finalement permis d’opérer un regard en surplomb sur les personnes en les rangeant dans les catégories de l’ennéagramme. Et toi lecteur praticien de l’ennéagramme, pourras-tu en toute honnêteté  dire que tu n’essaies pas en me lisant de savoir quel numéro je suis ?

« Thérèse de l’Enfant Jésus semble avoir développé le type perfectionniste. Ce qui n’est pas le cas de toute la famille Martin. En regard, Pauline, par exemple, semble beaucoup plus légaliste.

Pour plusieurs raison. Le premier facteur est l’éducation exigeante de sa maman, Zélie Martin (qui devait être une indispensable plus qu’une perfectionniste ; à la limite une femme de type 2 avec une aile 1 .[13]»

Une démarche syncrétiste

La médecine même pourrait entrer dans le système. Pascal Ide avance une hypothèse  sur l’homéopathie : « J’avance une nouvelle hypothèse : privilégiant le malade sur la maladie, l’homéopathie (dans sa branche uniciste, la plus audacieuse et la plus prometteuse, me semble-t-il, et aussi la plus en résonance avec l’anthropologie que je défends ne propose-t-elle pas aussi une typologie des individus et de leur ressource (capacités et faiblesses), ainsi que des médicaments adaptés à ses ressources, négatives ou positives. [14]» p.136.

Or dans  le domaine de l’homéopathie,  il n’y a pas à ce jour d’expérimentation scientifiquement prouvée. Et pour cause, les paramètres des ressources des capacités et des faiblesses sont si complexes et diversifiés qu’il est impossible de les sérier.

Il semble bien que nous soyons dans une démarche syncrétiste où tout doit rentrer dans une logique préalable prise comme sommet de connaissance. Cela pourrait ressembler à une gnose. Seule la foi dans le concept sauve et fait tout coïncider. Ce qui par ailleurs n’est sans doute pas sans efficacité, mais c’est plutôt grâce à un effet inductif et suggestif où la part d’inconscient est déterminante, que par un effet objectivement vérifiable. Les processus magiques ne fonctionnent-t-il pas de manière identique ?

Changer ou se convertir : quel est l’objectif de la vie du chrétien ?

Il y a une ambiguïté permanente entre ces deux notions lorsque l’on se forme à  l’ennéagrammeet qu’on l’applique en tant que chrétien. D’ailleurs de quelle âme Ide parle-t-il, quand il évoque les neuf portes de l’âme ?

Il s’agit pour lui de « fonder l’ennéagramme sur une vision complète de l’homme .[15]» Mais il faudrait comparer cette vision holistique, vision néo-gnostique, avec  l’humanisme intégral développé par Jacques Maritain et repris  par Paul VI  et Benoît XVI dans l’encyclique Veritas in Caritatis.

« Pour changer, il faut un moteur, une aide, des outils de connaissance et de transformation de soi. C’est le but de cet ouvrage de vous les proposer.[16] »

Pour un chrétien, l’essentiel n’est-il pas de rencontrer le Christ de se laisser transformer par lui, dans les évènements du quotidien, de constater, dans l’inattendu et la gratuité, sa présence agissante qui permet de mieux le connaître et de mieux nous connaître ?

Bien sûr les sciences humaines aident à cette connaissance de nous-mêmes. Mais cela se fera dans la rigueur et l’exigence d’une étude qui ne peut se construire que dans la durée, et non pas avec des grilles de lecture stéréotypées et relativement simplistes, dans lesquelles il est facile d’entrer en un week-end de formation et finalement de s’enfermer.

Ennéagramme et Jésus

Reconnaître en soi les conditionnements compulsionnels de son propre type, selon les perspectives de l’ennéagramme devient l’objectif à atteindre pour rejoindre Jésus. Jésus est l’homme parfait, le sage qui, intégrant les neuf types, vit en plénitude toutes les qualités de l’humanité, étranger au péché et à toute compulsion.  « En faisant siennes les neufs façons de vivre en l’homme, tout en refusant l’aspect compulsif, Jésus est vraiment apte à proposer à chaque type de personnalité un véritable modèle du voyage intérieur à entreprendre  vers la vraie liberté. [17]». Mais il n’est pas question ici de Jésus vrai homme, certes, mais aussi fils de Dieu, vrai Dieu lui-même.

« Enfin, en Jésus, Dieu est le modèle par excellence (cf. Mt 16,24)…Tous les spécialistes de l’ennéagramme s’intéressant à la vie spirituelle et en particulier à l’Evangile ont constaté avec bonheur que Jésus est pleinement ouvert à tous types. Plus précisément, il déploie les qualités de chaque type et en évite les défauts et compulsions : fait rarissime, les neufs portes de son âmes humaine sont harmonieusement ouvertes. »  « Jésus a réalisé « l’état de l’homme véritable » sans se limiter à un seul type de personnalité[18].»[19] » p. 257. 258.

Ainsi,  par exemple, la qualité positive du numéro  1 se retrouve dans la perfection de Jésus. Et on s’appuiera sur une phrase de l’évangile pour justifier cela : « Soyez parfaits comme votre Père du Ciel est parfait. » Mt 5,48. Sa perfection en tant que numéro 1 permet alors  à Jésus de renvoyer chacun à lui-même ;  c’est dans l’épisode de la femme adultère qu’on en trouve la justification. Chaque type ayant en effet sa face d’ombre, la difficulté du un, perfectionniste, serait d’accueillir les gens avec leur imperfection, ainsi que d’accueillir ses propres imperfections.

Les types 2 trouveront en Jésus le modèle de la serviabilité, la parabole du bon samaritain en étant l’archétype, dépassant les rigueurs de la loi pour le service du prochain. La partie sombre de l’altruiste serait de gagner l’amour des autres en s’oubliant faussement soi-même.

Ainsi de suite, chaque typologie est rapportée à un passage des Évangiles et analysée selon la lumière parfaite qu’offre Jésus, et la face d’ombre que cela révèle en chacun d’entre nous.

Le risque de ce type d’approche est de permettre  une sacralisation de la psychologie ou de  psychologiser  le christianisme à travers une grille d’analyse qui semble pertinente, mais qui instrumentalise les récits évangéliques en les faisant entrer dans les numéros des neuf types de l’ennéagramme.

Parallèle avec les idées développées par Karl Jung

L’introspection et la connaissance de soi selon la typologie proposée par l’ennéagramme peuvent  être comparées avec les perspectives de la psychologie jungienne de recherche du moi profond appelé le Soi, différent du moi superficiel ou compulsif désigné par l’égo. Le Christ est alors le symbole du Soi profond  à atteindre. Le risque de ce psychologisme serait de faire coïncider ce que nous imaginons de la psychologie de Jésus avec  notre propre moi, au lieu d’aller de tout notre être vers Jésus, vrai Dieu et vrai homme.

Pour Jung, Jésus manifeste la partie positive et bonne de l’image de Dieu en nous, image qui doit être complétée de manière symétrique par la partie négative ou obscure, définie dans les types de l’ennéagramme comme la compulsion. Dans la conception jungienne, Dieu possède en lui-même ce côté obscur, « archétype de l’ombre ». La perspective de Gurdjieff, à l’origine de l’énnéagramme rejoint donc celle de Jung dans la réalisation de l’homme connaissant et intégrant sa part de lumière et d’ombre,  capable de se situer au-delà du bien et du mal. Dans « Psychologie et alchimie » Jung traite la question de l’intégration du démon, en affirmant que tant que le démon n’est pas intégré, le monde ne peut pas devenir une totalité et l’homme ne sera pas sauvé. Les différents écrits de Gurdjieff, soutiennent les mêmes perspectives dans ses Récits de Belzébuth à son petit fils (1950), éd. du Rocher, 1995, ou Rencontres avec des hommes remarquables (1960), éd. du Rocher, 2004.

Conclusion

Les techniques de développement personnel ou de guérison « psycho-spirituelle» se sont multipliées ces derniers temps. Elles interrogent l’Eglise. Les chrétiens se doivent d’être attentifs à ces nouveaux courants. Or la Tradition  offre des clés de discernement qui permettent d’évaluer ce qui est juste, et  ce qui l’est moins et ainsi d’avoir la distance nécessaire pour se prémunir contre de effets de mode si séduisants soient-ils..

Psychologiser la spiritualité tend à remplacer la religion par des thérapies ou des techniques de développement personnel. L’homme accompli, selon cette perspective, est celui qui a pris conscience et éliminé en lui le dualisme des valeurs du bien et du mal, devenant ainsi tolérant à tout, indifférent au niveau moral et tiède au niveau religieux.

Pourquoi notre temps ne serait-il pas, comme tous les autres temps, tenté par des formes nouvelles d’hérésie ? La notion de  « psycho spirituel » ne reprendrait-elle pas avec une grande subtilité,  les mêmes problématiques que les gnoses combattues par nos pères dans la foi ?

Seul le Christ nous offre par sa mort et sa résurrection accès au Salut et à la vie éternelle.

Bertran Chaudet


[1] Pascal Ide « Les neuf portes de l’âme : ennéagramme et péchés capitaux : Un chemin psycho spirituel. » Ed Sarment éditions du Jubilé.  Octobre 2008. p.337.

[2] Ib. p.364 ;

[3] Ib. p.362,363.

[4] Ib. p. 31.

[5] Ib. p. 220.

[6] Ib. p. 38.

[7] Ib. p. 7.

[8] Ib.p. 13.

[9] Ib. Cité par  Ide p.13.

[10] Conseil pontifical de la culture et Conseil pontifical pour le Dialogue interreligieux, Jésus-Christ le porteur d’eau vive. Une réflexion chrétienne sur le Nouvel Age, Cité du Vatican, Libreria Editrice Vaticana, 2003, 1.4., p. 12.

[11] Ib. p.136,137.

[12] Ib. p.33.

[13] Ib. p. 200.

[14] Ib. p. 136.

[15] Ib. p. 26.

[16] Ib. p.32.

[17] Maria Beesing, religieuse dominicaine, animatrice de retraites spirituelles, Robert Nogosek et Patrick O’Learry « L’ennéagramme, un itinéraire de la vie intérieure » Desclée de Brouwer, Lonrai août 2003. p. 55,56.

[18] Richard Rorh et Andreas Ebert, Ennéagramme, p.319.

[19] Pascal Ide « Les neuf portes de l’âme : ennéagramme et péchés capitaux : Un chemin psycho spirituel. » Ed Sarment éditions du Jubilé.  Octobre 2008. p.257, 258.

L’homme et son corps dans la révélation biblique

« La Parole est tout près de toi, elle est dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu la mettes en pratique ». (Dt 30, 14)

Ces quelques éléments succincts d’anthropologie n’ont aucune prétention à l’exhaustivité, bien entendu. Mais ils seront confrontés à certaines représentations du corps dans le New-Age ou dans quelques perspectives qui viennent de l’Orient.

Éléments anthropologiques

Avons-nous déjà pris conscience que le monde n’a pas d’orientation ? L’univers, le cosmos, la terre, n’ont aucun axe aucune direction, aucun sens.

C’est à partir de notre perception corporelle que nous donnons un sens aux éléments qui nous entourent. Et ceci n’est pas d’ordre culturel, mais anthropologique. Tout homme, quel que soit son milieu ou sa culture fait cette prise de conscience que son corps a trois axes et six directions : un axe antéro-postérieur ou sagittal, un axe latéral ou frontal, un axe vertical. Toute notre perception du monde s’oriente en référence à ces trois axes et ces six directions.

L’axe antéro-postérieur, donne l’avant et l’arrière et oriente aussi le temps, tout ce qui est en avant est futur, tout ce qui est en arrière est passé. L’axe latéral donne la droite et la gauche. Voici une expérience singulière de la corporalité : pourquoi dans toutes les langues de l’hémisphère nord, la droite est considérée comme positive et la gauche comme négative ? En français parmi de multiples exemples, nous pouvons dire : je suis adroit ou je suis gauche. Il n’y a cependant pas d’abord une considération positive ou péjorative ou bien morale, mais une expérience existentielle à la signification de ces mots. Quand nous sommes dans la nature veillant dans la nuit, nous attendons la venue de la lumière. Le soleil se lève à l’Est, et dans l’hémisphère nord, nous suivons la course du soleil en nous tournant vers la droite alors que nous observons l’ombre à gauche. C’est donc une expérience physique qui préside à la signification du mot et précède toute autre considération d’adresse ou de morale.

L’axe vertical donne le haut et le bas. Le haut c’est le ciel et le bas la terre, le plus haut deviendra le Ciel, et le très bas, le schéol ou les enfers.

Ces trois axes et ces six directions se retrouvent donc partout où il y a des hommes pour structurer leur espace. C’est à partir de cette expérience corporelle que les hommes donnent au monde sens et signification. C’est aussi ainsi qu’un sens métaphysique peut être donné, et notre héritage biblique s’inscrit dans cette perception anthropologique de la réalité.

Le père Marcel Jousse, jésuite d’origine sarthoise devenu anthropologue, a toujours revendiqué ses origines paysannes. C’est ce qui lui permettait d’être ancré dans le réel et d’éviter les algébroses des plumitifs, selon ses néologismes qu’il affectionnait. Les plumitifs n’ayant qu’une perception intellectuelle algébrosée, c’est-à-dire éloignée de la réalité première, dont ils dégénèrent le sens.

Marcel Jousse compare le mouvement antéro-postérieur, à un balancement d’avant en arrière comme celui d’un âne portant un fardeau, mouvement premier et archaïque. La chaîne musculaire postérieure que l’on retrouve chez les serpents les plus frustes est sollicitée pour les mouvements horizontaux, tandis que la chaîne musculaire antérieure permet aux serpents plus évolués de se redresser. Mouvement que l’on retrouve chez l’homme provoqué par la contraction décontraction des chaînes musculaires postérieures généralement les plus en tension et antérieures. Ce mouvement de base se retrouve dans le balancement de l’autisme.

Le mouvement latéral plus élaboré, est comparé par Jousse, au mouvement d’une paire de bœufs portant un joug, mouvement de droite à gauche et de gauche à droite. Bien sûr la mécanisation de nos campagnes ne permet plus de constater la pertinence de cette observation. Le sillon tracé demeurait droit malgré le mouvement d’oscillation latérale de la paire de bœufs. Il est à noter que le mot conjugalité signifie porter un joug commun.

Cette latéralité n’est possible qu’avec l’apparition des membres. Les amphibiens, vertébrés les plus frustres, peuvent avancer grâce à des muscles pronateurs, mais ne peuvent pas reculer, ils n’ont pas de muscles supinateurs. L’homme quand il perd les commandes du système nerveux central, peut se retrouver en opisthotonos (du grec opistho, vers l’arrière et tonos, tension) arc bouté en hyperextension postérieure sur l’arrière de la tête et des talons et en rotation interne des membres supérieurs et inférieurs. Cette posture pathologique se retrouve dans le tétanos et certains comas d’origine traumatique crânienne. Les muscles postérieurs et rotateurs internes, retrouvant leur prévalence archaïque sur les muscles antérieurs et rotateurs externe.

La pronation permet de prendre, de garder pour soi et la supination d’ouvrir de donner. Cette attitude gestuelle prend toute son ampleur chez l’homme. Nous la retrouverons quand il s’agira de l’exposé sur le corps dans le New-Age.

Ces mouvements antéro-postérieurs et latéraux ne peuvent s’effectuer sans la dimension verticale, l’oscillation avant arrière ou droite gauche, ne peut se produire sans passer par un haut et un bas.

La combinaison de ces trois mouvements, Jousse l’appellera le bercement. Ce bercement est le support de nos mémoires, mémoire embryonnaire, mémoire dans le développement psycho corporel, mémoire phylogénétique[1], mémoire ontogénétique[2], mémoire culturelle, mémoire personnelle. Les peuples de l’oralité ont transmis leur culture et leur histoire en se balançant. Cette mémoire s’inscrit dans l’épaisseur de notre corporalité. Elle va de la scansion des Grecs aux mélopées des griots africains… Aujourd’hui nous retrouvons ce balancement dans le rap et dans le slam, culture de l’oralité qui émerge en dehors de toute scolarisation, car elle retrouve ce sens du rythme et du mouvement inhérent à nos structures corporelles.

(L’oubli de cette dimension corporelle et mémorielle est particulièrement préjudiciable, dans les catéchèses proposées, depuis des années dans l’Église catholique. Des générations entières n’ont rien retenu ou si peu et de l’Évangile, des prières et de l’enseignement de l’Église.)

Anthropologie biblique

Ce n’est pas en apesanteur de ces réalités anthropologiques que s’inscrit, la Révélation biblique. La Révélation, et son accomplissement dans l’Incarnation de Jésus donnent le sens, le principe et la finalité de cette dimension physique, corporelle et ouvre à la métaphysique.

L’héritage de la philosophie grecque, surtout platonicienne, considère qu’il a une opposition entre d’une part le corps et la matière et d’autre part l’âme et l’esprit, le corps mortel et l’âme immortelle, le terrestre et le céleste, l’humain et le divin. Pour Platon, Sôma, séma, le corps est un tombeau dont l’âme prisonnière doit se libérer.

Cette dichotomie n’est pas biblique, où l’unité du composé humain est évidente. Ainsi la néphèsh, qui dans un sens premier veut dire la gorge, est le lieu du passage du souffle, de la nourriture et de la parole, elle signifie la personne vivante, son être, sa conscience. « Alors le Seigneur Dieu modela l’homme avec la poussière tirée du sol ; il insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant. » (Gn 2, 7). Être vivant ou néphèsh gorge vivante.

Bâsâr, la chair, le corps n’est pas séparé de la néphèsh, il en est sa manifestation concrète. Ainsi l’homme n’a pas un corps, il est un corps, il est bâsâr.

Ruâh est le même mot qui désigne le souffle et le vent. Cette Ruâh traverse la Bible. C’est elle qui plane sur les eaux primordiales de la Genèse : « La terre était informe et vide, les ténèbres étaient au-dessus de l’abîme et le souffle de Dieu planait au-dessus des eaux. » (Gn 1, 2).

Il est intéressant de noter que le verbe de planer, utiliser ici, vient de l’hébreu « rah’ef et signifie en même temps couver, voler très près, voler en frôlant. Dieu protège Israël dans le désert comme, l’aigle couve ses oiseaux. [3] »

« Tel un aigle qui éveille sa nichée et plane au-dessus de ses petits, il déploie son envergure, il le prend, il le porte sur ses ailes. » (Dt 32, 11).

Le diaphragme ou centre phrénique, avec ses deux hémi coupoles qui s’abaissent lors de l’inspiration et qui se lèvent lors de l’expiration, est comparable aux ailes d’un oiseau qui vole. Et le bassin peut être comparé à un nid. La vie jaillit dans ce nid, protégée en bas par le sacrum et des ailes iliaques, et en haut par l’oscillation des deux ailes du diaphragme.

La vie jaillit au plus intime de notre chair, de la Genèse du monde à la conception de chaque être. Ce souffle est l’Esprit du Seigneur en Isaïe 11, 2 : « Sur lui reposera l’esprit du Seigneur : esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur. » Cet Esprit soufflera sur les apôtres à la Pentecôte. Ce Souffle vient donc de Dieu et revient à Lui quand l’homme expire.

Dam, le sang est « l’âme de la chair » selon l’expression de la Genèse 9, 4. Le sang, c’est la vie et tout ce qui touche à la vie est en rapport avec Dieu, seul maître de la vie (Lv 17, 11-14).

Cœur-langue-mains

Ainsi une des clés de lecture de la Bible repose sur une observation tripartite du corps humain : le cœur, la langue et les mains qui représentent la pensée, la parole et l’action.

Le cœur, léb. Le cœur hébreu n’est pas seulement le siège de l’affectivité ou des émotions. Il désigne toute la personne, sa mémoire, son intelligence, sa volonté. La bible le mentionne plus de mille fois. Cela va du cœur ouvert, au cœur endurci. « Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’ôterai de votre chair le cœur de pierre, je vous donnerai un cœur de chair » (Ez 36, 26).

Le cœur siège de la conscience, est associé aux reins, kelayot, siège des passions, de ce qui est inconscient, des émotions pulsionnelles. « Seigneur de l’univers, toi qui juges avec justice, qui scrutes les reins et les cœurs… » (Jr 11, 20).

La langue, Iashon. Lieu de l’échange avec la nourriture que l’on ingère et de la parole que l’on profère.

Les mains, yadaïm. Il s’agit en hébreu des mains avec leurs dix doigts et les paumes, mais aussi des poignets et des bras. Les peuples du bassin méditerranéen s’expriment beaucoup avec les mains. Mettre les mains sur la bouche pour se taire, sur la tête en signe de deuil ou de douleur. Se donner la main en guise d’accord. Battre des mains pour exprimer sa joie ou inversement le dégoût ou le désaccord. La prière s’exprime en levant les mains vers le ciel, et l’on porte la main à sa bouche en signe d’adoration. Adorare, ad os : porter les mains à sa bouche. La bénédiction s’exerce en étendant les mains.

Associations Cœur-langue-mains avec yeux-oreilles-pieds

« Ce qui était depuis le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie, nous vous l’annonçons. » (1 Jn 1, 1).

Cœur-Yeux. Domaine de la pensée et du visible

« Voici mon secret, dit le Petit Prince de Saint-Exupéry, il est très simple : on ne voit bien qu’avec le cœur ; l’essentiel est invisible pour les yeux. »

Ayin en hébreu, l’œil signifie aussi la source. Les larmes coulent des yeux comme l’eau coule de la source.

Ce sont les yeux qui expriment extérieurement les pensées du cœur. Le bon œil ou le mauvais œil sont très présents au Moyen-Orient.

Avoir les yeux ouverts signifie comprendre quelque chose de malsain selon l’invitation du serpent de la Genèse en Gn 3, 7 : « Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils se rendirent compte qu’ils étaient nus. » Avec l’ouverture des yeux, l’homme et la femme se voient dans la nudité de leur matière corporelle. Ils ne se voient plus dans le regard de Dieu, mais dans celui du serpent qui se limite à jouir de cette matière, sans aucune finalité, ni sens, ni transcendance.

Cham un des trois fils de Noé vit la nudité de son père. Ce désir de voir la nudité en dissociant le corps de l’esprit et de l’âme est un péché qui obscurcit le cœur et rend aveugle au discernement. Le père ici, l’homme, la femme, sont réduits à la nudité de leur corporalité. L’autre n’est vu qu’à travers la jouissance matérielle dont on veut profiter immédiatement.

A contrario, la formule « Lever les yeux » ou « lever le regard » est une conversion de ce regard de concupiscence, et traverse toute la Bible.

Quand Abraham prêt à sacrifier son fils Isaac va lever les yeux, il voit le bélier retenu par les cornes dans un buisson (Gn 22, 1-19). Cette attitude ouvre à une réalité non prévue, une méta réalité. Les femmes de l’Évangile de Marc, allant de grand matin, le premier jour de la semaine jusqu’au tombeau où elles voulaient embaumer le corps de Jésus, « Elles se disaient entre elles : « Qui nous roulera la pierre pour dégager l’entrée du tombeau ? Levant les yeux, elles s’aperçoivent qu’on a roulé la pierre, qui était pourtant très grande. » (Mc 16, 3-4).

Le Christ dans sa prière lève les yeux vers son Père pour l’implorer ou le bénir.

Les yeux trouvent leur guérison définitive avec l’aveugle Bartimée, qui signifie fils de la peur. Cette ultime guérison, la dernière des treize guérisons de l’Évangile de Marc conduit Bartimée à la guérison totale : il suit Jésus sur la route qui le conduit à Jérusalem, au chemin de la passion, c’est-à-dire à l’oblation de soi-même par amour.

Quand deux disciples au terme de la route parcourue de Jérusalem à Emmaüs reconnaissent Jésus ressuscité à la fraction du Pain, leur regard est ouvert par Celui qui est la Lumière du monde, le Christ ressuscité. Ils relisent alors le chemin parcouru tandis qu’ils l’écoutaient donner le sens des Écritures. Leur cœur était tout brûlant en eux quand il leur ouvrait les Écritures. Alors ils n’ont de cesse de vouloir le témoigner.

Jésus dans son premier enseignement dit : « la lampe du corps c’est l’œil, donc si ton œil est simple tout ton corps sera lumineux, mais si ton œil est ténèbres, alors quelles ténèbres ! » Le grec du texte de l’évangile selon saint Matthieu 6, 22-23 dit : œil simple et non pas œil sain comme cela est parfois traduit. Simple en grec se dit aplous c’est-à-dire a privatif plous pli sans pli, sans faux plis, c’est-à-dire transparent, limpide, sans complication, sans duplicité, sans complicité. C’est l’attribut que donne saint Thomas d’Aquin à Dieu, il est simple. Le mauvais œil quant à lui n’a pas cette transparence, il est plein de mauvais plis qui le rendent ténébreux.

Léb, le cœur peut s’apparenter également au noùs grec, l’esprit ou œil du cœur, c’est-à-dire à un vrai et juste discernement.

Ainsi l’épître aux Éphésiens (Ep 1, 18) offre cette belle expression : « Que le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ illumine les yeux de votre noùs, (de votre cœur). » Également, dans la lettre aux Romains (Rm 12, 2) : « Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous par le renouvellement de votre noùs, (de votre façon de penser) pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait. »

Langue-Oreilles. Domaine de la parole et de l’audible.

Nous avons une langue et deux oreilles, en conséquence les rabbins enseignent qu’il convient de parler deux fois moins que l’on écoute. L’oreille symbolise la compréhension et le discernement. Il est à noter que le verbe latin audire ouïr, entendre avec la préposition ob, sous, donne ob-audire obéir[4], c’est-à-dire sous l’écoute, selon la parole, sous le contrôle d’une parole vraie, fiable, juste et bonne. Obéir à une telle parole libère guérit, c’est la finalité même de la Parole de Dieu, dans la Bible.

Écouter, shama.

Il est étonnant de constater que dans la tradition biblique, il y a une priorité de l’ouïe sur la vue. Écouter nécessite du temps pour que la parole ou la musique s’exprime, L’image peut être instantanée, comme pour la photo ou le tableau. Il ne peut y avoir un arrêt sur son comme un arrêt sur image. La vue est liée à l’espace. Il y a donc priorité du temps sur l’espace. L’espace comme la nature est du domaine de la vue. Alors que le temps, la durée et par conséquent l’histoire sont du domaine de l’ouïe. Si l’histoire a un sens, une signification, il importe que nous l’écoutions, que nous lui soyons obéissants pour mieux orienter ce qu’il convient de faire.

Toute la pédagogie d’Israël commence par l’écoute. Schma Israël. « Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’Unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. Ces paroles que je te donne aujourd’hui resteront dans ton cœur. Tu les rediras à tes fils, tu les répéteras sans cesse, à la maison ou en voyage, que tu sois couché ou que tu sois levé ; tu les attacheras à ton poignet comme un signe, elles seront un bandeau sur ton front, tu les inscriras à l’entrée de ta maison et aux portes de ta ville. » (Dt 6, 4-9). C’est la prière d’Israël que les juifs pratiquants récitent trois fois par jour.

Naassé Venichma.

Le livre de l’Exode exprime la pédagogie de Dieu à Israël qui a bien compris quand le peuple répond : « Tout ce que le Seigneur a dit, nous le ferons et nous écouterons. » (Ex 24, 7).

Le verbe obéirons, employé ici, est également de la même racine que schama, écouter. Il s’agit d’accomplir, de mettre en pratique en toute confiance et en premier lieu, pour mieux écouter, mieux entendre, mieux comprendre la Parole de Dieu. Nous sommes à l’opposé des pédagogies actuelles et des techniques de développement personnel où il faut expérimenter par soi-même et certainement non pas obéir à une parole. La confiance en une Parole qui dit vrai juste et bon, la Parole de Dieu ne se discute pas, elle nous éprouve afin que nous en apercevions un peu de la profondeur largeur et hauteur. En Ep 3, 17-19 : « Que le Christ habite en vos cœurs par la foi ; restez enracinés dans l’amour, établis dans l’amour. Ainsi vous serez capables de comprendre avec tous les fidèles quelle est la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur… Vous connaîtrez ce qui dépasse toute connaissance : l’amour du Christ. Alors vous serez comblés jusqu’à entrer dans toute la plénitude de Dieu. »

Rapport entre Foi et écoute.

« Or la Foi naît de ce que l’on entend ; et ce que l’on entend, c’est la parole du Christ. » (Rm 10, 17). Comme l’apprentissage de la langue maternelle permet de distinguer, de nommer ce qui était flou et confus, l’écoute de la Parole de Dieu donne à voir à discerner ce qui était invisible auparavant. La Foi à pour origine fides en latin, de même que fidélité, fiabilité, confiance. Ainsi, loin de toute subjectivité, la Foi est stable, point d’appui sur lequel nous pouvons fonder et bâtir notre vie.

Luc nous relate l’importance de l’écoute, sans doute d’après le témoignage direct de la Vierge Marie, de la rencontre avec sa cousine Élisabeth.

« Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi. Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. » (Lc 1, 41-45).

Le premier des disciples s’appelle Shimon de la racine schama, celui qui écoute. Il deviendra Pierre. Ce qui donne une signification très particulière à la conclusion de la première catéchèse de Jésus sur la montagne des chapitres 5, 6 et 7 de Matthieu : « Ainsi, celui qui entend les paroles que je dis là et les met en pratique est comparable à un homme prévoyant qui a construit sa maison sur le roc. La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, les vents ont soufflé et se sont abattus sur cette maison ; la maison ne s’est pas écroulée, car elle était fondée sur la pierre. (Mt 7, 24-25).

La première lettre de Pierre donnera une signification plénière et finale à cette pierre : « Approchez-vous de lui : il est la pierre vivante rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse devant Dieu. Vous aussi, comme pierres vivantes, entrez dans la construction de la demeure spirituelle, pour devenir le sacerdoce saint et présenter des sacrifices spirituels, agréables à Dieu, par Jésus Christ. » (1 P 1, 4-5).

« En obéissant à la vérité, vous avez purifié vos âmes pour vous aimer sincèrement comme des frères ; aussi, d’un cœur pur, aimez-vous intensément les uns les autres, car Dieu vous a fait renaître, non pas d’une semence périssable, mais d’une semence impérissable : sa parole vivante qui demeure. » (1 P 1, 22-23)

« Celui qui a des oreilles pour entendre qu’il entende. » (Mc 4, 9.23 ; Mt 11, 15 ; Lc 8, 8). Et dans l’apocalypse : « Celui qui a des oreilles qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Églises. » (Ap 2, 7. 11. 17. 29).

Le psaume 39, 7-8 : « Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice, tu as ouvert mes oreilles ; tu ne demandais ni holocauste ni victime, alors j’ai dit : « Voici, je viens ».  Dans le livre, est écrit pour moi ce que tu veux que je fasse. Mon Dieu, voilà ce que j’aime : ta loi me tient aux entrailles… »

Tu as ouvert mes oreilles, ou plus littéralement tu m’as creusé les oreilles, devient singulièrement tu m’as formé un corps, dans la lettre aux Hébreux 10, 5-7 : « Aussi, en entrant dans le monde, le Christ dit : Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m’as formé un corps. Tu n’as pas agréé les holocaustes ni les sacrifices pour le péché, alors, j’ai dit : Me voici, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté, ainsi qu’il est écrit de moi dans le Livre. »

La Vierge Marie, venant d’accoucher, sur le tympan de l’entrée droite de la cathédrale de Chartres, est représentée allongée avec une main tendant l’oreille. La Foi vient de l’écoute et l’incarnation du Verbe qui se fait chair est liée à l’écoute de la Vierge Marie et à son oui à l’annonce de l’ange Gabriel.

Voyez ce que vous entendez

Il est une expression singulière dans l’Exode : « Tout le peuple voyait les voix. » (Ex 20, 18). Le peuple hébreu, en recevant les Tables de la Loi, au pied du mont Sinaï, voyait les voix. Voir la Parole est une expérience étonnante que nous retrouvons dans l’Évangile de Marc si nous traduisons mot à mot du grec. « Voyez ce que vous entendez. » (Mc 4, 24).

Existe-t-il une telle adéquation entre ce qui dit et ce qui est vu ? Ou plutôt ce qui est dit donne-t-il une nouvelle vision de la réalité ? Ce regard de Foi naît de l’Écoute et permet de Voir ce que nous entendons. N’est-ce pas l’expérience même des disciples d’Emmaüs ?

Nous retrouverons une forme altérée et toxique, du mélange vue et audition, dans certaines expériences psychocorporelles du New-Age.

Mains-Pieds. Domaine de l’action et du tangible.

Dieu se révèle à Moïse au buisson ardent. « Moïse était berger du troupeau de son beau-père Jéthro, prêtre de Madiane. Il mena le troupeau au-delà du désert et parvint à la montagne de Dieu, à l’Horeb. L’ange du Seigneur lui apparut dans la flamme d’un buisson en feu. Moïse regarda : le buisson brûlait sans se consumer. Moïse se dit alors : « Je vais faire un détour pour voir cette chose extraordinaire : pourquoi le buisson ne se consume-t-il pas ? » Le Seigneur vit qu’il avait fait un détour pour voir, et Dieu l’appela du milieu du buisson : « Moïse ! Moïse ! » Il dit : « Me voici ! » Dieu dit alors : « N’approche pas d’ici ! Retire les sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte ! » Et il déclara : « Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob. » Moïse se voila le visage, car il craignait de porter son regard sur Dieu. » (Ex 3, 1-6).

Pour se mettre en présence de Dieu et écouter sa Parole, Moïse doit retirer les sandales de ses pieds. En ôtant ses chaussures, il devient vulnérable, incapable de toute action, il demeure présent à ce qui advient, sans fuite possible. Retirer ses chaussures, c’est également entrer dans une intimité, on retire ses chaussures dans sa chambre. En ôtant ses chaussures Moïse entre dans un cœur à cœur avec Celui qui est.

L’annonce de la paix et du salut, dans l’Ancien Testament, se réalise grâce à l’action des pieds en marche. L’anthropologie biblique est très concrète et il est dommage que l’actuelle traduction liturgique de la Bible traduise pieds par pas.

« Comme ils sont beaux sur les montagnes, les pieds du messager, celui qui annonce la paix, qui porte la bonne nouvelle, qui annonce le salut, et vient dire à Sion : « Il règne, ton Dieu ! » (Is 52, 7).

Saint Paul reprendra la même expression pour l’Annonce de la Bonne Nouvelle. « Il est écrit : comme ils sont beaux, les pieds des messagers qui annoncent les bonnes nouvelles ! » (Rm 10, 14).

Jean-Baptiste va encore plus loin : « je ne suis pas digne de m’abaisser pour défaire la courroie de ses sandales. » (Mc 1, 7). Non seulement il ne se dit pas digne de laver les pieds du maître comme l’esclave ou le serviteur le faisait, mais de plus Jean-Baptiste ne s’estime pas digne de délier la courroie des sandales des pieds de Jésus. Il ne se sent pas digne d’arrêter Celui qui marche. Celui qui est et annonce le Salut et la Paix.

Marie de Béthanie, elle, osera oindre les pieds de Jésus, avec un parfum de nard pur, de grand prix (Jn 12, 3).

Jésus lavera lui-même les pieds de ses disciples au moment de la dernière Cène, juste avant sa Passion.

« Qu’ils sont beaux les pieds de ceux qui annoncent la paix. »

C’est dire l’importance de ceux qui se mettent en route, en marche pour proclamer l’Heureuse Annonce. En marche en route c’est ainsi que l’on peut traduire, le mot hébreu ashrey. Ashrey pourrait également dériver de la racine yasha être droit, être juste. Ce même mot est employé par Jésus dans les Béatitudes. Le bonheur dans l’anthropologie biblique est mouvement orienté vers la vie, il est aussi action, action droite et juste, l’objectif est clair.

Hatta’t, le verbe Hata’veut dire louper la cible, viser à côté du but. C’est un geste qui n’atteint pas son but, une attitude maladroite qui est à la base de ce mot traduit par péché. Le but de la vie est d’aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toutes ses forces et d’aimer son prochain comme soi-même. Eh bien pécher, c’est louper cette cible, c’est être infidèle à l’Alliance de Dieu et trahir l’Amour. Quant à Satan, c’est celui qui fait obstacle, écran, et obscurcit le chemin.

Les psaumes

L’Église catholique depuis son origine et à la suite du Christ rythme sa prière tout au long des jours avec les 150 psaumes de l’Ancien Testament. Il est intéressant d’en chercher l’étymologie. Psaume vient de la racine d’un verbe grec psallô qui signifie : faire vibrer la corde d’un instrument. Vibration de tout l’être tourné vers son Dieu, nous y reviendrons dans le geste de l’inclination profonde fait plus de cent fois par jour dans les traditions monastiques.

Le psaume invitatoire à la prière des laudes exhorte à cette attitude : « Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous, à genoux devant le Seigneur qui nous a fait. » (Ps 94, 6).

À genoux a été traduit par adorons dans la traduction de la bible liturgique. Ce qui est dommage quant à la prise en compte de cette attitude corporelle qui dit l’intention du cœur et du corps. Car Berakah employé dans la Bible, désigne étymologiquement l’articulation, spécialement du genou. Elle évoque aussi les organes de la génération qui ont un caractère sacré : on jure en les touchant.[5]

La racine Berakah se trouve par exemple, dans le psaume 102, versets 1 et 2, traduite cette fois par bénis. « Bénis le Seigneur, ô mon âme, bénis son nom très saint, tout mon être ! Bénis le Seigneur, ô, mon âme, n’oublie aucun de ses bienfaits ! »

« Devant moi, tout genou fléchira. » (Is 45, 23). Comment se fait-il que genou veuille également dire bénédiction ?

Le même mot se retrouve en arabe et est passé dans le français courant ; baraka, avoir la baraka : « faveur divine qui donne la chance[6] » Le chameau baraque, s’agenouille pour déposer ses charges et en recevoir d’autres. S’agenouiller est un geste qui exprime la disposition de se mettre au service. Obrigado en portugais et en vieux français je suis votre obligé. C’est précisément cette attitude de disponibilité, de se mettre à la disposition de faire la volonté de Dieu qui attire sa bénédiction. La bénédiction s’exprime alors par la fécondité et la croissance dans la vie et les actions de celui qui agit pense et dit selon la volonté de Dieu. « Dieu bénit l’homme et la femme et leur dit : « Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. » (Gn, 1, 28).

Prier de tout son être

Mt 7,7 : « Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. »

Nous retrouvons la tripartie de l’être humain, la bouche pour demander, le cœur pour chercher et les mains pour frapper à la porte.

Lc 11, 9-10 : Moi, je vous dis : « Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; à qui frappe, on ouvrira. »

Pour cela, il est nécessaire d’opérer des choix pour purifier l’intention, l’orientation et l’acte.

« Et si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la. Mieux vaut pour toi entrer manchot dans la vie éternelle que de t’en aller dans la géhenne avec tes deux mains, là où le feu ne s’éteint pas. Si ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-le. Mieux vaut pour toi entrer estropié dans la vie éternelle que de t’en aller dans la géhenne avec tes deux pieds. Si ton œil est pour toi une occasion de chute, arrache-le. Mieux vaut pour toi entrer borgne dans le royaume de Dieu que de t’en aller dans la géhenne avec tes deux yeux, là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas. » (Mc 9, 42-48).

Marc commence par la main, c’est-à-dire la réalisation de péché qu’il faut trancher, puis le pied qui conduit au péché, et finalement l’œil qui est la source de la convoitise. C’est une pédagogie et une progression ô combien réaliste, dans l’analyse objective du scénario qui conduit à louper la cible : aimer et être aimé !

Selon une prière de la liturgie mozarabe :

« Mets dans nos cœurs des désirs que tu puisses combler. Mets sur nos lèvres des prières que tu puisses exaucer. Mets dans nos œuvres des actes que tu puisses bénir ».

 L’Annonce de l’Évangile, cœur-langue-mains

Le kérygme ou kêrygma est la proclamation de Jésus-Christ mort et ressuscité. Il est donc de l’ordre de la bouche et des oreilles. Dans la Trinité, la Parole de Dieu, c’est le Fils.

La communion ou koinônia procède du partage de la mise en commun et de la participation. Elle est donc de l’ordre de l’union des cœurs. Le cœur de Dieu, c’est le Père

La diaconie ou diakonia est le service, la mise en pratique qui relève donc des mains des pieds. La main de Dieu, c’est l’Esprit.

Paul Claudel a magnifiquement souligné cette tripartie de l’être, la vue associée au cœur, la langue associée à l’ouïe, les mains associées à l’action : « La vue est l’organe de l’appropriation active, de la conquête intellectuelle… L’ouïe est celui de la réceptivité… L’œil et l’oreille sont les organes de l’intelligence, mais c’est par le toucher que nous parvenons à l’étreinte, qui est compréhension[7]. » P. Claudel dans L’œil écoute.

Ani. Le mot ani provient de la racine anah être courbé penché et par extension, abaissé, accablé, humilié. Il est donc lié à l’origine à une attitude corporelle. La Bible accorde une importance particulière à ces personnes, que sont les pauvres ou les humbles, courbées par le poids de ce qu’elles vivent.

« Dieu se lève pour juger, pour sauver tous les humbles de la terre. » (Ps 75, 10).

L’enseignement intime de Jésus se fait à Béthanie, dont le nom veut précisément dire, maison du courbé, de l’humble, du pauvre.

Les humbles ou les pauvres de cœur sont une option préférentielle pour le Royaume de Dieu. « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. » (Mt 5, 3).

L’humilité est un des deux attributs du cœur de Jésus avec sa douceur.

« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. » (Mt 11, 28-30).

L’humilité du cœur Jésus nous ouvre au Royaume de Dieu et sa douceur nous permet d’entrer dans la terre promise.

« Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux… Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage. » (Mt 5, 3 et 5).

La prière par excellence que Jésus enseigne à ses disciples le Notre Père contient cette demande à Dieu « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel »

Incarnation qui invite tout l’être à entrer dans une dimension nouvelle : la vie théologale.

Hén, le sens premier de cette racine est physique, c’est se pencher, se pencher avec grâce dans un geste pur simple et beau. Ainsi le prénom Jean, Yohan, peut se traduire par Dieu se penche ou Dieu fait grâce et celui d’Anne signifie grâce. Dans le Magnificat Dieu se penche sur son humble servante. Le lieu de la rencontre est quand Dieu se penche et fait grâce et que l’homme est penché dans l’humilité.

Hén va de pair avec rahamim, la miséricorde. Il s’agit là aussi d’une racine qui a pour sens premier, les entrailles de la femme, le lieu de la gestation. La miséricorde de Dieu son pardon est une matrice qui donne vie à l’homme nouveau. Ainsi Nicodème, riche de toute la connaissance d’Israël demande à Jésus : « peut-on entrer une seconde fois dans le ventre de sa mère et renaître ? » Et Jésus lui répond : « Personne, à moins de naître de l’eau et de l’esprit ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. » Seule la miséricorde de Dieu peut engendrer cette nouvelle naissance.

Hén et rahamim, grâce et miséricorde sont à la base des deux attributs de l’Alliance de Dieu avec les hommes dans l’Ancien Testament. Cette charte de l’Alliance se situe dans le livre de l’Exode 34, 6 : « Yahvé, Yahvé, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité. » Cette Alliance trouve son accomplissement dans l’incarnation. Jésus est le fruit des entrailles de la Vierge Marie. Dieu choisit pour incarner sa miséricorde, le sein de la Vierge Marie.

Shalom, la Paix. La racine shalem signifie être parfait, complet, solide, et par extension, en bonne santé. Mais elle a aussi un autre sens : payer, acquitter ses dettes. En fait shalem correspond davantage à la notion de justice plus qu’à celle de paix.

Amen. En hébreu la racine est riche de signification, c’est s’appuyer sur quelque chose de solide. Être en sécurité, en sûreté. Faire confiance. Être fidèle. Confirmer que c’est vrai, fiable, droit. Prendre un engagement.

Ce n’est pas seulement affirmer que c’est la vérité et y adhérer, c’est aussi prendre l’engagement d’agir selon cette vérité.

Amen est optatif : qu’il en soit ainsi, et déclaratif : il en est ainsi.

Saint Augustin précisait dans son sermon contre les pélagiens : « Amen est votre assentiment, votre consentement, votre approbation. »

« Ainsi parle l’Amen, le Témoin fidèle et vrai, le Principe des œuvres de Dieu. » (Ap 3, 14).

« A Lui la gloire pour les siècles des siècles. Amen. » (2 Tm 4, 1)

Pour un discernement

Pour rendre le message de la Révélation plus audible, théologiens et responsables pastoraux contemporains, dans un souci de bienveillance et de dialogue, certes louable, peuvent « pasteuriser » ce message, à tel point qu’il ne soit plus une pierre d’achoppement. Or c’est la vérité qui nous rend libres. Bien sûr nous ne sommes pas la Vérité et ne pouvons pas la détenir tout entière, mais nous croyons en Celui qui a dit : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu. » (Jn 14, 6-7). Nous croyons également au dépôt de la Foi dans la tradition apostolique. C’est-à-dire, nous croyons à la justesse de la lecture et des commentaires des Écritures Saintes par les Pères de l’Église et à leur suite, à l’interprétation magistérielle de ces Écritures et de cette tradition.

Or il ne faut en aucun cas pervertir le sens de l’Écriture suivant une interprétation qui semble pertinente, mais qui en édulcorerait les promesses de vie qui en sourd, grâce au Souffle Saint. Voici ce que disait saint Irénée que nous retrouverons dans le prochain exposé. « Enflés d’une Gnose (connaissance) au nom usurpé, ils admettent volontiers les Écritures, mais ils en pervertissent l’interprétation. »[8]

Ou bien encore : « […] C’est en transposant et en transformant les paroles du Seigneur et en les faisant passer d’un sens à un autre qu’ils séduisent beaucoup d’adeptes par leurs fantasmagories cohérentes. »[9]

Et Justin, le saint patron des philosophes, appuyait sa pensée sur une connaissance sensible, plus que sur des spéculations : « Car, pour ce qui n’est pas compris que d’une façon spéculative, le critère de vérité reste notre connaissance sensible et en dehors de ce critère, il n’en existe pas d’autre. »[10]

C’est ainsi que saint Justin parlant des prophètes écrivaient : « […] remplis de l’Esprit-Saint, ils ne disaient que ce qu’ils avaient « vu et entendu » […] Ce n’est pas sous une forme de démonstrations abstraites qu’ils ont parlé : au-dessus de toute démonstration, ils étaient les témoins fidèles de la vérité. »[11]

Ainsi pour mieux distinguer et discerner, il s’agit de nous décentrer, car la pensée biblique n’est pas à concevoir du point de vue de l’homme, mais du point de vue de Dieu. La Révélation biblique est théocentrique. Cependant elle est profondément existentielle. La Révélation a pour objectif permanent de faire prendre conscience aux hommes des rapports existentiels et vitaux entre les quatre relations détruites ou perturbées par le péché : relation à Dieu, à soi-même, aux autres et à la nature.

L’anthropologie biblique est toujours concrète, incarnée. La description du monde visible comme invisible est souvent relative à notre expérience corporelle. Sa perspective est communautaire, même si elle peut s’inscrire dans des histoires singulières.

Elle est dynamique et linéaire elle a une origine, une trajectoire et une finalité. Chaque histoire s’inscrit dans cette dynamique. L’homme création ex nihilo, ne trouve sa promotion, sa vocation et son parachèvement qu’en étant orienté vers sa plénitude en Dieu.

À la suite de la théologie des Pères de l’Église, elle est typologique. Tout est contenu dans le commencement comme le chêne est contenu dans le gland. Chaque étape déploie en l’explicitant les figures ou les types précédents. Les promesses de la Révélation s’accomplissent et trouvent leur plénitude en Jésus-Christ.

Bertran Chaudet

Bibliographie

L’œuvre intégrale de Marcel Jousse.

Dom Pierre Miquel, Les Mots clés de la Bible. Les classiques bibliques, Beauchêne Paris 1996.

Eisenberg et A. Abécassis. À Bible ouverte, t. I, II, III, IV. Collection Présence du judaïsme, Albin Michel.

Cahiers Évangile. Cœur, langue, mains dans la Bible, CE n° 46. Petit dictionnaire des Psaumes, CE n° 71. 50 mots de la Bible, CE n° 123.

Père H. Lassiat. L’actualité de la catéchèse apostolique. Ed Présence. 1979.

Xavier Léon-Dufour, Dictionnaire du Nouveau Testament. Livre de vie, Éd du Seuil, 1996.

Dhorme, L’emploi métaphorique des noms des parties du corps en hébreu et en akkadien, Geusthner, 1966.

Bernard Frinking, La Parle est tout près de toi. Paris-Bayard Éd Centurion, 1996.

Pierre Schaeffer, La Parole notre amie. Christ source de vie n° 259, 1984.

Marie-Hélène Dechalotte, L’homme de Bethsaïde. Éd Médiaspaul, 2017.

Notes

[1] La phylogenèse est l’histoire évolutive à travers les générations d’une espèce ou d’un groupe d’espèces apparentées.

[2] L’ontogenèse regroupe les processus qui concourent au développement d’un individu dès sa conception.

Selon le zoologiste allemand, Ernst Heinrich Haeckel (1834-1919), le développement embryonnaire (l’ontogenèse) reproduit fidèlement les étapes traversées au cours de l’évolution de l’espèce (phylogenèse).

[3] J.Eisenberg et A Abécassis. À Bible ouverte, t. I, p. 51-52. Collection Présence du judaïsme, Albin Michel. 1991

[4] En grec : akouô avec hypo, donne hypakouô : obéir

[5] Dom Pierre Miquel, o.s.b. Les Mots clés de la Bible. Les classiques bibliques, Beauchêne Paris 1996.

[6] Définition du Petit Dictionnaire Larousse.

[7] P.Claudel, L’œil écoute, Gallimard 1946, p.34 et 92.

[8] Saint Irénée. Contre les hérésies. Dénonciation d’une gnose au nom menteur. III, 12, 12. p. 330-331. Ed du Cerf. 1985

[9] Ibid. p. 54. I, 8, 1.

[10] Justin, Fragment 1, Éd. Albert Hamann, 1958.

[11] Justin, Dial. 7/1-2, Éd. Albert Hamann, 1958.

Feng shui, Chi Qong, Taï-chi-chuan ?

Le Ki

Le chi, le shui, le QI, ou le ki est une notion, provenant des cultures chinoise et japonaise, qui désigne l’essence, le souffle ou le principe énergétique fondamental formant et animant l’univers et la vie. Il faut dire tout de suite que ce concept relève d’une hypothèse et n’est ni infirmé ni confirmé par les sciences formelles. L’occident a rapidement réduit la notion de ki à de l’énergie sans pour autant définir ce qu’était cette énergie.

Dans une approche spirituelle, le ki est l’énergie même de l’univers qui relie les êtres et les choses entre eux.

« Nous ne possédons pas le ki, nous sommes le ki ! » enseignent les maîtres.

Cette énergie circulerait dans notre corps par des canaux appelés méridiens que l’acupuncture a répertoriés. Mais aucun support anatomique n’a été découvert à ce jour permettant de visualiser objectivement ou même de comprendre comment l’énergie y circulerait. L’acupuncture est une pratique empirique qui fonctionne objectivement, mais dont on n’a pas réussi à ce jour à comprendre ni pourquoi ni comment.

Le ki serait également présent dans toutes les manifestations de la nature.

Certains ont voulu trouver des équivalents du ki avec la notion de pneuma des Grecs (notion qui a évolué selon les époques de la Grèce antique) et le spiritus des Latins qui désigne plutôt la notion de souffle. Il serait plus proche du concept de prana de la philosophie indienne.

 « Une analyse rapide de la graphie (écriture non simplifiée) nous montre de la vapeur au-dessus du riz , qui donne une traduction étymologique très réductrice, « énergie produite par l’absorption du riz », exprimant l’idée que le ki est produit par l’air et l’alimentation. L’alimentation n’étant qu’un moyen parmi d’autres de produire du ki. Le Chinois moderne n’a retenu que la partie supérieure , et rejoint ainsi dans

l’esprit le caractère primitif formé de trois lignes horizontales , symbolisant les courants atmosphériques, similaires au caractère désignant le nombre « trois. » (Wikipedia article ki spiritualité)

Dans la pensée chinoise, le ki désigne donc un souffle vital qui préexiste aux êtres vivants et aux choses, mais se manifeste dans les êtres par une circulation alternée yin yang, inspiration expiration, positif négatif, mâle femelle. Le ki contrôlerait l’équilibre pour maintenir l’harmonie des contraires.

« Ce souffle animerait et accompagnerait la naissance, l’existence et la mort dans un cycle permanent de renouvellement… Durant l’existence, le ki se formerait aussi à partir de la digestion et de la respiration, pour alimenter la conscience, la pensée et la spiritualité sous forme de ki spirituel. Dans la médecine traditionnelle, l’état pathologique serait engendré par une mauvaise circulation du ki, ou par la circulation d’un ki nocif. Elle désigne alors un ki favorable à la bonne santé, et un ki vicié qui engendre la maladie. »

Le ki présentait au départ une forme indifférenciée ou unitive puis il s’est divisé en restant uni en yin et yang. Cette philosophie essaie toujours d’unir les contraires, il y a du yin dans le yang et du yang dans le yin. De plus il y a cinq phases ou cinq modes d’activité de ce ki qui se succèdent indéfiniment, le bois, le feu, la terre, le métal, et l’eau. L’eau permet le développement du bois qui alimente le feu, le feu engendre la terre, la terre où l’on trouve le métal qui peut se liquéfier. Ou bien l’eau éteint le feu qui fait fondre le métal qui tranche le bois qui puise dans la terre qui se nourrit d’eau…

Ce principe énergétique n’est pas divinisé, il ne fait pas l’objet d’un culte pour lui-même.

Dans la forme religieuse du taoïsme, le ki est perçu comme participant à l’évolution spirituelle d’un être. Des exercices corporels et de méditations permettraient d’harmoniser le ki avec l’énergie cosmique.

Il existe trois champs corporels, le premier, inférieur, au niveau du bas-ventre et dont le centre ou hara (à deux travers de doigt au-dessous du nombril, et quatre travers de doigt en profondeur). C’est l’endroit où se fabrique et s’entretient le ki en tant que substance vitale. Le second champ, situé au niveau du cœur-sternum (sur le sternum sur une ligne joignant les deux mamelons). À ce niveau le ki se transforme en un souffle plus subtil propre à la pensée ou à la conscience. Le troisième, au niveau de la tête, c’est le troisième œil (entre les deux sourcils, à quatre travers de doigt à l’intérieur). Le ki se transforme en un souffle propre à la spiritualité, celui qui est censé mettre le pratiquant dans un état d’unité avec le cosmos, c’est-à-dire le conduire à agir selon les lois intrinsèques d’équilibre de l’univers que le taoïsme nomme le retour ou la Voie, ou Tao, également état originel du cosmos. Cette pratique, nommée Chi Qong, se base sur des exercices de respiration et de visualisations mentales, alliés parfois à des mouvements ou postures.

Dans la pensée du Tao, la nature sauvage est harmonieuse parce que le ki n’y est pas perturbé ou pollué. Il y a un parfait équilibre entre le yin et le yang qui préside à la transformation et transmutation harmonieuse des éléments. Cet état d’harmonie, le Tao essaie de le reproduire dans les arts, la peinture, la calligraphie, la composition gastronomique, le travail artisanal, et bien entendu dans les arts martiaux tant prisés aujourd’hui en Occident. Cet état d’harmonie ne s’atteint que par l’ascèse, l’assiduité et l’expérience. C’est une discipline de tous les instants qui prend toute la personne durant toute sa vie.

C’est cette harmonie qui a donc pour base la bonne circulation du ki, et son équilibre, se retrouve dans l’aménagement intérieur d’une habitation, elle s’appelle alors le Feng Shui.

Cet équilibre entre yin et yang nommé « juste milieu », que l’on retrouve dans le caractère désignant la Chine l’empire du Milieu, mais aussi « l’empire qui recherche l’équilibre ».

Le Hara

Le hara est un point particulièrement important du corps. 1) Lieu d’observation du souffle quand la respiration est abdominale profonde. 2) lieu de transformation de la nourriture. 3) Centre de gravité de notre corps, tous les arts martiaux jouent sur ce point d’équilibre. 4) Lieu de la gestation.

Chacun connaît le hara-kiri, qui consiste pour le combattant à s’ouvrir le ventre avec un sabre, plutôt que de se rendre ou de subir un déshonneur.

La circulation du ki dans le corps a été découverte par empirisme, au fil de siècles de pratique en Chine. L’existence même du ki et sa circulation n’ont jamais été prouvées scientifiquement. Les éventuels effets sont mesurés par observation d’autres paramètres comme le rythme cardiaque, la pression sanguine, les changements de température, la sudation, le tonus musculaire, la douleur, etc. De prudentes recherches cliniques sont menées en Chine, à l’Institut de médecine traditionnelle de Chongqing ou à l’Institut de physique et des hautes énergies de Pékin. La médecine chinoise distingue deux formes de ki, le souffle intègre garant d’une bonne santé, et le souffle vicié générateur de maladies. Le ki circule soit en phase yang (actif, lumineux, masculin, en mouvement) soit en phase yin (passif, féminin, ombrageux, statique) dans des canaux spécifiques. Dans le corps comme dans la nature, le yin et le yang sont en mouvement perpétuel. Rien n’est immuable, rien n’est figé.

Le Tai-chi-chuan réactiverait par des mouvements spécifiques et des respirations contrôlées ces principes de circulation. Les arts martiaux jouent sur ces principes énergétiques qui pourraient même être contrôlés mentalement par les grands maîtres.

Les méridiens

Le ki circulerait dans des vaisseaux appelés méridiens principaux et secondaires, sur lesquels il y a des points. Cette circulation interne est tributaire, dans la médecine traditionnelle chinoise, de nos pensées ou de nos « états d’âme ». Il existe 12 méridiens dits ordinaires, et 8 méridiens dits extraordinaires. Ces méridiens relient en tout 361 points d’acupuncture, auxquels s’ajoutent 48 points hors méridiens. Cette nomenclature a été fixée et adoptée en 1987 lors du colloque de Séoul. Car nombreuses étaient les différentes écoles avec chacune leur spécificité. Certaines écoles sont ésotériques et ne dispensent leur enseignement que par initiation.

Deux méridiens principaux, le vaisseau conception descend du dessous des yeux vers l’entrejambe par la face avant du corps, et le vaisseau gouverneur qui remonte de l’entrejambe vers le sommet du crâne par le dos, pour finir entre le nez et la bouche. Le vaisseau conception alimente tous les méridiens dits yin, le vaisseau gouverneur, tous les méridiens yangs. Chaque partie du corps possède son méridien yin et son méridien yang.

Voici la liste de ces douze méridiens :

Méridien des poumons, yin de la main. Méridien du gros intestin, yang de la main. Méridien de l’estomac, yang du pied. Méridien de la rate et pancréas yin du pied. Méridien du cœur, yin de la main. Méridien de l’intestin grêle yang de la main. Méridien de la vessie yang du pied. Méridiens des reins, yin du pied. Méridien du péricarde, yin de la main. Méridien du triple réchauffeur, yang de la main. Méridien de la vésicule biliaire, yang du pied. Méridien du foie, yin du pied.

Les chakras et la kundalini

Chakras est un mot sanskrit signifiant disque ou roue. Il existerait sept chakras principaux et des milliers de chakras secondaires. Ce serait des points de jonction de canaux d’énergie.

La Kuṇḍalinī serait une puissante énergie lovée dans la base de la colonne vertébrale en l’occurrence le mûlâdhâra-chakra, correspondant dans le corps humain au sacrum. Elle est représentée comme un serpent enroulé sur lui-même trois fois et demi. Par la pratique de la méditation, la kuṇḍalinī s’éveillerait et monterait le long de la colonne vertébrale depuis l’os sacrum jusqu’à la fontanelle éveillant ou purifiant tour à tour les sept chakras.

Chakra (roue) au centre du drapeau de l’Inde

Les chakras décrits dans le Kundalini yoga ([1]) sont représentés par des fleurs de lotus et marquent, sur le corps vital de l’homme. Certains occidentaux ont voulu faire correspondre ces chakras avec des glandes ou des plexus décrits par la science médicale.

Sri Swami Shivananda dans son livre « Kundalini-yoga » ([2]), décrit les chakras comme des centres spirituels qui peuvent être activés à 100 % grâce à la montée de la Kundalini. Chaque chakra serait dépositaire de pouvoirs secrets endormis. Le mûlâdhâra-chakra activé permettrait au yogi de léviter et de se purifier de tout péché… Le dernier sahasrāra-chakra, mot d’origine sanscrit signifiant « chakra aux mille pétales », correspondrait à l’aboutissement du déploiement de la Kundalini, équivalent à l’éveil spirituel, avec développement de capacités médiumniques et magnétiques, claire audition, claire voyance, claire sensorialité, prévisionnelle, divinatoire, etc. Enfin Sahasrâra activé fournirait la paix suprême, l’union fusionnelle avec l’être cosmique.

Les sept couleurs des chakras principaux sont également les couleurs de l’arc-en-ciel. Voir le tableau sur cette page

http://www.wikistrike.com/article-autopsie-des-chakras-du-corps-92137553.html

Le Feng shui

Feng shui signifie littéralement en chinois : le vent et l’eau. C’est un art issu du taoïsme, ayant pour but d’harmoniser l’énergie ki d’un lieu d’habitation de manière à y favoriser la santé le bien-être et la prospérité de ses occupants. Il s’agit de tenir compte des flux visibles comme les cours d’eau, points d’eau et invisibles comme les vents, les arrivées d’air pour obtenir un équilibre des forces favorisant une bonne circulation de l’énergie. Les anciens adeptes disaient que le ki se disperse par le vent et qu’il est arrêté par l’eau. Il s’agit donc de le collecter pour éviter sa dissipation et de le guider pour assurer sa rétention.

Dans la Chine ancienne, les premières tribus étaient dirigées par des rois-chamans dont le premier fut l’Empereur Fu Xi. Il est aujourd’hui vénéré comme protecteur des sciences et des arts divinatoires. Les concepts du Feng shui reposent donc sur des théories occultes qui sont invérifiables scientifiquement.

Interdit sous le régime communiste de Mao, le Feng shui revient aujourd’hui en force dans l’agencement des habitations personnelles, des espaces publics, des bureaux. L’organisation de l’espace doit obéir à des règles si précises que finalement peu de place est laissée à la liberté de choisir. De plus l’utilisation d’une boussole appelée luopan est indispensable à la pratique. C’est une boussole composée de plusieurs anneaux ayant chacun une indication spécifique combinant harmonies et cycles, ayant chacune une formule. Nous avons ici un aperçu de ce qu’on appelle des chinoiseries…

Le New Age récupérant le Feng shui a divisé plus simplement les subtiles possibilités de la boussole en neuf secteurs (prospérité, carrière, santé)… Le nord symbolique référentiel étant toujours la porte d’entrée. Bien des superstitions se rattachent à ces divisions et représentations symboliques de l’espace. Ainsi l’espace à vivre devient un espace magique, un espace contraignant qui entrave la liberté.

Le Feng shui a ses maîtres qui donnent des cours ou des conseils pour agencer votre maison. Les seuls conseils peuvent être de l’ordre de 750 euros pour du vent… Ainsi, des personnes disent pratiquer le Feng shui en déplaçant quelques meubles ou quelques miroirs dans le but de canaliser l’énergie positive dans des endroits stratégiques.

La grande Banque HSBC, bien en difficulté en ce moment, a fait appel à Jacques Rosset, un consultant Feng shui, célébrant en toge blanche, pour bénir deux lions gardien du nouvel immeuble de sa banque privée, située Quai de Bergues à Genève. Des messages de bienveillance ont été déposés aux pieds des lions, par les principaux dirigeants de la banque. Jacques Rosset a agité une clochette sous le nez des lions qui sont restés de marbre. Des pièces de monnaie yin ont été déposées dans des coffrets en bois. Tout cela pour « améliorer la qualité de travail et le bien-être de l’ensemble des usagers. »

http://www.tdg.ch/economie/argentfinances/Bapteme-Feng-Shui-pour-le-bonheur-d-une-banque-quai-des-Bergues-/story/24709477

Chi Qong

C’est une gymnastique traditionnelle chinoise associant, mouvements exercices respiratoires et concentration. Qong voulant dire exercices pour maîtriser le chi, l’énergie vitale.

Paradoxalement c’est un cadre du parti communiste chinois, Lui Guizhzen (1920-1983), qui va revisiter ces pratiques traditionnelles et religieuses pour élaborer le Chi Qong « laïque » pratiqué aujourd’hui. Le Chi Qong fut interdit durant la révolution culturelle puis réhabilité à partir des années 70, faisant l’objet d’étude soi-disant scientifique, pour prouver l’existence du chi. Dans les années 80, il y eut une flambée de Chi Qong, des millions de Chinois se sont mis à le pratiquer dans les jardins publics dans les stades, dans les entreprises, dans des clubs…

Dans les arts martiaux japonais

Lorsqu’un coup est porté (atémi en japonais), c’est le ki du frappeur qui est transmis à l’adversaire, l’important est plus de frapper un point vital (rencontre de méridiens) que de mettre de la puissance physique. Le cri (appelé à tort « cri qui tue » des karatékas est une autre manière d’extérioriser le ki. Lors des exercices de casse (de briques, tuiles, planches…), le ki est concentré à l’extrémité du poing et provoque la rupture. Le ki reliant les êtres, il relie également les deux adversaires ou les deux partenaires. Ainsi, un des principes de l’aïkido est d’unir les énergies des partenaires afin de supprimer l’agression.

La notion de vigilance, que l’on retrouve dans tous les arts martiaux japonais, est le ninjutsu, l’art des ninjas (que l’on retrouve dans les dessins animés des tortues Ninja). Ce ninjutsu s’appuie aussi sur le concept de ki. À travers le ki, on peut « sentir » l’intention de l’ennemi, ce qui permet de riposter plus efficacement, voire d’agir avant que l’adversaire ait pu lui-même agir.

Dans la série des films Star Wars, la notion de force provient directement du concept de ki. Les costumes étant largement inspirés des guerriers du Japon médiéval. La force et le côté obscure de la force sont une seule et même réalité yin yang.

Bien des mangas sont inspirés par cette conception énergétique du monde (Dragon ball, Naruto…)

Le Taï-chi-chuan

C’est une discipline qui est à la fois une gymnastique de santé, un art martial et une voie spirituelle d’inspiration taoïste. Les mouvements ont à la fois une application martiale (esquives, parades, frappes, saisies…) et énergétique.

On peut traduire le Taï-chi-chuan : boxe du faîte suprême, dans le sens d’immortalité ou boxe de l’éternelle jeunesse.

Le tai-chi-chuan en tant qu’art martial interne insiste sur le développement d’une force souple et dynamique, par opposition à la force physique pure.

Une des règles du tai-chi-chuan est le relâchement. Ce relâchement garantit la fluidité des mouvements et leurs coordinations.

Un mouvement du poing prend naissance à la taille, se prolonge par l’épaule, puis par le bras. Les muscles sont utilisés d’une façon coordonnée et la force pénétrante provient d’une contraction rapide lors de l’impact.

Une fois la relaxation installée, le pratiquant va développer la force interne consistant à relier chaque partie du corps. Une partie bouge, tout le corps bouge, une partie s’arrête, tout le corps s’arrête.

Lors des frappes, l’énergie est tout d’abord concentrée dans l’un des centres inférieurs du ki connu sous la désignation hindouiste « second chakra ». Puis elle est libérée, accompagnée d’une onde de choc propagée par l’ondulation des articulations du pratiquant, tel un fouet. On appelle cette action faire jaillir la force.

Le tai-chi porte une attention particulière à l’enracinement. L’énergie doit s’élancer des « racines » que constituent les pieds, puisque ce sont généralement eux qui, dans la majorité des cas, vont amorcer le coup que transmettra la main, ou toute autre partie frappante. On dit parfois, « le pied donne le coup, la hanche dirige et la main transmet ». L’énergie provient des pieds, puis elle est dirigée par la taille avant d’être transmise par les mains.

Le tai-chi-chuan est un Chi Qong. Il implique un travail sur le souffle et non sur la force musculaire. C’est pourquoi l’entraînement du tai-chi-chuan est tout d’abord exécuté lentement pour sentir les flux du souffle vital ki, en vue d’exercices d’alchimie interne plus approfondis. Le centre de gravité et la respiration doivent être amenés au niveau de l’abdomen.

Le pratiquant pourra commencer à accélérer les gestes, et pratiquera une libération de l’énergie, d’abord d’une manière modérée afin de préserver ses articulations, puis d’une façon de plus en plus explosive.

Le tai-chi-chuan se pratique généralement à mains nues, mais il existe des formes de tai-chi avec éventail, poignard, épée, bâton, sabre, que le pratiquant pourra apprendre après quelques années d’expérience

Énergies et vie spirituelle chrétienne

Énergies ?

Le cosmos est un agrégat énergétique qui n’a ni début ni fin et où tout est en interaction. L’esprit et la matière sont deux formes de l’énergie divine. Il n’y a pas de transcendance. Principe du Yin et du Yang.

La réalité forme un tout, il n’y a pas de différenciation entre le monde et l’énergie « divine ». (Monisme).

Ainsi tout est dieu. (Panthéisme).

L’être humain est le microcosme ressemblant au macrocosme qui a sa propre conscience. Si l’homme est en harmonie avec les énergies cosmiques et avec ses propres énergies, c’est la santé. La maladie advient quand il y a blocage des énergies en soi et avec celles du cosmos.

La reconnaissance est le développement de ces capacités et potentialités énergétiques annonce une humanité nouvelle dans un monde nouveau. (New Age).

Vie spirituelle chrétienne ?

Dieu a créé le monde « ex nihilo », à partir de rien, la Révélation affirme ce principe et sa finalité : la béatitude éternelle pour l’homme qui suit les voies de Dieu.

 

Dieu est créateur et révèle son amour dans l’histoire. L’homme est invité à participer à l’œuvre de Dieu, « à garder et à cultiver le jardin. » Plus encore il est invité personnellement et collectivement, à la vie même de Dieu Trinité Sainte, Père Fils et Saint-Esprit.

 

Le Christ mort et ressuscité est le centre de l’histoire et du cosmos.

 

Finalité ?

Retrouver l’harmonie en soi-même et avec le cosmos en fusionnant avec les forces naturelles. Se sauver soi-même. Divinisation du Soi.

Annonce d’une humanité nouvelle et d’un monde nouveau.

Finalité ?

« L’homme est créé pour louer honorer et servir Dieu et par là sauver son âme. » Saint Ignace de Loyola.

Reconnaître que seul Dieu est Créateur et Sauveur.

Le travail énergétique ?

Ce divin est accessible par voie initiatique à plusieurs niveaux avec des secrets à ne pas dévoiler. (Reiki).

Développement de toutes les potentialités latentes du corps et du psychisme ?

Est-il lié à une technique traditionnelle éprouvée (Acupuncture) ou à une formation rapide ?

Parfois utilisation de drogues enthéogènes.

La guérison spirituelle ?

Se reconnaître enfant de Dieu sauvé par le Christ le Chemin, la Vérité et la Vie. Le Christ vient sauver l’humanité de son péché. Reconnaître son péché personnel. Trois axes « thérapeutiques » agissent ensemble : la Parole de Dieu, les sacrements et la vie fraternelle.

Aucun secret aucune prière qui ne soit connue et accessible à tous.

Le mal ?

Fait partie des apparences, il est lié à notre ignorance et dépassé par les progrès de la conscience. L’homme s’en libère en retrouvant son moi ou Soi divin.

Le Mal ?

Seul le Christ, par son incarnation, sa passion, sa mort et sa résurrection nous sauve du Mal et du péché. Seul notre Seigneur nous donne la Vie éternelle.

Le praticien ?

Quelle est sa formation ?

De qui ou de quoi se recommande-t-il ?

Quel est son domaine de compétences ?

Croit-il pouvoir tout guérir ?

Sait-il tout à la place du patient ?

Veut-il entraîner le patient dans sa vision du monde ?

Son intérêt pour l’occulte, l’ésotérisme, l’alchimie, l’hermétisme ?

Le diagnostic posé repose-t-il sur un examen clinique objectivé ou sur son intuition et sa capacité ?

Écoute-t-il le patient ou devine-t-il ce qui est caché (médiumnité) ?

Agit-il par imposition des mains (Magnétisme) ?

Le ministre ? L’accompagnateur spirituel ?

Reçoit sa mission de l’Église.

N’a aucune technique.

L’évêque, le prêtre administrent les sacrements, le diacre le baptême et le mariage.

Agit dans la Foi de l’Église et en conformité à son enseignement.

Est humblement au service de la Parole de Dieu, dans la fidélité à la succession apostolique.

Accompagne en laissant toujours en premier la Parole de Dieu.

Évite l’intrusion dans l’intimité de la personne et l’induction en posant des questions que la personne ne se pose pas.

 

Le patient ?

Cherche l’épanouissement complet, le développement de toutes ses potentialités, ou la guérison de son mal-être ou de ses malaises.

Que ma volonté soit faite.

Peu important les moyens, seul le résultat si possible immédiat compte.

Est passif, seule l’expérience ressentie compte.

Ne fait ni usage de sa raison ni de sa conscience morale. La fin justifie tous les moyens.

La personne ?

Abandon actif et confiant en Dieu, sûr qu’il veut notre bien et notre bonheur.

« Que ta volonté soit faite »

Participe volontairement et personnellement à ce chemin de guérison spirituelle dans l’intelligence de la Foi, sans renier sa raison.

L’Espérance liée à la mémoire et la Charité liée à la volonté contribuent au salut de tout son être.

Effets secondaires ?

Dépendances et passivité entre les mains de l’initié, du guérisseur du praticien ou de ce type de pratique.

Suppression des symptômes d’appel, mais enfouissement de symptômes plus sournois et profonds comme de l’angoisse, de la dépression, des insomnies des cauchemars…

Aliénation de la liberté personnelle.

Possibilité de liens occultes.

 

Fruits spirituels ?

Humilité.

Paix et joie profonde.

Liberté intérieure.

Responsabilité de la personne.

Témoignage au grand jour sans ostentation et simplement.

Engagement concret dans le quotidien au service de la Charité.

Conversion en pensée en paroles et en action.

Bertran Chaudet diacre permanent

[1] Voir article de Guénon Kundalîni yoga1933, qui donne en sus la correspondance avec le caducée des médecins comme les séphiroth de la kabbale, et de ce fait avec les sept sceaux de l’Apocalypse de Jean — recueil Études sur l’hindouisme, éd. Études traditionnelles — cf. lien externe « le coin du serpent »

[2] Ib.  page 55 à 61 dans le livre au format PDF Kundalinî-yoga.

L’inconscient spirituel. Freud, Jung, et la tradition patristique.

L’anthropologie chrétienne

L’anthropologie chrétienne ne conçoit pas l’homme indépendamment de sa relation à Dieu Créateur et Sauveur de l’humanité. Cette anthropologie repose sur la révélation biblique et son fondement que l’on retrouve dans la Genèse : « L’homme est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. » (Gn 1, 26). Cette affirmation concerne tout homme. L’image désigne la constitution naturelle de l’homme, essentiellement dans ses facultés d’intelligence de mémoire et de volonté, sa faculté de choisir et sa puissance d’aimer. C’est grâce à ces puissances, dirait saint Thomas d’Aquin, nous traduirions aujourd’hui capacités ou potentialités, que peut se réaliser la ressemblance. La ressemblance est, elle, en devenir. La ressemblance ne peut s’acquérir que dans l’accueil des vertus théologales de Foi d’Espérance et de Charité, et dans l’exercice volontaire des vertus cardinales de prudence ou de sagesse qui est la première d’entre elles, de tempérance de force et de justice. L’image se rapporte donc à l’être de l’homme et la ressemblance, à sa façon d’être ou à son devoir être. L’homme fort de ses capacités d’intelligence de volonté de mémoire, qui ne serait pas vertueux, ne serait pas un homme accompli réalisant ce pour quoi il a été créé.

Ainsi, selon les Pères de l’Église, l’homme est destiné par nature à devenir Dieu par grâce. Toutes les facultés de l’homme ont pour finalité de le tourner vers Dieu pour qu’il s’unisse à lui. L’intelligence intuitive comme rationnelle est faite pour connaître Dieu, c’est l’intelligence de la Foi. La volonté est faite pour désirer Dieu et L’aimer en obéissant à ses commandements. La mémoire est faite pour nous souvenir de Dieu et de la finalité de notre vocation qui est l’amour de Dieu et de notre prochain comme de nous-mêmes.

Le péché originel est venu perturber cette harmonie engendrant quatre ruptures, celle de l’homme avec Dieu, celle de l’homme avec son prochain, celle de l’homme avec lui-même et celle de l’homme avec la création. Au lieu de reconnaître Dieu comme le principe et la fin de son existence, l’homme s’est mis à ignorer Dieu. Ses puissances ou facultés se sont détournées de Dieu et tournées vers la seule création et son apparence sensible.

« Par un détournement de sa faculté désirante et de ses sentiments, l’homme au lieu de désirer et d’aimer Dieu s’est mis à s’aimer lui-même en dehors de Dieu par une attitude passionnée que les Pères appellent « amour égoïste de soi » (philatia) et à aimer les créatures pour le plaisir sensible qu’elle lui procure dans cet amour égoïste de soi. L’homme voulant devenir dieu sans Dieu, a fait de lui-même une idole et a fait des créatures des idoles, relativisant l’Absolu et absolutisant le relatif. Par un détournement de sa puissance irascible (thumos), l’homme, au lieu de mener le « bon combat » (1 Tim 6, 12) contre les forces du mal et les tentations et de déployer son zèle pour s’unir de plus en plus à Dieu, s’est mis à combattre contre ce qui s’opposait à la satisfaction de ses désirs passionnés, et à déployer son agressivité contre son prochain, dans la colère, la haine, les rivalités, la domination. L’homme a pareillement détourné sa volonté de l’accomplissement de la volonté de Dieu pour en faire sa « volonté propre », au service de ses propres desseins mondains et de ses désirs passionnés. La mémoire s’est détournée de Dieu, pour se remplir de souvenir des choses de ce monde. L’imagination, au lieu de fournir à l’homme des représentations pour la contemplation s’est mise à créer des représentations correspondant à ses désirs passionnés et à inventer toutes les formes du mal…

De même que l’usage normal des facultés de l’homme constitue les vertus, leur usage anormal constitue les passions, dont le nom même signifie « maladies » et que les Pères, unanimement, considèrent comme des ‘maladies de l’âme. 1»

Il ne faut pas confondre ces maladies spirituelles avec les maladies psychiques même si elles peuvent les renforcer ou s’y confondre.

« Selon saint Maxime, c’est de la double tendance de l’homme, à rechercher le plaisir et à fuir la douleur pour satisfaire l’amour égoïste de soi que naissent toutes les passions et maladies spirituelles. Cet attrait pour le plaisir s’explique par le fait qu’il est devenu pour l’homme déchu un substitut de la jouissance spirituelle qu’il éprouvait originellement dans son désir de Dieu et son union avec Lui dans l’amour et la connaissance. »

Les Pères parlent de triple pouvoir tyrannique, de la mort, du diable, et du péché dont seul le Christ peut nous libérer. Le Christ vrai Dieu et vrai homme par son incarnation nous donne la grâce de la guérison, du salut et de la déification. Il nous a donné pour cela une trithérapie, les Saintes Écritures, les sacrements, et la vie fraternelle. Cela ne va pas sans un combat de tous les jours où notre liberté est première animant notre volonté de choisir l’amour de Dieu. Notre volonté est renouvelée et vivifiée, par cette trithérapie ecclésiale : lecture amoureuse de la Parole de Dieu, vie sacramentelle et vie fraternelle, pour se purifier des passions et vivre selon les vertus.

L’anthropologie de Freud et de Jung

L’anthropologie de Freud et de Jung est-elle compatible, radicalement différente, existe-t-il des points de convergences avec cette anthropologie chrétienne? Les conceptions de Freud ont évolué et peuvent être contradictoires au fur et à mesure de son évolution, nous en rappellerons quelques-unes des plus significatives.

Conception freudienne

Sigmund Freud par Max Halberstadt en 1922

Voici très rapidement quelques points :

Sigmund Freud (1856, 1939), médecin neurologue autrichien, est le fondateur de la psychanalyse.

Sa première découverte de l’appareil psychique, il l’appelle première topique, est constituée de : l’inconscient, du préconscient, et du conscient. L’inconscient est le siège de données d’informations, d’injonctions qui se trouvent précisément hors du champ de la conscience, mais c’est également le siège de processus qui empêchent certaines données de parvenir à la conscience, que Freud nomme le refoulement. Le  refoulement est le concept le plus ancien de la théorie freudienne, point d’appui de la théorie psychanalytique.

Schéma de l’appareil psychique, représenté par un iceberg, selon les deux topiques freudiennes.

Par la suite, il distingue deux autres grands types de pulsions : la pulsion de vie (l’« Éros ») et la pulsion de mort (le « Thanatos »). L’Éros représente l’amour, le désir et la relation, tandis que le Thanatos représente la mort, les pulsions destructrices et agressives. Le Thanatos tend à détruire tout ce que l’Éros construit (la perpétuation de l’espèce par exemple). Le masochisme, le sadisme sont pour lui, des exemples typiques de cette pulsion de mort. Pulsions de mort qui ne sont perceptibles que par leur projection au-dehors (paranoïa), ou leur retournement contre le Moi (mélancolie).

C’est dans cette première topique que Freud théorise le complexe d’Œdipe. Il le définit comme le désir inconscient d’entretenir un rapport sexuel avec le parent du sexe opposé (c’est l’inceste), et celui d’éliminer le parent rival du même sexe (le parricide). Ainsi, le fait qu’un garçon tombe amoureux de sa mère et désire tuer son père répond à l’impératif du complexe d’Œdipe.

Freud considère l’inconscient comme l’origine de la plupart des phénomènes conscients eux-mêmes.

Dans la seconde topique, Freud inclut dans sa conception de l’appareil psychique le Ça, le Moi et le Surmoi, trois notions supplémentaires fondatrices de la psychanalyse. Le Ça est inaccessible à la conscience, mais les symptômes de maladie psychique et les rêves, les lapsus permettent d’en avoir un aperçu. Le Ça obéit au principe de plaisir et recherche la satisfaction immédiate. Le Moi est en grande partie conscient, sa partie inconscient serait soumise à des mécanismes de défense comme le refoulement la régression, la rationalisation, la sublimation, tout cela pour éviter les tensions trop fortes du monde extérieur ainsi que les souffrances. Le Moi rend la vie sociale possible. Le Surmoi est le réservoir de toutes les règles de savoir-vivre ou morales à respecter, il est à l’origine du refoulement et engendre remords et culpabilité.

Dans son essai « Une difficulté de la psychanalyse » publié en 1917, ainsi que dans ses conférences: « Introduction à la psychanalyse », écrites pendant la Première Guerre mondiale, Freud expose que la pensée humaine a subi : « deux grandes vexations infligées par la science à son amour propre. » La première vexation date du moment où Nicolas Copernic établit que « notre terre n’est pas le centre de l’univers, mais une parcelle infime du système du monde à peine représentable dans son immensité. » La deuxième vexation est liée à l’affirmation de Darwin selon laquelle « l’homme descend du règne animal et est dépendant du caractère de sa nature bestiale. » 2 Freud ajoutera une troisième vexation : « La troisième vexation, et la plus cuisante, la mégalomanie humaine doit la subir de la part de la recherche psychologique d’aujourd’hui, qui veut prouver au Moi qu’il n’est même pas maître dans sa propre maison, mais qu’il en est réduit à des informations parcimonieuses sur ce qui se joue inconsciemment dans sa vie psychique. »3

Freud relativise ce qu’est l’homme et conteste sa place sur terre :

La terre n’est plus au centre de l’univers, l’homme n’a pas de dimension supérieure à l’animalité et lui conteste jusqu’à sa liberté intérieure.

Dans l’anthropologie chrétienne, Dieu est le créateur et le centre du temps et de l’espace, et l’homme est le centre de l’élection de l’amour de Dieu.

Éléments de convergence

« Pour Freud comme pour les Pères la vie intérieure de l’homme est habitée par des conflits, et c’est de l’issu de ces conflits que dépend aussi la bonne ou la mauvaise santé de l’homme. » 4

Pour Freud, l’objectif de la psychanalyse est de rendre l’homme davantage maître de lui-même. Grâce à sa conscience et sa volonté, il peut dominer le ça constitué d’éléments refoulés et de pulsions qui agissent dans son inconscient. « Là où le ça est, le Moi doit advenir » écrit Freud. Les Pères considèrent que l’esprit et la raison doivent dominer et gouverner la partie irrationnelle de l’âme.

Il peut y avoir une certaine analogie entre ce que Freud appelle le narcissisme, l’égoïsme, et ce que la patristique grecque appelle la « philautie » ou amour de soi. Pour Freud une vie sociale harmonieuse nécessite que l’homme abandonne son narcissisme premier. Un chrétien doit convertir ses tendances égoïstes en amour de Dieu et du prochain.

Freud parle des pulsions de vie et de pulsions de mort. Pour lui, l’homme, étant soumis à ses pulsions ou ayant du mal à les gérer, présente des pathologies psychiques. Les Pères grecs parlent quant à eux, de puissance désirante (epithémia) et de puissance irascible (thumos) dont le mésusage peut conduire à des maladies spirituelles.

« En rapport avec ces deux notions, on peut remarquer que chez Freud comme dans la conception patristique, le rapport de l’homme au plaisir et à la douleur joue un rôle fondamental. La recherche du plaisir et l’évitement de la douleur constituent dans la doctrine freudienne la base des attitudes et de comportements de l’homme non seulement dans sa petite enfance, mais tout au long de sa vie. (Freud, le malaise dans la culture). Les Pères reconnaissent à ces deux tendances un rôle fondamental et qu’elles sont même, selon Maxime le Confesseur, à la base de toutes les passions ou maladies spirituelles de l’homme déchu. » 5

Éléments de divergence

Une première remarque s’impose, Freud parle de pathologies psychiques alors que les Pères décrivent les maladies de l’âme. Serions-nous dans des catégories différentes inhérentes au psychologique d’un côté, et au spirituel de l’autre, qui seraient par conséquent incomparables ?

Ce serait nier l’unité du composé humain. S’il existe bien ces catégories somatique, psychologique et spirituelle, l’homme ne peut être dissocié en ces catégories qui seraient étanches les unes aux autres. D’autre part ce qui distingue fondamentalement l’anthropologie freudienne de l’anthropologie chrétienne, c’est que celle-ci ne peut se couper de la relation à Dieu, tandis que la conception freudienne est non seulement sans référence à Dieu, mais plus encore cette relation à Dieu serait pathologique. De même que pour Marx : « La religion est l’opium du peuple » pour Freud : «l’action des consolations religieuses peut être assimilée à celle d’un narcotique. »6 En effet Dieu n’est pour lui qu’une projection psychologique par conséquent illusoire, et toutes les religions se fondent sur cette illusion. « Si nous nous tournons vers les doctrines religieuses, nous pouvons dire en nous répétant : elles sont toutes des illusions. »7  Freud est persuadé que Dieu est une invention de l’homme pour se sécuriser, se rassurer par rapport à un vide qu’il ne supporte pas.

« Dieu est pour l’homme adulte un substitut du père, plus puissant que lui. La religion est donc une névrose collective. Les rituels religieux sont comparables aux rituels de la névrose obsessionnelle. Les doctrines religieuses sont comparables aux idées délirantes. »8

Freud est athée et matérialiste. La vie psychique de l’homme est régie par des forces biologiques : « l’homme n’est rien d’autre, rien de mieux que l’animal. »9

« Ainsi pour Freud, l’activité religieuse ou spirituelle de l’homme, au même titre que l’activité artistique, correspond à une sublimation de l’énergie sexuelle. L’amour que l’homme éprouve pour ses parents, ses enfants ses semblables et même l’amour pour Dieu relève de la libido et a donc une nature sexuelle. »10

Nous sommes dans une inversion de la perspective chrétienne. Dieu nous a aimés le premier et la réponse d’amour de l’homme n’est pas sublimation de sa sexualité, mais réponse volontaire libre et gratuite à cet amour, dont il prend progressivement conscience dans sa vie spirituelle. La grâce de Dieu lui est donnée non pas pour dépasser sa nature, mais pour combattre les tendances peccamineuses et lui donner la joie et la paix en retrouvant sa vocation de Fils et de Filles bien aimés du Père. Pour Freud les pulsions de mort sont, soit tournées vers soi-même, et se transforment en névrose ou en psychose, soit tournées vers les autres en agression et en destruction. Ces pulsions de mort peuvent être tout au plus modérées et domptées et n’ont pour finalité que « soit absents la douleur et le déplaisir, et que soient vécus de forts sentiments de plaisir. »11  « C’est simplement le programme de principe de plaisir qui pose la finalité de la vie. »12 Ce plaisir pour Freud, ultime bonheur de l’homme, est de nature sexuelle, génitale.

Freud pense qu’en découvrant ses résistances et ses refoulements l’homme est à même de mieux se contrôler pour mieux jouir de l’existence. La bonne gestion de ses pulsions devient la finalité de l’équilibre à trouver. « Est considéré comme correct tout comportement du Moi qui satisfait à la fois les exigences du ça, du Surmoi et de la réalité, ce qui se produit quand le Moi réussit à concilier ces différentes exigences. »13

Peu importe, pour lui les exigences morales ou spirituelles, l’important est de trouver son équilibre, un équilibre qui est une mécanique psychique.

« Les Pères enseignent que le plaisir a fait son apparition comme une conséquence du péché ancestral, qu’il n’existait pas au paradis et qu’il n’existera plus dans le Royaume des cieux. Marque de la nature déchue, le plaisir enferme l’homme dans les limites de celles-ci et engendre, par l’attrait qu’il inspire, toutes les maladies spirituelles et tous les effets pathogènes sur la vie psychique. La poursuite du bonheur à travers le plaisir est une des illusions les plus fortes de l’humanité déchue. L’ascèse chrétienne combat le plaisir dans le but de libérer l’homme de son emprise et de lui substituer ce dont il n’est qu’un ersatz : la joie spirituelle et la béatitude que le fidèle connaîtra certes en plénitude dans le Royaume des cieux, mais dont il peut recevoir les arrhes ici-bas dans la vie spirituelle. »14

La psychanalyse freudienne s’est imperceptiblement substituée à la pratique de la confession. C’est pourquoi la démarche analytique a, dans un premier temps, plus rapidement progressé dans les pays de tradition protestante où la confession individuelle n’existe pas. Effectivement, la psychanalyse prétend appréhender l’homme dans la globalité de son être. Mais cette approche de l’homme n’est pas scientifique, elle repose sur des concepts progressivement élaborés par Freud, qu’il présente pratiquement comme des dogmes intangibles et incontournables.

La notion même de conversion est totalement absente de la perspective freudienne, alors qu’il s’agit pour le chrétien de se rendre conforme à la volonté de Dieu. Cette volonté que le Christ nous a fait connaître. L’Esprit-Saint nous guide, nous console, nous fortifie sur ce chemin. L’ultime bonheur de l’homme est de mettre en pratique la prière du Notre Père. Ce n’est pas une recherche d’équilibre auto centré, mais une oblation, un don de soi, « car il n’y pas de plus grands bonheurs que de donner sa voie pour ce qu’on aime ». C’est un passage, une conversion du « que ma volonté soit faite » à « que Ta Volonté soit faite ». Car le chrétien découvre que Dieu veut pour lui un bonheur éternel.

Conception jungienne

Carl Gustav Jung (1875-1961) est un médecin psychiatre, psychologue suisse. Il fut l’un des premiers collaborateurs de Freud, séduit par ses théories psychanalytiques. Mais il s’en sépara en raison de désaccords tant sur le plan théorique que relationnel. Alors que Freud souhaite que Jung se consacre exclusivement à la promotion de la psychanalyse, Jung cherche ailleurs, il est notamment passionné par les phénomènes occultes. Il devient membre honoraire de la Société américaine de recherches psychiques pour ses « mérites comme occultiste ».

Carl Gustav Jung a le premier introduit la notion de sciences humaines, en établissant des liens entre des disciplines jusqu’alors cloisonnées, comme la philosophie, l’anthropologie, la théologie, les religions, mais aussi des approches plus hermétiques comme l’alchimie, la chiromancie, l’astrologie, ou l’interprétation des rêves. Il définit de nouveaux concepts comme, « archétype », « inconscient collectif » et « synchronicité ». C’est ainsi qu’il explore la psychologie des profondeurs.

Sa mère pratique assidûment le spiritisme et lui parle d’état modifié de conscience. Dans «Ma vie », Jung prétend que son grand-père, chirurgien et franc-maçon, était le fils illégitime du grand poète et théosophe allemand Goethe. Le père de Jung était pasteur, et sa mère descendait d’une famille de protestants français ayant fui en Allemagne après la révocation de l’édit de Nantes. Ce qui lui a fait dire que sa pensée reposait sur des concepts chrétiens.

Voici un extrait de sa biographie extraite de Wikipedia :

La mère de Jung « est passionnée d’occultisme, ce qui explique la présence dans la famille Jung d’une aura de phénomènes paranormaux ainsi que l’attrait et la fascination de Carl Gustav pour ces phénomènes au cours de sa carrière. Deirdre Bair rapporte plusieurs épisodes étranges vécus par Jung auprès de sa mère, qui se passionne pour les tables tournantes et pour le dialogue avec l’au-delà. Jeune homme, Carl Gustav participe lui-même à des séances de spiritisme. Jung fera du spiritisme le sujet de sa thèse de médecine et, devenu psychiatre, sera même l’initiateur de plusieurs séances… Sa mère dépressive fait des séjours fréquents et prolongés en maison de repos, ce qui nourrit la culpabilité de l’enfant et ébranle sa confiance envers le sexe féminin.

Son enfance est marquée par une peur irrationnelle des églises et des curés en soutane, consécutive à une chute dans une église au cours de laquelle il s’était blessé au menton. Assimilant sa blessure à une punition pour sa curiosité, il amalgame ce souvenir négatif à « une peur secrète du sang, des chutes et des jésuites » dit-il dans « Ma vie souvenirs, rêves et pensées ». 

De cette époque, il garde une certaine déception pour la manière avec laquelle son père aborde le sujet de la foi, notion que Jung considère comme intellectuellement précaire. Un rêve récurrent témoigne alors de sa relation au religieux : il voit souvent Dieu déféquer sur une église. 

La thèse de doctorat choisie par Jung porte sur le cas d’une jeune médium, Hélène Preiswerk (1880–1911). Cet intérêt pour ce domaine méprisé est conforté par des lectures d’ouvrages spirites tels que ceux de Johann Zöllner, de Crookes, ou de Swedenborg.  À côté de ses activités scientifiques, il participe toujours à des séances de spiritisme organisées par la société de Zofingue et qui constituent la matière première pour sa thèse, consacrée aux « phénomènes dits occultes ». En juin 1895, il étudie le phénomène des tables tournantes au sein même de sa famille, expérimentant le cas de sa cousine Helly, reconnue comme médium et rassemblant des matériaux qu’il utilise durant toute sa carrière. »

Dans son livre, « Types psychologiques », en 1921, il définit plusieurs concepts capitaux de sa théorie : les types introvertis et extravertis d’une part, les quatre fonctions psychiques de l’autre, le modèle aboutissant donc à huit types psychologiques possibles. Cela conforte la rupture avec Freud qui analyse ce livre comme étant: « le travail d’un snob et d’un mystique ».

Carl Gustav Jung prévient qu’« il est assez stérile d’étiqueter les gens et de les presser dans des catégories ». Cependant, pour lui, l’introversion et extraversion constituent les deux types psychologiques principaux. L’extraverti prend son énergie à l’extérieur de lui-même, tandis que l’introverti prend son énergie principalement en lui-même. Il en résulte une tendance pour l’introverti à être plutôt renfermé et distant, précautionneux, et une tendance pour l’extraverti à être expansif, liant et parfois superficiel. Mais il y a des extravertis contrariés agissant comme des introvertis et des introvertis contrariés s’efforçant d’agir comme des extravertis.

De plus Jung définit quatre fonctions psychologiques ou processus mentaux :

Schéma des types psychologiques, d’après L’âme et la vie de C.G. Jung

Voici comment Jung envisage cette typologie : « La sensation (c’est-à-dire, le sentiment de perception) vous dit que quelque chose existe ; la réflexion vous dit ce que c’est; le sentiment vous dit si c’est agréable ou pas; et l’intuition vous dit d’où il vient et où il va.»

Jung distingue, au sein de l’activité de l’esprit humain, deux grands types d’activité:

La perception permet de recueillir de l’information, de deux manières opposées: par l’intuition ou par la sensation. Le jugement conclusif va traiter cette perception grâce à la pensée et le sentiment.

L’ensemble de ces données se conjugue pour donner la typologie caractérielle d’un individu à un instant t.

Jung sera très influencé par la spiritualité indienne qui lui permet de s’affranchir de toute connotation morale chrétienne. Jung définit son concept du Soi à partir de la notion d’ « atman ». L’« atman » désigne le vrai Soi, par opposition à l’ego. Dans l’hindouisme, l’« atman » peut avoir aussi d’autres significations, c’est le principe essentiel à partir duquel s’organise tout être vivant, ou l’être central au-dessus ou en deçà de la nature extérieure telle que nous pouvons l’appréhender ou encore le souffle vital (prâna).

Ces visions très syncrétistes de Jung ont donné des supports de pensée aux adeptes du New Age. Ainsi, selon le sociologue Paul Heelas, dans The New Age Movement, Jung est l’« une des trois plus importantes figures du New Age », avec Blavatsky et Gurdjieff.

Éléments de convergence

Jung est plus subtil que Freud dans son appréhension des religions et des spiritualités, auxquelles il attribue une grande importance. Ainsi il écrit : « Chacun, souffre d’abord de ce qu’il a perdu ce que les religions vivantes ont vu de tout temps donné à leurs adeptes, et personne n’est vraiment guéri qu’il n’a pas retrouvé une attitude religieuse. »15  Pour lui « le problème de la guérison est un problème religieux. »16 Alors que Freud voyait dans la religion une source pathogène, Jung considère que l’absence de religion est la source de bien des troubles mentaux. Il considère les symboles chrétiens comme des archétypes structurants. De quoi réconforter apparemment les chrétiens! Pourtant son approche est d’autant plus redoutable qu’elle est séduisante, et nombre de chrétiens s’y laissent prendre. Ainsi le moine bénédictin, si prolixe, Anselm Grün est un adepte de la psychologie jungienne.

Le Soi de Jung, caché dans la profondeur de notre être, pourrait dans un rapprochement trop rapide, être assimilé au « Royaume des cieux caché au-dedans de soi. » Le Soi étant considéré par Jung comme correspondant à l’image de Dieu en nous. Mais le Dieu de Jung est un archétype, il n’est pas le Dieu personnel révélé dans la Bible encore moins le Dieu, Père Fils et Saint-Esprit, Trinité Sainte des chrétiens.

Éléments de divergence

Jung prend des références dans la Bible, mais il réinterprète les Écritures à sa façon.

Sur le plan philosophique Jung se recommande de Kant, selon qui notre compréhension du monde, sa réalité telle qu’elle nous apparaît est conditionnée par nos structures psychiques, perceptives et cognitives. Jung pense que pour la compréhension du religieux, il n’y d’autres possibilités d’accès que la psychologie. Ainsi : « On trouve de Dieu des images innombrables, mais l’original, lui, reste introuvable. Il est pour moi hors de doute que derrière nos images se trouve l’original, mais il ne nous est pas accessible. » 17 Il existe une théologie dite apophatique qui renonce à parler de Dieu de manière positive parce qu’Il est au-dessus de tout ce que l’on peut concevoir, mais elle diverge radicalement de la pensée de Jung qui aboutit à un agnosticisme : « Je ne confesse aucune croyance. »18

Il va même plus loin encore : « Je ne peux pas voir pourquoi une confession devrait posséder la vérité unique et parfaite. » 19 Ou encore : « La foi est extrêmement subjective, vous vous en rendrez compte au fait que je ne crois absolument pas que le christianisme soit la seule et la plus haute manifestation de la vérité. Le bouddhisme renferme au moins autant de vérité et les autres religions aussi. »20  Cette manière de voir est dans l’air du temps elle semble satisfaire tout le monde, mais en relativisant ce qu’est le Christ pour les chrétiens, elle aboutit à une apostasie.

Pour Jung, les différents symboles ou représentations de Dieu sont vrais temporairement tant qu’ils sont utiles, mais si la situation change, ils peuvent devenir des idoles qui appauvrissent et abêtissent. « S’il y a révélation, il s’agit que d’une révélation de l’inconscient21 Car : «  La révélation, en tout premier lieu est une ouverture, une découverte des profondeurs de l’inconscient. » 22 Le Saint-Esprit qui a inspiré les dogmes chrétiens est pour lui la manifestation d’un inconscient collectif qui se manifeste temporairement. Ainsi : « la figure du Christ telle que l’a fixée le dogme est le résultat d’un processus de condensation à partir de plusieurs sources. L’une de ces sources est l’antique homme-dieu de l’Égypte : Osiris-Horus. C’était là la transformation de l’archétype inconscient projeté jusqu’alors sur un être divin, non humain. »23 Le Christ condense en lui tous les héros mythologiques Mithra, Phénix, Mercure, Dionysos, le Bouddha… La pensée maçonnique cherche, puise, et trouve là et pour y faire son miel frelaté.

Jung renie le Christ vrai Dieu et vrai homme, et son action salvatrice pour l’humanité : « Le Bouddha peut avoir tout aussi raison que le Christ, et l’on ne voit pas bien comment et pourquoi nous devrions nous sentir sauvés et libérés par la mort du Christ. ».24 Le Christ historique ne l’intéresse pas, il en dénie même la réalité, ce qu’il l’intéresse c’est l’archétype que le Christ représente. La résurrection n’est qu’un symbole qui n’a aucune réalité, si ce n’est d’ordre psychologique, dans sa conception du Soi qui s’étend au-delà du temps et de l’espace.

Effectivement Jung ne s’intéresse pas au Jésus réel incarné, mais à sa représentation archétypale qui joue dans l’inconscient collectif. Ainsi aucune relation personnelle ne peut s’établir entre Dieu et l’homme, elle ne serait qu’une illusion de l’inconscient. Il se rapproche donc plus du bouddhisme ou de l’hindouisme. « J’ai choisi le mot « Soi » pour désigner la totalité de l’homme… J’ai adopté cette expression conformément à la philosophie orientale qui depuis des siècles s’occupe de ces problèmes, qui se posent même lorsque le stade de l’incarnation humaine des dieux est dépassé. La philosophie qui depuis longtemps a reconnu la relativité des dieux. »25 Et ce n’est pas anecdotique chez Jung, tous les points de la foi chrétienne sont passés dans cette même moulinette. « Tout ce qui est en notre pouvoir, c’est de choisir le Seigneur que nous voulons servir, afin qu’il nous protège contre la domination des « Autres » que nous n’avons pas élus. » 26, et donc « c’est notre choix qui définit Dieu. »27

Dieu est à l’image de l’homme, pour Jung un homme à l’image de Dieu est inconcevable. Dieu n’existe que dans la représentation consciente ou inconsciente que l’on s’en fait. « Dieu est un être psychique qu’il ne faut pas confondre avec le concept d’un dieu métaphysique. »28

L’accueil de l’existence métaphysique de Dieu relève de l’illusion ou de la naïveté.

Dieu est réduit à l’inconscient et le Christ au « Soi ». « Le Christ est sans aucun doute une image archétype et c’est en réalité tout ce que je sais de lui. En tant que tel, il fait partie du fondement collectif de la psyché. C’est pourquoi je l’identifie avec ce que j’appelle le Soi. »29

Ce Soi est pour Jung une unité duelle, faite de deux opposés une partie lumineuse symbolisée par le Christ et une partie sombre symbolisée par le Diable ou l’Antéchrist. « Jung symbolise ainsi le Soi par une croix dont la barre verticale unit le bon au mauvais et la barre horizontale le spirituel au matériel. » 30

Le Saint-Esprit est pour Jung un autre archétype sans réalité personnelle, c’est une qualité, une activité vitale, un souffle.

Il va même jusqu’à remplacer la Trinité chrétienne par une quaternité de son cru ! À la Trinité du Père du Fils et du Saint-Esprit, il ajoute l’aspect « dogmatique du principe du mal. »31, c’est-à-dire le Diable ou Satan lui-même. Jung prétend que le mal a une substance et une réalité positive, équivalente à celles du bien. Ainsi : « Yahvé a deux mains; la droite est le Christ et la gauche Satan. »32  Le Christ n’est plus le Fils unique de Dieu, mais le frère de Satan. Le Christ incarnant la part lumineuse de Dieu et Satan sa part obscure. Ce sont des thèses gnostiques que l’on retrouve aux premiers siècles dans les homélies pseudo-clémentines. Jung va jusqu’à écrire : « Le Dieu vivant est une terreur vivante » 33… « barbare, violent, cruel, sanguinaire, infernal, démoniaque. »34  Jung est explicitement blasphémateur.

« Selon lui, ce n’est pas de la liberté de l’homme, comme le pensent les Pères, que vient le mal, mais bien de Dieu. »35  C’est terrible, avec Jung nous sommes en pleine inversion de la théologie chrétienne. « Il ne fait pas de doute que Dieu,» écrit-il encore « pour parvenir jusqu’à l’homme, soit contraint de lui montrer Son vrai visage, faute de quoi l’homme louerait pour l’éternité la bonté et la justice divines, et, ce faisant, interdirait à Dieu d’accéder jusqu’à lui. Ce vrai visage, il ne peut le montrer que par Satan. »36

L’introspection et la connaissance de soi selon les perspectives de la psychologie jungienne de recherche du moi profond appelé le Soi, différent du moi superficiel ou compulsif désigné par l’ego. Le Christ est alors le symbole du Soi profond  à atteindre. Le risque de ce psychologisme serait de faire coïncider ce que nous imaginons de la psychologie de Jésus avec notre propre moi, au lieu d’aller de tout notre être vers Jésus, vrai Dieu et vrai homme.

Pour Jung, Jésus manifeste la partie positive et bonne de l’image de Dieu en nous, image qui doit être complétée de manière symétrique par la partie négative ou obscure. Dans la conception jungienne, Dieu possède en lui-même ce côté obscur, «archétype de l’ombre ». Jung situe comme sommet, la réalisation de l’homme connaissant et intégrant sa part de lumière et d’ombre, capable de se situer au-delà du bien et du mal. Dans « Psychologie et alchimie » Jung traite la question de l’intégration du démon, en affirmant que tant que le démon n’est pas intégré, le monde ne peut pas devenir une totalité et l’homme ne sera pas sauvé.

La religion redéfinie par Jung s’apparente à un panthéisme, « Le Soi, est en droit de revendiquer les exigences les plus contradictoires, la parenté avec les animaux comme avec les dieux, avec les minéraux comme avec les étoiles. »37   Jung parle de la nature comme d’un aspect de la divinité. On comprend pourquoi le New Âge se recommande de lui. On ne comprend plus du tout pourquoi il subjugue encore des chrétiens et parmi ces chrétiens un moine bénédictin allemand, Anselm Grün, dont on retrouve les livres dans toutes les librairies catholiques…

Anselm Grün fait l’apologie de la théosophie gnostique38 de Jung et rien ne l’arrête… Ainsi il répète à longueur de livre que « le manque de totalité crée l’Ombre ». L’intégration de l’Ombre étant le travail avec l’inconscient. Le péché ou le démon signifiant pour Jung et à sa suite Grün l’espace de l’inconscient et par conséquent, celui de la thérapie. Il s’agit donc de se soigner plutôt que de se convertir. « En conséquence, il s’agirait de se soumettre au Mauvais ou de lui obéir de façon spécifique (le pacte avec le diable redéfini déjà par Freud comme élimination du refoulement des pulsions refoulées, ou l’intégration de l’Ombre, pour employer le langage de Jung. »39

« Le message gnostique de la théosophie se lie strictement et indissolublement avec la tendance à psychologiser la spiritualité et à remplacer la religion par la thérapie qui, pourtant, dans ce cas-là, ne reste pas neutre et peut en elle-même signifier une sorte d’initiation. »40

Vous êtes obligés de vous soigner à tout prix, c’est le cas de le dire, ce que vous appelez le mal est en réalité la maladie. L’initié sera celui qui aura convenu qu’il y a une part d’ombre en Dieu et en lui-même. En allant par-delà le bien et le mal, ce dualisme est dépassé, tout devient relatif, la morale, cette contrainte pour les ignorants n’a plus de raison d’être, la tolérance règne en maîtresse de ce genre nouveau.

L’éthique jungienne relativise tout

« La psychologie ne sait pas ce que sont le bien et le mal en soi. » 41 Il se réfère la encore à la pensée gnostique notamment du philosophe Carpocrate qui dit : « le bien et le mal ne sont que des manières de voir l’homme. »42

Pour éviter le refoulement qui entrave notre liberté, il faut apprendre à se situer avec cette relativité du bien et du mal, et finalement, expérimenter que l’on peut vivre avec cette dualité sans culpabilité, pour peu que nous sachions accepter cette réconciliation des contraires.

Noll, professeur de psychologie et d’histoire des sciences à Harvard montre dans son étude intitulée Le Christ aryen que Jung a subi non seulement l’influence du gnosticisme et du courant ésotérique de l’alchimie et de la théosophie, mais aussi d’un personnage particulièrement sulfureux, de Dr Otto Gross. Freud demanda à Jung de psychanalyser cet adepte des orgies sexuelles, morphinomane, capable de toutes les transgressions. Jung dit lui-même avoir été transformé par cette relation. « Faire le mal pouvait avoir un effet bénéfique sur la personnalité en nous affranchissant de l’univoque et en retrouvant le contact avec un être instinctuel édénique. Jung en vint à croire que ne pas céder à une pulsion sexuelle pouvait provoquer la maladie et même la mort. Et toutes ces idées, il ne cesserait désormais d’enjoindre aux autres de les mettre en pratique.»43

Par ailleurs Jung reste très flou sur la nosologie psychiatrique. Ses conceptions sur la santé et la maladie demeurent très imprécises. « De même la psychanalyse freudienne se limite à aider l’homme à prendre conscience, en le verbalisant, des contenus de son inconscient, la psychologie analytique de Jung ne vise qu’à permettre à l’homme de prendre conscience de sa part obscure et de l’assumer… Pour Jung comme pour Freud, la guérison consiste à établir un équilibre relatif entre des forces conflictuelles, la qualité éthique ou spirituelle de ces forces étant, en dernière analyse, sans importance. »44 

Confusion de l’anthropologie jungienne

L’anthropologie jungienne n’est pas acceptable pour un chrétien, car il y confusion permanente entre le psychologique et le spirituel, le divin et l’humain, le naturel et le surnaturel. Tous les repères de la tradition théologique chrétienne sont mis à mal. Tous les dogmes sont soigneusement détruits et remplacés par une dogmatique intransigeante qui définit le Soi, les archétypes, les notions de bien et de mal, la part d’ombre en soi ou Soi et en Dieu… La grâce, don de Dieu devient pour Jung, l’expression d’une force liée au dynamisme des archétypes. La transcendance est réduite à ce qui est inconscient. Jung sous prétexte d’intégrer la spiritualité et les religions, détruit tout dans sa tentative d’assimilation. « Pour Jung, la foi de l’homme se limite en réalité en la foi en sa propre expérience intérieure. » 45

« Puisque vous me demandez si je fais partie des croyants, je suis obligé de vous dire: non. 46»

Jung ne peut admettre une relation avec un Dieu personnel, puisque l’image de Dieu est un archétype qui est fluctuant en fonction des époques et des lieux. L’amour de Dieu de tout son cœur de toutes ses pensées et de toutes ses forces premier commandement, rappelé par le Christ, est absent dans toute l’œuvre de Jung, le second commandement, d’aimer son prochain comme soi-même, est tout aussi absent.

Jung est donc athée, gnostique, théosophe, jouisseur, hédoniste, il n’est pas chrétien.

L’inconscient spirituel

La notion même d’inconscient spirituelle existe depuis la plus haute Antiquité. Platon dans La République met les rêves en relation avec les désirs insatisfaits ou l’agressivité latente, la notion de ce que Freud appellera le refoulement n’est pas bien loin.

Les Pères de l’Eglise ont une autre analyse de ce même constat. Saint « Macaire note le caractère inconscient, pour la plupart des hommes, des effets en eux du péché ancestral : «  Le péché s’est introduit par la désobéissance d’Adam, et qui correspond à une certaine puissance spirituelle de Satan et à une réalité, a semé tous les maux. Sans être détecté, il agit sur l’homme intérieur et sur l’esprit, et il met la guerre dans les pensées. Mais l’homme ignore qu’il agit là à l’instigation d’une force étrangère. Il s’imagine que tout cela est naturel et qu’il s’agit de ses propres réflexions… Le monde est malade de la passion mauvaise et ne le sait pas. »… Saint Syméon le Nouveau Théologien constate dans le même sens, signalant que les passions sont non seulement le contenu de cet inconscient mais sa source : « Tel est l’emprise que les passions ont pris sur nous, tels sont l’enténèbrement et l’ignorance où nous nous trouvons, que nous ne sentons pas dans quel état nous sommes, que nous ne sentons pas que nous agissons mal. »47  Saint Macaire dit explicitement : « Le serpent ton meurtrier, se cache en dessous même de l’esprit et plus profondément que les pensées, dans ce que l’on appelle les chambres et les retraites de l’âme. »48

C’est pourtant là que se situe le vrai combat spirituel. Réécoutons saint Macaire : « Aussi longtemps qu’un homme est retenu dans les choses visibles de ce monde, entouré des diverses chaînes de la terre, entraîné par les passions mauvaises, il ne sait même pas qu’il y a un autre combat, une autre lutte, une autre guerre au-dedans de lui-même. C’est en effet quand un homme se lève pour combattre et se libérer de tous les liens visibles avec le monde… et qu’il commence à se tenir avec persévérance devant le Seigneur en se vidant lui-même de ce monde, qu’il peut connaître le combat intérieur des passions qui se lève en lui, la guerre intérieure et les mauvaises pensées. Comme on l’a dit : aussi longtemps que quelqu’un ne lutte pas, ne renonce pas au monde, ne se détache pas de tout son cœur de toutes les convoitises terrestres, ne veut pas s‘unir entièrement et sans réserve au Seigneur, il ne connaît ni les ruses des esprits de malice, ni les passions mauvaises cachées en lui. Mais il est étranger à lui-même, ne sachant pas qu’il porte en lui les plaies des passions secrètes. »49

Postface

Tout d’abord, il est nécessaire de distinguer les psychothérapies qui ont pour objet les maladies psychiques et la thérapeutique spirituelle dont l’Eglise a l’expertise. Cependant la vie psychique est largement tributaire de la vie spirituelle.

Quelques discernements doivent être faits :

  1. La thérapeutique spirituelle a comme objectif la santé spirituelle et le salut de l’homme en vue de sa vie éternelle et n’est pas un moyen de traiter les maladies psychiques.
  2. La thérapeutique spirituelle n’est pas l’apanage, d’un accompagnateur, d’un groupe, ou d’une méthode dite de guérison… Elle demande un discernement dans la durée et non dans l’immédiateté d’un ressenti. « Ce sont les événements qui sont nos maîtres » disait Bossuet.
  3. Le malade, c’est-à-dire chacun d’entre nous, doit participer à sa propre guérison, dans la foi et la raison, dans l’exercice quotidien des vertus cardinales, et l’accueil des vertus théologales par les sacrements, la Parole de Dieu et la mise en application dans la vie fraternelle.

Ne nous laissons pas abuser, s’il existe des points de convergence entre l’anthropologie chrétienne fondée sur le Nouveau et l’Ancien Testament, les Pères de l’Église, puis toute la tradition magistérielle, et les conceptions de Freud et de Jung, nombreux sont les points de divergences ou d’incompatibilité fondamentale.

Il est déplorable qu’aujourd’hui des auteurs que se disent chrétiens comme Anselm Grün, reçoivent, pour certains de leurs livres, les accréditations officielles de l’Église catholique du nihil obstat et de l’imprimatur, alors qu’ils sont objectivement hérétiques. Sous prétexte de dialogue, de bienveillance, de tolérance, ces livres sont toxiques, car ils mélangent les plans, induisent des confusions, sans jamais être repris par des Évêques, aidés par des théologiens, qui ont pour mission prioritaire d’être les gardiens du dépôt de la foi et de veiller à ce que le peuple qui leur ait confié reçoive de bonnes nourritures. Leur silence et leur bienveillance à cet endroit sont gravement préjudiciables.

La promotion inconsidérée de sessions d’ennéagramme dans les centres spirituels catholiques ou même par un évêque, est particulièrement préoccupante. Monseigneur Lebrun a béni les journées chrétiennes de l’ennéagramme dans son diocèse de Saint Étienne. L’ennéagramme est pétri de psychologie jungienne, même si celle-ci est rarement citée par ses promoteurs.

Bernard Dubois dans son dernier livre : « Chemins de guérison des blessures de l’enfance sur les pas de Thérèse de Lisieux », préfacé par Monseigneur Aillet 50 persiste et signe, malgré les mises en garde faite par une commission, diligentée par le conseil permanent de la conférence des évêques de France. Cette commission avait étudié les méfaits du « psycho-spirituel » en particulier dans la « doctrine » de Dubois et ses fâcheuses dérives, dans les sessions Agapè du Puy-en-Velay.

Ce ne sont que deux exemples, que nous pourrions malheureusement multiplier ; ils sont devenus courants, tant dans les communautés nouvelles que dans les communautés traditionnelles, fascinées par l’attirance de voir la psychologie enfin réhabilitée chrétiennement.

Une juste et saine reprise est nécessaire sur le plan doctrinal, car les conséquences pastorales sont déplorables. Les dérives innombrables et atteignent non seulement les personnes qui en toute confiance participent à ces sessions ou lisent ces livres, mais aussi leur entourage immédiat, parents, enfants, conjoints, amis qui ne comprennent pas les modifications de comportements, parfois les ruptures totales de relation que cela entraîne.

L’initié à ces pratiques voit le monde et les autres à travers ce prisme, il croit avoir tout compris des mécanismes de la psyché, des blessures qui seraient à l’origine des comportements, des compulsions, de la face obscure de l’âme. Son observation et sa mise en pratique ont des conséquences délétères. Il est curieux de constater que ces personnes ont une apparence de bienveillance, paraissent compréhensives, empathiques. Mais elles sont en réalité formatées et ne regardent l’autre qu’à travers des grilles d’analyse de l’ennéagramme ou de la psychologie freudienne ou jungienne, par exemple. Il s’ensuit une distanciation, une indifférence à l’autre qui est l’inverse d’une attitude fraternelle gratuite ou d’une réelle compassion. Nous retrouvons ce même type de comportement chez les personnes qui pratiquent la sophrologie, l’hypnose, la méditation de pleine conscience. Cela engendre des comportements débridés. Certains fondateurs de communautés ou initiateur de ces « méthodes » entrent dans la toute-puissance du pouvoir, de l’argent et du sexe. Et la majorité de leur « brebis » devient comme figées dans leur pensée et dans leur cœur. Une sorte d’indifférence les habite, comme si les émotions étaient inhibées. Une rupture relationnelle s’en suit, une étanchéité à toute affection et à toute compassion à leurs proches, parents ou amis, selon l’acception chrétienne. En apparence tout va bien, une certaine sérénité semble être acquise. Mais cette sérénité provoquée remplace la Paix que le Christ offre aux disciples dans le désarroi.

Un comportement que les Pères de l’Église ont bien observé dans le mécanisme de la chute. Ils décrivent trois aspects symptomatiques parmi les manifestations du Mal, le parasitisme, l’imposture, et la parodie. Le Malin vampirise ses victimes en se nourrissant des substances vitales de ses victimes ; et pour cela il prend toujours l’image du bien apparent, santé, richesse, beauté, pour les appâter. Enfin le Malin parodie le Créateur et construit son propre Royaume sans Dieu. Les Pères de l’Église ne spéculent jamais sur le mal, ils préfèrent dire d’expérience comment combattre le Malin. La Bible dénonce « l’homme d’iniquité » des derniers temps, le fils de la perdition qui se fera appeler Dieu51. Le prophète Isaïe avait déjà diagnostiqué cette entreprise: « Nous nous sommes fait du mensonge un refuge, et de l’illusion un abri. » L’homme devient étanche à toute altérité, celle de son prochain qu’il enferme dans son bocal conceptuel, et celle de Dieu, car il dit à son cœur : moi, moi seul, rien que moi ; il se fabrique un cœur qui lui donne l’illusion suprême : je suis Dieu.

Seul, le mystère de la Croix brise la cédule de nos enfermements dans le péché et nous donne la vraie Vie, Paix, Joie, et le Bonheur paradoxal des béatitudes pour l’éternité.

Bertran Chaudet

 Diacre permanent

Notes

1 Jean-Claude Larchet, L’inconscient spirituel, ed du cerf, mai 2005, p. 24,25.

2 Freud Introduction à la psychanalyse, Payot, coll. « Petite Bibliothèque », 1975, IIe partie, chapitre 18, p. 266-267.

4 Jean-Claude Larchet, L’inconscient spirituel, Ed du cerf, mai 2005, p. 35.

5 Jean-Claude Larchet, L’inconscient spirituel, ed du cerf, mai 2005, p. 35.

6 Freud, l’Avenir d’une illusion, Paris, 1995, p. 49-50.

7 Ib. P.32.

8 Jean-Claude Larchet, L’inconscient spirituel, ed du cerf, mai 2005, p. 38.

9 Freud, Essais de psychanalyse appliquée, Paris, 1952, p. 142.

10 Jean-Claude Larchet, L’inconscient spirituel, ed du cerf, mai 2005, p. 39.

11 Freud. Le malaise dans la culture, Paris, p. 18.

12 Ib.p. 18

13 Freud, Abrégé de psychanalyse, Paris, 1950, p. 5.

14 Jean-Claude Larchet, L’inconscient spirituel, ed du cerf, mai 2005, p. 42.

15 Jung, des rapports de la psychothérapie et de la direction de conscience, p.282.

16 Ib. p.291.

17 Jung et la croyance religieuse, dans La Vie symbolique, Paris, 1989, p. 161.

18 Lettre de Jung du 10.10.1959 à G.Wittwer.

19 Jung et la croyance religieuse, dans la Vie Symbolique, p.189.

20 Lettre de Jung du 20.06.1933 au D. Paul Maag.

21 Jean-Claude Larchet, L’inconscient spirituel, ed du cerf, mai 2005, p.56.

22 Jung, psychologie et religion, Paris, 1958. P.148.

23 Jung et la croyance religieuse, dans La Vie symbolique, Paris, 1989, p. 194.

24 Jung, des rapports de la psychothérapie et de la direction de conscience, p.287.

25 Jung, Psychologie et religion, p. 164.

26 Ib, p.93.

27 Ib, p.173.

28 Jung, Métamorphose de l’âme et de ses symboles, p. 123.

29 Jung et la croyance religieuse, dans La Vie symbolique, Paris, 1989, p. 192.

30 Jean-Claude Larchet, L’inconscient spirituel, ed du cerf, mai 2005, p.83..

31 Psychologie et religion. P. 114.

32 Lettre de Jung au pasteur W.Lachat …

33 Jung, La vie symbolique, p. 83.

34 Lettre au Révérend Erastus Evans.

35 Jean-Claude Larchet, L’inconscient spirituel, ed du cerf, mai 2005, p. 74.

36 Lettre de Jung du 05.011952.

37 Jung, Dialectique du moi et de l’inconscient. P. 254-255.

38 Les théosophes voient dans les gnostiques de l’Antiquité, mais aussi dans les alchimistes comme Jacob Boehme ou les illuminés du XVIIe s. comme Swedenborg ou Saint Martin, les pères fondateurs de la théosophie. La théosophie apparaît comme un courant philosophique mêlant du religieux, structuré en 1875 sous l’impulsion de Mme Blavatsky. La théosophie est un syncrétisme d’occultisme d’ésotérisme, de magie puisant dans la franc-maçonnerie, la Rose-Croix, les doctrines orientales. Elle se présente comme une alternative à l’emprise du catholicisme. Le New Age se nourrit de la théosophie.

39 Aleksander Posacki, sj, Psychologie et Nouvel Âge, Editions bénédictines, 2009, p. 96.

40 Ib. p. 97

41 Jung, Aïon, p.97.

42 Cité par Jung dans, Psychologie et religion. p. 154.

43 R. Noll, Le Christ aryen Paris 1999, p 81-108. Cité par Jean-Claude Larchet, L’inconscient spirituel, ed du cerf, mai 2005, p.93.

44 Jean-Claude Larchet, L’inconscient spirituel, ed du cerf, mai 2005, p. 98.

45 Ib. P.99.

46 Lettre de Jung au Dr Bernhard Lang. 1957.

47 Jean-Claude Larchet, L’inconscient spirituel, ed du cerf, mai 2005, p. 139.

48 Saint Macaire Homélies spirituelles XV, 21.

49 Ib, XXI, 4.

50 Ed. des Béatitudes, Nouan-le-Fuzelier (Loir-et-Cher)

51 2 Thes. 2,3-4.

 

L’hypnose (2) : technique ou pouvoir ?

Alors que je disais à un ancien militaire formé dans les sections spéciales d’intervention que je réfléchissais sur l’hypnose, à partir de l’interrogation de cette femme ayant accouché sous hypnose (voir le début de la première partie), il m’a spontanément parlé de son entraînement au combat. Dans ces sections spéciales, il ne faut pas avoir d’état d’âme ; il me disait que des moniteurs leur induisaient un comportement, où tout sens moral disparaissait afin d’être plus performant dans la mission. Tuer un homme de sang-froid sans en avoir le moindre regret continuait à l’interroger trente ans après. Il disait se voir impassible dans certaines situations qui auraient dû lui procurer des émotions. Il venait de réaliser que ce qu’il avait subi dans son entraînement pouvait être assimilé à de l’hypnose. Les conséquences de l’induction d’une dissociation somatopsychique, psycho spirituelle ou psycho éthique, ne sont analysées dans aucun rapport dit scientifique.

Le rapport de l’Inserm de juin 2015

Dans son rapport de juin 2015 sur Évaluation de l’efficacité de la pratique de l’hypnose[1], le très sérieux organisme INSERM a donné quelques points d’évaluation et d’attention concernant l’hypnose. Voici quelques extraits :

L’hypnose recouvre en effet un ensemble de pratiques sensiblement différentes : hypnosédation (à visée sédative, utilisée en anesthésie), hypnoanalgésie (contre la douleur) et hypnothérapie (à visée psychothérapeutique). Il en est de même des formations à l’hypnose en France : elles sont hétérogènes. Il existe une douzaine de formations universitaires, à ce jour non reconnues par l’Ordre des médecins. Il existe également de nombreuses formations associatives et privées. Certaines sont réservées aux professions médicales et/ou aux professions de santé, et d’autres sont accessibles à un public plus large. Le statut d’hypnothérapeute, non réglementé, concerne ainsi des praticiens aux qualifications forts différentes.

Ce rapport se veut d’abord descriptif et analyse différentes études scientifiques menées à ce jour. Ces études visent toute l’efficience de l’hypnose au moment de l’intervention. Ce rapport admet la pratique de l’hypnose encadrée médicalement et la trouve sans danger, tout en reconnaissant que les preuves de son efficacité restent difficiles à évaluer, tant l’approche des pratiques est subjective. Aucun rapport, aucune étude ne s’intéressent à une approche épistémologique intégrant les innombrables réflexions sur le sujet à partir de la fin du 18e siècle.

À cette époque des Rapports ont été faits par Des commissaires chargés par le roi de l’examen du magnétisme animal[2] au sujet de Mesmer notamment. (Ces commissaires étaient des médecins comme Salin et Guillotin et de scientifiques comme Franklin, Bailly et Lavoisier). Leurs conclusions ne sont pas sans intérêt pour évaluer les pratiques d’aujourd’hui, car elles soulèvent des questions qui ne sont plus abordées, d’ordre scientifique, médical et philosophique. Une littérature abondante, fin 19e siècle existe sur le sujet au moment où Bernheim et Charcot ont relancé les recherches sur l’hypnose.

La pertinence des questions soulevées ne semble plus intéresser nos universitaires praticiens et enseignant l’hypnose aujourd’hui. Ceux-ci cherchent à prouver l’efficacité immédiate de l’hypnose, sans s’interroger sur des effets secondaires à moyen ou long terme, d’ordre moral ou existentiel, hors de leur champ d’investigation, mais aussi sans doute de compétence. Est-ce une raison suffisante pour faire comme ces questions n’existaient pas ?

L’Hypnose spectacle

Il est curieux de constater que l’hypnose peut être utilisée en médecine ou psychothérapie, mais que les mêmes procédés sont exhibés en spectacle. En introduction de son livre Découvrir l’hypnose, Antoine Bioy, docteur en psychologie clinique et responsable scientifique de l’institut français d’hypnose, pose des questions intéressantes : « Hypnose… Le mot fascine, car il est chargé de représentations importantes. Est-ce un don ? Un pouvoir ? Un simple état naturel ? Et que se passe-t-il quand on est hypnotisé ? Est-on sous le contrôle d’un autre ? Peut-on encore réagir ? » [3]

Les techniques et méthodes hypnotiques ont changé depuis le début de son histoire, le pendule et autre objet d’attention ont disparu, mais la focalisation du regard sur un point, l’écoute d’un son répétitif, la gestuelle demeurent. Cette focalisation de l’attention est suivie d’un élargissement de ce champ selon les modalités induites par l’hypnotiseur. Hypnose thérapeutique et hypnose de spectacle procèdent d’approches similaires pour arriver à leur fin.

Quelqu’un a pratiqué l’hypnose thérapeutique comme celle de spectacle, c’est le célèbre artiste québécois Messmer de son vrai nom Éric Normandin (né en août 1971). À sept ans, il recevait de son grand-père un recueil de Jean Filiatre, un occultiste magnétiseur, « L’enseignement facile et rapide de l’hypnotisme par l’image [4] » dans lequel il est indiqué dans l’introduction : « Résumé et complément de tous les Traités de magnétisme et cours par correspondance publiés dans les deux mondes, il s’adresse aux personnes désirant parvenir, sans tâtonnements, à influencer leurs semblables.[5] »

Éric Normandin a pris le pseudonyme de Messmer en 1995 pour rendre hommage à Franz Anton Mesmer dont nous avons vu le parcours pour le moins sinueux et sulfureux. Dans les années 1990, en plus de ses performances sur scène, Messmer développe et pratique l’hypnose thérapeutique en cabinet. C’est en 2000 qu’il cesse de pratiquer en clinique afin de se concentrer sur ses spectacles. Les téléspectateurs français le découvrent le 8 juin 2011 lors de son apparition à l’émission le Grand Journal. Messmer hypnotise alors une jeune fille du public et lui « fait oublier le chiffre 7 », puis il hypnotise Charlotte Le Bon et la fait rire et pleurer à son insu.

Le 20 janvier 2012, Messmer présente la dernière représentation Montréalaise de son spectacle Fascinateur au Centre Bell, devant 6 000 personnes et y réalise le défi qu’il s’était lancé : réaliser le plus grand numéro d’hypnose collective. Il a donc fasciné 422 personnes en moins de 5 minutes.

Avec sa tournée Fascinateur, il a enchaîné quelque 467 spectacles en salle partout en province et a vendu plus de 260 000 billets.

Messmer ne triche pas, il hypnotise réellement son public après avoir sélectionné les sujets les plus influençables. Il commence par demander aux spectateurs de serrer leurs mains, les index collés l’un contre l’autre. Puis il annonce que les mains sont irrémédiablement collées et demande aux spectateurs d’essayer de les décoller. Sur une salle de plusieurs centaines de personnes, moins d’une centaine reste index collés. Ensuite Messmer teste individuellement ces dernières et selon des critères qui lui sont propres, il n’en sélectionne qu’une vingtaine. C’est cette dernière sélection qui monte sur scène pour l’hypnose. Seuls les quelques éléments les plus réceptifs (moins de 5) feront les tours les plus sensationnels.

Dans une interview au Dauphiné, Messmer déclare « les ouvrages n’ont plus grand-chose à m’apprendre. Il y a l’hypnose, la sophrologie… J’utilise plusieurs techniques à la fois : le toucher, la parole, la force magnétique. Tout ceci est prouvé scientifiquement. Les spécialistes parlent d’un ensemble de paramètres, qui vont de la réceptivité à la suggestion, en passant par la scénographie. C’est garanti sans trucages. » Source Wikipédia.

L’hypnotiseur parle comme s’il savait aussi bien que le patient ou le spectateur, ou même mieux que lui, ce que ce dernier pense, éprouve, ressent vraiment. Et, si tout se passe bien, le patient se mettra effectivement à vivre les situations que l’hypnotiseur lui suggère : il sentira par exemple son bras gauche devenir rigide (catalepsie), tandis que le droit se soulèvera apparemment tout seul (lévitation du bras).

Un homme secouru après avoir été « hypnotisé » par Messmer via sa télé

Un peu comme si la limite, la frontière entre l’hypnotiseur et l’hypnotisé devenait floue, incertaine, comme si elle s’abolissait…

Si vous n’êtes pas familier de l’hypnose spectacle, prenez tout de même le temps de regarder quelques extraits d’émissions de télévision disponibles sur internet, par exemple l’émission LE GRAND JEU, pour comprendre jusqu’à quel point d’avilissement peut aller ce genre de manipulation…

Questions

Il serait fastidieux et hors de ce propos de décrire les différentes techniques d’hypnose ou de mise sous influence, d’autant que comme le dit Messmer, c’est la pratique qui est importante et plus on pratique, plus la capacité d’hypnotisation augmente. D’ailleurs également, plus on est hypnotisé plus on est hypnotisable et sensible immédiatement à toute suggestion.

Par conséquent l’hypnose n’est pas qu’une simple technique neutre qui serait éthiquement licite, du moment que l’on respecterait une déontologie soi-disant respectueuse de la personne et de sa liberté. D’ailleurs selon quels critères ? Le consentement explicite du patient est requis dans le cadre médical. Mais a-t-on pris le temps de s’interroger sur le comment cela marche, pourquoi cela marche, y a-t-il des effets secondaires au moment de l’hypnose et après, apparents ou non apparents ? La démarche épistémologique dont les praticiens de l’hypnose se targuent, est-elle suffisamment élaborée, tient-elle compte de toutes les dimensions de la personne ?

Demander à une personne si elle souhaite être opérée sous hypnose, en lui évoquant les avantages de ne pas avoir d’anesthésiants et de sédatifs, permet d’avoir son consentement rapidement, d’autant que la démarche lui est proposée par des médecins avec le crédit que l’on peut apporter préalablement à la science médicale. Or ici il ne s’agit pas de science, mais d’un pouvoir de l’hypnotiseur sur l’hypnotisé.

Une réelle question se pose, question que les intellectuels et scientifiques du dix-huitième et dix-neuvième siècle n’éludaient pas. Quelle est l’origine de ce pouvoir hypnotique ? Taxer préalablement ces anciens d’obscurantisme, ou dire que leurs connaissances étaient à l’époque bien limitées, élimine toutes questions d’ordre métaphysique ou théologique sur l’origine de certains pouvoirs que les sciences actuelles, médicales ou psychologiques, observent sans pour autant expliquer.

François Mathijsen et l’hypothèse spirituelle

François Mathijsen[6] docteur en psychologie sociale évoque l’hypothèse spirituelle en ce qui concerne les expériences paranormales. Il ne parle pas de l’hypnose en tant que telle, mais son analyse rejoint celle de Don Aleksander Posacki, jésuite polonais.

Ainsi Mathijsen écrit que si le phénomène s’explique par l’hypothèse de facultés humaines inconnues (l’hypothèse psi) ou des lois naturelles encore incomprises, il peut être considéré comme quelque chose de neutre et il est difficilement compréhensible de ne pas l’utiliser ou de ne pas en bénéficier.

Par contre si la source de certains phénomènes paranormaux n’est pas naturelle, mais surnaturelle, que ce ne serait donc ni une faculté humaine inconnue ni une réalité physique inexploitée, mais la manifestation d’une intelligence immatérielle externe qui s’exprimerait à travers une sensibilité ou une disposition humaine naturelle, alors cela demande de discerner à quoi nous avons à faire. Cette forme d’intelligence est-elle bienveillante, neutre, ou malveillante ? Face à une réalité externe au monde matériel et humain, le discours sera celui du principe de précaution et du discernement. François Mathijsen parle alors de la prise en considération nécessaire de l’hypothèse spi.

Don Aleksander Posacki.sj. Les nouvelles formes de spiritisme aujourd’hui [7]

L’élimination de la notion d’esprit dans la culture moderne est liée également à l’élimination du concept de l’âme ou à la mauvaise redéfinition du concept d’esprit (surtout dans la philosophie de l’idéalisme allemand), en direction du rationalisme…

Depuis plus de cent ans, la mauvaise redéfinition du monde des esprits provient de la partie expérimentale de la psychologie et des sciences des religions. C’est l’interprétation subjective rationaliste qui domine. En substance, il s’agit d’un élargissement du champ de la subjectivité ou de la rationalité et non d’une acceptation de l’existence des esprits en tant qu’entités intelligentes, objectivement existantes, c’est-à-dire existantes indépendamment du sujet connaissant…

On peut considérer comme une sorte de préjugé ou d’a priori intellectuel les tendances réductionnistes et sceptiques qui cherchent à tout prix à réduire le monde des Esprits à un monde de la Nature, en ce sens que les esprits sont considérés comme des personnalisations symboliques des forces impersonnelles de la nature.

… Il n’est pas possible d’exclure ou d’éliminer rationnellement l’éventualité de l’existence des esprits. Dans le domaine de la méthodologie scientifique cette mauvaise redéfinition de ce que sont les esprits, les ramenant uniquement à des énergies psychiques, commence principalement à partir de la psychanalyse, laquelle devient un autre pilier pour les recherches parapsychologiques. (Il y a aussi les théories de Jung diffusées dans le monde entier et reprises par le New-Age, Jung n’ayant jamais été très clair et précis sur le sujet. Sa mère très déséquilibrée pratiquait le spiritisme…)

La vérité des phénomènes hypnotiques notamment se situe bien au-delà de la portée d’un tel cadre interprétatif à caractère idéologique.

L’hypnose comme possibilité d’une expérience spirite

En tant que phénomènes psycho sociobiologique qui agissent au niveau de l’inconscient très archaïque, antérieur au langage et à la sexualité, il y a transmission de l’influence émotive d’un individu à un autre (d’après Léon Chertok). Dans cette description du phénomène manque cependant la dimension spirituelle (pneumatologique, relative à l’âme)… En effet, l’influence émotive ou empathique peut être aussi une influence liée à la médiumnité. L’élimination préalable de la métaphysique, de l’expérience spirituelle et mystique, et de ses combats contre le monde des esprits mauvais qui se font passer pour des anges de lumière, restreint singulièrement le champ de la réflexion. La psychologie et la médecine contemporaines éliminant préalablement jusqu’à ce qui pourrait être cette hypothèse du métaphysique s’interdisent préalablement ce qui pourrait entrer dans une épistémologie ouverte et raisonnée. C’est pourquoi ni la médecine ni la psychologie en tant que sciences empiriques ne sont compétentes jusqu’au bout pour expliquer ce qui concerne la question du phénomène de l’hypnose.

Pour ce motif, la prédisposition à l’hypnose ne dépend pas uniquement de l’âge, du sexe, du type de système nerveux… et de l’attitude à l’égard de la personne qui provoque l’hypnose- comme le soutiennent les théories naturalistes qui croient avoir épuisé ce thème, mais elle dépend aussi de l’état spirituel et moral de l’homme.

Le risque d’abus que comporte le recours à l’hypnose ne consiste pas seulement dans le fait que l’hypnotiseur peut provoquer la dépendance de la personne hypnotisée, mais aussi de lui inculquer (avec ou sans son consentement) certains éléments qui conditionnent dangereusement sa personnalité… Il s’agit ici de quelque chose de plus fondamental, parce que l’hypnose en tant qu’elle est une sorte d’ouverture à la médiumnité, pour ouvrir la personnalité d’un homme à quelque chose pouvant échapper au contrôle, souvent par le fait de la transgression des domaines immanents et intérieurs de sa personnalité… On ne peut pas exclure que l’hypnose ouvre aussi à quelque chose qui pourrait être appelé extra conscientiel. Ou de superconscient comme le disait le sulfureux Mesmer. Elle peut donc ouvrir à des entités spirituelles intelligentes qui pourraient prendre le contrôle de la situation. Il en résulte le fait que l’hypnotiseur, même s’il est honnête et compétent, ne peut pas seulement, selon le mode objectif et d’une façon absolument certaine, garantir la sécurité ni au patient ni à lui-même, pendant sa séance, même s’il soutient que cela est possible. La possibilité d’ingérence du monde spirituel ou extrasensoriel est suggérée par la nature même d’une « ouverture médiumnique », qui n’a pas de limites claires, exactement comme la nature même de l’intelligence et de l’esprit n’en a pas…

Saint Thomas d’Aquin soutenait qu’une perception extrasensorielle entendue radicalement (c’est-à-dire au-delà des cinq sens) est plus une caractéristique des anges (esprits) que des hommes, et c’est peut-être pour ce motif qu’elle semble tellement étrangère.

L’hypnotisme est profondément immoral

C’est ce qu’osait dire un grand théologien et moraliste italien le R. P. J.-J. Franco en cette fin du dix-neuvième siècle[8]. Au chapitre IV : L’hypnotisme et la morale :

Tout esprit raisonnable sent avec une profonde conviction qu’il n’est pas permis d’éteindre la lumière de l’intelligence ni d’étouffer le jugement de la conscience : parce que l’homme resterait indifférent à vouloir le bien qu’il doit faire et indifférent à repousser le mal défendu. Autant l’obligation de faire le bien et d’éviter le mal est grave, autant est absolu le devoir de ne pas se rendre impuissant à l’un et à l’autre.[9]

Nous retrouvons ici l’expérience de ce militaire formé dans des sections spéciales d’intervention.

À titre d’exemple parmi bien d’autres, le célèbre Messmer, dans le cadre d’une émission d’Arthur Stars sous hypnose de TF1 du vendredi 27 février 2015, a hypnotisé miss France 2011, Laury Thilleman. Messmer voulait marier « à l’insu de son plein gré » Laury Thilleman. La mairesse du 17e arrondissement de Paris, Brigitte Kuster s’est prêtée à cette mascarade la trouvant « sympathique et amusante » qui a eu lieu dans sa mairie avec toutes les apparences d’un vrai mariage. L’ancienne miss France hypnotisée par Messmer, s’est réveillée en plein milieu de son propre mariage avec un inconnu. Elle n’en garde pas que de bons souvenirs. Le rôle confié à la mairesse était de rassurer et de rendre l’exercice le plus crédible possible, en portant notamment son écharpe tricolore. Un moment qualifié de « vrai cauchemar » par l’ex-miss dans les colonnes de Télé 7 Jours, repris par Voici.

Même à titre de divertissement, trouver sympathique et amusante la possibilité de marier quelqu’un contre son consentement conscient, un vrai maire se prêtant à cette mascarade, ne donne-t-elle pas crédit à la pensée de ce théologien osant affirmer que l’hypnotisme peut être parfaitement immoral ?

Partage d’un ami médecin : « Une infirmière m’a fait part d’un cas très troublant survenue durant une opération et très semblable au cas de Miss France. Une patiente s’est retrouvée mutique pendant plusieurs jours au sortir d’une intervention sous hypnose. On a découvert que durant son hypnose, elle avait fait un voyage avec un homme qui au lieu d’être son mari était un amant (imaginaire ou pas je ne sais pas) et s’est retrouvée très perturbée. Il parait qu’on lui a proposé une nouvelle séance d’hypnose pour en « guérir » ».

Au chapitre VI, Père Franco questionne : L’hypnotisme devant la Foi

L’expérience de tous les siècles nous est garante que jamais cela ne fut possible, et de fait le genre humain a toujours reconnu comme un acte de puissance supérieure de lire dans le cœur des hommes. Les théologiens catholiques, à leur tour, guidés par les divines Écritures, considèrent un attribut propre à la Divinité le pouvoir de scruter les idées intérieures de l’homme.

En vérité, nous l’affirmons, la pénétration et la communication de la pensée, les idées infusées sans l’emploi des moyens destinés à ce but, la divination de faits qui se passent dans un lieu ou dans un temps éloigné, et autres faits semblables, ne sont point de la compétence de l’homme ; et si, dans l’état hypnotique, ils se réalisent quelquefois, il est clair que l’homme est aidé par une activité qui n’est pas son activité naturelle.

Refaire revivre une expérience passée, c’est précisément pénétrer dans une manipulation de l’imaginaire. Le souvenir que nous avons de notre passé est labile, malléable. Il n’est pas à instrumentaliser pour sauver le présent. Nous retrouvons cela en PNL et en sophrologie. Il s’agit de séquencer le passé comme dans un film où l’on retirerait les éléments désagréables pour n’en retenir que les agréables ou dans certaines circonstances l’inverse. Nous savons aujourd’hui les dégâts provoqués par les faux souvenirs induits. Miss France 2011 a été en capacité de parler chinois, langue qu’elle ne connaissait pas, sous l’influence hypnotique de Messmer. Est-ce bien un phénomène d’ordre naturel ?

Le démon dit quelque vérité pour arriver à répandre l’erreur, comme l’observe expressément saint Augustin ; il éclaire pour ensuite obscurcir ; il fait une petite faveur pour enlever un bien important, souvent il offre le temporel pour ravir l’éternel.

Il ne s’agit pas bien entendu de dire que toute expérience d’hypnose est entachée de diabolisme, mais doit-on préalablement exclure ce monde des esprits et de l’invisible ? La Bible, la théologie et l’expérience mystique de l’Église catholique reconnaissent l’existence dans l’invisible du monde des esprits. Saint Ignace n’a de cesse de nous inviter au discernement des esprits. Or cette dimension du combat spirituel est tout simplement ignorée des recherches actuelles en matière d’hypnose.

L’égrégore

Il est curieux de constater que la Franc-Maçonnerie comme la Rose-Croix font elles aussi appel au monde des esprits. Certaines séances où se manifeste l’égrégore, ne ressemblent-elles pas à des manifestations d’hypnose collective. « Un égrégore est, dans l’ésotérisme, un concept désignant un esprit de groupe, une entité psychique autonome où une force produite est influencée par les désirs et émotions de plusieurs individus unis dans un but commun. Cette force vivante fonctionnerait alors comme une entité autonome. Le terme, apparu dans la tradition hermétiste, a été repris par les surréalistes, qui l’ont chargé d’un fort potentiel subversif… En franc-maçonnerie, Jack Chaboud le décrit comme un moment d’exaltation collectif, souvent vécu en fin de tenue lors de la chaîne d’union regroupant les maçons formant cercle, mains enlacées, évoquant le lien qui les unit aux maçons du monde entier, à ceux qui les ont précédés et à ceux qui les suivront[10].

Il s’agirait selon le Père Joseph-Marie Verlinde, d’un champ d’énergie à la fois mentale, émotionnelle et spirituelle. Les membres du groupe engendrent l’égrégore par lequel ils sont adombrés à mesure qu’il se constitue. L’action est dès lors réciproque : les personnes alimentent l’égrégore et celui-ci agit sur elles. La puissance de l’égrégore est fonction du nombre de personnes qui le maintiennent et de l’intensité de leur engagement dans le projet commun[11].

Stanislas de Gaita, poète et occultiste de la fin du 19e, parla de l’égrégore en termes de vivante synthèse, résultat du groupement de plusieurs individualités. Il évoqua aussi l’importance de la chaîne magique, ou chaîne d’union. Gaita, peu avant sa mort précoce, transmit des écrits à son secrétaire, qui n’est autre que son ami Oswald Wirth, à charge pour lui d’en poursuivre la rédaction. Wirth introduisit le mot égrégore en Franc-maçonnerie, suivi par Marius Lepage, puis relayé par Jules Boucher.

Ce que ces auteurs ont en commun, c’est leur conception de cette notion d’égrégore. Ce n’est pas une création spirituelle, mais une forme d’énergie résultant de la sommation des fractions énergétiques de même signe, issues des individus d’une collectivité humaine. Le concept n’est donc pas métaphysique, mais plutôt d’ordre physique prétendent-ils.

On pourrait assimiler certains types d’égrégore à la Ola des matchs de football en ce qui concerne ses manifestations les plus anodines, mais aussi aux phénomènes rencontrés dans certains concerts notamment de musique techno avec force effet lumineux, et plus dramatiquement aux effets déclenchés par le magnétisme d’Hitler ou de Mussolini. Certains spectacles n’entraînent-ils pas des effets d’hypnose collective, de fascination telle qu’ils peuvent amener des foules dans un délire collectif et dans une gestuelle irrépressible ? Les manipulations collectives que certains régimes politiques ont générées et génèrent encore ne procèdent-elles pas de ces types d’emprise hypnogène ? Mais certains rassemblements pentecôtistes évangéliques et de la troisième vague, avec paroles de connaissances et guérisons immédiates ne procèdent-ils pas de phénomènes assimilables à des égrégores ?

 Sur le plan de la foi chrétienne

L’imaginaire fait oublier la dureté du réel ou nous en distrait. Les contes de fées, les histoires, le cinéma, la musique et les arts peuvent entraîner dans un imaginaire qui pour un temps fait oublier la dureté du quotidien. Mais le caractère inductif intentionnel de l’hypnose entraîne soumission et allégeance, même si celles-ci sont préalablement autorisées par le contrat passé entre hypnotiseur et hypnotisé.

Dans sa pédagogie le Christ invite les malades et les pécheurs à un sursaut de Foi. Non pas une foi en des méthodes et techniques qui peuvent donner l’illusion de la puissance de guérison grâce à la sujétion. Le Christ dit au malade qui l’approche avec humilité : Ta foi t’a sauvé.

Le retable d’Issenheim montrant le Christ en croix et Jean-Baptiste pointant le doigt en direction du cœur de Jésus, avait été particulièrement étudié pour adoucir l’agonie des malades atteints du mal des ardents qui terminaient leur vie dans une horrible agonie. Cette invitation au Sursum corda, l’élévation du cœur pour le tourner vers le Seigneur n’est pas une fuite du réel, mais une invitation au sens de ce qui est vécu et plus encore à un méta sens.

Mon grand-oncle prêtre avait une croix avec au centre une pièce incurvée qu’il donnait aux malades agonisants qu’il ne manquait pas de visiter. Le malade posait son pouce au centre de cette croix qui tenait sans effort grâce à la pièce. Le sens de leur ultime combat était donné par cette croix signe de la mort et de la résurrection du Christ. Cette croix n’est pas un dérivatif illusoire, mais une ouverture à une méta réalité.

Nous pourrions multiplier les exemples dans la liturgie catholique avec sa pédagogie qui touche les sens. Il n’y a jamais abolition de la conscience, mais mise en relation orientée vers le sens ultime, la vie éternelle donnée par le Christ mort et ressuscité. Relire et relier, Paroles de Dieu et rites liturgiques donnent à voir la réalité de ce que l’on entend, une réalité surnaturelle, une réalité ouverte par grâce et non par sujétion.

Conclusion

L’éradication préalable de toute perspective métaphysique nous entraîne dans un utilitarisme séducteur dénué de toute spiritualité. Non qu’il faille tomber dans un dolorisme mortifère, mais nous avons à demeurer attentif et ne pas évacuer le sens de la souffrance.

Quand la souffrance est stoppée chimiquement sur le plan somatique, cela n’est pas de même nature que lorsqu’elle est stoppée par dissociation somatopsychique induite.

Finalement une ultime question devrait se poser

DISSOCIER SOMA ET PSYCHÉ DE MANIÈRE INDUITE, même pour un temps, n’est-ce pas entraîner des effets secondaires non encore évalués :

♦ indifférence à la souffrance,

♦ indifférence au pâtir et finalement au compatir,

♦ indifférence à l’autre,

♦ insensibilité du cœur

♦ et sur le plan spirituel indifférence à Dieu ?

Et tout cela à bas bruit puisque précisément on ne ressent rien…

 

Bertran Chaudet, Nov 2015

Notes

[1] Inserm, rapport juin 2015. Évaluation de l’efficacité de la pratique de l’hypnose. Juliette Gueguen Caroline Barry Christine Hassler Bruno Falissard. Avec l’expertise critique d’Arnaud Fauconnier et Elisabeth Fournier-Charrière

[2] Livre numérique Google, Marchands de Nouveautés.

[3] Antoine Bioy, Découvrir l’hypnose, Pratiques, méthodes et techniques. Ed Poche Marabout. Avril 2015, p. 9.

[4] Jean Filiatre, L’enseignement facile et rapide de l’hypnotisme par l’image. Librairie Fischbacher, Paris

[5] Ib.

[6] François Mathijsen Les expériences paranormales Collection « Que penser de… ? », n° 84.   05-02-2014.

[7] Don Aleksander Posacki.sj. Les nouvelles formes de spiritisme aujourd’hui, p 6 à 12 Actes du colloque de Hochaltingen, International Association for Delivrance. Éd. Bénédictines, mars 2004.

[8] L’Hypnotisme revenu à la mode, traité historique, scientifique, hygiénique, moral et théologique, par le R. P. J.-J. Franco,… traduit par l’abbé J. Moreau,… sur la 3e édition italienne, enrichie de nouvelles observations et de faits récents, avec un appendice sur les travaux des Drs Guermonprez et Venturoli et sur l’hypnotisme clairvoyant. Auteur : Franco, Giovanni Giuseppe (1824-1908) Éditeur : Impr. St-Joseph (Saint-Amand (Cher)) Date d’édition : 1890

[9] Ib. p.165

[10] Jack Chaboud, La Franc-maçonnerie, histoire, mythes et réalité, Librio, 2004, p.69 Wikipedia

[11] Site internet Final Age.

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