La kinésiologie

Extrait du livre : Nouvelles croyances, thérapies alternatives : des dérives possibles. Denis Lecompte, Bertran Chaudet. Sarment éditions du jubilé novembre 2008.

Le terme est issu de kiné (mouvement) et signifie donc la science du mouvement. C’est une thérapie physico-émotionnelle. Il s’agit, par des exercices ou des mouvements sur le corps, de restaurer un équilibre énergétique perturbé à différents niveaux, à la suite de différentes causes. On est ici dans une méthode holistique, c’est-à-dire que la kinésiologie entend travailler sur le corps dans sa totalité.

Historique

(d’après Manuel pratique de kinésiologie, la santé par le toucher / JeanClaude Guyard, Éd. Souffle d’or, 2003)

La kinésiologie est née aux Etats-Unis. Elle se réclame de toute une recherche sur le corps depuis la fin du XIX ème siècle. Elle se situe dans la lignée des recherches du docteur Palmer, fondateur de la chiropractie qui mit en valeur, par un travail d’ajustement vertébral, une action à distance d’une région du corps sur une fonction.

Dans les années 1960, un autre chiropracteur, le Dr Goodheart établit une interaction possible entre les muscles, les organes et les méridiens d’acupuncture, avec une relation entre le stress et le tonus musculaire. C’est lui qui mit au point le principe du test musculaire énergétique.

Dans les années 1970, le Dr John Thie donne une diffusion large à ce qui sera la base de la kinésiologie dans son livre « Touch for Health» (santé par le toucher). Il répertorie 14 muscles principaux et 28 muscles additionnels. Il propose alors une méthode de guérison, fondée sur l’utilisation de points neuro-vasculaires et sur le balayage des méridiens, qui se fait à une faible distance du corps. On appelle alors guérison la disparition des symptômes.

Dans les années 1980, aux Etats-Unis et en Europe, le test musculaire commence à être utilisé pour interroger le corps sur tous les besoins de l’être humain et même de l’animal, par transfert.

Progressivement s’est donc mis en place un système d’analyse du corps qui permettrait de montrer que se renvoient l’un à l’autre les réseaux structurels, lymphatiques, neurologiques, psychologiques, vasculaires, nutritionnels, chimiques et énergétiques; de même, par l’interrogation du tonus musculaire, on pourrait remonter de l’effet constaté à la cause de cet effet. Les kinésiologues ont adapté des outils empruntés aux orthoptistes, aux orthophonistes, aux psycho-motriciens, aux ostéopathes. On utilise aussi les fleurs de Bach, l’affirmation positive, la symbolique ésotérique, le yoga, la neurologie, la gestion mentale …

En France, en Belgique et en Suisse notamment se développent les formations de kinésiologie, soit par le biais de quelques grands centres, soit sur des initiatives individuelles. L’interrogation du terme kinésiologie sur Google en est la vitrine.

Branches de la kinésiologie

Partant de l’outil de base qu’est le test musculaire, de nombreuses applications de la kinésiologie ont vu le jour.

Edu-kinésiologie ou kinésiologie éducative (mise au point par le docteur Dennison). Après avoir longuement détaillé les spécificités des deux hémisphères du cerveau, cette branche de la kinésiologie analyse les mécanismes du cerveau lors de l’apprentissage et explique toutes les difficultés d’apprentissage par une mauvaise connexion entre le cerveau droit et le cerveau gauche. Elle propose, en guise de correction, des mouvements permettant de croiser les côtés droit et gauche du corps, trouvés par le test musculaire (exercices dits de cross-crawl, tributaires souvent du bon sens ou empruntés au yoga). De fait, c’est souvent par le biais des difficultés scolaires des enfants que les parents pénètrent dans l’univers de la kinésiologie. De nombreux enseignants la proposent dans leurs cours comme méthode pédagogique associée.

Touch for Health ou santé par le toucher (mise au point par le docteur Jonh Thie). Cette branche considère qu’en touchant certains points du corps (issus notamment des méridiens d’acupuncture), on peut guérir de nombreux maux. Après une interrogation de chaque muscle important du corps, elle propose de renforcer un muscle testé faible, plutôt que de relâcher le muscle douloureux; elle veut agir sur les relations entre les différents réseaux du corps déployés ci-dessus. Chaque muscle est relié à un problème affectif, ainsi le corps a le pouvoir de s’auto guérir dans toutes ses dimensions.

Trois concepts en un (développé par Daniel Whiteside) approfondit l’intégration entre le corps et l’esprit. Il s’agit de désamorcer les émotions du passé qui bloquent notre présent. Par le test dit du « baromètre du comportement» on touche à de nombreuses blessures psychologiques.

L’aura kinésiologie (récemment mise au point par Jean-Claude Guyard) a permis « d’ouvrir à toute personne sensible aux énergies subtiles un domaine jusqu’à présent réservé aux initiés ». (kinésiologie.fr site Internet).

Hyper-texton (mis au point par Franck Mahony) est utilisé dans les milieux sportifs et s’intéresse à l’hyper tonicité musculaire que l’on corrige par l’alternance de légères contractions à l’inspiration, et de légers étirements à l’expiration.

PKP (professional kinsesiology practitioner du Dr Bruce Dewe) se présente comme la grande synthèse de toutes les branches; elle utilise surtout les modes digitaux c’est-à-dire tout un système de gestes symboliques exécuté sur les doigts. Il est dit de ce système qu’il a été défini et utilisé depuis des milliers d’années pour équilibrer l’énergie dans le corps, et qu’il appartient au monde de l’Egypte, de la Grèce, de la Chine et de l’Inde.

De très nombreuses autres applications voient également le jour (allergies, dentiste, vétérinaire), chacune faisant l’objet d’une marque commerciale déposée.

Les piliers de la kinésiologie : le test musculaire, le baromètre du comportement, la récession d’âge.

La clé de voûte de la kinésiologie est le test musculaire qui évalue le niveau énergétique d’un être vivant par une technique manuelle simple. Il se veut différent du test qu’utilisent les kinésithérapeutes en ce qu’il n’évalue pas la résistance du muscle. On lui donne lors des cours des explications physiologiques et neurologiques complexes.

Mais, finalement, « il n’est pas nécessaire de comprendre le phénomène; il s’agit de l’expérimenter: c’est suffisant pour que cela soit efficace» (Paul Dennison, kinésiologie, le plaisir d’apprendre, Éd. du Souffle d’or, 1988) et « mieux vaut une méthode dont on ignore pourquoi elle guérit qu’une méthode dont on sait pourquoi elle devrait guérir» (site kinésiologie.fr)

Concrètement il s’agit d’exercer une légère pression sur un muscle, par exemple le bras du patient. Quand il y a un stress dans le corps, le tonus du muscle se modifierait instantanément, l’énergie se bloquerait, le muscle lâcherait. Partant de là on dira qu’un bras qui résiste à cette pression teste fort et équivaut à une réponse positive à une question posée, et qu’un bras qui tombe teste faible et équivaut à une réponse négative à une question posée. Le test musculaire qui est à l’origine une simple interrogation du corps devient donc par une traduction rapide un moyen de communication verbal, entre deux personnes qui peuvent ne pas se parler ! Il est à la fois un outil de diagnostic et de correction thérapeutique.

Lors de l’interrogation du mal-être de la personne, les kinésiologues ont cru constater que « le fait de poser une question directe et honnête ne garantit pas une réponse directe et honnête ». Il faut donc avoir accès à l’inconscient et à la mémoire du corps qui, eux, ne mentent pas et peuvent seuls donner la bonne réponse. Les patients ont pu mettre en place des réponses inattendues ou inversées qui sont considérées comme des « sabotages », c’est-à-dire des barrières mises en place par l’inconscient : il faut les supprimer absolument.

Le test musculaire se fonde donc sur l’idée que le corps entier a une mémoire : chaque muscle, nerf, tissu, cellule, ayant participé à une expérience s’en souviendra et pourra être reprogrammé si l’on a identifié la cause émotionnelle qui a provoqué le traumatisme. On trouvera l’émotion vécue grâce au baromètre du comportement. Ce baromètre du comportement est une sorte de tableau hiérarchisé des émotions positives et négatives.

« Il a été conçu de manière non intellectuelle, personne ne l’a pensé. Il s’est construit sur le test musculaire.» Il a un « pouvoir ». Ses mots ont « une signification presque magique ». (Manuel de cours de « trois concepts en un », institut belge de kinésiologie, 1998)

Si le corps a une mémoire et que l’on peut l’interroger avec des réponses simples et précises par le test musculaire, il va être possible d’interroger des âges antérieurs de la personne. Cela se fera lors de la récessions d’âge.

« Il ne s’agit en aucun cas d’une méthode de suggestion, mais d’une énergie du passé qui est réactivée. Cette pratique n’a pas d’effet secondaire car la personne visualise le passé avec son regard actuel. Elle a l’impression qu’elle a voyagé dans le temps pendant quelques instants … Il faut juste être vigilant à ne pas la laisser dans le passé» (Jean-Claude Guyard, Manuel pratique de kinésiologie, déjà cité).

La philosophie qui sous-tend la kinésiologie

La kinésiologie souffre d’un manque de définitions précises concernant les concepts – corps physique, âme, esprit, énergie -, le tout accentué par des problèmes de traduction des documents fondateurs. Mais finalement cela a peu d’importance pour les adeptes car on se trouve dans une conception énergétique de l’homme: « le corps et la psyché sont comparables aux côtés pile et face d’une pièce de monnaie, la tranche représentant l’énergie qui relie l’ensemble » (site kinésiologie.fr). La kinésiologie s’adresse au corps spirituel de l’homme,

le terme « spirituel » décrivant ici « une qualité, une longueur d’onde, une fréquence intérieure de l’homme qui a toujours été présente en lui. Il ne faut pas confondre cette qualité avec les croyances qui peuvent lui servir de support. » (Jean-Claude Guyard, déjà cité). « La kinésiologie utilise une force d’énergie, mais peu de gens comprennent la nature de cette force, et peu savent l’utiliser, on peut l’appeler chi, prana, énergie cosmique, amour» (Paul Dennison, Kinésiologie, le plaisir d’apprendre, Le souffle d’or, 1988).

Lorsqu’on teste une personne, on pénètre dans son espace vital : « Représentez-vous une couche d’environ 50 centimètres qui vous entoure et qui entoure également votre partenaire. Quand vous pénétrez dans cet espace, vous entrez dans le champ d’énergie de l’autre et vous mêlez son énergie à la vôtre. Votre énergie affecte la sienne et réciproquement. D’où la précaution à prendre de protéger son champ d’énergie comme derrière un boulier contre tout élément négatif que la personne testée pourrait vous transmettre » (Paul Dennison, déjà cité). Ailleurs, il est pourtant dit que les tests sont inoffensifs s’ils sont pratiqués avec amour et confiance.

La kinésiologie emprunte à la philosophie chinoise sa conception du corps selon le Yin et le Yang ainsi que le fait que chaque partie appartient au tout et ne peut en être séparée : chaque partie peut permettre d’accéder au tout. On y retrouve une réflexion sur les cinq éléments, sur les méridiens d’acupuncture. Aux cinq éléments sont associés cinq corps, qui correspondent à peu près aux corps définis par la doctrine ésotérique : le corps physique, le corps mental, le corps émotionnel, le corps essentiel (dans lequel les Chakras agissent), le corps facteur X (qui recouvre les autres et englobe le corps astral et le corps étérique). Il est possible de tester la capacité de chaque corps à accepter les bénéfices de la séance de kinésiologie (stage « trois concepts en un »). C’est par un emboîtement de ces corps que l’on atteint une dimension spirituelle : «Lorsque les souffrances physiques ou morales sont calmées, apparaissent ces besoins de transcendance auxquels répond la découverte du meilleur de soi-même» explique alors Guyard (livre déjà cité).

La kinésiologie veut se démarquer de la médecine universitaire, en ce sens qu’elle dit prendre en compte la dimension psychologique de la personne que les médecins conventionnels auraient oubliée. En effet, le consultant n’est plus dans une demande de prise en charge, mais se trouve le partenaire de sa propre guérison: il ne peut guérir que s’il le veut vraiment. « Nous allons mieux, uniquement dans la mesure où nous croyons que nous pouvons aller mieux» (cours « trois concepts en un », janvier 1998, institut belge de kinésiologie). « Les approches conventionnelles (de la santé) n’ont pas réellement donné beaucoup de résultat, n’est-ce pas? Malgré tous les progrès scientifiques actuels, les gens sont encore aussi fous qu’il y a 600 ans. » C’est donc la défiance qui est conseillée envers les approches conventionnelles.

Pour éviter l’accusation d’exercice illégal de la médecine, le discours est ambigu : on ne dira jamais que le patient n’a pas besoin de tel médicament, mais on testera par le test musculaire l’opportunité du médicament. Il est répété dans les formations que le kinésiologue n’est pas un thérapeute, mais un facilitateur. Il est bien spécifié, dans toutes les introductions de manuels de cours, que la kinésiologie n’est pas « un moyen de diagnostic ou de prescription pour une quelconque maladie d’un quelconque lecteur (…). Les personnes qui utilisent les tests et les procédures de correction le font sous leur entière responsabilité ». Et si les résultats promis ne sont pas là, c’est que « ce n’est pas le moment ».

Au-delà de la santé physique, il s’agit de changer de « système de croyance ». Notre ancien système de croyance, « qui a fait échouer nos arrière-grands-parents, nos grands-parents, nos parents, ne nous a pas appris que chaque humain est un individu unique, ne nous a pas appris que le fait d’admettre ses erreurs est une vertu et que changer d’avis est tout à fait naturel ». (Introduction du cours « trois concepts en un ». ) Or, grâce à la kinésiologie, tout ira mieux, car « le système que nous utilisons fonctionne, les gens changent pour le mieux et ces changements sont permanents. »

 

Kinésiologie : un témoignage

Kinésiologie : un témoignage

Ecrire ce témoignage sur la kinésiologie m’a coûté. Il m’est pénible de revenir sur cette période encore récente de ma vie; mais il m’est encore plus insupportable d’entendre tellement de gens autour de moi se vanter des mérites de leur kinésiologue ou d’une autre médecine énergétique. Je fais mienne cette parole de Saint Paul : «vous étiez dans les ténèbres, maintenant vous êtes dans la lumière ».

Cette plongée dans l’univers énergétique m’a amenée à de très nombreuses recherches dans des livres, des cassettes, à des rencontres avec des spécialistes… Je suis donc actuellement à même de comprendre en partie comment cela fonctionne et pourquoi j’ai plongé dans cet univers. Dans cette démarche, plusieurs personnes m’ont accompagnée; qu’elles en soient remerciées! Par la justesse de leurs questions, elles m’ont aidée à faire la lumière … Cela a été pour moi une expérience immense de consolation fraternelle.

Après un déménagement difficile et une grande période de fatigue, je me sentais disponible pour une nouvelle orientation professionnelle. En tant que professeur de français, je remettais en cause ma pratique: je me sentais déstabilisée par les enfants en difficulté scolaire et impuissante. J’avais l’impression que même le soutien extrascolaire était inefficace, qu’on leur rajoutait des connaissances, sans avoir accès à la racine même de la difficulté de leur apprentissage.

Or j’avais, dans les années 1990, entendu parler de la kinésiologie comme d’une discipline permettant justement, par l’interrogation du corps, de remonter à la source des traumatismes et ainsi de gommer les difficultés du temps présent, notamment les difficultés scolaire des enfants. Je me décidais à consulter pour moi et pour mes enfants une kinésiologue de ma ville, dont on me disait le plus grand bien; qui plus est, elle se trouvait dans les mêmes groupes catholiques de prière que moi. Je rencontrais cette personne; je la jugeais très à l’écoute, pleine d’empathie et sympathique …

La kinésiologie se présentait comme une thérapie. Par l’interrogation du corps et en se fondant sur le principe que le corps a une mémoire propre des évènements vécus dans le passé, on pouvait retrouver trace des évènements préjudiciables vécus et les guérir en les effaçant. Le principal outil était le test musculaire: on posait une question par oral; puis par une très légère pression sur un bras tendu, on pouvait trouver une réponse positive si le bras résistait, et négative si le bras se laissait tomber. Partant de là, on pouvait envisager des corrections – sortes de massages, également indiqués par le test musculaire – qui permettraient d’effacer la blessure.

Je me lançais donc avec bonheur dans la formation que la kinésiologue de ma ville animait, sous forme de week-ends assez coûteux et non déclarés. Ces stages étaient simplement validés par une attestation de présence. Il n y avait pas d’évaluation ni de diplôme. Les élèves s’entraînaient mutuellement les uns sur les autres. On y trouvait un apport théorique flou. Je devais découvrir par la suite que tout était sous-tendu par la philosophie du New Age, c’est-à-dire la capacité que l’homme a de se guérir lui-même par l’énergie cachée qu’il tire de la nature. On nous donnait de gros documents en américain, mal traduits par l’organisation belge qui en était dépositaire. Nos professeurs français avaient retravaillé certains textes. C’était un mélange d’éléments de psychologie, de morphologie, d’ostéopathie, d’énergétique chinoise et d’autres choses que je ne comprenais pas. J’ai toujours besoin de comprendre ce que je fais, et je commençais à poser des questions. Il me fut répondu: « tu ne peux pas encore comprendre, tu comprendras plus tard, quand tu auras avancé dans la formation ». Parfois, notamment quand je demandais d’où provenaient des positions de doigts particulières, il se produisait un silence un peu lourd, comme si ma question dérangeait, et on me répondait: «c’est un langage universel. » Je devais apprendre, des mois plus tard, qu’il s’agissait de gestes occultes, codés, issus de l’hindouisme. Je sentais que j’agaçais avec mes questions et l’on commença à me traiter de «cerveau gauche ». En effet en kinésiologie, on apprend, après une analyse simpliste du fonctionnement du cerveau, que certaines personnes ne font fonctionner que leur cerveau gauche, siège de la rationalité, alors que d’autres se situent dans le cerveau droit, créatif. Le cerveau droit était véritablement magnifié.

Lors d’un des exercices, à la fin d’un long et fatigant week-end où nous avions travaillé à faire sortir des émotions cachées par des tests musculaires répétés, mon partenaire de formation me fit la correction qui était demandée par le protocole que nous avions travaillé : il me mit, entre les deux yeux, une lumière qui me plongea dans un état d’absence de moi-même.

Je devais par la suite comprendre qu’il s’agissait à mon insu, d’une ouverture d’un chakra appelé : «le troisième œil ». Et en effet je me mis à «voir »les blessures psychologique des gens et plus particulièrement chez les prêtres. Pour essayer d’analyser ma pratique, je lisais, en même temps que les cours, les livres de Simone Pacot sur l’évangélisation des profondeurs. J’en déduisis moi-même que ce à quoi elle arrivait au bout de nombreuses séances, nous y arrivions très rapidement en dix minutes : c’est-à-dire nous remontions à la blessure supposée être à l’origine par ce qui s’appelait « une récession d’âge »; cela permettait de remonter tous les âges jusqu’avant même la naissance, et de trouver ainsi la blessure correspondante.

J’assistais lors des cours à de véritables courses à la blessure, certains montrant une dépendance incroyable à cet exercice qui leur faisait vivre des sortes d’extases. J’en testais sur moi-même l’efficacité : ce qui m’était dévoilé était vrai, à ceci prêt que je n’avais jamais eu conscience que cela pourrait être source de blessure; cela me mettait dans un état d’agressivité et d’accusation vis-à-vis de mes proches par exemple.

Je découvris plus tard cette parole magnifique, tirée de la Bible, qui justement met en évidence la patience et la bonté de Dieu à notre égard; il ne permet pas que tout nous soit montré : «je ne chasserai pas tes ennemis devant toi en une seule année, de peur que le pays ne devienne un désert où se multiplieraient à tes dépens les bêtes des champs; je les chasserai devant toi peu à peu jusqu ‘à ce que tu aies assez fructifié pour hériter du pays» (Exode, 23, 29 à 31).

J’avais commencé, comme on nous le conseillait, à pratiquer la kinésiologie sur des gens de mon entourage, avec beaucoup de succès. Je faisais passer ces consultations avant l’attention à mes enfants et à mon mari. Je vivais comme hors de moi, repensant à mes clients, revivant les séances, m’interrogeant …

Plusieurs événements m’alertèrent. Une personne eut une transe avec hurlements lorsque je la touchai, ce qui me laissa épuisée et inquiète. Une autre, lorsque je lui fit une récession d’âge, pointant un traumatisme fort, se mit à pleurer en me disant «je ne voulais pas te le dire ». J’avais donc violé sa conscience? Une troisième, manifestement absente d’elle-même, me répondit quand je lui demandais si elle était présente : «je t’entends, mais je suis ailleurs, je suis bien ». J’avais à peine eu le temps de la toucher que déjà j’avais les réponses aux questions que je n’avais pas formulées par oral. Je crois qu’elle fut la dernière de mes clientes. Je me suis rendue compte en additionnant toutes ces interrogations que j’étais très loin de mon projet initial. Je me sentais très seule dans ma pratique. Je ne pouvais raconter à personne mes inquiétudes; les professeurs n y étaient pas du tout ouverts ou me répondaient simplement: « ne t’inquiète pas, tu ne fais que du bien. »

J’étais de plus en plus à la recherche de réponses à mes questions; et pourtant je n’arrivais pas à renoncer: on commençait à savoir ce que je faisais. La kinésiologie avait bonne presse dans le milieu catholique. Je vivais une forme de compassion tirée de mon expérience d’écoute à « Mère de Miséricorde »; ce que je disais intéressait et il n’était pas rare qu’à la fin d’un dîner quelqu’un vienne me dire « cela me rejoint, est-ce que je peux venir consulter ». J’entrais facilement en communication kinésiologique avec mes clients. Avec une amie de cours, dont je me rendais compte qu’elle aussi était mal à l’aise, nous avons écrit au père Verlinde. A cette époque, il commençait à recevoir des questions sur son site FINAL AGE. Il mit donc en place un groupe de travail et pu répondre à nos questions que d’autres apparemment se posaient aussi. Nous eûmes ainsi la certitude que tout cela fonctionnait sur le mode du magnétisme occulte, avec emprunt d’éléments sans aucune référence explicite aux diverses traditions des guérisseurs. Nous étions au cœur d’une des disciplines du New Age, en plein syncrétisme, nous manipulions en toute naïveté (mais est-ce le cas de tout le monde ?) l’énergie astrale; cela n’avait rien de chrétiens, Jésus n y avait pas sa place. Pour moi cet aspect là était la plus grande imposture. Mais je pense que c’est également un enfermement pour les non-chrétiens.

L’argument ultime qui demeure en faveur de la kinésiologie, ce dont les gens ne démordent pas, sont les fruits immédiats et spectaculaires qui apparaissaient lors des séances. Je dois dire qu’il se trouvait une certaine vérité dans les résultats des investigations concernant les blessures, même si parfois c’était approximatif; cela reste un mystère. En tout cas, ces investigations en engendraient toujours d’autres, sans fin. Les fameuses corrections que l’on apportait aux problèmes trouvés ne tenaient pas dans le temps et engendraient d’autres inquiétudes et donc d’autres consultations. Je suis convaincu maintenant que l’arbre qui engendre de tels fruits est pourri.

Il m’a fallu abandonner toute sensibilité magnétique ainsi que cette ouverture du « troisième œil ». Le Seigneur me le proposa lors d’une nuit d’adoration dans le cadre d’une retraite spécifique sur l’occultisme. Je lui remis tout ce que mes mains avaient senti sans toucher. Je lui demandai de venir réparer ceux que j’avais approchés. Il me fallut aussi lui demander un apaisement de ma mémoire corporelle, pour oublier ces fortes sensations de « sortie du corps « . Je dus expliquer à tous que je m’étais trompée. Jésus fut présent d’une manière très sensible du début jusqu’à la fin de ces années. Je n’étais pas seule, et dans mon humiliation, il m’a donné la chance de pouvoir accompagner certaines femmes touchées par l’avortement qui pour apaiser leur immense souffrance cherchent dans les thérapies énergétiques un remède bien vain, quand elles découvrent que Jésus est là pour elle.

Ce dernier témoignage est symptomatique des dérives possibles induites par les nouvelles thérapies, voici un scénario assez fréquent des différentes étapes.

1) Le point de départ est un mal-être pour soi-même pour ses enfants ou ses proches.

2) La recherche d’une solution est envisagée, d’abord par des moyens classiques, reconnus par la médecine, remboursés par la sécurité sociale. Il y a consultation de généralistes, de spécialistes, de paramédicaux.

3) Ces démarches n’aboutissent à aucune amélioration. Aucune explication n’est donnée à la réalité des symptômes repérés: le diagnostic reste flou, les compléments d’examens envisagés, radios, scanner, analyses en tout genre ne donnent rien.

4) Par ailleurs, aucun médicament, aucune prise en charge en orthophonie, kinésithérapie, psychothérapie n’amène d’amélioration.

5) Perplexité et questionnement surviennent quant au diagnostic et aux thérapeutiques envisagées.

6) Une personne de l’entourage propose une solution dans les médecines alternatives ou les nouvelles thérapies.

7) La première consultation donne une réponse immédiate, l’origine des maux est enfin trouvée avec la promesse d’une rapide amélioration.

8) Une sorte de protocole thérapeutique est mise en place, parfois des exercices sont proposés.

9) Enfin une réponse existe, suscitant un espoir à hauteur des investissements déclenchés, en argent, en temps, en confiance.

10) Tout ceci peut entrainer un surinvestissement dans cette thérapie aussi prometteuse.

Il) La réalité revient douloureusement à la surface. Après quelque semblant d’amélioration, l’état reste stationnaire, quelques mois passent.

12) La réponse si facilement trouvée quant à l’origine des troubles, n’était sans doute pas l’unique raison des difficultés, la déception survient, les interrogations demeurent.

13) Une autre solution doit être recherchée, parfois une autre nouvelle thérapie est envisagée.

14) A moins que ce douloureux chemin n’ait permis une prise de conscience de la réalité. Un accompagnement thérapeutique bien ciblé demande souvent du temps, de la patience, et beaucoup de tendresse de la part des parents dans l’accueil objectif de leur souffrance ou de celle de leur enfant.

Dans le cas de Marguerite, après avoir été séduite par la kinésiologie, pensant enfin trouver une réponse enfin ajustée pour ses élèves, elle s’est formée avec assiduité et sérieux à cette méthode. Après un travail important de recherche, d’évaluation et de discernement quant à la méthode, elle a observé avec lucidité ce que cela provoquait dans son entourage et pour elle-même. Son parcours lui a permis d’avoir une attention toute particulière aux propositions mensongères faites, et ce parfois à l’insu des praticiens eux-mêmes, dans certaines nouvelles thérapies ou dans certains prolongements abusifs de ces thérapies. Désormais, elle éveille son entourage aux risques potentiels de ces méthodes auprès d’autres mamans, ainsi que dans les milieux scolaires qu’elle fréquente. En rejoignant «la pastorale nouvelles croyances et dérives sectaires », elle suscite des rencontres d’information sur ce sujet et intervient elle-même pour donner des critères de discernement.

Extrait du livre: Nouvelles croyances, thérapies alternatives :des dérives possibles. Denis Lecompte, Bertran Chaudet. Sarment éditions du jubilé novembre 2008.

La kinésiologie