Méditation de pleine conscience

En médecine, en entreprise,

dans le monde de la finance, dans l’éducation,

la méditation de pleine conscience est proposée.

Matthieu Ricard, disciple du Dalaï-Lama, s’en fait le promoteur.

D’où vient-elle, est-elle neutre, que véhicule-t-elle,

où conduit-elle, qui l’enseigne ?

En nous référant à la méditation chrétienne,

y a-t-il divergence, convergence, opposition

entre les deux formes de méditation ?

Origine

La méditation de pleine conscience tire son origine du bouddhisme revue à la sauce occidentale. Dans le bouddhisme, il est enseigné que la pleine conscience est un facteur essentiel pour la libération.

La méditation de pleine conscience permettrait une attention juste, une présence attentive ou une conscience vigilante à ses propres pensées, actions et motivations.

La pleine conscience se situe au-delà de la première forme de sagesse selon le bouddhisme qui est la dévotion, et au-delà de la deuxième forme : la logique de l’intellect ou de la raison.

Elle accéderait à la troisième forme de sagesse, qui est la vision directe de la réalité ultime en toute chose.

Dans son principe même, nous constatons que la méditation de pleine conscience se situe au-delà de toute foi et de toute raison.

Principes

Dans un premier temps, il s’agit d’être attentif à ses sensations dans l’instant présent, comment elles apparaissent, comment elles durent ou ne durent pas, et comment elles disparaissent.

Par la suite, le méditant va aussi examiner les idées qui l’habitent, les perceptions, les habitudes mentales positives ou négatives, à leur point de départ, dans leurs durées et à leur point de dissolution.

Il doit rester neutre et silencieux dans cette introspection, il accueille l’apparition et la disparition des sensations agréables, neutres ou désagréables, sans juger, sans chercher à retenir la sensation agréable ou à rejeter la sensation désagréable.

C’est ainsi que le méditant arriverait progressivement au détachement et à la libération de la matière, de la sensation, de la perception, des conditionnements mentaux.

Ce détachement est typiquement bouddhique, il faut se détacher de toute sensation et même de tout sentiment de joie ou de tristesse comme autant d’illusions qui empêchent de nous libérer.

L’important est qu’il soit tout à ce qu’il fait, à ressentir plus que penser à expérimenter plus qu’à savoir.

Concepteur

Le concepteur et promoteur de la méditation de pleine conscience, mindfulness méditation, est Jon Kabat-Zinn, né le 5 juin 1944.

Depuis 1979, il présente la « méditation de la pleine conscience » comme une technique destinée à aider les gens à surmonter leur stress, leur anxiété, leur douleur et leur maladie.

Il est l’un des leaders actuels de l’institut ésotérique ESALEN, centre historiquement lié au mouvement GURDJIEFF.

C’est là, le cœur des pratiques du New Age qui tentent de rapprocher l’enseignement bouddhique et les dernières expériences en psychologie.

Ce syncrétisme, prédisant la venue d’un nouveau type d’homme au potentiel illimité, a engendré un grand nombre de dérives sectaires et de pratiques « spirituelles », et attiré 350 millions d’adeptes à travers le monde.

C’est une vision totalitaire qui cherche le bonheur de l’homme sans perspective de transcendance. L’homme devient Dieu, il n’a plus besoin de Dieu Créateur et Sauveur du christianisme.

Médias

L’expansion (l’explosion même) de la méditation de pleine conscience passe actuellement par les médias.

Tous les magazines, toutes les chaînes de télévision ont consacré articles et émissions à la méditation de pleine conscience.

Sur Internet, il suffit de taper « méditation de pleine conscience » ou « mindfulness » pour trouver une multitude de sites, tous à la gloire de la mindfulness.

Il est presque impossible de trouver des sites émettant des questions ou des réserves sur cette méthode.

Le géant mondial de la publicité JWT a listé la Pleine conscience comme l’une de ses 10 tendances pour façonner le monde en 2014.

Actuellement, de grandes entreprises proposent à leurs membres, dans le cadre de formations internes et à large échelle, des stages de méditation de pleine conscience pour apprendre à « optimiser sa performance par une meilleure prise de décision ».

Pour les enseignants et les familles, des livres et CD sont lancés en direction des enfants… (« Calme et attentif comme une grenouille… »).

Matthieu Ricard

Docteur en génétique cellulaire de formation, moine bouddhiste depuis 1979, disciple rapproché du dalaï-lama, dont il est le traducteur français, Matthieu Ricard est aussi connu pour ses nombreux écrits et ses interventions télévisuelles.

Son site.

Selon lui, vingt minutes de pratique quotidienne de méditation de pleine conscience contribueraient à la diminution de l’anxiété, du stress, de la tendance à la colère et à augmenter la bienveillance, ceci améliorant la vie sociale…

Nous sommes exactement dans les mêmes promesses de résultats mirifiques, que proposait la méditation transcendantale dans les années 1970.

Comment ces recherches sont-elles financées ? L’Institut Mind & Life dans laquelle Matthieu Ricard milite refuse selon ses dires tout lien avec des sociétés commerciales, y compris les laboratoires pharmaceutiques.

Mathieu Ricard ne cultiverait-il ici pas une certaine ambiguïté ? En effet, les travaux expérimentaux auxquels il se réfère, semblent être biaisés par des conflits d’intérêts. Les différents scientifiques nommés qui pilotent ces études pratiquent eux-mêmes la méditation de pleine conscience.

Méditations

La méditation de pleine conscience se présente comme étant strictement laïque, cependant, lorsque certains moines bouddhistes font la promotion de cette technique, il est alors permis de douter de cette affirmation. D’autres bouddhistes se sont opposés à cette « laïcisation », faisant valoir qu’il est déraisonnable de dissocier cette pratique ancrée dans la religion bouddhiste.

Claire Chartier, de l’Express, pose la question à Matthieu Ricard :

« Se recueillir en souhaitant l’amour du prochain : n’est-ce pas dans le sens même de la prière ?

Et voici sa réponse :

– Il y a une différence importante : le fait de s’unir à quelque chose qui vous dépasse, par l’oraison, est davantage un abandon qu’une méthode destinée à transformer votre façon de voir les choses. »

(L’Express n° 3289 du 16 au 22 juillet 2014. « Les vrais pouvoirs de la méditation. » p.22.)

Effectivement, la différence est de taille, la relation à Dieu dans la tradition chrétienne, nécessite une conversion qui entraîne à une autre manière de penser de dire de faire, cette relation n’est pas une méthode, mais un échange qui transforme notre cœur, nos pensées et nos actions.

La méditation de pleine conscience invite à l’acceptation sans jugement de ce qui est. Elle nous invite au détachement, le monde apparent étant fait d’illusion, c’est en entrant en soi-même que l’on trouvera la libération.

Ce type de pensée a généré un système de caste. Le bouddhisme tibétain notamment a permis un système de servage particulièrement cruel.

Aimer son prochain comme soi-même n’a pas présidé à l’élaboration de ce système de gouvernement du peuple.

Dans une perspective chrétienne, la conscience est une valeur morale, elle est liée à la connaissance du bien et du mal. La vie spirituelle a pour objectif de maintenir une bonne conscience morale en évitant le péché et en choisissant ce qui est le bien, le juste et le vrai.

Annexe : pour aller plus loin sur ce qu’est la méditation chrétienne

> Lettre « Quelques aspects de la méditation chrétienne » (1989, Congrégation pour la Doctrine de la Foi, signée de Joseph Ratzinger, le futur benoît XVI).

> La prière contemplative pour tous.Un résumé du livre de Peggy Wilkinson « Trouver le mystique qui est en vous », par le P. Dominique Auzenet

> Positions et attitudes du corps en vue de la prière. Yoga et méditation chrétienne. Collation de différents textes par le P. Dominique Auzenet.

Expérimenter l’extension et la dissolution

La finalité de la méditation de pleine conscience : une extension jusqu’à la dissolution de soi. Là où le moi n’a plus de raison d’être, car il est en tout et tout est en lui.

« La pleine conscience est une expansion de soi. On absorbe tout ce qui est autour de nous, on s’en imprègne et on le devient. Comme un cercle qui s’élargit pour tout englober. On est au centre de cet univers. Mais ce n’est pas un univers borné, toutes ses frontières sont poreuses… Dans la pleine conscience, nous éprouvons des sentiments récurrents d’abolition des frontières entre nous et l’extérieur. Sentiments de fusion de soi dans l’environnement. De diffusion de l’environnement en soi. »

(Christophe André, « Méditer jour après jour », L’iconoclaste, 2011.p.282, 283)

Voici la dernière leçon qui termine le livre :

« Méditer la pleine conscience c’est se connecter au monde, si fortement que les distinctions entre soi et non-soi deviennent absurdes, inutiles et encombrantes. Se préparer doucement à revenir d’où on vient, comme la vague se dissoudra bientôt dans l’océan. Il n’y a alors plus de limites. Que des liens. »

 Le quiétisme

Nous retrouvons le même type de langage dans l’histoire dans la spiritualité catholique française. Cette tendance porte un nom, c’est le quiétisme, prôné entre autres par le couple FénelonMadame Guyon.

En cette fin de dix-septième siècle. Madame Guyon se perd dans des métaphores aquatiques, pour dire le chemin de l’âme : « L’âme se perd dans l’immense comme un petit poisson se perd toujours plus avant dans la mer infinie. » Ou encore, elle se sent pareille au fleuve qui s’étend perdu dans l’océan « a pris tellement la nature de l’eau marine qu’on ne voit plus rien qui lui soit propre. »

Plus de différence entre l’homme et Dieu, plus d’obstacle entre l’intérieur et l’extérieur. Bossuet luttera avec une certaine rugosité contre cet illuminisme, maugréant contre ce faux abandon qui fait fi de l’incarnation et glisse inexorablement dans la fusion et la confusion.

En forme de conclusion

Pas de dissolution

Eh bien non, un chrétien ne peut pas adhérer à cette vision des choses. Il ne peut se confondre et se dissoudre dans la matière du monde comme la vague dans l’océan.

La rencontre d’un amour

Il fait l’expérience d’être aimé de Dieu, et confronte son expérience à la tradition de l’Église, pour éviter tout subjectivisme.

Un engagement de charité

Cet amour de Dieu l’invite à aimer son prochain, non seulement comme lui-même mais comme le Christ lui-même nous a aimés en donnant sa vie.

Pour aller plus loin sur cette réflexion

> Un texte approfondi sur la méditation de pleine conscience

> Chemin de sérénité ou illusion ?

> Une réflexion sur le livre pour enfants « Calme et attentif comme une grenouille »…  Cette réflexion pour les parents existe aussi sous forme d’e-book

 

  

E-book

au format PDF

pour smartphones et tablettes, au format E-pub et Mobi

Calme et attentif comme une grenouille

Calme et attentif… comme une grenouille ?

Curieuse promesse ! Et tellement séduisante pour des parents ou des enseignants débordés par les enfants qu’ils côtoient ! Si seulement il existait une méthode miracle pour les faire tenir en place, les rendre attentifs, leur permettre de se concentrer et d’apprendre !!!

Cette promesse est le nom d’un succès de librairie, vendu très cher (25 € pour une centaine de pages imprimées très gros avec des grandes marges tout autour + un CD), à grand renfort d’outils marketing et de relais média. On nous vante déjà 100 000 parents et enseignants conquis !

La préface est signée par l’incontournable Christophe André qui se fend d’une anecdote sur son enfance et nous annonce tout de go que les enfants sont naturellement prédisposés à la « pleine conscience ».

Il nous affirme même que la pleine conscience peut aider nos enfants à « acquérir plus d’humanité », rien de moins ! À le lire, hors de la pleine conscience, point de salut !

Allons voir de plus près cette proposition de « pleine conscience » pour enfant.

Faire du neuf avec de l’ancien

Tout d’abord, les enfants, comme les adultes, ne sont pas tant disposés à la « pleine conscience » qu’à une présence dans l’instant, en ayant conscience des perceptions de leur corps et reliés à ce qui les entoure par les 5 sens.

La méthode Vittoz (du nom de son concepteur Roger Vittoz, médecin suisse, 1863-1925) appelle cela réceptivité.

Maria Montessori (médecin italien, 1870-1952) a largement développé sa pédagogie à partir de cette aptitude commune à tous les êtres humains dès leur plus jeune âge.

La capacité d’attention d’un enfant est visible dès les premiers jours de sa vie lorsqu’il observe, saisit, hume, goûte et expérimente les nombreuses facultés de son corps.

Pour cela, il a avant tout besoin d’un environnement calme et sécurisant ainsi que d’une alternance de moments seuls et de temps d’interaction.

La méditation à la mode reprend donc à son compte des observations déjà opérées et développées avant elle en Europe et se les attribue comme si elle venait d’en faire la découverte, revendiquant une paternité bouddhiste là où il est avant tout question du potentiel de l’être humain et de son bon fonctionnement neurophysiologique.

De même, le constat que ce fonctionnement « réceptif » est peu à peu délaissé pour une attitude dans laquelle le mental devient trop prépondérant et de manière incontrôlée a été fait par le Dr Vittoz et se trouve à l’origine de la méthode qui porte son nom, et qui est proposée depuis plus de 100 ans sans interruption.

On peut s’interroger sur ce tropisme qui voudrait faire de la pleine conscience la panacée des temps moderne sans reconnaître que des éléments de bon sens s’inscrivent dans une continuité de recherche et de réflexion, initiés bien avant elle, sous nos cieux notamment !

Dès la couverture, l’ouvrage « calme et attentif comme une grenouille » oscille entre méditation de pleine conscience et conseils éducatifs. Or, ce sont deux registres différents. On peut être un éducateur ou un parent tout à fait satisfaisant sans pratiquer la méditation de pleine conscience, heureusement !

Quelle enfance pour nos enfants ?

Un certain nombre d’adultes, aujourd’hui, semblent en difficulté avec les enfants qui les entourent. Ils se plaignent de leur excitation, leur énervement, leur difficulté à se poser, à se concentrer, à fixer leur attention, leur besoin continuel d’être en mouvement et, pour certains enfants et adolescents, des problèmes scolaires et relationnels dus à un manque de maîtrise de soi.

Nous pouvons constater également que de nombreux enfants de notre époque sont sur-investis et hyper-sollicités, souvent dès la naissance. Ils sont l’objet de toutes les attentes. Ils doivent être parfaitement heureux, éduqués voire formatés et ils ont pour mission de réussir dans la vie, valorisant au passage leurs parents.

Les parents eux-mêmes sont fréquemment stressés, survoltés, éparpillés entre mille préoccupations et soumis au même diktat de la réussite.

On peut supposer que les pressions exercées sur les parents par la société et l’air du temps viennent impacter directement la vie des enfants. Un développement sociologique et philosophique de ces questions donnerait un éclairage supplémentaire sur le succès des propositions de pleine conscience pour les enfants mais serait trop long à exposer ici.

Au plan concret et pratique, l’enfant contemporain est bien souvent l’otage consentant de la déesse télévision et de sa cour d’écrans grands et petits. Les adultes confondent parfois le calme et la concentration avec cet état de sidération passive, quasi hypnotique, provoquée par le flux d’images sur des enfants immobiles et généralement laissés seuls.

Or, sidération et concentration sont bien différentes. Pour la première, le sujet conscient et incarné a disparu; alors qu’avec la deuxième il est au centre de l’activité.

Un enfant longtemps affalé devant un écran a ensuite une grande difficulté à se contenir, à revenir à lui, à sa corporalité, son environnement. Il s’énerve, saute, gesticule et vient solliciter son entourage de façon démesurée comme pour s’y confronter après l’avoir perdu de vue.

C’est là, en général, que l’adulte rêve à cet enfant irréel qui serait au long cours « calme et attentif » voire docile.

Le succès de cette proposition de pleine conscience pour les enfants parle de la société dans laquelle nous sommes : captivés par les écrans derrière lesquels nous sommes assis plusieurs heures par jour, fascinés par le virtuel, il nous faut ensuite payer des personnes ou des livres qui nous invitent à revenir au concret, au réel.

Faisant cela, nous cherchons à appliquer un remède sans parer aux causes et nous risquons de nous exonérer d’une question fondamentale en termes de choix de vie concrets comme adultes et comme parents. Nous y reviendrons en guise de conclusion.

Du bon sens

Le livre d’Eline Snel enfonce quelques portes ouvertes et redonne quelques éléments de bon sens : être présent aux goûts des aliments, aux sensations tactiles, à la sensation de fatigue ou de repos, nommer ce que l’on ressent… Tout cela n’est pas très savant et passe naturellement dans une relation simple entre l’enfant et l’adulte, qu’il soit parent, grand-parent, enseignant… pour peu qu’on lui consacre suffisamment de temps et d’attention justement !

Ne nous privons donc pas de vivre ces moments d’échanges qui exercent chez nous aussi la capacité à être présents à nous-mêmes, à l’autre, au monde. Loin des formules ronflantes et des phénomènes de mode, nous sommes invités à redécouvrir les choses toutes simples de la vie quotidienne. Il n’y a nul besoin de rebaptiser cette attitude « méditation » ou « pleine conscience ». La présence ici et maintenant suffit amplement.

Sur la forme, le livre comporte 10 chapitres abordant des thèmes qui se recoupent, sans progression logique, ni dynamique. Le sujet est comme éclaté en plusieurs thématiques au détriment d’une réflexion de fond.

Nous passons de propos généraux suivis d’exemples (trop) simples à des « conseils et recommandations » suivis de « trucs pour la maison ».

Bref, on vous dit comment être parents à l’aune d’un nouveau dogme.

Visualisations ou rapport ajusté à la réalité ?

Curieusement, le projet d’accueil de la réalité cède très vite du terrain à une technique bien différente : la visualisation.

De nombreuses images dont proposées par l’adulte avec force détails :

–     La grenouille devient modèle de calme et d’attention. Par exemple, nous apprenons que la grenouille ne se laisse pas entraîner par toutes sortes d’idées qui lui passent par la tête. Curieux anthropomorphisme !

–     La détente du corps est comparée à la consistance du spaghetti dur qui devient spaghetti cuit… quid de la tonicité qui nous fait tenir debout dans la détente ? D’ailleurs, ai-je envie de devenir comme un spaghetti cuit ???

–     Un arbre et des pigeons blancs permettent de réaliser les souhaits.

C’est regrettable que l’image soit donnée de l’extérieur, elle s’impose au sujet qui aurait pu en choisir une autre justement en lien avec ce qu’il expérimente ou ne pas en choisir pour rester dans la sensation vécue.

Une image ne devient symbolique et parlante que dans la mesure où elle vient de la personne et non de l’induction du thérapeute, du livre ou du CD.

Les visualisations sont donc inutiles voire elles appauvrissent l’expérience. Notons au passage que la visualisation est une technique très utilisée en sophrologie pour induire un état ou un sentiment. Ce n’est plus l’accueil de la réalité mais une suggestion mentale.

L’enjeu est celui de ma liberté d’être comme je me sens, comme je suis, et non comme l’autre voudrait que je sois. En termes d’éducation, ce choix est central, surtout lorsque nous considérons que les enfants d’aujourd’hui sont les adultes de demain.

L’éducation positive façon guimauve et le mythe du parent-thérapeute tout-puissant

Ce livre a quelque chose de lénifiant, il est rempli de bons sentiments, dégouline de gentillesse, les problèmes se résolvent à coups d’empathie, de bienveillance et de visualisation.

Par exemple, page 129, l’enfant visualise un « arbre à souhaits » avec des pigeons blancs sur les branches :

 « prends maintenant le temps de penser à un souhait, un souhait qui vient du cœur. […] Une fois que tu sais bien ce que tu souhaites, tu appelles doucement un pigeon. Tu le laisses venir se poser sur ta main près de ton cœur. De ton cœur, tu fais savoir ton souhait au pigeon. Il va comprendre. Tu donnes le souhait au pigeon et tu le laisses s’envoler. Tu le vois s’envoler. […] Aie confiance. Laisse aller le souhait et toutes les images qui s’y rapportent. »

 Dans le livre, suit un exemple d’un enfant harcelé à l’école, faisant l’exercice de l’arbre à souhaits avec sa maman, laquelle résout le problème de harcèlement séance tenante. Nous naviguons ainsi entre la méthode Coué et la pensée magique.

C’est de la thérapie éducation guimauve : c’est mou, sucré, peu consistant…

On retrouve là le courant de la « parentalité bienveillante » et de « l’éducation positive » qui prétendent transformer la vie de famille en un cocon douillet et gratifiant. C’est une des utopies du moment. Le mot bienveillant est mis à toutes les sauces.

Or, de tout temps, l’éducation est un subtil équilibre de frustration et de gratification, à la maison comme à l’école. C’est une des conditions pour avoir des adultes qui tiennent debout.

Que penser du « parent-thérapeute » présenté dans le livre, un adulte quasiment parfait, maître de lui et rompu aux techniques de développement personnel ? Cet adulte a la solution en toutes circonstances. N’y a-t-il pas un mythe de toute-puissance dans cette présentation, là où l’expérience des adultes est parfois de l’ordre de l’impuissance à contenir les enfants ?

Or, gageons que l’équilibre se trouve entre ces deux extrêmes.

Ce livre fait la promesse de l’enfant parfait du parent parfait, binôme promis à la fusion puisque ni l’un ni l’autre auront de motifs de se quitter ! C’est oublier qu’une saine confrontation permet de s’affirmer, de se construire comme sujet et le moment venu de devenir indépendant. C’est aussi ignorer le caractère nécessairement imparfait de nos actions, même avec les meilleures intentions.

L’autosatisfaction de l’auteure est agaçante, de nombreux exemples semblent tirés de sa vie de maman où elle sait trouver la bonne solution et s’en sert pour édifier les autres. La page de remerciements vaut le détour :

« Je remercie mon mari Henk et nos enfants, Hans, Anne Marlijn, Koen et Rik, pour leur profonde aspiration à s’aimer mutuellement et à aimer les autres, à les accepter, à les consoler et à les stimuler en toute occasion. »

C’est le monde des Bisounours, la famille formidable !

Être gentil, c’est agréable !

L’ensemble du livre est très moralisateur car on nous parle d’exercices de gentillesse, un chapitre s’intitule « être gentil, c’est agréable ! » et explique les exercices à pratiquer pour devenir gentil.

Or, sommes-nous encore dans la perception de la réalité ou dans le vœu pieux d’une morale laïque détachée de la source de la Charité qu’elle prétend pourtant infuser par des techniques ?

De plus, cette histoire de gentillesse est un peu retorse car, au fond, la raison principale pour être gentil résiderait dans le bien-être que cela me procure.

L’injonction « sois gentil (le) ! » ne date pas d’hier et de nombreux adultes abordent en psychothérapie cette demande insistante qui leur a été faite lorsqu’ils étaient enfants afin de la remettre à une place plus adaptée. N’oublions pas que « sois gentil » est aussi parfois une façon pour l’adulte de dire « fiche-moi la paix ! ».

Or, un enfant qui vient solliciter l’attention de ses parents continuera tant qu’il n’a pas été entendu.

S’il est préoccupé ou en souffrance, il n’a nul intérêt à entrer dans un programme de gentillesse sur commande.

Pour éduquer, c’est-à-dire « conduire vers l’extérieur », il me semble qu’il est plus juste de chercher à éduquer la conscience morale d’un enfant plutôt que de lui faire faire des exercices de gentillesse. Nous retrouvons à nouveau la question de la liberté personnelle.

Exercices ou attitude ?

Le CD qui accompagne le livre propose une mise en œuvre des exercices expliqués dans l’ouvrage. On voit là une des grandes différences entre l’approche de la méditation de pleine conscience et celle des propositions de Maria Montessori ou Roger Vittoz, par exemple. Pour la pleine conscience, il faut prendre un temps et se mettre à l’écart afin de méditer ou vivre une expérience d’attention. L’attention est donc limitée dans l’espace et dans le temps, c’est un moment à part dans la journée.

Pour Montessori ou Vittoz, il s’agit plutôt d’être attentif, présent, tout au long de la journée, quelles que soient les activités en cours. La Méthode Vittoz, par exemple, propose des exercices dans un premier temps afin de retrouver des facultés laissées de côté, mais le projet est toujours d’expérimenter l’état de présence à soi et au monde de manière habituelle, en toutes circonstances dans le concret de la vie. L’attention n’est pas une parenthèse de type relaxation mais une attitude au long cours, une façon d’être.

Soyons assurés que notre présence comme adulte en lien avec notre ou nos enfants donnera un bien meilleur « résultat » qu’un CD qui ne permet pas d’interaction et raconte à chaque fois la même chose de la même manière. L’enfant comme l’adulte a besoin d’être en relation et non pas alimenté par média interposé. Le media ne nourrit pas l’affectivité et le psychisme, la présence si !

Que garder de ce livre ?

Tout d’abord, abandonnons bien vite le mythe de la famille merveilleuse et des parents formidables. Cela fait vendre mais cette promesse intenable nous fait finalement beaucoup de tort en fixant un objectif irréaliste.

Aimons nos familles très imparfaites et nos enfants tels qu’ils sont ! Prenons du recul par rapport aux témoignages mirifiques, acceptons les conflits et les frustrations.

Faut-il pour autant renoncer à aider les enfants qui en ont besoin ? Non, bien sûr !

Tout d’abord, cherchons ce qui nous aide nous, comme adultes, à nous sentir plus calme. Interrogeons-nous sur la façon dont nous sommes attentifs ou non.

Quelle est notre gestion du bruit, du mouvement, de notre agenda ? L’hyperactivité de notre enfant dit-elle quelque chose de notre façon de vivre ? Il ne s’agit pas de nous culpabiliser mais de faire des liens éventuels.

Pour une bonne partie, la solution aux difficultés d’attention et de concentration ne vient pas de l’extérieur : livre, consultation, séances de groupe… Il est possible et plus utile d’agir chez soi, dans le quotidien.

Voici quelques idées.

Une seule chose à la fois

Nous pouvons aider les enfants à être ancrés dans le réel en étant nous-mêmes dans cette attitude. Nos enfants apprennent beaucoup plus par imitation des attitudes que par des exercices que nous leur ferions faire.

Par exemple, si je donne la main à l’enfant que je vais chercher à l’école tout en discutant au téléphone avec une amie, où suis-je ? À qui suis-je vraiment attentive ?

Nos enfants ont besoin de nous sentir présents à 100 %, ici et maintenant, pour être capables eux aussi d’être là.

Un petit peut apprendre très vite à être là sans être là. Par la suite l’enseignant le trouvera rêveur, étourdi, pas concentré, ou tapageur et provocateur pour qu’on s’intéresse enfin à lui !

Nous nous vantons parfois de savoir faire plusieurs choses à la fois… c’est pourtant une très mauvaise idée !

Le cerveau fait beaucoup mieux une seule chose à la fois : cela permet justement de développer l’attention, la concentration, la mémoire, ainsi que la justesse et l’exactitude de l’acte réalisé (cf. la notion de l’acte conscient développé dans la Méthode Vittoz).

Pour nous prémunir des approximations, du surmenage et pour aider nos enfants, nous pourrions réapprendre à faire les tâches une par une. Faites l’expérience pour constater que c’est moins fatigant, plus précis et plus efficace !

Pour les plus jeunes, il est utile de ne donner qu’une consigne à la fois, en respectant le rythme de l’enfant, rythme qui peut ne pas être le nôtre… ainsi l’attention de l’enfant n’est pas éclatée entre plusieurs demandes, il peut l’appliquer à l’action en cours avant de passer à la suivante.

Que faisons-nous de nos états d’âme, émotions, ressentis ?

En avons-nous conscience, savons-nous les exprimer de façon juste ? Là aussi, l’enfant apprend par imitation.

Nous pouvons prendre quelques instants pour accueillir ce que nous ressentons : agacement, colère, tristesse, paix intérieure, amusement… Il ne s’agit pas d’une longue introspection suivie d’une analyse, simplement d’une prise de conscience, souple et rapide, de ce qui nous habite.

Certains ressentis sont à partager, d’autres à garder pour soi. En prenant conscience de notre état émotionnel, nous permettons à nos enfants de le faire à leur tour de manière simple et spontanée.

Dire du bien de notre enfant en sa présence

N’oublions pas de dire du bien de notre enfant en sa présence, et même en tête à tête dans le cas d’une fratrie. Là aussi, le plus simple est le mieux. Un petit mot glissé de temps en temps pour leur dire qu’ils ont de la valeur, qu’ils possèdent des qualités que nous apprécions, sans comparaison ni bémol, cela construit et apaise.

L’important est que nous soyons dans une attitude vraie et non dans l’application d’une technique en vue d’un résultat.

Quand faut-il consulter un professionnel ? Cette question est à estimer au cas par cas. Un des critères à prendre en compte est la souffrance éprouvée. Étymologiquement, le « patient » est celui qui souffre.

Un enfant ou un parent en souffrance ne doit pas hésiter à chercher de l’aide à l’extérieur, pour un temps. Il pourra déposer en lieu sûr ce qui a besoin d’être écouté, formulé, travaillé.

Parfois, c’est le travail psychothérapeutique du parent qui aide le mieux l’enfant.

D’autres fois, il est bénéfique que l’enfant ait lui aussi un lieu extérieur pour exprimer ses difficultés.

Lorsque le quotidien est trop douloureux (conflits, maladie, etc.), un enfant peut chercher à s’en échapper. Il utilise alors la rêverie, l’inattention, comme une forme de défense entre lui et une réalité trop difficile à appréhender. L’aide d’un professionnel bien formé a alors toute sa place pour lui permettre d’affronter le concret de sa vie et les souffrances qu’il rencontre.

En conclusion

En conclusion, ce livre est un mélange

  • de bon sens,
  • de données issues de la psychologie positive,
  • de conseils assez simples,
  • avec une dose non négligeable de formules creuses,
  • de visualisations
  • et d’auto célébration de son auteure…

Ce n’est pas indispensable de le lire mais si vous l’avez entre les mains abordez-le avec une distance critique en faisant le tri entre ce qui vous parle et vous aide et en laissant de côté les recettes et les artifices du marketing.

Dans tous les cas, la clé du calme et de l’attention n’est pas dans la méditation de pleine conscience mais bien plutôt dans la capacité à nous rendre présents très concrètement à nous, aux autres, à notre environnement et cela nous savons tous le faire, il suffit d’essayer !

A. L., avec une équipe.

Un e-book au format PDF

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La méditation de pleine conscience. Chemin de sérénité ou illusion ?

Un article de Bertran Chaudet (Gemppi)

La méditation de pleine conscience a le vent en poupe. Elle tire son origine du bouddhisme revue à la sauce occidentale… La méditation de pleine conscience permettrait une attention juste, une présence attentive ou une conscience vigilante à ses propres pensées, actions et motivations.

Il est aujourd’hui question de spiritualité laïque, c’est-à-dire sans lien avec une conception religieuse particulière. La méditation de pleine conscience voudrait s’inscrire dans cette perspective. Cette méditation de pleine conscience est-elle aussi neutre de toute doctrine et aussi laïque qu’elle se présente ?

Rapidement voici deux définitions de la laïcité communément admise en France : « La laïcité est le principe de séparation dans l’État de la société civile et de la société religieuse. » Selon le Larousse : « La laïcité : caractère de ce qui est laïque, indépendant des conceptions religieuses ou partisanes. »

L’étymologie peut nous aider à un premier discernement

Il est intéressant d’observer que méditer vient du latin mederi, donner soin à, porter remède à. La racine med dans le domaine indo-européen a le sens, selon Benveniste, de prendre avec autorité des mesures appropriées, d’où penser réfléchir, réguler, juger, ordonner, et médication…

La conscience vient du latin conscientia dérivé de conscire, de cum « avec » et scire « science », par conséquent « savoir en commun ». Avant le XVIIe, la conscience était une valeur morale de connaissance intuitive du bien et du mal. Il y a les locutions à connotation morale « avoir bonne conscience », puis « en leur âme et conscience », « liberté de conscience, conscience morale. » Les philosophes lui ont donné un sens nouveau avec la locution « prendre conscience ». Ainsi, la conscience est passée de la valeur morale à la valeur psychologique de réflexion. Il faut donc bien s’entendre sur le mot conscience qui selon les positions ne revêtent pas les mêmes significations.

Spiritualité vient du latin spiritus qui a donné le mot esprit, d’où vient également le mot respiration. Au centre du mot respiration, il y a la racine latine spirare. Toutes les civilisations ont fait le lien entre l’air, l’élément le plus subtil de la matière et l’esprit.

Dans notre langue française le verbe respirer peut devenir inspirer quand l’air pénètre dans les poumons et expirer quand l’air en ressort. Nous ne pouvons pas conjuguer le verbe expirer à la forme passive. Je ne peux pas dire je suis expiré. D’ailleurs, expirer c’est aussi mourir.

Mais je peux dire à la forme passive : « je suis inspiré ». La question qui suit, si nous voulons bien nous la poser est : Qui nous inspire ? Curieuse question, question de sens, question de vie auxquelles la notion de laïcité telle que nous venons de la définir ne peut répondre.

Le diaphragme ce muscle qui sépare le thorax de l’abdomen au centre de notre corps s’appelle en langage médical le centre phrénique. La racine phren en grec voulant dire : état d’esprit, état d’humeur état d’âme. Comme si au centre de notre corps ce diaphragme était l’interface entre notre corps et notre esprit, le baromètre de nos climats intérieurs.

Deux conceptions différentes de l’homme, du monde et du divin se présentent selon la pensée héritée de la Bible et celle qui nous vient de l’Orient.

En effet la Bible dit que l’homme est une terre insufflée. Adam, adama veut dire en hébreux le terreux ou le glébeux et c’est le Souffle de Dieu qui lui donne vie. Alors que pour l’Orient ce souffle ou prana ou chi ou ki, est le principe vital qu’il s’agit de maîtriser pour accéder à la pleine conscience.

Ces perspectives différentes entraînent des anthropologies et des cosmologies différentes qui ne sont ni neutres ou laïques. Des exercices pratiques, des manières d’être en découlent.

D’autre part, les références au bouddhisme de la Méditation de pleine conscience sont très différentes du bouddhisme enseigné en Asie. Le cadre majoritaire du bouddhisme en Occident n’a pas évolué depuis les écrits de Madame Blavatsky (la papesse de la théosophie) et de Sinnett : lorsque l’on parle de « bouddhisme on parle en réalité très souvent du bouddhisme ésotérique, renvoyant aux représentations du monde occultistes typiques du XIXème, plutôt qu’aux conceptions asiatiques… Ainsi les porte-parole du bouddhisme Frédéric Lenoir et Matthieu Ricard œuvrent à la persistance d’une dommageable confusion. [1]

La tradition biblique et chrétienne différencie un Dieu Créateur de la création. Le monde créé par Dieu et sauvé en Jésus-Christ a un commencement et une finalité. La pleine conscience ne différencie pas le divin, l’énergie. Pour elle tout est dans tout, selon un principe de non-différenciation moniste. La pleine conscience a également ses dogmes qu’elle ne nomme pas, mais sur lesquels reposent ses conceptions.

Lorsque des moines bouddhistes ou des chrétiens mal à l’aise dans leur propre culture ou tradition font la promotion de la Méditation de pleine conscience, il est alors permis de se poser quelques questions concernant sa neutralité ou sa vertu de laïcité.

Quelques principes de la méditation pleine conscience

Dans un premier temps, il s’agit d’être attentif à ses sensations dans l’instant présent, comment elles apparaissent, comment elles durent ou ne durent pas, et comment elles disparaissent. Par la suite, le méditant va examiner les idées qui l’habitent, les perceptions, les habitudes mentales positives ou négatives, à leur point de départ, dans leurs durées et à leur point de dissolution. Il doit rester neutre et silencieux dans cette introspection, il accueille l’apparition et la disparition des sensations agréables, neutres ou désagréables, sans juger, sans chercher à retenir la sensation agréable ou à rejeter la sensation désagréable. C’est ainsi que le méditant arriverait progressivement au détachement et à la libération de la matière, de la sensation, de la perception, des conditionnements mentaux. Ce détachement est typiquement bouddhique, il faut se détacher de toute sensation et même de tout sentiment de joie ou de tristesse comme autant d’illusions qui empêchent de nous libérer. L’important est que le méditant soit tout à ressentir plus qu’à penser, à expérimenter plus qu’à savoir. La pleine conscience se situe au-delà de la première forme de sagesse selon le bouddhisme qui est la dévotion, et au-delà de la deuxième forme : la logique de l’intellect ou de la raison. Elle accéderait à la troisième forme de sagesse, qui est la vision directe de la réalité ultime en toute chose. Dans son principe même, nous constatons que la Méditation de pleine conscience voudrait se situer au-delà de toute foi et de toute raison.

La Méditation de pleine conscience, mindfulness meditation, nous ramène invariablement vers quelques personnes, notamment vers M. Jon KABAT-ZINN, promoteur international de la méthode, mais aussi vers la méditation Vipassana, d’après l’enseignement de S.N. GOENKA. Ainsi que le note le site du CIPPAD [2] : La méditation de pleine conscience est dérivée de la méditation Vipassana, dont la pratique est connue comme pouvant engendrer des problèmes de déstabilisation mentale, ainsi que le rapporte l’association américaine International Cultic Studies Association.

Jon KABAT-ZINN est l’un des leaders actuels de l’institut ésotérique ESALEN, centre historiquement lié au mouvement GURDJIEFF[3]. En fait, nous sommes là au cœur des pratiques du New Age qui tentent de rapprocher l’enseignement bouddhique des expérimentations en psychologie. Ce syncrétisme, prédisant la venue d’un nouveau type d’homme au potentiel illimité, a engendré un grand nombre de sectes et de pratiques dites « spirituelles », et attiré 350 millions d’adeptes à travers le monde. C’est une vision globalisante, voire totalisante, et finalement totalitaire qui cherche le bonheur de l’homme sans perspective de transcendance. L’homme devient dieu, il n’a plus besoin du Dieu Créateur et Sauveur du christianisme.

Médias

L’expansion phénoménale de la méditation de pleine conscience passe par les médias. Tous les magazines, toutes les chaînes de télévision ont consacré articles et émissions à la Méditation de pleine conscience. Sur Internet, il suffit de taper « Méditation de pleine conscience » ou « Mindfulness » pour trouver une multitude de sites, tous à la gloire de la Mindfulness. Il est presque impossible de trouver des sites émettant des questions ou des réserves sur cette méthode.

Médecine

La méthode se propage grâce à certaines cautions médico-scientifiques qui démontreraient des effets positifs de cette méditation sur le stress, l’anxiété, la dépression, etc. De nombreuses publications scientifiques prouveraient ces bénéfices[4]. Y a-t-il une réelle indépendance de ces recherches ?

La méthode mindfulness est enseignée et pratiquée à la faculté de médecine de Strasbourg. Un Diplôme universitaire (DU) « Médecine, Méditation et Neurosciences » a été proposé pour la première fois à la rentrée universitaire 2012-2013. La pratique de la méditation de pleine conscience est déjà introduite dans certains hôpitaux français.

Mathieu Ricard

Mathieu Ricard, moine bouddhiste depuis 1979, proche disciple du Dalaï-Lama, est devenu son interprète. Matthieu Ricard est connu pour ses nombreux écrits et ses interventions télévisuelles. Selon Matthieu Ricard et les promoteurs de la méditation de pleine conscience, vingt minutes de pratique quotidienne de méditation de pleine conscience contribueraient à la diminution de l’anxiété, du stress, de la tendance à la colère et à augmenter la bienveillance, ceci améliorant la vie sociale… Nous sommes exactement dans les mêmes promesses de résultats mirifiques, que proposait la méditation transcendantale. L’empathie, ce concept cher au psychologue Rodgers, devient délétère et conduirait au burn-out selon Matthieu Ricard qui lui préfère un entraînement à la bienveillance, à l’amour altruiste, en fait une forme d’indifférence à son prochain.

Ces dernières années, il est devenu l’ambassadeur d’une nouvelle discipline, les « sciences contemplatives », qui explorent les bienfaits de la méditation et de l’entraînement de l’esprit sur l’organisme et plus particulièrement le cerveau. Matthieu Ricard participe ainsi activement aux recherches de l’Institut Mind & Life, fondé en 1987 par le dalaï-lama, pour développer les échanges entre les sciences cognitives et le bouddhisme.[5]

Selon une note du CIPPAD[6] : M. Mathieu Ricard ne cultiverait-il ici pas une certaine ambiguïté ? En effet, les travaux expérimentaux auxquels il se réfère, de façon précise, pour étayer l’hypothèse (de la validité opératoire de la Méditation de pleine conscience) semblent être biaisés par des conflits d’intérêts. Les différents scientifiques nommés qui pilotent ces études sont eux-mêmes pratiquants de techniques de méditation, ou bien liés à des croyances, ou bien encore membres de la direction du Mind and Life Institute.

Il y a donc un manque d’indépendance des expérimentateurs vis-à-vis de l’objet étudié.

Par exemple, M. Richard Davidson professeur de psychologie, enseignant à l’université du Wisconsin à Madison, membre fondateur, du Mind and Life Institute qui s’attache à explorer la relation de la science et du bouddhisme. Il pratique la Méditation, travaille depuis plusieurs dizaines d’années avec l’un des principaux responsables du mouvement GURDJIEFF aux USA, et publie avec le centre ESALEN, promoteur de différentes méditations.

Mme Tania Singer qui intervient, auprès de l’association de méditation de Bruxelles EMERGENCES. Association qui fait la promotion de l’Ennéagramme, technique créée par le mage GURDJIEFF. Elle est également membre du Conseil d’administration du Mind and Life Institute.

Ces proximités amènent nécessairement à poser certaines questions.

Faux souvenirs induits et perturbations cognitives

La méditation pleine conscience prétend avoir des effets bénéfiques sur la cognition et aurait un effet positif sur la dépression. Cependant, des études scientifiques indépendantes sont publiées, concernant l’impact de la pleine conscience sur la mémoire et spécifiquement sur les distorsions de la mémoire. [7]

Ces études montrent :

La méditation de pleine conscience augmente le taux de faux souvenirs provoqués.

Elle augmente les capacités imaginatives et ouvre au paranormal. Elle provoque des aberrations cognitives, perceptives et sensorielles

Elle provoque des distorsions relationnelles et sociales.

Dans certains cas elle peut entrainer une dépersonnalisation, une aggravation de la dépression. Quant à ses effets sur le stress ou l’anxiété, aucune analyse réellement indépendante des réseaux de la méditation de pleine conscience n’en amène la preuve.

La méditation de pleine conscience, lorsqu’elle est comparée aux traitements de référence, ou à des contrôles appropriés, « ne montre aucun effet supérieur à ces derniers ».

Il n’a pas pu être mis en évidence d’effet positif de la méditation de pleine conscience sur une amélioration de l’humeur, l’attention, l’addiction à des substances (alcool, cigarettes, etc.), les habitudes alimentaires, la qualité du sommeil ou la surcharge pondérale.

La prudence s’impose donc vis-à-vis de cette pratique.

La commercialisation de la Méditation de pleine conscience

Un article de Ron Purser et David Loy publié sous le titre Beyond McMindfulness dans le HuffingtonPost du 2 juillet 2013 (version originale anglaise).

La méditation de la pleine conscience (mindfulness) s’est imposée d’un coup, faisant son entrée dans les écoles, les entreprises, les prisons et les organismes gouvernementaux, l’armée américaine notamment.

La révolution de la pleine conscience semble offrir une panacée universelle pour régler à peu près toutes les questions de la vie quotidienne. Plusieurs ouvrages ont été publiés récemment sur le sujet : Être parent en pleine conscience (Mindful Parenting), Manger en pleine conscience (Mindful Eating), Enseigner en pleine conscience (Mindful Teaching), Une politique de la pleine conscience (Mindful Politics), La thérapie de la pleine conscience (Mindful Therapy), Diriger en pleine conscience (Mindful Leadership), Une nation consciente (A Mindful Nation), La guérison consciente (Mindful Recovery), Le pouvoir de l’apprentissage conscient (The Power of Mindful Learning), Le cerveau conscient (The Mindful Brain), La pratique de l’attention dans les périodes de crise (The Mindful Way through Depression), Le chemin de l’attention vers l’autocompassion (The Mindful Path to Self-Compassion).

L’engouement pour le mouvement de la pleine conscience a créé une industrie lucrative. Des consultants avisés recommandent des formations à la pleine conscience, assurant qu’elle améliore l’efficacité au travail, qu’elle réduit l’absentéisme et qu’elle met en valeur les compétences personnelles si essentielles dans une réussite professionnelle. Certains vont même plus loin en affirmant qu’une formation à la pleine conscience peut agir comme une « technologie perturbatrice » qui transforme les entreprises même les plus dysfonctionnelles en des formes organisationnelles plus respectueuses, plus compatissantes et durables. Jusqu’ici, cependant, aucune étude concrète n’a été publiée pour appuyer de telles affirmations.

Dans leurs stratégies de positionnement, les promoteurs des formations à la pleine conscience débutent généralement leurs programmes en disant qu’ils sont « d’inspiration bouddhiste ». Raconter aux néophytes que la pleine conscience est un héritage du bouddhisme, une tradition célèbre pour ses méthodes de méditation anciennes et éprouvées, offre un certain exotisme et un effet tendance. Mais, parfois, dans la même phrase, les consultants assurent souvent leurs sociétés commanditaires que leur type de pleine conscience n’a plus de lien ou d’affiliation avec ses origines bouddhistes.

Le découplage de la Méditation de pleine conscience de son contexte moral et religieux bouddhiste permet d’en faire un produit de consommation. Mais où mène cette pleine conscience. Un tueur à gage ; un proxénète, s’il veut réussir à intérêt pour être plus efficace à se trouver dans une pleine conscience de ce qu’il réalise.

D’après un des textes les plus anciens de la tradition bouddhiste, le canon pâli, quelqu’un qui commet un crime prémédité et odieux peut le faire en pleine conscience. La notion de conscience morale peut y être totalement absente.

D’autre part :

Pourrions-nous envisager la récitation méditation du chapelet comme une technique de bien-être permettant de réduire le stress ? Faudrait-il il mettre des électrodes sur les têtes des pèlerins à Lourdes pour vanter les mérites de la dévotion mariale ? Ou vérifier la tension artérielle et les gaz du sang des moines de Solesmes chantant leur office en grégorien. Ou encore vérifier les paramètres biologiques de ceux qui pratiquent le jour du Yom kippour où de l’Aït el kebir… Et vendre le produit comme une simple technique améliorant des performances préalablement ciblées pour prouver scientifiquement la pertinence des bienfaits opérés par de telles dévotions.

Socialement

La Méditation de pleine conscience même si elle est pratiquée en entreprise renvoie toujours l’individu à lui-même et à son bien-être personnel. Les combats collectifs de l’amélioration des conditions de travail, l’analyse des causes de détresses collectives et structurelles sont totalement oubliés. La Méditation de pleine conscience serait ainsi l’opium d’une juste prise de conscience collective et d’une réflexion critique sur les conditions de travail.[8]

Nous ne devons pas oublier que ce système de pensée à générer un système de caste. Le bouddhisme tibétain notamment a permis un système de servage particulièrement cruel. « Steve Jobs, le fondateur d’Apple a passé beaucoup de temps en position du lotus, et pourtant il a continué à payer des employés des salaires de misère à ses sous-traitants, à engueuler ses subordonnés et à se garer sur les emplacements réservés aux handicapés. »[9]

Méditation laïque ?      

Exercices au début et à la fin de chaque journée.

« Ce que recommandent les méditants chevronnés, c’est de commencer et de terminer ses journées par quelques instants de pleine conscience ; en ouvrant et fermant mes yeux le matin, et le soir au moment de les fermer, prêter attention à mon expérience de l’instant présent (mon corps, mon souffle, le bavardage de mes pensées, le cours de mes émotions…[10]

Tout est centré sur soi, tout est minutieuse observation de soi, tout doit conduire par des exercices constants assidus et répétés à une enstase : « L’enstase est une chute en soi-même, et on y découvre que tout est là… Tout à coup, éruption volcanique de sérénité. C’est toujours bouleversant de sentir cet apaisement autoproduit. Bouleversant de constater comment le calme « enstatique » nous relie au monde au lieu de nous en séparer. On se laisse transformer, au lieu de vouloir encore et toujours transformer ce qui nous entoure.[11] »

Expérimenter l’extension et la dissolution de soi

Et voilà la finalité de la méditation de pleine conscience : une extension jusqu’à la dissolution de soi. Là où le moi n’a plus de raison d’être, car il est en tout et tout est en lui. « La pleine conscience est une expansion de soi. On absorbe tout ce qui est autour de nous, on s’en imprègne et on le devient. Comme un cercle qui s’élargit pour tout englober. On est au centre de cet univers. Mais ce n’est pas un univers borné, toutes ses frontières sont poreuses… Dans la pleine conscience, nous éprouvons des sentiments récurrents d’abolition des frontières entre nous et l’extérieur. Sentiments de fusion de soi dans l’environnement. De diffusion de l’environnement en soi. [12] » « Méditer la pleine conscience c’est se connecter au monde, si fortement que les distinctions entre soi et non-soi deviennent absurdes, inutiles et encombrants. Se préparer doucement à revenir d’où on vient, comme la vague se dissoudra bientôt dans l’océan. Il n’y a alors plus de limites. Que des liens. [13] »

La méditation de pleine conscience invite à l’acceptation sans jugement de ce qui est. Elle invite au détachement, le monde apparent étant fait d’illusions. C’est en entrant en soi-même que l’on trouverait la libération. Sous des aspects lisses et doucereux, visant l’épanouissement total de l’homme, cette Méditation de pleine conscience chloroforme la conscience telle que nous la concevons dans l’héritage de la philosophie grecque ou de la religion chrétienne, tant sur le plan personnel que collectif.

Bertran Chaudet

[1] Marion Dapsance, Les dévots du bouddhisme. Max Milo septembre 2016. Marion Dapsance, anthropologue, a passé sept années au cœur des milieux bouddhiques occidentaux. Elle en conclut que le bouddhisme n’est rien d’autre qu’une religion. De plus, sa version occidentale connait de très nombreuses dérives : organisation sectaire, dérives sexuelles, pyramides financières, humiliations hérarchiques…

[2] CIPPAD Centre d’Information et de Prévention sur les Psychothérapies Abusives et Déviantes.

[3] L’homme rusé Georges Ivanovitch Gurdjieff, né dans le Caucase à une date indéterminée, est arrivé en France en 1921 entouré d’un certain nombre d’adeptes russes… Gurdjieff s’est beaucoup inspiré d’Helena Blavatsky fondatrice de la Théosophie… Pour faire court, on pourrait dire que Gurdjieff, c’est la théosophie plus les techniques d’assujettissement.… Selon Gurdjieff, « l’homme est une machine qui réagit aux stimulations » et seuls de rares individus, correctement guidés, sont capables en « travaillant » sur eux-mêmes d’acquérir une volonté propre et une âme immortelle. Jean François Revel dans son ouvrage « Mémoires, le voleur dans la maison vide » fait une analyse très intéressante des expériences auprès de Gurdjieff qu’il traite d’imposteur et d’escroc (p.152) « Ce qui m’intéresse rétrospectivement, dans ma mésaventure gurdjieffienne, c’est l’expérience que je fis sur mon propre cas de l’aptitude des hommes à se persuader de la vérité de n’importe quelle théorie, de bâtir dans leur tête un attirail justificatif de n’importe quel système, fut-ce le plus extravagant, sans que l’intelligence et la culture puissent entraver cette intoxication idéologique ». Cf Bulles n°83, 85, 89 ,92.

[4] http://www.pleine-conscience.be/ressources/articles-scientifiques/

[5] http://www.lemonde.fr/sciences/article/2014/05/26/la-meditation-peut-aider-a-prevenir-le-burn-out_4426240_1650684.html

[6] CIPPAD Centre d’Information et de Prévention sur les Psychothérapies Abusives et Déviantes.

[7] Travaux d’Eyal Rosenstreich (Ph.D Cognitive Psychologist Tel-Aviv University) sous le titre : « Mindfulness and False-Memories: The Impact of Mindfulness Practice on the DRM Paradigm. » ont été publiés dans le J Psychol du 6 février 2015.

Travaux de Christopher C. French (Goldsmiths, University of London), Krissy Wilson et Laura Davis (Université Charles Sturt), publiée en 2012 sous le titre : »IS THE CORRELATION BETWEEN PARANORMAL BELIEF AND SUSCEPTIBILITY TO FALSE MEMORIES DUE TO ACQUIESCENCE BIAS? », une corrélation significative a été trouvée entre la croyance au paranormal, les faux souvenirs et la propension à l’imaginaire et au rêve.

Meditation Programs for Psychological Stress and Well-Being, Heffective Health Care Program, comparative Effectiveness Review, number 124, January 2014, Agency for Healthcare Research and Quality U.S. Department of Health and Human Services 540 Gaither Road Rockville, MD 20850, www.ahrq.gov.

L’étude (publiée le 4 septembre 2015 dans Psychological Science) : Increased False-Memory Susceptibility After Mindfulness Meditation. Brent M. Wilson, Department of Psychology, University of California, San Diego, Laura Mickes, Department of Psychology, Royal Holloway, University of London.

[8] Jeremy Carrette et Richard King, Vendre la spiritualité

[9] Le Point du jeudi 19 mai 2016 n°2280, citant le magazine Wared.

[10] Christophe André, « Méditer jour après jour » l’iconoclaste sept 2011. p.255.

[11] Ib.p.265.

[12] Ib. p.282, 283.

[13] Ib.p.285.

La méditation de pleine conscience

Une conférence de Bertran Chaudet

En demandant l’intercession du Bienheureux Maurice Tornay, Prêtre — Chanoine régulier — né le 31 août 1910 à La Rosière (Commune d’Orsières), mort martyr le 11 août 1949 au col du Choula (Chine). Invoqué, le 11 août au martyrologe romain : aux confins du Tibet, en 1949, le bienheureux Maurice Tornay, prêtre et martyr, chanoine régulier du Grand-Saint-Bernard, alla annoncer l’Évangile en Chine et au Tibet, et fut massacré par des lamas tibétains.

La méditation de pleine conscience est en vogue actuellement. Elle tire son origine du bouddhisme revue à la sauce occidentale. Dans le bouddhisme, il est enseigné que la pleine conscience est un facteur essentiel pour la libération. La méditation de pleine conscience permettrait une attention juste, une présence attentive ou une conscience vigilante à ses propres pensées, actions et motivations.

Signification étymologique de Méditer et de Conscience [1]

Il est intéressant d’observer que méditer vient du latin mederi « donner soin à » « porter remède à ». La racine med dans le domaine indo-européen a le sens, selon Benveniste, de « prendre avec autorité des mesures appropriées », d’où penser réfléchir, réguler, juger, ordonner.

En vieux français, le méditer signifie l’action de réfléchir profondément en particulier dans une acception religieuse. Puis la méditation prend son sens moderne de « soumettre à une longue réflexion ».

La conscience vient du latin conscientia dérivé de conscire, de cum « avec » et scire « science », par conséquent « savoir en commun ». Avant le XVIIe, elle avait une valeur morale de connaissance intuitive du bien et du mal. Au XIIe il y a la locution « bonne conscience », puis « en leur âme et conscience ». Il a donc une connotation morale : « liberté de conscience, conscience morale. »

Les philosophes lui ont donné un sens nouveau avec la locution « prendre conscience ». Ainsi, la conscience est passée de la valeur morale à la valeur psychologique ou métaphysique de réflexion.

Ainsi, il faut bien s’entendre sur des mots qui selon les positions ne revêtent pas les mêmes significations.

Quelques principes de la pleine conscience

Dans un premier temps, il s’agit d’être attentif à ses sensations dans l’instant présent, comment elles apparaissent, comment elles durent ou ne durent pas, et comment elles disparaissent. Par la suite, le méditant va examiner les idées qui l’habitent, les perceptions, les habitudes mentales positives ou négatives, à leur point de départ, dans leurs durées et à leur point de dissolution. Il doit rester neutre et silencieux dans cette introspection, il accueille l’apparition et la disparition des sensations agréables, neutres ou désagréables, sans juger, sans chercher à retenir la sensation agréable ou à rejeter la sensation désagréable. C’est ainsi que le méditant arriverait progressivement au détachement et à la libération de la matière, de la sensation, de la perception, des conditionnements mentaux. Ce détachement est typiquement bouddhique, il faut se détacher de toute sensation et même de tout sentiment de joie ou de tristesse comme autant d’illusions qui empêchent de nous libérer. Le méditant peut se concentrer sur sa respiration, sur sa marche… L’important est qu’il soit tout à ce qu’il fait, à ressentir plus que penser à expérimenter plus qu’à savoir.

Nous retrouvons des similitudes dans le training autogène de Schultz ou en sophrologie qui puisent dans l’enseignement bouddhiste. Ainsi Le Bouddha conseille d’observer la sensation intérieurement, dans le mental et extérieurement dans le corps. Par exemple, si le méditant induit dans son mental le « chaud », il peut le percevoir dans son corps, il y aura une vasodilatation, et une sudation possible. Ensuite, si le méditant induit dans son mental le « froid », il peut sentir dans le corps une vasoconstriction, et des grelottements. Ainsi, le méditant prends conscience que son mental peut agir directement sur son corps. Il aurait alors le pouvoir de purifier ses sensations, tant internes qu’externes, de tout ce qui est gênant.

La pleine conscience se situe au-delà de la première forme de sagesse selon le bouddhisme qui est la dévotion, et au-delà de la deuxième forme : la logique de l’intellect ou de la raison. Elle accéderait à la troisième forme de sagesse, qui est la vision directe de la réalité ultime en toute chose. Dans son principe même, nous constatons que la méditation de pleine conscience se situe au-delà de toute foi et de toute raison.

En Occident

Le concepteur et promoteur de la méditation de pleine conscience, mindfulness meditation, en Occident est Jon Kabat-Zinn, né le 5 juin 1944. Il n’est pas médecin, mais de formation scientifique. C’est dans les années 1970, alors étudiant en biologie moléculaire, que Jon Kabat-Zinn, intéressé par le bouddhisme, a simplifié ses pratiques méditatives, pour qu’elles soient facilement enseignées et étudiées. Depuis 1979, il présente la « méditation de la pleine conscience » comme une technique destinée à aider les gens à surmonter leur stress, leur anxiété, leur douleur et leur maladie. Il a fondé et dirige la Clinique de réduction du Stress (Stress Reduction Clinic) et le centre pour la pleine conscience en médecine (Center for Mindfulness in Medicine, Health Care, and Society) de l’université médicale du Massachusetts. Il est l’un des leaders actuels de l’institut ésotérique ESALEN, centre historiquement lié au mouvement GURDJIEFF[2]. En fait, nous sommes là au cœur des pratiques du New Age qui tentent de rapprocher l’enseignement bouddhique et les dernières expériences en psychologie. Ce syncrétisme, prédisant la venue d’un nouveau type d’homme au potentiel illimité, a engendré un grand nombre de sectes et de pratiques dites « spirituelles », et attiré 350 millions d’adeptes à travers le monde. C’est une vision globalisante, voire totalisante, et finalement totalitaire qui cherche le bonheur de l’homme sans perspective de transcendance. L’homme devient Dieu, il n’a plus besoin de Dieu Créateur et Sauveur du christianisme.

Kabat-Zinn enseigne la Mindfulness Based Stress Reduction, MBSR dans un cours de huit semaines qui combine méditation et Hatha yoga. Ces cours s’adressent tant au monde de l’éducation et de la santé que de l’entreprise ou du commerce. Plus de 200 centres et cliniques médicales, aux États-Unis et à l’étranger, utilisent le modèle de MBSR. Certains des livres de ce chef de file de la mindfulness dépassent le million d’exemplaires vendus.

Kabat-Zinn est membre du conseil d’administration du Mind and Life Institute qui a pour but de promouvoir un dialogue entre des scientifiques occidentaux, le Dalaï-Lama président d’honneur de l’association et ses disciples, pour une compréhension plus approfondie des différentes façons de connaître et de sonder la nature de l’esprit, les émotions et la réalité.

Médias

L’expansion (l’explosion même) de la méditation de pleine conscience passe actuellement par les médias. Tous les magazines, toutes les chaînes de télévision ont consacré articles et émissions à la méditation de pleine conscience. Sur Internet, il suffit de taper « méditation de pleine conscience » ou « mindfulness » pour trouver une multitude de sites, tous à la gloire de la mindfulness. Il est presque impossible de trouver des sites émettant des questions ou des réserves sur cette méthode. Le géant mondial de la publicité JWT a listé la Pleine conscience comme l’une de ses 10 tendances pour façonner le monde en 2014.

Les cours de MBCT se multiplient à travers le Royaume-Uni — mais la recherche aux États-Unis a montré que quelques-uns des pratiquants de certains types de méditation bouddhiste ont été envahis par des souvenirs traumatiques et des troubles dans leurs relations sociales. Photographie : Luis Alvarez/Getty Images/Vetta

Éducation et politique

« Le projet d’introduire la méditation au Parlement (de Westminster) a germé il y a deux ans. Ce projet a abouti grâce à l’aide de spécialiste éminent – Le Dr Mark Willams, psychiatre, qui dirige le Centre de pleine conscience d’Oxford, et Chris Cullen, qui a créé des programmes de méditation dans les écoles, via le projet Mindfulness in School. Depuis janvier 2013, 95 députés et lords ont suivi ces formations de quatre semaines, à raison d’une séance le jeudi soir, après la fin du débat parlementaire… Un jour…, la méditation fera partie des programmes scolaires dans tout le pays.[3] »

En Grande-Bretagne, la méditation de Pleine conscience se propage rapidement dans les salles communales, les écoles et les hôpitaux et même les bureaux des banques et des géants de l’internet tel que Google. L’application de méditation Headspace a maintenant 523000 utilisateurs au Royaume-Uni, et son utilisation a triplé en 12 mois.

Attention les Anglais tirent toujours les premiers, mais nous ne sommes pas en reste, à l’école de management de Grenoble une vingtaine d’élèves suivent la chaire de Mindfulness, où l’on parle business et bienveillance bonheur et productivité !

Médecine

La méthode se propageant grâce à certaines cautions médico-scientifiques qui démontreraient des effets positifs de cette méditation sur le stress, l’anxiété, la dépression, etc. De nombreuses publications scientifiques prouveraient tous ces bénéfices[4]. Y-a-t-il une réelle indépendance de ces recherches ? Nous en dirons un mot plus loin.

Cette méthode est enseignée et pratiquée à la faculté de médecine de Strasbourg. Un Diplôme universitaire (DU) de « Médecine, Méditation et Neurosciences » a été proposé pour la première fois à la rentrée universitaire 2012-2013. Cette formation repose sur la mindfulness qui est à la fois enseignée et pratiquée dans le DU. La pratique de la méditation de pleine conscience est déjà introduite dans certains hôpitaux français.

Mathieu Ricard

Docteur en génétique cellulaire de formation, moine bouddhiste depuis 1979, disciple rapproché du dalaï-lama, dont il est le traducteur français, Matthieu Ricard est aussi connu pour ses nombreux écrits et ses interventions télévisuelles. Il est le fils du philosophe, essayiste, journaliste et académicien Jean-François Revel (né Jean-François Ricard) qui fut un temps disciple de Gurdjieff et de la peintre Yahne Le Toumelin artiste et nonne bouddhiste, elle aussi adepte de Gurdjieff. Matthieu Ricard est devenu le chantre de la méditation de pleine conscience et le promoteur d’une nouvelle discipline, les « sciences contemplatives », qui explorent les bienfaits de la méditation. Matthieu Ricard participe ainsi activement aux recherches de l’Institut Mind & Life, fondé en 1987 par le dalaï-lama pour développer les échanges entre les sciences cognitives et le bouddhisme.

Selon Matthieu Ricard et les promoteurs de la méditation de pleine conscience, vingt minutes de pratique quotidienne de méditation de pleine conscience contribueraient à la diminution de l’anxiété, du stress, de la tendance à la colère et à augmenter la bienveillance, ceci améliorant la vie sociale… Nous sommes exactement dans les mêmes promesses de résultats mirifiques, que proposait la méditation transcendantale, déjà en vingt minutes.

L’empathie, ce concept cher au psychologue Rogers, devient délétère et conduirait au burn-out selon Matthieu Ricard qui lui préfère un entraînant à la bienveillance, à l’amour altruiste. En fait en regardant de plus près cet entraînement, il conduit à une forme d’indifférence à son prochain.

Matthieu Ricard était en couverture d’un numéro de l’hebdomadaire l’Express en juillet 2014, un article de six pages était consacré « Aux vrais pouvoirs de la méditation ». « Pour lancer le livre de l’ingénieur Chade-Meng Tan, un pilier de Google qui a initié les cadres sur stressés de ce géant d’internet à la mindfulness, l’éditeur Belfond avant monté au printemps 2014, une vaste campagne de presse de deux mois avant la parution. La maison avait organisé dans les locaux parisiens de Google une conférence de presse animée par Matthieu Ricard, retransmise en simultanée sur You Tube. Du jamais vu sur le marché du livre psycho. [5] »

Comment ces recherches sont-elles financées ?

L’Institut Mind & Life dans laquelle Matthieu Ricard milite refuse selon ses dires tout lien avec des sociétés commerciales, y compris les laboratoires pharmaceutiques : « On ne veut aucun conflit d’intérêts. Quant aux recettes de mes livres, elles sont intégralement versées à l’association humanitaire que j’ai fondée, Karuna-Shechen, qui soigne 100 000 patients par an et éduque plus de 20 000 enfants au Népal, en Inde et au Tibet »[6].

Cependant comme le note le CIPPAD[7] : « M. Mathieu Ricard ne cultiverait-il ici pas une certaine ambiguïté ? En effet, les travaux expérimentaux auxquels il se réfère, de façon précise, pour étayer l’hypothèse présentée semblent être biaisés par des conflits d’intérêts. Les différents scientifiques nommés qui pilotent ces études sont eux-mêmes pratiquants de techniques de méditation, ou bien liés à des croyances, ou bien encore membres de la direction du Mind and Life Institute. » « De plus, contrairement à ce qui est annoncé dans l’interview, certaines documentations du Mind and Life Institute font état de soutiens financiers provenant d’un nombre important de fondations privées, patrons, compagnies et même de sponsors « anonymes… Il y a donc un manque d’indépendance des expérimentateurs vis-à-vis de l’objet étudié. »

« Ainsi, M. Richard Davidson pratique la méditation, travaille depuis plusieurs dizaines d’années avec l’un des principaux responsables du mouvement GURDJIEFF aux USA, et publie avec le centre ESALEN, promoteur de différentes méditations. Il est membre du Conseil d’administration du Mind and Life Institute. »

« Mme Tania Singer intervient, elle, auprès de l’association de méditation de Bruxelles EMERGENCES. Association qui fait la promotion de l’Ennéagramme, technique créée par le mage GURDJIEFF. Elle est membre du Conseil d’administration du Mind and Life Institute. »

« Ces proximités amènent nécessairement à poser certaines questions. En effet, une méta-analyse récente concernant la Méditation de pleine conscience et des méditations utilisant des mantras, réalisée par l’Agence de santé américaine (AHRQ) en partant de 18 753 publications, incluant 47 essais cliniques avec 3 515 personnes, conclut à une évidence insuffisamment étayée d’un possible effet de la Méditation de pleine conscience sur l’amélioration des états anxieux et dépressifs, étudiée en l’absence de groupes contrôles. La Méditation de pleine conscience, lorsqu’elle est comparée à l’effet des traitements conventionnels ou à des contrôles appropriés, ne montre aucun effet supérieur à ces derniers. »

« De plus, il n’a pas pu être mis en évidence d’effets positifs de la Méditation de pleine conscience sur une amélioration de l’humeur, l’attention, l’addiction à des substances (alcool, cigarettes, etc.), les habitudes alimentaires, la qualité du sommeil ou la surcharge pondérale. [8][9] »

Méditation laïque ?

La méditation de pleine conscience se présente comme étant strictement laïque, cependant, lorsque certains moines bouddhistes font la promotion de cette technique, il est permis de douter de cette affirmation. D’autres bouddhistes se sont opposés à cette « laïcisation », faisant valoir qu’il est déraisonnable de dissocier cette pratique ancrée dans la religion bouddhiste.

Claire Chartier de l’Express pose la question à Matthieu Ricard : « Se recueillir en souhaitant l’amour du prochain : n’est-ce pas dans le sens même de la prière ? Il y a une différence importante : le fait de s’unir à quelque chose qui vous dépasse, par l’oraison, est davantage un abandon qu’une méthode destinée à transformer votre façon de voir les choses. »

Effectivement, la différence est de taille, la relation à Dieu nécessite une conversion qui entraîne à une autre manière de penser de dire de faire, cette relation n’est pas une méthode, mais un échange qui transforme notre coeur nos pensées et nos actions.

La « méditation chrétienne » de John Main et Laurence Freedman

La soi-disant « méditation chrétienne » diffusée par le moine bénédictin John Main, puis à la mort de celui-ci en 1982, par son disciple Laurence Freedman, n’est en fait qu’une tentative de christianiser une technique de méditation orientale. Plutôt que de prendre pour mantra le nom d’une divinité hindoue, John Main introduit un mantra « chrétien », à savoir : « Maranatha ». En araméen, cela veut dire selon une des traductions possibles, « viens, Seigneur ». Cette Parole tirée de l’Apocalypse ne veut rien dire si elle est détachée de son contexte. De plus, dans ce type de méditation, il ne s’agit pas de méditer sur son contenu ni sa signification, mais de s’en servir pour focaliser l’attention, puis progressivement laisser s’apaiser l’activité mentale, pour finir par la suspendre totalement, si possible. Il s’agit donc d’une technique conduisant à une expérience de son propre psychisme ; mais en aucun cas, une telle expérience ne peut être qualifiée de spirituelle, selon les critères de la tradition chrétienne.

Voilà ce que l’on peut lire dans la lettre hebdomadaire de la WCCM (communauté mondiale des méditants chrétiens) : « Soyez généreux avec votre temps, soyez fidèle à votre mantra, et vous entrerez dans le réseau de silence qui nous unit tous dans l’Esprit ». Maranatha devient ainsi le ciment de l’unité de ce réseau. Par ailleurs tant dans les écrits et conférences de John Main que dans ceux de Laurence Freedman, il n’est jamais question de la Résurrection du Christ. Les pratiques spirituelles habituelles de la tradition chrétienne aussi bien que les pratiques sacramentelles sont passées sous silence. Par contre, la vie dans l’Esprit, sans que celui-ci soit défini, est omniprésente. Les méditants ne sont jamais invités à rejoindre une communauté chrétienne existante, ni à incarner concrètement les fruits de leur méditation dans le service de leur prochain.

Le silence à retrouver est certes important dans le recueillement, mais il est préparation à l’accueil de la Parole de Dieu. Le silence à chercher pour lui-même n’est pas une pratique chrétienne.

D’autre part le Père Freeman au cours des exercices pratiques de méditations se place face aux méditants, comme peuvent le faire les maîtres des traditions orientales. Cette méditation se fait en vis-à-vis maître disciples et non centrée sur une icône, une croix, un tabernacle ou le Saint Sacrement exposé. Dans la prière ou la méditation chrétienne, seuls le Christ ou la Vierge Marie doivent être les personnes vers lesquels se tournent toute notre attention.

Il est à noter que la vie monastique du Père Freeman est très épisodique. Il passe le plus clair de son temps en conférences dans le monde entier.

Une tentative analogue avait été entreprise il y a une dizaine d’années par Daniel Maurin avec son Oraison du coeur, dans laquelle il transcrivait l’initiation à la méditation transcendantale (de Maharishi Mahesh Yogi), ne changeant que le mantra oriental en un mantra issu de la tradition judéo-chrétienne, gardant inchangée l’intégralité de la technique hindoue.

Patrice Gourrier [10]

Prêtre du diocèse de Poitiers membre de l’Association pour le Développement de la Mindfulness, le Père Patrice Gourrier propose des stages de cinq jours ou des parcours étalés sur 8 semaines, tous basées sur le protocole MBSR (Mindfulness-Based Stress Reduction) de Jon Kabat-Zinn, fondateur de la méthode. Pour ce prêtre la religion doit être au service du développement personnel des individus… Son site Internet est dédié à « la progression humaine et spirituelle par la méditation », il y est rejoint par la nonne bouddhiste Gelongma Davina, autrefois connue pour ses cours d’aérobic à la télévision.

Description de la méthode et comparaison avec la méditation chrétienne

La méditation de pleine conscience est facile à décrire. C’est dans la régularité et la persévérance qu’elle produit tous ses effets, comme l’indiquent ses enseignants.

Nous prendrons comme exemple le livre de Christophe André, devenu un best-seller, « Méditer jour après jour [11] » dont la maison d’édition s’appelle l’iconoclaste. Tout un programme ! Ce livre est dédié au chef de file de la pleine conscience Jon Kabat-Zinn et à Matthieu Ricard, des maîtres en la matière.

Le livre se divise en 25 leçons, en quatre thèmes :

  1. Prendre conscience : une attitude mentale 2. Vivre avec les yeux grands ouverts : une philosophie de vie quotidienne. 3. Traverser les tempêtes : le refuge de l’instant présent.
  2. Ouvertures et éveils : le plus grand des voyages.

« La pleine conscience c’est ça : créer, par moment un tout petit espace pour se voir faire. [12] »

Déjà, dans cette introduction nous observons ce qui différencie fondamentalement cette méditation de la méditation chrétienne. La méditation chrétienne est centrée sur le Christ, sa vie, sa relation aux hommes, les mystères de la Foi chrétienne, sur les épisodes de la vie du Christ en lien avec la Vierge Marie, dans la méditation du chapelet… La méditation de pleine conscience est centrée sur soi.

La prise de conscience, selon Christophe André, est une prise de conscience de soi-même, c’est éprouver, ressentir de tout son corps sans verbalisation, dans l’instant présent. La prière du Notre Père est tournée vers Dieu, elle nous invite à vivre l’aujourd’hui de Dieu, et dans cet aujourd’hui le sanctifier, à nous rendre disponible à sa volonté, car sa volonté nous veut plus de bien que nous n’en voulons à nous-mêmes. Voilà ce que dit la Constitution Pastorale Gaudium et spes, n. 19, 1 : « L’aspect le plus sublime de la dignité humaine se trouve dans la vocation de l’homme à communier avec Dieu. Cette invitation que Dieu adresse à l’homme de dialoguer avec Lui commence avec l’existence humaine. Car, si l’homme existe, c’est que Dieu l’a créé par amour et, par amour, ne cesse de lui donner l’être ; et l’homme ne vit pleinement selon la vérité que s’il reconnaît librement cet amour et s’abandonne à son Créateur ».

Les Pères du désert

Le Père Gourrier, le Père Freeman font souvent appel aux Pères de l’Église pour étayer le bien fondé de leurs pratiques dans la plus ancienne tradition de l’Église. Ces Pères pratiquaient la prière répétitive dite « monologiste » sur le seul nom de Jésus ou d’un verset d’un psaume ou d’un verset de la Bible. Cette forme de prière répétitive est toujours pratiquée dans la Tradition des églises orthodoxes, elle permet l’hésychasme qui veut dire immobilité, calme, repos, silence par la garde du cœur et la prière ininterrompue. Les pratiques de ces Pères arrivèrent en Europe par l’intermédiaire de Cassien. La ruminatio, est cette « rumination » incessante d’une phrase ou d’un psaume aide à prolonger la méditation, tout au long de la journée. Ainsi Cassien recommande la ruminatio du verset 2 du psaume 69 : « Mon Dieu, viens à mon aide, hâte-toi de me secourir ! » « Ce verset doit être votre constante prière : dans l’adversité pour en être délivré, dans la prospérité pour y être préservé de l’orgueil. Oui, qu’il soit l’occupation continuelle de votre cœur. Au travail, dans vos divers offices, en voyage, ne vous lassez pas de le répéter. [13] » La méditation est portée par une parole qui provoque une mise en relation avec Celui que l’on implore ou que l’on invoque. Cette invocation sera reprise dans l’office des Heures, appelé autrefois bréviaire, prières qui rythment la journée et qui commencent par ce même verset : « Dieu, viens à mon aide, Seigneur, à notre secours. »

Exemple d’exercices préalables

Asseyez-vous dans une position confortable, les yeux fermés, de préférence avec le dos droit et sans soutien. Détendez-vous et notez les sensations du corps, des sons et des ambiances. Remarquez-les sans jugement. Laissez la pensée s’installer au rythme de la respiration. Si elle se promène (et elle le fera), rediriger doucement l’attention vers la respiration. Rester comme ça pendant au moins 10 minutes.

Après la maîtrise du contrôle de la respiration, certains thérapeutes disent qu’une personne peut se transformer, mentalement, pour faire face à une pensée menaçante ou troublante, disons, une relation tendue avec un parent ou tout simplement apprendre à endurer la colère ou la tristesse et la laisser passer, sans tomber dans la rumination ou essayer de changer de sentiment, une attitude qui se retourne souvent contre soi.

La maîtrise de la respiration est fondamentale dans la méditation de pleine conscience, quelques que soit le degré d’avancement dans la discipline, les instructeurs y reviennent sans cesse.

Bien sûr, la prise de conscience de la respiration est fondamentale. L’étymologie nous rappelle que respiration vient de la racine latine spirare que donne aussi spiritus, esprit. L’air, la plus subtile des substances matérielles vient au plus profond de notre corps entretenir la vie. Nos états d’âme ont une incidence sur notre mode respiratoire. Une respiration plus calme lente abdominale entraîne un climat de détente et d’apaisement du corps. Une maman qui berce son enfant, va lui communiquer son souffle respiratoire pacifiant, s’il est pacifié. A contrario une ambiance, familiale ou de travail, tendue se traduit souvent physiologiquement par une augmentation contagieuse du rythme respiratoire, des personnes en présence, qui amplifie le stress.

Mais dans la vie spirituelle chrétienne, il n’agit jamais de modifier ou de contrôler sa respiration pour atteindre un niveau de conscience supérieure.

Dans la plus belle des prières de la Vierge Marie, le Magnificat, il est question si nous revenons à l’origine des mots, de souffle « Mon âme exalte le Seigneur, et mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur ». Luc, 1,47. Esprit vient de spiritus en latin, pneuma en grec et rouah en hébreu. Mais le souffle avec Marie n’est pas maîtrisé, il est accueilli, comme un cadeau venant de Dieu, par l’Esprit Saint appelé aussi Souffle Saint. Le souffle de Marie se rythme au même rythme que le Souffle de Dieu. Il n’y a aucun effort de maîtrise. Il y a accueil sans condition, de la volonté de Dieu et de sa Parole.

Des exercices d’attention à son corps sont proposés : attention à ce que l’on entend en fermant les yeux, accueillir les bruits sans jugement. Nous retrouvons ce même type d’exercices dans la méthode Vittoz où ils sont appelés exercices de réceptivité, ou dans le premier degré de la sophrologie. En soit, ces exercices permettent une plus juste relation à son corps. Il s’agit ensuite d’être attentif aux pensées qui traversent notre esprit, prendre conscience du bavardage irrépressible de l’esprit, et faire la différence entre « penser quelque chose » et « s’apercevoir que l’on pense à quelque chose. » Nous devons de la même manière prêter attention à nos émotions.

Les Pères du désert, dans les premiers siècles du christianisme, sont les premiers à avoir observé ce qu’est le combat spirituel ; ils aimaient les apophtegmes : ces petites histoires dont chacun doit tirer la leçon pour lui-même. Lorsqu’on ne comprend pas, il faut passer à un autre apophtegme et quand des liens se font, la lumière advient. La question qui traverse ces apophtegmes est le plus souvent : « Que faire pour être sauvé ? » Cette demande d’un jeune à un ancien est la porte d’entrée. Un conseil revient comme une vérité absolue : « Tout ce qui trouble ne vient pas de Dieu. » Or le nombre de choses qui font du remue-ménage intérieur est immense. Il s’agit donc de faire attention aux pensées qui se bousculent dans la tête et provoquent du trouble : « Lutte contre les pensées qui t’apportent le trouble ». « Toute pensée, en laquelle ne prédominent pas le calme et l’humilité, n’est pas selon Dieu […]. Car notre Seigneur vient avec calme, mais tout ce qui est de l’Ennemi vient avec trouble et mouvement de colère. » Les pensées sont un interlocuteur qu’il faut interpeller : « Qui es-tu et d’où viens-tu ? » (Jos 5, 13). Elles finissent par dire leur nom. Pédagogie très fine qui permet de ne pas s’enfermer en soi-même. Les pensées sont en nous, mais ne sont pas nous. Il faut lutter contre un adversaire extérieur à soi. Les mauvaises pensées sèment la tristesse dans le cœur. Ce combat permanent contre les vices et pour acquérir les vertus est l’objet même du combat spirituel chrétien.

Voici un exemple d’apophtegme : « L’abbé Joseph vint interroger l’abbé Pastor, car il était agité par diverses pensées. Celui-ci le conduisit au grand air et lui dit d’étendre son vêtement et d’y retenir le vent. « Mais cela est impossible », lui répondit le frère. « Eh bien, si tu ne peux pas, reprit l’ancien, comment pourras-tu empêcher que ces pensées ne te viennent à l’esprit ? Mais ce que tu peux faire, c’est de leur résister. » Il fallait s’armer de patience : « Si l’on enferme un serpent, disait-il, ou un scorpion, dans un vase qu’on a soin de bien boucher, avec le temps l’animal mourra. Il en est de même des pensées mauvaises que le démon excite en nous ; si on garde patience, on a la consolation de les voir cesser. »

La prière de la liturgie des heures, à laudes invite chaque matin à la paix, une Paix qui vient de Dieu : « Que la paix de Dieu garde nos pensées dans le Christ. » Nous voyons là combien le combat spirituel chrétien est éloigné des perspectives de la méditation de pleine conscience, même s’il existe des similitudes apparentes. La méditation chrétienne ne fonctionne pas à vide, elle est tournée et centrée sur la personne du Christ, qui nous aide à nous tourner vers Dieu le Père, grâce à l’Esprit Saint.

Pour la méditation de pleine conscience, il y a trois niveaux de conscience

Le premier qui correspond à l’ensemble de nos impressions et de sensations, il est d’ordre animal. Le second est la conscience de soi : réaliser que c’est moi qui perçois ces sensations. Le troisième niveau est celui de la capacité à prendre de la distance pour observer ce qui est ressenti. Il est lié à notre capacité de comprendre et de réfléchir. La pleine conscience intègre ces trois niveaux simultanément, il s’agit donc de développer notre capacité d’attention à ces trois niveaux, en retournant sans cesse à l’état présent. Nos pensées, nos émotions nous entraînent souvent loin de cette présence à soi-même que nous avons à accueillir sans jugement.

Dans une perspective chrétienne, la conscience est une valeur morale, elle est liée à la connaissance du bien et du mal. La vie spirituelle a pour objectif de maintenir une bonne conscience morale en évitant le péché et en choisissant ce qui est le bien, le juste et le vrai. Nous avons gardé l’expression « En son âme et conscience » qui dit le fond de la pensée ou du témoignage basé sur la vérité. La conscience professionnelle traduit un savoir-faire juste et honnête. Il est important de clarifier ces deux notions totalement différentes de la conscience.

La méditation de pleine conscience propose de se mettre à l’écart des bruits du monde et de se recueillir. Sage conseil ! Nous vivons dans l’action, voire la précipitation sans temps d’arrêt, de gratuité. Nous ne prenons pas le temps de souffler. Au sens physiologique du terme comme au sens figuré.

Quatre attitudes mentales sont proposées : ne pas juger, ne pas filtrer, ne pas s’agripper, et ne rien attendre. « Dans la pleine conscience, on ne cherche à aller nulle part que là où l’on se trouve déjà… Pour les méditants une conscience sans objet est possible…, c’est une conscience élargie, capable de tout héberger… Peu à peu, nous apprendrons à susciter ces instants de pure présence dont la définition est si simple : « juste être là. [14] »

Dans nos villes, comme dans nos campagnes retentit encore parfois la cloche qui sonne l’Angélus, trois fois par jour, le matin le midi et le soir. Aujourd’hui, peu de personnes y prennent attention et plus personne ne s’arrête. La société, dans sa sagesse chrétienne, rythmait les temps de la journée, avant d’aller au travail, le midi et à la fin du travail, en s’arrêtant pour se recueillir sur l’essentiel. Cet essentiel n’est pas tourné vers soi, il est orienté vers le mystère de l’incarnation qu’il s’agit d’accueillir, en le méditant sans cesse. Ce mystère au cœur de nos vies, et qui en donne le principe et la finalité. Il ne faut pas juste être là, il faut être tourné vers Celui qui nous donne la vie, et nous donne sa vie. L’angélus, ou prière de l’ange, rappelle le mystère chrétien de l’Annonciation, et de la conception virginale de Jésus, du oui de Marie à la volonté divine, de sorte que le Verbe a pu venir habiter parmi les hommes.

L’Angélus de Jean-François Millet, on aperçoit au loin le clocher de l’église qui sonne l’angélus :

L’ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie, R. Et elle conçut du Saint-Esprit. Je vous salue Marie… V. Voici la Servante du Seigneur, R. Qu’il me soit fait selon votre parole. Je vous salue Marie… V. Et le Verbe s’est fait chair R. Et il a habité parmi nous. Je vous salue Marie… V. Priez pour nous, Sainte Mère de Dieu, R. Afin que nous soyons rendus dignes des promesses du Christ.

Prions. Daignez, Seigneur, répandre votre grâce dans nos âmes, afin qu’ayant connu par la voix de l’Ange l’Incarnation de Votre Fils Jésus Christ, nous puissions parvenir par sa Passion et par sa Croix, à la gloire de sa Résurrection, par le même Jésus Christ Votre Fils, notre Seigneur. Amen.

« Contempler, c’est regarder sans espérer, ni convoiter, ni commenter [15] »

Ainsi selon Christophe André dans sa leçon 10 : « S’adonner au vertige de la contemplation des objets quotidiens : une pomme, une chaussure, un brin d’herbe, un téléphone… Les saisir, les caresser, les observer. Se laisser gagner par tout ce qu’ils veulent dire… Puis, doucement, laisser refluer les pensées et ne rester qu’avec l’essence de l’objet, sans rien lui demander de plus que sa présence silencieuse. Mystique apaisante et étonnante de la casserole ou de l’éponge, négligée ou oubliée… Ces visites à l’insignifiant comme des hommages rendus à ma chance ahurissante : je suis un être humain, vivant et conscient.[16] »

Nous retrouvons le même type d’exercices dans la méthode Vittoz, se rendre présent à nos sensations, mystique en moins ! Si nous observons un chat, ses sens sont de manière permanente en éveil, en attention, en présence aux sons, aux odeurs, au goût, au toucher, au kinesthésique, au proprioceptif. L’observation du chat, nous donne des leçons d’apprentissage à la perception du monde environnant. Ces perceptions premières, que nous partageons avec les animaux, donnent des satisfactions simples que les trépidations de notre vie nous font oublier. Mais elles restent de type animal qui jouit de l’instant présent, elles n’engagent pas dans une relation de personne à personne, une relation impliquant une conscience morale avec ses exigences.

Des conseils de bon sens trop souvent oubliés sont donnés par les instructeurs de la méditation de pleine conscience. Ils rappellent les exigences de toute discipline qui impliquent quelques règles, vouloir pratiquer : tout part de notre désir et de notre volonté, le permettre : libérer du temps l’exercer, et le faire avec constance et assiduité. Ils rappellent également que nous avons des automatismes qui nous font oublier d’avoir la conscience réelle de ce que nous faisons.

La tradition chrétienne nous invite à vivre hic et nunc ici et maintenant. C’est ici et maintenant que nous devons nous rendre présents à la Présence, dans les gestes les plus humbles de la vie quotidienne. Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus disait que l’on peut ramasser une simple aiguille de couture tombée à terre en réalisant un geste d’amour. Tout est orienté, dans l’humble quotidien par amour et dans l’Amour de Dieu.

« La pleine conscience peut nous apprendre à ne vouloir la victoire d’aucune de nos façons de penser ou de voir le monde, mais à les héberger en nous dans toute leur richesse et leur complexité.[17] »

Saint Ignace de Loyola nous conseille de toujours essayer de sauver la proposition de l’autre, de discerner ce qu’il y a de bon, de juste et de beau dans son prochain et de l’aider à le lui faire découvrir. Mais il ne s’empêche pas d’exercer un discernement moral sur ce qui est faux, et manque à la vérité. C’est l’objet même du discernement des esprits. Il ne faut donc pas héberger toutes les façons de penser. Il y a des choix à opérer, nous ne croyons pas à la réincarnation comme dans le bouddhisme, mais nous croyons au terme d’une vie unique à la résurrection, à la suite du Christ ressuscité d’entre les morts. Nous ne nous recommandons pas de notre expérience personnelle de laquelle, par humilité et par réalisme, nous devons nous défier. Mais nous faisons confiance à l’expérience de l’Église experte en humanité, selon la parole du pape Paul VI, qui permet de passer du subjectivisme de notre ressenti et de nos émotions, à l’objectivité du trésor d’expériences de ceux qui nous ont précédés sur le chemin de la Foi. Expériences validées par l’Église qui traverse les vicissitudes de l’histoire et accueille en son sein ce qui est juste dans toutes les traditions.

La méditation de pleine conscience invite à l’acceptation sans jugement de ce qui est. Elle nous invite au détachement, le monde apparent étant fait d’illusions, c’est en entrant en soi-même que l’on trouvera la libération. Nous ne devons pas oublier que cette forme de pensée à générer un système de castes. Et que le bouddhisme tibétain notamment a permis un système de servage particulièrement cruel. Aimer son prochain comme soi-même n’a pas présidé à l’élaboration de ce système de gouvernement du peuple.

Le christianisme a le premier établi la dignité et l’égale valeur de tout homme et de toute femme. En son sein se sont levés des hommes et des femmes pour ne pas demeurer dans l’acceptation sans jugement de systèmes iniques. L’indifférence ignacienne ne peut pas être comparée à cette acceptation sans jugement de ce qui est. L’indifférence ignacienne aboutit toujours à renoncer à sa volonté propre pour nous rendre conforme au commandement de Dieu, qui est d’aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toutes ses forces et d’aimer son prochain comme soi-même et mieux encore comme le Christ nos aime.

Exercices au début et à la fin de chaque journée

« Ce que recommandent les méditants chevronnés, c’est de commencer et de terminer ses journées par quelques instants de pleine conscience ; en ouvrant et fermant mes yeux le matin, et le soir au moment de les fermer, prêter attention à mon expérience de l’instant présent (mon corps, mon souffle, le bavardage de mes pensées, le cours de mes émotions… [18] »

Tout est centré sur soi, tout est minutieuse observation de soi, tout doit conduire par des exercices constants assidus et répétés à une enstase : « L’enstase est une chute en soi-même, et on y découvre que tout est là… Tout à coup, éruption volcanique de sérénité. C’est toujours bouleversant de sentir cet apaisement autoproduit. Bouleversant de constater comment le calme « enstatique » nous relie au monde au lieu de nous en séparer. On se laisse transformer, au lieu de vouloir encore et toujours transformer ce qui nous entoure.[19] »

La prière chrétienne du matin et du soir est un rendez-vous de personne à personne, un rendez-vous d’amour. L’amoureux n’est pas centré sur lui-même ou ce qu’il ressent, mais sur celui ou celle qu’il ou qu’elle aime, jusqu’à s’oublier soi-même pour se rendre disponible à ce qui fait la joie de l’autre. Il en est de même dans la prière et dans l’examen de conscience. Ai-je été fidèle à l’Amour de Dieu, dans ma journée, ai-je fait sa Volonté, ai-je papillonné ou suivi ma volonté propre, mes instincts qui me conduisent loin de Lui ? Suis-je dans la vérité dans ma relation à Dieu, aux autres et à moi-même ? Quel désir habite le fond de mon cœur pour entretenir et cultiver concrètement cette relation d’amour dans ma vie ? Voici un exemple de ce que propose la spiritualité ignacienne (jésuite).

La prière d’Alliance de la spiritualité ignacienne

« Où ? Partout. Quand ? Plutôt en fin de journée Durée, dans le calme durant 10-15mn.

Au début des Exercices spirituels, saint Ignace de Loyola propose « l’examen particulier et quotidien » (§24-31) afin de « supprimer un péché ou un défaut particulier ». S’ancrant dans la longue tradition de l’examen de conscience, les jésuites ont rapidement proposé un examen quotidien, appelé aujourd’hui la « prière d’alliance ». Le but de cet exercice est d’une certaine manière de faire le point sur ma relation avec Dieu. Plusieurs manières existent, mais la plupart se structurent autour de 3 temps : 1. remercier, 2. demander pardon, 3. se tourner vers demain.

Tout d’abord, se remettre devant le Seigneur.

Avec un signe de croix ou de toutes autres manières, signifier à Dieu le début de ce temps de prière. Lui exprimer ma joie de l’accueillir durant ce temps. Demander à Dieu son Esprit de vérité sur ma journée.

  1. Remercier Dieu. Après un temps de silence, je laisse remonter à ma mémoire ce qui a été vivant durant cette journée, ce qui a été en relation avec d’autres, participation à sa création… Pour ces moments d’alliance avec Dieu, pour la confiance qui m’a permis de traverser les épreuves, l’amour qui a dépassé l’égoïsme. Je dis merci à Dieu.
  2. Demander pardon à Dieu. En contemplant cette journée, des moments plus douloureux apparaissent, des moments où j’ai refusé cette alliance qui m’est offerte. J’ose laisser le Seigneur faire la vérité sur ce que j’ai vécu, mettre en lumière mes complicités avec le mal ou la mort… je lui demande pardon.
  3. Et demain, reprendre le chemin de l’Alliance. Je me tourne alors vers ce qui m’attend dans les prochaines 24 heures : je contemple ces événements à venir un à un. Je confie au Seigneur mon « à venir » en lui demandant peut-être sa force pour telle ou telle chose à vivre, telle relation un peu tendue, etc. Pour terminer… J’ouvre ma prière à l’ensemble des croyants en disant une prière commune à l’Église comme le Notre Père, une prière à Marie ou Âme du Christ. En signe d’alliance et d’espérance, je peux terminer par un signe de croix. Enfin, je peux noter une chose importante dans un carnet ou un fichier numérique, ou bien souligner le jour d’une couleur qui a teinté ma journée. [20]»

« Comme le dit saint Ignace dans les Exercices spirituels, nous devrions essayer de saisir « le parfum infini et la douceur infinie de la divinité » (n. 124) en partant de la vérité révélée finie par laquelle nous avons commencé. Tandis qu’il nous élève, Dieu est libre de nous « vider » de tout ce qui nous retient en ce monde, de nous attirer complètement dans la vie trinitaire de son amour éternel. Toutefois, ce don ne peut nous être concédé que « dans le Christ par l’Esprit Saint », et non à travers nos propres forces, en faisant abstraction de sa révélation.[21] »

Marc Aurèle

Le troisième grand chapitre du livre « méditer jour après jour » de Christophe André s’intitule : « Traverser les tempêtes : le refuge de l’instant présent » et débute par une citation de Marc Aurèle :

« Celui qui voit le présent voit tout ce qui s’est produit de toute éternité et ce qui se produira dans l’infinité du temps. [22] »

Il n’est pas étonnant que Christophe André fasse référence à la pensée de Marc-Aurèle, car on y retrouve un certain nombre de points professés par la méditation de pleine conscience, dans les douze livres qui composent les « Pensées pour moi-même ». La soi-disant laïcité de la méditation de pleine conscience rejoint la pensée de Marc-Aurèle empereur romain du deuxième siècle, ainsi : « Toutes les choses participent d’un Tout (qu’il nomme parfois L’Un, Dieu, Nature, Substance, Loi, Raison). Nous, les hommes, sommes des parties de ce Tout. Tout ce qui arrive est nécessaire et utile au monde universel, dont tu fais partie (Livre II). Ce qui importe c’est le présent, ce n’est ni le futur ni le passé qui te sont à charge, mais toujours le présent.

Le bonheur est possible dans ce qui rend la nature contente d’elle-même, il ne dépend d’aucun bien extérieur, mais d’un état d’esprit où l’individu se sent sensiblement capable d’être en paix avec lui-même et avec le monde. Il faut donc suivre son « génie intérieur » et ne considérer comme bien et mal que ce qui dépend de nous, car, en réalité, l’on ne peut juger véritablement et avec justice que sa propre conduite.

Marc Aurèle, malgré sa sagesse philosophique stoïcienne, sa grande érudition et sa rigueur morale, ne supportait pas « le fanatisme des chrétiens et leur fétichisme » et les a persécutés, jugeant qu’ils étaient une menace pour l’unité de l’Empire. Saint Justin devenu le saint patron des philosophes meurt martyr à Rome sous son règne, ainsi que les martyrs chrétiens de Lyon, dont sainte Blandine.

Mais la méditation de pleine conscience ne retient pas ce que souligne Marc Aurèle tout au long de ses écrits, à savoir les plus hautes valeurs de l’être humain : Prudence, Justice, Courage et Tempérance, qui depuis les préstoïciens Platon et Aristote, sont les quatre vertus principales du Philosophe, celles qui assurent la cohérence et la force de ses actions.

Ces vertus cardinales retenues par la tradition chrétienne qui avec les trois vertus théologales, la Foi, l’Espérance et la Charité, forment sept vertus. Les quatre premières vertus sont à cultiver et appartiennent aux trésors de la sagesse humaine, les trois autres sont infusées dans notre personne par l’Esprit Saint et sont spécifiquement chrétiennes.

La tension voire l’opposition entre la pensée philosophique chrétienne qui intègre la Révélation et la pensée de Marc Aurèle a pour objet la vérité. Nous retrouvons cette même tension opposition entre les perspectives de la méditation de pleine conscience et la finalité de la méditation chrétienne. « Pour saint Justin, le christianisme constitue l’aboutissement de la connaissance de l’être divin. Mais cette connaissance ne peut pas tenir d’une contemplation passive : elle se découvre dans la pratique de la « justice ». Dans son Apologie, Justin éclaire cette pratique liée à la foi en soulignant particulièrement cinq vertus propres au christianisme : l’amour des ennemis, la patience, la chasteté, le respect de la vérité, et le courage face à la mort. Le caractère indissoluble qui rattache l’expérience vécue de la Charité à la connaissance du divin constitue pour Justin la « marque » essentielle de sa religion. » Selon lui : « la morale et l’amour dont témoignent les chrétiens dans leur mode de vie sont la preuve que ceux-ci détiennent la vérité. Toute l’histoire de l’esprit, toute l’entreprise de sa quête trouveraient ainsi sa finalité dans le Christ, logos incarné définitivement pour éclairer la conscience de l’homme (cf. prologue de l’évangile johannique). Le Christ est lui-même la Raison divine, dont la création jaillit, et qui s’incarne pour enseigner la vérité aux hommes… On voit donc dans quel étroit rapport à la vérité Justin insère la philosophie. Dans sa perspective, l’objet de quête du philosophe est la vérité une et suprême, et la mission du philosophe est de servir cette vérité. Ce service n’est pas sans impliquer une lutte avec le « monde » (au sens chrétien), puisque, le gouvernement romain persécute les chrétiens pour leur foi.[23] »

La vie chrétienne est donc au service concret de la vérité de la justice et de la charité et la méditation chrétienne doit conduire à cette action, sinon elle est vaine. Nous sommes bien loin de la méditation de pleine conscience dont l’objectif est de trouver quiétude, détachement et sérénité.

« Se libérer de ses prisons mentales [24] »

C’est le titre d’un chapitre du livre de Christophe André et là aussi il faut s’entendre. Pour la méditation de pleine conscience, « Une des grandes sources de nos souffrances mentales est notre manque de conscience : ne pas réaliser que nous déformons la réalité et adhérer ensuite de toutes nos forces à cette réalité déformée. » Il faut : « Ne pas laisser tout l’espace mental à mes obsessions et ruminations, et les diluer dans le plus vaste contenant possible : ma conscience élargie à l’infini. [25] »

Le chrétien sait par adhésion et obéissance filiale au Christ et à la tradition de l’Église qu’il ne peut en aucun cas se libérer de ce qui est la plus grande des souffrances ontologiques de l’homme : le péché. Paul nous le rappelle : « Le bien que je voudrais faire, je ne le fais pas et le mal que je ne voudrais pas faire je le fais. » Seul le Christ qui a pris sur lui le péché des hommes, nous libère par sa mort et sa résurrection cette plus grande des souffrances. La vie spirituelle chrétienne est une prise de conscience toujours plus profonde que je ne peux pas me sauver moi-même, seul le Christ me sauve et cela me rend de plus en plus humble, reconnaissant, et disponible à l’Action de grâce, cela m’invite à rendre gloire à Dieu Trinité Sainte, cela m’engendre à la compassion, une compassion qui ne sourd pas de moi-même, et de mes efforts de méditation, mais du cœur miséricordieux de Jésus. Miséricorde en Hébreux se dit « rarhamim », c’est-à-dire entrailles de la femme, le lieu de la gestation de toute vie humaine. La miséricorde de Dieu est le lieu d’une nouvelle gestation, qui nous donne la vie éternelle. Comment peut-on renaître deux fois ? Voici la réponse de Jésus à Nicodème au chapitre 3, 1-21 de l’Évangile de saint Jean :

« Il y avait un homme, un pharisien nommé Nicodème ; c’était un notable parmi les Juifs. Il vint trouver Jésus pendant la nuit. Il lui dit : « Rabbi, nous le savons, c’est de la part de Dieu que tu es venu comme un maître qui enseigne, car personne ne peut accomplir les signes que toi, tu accomplis, si Dieu n’est pas avec lui. » Jésus lui répondit : « Amen, amen, je te le dis : à moins de naître d’en haut, on ne peut voir le royaume de Dieu. » Nicodème lui répliqua : « Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il entrer une deuxième fois dans le sein de sa mère et renaître ? » Jésus répondit : « Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. 06 Ce qui est né de la chair est chair ; ce qui est né de l’Esprit est esprit. Ne sois pas étonné si je t’ai dit : il vous faut naître d’en haut. Le vent souffle où il veut : tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi pour qui est né du souffle de l’Esprit. » Nicodème reprit : « Comment cela peut-il se faire ? » Jésus lui répondit : « Tu es un maître qui enseigne Israël et tu ne connais pas ces choses-là ? Amen, amen, je te le dis : nous parlons de ce que nous savons, nous témoignons de ce que nous avons vu, et vous ne recevez pas notre témoignage. Si vous ne croyez pas lorsque je vous parle des choses de la terre, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses du ciel ? Car nul n’est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme. De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle. Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. Celui qui croit en lui échappe au Jugement ; celui qui ne croit pas est déjà jugé, du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. Et le Jugement, le voici : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Celui qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dénoncées ; mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu. [26] »

La méditation chrétienne va s’employer à laisser ces paroles de vie pénétrer en nous, nous travailler jusqu’à ce qu’elles nous convertissent, transforment notre manière penser, de parler et de faire. L’objectif étant donné ici : « Croire en Jésus, Fils unique de Dieu pour avoir la vie éternelle. »

Le concept de « nirvana » est compris, dans les textes religieux du bouddhisme, comme un état de quiétude qui consiste dans l’extinction de toute réalité concrète en tant que transitoire, et donc décevante et douloureuse.

Lâcher prise, c’est : « Rester là, présent, dans une attitude mentale particulière. Rester en renonçant à contrôler, à trouver une solution. [27] »

Effectivement ce n’est pas le bouddhisme tibétain qui a permis de trouver des solutions pour permettre une vie plus facile à ses adeptes, surtout bien sûr à ceux qui servaient les monastères dans des conditions d’esclavage.

Comment gérer la souffrance

La leçon 17 est un peu courte : « Quand on souffre beaucoup, qu’on est très malheureux, on se coupe du monde… Entraînement : lorsque je me sens malheureux, continuer à être sensible à la beauté du monde. Même si elle ne soulage pas, même si elle n’aide pas tout de suite. À un moment, tout basculera et elle me sauvera. [28] »

La méditation de pleine conscience ne serait-elle pas un moyen de se distancier de toute souffrance, de se réfugier dans une bulle qui finalement éloigne de toute compassion au sens chrétien du terme ? La compassion chrétienne à son point d’ancrage dans la passion du Christ. La beauté du monde ne sauve pas, elle peut nous réjouir ou nous consoler, nous faire rêver, mais c’est un déni de réalité de croire qu’à un moment, tout basculera et elle nous sauvera. L’entraînement demandé fait entrer dans l’enstase celui qui s’y adonne, il peut avoir ainsi l’impression de se soustraire à sa souffrance.

L’Espérance et la Foi chrétienne donnent une autre perspective, un autre sens. Voici l’introduction et la conclusion de la « LETTRE APOSTOLIQUE SALVIFICI DOLORIS de JEAN-PAUL II SUR LE SENS CHRÉTIEN DE LA SOUFFRANCE HUMAINE. » Il faudrait la lire entièrement pour en appréhender la pertinence et la cohésion.

« 1. En expliquant la valeur salvifique de la souffrance, l’Apôtre Paul écrit : « Je complète en ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ pour son Corps, qui est l’Église. »

Ces paroles semblent se trouver au terme du chemin qui parcourt longuement les détours de la souffrance inscrite dans l’histoire de l’homme et éclairée par la Parole de Dieu. Elles ont presque la valeur d’une découverte définitive qui s’accompagne de la joie ; aussi l’Apôtre écrit-il : « Je trouve ma joie dans les souffrances que j’endure pour vous ». La joie vient de la découverte du sens de la souffrance, et même si Paul de Tarse, qui écrit ces paroles, y participe d’une manière très personnelle, cette découverte vaut en même temps pour les autres.

L’Apôtre fait part de sa propre découverte et il s’en réjouit à cause de tous ceux qu’elle peut aider — comme elle l’a aidé lui-même — à pénétrer le sens salvifique de la souffrance…

Et nous demandons à vous tous qui souffrez de nous aider. À vous précisément qui êtes faibles, nous demandons de devenir une source de force pour l’Église et pour l’humanité. Dans le terrible combat entre les forces du bien et du mal dont le monde contemporain nous offre le spectacle, que votre souffrance unit à la Croix du Christ soit victorieuse ! »

Quel souffle, quelle consolation, quelle prise en compte de la réalité de la souffrance. La souffrance a un sens quand elle est offerte par amour et dans l’expérience de l’Amour de Dieu. Elles demeurent folie et scandale, en nous faisant mystérieusement participer au mystère de la Croix, elles nous donnent de participer aux mystères de la Rédemption.

Expérimenter l’extension et la dissolution de soi

Et voilà la finalité de la méditation de pleine conscience : une extension jusqu’à la dissolution de soi. Là où le moi n’a plus de raison d’être, car il est en tout et tout est en lui. « La pleine conscience est une expansion de soi. On absorbe tout ce qui est autour de nous, on s’en imprègne et on le devient. Comme un cercle qui s’élargit pour tout englober. On est au centre de cet univers. Mais ce n’est pas un univers borné, toutes ses frontières sont poreuses… Dans la pleine conscience, nous éprouvons des sentiments récurrents d’abolition des frontières entre nous et l’extérieur. Sentiments de fusion de soi dans l’environnement. De diffusion de l’environnement en soi. [29] »

Et voici la dernière leçon 24 qui termine le livre : « Méditer la pleine conscience c’est se connecter au monde, si fortement que les distinctions entre soi et non-soi deviennent absurdes, inutiles et encombrantes. Se préparer doucement à revenir d’où on vient, comme la vague se dissoudra bientôt dans l’océan. Il n’y a alors plus de limites. Que des liens. [30] »

Nous retrouvons le même type de langage dans l’histoire dans la spiritualité catholique française. Cette tendance porte un nom, c’est le quiétisme, prôné entre autres par le couple Fénelon madame Guyon. En cette fin de dix-septième siècle. Madame Guyon se perd dans des métaphores aquatiques, pour dire le chemin de l’âme ; « L’âme se perd dans l’immense comme un petit poisson se perd toujours plus avant dans la mer infinie. » Ou encore, elle se sent pareille au fleuve qui s’étend perdu dans l’océan « a pris tellement la nature de l’eau marine qu’on ne voit plus rien qui lui soit propre. » Nous constatons que nous ne sommes pas loin des discours de la méditation de pleine conscience. Plus de différence entre l’homme et Dieu, plus d’obstacle entre l’intérieur et l’extérieur, pour décrire ce nouvel état il faut bien inventer un néologisme à l’époque, ce sera Dieu vastitude. Bossuet luttera avec une certaine rugosité contre cet illuminisme, maugréant contre ce faux abandon qui fait fi de l’incarnation et glisse inexorablement dans la fusion et la confusion. [31]

Eh bien non, un chrétien ne peut pas adhérer à cette vision des choses. Il ne peut se confondre et se dissoudre dans la matière du monde comme la vague dans l’océan.

Réécoutons la promesse du serpent à l’aube de notre humanité au chapitre 3 de la genèse verset 5 : « Non vous ne mourrez pas, mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, possédant la connaissance de ce qui est bon ou mauvais. » La connaissance suprême à laquelle invite le serpent est celle de se passer de Dieu, de ne plus écouter sa Voix créatrice et de se confondre avec la matière du monde comme absolu. Il n’y a plus ni bien ni mal, ceux-ci étant illusoires et passagers, il s’agit d’aller au-delà. La haute initiation du serpent suggère une fusion avec cette matière du monde, se confondant avec elle, en se prenant pour Dieu. Combat qui traverse l’histoire de notre humanité.

Écoutons-nous la Parole de Dieu comme créatrice et recréatrice en Jésus-Christ, ou celle du serpent qui nous incline à fusionner avec la matière du monde en nous prenant pour Dieu ? Cette déviation rejoint les fausses gnoses du début du christianisme contre lesquelles nos Pères dans la Foi ont eu tant à combattre. Cependant cette matière du monde n’est pas mauvaise, notre vocation n’est pas de nous confondre avec elle, mais de rentrer dans une relation personnelle avec Dieu qui avec Jésus ne nous appelle plus serviteurs, mais amis.

Bertran Chaudet, diacre permanent

Oct. 2014

 

[1] D’après le Dictionnaire historique de la langue française, sous la direction d’Alain Rey, Ed Le Robert avril 2012

[2] L’homme rusé Georges Ivanovitch Gurdjieff, né dans le Caucase à une date indéterminée, est arrivé en France en 1921 entouré d’un certain nombre d’adeptes russes… Gurdjieff s’est beaucoup inspiré d’Helena Blavatsky fondatrice de la Théosophie… Pour faire court, on pourrait dire que Gurdjieff, c’est la théosophie plus les techniques d’assujettissement.… Selon Gurdjieff, « l’homme est une machine qui réagit aux stimulations » et seuls de rares individus, correctement guidés, sont capables en « travaillant » sur eux-mêmes d’acquérir une volonté propre et une âme immortelle. Jean François Revel dans son ouvrage « Mémoires, le voleur dans la maison vide » fait une analyse très intéressante des expériences auprès de Gurdjieff qu’il traite d’imposteur et d’escroc (p.152) « Ce qui m’intéresse rétrospectivement, dans ma mésaventure gurdjieffienne, c’est l’expérience que je fis sur mon propre cas de l’aptitude des hommes à se persuader de la vérité de n’importe quelle théorie, de bâtir dans leur tête un attirail justificatif de n’importe quel système, fut-ce le plus extravagant, sans que l’intelligence et la culture puissent entraver cette intoxication idéologique ». Cf Bulles n°83, 85, 89 ,92.

[3] L’Express N° 3289 du 16 au 22 juillet 2014. « Les vrais pouvoirs de la méditation. » p.28.

[4] http://www.pleine-conscience.be/ressources/articles-scientifiques/

[5] L’Express N° 3289 du 16 au 22 juillet 2014. « Les vrais pouvoirs de la méditation. » p.22.

[6] Le Monde, 26 mai 2014, http://www.lemonde.fr/sciences/article/2014/05/26/la-meditation-peut-aider-a-prevenir-le-burn-out_4426240_1650684.html

[7] CIPPAD Centre d’Information et de Prévention sur les Psychothérapies Abusives et Déviantes. Article Méditation de pleine conscience.

[8] Meditation Programs for Psychological Stress and Well-Being, Heffective Health Care Program, comparative Effectiveness Review, number 124, January 2014, Agency for Healthcare Research and Quality U.S. Department of Health and Human Services 540 Gaither Road Rockville, MD 20850 , www.ahrq.gov.

[9] L’EXPRESS N° 3289 du 16 au 22 juillet 2014. « Les vrais pouvoirs de la méditation. » p.22.

[10] http://www.talithakoum.asso.fr/

[11] Christophe André, « Méditer jour après jour » l’iconoclaste sept 2011.

[12] Ib. p.19

[13] Jean Cassien, Conférences, X, 11, Paris, Ed. du Cerf, Sources chrétiennes n°54, 1958, p.90.

[14] Ib. p.107, 108, 109.

[15] Ib.p.128.

[16] Ib.p.128.

[17] Ib.p.162.

[18] Ib.p.255.

[19] Ib.p.265.

[20] © Notre Dame du Web – tous droits réservés – juin 2014 p. 1/2 Kit Spirituel n°6

[21] LETTRE AUX ÉVÊQUES DE L’ÉGLISE CATHOLIQUE SUR QUELQUES ASPECTS DE LA MÉDITATION CHRÉTIENNE. Joseph Card. Ratzinger. Paragraphe 20

[22] Ib. P.179. Citation de Marc Aurèle, Pensées pour moi-même (6,37), cité en tête du chapitre traverser les tempêtes.

[23] Justin de Naplouse, citation tirée de Wikipedia.

[24] Christophe André, « Méditer jour après jour » l’iconoclaste sept 2011. p.180.

[25] Ib.p.191.

[26] Traduction liturgique de la Bible

[27] Christophe André, « Méditer jour après jour » l’iconoclaste sept 2011. p.201.

[28] Ib.p.210

[29] Christophe André, « Méditer jour après jour » l’iconoclaste sept 2011.p.282, 283.

[30] Ib.p.285.

[31] Voir le très intéressant petit livre de Robert Scholtus, Faut-il lâcher prise, splendeurs et misère de l’abandon spirituel. Ed Bayard, mai 2008