Dans l’occultisme par le bouddhisme

J’ai été médium et guérisseur pendant quelques années. Venant d’une tradition bouddhiste tibétaine (pas de famille), j’ai préparé mon âme par certaines pratiques occultes de la lignée tibétaine et tout naturellement je suis tombée dans l’occultisme.

J’ai vécu des attaques démoniaques, ainsi que ma famille suite à mes choix de vie. Ma conversion a été bouleversante, car c’est le Seigneur qui est venu à moi, moi simple humaine et grande pécheresse.

J’ai demandé le baptême après un long catéchuménat, très éprouvant pour moi, accompagné de beaucoup d’attaques ; j’ai dû voir un exorciste aussi.

Je n’ai cessé de dire à qui veut l’entendre que l’occultisme (la liste est longue pour sa déclinaison) abîme et casse notre liberté.

Anita.

TOUTE MA VIE J’AI CHERCHÉ UN ABSOLU. Croire que nous étions une humanité spontanée a toujours été pour moi une aberration. Je devais avoir 17 ans quand je me suis mise à lire des livres parlant de religion. (J’avais lu la Bible, mais l’Ancien Testament avait éprouvé ma recherche ; je me dis aujourd’hui que si j’avais démarré par le Nouveau Testament, j’aurai entendu l’appel).

Je tombe sur un livre parlant du bouddhisme

Je tombe sur un livre sur le bouddhisme ; waow ! Voilà une philosophie qui me semble intéressante. Je me suis plongée dedans, j’ai trouvé un groupe de méditation « bouddhisme tibétain » et j’ai pratiqué. Au début c’est la méditation qui m’intéressait beaucoup ; puis on m’a invitée à venir à des rituels bouddhistes. Au début je ne comprenais pas réellement la réalité de la chose, car très peu de pratiquants comprennent la chose.

J’ai commencé à faire des formations au sein du centre bouddhiste

Afin de comprendre cette démarche j’ai commencé à faire des formations au sein du centre bouddhiste « mère ». Les retraites étaient éprouvantes, on passe d’un échelon à un autre : pour faire telle pratique, il faut faire telle retraite. Il n’y a pas qu’une histoire d’argent (même si cela coûte assez cher) ; nous devons préparer notre cœur et esprit à cette pratique afin de pouvoir la vivre pleinement.

Je ne comprenais pas pourquoi, quand je revenais de ces retraites, je vivais des expériences spirituelles belles, mais éprouvantes. Mon esprit changeait. Je n’avais plus les mêmes perceptions qu’un « humain lambda », mes ressentis étaient très sensibles. Je me souviens une fois, après 15 jours de retraite enseignement, en rentrant chez moi, je n’avais plus la possibilité de sortir à l’extérieur et d’avoir une conversation normale ; j’étais comme ivre : ce que je voyais, touchais ou entendais me semblait plus réel ; j’avais toujours un temps d’avance sur les actions. Je sentais bien qu’il y avait une transformation, c’est bien ce que l’on demande au bouddhiste pratiquant.

J’ai développé ces « dons »

Et puis naturellement je me suis rapprochée, ou plutôt on m’a proposé tel stage (en dehors du bouddhisme) pour améliorer mes ressentis, ou rencontrer tel magnétiseur qui formait, de faire tel « soin énergétique » etc. Je plongeai carrément dedans. Évidemment, au bout d’un certain temps j’ai développé ces « dons ». Je pouvais soigner avec les mains (dans la nuit j’avais les mains en feu, je n’arrivais pas à dormir).

J’entendais des choses, on me donnait des informations sur des gens ; il suffisait que je parle à des personnes pour entendre dans ma tête des détails sur leur existence ; quand je les évoquais avec elles, elles « hallucinaient » de m’entendre de parler de leur vie.

J’utilisais le pendule ; j’avais fait un stage à ce sujet, sauf qu’au bout d’un moment je n’avais même plus besoin du pendule pour savoir ou ressentir les choses ; j’avais comme un fluide qui passait dans mes mains.

Quand je « soignais » les personnes avec les mains, là aussi j’avais l’impression de sentir l’intérieur de leur corps ; mes mains chauffaient, et elles n’avaient plus mal ou étaient soulagées. Pendant les soins, j’entendais des voix, et je disais aux personnes des choses sur leur vie, comment elles devaient la mener à présent. Je disais que j’étais en contact avec leurs défunts, et qu’ils me donnaient des messages.

J’avais beaucoup de succès ; bien évidemment j’en ai fait mon métier. Pour moi je faisais du bien. J’apportais à l’autre la joie. Nous étions un groupe de fréquentations, qui partageaient leurs expériences ; quand nous avions besoin d’un soin nous le recevions.

J’étais toute-puissante, certains me contactaient pour prendre des décisions ; plus je pratiquais sur les autres et plus mon « pouvoir » grandissait, mes « dons » s’affinaient, devenant plus précis ; j’avais même l’œil sur l’avenir (j’avais des visions).

Et puis un jour ces dons, me sont devenus des malédictions

Un soir j’étais dans mon lit à lire, ainsi que mon époux, et ma fille dans sa chambre en train de dormir. Et là j’ai ressenti qu’il y avait beaucoup de monde autour de moi ; j’étais terrifiée, car je vivais ça souvent, sentir ces défunts (qui me parlaient, qui me touchaient parfois). Mais ce soir-là, il n’y avait rien de bienveillant, il n’y avait pas de discussion ou d’information à recevoir. J’ai commencé à trembler et j’ai senti le mal. Pour une personne, dire le mal, c’est juste un mot ou une image ; mais savoir et sentir cela proche de soi, c’est inexprimable ; j’étais de plus en plus oppressée, mon mari voyait mon agitation et me demandait ce que j’avais.

Je me suis mise à hurler, et j’ai senti qu’on volait quelque chose en moi du plus profond de mon âme. Je courrais dans toute la pièce, comme une folle. Ma fille s’est mise à crier aussi en disait qu’il y avait quelque chose de méchant dans sa chambre. Ce soir-là mon mari aurait pu appeler les urgences pour dire « ma femme devient folle » ; et il ne l’a pas fait, car il n’avait pas pris conscience de la réalité de mon nouveau métier et de ma nouvelle façon de vivre (très souvent absent par son travail).

Le lendemain, j’ai appelé un médecin de mes fréquentations (un vrai médecin — il y en a beaucoup qui pratiquent aussi ces « soins » à leurs patients), lui expliquant ce que j’avais vécu. Et là, il me dit que pour des personnes comme nous, c’est fréquent de vivre ça, et qu’il fallait demander aux entités « lumineuses » de venir en aide par la prière, et m’a proposé un soin.

Malgré cela, j’ai continué comme une véritable droguée. Plus je pratiquais, plus les attaques devenaient violentes, mais on me disait (mes fréquentations) que comme je faisais du bien, alors les entités du bas astral me voulaient du mal, et qu’il fallait que je continue, car j’étais protégée par des entités « lumineuses ou angéliques ».

Les attaques

Les attaques se passaient ainsi : on me touchait violemment le corps ; j’avais l’impression que j’avais des choses dans le ventre car il y avait des spasmes particuliers ; j’avais la sensation qu’on « m’enfonçait » quelque chose dans le corps qui permettait de boire ma substance (mon énergie vitale). Bien évidemment, je ne dormais pas de la nuit.

Cela a duré pendant des années. Le jour ou j’ai commencé à prendre un « bout » de conscience de la chose, c’est le jour où ma fille qui dormait avec moi dans le lit (son papa absent), s’est relevée brusquement, m’a regardée droit dans les yeux : elle avait le visage déformé et elle me parlait dans un langage inconnu. J’ai été terrifiée. On ne s’en prenait pas qu’a moi, mais aussi à ma fille. J’en ai parlé à mes fréquentations qui m’ont dit que je ne devais pas lâcher, qu’ils vivaient ça, eux aussi, mais que nous avions une mission de bien.

Le soir, quand je me faisais attaquer, ma fille parlait systématiquement dans son sommeil. Il y avait aussi des manifestations dans notre maison : craquements, coups dans les meubles, dans les murs ; apparitions aussi… la maison des horreurs !

Mon mari ne voulait pas entendre parler de cela. Mais il avait vécu des choses, et en était terrifié. Je n’avais pas besoin de lire des livres de « Stephen King, auteur de livre de terreur », je le vivais chaque soir chez moi.

Au bout d’un moment, j’ai commencé à comprendre que je me leurrais

Et je me suis posé la question : mais de qui ai-je ce « pouvoir » ? Un jour je suis tombée sur un livre (je ne me rappelle plus le titre), cela parlait d’une personne qui était tombée dans l’occultisme par jeu, l’avait pratiqué par passion, et au bout d’un moment avait compris qu’elle devenait victime. Dans ce livre, cet auteur va rencontrer une personne pour un conseil, et cette personne lui dit : « tu trouveras des réponses dans les Évangiles ».

Ni une ni deux, je suis allée dans une boutique accolée à une église et je demande : « bonjour Madame, je voudrais les Évangiles ». Elle me tend la Bible et je lui dis : « non je veux les Évangiles ». Elle sourit et me montre dans la Bible où se trouvent les Évangiles. Pour moi la religion était une véritable aberration, donc je suis un peu secouée de devoir rentrer chez moi avec la Bible.

Je la pose sur ma table de chevet pour une lecture le soir. Ce soir-là, je n’ai pas pu lire… Une des plus grosses attaques que j’ai vécues, j’ai même failli vivre « un viol », est-ce possible ? Il y a eu toujours au fond de moi une force qui me permettait de me battre « spirituellement » contre ces choses, et je sentais que je n’allais plus avoir cette force d’ici peu.

Je comprends que la cause de mon tourment c’est le « bouquin » posé à côté de moi. Je le prends et commence à le lire. En le prenant, en lisant les premières lignes, je comprends l’importance de ce que je vais lire.

La rencontre de Jésus

C’est en lisant une parole de Jésus que j’ai senti une secousse dans mon cœur, un tremblement, ma première expérience spirituelle avec Jésus. J’ai découvert un « terma » (dans le bouddhisme, il s’agit d’un trésor spirituel caché dans le temps — au-delà de notre espace-temps, comme si le disciple avait la possibilité de sortir du temps linéaire). Et pour moi, il s’agit d’une « relation ineffable » (un amour que le langage humain ne pourrait décrire). La seule chose que j’aie pu faire à ce moment-là, c’est poser la Bible et vivre cette expérience dans le silence.

Avoir vécu ça m’a bouleversée ; mon monde, mon paradigme s’effondrait d’un coup. Je lisais chaque soir un bout, sachant que je savais que j’allais m’en prendre « plein la tête » par la suite, car je subissais des attaques très violentes.

Et puis je commençai à faire quelque chose que je n’avais jamais fait… j’ai commencé à prier. Pas en disant « oh entité lumineuse »… non ; je priais Jésus. Je savais qu’il était mon Sauveur ; plus le temps passait et plus j’en prenais conscience. Le signe, c’est que les attaques, je les vivais même dans la journée.

Un soir, à bout de forces, j’ai décidé d’essayer juste de dormir, pas de lecture, juste une petite prière à ma sauce, en priant Jésus. L’attaque arrivait, j’étais en quelque sorte au bout du rouleau. Je n’avais plus la force, ni physique ni morale non plus. Et là… une grande colonne blanche est apparue dans ma chambre. J’étais seule, j’étais terrifiée sur le coup ; je me suis dit que je ne voulais pas voir ce que c’était, et puis je me suis dit que je n’avais plus rien à perdre.

Et j’ai regardé, là, devant moi, quelque chose de lumineux, une forme humaine en prière est apparue. Je n’ai pas pu distinguer de visage, c’était magnifique, la terreur s’échappa et là, je vécus une décharge d’Amour immense. Cette apparition a disparu (cela avait bien duré 10 secondes, les plus longues de ma vie d’ailleurs), et je ne pourrais vous dire le temps qu’a duré cet état d’Amour (je ne sais comment l’exprimer)… comme si ma chambre, mon cœur, mon esprit, ma dimension était pleine de ça. Il n’y avait plus de pensée, il y avait juste l’Amour.

Mon catéchuménat

Le lendemain je me suis levée, je suis allée à l’église de mon quartier pour voir un prêtre. Après lui avoir parlé de ce que je vivais, de ma vie… de mes mauvais choix il m’a dit que seul le baptême m’aiderait.

J’ai dû voir avec ma fille un exorciste, et la présence d’un autre prêtre a été essentielle. Je me souviens de ce moment éprouvant, ce combat en moi. Je sentais qu’une fureur terrible était en moi. L’exorciste m’a demandé de prendre une chose dans la main. Je me suis retrouvée à prendre conscience en ayant cette chose dans la main que je ne pouvais la tenir, j’avais en vie de vomir, et je me suis effondrée sur ma chaise. Il m’avait expliqué qu’il s’agissait un bout de relique d’un Saint.

J’ai fait mon catéchuménat (qui a duré 3 ans pour moi, j’avais très soif). Quelques heures avant mon baptême mon tourment a été difficile. Durant la durée de ma préparation au baptême, j’ai vécu très souvent des attaques. Elles étaient bien faibles ces attaques, elles avaient moins de force, moins de puissance, car je priais beaucoup. Je savais que je n’étais pas seule, et que je ne le serais jamais plus.

Mon baptême

Les 4 étapes avant mon baptême ont été difficiles, particulièrement la séance d’exorcisme devant l’assemblée… Je pensais être « libérée » après ma séance chez l’exorciste… Eh bien non, car j’ai « dégusté » en silence à genoux devant l’autel ; en moi il eut un véritable combat, j’en tremblais. J’essayais de me contenir de peur que l’on puisse me voir vivre ça. Mes accompagnateurs savaient ce que je vivais, et ils priaient toujours pour moi.

Après le baptême, avec mon mari nous nous sommes mariés à l’église ; ma fille avait fait son baptême bien avant moi. Aujourd’hui notre famille chemine ensemble. Notre chemin c’est Jésus, notre Seigneur et notre Sauveur.

On me demande quelquefois : pourquoi les catholiques… pourquoi ne pas être allé chez les protestants. Je me suis posé la question. Cela m’a semblé tellement évident. Et puis, j’ai vécu une belle expérience spirituelle avec Marie dans la simplicité de deux mots : « je t’aime » ; et j’ai compris que Marie était essentielle dans ma foi, car je pouvais la suivre pour parvenir à Jésus.

Une autre chose pour terminer ce témoignage. Dans le monde de mes fréquentations, quand les uns et les autres ont su que je demandais le baptême, cela a fait grincer beaucoup de dents. J’imagine que beaucoup de choses ont été faites dans mon dos pour que je revienne « à la raison ».

Le jour de mon baptême, dans la paroisse, deux de mes anciennes fréquentations sont venues, un couple. Ils semblaient venir avec « amitié » ; la femme est arrivée avec une longue robe rouge sang, elle détonnait dans l’assemblée ; je savais sa signification. Après le baptême, elle s’est précipitée avec son sourire vers le prêtre pour lui dire « mon grand-père était un curé défroqué ». À ce moment-là, j’ai compris que je devais prier pour eux.

Croire que le mal est loin, c’est un leurre

Je ne suis pas totalement « guérie », je le sais bien, car j’ai encore des « relents » de mon ancienne vie… Je connais certains événements avant que cela n’arrive, je lis les pensées des autres… et encore d’autres choses… C’est toujours de manière inconsciente. Je crois qu’on essaie de me retendre la perche. Je sais qu’il me suffit d’une pensée infime pour y retomber. Aujourd’hui, je sais que la limite physique (j’aime bien parler de dimensions) est si fine qu’il est facile d’ouvrir la porte d’une dimension à une autre. Croire que le mal est loin, c’est un leurre ou une croyance pour des adultes inconscients. S’ils savaient…

En écrivant ce témoignage, je me dis que j’aurais tellement d’autres choses à dire… mais il me faudrait des centaines de pages, et j’imagine que vous avez tellement de choses à faire. Ce que je n’ai pas dit et qui est essentiel, c’est qu’à un moment donné, quand j’ai commencé à lire les Évangiles, je prenais conscience que les défunts n’étaient plus là et que comme vous le dites si bien, et que j’ai toujours dit, je me suis fait « rouler dans la farine » par des démons (le diable…).

Et je suis terrifiée de voir qu’il existe aujourd’hui dans notre société tellement de « perches » pour faire tomber l’humain entre les mains du mal. Il y a tellement de supports différents, même au sein de notre « Église » des fois. On m’a toujours demandé de venir à des groupes de prière, de louanges avec message, ou de guérison… quand j’ai entendu ça, j’en ai claqué des dents de peur. On fait entrer le démon par la grande porte de l’Église. Ça, j’ai su faire ; mais ce n’étaient pas les anges, Dieu ou les Saints qui communiquaient avec moi !!!

Prière

Permettez-moi de finir ce message par une prière, car le fait d’évoquer la chose m’a fragilisée.

Seigneur Jésus,

Éloigne-nous du mal des hommes, et du Malin.

Je te confie ma famille,

les prêtres et ceux qui sont là

pour révéler aux hommes ta présence.

Seigneur Jésus,

pardonne-nous, nous sommes si faibles

et c’est grâce à ton appel que nous avançons à ta suite.

Amen.

Yoga et méditation chrétienne. Positions et attitudes du corps en vue de la prière

La pénétration de stages inspirés du Yoga dans les Centres Spirituels chrétiens est une réalité qui pose question.

Voici par exemple le compte rendu d’un stage « Yoga, souffle, sons, couleurs », en Savoie (2011).

« Telles les douze notes chromatiques, c’est une équipe fantastique qui s’est constituée à Notre-Dame de Myans, la deuxième semaine de juillet, pour pratiquer le matin le yoga-nidra, au rythme de chacun en particulier, et découvrir, à travers les postures, les possibilités de chaque créature ! Clôturant la matinée, un temps de méditation guidée conduit vers les profondeurs de l’individualité ! Ouvrant l’après-midi, une carte de couleur choisie, révèle les différentes facettes de la personnalité ! Prolongeant, une séance sonore agrémentée de jeux, de joie et de rires, où chacun fait ce qu’il peut, pour admirablement s’en sortir ! Le tout dans l’harmonie construite jour après jour, dévoilant l’Infini de l’Éternel Présent Amour… »

> Mais nous pourrions regarder tout aussi bien dans notre Sarthe, et écouter les CD « Chemins d’oraison » proposés par une Association dans la Sarthe. On constaterait aisément une importance centrale, omniprésente, donnée à la conscience du corps, à la posture, à la respiration, à la détente, à la relaxation corporelle ; cette insistance prégnante est quasiment obsessionnelle jusqu’à saturation… Une affirmation comme celle-ci : « la présence à Dieu commence par la présence au corps » résume bien cette fixation univoque sur le ressenti de chacun des organes allant jusqu’à l’induction de sensations corporelles… « Choisir de s’appuyer sur la sensation du corps et de la respiration est un choix toujours à recommencer si l’on veut parvenir à prier de tout son être », est une autre phrase emblématique de tout le contenu. On serait tenté de discerner une vie spirituelle à l’envers : le corps chemin vers l’âme, la maîtrise du corps vecteur de la progression spirituelle…

Certaines allusions à des pratiques yogiques sont sans doute l’expression de tout un vécu de yoga sous-jacent, chez les enseignants, et qui est comme la « quille » immergée du bateau qui navigue au fil de la méditation… Le nom de Jésus est chanté à diverses reprises, soit en hébreu de façon assez harmonieuse, soit en français d’une voix grave et monocorde, évoquant dans ce deuxième cas la vibration d’un mantra. Le Seigneur Jésus est-il au centre de la démarche ? Celle-ci ressemble à une tentative de présenter un yoga « déshindouïsé » et habillé de concepts de relaxation ainsi que de vêtements chrétiens… Subtile dérive qui risque de conduire à une régression…

Le cheminement méditatif est parsemé de conseils de bon sens (assez volontaristes à l’impératif), et de spiritualité classique (l’abandon, la confiance, la simplicité). Mais une place excessive est donnée à la perception de la sensation pure, manière Vittoz, au détriment complet de la tradition carmélitaine, experte en matière d’oraison, dont on se demande vraiment où la trouver ici. Le mot « oraison » semble donc dévoyé dans ce contexte. Il nous faut donc aller plus loin dans la compréhension de spécificités propres au Yoga, et à la méditation chrétienne.

Le yoga

Compilé par F Despert, Tours, mai 2011.

L’origine du Yoga

Le yoga classique indien provient d’un texte attribué à Patanjali dont on connaît peu de chose. Il aurait vécu au Pendjab au IVe siècle avant notre ère. Ce texte est une collection de maximes écrites en sanscrit du nom de yoga-Sûtras (« aphorismes sur le yoga »). Ces courtes phrases sont difficilement compréhensibles ; elles sont mémorisées par l’étudiant, puis commentées par des spécialistes dans les ashrams. Patanjali enseignait le Râja-yoga (yoga royal). le terme yoga (litt. « joug », « attelage ») évoque la recherche de l’union entre le soi (atman) et l’Absolu (brahman).

2. Les principes du Yoga

Le yoga part de l’idée que tout est souffrance dont il faut être délivré. Cette douleur provient de la séparation d’avec l’essence (l’Absolu, le brahman) : l’ « âme » individuelle (atman) qui n’est pas différente de cet Absolu mais qui porte le poids des actes accomplis dans les existences antérieures (loi du karma) est amenée à s’incarner dans un corps vivant et souffre de cette condition déchue aspirant à retourner se fondre dans le principe universel dont elle est issue.

3. Une libération qui permet au moi de se fondre dans l’Absolu impersonnel

Cette libération est favorisée par la pratique du Hatha-yoga (technique tirée du Yoga royal). Cette pratique associe exercices physiques (Âsana) et exercices respiratoires (Prânâyâma). C’est essentiellement cette technique qui est pratiquée en occident. Selon le Dictionnaire de la sagesse orientale, le yoga « cherche à montrer la voie pratique qui mène au salut et à la délivrance par l’activité disciplinée ».

Jean Varenne (grand spécialiste de l’hindouisme et du sanskrit) commente ainsi les phases d’un cours de yoga :

« Ces différentes étapes ne se comprennent que par référence à la doctrine du corps « subtil » qui, chez chacun d’entre nous, double le corps « grossier » seul accessible aux sens. Ainsi, la tenue du souffle, ou Prânâyâma, sert-elle à permettre au prana (souffle inspiré) d’atteindre un Centre (chakra, roue) situé à la base du corps subtil. Là gît une Puissance qui, chez l’homme ordinaire, n’est que virtuelle (on la compare à un serpent femelle endormi). Réalisée par le yoga (éveillée par le souffle), cette Puissance (on l’appellera Kundalini, l’Enroulée) s’activera et, guidée par la pensée durant les exercices de méditation, montera progressivement de chakra en chakra, jusqu’au sommet du corps subtil où elle s’unira à l’âme (atman est un mot masculin) : les noces de l’atman et de la Kundalini, comparées à celles de Shiva (Siva) et de sa parèdre Pârvat, provoquent une véritable transmutation alchimique de l’individu, que l’on, qualifie dès lors de jivan-mutka (délivré-vivant). On ne pourra jamais séparer la pratique du yoga de la théologie »

à laquelle elle est liée. En quelque sorte, le hatha-yoga offre à l’hindouisme ce que les sacrements offrent au catholicisme. Ils sont les rites initiatiques et opérants de privilèges spirituels.

Ysé Tardan-Masquelier (spécialiste de l’Hindouisme à Paris IV) évoque la « sacralisation du souffle comme le symbole de l’élan vital, de la conscience lumineuse et, éventuellement, d’un don divin : à l’enseignant de savoir susciter cette dimension en conservant à chaque élève son espace de liberté ». Elle écrit par ailleurs : « Le yoga n’a jamais été conçu seulement comme une discipline de mieux-être dans la vie actuelle, mais comme un mode de transformation si radical que ses effets se répercutent sur l’après vie ».

4. Une vision philosophique fondamentalement différente de celle du Christianisme

La philosophie et la pratique du yoga sont basées sur la croyance que l’homme et Dieu ne font qu’un. Elle enseigne à se concentrer sur soi-même plutôt que sur Dieu Seul et Unique. Le Yoga encourage ses participants à rechercher les réponses aux problèmes de la vie au sein de leur propre esprit et conscience au lieu de trouver les solutions dans la Parole de Dieu par l’intermédiaire de l’Esprit Saint comme c’est le cas dans le Christianisme.

5. La pratique du Yoga est incompatible avec la foi chrétienne

Beaucoup de ceux qui pratiquent le Yoga disent : « Il n’y a aucun mal à pratiquer ces exercices, il suffit de ne pas croire dans la philosophie qu’il y a derrière ». Toutefois les promoteurs du Yoga, du Reiki, etc. affirment très clairement que la philosophie et la pratique sont inséparables. Entrer dans une pratique régulière du Yoga amène à plus ou moins consciemment entrer dans une vision de l’homme où les énergies du cosmos vont pouvoir agir en lui et lui redonner un équilibre auquel il aspire. Le Yoga prétend fournir à l’homme une technique lui permettant de retrouver sa véritable nature par l’union au Brahman, sa souffrance sa souffrance provenant de sa séparation d’avec celui-ci.

Par contre le christianisme voit comme cause de sa souffrance la rupture de l’intimité de l’homme avec Dieu en raison du péché. Ainsi l’homme est séparé de Dieu et il a besoin de réconciliation. La réponse chrétienne est Jésus-Christ « L’agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde ». Grâce à la mort de Jésus sur la Croix, Dieu a réconcilié le monde avec lui-même et il appelle l’homme à recevoir gratuitement tous les bénéfices de son salut par la foi en Jésus-Christ seul. C’est pourquoi un Chrétien ne peut, en aucun cas, accepter la philosophie et la pratique du Yoga parce que le Christianisme et le Yoga ont des points de vue qui s’excluent mutuellement. Contrairement au Yoga, le Christianisme voit la rédemption comme un cadeau gratuit qui peut seulement être reçu et ne jamais être gagné ou atteint par ses propres efforts ou œuvres. Jésus est le Chemin, La Vérité et la Vie et seule la Vérité peut nous rendre libres.

Peut-on dissocier le Yoga de sa visée spirituelle ?

1. Extrait du livre du Père J.M. Verlinde : l’expérience interdite, p 138 :

«- Vous semblez affirmer que l’on ne peut séparer les techniques du yoga de l’horizon hindouiste auxquelles elles appartiennent.  – C’est exact. Je me souviens du sourire amusé du gourou devant les motivations invoquées par les Occidentaux pour pratiquer le yoga : relaxation, détente, maîtrise, etc. Il répondait en substance : « Vous êtes étonnants : vous pratiquez ces techniques sacrées pour des effets périphériques auxquels nous n’attachons aucune importance, et ne portez qu’une moindre attention aux transformations profondes qu’elles induisent en vous !… » et il haussait les épaules d’un air de dire : Qu’à cela ne tienne, votre ignorance ou votre manque d’intérêt pour ces effets profonds n’empêchent pas les techniques de produire en vous ce pour quoi elle sont conçues… »  

2. Extraits du livre de Jean Déchanet, moine bénédictin, Le yoga en dix leçons :

« Il faut savoir que le Yoga, les postures, mais surtout les exercices de respiration contrôlée développent mécaniquement une grande énergie. Et je vais vous étonner en affirmant bien haut ici qu’en ce sens il est dangereux… » et plus loin … «couper le Yoga de sa visée spirituelle, c’est renier ses origines religieuses ; c’est surtout courir le risque, le gros risque de retourner contre soi les énergies qu’il doit libérer ».

J. Déchanet cite S. Yesudian, lui aussi un grand nom du yoga : « Tous les exercices yogiques, que nous le voulions ou non, tendent à éveiller ces centres nerveux (chakras) et à nous mettre en possession de facultés généralement insoupçonnées… » « Qu’un yogi chrétien se découvre un jour plus intuitif, plus clairvoyant… et même qu’il expérimente, en passant, quelque pouvoir paranormal (j’ai noté pour ma part, de curieux, très curieux pressentiments, des espèces de prémonitions), il n’y a là rien qui soit de nature à inquiéter. Qu’il se complaise dans ces « effets » ou ces « à-côtés » du yoga, qu’il les désire intensément, et qu’il en fasse comme le but de ses pratiques, c’est autre chose. Viciée dans sa racine, sa visée ne peut aboutir qu’au plus vil désenchantement ».

3. L’expression « Yoga chrétien » n’est-elle pas contradictoire ?

En orient, le Karma, l’enchaînement des vies, la réincarnation, est vécue comme une sorte de malédiction. Le yoga, par l’exercice de postures et la maîtrise du souffle, permet d’en sortir. Il fait parvenir à des états modifiés de conscience, et au « plongeon » dans l’énergie cosmique. Autrement dit, par une technique longuement mise en œuvre, on se fait « sauter » dans l’Un… C’est une sorte d’échappatoire à la force du poignet.

Rien à voir avec l’accueil de la miséricorde du Père obtenue par l’acte rédempteur de Jésus (sa mort sur la croix, sa résurrection, et le don de l’Esprit Saint), qui me fait entrer dans la vie éternelle dès maintenant et la promesse de la résurrection dans la gloire divine.

Aucun besoin de postures, ni de maîtrise du souffle, pour prier chrétiennement : il s’agit de laisser l’Esprit de Dieu nous entraîner à une communion de cœur avec Jésus et avec son Père. Rien à voir avec « faire le vide ». Ni avec l’ouverture des chakras ou la montée de la kundalini…

La grande tradition mystique de l’Église, représentée au premier plan par les grands maîtres du Carmel, Saint Jean de la Croix, Sainte Thérèse d’Avila, mais aussi Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, nous propose de « faire oraison », d’entrer dans la « contemplation »… Ils ont déjà balisé le cheminement : voir la « Montée du Carmel » de Jean de la Croix, et le « Château Intérieur » de Thérèse d’Avila… Voyez par exemple le site http://www.carmel.asso.fr/

Chercher à s’appuyer d’abord sur la sensation du corps et la respiration, fait dériver, imperceptiblement, vers une vie spirituelle à l’envers : le corps chemin vers l’âme, la maîtrise du corps vecteur de la progression spirituelle… ! Le résultat est périlleux ; le Christ Jésus, de la place centrale qu’il occupe dans la perspective chrétienne, devient généralement tout-à-fait marginal, au profit de la réalisation de soi…

4. Le yoga peut-il aider à prier ? L’avis du Père Joseph-Marie Verlinde Famille Chrétienne 1249 — 22/12/2001

Yoga, méditation transcendantale, zen — les techniques de méditation orientales sont très séduisantes. Elles constituent de puissants moyens de nous retirer du monde extérieur, désinvolte et changeant, pour nous recentrer sur notre intériorité, dont nous avons tous la nostalgie. Je le sais pour les avoir moi-même pratiquées pendant plusieurs années.

Au départ, la démarche est la même que dans la prière chrétienne : il y a une volonté de rompre avec une vie superficielle, dispersée, très décevante, pour rentrer en soi. Dans les deux cas, il y a une grande soif d’Absolu.

Mais dès le début de ce chemin intérieur, les routes divergent : dans les techniques orientales, il s’agit de rentrer de plus en plus en soi, par ses propres forces, jusqu’à atteindre une sorte de fusion dans le Tout, une sensation d’exister très intense ; dans cette expérience, il n’y a aucune place pour l’autre : je suis de plus en plus centré sur moi et sur moi seul.

Tout au contraire, la prière chrétienne est rencontre de l’Autre, de Dieu qui vient vers moi. Je rentre en moi-même, mais c’est pour me disposer à y recevoir ce que le Seigneur veut me donner.

C’est toute la différence entre une mystique naturelle, qui ne s’appuie que sur des moyens naturels et me laisse seul avec moi-même, et une mystique surnaturelle, qui me tourne vers Dieu, un Dieu personnel qui se donne à moi dans un dialogue d’amour. Dans les techniques orientales, c’est moi qui suis le maître de ma vie intérieure ; dans la prière chrétienne, c’est Dieu : j’accepte de m’en remettre à Lui et de Le laisser me conduire jusqu’à Lui.

De plus, les techniques orientales visent à une dissolution du moi dans le grand Tout, alors que la relation avec le Christ respecte mon altérité : la prière chrétienne est une communion, pas une fusion.

Bien sûr les techniques qui relèvent d’une mystique naturelle — telles que les techniques de méditation orientales — peuvent conduire à des expériences très fortes… mais cela n’a rien à voir avec la paix surnaturelle de l’Esprit Saint.

Le risque est grand de confondre la sérénité produite par certains exercices respiratoires, certaines postures, avec la présence authentique de l’Esprit Saint.

Les méthodes psychophysiques et corporelles dans la prière

1. Extrait de « Quelques aspects 
de la méditation chrétienne », lettre de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, 1989.

La posture du corps. 26. L’expérience humaine démontre que la position et l’attitude du corps ne sont pas sans influence sur le recueillement et la disposition de l’esprit. C’est là une donnée à laquelle certains auteurs spirituels de l’Orient et de l’Occident chrétien ont prêté attention. Ces auteurs spirituels ont adopté les éléments qui facilitent le recueillement dans la prière, reconnaissant en même temps aussi leur valeur relative : ceux-ci sont utiles s’ils sont reformulés en vue du but de la prière chrétienne. Ainsi, par exemple, le jeûne possède avant tout, dans le christianisme, la signification d’un exercice de pénitence et de sacrifice ; mais déjà chez les Pères, il avait aussi pour fin de rendre l’homme plus disponible à la rencontre avec Dieu, et le chrétien plus capable de se dominer et en même temps plus attentif à ceux qui sont dans le besoin.

Dans la prière, c’est l’homme tout entier qui doit entrer en relation avec Dieu, et donc son corps aussi doit prendre la position la mieux adaptée au recueillement. Cette position peut exprimer d’une manière symbolique la prière elle-même, variant selon les cultures et la sensibilité personnelle. Dans certaines zones, les chrétiens acquièrent aujourd’hui une conscience plus grande du fait que l’attitude du corps peut favoriser la prière.

Le symbolisme psychophysique. 27. La méditation chrétienne de l’Orient a valorisé le symbolisme psychophysique, souvent absent de la prière de l’Occident. Il peut aller d’une attitude corporelle déterminée jusqu’aux fonctions vitales, comme la respiration et le battement cardiaque. Ainsi l’exercice de la  » prière de Jésus « , qui s’adapte au rythme respiratoire naturel, peut, au moins pour un certain temps, être d’une aide réelle à beaucoup.

D’autre part, les mêmes maîtres orientaux ont aussi constaté que tous ne sont pas également aptes à utiliser ce symbolisme, parce que tous ne sont pas en mesure de passer du signe matériel à la réalité spirituelle recherchée. Compris d’une manière inadéquate et incorrecte, le symbolisme peut même devenir une idole, et par conséquent un obstacle à l’élévation de l’esprit vers Dieu. Vivre dans le cadre de la prière toute la réalité de son propre corps comme symbole est encore plus difficile : cela peut dégénérer dans un culte du corps, et porter à identifier subrepticement toutes ses sensations avec des expériences spirituelles.

Ne pas confondre le bien-être psychologique et spirituel avec l’œuvre de l’Esprit Saint. 28. Certains exercices physiques produisent automatiquement des sensations de quiétude et de détente, des sentiments gratifiants, voire même des phénomènes de lumière et de chaleur qui ressemblent à un bien-être spirituel. Les prendre pour d’authentiques consolations de l’Esprit-Saint serait une manière totalement erronée de concevoir le cheminement spirituel. Leur attribuer des significations symboliques typiques de l’expérience mystique, alors que l’attitude morale de l’intéressé ne lui correspond pas, représenterait une sorte de schizophrénie mentale, pouvant même conduire à des troubles psychiques et parfois à des aberrations morales. Cela n’empêche pas que d’authentiques pratiques de méditation provenant de l’Orient chrétien et des grandes religions non chrétiennes, qui attirent l’homme d’aujourd’hui divisé et désorienté, puissent constituer un moyen adapté pour aider celui qui prie à se tenir devant Dieu dans une attitude de détente intérieure, même au milieu des sollicitations extérieures.

Il faut toutefois rappeler que l’union habituelle à Dieu, à savoir cette attitude de vigilance intérieure et d’invocation de l’aide divine que le Nouveau Testament nomme la prière continuelle, ne s’interrompt pas nécessairement lorsque l’on s’adonne aussi, selon la volonté de Dieu, au travail et au soin du prochain.  » Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez et quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu « , nous dit l’Apôtre (1 Co 10, 31). En effet, comme le soutiennent les grands maîtres spirituels, la prière authentique réveille en ceux qui prient une ardente charité, qui les pousse à collaborer à la mission de l’Église et au service de leurs frères, pour la plus grande gloire de Dieu.

Faire le vide ? 19. Il convient d’interpréter correctement l’enseignement des maîtres qui recommandent de  » vider  » l’esprit de toute représentation sensible et de tout concept, en maintenant toutefois une aimante attention à Dieu, de sorte qu’il y ait en celui qui prie un vide qui peut alors être rempli par la richesse divine. Le vide dont Dieu a besoin est celui du renoncement au propre égoïsme, pas nécessairement celui du renoncement aux réalités créées qu’il nous a données et au milieu desquelles il nous a placés. Il n’y a pas de doute que dans la prière, on doive se concentrer entièrement sur Dieu et exclure le plus possible les choses du monde qui enchaînent notre égoïsme.

Saint Augustin est sur ce point un maître insigne : si tu veux trouver Dieu, dit-il, abandonne le monde extérieur et rentre en toi-même. Toutefois, poursuit-il, ne demeure pas en toi-même, mais surpasse-toi, car tu n’es pas Dieu : Lui est plus profond et plus grand que toi. « Je cherche sa substance dans mon âme, et je ne la trouve pas ; j’ai toutefois médité sur la recherche de Dieu et, tendu vers lui, à travers les choses créées, j’ai cherché à connaître les perfections invisibles de Dieu ». Demeurer en soi-même : voilà le vrai danger. Le grand Docteur de l’Église recommande de se concentrer en soi-même, mais aussi de transcender le moi qui n’est pas Dieu, mais une créature. Car Dieu est bien en nous et avec nous, mais il nous transcende dans son mystère.

2. Le « dieu intérieur » et la « theosis » Extrait de « Jésus-Christ Porteur d’eau vive »,

réflexion chrétienne sur le Nouvel Age, publié en 2003 par le Conseil Pontifical pour la Culture, et le Conseil Pontifical pour le dialogue interreligieux.

3.5. Il s’agit d’un point fondamental opposant le Nouvel Âge au christianisme. Nombre d’ouvrages Nouvel Âge expriment la conviction qu’il n’y a pas d’être divin « là dehors », ou du moins que celui- ci ne se distingue pas vraiment du reste de la réalité. Depuis l’époque de Jung, il y a toujours eu un mouvement professant la croyance dans « le dieu intérieur ». Notre problème, dans l’optique du Nouvel Âge, est que nous sommes incapables de reconnaître notre propre divinité, une incapacité qui peut être surmontée avec l’aide d’un guide spirituel ou au moyen d’une série de techniques destinées à libérer notre potentiel caché (divin).

L’idée fondamentale est que ‘Dieu’ est présent au fin fond de nous-mêmes. Nous sommes des dieux, et nous pouvons découvrir le pouvoir illimité qui est en nous en éliminant une à une les couches d’inauthenticité. Plus ce potentiel est reconnu, mieux il est réalisé, et en ce sens le Nouvel Âge a une conception bien à lui de la theosis ou divinisation, qui consiste à reconnaître et à accepter notre nature divine. Pour certains, nous vivons « une époque où notre compréhension de Dieu doit être intériorisée : du Dieu Tout-Puissant et extérieur au Dieu comme force dynamique et créative au cœur même de tout être : Dieu comme Esprit ».

Dans la préface du livre V de l’Adversus Hæreses, saint Irénée nous parle de « Jésus-Christ qui, à cause de son surabondant amour, est devenu ce que nous sommes afin de faire de nous ce qu’il est ». Telle est la conception chrétienne de la theosis ou divinisation, qui ne saurait être l’aboutissement de nos seuls efforts, mais requiert l’intervention de la grâce de Dieu qui opère dans et à travers nous. Cela demande nécessairement de notre part une prise de conscience initiale de notre incomplétude et de notre péché, qui est tout l’opposé de l’exaltation du moi. Qui plus est, cela nous ouvre la voie à la participation à la vie trinitaire, un cas parfait de distinction au cœur de l’unité: plus qu’une fusion, c’est une synergie. Tout cela est le fruit d’une rencontre personnelle, l’offre d’une vie entièrement nouvelle. La vie en Jésus-Christ n’est pas si personnelle et privée qu’elle se limite au domaine de la conscience. Elle n’est pas non plus uniquement un nouveau niveau de conscience. Elle est une transformation de notre corps et de notre âme par la participation à la vie sacramentelle de l’Église.

Neuf manières de prier avec son corps à la manière de saint Dominique

Entretien avec Sœur Catherine Aubin, o.p. (16 mars 2005, ZENIT. org), religieuse dominicaine, auteur d’un ouvrage intitulé « Prier avec son corps à la manière de saint Dominique » (Editions du Cerf, Paris, en 2005)

Licenciée en psychologie et docteur en théologie, sœur Catherine Aubin est entrée chez les sœurs dominicaines en 1984. Après cinq années de vie et de ministère dans la communauté saint Leu-Saint Gilles, rue saint Denis à Paris, et des études de théologie, elle est actuellement professeur de théologie sacramentaire et de théologie spirituelle à l’institut pontifical Regina Mundi, à l’institut de théologie de la Vie Consacrée Claretianum et à l’université pontificale saint Thomas d’Aquin Angelicum à Rome.

Comment est née l’idée d’un tel ouvrage ?

Pendant 10 ans, j’ai vécu rue saint Denis à Paris où notre communauté de sœurs dominicaines étaient implantée. Et là j’ai rencontré des personnes en quête d’unité intérieure et de paix qui pratiquaient des techniques ou des exercices corporels tels que le zen, la méditation transcendantale ou autres. De mon côté je découvrais comme jeune religieuse la spiritualité dominicaine et je venais d’avoir « un vrai coup de foudre » pour les 9 manières corporelles de prier de saint Dominique. La rencontre de ces événements a donné naissance à ce livre dont un des messages est justement de dire à ceux qui pratiquent des techniques : « nous aussi dans la tradition catholique, nous avons une pédagogie de la prière avec le corps qui peut vous combler dans votre recherche ».

Qu’est-ce que vous entendez exactement par « prier avec son corps » ?

Quand on aime, on le manifeste avec des gestes, salutations, sourires etc. Il en est de même pour la prière. Devant moi, en moi, je suis habitée par une Présence celle du Christ vivant, alors comment vais-je lui montrer mon attachement sinon par des attitudes. Dans ce livre le maître est saint Dominique, en effet sa prière était tellement fascinante que ses premiers frères ont transcris ce qu’il disait et ce qu’il faisait avec neuf images qui le représente en train de prier. Chaque attitude corporelle correspond à une attitude spirituelle et permet à celle-ci de se déployer : les gestes donnent figure à ce qui est caché et illustrent les mouvements du cœur. Par exemple au geste de l’inclination correspond l’humilité, à l’agenouillement la confiance.

Pouvez-vous nous expliquer quelles sont ces neuf manières de prier ?

La première manière de prier est l’inclination, saint Dominique s’humilie devant l’autel où le Christ est vivant sur la croix et de son côté jaillit du sang pour dire qu’Il nous communique sa vie. Toutes les images se passent devant ce Christ. La disposition intérieure de Dominique est l’humilité du cœur.

La seconde manière est la prosternation, Dominique est allongé de tout son long sur le sol et il pleure, il vit intérieurement la componction du cœur, son cœur est transpercé par la conscience de son péché.

Dans la troisième manière de prier Dominique se donne la discipline à genoux, son désir est d’être conforme au Christ dans sa Passion.

Pour la quatrième manière de prier, saint Dominique s’agenouille et se relève et survient en son cœur une grande confiance en la miséricorde de Dieu pour lui, ses frères et les pécheurs.

Pour ces quatre premières manières de prier, le corps de Dominique est dirigé vers le sol, dans la première manière son dos est dirigé vers le bas et son regard est tourné vers le sol, dans la deuxième son corps est sur le sol, dans la troisième et quatrième ce sont ses genoux qui touchent la terre. Or la terre est le lieu d’où nous venons, c’est le lieu des origines, lieu de nos limites. Les quatre dispositions spirituelles correspondantes, l’humilité, la componction du cœur, la discipline, la confiance, sont des dispositions spirituelles qui reconnaissent une dépendance et la primauté envers Dieu. On peut regrouper ces quatre premières manières de prier autour d’une attitude : l’accueil, accueil de sa condition de créature devant Dieu, accueil de Dieu comme Créateur et Sauveur, accueil de ses limites devant Celui qui est infini.

Pour la cinquième manière, le saint s’est dressé et levé sans s’appuyer à quoi que ce soit, à la manière d’un prophète ou de Jésus lui-même. Son attitude est celle de la résurrection, il est debout dans son corps et dans son cœur. Ses bras et ses mains manifestent l’écoute de la parole. Progressivement il se tait pour écouter et se laisser saisir par Celui qui lui parle à travers les Écritures.

Puis ses bras s’ouvrent majestueusement dans la sixième manière, pour embrasser et imiter son Ami qui a donné sa vie pour lui sur la Croix. Son geste des bras en croix, signifie la Vie donnée par le Christ et la Vie reçue par le saint. Geste du crucifié-ressuscité qui donne à saint Dominique de redonner vie au jeune garçon tombé de cheval et aux pèlerins anglais.

Il continue son mouvement des bras dans la septième manière en les étendant fortement vers le ciel, les mains jointes ou légèrement ouvertes en forme de coupe pour recevoir quelque chose du ciel. La tension de tout son être montre son désir d’être avec Celui qui est au ciel et avec nous chaque jour. Son corps comme son cœur témoignent de sa supplication qui monte, qui jaillit comme une flèche : il connaît Celui à qui il s’adresse et sait que sa prière sera exaucée car elle correspond à celle du Christ : la promesse de nous envoyer l’Esprit Saint.

Trois positions debout, trois attitudes intérieures de présence. Saint Dominique est présent à Celui qui est présent en Lui. Il nous est montré attentif, éveillé, concentré, recueilli, élancé. C’est le moment de la rencontre avec Dieu dans un dialogue face à face. Ces trois manières de prier forment un tout autour d’une attitude ; celle de la rencontre avec Dieu, du face à face avec l’Ami : face à face, debout, redressé ; face à face pour un dialogue d’amitié ; face à face pour être enraciné dans son unicité.

Dans la huitième manière de prier, saint Dominique est assis à une table et lit et écoute ce que le Seigneur lui dit à travers sa parole, et dans la dernière manière de prière on voit saint Dominique avec un compagnon partir en voyage sur les chemins pour aller transmettre ce qu’il a contemplé. Saint Dominique illustre ainsi l’amitié de Jésus avec ses proches. Une amitié où non seulement on prend le temps de s’asseoir ensemble, mais aussi de marcher sur les routes pour la partager. Ces deux dernières manières sont ordonnées autour du don : don de Dieu dans sa Parole et dans sa Vie, don de Dieu qui entraîne à donner et à se donner.

Les neuf manières de prier se divisent donc en trois étapes : l’accueil, la rencontre, le don. Elles nous font entrer dans un chemin de salut pour être guéris de la dévalorisation sur nous-mêmes et entendre le Seigneur nous dire : Je te reçois comme tu es ; Tu es mon ami ; sois fécond, donne du fruit. […]

Quels enseignements pouvons nous tirer de cette forme de prière ?

Je répondrai par un exemple celui de Madeleine Delbrel : lorsque Madeleine Delbrel se retrouve terrassée par une conversion qu’elle qualifie de « violente », elle choisit ce qui lui paraissait le mieux traduire son changement de perspective : elle décida de prier. « Dès la première fois je priai à genoux par crainte, encore, de l’idéalisme. Je l’ai fait ce jour là et beaucoup d’autres jours… En priant j’ai cru que Dieu me trouvait et qu’il est la vérité vivante, et qu’on peut l’aimer comme on aime une personne ». Pour prier, Madeleine Delbrel éprouva le besoin de s’agenouiller, comme si elle inscrivait dans son corps le cri de son âme. Elle remit à Dieu ce jour là sa force et lui présenta sa faiblesse, dans un mouvement de confiance. Prier avec tout son corps c’est aimer avec tout son cœur.

Réflexion finale

« Les différentes méthodes de méditation orientale visent à se centrer sur soi-même, à rechercher son « moi ». La méditation chrétienne est une rencontre avec un autre. Le chrétien croit que le secret de l’humanité a un nom, et que celui-ci a été révélé par le Christ.

La méditation chrétienne, et c’est là une seconde différence fondamentale, ne cherche pas l’élévation personnelle. En effet, elle se concentre sur l’environnement, sur le prochain, sur le quotidien. A l’opposé, la méditation centrée sur soi-même peut se révéler dangereuse, parce qu’elle nous abandonne, livrés à nous-mêmes.

Au centre de la méditation chrétienne, on trouve le Christ. Ce choix n’est pas arbitraire. Dépasser ses limites est l’espérance d’un grand nombre de personnes qui souffrent des limites de leur « petite » existence. Pourtant, il est impossible de franchir les obstacles qui nous séparent de Dieu. Ces derniers ne peuvent être surmontés que par Dieu lui-même. C’est la raison pour laquelle la méditation chrétienne recherche la présence de Dieu dans notre monde en Jésus-Christ.

Par conséquent, la méditation chrétienne cherche à concrétiser l’inspiration en actions. Se retirer dans le recueillement et s’engager dans la société sont comme les deux phases de la respiration, l’inspiration et l’expiration. Tout ce qui est réellement nouveau naît dans le recueillement et se concrétise par l’amour. C’est là la dynamique du recueillement.

La méditation chrétienne contient encore une autre dimension. L’exercice de la vue, de l’écoute et de l’action par la prière méditative, le dialogue avec Dieu et l’écoute de sa Parole, conduisent à la présence du Christ. La grâce qui nous touche nous permet d’être prêts intérieurement à recevoir le cadeau de son Esprit : Christ en nous, nous en Christ. »

(Jörg Gutzwiller, pasteur (Suisse). Tiré d’un article paru pour la première fois dans le journal « Der Bund » sous le titre « Le recueillement dynamique »).
Réflexion annexe : méditer ou prier ?

Les deux dispositions mentales ont en commun une volonté de rompre avec l’environnement, de suspendre l’action. Elles voudraient cesser de faire pour être. Elles voudraient aussi entendre ce qui ne parle pas, voir ce qui ne se montre pas. Car sans s’être concertées, elles le savent : non loin de soi, sous le chahut de la pensée, il y a ce murmure indicible, cette ombre projetée de ce qui échappe, la fascinante énigme…

La parenté n’est pourtant que de surface : quand la méditation cherche dans l’« ici et maintenant » la plénitude de l’instant, la prière regarde d’avant en arrière. Elle fait place au passé — regret ou remords — mais aussi, et peut-être surtout, au futur qui, pour elle, est Espérance. Quand la méditation tend vers l’immobile et le vide, la prière cherche ailleurs, plus loin, au-delà. Elle est un saut hors de soi-même, un élan prodigieux vers l’invisible et l’inouï. L’une s’affranchit des mots, l’autre s’incarne dans le verbe. La première se vit à travers les sensations éprouvées, la seconde prend forme dans la parole adressée. Car elle n’en doute pas : un Autre existe, plus près ou plus loin, plus bas ou plus haut. Un Autre existe, à portée de soi.

« Je me recentre, dirait le méditant. Je ne raisonne plus. Je ne veux plus. J’ouvre très grand les yeux. Du balcon de moi-même, j’observe, je me regarde être. Je me rends présent à ce que j’éprouve. Je me rejoins, je me perds, je me retrouve. À mesure que j’immerge, j’élargis mon espace… Je tends vers la conscience. Là où je vais, je suis. » « Je me recueille, dirait l’orante. Je me détourne de moi-même. Je baisse les paupières. Je consens au mystère. La brèche s’ouvre et je la reconnais. Ce qui s’en échappe, ce qui me tourmente ou me trouble, j’ai besoin de le confier. Je vais vers Toi dont j’ignore tout. Je cherche ton visage, je guette ton regard ou quelques messages qui pourraient s’en échapper. Je tends vers la connaissance. Là où je cherche, tu es. »

Cousines par l’esprit, ces deux approches vagabondent à travers les souffles. Elles rôdent aux confins de la Transcendance, mais, quand l’une, pensant pouvoir se passer de Dieu, s’arrête au seuil et s’en tient à une apesanteur profane, l’autre, plus téméraire, consent à se laisser soulever, enrôler, mener plus loin, vers la divine présence.

Extrait d’un article de CATHERINE TERNYNCK, Psychanalyste, département d’éthique de l’Université catholique de Lille, dans le journal La Croix du 30 décembre 2013.

P. Dominique Auzenet, formation pncds72, 15 janv. 2014.