Les rallyes

Pour un discernement radical

Il y a des sujets qui semblent soigneusement évités. Des évidences qu’il n’est pas permis de questionner… Par exemple, dès que l’on aborde le sujet des rallyes, avec le regard de l’expérience, c’est une levée de boucliers au premier mot prononcé : interdit d’en parler ! Voilà qui est intéressant : c’est donc bien là qu’est le problème. En appuyant « là », ça fait mal. Ce n’est pas le but, de faire mal, mais il faut justement remédier au mal. Ce mal ressemble à une muraille. Une muraille de vernis qui empêche toute conversion, tant qu’elle n’est pas au moins fissurée. Comme à Jéricho, il faut en faire le tour et sonner de la trompette, c’est-à-dire en parler. Parlons-en, discernons ensemble.

Contenu

Qu'est-ce qu'un rallye ? De son fondement — a. du critère du "milieu" — b. que signifie "chevaleresque" ? Qui est noble ? — c. de la conservation ou de la conquête

On juge l'abri à ses fruits : la mondanité, fille des rallyes — Qu'est-ce qu'un "mondain" ? — Les faits de la mondanité selon sainte Catherine de Sienne — De la tartufferie...  des relations — Les relations garçons-filles — Du bobo-libéral au tradi-pêchu.

Quelques questions et prétextes souvent posés —  Mais il y a de bon "rallyes" !  — La solution n'est-elle pas de compléter les rallyes par le scoutisme ? — Des excuses pittoresques.

Pour conclure : du courage.

1. Qu’est-ce qu’un « rallye » ? De son fondement

C’est l’organisation, par les parents, de rencontres de jeunes gens de « bonnes familles » afin de transmettre les manières mondaines et l’art de la danse (rockvalse…) dans le but de favoriser des rencontres entre jeunes-gens et jeunes-filles. Le terme de « rallye » rappelle la chasse-à-courre : le gibier y est juste différent.

Cette pratique est assez récente. Si Napoléon, dans sa vision bourgeoise de la noblesse avait déjà encanaillé cette dernière par ces pratiques mondaines, c’est après la 1ère guerre mondiale que le phénomène se constitue. La société étant saccagée par la guerre, des moyens sont pris pour « sauver le milieu ». Dans les années 50, la notion de « milieu » trouve un regain d’intérêt. Dans la crainte de voir leurs enfants se corrompre au contact d’une société déstabilisée moralement, des parents mettent en place les rallyes, afin d’y perpétuer les bonnes manières de la courtoisie. L’autre objectif visé est de permettre à des jeunes gens issus du même milieu social – (aristocrates et bourgeois, unis depuis la Révolution) – de se rencontrer afin, si possible, de se marier et de fonder des familles issues d’un même cercle étroit. C’est le culte de l’entre soi.

Aucune vertu n’y est requise ni encore moins transmise, toute la valeur d’une personne étant d’appartenir à tel microcosme, que le rallye se charge de réunir. Les mœurs, cette attitude plus profonde encore que la « morale » y sont confondues avec ce qui est plus superficiel que la morale : « les bonnes manières ». C’est-à-dire un simple code extérieur. Autant dire que la dignité de la personne n’y tient à rien. Cette réduction à « rien » est constitutive du principe du rallye mondain, sans quoi il n’existerait pas. C’est ce qu’il convient de démontrer.

a. du critère du « milieu »

Dans la tradition chrétienne, le titre de la noblesse, pour être héréditaire, ne dit rien de la noblesse d’une personne. La notion de milieu n’existe pas. La noblesse n’est pas un milieu, lequel sépare les groupes de personnes selon des cloisons étanches. Le milieu du noble, c’est le peuple. On nait donc dans un état social, pour une fonction sociale qui oblige d’autant plus envers les autres que cet état est « élevé ». De telle sorte, en effet, qu’un état de noblesse obligeait à une noblesse d’âme, la seule qui ait un prix réel. La noblesse d’âme pouvant naître en chaque état social, c’est elle qui était le critère permettant des liens entre plusieurs personnes. La décadence arrivait à chaque fois que ce principe n’était pas respecté. Ceci vaut comme un principe de discernement.

Lequel principe de discernement fut jadis ainsi éclairé :

Une erreur est celle qui nous fait croire nobles à cause de la noblesse d’autrui. On n’est pas sage de la sagesse de son père (…); aussi n’est-on pas noble de la noblesse de ses parents, si on a dégénéré. Le livre de la Sagesse dit « Personne d’entre vous n’a été déshonoré avant sa naissance, ce qui a été avant nous ne peut nous être imputé, c’est le cœur qui rend noble. »

            Une autre erreur est celle de ceux qui croient qu’on est noble, parce qu’on sort d’une race noble. On peut démontrer la fausseté de cette prétention de plusieurs manières. (…) Si on considère l’origine des hommes, on voit que tous viennent d’un seul, en sorte que sous ce rapport, ils sont tous également nobles. (…) Si on veut remonter à la cause originelle créée, on trouve que nous avons le même père et la même mère, c’est-à-dire Adam et Ève. Nous sommes donc tous également nobles, ou tous de basse naissance. (…) Saint Augustin a dit : « Remontons à Adam et Ève, et nous verrons que nous sommes tous frères. » (…) Nous ne sommes pas plus nobles les uns que les autres (…). C’est une erreur que de penser qu’on est noble à cause du sang de ses ancêtres. (…)[1]

C’est donc une erreur de croire « préserver » de jeunes gens en les enfermant dans leur milieu car c’est là le plus sûr moyen de pervertir ce en vue de quoi ils sont nés, et leurs âmes tout simplement. Chers parents, tel n’est pas votre rôle.

b. que signifie « chevaleresque » ? qui est noble ?

Un petit détour par le XIIIème siècle vaut encore la peine. Voici ce que l’on peut encore lire dans le traité sur « L’éducation des princes » attribué à saint Thomas d’Aquin :

            « La véritable noblesse de sentiment se fonde sur ce principe : « il n’y a de noblesse que celle qui forme les mœurs par l’élévation de l’âme. » Un prince vraiment noble doit être exempt de bassesses et d’une honteuse servitude ; il ne doit pas se laisser dominer par aucun sentiment bas et grossier ; il doit avoir horreur tout ce qui est vil et honteux ; il doit être généreux dans ses largesses, prompt à distribuer ses dons, clément et bon envers ceux qui se soumettent, sévère pour les rebelles ; dédaigneux des petites choses, aspirant toujours aux grandes; attaquant les difficultés sans crainte et conduisant ses entreprises avec courage et persévérance jusqu’à ce qu’il ait obtenu la fin qu’il se propose. (…) L’homme véritablement noble donne généreusement, à l’exemple de Dieu qui est très noble et très libéral. Et sa libéralité est telle, que non seulement Il donne ses biens, mais encore Il se donne Lui-même, et qu’Il les communique non seulement à ses serviteurs, mais encore à ses ennemis. Car « Il fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants et fait pleuvoir sur les justes et sur les pécheurs. » (Mt 5, 45) (…) Et de même que la libéralité est un signe de noblesse, de même la rapacité est un signe de bassesse. En sorte que plusieurs qui passent pour nobles sont très vils, parce qu’ils dépouillent les pauvres. (…) « quelle est la plus grande noblesse? » demanda-t-on à maître Alain. – Ce qu’il y a de plus noble, répondit-il, c’est de donner.» [2]

Ce sont là énumérées les vertus chevaleresques. « Par chevaliers, on entend, non des nobles batteurs d’estrade ou des guerroyeurs, mais des hommes d’honneur et de dévouement, façonnés comme tels par le christianisme. »[3] Du point de vue féminin, pour « chevaleresque, « généreuse » donne parfaitement le sens masculin, dont la force et l’honneur est dans le don de soi.

Et encore : « L’esprit de la Chevalerie est surtout la consécration de toute la vie à la protection des opprimés, le sacrifice de tout son être à la défense de la justice, (…) elle est le sacrifice à l’état d’institution. » « Est chevalier (…) qui donne à ses frères son âme et sa vie, qui place l’honneur au-dessus de tous les biens de ce monde, qui aime les petits et les faibles. »[4]

Être noble, ou chevaleresque, est enfin inséparable, dans la culture chrétienne, de la foi liée à la sainteté, laquelle découle de l’Évangile : Ce n’est pas par hasard que sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus avait une dévotion particulière pour sainte Jeanne d’Arc en qui elle admirait l’esprit chevaleresque. Esprit dont le ressort est dans l’enseignement évangélique : « Que le plus grand parmi vous soit comme le plus jeune, et celui qui gouverne soit comme celui qui sert. » (Lc 22, 26)[5]

Ces quelques considérations positives devraient suffire par elles-mêmes. Mais la certitude pour certains de se croire « arrivés » en raison de leur milieu demande encore des éclaircissements.

c. de la conservation ou de la conquête

« Appelés à être libres[6] ». Nous sommes appelés à être libres, c’est-à-dire à exister en raison de Dieu. L’esclavage, au sens de veulerie, consiste à exister en raison de son milieu. Liberté et esprit chevaleresque – et générosité – vont de paire. La liberté chevaleresque est celle de l’âme prête à donner sa vie. Elle est généreuse et détachée d’elle-même. C’est tout l’opposé de cette pseudo-liberté de celui qui vit pour lui-même, esclave de sa volonté propre, satisfait de lui-même et de son milieu. Dans son encyclique sur l’espérance, le Pape Benoît XVI nous donnait l’exemple de saint Augustin, imitant notre Seigneur : « Le Christ est mort pour tous afin que les vivants n’aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes, mais sur Lui, qui est mort et ressuscité pour eux” (2 Co 5, 15) ».[7] Le Christ est mort pour tous. Vivre pour saint Augustin signifie se laisser associer à son « être pour ». » [8]

Or cette liberté, cette noblesse d’âme, n’étant pas plus attribuable à un milieu qu’à un autre, aucun milieu en tant que tel ne peut la « conserver », sous peine de la réduire à une convenance pharisaïque. C’est-à-dire essentiellement factice et mensongère.

Car la noblesse d’âme s’apprend, se met en œuvre en un combat. Car toujours la recherche de nous-mêmes – nous voulons vivre par et pour nous-mêmes – vient diminuer la liberté. Impossible de se reposer sur nos lauriers, soient-ils un milieu : il nous faut sans cesse conquérir le Bien ! Benoît XVI nous explique : Puisque l’homme demeure toujours libre et que sa liberté est également toujours fragile, le règne du bien définitivement consolidé n’existera jamais en ce monde. Celui qui promet le monde meilleur qui durerait irrévocablement pour toujours fait une fausse promesse ; il ignore la liberté humaine. La liberté doit toujours de nouveau être conquise pour le bien. La libre adhésion au bien n’existe jamais simplement en soi. S’il y avait des structures qui fixaient de manière irrévocable une condition du monde déterminée – bonne –, la liberté de l’homme serait niée, et, pour cette raison, ce ne serait en définitive nullement des structures bonnes.[9]

Ce en quoi le principe des « rallyes » peut être considéré non seulement comme illusoire, mais comme mauvais en lui-même.

2. On juge un arbre à ses fruits.

Mus par la prétention sociale, les rallyes donnent des fruits de servitude mondaine. Combien de fois ai-je eu cet aveu du manque total de liberté dans les relations mondaines.

            Cette prétention sociale engendre une crainte qui consiste à enfermer les personnes sur leurs petits acquis. La crainte de voir des enfants avoir de mauvaises fréquentations ou de ne pas avoir de fréquentations ne devrait pas conduire à la nécessité de la mondanité – désespérance mortifère manifeste ! – comme si cela allait régler le problème : c’est tout le contraire, car la mondanité est à l’opposé de la vérité et de l’amitié. Il est « naturel » que les rallyes produisent des fruits de vanité : cela correspond à la nature de son principe.

La mondanité, fille des rallyes

Pour exister, l’esprit Évangélique, l’esprit de la grâce, et donc de la liberté véritable, a besoin d’être mis en œuvre. Cette dimension royale, qui nous est donnée parce que le Roi des rois s’est abaissé jusqu’à nous, cette noblesse chevaleresque, a besoin de vivre. Le scoutisme est né, s’opposant à la loi statique des droits acquis : le scoutisme est une conquête des vertus, ces forces intérieures qui nous permettent de penser et d’agir selon notre dignité, selon la volonté de Dieu. Il suffit cependant, pour rendre ridicule la plus belle des vertus, de la retourner sur elle-même. Un peu de flatterie et puis la crainte… et voilà l’oiseau en cage. Louis XIV avait compris cela, qui, pour neutraliser la noblesse du royaume, l’attira à la cour, et la flattant, la fit vivre pour elle-même, elle dont la vocation était de sacrifier – d’offrir – sa vie pour le bien de tous. La décomposition réussie de cette aristocratie vivant pour elle-même se retourna contre Louis XVI, qui lui doit sa décapitation.

Qu’est-ce qu’un « mondain » ?…

Par définition, le mondain est une personne attachée aux plaisirs du monde, à la vanité et à la futilité. Le mondain, ou la mondaine, ne vit qu’à travers les yeux d’un petit groupe de « personnes qui pensent pareil » et qui se prennent pour « des gens biens ». Il faut entendre : ce sont des personnes qui ont cessé de penser et qui sont tellement imbus de leur petite société qu’ils ont pour plus haute vertu le mépris des autres. Ils ne sont heureux que lorsqu’ils se vomissent les uns sur les autres leurs bavardages creux, superficiels, complaisants pour les présents et médisants pour les absents (c’est-à-dire qui se tiennent à plus de deux mètres d’eux).

Le mondain, s’il parle de Dieu, n’en fera jamais un absolu. Dieu passe après la soirée, c’est certain! Après eux-mêmes surtout. Le mondain a une peur bleue de la simplicité et de l’humilité de l’âme. Ayant perdu le sens véritable de l’honneur, il a rejeté toute sa noblesse d’âme dans les apparences. Il s’est vidé de sa substance. Ça se lit sur son visage.

Il est effrayant de lire cela dans les yeux d’adolescents que des parents conditionnent dans cette voie contre-nature. Qu’ils vous regardent comme un paquet de merde, passe. Mais le plus terrible, c’est l’ennui qui règne sur eux. L’ennui et le mensonge perpétuel du paraître camouflent l’incapacité d’être, tout simplement, comme Dieu veut que nous soyons.

Comment voulez-vous qu’un martyr naisse parmi cette race? L’amour y est forcément sentimental et vulgaire.

Les fruits de la mondanité selon Sainte Catherine de Sienne :

            Le mondain est comme un voleur qui m’a dérobé mon honneur, à Moi – c’est Dieu qui parle à sainte Catherine – son Créateur, pour se l’attribuer à lui-même. (…) Tout d’abord, le mondain me juge Moi, (…) il condamne tout, suivant son petit avis; et comme il a aveuglé lui-même l’œil de son intelligence, (…) il ne peut voir ni connaître la vérité. Puis, il entreprend de juger le prochain : source féconde de bien des maux! Le pauvre homme ne se connaît pas lui-même il n’en prétend pas moins connaître le cœur et les sentiments de la créature raisonnable. Pour une action qu’il verra, pour une parole qu’il entendra, il voudra juger de l’intention du cœur. (…) Que de fois ces faux jugements n’engendrent-ils pas la haine, l’homicide[10], l’envie du prochain, l’aversion pour la vertu de mes serviteurs. (…) Je dis que cet arbre a sept branches qui pendent à terre (…). Ces branches sont les sept péchés capitaux qui donnent naissance à tant d’autres, et sont rattachés à la souche commune de l’amour-propre et de l’orgueil.[11]

De la tartufferie…

            Si la courtoisie n’est pas animée par l’amour et le respect du prochain, elle devient vite pure convention et tourne au pharisaïsme. A fortiori lorsqu’elle est à géométrie variable, destinée à usage de caste – comme la pratique la « Marie-Chantal » du XVIème arrondissement, d’autant plus obséquieuse selon l’échelle sociale de son interlocuteur ! Ses gestes ne sont plus alors que simagrées, tartufferies, qui dissimulent mal la barbarie intérieure sous un vernis de «bonnes manières», aux antipodes de la transparence d’une Jeanne ou d’une Thérèse.[12]

Raymond de Lulle, en 1275, mettait déjà en garde contre ce détournement :  » … La chevalerie n’est pas tant dans le cheval que dans le chevalier. Et pour cela, le chevalier qui dresse bien son cheval mais donne à lui-même et à son fils de mauvaises coutumes et de mauvais enseignements, fait de lui-même et de son fils, si faire se peut, des bêtes et fait de son cheval un chevalier «  [13]. À bon entendeur, salut !

…des relations

Car les rallyes se fondent sur le simple regroupement d’adolescents en raison de leur milieu social. Il n’y a aucune visée éducative. Ils sont à un âge où l’on doit apprendre le sens des relations. Lesquelles ne sont pas seulement « convenances » sociales. Je ne rejette pas ces dernières, mais je dis que si l’âme n’est pas éduquée, ces convenances sont le pire des vernis. Cela s’appelle mensonge. Elles donnent l’illusion d’être « comme il faut » en retirant les moyens de voir ce qui ne va pas. Je parle en témoin de jeunes qui, tout en ne pouvant pas sortir – éclore – de ce vernis, étouffent. Certains (beaucoup !) y laissent leurs âmes. En effet, si ce n’est pas l’amitié, mais la seule mondanité (et avouons que c’est le cas des rallyes) qui meut les relations, quel jeune peut croître en maturité dans un tel climat ? En fait, c’est plutôt à une régression que l’on assiste. Cela se voit au comportement. Il serait trop long de développer les choses, mais ce qui est certain, c’est qu’il y a chez ces jeunes entre eux une perte de la liberté. Ils l’avouent eux-mêmes. Leurs relations de groupe sont fausses et personne n’ose sortir de cette situation pesante. Je parle là de ceux qui s’en rendent compte : quelle force d’âme !

Les relations garçons-filles

Concernant les relations garçons-filles, c’est un désastre. Là aussi, certaines exceptions s’en plaignent et me disent être les seuls à « résister ». Au prix de quel combat ?! En effet, les garçons ont leur « tableau de chasse » pour la soirée (oui ! pour la soirée !…). Comment leur en vouloir ? Ce sont les parents qui omettent (omission ? négligence ? inconscience ?…) la dimension éducative, le fondement de l’amitié. Cela vient sans doute qu’eux-mêmes appellent amitié la simple mondanité. Sinon ils sauraient que l’amitié est l’affaire de la vie humaine, qu’elle s’apprend et qu’elle nécessite une vraie éducation.

Les fruits de débauche et d’instabilité sentimentale y sont érigés en quasi vertus, du moins en « nécessité » : en effet, puisque le vernis – les apparences de bien – y est la loi suprême, la liberté dans la vérité y est bannie. Garçons et filles y sont là, livrés à eux-mêmes, sans qu’aucune connaissance d’eux-mêmes ne leur soit transmise par leurs aînés qui ne sont là que pour sauver les apparences. Alors allons-y franchement, « choppons » gaiement ! Vivre pour soi-même – en mondain – ou en homme libre selon la grâce, le choix est fait d’avance hélas. De telle sorte que les jeunes qui ont choisi la liberté de la grâce, refusent de fait l’esprit des rallyes. Ils ne les refusent donc pas parce qu’ils sont « coincés », mais justement parce qu’ils ont cette belle liberté intérieure qui leur permet un sain discernement.

Si donc les jeunes ne découvrent pas un jour, par miracle, la vanité de ces relations mondaines et le prix de l’amitié, de l’amour libre et mature, ils risquent de ne plus savoir aimer, ce qui peut causer de graves conséquences pour leur vie de couple. De cela aussi, je parle en témoin et non à partir de suppositions.

En attendant, ceux qui n’ont pas eu de relations sexuelles sont l’exception. Et il ne suffit pas de dire « pas mes enfants » pour résoudre le problème, car la majorité est écrasante et se dire « pas mon enfant » tout en le livrant à ce petit monde revient à lui dire que vous cautionnez de fait ces relations, même si vous lui dites que ce n’est pas ce qu’il faut faire ! Vous voyez quelle confusion vous infusez dans leurs esprits ? ! Or, la cohérence est le fondement de l’éducation.

Les filles souffrent de cette situation pour certaines qui sont prises pour des « coincées » (et je reste poli, car le vocabulaire pour les désigner est violent et vulgaire au plus haut point : étonnant pour des « bons petits gars ») si elles résistent. Les caractères forts ne se laisseront pas impressionner, les autres seront humiliées ou, « jouant le jeu », elles deviennent complètement superficielles en la matière. Là encore, je parle en témoin. Faites le compte : il n’est pas glorieux.

Les garçons sont des garçons, quel que soit le milieu. Leur maturité sexuelle est un enjeu pour toute leur vie. Le respect des femmes en est la clé. Or ils doivent l’apprendre : ce n’est pas une chose naturelle. Ce respect est sans aucun doute le signe de la grâce. Le Catholicisme en sait quelque chose, qui fait donc l’éloge de la femme (« la sentinelle de l’invisible », disait Jean-Paul II) alors que le penchant est d’en faire un objet.

Mettre des adolescents, garçons et filles, en situation de séduction réciproque tout en faisant semblant de croire que la vertu de chasteté sera sauve est, au mieux de la bêtise, au pire une forme subtile de perversion de ses propres enfants. C’est mettre à l’épreuve des âmes vulnérables, les charger d’un fardeau qui les écrasera à coup sûr. Aucun motif ne peut justifier une telle mise en danger des enfants que le Dieu confie aux parents

La sexualité devient activité ludique, presque incontournable, voire tacitement encouragée tant elle est préparée par le climat faussement classique (superficiel et bling-bling) des soirées. La séduction y est première : « plaire » avant tout ! Et on ne lésine pas sur les moyens… Il s’ensuit des effets dramatiques qui vont du dégoût de soi jusqu’à l’homicide lorsque l’union intime produit ce pour quoi elle existe : le don de la vie. L’avortement fera ici partie du mensonge mortifère des rallyes.

Les conséquences se reportent aussi plus tardivement, lorsque des garçons et des filles de 18 à 22 ans et même plus, en sont encore à « sortir ensemble » (et à coucher ensemble, cela va de soi, quoi de plus « naturel » !?…), entretenant par là des relations d’adolescents qui se cherchent, sans pouvoir sortir de cette adolescence, privés de la capacité à s’engager librement et définitivement dans l’amour conjugal.

« Mais nous surveillons ! » Dites-vous. Sachez qu’il ne sert à rien de surveiller si l’âme n’est pas éduquée.

Or éduquer implique des choix. Des choix préférant la réalité au mensonge. C’est lâcheté que de dire : « mais nos enfants doivent faire connaissance de personnes convenables. » Pour que ces personnes soient convenables, il faut d’abord les délivrer de la mentalité des rallyes. La mondanité est une lâcheté, une veulerie de l’âme qui fut toujours le signe certain de la décadence d’une société. Orchestrant cela, les parents se font les fossoyeurs des générations à venir.

            Hélas, je suis obligé de constater que l’aveuglement est le sport préféré des parents qui entretiennent leurs chérubins, dans la contre-sagesse, dans la fange des très nauséabonds rallyes mondains. Mais c’est chic, ça fait bien, on croit exister, et en plus on s’imagine faire partie de l’élite ! Belle illusion !… les apparences… En attendant, la décadence des âmes fait des ravages dans la bourgeoisie (à particule ou non).

Ne me dites pas que je manque de charité : c’est justement la charité qui me donne la force d’aborder ce sujet devant la violence des réactions de ceux qui sont concernés. Pour les autres, c’est un encouragement à ne pas succomber.

Du bobo-libéral au tradi-péchu…

Du bobo-libéral au tradi-péchu, tout ce petit monde se retrouve au rallye ! Je ne m’étendrai pas sur ce sujet cocasse : il suffit de relire Bernanos, Thibon et autres auteurs aussi libres que solides, pour comprendre qu’il n’y a là aucun paradoxe, mais que ce mélange ne fait que manifester un principe commun de décomposition.

 

3. Quelques questions et prétextes souvent posées

a. Mais il y a de « bons rallyes » !

Car enfin, certains rallyes « se tiennent » mieux que d’autres. Oui, sans doute, et grâce à de bonnes volontés. Mais cela ne suffit pas à en faire quelque chose de bon. Nous pouvons seulement dire que certain rallyes tentent de résistent à leur propre principe de décomposition… Ce n’est pas la bonne volonté des membres qui fait que le principe des rallyes est bon ou mauvais. Il n’y a pas de « bon rallye », puisque le principe est mauvais. Le principe des rallyes est mauvais en lui-même, puisqu’il ne vise qu’à la conservation d’acquis sociaux et qu’il ne garde de la noblesse que la dimension mondaine, c’est-à-dire sa décomposition ! Ce principe ne peut conduire qu’à décadente des rallyes mondains.

            « Saint Jérôme a dit « Je ne vois rien à ambitionner dans la noblesse, sinon l’obligation qu’elle impose de ne pas dégénérer de la probité de ses ancêtres. »[14] Or, en ne gardant que les apparences d’une bonne éducation, oubliant l’esprit de cette éducation, ses vertus, en ne cherchant à garder que la courtoisie, sans les qualités d’âme de cette courtoisie, la dégénérescence est nécessaire. Les rallyes fonctionnant sur les apparences, la décadence y est une conséquence nécessaire. La veulerie est la première de toutes. S’ensuivent toutes sortes de décompositions de l’intelligence et de la volonté, et enfin des mœurs… Cette dégénérescence est l’œuvre directe des rallyes, son propre corollaire.

b. La solution n’est-elle pas de compléter les rallyes par le scoutisme ?

Le scoutisme bien vécu, a pour but d’unir des jeunes non sur un principe de « milieux », mais sur la vertu chevaleresque. Il prend donc les moyens en vue de cette fin : la noblesse d’âme. C’est-à-dire l’honneur et le dévouement, le don de sa vie à ses frères, le sens de l’honneur (dignité de la personne et non l’orgueil d’un milieu social), le service et l’amour des petits et des faibles.

Les « rallyes » regroupent des jeunes gens selon un milieu par crainte de perdre biens et pouvoir (indissociables) : leur modèle évangélique préféré est celui d’Hérode lorsque les Mages venus d’orient lui posèrent la question de savoir ou était né l’Enfant.

Nous entendons dire parfois qu’ils se complètent… allez comprendre ! Leur but respectifs et leurs moyens sont opposés. Il ne s’agit pas ici de complémentarité car – l’expression est forte, mais elle permet de comprendre – la maison close ne peut pas être complémentaire (!) de la maison familiale…       En attendant, « l’esprit » des rallyes corrompt l’esprit de bien des patrouilles des scouts et des guides, lorsque CP et seconds sont préoccupés de leurs soirées et des ragots mondains… Combien de jeunes guides et de jeunes scouts ont arrêté le scoutisme parce que précisément ils venaient y chercher l’esprit scout et qu’ils y ont découvert des mondains ?

Entre une « soirée rallye » et une nuit sous la tente, le choix est quasi systématiquement celui du rallye : priorité oblige !

On se donne bonne conscience en envoyant ses enfants faire du scoutisme, comme si c’était conciliable. C’est inconciliable. Le scoutisme souffre énormément de la « mentalité rallyes ». Ils s’opposent de manière radicale. Le scoutisme est chemin de liberté (pour reprendre un titre bien connu), alors que les rallyes enferment dans les apparences. Il y a un choix à faire.

c. Des excuses pittoresques

Certains parents cherchent des excuses là où ils peuvent : « nous préférons que nos enfants aillent danser dans un rallye plutôt que dans une boîte de nuit ». Tout d’abord, l’un n’empêche pas l’autre. Les adeptes des rallyes le sont aussi souvent des « boîtes ».

J’ai pu constater, un vendredi de la Passion (précédant une Semaine Sainte), que des parents n’étaient pas du tout gênés d’organiser une soirée rallye ayant pour thème : « bas résille et open bar ». M’y étant rendu avec quelques étudiants sains d’esprit, nous avons pu constater que la soirée n’avait rien à envier à une boîte de nuit. La honte affligeait les âmes aux regards fuyants des jeunes ainsi affublés. Les parents seuls étaient en colère de notre présence pourtant seulement extérieure. Nous étions restés dans la rue, mais il est vrai que simple fait d’être là avait provoqué un malaise chez ces chérubins de bonnes familles. Leur malaise révélait encore un reste de santé d’âme, alors que la réaction des parents manifestait un état comparable à l’alcoolique capable d’une fureur irrationnelle s’il n’a pas sa bouteille. Comment voulez-vous entendre les excuses de parents qui infligent à leurs enfants une telle humiliation à grands frais ? L’excuse de cette soirée, son prétexte ? Une récolte de fonds pour une bonne œuvre… Je vous laisse méditer…

Ce qui m’étonne, dans ces excuses, c’est qu’elles présentent les rallyes comme un moindre mal. Mais alors, pourquoi les défendre avec autant de hargne, et pourquoi ne pas imaginer une proposition qui serait bonne ? Les rallyes ne sont pas une réponse à des maux possibles, mais l’enrobage d’une pourriture intérieure. Dans l’Évangile, le Fils de Dieu nomme cela « hypocrisie », dont ces « sépulcres blanchis » de pharisiens sont l’incarnation. Ces excuses sont du même ordre.

Le prétexte des « mauvaises fréquentations » évitées à vos chers petits est elle aussi factice. L’expérience montre qu’il y a une proportion de personnes saines d’esprit plus importante hors des rallyes que dans les rallyes. Rencontrer des personnes saines est le fait de la vertu et non d’un « entrisme ». L’entrisme est en général un principe de dégénérescence. La mauvaise foi fait ce qu’elle peut !

Les parents ont le légitime souci des relations de leurs enfants, et donc aussi de leur donner les moyens de ces bonnes relations en éclairant de temps à autre leur discernement si besoin était. La confiance est aussi une vertu de l’éducation. Tout cela suppose que ces mêmes parents ne confondent pas, pour eux-mêmes, amitié et relations mondaines. Il y a là une conversion personnelle en vue d’un plus grand bien : la diffusion de la vérité dans les relations familiales et amicales.

Pour conclure

Les jeunes  ne sont pas directement coupables. Certes, ils se rendent souvent puants aux yeux des autres à cause de leur comportement méprisant et superficiel. Mais ce n’est pas là la vérité de ce qu’ils sont. J’en appelle seulement à leur réveil humain et spirituel, à celui de leur véritable honneur.

Envers ceux les parents qui se font les hérauts des rallyes, j’éprouve une profonde pitié que je ne peux qu’exprimer avec une fermeté totale.

En plus d’une bonne dose de vérité, ce qu’il faut, pour être libre et transmettre le sens de l’honneur à vos enfants, ce qu’il faut actuellement plus que jamais, c’est du courage.

Courage de faire croître ce qu’il y a de meilleur chez les jeunes. Car ils en sont capables.

Courage de ne pas se laisser impressionner par la chape de nécessité qu’imposent les rallyes à votre esprit.

Courage de faire autre chose.

Courage de refuser l’illusion.

Courage de la vérité.

Courage d’être des parents.

Père Michaël Bretéché.

Notes

[1] Saint Thomas d’Aquin. De l’éducation des princes. chap. IV: Erreurs à l’égard des idées de noblesse.

[2] Livre I, Chap. V: De la vraie noblesse.

[3] P. Sevin. Le Scoutisme. Spes 1933 p. 43

[4] P. Forestier. L’esprit du Scoutisme. Le Chef n° 185 nov. 1941 p. 8 à 11

[5] Je cite là le très bon passage sur la question du « Livre d’Hermine » p. 64 s.

[6] Cf. Gal 5, 13

[7] Confessions X, 43, 70.

[8] Benoît XVI, Encyclique Spe Salvi, n° 28.

[9] Benoît XVI, Encyclique Spe Salvi, n° 24 b.

[10] Ne serait-ce que par la médisance…

[11] Sainte Catherine de Sienne, Dialogue 93

[12] « Livre d’Hermine » p. 64 s.

[13] Le livre de l’ordre de la Chevalerie ch. VI p. 73

[14] In saint Thomas, de l’éducation des princes.

Le Reiki

Parmi les « nouvelles techniques thérapeutiques » ayant recours aux principes taoïstes, une des plus connues et vulgarisées est le Reiki. On peut la prendre comme modèle de médecine alternative énergétique fondée sur les principes de la philosophie chinoise et japonaise.

Table des matières : 1. La naissance du Reiki — 2. La force universelle de vie — 3. Les initiation — 4. Un projet théurgique — 5. Vers un discernement — 6. La position des évêques américains (2009) — 7. Quelques documents et témoignages — 8. Quelques définitions du reiki donnés par des praticiens de la Sarthe.

1. La naissance du Reiki [1]

Mikao Usui (1864-1926) était professeur de théologie et prêtre chrétien japonais, né le 15 août 1864. Il dirigeait la petite université de Doshiha à Kyoto, au Japon. Un jour un de ses étudiants lui demanda de lui faire voir les miracles accomplis autrefois par Jésus. M. Usui ne put répondre à la demande, mais de ce jour, il s’intéressa à la question et chercha à découvrir sur quoi se fondaient les miracles accomplis par Notre Seigneur. Il reprit même des études à Chicago, apprit l’hébreu et le grec pour étudier les textes dans leur langue originelle, mais il ne parvint pas à découvrir comment Jésus opérait ses miracles.

Découragé, il rentra au Japon ; il lui restait cependant une ressource : il consulta les textes bouddhistes, car Bouddha avait lui aussi semble-t-il un pouvoir de guérison. La légende nous dit que M. Usui étudia le sanskrit pour lire les textes du bouddha dans la langue originelle. Enfin ses efforts assidus furent couronnés de succès : il découvrit des notes qu’un disciple du Bouddha avait prises, et qui décrivaient comment le Bouddha guérissait.

Or le document présentait une série de symboles, qu’Usui ne savait comment utiliser. Il décida d’entreprendre une retraite de vingt et un jours sur le mont Kurama, trois semaines pendant lesquels il jeûnerait, méditerait et invoquerait la force divine. Au terme de cette retraite, le vingt et unième jour, il vit fondre sur lui une boule de lumière d’une intensité indescriptible, et tomba dans une transe profonde. Des milliers de bulles multicolores se mirent à danser devant ses yeux. Il vit que certaines d’entre elles étaient translucides et renfermaient les symboles qu’il avait découverts dans les manuscrits. Immédiatement, il sut intuitivement ce que signifiaient ces symboles et comment les utiliser.

La vie et le savoir du Maître se transmirent oralement jusqu’en 1982, date à laquelle remontent les premières publications concernant le Reiki.

 

2. La Force universelle de vie

Reiki est un mot japonais qui désigne à la fois une force — la force universelle de vie -, un savoir, issu de la connaissance initiatique de cette force, et un ensemble de techniques concernant la transmission de cette force. Il s’agit d’un terme d’origine shintoïste, qui désigne quelque chose qu’on ne voit pas mais que l’on sent. Nous sommes donc dans le domaine de la perception subtile et de l’intuition.

Reiki est l’énergie non pas personnelle, mais l’énergie-lumière, vitale, pure, une, en tant qu’énergie cosmique. Les premiers disciples du Dr Mikao Usui ont traduit Reiki par « force universelle de vie ». Le Reiki correspond donc au T’Chi chinois, au prâna hindou. On peut même trouver dans la série des analogies : l’Esprit Saint chez les chrétiens ! Ce qui nous met d’emblée au cœur de la confusion entre la nature et la grâce, confusion récurrente dans le contexte naturaliste où se développe le Reiki. Niant la transcendance du Dieu personnel judéo-chrétien, les différents naturalistes divinisent en effet les énergies créées, immanentes à ce monde, et ignorent tout de la grâce surnaturelle, proprement divine.

Les tenants du Reiki font le parallèle entre le début du livre de la Genèse, et la doctrine shintoïste, selon laquelle au début était la force originelle t’chi, qui s’est manifestée sous forme de son, et a créé le monde dans lequel nous vivons. Selon cette doctrine, tous les êtres seraient des manifestations de la force divine (émanationnisme). Plus nous nous ouvrons à elle, plus nous nous immergeons dans la vie cosmique. Le Reiki dispose précisément de plusieurs moyens permettant de canaliser l’énergie-lumière sur le corps physique, mental et spirituel d’une personne.

La personne qui s’initie au Reiki se laisse remplir de cette énergie et devient un canal de transmission de cette même énergie. La force et le cheminement du courant d’énergie dépendant totalement des besoins du récepteur.

L’énergie elle-même, dotée d’une intelligence plus vaste que la nôtre, sait ce dont le récepteur a besoin. Le Reiki est sensé guérir tous les niveaux de l’être : physique, mental, spirituel ; il se rattache explicitement au courant de pensée holistique qui caractérise le Nouvel Age.

Le Reiki nous dit-on, est aussi un moyen très efficace de se vider de toute pensée et de communier dans l’ici et le maintenant avec ce qui est « un ». L’adepte se met en état de médiumnité pour recevoir le Reiki, puis lorsqu’il le transmet, il infuse cet état de médiumnité à celui qui en « bénéficie », le préparant ainsi à devenir à son tour transmetteur du Reiki. C’est dans cet état de médiumnité que l’adepte devient réceptif aux entités du monde occulte, et qui sont les véritables agents des effets obtenus par la pratique du Reiki.

Ce mystérieux pouvoir de se donner et de transmettre aux autres l’énergie universelle, est transmis au cours de plusieurs initiations successives, au cours desquelles la personne reçoit non seulement une connaissance supplémentaire, mais surtout une imposition des mains de la part d’un initié supérieur. Cette opération magique met l’adepte en contact avec l’entité astrale qui collabore avec le Maître. Celui-ci transmet donc à l’adepte non seulement le Reiki et le pouvoir de le communiquer à son tour, mais il le met également en « lien » avec l’esprit occulte qui lui fournira désormais ses pouvoirs.

 

3. Les initiations

Le transmetteur de cette énergie cosmique doit se retirer en tant qu’individu, volonté, énergie personnelle, et devenir un bambou vide (état de médiumnité), un canal dans lequel pourra se déverser l’énergie de vie — ajoutons : et par lequel pourront librement agir les esprits du monde astral qu’il aura invoqué.

Les symboles du Reiki permettent de se « brancher » sur la fréquence de la fameuse énergie. Ces symboles se transmettent par voie orale, au cours du rite d’initiation au cours duquel l’adepte peut expérimenter l’énergie invoquée. Chacun de ces symboles correspond à un « esprit » particulier. L’utilisation du symbole dans le contexte d’un rituel approprié équivaut à une invocation de la dite entité.

L’initiateur ouvre un canal sur le sommet de la tête et dans les mains de l’adepte. L’énergie Reiki peut ainsi se déverser dans le corps par le sommet du crâne et se diriger vers les mains par lesquelles elle peut à nouveau se déverser dans un organisme — celui de l’adepte ou celui de quelqu’un d’autre. Ce canal demeure toujours réservé à cette seule énergie qui coule toujours dans le même sens.

« Vous tenez entre vos mains le pouvoir de « guérir », c’est-à-dire de rétablir l’équilibre et l’harmonie dans n’importe quel organisme humain ou non, le vôtre, celui de vos proches, de vos plantes, de vos animaux domestiques, mais aussi de n’importe quel organisme abstrait dans le sens d’ensemble organisé tel que la famille, le groupe de collègues, etc. »

Le système du Dr Usui prévoit trois degrés d’initiation.

1- Le premier consiste à ouvrir le canal par quatre initiations successives. Puis le maître vous montre comment poser les mains sur votre corps et sur le corps d’une autre personne. Avec la quatrième initiation qui a lieu en fin de week-end, le processus de nettoyage est en principe terminé, le canal est scellé et vous repartez avec ce nouveau trésor qui demeurera avec vous pour le restant de votre vie.

Après le week-end, il est bon de pratiquer aussi souvent que possible, car plus on donne du Reiki, plus l’énergie coule abondamment en nous. L’énergie s’intensifie dans la mesure où nous l’utilisons.

2- Le maître discerne qui est admissible à la seconde initiation. Le second degré prévoit deux initiations ainsi que l’apprentissage de clefs pour :

– augmenter l’efficacité des traitements ;

– intensifier le flux d’énergie ;

– effectuer des traitements mentaux et des traitements à distance.

L’explication suivante concernant cette seconde initiation, introduit aux fameuses « entités » annoncées :

« Lorsque l’initié aura suffisamment progressé, quand ses organes occultes auront pris forme, il faudra alors imprimer dans le corps éthérique ce qui avait été modelé dans le corps astral par la première initiation. Ce sera le second pas de l’initiation, celui que j’appellerai « illumination » : un monde spirituel apparaît alors autour de l’homme. Un monde caractéristique, car ce qui se passe dans le monde spirituel ne s’exprime pas comme le font les choses physiques, mais uniquement en images, en symboles, qu’il faudra déchiffrer, comprendre. Puis viendront les sonorités perceptibles à l’oreille spirituelle. Puis viendront les êtres spirituels, discrets tout d’abord, furtifs. Enfin, l’initié aura accès à la vie de ces êtres, c’est-à-dire à tout un égrégore dans lequel il pourra puiser une connaissance absolue. »

Ce commentaire affirme donc clairement que le but des initiations est de mettre l’adepte toujours plus explicitement en communication avec les « êtres spirituels » qu’il découvre progressivement, car ce sont eux qui communiquent à l’adepte ses pouvoirs. L’ensemble de la présentation permet d’identifier sans aucune hésitation ces fameux « êtres spirituels » : il s’agit d’entités du monde astral, que la tradition chrétienne classe parmi les esprits diaboliques.

3- Le troisième degré donne la capacité de donner des initiations, après avoir assisté un maître durant quelque temps. Il est même possible de recevoir une initiation à distance. L’explication donnée est tout à fait cohérente et intéressante :

« Comment fonctionne une initiation à distance ? Exactement comme une initiation sur place, en effet toutes les initiations se passent dans l’astral, et le maître qui initie en respectant un rituel précis approprié, n’est qu’un relais entre le monde physique et l’astral. »

4. Un projet théurgique

La plupart des écoles initiatiques contemporaines adoptent la terminologie du Tantrisme, et expliquent l’accès aux états modifiés de conscience en termes d’ouverture des chakras et action des mantras. Le Reiki ne fait pas exception :

« L’initiation produit des effets précis, tels que l’élévation du feu sacré de la base de l’épine dorsale vers celui des centres qui sera l’objet d’une attention particulière : le cinquième, le sixième ou le septième chakra. Ce chakra sera alors intensifié, et verra sa vitesse rotatoire augmentée. Le maître prononce alors « le mot », ou « la phrase » correspondant à ce degré d’initiation, et la force est ainsi précipitée vers les centres psychiques de l’initié, pour être absorbée par les centres éthériques. »

De même l’imposition des mains sur les patients se fait au niveau des chakras.

L’initiation est supposée mettre l’adepte en contact direct avec l’agent universel, dont il pourra désormais disposer ; plus exactement : dont il pourra désormais solliciter la collaboration.

L’omnipotence de l’initié peut ainsi être considérée par analogie, comme une sorte de reflet de l’omnipotence divine, par fusion avec la Force divine immanente à la nature.

Le document traitant du Reiki confirme la finalité des initiations successives :

« Le but de tout cela ? Devenir le « Je suis », nom de l’entité divine, du principe christique de l’homme, de l’entité dont il ressent en lui une goutte, une étincelle, quand il peut dire quand on lui demande « qui es-tu ? » et qu’il peut répondre « je suis ! » »

Le Reiki se situe donc bien dans la perspective théurgique — auto-divinisation de l’homme — que nous retrouvons dans les doctrines ésotérique et occulte. Ce qui n’empêche pas les tenants du Reiki d’affirmer :

« Le Reiki n’est pas une religion, il ne repose sur aucun dogme ou doctrine, il n’est en fait qu’une très ancienne science curative, tombée dans l’oubli depuis des millénaires, et que le Dr. Usui redécouvrit dans l’ésotérisme des soutra tibétains. »

5. Vers un discernement

Ce bref aperçu suffit pour se convaincre que le Reiki est une pratique occulte, qui se fonde sur les grands principes de la magie :

– invocation des esprits du monde astral dans le but d’exercer avec leur collaboration des pouvoirs thaumaturgiques,

– sur l’horizon d’un mysticisme naturaliste prétendant que l’homme est une émanation de l’énergie divine omniprésente et

– qu’il peut dès lors prétendre à l’omniscience et omnipotence divine ; il lui suffit pour cela d’acquérir la maîtrise de l’énergie dans laquelle il est immergé et dont les initiations successives lui font prendre conscience.

Inutile de préciser qu’il est impossible de concilier une telle pratique magique,

– qui nie la transcendance divine ;

– qui affirme la divinité naturelle de l’homme, et rend ainsi inutile tout recours à un Sauveur ;

– dont l’efficacité se fonde tout entière sur une alliance avec les esprits des ténèbres, contactés au cours d’un rituel initiatique occulte,

avec une vie chrétienne qui se veut fidèle à la Révélation (Écriture, Tradition, Magistère).

Il n’est pas étonnant non plus que ce genre de pratiques, qui tirent leur « efficacité » de la collaboration avec les esprits des ténèbres, conduisent à moyen ou long terme, à différentes formes d’aliénation — psychique ou spirituelle.

 

6. La position des évêques américains[2]

La pénétration du reiki dans les centres spirituels et les institutions de soins catholiques, a amené les évêques américains à réagir par une prise de position publiée en 2009, « Lignes directrices pour l’évaluation du Reiki en tant que thérapie alternative ». Le texte, élaboré par le Comité doctrinal de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis (USCCB), présidé par Mgr William Lori, évêque de Bridgeport, Connecticut, a été approuvé vendredi par le Conseil d’administration.

« Le Reiki, une médecine alternative japonaise, manque de crédibilité scientifique et n’est pas compatible avec la foi chrétienne ; il ne peut donc être accepté dans les institutions de soins de santé catholiques ».

D’après ce document, « l’Église reconnaît deux types de guérison : la guérison par la grâce divine et la guérison qui recourt aux pouvoirs de la Nature ». Ces deux types de guérison « ne s’excluent pas l’un l’autre ». Toutefois, précise le document, le Reiki « ne s’appuie en aucun cas sur les découvertes de la science naturelle ou sur la foi au Christ ».

Le rapport indique que le Reiki est une technique de guérison « inventée au Japon vers la fin du XIXe siècle par Mikao Usui, qui étudiait alors les textes bouddhistes ».

« Selon l’enseignement du Reiki, — poursuit le document — la maladie est causée par certains types de troubles ou de déséquilibres dans notre ‘énergie vitale’. Un thérapeute de Reiki opère la guérison en imposant la ou les mains dans certaines positions sur le corps du patient, afin de faciliter la transmission du Reiki, l’ ‘énergie vitale universelle’, du thérapeute au patient. »

Guérison spirituelle

La thérapie, est-il expliqué plus loin, revêt plusieurs aspects d’une religion ; elle est « décrite comme un type de guérison spirituelle » avec ses propres préceptes éthiques ou « mode de vie ». Le Reiki « n’a pas été reconnu par les communautés scientifiques et médicales comme une thérapie efficace », est-il noté dans les Lignes directrices. « Des études scientifiques dignes de foi attestant l’efficacité du Reiki font défaut, de même qu’une explication scientifique plausible quant à son éventuelle efficacité ».

La foi non plus ne peut être à la base de cette thérapie, ont affirmé les évêques, car le Reiki se différencie de la « guérison divine telle que les chrétiens la connaissent ». Comme ils l’ont expliqué, « la différence radicale, qui saute aux yeux, tient au fait que, pour le praticien Reiki, le pouvoir de guérison est mis à la disposition de l’homme ». Alors que, « pour les chrétiens, l’accès à la guérison divine se fait par la prière au Christ, Seigneur et Sauveur », le Reiki est une technique qui se transmet du « maître » à élève, une méthode qui, maîtrisée, « produira de façon fiable les résultats escomptés ».

Des problèmes insolubles

Le texte énonce que « pour un catholique, croire à la thérapie du Reiki présente des problèmes insolubles. En matière de soins concernant sa propre santé physique ou celle d’autrui, utiliser une technique qui n’a pas de base scientifique — voire même de plausibilité — n’est généralement pas prudent ».

Au niveau spirituel, le document prévient : « il existe des risques importants ». Et d’expliquer : « Pour pratiquer le Reiki, on devrait admettre, au moins de façon implicite, certains éléments essentiels d’une vision du monde sous-tendant la théorie du Reiki, éléments qui n’appartiennent ni à la foi chrétienne ni à la science naturelle. Mais, sans justification venant soit de la foi chrétienne soit de la science naturelle, un catholique qui met sa confiance dans le Reiki opérerait dans le royaume de la superstition, le no man’s land qui n’est ni la foi ni la science ».

Le document conclut : « Puisque la thérapie du Reiki n’est compatible ni avec l’enseignement chrétien ni avec les preuves scientifiques, il serait inapproprié pour les institutions catholiques, tels que les établissements médicaux et centres de retraite, ou pour les personnes représentant l’Église, comme les aumôniers catholiques, de promouvoir ou de soutenir la thérapie du Reiki ».

7. Quelques documents et témoignages

* Estelle Ivanez et Christian Mortier, Abus, dérives, et non professionnalisme dans la pratique du Reiki, Publié par la Fédération Française de Reiki Traditionnel, 2012.[3]

* Mon aventure avec le reiki [4] (témoignage d’une personne chrétienne qui s’en est éloignée)

* Ma déception fut grande [5] (à propos du buisness autour du Reiki)

* Appel de détresse devant la manifestation de la kundalini [6]

* Le reiki consite à invoquer les démons avec des signes japonais [7] (témoignage d’Eduardo)

Le reiki, comme le spiritisme, ouvre une porte aux esprits.

 

8. Quelques définitions du Reiki données par des praticiens dans la Sarthe

Jean-Jacques Daret

https://www.lelabo-ecoute-communication.fr/activites/activites-individuelles/reiki-jjd/

Sylvie Haag

http://www.reiki-domotherapie.fr/index.php?page=reiki

Laure Boutillier

Soins http://etresonessentiel.fr/pages/reiki_soin.html

Initiation http://etresonessentiel.fr/pages/reiki_initiation.html

Christophe Tissier

HYPERLINK « http://www.magnetiseur-france.fr/initiations-reiki-le-mans-sarthe.html » \l « initiationreiki »

On voit que ces définitions du reiki n’ont pas grand-chose à voir avec l’analyse qui a été faite, et masque totalement les risques graves pour les « consultants ».

D. Auzenet

Notes

[1] Les points 1 à 5 de cet exposé proviennnent du site internet du P. Verlinde

HYPERLINK « https://final-age.net/2006/03/le-reiki/ »

Je recommande son petit livre sur le Reiki http://www.editionsbenedictines.com/livre-Le_reiki-82-1-1-0-1.html

[2] Le document en anglais est accessible ici : http://www.usccb.org/search.cfm?q=reiki

[3] http://www.le-reiki.org/wp-content/uploads/2015/07/Publication_reiki_FFRT-2012.pdf

[4] https://sosdiscernement.org/alpha/R/reiki/mon_aventure.pdf

[5] https://sosdiscernement.org/alpha/R/reiki/ma_deception.pdf

[6] https://sosdiscernement.org/alpha/R/reiki/montee_kundalini.pdf

[7] https://sosdiscernement.org/alpha/R/reiki/eduardo_demons.pdf

La Méditation Transcendantale

Technique mentale de relaxation, la Méditation Transcendantale (MT) a donné son nom à une puissante organisation internationale présente dans plusieurs dizaines de pays à travers de nombreuses structures, et dont la promotion est de plus en plus souvent assurée par les médias, mais aussi par des personnalités connues, dont il n’est pas interdit de se demander s’ils connaissent vraiment le mouvement.

Dans la revue BULLES, n° 136, 2017, pp. 14-20

Historique

Mahesh Prasad Wama (1917 ou 18-2008), plus connu sous le nom de Maharishi Mahesh Yogi est né en Inde. En 1940, après des études de physique à l’université d’Allahabad, il se tourne vers l’enseignement spirituel et devient disciple de Swami Brahmananda Saravasti Maharaj, alias guru Dev, leader spirituel d’un monastère. Après la mort de ce dernier, en 1953, Mahesh Prasad Wama entreprend de diffuser le savoir de son Maître lors de rassemblements dans divers endroits du sud de l’Inde. Il y enseigne une méthode simple et accessible à tous en vue d’atteindre le « Nirvana instantané ». Rapidement il forme le projet (pour le moins) ambitieux d’« ouvrir les portes de l’illumination à chaque individu et amener l’invincibilité, la paix, la prospérité et le bonheur à tous les pays ». En 1958, il prend le titre de Maharishi[1] et lance en Inde le Spiritual Regeneration Movement, « Mouvement pour la régénération spirituelle » dont l’objectif est la diffusion de cette méthode de méditation, qui serait issue d’une lignée de maîtres et qu’il aurait redécouverte.

En Inde, Maharishi ne suscite pas l’enthousiasme et, à partir de 1959, le mouvement s’internationalise avec des activités aux États-Unis et en Grande-Bretagne, puis des tournées mondiales de Maharishi, l’ouverture de centres locaux et la formation des premiers instructeurs de Méditation Transcendantale. À travers la création, aux États-Unis en 1966, d’une association s’adressant plus spécialement à la population universitaire, l’intérêt pour la méthode grandit. Le soutien de célébrités du monde du spectacle (les Beatles surtout) contribue au succès d’une pratique qui, adaptée à l’Occident, s’apparente à une technique de mieux-être dotée de vertus thérapeutiques.

En 1969, Maharishi commence à former des enseignants de MT, à Seelisberg (Suisse), nouveau siège mondial du mouvement. Il inaugure un cours de Science de l’Intelligence Créative. Les années 1970 voient le développement mondial du groupe et la création de sa propre université à Fairfield (Iowa), la Maharishi International University (MIU), devenue la Maharishi University of Management (MUM). En Europe le mouvement ouvre des centres dans plusieurs pays, dont le Maharishi European Research University (MERU) à Seelisberg (aujourd’hui au Pays-Bas).

En 1972, Maharishi annonce son Plan mondial pour « l’âge de l’illumination » et constitue le World Plan Executive Council pour mettre en œuvre son projet de résoudre au cours de cette génération les problèmes séculaires de l’humanité en créant dans le monde entier un centre de MT par million d’habitants.

Dans les années 1980-1990, plusieurs opérations contribuent à faire connaître les ambitions du mouvement comme la réunion, en 1984, de 7 000 adeptes rassemblés à la MIU de Fairfield pour une méditation de masse en vue de réduire crimes et accidents, faire remonter la Bourse et alléger les tensions mondiales ; ou l’offre faite au Président Bush d’engager 7 000 méditants « dans l’armée ou autre part » pour ramener les otages détenus au Moyen-Orient.

Fondé en 1992 sur la « Loi naturelle » redécouverte par Maharishi, le Natural Law Party préconisait l’utilisation des techniques de la MT et du programme TM-Sidhi (vol yogique) pour réduire ou éliminer les problèmes dans la société. En France, les candidats de ce Parti de la Loi Naturelle ont participé à quatre élections entre 1993 et 1999.

En 2000, Maharishi proclame l’établissement du Pays Mondial de la Paix sur Terre (Global Country of World Peace ou GCWP) « pour créer la paix globale du monde en unifiant toutes les nations dans le bonheur, la prospérité, l’invincibilité et la santé parfaite, tout en soutenant la riche diversité de notre famille mondiale. » Pays virtuel sans territoire ni frontières[2], le GCWP englobe l’ensemble des initiatives liées à la « totalité de la loi naturelle ». Tony Nader est nommé Maharaja Adhiraj Rajaraam, premier souverain régnant.

Maharishi est décédé le 5 février 2008 à Vlodrop (Pays-Bas), ses funérailles se sont déroulées dans son ashram d’Allahabad, en Inde, en présence d’autorités de l’État.

En soixante ans, la technique de base a été enseignée à des millions de personnes à travers le monde, le mouvement a initié de multiples programmes basés sur l’interprétation par Maharishi des traditions védiques, ouvert des centres, des écoles, des universités et des entreprises aux États-Unis, en Europe et en Inde.

Doctrine et pratique

Principes

Ni religion, ni philosophie, ni mode de vie, la Méditation Transcendantale se présente comme une « technique permettant à tout homme d’harmoniser sa vie spirituelle intérieure avec les splendeurs de la vie matérielle extérieure et de trouver Dieu en lui-même »[3].

Les principaux éléments théoriques de la pensée de Maharishi, contenus dans ses écrits, constituent la Science de l’Intelligence Créatrice, qui réunit la « Science védique » (selon Maharishi) et la science moderne. Toutes les manifestations, y compris les pensées, ont une même source : l’Être pur, aussi nommé absolu, ou champ unifié de la Loi naturelle (en référence à la science physique). L’homme qui n’a pas de contact direct avec l’Être vit de manière superficielle et son potentiel n’est pas utilisé de manière optimale.

Selon Maharishi, la MT est l’instrument qui va lui permettre de faire l’expérience de l’Être : la technique, par l’état de détente qu’elle procurerait, permettrait à l’esprit d’atteindre progressivement la Source d’une pensée, « le domaine de l’Être ». Un tel contact régulier lui permet d’accéder à un quatrième état de conscience (au-delà des états de veille, sommeil et rêve) : la conscience transcendantale ou conscience pure. Des niveaux de consciences supérieurs, la conscience cosmique, la conscience cosmique raffinée et la conscience-unité (stade de l’illumination) pourraient être ensuite atteints.

Pratique

Tout le monde peut pratiquer la MT quel que soit son âge (technique adaptée pour les jeunes enfants). Différente de toutes les autres méditations, la méthode est apprise auprès de « professeurs qualifiés qui enseignent de la même manière systématique depuis des millénaires (sic) ».

L’apprentissage de la MT suit une procédure normalisée, en sept étapes réparties sur quelques jours, le cours durant au total environ neuf heures. Strictement individuelle, l’instruction personnelle au cours de laquelle est enseignée la technique elle-même est en fait une cérémonie rituelle (puja) d’initiation au cours de laquelle l’instructeur récite un texte en sanskrit puis remet au nouvel initié un mantra spécialement choisi pour lui, en lui indiquant comment l’utiliser.

Le contenu de ce cours est confidentiel ainsi que te mantra remis par le professeur, celui qui le reçoit s’engage à ne pas le révéler. La MT ne peut être transmise qu’à travers ce processus très normalisé : « C’est une pratique très spécialisée et délicate. Il est important qu’elle soit apprise uniquement d’un professeur autorisé relevant d’un Centre du Plan Mondial », dit Maharishi. Cet apprentissage coûte 890 € (450 € pour les étudiants)[4].

Après cette initiation, la MT se pratique matin et soir pendant 15 à 20 minutes, les yeux fermés. Un suivi de plusieurs mois est proposé et encouragé, pour contrôler que la méditation est correctement pratiquée.

La formation de professeur se déroule sur plusieurs mois de façon continue, son prix (élevé) dépend de l’endroit où elle s’effectue.

Selon le mouvement, la pratique régulière procure de multiples bienfaits sur le plan personnel : gestion du stress, amélioration de la santé, développement de la mémoire, de la concentration et de la créativité, meilleures relations professionnelles. Mais la MT aurait aussi des effets bénéfiques sur le plan collectif, grâce à l’Effet Maharishi mis en avant par l’organisation : la pratique de la Méditation Transcendantale par un nombre suffisant de personnes (plus de 1 % de la population d’une ville, par exemple) permettrait de diminuer le nombre de crimes, d’accidents et de maladies.

Introduit en 1976 comme une « technique avancée », le programme TM-Sidhi, comprenant le vol yogique (Yogic Flying), améliorerait la santé et la réflexion grâce à la purification du système nerveux. Sa pratique collective par un groupe de personnes supérieur à la racine carrée de 1 % de la population considérée, produirait l’Effet Maharishi étendu, en diminuant sur la région les tendances négatives (conflits, terrorisme…) et renforçant les tendances positives grâce à la « cohérence dans la conscience collective »[5].

Le mouvement met en avant de très nombreuses études sur les effets bénéfiques de ces pratiques, mais selon l’Académie Royale de Médecine de Belgique « il n’existe actuellement aucune preuve solide montrant une supériorité de la MT relativement à d’autres formes de méditation. Il n’existe non plus aucun argument théorique qui permettrait de supposer une supériorité de cette forme de méditation. Les affirmations du mouvement MT quant à une supériorité scientifiquement établie de leur forme de méditation sont donc totalement erronées. »[6].

L’organisation

Avec l’établissement, en 2000, du Pays Mondial de la Paix sur Terre (GCWP), le mouvement s’est doté d’une organisation centralisée, considérée comme sans défaut et immuable, ayant à sa tête le Maharaja désigné par Maharishi (Tony Nader). Il est assisté pour diriger le Pays par un premier ministre et douze ministres, chacun responsable d’une branche d’activité, et d’un conseil de Rajas dont le rôle est la propagation des programmes du mouvement dans une région géographique déterminée. Sur le plan national, l’administration est structurée de la même façon : un administrateur nommé, assisté de douze administrateurs, un par branche d’activité.

Les femmes n’ont pas accès à ces postes, mais l’Organisation Mondiale Mère Divine (Global Mother Divine Organization) s’occupe particulièrement d’initiatives pour les femmes dans l’éducation, la santé, la culture et les arts.

Le siège international est au Pays-Bas, à Vlodrop. Etablie en 2001, la Maharishi Global Financing Research, fondation de droit néerlandais, a pour but de servir de trésorerie au GCPW. Elle a lancé sa propre monnaie, le Raam, destinée à devenir « la monnaie mondiale du développement du Pays Mondial de la Paix sur Terre », convertible aux Pays-Bas et à Maharishi Vedic City (Iowa).

Le site du GCWP est à lui seul le reflet des ambitions démesurées du mouvement, dont le projet de créer la paix mondiale « en unifiant toutes les nations dans le bonheur, la prospérité, l’invincibilité et la santé parfaite » se décline dans tous les domaines de la vie des individus comme des collectivités. De nombreuses structures ont ainsi vu le jour, telles que Maharishi International University (Fairfield, Iowa, USA), Maharishi European Research University (MERU), Maharishi University of Natural Law (GB), Maharishi Vedic University, Maharishi Vedic Education Development Corporation, basée à Maharishi Vedic City (Iowa) qui gère les licences des nombreuses marques déposées du mouvement[7]. Dans un article du Times en 2008, la fortune du groupe était estimée à 3,5 milliards de dollars.

Parmi les domaines d’application, citons :

  • La santé, avec le Maharishi Ayurveda ou « Approche védique Maharishi de la santé ». Des cours de base pour tous sont proposés (lecture du pouls, prévention, alimentation, Yoga Maharishi, tarif 300 €)[8], l’organisation possède aussi des centres de santé ; la société Maharishi Ayurveda Products India produit des préparations distribuées par des entreprises du mouvement.
  • L’éducation, avec un programme « Education fondée sur la conscience », la théorie du « champ unifié » de la Loi naturelle éclairant l’enseignement de différentes disciplines. Quelques établissements existent à travers le monde, et le mouvement cherche à en établir d’autres. Mais le projet est aussi d’introduire dans toutes les écoles des séances de MT pour les enseignants et les élèves.
  • L’architecture, avec le Maharishi Sthapatya Veda, ensemble de principes architecturaux régissant la construction de bâtiments. Selon le mouvement, la plupart des bâtiments des grandes capitales sont mal orientées, ce qui entraîne une augmentation du stress collectif et engendrera, à terme, « criminalité, terrorisme, catastrophes naturelles ».

Propagande et lobbying

Objectif principal du mouvement, l’ambition initiale de Maharishi d’amener paix, invincibilité et prospérité au monde entier est au cœur de la communication du GCWP qui possède plusieurs médias : une maison d’édition, MUM Press (Maharishi University of Management press), Maharishi Channel (chaîne de télévision diffusée via internet et le satellite), KHOE radio.

Mais c’est surtout à travers des campagnes menées par diverses associations et fondations et des opérations ciblées que le mouvement a toujours fait sa propre promotion :

  • Dans les années 1980-1990, plusieurs tentatives d’infiltration au niveau du pouvoir en Roumanie, en Zambie, au Mozambique.
  • Le Parti de la Loi naturelle qui aurait été actif dans soixante-quatorze pays, la Maharishi Foundation (GB), enregistrée comme organisme de bienfaisance (charity), organisation aux Pays-Bas du congrès international d’Ayurveda, présidence de l’Union Mondiale des Scientifiques pour la Paix (Global Union of Scientists for Peace — GUSP).
  • La Fondation David Lynch, le cinéaste étant un soutien inconditionnel du mouvement et ne manquant jamais l’occasion d’en faire la promotion. Décoré de la Légion d’Honneur par le président Nicolas Sarkozy, David Lynch avait profité de la rencontre pour essayer de convaincre le Président de la République « qu’il suffirait d’unir les ondes positives d’un millier d’adeptes en France pour vaincre le chômage et la criminalité ». La fondation finance la mise en œuvre institutionnelle de programmes axés sur la méditation transcendantale auprès de publics en difficulté.
  • Actuellement, la pénétration du monde économique se développe à travers des stages de MT, technique censée améliorer l’efficacité individuelle et la rentabilité. Récemment, l’organisation a réussi à être intégrée dans le programme interne de formations à destination des fonctionnaires de la Commission européenne.

 

Pour conclure

La MT se présente comme une méthode « simple, naturelle, ne nécessitant aucun effort et se distinguant des autres techniques de méditation ou de relaxation par une absence totale de concentration et de contemplation », accessible à tous ; en réalité elle ne s’adresse pas à tous, l’initiation et les activités coûtent cher et ciblent un public économiquement favorisé chez lequel la pratique a tout pour induire un sentiment de « supériorité et triomphe », clairement illustré par les affirmations lues sur tous les sites du mouvement.

« Une étude comparative objective a été menée sur la Méditation Transcendantale et sur d’autres techniques de méditation. Ses conclusions sont on ne peut plus claires : ce n’est tout simplement pas comparable. »[9].

Comment, avec ses prétentions démesurées et uniformisantes, la Méditation Transcendantale pourrait-elle être l’instrument d’une paix entre les individus et entre les pays ?

Notes

[1] Maha = grand et rishi = voyant

[2] Plusieurs tentatives pour fonder un état indépendant, en Afrique, Asie ou Amérique du Sud, ont échoué.

[3] Maharishi Mahesh Yogi, La science de l’être et l’art de vivre, Paris, Editions Robert Laffont, 1976, p. 31.

[4] http://mt-maharishi.com/apprendre.html

[5] http://www.sante-conscience.fr/effet-maharishi

[6] CIAOSN, 12 octobre 2009, Avis concernant la Maharishi Global Financing Research Foundation/ Méditation Transcendantale http://www.ciaosn.be/avis091012.pdf.

[7] https://maharishivediccity-iowa.gov/

[8] http://www.ayurveda-maharishi.fr/

[9] https://tmhome.com/learn-to-meditate/france-transcendental-meditation-tm/

Le Bouddhisme en Occident : réalités méconnues et histoire occulte

Le thème annoncé est abordé à partir de 10.45

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