Ambiguïtés de la recherche contemporaine de guérison intérieure

Nous sommes, depuis quelques décennies, en face d’une quête massive de guérison, et il ne faut pas trop vite la mépriser : elle a toujours existé sous des formes diverses, comme le montrent les prières adressées à la Vierge Marie ou à des saints. Mais est-ce que la guérison recherchée aujourd’hui est regardée comme un signe de Dieu qui provoque à la conversion, est-ce qu’elle est le signe de la miséricorde de Dieu ; ou est-ce qu’elle est un but en soi, la condition sine qua non pour avancer dans la vie spirituelle ? Car alors, Dieu est mis à notre service.

Jésus a guéri de nombreux malades de toute sorte, mais ce qu’il leur propose, c’est la foi. Et quand certains d’entre eux s’arrêtent à la guérison, il est déçu. Les guérisons qu’il a accomplies sont des signes de ce qu’il apportait, des signes du Royaume présent parmi nous. Il n’est pas venu pour être le thérapeute super-puissant à bon marché ! Il annonce le Royaume, il annonce son Père et il donne quelques signes sur le chemin, comme les guérisons.

Pourquoi ce surgissement dans l’Église, d’une recherche de guérison ? Pourquoi des méthodes diverses inédites pour les provoquer ? Réfléchissons en fonction du contexte.

Une recherche qui s’enracine dans le Nouvel Age

Première surprise : si l’on consulte le Dictionnaire de Spiritualité on constate que le terme « guérir » « guérison intérieure » en sont absents. Ce n’est donc pas du côté de la tradition spirituelle catholique qu’il faut chercher la source de l’engouement pour la guérison. Par contre, si l’on recherche sur Internet « guérison spirituelle » on récolte des informations surabondantes, le plus souvent dans un contexte ésotérique.

Cette recherche de guérison spirituelle repose sur une anthropologie que l’on pourrait formuler ainsi. Il existe un état naturel de bien-être. Nous sommes issus de l’Univers et nous faisons partie de l’Univers. Il y a au fond de tout être une énergie primordiale, sacrée. Retrouver son harmonie avec elle rend heureux, est source de bien-être. Cette expérience intérieure d’harmonie et d’unité avec l’ensemble de la réalité, avec l’Univers, éloigne le sentiment de l’imperfection et de la finitude humaine. Chacun découvre qu’il a un lien profond avec la force cosmique, l’énergie sacrée universelle présente au cœur de toute vie. Ayant fait cette découverte, il peut entreprendre un chemin de perfection qui lui permettra de décider de sa vie personnelle et de son rapport au monde. L’énergie cosmique, la vibration, la lumière, Dieu, l’amour, tout peut être ramené à une seule et même réalité, l’énergie primordiale, sacrée. Cette vision des choses est un panthéisme implicite, une absorption du moi humain dans le moi divin.

Il y a, en arrière-fond, une approche holistique de la santé qui considère le corps et l’âme comme un tout. L’holisme, en effet, est une doctrine qui considère les phénomènes comme des totalités. Ce mot a été forgé en 1926, sur le grec holos (entier) par un biologiste sud-africain. Il a donc une origine scientifique. Son application au niveau médical se démarque de la médecine classique, à laquelle il est reproché de chercher à soigner des symptômes particuliers sans avoir un regard d’ensemble sur la personne : on lui reproche de soigner et non pas de guérir pour retrouver justement l’état naturel de bien-être, l’harmonie avec la nature. Dans la vision holistique, la maladie et la souffrance sont regardées, en effet, comme la conséquence d’un comportement contre nature. Et c’est l’union du corps et de l’âme qui permet retrouver l’état naturel de bien-être.

D’où l’expression : guérison spirituelle, par l’esprit, sans recours à aucun moyen matériel. C’est la guérison d’un problème quelconque selon une approche purement spirituelle parce que l’âme joue un rôle déterminant pour guérir des maux de tous ordres.

Quand on est en harmonie avec la nature, on peut s’attendre à avoir une meilleure santé, et même la prospérité matérielle. La santé est un état de bien-être complet ; avoir une bonne santé est synonyme d’avoir une vie épanouie. Nous sommes dans un monde en quête de bien-être, de développement personnel. Pour parvenir à cette vie épanouie, l’harmonie de l’âme et du corps est primordiale, il faut donc guérir l’esprit.

La guérison intérieure fait intervenir l’énergie spirituelle. La puissance de l’Amour, la Force de vie universelle guérit. Ce qui nous fait mal et nous empêche d’être heureux, ce sont nos blessures. L’Amour nous révèle nos blessures et nous aide à les guérir. L’Amour est une libération.

Cette guérison intérieure par le rétablissement de l’harmonie avec l’énergie universelle est une auto guérison, mais elle peut se faire par l’intermédiaire de médiums — intermédiaires entre le monde des vivants et le monde des esprits. L’énergie qui guérit, l’énergie universelle, est appelée Dieu par certains d’entre eux : c’est Dieu qui guérit. Cette énergie de guérison, pour le bien, est accessible à tous à chaque instant. Si le Christ guérissait, dit-on, c’est parce qu’il utilisait cette énergie dans son ministère.

La guérison spirituelle touche toutes les dimensions de l’individu aussi bien l’âme que le corps. Du spirituel est proposé, indépendamment d’une religion déterminée, un spirituel qui pourra s’intégrer à toutes les religions : c’est une religion mondialiste qui se profile, véhiculée par le Nouvel Age. Voilà la cause du succès.

Mais pourquoi parler ici de Nouvel Age, alors que c’est l’intégration de la psychologie à la démarche spirituelle qui saute — yeux dans les propositions de guérison des centres catholiques. Est-ce qu’il existe un lien entre les deux ?

Une recherche qui s’enracine dans la psychologie transpersonnelle

Un document réalisé par le Conseil pontifical de la culture en collaboration avec le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux : Jésus-Christ le porteur d’eau vive, propose une réflexion chrétienne sur le « Nouvel Age » ; dans ce cadre, il explique le rôle joué par la psychologie transpersonnelle qui ajoute à la psychologie sa spécificité psycho-spirituelle : elle s’intéresse surtout aux états modifiés de conscience. C’est une approche holistique qui intègre les quatre dimensions de l’être humain, physique, émotive, mentale et spirituelle, pour accéder à l’harmonie.

« L’approche classique au Nouvel Âge est celle de la psychologie transpersonnelle, dont les principaux concepts sont l’Esprit universel, le moi supérieur, l’inconscient collectif ou personnel et l’ego individuel. Le moi supérieur, qui est notre véritable identité, jette un pont entre Dieu comme intelligence divine et l’humanité. Le développement spirituel est ce contact avec le moi supérieur qui permet de dépasser toute forme de dualisme entre sujet et objet, vie et mort, psychè et soma, moi et aspects fragmentaires du moi. Notre personnalité limitée est comme une ombre ou un rêve projeté par le moi authentique. Le moi supérieur contient le souvenir des (ré)incarnations précédentes. » (J-C, porteur d’eau vive, 2,3,4,1)

Nous sommes toujours dans un cadre spirituel, le cadre de la recherche du « Dieu intérieur » en soi. L’homme doit transcender son ego pour devenir le dieu qu’il est au fond de lui-même. Il y a dans l’homme un moi supérieur qui est regardé comme sa véritable identité. Le développement spirituel est le contact avec le moi supérieur qui permet de dépasser toute forme de dualisme entre sujet et objet, vie et mort, corps et âme, moi et les aspects fragmentaires du moi. Notre personnalité limitée est comme une ombre ou un rêve projeté par le moi authentique. En arrière-fond, il y a l’affirmation que les hommes sont reliés à l’unité du Tout. Ils sont donc vus, essentiellement, comme des êtres divins, bien qu’ils participent de cette divinité cosmique à des niveaux de conscience différents. Nous sommes co-créateurs et nous créons notre propre réalité.

C’est ce moi supérieur qu’il s’agit de rejoindre par un voyage intérieur, mais avec l’aide de techniques : la psychologie transpersonnelle se veut un alliage de science et de mystique — sans dogme. Des thérapies, plus exactement des psychothérapies, sont proposées pour faire ce voyage qui nous permet de découvrir notre place exacte dans l’unité du cosmos, de restaurer ce qui en nous est aliéné ou supprimé, d’élargir la conscience, de réaliser des expériences « ultimes » ou « mystiques », de fusion avec Dieu et avec le cosmos. Le salut, dans ce cadre, est la reconnaissance de la conscience universelle, qu’on peut aussi appeler Dieu — qui n’est pas un Dieu personnel. Dieu est en tout et notre esprit est une partie de Dieu. Point n’est besoin de Révélation ou de Salut venu de l’extérieur : il suffit de faire l’expérience du salut présent au fond de soi-même (auto-rédemption), grâce à la maîtrise des techniques psychophysiques menant à l’illumination définitive. Il n’y a pas de péché : il n’y a qu’une connaissance imparfaite.

L’un des éléments qui caractérise la psychologie transpersonnelle, c’est l’importance qu’elle accorde aux états de conscience élargis qui offrent la possibilité d’aller voyager dans les différents plans de la psyché, de l’archaïque au spirituel, de les reconnaître, et de les intégrer. Elle ne nie pas les découvertes de la psychologie traditionnelle, elle les intègre. Dans un processus thérapeutique classique, on s’intéresse à l’histoire biographique de la personne, à ce qui lui est arrivé depuis sa naissance, mais on laisse dans l’ombre ce qui s’est passé avant, notamment l’extrême influence du vécu de la naissance et de la vie périnatale sur le développement futur de cette personne. C’est donc ignorer l’ensemble plus vaste dans lequel s’inscrit son histoire, la possibilité de vies antérieures, les liens subtils qui l’unissent à d’autres êtres, à la nature elle-même et sa relation énergétique au monde des archétypes et des symboles qui tissent une trame avec laquelle nous avons à dialoguer.

La psychologie transpersonnelle s’attache aux dimensions spirituelle et créative de l’homme. Elle cherche à développer son potentiel par un parcours d’auto-rédemption. L’intérêt se porte sur la corporéité, les techniques d’élargissement de la conscience, les mythes de l’inconscient collectif, les symboles. La psychologie transpersonnelle est une connaissance immédiate, claire et directe de la vérité, en dehors de la raison. La méditation, le bien-être corporel, l’émanation d’énergies d’auto-guérison, les expériences parapsychologiques, le recours aux drogues hallucinogènes, servent de préparation à l’expérience d’illumination. Ces différentes techniques, ou thérapies, représentent le point de départ d’un processus de spiritualisation, de perfectionnement et d’illumination, qui contribue à améliorer la maîtrise de soi et la concentration psychique sur la « transformation » du moi individuel en « conscience cosmique ».

La spiritualité représente un potentiel thérapeutique sans fond et parallèlement, ce qui sert à l’amélioration du psychisme sera utilisé pour guérir le spirituel, ou tout au moins grandir dans la vie spirituelle : ennéagramme, psychogénéalogie, hypnose ericksonienne — permet d’accéder, aux ressources de son inconscient —, PNL — amélioration du comportement —, le processus de renaissance — technique respiratoire censée permettre au patient de revivre les événements traumatisants de sa venue au monde et de pouvoir enfin les dépasser —, ou tout simplement séances de guérison de tout genre. C’est cette problématique que des catholiques ont essayé plus ou moins d’acclimater en proposant des guérisons intérieures sous prétexte de les évangéliser.

La psychologie transpersonnelle pourrait bien être de nature prométhéenne : nous ne devons pas oublier que nous sommes des êtres humains, donc des êtres limités ; seul Dieu est Dieu, donc infini, et lui seul peut tout penser dans l’unité. Certains, comme A. Grün, prônent même une libération de notre finitude. Mais comment peut-on envisager une guérison de nos limites humaines. La psycho-spiritualité ne plonge pas seulement ses racines dans les religions ancestrales, particulièrement orientales, mais aussi dans les sciences humaines. Elle comporte une dimension pélagienne.

Une mise en forme similaire dans la psycho-spiritualité catholique

La littérature psycho-spirituelle a envahi les librairies catholiques. Elle répond à un désir omniprésent de guérison, de bien-être, et ce sont probablement ces livres qui ont la meilleure vente. Mais rares sont ceux qui ont conscience de ce que cette littérature véhicule. Comment les retraites de guérison intérieure ont-elles pu se greffer sur la foi catholique ?

Les catholiques ont proposé des sessions de guérison psychospirituelle dans les années quatre-vingt-dix. Mais à cause de l’ambiguïté du terme qui cachait difficilement une confusion entre le psychique et le spirituel, un autre vocabulaire a été utilisé : la guérison intérieure, la libération intérieure, la restauration intérieure, la pacification intérieure, mais le contenu reste le même. Par le biais de l’interaction du psychique et du spirituel, on cherche à guérir le couple, à guérir les enfants, à guérir ses souvenirs, à guérir ses maladies corporelles et avant tout à guérir ses blessures. Tout doit être guéri, même l’être et les limites de l’homme ! On peut se demander ce que la foi vient faire là-dedans ?

La spiritualité utilisée pour guérir le psychisme et le corps

On a pu constater que bien souvent des chrétiens trouvent dans leur foi force, courage, assurance. Alors pourquoi ne pas utiliser ce que propose l’Église au plan spirituel pour augmenter son bien-être, son potentiel ? Tout ce qui a une consonance de guérison dans le domaine religieux sera donc instrumentalisé pour guérir ce qui relève de la vie psychique et même de la vie corporelle. C’est dans la même ligne que ce qui s’est produit pour les embryons : on a découvert que les cellules embryonnaires avaient des capacités guérissantes, alors pourquoi ne pas instrumentaliser l’embryon ? Certains ont pensé que la liturgie, les sacrements, la Parole de Dieu, la famille, l’humanité du Christ et la sainte Famille, l’amour de Dieu, ont des propriétés guérissantes, et ils ont instrumentalisé la foi, en cherchant à utiliser tous les moyens de salut, et Dieu lui-même, dans un but thérapeutique. La foi a été mise en pièces à des fins thérapeutiques !

Mgr Rey a écrit : « Un large dispositif curatif est proposé depuis toujours par l’Église pour soulager et guérir les blessures du psychisme, du corps et de l’âme : sacrements…, adoration eucharistique, exorcisme, prières de guérison et de délivrance, exercices ascétiques, etc. » ! Il y a derrière cela une instrumentalisation du spirituel, une sorte de main mise sur Dieu. Le Nouvel Age, par le biais de la pyscho-spiritualité, a été inculturé dans le christianisme, si l’on peut dire.

La psychologie pour aider au développement de la vie spirituelle

On peut relever parmi les propositions catholiques qui prétendent concourir au développement de la vie spirituelle : l’ennéagramme, la guérison de l’arbre généalogique, les agapè ou agapèthérapies, les sessions de guérison intérieure, de restauration intérieure ou de délivrance, les « écoles de guérison » pour obtenir des guérisons de tous ordres, y compris physiques.

Une spiritualité catholique ou holistique ?

La psycho-spiritualité est-elle catholique ou holistique ? Un changement de mot pour désigner une réalité est toujours à considérer de près. Catholique, Kat’holon veut dire « selon le tout, la totalité » : c’est le Mystère de la foi qui donne forme à l’Église et la structure, et qui par conséquent donne sa forme propre à la lecture de l’Écriture et à la vie chrétienne ; et donc aussi à la morale et à la mystique, à la spiritualité comme on dit couramment. « Catholique » implique la référence à une source qui nous précède. Ce principe qui rassemble organiquement le tout de la Révélation est méconnu par l’holisme, qui regarde les phénomènes comme un grand tout indifférencié.

La question du charisme de guérison et des sacrements de la guérison

Les évêques canadiens déclaraient en 2003, pour le trente-cinquième anniversaire du Renouveau Charismatique : « Un trait saillant du Renouveau charismatique est son ministère de guérison ». D’emblée est affirmée l’existence d’un ministère de guérison. Mais ce ministère ne vient-il pas des milieux protestants et plus particulièrement évangéliques ? Que signifie pour un catholique, un ministère de guérison ? Et que dit le Catéchisme de l’Église Catholique sur la question ?

Un sens nouveau donné à la souffrance par la Pâque du Christ

Ici, le Catéchisme de l’Église Catholique est éclairant : « Ému par tant de souffrances, le Christ non seulement se laisse toucher par les malades, mais il fait siennes leurs misères : « Il a pris nos infirmités et s’est chargé de nos maladies » (Mt 8,17 ; cf. Is 53,4). Il n’a pas guéri tous les malades. Ses guérisons étaient des signes de la venue du Royaume de Dieu. Ils annonçaient une guérison plus radicale : la victoire sur le péché et la mort par sa Pâque. Sur la Croix, le Christ a pris sur lui tout le poids du mal (cf. Is 53, 4-6) et a enlevé le « péché du monde » (Jn 1, 29), dont la maladie n’est qu’une conséquence. Par sa passion et sa mort sur la Croix, le Christ a donné un sens nouveau à la souffrance : elle peut désormais nous configurer à lui et nous unir à sa passion rédemptrice » (CEC 505).

Le Christ a donné un sens nouveau à la souffrance par sa mort sur la croix. La dimension sacramentelle de l’Église, l’aujourd’hui de la mort et de la résurrection du Christ risquent d’être méconnues lorsqu’on parle de « ministère de guérison ». Le ministère de Jésus avant sa Pâque doit être regardé maintenant à la lumière de Pâques.

La place du charisme de guérison

Le Seigneur peut donner à certains un charisme de guérison, mais plus important que cela, c’est l’union à la passion du Christ dans la souffrance : « L’Esprit Saint donne à certains, un charisme spécial de guérison (cf. 1 Co 12, 9. 28. 30) pour manifester la force de la grâce du Ressuscité. Même les prières les plus intenses n’obtiennent toutefois pas la guérison de toutes les maladies. Ainsi saint Paul doit apprendre du Seigneur que « ma grâce te suffit : car ma puissance se déploie dans la faiblesse » (2 Co 12, 9), et que les souffrances à endurer peuvent avoir comme sens que « je complète dans ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ pour son Corps qui est l’Église » (Col 1, 24) ». (CEC 1508).

C’est cette même doctrine que l’on trouve dans L’Instruction sur les prières pour obtenir de Dieu la guérison, de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, parue en 2000. Guérir est un charisme et non pas un ministère : le charisme est un don fait à quelqu’un pour le bien de l’Église, don qui reçoit une reconnaissance de l’évêque, tandis qu’un ministère est un service de l’Église demandé par l’Église. Les ministères de guérison dans l’Église catholique sont les sacrements de la guérison.

Comparons avec les exercices spirituels ignaciens

Deux définition de la guérison intérieure parmi d’autres

Définition par un épiscopalien [Église anglicane américaine], George et Victoria Hobson :

La guérison intérieure est « l’action de Dieu en Jésus Christ — action à la fois puissante et tendre, opérée par le Saint Esprit à travers sa Parole, les sacrements, et la prière — pour guérir nos blessures psychiques générées par le péché des autres contre nous et aussi par des accidents et des événements d’histoire qui nous sont tombés dessus, comme les guerres ou les catastrophes naturelles. Ces blessures peuvent remonter jusqu’à la plus petite enfance, voire jusqu’au sein de la mère ; et parfois il y a même des blessures et des déformations qui sont transmises à travers les générations. »

La définition d’un catholique de la Communauté des Béatitudes, Bernard Dubois, est plus brève :

« La guérison intérieure s’opère par le regard miséricordieux du Christ posé sur nos blessures. Quatre étapes sont proposées pour orienter cette guérison :

– La prise de conscience des émotions qui nous habitent.

– La découverte du sens.

– Le choix de guérir ou la liberté de la volonté.

– L’expérience de l’union à Dieu. »

Au centre, les blessures psychiques générées par le péché des autres contre nous ; elles sont découvertes grâce aux émotions qui nous habitent. La liberté de la volonté entre en action pour la guérison ; et au terme : l’union à Dieu. On y retrouve des traces du voyage psycho-spirituel, le lien avec tous les êtres.

Recherche de la volonté de Dieu sur soi ou recherche de soi ?

Dans les Exercices spirituels des jésuites, le retraitant ayant médité sur son péché et fait l’expérience de sa fausse liberté, découvre que la vraie liberté ne peut être qu’un don gratuitement accordé en Jésus-Christ par Dieu lui-même. La vraie liberté, c’est l’ajustement de sa volonté à la volonté de Dieu. Mais quelle est la volonté de Dieu sur sa vie ? telle est la question que le retraitant se pose. Qu’est-ce que je fais de ma vie entière à la lumière de la volonté de Dieu ? Cette recherche de la volonté de Dieu entraînera inévitablement des mouvements intérieurs dans l’âme appelés motions qui se traduisent en consolations et désolations selon l’effet produit et sont à la source d’un combat spirituel. C’est par un discernement spirituel qu’on peut les reconnaître.

Péché ou blessure ?

La démarche psycho-spirituelle est centrée sur soi et non sur Dieu. La méditation sur le péché qui conduit à une fausse liberté est remplacée par la méditation sur les blessures qui entravent la liberté par la mise en place de réactions de défense, de protection. La recherche de la volonté de Dieu pour le servir, est devenue l’expérience du Christ qui descend dans les blessures pour les guérir.

La liberté intérieure qui permet une indifférence devant les pensées qui surgissent à l’esprit afin de discerner la volonté de Dieu, est remplacée par une libération des conséquences des blessures, par une libération de ce qui nous contraint. La guérison intérieure se veut être un processus qui nous rend libre pour le Christ. « La guérison consiste à être le moins contraint possible par les conditionnements. Elle vise la liberté intérieure pour pouvoir aimer Dieu et les autres plus profondément. »

Motions ou émotions ?

Alors que les motions par contre naissent d’un « toucher » divin, les émotions naissent d’un « toucher » par un objet extérieur. Chercher à connaître une blessure par le biais des émotions se réfère à l’affectivité sensible qu’il ne faut pas confondre avec l’affectivité spirituelle. Ce n’est pas l’expérience de foi qui est première mais le ressenti. La raison est absente.

Tout le cheminement décrit ici est lié à une gnose, et ne relève pas de la spiritualité chrétienne. Un seul indice : tous les grands spirituels catholiques enseignent qu’il faut se méfier des émotions, qu’il ne faut pas se laisser guider par le sensible dans la vie spirituelle. Vouloir s’ériger en maître spirituel en faisant fi de cet acquis de l’expérience séculaire, se croire investi d’une mission venant du Saint-Esprit pour révolutionner la spiritualité, ne peut que mal finir… Ce que nous avons sous les yeux en est une confirmation. Nous sommes en présence de ce que les anciens appelaient, dans la tradition catholique, l’orgueil des débutants. Saint Jean de la Croix a écrit : « Un certain orgueil secret porte les commençants à avoir quelque satisfaction de leurs œuvres et d’eux-mêmes. De là leur vient une certaine vanité, parfois très grande, à parler des choses spirituelles en présence des autres, et même quelquefois de vouloir les enseigner plutôt que de les apprendre. »

Une anthropologie a donc été bâtie qui exclut la raison et l’intelligence mais accorde un rôle presque unique à l’affectivité comprise comme la mémoire qui fait remonter des émotions. Cette perspective anthropologique est une véritable révolution copernicienne : la raison, l’intelligence, la volonté sont rayées de la carte, et les émotions occupent la première place. Nous retrouvons là le Nouvel Age, qui prône le passage de l’exaltation moderne de la raison à la valorisation des sentiments, des émotions et des expériences. Il y a un rejet de la raison accusée d’être froide, calculatrice et inhumaine.

Mettre quelqu’un dans ces conditions, c’est risquer de lui enlever à son insu toute possibilité de poser un acte libre ; il devient dès lors une proie facile à manipuler.

Le risque de remplacer la conversion par la guérison dans l’évangélisation

La guérison est-elle une nécessité pour que l’évangélisation soit authentique ? Car c’est la conception du salut qui est en cause, lorsqu’on parle de la guérison comme du troisième pilier de l’évangélisation, après l’inculturation du message et l’annonce de la Parole de Dieu. En fait, c’est la conversion et la foi, et non les prodiges, qui doivent accompagner la nouvelle évangélisation.

Pour la mouvance catholique issue du Renouveau et pour les évangéliques, le salut apporté par le Christ est étroitement articulé avec l’expérience personnelle de la guérison. La prédication est « Parole de Dieu », la guérison est « manifestation de Dieu ». C’est l’expérience de la guérison qui conduit alors à la foi.

Cela revient à dire que la subjectivité sauvée est devenue le socle sur lequel repose la foi, avec le caractère mouvant que cela implique. En fait nombre de chrétiens disent aujourd’hui implicitement : « Que m’importe que le Christ ait deux natures du moment qu’il est mon Sauveur », autrement dit : du moment qu’il guérit, que je suis guéri. Le lieu de cette guérison, qui se veut être expérience de Dieu, se vérifiera de façon privilégiée par les émotions, terrain mouvant s’il en est, et parfois dans le corps revenu à la santé.

Qu’en est-il en réalité du salut pour un catholique ? Le salut est un don qui transforme notre volonté, en l’unissant à l’offrande du Fils. Il nous unit à la kénose du Christ sur la croix, nous fait entrer dans son obéissance pascale qui est une obéissance filiale. La source de la sainteté, de la « santé », est là, dans la conversion de notre volonté pécheresse et pas dans la guérison.

Cependant la guérison est accordée à certains pour manifester dès maintenant la force de la résurrection à laquelle conduit l’Esprit qui nous unit à l’offrande du Christ.

Question ultime : quelle foi résultera d’une évangélisation centrée sur la guérison ?

 

Extraits du document de Sœur Marie-Ancilla « La guérison intérieure, catholique ou holistique ? »,

réadaptés en 2012 par le P. Dominique Auzenet .

Le texte complet de Sœur Marie-Ancilla  a été publié sous le titre : « Guérison et délivrance. Des ministères ? » ISBN 978-2-918865-17-9

Gnose, foi, et psychologie

Dans un commencement Dieu a créé le monde visible et invisible par sa Parole.

« Et Il vit que cela était bon. » Gn 1

« Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il les créa, homme et femme il les créa. » Gn 1,27.

« Et il vit que cela était très bon. » Gn 1, 31.

Tous les mots de la Genèse comptent, or chacun de ces mots est contesté par la gnose et les gnostiques.

Commencement, Bereshit en hébreu, Dieu crée le monde ex nihilo c’est-à-dire à partir de rien. Les gnoses donnent d’autres explications et contestent cette création de Dieu.

Dieu a créé. Les gnostiques disent que ce n’est pas Dieu qui a créé le monde, mais un démiurge indifférencié qui l’a organisé.

Par sa Parole. Pour la Bible, la Parole de Dieu est créatrice, à l’origine de toute création, et salvatrice en Jésus-Christ. Cette conception est contestée et même combattue par les gnostiques.

Homme et femme créés à l’image et à la ressemblance de Dieu.

Cela est bon. Pour eux la création n’est pas bonne, elle est la conséquence de la chute de l’esprit dans la matière

Et le serpent arrive. « Le plus rusé de tous les animaux des champs» Gn 3,1.

« Alors il dit à la femme. »

Avec qui voulons-nous engager le dialogue ?

Ce dialogue est fait de subtilités, qu’il s’agit de détecter dès le début. Le serpent est maître en subtilité mensongère, il fait dire à Dieu :

« Alors Dieu a dit : vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin ? » Gn 3, 1.

Dieu en réalité avait dit : « Tu peux manger de tous les arbres du jardin. Mais de l’arbre de la connaissance du bien et du mal tu ne mangeras pas, car le jour où tu en mangeras, tu mourras. » Gn 2,16.

La femme répondit au serpent. Et là est le drame, il ne faut pas écouter le serpent et il faut encore moins lui répondre, car il est le maître de l’embrouille. Continuer la lecture de « Gnose, foi, et psychologie »

Identification d’attitudes sources de dérives sectaire potentielles dans la vie communautaire ecclésiale

Nous allons tenter d’identifier quelques dangers de dérives présents au cœur de la vie chrétienne communautaire (paroissiale et/ou résidentielle). La vie chrétienne est par nature communautaire selon le paradigme présenté par le livre des Actes des Apôtres sur l’œuvre de l’Esprit en enfantement de l’Église primitive : « La multitude des croyants n’avait qu’un cœur et qu’une âme. Nul ne disait sien ce qui lui appartenait, mais entre eux tout était commun » (Ac 4,32). Cette vie communautaire se décline ensuite selon différents degrés d’intensité, conformément aux appels, aux vocations, aux engagements missionnaires, aux époques traversées, aux nécessités ecclésiales…

Il ne faut pas omettre de parler de la vie communautaire conjugale et familiale qui est sans doute la forme la plus spécifique et la plus répandue de la vie communautaire chrétienne, à condition qu’on la prenne au sérieux : la famille est une « église domestique », une petite cellule de la grande communauté ecclésiale. Mais précisément, des livres de plus en plus nombreux attirent notre attention sur les dérives présentes dans la vie familiale (je pense par exemple au livre récent de Christine Calonne, Petits abus de pouvoir en privé ; reconnaître les situations toxiques et poser des limites, Ixelles éditions, 2012 »)

Compte tenu de la floraison de Communautés nouvelles à partir des années 70-80, on serait tenté, pour parler de dérives sectaires en milieu ecclésial, de regarder d’abord de ce côté. En effet, le phénomène communautaire est clairement affirmé, donnant lieu à une créativité souvent mal encadrée, et donc donnant à terme plus de déviances à observer. Il semble même vraiment que la vie chrétienne communautaire résidentielle, le bouillon de culture communautaire, soit une sorte de milieu porteur de développement de déviances graves en rapport avec la volonté de puissance.

La vie chrétienne communautaire en paroisse est, en revanche, beaucoup plus souple, plus lâche, quelquefois inexistante pour des pratiquants réguliers ou occasionnels marginaux. Les dérives y semblent moins apparentes. C’est pourquoi nous puiserons plus d’exemples en milieu résidentiel qu’en milieu paroissial, sans être dupes cependant, sachant que la configuration de l’emprise manipulatoire se retrouve en tous milieux et toutes situations.

À vrai dire, les dérives apparaissent à partir de personnes particulières ayant un profil psychologique manipulateur. On a tort de penser immédiatement aux gourous de sectes notoires. Dans une famille, l’un des conjoints peut présenter ce profil. Dans une paroisse, un prêtre ou un laïc en responsabilité pastorale aussi. Dans une Communauté religieuse, le fondateur ou le responsable local peuvent être ou devenir de grands manipulateurs.

Ce profil psychologique se nourrit d’une position « en surplomb », qu’il s’agisse de la masculinité de l’époux, du statut de parent, de la responsabilité pastorale donnée par l’Église, du rôle d’organisateur issu d’une situation particulière… Dès que le manipulateur, de par son statut ou sa fonction, se trouve situé en plein cœur d’un groupe humain, l’emprise commence son travail de vassalisation. Par cercles concentriques, les personnes sont soumises et deviennent dépendantes… Il suffira ensuite qu’il mette en oeuvre certaines contraintes de pensée et d’action, pour aboutir à une unité formatée qui signera la dérive sectaire.

Cependant, l’objectif poursuivi dans cette formation n’est pas d’abord sociologique, mais pastoral : chercher à repérer les situations et attitudes toxiques, pour poser des limites, mais aussi pour nous convertir et éradiquer ces situations et attitudes comme on arrache la mauvaise herbe dans un jardin. En ce sens, une observation avisée et transversale peut aboutir à pointer un certain nombre de réalités déviantes que l’on trouve aussi bien dans la vie communautaire résidentielle, que paroissiale ou familiale.

Il faut dire un mot enfin du terme employé : « dérives sectaires ». En effet, vous le savez, en France et en Europe, on parle de moins en moins souvent de « sectes ». « Comme le droit français, la Cour européenne refuse d’utiliser la notion de secte, extrêmement dangereuse dans la mesure où elle est généralement définie par la doctrine à l’aune de la notion de religion. Autrement dit, une religion serait une secte qui a réussi, et une secte serait une religion en devenir. Cette définition, adoptée aux États-Unis, constitue en réalité un moyen pour les sectes d’affirmer leur légitimité, en se présentant comme un groupe de fidèles réunis autour d’une foi partagée. Tel est le cas des Témoins de Jéhovah et des Mormons qui parviennent, peu à peu, à obtenir le statut de religion, avec l’aide de la Cour européenne. Accepter que les Témoins de Jéhovah soient considérés comme une religion ne conduit cependant pas à étendre ce statut à tous les groupements dirigés par des gourous plus ou moins allumés, plus ou moins dangereux pour les adeptes, parfois fort peu nombreux.

C’est la raison pour laquelle le droit français se réfère à la notion de dérive sectaire, qui s’applique lorsqu’un groupement « poursuit des activités ayant pour but ou pour effet de créer, de maintenir ou d’exploiter la sujétion psychologique ou physique des personnes qui participent à ces activités ». Cette formulation, issue de la loi About-Picard du 12 juin 2001, donne ainsi une définition pénale de la dérive sectaire. Il n’y a pas de lutte contre les sectes, mais une lutte très affirmée contre la manipulation mentale, l’abus de faiblesse, l’escroquerie, la pédophilie, et autres pratiques illicites. » (Roseline Letteron, www.contrepoints.org/2012/07/23/91239-les-raeliens-devant-la-cour-europeenne-tout-ce-que-vous-voulez-savoir-sur-les-sectes-sans-oser-le-demander). Je vous renvoie aux textes spécifiques sur la notion de dérive sectaire mis en ligne sur notre site par un lien qui redirige vers site de l’Unadfi.

Ceci posé, la problématique spécifique de la réflexion menée ici concerne la vie ecclésiale. Cela peut nous paraître normal, en nous disant que l’Église vit en interpénétration avec le monde, et qu’on risque donc de retrouver en son sein la plupart des déviances de la société. Cela peut nous paraître déplacé, parce que nous préférons nous attacher à une vision prégnante de la sainteté de l’Église, à la manière de saint Paul qui écrit : « Il voulait se la présenter à lui-même toute resplendissante, sans tache ni ride ni rien de tel, mais sainte et immaculée » (Ep 5, 27). Cela peut nous paraître certainement scandaleux, parce que nous sommes réticents (jusqu’au déni) à regarder en face et à accepter comme vraie, la ruse suprême dont est capable le Mal, à savoir qu’il est présent là où l’on ne l’attend pas…

Notre réflexion ne consistera pas à pointer des attitudes évangéliques faussées. Mais à affirmer que la secte peut rentrer dans l’Église. Elle pourra sembler bien négative, ou noire. Il ne faut ni la majorer ni la minimiser. Il faut simplement regarder en face, aussi pénible soit-il, que la ruse suprême du Mal est d’arriver à se dissimuler non seulement sous l’apparence du bien, mais du meilleur… Ne pas vouloir en parler parce que cela peut sembler trop extrême, c’est accepter que tout soit rendu impossible à Dieu, par notre silence complice qui rend alors tout possible au Mal.

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Conférence donnée pour la Pastorale Nouvelles Croyances et Dérives Sectaires, diocèse du Mans, par le P. Dominique Auzenet en 2012.

Les Mandalas

Qu’est-ce qu’un mandala ?

Les mandalas sont des figures circulaires surchargées de figures géométriques et de représentations symboliques et mythologiques que l’on trouve initialement dans le monde indo-bouddhiste et dans le lamaïsme tibétain.

Les mandalas sont des représentations spirituelles de l’ordre du monde. Le mandala a pour fonction d’aider l’adepte à poursuivre son chemin vers l’illumination. Au centre du mandala, est supposée se tenir la présence divine.

Selon le degré d’initiation le centre du mandala représente différents symboles comme le météorite du diamant du tantrisme indien qui symbolise l’union dissolution des principes opposés ou féminin masculin.

Mandala tibétain avec un gigantesque démon faisant tourner la roue du 
devenir.


Mandala ésotérique

Pouvons-nous utiliser le mandala dans une perspective chrétienne ?

Pourquoi pas ? Toutefois, réfléchissions un peu.

La vie est une trajectoire comme l’histoire du monde et de l’humanité. Saisir tout dans un cercle est enfermant. Les rosaces illustrent souvent des scènes ou sont des agencement de couleurs belles et décoratives qui n’enferment pas dans une logique.

Le mandala ramène tout au centre qui est finalement l’unité de soi, alors que la vie spirituelle est une sortie de son ego pour s’ouvrir à une Parole qui n’est pas mienne.

Le mandala est une invitation à l’enstase, alors que la prière invite à l’extase au sens mystique d’un contact avec une hyper réalité.

Quelle est notre conception de la Parole de Dieu si nous la présentons sous forme de « mandalas bibliques » ?

C’est la question que je me suis posée à propos des sessions de méditation bibliques proposées par le Fr. Louis Rabec à l’Abbaye de Ligugé.

Évidemment, c’est tentant de faire des synthèses sous cette forme. Certaines peuvent sembler assez simples et intéressantes, d’autres quelque peu sophistiquées et pas forcément très belles.

La Parole de Dieu n’est pas faite de mots juxtaposés. Elle exprime la vie et ne peut être schématisée.

Le mandala provoque une fascination quasi hypnogène avec une impression d’avoir tout perçu et saisi de manière immédiate.

Or la Parole de Dieu nécessite le temps de l’écoute, qui ne peut être réduit à une image englobante qui se suffit à elle-même.

Les suites de mots sans phrases déstructurent la pensée en l’ossifiant comme un squelette desséché. Au fond, on ne quitte pas une certaines forme d’exégèse qui « met à plat » le texte biblique pour le faire « fonctionner »…

Les icônes ou les représentations de visages ou de scènes de l’Évangile manifestent une présence qui nous invite à pénétrer dans le mystère de l’incarnation et de la résurrection.

Elles sont éclairés d’une lumière visible aux yeux de chair et irradiée par l’invisible Lumière du Ressuscité, reçue dans la Foi.

Le mystère de la Foi ne se réduit donc pas un agencement de mots, mais à une douce présence qui réchauffe le cœur des disciples d’Emmaüs à aujourd’hui.

Une instrumentalisation de la Parole divine ?

La réflexion proposée par Louis Rabec, « Mandala et Vie Spirituelle : quel rapport ? », comporte des aspects intéressants :

On a remarqué que la pensée sémite est de type concentrique : les thèmes pointent vers un centre qui, pour nous chrétiens, est Jésus Christ : il accomplit les Écritures; les thèmes bibliques du premier Testament sont repris dans le Nouveau et concourent à définir l'être et la mission de Jésus, tels que les évangélistes et les autres auteurs du Nouveau Testament se sont efforcés de nous le présenter.

Mais en même temps, elle pose question :

Il n'est donc pas étonnant que la pensée chrétienne, en particulier la vie spirituelle, puisse être proposée en schémas concentriques qui ont Jésus comme point de convergence. C'est pourquoi nous n'avons pas hésité à nous servir de dessins concentriques, qui peuvent faire penser aux mandalas, pour annoncer notre foi chrétienne sous ses différents aspects. On notera que les dessins centrés ont un effet unifiant et apaisant sur le psychisme. En se centrant sur le Christ, on voit le bénéfice que l'on peut en tirer pour la prière.

On a l’impression d’une certaine instrumentalisation de la Parole divine. Le mandala permettrait-il l’unification intérieure, la pacification du psychisme, et deviendrait-il une porte d’entrée ouvrant sur la prière ?

Ne seraient-ce pas les mêmes arguments qu’on nous propose lorsqu’on nous dit que la méditation de pleine conscience (centrée sur l’accueil de ses propres émotions et ressentis) permettrait de mieux prier après ?

Abus spirituels dans l’Église

Voici un livre qui tombe à point, j’allais presque dire un livre en avance sur son temps. Dans la purification que vit l’Église aujourd’hui, il devient indispensable de regarder de près le « fonctionnement » de l’autorité côté ecclésial. Car les abus sexuels ne sont que la manifestation d’une emprise plus subtile qui est celle de l’abus spirituel.

Il faut lire et travailler ce livre. Je vous propose de regarder la table des matières.

Présentation des auteurs sur le site de l’Éditeur.

Voici la CONCLUSION du livre :

Des personnes sont victimes d’abus de pouvoir spirituel et de dérives sectaires dans l’Église. Les mécanismes pernicieux de démolition des sujets ont été évoqués par celles qui ont retrouvé la parole, au cours d’un long chemin de reconstruction.

Des individus isolés ou des fondateurs de communautés religieuses ont mené des vies dissolues, ont été des menteurs éhontés, des prédateurs sexuels ou des tyrans: cette réalité reste encore difficilement admissible pour beaucoup. Le panorama est sombre. Des groupes catholiques se fourvoient encore dans l’autosuffisance, l’autosatisfaction et l’auto-référencement. Le message chrétien est détourné au profit de maisons sans fondement qui croient avoir inventé la poudre et où l’autre n’existe plus.

Au nom de Dieu, la route qui peut y conduire est donc barrée. Pour reprendre un mot du pape François, c’est « la zizanie ». De fait, le dévoiement des uns entraîne la déroute complète des autres. Pourtant, des vulnérabilités et des pathologies sont connues, des processus menant à des déviances sont connus, la confusion des pouvoirs tout autant. Pour cause d’ignorance, de naïveté ou de mépris des réalités humaines, la prise en compte de victimes d’abus dans l’Église y reste insuffisante et parfois navrante. Pour beaucoup, les motifs d’espérer dans un aggiornamento de l’Église s’amenuisent ou disparaissent. Échanges en privé ou visites canoniques aux résultats non clairement divulgués ne servent pas forcément à écarter des personnalités difficiles, des responsables dangereux ou des faux-prophètes. Ni même à réformer, voire à rayer de la carte ecclésiale des instituts.

Ouvrir les yeux et déplacer son regard avec réalisme et sans cléricalisme conduit à se poser des questions: qui peut être désormais pris au sérieux en interne pour accompagner des changements nécessaires? Ou pour assurer de la prévention des abus? Mais aussi, eu égard à l’ampleur de la crise, qui doit être démis et qui doit partir? Ceux et celles qui se sont sentis très mal, des victimes, ou plutôt des responsables?

« Pécheurs » pardonnés trop vite, victimes écoutées trop lentement: alors, qui va enfin pouvoir dire que tout n’est pas pourri dans l’Eglise catholique? Accueillir le fait qu’il existe des tordus partout, améliorer certaines règles dans l’Église pour arrêter l’hémorragie sans pour autant chercher à faire du nombre, exercer sa vigilance à déconstruire sa naïveté, faire fi de ses résistances culturelles et cultuelles pour agir dans un souci de justice vis-à-vis de ceux et celles qui, courageux, ont levé le voile sur des abus : cela peut servir.

Qu’ils soient ici vivement remerciés pour leur écœurement fondamentalement constructif. Faire quitter le monde des bisounours à ceux et celles qui, forgés dans le culte du oui, ont parfois encore tant de difficulté à savoir dire non quand c’est nécessaire, c’est le début de la prévention des abus.

DA, 8 avril 2019

La nourriture carnée dans la Bible

Le numéro 54 de la petite école biblique, sur le site petiteecolebiblique.fr

Contenu du livret

La volonté d’un monde harmonieux

Les prescriptions concernant la viande

Pourquoi tant de sacrifices d’animaux dans la Bible ?

Débats dans l’Église primitive

La communion eucharistique, du cannibalisme ?

Le respect de l’intégrité de la Création

Conclusion

Annexe : l’enseignement de l’Église catholique

Pourquoi manger végétarien ou végétalien ? Les slogans des associations promotrices du végétarisme sont tout à fait respectables : « Je prends soin de ma santé; je découvre une alimentation délicieuse et conviviale; je réduis la souffrance animale; j’agis pour la planète »… Il faut bien avouer que la Bible ne dit pas grand-chose sur le sujet, et qu’on ne saurait se prévaloir des lumières de la Révélation chrétienne comme racine d’un choix qui ne relève que de la conscience de chacun. Quant au véganisme, très en vogue actuellement, la moisson biblique est inexistante.