Veillée du pape au Stade de France : Une relique ne constitue pas un dogme, mais la foi a besoin de signes

Jean-Baptiste Darantière; Directeur artistique et metteur en scène de la grande veillée du Pape au Stade de France. Sur le site de La Croix, 28 oct. 2026.

Reliques, sanctuaires, légendes : la grande veillée du pape au Stade de France, le 25 septembre 2026, a ravivé le débat sur leur place dans la célébration de la foi chrétienne. Jean-Baptiste Darantière, metteur en scène de la soirée, revient sur ses choix artistiques et religieux, répondant à un texte du théologien Jean- François Chiron.

Le christianisme est une foi incarnée. Par amour ultime pour sa création, le Père offre son Fils, lui fait don d’un corps, le vêt d’un visage. Et le Fils connaît le froid, la faim, les joies et les peines : la vie humaine dans sa complexité matérielle et sa beauté surnaturelle.


Quoi de plus évident que l’expression de notre foi puisse s’ancrer dans la matière, dans les démonstrations physiques, dans les odeurs ou dans les sons ? La liturgie n’est-elle pas elle-même profondément ancrée dans cette « matérialité » ? L’encens, les saintes huiles, les bougies, les fleurs, les icônes, les cantiques sont autant d’outils matériels ou tangibles qui accompagnent les prières des fidèles depuis des siècles.

La matière au service du sacré


La veillée des jeunes avec le Saint-Père au Stade de France n’a pas échappé aux règles de cette liturgie. Malgré les différences de chapelles ou de façon de prier, l’unité devait être le maître mot de cette soirée autour de notre Pasteur. Cette communion ecclésiale pour être pleinement vécue, devait toucher les cœurs de chacun avec la même intensité.

Outre les styles de prières ou de musiques propres à chaque sensibilité, il fallait nous tourner vers ce qui nous unit : l’héritage spirituel, historique et culturel dont nous sommes tous les dépositaires. Il fallait mettre en scène dans une même symphonie les siècles d’histoire chrétienne, les symboles, les personnages, les exemples et vertus nous ayant précédés

Trouver le bon équilibre entre histoire et légendes

Lorsque l’on parle de spectacle, la tentation est forte de ne vouloir traiter que de faits historiques établis ou, au contraire, de ne mettre en lumière que des chroniques ou des légendes. Quel que soit le parti pris, la critique n’en sera qu’évidente : on reprochera soit un cours d’histoire aux racines toujours insuffisamment profondes, soit une légèreté de ton faisant passer l’héritage
chrétien pour un conte pour enfants.

Il convient cependant de rappeler que depuis des siècles, nombre de fidèles empruntent les sentiers escarpés de la Sainte-Baume, dont la tradition provençale veut que la grotte soit l’ultime demeure de sainte Marie Madeleine, sans que ce récit ne soit historiquement attesté. Les prières et dévotions de ces pèlerins en sont-elles mauvaises pour autant ?

De même, la vénération du voile dit « de la Vierge » exposé en la cathédrale de Chartres est-elle répréhensible car l’étoffe ne dispose pas de son certificat d’authenticité ? Enfin, ne plaisante-t-on pas du fait qu’on pourrait reconstituer une forêt entière en assemblant les reliques qui se prétendent de la vraie croix?

La ferveur populaire n’est pas un mépris de l’histoire

Certains verront peut-être un danger à la dévotion de ces lieux ou vestiges. Pourtant, ces derniers ont souvent (oserai-je dire toujours ?) été le soutien visible de la prière de générations de fidèles. Cette ferveur populaire, cette « foi du charbonnier », ne doit pas être considérée comme méprisante envers le travail de l’historien ou l’analyse du théologien.

Une relique ne constitue pas un dogme. Un sanctuaire n’est pas une preuve de foi. Ils constituent tous deux des soutiens matériels, des chemins, des directions qui animent les prières et aiguillonnent les ferveurs. Ils sont des moyens de faire mémoire et de tourner nos yeux et nos âmes vers celui qui mérite notre véritable adoration.

L’art et le spectacle possèdent en cela un langage singulier : ils choisissent l’émotion pour toucher les cœurs, pour ouvrir une lucarne sur l’âme et permettre par la suite à la grâce d’agir. Depuis deux mille ans, peintures, cantiques, cathédrales ou vitraux donnent vie aux récits bibliques et aux traditions chrétiennes, sans pour autant ambitionner de devenir des preuves irréfutables de ces mêmes récits.

Ils ne font que les mettre en lumière, rendant accessibles au plus grand nombre un monde spirituel et une espérance qui nous dépassent. Ils sont vecteurs de ferveur et d’évangélisation. C’est dans cette droite ligne que s’inscrivait la grande veillée du Stade de France. Ni cours d’histoire, ni litanie de faits historiques, mais fresque onirique de la mémoire chrétienne où grandes figures et traditions séculaires partagent la même scène. Où costumes de théâtre et reliques vieillissantes prennent de concert la même lumière.

La veillée du Stade de France, vitrail du XXIe siècle

Le 25 septembre dernier, à Saint-Denis, des milliers de jeunes ont prié et chanté ensemble. Des sensibilités diverses ont vibré de la même joie et dans une même communion. La mise en scène s’est faite vitrail du XXIe siècle, non pour imposer une lecture unique et passéiste, ni pour ériger en vérité des traditions ancestrales, mais pour colorer cette unité de l’Église.

Nous avons besoin d’historiens et de théologiens exigeants. Nous avons aussi besoin d’artistes, de pèlerins, de gestes, de symboles, de lieux, de reliques, de souvenirs, de traditions. Et l’Église s’appauvrira si elle place ces langages dos-à-dos plutôt que face-à-face, car ce qui nous unit dans le Christ est infiniment plus grand que ce qui nous divise.

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