La foi catholique est mise au défi des « nouvelles spiritualités »

Avec Sœur Catherine, religieuse ermite dans les Alpes. Auteur de Manuel de vigilance spirituelle – comment éviter les problèmes de l’esprit (éditions du Relié)

Hier au Grand Rex à Paris, un colloque exceptionnel portait sur « la conscience et l’invisible ». C’était le dimanche des Rameaux mais plutôt que d’écouter l’évangile de saint Matthieu, une foule de quelque 2500 personnes a payé jusqu’à 100 euros pour venir écouter de nouveaux prêcheurs, sans église ni dogme mais qui, armés d’un discours sur la conscience, entendent répondre au désarroi de nos contemporains.

Les sujets étaient passionnants : expérience de mort imminente, médiumnité, réincarnation, communication animale, guérisons inexpliquées, tous ces phénomènes s’agrègent sous l’étiquette des « nouvelles spiritualités ». Dans cet univers, la conscience englobe toute réalité et la réalité tout entière baigne dans la conscience. Le péché et le salut n’existent pas. La nature humaine n’est ni à réparer ni à sauver par un sacrifice. Il s’agit de découvrir en soi le potentiel infini de sa conscience.

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Choisir, tout un art. Saint Ignace de Loyola nous y aide

Père Bernard BOUGON, consultant, membre de l’Institut de discernement professionnel, ancien aumônier national du Mouvement chrétien des cadres dirigeants. Coauteur avec Laurent Falque de L’art de choisir avec Ignace de Loyola (éditions Ignace de Loyola)

La force, et peut-être aussi la faiblesse, de la démocratie, c’est qu’elle nous oblige à choisir, afin d’obtenir l’adhésion, de fabriquer du consentement, ce qui est nécessaire à la confiance, pilier de l’autorité, sans laquelle nulle société ne peut avancer. Mais choisir est un art, qui ne confond pas avec le fait de décider.

Les élections municipales offrent à la fois un prétexte et un contexte pour aborder un sujet beaucoup plus sérieux que celui de la gestion communale, sujet qui est celui de l’entretien que l’on se doit d’accorder à son âme. Saint Ignace de Loyola (1491-1556), fondateur des jésuites, lui fait passer une sorte de contrôle technique, avec ses fameux exercices spirituels et le discernement des esprits, lesquels ne sont pas comparables aux méthodes de développement personnel dont se repaît l’homme contemporain en recherche. L’essentiel est d’entrer dans un processus permettant de trouver la vocation qui est la nôtre, et d’apprendre à repérer les mouvements profonds qui nous animent.

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Mise en garde contre l’IA Catholique

Par Dr Lily M. Abadal,

https://www.thepublicdiscourse.com/2025/11/99435/

Dr. Lily M. Abadal est professeur adjoint d’enseignement en philosophie à l’Université de Floride du Sud. Elle se spécialise dans l’éthique normative, la psychologie morale et la théorie des vertus, en mettant l’accent sur la façon dont les pratiques en forme de tradition informent le caractère. Ses projets actuels explorent les blessures morales, la souffrance et la désorientation, ainsi que les dimensions éthiques de l’intelligence artificielle dans l’éducation et les milieux professionnels. Son travail apparaît dans Teaching Philosophy, Journal of Religious Ethics, Frontiers in Sociology et plusieurs volumes édités de Bloomsbury, Routledge et Springer.


Nous ne sommes pas des machines, et nous ne saurions être bien formés par elles. La formation humaine doit être avant tout humaine, même s’il est plus facile et plus rapide de soumettre nos questions à une machine.

Si vous êtes catholique et que vous avez rencontré des publicités pour Magisterium AI et Truthly AI, vous avez probablement été intrigué, tout comme moi.

Truthly AI se présente comme un compagnon IA catholique, permettant aux utilisateurs « d’engager des conversations significatives et d’obtenir des réponses à n’importe quelle question ou problème ». C’est une promesse audacieuse. La promesse de Magisterium AI est similaire. Elle prétend donner « des réponses précises à vos questions spécifiques sur la foi et les mœurs » et pouvoir aider à clarifier des doctrines difficiles telles que la Trinité.

En apparence, ces outils semblent au pire inoffensifs et au mieux édifiants. C’est d’autant plus le cas que leurs modèles prétendent être exclusivement entraînés sur des textes canoniques et les enseignements officiels de l’Église. Toutefois, la prudence est de mise. Pour quatre raisons principales, nous devrions encourager les jeunes à procéder avec une précaution extrême, et nous ne devrions pas nous hâter de recommander l’usage de tels outils dans la catéchèse.

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Les phénomènes mystiques et la sainteté

DISCOURS DU PAPE LÉON XIV AUX PARTICIPANTS AU CONGRÈS  DU DICASTÈRE DES CAUSES DES SAINTS  « LA MYSTIQUE. LES PHÉNOMÈNES MYSTIQUES ET LA SAINTETÉ» (jeudi 13 nov. 2025)

Que ce soit à travers la réflexion théologique, la prédication ou la catéchèse, l’Église reconnaît depuis des siècles que la conscience d’une union intime d’amour avec Dieu se trouve au cœur de la vie mystique. Cet événement de grâce se manifeste à travers les fruits qu’il produit, selon la parole du Seigneur: «Il n’y a pas de bon arbre qui produise un fruit gâté, ni inversement d’arbre gâté qui produise un bon fruit. Chaque arbre en effet se reconnaît à son propre fruit; on ne cueille pas de figues sur des épines, on ne vendange pas non plus de raisin sur des ronces» (Lc 6, 43-44).

La mystique se caractérise donc comme une expérience qui dépasse la simple connaissance rationnelle, non pas grâce à celui qui la vit, mais grâce à un don spirituel qui peut se manifester de différentes manières, voire par des phénomènes opposés, tels que des visions lumineuses ou une obscurité dense, des afflictions ou des extases. En soi, cependant, ces événements exceptionnels restent secondaires et non essentiels par rapport à la mystique et à la sainteté elle-même : ils peuvent en être des signes, en tant que charismes singuliers, mais le véritable but est et reste toujours la communion avec Dieu, qui est «interior intimo meo et superior summo meo» (saint Augustin, Confessions, III, 6, 11).

Par conséquent, les phénomènes extraordinaires qui peuvent caractériser l’expérience mystique ne sont pas des conditions indispensables pour reconnaître la sainteté d’un fidèle : s’ils sont présents, ils renforcent ses vertus non pas comme des privilèges individuels, mais parce qu’ils contribuent à l’édification de toute l’Église, corps mystique du Christ. Ce qui compte le plus et qui doit être souligné dans l’examen des candidats à la sainteté, c’est leur conformité pleine et constante à la volonté de Dieu, révélée dans les Écritures et dans la Tradition apostolique vivante. Il est donc important de faire preuve d’équilibre : de même qu’il ne faut pas promouvoir les causes de canonisation uniquement en présence de phénomènes exceptionnels, il faut également veiller à ne pas pénaliser ces causes si ces mêmes phénomènes caractérisent la vie des Serviteurs de Dieu.

Avec un engagement constant, le Magistère, la théologie et les auteurs spirituels ont également fourni des critères permettant de discerner si l’on a affaire à des phénomènes spirituels authentiques, qui peuvent se produire dans un climat de prière et de recherche sincère de Dieu, ou à des manifestations qui peuvent être trompeuses. Afin de ne pas tomber dans l’illusion superstitieuse, il faut considérer avec prudence de tels événements, à travers un discernement humble et conforme à l’enseignement de l’Église.

Condensant presque cette pratique, sainte Thérèse d’Avila affirme: «Il est évident que la souveraine perfection ne consiste pas dans les consolations intérieures, ni dans les sublimes ravissements, ni dans les visions, ni dans l’esprit de prophétie. Elle consiste à rendre sa volonté si conforme à celle de Dieu que, dès que nous comprenons qu’une chose est voulue par Lui, nous nous y attachons de tout notre vouloir ; à recevoir enfin avec une égale allégresse ce qui est doux et ce qui est amer dès que nous savons que tel est le bon plaisir de Sa Majesté». [1]

Ces paroles correspondent à l’expérience vécue par saint Jean de la Croix, selon lequel l’exercice des vertus est le germe d’une disponibilité passionnée pour Dieu, de sorte que sa volonté et la nôtre deviennent «une seule volonté dans un consentement prompt et libre», [2] jusqu’à la transformation de l’amant en l’Aimé. [3]

Au cœur du discernement au sujet d’un fidèle, l’on trouve l’écoute de sa réputation de sainteté et l’examen de sa vertu parfaite, expressions de la communion ecclésiale et de l’union intime avec Dieu. En accomplissant ce précieux service, ceux d’entre vous qui travaillent dans le domaine des Causes de canonisation sont particulièrement appelés à imiter les saints et à cultiver ainsi la vocation qui nous unit tous en tant que baptisés, membres vivants du seul peuple de Dieu.


[1] Sainte Thérèse de Jésus. Fondations 5, 10; cf Id., Le Château intérieur, I, 2, 7; II, 1, 8.

[2] Saint Jean de la Croix, La Vive flamme d’amour 3, 24.

[3] Cf Id., Cantique spirituel, 22, 3.

L’article de VaticanNews sur cette audience

La face cachée de l’Emmanuel

Olivier Perret vient de publier aux éditions Golias un ouvrage-enquête sur la Communauté de l’Emmanuel, intitulé « La face cachée de l’Emmanuel – Enquête sur la plus influente communauté catholique de France » .

En effet, quel catholique français pratiquant aujourd’hui n’a jamais entendu parler de la Communauté de l’Emmanuel ? Quel catholique n’a jamais chanté l’un de ses chants, lu l’un des très nombreux livres édités par sa maison d’édition, vu l’un des films distribués par sa société SAJE, participé à l’un de ses événements spirituels ou ses activités associatives, ou bien encore, écouté l’un de ses prêtres en paroisse ou sur les réseaux sociaux ? Il est tout simplement impossible d’être catholique aujourd’hui en France sans jamais avoir directement ou indirecte été en contact avec les actions de l’Emmanuel.

Golias Hebdo n° 885 (Fichier pdf) interview d’Olivier Perret

Pour acheter le livre

Le livre, qui paraît au moment de l’annonce d’une visite canonique, est intéressant comme base de données concernant la toile tentaculaire des activités de l’Emmanuel. L’influence de cette communauté dépasse très largement ses quelque 6 000 communautaires en France.

Pour les personnes ignorant tout des abus d’emprise et d’hypocrisie présents à l’intérieur de la Communauté, nul doute que ce livre constituera une surprise.

En même temps, il est clair que le positionnement personnel d’Olivier Perret est très en phase avec la permissivité de la société, ce qui nuit à son analyse dans certaines pages.

La visite canonique

La Communauté de l'Emmanuel avait dit haut et fort qu'elle-même avait demandé une visite canonique... On voit que ce n'est pas le cas en lisant ce décret paru le 24 octobre 2025 :

Décret du Conseil pontifical pour les Laïcs, la Famille et la Vie, concernant la prochaine visite apostolique de la Communauté de l’Emmanuel, communiqué à la retraite de la Fraternité de Jésus à Paray-le Monial.
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 » […] Le dicastère pour les laïcs, la famille et la vie, dans l’exercice de ses compétences en matière d’accompagnement et de développement des associations de fidèles, a dernièrement reçu de nombreux signalements de la part des évêques, ainsi que des membres de la communauté de l’Emmanuel. Les signalants ont fait part à ce dicastère de leur perplexité et de leurs inquiétudes détaillées, qui sont confirmés par le rapport du modérateur datant du 3 octobre 2024, concernant:
🔸une gestion centralisée du gouvernement,
🔸une intégration inadéquate de l’association dans la vie des églises locales (diocèses), en particulier en ce qui concerne les rapports entre les prêtres membres et les évêques,
🔸des points critiques dans la gestion des paroisses confiées à la communauté,
🔸des insuffisances dans le traitement des cas d’abus survenus au sein de la communauté.

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