Veillée du pape au Stade de France : Une relique ne constitue pas un dogme, mais la foi a besoin de signes

Jean-Baptiste Darantière; Directeur artistique et metteur en scène de la grande veillée du Pape au Stade de France. Sur le site de La Croix, 28 oct. 2026.

Reliques, sanctuaires, légendes : la grande veillée du pape au Stade de France, le 25 septembre 2026, a ravivé le débat sur leur place dans la célébration de la foi chrétienne. Jean-Baptiste Darantière, metteur en scène de la soirée, revient sur ses choix artistiques et religieux, répondant à un texte du théologien Jean- François Chiron.

Le christianisme est une foi incarnée. Par amour ultime pour sa création, le Père offre son Fils, lui fait don d’un corps, le vêt d’un visage. Et le Fils connaît le froid, la faim, les joies et les peines : la vie humaine dans sa complexité matérielle et sa beauté surnaturelle.


Quoi de plus évident que l’expression de notre foi puisse s’ancrer dans la matière, dans les démonstrations physiques, dans les odeurs ou dans les sons ? La liturgie n’est-elle pas elle-même profondément ancrée dans cette « matérialité » ? L’encens, les saintes huiles, les bougies, les fleurs, les icônes, les cantiques sont autant d’outils matériels ou tangibles qui accompagnent les prières des fidèles depuis des siècles.

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Les EMI dites ‘négatives’

Avec Penny Sartori, infirmière en soins palliatifs, docteure en philosophie, Royaume-Uni.

Que se passe-t-il quand une expérience de mort imminente est terrifiante ? Penny Sartori a été infirmière en soins intensifs de 1993 à 2011. En 1997, elle lance la première étude prospective à long terme du Royaume-Uni sur les EMI, sous la supervision du Dr Peter Fenwick et du Pr Paul Badham : cinq ans de recueil de données auprès d’environ 300 patients, interrogés parfois quelques minutes après un arrêt cardiaque, puis trois ans d’analyse.

Elle préfère parler d’expériences « effrayantes » plutôt que « négatives » : malgré leur caractère traumatisant, certaines produisent à long terme des transformations bénéfiques. Elle revient sur l’histoire de ces cas longtemps ignorés, sur les catégories établies par Margot Grey, Nancy Bush et Bruce Greyson, et sur un fait troublant : aucune des grandes études prospectives — Sabom, van Lommel, Parnia, Greyson — n’en rapporte un seul cas, quand la sienne en compte 13 %.

Elle écarte enfin plusieurs idées reçues. Non, ces expériences ne concernent pas les « mauvaises personnes ». Non, elles ne s’expliquent pas par les anesthésiques ni par une culpabilité refoulée. Et elle raconte le cas d’une patiente en fin de vie, terrifiée à l’idée de mourir parce qu’elle était déjà « partie » cinq ans plus tôt.

Conférence enregistrée lors des 2èmes Rencontres internationales sur les expériences de mort imminente, organisées par Sonia Barkallah.

Une étude à connaître.

« Les pieuses légendes assenées comme des évidences lors de la veillée du Stade de France discréditent l’Église »

Jean-François Chiron, théologien, sur le site de La Croix

Le théologien Jean-François Chiron regrette la présentation sur le même plan des grandes figures chrétiennes de la France et de contrevérités historiques à la veillée des jeunes, lors du voyage du pape en France. Selon lui, tout arrangement avec la vérité n’est pas sans conséquences.

Le bilan de la visite pastorale du pape Léon XIV fait l’unanimité par son caractère positif, et tout catholique français ne peut que s’en féliciter. Et on se réjouira autant de ce qui revient au pape, qu’il s’agisse de ses paroles, de ses gestes et du ton qui a été le sien, que de ce qui revient aux organisateurs : on doit saluer l’exploit, s’agissant de la dimension technique aussi bien que du programme, élaboré avec discernement et esprit de foi.

De la veillée avec les jeunes au Stade de France on ne niera pas qu’elle fut une réussite. Mais ce qui fut donné à voir lors de cette veillée peut interpeller sur certains points précis ; osons, à quelque distance de l’événement, les relever.

On a déjà discuté, dans les colonnes de La Croix, la mise en valeur de la sainte tunique d’Argenteuil. Il faut quand même une certaine audace pour désigner comme « la tunique portée par le Christ pendant sa Passion » un objet dont on sait, sans aucun doute possible, qu’il remonte au Moyen Âge. On aurait pu présenter un objet qui « rappelle pour nous » la robe du Christ, ou toute autre formule du même genre – mais l’exhibition aurait perdu tout son sel.

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Le néochristianisme de Frédéric Lenoir sous le bistouri d’Adrien Bouhours

par Brigitte Bédard, sur Le Verbe

Adrien Bouhours s’intéresse à l’ésotérisme et à ses différentes variations depuis longtemps. Auteur de plusieurs études sur le sujet, il publie en janvier 2026 sa plus récente thèse intitulée Frédéric Lenoir, héritier, témoin et acteur de la diffusion d’un christianisme ésotérique. Le Verbe l’a rencontré afin de comprendre la pensée de cet auteur, philosophe et sociologue des religions aussi populaire que prolifique.

Le Verbe: Pourquoi consacrer une thèse à Frédéric Lenoir? Son œuvre est-elle particulière?

Adrien Bouhours: Mes travaux portent sur l’histoire religieuse contemporaine, et plus particulièrement sur les interactions entre l’histoire du christianisme, l’histoire des courants ésotériques et de leurs formes vulgarisées, et l’histoire culturelle. Dans ma thèse sur l’œuvre de Lenoir, je le situe comme le produit et le représentant par excellence d’un courant de pensée néochrétien diffusé par bon nombre de personnalités, d’auteurs et d’intellectuels depuis la fin des années 1950, notamment par le biais de l’École des hautes études en sciences sociales à Paris.

D’abord catholique, et même frère de la communauté de Saint-Jean pendant trois ans, Frédéric Lenoir finit par adhérer à un néochristianisme, un mélange de christianisme, de bouddhisme et d’ésotérisme. Son œuvre répond à une quête existentielle chez nos contemporains tout en les confortant dans une critique de l’Église catholique.

Qu’est-ce que le néochristianisme?

Dans son œuvre [près de 75 livres: direction d’ouvrages encyclopédiques, essais, romans, bandes dessinées, théâtre, contes philosophiques, dans une dizaine de maisons d’édition, sans compter les conférences internationales], Lenoir diffuse une doctrine ésotérique qui a la prétention de révéler le véritable Jésus, le véritable enseignement chrétien, la vraie spiritualité.

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