Simon le mage et sa postérité

Bertran Chaudet

 » Beaucoup de faux prophètes sont venus dans le monde. À ceci vous reconnaîtrez l’esprit de Dieu : tout esprit qui confesse Jésus-Christ venu dans la chair est de Dieu. » (1 Jn 4,1-2)

I. À L’ORIGINE DES GNOSES ACTUELLES : SIMON LE MAGE

Pour les juifs anciens, nommer quelqu’un c’est lui accorder une importance. Le nom même est porteur de l’identité de la personne. Or dans le Nouveau Testament, deux personnes ont le même nom : Simon. Cette apparente similitude cache des voies divergentes. Faisons le parallèle entre les deux Simon, pour découvrir que toutes les gnoses actuelles et les dérives de l’Église étaient déjà en germe dans le combat spirituel qui opposa les deux Simon, Simon-Pierre et Simon le magicien.

Il ne s’agit pas ici de se plonger dans les méandres ou plutôt les arcanes du gnosticisme mais de repérer ce qui est dit de Simon le Mage dans les écrits anciens. Car ce Simon est devenu un archétype, présent dans l’imaginaire des théosophes par exemple, et des « maîtres » actuels de rites initiatiques. Et quand il n’est pas expressément cité, il a laissé sa trace !

Interrogeant ces thématiques gnostiques présentes dès le début de l’évangélisation, nous mettrons en évidence des analogies entre les pratiques de Simon le mage et certaines propositions actuelles pour aller mieux, que ce soit au niveau personnel ou au niveau ecclésial. Force est de constater que certaines propositions dans l’Église se confondent avec celles liées au développement personnel. Consciemment ou par imprégnation, car c’est dans l’air du temps, l’héritage gnostique a engendré des dérives qui affectent même des fidèles, confiants dans les fruits visibles et peu regardants sur l’origine des propositions.

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1. Simon-Pierre, celui qui écoute la parole de Dieu

Shimon, vient de la racine hébraïque sh’ma, du verbe écouter, que l’on retrouve dans שמע ישראל : « Écoute, Israël », prière juive centrale du matin et du soir, « Écoute, le Seigneur notre Dieu, le Seigneur est UN… Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toutes tes forces. ».

Simon est le premier disciple, avec son frère André, que Jésus rencontre sur les bords du lac de Galilée. Simon, celui qui écoute en mettant en pratique les Paroles de Jésus qu’il reconnaîtra comme son Seigneur et son Dieu, deviendra Képhas, c’est-à-dire Pierre. Grâce à l’Esprit Saint, il reconnaîtra Jésus comme étant vrai Dieu et vrai homme. Dès cet instant et après bien des vicissitudes, Simon, appelé Pierre par le Christ, réalisera en plénitude sa vocation.

Simon devient Pierre, Kephas, parce qu’il écoute et qui met en pratique la Parole de Dieu. Ainsi Jésus lui permet d’être pierre vivante de la Jérusalem céleste.

« Approchez-vous du Seigneur, la pierre vivante rejetée par les êtres humains, mais choisie et précieuse aux yeux de Dieu. Laissez-vous bâtir, vous aussi, comme des pierres vivantes, pour construire un temple spirituel. Vous y formerez une communauté de prêtres appartenant à Dieu, vous lui offrirez des sacrifices spirituels, qu’il accueillera avec bienveillance par Jésus Christ. Car il dit dans l’Écriture :

 » Voici que je place en Sion une pierre d’angle ; je l’ai choisie, elle est précieuse, et celui qui met sa foi en elle ne sera jamais déçu. » Cette pierre est d’une grande valeur pour vous, les croyants ; mais pour les incroyants, comme le dit l’Écriture : « La pierre que les bâtisseurs ont rejetée est devenue la pierre d’angle. » Et ailleurs, il est dit encore : « C’est une pierre qui fait trébucher, un rocher qui fait tomber. » Ces personnes trébuchent parce qu’elles refusent d’obéir à la parole de Dieu, et c’est ce qui devait leur arriver. » (1 Pierre, 2.4-10)

La première catéchèse de Jésus dans l’Évangile selon saint Mathieu commence au chapitre V, par les Béatitudes : Heureux ! L’objectif est d’être heureux ici et maintenant, d’un bonheur paradoxal, et pour l’éternité. Elle se termine au chapitre VII, par la parabole des deux maisons :

« Ainsi, celui qui entend les paroles que je dis là et les met en pratique est comparable à un homme prévoyant qui a construit sa maison sur le roc. La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, les vents ont soufflé et se sont abattus sur cette maison ; la maison ne s’est pas écroulée, car elle était fondée sur le roc. Et celui qui entend de moi ces paroles sans les mettre en pratique est comparable à un homme insensé qui a construit sa maison sur le sable. La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, les vents ont soufflé, ils sont venus battre cette maison ; la maison s’est écroulée, et son écroulement a été complet. » (Mt 7, 15-27)

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Le psychospirituel: un combat de tous les jours depuis 20 ans

Témoignage, par J. D., collectif-CCMM.

 Nous sommes des parents, catholiques engagés, dont les enfants, jeunes étudiants, ont été embarqués à l’aumônerie, sous couvert de retraites spirituelles, dans des sessions charismatiques dites psychospirituelles où l’on a « revisité leur histoire ».

Ils en sont revenus fermés, agressifs, et refusant de répondre à nos « pourquoi un tel comportement » ? Nous avions face à nous, des étrangers méprisants, hostiles. C’était extrêmement violent, incompréhensible, déstabilisant…

Mon mari et moi, avons compris à l’arrogance et la violence des responsables contactés, qu’une machine à détruire était programmée… Restait à comprendre pourquoi et comment…

Nos recherches nous font entrer dans un autre monde….

Tout d’abord, nous commençons dans les méandres d’un livre au titre prometteur « Guérir en famille » écrit par Bernard Dubois, théoricien de la doctrine pseudo-catho de « blessures guérison » confuses, qui mènent de la banalité au drame :

Un exemple : Bernard Dubois a écrit dès la page 5: je cite «  (…) bébé dort. (…) A son réveil, il appelle, puis pleure et personne ne vient. Il fait alors douloureusement l’expérience du silence face à son cri d’appel, de l’absence de l’amour en face de son désir. Puisque la relation d’amour à sa source – c’est-à-dire papa et maman, préfiguration du visage de Dieu- ne le comble pas, il coupe cette relation où il ne reçoit pas l’amour qu’il attend … »

«Car papa et maman sont la source de l’amour pour le petit enfant, mais derrière leur sourire et leur affection, il recherche et attend la présence divine, l’amour même de Dieu.

(…) L’enfant manque de cet essentiel dont il a tant besoin, l’amour divin ».

En page 14, je cite « parce que j’ai manqué de l’amour de mes parents dès la petite enfance, je l’ai vécu comme une trahison et je me suis fermé. J’ai crié, maman n’est pas venue tout de suite ; j’ai demandé de l’aide à papa et il n’a pas répondu à mon appel. J’ai été trahi par ceux-là même qui me donnaient la vie et maintenant dans ma blessure, je ne fais plus confiance. Je perds aussi confiance à la vie et en Dieu

Et voici la finalité de ce discours  :

En page 14 : « Le chemin de la guérison demande la vie entière. (…) Oui, je m’engage dans une démarche de pardon mais je ne peux guère affirmer (…) que j’ai pardonné, ce serait une illusion. Non, notre but est simplement de mourir guéri, afin d’aller au ciel directement. »Fin de citation

Cet exemple démontre comment à partir d’un fait banal, réinterprété dramatiquement, graduellement on emmène une personne à douter de ses parents, jusqu’à rompre les liens avec eux. Pour la faire basculer dans le chemin psycho-spirituel d’un dieu guérisseur.

En continuant nos recherches, nous découvrons comment nos enfants ont été réduits à des « sans famille » pour en faire des adeptes

En effet, dans 3 revues CARMEL, N° 75, 78 et 103, sur la guérison intérieure, Bernard Dubois développe le processus de cette dite guérison, qui n’est rien d’autre que le processus de faux souvenirs induits. Des techniques qui grillent la mémoire et implantent un autre vécu. Une synthèse de l’analyse que j’en ai faite est publiée …Jusqu’ici, personne n’est venu me contredire…

Quelques recherches et analyses de plus me permettent de trouver le fondement faussement « théologique » alambiqué de cette religiosité,

le péché n’est plus un acte commis librement et volontairement, mais un manque d’amour subi dont on n’a pas conscience et dont on doit se libérer. De la sorte le péché devient une blessure dont on incombe la responsabilité au bouc émissaire.

Donc, pour guérir, il faut couper les liens avec le ou les boucs émissaires, auxquels la personne va faire subir des actes inhumains sans aucune culpabilité, puisque d’une part, ils sont nécessaires à la « guérison », d’autre part la culpabilité est rejetée sur les proches qui, dans ce schéma, sont révélés maléfiques et donc ne font que subir la juste punition de leur faute.

Dans ce tour de passe-passe, la culpabilité et la responsabilité ont sombré. Une personne qui n’est ni coupable ni responsable de ses actes, n’est pas libre. Donc sa liberté a été remise au gourou qui l’instrumentalise contre ses proches.

Nous tenons enfin ce processus de destruction…

Nos enfants abîmés, des parents rejetés, des familles déchirées, la foi dévoyée, il nous fallait réagir

Cathos naïfs et confiants, nous nous sommes tournés vers le Service-Accueil-Médiation pour trouver de l’aide. Un accueil chaleureux, et une incompétence surprenante. Donc, nous avons fournis pendant deux ans notre travail d’analyses et nos dossiers. Et brutalement, nous avons été renvoyés vers un conflit familial. Quelque temps plus tard, le SAM utilisait nos analyses et nos dossiers pour alerter tous les évêques, et tous les responsables ecclésiaux sur le psycho-spirituel, par un rapport « strictement confidentiel ».

Notre première expérience avec le Service-Accueil-Médiation nous a révélé la face cachée de l’Eglise.

Nous avons envoyé des courriers à tous les évêques concernés par nos dossiers, au Nonce, à Rome. Nos actions devenant dérangeantes, il fallait nous discréditer pour stopper notre combat. Ce qui se fait de mieux dans ces réseaux, ce sont les calomnies … elles courent encore…

A partir de 2005, tous les dossiers sont examinés par un militaire de la gendarmerie du groupe de renseignements d’Albi, qui a rencontré toutes les victimes, toutes les familles. Les dossiers étaient suivis par la Secrétaire Générale de la Miviludes.

En 2006, nous rencontrons la communauté des Béatitudes de Bonnecombe, en charge du frère Pierre-Etienne, condamné en 2011 pour pédophilie, dont s’étaient déchargé les responsables des Béatitudes avec injonction de se taire. Pierre-Etienne avait envoyé en août 2007, une lettre où il livre son histoire de pédophile, à Mgr Rylko, responsable du Conseil Pontifical des laïcs. Ce dernier n’a même pas daigné répondre à cet appel à l’aide.

En 2008, nous adressons une lettre à Mgr Rylko qui venait de sanctionner les Béatitudes, pour lui demander d’aider les victimes à se reconstruire. En retour il nous adresse par écrit sa bénédiction et l’assurance de sa prière ! Aussitôt, une pétition de près de 400 signatures lui est adressée, sans réponse…

En 2009 après un rendez-vous à la CEF, nous obtenons qu’une commission d’experts travaille sur le psycho-spirituel sous la responsabilité de Mgr Santier, des victimes ont donné leurs témoignages, nous avons fourni des documents. En contrepartie, Mgr Santier s’était engagé à aider les victimes. Il nous a trompés ! En novembre 2011, lors de la conférence des évêques à Lourdes, un rapport remis à chaque évêque, titrait :

« GROUPE DE REFLEXION «  SPIRITUEL ET PSYCHOLOGIE ». Document rigoureusement confidentiel à ne diffuser sous aucun prétexte. Dossier du groupe au terme de sont travail. Septembre 2011« .

Donc aucun évêque ne peut dire qu’il ne savait pas…

Vous le trouverez sur le site du CCMM, et sur le site « dérives dans l’Eglise catholique ».

Notre riposte fut la sortie du « Livre Noir de l’emprise psycho-spirituelle ». Un choc pour les évêques qui ont mis en place un autre pare-feu, toujours juge et partie, « la cellule d’écoute » sous la responsabilité de Mgr Planet …. En réponse, nous publions « le silence des bergers », recueil des lettres envoyées aux responsables ecclésiaux… Silence…

Nous continuons à intensifier nos actions, à publier nos analyses, alerter les médias, articles de journaux, documentaires, témoignages, reportages, émissions de télévision…

Voir le reportage sur Youtube, de Sophie Bonnet « les Béatitudes, une secte aux portes du Vatican » diffusé par Canal + en 2011.

Nous savons désormais le prix de notre combat : nos enfants détruits, nos familles brisées. Et pire ! Quand les parents se manifestent, leurs enfants disparaissent à l’étranger voire dans un pays en guerre. Nous sommes restés des années sans savoir où étaient nos enfants. Aujourd’hui, en ce moment encore, des parents ne savent pas où sont les leurs. Sont-ils en vie ? Dans quel état ? Ce sont des actes de torture morale, que par pudeur pour la douleur des parents, je qualifierai simplement de cruauté morale et mentale. Dans l’Eglise, les gourous et leurs communautés déviantes, sont protégées pour un recrutement exponentiel faussement vocationnel, et l’argent que ça rapporte. Même au prix d’y perdre son âme.

Le psycho-spirituel, a pénétré toute l’Eglise, y compris les grands ordres religieux, tel le Carmel. L’épiscopat, sans aucun discernement a ouvert les portes à des fondateurs de communautés dont beaucoup étaient passés par des réseaux ésotériques du nouvel âge. C’est une hérésie qui remplace Le Christ Rédempteur par un Jésus guérisseur. Toutes les hérésies qui ont traversé l’Eglise ont touché la doctrine. Pour la première fois une hérésie touche à l’amour dans le cœur d’un être. Sachant que nous sommes créés à l’image de Dieu qui est amour, c’est Dieu que l’on détruit. Une destruction qui entraine la haine des parents, des enfants, du conjoint … Des plus proches.

Voir dans « Le psycho-spirituel mis à nu » l’étude de Bertran Chaudet «  Le nouvel âge a-t-il pénétré l’Eglise catholique ? »

Il est effrayant, abyssal, de constater que nos enfants sont prisonniers d’une emprise mentale faite au nom de Dieu. Une prison dont l’épiscopat à la clef de la porte et la verrouille de plus en plus à chacune de nos action. Errare humanum est, perseverare diabolicum.

Pourquoi une telle omerta sur l’emprise mentale ?

Sans emprise mentale, on ne peut assujettir une personne à des actes de violence : abus sexuels, qu’elle n’accepterait pas, ou la réduire à commettre des actes qui violent sa conscience : détruire ses proches.

Actuellement, beaucoup de gourous, d’abuseurs sexuels, et non des moindres, font la une des médias.

C’est bien tard pour trop de parents morts sans avoir revu leurs enfants, pour tous ceux qui ne savent pas où sont leurs enfants, leurs petits enfants, pour les parents malades seuls et rejetés, pour les familles irrémédiablement détruites sur plusieurs générations… Au nom de Dieu.

Dans la Croix du 1er octobre 2022, un article titre : Mgr de Moulins-Beaufort : « L’Église est une maison aussi sûre que possible » 

Chacun en jugera.

Nous ne commenterons pas.

Grand ménage sur Doctolib

Les médecines « douces » dans le dur. Jeanne Ferney. La Croix du 15/11/22.

Grand ménage d’hiver sur Doctolib ! Il y a deux mois, après des semaines de polémique autour des dérives de la naturopathie, le site décidait de notifier le caractère non réglementé de certaines médecines dites « douces ». Saine clarification qui devait éviter aux patients de se méprendre sur le statut de ces praticiens présentant parfois toute la panoplie du médecin, excepté un diplôme reconnu par l’État.

Fin octobre, après avoir consulté des dizaines d’acteurs du secteur, la plateforme a finalement décidé d’aller plus loin. Désormais, les naturopathes mais aussi les sophrologues, acupuncteurs, hypnotiseurs, chiropracteurs, phytothérapeutes… n’auront plus le droit de cité sur la première plateforme de prise de rendez-vous médical en France. Avertis de la résiliation de leurs contrats, ces 5 700 praticiens ont six mois « pour trouver une autre solution ».

Une décision largement saluée par les médecins, dont François Braun lui-même, le recadrage de Doctolib allant dans « le sens d’une plus grande clarté et lisibilité de l’information en santé », selon le ministre de la santé. De tribunes en lettres ouvertes, les professionnels du bien-être, eux, dénoncent une condamnation à mort, l’exclusion de la plateforme les privant d’une visibilité aussi commerciale que symbolique. Pour les médecins, qui alertent de longue date sur les risques liés à ces thérapies, la science a gagné face au « charlatanisme ». Pour les défenseurs d’une médecine non conventionnelle, le « scientisme » a eu raison de l’approche naturelle, pourtant de plus en plus plébiscitée par les Français. Chacun jugera.

Mais dans cette affaire, une voix manque cruellement : celle des patients. S’est-on demandé pourquoi ils s’en remettent de plus en plus aux mains de ces thérapeutes ? Qu’y cherchent-ils, à tort ou à raison, qu’ils ne trouvent pas ou plus chez leur médecin ? À l’heure où l’accès aux soins se complique en France – hôpital public en crise, généralistes débordés –, ces médecines « douces » sont parfois perçues comme une alternative, voire l’ultime recours. Est-ce une bonne chose ? Pas toujours, surtout quand l’état de santé d’un patient nécessite une prise en charge médicale. Est-ce systématiquement une mauvaise chose ? Peut-être pas, surtout si le patient est au clair avec ce qu’il peut attendre de ce praticien, une approche complémentaire qui ne remplace en rien l’expertise d’un médecin. Un « plus », à l’image des soins de support pour les malades du cancer, qui ne soignent pas mais offrent un peu de confort.

Évidemment, la volonté de protéger les patients des guérisseurs sévissant sur le marché du bien-être est louable. Mais si ces disciplines s’avèrent aussi dangereuses qu’on le laisse entendre, alors ce n’est pas à une entreprise privée mais aux autorités de santé de mieux les encadrer, voire de les interdire si elles peuvent nuire. La majeure partie de ces praticiens étant, pour l’heure, toujours dans la légalité, la logique voudrait que l’utilité des thérapies qu’ils proposent soit examinée, en s’appuyant sur l’état actuel des connaissances. Voilà qui irait véritablement « dans le sens d’une plus grande clarté ».


J’oserai ajouter : aurons-nous le courage, dans les lieux de communication d’Église, de faire le ménage en arrêtant toute publicité aux « surnaturopathes » ? ! D.A.

SBNR : spiritual but not religious

La force de ceux qui sont « spirituels mais pas religieux ». Par Grant Alessandro

Environ 30 % des Américains se disent aujourd’hui « spirituels mais pas religieux » (SBNR) et près d’un quart d’entre eux sont d’anciens catholiques. Beaucoup d’entre eux indiquent les scandales d’abus sexuels comme la raison pour laquelle ils ont quitté l’Église catholique, et beaucoup de ceux qui restent sont partis en raison d’autres désaccords avec la direction de l’Église, et non en raison de désaccords spirituels ou doctrinaux. Parfois, ce n’est pas du tout un problème avec la direction spécifique de l’Église, mais avec le fait même que l’Église est organisée par d’autres personnes – peu importe qui est le pape à ce moment-là. Beaucoup de ces anciens catholiques ont toujours des croyances catholiques, sauf de nom, mais pour une raison ou une autre, ils ont pris leurs distances par rapport à l’institution de l’Église catholique.

Ces anciens catholiques ont laissé une trace importante dans le groupe croissant des « spirituels mais non religieux » – « religieux » signifiant dans ce contexte « appartenance à une église organisée ». Certaines personnes considèrent ce terme comme un évitement ambigu des étiquettes, mais d’autres sont très catégoriques sur le fait qu’il décrit précisément leur affiliation religieuse (ou leur absence d’affiliation). Pendant mon stage dans un centre de recherche sur la religion à but non lucratif à Boston, j’ai travaillé avec un pasteur qui s’est donné pour mission d’aider les SBNR à trouver leur communauté – même si le seul moyen d’y parvenir était de s’organiser.

Pour être très clair, il n’essayait pas de former une religion avec laquelle les SBNR pourraient être d’accord ; cela irait à l’encontre de l’objectif d’être spirituel mais pas religieux. Dans le cadre de son travail en Australie, il a parlé avec de nombreuses personnes qui, pour diverses raisons, ne pouvaient pas trouver une communauté religieuse qui les représente. Ils lui ont parlé de leur frustration et de leur isolement spirituel extrême par rapport aux autres – après tout, sans église, ils n’avaient pas de communauté avec laquelle partager leurs croyances. Les recherches du centre sur la psychologie de la religiosité ont montré que la communauté est un élément important de la croyance spirituelle, ce qui place les SBNR dans une position difficile. Certains ont fondu en larmes en décrivant leur exaspérant parcours de foi. Cela m’indique qu’au moins certaines de ces personnes ne trouvent pas à redire aux communautés religieuses dans leur ensemble ; beaucoup d’entre elles n’ont tout simplement pas trouvé une foi qui, selon elles, les représente.

La solution de ce pasteur a été de contribuer à la publication et à la promotion de ressources qui aident les SBNR à définir leurs propres croyances plutôt que de les convaincre de se convertir – de les rassembler par des luttes communes plutôt que par des croyances communes. Selon cette idée, il n’y aurait pas d' »église » pour les SBNR, mais une communauté de personnes qui croient toutes des choses légèrement différentes sur la nature de Dieu et la condition humaine et qui sont unies par leur « altérité » par rapport aux religions dominantes.

Mon travail de promotion du dialogue spirituel entre les SBNR m’a amené à relier cette idée de les rassembler dans un dialogue avec le concept catholique de « primauté de la conscience ». Si les principes spirituels catholiques sont importants pour prendre des décisions morales, les membres de l’Église catholique doivent également aiguiser leur conscience pour penser par eux-mêmes ; ils ne peuvent pas suivre aveuglément ce qu’ils croient être la ligne de conduite la plus « catholique » si cela trahit profondément qui ils sont en tant que personne. Bien qu’il s’agisse d’une simplification excessive du concept, cela me permet de comprendre pourquoi tant de SBNR sont d’anciens catholiques.

Comme on l’a dit tout au long de l’histoire occidentale, la force du catholicisme réside dans l’accent qu’il met sur la vérité ; avec le temps, cela conduit les gens à remettre en question le catholicisme lui-même et à miner la religion de l’intérieur. Les SBNR sont, à bien des égards, une réaction à cet accent mis par le catholicisme sur la vérité ; leur « vérité » commence à aller au-delà de ce que le catholicisme définit comme la vérité, et ils s’éloignent donc de l’Église pour la suivre. C’est pourquoi l’Église est une institution vivante – elle sera toujours à la poursuite de la Vérité alors que les humains continuent à déchiffrer la condition humaine.

Qu’est-ce que cela signifie pour la Vérité ? Cela ne signifie pas que l’Église a tort, ni que les SBNR ont tort ; cela signifie que la religion organisée peut supprimer le type de dialogue spirituel et de pensée critique dont tous les humains ont désespérément besoin. C’est la force des SBNR dont le catholicisme peut tirer des leçons : peut-être l’Église perdrait-elle moins de membres si elle faisait comprendre l’importance de la primauté de la conscience et de la « désorganisation » dans le catholicisme, et peut-être les SBNR sont-ils moins « anticatholiques » que nous le pensions.

 Grant est un étudiant de dernière année en systèmes d'information à la Carroll School of Management. Il s'occupe en étudiant et en écrivant pour La Torche.

Les signalements de dérives sectaires ont augmenté de 33,6 % en 2021

Sur le site du journal La Croix le 2 novembre 2022 : Dérives sectaires : le gouvernement va organiser des assises (Pascal Charrier).

Les faits. Les signalements de dérives sectaires ont augmenté de  33,6 % en 2021, selon le rapport annuel de la Miviludes, qui doit être  publié jeudi 3 novembre. Des assises des dérives sectaires et du  complotisme devraient se tenir au premier trimestre 2023, a annoncé le  gouvernement, et la création d’un numéro Vert est à l’étude.             

En 2021, les signalements de dérives sectaires ont augmenté de 33, 6 % par rapport à l’année précédente, selon le rapport annuel de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), qui doit être publié jeudi 3 novembre. L’augmentation est de près de 50 % par rapport à 2015.

Au total, 4 020 signalements ont été enregistrés en 2021 et 20 ont été transmis à la justice. « Ce n’est sans doute que la partie émergée de l’iceberg », commente Sonia Backès, secrétaire d’État chargée de la citoyenneté, dont dépend l’organisme rattaché au ministère de l’intérieur.À lire aussiSectes : la lutte s’organise contre les nouvelles dérives, amplifiées par la crise sanitaire

L’augmentation statistique se double d’une évolution de forme. Au-delà de la permanence des habituelles « multinationales de la spiritualité », à l’image de la scientologie et des Témoins de Jéhovah, la Miviludes souligne la multiplication de « petites structures » présentes dans le domaine de la santé, du bien-être et de l’alimentation. Le rapport décrit un phénomène « à l’état gazeux », avec des groupes qui apparaissent et disparaissent. Enfin, « la mouvance chrétienne au sens large » représente 293 saisines, dont 106 sur le catholicisme et 168 sur le protestantisme.

Le champ de la santé représente 20 % des signalements

Le champ de la santé représente à lui seul 20 % des cas, soit 744 dossiers, dont 520 relèvent des thérapies non conventionnelles. C’est un sujet d’inquiétude, en raison du « danger majeur » que cela représente en termes de santé publique. « Quand vous avez un cancer et que l’on vous dit qu’il faut arrêter la chimiothérapie et qu’on vous vend des jus de légumes à la place, cela peut avoir des conséquences très graves », rappelle Sonia Backès.À lire aussi163 cas traités par la cellule des dérives sectaires dans l’Église

Le rapport évoque notamment Thierry Casasnovas, qualifié de « dérapeute », contraction de dérapage et de thérapeute. Cet homme, qui se présente comme étant « naturopathe, adepte du jeûne et du régime alimentaire cru », a fait l’objet de 54 saisines auprès de la Miviludes. Pour cette dernière, il exercerait une « emprise mentale » qui est de « nature à favoriser une dérive sectaire ».

La multiplication des « gourous 2.0 »

Les rapporteurs font également état de la multiplication des « gourous 2.0 » sur les réseaux sociaux, qui touchent en particulier les plus jeunes. Leurs activités sont à mettre en perspective avec le développement de thèses complotistes, qui entretiennent un « lien clair » avec les phénomènes sectaires et en sont une « porte d’entrée ». « Cela crée un terreau favorable », résume Sonia Backès, qui s’alarme de « la vulnérabilité des Français » face à ces thèses, notamment parmi la jeunesse : « Il y a tout un travail à faire en amont sur la formation à l’esprit critique. »À lire aussiÉcole : la méditation de pleine conscience soupçonnée de dérive sectaire

La secrétaire d’État prévoit de tenir au premier trimestre 2023 les premières assises des dérives sectaires et du complotisme, qui réuniront associations de victimes, services de l’État concernés et experts. « L’idée n’est pas juste de parler, mais qu’il en sorte un plan d’action pour faire évoluer nos réponses, assure-t-elle. On veut voir quels sont les outils qui nous manquent. » La création d’un numéro Vert pour recueillir les signalements est envisagée et des évolutions législatives ne sont pas exclues.