Locutions intérieures, rêves et signes sont-ils de bons et suffisants critères de discernement ?

Il existe des exemples concrets où cette question se pose d’emblée.

Dans cette vidéo, après quinze années de célibat consacré vécu avec des vœux privés renouvelés chaque année, les principaux membres de la Fraternité Notre-Dame Mère de la Lumière (NDML) annoncent simultanément leur vocation, à l’issue d’un discernement demandé par l’Église, dans la perspective d’une éventuelle reconnaissance canonique de NDML (https://www.youtube.com/live/jfcq9Q4y0Cw?si=-pSYGFExdrlny6Td&t=1960)

Parmi ces annonces figurent deux mariages (les deux hommes du groupe avec deux femmes du groupe). Plusieurs autres membres indiquent poursuivre un cheminement vers le célibat consacré. Dans une vidéo publiée ultérieurement sur leurs vocations, trois femmes du groupe précisent d’ailleurs qu’elles ne souhaitent pas devenir religieuses, mais laïques consacrées au sein de NDML.

Selon les témoignages d’Alberto M. et de Catherine, plusieurs éléments surnaturels auraient accompagné leur mise en couple. Alberto affirme avoir reçu une manifestation surnaturelle l’orientant vers le mariage. Catherine rapporte également avoir reçu des signes. D’autres personnes auraient même affirmé avoir reçu en rêve l’annonce de leur future union.

Pourtant, Catherine envisageait auparavant d’entrer au Carmel et souhaitait vivre une consécration à la manière de la Vierge Marie.

Dans les récits d’Alberto, les locutions intérieures, les rêves, l’ouverture de la Bible « au hasard », interprétée comme un signe, ainsi que d’autres manifestations surnaturelles, occupent une place très importante.

Ils sont interprétés comme venant soit de Dieu, soit du démon. Une telle manière de discerner peut conduire à s’interroger sur l’équilibre entre l’expression de la subjectivité personnelle et l’accueil du discernement de l’Église.

En effet, Alberto n’a été admis dans aucun séminaire. Dans la vidéo, il évoque un refus d’admission au séminaire grec-catholique, ainsi que trois refus concernant une entrée dans un séminaire latin. Il a longtemps exprimé le désir de concilier mariage et sacerdoce et présente encore aujourd’hui ce projet à travers la perspective d’un futur sacerdoce dans l’Église grecque-melkite.

N’y a-t-il pas là une ambiguïté ?

Un discernement fondé uniquement sur des motions charismatiques ne risquerait-il pas de conduire à écarter les discernements successifs des responsables vocationnels, qui ont pourtant opposé un refus constant et explicite ?

Depuis la fondation de NDML, l’Église a toujours refusé de lui accorder une reconnaissance canonique.

Le fait que plusieurs membres annoncent simultanément une vocation différente constitue-t-il une évolution naturelle de leur discernement ou répond-il aussi au souhait de faciliter une future reconnaissance canonique de NDML ?

Chers amis, que de questions !

« Si quelqu’un a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! » (Mc 4,23).

Valtorta : révélation divine ou construction littéraire ?

Michel A. Bakhtaoui (Independent Researcher, France) publie un travail intitulé Analyse computationnelle de L’Évangile tel qu’il m’a été révélé (Maria Valtorta)

Résumé de son travail

Cette étude examine l’hypothèse de la « dictée surnaturelle » revendiquée pour L’Evangile tel qu’il m’a été révélé (Maria Valtorta) à l’aide d’outils de textométrie, de détection d’anachronismes et de vérifications astronomiques. Plutôt que d’argumenter sur des impressions qualitatives, nous proposons une démarche falsifiable fondée sur quatre axes : (i) proximité textuelle entre Valtorta et des sources plausibles (Papini, Ricciotti, Serao), calibrée par un corpus séculier italien comme négatif; (ii) anachronismes repérés automatiquement, avec distinction entre anachronismes de contenu et de narration; (iii) analyse critique des arguments astronomiques de type « correspondances » (risque de biais de sélection) ; (iv) empreinte socioculturelle révélant l’ancrage dans l’Italie des années 1940.

Les résultats convergent vers une composition moderne : la similarité avec Papini est forte et stable multi-échelles; des anachronismes incompatibles avec le ler siècle apparaissent; la rhétorique astronomique est vulnérable au biais du « tireur texan »; et les marqueurs idéologiques constituent une signature temporelle caractéristique de l’Italie catholique des années 1930-1940.

TÉLÉCHARGEMENT DU FICHIER

Source : https://zenodo.org/records/20649458

Conclusions de son travail

La Figure 10 récapitule visuellement l’axe de similarité textuelle; les autres axes (n-grammes, anachronismes, astronomie, empreinte socio-culturelle) sont synthétisés dans les sections correspondantes et les annexes. En cumulant (i) une dépendance textuelle stable vers des sources modernes, (ii) des anachronismes de contenu difficilement contournables, (iii) la fragilité méthodologique des « preuves astronomiques », et (iv) une empreinte socio-culturelle caractéristique de l’Italie des années 1930–1940, l’hypothèse d’une dictée surnaturelle au sens historique strict devient peu parcimonieuse.

L’hypothèse la plus économique est celle d’une construction littéraire moderne appuyée sur des lectures, une culture catholique et des mécanismes cognitifs ordinaires (cryptomnésie, amplification narrative).

Ce que nos résultats n’impliquent pas. Notre analyse ne préjuge pas de la sincérité subjective de Maria Valtorta, ni de la valeur spirituelle que des lecteurs peuvent trouver dans son œuvre. Le phénomène de cryptomnésie — restitution inconsciente de matériel mémorisé sous forme de création apparemment originale — est compatible avec une expérience visionnaire authentiquement vécue. Nos conclusions portent sur l’origine historique du texte, non sur son statut spirituel ou sa fonction pastorale.

Cette démonstration, loin de diminuer Maria Valtorta, révèle un génie créatif exceptionnel opérant par absorption documentaire, amplification narrative et restitution visionnaire.

Ce que le texte documente le plus fidèlement n’est pas l’époque de Jésus, mais l’imaginaire religieux d’une catholique italienne des années 1940.

D’autres articles sur Maria Valtorta…

Le père Manjackal

Ceci est un article de 2018 remis en avant en 2026

Le service diocésain de la Pastorale Nouvelles Croyances et Dérives Sectaires du diocèse de Dijon avait publié en 2018 un numéro spécial sur le P. Manjackal.

D’année en année, il continue à faire parler de lui. Il a prêché une retraite dans le diocèse d’Albi en novembre 2018 où étaient inscrites 1000 personnes.

Une session catholique d’évangélisation est programmée du 17 au 19 juillet 2026, avec le P. Manjackal, à la salle des Cordulies, au Havre d’Olonne; une manifestation à l’initiative de l’association catholique Fontaine d’eau vive basée à Juan-les-Pins (Alpes-Maritimes).

https://apres-la-ciase.fr/weekly/2026/2026-07-06/pere-james-manjackal-sa-venue-aux-sables-d-olonne-inquiete/

Au moment même où l’Église catholique est interpellée à propos de son cléricalisme, des emprises et abus de pouvoir, nous devons être attentifs à cet engouement de foules souffrantes pour les leaders, fussent -ils prêtres, dont elles attendent guérison et délivrance.

Lisez ce numéro et faites-le circuler. Cela fait tant d’années que des responsables de groupes et prière, ou des prêtres délégués diocésains au Renouveau, soulignent les incongruités de ce personnage, que les évêques ont molesté avec molesse… j’allais dire : comme d’habitude.

Télécharger le numéro 37 de Gamaliel21  (2018)


Une note du service Emprise et dérives sectaires de la Conférence des Évêques de France a été publiée en 2025 : « Nous attirons votre vigilance et vous invitons à la prudence au sujet des retraites animées par le Père Manjackal, et organisées par l’association Fontaine d’eau vive. » L’article de La Croix donne d’autres éléments encore.

Fées, lutins et extraterrestres, comment le pic de Bugarach a donné vie aux mythes les plus fous

Patrick De Wever, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

Au-delà du sport, le Tour de France donne aussi l’occasion de (re)découvrir nos paysages et parfois leurs bizarreries géologiques. L’itinéraire de la quatrième étape, le 7 juillet, entre Carcassone et Foix, fait passer les coureurs par le pic de Bugarach, dans les Corbières. Un lieu dont la curieuse morphologie a, de longue date, suscité toutes sortes de mythes et de légendes – ainsi qu’une certaine fascination contemporaine pour les adeptes du New Age.

Le nom de cette montagne viendrait de l’occitan Pueg – dont est issu le mot puech, qui est parfois utilisé à la place de pic –, lui-même issu du latin podium, c’est-à-dire un site élevé. Le nom de Bugarach, quant à lui, proviendrait du latin bulgarus (boulgres ou bougres, c’est-à-dire hérétiques). C’est le nom que l’on donnait, à l’époque médiévale, aux ancêtres des cathares.

Ce paysage singulier a depuis toujours suscité l’imagination et inspiré de nombreux mythes et légendes. Certains curieux pensent y trouver, pêle-mêle : des trésors cachés, une prétendue base extraterrestre, voire un hangar à ovni, une porte galactique, un lieu d’inversion magnétique, l’entrée d’Agartha, supposé royaume souterrain légendaire, ou encore du sanctuaire de l’Arche d’alliance

Toutes fantaisistes que soient ces croyances, qui empruntent beaucoup au New Age pour les plus contemporaines, il est instructif d’observer à quel point ce lieu, encore aujourd’hui, déchaîne les imaginaires.

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La gestalt thérapie

Bertran Chaudet

La Gestalt-thérapie s’inscrit dans les psychothérapies qui sont nées dans les années 1960 sur la côte ouest d’États-Unis. En allemand gestalt signifie forme, il s’agit ici de forme au sens dynamique du terme, c’est-à-dire prendre forme, ou s’organiser.

Contrairement à la psychanalyse qui cherche à débusquer les mécanismes inconscients qui nous gouvernent, la gestalt-thérapie observe les comportements et les interactions avec l’environnement, personnes, groupes ou évènements.

Elle prétend s’appuyer sur le courant philosophique de la phénoménologie, et de la psychologie humaniste. Le philosophe allemand Husserl décrit la phénoménologie, comme visant à suspendre tout jugement préalable, toute morale, pour accueillir la réalité des phénomènes qui se présentent à notre prise de conscience et en trouver une signification.

La psychologie humaniste repose sur quelques principes préalables : le développement personnel est toujours possible, chacun possédant par nature une capacité de croissance positive, sans qu’un diagnostic préalable ne soit nécessaire. L’expression émotionnelle et la communication non verbale sont à repérer et à confirmer par le thérapeute, sans directivité.

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