Notre-Dame de tous les peuples

Quelle est la positon actuelle de l’Église par rapport à ces apparitions ?

Voici deux documents datant du 30 décembre 2020 :


Ajoutons que le P. Paul-Maria Sigl est actuellement mis en cause pour des questions d’emprises sur des personnes. Voici un article de la journaliste Ludovica Eugenio, dans Adista, du 31 décembre 2022.

https://www.adista.it/articolo/69280

La « famille de Marie » est placée sous tutelle. Le père Paul Marie Sigl démis de ses fonctions

Une visite apostolique commandée par le Saint-Siège est à l’origine de la décision du Vatican de placer la communauté Famille de Marie et son bras sacerdotal, l’Œuvre de Jésus Grand Prêtre, sous la juridiction du Dicastère pour le Clergé (voir Adista n° 44/22). La visite apostolique est une initiative extraordinaire qui est prise lorsque Rome dispose d’éléments permettant de soupçonner des dysfonctionnements, des abus ou de graves dérives sectaires ; en l’espèce, le fait que le fondateur et président de la communauté, le père Paul Maria Sigl, ait été destitué et relevé de ses fonctions et que le Saint-Siège ait placé l’ensemble de la communauté sous le statut de commissariat pro tempore peut signifier que la visite apostolique a détecté des dysfonctionnements conformes aux soupçons, rendant nécessaire une intervention. Le jésuite Mgr Daniele Libanori, évêque auxiliaire de Rome pour la zone centrale, responsable de la zone territoriale – également responsable de l’enquête en Slovénie sur les abus du jésuite P. Marko Rupnik – et la slovaque Sœur Katarina Kristofová, pour la branche féminine de la communauté, ont été nommés commissaires, faisant office de gouvernement provisoire de la communauté. 

La Famille de Marie-Opéra de Jésus Grand Prêtre, présente dans 10 pays (dont la Slovaquie, l’Italie, l’Allemagne, la France, l’Autriche) compte plus de 60 prêtres, 30 séminaristes et 200 religieuses. Elle promeut les prétendues  » apparitions d’Amsterdam « , prétendues révélations privées condamnées par le Vatican, mais apparemment la mesure du Saint-Siège n’est pas liée à des questions théologiques controversées, mais plutôt à des dérives sectaires. Parmi les membres de cette communauté figurent des personnalités ecclésiastiques de premier plan, comme le père Martin Barta, assistant ecclésiastique international de l’Aide à l’Église en détresse.

La Famille de Marie, fondée en 1968 par l’évêque slovaque Pavel Hnilica, a pris sa forme actuelle dans les années 1990, lorsqu’elle a absorbé d’anciens membres de l' »Œuvre du Saint-Esprit », une communauté controversée, dissoute par l’Église en 1990, qui avait été cofondée en 1972 par le père Joseph Seidnitzer, déjà condamné trois fois à la prison par les tribunaux autrichiens pour des abus sexuels en série sur des adolescents, et par le père Sigl lui-même, son bras droit jusqu’à la fin. Sigl a été ordonné prêtre en 1992 par l’évêque Hnilica – garant épiscopal de la Famille de Marie jusqu’à sa mort en 2006 – sans avoir suivi de séminaire.


De Natalia Trouiller, sur son compte Twitter

A l’origine de la Famille de Marie, il y a « L’Œuvre du Saint-Esprit » fondée en 1972 par le père Joseph Seidnitzer et Gebhard Paul Maria Sigl. Joseph Seidnitzer a auparavant été condamné à plusieurs reprises pour avoir agressé de jeunes garçons sexuellement. Il invitait les jeunes dans son appartement, les faisait boire et les contraignait à des actes sexuels. Il a au total été condamné à 24 mois de prison pour diverses affaires.
C’est en toute connaissance du passé de Joseph Seidnitzer que Paul Maria Sigl a cofondé « L’Œuvre du Saint-Esprit » avec lui. L’évêque d’Innsbruck, Mgr Reinhold Stecher, s’est prononcé à plusieurs reprises contre la communauté et a publié en 1985 une déclaration officielle à ce propos : « Il ne nous a jamais été possible d’obtenir des informations précises sur la nature et le but, l’organisation et les sources de financement de la communauté. Elle ne peut donc recevoir notre accord ». Nouvel avertissement en 1988, où le même Mgr Reinhold Stecher fit lire en chaire, dans toutes les églises du diocèse d’Innsbruck, que l’oeuvre n’était « pas une institution de l’Église catholique ».

Les 21 étudiants restants de l’ancienne communauté se sont alors placés sous la direction de l’évêque slovaque Pavel Mária Hnilica. Parmi eux se trouvait le cofondateur Gebhard Paul Maria Sigl. Ils rejoignirent le mouvement laïc « Pro fratribus » fondé par Mgr Hnilica en 1968. Leur mouvement prend une nouvelle forme reconnue le 14 août 1992 par l’évêque de Rožňava, Mgr Eduard Kojnok sous le nouveau nom « Famille de Marie Corédemptrice ». Paul Maria Sigl est ordonné prêtre en 1992 à Fátima. Il est aujourd’hui le chef spirituel de la « Famille de Marie » et présenté comme son co-cofondateur. Jusqu’en 1990, il était le bras droit de Joseph Seidnitzer et bénéficiait de ses « révélations ». Seidnitzer décède en 1993.

Au sein de sa communauté, Paul Maria Sigl se fait appeler « Padre ». Il est dit qu’il a le don de « lire dans les cœurs », de pouvoir discerner les vocations, de dire si on est destiné au mariage ou à la vie religieuse. C’est semble-t-il ainsi que nombre des membres de la Famille ont su « très vite » qu’ils étaient appelés à rejoindre la communauté. Contrairement à ce qui est annoncé sur leur site, les sœurs (qui sont en fait des laïques consacrées, ne prononçant pas de vœux) n’ont pas 3 ans de formation au « noviciat » en Slovaquie mais 1,5 ans.

Le père Sigl présente un abord très empathique, doux et sensible. Il a toujours sur lui des mitaines qu’il prétend être celles du Padre Pio dont il se dit le fils spirituel. Il les impose régulièrement sur ses fidèles. Il suscite une grande admiration. Son discernement ne peut être mis en doute.
Le mouvement ne parle pas sur son site de l’abandon (contraint) dans son nom du vocable « Corédemprice » et du fait que sa dévotion mariale est une dévotion à l’apparition mariale bien particulière de « Notre-Dame de tous les peuples » (Amsterdam 1945-1959).Le message de ces apparitions, condamnées par l’Eglise: faire promulguer par le Pape le dogme de Marie Corédemptrice.Pendant plus de 25 ans, Gebhard Paul Maria Sigl a été en effet un ami personnel et proche de la « voyante » Ida Peerdeman. Lorsque la Congrégation pour la Doctrine de la foi a statué négativement sur ces apparitions en 2020 et demandé à ce que la « Dame de tous les peuples ne soit pas vénérée et que les fidèles cessent toute propagande », la communauté a continué à promouvoir des pèlerinages à Amsterdam. Le père Sigl poursuit ses conférences et continue de vendre ses livres sur le sujet. Sur leur site, leurs anciens bulletins, tout à la dévotion de l’apparition d’Amsterdam, sont en accès libre.

De plus, ils sont toujours en charge de la chapelle bâtie à Amsterdam sur le lieu des apparitions, et dont le site internet https://devrouwevanallevolkeren.nl/en cultive l’ambiguïté : si la mise au point du Vatican est bien sur le site, ce dernier milite toujours activement pour la reconnaissance du dogme de Marie Corédemptrice. On y lit un appel au don sans équivoque: « Bien que la Fondation ne soit pas immédiatement visible, elle porte la responsabilité financière de la chapelle et de l’ancienne maison de la voyante, et de la diffusion de la dévotion de la Dame. C’est pourquoi nous voudrions vous demander votre soutien afin que la chapelle puisse continuer à être le centre de la vénération de la Dame, et que les prêtres et les sœurs puisse continuer à y faire la leur. » Puis ceci : « Ce site est développé sous la responsabilité de la Famille de Marie. » Bref, un mouvement créé par deux personnages extrêmement troubles, dont la théologie se fonde sur des apparitions condamnées et pour lequel suffisamment de signalements sont arrivés à Rome pour qu’il y ait nomination d’un commissaire.

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