Bertran Chaudet
La Gestalt-thérapie s’inscrit dans les psychothérapies qui sont nées dans les années 1960 sur la côte ouest d’États-Unis. En allemand gestalt signifie forme, il s’agit ici de forme au sens dynamique du terme, c’est-à-dire prendre forme, ou s’organiser.
Contrairement à la psychanalyse qui cherche à débusquer les mécanismes inconscients qui nous gouvernent, la gestalt-thérapie observe les comportements et les interactions avec l’environnement, personnes, groupes ou évènements.
Elle prétend s’appuyer sur le courant philosophique de la phénoménologie, et de la psychologie humaniste. Le philosophe allemand Husserl décrit la phénoménologie, comme visant à suspendre tout jugement préalable, toute morale, pour accueillir la réalité des phénomènes qui se présentent à notre prise de conscience et en trouver une signification.
La psychologie humaniste repose sur quelques principes préalables : le développement personnel est toujours possible, chacun possédant par nature une capacité de croissance positive, sans qu’un diagnostic préalable ne soit nécessaire. L’expression émotionnelle et la communication non verbale sont à repérer et à confirmer par le thérapeute, sans directivité.

Fritz Perls, psychiatre et psychothérapeute et son épouse Laura Perls, docteure en psychologie, fuyant les persécutions antisémites en Allemagne, trouvent finalement refuge aux Etats-Unis. Ils s’associent avec un écrivain Paul Goodman pour fonder en 1952 le premier institut de Gestalt Thérapie.
Dans les années 1960, Fritz Perls rencontre en Californie une notoriété médiatique qui popularise la gestalt-thérapie. Il surfe sur cette mode d’occidentaliser, avec un pragmatisme à l’américaine, des approches empruntées au Zen ou au Taoïsme, qui aboutissent à une forme d’indifférence face aux blessures de l’existence auxquelles il ne faut pas s’attacher, pour vivre pleinement un ici et maintenant.
Cependant ce lâcher-prise permet en relativisant tout, d’aboutir à une bulle de sensation de bien-être qui s’affranchit de toute rugosité relationnelle, où tout glisse, tout est relatif, rien ne pouvant altérer cette étanchéité.
Principe
La personne est à considérer dans le rapport ou contact qu’elle entretient à son milieu, appelé champ en gestalt-thérapie. Milieu qui peut évoluer en fonction des évènements. Ce contact, pris en compte dans la globalité physiologique émotionnelle sensorielle et cognitive des composantes de la personne, est un processus continu d’échange et de transformations réciproques.
Cet espace entre la personne et son environnement est appelé frontière contact. La personne doit s’adapter en permanence à son environnement de deux manières différentes, soit selon un mode conservateur qui permet de sauvegarder sa survie, ou selon un mode créateur qui permet de s’ajuster à la nouveauté. La gestalt-thérapie va tenter d’agir sur un changement comportemental créateur d’une nouvelle relation à l’environnement.
Le gestalt-thérapeute observe le processus des réactions du patient vis-à-vis de son environnement plus que sur ses motivations conscientes ou inconscientes. Comment le patient réagit-il, plutôt que sur le « pourquoi ». La focalisation n’est pas centrée sur la personne, mais sur la manière dont l’expérience se déroule. Ainsi le gestalt thérapeute invite son patient à observer et à en prendre conscience de ses processus réactionnels, pour l’inviter à en changer.

Au cours du processus de contact, différentes formes sont observées. Et c’est précisément cette classification qui est à interroger :
- L’introjection consiste à adopter des idées ou des principes de l’extérieur sans remise en cause. Le gestalt thérapeute observe pour proposer un changement de comportement, sans jamais interroger la justesse ou la moralité de ce qui est subi ou qui provoque le comportement à opérer (mensonge, dissimulation, trahison…)
- La projection conduit à attribuer à l’environnement externe ce qui appartient au sujet. Ce comportement, s’il n’est vu que sous le prisme d’un changement de comportement sans interroger ce qui l’a suscité, revient à mécaniser notre rapport au réel, sans résoudre le pourquoi de cette projection imaginative.
- La rétroflexion consiste à retenir ou retourner contre soi les difficultés relationnelles. Ce néologisme s’apparente à la culpabilité, mais en gestalt-thérapie il faut se dédouaner de tout langage habituel en psychologie.
Et ainsi de suite, la novlangue en gestalt thérapie introduit et reprend en les simplifiant, des observations de psychologie clinique.
Objectif
Paradoxalement la gestalt-thérapie se refuse à fixer une finalité à cet accompagnement thérapeutique. Elle se veut avant tout respectueuse de la singularité du patient et la foi en sa capacité créatrice à résoudre ses conflits par l’observation de ses réactions à l’environnement. Tout patient aurait en lui les ressources à ses transformations positives. Nous retrouvons ce préalable dans les approches de psychologie humaniste telle que celle du « développement de la Personne » de Carl Rogers.
La Gestalt est un « outil » pratiqué dans le coaching, différents types de formations de développement personnel, ou encore la supervision d’équipe.
Formation
La formation sur cinq ans autour de 1000 heures. Cette formation est délivrée par des instituts privés. Voici un exemple du coût de cette formation.
Participation à la formation de Gestalt Praticien/Gestalt Thérapeute à titre individuel1 : « 1er cycle : 33 jours de formation = 4620 euros TTC — 2e cycle : 38 jours de formation = 5320 euros TTC — ;3e cycle : 34 jours de formation = 5270 euros TTC — 4e cycle : 34 jours de formation = 5440 Euros TTC (24 jours de formation + 10 jours de supervision) »
Formation a plus de 20 000 euros !
Le coût d’une séance en Gestalt thérapie de 45 minutes à une heure, est facturée en moyenne entre 60 € et 80 €. Or il est conseillé une séance par semaine de deux à trois ans. Ce qui fait en moyenne un investissement pour le patient de plus de 3000 euros par an .
En France le diplôme de Gestalt-thérapie n’est pas reconnu et ne donne donc aucun titre de psychothérapeute.

Critiques et dérives
Le mouvement Gestalt ne bénéficie d’aucune reconnaissance légale ni scientifique et a été plusieurs fois signalé pour ses pratiques et dérives sectaires.
Dans un rapport de 2007, la Miviludes mentionne des dérives psychothérapeutiques dans des cas de faux souvenirs induits. La gestalt-thérapie est alors citée une fois parmi 10 autres méthodes 2.
En 2018, dans son guide Santé et dérives sectaires, la Miviludes souligne les « risques inhérents » à 32 techniques placées en annexe dans lesquelles figure la gestalt-thérapie. La Miviludes indique que ces techniques n’ont pas été validées scientifiquement et qu’elles peuvent conduire à des dérives. D’autre part, elles peuvent permettre à leurs « concepteurs d’obtenir des revenus très confortables » 3.
Plus récemment, en mars 2025, la justice espagnole déclare que la Gestalt-thérapie est une pseudoscience aux pratiques sectaires. Ce jugement fait suite au rapport de 2022 de l’Institut Salud Sin Bulos (santé sans canulars) avec le chercheur Luis Santamaría, le journaliste Ricardo Mariscal et le psychologue Carlos Sanz, dans lequel il est soutenu que la thérapie Gestalt est non seulement inefficace, mais aussi financièrement comme psychologiquement nuisible pour ceux qui la suivent. 4
1 https://gestalt-iffp.fr/conditions-dinscription-et-tarifs/
2 Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, Rapport au Premier Ministre, 2007.
3 Santé et dérives sectaires : guide, Paris, la Documentation française, 199 p.
4 https://www.unadfi.org/actualites/domaines-dinfiltration/sante-et-bien-etre/psychotherapie-et-developpement-personnel/lassociation-de-gestalt-therapie-deboutee/
