“Le développement personnel fait des promesses qu’il ne peut pas tenir”

Aleteia, Mathilde de Robien

François-Xavier Faure, philosophe et consultant dans un cabinet de conseil, lance, dans un ouvrage à paraître ce 26 août, une invitation à s’imprégner de l’anthropologie chrétienne, plutôt que d’enchaîner les pratiques de développement personnel. Entretien.

Julia de Funès, docteur en philosophie, jetait en 2019 un pavé dans la mare du « coaching » en publiant un essai intitulé Développement (im)personnel, Le succès d’une imposture (Éditions de l’Observatoire). Une attaque en règle à l’encontre de l’univers de plus en plus imposant – il suffit de regarder les rayons des librairies – du développement personnel.

François-Xavier Faure, diplômé en philosophie et management, a voulu aller plus loin en proposant une alternative aux pratiques de développement personnel. Une alternative qui se niche au cœur même de l’anthropologie chrétienne, qui répond davantage, selon lui, à la quête de sens de nos contemporains. Choisir la sagesse (Desclée de Brouwer) est une invitation à sonder les profondeurs de l’âme humaine et à exercer sa liberté d’être humain, loin des promesses faites par les ouvrages ou théories de développement personnel.

Aleteia : Le développement personnel n’a jamais été aussi populaire. Qu’est-ce que cet engouement dit de notre société ?
François-Xavier Faure : Cet engouement montre qu’il y a, au cœur de l’homme, des questions existentielles sur le sens de la vie : pourquoi sommes-nous là ? Quelle est notre destinée ? Qu’est-ce que le bonheur ? etc. Elles surgissent lorsque nous prenons conscience que notre désir d’infini dépasse les limites liées à la fragilité de notre condition. Ces questions-là ont existé à toutes les époques. Il y a une constante au niveau du cœur des humains pour essayer de trouver des réponses à ces questions. Aujourd’hui, le développement personnel a du succès parce qu’il apporte des réponses à ces questions.

Cet écart entre promesse et réalité peut conduire à une sorte de culpabilisation des personnes qui mettent sincèrement en pratique ce qu’elles lisent dans des livres.

Selon vous, le développement personnel peut conduire à une impasse. Pourquoi ?
Il y a énormément de pratiques qui se mettent sous la bannière du développement personnel. Mais si on évoque le développement personnel dans son sens restreint, c’est-à-dire le courant né aux États-Unis, autour des années 1970, à la suite des courants de psychologie humaniste, il a une vision de l’homme assez réductrice. Le gros problème du développement personnel réside dans son approche. Il fait une promesse, par exemple, « être heureux en dix étapes », mais propose des méthodes qui ne permettent pas d’atteindre la finalité qu’il promet. Le bonheur ne s’acquiert pas en dix étapes ! Le développement personnel propose par quelques étapes, ou une « morning routine« , d’obtenir le bonheur, d’être heureux, d’atteindre l’accomplissement social… Il fait des promesses qu’il ne peut pas tenir. Cet écart entre promesse et réalité peut conduire à une sorte de culpabilisation des personnes qui mettent sincèrement en pratique ce qu’elles lisent dans des livres, et qui se rendent compte que ça n’apporte pas tous les effets qu’on leur a promis. Elles se disent : « Tiens, je n’en fais pas assez ».

En quoi l’anthropologie chrétienne offre-t-elle une réponse ?
L’anthropologie chrétienne, c’est la rencontre de la philosophie grecque avec la révélation de l’Église. On est vraiment dans cet espace entre l’Église et le monde, dans lequel l’Église met le meilleur de ce qu’elle a à disposition du plus grand nombre. L’anthropologie chrétienne peut ainsi répondre aux aspirations de nos contemporains. C’est ce que j’ai essayé de démontrer dans mon livre.

La volonté de rationalisation des émotions traduit une vision dualiste de la personne humaine.

Là où il y a un gros écart entre la vision de l’humanité personnelle et l’anthropologie chrétienne, c’est au sujet des émotions et de la vie affective. On a tendance à trop objectiver les émotions dans le développement personnel, on en fait quelque chose qui peut se gérer. La volonté de rationalisation des émotions traduit une vision dualiste de la personne humaine, une anthropologie qui sépare l’âme et le corps. Or, les émotions sont à la fois pleinement physiques et pleinement spirituelles. Voir la personne humaine comme un « être spirituel incarné » est propre à l’anthropologie chrétienne et comporte une richesse souvent inexplorée.

Qu’apporte encore la sagesse chrétienne ?
Elle reconnaît qu’il y a une nature humaine. Ça, c’est un point central. Et que par conséquent l’homme est libre, responsable de ses actes, et il est libre malgré les influences qu’il peut avoir. Il n’est pas déterminé par les neurosciences, ni par la société. Certains courants de la psychologie vont dire que nos choix sont le fruit de nos circuits neuronaux, en sociologie, on va dire que nos choix sont le fruit des influences et des déterminants sociaux. L’idée n’est évidemment pas de nier ces influences-là, mais de dire que malgré tout, l’homme reste responsable et libre de ses actes. Et que notre agir, l’agir humain, reste finalement ordonné au bien. C’est une forme de restitution de la liberté.

Vous invitez, à la fin de votre ouvrage, à « se dépasser », mais vous donnez à cet élan un sens tout autre que celui donné habituellement par le développement personnel.
Il y a là aussi un double sens au dépassement de soi. Il ne s’agit pas du dépassement que l’on peut retrouver dans le développement personnel, où le dépassement de soi est surtout sous le signe de la performance, notamment dans le sport. Ma conviction, c’est que le chemin vers le bonheur dépend de la pratique des vertus. Parce que les vertus nous permettent d’être libres. Il y a tout un travail à faire pour rester libre et devenir de plus en plus libre. Et on devient de plus en plus libre, parce qu’on est capable de choisir ce qui est bien pour nous. Et le bien pour nous, ce n’est pas ce que je choisis comme étant bien, mais ce qui est bien en fonction de ma nature et de ce que je suis en tant que personne humaine.

Pratique

Choisir la sagesse, François-Xavier Faure, Desclée de Brouwer, août 2026, 17,90 euros.

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