Que vaut vraiment la Méditation de Pleine Conscience ?

La méditation de pleine conscience se présente comme une pratique validée par la science. Et au pire sans danger. C’est faux à un point qui risque de vous surprendre.

Cette vidéo doit beaucoup au travail de l’Ordre des Infirmiers qui a pris position en décembre 2023 sur les pratiques non conventionnelles de santé, appelées aussi Pratiques de Soin Non Conventionnelles (PSNC) et a diffusé 12 fiches descriptive. La fiche « Méditation de Pleine Conscience » a été le point de départ du script de cette vidéo.

Vidéo mise en forme par La Tronche en Biais

Qu’est-ce que Nexus ?

Travail de l’équipe du site sosdiscernement

AVERTISSEMENT. Cet article emploie des concepts complexes. Il exige une lecture attentive. Les notes sont à lire : elles donnent les sources des affirmations proposées ou étudiées.

Le coaching en chemin de transformation

Les organisations et structures catholiques sont confrontées à un défi humain : finances en berne, personnel vieillissant, manque d’attractivité, scandales divers à assumer. Et pourtant le défi spirituel est toujours le même : annoncer envers et contre tous l’actualité du Salut offert par le Christ mort sur la Croix et ressuscité.

Pour tenter de résoudre cette tension entre « contrainte budgétaire et élan missionnaire »1, les structures et organisations catholiques sont parties du principe qu’« écouter ceux qui ont les mêmes opinions que nous ne porte aucun fruit… Accepter que ceux-là peuvent nous conduire à changer notre façon de penser »2 et ont ouvert leurs portes à des cabinets de consultants privés en tant qu’accompagnateurs ou facilitateurs. Si le coaching en développement personnel semble intervenir au niveau local dans les diocèses et les congrégations, via Talenthéo et quelques autres, le coaching en « chemin de transformation » se réserve l’intervention structurelle des grands organismes, ONG, associations nationales, conférences d’évêques, congrégations.

Ici c’est le cabinet de consultants Nexus qui a dernièrement reçu la vive reconnaissance des Évêques de France. Mgr Éric de Moulin Beaufort, prononçait en effet le vendredi 31 mars 2023 à l’issue de la réunion des Évêques à Lourdes ces mots : « La sérénité imprégnait encore nos discussions de jeudi après-midi, dans la même basilique Sainte-Bernadette, à propos de la transformation des structures de notre Conférence. Cette séance de travail faisait aboutir un chemin d’un an et demi, vécu sous la conduite patiente et attentive des consultants de Nexus. Je dois saluer ici Matthieu Daum, Étienne Gueydon, Stéphanie Léonard et Éric Langevin sans oublier Nancy Bragard dont l’accent américain est un des bons souvenirs de nos rencontres de septembre et octobre 2021. » 3

Nexus apparaissait déjà en 2021 : « La voix de l’Église en recherche s’est fait entendre sous la délicate conduite de Matthieu Daum, Nancy Bragard et Étienne Gueydon, nos facilitateurs de Nexus, et elle était, cette voix, douce et forte à la fois. »4

Qui est derrière Nexus ?

Matthieu Daum, fondateur de Nexus, se raconte sur le site du Mouvement des Cadres chrétiens 5: « Après avoir vécu dans un kibboutz, il rejette l’Église dans laquelle il a été élevé parce qu’il n’accepte pas « l’hypocrisie de certains de ses membres » ; il se forme en dynamique de groupe. En 2008, il découvre le monde des congrégations, en répondant à une demande pour la préparation d’un Chapitre en France. Le bouche-à-oreille le met en contact avec d’autres, soumis au défi de la déchristianisation et qui lui font la même demande. Les méthodes évoluent quand il s’approprie le « processus U (ou Théorie U)» (à cause de la forme en U du process), inventé par le consultant américain Otto Scharmer : le consultant n’impose rien, il chemine avec les groupes dans leur élaboration de leur solution. Pour lui, les consultations sont « régénératives » et font cheminer si elles sont bien construites, à l’écoute de ce que l’autre peut apporter de différent. En sort un livre : « Un consultant chez les religieuses »6

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La mode des oracles et des cartes divinatoires

1. Un article grand public

Dossier « Esotérisme : un essor inquiétant » dans ‘Express d’août 2023. Titre de l’article : « En librairie et sur TikTok, le phénomène des oracles ».

De plus en plus de maisons d’édition font la part belle aux cartes de divination, qui s’arrachent en librairie, notamment chez les jeunes, car plus accessibles que les tarots.

Des petits, des grands, des violacés, des irisants. Des « nature », des « queer », des « féminins sacrés ». Dans la vitrine de la librairie ésotérique Bussière, et un peu partout dans ces quelques dizaines de mètres carrés en bazar nichés au cœur du quartier latin dans le Ve arrondissement parisien, on ne voit qu’eux. « Des oracles, tout le monde en veut, de nos jours », maugrée la guide des lieux, Anne-Laure Le Lidec, présidente des éditions adossées au magasin, en arrangeant ses derniers numéros.

Du haut de ses étagères, la spécialiste a vu l’engouement pour ces ouvrages exploser. Depuis le Covid-19, les ventes liées à l’ésotérisme dans l’édition ont bondi : + 32,8 % en 2021 selon le Syndicat national de l’édition. Un succès, porté principalement par ces petites cartes que certains tirent pour prendre le pouls du futur, de leur destin ou de leur matinée. Les oracles ont même participé à rajeunir la clientèle ésotérique principale, aujourd’hui les 25-30 ans, selon les chiffres de l’édition.

Entre deux grands livres aux symboles mystiques, Anne-Laure Le Lidec pointe la collection Haziel, qui abrite des classiques de l’ésotérisme. Des ouvrages austères aux couvertures sans images. Puis elle montre un oracle en vogue, plein de couleurs et de personnages féeriques :

« Avant, la magie était sérieuse, intimidante, mais le public est maintenant attiré par le ludique et les beaux visuels. Il faut que ça flashe », résume-t-elle.

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Développement personnel : pourquoi un tel succès ?

Le développement personnel cartonne. Livres et coach fleurissent et nous permettraient de résoudre tous nos problèmes moyennant un certain coût. Alors, vraie solution pour tout le monde ou un sacré coup marketing ?

Avec

  • Albert Moukheiber Psychologue clinicien, docteur en neurosciences cognitives
  • Camille Teste Militante féministe, professeure de yoga et autrice
  • Christie Vanbremeersch Formatrice et écrivain

Si vous avez poussé les portes d’une librairie pour y trouver l’ouvrage de vos vacances, vous avez sûrement remarqué la place prise désormais par le rayon Vie pratique. Auparavant, c’était le refuge des livres de cuisine et des manuels de culture physique. Mais si ces livres existent, leur rayon abrite désormais des ouvrages de développement personnel et il s’étend de plus en plus face au succès de ces manuels, guides et méthodes censés nous apprendre à mieux vivre.

Un podcast de 56 mn, le débat de midi sur France Inter, avec Jean-Matthieu Pernin

https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-debat-de-midi/le-debat-de-midi-du-mardi-01-aout-2023-9521387?utm_source=pocket-newtab-fr-fr

L’altruisme efficace, Les quatre accords toltèques, Le pouvoir de la confiance en soi, sont quelques-uns de ces succès de la littérature de développement personnel. Un genre qui se vend très bien, notamment après la crise sanitaire qui a vu bondir les achats de livres de 19 % en France et 6 millions de livres vendus entre mai 2021 et avril 2022.

Les applications, les podcasts, les émissions se multiplient sur le sujet et le monde entier semble avoir trouvé le chemin pour répondre à ces problèmes existentiels. Très appréciés par certains, décriés par d’autres pour le côté pensée magique enrobée de marketing, pourquoi le développement personnel rencontre-t-il un tel succès ?

Des livres qui correspondent à notre époque ?

Le développement personnel ne date pas d’hier. Il serait né au XIXe siècle, mais aujourd’hui, on voit un véritable phénomène du coaching et sur plein de supports différents. Selon le psychologue Albert Moukheiber, ce sont les mêmes mécanismes que pour les régimes alimentaires : « Que ce soit par la pensée magique ou bien la loi de l’attraction, ce sont toujours les mêmes ficelles. Lorsqu’on va mal, on va avoir tendance à individualiser les sujets. On se sent responsable alors que ce n’est pas le cas. Nous sommes des animaux sociaux, il y a donc plein de facteurs systémiques. Mais ça arrange beaucoup de personnes. Par exemple, s’il y a un problème dans une entreprise, le patron ne va pas augmenter les salaires ou améliorer les conditions de vie et de travail, il va embaucher un coach qui va devenir responsable du bien-être de l’entreprise. »

Aller mal, cela existe depuis toujours, et les solutions magiques ne sont pas nouvelles. On les retrouve dans L’Oracle de Delphes par exemple, où déjà, on retrouve une vision curative de la santé et de la psychologie : « On oublie complètement les déterminants sociaux, hiérarchiques. C’est ce qui se passe actuellement dans certaines boites, où l’on considère que l’entreprise est une famille. »

La quête de la meilleure version de soi-même

Nous vivons dans une époque individualiste où les livres de développement personnel en sont le reflet. Pour Camille Teste : « C’est comme un piège issu du néolibéralisme qui nous rend responsables de nos malheurs et de nos bonheurs. C’est la quête de la meilleure version de soi-même. Là où c’est pernicieux, c’est ce que la philosophe slovène Alenka Zupančič appelle l’impératif bio moral. Non seulement, il faut travailler sur soi, développer tout un tas de pratiques pour aller mieux, mais en plus, si vous ne le faites pas, vous êtes une mauvaise personne. C’est devenu une question morale. » À lire aussi : Le développement personnel fait-il du mal aux femmes ?

Les coachs, les nouveaux psys ?

Aujourd’hui, les coachs sont partout, et pour beaucoup de personnes, il est plus facile de dire que l’on voit un coach qu’un psy. Pour le psychologue Albert Moukheiber : « Au départ, le coaching était uniquement dédié aux compétences professionnelles. Par exemple, si vous aviez une entreprise de dix personnes qui grossissait jusqu’à avoir 200 salariés et que vous ne saviez pas gérer ça, on faisait appel à un coach qui vous formait au management. Petit à petit, il y a eu un glissement où les coachs ont commencé à gérer les angoisses, la qualité du sommeil… Il y a une grande partie du business du coaching, où on forme des coachs à devenir coach, où les gens se découvrent une compétence de coach. Ça rapporte beaucoup plus d’argent de vendre une formation que des séances individuelles qui risquent de s’arrêter.

Le coach n’a pas non plus les mêmes contraintes qu’un psy. Si un psy veut développer sa thérapie, il doit faire un groupe expérimental, valider sa méthode par des confrères, la publier dans une revue scientifique, voir s’il y a des facteurs confondants, alors qu’un coach peut simplement dire qu’il a trouvé une technique qui marche, en faire une méthode, et la certifier. »

L’Ennéagramme n’est ni catho ni casher

La lecture de ce livre, publié aux éditions du Cerf, m’a réjoui. Une documentation extrêmement approfondie. De plus, Anne Lécu tient un rôle non négligeable : celui de Terminator, pour envoyer les contorsions intellectuelles du père Pascal Ide sur l’ennéagramme au tapis…

Voici quelques lignes de sa conclusion :

1. L’Ennéagramme provient de l’occultisme, ce qui est le plus souvent… occulté au profane, qu’il soit croyant ou incroyant. Cette dissimulation a pour but de le rendre encore plus invasif car ni la spiritualité, ni la psychologie authentiques ne sauraient intégrer sa logique mécanique ou ses présupposés gnostiques.

2. L’initiation à l’Ennéagramme repose sur un modèle … initiatique, puisqu’il est proscrit de l ‘« appren­dre » seul et qu’il ne peut être que l’objet d’une « trans­mission » au sein d’un groupe. Ce qui annihile la critique externe et paralyse la critique interne sous couvert de « travailler » à l’émergence d’une conscience libre.

3. L’Ennéagramme est un dispositif axiomatique et totalisant qui plie à son cadre l’exégèse théologique, le commentaire philosophique, l’analyse psychologique, la théorie scientifique qui lui convient et, sinon, l’exclut puisqu’il se veut la norme et la clé de toute réflexion. Quiconque, croyant ou incroyant, veut l’adapter à sa tradition de pensée doit en conséquence distordre celle-ci pour la rendre conforme à ce modèle absolu ainsi que le montre l’assimilation courante de la « trans­formation de soi » à la conversion religieuse ou à la guérison médicale.

4. L’Ennéagramme est autocentré et circulaire, ce qui le rend étanche à la moindre critique, puisque quiconque s’y risque voit ses remarques réduites à une des caractéristiques de son type et doit alors s’en justifier.

5. L ‘Ennéagramme est hors de tout processus de vérification, puisqu’il est à la fois dépourvu de base scientifique et de protocole d’évaluation, le critère souvent avancé de la « satisfaction client » n’ayant rien d’objectif.

6. L’Ennéagramme assigne chaque individu à un type qui s’apparente à un destin, lequel ne se distingue pas d’une fatalité. Or, la liberté humaine, ainsi que définie par les philosophes et à commencer par Aristote, réside dans la possibilité des contraires, le « pouvoir ne pas». Toute caractérologie qui s’abîme dans le détermi­nisme annule à terme le libre arbitre.

7. L ‘Ennéagramme est avant tout un commerce placé sous le signe de l’argent qui parle de compassion et profite au capital. Combien coûte-t-il à ses consomma­teurs ? Combien rapporte-t-il à ses commissionnaires ? Combien gagnent, petits ou grands, ses propagateurs, entrepreneurs, formateurs, animateurs? Et pour quel gain réel chez leurs adeptes-clients ?

8. L’Ennéagramme engendre, potentiellement ou effectivement, inconsciemment ou consciemment, la manipulation. L’aspect en apparence innocent de la typologie des personnalités n’est que l’accroche de l’engrenage envoûtant de ce dispositif. On en arrive ainsi à penser autrui, la place d’autrui la relation avec autrui à son insu et en fonction du dispositif.

9. L’Ennéagramme professe l’éthique et pratique l’amoralité. Que reste-t-il des soucis épistémologique ou déontologique qui sont claironnés pour authentifier l’inoffensivité de la méthode lorsque Fabien Chabreuil écrit que« les types du Père (HUIT) et du Fils (DEUX) sont des types orientés vers l’extérieur. [ … ] Cela permet de faire l’hypothèse que le type de l’Esprit Saint est CINQ (Le Verbe !) et qu’il nous manque, après le livre du Père et celui du Fils, le livre de l’Esprit Saint » ? Ou Helen Palmer que « le système fonctionne si bien que j’ai vu certaines personnes prétendre avoir des dons de voyance parce qu’elles pouvaient typer rapidement et sans erreur » ? Ou Richard Riso et Russ Hudson que « comprendre l’Ennéagramme, c’est comme avoir une paire de lunettes spéciales qui permet de voir au-delà de la surface des gens avec une clairvoyance particulière : nous pouvons en fait les voir plus clairement qu’ils ne se voient eux-mêmes » ?

Et, plus prosaïquement, comment une entreprise, sous couvert de formation continue, peut-elle obliger ses salariés à suivre un stage d’Ennéagramme ?

ÉCOUTER L’ÉMISSION CULTURE-CLUB avec Anné Lécu (25 mn)

ÉCOUTER LE PODCAST « RELIGIONS DU MONDE » avec Anne Lécu et Jean-Philippe Trottier : Ennéagramme, idolâtries modernes, quels sont les dangers? (48′)