Église et coaching

L’hebdomadaire LA VIE publie un dossier de plusieurs articles dont certains sont accessibles sur le site : https://www.lavie.fr/

L’Église des coachs

Devenus un passage obligé pour les religieux, les prêtres, les évêques ou visiteurs apostoliques, les coachs ont-ils pris le pouvoir dans l’Église ? Comme partout dans la société, ils prospèrent sur des besoins nouveaux. Avec quelles compétences ? Et quelle vision de l’Église ?

Par Flore Pierson et Félicité de Maupeou – La Vie du 17 juin 2026

Le coaching a-t-il vraiment sa place dans l’Église ?

Apport ou dévoiement ? Véronique Margron, théologienne, et Jean-Guilhem Xerri, psychanalyste et coach, en débattent.

Interview Félicité de Maupeou – La Vie du 17 juin 2026

Les contours flous et l’extension du champ d’application du coaching font s’interroger la théologienne Véronique Margron : l’exercice de la responsabilité dans l’Église relève-t-il de la « méthode » ? Faut-il viser l’efficacité ?

En psychanalyste, coach et superviseur, Jean-Guilhem Xerri se félicite de la nouvelle place de cette discipline, mais il rappelle son périmètre d’intervention, loin des domaines spirituel et psychologique où certains s’aventurent.

Le boom du coaching spirituel sur les réseaux sociaux

Des guides spirituels en tout genre ont trouvé sur les réseaux sociaux un canal d’expression privilégié. Comme le sport, l’alimentation ou le développement personnel, la matière spirituelle a intégré le grand marché du coaching. Un cocktail explosif.

Par Sixtine Chartier – La Vie du 17 juin 2026

Pour « percer » sur les réseaux sociaux, la mise en scène de soi est la règle. C’est même le principe de ces plateformes : partager son quotidien, son « expérience de vie », à des spectateurs-commentateurs en quête d’histoires dans lesquelles se projeter. Les plateformes sont ainsi devenues un paradis pour les coachs en tout genre, qui proposent de vous accompagner pour un meilleur épanouissement personnel – souvent moyennant finance.

À côté de professionnels certifiés du coaching ayant ouvert un cabinet, des utilisateurs « lambda » accèdent ainsi au statut d’expert par leur maîtrise de l’art des réseaux sociaux et non par leur formation. Qu’ils se déclarent coachs, guides ou consultants, ils bâtissent une activité destinée à accompagner des personnes en quête de repères, dans un secteur professionnel qui peine à se réguler.

Ces ex-prêtres ou religieuses reconvertis dans le coaching

Du clocher ou du couvent au cabinet de coaching, il n’y a parfois qu’un pas. Anciens ordonnés ou consacrés, ils n’hésitent pas à mobiliser des ressources chrétiennes dans leur nouveau métier. Au risque de confondre le psychique et le spirituel, la quête de Dieu et la performance individuelle ?

Par Timothée de Rauglaudre – La Vie du 17 juin 2026

Un tableau assez complet du sujet. Mais n’a-t-on pas oublié de souligner cet essentiel : la conversion personnelle de chacun, évêques, prêtres et fidèles laïcs, qui seule portera du fruit ?

Publié sur notre blog en 2021 :

Quand le développement personnel vire à l’endoctrinement sectaire

Quentin Meunier, 20minutes

Alexis n’imaginait pas perdre une de ses amies les plus proches ainsi. Au début de l’année de l’année 2025, la jeune femme s’est inscrite à un stage de « développement personnel » proposé par la Greatness Académie, un étrange programme qui permet de redécouvrir « son potentiel humain ». « Je n’étais pas contre, ça ne m’intéressait pas spécialement, mais je me disais que ça ne faisait de mal à personne », se remémore-t-il. Jusqu’au jour où elle l’invite à participer.

En se renseignant, il trouve les discours un peu trop bien rodés, s’étonne de découvrir des sociétés dissoutes puis recréées, des paliers d’engagement coûteux et des retraites à l’étranger, en République dominicaine ou au Pérou, entre membres du groupe. « Là, je me suis dit : il n’y a plus de doute, c’est une secte. » Il tente de convaincre son amie de lâcher l’affaire. En vain. « Même avec des preuves, elle m’a menti et a continué à participer aux réunions, regrette-t-il. Quand je lui ai dit que c’était une secte, elle a rigolé. Ils avaient déjà été briefés à répondre à cette question. »

Ils ne sont ni adeptes ni anciens membres d’une secte. Les proches des personnes embrigadées sont pourtant des victimes collatérales de ces dérives. Beaucoup ont assisté impuissants à l’embrigadement d’un proche, se sentent démunis face à une emprise qu’ils ne comprennent pas toujours. Surtout lorsque celle-ci se passe sur les réseaux sociaux, sous couvert de bien-être, de coaching ou de développement personnel. Il est parfois difficile de percevoir derrière des propos qui semblent bienveillants l’endoctrinement sectaire.

Du doute à la rupture

Martine a ainsi vu sa fille Camille commencer à changer de discours après un congé parental. A cette époque, la jeune mère de famille s’est mise à suivre des contenus de développement personnel sur les réseaux sociaux. Rien d’inquiétant au premier abord, mais sa consommation devient de plus en plus frénétique.

Ses parents commencent à voir ses discours changer. « Désirez, et vous obtiendrez », « il n’est pas nécessaire de travailler dur pour gagner de l’argent »… Des phrases tout droit sorties de la « Haute école de la manifestation consciente », fondée par Sophie Chague, une créatrice de contenus. Prix d’entrée : 3.300 euros.

Peu à peu, le discours de sa fille se radicalise et inquiète Martine, ancienne professionnelle des ressources humaines, formée à l’éthique du coaching. Les parents se sentent impuissants. Ils tentent de la discuter, de la confronter « sans la juger ». Peine perdue. « Elle a commencé à nous dire : « Si ça vous gêne, on ne se voit plus. » » Après des mois de tensions et de rapports dégradés, Martine tente de ramener sa fille à la réalité. Elle s’appuie notamment sur l’analyse de la Miviludes ou d’associations comme l’Unadfi, qui qualifient les tendances auxquelles Camille adhère de dérives sectaires. « Depuis, aucun contact », confie, peinée, la sexagénaire.

Une reconstruction psychologique difficile

Du côté d’Alexis, la tension devient extrême lorsqu’il apprend que son amie part en République dominicaine pour un des fameux stages. « Je lui ai pris son passeport pour l’empêcher de partir, admet-il. Depuis ce jour-là, nos rapports sont un peu froids. » Il évoque un avant et un après. Ils continuent d’échanger, de se croiser mais leurs liens ne seront, à l’en croire, plus jamais comme avant. « On ne sait jamais si la personne est vraiment sortie, comme un ancien alcoolique », compare-t-il.

Martine, quant à elle, décrit un « conflit de loyauté permanent », d’autant que Camille est devenue une créatrice de ce type de contenus de « développement personnel », vend même des formations pour les « entreprises d’accompagnement fréquentiel ». « C’est notre fille, on veut la sauver. Mais on ne va pas réussir seuls », regrette-t-elle. Avec son mari, ils ont envisagé d’avertir l’ordre professionnel de Camille, mais ils y ont finalement renoncé, de crainte de ruiner la carrière de leur fille si un jour elle venait à sortir de sa dérive.

« On parle des victimes directes, jamais de ceux qui restent », regrette Martine qui envisage aujourd’hui de créer un collectif dédié aux parents des victimes de dérives sectaires. Elle-même confie avoir dû se faire suivre par un psy pour faire face à cette situation, peinant à prendre de la distance, se sentant complètement « envahie » par l’emprise dont sa fille était victime.

Elle compare la perte de sa fille à un « deuil blanc », un concept d’habitude utilisé pour les proches des victimes pour accepter la perte de la présence mentale ou affective des victimes d’Alzheimer.

« Ce que tu veux, c’est ce que tu es » : « Gourou » ou la violence invisible de la positivité toxique

Isabelle Barth, Université de Strasbourg

Le comportement du personnage interprété par Pierre Niney dans Gourou reflète-t-il avec exactitude la réalité du coaching ? Ou est-il caricatural ? WY Productions/Ninety Films/Studiocanal/M6 Films/Photographe Jérôme Prébois

Dans Gourou, le nouveau film de Yann Gozlan, Pierre Niney interprète un coach en développement personnel qui pousse les limites trop loin. Si les excès du bien-être méritent d’être critiqués, le coaching, sous certaines conditions, reste un outil qui peut être utile… à condition de ne pas lui demander ce qu’il ne peut pas faire. La croyance en une toute-puissance (de soi, du coach ou du coaching), voilà le danger !

« Ce que tu veux, c’est ce que tu es ! » Dans le film Gourou, ce mantra répété jusqu’à l’épuisement par le public à l’initiative du « gourou » (incarné par Pierre Niney) n’est pas un simple slogan de motivation, c’est le symptôme d’une idéologie dans laquelle nous baignons dans nos sociétés occidentales (c’est un prérequis indispensable de se situer dans ce cadre culturel) : celle qui prétend que la volonté suffit à tout, que le bonheur est un choix individuel, que la souffrance relève d’un défaut personnel.

Le film en fait une ritournelle hypnotique, révélant la face sombre de cette croyance devenue hégémonique : car la réalité est qu’elle culpabilise, elle isole, elle invalide.

Le gourou : une figure moderne de l’emprise

Traditionnellement, le terme « gourou » désigne un maître spirituel (à l’origine dans la religion brahmanique). Mais les sciences sociales ont montré son évolution vers une figure plus ambiguë : celle d’un individu charismatique qui exerce une influence disproportionnée sur un groupe en promettant transformation, sens et salut personnel. Les travaux de Janet Jacobs et de Benjamin Zablocki sur les dynamiques sectaires montrent que le gourou moderne n’a plus besoin de religion : il lui suffit d’un récit séduisant et performatif pour réunir autour de lui une communauté soudée qui croit en sa promesse de réussite totale.

Dans le film Gourou, cette figure est incarnée par un maître du développement personnel qui exige une adhésion sans faille à son credo. Il ne guide pas : il prescrit. Il ne propose pas : il impose. Et surtout, il réduit toute souffrance à un manque de volonté. C’est là que le film touche juste : il montre comment l’emprise peut se construire non par la contrainte, mais par la promesse de bonheur.

Les exemples contemporains abondent. Dans les entreprises, on peut trouver des ateliers de « gestion émotionnelle » proposés à des salariés soumis à des cadences intenables. Sur LinkedIn, des cadres racontent leur burn out comme une « aventure inspirante ». Sur Instagram, des influenceurs affirment que « la maladie est un message de l’Univers ». Dans tous ces cas, la souffrance est requalifiée en défaut de mindset, et la porte de sortie est de rebondir, mais nous ne sommes pas des balles en caoutchouc !

C’est cette dénonciation de la « positivité toxique » qui est, à mon sens, l’angle le plus intéressant et interpellateur du film.

Continuer la lecture de « « Ce que tu veux, c’est ce que tu es » : « Gourou » ou la violence invisible de la positivité toxique »

L’analyse transactionnelle

Bertran Chaudet

L’analyse transactionnelle est une élaboration très simpliste des relations humaines, réduisant toute relation à un schéma en trois points.

Il s’agit d’examiner son propre comportement et celui de nos proches avec cette grille d’analyse. Nous retrouvons la même problématique de manière plus élaborer dans l’ennéagramme.

Mais ces approches sont plus enfermantes que libérantes car elles nous projette dans des préalables qu’il faut assimiler, et qui réduisent les complexités relationnelles à ces visions simplificatrices et par conséquent caricaturales.

Trois types d’état du Moi

Très schématiquement du point de vue de la structure de la personne, cette vision distingue trois types d’états du Moi :
Le Parent correspond aux pensées, émotions, et comportements d’une personne qu’elle a faits siens par imitation de figures parentales ou éducatives marquantes.
L’Adulte caractérise les émotions, pensées et comportements qui sont congruents avec la réalité de l' »ici et maintenant ».
L’Enfant correspond aux pensées, émotions, et comportements qui sont une reviviscence de notre propre enfance.


Ce schéma sera repris à l’infini toujours en trois catégories d’un triangle dramatique, mais référent inconditionnellement : Victime-Sauveur-Persécuteur ou encore Dominateur-Dominé-Négociateur

La pensée d’Éric Berne se complexifie, mais demeure toujours inscrite dans des modèles préétablis, auxquels il est obligatoire de souscrire, et qui finalement demeurent enfermants. Il est nécessaire d’entrer dans cette logique pour observer les rapports humains, mais aussi son propre comportement à travers ces prismes, recettes comportementales qui se voudraient phénoménologiques.

« En France, l’analyse transactionnelle n’a pas de définition institutionnelle médicale précise ni de formation universitaire ou hospitalière (comme les pratiques médicales par exemple). Sa recherche fondamentale est essentiellement privée, menée par des praticiens la plupart en secteur privé. On retrouve citées des pratiques inquiétantes dénoncées par la commission de l’Assemblée nationale sur les dérives sectaires (MIVILUDES), entre autres dans les domaines de :
• du management des ressources humaines de certaines entreprises, et dans certains stages de formation professionnelle,
• des formations aux techniques de vente, et à l’animation commerciale,
• de la consultance et du coaching de dirigeants,
• de certaines psychothérapies (faux souvenirs induits). »
(Wiki)