Mardi 23 septembre 2025, la cheffe de l’Église de l’Unification, Han Hak-ja, a été arrêtée à Séoul pour corruption.
Celio Fioretti, correspondant à Séoul (Corée du Sud) pour La Croix.
C’est un coup sévère porté à la secte Moon en Corée du Sud. Han Jak-
ja, 82 ans, la cheffe de l’Église de l’Unification (nom officiel de la
secte) a été arrêtée à Séoul mardi 23 septembre pour corruption et trafic
d’influence et placée en détention.
Fondée en 1954 par son défunt mari, Sun Myung Moon, au lendemain de la guerre de Corée, la secte fait depuis longtemps l’objet de controverses avec ses mariages collectifs de milliers de couples et sa culture sectaire. Mais elle est également devenue au fil des ans un véritable empire financier à l’influence
politique considérable.
Anticommuniste dès sa fondation, la secte Moon s’est attiré les bonnes
grâces des différents régimes militaires sud-coréens au pouvoir jusqu’à
la démocratisation du pays en 1988, entretenant par la suite les
meilleures relations avec les milieux conservateurs. Revendiquant près
de 300 000 membres en Corée du Sud et jusqu’à dix millions à
l’étranger, elle est active à tous les niveaux de la société.
De l’ONG internationale Universal Peace Federation aux innombrables complexes hôteliers, agences immobilières ou chaîne de distribution alimentaire, en passant par son propre groupe industriel Tongil Group et ses médias comme le quotidien sud-coréen Segye Ilbo ou l’américain Washington
Times.
Si la richesse de la secte Moon est difficile à quantifier, dissimulée derrière différentes sociétés écrans, on a estimé à la mort de son fondateur en 2012 que sa fortune personnelle s’élevait à au moins 4 milliards de dollars. Cet empire économique tentaculaire, qui provient également des donations de ses membres, lui a permis d’exercer une influence considérable dans les milieux politiques de Corée du Sud, mais aussi dans les différents pays où elle s’est installée. Au Japon, où elle revendique 600 000 membres et aux États-Unis, forts de 300 000 membres, le groupe tisse des liens avec des personnalités telles que les présidents américains Ronald Reagan et George H.W. Bush, ou encore le premier ministre japonais Shinzo Abe, assassiné en juillet 2022.

À l’été 2025, alors que les autorités enquêtent sur une affaire de
corruption ciblant l’ex-première dame Kim Keon-hee, femme du
président destitué au début de l’année Yoon Suk-yeol, la piste les
conduit vers la secte Moon. Han Hak-ja aurait offert des sacs à main et
des bijoux d’une valeur totale de plus de 50 000 € à la première dame en
échange de l’aide du gouvernement dans le développement de la secte
Moon en Afrique et au Cambodge. Han Hak-ja aurait également versé
plus de 60 000 € à un député du parti conservateur en 2022.
Selon les enquêteurs, la secte aurait aussi demandé à plus de 100 000 de
ses fidèles d’adhérer au parti conservateur sud-coréen. Une infraction de
la loi sur la séparation entre les Églises et l’État. Ce qui expose Han
Hak-ja à une très lourde peine de prison.
