The Chosen : examen de quelques propositions faites dans le guide de partage pour la saison 1 (suite) 16

THE CHOSEN "LES ÉLUS" : une série multi-saisons sur Jésus vu au travers du regard de ses disciples. La « série » proposée en 7 saisons (plus de 50 épisodes), connait un succès impressionnant. L’application sur laquelle le film est disponible gratuitement a déjà eu plusieurs centaines de vues. L’équipe du site sosdiscernement.org s’est intéressée à ce phénomène et vous propose quelques éléments de réflexion à travers des articles successifs, que vous pourrez retrouver sur la page The Chosen (à la lettre T)

Acte 16 : examen de quelques propositions faites dans le guide de partage pour la saison 1 (suite)

Séance 2 : Shabbat

« Dans cet épisode, nous voyons différents repas de shabbat. Celui de Marie, Nicodème, Matthieu ou encore de Simon. Chacun de ces repas dit plus profondément quelque chose de la relation à Dieu, à la famille, aux autres ou à la création. »

Aide pour l’animateur : Nicodème caractérise le repas mondain, fait dans les règles et qui semble faire plaisir à tout le monde, mais qui au fond manque de quelque chose d’authentique.

Nicodème caractérise le repas mondain

Dans cet épisode, Nicodème est caractérisé non pas selon ce que l’on peut savoir d’un érudit, un maître parmi les notables juifs du temps de Jésus. Mais quelqu’un de mondain qui jouit d’une respectabilité de surface liée à son art de la mondanité et du consensus de surface.

Or l’épisode relaté dans l’Évangile selon saint Jean 3,1-21, contredit point par point cet imaginaire diffamatoire scénarisé. Nicodème est un des premiers disciples du Christ. Membre du sanhédrin, il doit rester discret, alors il vient le rencontrer de nuit. Nicodème connaît parfaitement les Écritures saintes et les targoums, et reconnaît Jésus comme un Rabbi, un maître qui vient de la part de Dieu. Son érudition n’est pas un obstacle à son humble reconnaissance de qui est Jésus, encore lui faudra-t-il du temps pour réaliser qu’il est le Fils de Dieu.

« 1) Est-ce que je me suis identifié à tel ou tel personnage ? Pourquoi ? »

Cette présentation de Nicodème est donc une tromperie, et sur cette supercherie, il est demandé aux jeunes de trouver un modèle identificatoire, comme pour les autres repas de shabbat tout aussi faussés quant à la sobre réalité des évangiles.

Ces projections d’identification immédiate avec tel ou tel personnage sont de véritables outils de manipulation. En effet une implication directe dans l’histoire agit selon un procédé de séduction, qui ne permet pas une juste distance nécessaire.

« Matthieu nous montre la solitude et la situation difficile d’une famille divisée. Simon ne vit pas le shabbat et cherche au contraire à résoudre ses problèmes par lui-même en se trouvant de bonnes raisons. Marie elle représente celle qui découvre tout, qui se trouve trop maladroite et qui accueille aussi avec simplicité et grand cœur… »

Aucune catéchèse honnête ne se permettrait une telle distorsion, une telle surenchère de détails impliquant directement une sensibilité à fleur de peau qui effectivement peut toucher malheureusement ce qui se passe parfois dans les familles. Superficialité, mondanité, tension familiale exacerbée, maladresse… Cette relecture immédiate et cette relation directe avec la vie la plus intime, parfois la plus douloureuse, deviennent indécentes, quand il est demandé de les partager de la manière suivante :

2) Si je devais faire le top 5 des priorités de ma vie en ce moment en incluant toutes les dimensions (famille, vie spirituelle, travail, relations, détente, projets personnels…) à quoi cela ressemblerait ?

Il est de nouveau demandé une implication directe un dévoilement e l’intimité de sa vie devant tout le groupe. Un accompagnateur spirituel ne se permettrait pas de telles questions aussi rapidement et aussi crûment.

Séance 3 : Laissez venir à moi les petits enfants

« Dans cet épisode, nous découvrons le Jésus enseignant. Pourtant c’est à des enfants qu’il enseigne et ceux-ci lui posent des questions sans détour. Jésus leur dit cette parole : J’espère que mes prochains étudiants poseront tous les mêmes questions que vous. »

Est-ce que je me suis identifié à tel ou tel enfant ? »

Il s’agit toujours d’exprimer publiquement ses fragilités, ses désirs. Mais qui est l’animateur pour recevoir ces intimités ? Qu’en est fait-il ?

Si quelqu’un vit quelque chose de très grave ou a un questionnement existentiel qui peut l’engager, quelle réponse peut apporter l’ambassadeur, ou le groupe ?

Quelle imprudence, ou quel voyeurisme que de révéler à un groupe le secret de son cœur, les interrogations que nous pourrions avoir à poser comme un enfant à Jésus. C’est-à-dire sans protection, en toute confiance, sans filtre.

N’y a-t-il pas alors un loup ?

Séance 4 : Le rocher sur lequel il est bâti

« L’épisode d’aujourd’hui commence dans la barque, où Simon collabore avec les centurions romains, et se termine dans la barque, lorsque Simon accepte d’aider Jésus dans sa prédication. »

Mais dans quel délire le scénariste a-t-il vu qui Simon collaborait avec des centurions romains ? Ces inventions ne sont pas neutres, elles manipulent la Parole, la contraignent pour obliger à avoir une nouvelle lecture, une lecture distanciée de la réalité, une lecture ou l’imagination du scénariste vampirise le texte initial et lui apporte ces projections faussées. La Parole de Dieu ne fait plus alors ce qu’elle dit. Elle ne peut plus laisser le champ libre à notre liberté d’y adhérer et de nous convertir au réel.

De plus Simon n’accepte pas d’aider Jésus dans sa prédication, comment aider Jésus ? Alors que c’est Lui qui vient nous sauver. Simon à ce stade accepte seulement de le suivre, de se rendre obéissant à sa Parole.

Quand on examine les termes choisis pour reprendre ou se réapproprier l’épisode, ils sont en grande partie imprécis ou frelatés. L’histoire initiale est réinventée, et ce n’est pas qu’un effet de liberté du scénariste, c’est aussi une manière délibérée de s’éloigner voire de contredire les Évangiles.

Et voici les questions qui arrivent ensuite :

« 1) Si la barque représente ma vie et mes stratégies de réussite, auprès de qui ai-je l’impression d’investir le plus d’énergie ou de mettre le plus ma confiance ?

2) Simon collabore avec les Romains, mais résiste pourtant à collaborer avec Jésus. Y’a-t-il des domaines de ma vie où je ne crois pas que Dieu ait son mot à dire ?

3) André ne cesse pas de répéter à son frère Simon que Jésus est le messie, et d’insister pour le laisser monter dans la barque. Est-ce que j’ai de telles personnes autour de moi (amis, famille) qui m’invitent régulièrement à faire confiance à Dieu et à le laisser entrer dans ma vie ? »

De nouveau, les participants doivent se dévoiler en prenant appui sur ces fictions qui n’ont rien à voir avec les Évangiles.

Interprétation intempestive

La barque représente-t-elle des stratégies de réussite ?

André ne cesse pas de répéter à son frère Simon que Jésus est le Messie, et d’insister pour le laisser monter dans la barque. D’où cela sort-il ? Et pourtant le participant est invité à parler de ses résistances à la confiance.

Sous-entendu : dans ce groupe, tu joues la transparence, tu peux faire confiance. Ne sois pas timoré comme Simon, baisse tes défenses, tu n’as rien à craindre.

Il serait fastidieux d’énumérer toutes ces fictions qui truffent, épisode par épisode, la série.

Séance 8 : C’est moi, je le suis

« Dans ce dernier épisode de la saison 1, c’est enfin le moment pour les disciples de partir en mission et de suivre Jésus concrètement. Cela les met pourtant assez vite face à des renoncements à vivre, à des peurs, voire à s’exposer à des menaces.

[Note pour l’animateur : Nicodème ne peut renoncer à sa famille et son statut, Simon a le souci de sa femme, Matthieu doit s’expliquer devant Gaïus, les disciples protestent face aux dangers de traverser la Samarie]

Est-ce que je me suis reconnu dans la situation de l’un des personnages ? Lequel et pourquoi ? »

Faut-il se reconnaître avec les personnages de la série ? Ou prendre la peine de reprendre l’Évangile dans le recueillement, la solitude, et laisser cette Parole agir en moi ?

Cependant, il est nécessaire de confronter la subjectivité de ce que l’on ressent à la grande Tradition de l’Église catholique. Non pas pour réduire le champ de ce que l’on découvre, mais pour objectiver la justesse de ce que l’on perçoit.

La vie spirituelle nécessite de purifier nos imaginations et de nous convertir au réel. Au réel de Celui qui est le chemin, la vérité et la vie.

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