THE CHOSEN "LES ÉLUS" : une série multi-saisons sur Jésus vu au travers du regard de ses disciples. La « série » proposée en 7 saisons (plus de 50 épisodes), connait un succès impressionnant. L’application sur laquelle le film est disponible gratuitement a déjà eu plusieurs centaines de vues. L’équipe du site sosdiscernement.org s’est intéressée à ce phénomène et vous propose quelques éléments de réflexion à travers des articles successifs, que vous pourrez retrouver sur la page The Chosen (à la lettre T)
Acte 17. The Chosen : points de discernement au regard de l’accompagement spirituel ignatien
Ces quelques points sur le discernement et l’accompagnement spirituel n’ont aucune autre prétention que celle d’apporter, de manière bien lacunaire, quelques légitimes interrogations et réflexions sur la pertinence de promouvoir ce type de fictions. Elles sont censées s’inspirer des Évangiles, proposées par The Chosen, et exploitées par les livrets dits d’accompagnement.
Un peu d’histoire
Dans la tradition de l’Église catholique l’accompagnement spirituel, voire la direction spirituelle, existe depuis les Pères du désert. Jean Cassien à la fin du 4e siècle et au début du 5e donne des indications précieuses dans Les Institutions cénobitiques et Les Conférences (426) qui seront sans cesse reprises dans la vie monastique notamment dans la règle de saint Benoît, mais également dans la pratique séculaire.
Il s’agit de confier ses pensées et ses suggestions à un Ancien, particulièrement expérimenté dans le combat spirituel. Il s’agit en effet d’éviter les illusions, les imaginations pour se convertir au réel, au réel du Christ et de sa Parole. Il s’agit également de pratiquer la garde du cœur : « Sans cesse veiller à la garde de son cœur, et à chaque suggestion demander : es-tu des nôtres ou du parti adverse ? »
L’Ancien est là pour confirmer ce qui vient de Dieu, sans toucher à la liberté du plus jeune qui lui confie son intime. Chacun étant obéissant à l’unique Parole de Dieu.
Les exercices spirituels de saint Ignace de Loyola s’inspirent de cette tradition. Elle s’est perpétuée dans l’Église avec saint Grégoire, saint Jean-Chrysostome, saint Ambroise. Puis au moyen Âge dans les ordres mendiants à la suite de saint François et saint Dominique. La douceur de saint François de Sales dans son Traité de l’amour de Dieu donnera aux accompagnateurs spirituels cette fermeté tempérée, autant pédagogique que féconde.
Saint Ignace désignait le Christ comme « notre Créateur et Seigneur ». L’expérience spirituelle avec la grâce de l’Esprit-Saint permet de constater en nous ce mystère sans jamais prétendre le comprendre.

Les étapes
Saint Basile donne des indications concernant ces étapes. Nous sommes loin de l’itinéraire proposé par le guide de The Chosen.
Il s’agit dans un premier temps de l’aveu de ses péchés
« Que veux-tu que je fasse pour toi ? » (Mc 10, 51).
Cette ouverture est à la fois un acte d’humilité, une acceptation de se connaître en vérité et de se confier uniquement à l’ « Ancien », afin qu’il puisse guider sur un chemin qu’il a lui-même pratiqué.
Cet abandon à la prétention, à la justification d’anciennes pratiques, l’humble aveu de sa misère et de son impuissance, sont le point de départ d’une vraie conversion. C’est l’objet même du sacrement de réconciliation, qu’il ne faut pas cependant confondre ou assimiler à un accompagnement spirituel.
Repérer les états intérieurs de consolation et de désolation
Quel temps est-il réservé à la prière, à la fréquentation de la Parole de Dieu, aux sacrements ?
La direction spirituelle consiste à observer puis à discerner ce qui est de l’ordre d’illusions, de ce qui est d’une vraie relation de l’accompagné avec le Seigneur.
C’est la science du discernement des esprits. C’est-à-dire de la connaissance, du repérage et de l’interprétation des différents penchants naturels et surnaturels, des motions intérieures et des états d’âme. L’homme étant sollicité tour à tour par le bon esprit de Dieu et par l’esprit mauvais de Satan.
Aucun accompagnateur n’a à interférer sur ce qui relève de la magnalia Dei, c’est-à-dire des œuvres que Dieu opère dans le secret du cœur. De nombreux abus et méfaits sont commis par des personnes inexpérimentées qui prétendent accompagner. Attention au psychologisme qui prend plaisir à ce qu’il estime être la pertinence d’analyses explicatives.
Ainsi les ambassadeurs des groupes de The Chosen paraissent bien verts
Nous avons une incurable propension à nous attribuer l’origine et le mérite de ce qui va bien, « à faire notre nid chez autrui » et non en Dieu, comme le dit saint Ignace à exalter notre esprit jusqu’à « l’orgueil et la vaine gloire. »1
Ce point : « à faire notre nid chez autrui » est très important. Combien d’accompagnateurs, d’éducateurs, de thérapeutes, s’installent dans cette intimité et pensent orgueilleusement qu’ils sont à l’origine de la croissance ou de la guérison des personnes sous leur dépendance.

Attention au plus grand illusionniste
Imagination et sensibilité, émotion et affectivité peuvent être trompeuses.
Le démon adapte sa stratégie en fonction de l’avancée spirituelle.
Dieu ne se hâte pas, il est patient envers ses créatures. Le démon est toujours pressé, car le temps lui est compté.
Or les saisons de The Chosen nous entraînent dans un tourbillon d’anecdotes se pressant et s’entrecroisant, avec une abondance de détails qui saturent la sobriété initiale des Évangiles.
Saint Jean de la Croix fait dire au Père des Cieux à cet homme qui se plaint du silence de Dieu : « Si je t’ai tout dit en ma Parole qui est mon Fils, je n’en ai pas d’autre que je puisse maintenant répondre ou révéler qui soit davantage que cela : garde-Le parce que je t’ai tout dit et révélé en Lui. » (Montée du Carmel, livre 2, chapitre 22).

Le combat spirituel
Le combat spirituel nécessite une certaine mortification et de l’abnégation, c’est-à-dire une ascèse ou une discipline. Ces exigences ne sont pas à la mode dans nos sociétés. Paradoxalement elles peuvent être exacerbées en des dérives sectaires. Cela se constate de manière extra ecclésiale, mais aussi intra ecclésiale.
Le Père Odilon de Varine, jésuite, a profondément marqué ceux et celles qui ont suivi ces enseignements concernant l’accompagnement spirituel et ses repères. 2
Il insistait : « l’Écriture est lue dans l’Église qui me livre l’objectivité de cette Parole qui n’est pas la mienne. De plus nous avons à nous méfier de celui (et ce peut être nous-mêmes) qui dit être marqué par une Parole de Dieu, mais qui ne tente pas de la traduire dans la vie concrète ».
Attention donc à ne pas se laisser séduire par cette incessante logorrhée des disciples de la série. L’objectif de la vie spirituelle et de son combat étant de se laisser convertir par la Parole de Dieu pour mieux rendre gloire à Dieu donc le concret de nos vies :
« Elle est tout près de toi, cette Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu la mettes en pratique. » (Dt 30, 14).

Principe et fondement de saint Ignace de Loyola
« L’homme est créé pour louer, respecter et servir Dieu notre Seigneur et par là sauver son âme, et les autres choses sur la face de la terre sont créées pour l’homme, et pour l’aider dans la poursuite de la fin pour laquelle il est créé.
D’où il suit que l’homme doit user de ces choses dans la mesure où elles l’aident pour sa fin et qu’il doit s’en dégager dans la mesure où elles sont, pour lui, un obstacle à cette fin.
Pour cela il est nécessaire de nous rendre indifférents à toutes les choses créées, en tout ce qui est laissé à la liberté de notre libre arbitre et qui ne lui est pas défendu ; de telle manière que nous ne voulions pas, pour notre part, davantage la santé que la maladie, la richesse que la pauvreté, l’honneur que le déshonneur, une vie longue qu’une vie courte et ainsi de suite pour tout le reste, mais que nous désirions et choisissions uniquement ce qui nous conduit davantage à la fin pour laquelle nous sommes créés. »
À suivre
Notes
1 Exercices spirituels, Ignace de Loyola, Ed DDB. 322, 4
2 Les passages qui suivent sont extraits d’une interview qu’il a donné pour la revue Christus n° 153 sur l’accompagnement spirituel.
