Chamanisme, druidisme, retour au paganisme ?

Recherche d’harmonie holistique, chamanisme, druidisme… Nouvelles spiritualités, ou retour au paganisme ? par Bertran Chaudet, conférence donnée dans le cadre de la Pastorale Nouvelles Croyances et Dérives Sectaires, Le Mans, 2013.

Le chamanisme

Une sociologue québécoise Catherine Laflamme donne une définition de ce qu’on appelle le chamanisme :

« le chamanisme est un ensemble de méthodes extatiques et thérapeutiques, dont le but est d’obtenir le contact avec l’univers parallèle mais invisible des esprits, et l’appui de ces derniers dans la gestion des affaires humaines. Pour communiquer avec un autre monde, le chaman passe par des transes activées par des ascèses, de longues mélopées rythmées au son du tambour, et l’usage de drogues dont il a le secret. »

Le mot chaman ou chamane a pris des lettres de noblesse en se substituant progressivement aux anciennes appellations de sorcier, guérisseur, magicien ou devin, c’est-à-dire à des personnes usant de magie. Le chaman était socialement reconnu capable de faire le lien et d’infléchir les lois de l’autre monde, en faveur de celui ou de ceux qui lui en faisaient la demande. Le chamanisme suppose que certains humains prédestinés puissent, à la suite d’initiations souvent très dures, établir à volonté une communication avec l’invisible ou le monde-autre. Partout dans le monde, l’initiation chamanique est appréhendée comme une expérience de mort, suivie d’une renaissance. Ainsi le chaman est allé au bout de sa peur et peut acquérir des pouvoirs, il peut devenir insensible au froid au chaud, et acquérir des pouvoirs paranormaux.

Le chaman deviendrait ainsi un médiateur, il chevauche les frontières, pour gagner les faveurs du monde autre, non pour lui-même, mais au service des autres membres de sa tribu. Le sens de ce monde-ci, du visible, est donné par le monde-autre, de l’invisible. Il y parvient en se mettant en transe. Son corps s’agite se convulse et peut imiter le comportement d’animaux sauvages figurant la rencontre avec un esprit animal. Selon certaines traditions chamaniques la prise de drogue peut aider à entrer dans cet état qui enclencherait la communication avec les esprits. En Amérique du nord ce sont des ascèses, jeûnes et macérations qui peuvent provoquer des « visions ». En disloquant la perception ordinaire le chaman entrerait en contact avec le monde-autre. Les éléments des mythes fondateurs de la tradition à laquelle appartient le chamane deviennent pour lui et son clan réalité. Ces mythes fondent le monde et ne sont pas des légendes dans la perspective chamanique.

Le rôle du chamanisme est divers selon les fonctions que lui attribue son clan, il peut guider la chasse, donner des indications horticoles, il a pouvoir de guérir ou d’indiquer plantes ou actions à accomplir pour guérir, il protège son clan en cas de guerre et peut envoyer des flèches invisibles sur l’ennemi, il a le rôle de psychopompe, aidant les âmes des défunts à trouver le repos, et même à communiquer avec elles, il a également toutes sortes de pouvoir magique ou de divination.

« De même que les hommes tuent les animaux pour se nourrir, et plus généralement, agissent en prédateur vis-à-vis du milieu, les êtres du monde-autre se comportent comme des chasseurs vis-à-vis des humains. Ils les pourchassent pour se nourrir et, surtout, pour se venger. Car ces êtres sont les maîtres de ce milieu, ils le contrôlent. La maladie ou la mort, mais aussi la sécheresse et la famine, c’est la dette que l’homme paie au monde-autre qu’il pille ou dégrade pour assurer sa subsistance. Cette dette ne peut donc jamais être abolie. [1] »

Le chamanisme est aujourd’hui un terme générique qui s’applique aux peuples « natives », c’est-à-dire les plus anciens originaires d’une région donnée, cela va de l’Asie septentrionale et centrale et du Sud, à l’Amérique latine et l’Amérique du Nord, ainsi qu’en Europe du Nord.

Jean Malaurie, responsable de la célèbre collection « Terre humaine » chez l’éditeur Plon, éminent anthropologue, spécialiste du peuple Inuit au sein duquel il a vécu durant des années, disait dans son discours à la cérémonie de sa nomination à la fonction d’ambassadeur de bonne volonté pour les régions polaires arctiques[2]

« La terre souffre. Et notre Terre Mère ne souffre que trop. Elle se vengera. Et déjà les signes sont annoncés ». « Car, continue-t-il, nous sommes entrés dans une civilisation technique si puissamment outillée, si dominée par les sciences dures aux remarquables avancées certes mais si peu maîtrisées, qu’avant peu, nous serons, nous hommes, numérisés, sans repères spirituels et culturels ».

Jean Malaurie voit dans l’attention au savoir intuitif de ces peuples premiers, une réponse aux maux dont nous souffrons et qui peuvent entraîner la mort de notre planète Terre.

« Car leur prescience primitive, leur innocence native est le bien le plus précieux qui, désormais, nous fait le plus défaut. ». « Ils sentent avant de penser. Hommes naturés, ils privilégient l’instinct. Ils pressentent, prévoient, prédisent la vie, la mort, le monde en vertu de quelques communions aussi mystérieuses que simplissimes ». « En ces hommes, j’apprenais à rencontrer l’Adam Kadmon des kabbalistes[3], l’homme originel, l’homme total qui vit dans la communion primordiale avec la nature, le microcosme qui trouve son reflet et sa vie dans le macrocosme ».

Aujourd’hui, beaucoup de personnes se retrouvent dans cette manière de voir les choses. Bien peu cependant ont fait cette expérience de vie en contact direct et premier avec la nature et avec les habitants qui vivent dans des conditions extrêmes de lutte avec les éléments naturels. Il est vrai que le cri de Jean Malaurie et de bien d’autres scientifiques, nous interpelle vivement devant l’urgence de réagir face aux périls qui vont en s’accélérant et qui menacent notre planète et l’homme lui-même.

Cet attrait trouve un écho certain dans la patrie de Jean-Jacques Rousseau, lequel pensait que « l’homme est bon, par nature, c’est la société qui le pervertit ». La société certes, mais aussi les inventions techniques coupent l’homme de ses racines et de sa nature profonde. Jean-Jacques Rousseau parlait de ce « bon sauvage » existant avant que la société ne le pervertisse. Certains courants celtiques, le druidisme comme le chamanisme à l’occidentale, ont tendance à partager cette conception. Dans ces mouvances, certains vont même jusqu’à considérer que la civilisation judéo-chrétienne serait responsable de cette violence faite à la nature, en se référant au verset de la Genèse 1, 28. Dieu qui vient de créer l’homme, lui commande de remplir la terre et de la soumettre. Cette soumission de la terre aux désirs devenus tout-puissants de l’homme, serait à l’origine du malheur de la terre et des hommes, ce qui prouverait l’erreur de cette parole biblique. Dans cette logique, il est nécessaire de dénoncer la prétention à ce que cette parole puisse être divine, puisqu’elle engendre in fine la perte de l’homme et de son environnement…

Le néochamanisme

« Depuis que les hommes ne croient plus en rien, ils croient en tout. » (Attribué à Chesterton.)

« L’efficacité de la magie implique la croyance en la magie. » (Selon la formule de Claude Lévi-Strauss.)

Le néochamanisme, lui, est un phénomène qui date des années 1960, mais qui a pris une extension particulière ces dernières années. Le chamane est élu par le monde-autre, et reconnu par sa tribu comme prédestiné en raison de signes qui le manifestent, ou en raison de son hérédité familiale. Le chamane doit souvent subir une initiation longue difficile et douloureuse.

Aujourd’hui, l’initiation chamanique est proposée à tous ceux qui le désirent. C’est l’objet d’un vrai business, des charters entiers s’envolent, des personnes ayant pour motivation, la guérison, la connaissance d’eux-mêmes ou l’attrait d’expériences singulières se précipitent dans des conditions d’insalubrité invraisemblables où le risque mortel ou de maladies graves est possible, sans compter les nombreux dégâts psychiques voire spirituels. Cette tendance va croissante.

Plusieurs amis de mes enfants sont partis au Pérou, faire des expériences dites spirituelles. Ils entrent dans des rituels d’initiation accompagnés de prises d’ayahuasca, liane qui procure des effets hallucinogènes, que les chamanes du Pérou vont chercher dans la forêt, et font macérer pour extraire les drogues actives à ingérer selon un rituel très exotique. Ces substances sont appelées « enthéogènes ». C’est-à-dire capables de générer une expérience de Dieu.

Même en France des stages de chamanisme sont donnés, tous ne proposent pas l’usage de substances enthéogènes, mais promettent purification, meilleure connaissance de soi, guérisons, réconciliations holistiques avec soi-même, les autres et le monde…

Dans les années soixante-dix, à la suite du mouvement hippie, se sont multipliées les propositions de développement personnel et d’expériences d’élargissement de la conscience. On redécouvrait les arts premiers que l’on n’osait plus appelés primitifs, et il était de bon ton de recevoir des initiations en tout genre de la part de « natives », c’est-à-dire de personnes originaires du continent américain, ces derniers rescapés des sociétés de consommation et de pollution de la planète, mais aussi de pollution de notre être premier. Êtres premiers qui auraient la sagesse de vivre encore en osmose avec la nature et les esprits de cette nature. L’usage de drogues était fortement recommandé pour atteindre des niveaux de conscience qui semblaient sans limites.

Un des chantres de ces nouveaux courants de pensées ou plutôt de ces nouvelles expériences fut Carlos Castaneda, ethnologue, nord américain, latino-américain d’origine. Drôle de personnage que Carlos Castaneda qui passa sa vie à embrouiller les pistes en mêlant sans cesse réalité et fiction, approche qu’il disait anthropologique alors qu’elle relatait des expériences dont on a jamais su si elles étaient vécues ou si elles étaient le fruit de son imagination délirante. Toujours est-il que ses livres furent des best-sellers. Il y relate notamment l’initiation chamanique, sans d’ailleurs jamais employé ce terme, qui lui aurait été donné dans l’Arizona et le nord-ouest du Mexique par un mystérieux sorcier Yaqui du nom de don Juan. Initiation aidée par la consommation de peyotl, petit cactus dont on extrait la mescaline, substance hallucinogène.

« Si l’on prend au sérieux l’expérience décrite par Carlos Castaneda, ne faut-il pas plutôt la considérer comme une rencontre pathétique entre un Indien qui a perdu sa culture, bousculé par la nôtre, et un Occidental qui renie la sienne. [4] »

Déjà Aldous Huxley l’auteur du « Meilleur des mondes » avait découvert la mescaline grâce au psychiatre Humphry Osmond en 1953, et en faisait l’éloge dans son ouvrage « Les portes de la perception ». Ce livre aura une influence considérable sur Castaneda et tout le mouvement hippie. Le titre du premier livre de Castaneda est évocateur : « L’herbe du diable et la petite fumée » publié en 1968.

Un professeur de l’université de Harvard, Timothy Leary, devient en 1963, le chef de file d’un mouvement révolutionnaire le IF-IF, (International Federation for Inner Freedom, Fédération internationale pour la liberté intérieure). Il préconise l’usage du LSD ou acide lysergique diéthylamide pour élargir le champ de conscience. Il écrira de sulfureux livres comme : « Mémoires acides » ou « La politique de l’extase » qui auront des effets délétères sur toute une génération. Plusieurs groupes de Pop Music (Gratefull Dead, Led Zepellin,…) se feront les promoteurs de l’usage du LSD et autres substances illicites capables de permettre des expériences dites spirituelles d’élargissement de la conscience. Des « idoles » comme John Lennon du groupe de Beatles diront de sa compagne Yoko : « Yoko est mon don Juan », faisant directement allusion à l’initiateur de Castaneda.

Timothy Leary comparait les expériences faites sous LSD aux expériences faites par des moines bouddhistes au bout de plusieurs années de pratiques ascétiques ou aux expériences de chamanes aguerris.

Le rapport de 2007, p.97-98, de la mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les,dérives sectaires ou MIVILUDES, adressé au premier ministre, attire encore l’attention sur l’actualité de ces conceptions, et leurs conséquences inquiétantes :

Les concepts de néo-chamanisme, où la guérison physique de l’individu doit tout d’abord passer par une guérison spirituelle, seraient favorisés par la consommation de ces produits » (produits qui entraînent chez les consommateurs un effet hallucinogène). « Le processus consiste souvent en une première accroche sous forme de stages offrant la possibilité de faire vivre un « voyage », puis c’est l’incitation-obligation de participer à des sessions de développement personnel, et enfin la possibilité d’adhérer à une communauté fermée, pour devenir soi-même chaman. Ce cursus a, pour but inavoué, de faire fructifier les revenus des dirigeants, puisque chaque étape est payante et que les nouveaux chamans doivent verser des royalties à leurs formateurs. »

« À côté de ces chamans New-Age, d’autres mouvances dans lesquelles on trouve des psychothérapeutes auto déclarés, des petites communautés rurales, mais aussi des structures beaucoup plus organisées, utilisent également les propriétés de ces plantes dans les techniques proposées à leurs clients. Leur but déclaré est la redécouverte d’une harmonisation et d’une spiritualité naturelle ainsi que l’obtention d’une parfaite communion avec le règne des éléments naturels. »

Le druidisme

« En Bretagne, notamment, on voit fleurir dans le sillage de la mouvance druidique toujours active, quelques cas de chamans guérisseurs à l’image de ce « déo » (druide guérisseur) qui se « connecte à ses mémoires celtes pour devenir soof-ta celui qui connaît et mange la terre » et se propose dans une petite annonce d’initier ses élèves à « la transmission de ses pouvoirs chamaniques. De la simple escroquerie commerciale à la dérive à caractère sectaire, le risque est grand de voir un certain nombre de ces chamans thérapeutes engagés sur le créneau du développement personnel, déraper lors de leurs initiations vers des pratiques thérapeutiques douteuses, voire dangereuses sur le plan physique et mental pour des clients crédules ou influençables. Là encore, la vigilance s’impose comme l’illustrent les premiers cas de dérives recensés sur le créneau, en pleine expansion du néochamanisme. [5] »

Mais de quoi parle-t-on ? Dans l’Antiquité entre le premier siècle avant Jésus-Christ et le premier siècle après, quelques auteurs parlent des druides, les plus connus sont Tite-Live et Jules César dans son récit sur la Guerre des Gaules. Mais l’essentiel de ce que nous savons sur le druidisme, nous le devons aux irlandais qui ont conservé des manuscrits entre le XIIème et le XVIème siècle. Les druides peuvent être spécialisés dans plusieurs domaines, ils peuvent être prêtres et présider aux cérémonies religieuses et aux sacrifices rituels, ou juristes pratiquant une jurisprudence apprise par cœur, ou thérapeutes spécialistes de trois médecines, incantatoire ou magique, sanglante ou chirurgicale et végétale ou phytothérapique (le gui gage de fécondité et de protection contre toutes sortes de maux étant la plante de prédilection), ou professeurs. Ils pratiquent la divination et la magie. Ils auraient eu une maîtrise sur les quatre éléments, (sauf sur le ciel dont ils craignaient qu’il ne leur tombât sur la tête), à la suite d’initiations orales et pratiques dont nous ne savons plus rien.

Saint Patrick, moine irlandais du Vème siècle fut d’abord druide avant de se convertir au Christ. Saint Patrick eut une grande influence dans la cessation des pratiques magiques et des cultes idolâtriques de la nature issue du druidisme.

Les historiens s’accordent à penser à l’impossibilité d’une survivance du druidisme. En voici les raisons :

  • La langue celtique ou le gaulois était des langues sacrées qui ont totalement disparu au plus tard vers la fin du VIème siècle, seuls quelques mots sont restés dans le vocabulaire actuel. Aucun texte sacré ne nous est parvenu, et pour cause la transmission initiatique de ces savoirs était orale. Un druide devait connaître la langue celte, considérée comme sacrée, seule capable de transmettre les secrets de ses croyances.
  • Les régions d’influence du druidisme ont été christianisées vers le Vème siècle, et la tradition druidique n’y a pas survécu. Les premiers convertis étant issus de la caste des druides abandonnant leur « paganisme » ont donné les premiers prêtres chrétiens et se sont mis à parler le latin.

Raison de ces modes actuelles

Les jeunes ou moins jeunes n’ayant reçu aucune nourriture spirituelle chrétienne, aucune approche de la Parole de Vie des Évangiles en particulier et de la Bible en général, se tournent vers des expériences sensibles immédiates. Ils tentent de combler un vide intérieur en allant chercher loin cher et compliqué ce qu’ils n’ont pas reçu de leur propre tradition chrétienne pourtant si proche, gratuite et simple.

Ce retour au religieux n’est donc pas sans ambiguïté, il est préparé par toute une littérature parfois transformée en film à effet spéciaux où la magie domine. Le développement de l’intuition, exalte la fusion avec la terre Mère à travers une redécouverte des « esprits » des éléments, la terre, l’eau, l’air, le feu, les « esprits » du monde minéral, végétal, animal, mais aussi les esprits des sages disparus qui guideraient celui qui est en recherche.

L’écologie, et retour à la terre mère a le vent en poupe. Dans un monde industrialisé, où les villes se densifient de plus en plus, beaucoup d’urbains n’ont plus aucune notion des travaux des champs, ils n’ont de contact que très occasionnels avec la nature. Alors ils sont à la recherche d’expériences rapides si possibles extraordinaires avec les éléments de cette nature. Des gourous de tout poil, des néochamans, des néodruides ou néosoufis les attendent sur ce marché juteux.

David Spangler, un des maîtres à penser du Nouvel Age, et responsable quelque temps de la communauté de Findhorm en Écosse, où agriculture biologique et expériences de développement personnel se pratiquaient à hautes doses, conceptualisait ces recherches.

« Reconnaître Dieu, dans son holisme, est la seule véritable réalité et la clé essentielle de toute manifestation. Chaque élément de l’Univers est directement ou indirectement relié à l’ensemble, et aucun obstacle, aucune limitation de temps d’espace ou de circonstance, ne peut bloquer les flux appropriés d’énergie entre les diverses affinités du Tout. Dieu est tout ce qui est. En lui rien ne manque, Il est la Réalité. Plus notre conscience s’ouvre à cette perception et à cette compréhension, plus étroitement nous vivons au cœur même de cette Réalité et plus nous devenons capables en toutes circonstances et à tous les niveaux d’utiliser avec succès les lois de la manifestation. En me reliant au divin, je m’unis à toute chose, et par cette union avec le Tout, je deviens une sorte de Créateur suprême.[6] »

Des écrivains comme Paulo Coelho surfent sur cette vague. Voici un extrait de son livre l’alchimiste : « Le jeune homme plongea dans l’âme du monde, et vit que l’âme du monde faisait partie de l’Âme de Dieu, et vit que l’Âme de Dieu était sa propre âme. »

« Le thème principal de la nouvelle religion mondiale sera la reconnaissance des nombreuses approches divines, ainsi que la continuité de la révélation manifestée par chacune d’elles. [7]

Que nous révèle la Bible ?

Il n’y bien entendu pas d’allusion directe au chamanisme dans la Bible, mais certaines pratiques peuvent inspirer des éléments de comparaisons. Ainsi le culte de Baal, maître du sol et de la fertilité ou d’Astarté déesse de l’amour et de la fécondité sont des exemples de ces religions premières contre lesquels le peuple d’Israël eut à lutter. Nous retrouvons ce combat entre le culte du vrai Dieu d’Israël et les idoles dans tout l’Ancien Testament. Idoles assimilées aux forces de la nature. Baal est le nom du dieu cananéen de l’orage. Le prophète Élie affrontera quatre cent cinquante prophètes de Baal. Les prophètes de Baal étaient des voyants, mages, devins, extatiques, qui entraient en transe après exécution de danses rituelles dont certaines se faisaient à cloche pieds. Élie prophète du Dieu d’Israël montre sa supériorité et par là même la supériorité du seul vrai Dieu sur ces idolâtres et leurs idolâtries. Premier livre des Rois, ch. 18.

Il est un curieux passage de l’Évangile de Luc (9, 54-55) où Jacques et Jean, appelés Fils du tonnerre « boanergès » dans l’Évangile selon saint Marc (3,18), menacent de foudre un village de Samaritains qui n’accueillait pas Jésus : « Seigneur, veux-tu que le feu tombe du ciel et les consume ? Mais Jésus se retournant les réprimanda. » Jésus ne veut pas que ses disciples usent des forces de la nature pour châtier ceux qui ne les accueillent pas.

Et la tradition chrétienne ?

Saint Augustin était attiré, avant qu’il ne se convertisse, par la recherche du divin dans une mystique naturaliste héritée du néoplatonisme. « J’ai cherché la substance de Dieu en moi-même comme s’il était semblable à ce que je suis, et je ne l’ai pas trouvé. Je sens donc que mon Dieu est bien au-delà de mon âme. Alors pour le toucher, j’ai médité ces choses et j’ai répandu mon âme au-dessus de moi-même.[8] »

Risques de la primauté du ressenti

Au quatrième siècle déjà une hérésie fut dénoncée par les Pères de L’Église, c’est le Messalianisme. « Le Messalianisme identifiait la grâce de l’Esprit-Saint avec l’expérience psychologique de sa présence dans l’âme. S’opposant à eux, les Pères insistèrent sur le fait que l’union de l’âme orante avec Dieu s’accomplit dans le mystère, en particulier à travers les sacrements de l’Église. Elle peut ainsi se réaliser jusque dans des expériences d’affliction et aussi de désolation.[9] »

La vie spirituelle ne se mesure pas à l’intensité du ressenti, mais à l’engagement fidèle à suivre le Christ, à la profondeur de la contrition de ses péchés, à la docilité et la promptitude à répondre à son Amour en faisant sa volonté, et cela se traduit concrètement dans l’amour du prochain.

Les techniques psycho corporelles que proposent le chamanisme, le druidisme, ou le soufisme peuvent induire des climats de sérénité intérieure ou de sensation de plénitudes, mais la conscience personnelle y est diluée. Ces climats intérieurs ou ces sensations ne peuvent pas être comparés avec la Paix surnaturelle donnée par le Saint-Esprit en toute gratuité. D’une part l’adepte provoque ces états par une ascèse ou par l’absorption de substances dites enthéogènes, d’autre part le disciple du Christ reçoit la Paix du Christ comme un cadeau inattendu qui rempli et réchauffe le cœur. Malheureusement des chrétiens en mal d’expériences peuvent délaisser la Perle de grand prix au profit de ces miroirs aux alouettes qu’ils identifient comme spirituels.

La petite sainte Thérèse à la suite de sa grande sœur aînée Thérèse d’Avila, dira dans son authentique expérience de vie spirituelle chrétienne dans la prière : « La prière est un dialogue d’amour avec Dieu ; Un commerce d’amitié avec lui dont on se sait aimé. Un élan du cœur, un simple regard jeté vers le Ciel, un cri de reconnaissance au sein de l’épreuve comme au sein de la joie ; quelque chose de grand qui me dilate le cœur et m’unit à Jésus. [10] »

Le Cardinal Lustiger écrivait dans la revue Communio XV, 2 (1990), 12-23. « La Nouveauté du Christ et la postmodernité.

« La dénonciation prophétique et apostolique des idoles est plus actuelle que jamais ; notre monde ne sera pas désacralisé, mais au contraire saturé d’idoles, de sacré immanent et de fantasmes divinisés. Pour nous garder de ce paganisme sophistiqué, nous annonçons au nom de Dieu la délivrance des idoles. Celles-ci ne sont pas hors de nous ; elles surgissent de notre concept et de nos désirs. Mais l’Évangile du Christ nous en délivre en purifiant notre cœur par le don de l’Esprit-Saint. La présence du Saint-Esprit nous délivre de nos idoles. »

 

Bertran Chaudet

 

Psaume 15

01 Garde-moi, mon Dieu : j’ai fait de toi mon refuge.

02 J’ai dit au Seigneur : « Tu es mon Dieu ! Je n’ai pas d’autre bonheur que toi. »

03 Toutes les idoles du pays, ces dieux que j’aimais, + ne cessent d’étendre leurs ravages, * et l’on se rue à leur suite.

04 Je n’irai pas leur offrir le sang des sacrifices ; * leur nom ne viendra pas sur mes lèvres !

05 Seigneur, mon partage et ma coupe : de toi dépend mon sort.

06 La part qui me revient fait mes délices ; j’ai même le plus bel héritage !

07 Je bénis le Seigneur qui me conseille : même la nuit mon cœur m’avertit.

08 Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ; il est à ma droite : je suis inébranlable.

09 Mon cœur exulte, mon âme est en fête, ma chair elle-même repose en confiance :

10 tu ne peux m’abandonner à la mort ni laisser ton ami voir la corruption.

11 Tu m’apprends le chemin de la vie : devant ta face, débordement de joie ! À ta droite, éternité de délices !

 

Livre de la Sagesse au chapitre 13

« 01 Ils sont foncièrement insensés, tous ces hommes qui en sont venus à ignorer Dieu : à partir de ce qu’ils voient de bon, ils n’ont pas été capables de connaître Celui qui est ; en examinant ses œuvres, ils n’ont pas reconnu l’Artisan.

02 Mais c’est le feu, le vent, la brise légère, la ronde des étoiles, la violence des flots, les luminaires du ciel, gouverneurs du monde, qu’ils ont regardé comme des dieux.

03 S’ils les ont pris pour des dieux à cause de la beauté qui les a charmés, ils doivent savoir combien le Maître de ces choses leur est supérieur, car l’Auteur même de la beauté est leur créateur.

04 Et s’ils les ont pris pour des dieux à cause de la puissance et de l’efficacité qui les ont frappés, ils doivent comprendre à partir de ces choses combien Celui qui les a faites est plus puissant.

05 Car la grandeur et la beauté des créatures font, par analogie, découvrir leur Auteur.

06 Et pourtant, ces hommes ne méritent qu’un blâme léger ; car ils ne s’égarent peut-être qu’en cherchant Dieu avec le désir de le trouver :

07 ils poursuivent leur recherche en étant plongés au milieu de ses œuvres, et ils se laissent prendre aux apparences, car ce qui s’offre à leurs yeux est si beau !

08 Encore une fois, pourtant, ils ne sont pas excusables.

09 S’ils ont poussé la science à un degré tel qu’ils sont capables d’avoir une idée sur le cours éternel des choses, comment n’ont-ils pas découvert plus vite Celui qui en est le Maître ?

 

Notes

[1] Michel Perrin, Le Chamanisme, Ed PUF, Que sais-je, nov. 2005.  p.7

[2] Jean Malaurie, Discours prononcé à l’Unesco le 17 juillet 2007,

CNRS éditions, février 2008, p. 13 et Sv.

[3] La Kabbale hébraïque nomme cet homme primordial Adam Kadmon, prototype mais aussi archétype de l’homme, vers lequel nous tendrions et rechercherions dans notre existence. Cet homme premier serait le sujet même de notre quête spirituel souvent inconsciente, mais deviendrait de plus en plus conscientes grâce aux initiations. Nous retrouvons cet Adam Kadmon en alchimie.

[4] Michel Perrin, Le Chamanisme, Ed PUF, Que sais-je, nov. 2005.  p.110.

 

[5] Texte intégral des pages 46 à 49 du rapport 2005 de la MIVILUDES * publié le 26 avril 2006.

[6] David Spangler, conscience et créativité, les lois de la manifestation, coll., « Fondhorn », Le Souffle d’or, Barret-le-Bas 1985, p.17

[7] A.A. Bayley, Le retour du Christ, Lucis Trust, Genève, 1998, p. 123.

[8] Saint Augustin, Commentaire sur le Psaume 41, PL 36, 464.

[9] Congrégation pour la doctrine de la foi, Quelques aspects de la méditation chrétienne, 9, lettre adressée aux évêques de l’Eglise catholique, 15 octobre 1989.

[10] Sainte Thérèse de Lisieux, Manuscrits autobiographique, Œuvres complètes, Cerf / Desclée de Brouwer, Paris, 1992, p.268.

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