La Science chrétienne

Historique

La Science chrétienne (Christian Science) appartient aux mouvements de « guérison par la foi » ou « foi guérisseuse ». Sa fondatrice, l’américaine Mary Baker Eddy (1821-1910) est née dans une ferme du New Hampshire au sein d’une famille protestante congrégationniste très pieuse redoutant le jugement dernier et la damnation éternelle. Les enfants Baker auraient hérité du tempérament de leur père, juge de paix, partisan de l’esclavage qui se serait réjoui de la mort d’Abraham Lincoln.

Les relations tendues de Mary avec son père seraient probablement la cause d’ennuis de santé durant l’enfance. Elle évoque notamment des problèmes gastriques chroniques qui l’ont conduite à une auto-prescription de régimes carencés. Mais il semblerait qu’elle fut une femme d’une hypersensibilité maladive1

Dans ses jeunes années, elle fut imprégnée de spiritisme et de médiumnité; elle en aurait même fait son métier à une époque. Elle prétendait canaliser les esprits d’Apôtres.

  • En 1866, elle aurait bénéficié d’une guérison miraculeuse qui la tournera vers des pratiques très en vogue à l’époque comme l’homéopathie ou l’hydropathie. Selon les sources, elle devrait ce miracle soit à Phineas Parkhurst Quimby (1806-1866), précurseur de la Nouvelle Pensée, qui lui aurait confié l’essentiel de ses écrits avant de mourir2 soit à elle seule, grâce à la lecture d’une guérison accomplie par Jésus3.
  • En 1875, Mary Baker Eddy rédige Science et santé avec la clé des Écritures qui deviendra l’ouvrage de base des scientistes.
  • En 1876, elle fonde l’Association Science chrétienne.
  • En 1879, ne parvenant pas à rallier les églises à sa révélation, elle décide de fonder sa propre église, l’Église du Christ scientifique, et édicte avec 26 disciples une charte basée sur son ouvrage.

Doctrine et croyances

Dans Science and Health with Key to the Scriptures4, Mary Baker Eddy expose la «découverte » qui permettrait à chacun d’accéder à l’amour guérisseur de Dieu : elle préconise la prière comme moyen alternatif à la médecine, et non comme un soin complémentaire.

Selon la Science chrétienne, le monde matériel mortel et périssable est irréel, seul existe le spirituel qui est éternel comme Dieu. Seul le bien existe, le mal ne peut exister. Ainsi la maladie est une erreur mentale et non un désordre physique, elle ne peut donc être traitée avec des médicaments. On ne peut en être délivré que par les prières pour corriger l’illusion humaine d’une mauvaise santé et conduire au divin. La santé et la guérison prouvent alors que « Dieu est en nous ». Selon Mary Baker Eddy le Christ ne serait donc pas le sauveur mais un guérisseur spirituel dont elle aurait découvert le message.

La Science chrétienne ne serait ni chrétienne ni scientifique

Bien qu’indiscutablement inspirée par le christianisme et issue de milieux protestants, la Science chrétienne s’en écarte par ses doctrines. L’utilisation du mot « science » ne renvoie pas aux sciences physiques ni à la méthode scientifique, mais s’entend comme une « connaissance » des lois divines.

Il est vrai que Mary Baker Eddy a davantage fréquenté les milieux ésotéro­occultistes de son époque que les milieux scientifiques et chrétiens. Elle fut fortement influencée par Phineas Parkhurst Quimby (1806-1866), philosophe, magnétiseur et adepte du mesmérisme américain. Il est considéré comme le précurseur de la Nouvelle Pensée5.

Il est principalement connu pour sa théorie de la guérison mentale : les maladies seraient causées par des croyances erronées et un raisonnement juste permettrait d’en guérir. Bien qu’elle partage nombre de concepts métaphysiques avec les églises de la Nouvelle Pensée comme Unité, la Science divine et la Science religieuse, la Science chrétienne ne se reconnaît pas dans cette mouvance.

Selon l’historien indien Damodar Singhal, la Science chrétienne a sans doute été également influencée par le Vedanta, école de philosophie indienne car les « échos du Vedanta dans sa littérature sont souvent frappants ». 6

Le grand paradoxe de la Science chrétienne est de nier la maladie mais de s’auto-complimenter dans ses journaux ou lors des réunions hebdomadaires sur les cas de guérison.

Organisation

La Science chrétienne rassemblerait de nos jours 1 800 églises dans 82 pays et quelques centaines de milliers de pratiquants, principalement aux États-Unis 7.

Son siège se situe à Boston (Massachusetts) où fut construite en 1894 la première église du Christ scientifique, l’Église mère qui gère différents lieux de culte dans plus de 70 pays dans le monde.

Il existe en effet une hiérarchie des différents lieux de culte : les salles de lecture, les sociétés, les premières, deuxièmes et troisièmes églises et enfin l’Église mère. En France, on compte :

  • 2 sociétés: Aubagne, Toulouse,
  • 4 premières églises: Pau, Paris, Cannes et Nice,
  • 1 deuxième église à Paris,
  • 1 troisième église à Paris.

Mary Baker Eddy a créé plusieurs magazines (deux mensuels et un hebdomadaire) : Le Héraut de la Science Chrétienne, The Christian Science Journal et le Christian Science Sentine. Ces publications contiennent des articles sur la pratique de la Science chrétienne ainsi que des témoignages de guérison.

En 1908, à l’âge de 87 ans, elle fonde The Christian Science Monitor, un quotidien international. Le Monitor propose encore aujourd’hui une couverture de l’actualité mondiale avec des articles de fond. Il publie quotidiennement une édition digitale en anglais sur son site internet et une édition imprimée hebdomadaire sous forme de magazine. Il offre des analyses au travers d’articles, de graphiques et de contenus audio et vidéo.

Culte et activités

Les activités et le mode de vie sont destinés à développer et maintenir chez les adeptes la conscience de leur identité divine et la pratique de la guérison par la prière :

  • les services religieux et les réunions de témoignages ont lieu dans les églises ou les sociétés,
  • les enfants sont invités à assister à l’école du dimanche, qui se tient généralement à la même heure que les services d’église,
  • des séances de lecture,
  • des conférences,
  • les organisations de la Science chrétienne sont présentes dans les universités.

Le service religieux hebdomadaire de la Science chrétienne a lieu le dimanche matin. Depuis 1894, les scientistes remplacent la prédication par la lecture de passages de Science et Santé avec la clef des écritures par deux membres élus (Premier lecteur et Deuxième Lecteur). Le mercredi se tiennent les réunions de témoignages. Il n’existe pas d’objets de culte ni de saints, les rites sont peu nombreux.

Selon la sociologue Anne-Cécile Bégot, « les églises locales n’ont aucune autonomie en matière doctrinale [et] la cérémonie dominicale ne laisse place à aucune improvisation », les passages lus étant inscrits dans un livret (« Leçon Sermon ») conçu et édité par la centrale de Boston.

Les adeptes peuvent aussi avoir recours aux praticiens, professeurs ou nurses :

  • Les praticiens s’engagent à temps complet dans la pratique de la guérison. Ils apportent une aide spirituelle pour guérir de « tout type de difficultés : physiques, émotionnelles, relationnelles ou financières ». Ils consultent chez eux, en libéral.
  • Les professeurs sont des praticiens ayant démontré leur grande puissance de guérison; ils enseignent la doctrine aux fidèles.
  • Les nurses (infirmières) procurent une aide à ceux qui ont besoin d’une assistance physique tout en les aidant à trouver la guérison spirituelle.

La Science chrétienne forme ses nurses (infirmières) et ses praticiens. Il s’agit d’une formation d’instruction religieuse qui dure deux semaines au total et qui leur interdit d’appliquer autre chose que les enseignements de la Science chrétienne. L’infirmière ne peut pas diagnostiquer une maladie (ce serait en reconnaître l’existence), ni prendre un pouls, ni utiliser un thermomètre8.

Mise en garde

« Le traitement de la Science chrétienne ne peut pas se combiner avec le traitement médical ». La science chrétienne est un système thérapeutique basé uniquement sur la prière, appelée « prière scientifique ». Pour le mouvement, la prière n’est pas un moyen complémentaire de recherche de soin, c’est l’alternative obligée à la médecine.

Entre les années 1880 et les années 1990, l’absence de traitement médical a entraîné la mort de plusieurs dizaines de membres dont des enfants. Des parents ont été poursuivis en justice et, dans quelques cas, reconnus coupables d’homicide involontaire ou de négligence.

Alors que des décès tendent à prouver que les adeptes de la Science chrétienne suivent strictement la doctrine, certains témoignages avancent que Mary Baker Eddy aurait eu recours, elle, à la médecine. Elle aurait financé une mastectomie pour sa sœur, encouragé ses adeptes à vacciner leurs enfants dans les états où la vaccination est obligatoire, et utilisé un temps des lunettes. Une de ses amies proches a même déclaré que « Mme Eddy était accro à la morphine dans les années 1870 ».9

Comme on ne boit ni ne fume dans la Science chrétienne, ses adeptes devraient vivre plus longtemps que les autres. Or en 1955, G.E. Wilson10 a étudié les causes de mortalité chez les scientistes de l’Etat de Washington : il a observé que l’âge de la mort était plus bas que la moyenne et que 6% des décès des scientistes auraient pu être évités. Une étude comparative de W.F. Simpson a montré qu’en 1987 la mortalité était significativement plus élevée chez les scientistes que dans le reste de la population.11 Des études datant des années 1980 et 1990 ont également repéré des épidémies de rougeole parmi les membres de la Science chrétienne.

Cet article provient de la revue Bulles (Bulletin de Liaison et d’Étude des Sectes) publiée par l’UNADFI, n° 141, 2019.

Lire ce témoignage : « Parents dans une secte, enfants sacrifiés », paru dans Bulles n° 143.

Notes

1 Drogou Annick &Centre Roger lkor, Le Dico des sectes, 1998. p. 195

2 Vernette Jean & Moncelon Claire, Dictionnaire des groupes religieux aujourd’hui, PUF, 1996, p. 240

3 https://www.christianscience.com/fr/qu-est-ce-que-la-science-chretienne/mary-baker-eddy

4 Cet ouvrage s’est vendu à plus de neuf millions d’exemplaires en 2001.

5 La Nouvelle Pensée, parfois également appelée Penser Nouveau, est un courant de pensée religieux qui s’est développé dans la seconde moitié du XIXe siècle aux États-Unis et existe encore de nos jours. Elle est à l’origine de la Loi d’attraction et de la pensée positive.

6 Damodar Singhal, société et culture indiennes modernes, Meenakshi Prakashan, 1980, p. 136.

  7  Alexandre Fischer, La Science chrétienne (plaquette), Science chrétienne – Comité de publication (France), 2008.

8 http://www.charlatans.info/sciencechret.shtml

9 Gillian Gill, Eddy Mary Baker, Presse de Da Capo, 1998, p. 546

10 J. Forensic, Christian Science and Longevity, Sei. I, 1965, pp. 43-60

11 Comparative Longevity in a College Cohort of Christian Scientists, JAMA 262, pp 1657-1658, 1989.

12 Prières mortelles en Amérique, documentaire de Jean-Baptiste Jacquet, Spicee (avec abonnement)

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