L’Étoile Notre-Dame : quelle obéissance à l’Église ?

Une personne m'envoie une réflexion sur les associations qui proposent des pèlerinages dans des lieux marials, en particulier l'Étoile Notre-Dame. Je vous la transmets bien volontiers. Elle nous apprend à réfléchir pour faire nos choix...

Des propositions de pèlerinages vues dans des magazines, ou entendues dans mon entourage, m’ont amenée à m’interroger sur l’association Etoile Notre Dame. J’ai donc cherché des renseignements sur internet https://www.etoilenotredame.org/ , et ma recherche est devenue une vraie petite enquête dont je vous livre les résultats.

Un premier coup d’œil sur la page des pèlerinages proposés.

Je constate que Medjugorje représente environ la moitié des propositions (début juillet 2019).  Impressionnant… Je sais qu’une autorisation plus large a été donnée récemment (il y a moins de 2 mois) mais manifestement celle-ci n’a pas été attendue pour lancer ce programme. J’examinerai ce point plus en détail ultérieurement.

En attendant j’examine les autres destinations, et je trouve  entre autres San Damiano (une fois par mois environ) et Kerizinen. Je m’empresse de vérifier la position de l’Eglise…

Avis formellement  négatif de l’Eglise pour San Damiano et Kérizinen.

Pour San Damiano, les documents de cette page http://charismata.free.fr/pdf/vm/14_san_damiano_1968.pdf  sont abondants. Je vous recommande de commencer par le dernier article : c’est un communiqué de l’évêque de Nice de 1990, qui reprend les conclusions de l’évêque local en charge de San Damiano, et ajoute pour son diocèse :

« En conséquence, les divers groupes de piété qui existent dans le diocèse de Nice et qui rattachent leur dévotion aux phénomènes de San Damiano doivent savoir qu’ils désobéissent ouvertement à l’Église catholique. »

Pour Kérizinen, les documents de cette page http://charismata.free.fr/pdf/vm/15_kerizinen.pdf sont tout aussi clairs. Dès la page 1, l’évêque de Quimper et Léon rappelle en 1973

« qu’il a toujours fait siennes les décisions de son prédécesseur. -Interdisant aux prêtres, aux religieux et aux religieuses de se rendre à Kérizinen ou de conseiller à quiconque de s’y rendre, -Réprouvant formellement toute forme de dévotion et de culte en ce lieu. »  Les pages suivantes confirment et expliquent.

Comment une association qui se présente comme « spécialisée dans les pèlerinages catholiques » peut-elle faire fi de la sorte du discernement de l’Eglise ?

Pour tenter de comprendre,  je poursuis l’enquête en consultant la page « Qui sommes-nous ? » du site de l’association https://www.etoilenotredame.org/tag/qui-sommes-nous . Le paragraphe sur l’historique est très instructif  puisque je découvre que l’association est née pour faire la promotion de San Damiano !

Grosse manipulation…

Au départ, une expérience spirituelle vécue par les fondateurs de l’association. Puis le piège : croire que cette expérience autorise à ne pas tenir compte du discernement de l’Eglise. Et enfin, une grosse manipulation pour entraîner le plus grand nombre possible de personnes. En effet je lis :

« Nous avons osé, parfois à contre courant, organiser des pèlerinages sur des lieux non reconnus encore (jamais interdits) tels que San Damiano, Medjugorje, Garabandal, l’Escorial. » 

Enorme !  Lieux « jamais interdits » ?

Pour San Damiano, le jugement de l’Eglise, donné par l’évêque du lieu comme il se doit, est clairement négatif. Dans ce type de jugement apparaît parfois mais pas toujours le mot « interdit ». Pour Garabandal par exemple l’évêque écrit dans ce document http://charismata.free.fr/pdf/vm/13_garabandal_1962.pdf  :

« Nous supplions tous les fidèles de s’abstenir de fomenter par leur présence à San Sebastian de Garabandal l’ambiance créée autour de ces apparitions et communications spirituelles. »

Plutôt que l’interdiction, la supplication ! Ne pas écouter la supplication de l’évêque, cela s’appelle désobéir (selon l’étymologie du verbe obéir qui signifie « prêter l’oreille »). Les destinations Garabandal et l’Escorial programmées dans les circuits sous le titre de Fatima sont donc des désobéissances manifestes à l’Eglise, comme San Damiano et Kérizinen.

Encore une manipulation…

J’ai poursuivi mes investigations en parcourant la page « Sanctuaires », et comme j’habite en Normandie, je me suis arrêtée sur la page consacrée à Dozulé.

Je connais bien l’histoire du lieu et l’avis définitif de l’Eglise  qui a refusé d’en faire un « sanctuaire » considérant (entre autres) que « les écrits publiés contiennent des accents et des exigences tout à fait inacceptables ».

(Voir http://charismata.free.fr/pdf/vm/16_dozule_1985.pdf )

Quelle surprise de lire dans la présentation faite par Etoile N-D à la rubrique « Position de l’Eglise » de la page https://www.etoilenotredame.org/sanctuaires/32-dozule  la phrase suivante « Contre toute attente, un tournant vient d’être franchi à Dozulé, ce 29 mai 2011, de la part de l’Eglise ! » L’événement du 29 mai est le suivant : le curé de Dozulé a décidé de désigner une personne de la paroisse pour offrir un accueil d’Eglise aux personnes qui viennent à Dozulé en « pèlerinage », ceci par souci pastoral : « ce sont nos frères et sœurs, avec qui nous formons un seul corps, l’Eglise. Comme le dit Saint Paul : dans un corps, est-ce que l’œil peut ignorer ce que fait la main, ou la tête ignorer ce que font les pieds ? » 

Une anecdote sur ce curé (qui n’est plus à Dozulé mais à Caen) : deux personnes de ma connaissance sont allées à Dozulé en ignorant tout de la longue histoire de ce lieu, et l’une d’elles a raconté cela « la bouche en cœur » au dit curé… ce qui a entraîné une vive réaction de sa part : « je vous interdis d’y retourner ! ».

Bref, aucun tournant dans l’avis de l’Eglise ! Seulement le souci d’accompagner toutes les brebis, même les égarées. Oser utiliser cette attention pastorale pour tenter de faire croire à un changement d’avis sur le fond est vraiment pervers.

 Trahison des intentions du curé et de l’évêque du lieu, et manipulation des lecteurs de cette page du site de l’association.

Retour sur les activités à Medjugorje

Puisque c’est la principale destination proposée par Etoile N-D,  il importe d’approfondir le sujet en allant voir de plus près le contenu des programmes de ces pèlerinages.

Sur la destination, pas d’interdiction effectivement !  Nous savons depuis le 12 mai 2019 que le pape autorise les pèlerinages à Medjugorje, en lien avec le visiteur apostolique. (https://fr.zenit.org/articles/medjugorje-le-pape-autorise-les-pelerinages/ )

Attention toutefois à ne pas interpréter hâtivement cette autorisation : il est bien précisé que ces pèlerinages ne doivent pas être « interprétés comme une authentification des événements connus, qui demandent encore un examen de la part de l’Eglise ».

Donc tout n’est pas abrogé dans les règles en vigueur précédemment. En particulier voici une mesure qui a conservé toute sa pertinence :

« le clergé et les fidèles ne sont pas autorisés à participer à des réunions, des conférences ou des célébrations publiques au cours desquelles la véracité de ces “apparitions” serait  prise pour acquis ». (http://charismata.free.fr/pdf/vm/18_131023_muller_medjugorje.pdf )

Il semble que cela va de soi : les « apparitions » n’étant pas authentifiées, l’Eglise ne peut pas accepter quoi que ce soit qui pourrait laisser croire qu’elles le sont !

Cette  évidence ne semble pas toucher les organisateurs de pèlerinages à Medjugorje de Etoile N-D, puisqu’en examinant le détail des programmes j’ai à plusieurs reprises constaté qu’il est prévu de rencontrer les « voyants ». (Par exemple pour le pèlerinage du 16 au 21 juillet 2019, à la date du 20, je lis : « rencontre avec un voyant disponible » ; idem le 27 pour le pèlerinage du 23 au 28 juillet). (https://www.etoilenotredame.org/pelerinages?Tab=All )

Puisque les pèlerinages à Medjugorje doivent être faits « en lien avec le visiteur apostolique », j’ai eu à cœur d’écouter ce dernier, Mgr Hoser, dans l’homélie qu’il a prononcée à l’occasion du 15 août 2018 pour les pèlerins francophones :

Très belle homélie ! Il parle des grands lieux de culte de la Vierge Marie dans le monde francophone, de la nécessité de découvrir son rôle dans le mystère de l’Eglise et du monde. « Pour la connaître davantage… lisez ce que l’Eglise dit à propos de la Sainte Vierge » (9 :55) (et il cite Lumen Gentium ch.8, les écrits des papes Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul II). Puis (11 :20) «nous pouvons suivre ses apparitions qui sont reconnues par l’Eglise pour savoir qu’est-ce qu’elle veut de nous». Vers la fin, avant l’envoi (30 :30) : « Cherchez où se déroule le culte de Marie dans vos pays. »

Même sollicitude de l’Eglise à Medjugorje et à Dozulé : puisque des pèlerins viennent, parfois de loin, l’Eglise missionne quelqu’un pour les accueillir, leur offrir un enseignement, parce que « ce sont nos frères et sœurs, avec qui nous formons un seul corps, l’Eglise » comme le disait le curé de Dozulé, et pour cela nous ne pouvons pas les ignorer.

Alors que ce curé disait aux deux paroissiennes qui racontaient leurs aventures à Dozulé « je vous interdis d’y retourner », Mgr Hoser fait pratiquement la même chose à Medjugorje si on suit son propos avec attention, de manière plus douce certes, parce qu’il s’adresse à une grande assemblée et non à deux personnes, et cela exige une pédagogie différente vu qu’il ne pourra pas ensuite dialoguer avec chacun ! Tout son message est fondé sur l’enseignement de l’Eglise : lisez ce que dit l‘Eglise… suivez les apparitions de la Vierge Marie reconnues par l’Eglise…  Jolie façon de dire : ne revenez pas à Medjugorje…

Moment très drôle à la fin, au moment des questions/réponses : à une personne qui manifestement ne parvenait pas à bien comprendre ce qui venait d’être dit, il concède qu’il n’est pas interdit de revenir… mais pour l’écouter lui  (« avec mon arrivée » dit-il, cela devient possible…)  Venir à Medjugorje, pourquoi pas, pour participer aux célébrations et écouter les catéchèses qu’il organise, pas pour rencontrer les prétendus « voyants ».

Il s’agit donc d’être obéissant (synonyme de « prêter l’oreille » !).

Une réflexion sur « L’Étoile Notre-Dame : quelle obéissance à l’Église ? »

  1. Et qu’en est-il de Padre Pio ? De son vivant n’a-t-il pas fait l’objet de condamnation sévère de la part de l’église, et aujourd’hui n’est-il pas reconnu comme un saint authentique ? Ces changement d’opinion de la part de l’église (et le Padre Pio est loin d’être une exception) ne doivent-elles pas inciter à la prudence ?
    SOS discernement ? Le discernement consiste-t-il à simplement avaliser le jugement d’un responsable ecclésiastique ?

    Si les hommes d’église avaient un discernement plus grand que les autres hommes comment expliquer la présence de la pédocriminalité au sein de l’église ? N’est-elle pas le summum du manque de discernement et de la perversion ? Et comment expliquer que l’église a eu tant de mal à condamner et prendre les mesure pour que ne se reproduise plus ce que le Christ lui-même considère comme pire que la mort :
    « Mais, si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendît à son cou une meule de moulin, et qu’on le jetât au fond de la mer. » Matthieu 18:6 mais aussi Marc 9:42, Luc 17:2
    Combien de fois ce passage a-t-il fait l’objet de sermons dans les églises ?

    Remarque : Lorsque le Christ parle il le fait en tant qu’il s’identifie à la Vie elle-même (Jean 14:6). C’est en ce sens qu’il parle de ces petits qui croient en moi, tout enfant (chrétien ou non) croit en la vie. Et quelle est le plus grand scandale contre un enfant que de le violer (étant entendu que tout acte sexuel entre un adulte et un enfant est un viol, car un enfant n’est pas en mesure de consentir à ce qui va inévitablement le traumatiser).
    Donc pour le Christ il est préférable de mourir au fond de l’océan, sans sépulture, que de scandaliser un enfant. Mais pour l’église, ce n’est pas si grave : on fait silence, on déplace le pédocriminel dans une autre paroisse (cela a été longtemps une pratique courante), et on lui pardonne. Encore maintenant cette acte pire que la mort selon le Christ lui-même n’est pas une raison suffisante pour chasser le pédocriminel de l’église et l’excommunier.

    SOS discernement ?
    Comment peut-on avoir la foi et commettre un acte pédocriminel ? Donc on garde des pédocriminel sans foi dans le sein même de l’église alors même que le Christ les condamne.
    Pourquoi l’église ne combat-elle pas la pédocriminalité en faisant entendre ces paroles du Christ et notamment dans les séminaires de prêtrise ?
    « Mais, si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendît à son cou une meule de moulin, et qu’on le jetât au fond de la mer. » Matthieu 18:6 mais aussi Marc 9:42, Luc 17:2

    P.S.
    Pour revenir sur le sujet (sans me prononcer mais juste pour témoigner). Lors d’un voyage en Italie j’ai fais un détour par San Damiano il y a deux ans et je n’ai rien vu de choquant mais un lieu simple, à taille humaine, sans marchandisation, une foi sincère chez les pèlerins et une atmosphère de paix et de beauté.

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