Un problème avec Carlo Acutis ?

D. Auzenet

Pour faire connaissance avec Carlo Acutis, voici une présentation sur le site Ozana : https://hozana.org/saints/bienheureux-carlo-acutis

Une Carlo-Acutis-mania

Certaines pastorales d’Église se servent de Carlo Acutis pour parler de la dévotion eucharistique, et cela peut être perçu comme problématique à cause d’une évocation de l’eucharistie centrée d’abord sur les miracles eucharistiques.

La présence réelle de Jésus dans l’eucharistie se reçoit d’abord par la foi aux paroles vraies de Jésus (notamment en Jean 6), et non pas dans la considération de l’eucharistie comme miracle.

= Par exemple, récemment, L’exposition sur les miracles eucharistiques « conçue et réalisée par saint Carlo Acutis » est revenue à Tours, à l’église Saint Julien, du 19 au 26 juin 2026.

L’exposition est composée d’une cinquantaine de panneaux avec les miracles eucharistiques, conçus et réalisés par saint Carlo Acutis, d’une partie artistique (dessins avec des paroles de Carlo), d’un espace audiovisuel avec des miracles racontés en vidéo (une séance de 20 minutes toutes les 20 minutes), et de nombreuses autres surprises !

= Ou encore l’émission En quête d’esprit du 3 mai 2026 : Les miracles eucharistiques, une énigme scientifique ?

https://www.cnews.fr/emission/2026-05-03/les-miracles-eucharistiques-une-enigme-scientifique-en-quete-desprit-emission

à l’occasion de la parution du livre de Marie Maillard « Les miracles eucharistiques dans le monde ».

Des critiques autour de la canonisation de Carlo Acutis

Noé Gouttès intervient comme créateur de contenus sur YouTube autour de la zététique, du scepticisme et de l’analyse critique des croyances (notamment religieuses).

Sa chaîne Absinners est décrite comme une chaîne qui « zoome sur des croyances extraordinaires, les analyse et porte un constat sur leur vraisemblance », avec une approche sceptique.

Le ton est délibérément critique, et on pourra en être agacé. On peut aussi ne pas être d’accord sur les résultats de telle ou telle enquête (le Suaire de Turin, le miracle du soleil à Fatima).

Mais il y a un souci évident de recherche honnête de vérité à partir d’éléments factuels. C’est le cas dans cette vidéo sur Carlo Acutis que vous pouvez visionner si vous le souhaitez.

À la lumière des arguments avancés, le rôle joué par la mère de Carlo dans sa canonisation est un problème incontournable…

Il faut débattre et donner sa place à la raison

La vidéo de Noé Gouttès a un grand avantage, celui de nous obliger à réfléchir et de donner à la raison et au bon sens toute leur place. En milieu chrétien, et spécialement catholique, on a tout de même tendance à gober trop facilement tout ce qui est enrobé de piété…

C’est pourquoi il faut débattre. Vous pouvez lire a réaction de l’apologète Matthieu Lavagna : « Réponse à Absinners sur Carlo Acutis », qui se concentre sur la question des critères pour la canonisation.

Bien qu’elle corrige certains excès de l’analyse de Noé Gouttès, cette réponse contient des lacunes importantes. Elle est trop ciblée sur la question du respect des « normes » afférentes à une canonisation.

Elle occulte de nombreuses zones d’ombre, notamment le rôle joué par la maman de Carlo, à la fois juge et partie. Mais aussi la présence de l’argent, car, oui, une canonisation coûte cher. Quant à la rapidité de l’aboutissement…

Noé Gouttès met au jour un faisceau d’indices important qui converge vers l’utilisation de réinterprétations massives qui frisent le mensonge organisé. C’est tout de même très ennuyeux.

Il faudrait aussi réfléchir à certaines déviations

  • Le fait d’aborder l’eucharistie non plus comme un mystère mais d’abord comme un miracle

Les miracles constituent de puissants motifs de crédibilité de la foi. Mais ils ne doivent pas être confondus avec les mystères divins eux-mêmes. Le « surnaturel des mystères » concerne ce qui appartient à la vie divine ou ce qui fait participer l’homme à cette vie. En revanche, le « surnaturel des miracles » est d’une autre nature. Un miracle est un événement qui se produit dans le monde créé mais selon un mode qui dépasse les forces ordinaires de la nature. Le véritable trésor du christianisme est discret : c’est la participation à la vie même de Dieu, et suppose la foi; en matière de surnaturel, l’invisible est plus grand encore que le visible. (voir abbé Paul Roy, Les miracles ne remplacent pas le mystère).

  • « Il vaut mieux s’adresser au Bon Dieu qu’à ses saints ». Toutefois, on finit par prier Carlo au lieu de prier Jésus…

Il y a là un réel problème, particulièrement évident dans le documentaire qui est passé sur KTO « Le ciel peut attendre », une production Custodian Movies 2023 – Réalisée par José Maria Zavala. Jugez-en par vous-même : on finirait par croire que Carlo Acutis est Dieu même !

L’Alliance des cœurs unis

« La Vie » publie ce 12 août 2026 un article « Milieux apparitionnistes : l’Alliance des cœurs unis, l’association de groupes de prière en pleine polémique », où Sophie Lebrun tente de faire le point.

On peut y lire :

 » Dans une attestation destinée à la justice, datée du 28 mai 2026 et que La Vie a pu consulter, l’ancien président de la cellule, l’évêque émérite de Carcassonne et Narbonne Alain Planet, confirme avoir été « amené, avec (ses) collaborateurs et lors des échanges avec la Miviludes, à (s’)intéresser à l’Alliance des cœurs unis ». Il explique avoir « étudié l’œuvre écrite publiée par elle sous le pseudonyme de Virginie » : « J’avais alors mis en garde les évêques de France contre le contenu aberrant de ces “révélations”, (…) textes sans conformité, (…) un contenu hétérodoxe de la doctrine » et de sa « crainte devant la constitution d’une communauté curieusement hiérarchisée, avec des liens politiques anti-républicains et anti-démocratiques » ».

Et encore :

« Les analyses théologiques des écrits publics de « Virginie » rejoignent le point de vue d’Alain Planet. Auteur d’Impostures mystiques (Cerf, 2023), le spécialiste des apparitions mariales Joachim Bouflet assène : « Il n’y a rien, dans les révélations de “Virginie”, tout a été pioché dans l’existant, en l’assimilant mal et en mélangeant tout. »

Pour Guillaume Chevallier, prêtre de la communauté de Saint-Martin dans
le diocèse de Dijon et spécialiste des milieux apparitionnistes, « les messages de “Virginie” sont dangereux pour la foi et la spiritualité ». Soulignant « l’abondance de réemploi de matériaux parfois tirés de l’imagerie enfantine (génie, Schtroumpfs, Barbapapa, la Reine des Neiges, etc.) », il détaille de nombreux marqueurs de dérives : « Autopersuasion imaginaire, expérience religieuse sensible, déviation du vocabulaire et des notions catholiques de la rédemption, graves problèmes doctrinaux, méfiance à l’égard de l’Église-institution, présomption… »
Guillaume Chevallier précise : « “Virginie” s’associe de manière singulière à la Passion rédemptrice. Au sens littéral, elle dit porter le poids du monde sur ses épaules et elle dit enfanter l’Église. Elle explique avoir été investie par la puissance prophétique lors de l’imposition d’une Sainte Face sur son visage. » »

D’après Bertran Chaudet, diacre permanent et ancien membre de la cellule de lutte contre les dérives sectaires de la CEF, certaines formules de l’Alliance des cœurs unis s’apparentent à des « techniques pour placer ou maintenir une personne dans un état de sujétion psychologique », ce qui, selon lui, pourrait entrer dans le champ d’un délit selon le texte de l’article 223-15-3 du Code pénal introduit en droit français x xxen 2024, et serait, de plus, contraire aux dogmes catholiques.

À commencer par la formule du serment que doivent prononcer les
membres, « pour servir ou périr » : « Elle introduit une logique binaire
– servir ou se perdre – étrangère à l’Évangile, qui propose l’invitation et non la contrainte. Cumulé avec un pacte comme
“anéantissant par la Toute-Puissance 0divine les pactes des ténèbres”, cela crée une dépendance directe : seuls les membres du mouvement bénéficient de cette protection divine, et le départ
est de nature à être vécu comme une exposition spirituelle grave et
la logique d’une Église envahie ».

Paraît-il « Le dossier est maintenant sur le bureau du Dicastère de la doctrine de la foi »…

Un village sous emprise – Guerre de religion

Un documentaire sur La Famille Missionnaire de Notre-Dame par France.tv


Documentaire — Vidéo — 51 min 50 s

https://www.france.tv/documentaires/8671008-guerre-de-religion-au-coeur-des-monts-d-ardeche.html#about-section

Pour visionner le documentaire, il faut créer un compte. Le documentaire est disponible jusqu’au 08/07/2027


« Au cœur des Monts d’Ardèche, loin des regards et des tumultes du monde urbain, des religieux s’affairent depuis plusieurs années à édifier un monument hors du commun : une église de 53 mètres de haut, capable d’accueillir plus de 3 500 pèlerins.

Une initiative désavouée par le Vatican, et loin de faire l’unanimité dans la commune de Saint-Pierre-de-Colombier et ses environs, où enfants du pays et militants écologistes se battent désormais contre la « propagation de la divine Miséricorde ».

Derrière ce projet titanesque — estimé à plus de 30 millions d’euros et dont les sources de financement restent extrêmement opaques — se cache une communauté discrète mais résolue : la Famille Missionnaire de Notre-Dame (FMND).

Une congrégation religieuse née au lendemain de la guerre, dans le giron d’un catholicisme radical, nourrie de traditions, de discipline et d’un idéal de « pureté spirituelle », dont les discours trouvent écho dans les milieux ultra-conservateurs et les groupuscules d’extrême droite.

Se présentant comme un rempart contre la « décadence morale » du monde occidental, la Famille Missionnaire revendique une mission : rechristianiser la France. Pendant des années, la FMND a grandi dans l’ombre. Jusqu’à ce jour d’octobre 2023, où une sœur, filmée en train de plaquer au sol un militant écologiste sur le chantier de la « méga-église », a fait voler en éclats l’image policée de la congrégation.

Car derrière la piété apparente de cette « famille de foi », se dessine une réalité bien plus complexe, plus trouble et potentiellement dévastatrice. Déployée sur tout le territoire français, où elle compte une douzaine de foyers et quelque 200 fidèles, la Famille Missionnaire de Notre-Dame est aujourd’hui rattrapée par les scandales ».

 Nous constatons que nous devrons peut-être modifier notre façon de mener certaines enquêtes en raison de leur complexité

Le Vatican fera-t-il de l’affaire Sodalitium un modèle pour enquêter sur les abus au sein de l’Église ?

https://www.religiondigital.org/vaticano/convertira-vaticano-caso-sodalicio-modelo-abusos-iglesia-bertomeu-comisario-pontificio_1_1453147.html

Le processus complexe mené par le Saint-Siège contre la société fondée par Luis Figari peut servir de modèle pour traiter d’autres cas similaires au sein d’organisations religieuses transnationales.

L’envoyé spécial du pape à Lima, Mgr Jordi Bertomeu, a fait remarquer que « la Curie romaine fonctionne selon le principe de subsidiarité, ce qui signifie que ce qui est fait au niveau diocésain n’a pas à être résolu au Vatican ». « [Cependant], nous constatons qu‘il existe des instances ecclésiales transnationales, actives simultanément dans plusieurs pays et à différents niveaux de la vie ecclésiale, où l’on trouve des prêtres, des évêques, des laïcs et des religieux, et celles-ci relèveraient de la compétence de dicastères différents », a noté Bertomeu.

Bertomeu : « Nous constatons que nous devrons peut-être
modifier notre façon de mener certaines enquêtes en
raison de leur complexité. »


« Nous constatons que nous devrons peut-être modifier la manière
dont nous menons certaines enquêtes en raison de leur complexité », a
ajouté Bertomeu, qui a souligné que la procédure dans l’affaire
Sodalitium est sans précédent,
puisqu’une mission diplomatique
spéciale, nommée personnellement par le Pape, a été constituée pour
mener les enquêtes au-delà des dicastères et remettre un rapport au
Pape lui-même, afin qu’il puisse le transmettre aux instances vaticanes
compétentes qui décident des sanctions.

«J’imagine que cette approche sera étudiée et envisagée pour
d’autres organisations ecclésiales
opérant à l’échelle transnationale
et présentant une grande complexité », a déclaré Bertomeu.

« Nous avons constaté que certains problèmes dépassent largement le cadre diocésain, car un évêque ne peut pas tous les examiner compte tenu de leurs multiples facettes. Ils peuvent même s’étendre au-delà de la Conférence épiscopale ou d’une instance de la Curie romaine, et dans ce cas précis, nous apprenons tout », a-t-il ajouté.

Dans le cas du Sodalitium, Bertomeu a fait remarquer qu’il y a
actuellement un pape qui est « mi-gringo, mi-cholo » et qui « comprend
parfaitement la réalité de ce à quoi nous avons affaire ici
»,
puisqu’il a passé vingt ans de sa vie pastorale au Pérou et est
pleinement conscient de l’affaire du Sodalitium.

Les abus commis au sein du Sodalitium ont été révélés pour la
première fois en 2015 par les journalistes Pedro Salinas et Paola
Ugaz, dans le livre « Mi-moines, mi-soldats », où ils ont dévoilé les
témoignages de victimes d’abus physiques, psychologiques, sexuels,
économiques et patrimoniaux, prétendument commis par les dirigeants
du Sodalitium, fondé en 1971 par Figari.

Le Vatican, qui a reçu jusqu’à présent plus d’une centaine de plaintes, a
ordonné la dissolution du Sodalitium et d’autres organisations
affiliées également fondées par Figari et qualifiées de sectaires par le
Saint-Siège.