D’où viennent les pratiques de « purifications de maison » vantées par l’influenceuse EnjoyPhoenix ?

Un article sur le site du journal La croix 18 janv. 2023, signé Marguerite de Lasa

EnjoyPhoenix, une des influenceuses françaises les plus  importantes, a confié faire appel à un « passeur d’âme » pour « purifier  sa maison » dans un post Instagram publié le week-end du 14 janvier.  Comment comprendre cette pratique propre aux spiritualités  alternatives ? Y a-t-il un lien avec l’exorcisme ?             

C’était une pratique relativement confidentielle, jusqu’à ce qu’une influenceuse française de renom en fasse la promotion. Le week-end du 14 janvier, Marie Lopez, propriétaire du compte Enjoyphoenix qui compte plus de 3,68 millions d’abonnés sur YouTube, a publié sur le réseau social Instagram une story – un post éphémère – dans laquelle elle raconte avoir eu recours à un « passeur d’âme » pour « purifier sa maison. »

« On a fait appel à @Martin_passeur_d_ames pour venir faire un premier check et faire une purification de la maison avant de commencer les travaux, pour voir et comprendre ce qui s’y passait et c’était vraiment hyper intéressant », confie-t-elle, avant de recommander l’homme « les yeux fermés », pour « nettoyer les foyers. »

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Le dénommé « Martin passeur d’âme » définit son activité sur son compte Instagram par quelques mots-clés : « Harmonisation et équilibrage des énergies », « purification de lieux et de personnes », « lithothérapie », « tirage de cartes », « équilibrage des chakras. »

Sur une vidéo réalisée par une autre influenceuse adepte du paranormal, « Silent Jill », Martin détaille les croyances au fondement de son activité de « purification » : « Quand on entre dans une maison, il y a des entités qui s’accrochent à nous, commence-t-il, quand quelqu’un décède, le corps spirituel reste sur terre s’il n’a pas fini ce qu’il devait faire. Nous, on est ici pour aider ces personnes restées bloquées sur terre à remonter au niveau du ciel. »

Bâtons de sauge, encens de messe et bougies aux couleurs des chakras

Dans la vidéo, Martin fait ensuite une démonstration de ses services. Sa compagne Alison commence par faire le tour des pièces armée d’un pendule. Arrivée dans un petit salon, elle s’arrête. « Ici, il y a des entités », juge-t-elle. Et, s’adressant à sa cliente : « Tu as peut-être une sensation de lourdeur. Mais en nettoyant la mémoire des murs, tu devrais pouvoir rester dans cette pièce et t’y sentir vraiment apaisée. »

Après le diagnostic, c’est au tour de Martin de suivre le même itinéraire, tenant cette fois dans sa main un bâton de sauge incandescent. « Pour nettoyer, il faut passer avec de la sauge, demander à la personne de monter vers la lumière, de laisser place à l’amour et au bonheur, et de suivre son chemin », développe Alison. Dans son « nettoyage », l’énergéticien belge utilise aussi « de l’encens de messe », une planche pour « mesurer le taux vibratoire » ainsi qu’ « une bougie aux sept couleurs des chakras. »

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Cet assemblage composite entre des éléments de traditions religieuses différentes est typique des religiosités nouvelles et New Age. Pour le philosophe et sociologue Raphaël Liogier, professeur à l’IEP d’Aix-en Provence et ancien directeur de l’Observatoire du religieux, se profile dans ces religiosités « le mythe de l’unité transcendante de toutes les traditions, comme si chacune portait la trace d’une vérité qu’elles avaient chacune un peu dévoyée », explique-t-il.

Voyage d’une religion à l’autre

Ces religiosités nouvelles constituent pour lui « un nouveau modèle interprétatif qui fonctionne à partir de la transcendance brute articulée sur des symboles supposés traverser toutes les traditions. » La purification des maisons puiserait ainsi, selon ses promoteurs, à la fois dans le taoïsme, dans le bouddhisme, mais aussi dans le christianisme primitif.

« Toutes ces différentes religiosités ont un dénominateur commun auquel tout le monde croit plus ou moins, développe le philosophe. Ainsi, selon Raphaël Liogier, « qu’on prétende faire du chamanisme néo-mexicain, du yoga, ou le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, les mêmes concepts sont mobilisés : énergie, bien être supérieur, hédonisme spirituel, rapport à la connaissance de soi en miroir de la connaissance du monde… » Toute cette structure servant, in fine, « à interpréter le monde pour donner un sens à l’existence », conclut-il.

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Ces spiritualités consistent ainsi, selon lui, à « voyager d’une religion à l’autre, pour aller chercher la trace d’une transcendance à l’état brute, c’est-à-dire non modifiée, non raffinée par les usines que sont les traditions religieuses qui façonnent des représentations de Dieu particulières. »

« Superstition »

Dans l’Église catholique, certains avouent leur dénuement devant ces pratiques et croyances nouvelles. « Autrefois, l’Église était familière du vocabulaire des âmes et des anges, et puis on en a moins parlé », évoque le père Jean-François Meuriot, membre de l’Observatoire des nouvelles croyances à la Conférence des évêques de France. Il explique cet abandon par « une période de rationalisation », où « on a peut-être voulu rendre compte de tout par la raison, sans laisser de place au mystère, à l’inconnu, à l’invisible. »

Ainsi, aujourd’hui, certains prêtres balaient ces pratiques comme « des superstitions », rendues caduques par la révélation de l’Évangile. D’autres, comme le père Dominique Auzenet, exorciste du diocèse du Mans, les prennent très au sérieux, et mettent en garde contre les dangers de « cette ouverture au monde occulte ».

Jean-François Meuriot lui, tient à rappeler que le Credo affirme l’existence « de l’univers visible et invisible ». Le prêtre conçoit ainsi « tout à fait » qu’il puisse y avoir « des personnes décédées qui ont du mal à monter vers Dieu », ou que des lieux puissent être habités par des « résonances » laissées par d’autres.

« Là où nous passons, nous laissons des traces », perçoit-il. Les bénédictions de maison, rituel officiel de l’Église catholique, se comprennent pour lui comme cela. « Les gens souhaitent mettre leur maison sous la protection de Dieu pour vivre dans un environnement sain et équilibré. »

Prière

Pour lui, nous faisons notamment l’expérience de cet invisible « impalpable et non mesurable » dans l’amour et la prière. « Nous pouvons continuer à aimer quotidiennement un être cher, même s’il n’est plus là ».

Ces demandes de purifications d’espaces parviennent aussi à l’Église. Le père André Cabes, exorciste du diocèse de Tarbes, est ainsi régulièrement sollicité. « Je me souviens de personnes qui me disaient ne pas pouvoir rentrer dans une pièce parce qu’un ancêtre tyrannique continuait d’occuper les lieux », témoigne-t-il.

Après une longue écoute, les personnes confient souvent au prêtre des relations difficiles, ou des drames familiaux. Dans ces cas, il remarque que « ce n’est pas la maison qui est malade, mais l’âme des personnes qui est blessée ». Il propose alors toujours une prière et « appelle la présence du Seigneur pour qu’il apporte la paix. »


À la suite de cet article, vous pouvez lire aussi celui que j’ai composé il y a un an sur le phénomène des « passeurs d’âmes », qui donne encore d’autres éclairages complémentaires.

Faut-il mieux encadrer les naturopathes ?

Un homme de 58 ans se présentant comme « naturopathe » et son fils ont été mis en examen, jeudi 12 janvier 2022, notamment pour « homicide involontaire. Plusieurs décès sont survenus à la suite de jeûnes prolongés organisés lors de « cures hydriques ». La secrétaire d’État à la citoyenneté, Sonia Backès, a rappelé dans la foulée que des assises se tiendraient au printemps pour donner « à l’État les moyens de lutter contre ces nouvelles formes de dérive sectaire ».

Les naturopathes ne sont pas des acteurs de santé

Jérôme Marty, Président du syndicat de médecins UFML-Syndicat – (source : Jérôme Marty)

Tous les professionnels de santé sont diplômés d’État et inscrits au code de santé publique, ce qui n’est bien entendu pas le cas des naturopathes. Il n’y a pas lieu de réglementer une profession qui n’en est pas une. Que ces personnes qui exercent une activité commerciale investissent le champ du bien-être, on ne peut l’empêcher. Mais la priorité est de contrer les tentatives d’immixtion dans le domaine de la santé.

Lors d’un récent Salon du bien-être à Toulouse, nous avons constaté que 80 % des stands utilisaient le mot soin. Il s’agit d’une dérive pour amener petit à petit à une reconnaissance de leur place comme acteurs de santé, ce qu’ils ne sont absolument pas. Le code de déontologie interdit à un médecin ou à une infirmière diplômée d’État de poser une plaque à côté de celle d’un naturopathe, iridologue, auriculothérapeute ou autre étiopathe… qui sont des activités commerciales. Et pourtant, dans certains cabinets partagés, on voit de telles cohabitations qui sont illégales. Des maires, pour remplir leur maison de santé, sont peu regardants. Cette confusion est dangereuse.

Nous avons récemment mené le combat pour que Doctolib fasse sortir de son référencement les naturopathes et autres activités du bien-être. Ce faisant, cette plateforme qui annonce avoir pour vocation la mise en relation des patients avec des professionnels de santé entretenait le trouble. Doctolib a finalement accepté, en octobre 2022, de sortir des milliers d’adresses même si l’on peut estimer qu’il existe encore des personnes qui n’ont rien à y faire.

La question de la prise en charge financière des actes est aussi un enjeu de mobilisation. En 2019, nous avons obtenu le déremboursement des médicaments homéopathiques. Cela nous a valu une quarantaine de procès que nous avons tous gagnés. Avec la naturopathie, la difficulté est que certaines mutuelles incluent ces actes dans leur prise en charge. C’est très problématique et nous tentons progressivement de faire bouger les choses.

Les naturopathes prétendent vouloir faire le ménage à la suite de récents scandales révélés par les médias. C’est leur affaire. Mais je ne vois pas comment évaluer le sérieux dans un secteur qui n’accepte pas le principe de la preuve scientifique.

Pour nous, la priorité est que l’État se mobilise contre la confusion. Il faudrait commencer par interdire légalement toute utilisation du mot soin ou santé par ceux qui ne sont pas des professionnels reconnus. C’est d’autant plus urgent que, dans le secteur du bien-être, de nouvelles formes d’emprise se sont développées avec l’essor des réseaux sociaux et, plus récemment, avec la crise du Covid qui a pu contribuer à une perte de confiance dans la médecine.

Recueilli par Bernard Gorce

L’État doit se décider à réglementer la profession

Jérôme Poiraud, Naturopathe et président de l’Organisation de la médecine naturelle et de l’éducation sanitaire (Omnes) – (source :Jérôme Poiraud)

En France, la naturopathie n’est pas une profession réglementée mais elle est tout de même structurée par plusieurs organisations visant à apporter des garanties de qualité et de sérieux. L’Omnes, l’association que je dirige et qui existe depuis quarante ans, en fait partie. Elle délivre des agréments aux écoles de naturopathie et propose des formations continues obligatoires, de manière que l’exercice de la profession ne se fasse pas sans connaissances ni bases légales.

Il est important de souligner que les dérives dont on entend parler concernent des cas isolés. En plus de ne pas avoir suivi de formation reconnue par nos instances, ces individus prétendent outrepasser les médecins. Ce n’est absolument pas le discours tenu par l’Omnes, où l’on ne parle d’ailleurs pas de médecine alternative ni même de médecine douce, mais d’approche complémentaire ou non conventionnelle. Un « vrai » naturopathe se place dans une logique de prévention, en complément du médecin traitant, mais il ne fait pas de diagnostic, ne donne pas de traitement, et en aucun cas ne peut faire sortir la personne de son parcours médical.

Il a néanmoins des connaissances en anatomie, en physiologie, en physiopathologie et en pathologies d’urgence. Ces bases médicales sont précisément ce qui lui permet de connaître les limites de son exercice et d’adresser la personne à un médecin quand cette limite est atteinte.

Reste que, aujourd’hui, n’importe qui peut se déclarer naturopathe, simplement après avoir ouvert un livre. Forcément, cela ouvre la voie à des dérives. Il est donc nécessaire que l’État se décide enfin à réglementer la profession, comme cela a été fait en 2012 pour les ostéopathes. Ainsi, seuls les naturopathes ayant suivi les formations agréées auraient le droit de s’installer. Cela représenterait une protection supplémentaire pour les usagers, même si cela ne mettrait sans doute pas fin aux dérives, qui existent partout – y compris chez les médecins, dont certains ont eu une approche complotiste ou antivax pendant la pandémie.

Pour l’heure, la France est le maillon faible de l’Europe. En 1997, une résolution du Parlement européen incitait les États membres à lancer plus d’études et à réglementer les médecines non conventionnelles, dont la naturopathie. Plusieurs pays ont saisi cette occasion, comme l’Italie, le Portugal, l’Allemagne, la Suède ou la Belgique. En Suisse, par exemple, les naturopathes sont considérés comme des professionnels de santé.

En attendant, il faut que les choses soient plus carrées. C’est pourquoi l’Omnes et les autres organisations qui représentent la profession ont engagé un processus de normalisation auprès de l’Afnor. C’est une démarche que nous finançons nous-mêmes, avec l’objectif d’aider les services de l’État, notamment la DGCCRF et Miviludes, à distinguer ce qui relève de la naturopathie ou du charlatanisme.

Recueilli par Jeanne Ferney

Journal La Croix, 17 janvier 2022.

Le Lahochi ?

Dominique Auzenet

Pourquoi se poser la question ?

Parce que des personnes font appel à des « énergéticiens » pour différentes raisons, et qu’elles peuvent être mis en présence de ce type de pratique énergétique sans même le savoir.

Elles constatent ensuite des perturbations profondes dans leur vie personnelle.

Au point quelquefois de venir voir le prêtre exorciste que je suis, car l’action énergétique a provoqué une forte ouverture au monde des esprits diaboliques…

Une « thérapie énergétique » en progression

Si je cherche dans mon département de la Sarthe, je trouve aisément des praticiens. Il suffit d’ailleurs que vous lisiez les définitions données au Lahochi pour constater qu’elles sont un simple copier-coller.

https://valerieperret.wixsite.com/reflexologie72/soins-energetiques

https://www.therapeute-energetique.fr/formation-lahochi qui devient vite un business : https://www.unlieudelumiere.com/collections/cours-initiation-lahochi-a-distance-pas-cher dont on nous dit qu’il est moins cher qu’ailleurs…

https://www.annuaire-therapeutes.com/therapeutes/230-lahochi/72-sarthe

https://www.facebook.com/photo/?fbid=538388884962715&set=a.441153894686215

https://etresonessentiel.fr/pages/tarifs.html

Dangereux : https://www.facebook.com/profile.php?id=100057222259100

https://www.sylvianedoue-formations.fr/formez-vous-hypnose

https://www.resalib.fr/praticien/47146-laetitia-lequertier-sophrologue-la-chapelle-saint-remy

L’origine ?

On peut lire ici ou là sur les sites : L’enseignement LaHoChi a été transmis lors d’une canalisation le 15 mai 1991 au Maître Satchamar, disciple du sage indien Sathya Sai Baba, par un Maître spirituel du Chi appelé Maître LaHoChi, qui vit dans le monde de la Conscience Cosmique, et qui n’est autre que le Maître Ascensionné Lao-Tzu (Lao-Tseu). Leur union énergétique a permis d’activer ces énergies spirituelles de guérison.

Origine gazeuse invérifiable !

Sur d’autres sites, on va nous dire aussi : « Le premier manuel (que nous utilisons encore) a été créé par Elisabeth Chandler qui a collaboré avec Satchamar dans son école aux USA ». Et quand on cherche à creuser un peu plus, on aboutit à une conclusion : « ll est difficile de connaitre exactement d’où vient le LaHoChi« …

Sur l’internet, Didier Combé occupe une place importante avec son livre et ses enseignements :

Thérapeute énergéticien et enseignant de différents systèmes de soins énergétiques depuis plus de dix ans. Médium, il propose aussi des accompagnements spirituels, des régressions dans les vies antérieures par l’Hypnose spirituelle ainsi que des soins de Sonothérapie avec les Diapasons du Solfège Sacré.
Il est en France un des pionniers du Lahochi, cette technique énergétique hors norme, dont il publie en 2014, après de nombreuses découvertes et canalisations, le premier livre en français sur ce sujet, livre devenu depuis un best-seller. Ce livre, et le succès qu’il va rencontrer auprès d’un public sensible à la question des énergies, va le pousser à continuer son travail d’écriture.

Initiation, invocations

N’importe qui peut apprendre cette simple technique énergétique par les mains. C’est par la pratique et l’ouverture de vos propres canaux que vous deviendrez de plus en plus compétent. Une caractéristique du Lahochi est que l’invocation au Maître LaHoChi, ainsi que la prière préliminaire maintient en place un ” Sceau de Protection ” autour du guérisseur et du receveur.

Cette salade s’adresse à qui exactement ?

« Si le Lahochi est associé à des énergies christiques et que la prière parle du Christ, ce n’est en réalité pas lié à la religion. Il s’agit d’une manière d’appeler l’énergie universelle de vie et rien d’autre ».

https://atelier-lahochi.fr/lahochi-reiki-points-communs-differences/

L’énergétique, encore et toujours…

 » La puissance du Lahochi trouve sa source dans le fait qu’elle utilise une fréquence beaucoup plus élevée de la Lumière ou énergie universelle de vie. L’accès à cette fréquence très élevée permet de constater sa singularité et ses bienfaits rapides sur divers aspects »

L’initiation donnée dans les formations apprend à faire allégeance à un Maître Lahochi inconnu pour obtenir l’efficacité de l’énergie universelle… derrière laquelle se trouve l’Ange des Ténèbres.

« Recevoir du Lahochi nous met dans un état de conscience très particulier : tout en étant très présent, très conscient de son environnement et de ce qu’il se passe durant la séance, on ressent très clairement qu’une partie de nous est ailleurs, voyage. Bien entendu, certains s’endorment carrément voire ronflent allègrement, mais là encore, le plus souvent d’un sommeil très spécifique, où l’on perçoit, où l’on ressent. » 

Autrement dit, un état de conscience modifié et l’éveil de la médiumnité… Autant le savoir !

Développement personnel et spiritualité

Rayons de librairies, réseaux sociaux, émissions télévisées : le développement personnel est omniprésent. Ces dernières années, la recherche de bien-être et la volonté de réussir sa vie se sont imposées chez beaucoup de nos contemporains. KTO en parle dans l’émission « Sans langue de buis ».

Pourquoi ces approches séduisent-elles ? Ouvrent-elles à la vie véritable ? Détournent-elles de la foi chrétienne ? Comment exercer un discernement entre les différentes méthodes en vogue ? Pour en parler, KTO reçoit :

  • Natalia Trouiller – Écrivaine, journaliste
  • Bertran Chaudet – Auteur de « SOS Développement Personnel – Discernement » (Artège) et diacre du diocèse du Mans
  • Etienne Séguier – Journaliste à La Vie et coach en développement personnel
  • Sandrine Dusonchet – Formatrice à l’ennéagramme, vice-présidente de l’Institut Européen de Développement Humain
  • Frère Raphaël de Bouillé – Frère dominicain, professeur en théologie pastorale.

Que sait-on de l’Access Bars ?

Dans la revue de l’Unadfi, Bulles n° 156, déc. 2022.

ORIGINE

L’Access Bars ou l’Access Conscious­ness Bars est un soin énergétique in­venté en 1995 par Gary Douglas, qui a été un temps proche de la Scientolo­gie, et Dani Heer, un ancien chiroprac­teur devenu coach mental. Les secrets de cette pratique auraient été trans­mis à Gary Douglas depuis une autre réalité: il aurait posé des questions à l’Univers, et attendu, l’esprit ouvert, des réponses. En retour il aurait reçu des capacités de médium et de canal’, des dons qui lui auraient permis d’éla­borer cette pratique.

Cette pratique est aujourd’hui pré­sente dans 170 pays. L’Access Bars est apparue en France en 2010 et ren­contre un certain succès depuis 2015.

THÉORIE ET PRATIQUES

Il s’agit d’un répertoire de 32 points situés sur le crâne, dont la stimula­tion par application des doigts active des connexions électromagnétiques appelées « bars ». Chaque « bars » correspond à un aspect de la vie : vieillissement, santé, argent, sexua­lité, conscience, etc … et toutes nos « pensées, idées, croyances, considé­rations, émotions et attitudes » y sont contenues et stockées, à la façon d’un disque dur. Activer les « bars» revient à nettoyer ce disque dur, supprimer les fichiers qui empêchent « d’être conscient», de « recevoir »2.

En arrière-fond de cette pratique on trouve des principes issus de la Dianétique, une théorie de dévelop­pement personnel créée par Ron Hub­bard, le fondateur de la Scientologie. Certains principes de la dianétique sont analogues à ceux de l’Access Bars : promesses d’acquérir des pou­voirs comme celui de remonter dans le temps ou de lire dans les pensées, possibilité d’atteindre le statut d’« hu­manoïde» (qui correspondrait au sta­tut de« thétan » dans la Scientologie), dénigrement des non-humanoïdes, invitation à se séparer de sa famille et des êtres humains normaux, ensei­gnement que la médecine scientifique n’a pas d’efficacité sur les problèmes de santé. Il existe également des points communs en termes de fonc­tionnement : nature de l’engagement exigé des étudiants, coût élevé des cours et des séminaires, confidentiali­té du matériel de formation et droits d’auteurs sur ce matériel3.

Gary Douglas

L’histoire dit que lorsque Gary Dou­glas a reçu ses dons de médiums, il a aussitôt pris conscience qu’il devait « offrir des classes pour renforcer et faciliter plus de choix et de possibili­tés chez les autres »4• Il est ainsi« of­fert» à celui qui le souhaite la possibi­lité de devenir thérapeute Access Bars, à l’issue d’une journée de formation facturée 300€. Après trois jours sup­plémentaires de formation, le théra­peute devient facilitateur (c’est-à-dire formateur). Il peut continuer à se for­mer pour devenir facilitateur certi­fié. Il existe encore ensuite un grand nombre de niveaux de spécialisation.

Le premier outil présenté en forma­tion est une« formule de déblayage » à répéter dans sa tête ou à voix haute comme une incantation, afin de « faire apparaître les énergies et les déblayer ». La formule en question : « Right and wrong, good and bad, poc and pod, all nine, shorts, boys and beyond ». Elle n’a aucun sens, mais elle n’est pas faite pour être comprise : « heureusement, tu n’as pas à la com­prendre pour que cela fonctionne. C’est conçu pour contourner ton esprit logique. Si ton esprit logique pouvait résoudre des choses qui ne fonction­naient pas dans ta vie, ne serait-ce pas déjà réglé ?5 » La répétition de cette formule est un prérequis à l’activation des « bars».

Au fur et à mesure des formations et de la progression des niveaux, les discours évoluent, la dimension éso­térique se faisant de plus en plus étrange, énigmatique mais également, à bien des égards, nocive. Lors de la formation pour devenir facilitateur, on enseigne au stagiaire qu’il sera ca­pable d’effacer le passé et la mémoire de son client. Le concept d’« huma­noïde » commence à être développé.

Il s’agirait d’une catégorie à laquelle appartiennent les praticiens d’Access Bars : « connais-tu la différence entre les humains et les humanoïdes ? Les humains passent leurs temps à juger tout le monde et leur dire combien ils ont tort. Les humanoïdes passent leur temps à se juger et à se demander ce qui ne va pas chez eux. Il n’y a rien qui cloche chez toi. Tu es un humanoïde. Si tu cherches toujours ce qui cloche en toi, tu es un humanoïde. Si tu sais toujours que tu as raison, tu es un hu­main ».

Les humanoïdes seraient par ailleurs capables de lire dans les pen­sées de tout un chacun « sur un rayon entre 12 et 12 000 m dans toutes les di­rections. »6 Puis est révélée l’existence de six entités capables de prendre possession des corps des personnes. Les cinq premières entités sont des sortes d’âmes en peine. La dernière entité correspond aux démons, qui sont dangereux mais qui peuvent être chassés grâce à un rituel d’exorcisme. La suite : des elfes, des serpents à sonnettes, des formules magiques permettant d’activer des capacités de « mimétisme biomimétique » …

MISE EN GARDE

Une grande partie des signale­ments et témoignages recueillis par les associations de défense des vic­times de dérives sectaires dépeignent des situations de perte financière après un investissement de milliers d’euros : flot incessant de formations, frais divers (matériel, ouvrages, ins­cription) cotisation annuelle, et solli­citations insistantes par courriels pour obtenir des dons pour la construction de propriétés à l’étranger utilisées comme centres de bien-être.

Une seule étude a démontré son im­pact sur la dépression et l’anxiété. Son auteur est diplômé en médecine na­turelle à l’université quantique d’Ho­nolulu et l’étude a été publiée dans Energy Psychology, une revue ésoté­rique 7. Évidemment, cette pratique de soin énergétique n’a jamais été validée scientifiquement. Quant à la formation, elle ne bénéficie d’aucune reconnaissance officielle.8 En 2020, dans le cadre d’un numéro d’Envoyé Spécial, une journaliste avait suivi une formation d’Access Bars. Au cours de son investigation elle avait découvert que l’Access Bars figurait au catalogue des formations proposées par Pôle emploi, aux côtés d’autres pratiques de soin non conventionnelles.9

L’Access Bars est une méthode présentant de nombreux risques. Elle s’appuie sur des concepts assez sé­duisants pour attirer toute personne en proie à des questions existentielles ou qui ressent un fort besoin d’appar­tenance. Parce qu’elle introduit l’idée d’une identité « humanoïde », sorte d’être humain amélioré, capable de percevoir des choses que les êtres hu­mains normaux ne perçoivent pas, et en faisant de l’accès à cette identité une initiation, la doctrine sous-ten­dant la pratique de l’Access Bars am­plifie les risques de rupture. La pru­dence est de mise d’autant plus que cette pratique prétend agir sur les souvenirs, manie le concept de capaci­tés extraordinaires, propose un rituel d’exorcisme … autant de procédés qui peuvent mener à l’emprise.

1. Un canal est une personne qui excerce le channeling, une pratique new age consistant à communiquer avec des « êtres supérieures ».

2. Victor Garcia,Access Bars Consciousness : les documents secrets, 22.03.2019

3. Access Consciousness, Psiram, 18.04.201

4. Op.cit, Victor Garcia,Access Bars Consciousness : les do­cuments secrets

5. Ibid. 6. Ibid.

7. Unadfi.org, Que sait-on de ? L’Access Bars Consciousness, 11.04.2019

8. Miviludes,Rapport d’activité & études 2018-2020,202 /, p. 68 9 • Unadfi.org, Reconversion pas très professionnelle, 12.04.2020

9. Unadfi.org. Reconversion pas très professionnelle. 12/04/2020.