Zoë Dubus, Sciences Po
LSD, psilocybine extraite de champignons hallucinogènes, mescaline issue de cactus, ayahuasca… les psychédéliques connaissent un regain d’intérêt en recherche médicale, pour des usages récréatifs ou expérientels voire stimulants, et bénéficient de représentations plus positives que les autres psychotropes. Ils ne doivent pas pour autant être considérés comme une catégorie « supérieure » aux autres substances psychoactives.
La « renaissance psychédélique », ce renouveau de l’intérêt scientifique autour de ces psychotropes, suscite des espoirs considérables : ces substances offriraient-elles des traitements miracles contre la dépression, le trouble de stress post-traumatique ou les addictions ? Rendraient-elles leurs usagers plus empathiques, plus écologistes, voire moralement meilleurs ? Seraient-elles finalement « supérieures » aux autres psychotropes ?
Comme le suggèrent des travaux en sciences sociales et en psychologie, ces attentes relèvent d’un imaginaire qui surestime les propriétés intrinsèques des substances et sous-estime la force des contextes d’usage ou des croyances préétablies, tout en dépolitisant profondément la manière de les aborder.
Ces représentations, partagées par une partie des usagers de psychédéliques voire par certains thérapeutes, sont en effet trompeuses : elles reposent sur des généralisations hâtives, amplifient des attentes démesurées et ne résistent ni à l’étude de la diversité des usages ni aux risques documentés.
La singularité des psychédéliques classiques justifie-t-elle des règles d’exception ?
Aucune de ces propositions ne justifie par ailleurs un « exceptionnalisme psychédélique », c’est-à-dire l’idée selon laquelle les substances psychédéliques classiques – psilocybine, le principe actif des champignons hallucinogènes ou « champignons magiques », LSD, DMT/ayahuasca et mescaline – seraient si singulières qu’elles devraient bénéficier de règles d’exception par rapport aux autres psychotropes en vertu d’une supposée « supériorité ».
Au contraire : la cohérence scientifique, l’équité et la réduction des risques (RdR) exigent de rompre avec les narratifs qui hiérarchisent moralement les substances – et donc, par ricochet, leurs usagers –, de reconnaître les risques liés à la prise de ces produits (y compris en thérapie), d’intégrer la RdR au cœur des pratiques et d’instaurer des garde-fous éthiques solides.
Continuer la lecture de « LSD, champignons hallucinogènes, ayahuasca… contre la tentation d’un « exceptionnalisme psychédélique » »