THE CHOSEN "LES ÉLUS" : une série multi-saisons sur Jésus vu au travers du regard de ses disciples. La « série » proposée en 7 saisons (plus de 50 épisodes), connait un succès impressionnant. L’application sur laquelle le film est disponible gratuitement a déjà eu plusieurs centaines de vues. L’équipe du site sosdiscernement.org s’est intéressée à ce phénomène et vous propose quelques éléments de réflexion à travers des articles successifs, que vous pourrez retrouver sur la page The Chosen (à la lettre T)
Acte 15 : examen de quelques propositions faites dans le guide de partage saison 1
Je t’ai appelé par ton nom
Dans ce premier épisode1, il est beaucoup question de nom ou de surnom.
Marie-Madeleine se fait appeler Lilith.
La série est suffisamment documentée, pour que les surnoms ne soient pris au hasard.
Or Lilith est un démon féminin de la nuit dans la tradition juive. Tradition qui reprend une histoire mythique mésopotamienne où Lilith est une démone de la stérilité, liée au vent et à la tempête.
Le mot « Lilith » n’est employé qu’une seule fois dans toute la Bible, c’est un hapax dans le livre d’Isaïe (34,14-15). Dans cette prophétie, Isaïe rappelle la revanche et le triomphe du peuple juif sur Edom qui représente les peuples païens hostiles à Israël. Le territoire d’Édom devient une terre désolée, habitée par des bêtes sauvages et par Lilith.
« Les chats sauvages y côtoieront les hyènes, les boucs s’appelleront l’un l’autre. C’est là que le démon de la nuit se tapira pour y prendre son repos ; là que le serpent nichera et pondra, qu’il fera éclore et protégera de son ombre ; là aussi se rassembleront les vautours, l’un avec l’autre. »
La figure de Lilith dans le Talmud l’assimile à un succube, féminin qui séduit les hommes et abuse d’eux durant leur sommeil et leurs rêves. Certaines légendes assimilent le succube à l’apparence d’une femme défunte, et ressuscitée envahissant le sommeil des hommes sous sa coupe.
Lilith, selon certaines légendes extraites de la littérature kabbalistique serait la première femme d’Adam. Mais façonnée avec de la terre impure, elle est devenue un archétype démoniaque.
Un certain féminisme fait de Lilith, une figure emblématique de la libération de la femme.
Assimiler Marie-Madeleine à Lilith, n’est donc pas innocent de la part du scénariste. Il induit une image orientée sans lien avec la sobriété des Évangiles à son sujet2.
Matthieu est traité de « publicain de merde »

Faut-il rappeler que Matthieu tenant l’octroi et s’occupant d’impôts était un homme cultivé, sachant lire et écrire, particulièrement méticuleux, notant consciencieusement dans un double registre comme cela se faisait à l’époque, toutes les recettes encaissées. Matthieu sera donc particulièrement précieux pour consigner avec rigueur et vérité les évènements vécus à la suite de Jésus. Il n’a donc rien d’un publicain de merde.
Simon se donne le titre d’homme « Simon le cogneur »
Simon de la racine hébraïque schma est donc celui qui écoute et qui sait redonner fidèlement ce qu’il a écouté, mais plus encore qui met en pratique ce qu’il aura entendu, ainsi Simon devient Pierre.
Pour clore la première catéchèse de Jésus dans l’Évangile selon saint Matthieu qui débute par les béatitudes, il y à cette comparaison : Mt 7, 24-25 :
« Ainsi, celui qui entend les paroles que je dis là et les met en pratique est comparable à un homme prévoyant qui a construit sa maison sur le roc. La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, les vents ont soufflé et se sont abattus sur cette maison ; la maison ne s’est pas écroulée, car elle était fondée sur la pierre. »
Comment peut-il lui être attribué ce surnom péjoratif Simon le cogneur ? Encore une invention narrative qui ne repose sur rien, mais qui est passablement racoleuse.
Simon apprécie que sa femme l’appelle le « stoïque », surnom moins péjoratif, mais tout autant sans fondement.

Jean-Baptiste est appelé le « mangeur de sauterelles »
Ce surnom claque et fait mouche, uniquement pour frapper l’imaginaire du spectateur.
Jean Baptiste se nourrissait également de miel sauvage. Ainsi sa nourriture devient une analogie de son prophétisme. Il annonce sauterelles (allusion à l’une des dix plaies d’Égypte) c’est-à-dire calamités qui nous tombent dessus, si nous ne nous convertissons pas ; et douceur du miel sauvage qu’il faut aller chercher si nos cœurs s’ouvrent à la Parole de Dieu pour la mettre en pratique.
Identification, incitation à se dévoiler
Instructions intrusives
Voici les indications du livret :
« J’ai peut-être moi aussi reçu plusieurs surnoms dans ma vie. Je peux partager les différents surnoms que j’ai pu recevoir tout au long de ma vie.
En particulier indiquer s’il y en a un qui m’a mis en valeur et un autre au contraire qui m’a enfermé, mis une étiquette blessante. »
Ces manières de procéder ne respectent pas la liberté intérieure, ces indications sont intrusives. Elles obligent le participant à se dévoiler, devant d’autres qu’il ou elle ne connaît pas. Il s’agit dès de la première séance de révéler sa ou ses fragilités devant des situations embarrassantes ou même blessantes.

Indications inductives
« Aujourd’hui on découvre qu’avant de rencontrer Jésus, tous les disciples ont des peurs et des soucis personnels qu’ils gèrent avec peine : Marie et ses démons, Pierre et André et leurs problèmes d’argent, Matthieu et sa réputation de paria, Nicodème enfermé dans un rôle de religieux irréprochable… »
Le livret induit des questions que le participant n’avait peut-être jamais envisagées et auxquelles il doit répondre (révéler) rapidement pour entrer dans la dynamique du groupe, instrumentalisant ces passages de la Bible.
1) Est-ce que Jésus m’a déjà libéré d’une peur ou d’une situation compliquée ?
2) Est-ce qu’il y a aujourd’hui quelque chose qui me fait peur et que je voudrais partager ?
Si je ne le partage pas, je peux prendre le temps quand même de penser à cette situation.
3) Je peux relire d’abord pour moi la phrase du prophète Esaïe en mettant mon propre nom à la place de Jacob/Israël. Je peux même prendre le temps de l’écrire sur un papier.
(Laisser un petit temps de silence pour que chacun puisse faire la démarche) :
« Ainsi parle le Seigneur, lui qui t’a créé, ___________, et t’a façonné, _________ : Ne crains pas, car je t’ai racheté, je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi »
Je peux partager comment cette phrase me rejoint ? Que suscite-t-elle en moi ?
Nous relevons les mêmes procédés d’identification immédiate, d’interpellation manipulatrice de textes de la Bible dans les sessions ou retraites psycho spirituelles.
Attention danger !
A suivre
1 The chosen, guide de partage en petit groupe (saison 1).
2 Voir par exemple : https://petiteecolebiblique.fr/131-marie-madeleine/
