The Chosen : quelle fidélité aux Évangiles ? (7)

THE CHOSEN "LES ÉLUS" :
une série multi-saisons sur Jésus vu au travers du regard de ses disciples.
La « série » proposée en 7 saisons (plus de 50 épisodes), connait un succès impressionnant. L’application sur laquelle le film est disponible gratuitement a déjà eu plusieurs centaines de vues. L’équipe du site sosdiscernement.org s’est intéressée à ce phénomène et vous propose quelques éléments de réflexion à travers des articles successifs, que vous pourrez retrouver sur la page The Chosen (à la lettre T)

Acte 7 : The Chosen, quelle fidélité aux Évangiles ?

Dallas Jenkins, le réalisateur de la série The Chosen avance qu’il s’appuie sur le filtre de la vraisemblance et le désir d’être fidèle aux Écritures, aux personnages et aux intentions de Jésus, utilisant la Bible comme une source primaire1. C’est une vraie déclaration mais qui a ses limites. Il est permis d’interroger ce qu’il en fait et ce qu’il ajoute.

En fait, il indique lire la Bible, mais reconnaît ailleurs que 95% de contenu de sa série n’a rien à voir avec la Bible. C’est un discours dissociatif.

L’émotion se substitue à la raison pour se faire argument d’autorité

Le personnage de Jésus, après une interjection infantile qui tourne au grotesque (Saison 1, Episode 3), instruit des enfants :

« The Lord loves justice but maybe it is not ours to handle, maybe we let God provide the justice, maybe we handle these things in a different way » / « Le Seigneur aime la justice, mais peut-être que ce n’est pas à nous de la gérer, peut-être que nous laissons Dieu rendre justice, peut-être que nous gérons ces choses d’une manière différente ».

L’attendrissement, l’humour et l’inventivité facilitent la distraction, si bien que l’anaphore du PEUT-ÊTRE atténue un propos là où la Bible le défend nettement : « Ne vous vengez pas vous-mêmes, mes bien-aimés, mais laissez agir la colère de Dieu, car il est écrit : A moi la vengeance, c’est moi qui rétribuerai, dit le Seigneur. » (Romains 12, 19)

Buddy movie, film de copains

La série subit d’autres glissements en passant du drame historique au Buddy movie (film de copains en anglais). À l’image des films de guerre, la caméra place le spectateur en situation de camaraderie, créant une proximité complice avec les apôtres. Fort de ce privilège, il partage ainsi tous les moments des apôtres, tout de manière intime : chamaillerie, apprentissage, doutes, baignade joyeuse en groupe, plaisanteries, tâches du quotidien. Cet environnement réconfortant met le spectateur en confiance sans se rendre compte qu’il met les pieds dans la première chausse trappe du New Age : l’intimité de la subjectivité.

Procédé cinématographique

Le réalisateur veut une approche « authenthic / authentique » et « close to Jesus / proche de Jésus.» qu’il illustre par des plans à hauteur d’yeux connus au cinéma pour augmenter l’empathie. Ce choix scénaristique renforce grandement l’adhésion du spectateur à l’entourage et sa relation au personnage Jésus. Le spectateur reçoit donc les enseignements de Jésus sous l’angle émotionnel et est témoin de chacune de ses étreintes fraternelles. ll devient aussi témoin des tourments que traversent les apôtres : hésitations, rébellions, incompréhensions, jalousies, découragements fortement amplifiés par cet angle de vue.

En soulageant les spectateurs de potentielles faiblesses existentielles, l’approche émotionnelle évacue le texte, et la raison avec. La série se détourne des Écritures pour entrer exclusivement dans l’exacerbation de l’émotion. Dans la Bible, la raison tient une place centrale : « Le discernement te préservera, la raison sera ta sauvegarde» (Proverbes 2, 11).

Les apôtres suivent un cursus initiatique

L’avancement vers la crucifixion permet d’entretenir une émotion grandissante qui focalise totalement l’attention du sujet. Les apôtres se rapprochent d’une forme de stage continu en développement personnel. L’initiation spirituelle est faite par une figure de sachant, d’un maître à penser en posture d’autorité et de sagesse, qui confronte sa pensée collectivement, non sans rappeler les leaders / gourous / coach / maître ascensionnés qui composent des groupes à risque de dérives sectaires2. Les apôtres suivent un cursus initiatique de développement personnel et de thérapie énergétique. Et les miracles et interventions du Saint-Esprit font figure de capacités de guérison et de communication spirite.

Autrement dit, la relecture de la Bible sert les grandes tendances du New Age à savoir : spiritualité, bien-être, santé, développement personnel, connaissance de soi, évolution de conscience3

Dans la Bible, seule la Parole de Dieu compte puisqu’elle est tout et peut tout. « De ce Dieu, le chemin est parfait, la parole du Seigneur a fait ses preuves. Il est le bouclier de tous ceux qui l’ont pour refuge » (Ps 18, 31).

Humour ou moquerie et invention

Il s’ensuit la décrédibilisation de Jésus-Christ. Toujours sous couvert d’humour, Jésus s’exclame : “Some things even I cannot do.” / « Il y a certaines choses que même moi ne suis pas en mesure d’accomplir » lorsqu’il tourne André en dérision pour ses piètres qualités de danseur. Ce propos tient de l’aveu de faiblesse. Ainsi, dans cette scène inventée, Jenkins souligne en toute légèreté, l’impuissance et la limite du Fils unique de Dieu.

Cette impuissance se répète plus tragiquement lors de la mort du personnage fictif de Ramah, femme et disciple de Jésus qu’il ne peut ressusciter. Puis encore lors de la fausse couche d’Eden, femme de Simon qui ne figure pas non plus dans la Bible.

Sorties de l’imaginaire du réalisateur, ces scènes de désespoir confrontent un Jésus mutique, résigné et résolument impuissant.

Dans la Bible, il n’y a aucun débat. Jésus ressuscite les morts : une petite fille d’abord (Luc 7,11-17), puis Lazare (Jean 11).

Jésus homme fragile

Au fil des épisodes, en marge de sa bonhomie, le personnage de Jésus apparaît tour à tour fidèle, doux, touchant, ébranlé, éploré, incertain avant son discours sur la montagne, tourmenté et bouleversé. Le réalisateur Dallas Jenkins, s’éloigne rapidement de sa volonté d’authenticité, et assume cette inversion pour : « rabaisser la piété due à sa divinité jugée trop stoïque et pieuse et pour rehausser son humanité. »4 Dans la foulée, Jonathan Roumie, l’acteur qui incarne Jésus, confirme cette vision.

Le succès de la série proviendrait du rapprochement avec les personnages de la Bible. La série aiderait son public qui ne les connaîtrait qu’à travers quelques lignes, retranchés derrière des vitraux ou en statues. Donc [l’équipe de tournage] les retire de leur piédestal et les transforment en personnes de la vraie vie à qui se comparer, avec des problèmes maritaux, des fausses couches, des problèmes que nous connaissons tous aujourd’hui. Alors on se voit dans ces personnages. » Jésus serait banalisé et amoindri dans sa nature divine pour rendre service au plus grand nombre quand, en réalité, cette apparente empathie sert de prétexte à sa désacralisation.

La performance d’acteur et lovebombing

Faire de Jésus un homme impuissant qui finit sur la croix, c’est éclipser sa divinité. L’évincer revient à dissoudre le mystère de la foi. Il y a donc tout lieu de s’interroger. En le ramenant à son identité humaine, le personnage de Jésus est assimilé à son interprète : « performance révolutionnaire de Jonathan Roumie en tant que Jésus. Roumie… apporte une chaleur sans précédent, une douceur et un humour à ce rôle intimidant, illuminant l’écran. » On lira aussi : « Jonathan Roumie incarne Jésus comme quelqu’un avec qui vous aimeriez vraiment passer du temps, projetant une gravité divine accentuée par une chaleur décontractée. »5 Cette même chaleur du lovebombing met en confiance et séduit. Prédominante dans les groupes à tendance sectaire, elle sert à attirer les gens en manque d’appartenance, en rupture, en période de doute profond. 6

Par ailleurs, la divinité de Jésus est balayée au profit d’une idolâtrie favorable à l’acteur toujours dans l’optique de réduire le divin. Pour attirer le client téléspectateur, il est bon ton de dénaturer Jésus et diluer Dieu. Sauf, si ce Dieu provient de soi grâce à une vaste palette de pratiques plus ou moins onéreuses offrant une connaissance bien plus coûteuse.

Dans la Bible, Dieu est central, seul acteur de la création du monde (Genèse 1) et Jésus est son fils né à son image : « le Verbe s’est fait chair » (Jean 1,14), et « Tu es mon fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré. » (Luc 3, 22) soulignant l’union hypostatique7 en Jésus : au croisement d’une nature humaine et divine à la fois. Il n’est pas question d’argent, ni de pratiques, mais de Parole de Dieu, de gratuité voire de don, et de foi.

Religiosité et ressenti versus Foi et Raison, Fides et Ratio

Vient ensuite la religiosité. Quand Nicodème a du mal à croire à l’avènement du Royaume de Dieu, et pose la question au personnage de Jésus, ce dernier lui répond “What does your heart say ? “ /

« Qu’en dit ton cœur ? » Le ressenti éclipse totalement l’acte de foi.

Suivre Jésus serait anecdotique là où sa réponse était cruciale : « En vérité, en vérité, je te le dis : à moins de naître de nouveau, nul ne peut voir le Royaume de Dieu. » (Jean 3 3-5) Le propos de la Bible est donc éclipsé et le mode opératoire est donné : choisir le ressenti du cœur au lieu de la foi. Voici le poncif éculé du ressenti afin de sacraliser, comme nous le verrons plus loin, le spiritisme.

Nous sommes ici dans la religiosité – à savoir un sentiment religieux dominé par la sensibilité, inspiré de la religion avec, comme vecteur de communication, une sacralité personnelle. Le ressenti éclipse la raison, le recul critique et balaye la doctrine. L’homme est spécial grâce à ses dons divers. Ce kit de la croyance fait fi de la foi solidement et uniquement ancrée dans la Parole de Dieu : « Or, sans la foi, il est impossible d’être agréable à Dieu, car celui qui s’approche de Dieu doit croire qu’il existe et qu’il récompense ceux qui le cherchent. » (Hb 11, 6).

Ainsi, la distanciation avec les Écritures se poursuit jusqu’à en prendre le contrepied en misant sur l’éradication du religieux et la raison. Tous les truchements du discours sont alors possibles. Le New Age promet un changement de civilisation. Ce que le leitmotiv du film reprend : « I was one way… and now I’m completely different. And the thing that happened in between was Him. » / J’existais de telle manière… et maintenant je suis autre. Et ce qui est arrivé entre, c’était Lui » Le personnage de Jésus dans la série est donc activateur de changement. Il transforme. Voyons comment…

Notes

1 Allie Beth Stuckey, Is ‘The Chosen’ Biblical? | Guest: Dallas Jenkins | Ep 726, [https://www.youtube.com/watch?v=D_kiMFgy9Sg&ab_channel=AllieBethStuckey]

2 Meta de choc, Ésotérisme : les gourous du New Age — Tronche en Live #69, [https://www.youtube.com/watch?v=LqpHmEYKryQ&ab_channel=M%C3%A9tadeChoc]

3 Miviludes, Qu’est qu’une dérive sectaire, [https://www.miviludes.interieur.gouv.fr/quest-ce-quune-d%C3%A9rive-sectaire/o%C3%B9-la-d%C3%A9celer/les-d%C3%A9rives-sectaires-dans-le-domaine-de-la-sant%C3%A9/quell]

4 The Chosen Youtube Channel. “The immense weight of playing Jesus” / L’immense fardeau qu’impose le rôle de Jésus, 2020. [https://www.youtube.com/watch?v=CZdB7H8ty8g&ab_channel=TheChosen]

5 Ces commentaires figurent sur la page d’atterrissage du site de l’acteur : https://www.jonathanroumie.com/

6 Centre Contre les Manipulations Mentales, section processus embrigadement. [https://www.ccmm.asso.fr/processus-dembrigadement/]

7Concept de la théologie chrétienne qui désigne l’union des deux natures, divine et humaine, en la personne de Jésus.

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