De la fusion à l’altérité (3)

Suite du premier article Médiumnité et bouddhisme tibétain (1) et du second, Libérée des rituels tantriques (2).

Depuis 14 mois j’ai quitté la secte bouddhiste et les choses sont allées très vite pour moi et j’en rends grâce à Dieu. Dans un premier temps, j’oscillais entre enthousiasme et joie d’accéder à une liberté toute nouvelle et renoncements à faire, accompagnés de tristesse à la limite de la dépression (renoncer aux pouvoirs occultes, à certaines relations sociales, à une partie de mon travail…).

Maintenant que les choses sont plus « posées », le rythme se ralentit. Je peux commencer à regarder et à voir ce qui m’est arrivé parce que je me sens moins dans cette urgence de devoir fuir pour sauver ma peau (ou plutôt mon âme). Alors dans cet espace nouveau qui est celui d’une relation plus confiante à Dieu, je découvre tout un pan qui était inexistant dans le cheminement « bouddhiste » : l’altérité, la rencontre et donc aussi la peur. Peur de l’autre, peur de l’inconnu de la relation avec Dieu.

Dans le bouddhisme New-Age que j’ai connu on cherchait la fusion dans ce grand tout (l’énergie universelle), on se dirigeait vers l’identique, le même. Il n’y avait pas de rencontre à faire, ni d’altérité. Ceci avait quelque chose de très angoissant (perte de notre identité, dissolution de l’ego) mais en même temps de sécurisant car c’était comme une sorte de régression (un retour en arrière sur un chemin perdu depuis longtemps mais connu bien qu’oublié). Aucune croissance spirituelle n’était donc possible, aucune ouverture vers l’autre, l’inconnu. Il fallait « involuer » pas évoluer.

Passer d’un monde au temps cyclique (celui de la réincarnation) à un temps linéaire orienté vers l’éternité. Et puis passer de cette perspective de fusion, de régression, à ce chemin d’ouverture vers la vie, l’autre, l’altérité et la rencontre. C’est vraiment passer d’un monde à un autre d’une façon totalement radicale.

Mais dans la relation à Dieu, je rencontre un autre. Différent de moi et à la fois proche par son humanité. Et là pour la première fois, j’ai vraiment peur. Je me rends compte qu’accorder sa confiance à Dieu c’est accepter de faire confiance à un autre et donc accepter d’aller sur un chemin inconnu, celui de la croissance et de la libération. Car se replier sur soi-même c’est une sorte de mort au fond. Eh bien, je me rends compte qu’avant, aller sur un chemin qui menait à la mort (sans que je ne le réalise) était moins effrayant pour moi qu’un chemin qui mène à la vie. Quel paradoxe ! Je découvre que j’ai peur de vivre parce que j’ai peur de cette relation à l’autre. Mon histoire et mes relations antérieures avec les autres humains n’aident évidemment pas à avoir confiance en l’autre… Mais je me rends compte que je réagis pareil avec le Seigneur (on est bien humain parfois dans notre relation avec lui…).

Dans mon chemin de délivrance, c’est un changement très important pour moi. Passer d’un monde au temps cyclique (celui de la réincarnation) à un temps linéaire orienté vers l’éternité. Et puis passer de cette perspective de fusion, de régression, à ce chemin d’ouverture vers la vie, l’autre, l’altérité et la rencontre. C’est vraiment passer d’un monde à un autre d’une façon totalement radicale. Cela me déstabilise beaucoup parce que tous les repères de la vie changent. Je ne sais pas si d’autres personnes que vous aidez vous ont fait part de ce changement et de l’impact que cela a sur la vie. Ce n’est pas juste la relation à Dieu qui change, ni même la fin de phénomènes paranormaux ou la perte de pouvoirs occultes… Une délivrance, c’est plus que ça. Je crois que ça vient du fait que ça fait vivre une conversion et que nécessairement tout est mis à l’envers. Psychologiquement cela est très éprouvant car on vit des choses tellement à l’inverse, tellement radicalement opposées que parfois ça fait vaciller. Il faut s’y retrouver. C’est un nouveau rapport au monde, aux autres, à soi-même et au sens de l’existence. Accepter ces nouveaux repères, ça prend en fait du temps.

Je me rends compte qu’une libération, ce n’est pas simplement « youpi tout est fini ! Je suis libre ! Tout n’est que joie et paix ! ».

Je me rends compte qu’une libération, ce n’est pas simplement « youpi tout est fini ! Je suis libre ! Tout n’est que joie et paix ! ». L’esprit humain est bien plus complexe que ça. Et puis il faut s’habituer à des nouvelles relations sociales, à un nouveau travail, à un sens de la vie différent… Un chemin de sainteté n’a rien à voir avec une recherche de fusion dans un grand tout.

Mais quand Dieu appelle et agit, je ne vois pas trop comment on pourrait se retrouver dans un entre-deux. Le jour de la prière de délivrance, j’ai vécu une expérience radicale. Ce fut réellement le passage d’un monde à un autre, des ténèbres à la lumière, et pour un humain ce n’est vraiment pas facile à vivre en fait, parce que ça bouscule tous les repères. Tout ce qu’on pensait maîtriser en en l’air, ce qu’on croyait juste est faux, ce qu’on pensait être lumière était ténèbres… Il faut aussi accepter de s’être fait avoir, encaisser la trahison, la manipulation par la secte… La délivrance dans mon cas a touché le corps, l’esprit et l’âme.

Je dirais donc que la libération c’est avant tout très radical, abrasif, corrosif surtout quand comme moi, on était bien engagé déjà dans une mauvaise voie. Ça n’est pas un « truc doux », soft, bisounours quoi. Enfin en tout cas pour moi. C’est un combat, une épreuve physique, mentale et spirituelle. C’est tout ce qu’on est en tant qu’être humain qui est délivré et donc concerné par le cheminement. Sur un plan humain c’est donc vraiment déstabilisant même si évidemment je ne regrette rien. C’est juste qu’à vivre c’est « hard », il faut bien l’avouer. La perte de tous ces repères antérieurs, même si je ne désire pas les retrouver me déprime parfois. Je me sens très vulnérable sur ce nouveau chemin avec le Seigneur.

les pouvoirs occultes quand on les exerce ou si un autre les exerce sur nous, ont un effet immédiat. La souffrance est soulagée plus vite (mais pas durablement et cela expose en fait à des effets secondaires bien pires mais à ce moment-là on l’ignore). Alors on devient addict et on les utilise sans retenue pour « aller bien », « se libérer de ci ou ça »

Dans le précédent, je me sentais plus assurée avec tous ces pouvoirs… L’orgueil… Ces pouvoirs d’ailleurs donnent une impression de liberté et de « marge de manœuvre plus grande » sur le monde, sur les autres et sur ses propres états d’âme. Mais c’est un leurre causé par la toute-puissance et l’orgueil qu’ils développent en nous. C’est un empoisonnement sournois alors qu’on pense que c’est un remède à la souffrance, aux difficultés… En effet les pouvoirs occultes quand on les exerce ou si un autre les exerce sur nous, ont un effet immédiat. La souffrance est soulagée plus vite (mais pas durablement et cela expose en fait à des effets secondaires bien pires mais à ce moment-là on l’ignore). Alors on devient addict et on les utilise sans retenue pour « aller bien », « se libérer de ci ou ça », « faire taire la moindre souffrance physique ou psychologique », « faire taire la peur »… On devient des pantins mais on se croit libre, on pense avancer sur le chemin spirituel… On se sent puissant alors qu’on est vulnérable et en danger. Mais ça, on ne le voit pas, on est aveugle et si on nous le dit à ce moment-là du processus, on n’écoute pas car on est sourd.

Dans mon cas l’emprise était double : Celle du gourou et celle des démons car la voie bouddhiste que j’ai prise était occulte… Mais je pensais sincèrement que ce chemin était un chemin vers la libération, la vie, la paix. J’y ai vraiment cru… Jusqu’à ce que le Lama me dise que l’amour était une construction et une illusion de l’esprit. C’était inconcevable pour moi. Il n’y avait donc pas d’altérité, je ne voulais pas de cette fusion. Là j’ai commencé à avoir peur et à douter. Puis j’ai eu envie d’aller voir un prêtre pour me confesser mais j’étais bouddhiste et j’ai eu peur d’être mal reçu, d’être jugée, qu’on me pose trop de questions… J’avais honte… De plus je ne pouvais déjà plus mettre un pied dans une église… Je me sentais tiraillé entre le chemin occulte et l’Église… Mon mari se souvient très bien de ce moment, car je lui en avais parlé et j’étais vraiment mal…

2 réflexions sur « De la fusion à l’altérité (3) »

  1. Merci pour votre témoignage, merci à toute l’équipe pour ce site. Je m’appelle Julien Seigneuret, j’ai 32 ans et j’ai reçu le sacrement du baptême il y a quatre ans. Merci Seigneur Jésus, Merci très Sainte Vierge Marie, merci mon Dieu. C’est Toi qui me cherche, mon coeur en est chaque jour bouleversé. Aide moi à te chercher mon Dieu, car aujourd’hui je t’aime et je veux t’écouter.

    J’aimerais témoigner à mon tour. Je veux participer à la réponse de Dieu, face aux tromperies du diable. Voici comment il y a cinq ans au monastère de la Sainte Baume, en compagnie d’un frère Dominicain, Dieu a saisi ma personne. Et j’ai compris dans tout mon être, « Tout va bien mon enfant, tu es rentré à la maison maintenant ».
    Depuis ce moment, j’ai eu soif de connaître le Christ, qui il était… Je pratiquais alors le bouddhisme tibétain, et je me souviens qu’en rentrant chez moi, bouleversé, le lendemain je me suis assis pour pratiquer mes méditations quotidiennes. Comme un voile que se retire, je me suis vu, différemment. et je me suis dit, mais qu’est ce que je suis en train de faire? Ca ne sert à rien. C’était vide. Ca n’avait aucun sens et surtout j’ai senti que j’étais seul! Parce que Dieu a répondu à mes cris, j’ai fait l’expérience de sa Présence le jour d’avant. Chez moi, assis, prêt à méditer j’ai fait ensuite l’expérience de la solitude. Alors je suis retourné à la Sainte Baume voir le frère…. mon âme assoiffée s’est mise à chercher la Présence de son Dieu. Mais il y a eu un avant, et un après. Et il y a le aujourd’hui. S’il est possible, j’aimerais témoigner de l’avant, de l’après et d’aujourd’hui.

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