Tantrisme et altérité

Témoignage d’une personne qui a souhaité partager son cheminement (4/4) pour aider d’autres personnes, tout en restant anonyme.

Lorsque j’étais dans la secte bouddhiste et initiée aux pratiques tantriques, on nous servait un discours « New âge » auquel nous adhérions sans trop nous poser de questions. Ce discours était plus acceptable pour nous les Occidentaux, et a été à la base de la manipulation dont j’ai été victime, puisqu’il permettait la dissimulation de la nature exacte des rituels.

La nature cachée des divinités invoquées

À savoir qu’il n’y avait pas dans cette voie du bouddhisme, de divinités au sens d’une altérité d’une nature surnaturelle et autre que celle de nous autres, les humains. Les « divinités » qu’on invoquait lors des rituels étaient présentées comme étant de simples « représentations », « des supports imagés » des qualités que nous devions développer en nous (sous-entendu sans nous lier à quoi que ce soit d’extérieur à nous-même).

L’aspect « rationnel » de cette présentation était mis en avant régulièrement : ces rituels permettaient de développer tous ces pouvoirs et capacités cachées qui font que nous n’utilisons pas l’intégralité des potentialités de notre esprit… Rien d’ésotérique, de magique ou de cette nature-là. C’était « rationnel ».

Quand on ne nous servait pas que cela était un moyen d’atteindre l’Éveil et donc de « revenir à cet état plus pur » et plus « connecté » avec sa nature profonde et la nature en général que l’homme, perverti par le progrès, la culture occidentale et la technique aurait perdu. Involuer, se « recroqueviller », « se défaire de tous ces voiles » qui nous cachent cette mystérieuse « nature de l’esprit » dont on nous parlait sans cesse. La fameuse vacuité…

Une libération donc à la fois spirituelle mais aussi culturelle et quelque part presque une libération de cette nature impure d’être humain infecte que nous étions devenus

Il s’agissait de retrouver « l’élite pure des origines » (je rappelle que j’étais dans une secte dont l’élitisme a fait partie de l’emprise) et cela justifiait le caractère secret des initiations ne devant se produire qu’entre maître et disciple, dûment éprouvées à travers une série de « mises » à l’épreuve, orchestrées par le maître seul.

Cet « enseignement secret » n’était pas présenté comme « accessible à tous » mais seulement au disciple (différent des autres) qui aurait été éprouvé suffisamment par son maître et « jugé digne » de le recevoir. Il y avait donc des « conditions » à cette libération, présentée comme étant possible en une seule vie (sortie du cycle des réincarnations) et bien plus rapide que les autres voies bouddhistes.

Quand j’ai soulevé tous ces points, le maître m’a ordonné de me taire, de ne rien dire d’autre que « la version » que je viens de développer, sous prétexte que les Occidentaux ne comprendraient pas de quoi il s’agit (trop coupés des origines, ils ne sont plus en mesure d’entendre la vérité, c’est pourquoi le Maître, seul être éclairé, les y conduira ; et d’aveugles ils deviendront voyants, d’aliénés, ils deviendront libres)…

Sous prétexte surtout de ne pas ralentir, voire de freiner le nombre d’adhésions des personnes à ce groupe, donc de faire chuter les revenus financiers du Lama (rien n’était gratuit) et sa volonté grandiose de prosélytisme en Occident (il aurait été envoyé en Occident par son propre maître pour y dispenser les enseignements et les libérer…)… Un grand délire mégalomaniaque auquel ne seront associés que les disciples les plus confiants dans le maître (et ceux qui donnent le plus d’argent…) et les plus aguerris qui après avoir enduré les épreuves seront initiés aux rituels les plus secrets (ceux sur lesquels il a le plus d’emprise)… Mais à l’époque, je ne comprenais pas encore tout cela…

Pour en revenir à l’altérité dans ces rituels, il y avait un grand mensonge vis-à-vis de la nature exacte de ces divinités. Pour moi, ces rituels, encore très imprégnés d’anciennes traditions chamaniques himalayennes et donc ayant une dimension ésotérique incontestable, nous mettaient en lien avec des « êtres extérieurs à nous-même » qu’il s’agissait d’invoquer longuement durant les rituels (mantras, invocations et visualisations), avant de les visualiser siégeant au-dessus de notre tête ou dans notre cœur, puis de les « incorporer » à savoir de les faire entrer en soi et de les laisser se dissoudre en soi (accès à la vacuité).

Il y avait donc bien une altérité au départ de ce rituel, au sens d’une mise en relation avec des êtres d’une autre nature que nous-même, dont le but caché était qu’ils nous « habitent ». Les « pouvoirs » qu’on développait ensuite (médiumnité, télépathie, pouvoir de guérison…) n’étaient pas dus comme on nous le disait « au développement de nos capacités jusque-là endormies en nous-même » mais bien à l’expression de la « prise de pouvoir de ces êtres » sur l’être profond de l’initié. Loin de mener à un chemin de libération, cela confine peu à peu à l’aliénation.

Leur impact sur l’identité de l’initié

Il est intéressant de noter que dans l’histoire de cette branche du bouddhisme, beaucoup de ces « divinités » sont décrites dans les textes comme étant des démons sanguinaires et guerriers que de grands maîtres auraient convertis au bouddhisme… De démons ils deviennent donc « angéliques et bons », capables de nous mener sur le chemin de l’Éveil… Ils sont présentés comme des alliés que « certains humains réalisés » (les grands maîtres en question) auraient donc « domptés » pour le bien de la lignée spirituelle et de l’ensemble des initiés qui recevront « leurs pouvoirs ». Le Mal devient le bien avec une facilité déconcertante par l’intermédiaire d’humains divinisés, devenus des Bouddhas…

Il est à noter également que ces « divinités » sont le plus souvent représentées en union sexuelle, censée représenter la fusion du masculin et du féminin. Pour ma part cela n’a pas été sans conséquences sur ma propre identité sexuelle. En effet en plus du fait d’avoir peu à peu totalement déséquilibré ma sexualité, cela a fini par atteindre mon identité sexuelle. J’en étais venue à douter de mon identité sexuelle féminine et à vouloir changer de sexe pour devenir un homme. Puis ne sachant plus très bien, je me sentais à la fois homme et femme, désirant posséder les deux sexes… Désirant également les hommes, autant que les femmes… Cette perturbation profonde de l’appréhension de mon identité sexuelle m’a plongée dans une détresse terrible, d’autant plus que je n’avais jamais eu ce genre de questionnement.//

Les psychologues que j’ai alors consultés n’ont trouvé aucune psychopathologie, mais également aucune explication à ces questionnements et déséquilibres soudains… Si je n’ai jamais « cédé » à ces tentations absolument terribles et débridées qui m’ordonnaient « de jouir autant des hommes que des femmes dans une absence de limite totale », cela m’a fait beaucoup de mal. Dans le groupe sectaire, les autres y voyaient juste « la libération de pulsions profondes », bridées jusqu’à présent par la morale, l’éducation ou encore la société… Ils y voyaient du positif et du « libérateur » là où je subissais et me sentais « dépossédée de moi-même »… Tout pris fin lors des prières de délivrance. Ce fut ensuite comme si tout cela n’avait jamais existé…

Il n’est pas anodin d’invoquer ces divinités et donc cette altérité, de la faire entrer en soi pour qu’elle s’y loge, pour qu’elle en fasse « sa maison ». On voit bien que ce sont des reliquats de chamanisme primitif. Maintenant que je comprends mon vécu, je me dis que j’ai accepté, par ignorance et manipulation mentale, d’être « parasitée », habitée par des esprits dont au final on ne sait rien, si ce n’est que ce sont des démons…

Si ce n’est aussi qu’ils sont comme des parasites et qu’ils distillent peu à peu leur poison de mort en nous. Ils fusionnent si bien (et si discrètement) avec notre être qu’il est difficile pendant longtemps de faire le rapprochement entre les transformations que l’on vit

  • dans son corps (perceptions sensorielles différentes : médiumnité),
  • dans son esprit (pensées parasites, mauvaises, dépravées qui semblent étrangères à soi et s’imposent)…

et les initiations.

J’ai l’impression que « pour opérer en toute discrétion », ils injectent leur venin qui paralyse l’esprit critique, le recul et la capacité à se déterminer soi-même. Leur piqûre gonfle tant l’ego devenu aveugle qu’elle est acceptée sans aucun problème. Elle fait presque du bien… Et elle injecte le mal…

Il va sans dire aussi que le développement des pouvoirs, flatte l’ego dans un premier temps. D’autant plus que le maître, fier de son disciple, l’encourage dans ce chemin en lui présentant cela comme les « preuves objectives » qu’il récolte, les fruits de la libération (je vous passe les récits qu’on a pu me raconter sur de grands maîtres ayant atteint l’Éveil et qui avaient développé de tels pouvoirs voir des pouvoirs encore plus puissants)…

Et l’initié, le disciple, le voilà qui « régresse et revient » à cet état où « toutes ses facultés » même les « plus intuitives » comme la médiumnité ou les capacités de guérison se manifestent. Le disciple, confiant pense être sur la bonne voie… En fait il est lié aux esprits et déjà bien pourri par l’orgueil… Il est mentalement aliéné à son maître et spirituellement aliéné aux esprits.

Si on ajoute à cela la consommation des substances maléficiées données par le maître lors des rituels et le port d’objets chargés également, l’emprise est totale et sur tous les plans :

  • physique (par les sens et les perceptions),
  • psychologique et émotionnel
  • et spirituel.

Le passeport parfait pour l’enfer qui a des apparences de passeport rapide pour le Paradis… Des faux papiers en somme sur lesquels ne sont même plus indiqués notre nom (on reçoit un nom lors de l’entrée dans la voie par lequel on sera ensuite exclusivement nommé ; le nom de baptême qui était le mien, n’existait plus…) et notre identité, perdus au fur et à mesure des rituels…

De la fusion à l’altérité

Témoignage d'une personne qui a souhaité partager son cheminement (3/4) pour aider d'autres personnes, tout en restant anonyme.

Depuis 14 mois j’ai quitté la secte bouddhiste et les choses sont allées très vite pour moi et j’en rends grâce à Dieu. Dans un premier temps, j’oscillais entre enthousiasme et joie d’accéder à une liberté toute nouvelle et renoncements à faire, accompagnés de tristesse à la limite de la dépression (renoncer aux pouvoirs occultes, à certaines relations sociales, à une partie de mon travail…).

Maintenant que les choses sont plus « posées », le rythme se ralentit. Je peux commencer à regarder et à voir ce qui m’est arrivée parce que je me sens moins dans cette urgence de devoir fuir pour sauver ma peau (ou plutôt mon âme). Alors dans cet espace nouveau qui est celui d’une relation plus confiante à Dieu, je découvre tout un pan qui « Était inexistant dans le cheminement « bouddhiste » : L’altérité, la rencontre et donc aussi la peur. Peur de l’autre, peur de l’inconnu de la relation avec Dieu.

Dans le bouddhisme New-Âge que j’ai connu on cherchait la fusion dans ce grand tout (l’énergie universelle), on se dirigeait vers l’identique, le même. Il n’y avait pas de rencontre à faire, ni d’altérité. Ceci avait quelque chose de très angoissant (perte de notre identité, dissolution de l’ego) mais en même temps de sécurisant car c’était comme une sorte de régression (un retour en arrière sur un chemin perdu depuis longtemps mais connu bien qu’oublié). Aucune croissance spirituelle n’était donc possible, aucune ouverture vers l’autre, l’inconnu. Il fallait « involuer » pas évoluer.

 Mais dans la relation à Dieu, je rencontre un autre. Différent de moi et à la fois proche par son humanité. Et là pour la première fois, j’ai vraiment peur. Je me rends compte qu’accorder sa confiance à Dieu c’est accepter de faire confiance à un autre et donc accepter d’aller sur un chemin inconnu, celui de la croissance et de la libération. Car se replier sur soi-même c’est une sorte de mort au fond. Et bien je me rends compte qu’avant, aller sur un chemin qui menait à la mort (sans que je ne le réalise) était moins effrayant pour moi qu’un chemin qui mène à la vie. Quel paradoxe ! Je découvre que j’ai peur de vivre parce que j’ai peur de cette relation à l’autre. Mon histoire et mes relations antérieures avec les autres humains n’aident évidemment pas à avoir confiance en l’autre…. Mais je me rends compte que je réagis pareil avec le Seigneur (on est bien humain parfois dans notre relation avec lui…).

 Dans mon chemin de délivrance, c’est un changement très important pour moi. Passer d’un monde au temps cyclique (celui de la réincarnation) à un temps éternel. Et puis passer de cette perspective de fusion, de régression, à ce chemin d’ouverture vers la vie, l’autre, l’altérité et la rencontre. C’est vraiment passer d’un monde à un autre d’une façon totalement radicale. Cela me déstabilise beaucoup parce que tous les repères de la vie changent. Je ne sais pas si d’autres personnes que vous aidez vous ont fait part de ce changement et de l’impact que cela a sur la vie. Ce n’est pas juste la relation à Dieu qui change, ni même la fin de phénomènes paranormaux ou la perte de pouvoirs occultes…. Une délivrance c’est plus que ça. Je crois que ça vient du fait que ça fait vivre une conversion et que nécessairement tout est mis à l’envers. Psychologiquement cela est très éprouvant car on vit des choses tellement à l’inverse, tellement radicalement opposées que parfois ça fait vaciller. Il faut s’y retrouver. C’est un nouveau rapport au monde, aux autres, à soi-même et au sens de l’existence. Accepter ces nouveaux repères, ça prend en fait du temps.

Je me rends compte qu’une libération, ce n’est pas simplement « youpi tout est fini ! Je suis libre ! Tout n’est que joie et paix ! ». L’esprit humain est bien plus complexe que ça. Et puis il faut s’habituer à des nouvelles relations sociales, à un nouveau travail, à un sens de la vie différent…. Un chemin de sainteté n’a rien à voir avec une recherche de fusion dans un grand tout.

Mais quand Dieu appelle et agit, je ne vois pas trop comment on pourrait se retrouver dans un entre deux. Le jour de la prière de délivrance, j’ai vécu une expérience radicale. Ce fut réellement le passage d’un monde à un autre, des ténèbres à la lumière et pour un humain c’est vraiment pas facile à vivre en fait parce que ça bouscule tous les repères. Tout ce qu’on pensait maîtriser en en l’air, ce qu’on croyait juste est faux, ce qu’on pensait être lumière était ténèbres …. Il faut aussi accepter de s’être fait avoir, encaisser la trahison, la manipulation par la secte …. La délivrance dans mon cas a touché le corps, l’esprit et l’âme.

 Je dirais donc que la libération c’est avant tout très radical, abrasif, corrosif surtout quand comme moi, on était bien engagé déjà dans une mauvaise voie. Ça n’est pas un « truc doux », soft, bisounours quoi. Enfin en tout cas pour moi. C’est un combat, une épreuve physique, mentale et spirituelle. C’est tout ce qu’on est en tant qu’être humain qui est délivré et donc concerné par le cheminement. Sur un plan humain c’est donc vraiment déstabilisant même si évidemment je ne regrette rien. C’est juste qu’à vivre c’est « hard », il faut bien l’avouer. La perte de tous ces repères antérieurs, même si je ne désire pas les retrouver me déprime parfois. Je me sens très vulnérable sur ce nouveau chemin avec le Seigneur. Dans le précédent, je me sentais plus assurée avec tous ces pouvoirs … L’orgueil … Ces pouvoirs d’ailleurs donnent une impression de liberté et de « marge de manœuvre plus grande » sur le monde, sur les autres et sur ces propres états d’âme. Mais c’est un leurre causé par la toute puissance et l’orgueil qu’ils développent en nous. C’est un empoisonnement sournois alors qu’on pense que c’est un remède à la souffrance, aux difficultés…. En effet les pouvoirs occultes quand on les exerce ou si un autre les exerce sur nous, ont un effet immédiat. La souffrance est soulagée plus vite (mais pas durablement et cela expose en fait à des effets secondaires bien pires mais à ce moment-là on l’ignore). Alors on devient addict et on les utile sans retenue pour « aller bien », « se libérer de ci ou ça », » faire taire la moindre souffrance physique ou psychologique », « faire taire la peur « … On devient des pantins mais on se croit libre, on pense avancer sur le chemin spirituel …. On se sent puissant alors qu’on est vulnérable et en danger. Mais ça on ne le voit pas, on est aveugle et si on nous le dit à ce moment-là du processus, on n’écoute pas car on est sourd.

Dans mon cas l’emprise était double : celle du gourou et celle des démons car la voie bouddhiste que j’ai prise était occulte… Mais je pensais sincèrement que ce chemin était un chemin vers la libération, la vie, la paix. J’y ai vraiment cru … Jusqu’à ce que le Lama me dise que l’amour était une construction et une illusion de l’esprit. C’était inconcevable pour moi. Il n’y avait donc pas d’altérité, je ne voulais pas de cette fusion. Là j’ai commencé à avoir peur et à douter. Puis j’ai eu envie d’aller voir un prêtre pour me confesser mais j’étais bouddhiste et j’ai eu peur d’être mal reçu, d’être jugée, qu’on me pose trop de questions…. J’avais honte… De plus je ne pouvais déjà plus mettre un pied dans un église…. Je me sentais tiraillé entre le chemin occulte et l’église… Mon mari se souvient très bien de ce moment car je lui en avais parlé et j’étais vraiment mal.