Magie et prière

La seule prière des chrétiens

Elle est enseignée par Jésus,
transmise par les évangiles,
et utilisée dans la liturgie.

 Notre Père, qui es aux cieux,
 que ton Nom soit sanctifié,
 que ton Règne vienne,
 que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
 Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour,
 Pardonne-nous nos offenses,
 comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé,
 Et ne nous soumets pas à la tentation,
 mais délivre-nous du Mal.

Elle n’est pas « secrète »,
il l’a enseignée publiquement,
elle contient tout ce que nous avons à demander.

Elle s’adresse à Dieu-Père,
avec un coeur d’enfant;
et nous lui disons humblement :
que TA volonté soit faite…

Alors, pensez-vous que ceci soit une prière ?

Reprenons la petite ritournelle pour « couper le feu ». Elle s’adresse au feu, le commande, le « conjure » au nom de Judas, et en faisant allusion à Jésus…

« Feu, feu, feu,
je te conjure de perdre ta chaleur,
comme Judas perdit sa couleur
en trahissant Notre Seigneur».

Ce n’est pas une prière.

Ça ne s’adresse pas à Dieu.

Et comment se fait-il qu’elle produise un effet quasi instantané pour supprimer la douleur liée à la brûlure ? Quel est son secret ? Une action magique ?

Serait-ce une bonne magie réservée à certains qui ont reçu « le don » ?

Beaucoup de gens disent cela, pour se tirer d’affaire :
« Il y a une bonne magie et une mauvaise magie »

Sous-entendu : il y a une magie pour faire du bien, et une autre pour faire du mal.

Et aussi : ne vous posez pas trop de questions, ces gens font de la bonne magie, puisqu’ils soulagent des souffrances et guérissent des maladies. Donc c’est bien.

En d’autres termes : qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse !
C’est une erreur grave. Il n’y a pas de bonne magie.

Qu’est-ce donc que la magie ?

Dans le vieux fonds commun à toutes les civilisations traditionnelles, la « nature » est perçue comme un grand tout, où les esprits invisibles sont mêlés aux manifestations sensibles de la vie.

Avant même l’émergence des grandes religions traditionnelles, l’homme va se situer de deux façons différentes par rapport à ces réalités invisibles :

– soit il leur rend un culte de respect et d’adoration, tout en cherchant à se les concilier par des prières, des offrandes et des sacrifices : c’est la religion païenne;

– soit il s’efforce de mettre la main sur ces forces mystérieuses afin de les manipuler selon ses besoins et ses désirs : ce sont les rituels de la magie.

Même avec l’émergence des grandes religions monothéistes, ces attitudes n’ont jamais vraiment disparu.

En ce XXIè siècle, la magie est toujours présente. Pas seulement comme « mentalité magique ». Mais comme vraie magie.

Dans notre monde pluriel, multiculturel, la pensée et l’action magiques sont vécues de plus en plus ouvertement.

Rendre un culte aux forces de la nature ou apprendre à manipuler les énergies, ce sont des postures devenues banales, du moment que « ça marche »…

Le caméléon

On sait que la magie se décline à travers des couleurs : noire, blanche, rose ou rouge, verte… Mais au-delà de ces catégories, je voudrais faire la distinction entre :

* La magie MANIFESTÉE ouvertement

– Elle consiste à invoquer ouvertement Satan, ou des démons, ou « des esprits  » par des « rites ou rituels»

– afin d’obtenir pour soi ou pour d’autres : le succès, la réussite, la santé, l’argent;

– et souvent pour faire du mal à d’autres, pour leur nuire.

J’appelle cette magie manifestée parce qu’on y fait ouvertement
des rituels de magie blanche (même si on l’ignore),
et/ou de la magie noire (car là, on le sait très bien)

* La magie CAMOUFLÉE, version religieuse

– Elle consiste à invoquer Dieu, la Trinité, la Vierge Marie, les Saints (vrais ou faux)

– en prétendant mettre la main sur la puissance divine à notre profit.

– en employant des « formules » qui recherchent la guérison, la préservation des difficultés, la puissance, la réussite …

– pour se faire du bien, se protéger, et très souvent pour soulager les autres.

J’appelle cette magie camouflée parce qu’elle est revêtue de beaux atours religieux et bienfaiteurs… Si bien qu’on croit être dans la religion, alors qu’on est toujours dans la magie. Comme le caméléon, elle a su s’adapter !

L’éléphant

La frontière entre les deux peut devenir très floue… Et le caméléon se transforme en éléphant, comme la grenouille des fables de La Fontaine, qui voulait se faire aussi grosse que le boeuf…

CAR IL N’Y A QU’UNE SEULE MAGIE, sous deux formes :

– ouvertement magique, en faisant appel aux esprits et/ou au démon, la magie noire;

– ou masquée sous des habits religieux et charitables, la magie blanche.

Dans la magie noire, on s’adresse à Satan, au diable et aux démons…

Dans le cas de la magie blanche, on semble s’adresser à Dieu par l’intermédiaire des saints ou de prières (qui sont souvent des formules).

Là se trouve la TROMPERIE et le PIÈGE dans lequel tombent la plupart des gens.

En fait, le rite de magie blanche aboutit aussi au démon, car on ne met jamais la main sur Dieu.

Les super pouvoirs de la magie

La prière chrétienne La magie camouflée La magie manifestée
S’adresse à Jésus, au Père, à l’Esprit Saint Invoque des saints, vrais ou faux (Judas) Appelle Satan, les démons, les esprits
Implore et accueille, demande (humilité) Prend, s’approprie, conjure, commande (orgueil), formules, énergétique Rituels appropriés channeling, pactes
Le résultat est soumis à la volonté de Dieu. Que ta volonté soit faite Le résultat est automatique et immédiat. Que ma volonté soit faite Obtient des choses extraordinaires ou accomplit des maléfices puissants
Dieu répond sur la terre ou au ciel, à sa façon, souvent autrement que notre demande, souvent aussi longtemps après Le démon répond sur la terre, tout de suite, selon notre demande, mais il a un pied dans la maison, et il va le faire savoir Le démon répond sur la terre, avec puissance, pour mieux nous enfermer éternellement,  à cause du pacte

Mettre la main la puissance divine est une illusion dangereuse

Dans la magie, en asservissant des forces occultes
(c’est-à-dire cachées, et dont on ignore la provenance),

* on cherche à FORCER le cours des événements,

* à avoir une influence, un POUVOIR sur les autres à son propre avantage ou à l’avantage des personnes demandeuses.

Rien à voir avec la prière !

Celui qui va répondre à mon rituel ou à mon engagement occulte risque bien d’être… le démon.

En tout cas, ce n’est pas Jésus.

Il a dû déjouer certaines attitudes magiques suggérées par le démon; par exemple lors de son jeûne au désert, changer les pierres en pain

ou encore suggérées par les personnes autour de lui, par exemple après la multiplication des pains :

«  A la vue du signe qu’il venait de faire, les gens disaient: « C’est vraiment lui le prophète qui doit venir dans le monde. » Alors Jésus, se rendant compte qu’ils allaient venir s’emparer de lui pour le faire roi, s’enfuit à nouveau dans la montagne, tout seul. » (Jn 6,11-15)

De sa naissance dans une étable jusqu’à sa mort en croix, Jésus témoigne d’un esprit de pauvreté et de service qui lui fait fuir toutes les situations de pouvoir et d’emprise, qu’il a toujours considérées comme des tentations diaboliques.

Il a vécu le super-pouvoir de l’Amour désarmé …

Plutôt magique ou plutôt religieux ?

Quand j’ai besoin de la pluie, je peux m’adresser à Dieu par une prière. De toute façon, Dieu répondra comme il le voudra.

Supposons qu’il ne me donne pas la pluie. J’ai vraiment un comportement religieux si je demeure ferme dans ma foi en lui, et en paix devant sa libre décision.

Au contraire, quand j’ai besoin de la pluie, si je suis convaincu qu’il me suffit de réciter une formule pour obliger Dieu – ou bien une divinité, un esprit, voire le diable – à faire pleuvoir, je suis alors en plein comportement superstitieux et magique.

Une personne a un comportement religieux :

+ quand elle croit en Dieu, l’adore, le loue, le bénit, le remercie,
+ lui demande pardon de ses péchés en les confessant,
+ compte sur lui en lui remettant sa vie sans conditions;
+ et s’abandonne à son amour avec une confiance totale.

Et, quand elle le prie, elle n’a jamais l’idée de le forcer par cette prière, ou de le plier à sa propre volonté, mais seulement d’obtenir la grâce nécessaire pour s’ajuster elle-même à ce que lui veut.

En revanche, un comportement magique se traduit par :

– le recours à des formules déterminées : des rites, des gestes, des philtres, des amulettes ou des talismans,
– afin de se protéger du malheur et d’attirer la chance
– ou d’acquérir un pouvoir et une maîtrise extraordinaires sur la réalité.

Jésus nous a prévenus : des gens peuvent sembler faire des miracles, mais, en fait, commettent le mal.

« CE N’EST PAS EN ME DISANT : « SEIGNEUR, SEIGNEUR », QU’ON ENTRERA DANS LE ROYAUME DES CIEUX, MAIS C’EST EN FAISANT LA VOLONTÉ DE MON PÈRE QUI EST DANS LES CIEUX.

BEAUCOUP ME DIRONT EN CE JOUR-LÀ : « SEIGNEUR, SEIGNEUR, N’EST-CE PAS EN TON NOM QUE NOUS AVONS PROPHÉTISÉ ? EN TON NOM QUE NOUS AVONS CHASSÉ LES DÉMONS ? EN TON NOM QUE NOUS AVONS FAIT BIEN DES MIRACLES ? »

ALORS JE LEUR DIRAI EN FACE : « JAMAIS JE NE VOUS AI CONNUS ; ÉCARTEZ-VOUS DE MOI VOUS QUI COMMETTEZ LE MAL. »
(Mt 7, 21-23).

C’est très frappant de trouver dans ce passage de l’évangile, dans la bouche de Jésus, la juxtaposition entre le mot miracle et le mot commettre le mal… On en perd le nord ! Si c’est Jésus qui nous embrouille maintenant…

À moins qu’il veuille nous dire simplement que le Mal est capable de se déguiser en Bien pour mieux nous attraper…

Comme le caméléon qui s’adapte à son milieu pour mieux arriver à attraper sa proie.

Le funambule

Rester dans l’équilibre de la prière, comme le funambule sur son fil… Ne pas basculer dans le vide de la magie, car quelqu’un est tapi qui nous y attend… Apprendre à distinguer le vrai du faux.

* Faux : les recueils de prières où chaque « prière » correspond à la demande de guérison d’une maladie précise… La prière devient alors comme une « recette », un remède qui doit prouver son efficacité. Vous trouverez sous ce lien un exemple; je ne donne que la table des matières et l’index.

* Faux : les amicales pressions sur Dieu, en jouant sur la crédulité des gens avec un zeste de superstition. Voyez par exemple :

cette prière typographiée en forme de croix

cette « prière de sainte Thérèse » reçue par mail sous forme de chaîne de prière

copie de la lettre écrite par la bienheureuse Vierge dans la cité de Messine au temps de St Paul prêchant l’Évangile…

* Vrai : essayer de s’y retrouver. Il y a un tel méli-mélo aujourd’hui, beaucoup sont désorientés. Voyez ce long questionnement d’une personne qui cherche sincèrement la lumière par rapport à toutes ces prières qui semblent chrétiennes, mais qui sont rédigées dans un esprit magique, ou qui sont carrément des formules magiques.

* Le champion toutes catégories des recueils de prières chrétiennes devenues invocations magiques est un certain Abbé Julio. Il aura droit à un livret pour lui tout seul !

Ne pas basculer dans le vide de la magie, car quelqu’un y est tapi qui nous attend…

Une offre surnaturelle ?

Des personnes croient recevoir de leurs proches une « prière ». Ils ne se sont pas aperçu, par manque de formation, qu’il s’agit d’une formule magique.

> Entre charlatans et magiciens. « Quand je soigne sur photo, je fais des prières. Tous les jours, je prie pour mes patients. » Ce mélange des genres déconcerte. Il préoccupe également la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires

> Avant sa mort, elle m’a appris une prière. Je la dis dans ma tête et cela semble stopper les brûlures…  LIRE LA SUITE…

> Au culot : « Je trouve dommage que les guérisseurs comme moi et d’autres ne fonctionnent pas encore avec les membres du clergé! » m’écrit cette personne… LIRE LA SUITE...

Il n’y a pas de magie compatible avec le baptême chrétien

Le Catéchisme de l’Église Catholique dit (n° 2115-2118) : « Toutes les pratiques de magie ou de sorcellerie, par lesquelles on prétend domestiquer les puissances occultes pour les mettre à son service et obtenir un pouvoir surnaturel sur le prochain - fût-ce pour lui procurer la santé, sont gravement contraires à la vertu de religion. »

« La démarche magique est le contraire de la saine guidance spirituelle et de la conversion à Dieu dans laquelle l’homme trouve la confiance en ses ressources et en la vie.

La démarche magique est aussi le contraire de la prière, dans laquelle l’homme s’abandonne à une puissance d’amour et de paix, et s’en remet à la volonté du Dieu d’Amour.

La magie fonctionne comme une recette, comme un catalogue de vente par correspondance: on passe sa commande pour obtenir avec acharnement tout ce qu’on veut.

Dans la prière, on attend d’être exaucé, en rendant grâce, si notre demande va dans le sens de l’amour et du bien que Dieu veut pour nous.

Par la magie par exemple, des gens demandent la défaite, la ruine ou la mort de leurs ennemis, alors que, dans la prière, Dieu n’exaucera jamais une telle demande, contraire à l’amour, qui rejette le pardon et la miséricorde.

La pensée magique veut commander à autrui, à la vie et même à la mort. La prière est un lâcher-prise de l’homme qui s’en remet à la volonté de Dieu la Père qui promet le bonheur de chacun. »

(Jean PLlYA, Le combat spirituel, « Résistez au diable et vous serez libres», Éd. Saint Paul, 2014, p. 48)

Comment ne pas s’inquiéter de la diffusion d’une culture magique en direction des jeunes générations ? Ce formatage s’annonce délétère pour l’avenir.

Si vous souhaitez lire une réflexion plus élaborée, je vous invite à lire une lettre pastorale des évêques de Toscane, de 1994, intitulée Magie et démonologie.

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