Abus spirituels dans l’Église

Voici un livre qui tombe à point, j’allais presque dire un livre en avance sur son temps. Dans la purification que vit l’Église aujourd’hui, il devient indispensable de regarder de près le « fonctionnement » de l’autorité côté ecclésial. Car les abus sexuels ne sont que la manifestation d’une emprise plus subtile qui est celle de l’abus spirituel.

Il faut lire et travailler ce livre. Je vous propose de regarder la table des matières.

Présentation des auteurs sur le site de l’Éditeur.

Voici la CONCLUSION du livre :

Des personnes sont victimes d’abus de pouvoir spirituel et de dérives sectaires dans l’Église. Les mécanismes pernicieux de démolition des sujets ont été évoqués par celles qui ont retrouvé la parole, au cours d’un long chemin de reconstruction.

Des individus isolés ou des fondateurs de communautés religieuses ont mené des vies dissolues, ont été des menteurs éhontés, des prédateurs sexuels ou des tyrans: cette réalité reste encore difficilement admissible pour beaucoup. Le panorama est sombre. Des groupes catholiques se fourvoient encore dans l’autosuffisance, l’autosatisfaction et l’auto-référencement. Le message chrétien est détourné au profit de maisons sans fondement qui croient avoir inventé la poudre et où l’autre n’existe plus.

Au nom de Dieu, la route qui peut y conduire est donc barrée. Pour reprendre un mot du pape François, c’est « la zizanie ». De fait, le dévoiement des uns entraîne la déroute complète des autres. Pourtant, des vulnérabilités et des pathologies sont connues, des processus menant à des déviances sont connus, la confusion des pouvoirs tout autant. Pour cause d’ignorance, de naïveté ou de mépris des réalités humaines, la prise en compte de victimes d’abus dans l’Église y reste insuffisante et parfois navrante. Pour beaucoup, les motifs d’espérer dans un aggiornamento de l’Église s’amenuisent ou disparaissent. Échanges en privé ou visites canoniques aux résultats non clairement divulgués ne servent pas forcément à écarter des personnalités difficiles, des responsables dangereux ou des faux-prophètes. Ni même à réformer, voire à rayer de la carte ecclésiale des instituts.

Ouvrir les yeux et déplacer son regard avec réalisme et sans cléricalisme conduit à se poser des questions: qui peut être désormais pris au sérieux en interne pour accompagner des changements nécessaires? Ou pour assurer de la prévention des abus? Mais aussi, eu égard à l’ampleur de la crise, qui doit être démis et qui doit partir? Ceux et celles qui se sont sentis très mal, des victimes, ou plutôt des responsables?

« Pécheurs » pardonnés trop vite, victimes écoutées trop lentement: alors, qui va enfin pouvoir dire que tout n’est pas pourri dans l’Eglise catholique? Accueillir le fait qu’il existe des tordus partout, améliorer certaines règles dans l’Église pour arrêter l’hémorragie sans pour autant chercher à faire du nombre, exercer sa vigilance à déconstruire sa naïveté, faire fi de ses résistances culturelles et cultuelles pour agir dans un souci de justice vis-à-vis de ceux et celles qui, courageux, ont levé le voile sur des abus : cela peut servir.

Qu’ils soient ici vivement remerciés pour leur écœurement fondamentalement constructif. Faire quitter le monde des bisounours à ceux et celles qui, forgés dans le culte du oui, ont parfois encore tant de difficulté à savoir dire non quand c’est nécessaire, c’est le début de la prévention des abus.

DA, 8 avril 2019

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