La méthode Monbourquette

Bertran Chaudet


Jean Monbourquette (1933-2011), un prêtre et psychologue québécois

En 1954, il entra dans la Congrégation des missionnaires Oblats-Immaculée à Montréal, où il fut ordonné prêtre en 1958. « En 1975, à la suite de ses études en psychologie à San Francisco, il enseigna au Centre Saint-Pierre de Montréal et à l’Institut de Pastorale de l’Université Saint-Paul d’Ottawa. »

« Il possède les diplômes suivants : licence en théologie, maîtrise en philosophie et en éducation obtenue à l’Université d’Ottawa. En 1975, il obtenait la maîtrise en psychologie clinique de l’Université de San Francisco, et en 1986, il terminait son doctorat en psychologie de l’International College de Los Angeles. Le sujet de sa thèse porta sur la spiritualité masculine étudiée dans une perspective jungienne. » (https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Monbourquette).

Il écrivit de nombreux livres sur le développement personnel, dont son best-seller Aimer, perdre, grandir, ou encore Apprivoiser son ombre. La part d’ombre en soi-même et même en Dieu est un concept très jungien. C’est un des premiers à avoir envisagé conjointement l’approche psychologique et l’approche spirituelle. On sait aujourd’hui toutes les dérives que cela a pu engendrer dans l’Église catholique.

En Californie, il s’initie aux méthodes nouvelles (l’analyse transactionnelle, la programmation neuro-linguistique PNL et la Gestalt-thérapie), l’hypnose. Il est très référent à la pensée de Carl Gustav Jung. De fait il adhère à cette mouvance New Age qui prit naissance en Californie avant d’envahir le monde occidental « branché ».

Jean Monbourquette a animé jusqu’à la fin de sa vie des ateliers de formation à divers groupes de professionnels au Canada, en France, en Suisse et en Belgique. Il créa des groupes de travail intitulés « Aimer, perdre, grandir ».

Psychologie et spiritualité, développement personnel et pensée orientale revisitée, bienveillance à l’égard de toutes formes de spiritualité et de méthodes, à condition qu’elles ne soient pas enfermées dans une dogmatique, surtout catholique, sont convoqués.

Dans un tract d’invitation à participer à une session est relatée une question posée à Monbourquette :

« Est-il facile de se s’affirmer non conforme aux valeurs ambiantes : paresseux, désinvolte, timide ou laid ? J.M.: Pour nous, il n’y a pas de traits négatifs ni de défauts. Il n’y a que ce que nous appelons le manque d’harmonie de certaines de nos qualités. »

Il est curieux que pour un prêtre, aucune référence au Christ et au catholicisme ne soit évoquée, alors qu’il est question de spiritualité. La place du péché comme obstacle à la vie spirituelle y est totalement absente. Il s’agit avant tout de positiver, de retrouver l’harmonie et de chercher en soi-même les ressources, de dévoiler la part d’ombre en nous.

Le secours de la grâce est absent.

Voyons quelques « outils » proposés dans la méthode Monbourquette :

Nous ne pouvons entrer dans le détail des outils utilisés par les praticiennes de la méthode Monbourquette. Vous trouverez sur notre site, sous ces liens, quelques renvois utiles à une approche en distance des promesses de ses promoteurs ou utilisateurs.

Psychologie analytique de Carl Jung

https://sosdiscernement.org/linconscient-spirituel-freud-jung-et-la-tradition-patristique/

PNL, la programmation neuro-linguistique

https://sosdiscernement.org/pnl-reperes-pour-un-discernement-pratique-et-spirituel/

EMDR

https://sosdiscernement.org/lemdr/

Sophrologie

https://sosdiscernement.org/?s=sophrologie

Analyse transactionnelle

En France

Ci-après quelques extraits du site officiel de la méthode Monbourquette: https://www.estimame.com/

En France, c’est Isabelle d’Aspremont Lynden qui a fait connaître Monbourquette et a été à l’initiative de formations. Elle a écrit Médecin de l’âme, Jean Monbourquette, éd. Novalis 2008.

« Je rencontre la pédagogie de Jean Monbourquette en 2018. Pendant une année sabbatique pour réfléchir à mon avenir professionnel, je participe à un atelier « A chacun sa mission » basé sur cette approche. Avec la sophrologie, j’étais bien dans ma mission, telle que je l’ai reçue lors de cet atelier : « accompagner des personnes sur leur chemin de croissance ». Et en même temps, quelle richesse que cette pédagogie Monbourquette, avec ses diverses stratégies et l’apport conjoint de la psychologie et de la spiritualité ! Je décide alors de me former avec Estimame, association qui poursuit l’œuvre de Jean Monbourquette en offrant conférences, ateliers, formations et colloques. Depuis janvier 2021, je suis accréditée sur le thème de l’estime de soi et l’estime du Soi. Je propose des ateliers sur ce thème. »

L’ESTIME DE SOI

Jean Monbourquette, et c’est là sa spécificité, nous invite à passer de l’estime de soi à l’estime du Soi. Le grand SOI défini par Carl G. Jung, c’est notre centre spirituel, notre âme habitée par le divin. Il s’agit ici du divin au sens large que nous pouvons relier ou non à une spiritualité ou religion spécifique. S’ouvrir à l’estime du Soi consiste à découvrir cette dimension spirituelle de notre être, à en prendre soin et à se laisser guider par elle. Grandir en estime de soi exige des efforts d’intelligence et de volonté.

Des modules à télécharger sont proposés sur le site :

7 jours pour faire une richesse de ce qui m’exaspère chez mon conjoint7 jours pour me pardonner et retrouver la paix intérieure7 jours pour redevenir un parent heureux en boostant ma confiance en moi7 jours pour m’apprécier et oser me 7 jours pour devenir un leader qui fait grandir ses équipes — 7 jours pour favoriser l’estime de soi de mes enfants et adolescents

Quelques réflexions et interrogations

? Formation des intervenants méthode Monbourquette

30 praticiens sont accrédités « méthode Monbourquette ». Parmi eux une seule psychologue diplômée, les autres ont pu avoir reçu d’autre formation comme la PNL, l’EMDR, la sophrologie, l’analyse transactionnelle, autant de formations et d’accréditations données par des organismes privés, donc sans aucun contrôle indépendant.

Pour devenir praticien Monbourquette, il est demandé d’avoir vécu un parcours de 4 journées sur « De l’estime de soi à l’estime du Soi ». Soit un minimum de 400 euros.

Alors est ouverte la possibilité d’accéder au niveau 1 : Praticien Monbourquette 22 jours de formations. 180€ / jour, soit 3960€ pour la formation niveau 1.

Puis au niveau 2 : Psycho-praticien Monbourquette 22 jours de formations 180€ / jour, soit 3960€ pour la formation niveau 2.

Soit 48 jours de formations; ils suffisent à afficher le titre de psychopraticien, qui de fait ne veut rien dire. En effet : le psychopraticien est un titre libre, sans condition de diplôme, qui désigne un professionnel en psychothérapie. Si bien que tout un chacun peut se prévaloir de cette désignation.

Ces 48 jours de « formations » sont à comparer aux 5 années d’étude post bac, aux 1600 heures pour obtenir un master 2 en psychologie, diplômé d’état inscrit à l’ARS, et par conséquent utiliser des méthodes scientifiques validées.

Pour un accompagnement psychologique sérieux, sécurisé et remboursable, mieux vaut consulter un psychologue DE reconnu.

? Sur le plan psychologique

Quel type de diplôme ont les formatrices, sont-elles certifiées en psychologie clinique et par conséquent compétentes dans une approche de personnes potentiellement à problème ?

Leur formation est-elle basée sur des méthodes qui n’ont d’habilitation que leur propre critère ?

C’est effectivement le cas pour les méthodes, dont elles se recommandent.

Dans ces sessions, la personne est soumise à des modélisations ou des programmations de ce qu’il convient de faire selon la PNL ou de schémas préétablis selon l’analyse transactionnelle ou encore, d’interprétations de ce que serait la part d’ombre ou d’inconscient selon Jung, dont il s’agirait de prendre conscience pour se modifier. Ce mélange de plans est délétère.

? Sur le plan spirituel

On voit là l’élimination subtile du péché. Où se situe pour un catholique la proposition de recevoir le sacrement de réconciliation et de l’eucharistie, l’assiduité à la méditation de la Parole de Dieu, à la vie fraternelle, à la prière… ?

Tout est centré sur soi ses ressentis ses parts d’ombre…

? Mission

Puisqu’il est question de mission de quelle mission ecclésiale se recommande ce type de sessions ?

Dans une retraite de discernement de type ignacien ou autres, le retraitant est confronté à la Parole de Dieu dans le silence, avec l’appui d’un accompagnateur dûment formé, qui se doit de ne pas mélanger les plans entre le psychologique et le spirituel.

? Lieux d’intervention

Un autre mélange est à interroger. Les intervenants de ces sessions sont rémunérés pour ces formations. En étant accueillis dans des centres diocésains, des monastères ou autres lieux se recommandant de structures catholiques, ils valident leur inscription dans une accréditation de l’église diocésaine, ou de telle congrégation. Il y a là un mélange d’ordre commercial et spirituel qui n’est pas sain. Pourquoi privilégier telle pratique plutôt qu’une autre ?

Si le centre diocésain a besoin de rentabiliser ses infrastructures, est-ce au détriment d’un réel discernement quant à la compatibilité de ce qui est proposé ?

Chaque diocèse ou congrégation n’ont sans doute pas les moyens d’un juste discernement quant à la pénétration de telle ou telle session ou formation qui sollicite leurs infrastructures. Cependant, il semble urgent qu’une coordination entre diocèses et congrégations puisse donner un avis éclairé.

Trop souvent l’on constate des sessions « psycho spirituelles » ou autres, ou bien encore un « leader » interdit dans un diocèse se retrouve accueilli dans un autre, sans la moindre concertation ecclésiale.

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