L’EMDR

Cette nouvelle méthode EMDR, acrostiche de Eye Movement Desensitization and Reprocessing, en français Désensibilisation et Retraitement par les Mouvements Oculaires, prétend guérir les souvenirs traumatiques.

Historique

Comme bien des nouvelles thérapies, elle trouve son origine sur la côte ouest des États-Unis, en Californie. En mai 1987, une universitaire diplômée en littérature anglaise, du nom de Francine Shapiro eut une illumination. Elle remarqua qu’en se promenant, ses pensées angoissantes ou perturbantes, liées à son cancer, s’estompaient quand elle bougeait les yeux très rapidement dans un mouvement de va-et-vient vers le haut et en diagonale[1].

Dès lors, pour comprendre ce phénomène observé sur elle-même, elle se lança dans un doctorat en psychologie clinique et devint chercheuse et enseignante au Mental Resarch Institute de Palo Alto. Elle testa et améliora sa découverte sur 70 personnes durant six mois… Puis elle l’appliqua à des personnes en réel état de stress post-traumatique (ESPT), victimes de viol, ou anciens combattants de la guerre du Vietnam. L’étude montra une réduction des symptômes de stress de l’ordre de 30 pour 100. Ce qui, dit en passant, ne présente rien de significatif. Car tout type de prise en charge personnalisé peut présenter les mêmes performances…

Elle s’appliqua à utiliser d’autres stimuli, sensoriels tactiles ou auditifs, autres que les mouvements oculaires. Elle voulut appeler sa méthode Reprocessing Therapy, mais le succès d’EMDR devenu international l’en dissuada.

Théorie

Tout commence par une introspection. Il est demandé au patient de se remémorer le ou les souvenirs douloureux, de manière la plus précise possible, émotions, pensées, sensations corporelles.

Puis le patient doit évaluer l’intensité de la détresse de ce qu’il ressent sur le plan affectif : ses émotions ; perceptif : ses sensations ; et cognitif : comment il interprète intellectuellement ou moralement ce qu’il vit, à l’aide d’une échelle graduée de 0 à 10, nommée SUD, ou échelle des unités subjectives de perturbation.

Ensuite le patient est amené à revivre ce ou ces traumatismes, tout en effectuant des mouvements oculaires de droite à gauche et de gauche à droite sans bouger la tête. Le praticien peut exercer des stimulations sensorielles en bougeant ses doigts à droite et à gauche ou devant les yeux du patient qui doit les suivre du regard. Le patient peut également focaliser son attention sur d’autres sollicitations auditives ou sensorielles tout en se remémorant le traumatisme premier.

Enfin, il est procédé à une évaluation des transformations opérées par ces exercices sur les trois plans, affectif, perceptif et cognitif.

Ceci ayant pour objectif de réharmoniser le cerveau droit et le cerveau gauche. Selon une théorie aujourd’hui abandonnée, mais qui a été un des postulats sur lequel ont reposé bien des nouvelles thérapies New-Age. Le cerveau gauche serait celui qui conceptualise, qui sait, alors que le cerveau droit serait celui qui ressent. Le cerveau gauche serait développé chez les pragmatiques, le cerveau droit chez les artistes. Il s’agit pour retrouver la plénitude de rééquilibrer les deux cerveaux. On retrouve cela notamment dans la Brain Gym proposé en kinésiologie[2]

Des explications pseudoscientifiques

Les premières publications sur l’EMDR reposent sur des études très subjectives de cas. Rien n’est réellement objectivable, le ressenti immédiat du patient étant mis en avant avec force détails afin d’attester l’aspect performatif de la méthode.

La fondatrice et les premiers praticiens de la méthode ont voulu prouver la validité de leur thérapie par des explications ayant un vernis scientifique. Ainsi pour l’EMDR, ils ont fait appel non seulement à la notion de ré harmonisation de deux cerveaux, droit et gauche, mais également au bon équilibre entre les trois cerveaux, reptilien limbique et cortical en lien avec le système immunitaire, par la médiation de l’axe hypothalamique. C’est dire la prise en compte holistique de cette méthode ! Ce jargon médical propre aux neurosciences est récupéré par l’EMDR pour prouver le bien-fondé et le sérieux de la méthode, ce qui ne valide en rien la pertinence ou l’efficience particulière de la méthode. Il s’agirait en outre, en permettant au patient de revisiter les mécanismes mémoriels à l’origine de dysfonctionnements psychophysiologiques et comportementaux, de les remobiliser et de les réharmoniser, pour restaurer les images perturbées de soi entraînant les troubles.

Francine Shapiro avoue elle-même : « Les mécanismes qui sous-tendent ce traitement de l’information (dans la méthode EMDR) sont inconnus… et le resteront pour les années à venir, en raison d’un manque de connaissances neuropsychologiques et d’outils de mesures appropriées.[3] »

Pratique

Cette thérapie serait particulièrement recommandée, dans les syndromes de stress post-traumatique. Une jeune fille a été violée ? On lui fait remuer les yeux en tous sens, et son chagrin s’atténue. Auparavant, le thérapeute lui aura demandé de raconter par le menu, son histoire. Toutes les thérapies comportementales commencent par cette demande au patient de relater et de décrire ses angoisses ses peurs et ce qui pourrait en être à l’origine, pour arriver à les apprivoiser. Le mouvement des yeux, les sollicitations tactiles ou auditives latérales démobilisent l’attention qui était focalisée sur le souvenir douloureux, comme n’importe quel exercice d’hypnose ou de sophrologie.

Mais attention aux fantasmes qui peuvent être pris pour la réalité et confirmés comme tels, par le thérapeute trop pressé de valider sa prestation. Freud, lui-même a cru dans un premier temps à ce que racontaient ses patients, avant de s’apercevoir que des souvenirs pouvaient provenir de la suggestion exercée par le psychanalyste. Persuadé que les patients avaient subi des abus sexuels dans l’enfance, il arrivait à les convaincre de la réalité de la chose, et les patients finissaient par se souvenir de scènes sexuelles. Le livre d’Élisabeth Loftus sur les faux souvenirs induits est particulièrement éclairant à ce sujet[4].

Dépasser le passé !

Francine Shapiro très satisfaite de sa méthode, vante les miracles avec force exemples dans ce livre « Dépasser le passé »[5]. Des victimes de viol, d’inceste, de traumatismes de guerre se trouvent guéries après reviviscence de souvenirs traumatiques et quelques exercices d’EMDR associés.

Elle donne également des conseils de vie, notamment elle conseille de tenir un journal en cinq colonnes, de ce qu’elle nomme DICES [6] :

D comme Déclencheurs. Qu’est-ce qui déclenche mon angoisse, ma phobie, mes réactions physiques ou psychologiques ?

I comme Images. Quelle image vous vient quand vous repensez à cet élément déclencheur ?

C comme Cognitions. Quelle idée négative est liée à ce déclenchement ?

E comme Émotions. Quelle émotion ?

S comme Sensations. À quel niveau de votre corps ressentez-vous cela ?

Ces exercices d’introspection et d’autocontrôle sont censés améliorer les dysfonctionnements, sinon bien entendu, il faut faire appel à un praticien EMDR !

Shapiro propose également la technique de la spirale [7], une variante de la méthode Coué et de la pensée positive dont nous retrouvons le cousinage en PNL ou en sophrologie et dans toutes les méthodes issues de la pensée positive[8]. Ceci s’opère en quatre étapes qu’il s’agit de bien mémoriser.

1) Trouver une image de ce qui vous préoccupe.

2) En pensant à cette image, comment et où réagit votre corps.

3) Faites comme si cette sensation était une spirale d’énergie. Où irait-elle ? Dans quel sens ?

4) Inversez mentalement le sens de la spirale.

Shapiro propose un autre exercice très tendance New-Age : « La technique du rayon de lumière… C’est une technique très utile pour certains types de douleurs physiques aussi bien qu’émotionnelles. Elle peut aussi vous servir pour recharger rapidement votre énergie… » Il s’agit de se centrer sur ses douleurs et les sensations ressenties et de bien suivre le protocole suivant : « Demandez-vous ensuite : si ça avait a) une forme, b) une taille, c) une couleur, d) une température, e) une texture, f) un son (aigu ou grave)… Puis quelle est votre couleur préférée, ou celle que vous associez à la guérison ? Maintenant, imaginez une lumière de cette couleur arrivant par le sommet de votre tête, et se dirigeant vers la forme, dans votre corps. Disons que la source de cette lumière est le cosmos, de sorte qu’elle est inépuisable. La lumière se dirige vers la forme, elle résonne et vibre autour d’elle et en elle. Pendant ce temps, qu’est-ce qui arrive à la forme, à la taille ou à la couleur ? [9] »

Et Shapiro d’apporter des exemples d’amélioration extraordinaire grâce à ce simple exercice.

Pour réduire le stress[10] elle propose un exercice basé sur une représentation des quatre éléments :

La Terre invite à la présence, l’ancrage, la sécurité.

L’Air pour se centrer, en inspirant par le nez durant quatre secondes, retenir le souffle deux secondes, expirer durant quatre secondes ceci une douzaine de fois de manière lente et profonde.

L’Eau pour retrouver le calme, en se forçant à saliver…

Le Feu pour éclairer le chemin de son imagination…

Il est curieux de constater des similitudes avec d’autres méthodes venues du yoga, du bouddhisme tibétain, voire du Reiki.

Les sept péchés capitaux selon Shapiro

« Un des objectifs de la religion, » selon Shapiro « est de favoriser des rapports plus riches avec notre monde intérieur et avec ceux qui nous entourent. [11] » Elle a donc une perspective utilitariste de la religion. Il s’agit d’améliorer ses performances en intériorité et dans notre rapport au monde.

Shapiro poursuit en donnant l’exemple d’un pasteur protestant qui voulait pratiquer l’EMDR, pour avancer dans son développement spirituel. Il y a là, une confusion entre le psychologique et le spirituel, tel que l’entend la tradition catholique. S’il est possible de modifier notre comportement psychologique, notre développement spirituel, lui, dépend de la grâce de Dieu en nous, de notre obéissance à sa Parole pour nous convertir, et de l’accueil des sacrements pour nous fortifier dans sa mise en pratique.

Or pour Shapiro, et le patient, ici le pasteur Simon : « chacun des sept péchés capitaux est un traumatisme pour l’âme qui trouve son origine dans un événement antérieur de la vie de la personne.[12] »

Pour elle et ses disciples, les péchés ont pour origine des compulsions involontaires qui perturbent l’aujourd’hui de la personne. Ainsi si le pasteur est paresseux, c’est qu’il n’avait pas pris conscience que sa paresse venait d’un traumatisme d’enfance. « À l’âge de trois ans, alors qu’il faisait la sieste par terre, sa maman se livra à une innocente taquinerie avec lui : elle lui disait en riant : « Allez, debout ! » mais en le bloquant par terre alors qu’il essayait de se relever. Après le retraitement de ce souvenir par l’EMDR, Simon rapporta au thérapeute qu’il se sentait davantage conscient de ses actes et libéré…[13] Puis vient la colère, avec de même une origine dans l’enfance. Quand il était petit, il avait vu sa mère furieuse jeter des objets sur la pendule de la cuisine. En reproduisant les gestes de sa mère, en tapant sur les murs et les portes, il pensait maîtriser les situations qui le mettaient en colère. En ciblant ce traumatisme, Simon se mit à pleurer et se dit : « Je veux avoir le courage d’être authentique et vulnérable, et je veux être comme le Christ pendant la crucifixion. » Et son comportement se mit à changer.

Bien qu’il ne faille pas nier l’origine traumatique dans l’enfance, de certains comportements compulsifs, il s’agit alors de mettre des mots sur ces perturbations, par une juste introspection et dans certains cas, de proposer une maïeutique adaptée avec l’aide d’un psychologue ou d’un psychiatre. Cependant le péché n’est pas du même ordre. Sinon nous n’aurions aucune responsabilité, les comportements négatifs ou fautifs ne seraient que des réflexes conditionnés qu’il s’agirait de désamorcer grâce à l’EMDR. Soulignons qu’avec l’ennéagramme[14], nous sommes dans des perspectives identiques.

Le péché et le moyen du salut dans le catéchisme de l’Église catholique

S’il est question du péché dans le livre de Shapiro Dépasser le passé, le sens du péché et les moyens de le combattre n’est certainement pas du même ordre dans la tradition catholique.

Paragraphes 1849, 1850, 1851

« Le péché est une faute contre la raison, la vérité, la conscience droite ; il est un manquement à l’amour véritable, envers Dieu et envers le prochain, à cause d’un attachement pervers à certains biens. Il blesse la nature de l’homme et porte atteinte à la solidarité humaine. Il a été défini comme  » une parole, un acte ou un désir contraires à la loi éternelle  » (S. Augustin, Faust. 22, 27 : PL 42, 418 ; S. Thomas d’A., s. th. 1-2, 71, 6).

Le péché est une offense de Dieu :  » Contre toi, toi seul, j’ai péché. Ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait  » (Ps 51, 6). Le péché se dresse contre l’amour de Dieu pour nous et en détourne nos cœurs. Comme le péché premier, il est une désobéissance, une révolte contre Dieu, par la volonté de devenir  » comme des dieux « , connaissant et déterminant le bien et le mal (Gn 3, 5). Le péché est ainsi  » amour de soi jusqu’au mépris de Dieu  » (S. Augustin, civ. 14, 28). Par cette exaltation orgueilleuse de soi, le péché est diamétralement contraire à l’obéissance de Jésus qui accomplit le salut (cf. Ph 2, 6-9).

C’est précisément dans la Passion, où la miséricorde du Christ va le vaincre, que le péché manifeste le mieux sa violence et sa multiplicité : incrédulité, haine meurtrière, rejet et moqueries de la part des chefs et du peuple, lâcheté de Pilate et cruauté des soldats, trahison de Judas si dure à Jésus, reniement de Pierre et abandon des disciples. Cependant, à l’heure même des ténèbres et du Prince de ce monde (cf. Jn 14, 30), le sacrifice du Christ devient secrètement la source de laquelle jaillira intarissablement le pardon de nos péchés. »

Pascal Ide et ses ressources pour guérir[15]

Pascal Ide docteur en médecine, en philosophie et en théologie, membre de la communauté de l’Emmanuel, dans une approche purement livresque, sans grand discernement, décrit quelques-unes de ces méthodes dans son livre : « Des ressources pour guérir ».

Son auteur n’a aucune distanciation critique dans sa compilation d’étude de livres sur l’hypnose ericksonienne, EMDR, cohérence cardiaque, EFT… avec leurs cas de guérison tous plus merveilleux les uns que les autres.

Ainsi pour l’EMDR, il cite in extenso un passage du livre de Dominique Megglé sur les thérapies brèves, page 285 et 286, relatant le cas d’une femme guérie de traumatisme sexuel en trois séries d’exercices d’EMDR. Le témoignage de cette femme se termine par « C’est quoi cette magie ? »

On n’aimerait que le docteur en médecine se rappelle des grandes exigences de l’observation clinique et de la distanciation, que tout scientifique doit opérer dans l’examen des faits qu’il observe. Les progrès objectifs de la médecine moderne ont substantiellement avancé, grâce à des méthodologies rigoureuses, et non pas en se contentant de reprendre des exemples tout à la gloire de « nouvelles méthodes miracles ».

Les attestations scientifiquement validées de ces méthodes ne sont pas produites dans son livre, et pour cause : elles n’existent pas dans la littérature scientifique médicale, reconnue par la profession. Il s’agit d’études parallèles dont les protocoles n’ont pas les exigences requises par la recherche.

Ide semble méconnaître la réalité des dangers décrits par Élisabeth Loftus dans son livre sur « les faux souvenirs induits » bien qu’il la cite. Faux souvenirs spécialement induits par certaines thérapies dont Ide fait l’éloge…

Rapport de la Miviludes [16] pour l’année 2010 remis au Premier ministre.

E.M.D.R (eye movement desensitization and reprocessing)

Il s’agit d’une méthode thérapeutique censée permettre par les mouvements oculaires la remise en route d’un traitement adaptatif naturel d’informations douloureuses bloquées (par exemple après un choc traumatique), la mobilisation de ressources psychiques et la restauration d’une estime de soi déficiente. Mise en œuvre par des non-médecins hors de tout protocole de soins scientifiquement validé, cette méthode peut conduire à un risque d’emprise mentale.

Validité et sens

Il est vrai que des exercices permettant de focaliser son attention sur autre chose que la douleur permettent de relativiser celle-ci. Combien d’infirmières donnent une petite tape sur une fesse de leur patient, pour mieux détendre l’autre et pouvoir faire leur piqûre, sans douleur. On retrouve des principes similaires dignes d’intérêt en haptonomie. Par exemple, il est demandé à une parturiente de porter son attention sur sa main posée sur la table sur laquelle elle est allongée et ses quatre pieds, comme un aveugle porte toute son attention dans la canne qui permet de le diriger dans l’espace. Ces exercices totalement neutres et de simple bon sens permettent un certain soulagement.

Les questions commencent à se poser quand il s’agit de rentrer dans des bulles imaginaires, où l’on croit pouvoir infléchir le réel ou changer la mémoire, dépasser le passé pour reprendre le titre du livre de Shapiro à force d’exercices qui deviennent des reprogrammations de réflexes conditionnés.

Le sens ou la finalité de la souffrance et du salut des hommes n’est bien entendu jamais abordé dans ces méthodes.

« Jésus, qui avait entendu, leur déclara : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. » Mc 2,17.

Le retable d’Issenheim, chef-d’œuvre du peintre Matthias Grünewald, réalisé de 1512 à 1516 se trouve aujourd’hui à Colmar.

Les religieux de l’ordre des Antonins se consacraient aux malades, notamment à ceux atteints du mal des ardents ou feu de saint Antoine. Terrible affection, sans grand espoir de rémission, liée à un empoisonnement dû à un champignon microscopique se logeant dans l’ergot de seigle, se traduisant par des gangrènes aussi douloureuses que pestilentielles. Les Antonins prenaient en charge avec courage et abnégation des malades atteints également de la peste noire ou bubonique.

Les malades étaient amenés dans une grande salle commune avec comme perspective ce retable. Ils pouvaient contempler des représentations de la vie du Christ et ainsi trouver espérance et consolation dans leur extrême souffrance, grâce à la méditation de ces si grands mystères de l’incarnation, de la mort, et de la Résurrection. Le retable d’Issenheim est une véritable catéchèse représentant une face ouverte donnant à voir les mystères de l’Annonciation, de l’Incarnation et de la Résurrection, et la face fermée, la crucifixion avec force détails réalistes. Ainsi le malade pouvait s’identifier dans sa souffrance à celle du Christ sur la croix dans l’Espérance de la Résurrection. En effet dans la représentation religieuse de ces époques, les images de méditation sur la vie du Christ, étaient des thérapies du corps et de l’âme.

Quelques moyens

Les prêtres, encore au début du XXe, alors que l’usage des antalgiques était rudimentaire pouvaient donner, aux malades en stade avancé qu’ils visitaient, une petite croix en bois, avec au centre une petite cupule métallique. Les personnes pouvaient tenir sans effort la croix entre la pulpe du pouce et des autres doigts et ainsi centrer ce qu’ils vivaient de si douloureux sur ce mystère de la souffrance, de la passion, de la mort et de l’Espérance en la Résurrection et sur les promesses de la Vie éternelle.

Le chapelet est toujours un remarquable moyen de méditation et de contemplation. Les grains du chapelet, tenus entre la pulpe du pouce et de l’index, permettent un ancrage tactile, tandis que la récitation de dizaine de chapelets, pendant laquelle sont médités les mystères de la vie du Christ, invite à relire et à relier sa propre vie à Celui qui nous donne sa Vie.

Les liturgies catholique et orthodoxe, les différentes dévotions manifestent très profondément cette importance de l’unité corps, âme et esprit. Tous les sens sont sollicités, la vue, l’odorat, l’ouïe, le toucher, le goût, le sens proprioceptif ; les climats intérieurs sont sollicités et orientés vers leur finalité : rendre Gloire à Dieu de tout son cœur, de tout son esprit et de toutes ses forces. Ces nouvelles thérapies invitent à retrouver en toute gratuité, en puisant dans nos traditions, le sens de notre incarnation, dans cette orientation belle juste et vraie qui donne d’être heureux.

Invitation à un discernement

Dans l’EMDR, comme bien des nouvelles thérapies issues du New-Age, la pensée devient toute-puissante, capable d’éradiquer tous les maux ! Maîtriser les techniques, et les reproduire à l’envi permet de se conforter dans l’idée que nous ne devons la guérison et le salut qu’à nous-mêmes. Car ces méthodes ne sont pas que des psychotechniques, elles prétendent également gérer ou améliorer la vie spirituelle. Si nous sommes capables d’être justes et en bonne santé, sans l’aide de personne, cela crée une forme d’étanchéité à la possibilité d’accueillir les grâces du divin médecin qu’est le Christ. Finalement nous n’avons rien à recevoir de Celui qui nous a créés et qui vient nous sauver.

Voyons ce que dit saint Ignace de Loyola concernant le Principe et Fondement des exercices spirituels :

L’homme est créé pour louer, respecter et servir Dieu notre Seigneur

et par là sauver son âme,

et les autres choses sur la face de la terre

sont créées pour l’homme,

et pour l’aider dans la poursuite de la fin

pour laquelle il est créé.

D’où il suit que l’homme doit user de ces choses

dans la mesure où elles l’aident pour sa fin

et qu’il doit s’en dégager

dans la mesure où elles sont, pour lui, un obstacle à cette fin

Pour cela il est nécessaire de nous rendre indifférents

à toutes les choses créées,

en tout ce qui est laissé à la liberté de notre libre arbitre

et qui ne lui est pas défendu ;

de telle manière que nous ne voulions pas, pour notre part,

davantage la santé que la maladie,

la richesse que la pauvreté,

l’honneur que le déshonneur,

une vie longue qu’une vie courte

et ainsi de suite pour tout le reste,

mais que nous désirions et choisissions uniquement

ce qui nous conduit davantage

à la fin pour laquelle nous sommes créés.

L’objectif premier n’est pas le bien-être, mais de louer, respecter et servir Dieu notre Seigneur et par là sauver son âme. La suite de ce principe et fondement est explicite. Nous constatons l’inversion de perspective entre l’objectif de Shapiro et des thérapies du New-Age, et une authentique vie spirituelle chrétienne. La vie spirituelle chrétienne consiste à se centrer sur le Christ et non sur soi-même. Avant chaque eucharistie, les fidèles sont invités à répondre à l’invitation du prêtre : « Sursum corda, » réponse : « habemus ad Dominum » « Élevons notre Cœur, nous le tournons vers le Seigneur. »

« Deux amours ont donc bâti deux cités : l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu, la cité de la Terre, l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi, la cité de Dieu. L’une se glorifie en soi, et l’autre dans le Seigneur. L’une demande sa gloire aux hommes, l’autre met sa gloire la plus chère en Dieu, témoin de sa conscience. L’un, dans l’orgueil de sa gloire, marche la tête haute ; l’autre dit à son Dieu : ‘Tu es ma gloire et c’est toi qui élèves ma tête.’ celui-là dans ses chefs, dans ses victoires sur les autres nations qu’elle dompte, se laisse dominer par sa passion de dominer. Celle-ci, nous représente ses citoyens unis dans la charité, serviteurs mutuels les uns des autres, gouvernants tutélaires, sujets obéissants. Celle-là, dans ses princes, aime sa propre force. Celle-ci dit à son Dieu : ‘Seigneur, mon unique force, je t’aimerai.’ »

Saint Augustin, La Cité de Dieu, XIV, 28.

Bertran Chaudet

Notes

[1] Francine Shapiro, Dépasser le passé. Se libérer des souvenirs traumatisants avec l’EMDR. Ed Points collection essais, p.36-37. Avril 2018

[2] Voir https://sosdiscernement.org/k/kinesiologie/

[3] Francine Shapiro, Manuel d’EMDR, Ed Dunod-InterEditions, 2007, p. 474.

[4] Loftus, E. & Ketcham, K. (1994). « The myth of repressed memory » (Traduction : « Le syndrome des faux souvenirs et le mythe des souvenirs refoulés »), Chambéry : Exergue, 1997.

[5] Francine Shapiro, Dépasser le passé. Se libérer des souvenirs traumatisants avec l’EMDR. Ed Points collection essais, 2018.

[6] Ib. p. 117-118

[7] Ib. p. 135-136.

[8]Selon Wikipedia : « La pensée positive désigne un mouvement pseudo-scientifique créé en 1952 par le pasteur Norman Vincent Peale… Les tenants de la pensée positive postulent qu’en s’appuyant sur l’autosuggestion (anciennement appelée Méthode Coué) on pourrait se contraindre à devenir optimiste en toutes circonstances ce qui nous permettrait d’atteindre le bonheur, voire d’influencer « le destin ». Ce mouvement a ainsi donné naissance à la loi de l’attraction, une conception ésotérique proche de la pensée magique….Certains acteurs de la pensée positive préconisent également de réduire les contacts voire couper les liens avec nos proches ne partageant pas la vision du mouvement et présentés de ce fait comme des « personnes négatives » voire comme des « personnes toxiques ».

[9] Francine Shapiro, Dépasser le passé. Se libérer des souvenirs traumatisants avec l’EMDR. Ed Points collection essais, 2018. p. 218 à 220.

[10] Ib. p. 314 à 316.

[11] Ib. p. 348.

[12] Ib. p. 348

[13] Ib . p. 349.

[14] Voir https://sosdiscernement.org/e/enneagramme/

[15]Pascal Ide, Des ressources pour guérir. Comprendre et évaluer quelques nouvelles thérapies : hypnose ericksonienne, EMDR, cohérence cardiaque, EFT, Tipi, CNV, kaizen. Ed. DDB, 2012.

[16] Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives.

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