L’auriculothérapie

Georges Fenech, Gare aux gourous, Santé, bien-être, Éd. Du Rocher, 2020, pp. 229-232.

Cette technique repose sur la stimulation de points sur divers endroits de l’oreille externe, par différents moyens : implantation d’aiguilles, dispositifs d’acupression, applications d’aimants. Des aiguilles « semi-permanentes » peuvent être posées sur le patient pendant plusieurs heures à plusieurs jours. Cette technique est utilisée pour soigner toutes les douleurs, les addictions (tabac, alcool, drogue) les troubles du sommeil, les syndromes anxio-dépressifs, les allergies.

Que nous en dit le GAT ? D’abord qu’« il n’existe pas d’étude scientifique suffisamment rigoureuse permettant de conclure de manière certaine à [son] efficacité thérapeutique ».

Ensuite il en énumère les risques :

« Il existe des douleurs locales ou de légers saignements au moment de la stimulation ou lorsqu’une aiguille semi-permanente est posée. Les effets indésirables causés par des techniques de stimulation particulière (laser, stimulation électrique ou physico-chimique) n’ont pas encore été mesurés avec fiabilité. […] Il existe des risques importants d’aggravation des symptômes si l’auriculothérapie se substitue à un traitement dont l’efficacité est prouvée. »

Alors pourquoi diable, face à ces risques avérés, avoir introduit cette technique dans les hôpitaux ?

Et pourquoi la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, n’a-t-elle pas pris les mesures qui s’imposaient auprès de l’AP-HP puisque les hôpitaux de Paris étaient placés sous sa tutelle ministérielle ?

Car force est de constater que tant la mésothérapie que l’auriculothérapie ont toujours droit de cité dans les établissements parisiens. On nage en pleine hypocrisie. Ce qui d’ailleurs fait de nouveau réagir le professeur Joël Menkes, membre de l’Académie nationale de médecine1 :

« L’annonce de la prise en charge de ces pratiques par les hôpitaux universitaires a suscité une grande émotion. L’AP-HP déclare que cela permettra de mieux en évaluer l’efficacité. C’est vrai, mais il faut être vigilant, car dans certains services où les traitements sont difficiles à supporter, où la dépression, l’anxiété, l’angoisse fragilisent les patients, des dérives sont possibles. »

Même inquiétude pour le professeur Capron, membre de l’Académie de médecine2 :

« Il existe une continuité entre ces pseudo-thérapies et les sectes qui peuvent pénétrer par cette voie dans l’hôpital. En tant que responsable de la qualité et de la sécurité des soins, je lutte contre tout ce qui n’est pas évidence based. »

On ne peut qu’être stupéfaits d’apprendre que des patients hospitalisés à Paris peuvent malgré eux servir de cobayes pour évaluer l’efficacité de ces médecines parallèles. Cette incroyable révélation est d’ailleurs confirmée par le docteur Anne-Marie Gallot, chef du bureau des Pratiques et recherches biomédicales3 :

« Nous avons soutenu l’AP-HP dans la mise en place de dispositifs visant, dans le cadre d’études de recherche biomédicale, à apprécier la place et les limites de ces pratiques. [… ] Nous manquons d’études fiables à leur sujet. »

Stupeur parmi les commissaires de l’enquête ! Parmi eux, la sénatrice Catherine Génisson qui n’en revient pas :

« Je suis très surprise par les expérimentations menées à l’AP-HP. Les patients en sont-ils préalablement informés ?4 »

Réponse assumée :

« Les expérimentations ayant lieu dans le cadre d’un PHRC (Protocole hospitalier de recherche clinique), les patients bénéficient des règles applicables aux recherches biomédicales. Nous définissons avec le groupe d’appui les pratiques à évaluer. Les fiches sur notre site sont régulièrement actualisées. Pour le reste, il s’agit, comme dans d’autres pays, d’un travail d’évaluation à long terme. »

Une réponse qui ne semble pas rassurer la sénatrice :

« Je comprends votre volonté de trouver de la rationalité dans des propositions qui semblent en manquer. Mais on s’adresse ici à des personnes très vulnérables et à la santé précaire. Ces expérimentations cliniques m’interpellent dès lors que certains patients seraient conduits à abandonner les traitements conventionnels. »

Poussé dans ses retranchements par le président de la commission d’enquête Alain Milon, le directeur général de la Santé finit par révéler au passage l’existence d’incidents thérapeutiques5 :

« Nous avons eu un certain nombre d’alertes, explique-t-il, mal à l’aise, parmi lesquelles un récent cas qui n’a sans doute pas été pour rien dans la position du Conseil d’État : il s’agissait de la lipolyse6, qui a été à l’origine de quelques cas de septicémie. »

Reste à espérer que ces « quelques cas de septicémie » n’ont pas eu de conséquences dramatiques !

Les hôpitaux ne sont pas les seuls lieux d’expérimentation médicale clandestine. Ainsi, en septembre 2019, on découvre avec stupéfaction que des essais cliniques se déroulent à l’abbaye Sainte-Croix à Saint-Benoît, près de Poitiers, cette fois avec le plein accord des patients. Sur l’initiative du professeur Jean-Bernard Fourtillau, quelque trois cent cinquante patients atteints des maladies d’Alzheimer et de Parkinson furent soumis à une expérience destinée à tester des patchs cutanés à base de valentonine, un dérivé de mélatonine, l’hormone du sommeil. L’opération, évoquant un système veille-sommeil dans la Création divine à l’origine des affections neurodégénératives, est orchestrée par le Fonds Josefa, aux relents mystiques. L’Agence nationale de la sécurité du médicament (ANSM) s’en est aussitôt saisie pour faire cesser ce protocole non éprouvé susceptible de se révéler dangereux pour la santé des patients.

1Commission d’enquête du Sénat, 2012-2013, n° 480, t. II p. 201.

2Le Quotidien du médecin, 28 octobre 2015.

3Commission d’enquête du Sénat, 2012-2013, n° 480, t. II, p. 196.

4Ibid.

5Commission d’enquête du Sénat, 2012-2013, n° 480, t. Il, p. 198.

6La technique de la lipolyse anticellulite avait été un temps interdite en 2011.

Voir aussi l’article de wikipedia, où l’on peut lire : « Il n’existe pas de preuve de l’efficacité de l’auriculothérapie. Les essais cliniques sur l’auriculothérapie, comme la réflexologie en général dont elle est une branche, n’ont pas montré d’efficacité tant sur le plan diagnostique que thérapeutique »

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