Le martinisme

Bertran Chaudet, diacre permanent

Image tirée du site https://www.martiniste.org

Sans doute, parmi les organisations secrètes, (le nom des membres étant rarement connus), initiant aux mystères de la magie et de l’ésotérisme, le martinisme et ses dérivés sont des plus influentes. L’illumination qu’il s’agirait d’obtenir se fait par étape, selon une graduation de plus en plus transgressive au regard de la morale chrétienne.

Les « fondateurs » de ce qui deviendra le martinisme sont Martinès de Pasqually (1727-1774) et Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803). Tous deux ayant Martin dans leur nom, tous deux étant initiés à la franc-maçonnerie des hauts grades.

Cependant malgré de nombreux écrits, ce qui se passe dans ces initiations demeure secret et mystérieux. Seuls ceux qui l’ont vécu, prétendent-ils, ont accès à ce qu’ils considèrent comme l’illumination.


Je remercie Adrien Bouhours qui m’a communiqué une partie de sa recherche sur Martines de Pasqually, dont sont extraits les passages suivants.

Son dernier livre : Frédéric Lenoir, héritier, témoin et acteur de la diffusion d’un christianisme ésotérique, Collection Cerf Patrimoines, est une référence capitale pour ceux qui s’intéressent au christianisme ésotérique, un des fondements du New Âge, qui s’infuse dans la pensée et les praxis occidentales.

« Ainsi Martinès de Pasqually […] apparaît tout à coup vers 1754, commence une carrière de thaumaturge, surtout de théurge, et enseigne une doctrine qu’il présente comme la clef de toute cosmogonie, de toute eschatologie. Cette doctrine, destinée à une élite réunie sous le nom d’Élus-Cohens (prêtres élus), va connaître une fortune singulière, mais les opérations théurgiques, c’est-à-dire de magie divine (opérations destinées à évoquer des entités angéliques), resteront toujours réservées aux seuls initiés. »

On retrouve dans ses écrits des éléments de la doctrine catholique qu’il reçut dans sa jeunesse, avant d’entrer en maçonnerie et d’être fasciné par les spéculations des kabbalistes…

Martinès de Pasqually décrit avec force détails la chute des anges, les capacités d’Adam avant la chute et après. Ces récits extravagants, tirés d’une imagination délirante, sont considérés dans ces milieux spiritualistes, comme étant l’objet d’une initiation. Initiation indispensable pour comprendre les dimensions cachées. Ces « connaissances des secrets de l’univers » seront répétées, augmentées ou caviardées à l’envi, dans une transmission réservée aux initiés.

« En quoi consistaient les manifestations surnaturelles que les disciples de Martines voulaient obtenir du monde occulte qu’ils indiquaient par le mot vague de « la Chose » ? C’étaient des phénomènes optiques, plus rarement acoustiques ; des sons, des voix, plus souvent des étincelles, des lueurs colorées, des figures de feu fugaces, de rapides apparences, peut-être même des apparitions. Tout cela s’appelait « des Passes » dans le langage conventionnel des initiés. Ces Passes assuraient que les Entités spirituelles évoquées par l’opérant avaient obéi à son appel et lui avaient fait entrevoir une partie de leur « forme glorieuse ».

L’importance d’obtenir une Passe consistait pour les opérants dans le fait que cela était le signe de leur « réconciliation », c’est-à-dire de la certitude qu’après leur mort ils seraient « régénérés » ou, autrement dit, admis dans la sphère surcéleste en attendant d’être réintégrés complètement dans les premières propriétés, vertus et puissances spirituelles du premier homme avant sa déchéance. » (Adrien Bouhours)

Vers 1740, Martinès de Pasqually enseignait aux hauts grades de l’Ordre des Chevaliers Maçons Élus Cohens de l’Univers, des pratiques théurgiques, permettant un automatisme de contact avec Dieu ou des entités du monde invisible afin de les infléchir pour changer le réel selon ses désirs.

Louis-Claude de Saint-Martin quant à lui, prônait une voie mystique maîtrisant la vie spirituelle dite cardiaque, une initiation aux mystères de la gnose chrétienne.

Selon l’historien franc-maçon, grand spécialiste de ces thèmes, Antoine Faivre, la théosophie élaborée aux XVIe et XVIIe, suite à certaines redécouvertes de la Renaissance, est à l’origine de ces néognoses occidentales. D’autres, à l’instar de Robert Ambelain, font remonter la généalogie du martinisme aux courants gnostiques alexandrins des premiers au Ve siècle.

Aucune preuve formelle ne vient confirmer ces filiations. Elles ne doivent leur existence qu’à l’imagination spéculative de leur « inventeur ».

Jean-Baptiste Willermoz, (1730-1824) originaire de Lyon, franc-maçon haut-gradé, riche bourgeois proche des encyclopédistes, s’intéressant à l’alchimie, créa le Martinisme avec un M majuscule.

Ce Martinisme sera repris par Gérard Anaclet Vincent Encausse, dit Papus, (1865-1916) médecin et occultiste français, avec Augustin Chaboseau. Papus était le grand-maître du Souverain Grand Conseil du rite Memphis Misraïm en France de 1908 à 1916. Papus d’abord attiré par la Société Théosophique de Mme Blavatsky va rompre en 1890, en découvrant les enseignements de Louis-Claude de Saint-Martin.

Il fut également influencé par Alphonse-Louis Constant dit, Eliphas Lévi (1810-1875).

Alphonse-Louis Constant ordonné diacre renonçait au sacerdoce en raison d’une relation amoureuse qui n’aboutit pas. Il passa un an en 1839, à l’abbaye de Solesmes, où il s’intéressa particulièrement aux doctrines des anciens gnostiques, mais aussi aux pères de l’Église, avec un intérêt particulier pour Mme Guyon et son quiétisme fustigé par Bossuet.

Ses débuts d’élucubrations initiatiques contredisaient la doctrine catholique du Père Abbé de Solesmes. Après de nombreux aléas, il prit le nom d’Eliphas Lévi et élabora toute une série d’enseignements ésotérico-occultes.

Ses nombreux ouvrages publiés de son vivant ou à titre posthume sont des références, dont Papus et bien d’autres jusqu’à aujourd’hui se sont nourris.

Papus refonda avec Augustin Chaboseau en 1891 l’Ordre martiniste. Papus sera à l’origine de la reformulation du rite écossais rectifié de la Franc-maçonnerie, complété et précisé plus tard par Oswald Wirth (1860-1943), spécialiste de l’interprétation symbolique du tarot des imagiers du Moyen Âge.

Papus pratiquant entre autres hypnose et homéopathie eut une nombreuse clientèle.

On retrouve en cette fin du XIXe et début du XXe, nombre d’intellectuels attirés par l’ésotérisme et l’occultisme avides de connaissances cachées aux profanes. Pour n’en citer que quelques-uns : Maurice Barrès, Stanislas de Guaita, Joséphin Péladan, Camille Flammarion.

Le Martinisme aura une influence dans les sphères gouvernementales de nombreux pays, de la Russie aux États-Unis, de l’empire austro-hongrois à l’empire ottoman, et nombre de Pays africain (Françafrique n’étant pas loin).

Le martinisme peut se définir comme étant la partie « spiritualiste » de certains adeptes déjà affiliés à la Franc-maçonnerie. Ce martinisme donnera lieu à de multiples obédiences toutes plus sûres les unes que les autres d’appartenir et de maintenir une tradition ancestrale.

Selon les obédiences, des terminologies différentes peuvent être données aux trois degrés d’initiation :

Associé (1er degré). — Commencé (2e degré). — Supérieur Inconnu (« S.I. ») (3e degré).

On retrouve dans ces conceptions réservées aux initiés, les prémisses de ce qui alimentera la nébuleuse de Nouvel Âge.

Selon l’article de Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Martinisme

« Le martinisme se divise en quatre mouvements qui restent liés par leur histoire et par un même objectif (qui est, selon les mots de Papus, « la réhabilitation de l’Homme »)

1 le martinésisme, doctrine judéo-chrétienne et pratique théurgique fondée par J. Martinès de Pasqually en 1761 et concrétisée en 1767 par la création de son Ordre ;

2 le saint-martinisme, une philosophie fondée par Louis-Claude de Saint-Martin (secrétaire de Martinès de Pasqually) en 1775 (il participe aux séances des Leçons de Lyon) quoiqu’il voulut qu’il soit rayé chez Willermoz de la franc-maçonnerie et qu’il ne créa aucun Ordre ;

3 le willermozisme (et le Rite écossais rectifié), un rite maçonnique fondé par Jean-Baptiste Willermoz en 1778. Selon Michele Moramarco, qui a étudié les relations entre Martinisme et Franc-maçonnerie, on peut identifier aussi une forme de martinisme maçonnique dans les rituels « rose+croix » du rite philosophique italien (1909) ;

4 l’Ordre martiniste, Ordre fondé par Papus en 1891 ; en dérive l’Ordre Martiniste Synarchique, fondé par Victor Blanchard en 1920, l’Ordre martiniste traditionnel, fondé par Augustin Chaboseau et Victor-Émile Michelet en 1931. »

Aujourd’hui

Jean-Pierre BAYARD dans « Le Guide des sociétés secrètes », dont voici quelques extraits :

Pages 80-84, Bayard établit un lien entre Église gnostique, Martinisme, AMORC, et Memphis Misraïm. « … les évêques gnostiques se recrutent principalement dans les milieux martinistes, dans l’ordre de Memphis-Misraïm ; peu nombreux, ils sont choisis parmi des adeptes ayant fait de larges preuves dans leur ordre… »

Page 87, un lien Rose-Croix, OTO, Golden Dawn, franc-maçonnerie : « … Aujourd’hui, de nombreuses sociétés se considèrent comme les héritiers de la confrérie de la Rose-Croix. Certaines sont très proches de la Franc-Maçonnerie, d’autres comme l’Ordo Templi Orientis, la Golden Dawn ou le BOTA, ont une attache avec la Franc-Maçonnerie occultiste, théurgique… »

André WAUTIER dans son dictionnaire des gnostiques et des principaux initiés écrit : « Pour pouvoir être admis dans l’Ordre kabbalistique de la Rose-Croix, il fallait être déjà titulaire au moins du deuxième grade du martinisme. On pouvait alors accéder, moyennant certaines épreuves, au titre de bachelier et de licencié en kabbale et enfin, après la soutenance d’une thèse, à celui de docteur en kabbale. En 1891 toutefois, Papus ayant réformé le martinisme, beaucoup de membres rejoindront celui-ci et les autres fusionneront un peu plus tard l’ordre kabbalistique avec le Rite de Misraim. » 1

L’Ordre Martiniste Traditionnel (OMT), est un ordre interne à l’AMORC : pour entrer à l’OMT il faut préalablement être à l’AMORC. Spencer, Papus, etc, étaient à l’OMT. L’AMORC est un produit dérivé.

Egrégore

L’égrégore est une manifestation provoquée dans les tenues maçonniques, dans les rassemblements Rose-Croix et développé particulièrement dans les réunions martinistes.

Egrégore du grec egregoros qui signifie « veiller » ou « être vigilant ». L’étymologie est la même que pour le prénom Grégoire et l’adjectif grégorien.

Les occultistes et ésotéristes, lui donnent des définitions floues, le concept étant particulièrement labile. Ce serait une entité collective psychique, une convergence de pensées à vocation initiatique, une création spirituelle magique…

L’égrégore serait provoqué par le dépassement des individualités afin de créer une entité nouvelle, douée d’une force psychique ou spirituelle.

L’égrégore serait une énergie subtile qui relie les membres du groupe. Chaque membre trouvant dans l’entité ainsi créée une force donnant l’impression de fusionner avec le groupe de participants, d’appartenir à une énergie collective reliée à l’universelle.

Pour reprendre le langage ésotérique, « l’aura de chacun se met à vibrer avec celle des autres, pour créer une sorte d’aura supérieure. »

« On donne le nom d’égrégore à une force engendrée par un puissant courant spirituel. » Robert Ambelain

« J’appelle égrégore, mot utilisé jadis par les hermétistes, le groupe humain doté d’une personnalité différente de celle des individus qui le forment. » Pierre Mabille

« On appelle égrégore, l’ensemble des énergies cumulées de plusieurs personnes, vers un but ou une croyance définis par eux. Il agit comme un accumulateur d’une énergie aurique possédant ses propres caractéristiques, et motivée par la foi ou la concentration de plusieurs personnes à la fois. » Alain Brêthes

Martinisme versus catholicisme

L’exégèse catholique concernant la création, le péché originel, est entièrement revisitée et inversée. Les évangiles apocryphes, les religions à mystères, la kabbale, la numérologie, une angéologie occulte, sont instrumentalisés pour constituer une doctrine progressivement révélée aux initiés.

Il n’existe pas dans le catholicisme de gnose réservée à de seuls initiés. Toutes les prières sont données ouvertement. Aucun passage de la Bible ne fait l’objet d’une connaissance secrète.

« En ce temps-là, Jésus prit la parole et dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance. Tout m’a été remis par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler.

« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. » (Matthieu 11, 22-30).

Les initiés pensent être illuminés et saisir les mystères de la vie, ils s’illusionnent dans leur orgueil et leur toute-puissance factice, mais bien réelle dans toutes les transgressions. 2

En effet la connaissance de Dieu est révélée aux tout petits, aux humbles. La douceur et l’humilité du cœur de Jésus pour obtenir le repos, sont réservées à ceux qui peinent ou sont surchargés par le poids de leur vie et accueillent et reçoivent dans le Christ sa Paix, que nul ne peut ravir.

Annexe : Histoire sarthoise

L’Ordre des frères aînés de la Rose-Croix (FARC), un cercle d’alchimistes qui associe le Temple et la Rose-Croix, et revendique la possession de nombreux documents, dont 115 parchemins munis de leur sceau, s’étalant de 1317 et nos jours… Les FARC reprennent d’ailleurs en partie à leur compte la légende templière maçonnique : prévenus par un chapelain du manoir de la Buzardière, près du Mans, sept templiers français, dont certains détenaient des secrets alchimiques, auraient échappé à l’arrestation commanditée par Philippe le Bel. Gaston de la Pierre Phoebus, Guidon de Montanor, Gentilis de Foligno, Henri de Monfort, Louis de Grimoard, Pierre Yorick de Rivault et César Minvielle se seraient ainsi réfugiés vers Dinard, puis à Saint-Malo, d’où ils auraient rejoint l’Angleterre. Certains auraient été hébergés dans la commanderie de Londres, tandis que d’autres se seraient enfuis sur l’île de Mull, avant de retourner en France où, avec la bénédiction du pape Jean XII, ils auraient fondé les FARC, le 2 décembre 1316…

Les FARC se donnent ensuite une longue liste de dirigeants (qui portent le titre d’imperator), parmi lesquels on rencontre Guidon de Montanor (qui en aurait fixé le siège à la commanderie de Montfor-sur-Argens, en 1333), des chevaliers de Rhodes, saint Vincent de Paul (revendication non vérifiée) des alchimistes ou réputés tels comme Nicolas Flamel ou Robert Fludd, des personnages bien connus de l’histoire de l’occultisme : Bulwer Lytton, Eliphas Lévi, William Wynn Westacott, Rudolf Steiner et enfin Pierre Phoebus, alias Roger Caro (1911-1992) lui-même, radiesthésiste, thaumaturge et alchimiste, entré en fonction en 1969.


1 https://fr.scribd.com/doc/158129846/Andre-Wautier-Dict-Gnostiques

2 https://sosdiscernement.org/initiation-maconnique-initiation-chretienne/

Le Martinisme. Témoignage

Courrier reçu

Ayant découvert récemment votre site sosdiscernement.org puis occultismedanger.fr, j’ai pu apprécier votre travail de sensibilisation aux graves dérives qui entraînent de nombreuses âmes en ce moment même.

C’est pourquoi j’aimerais partager avec vous mon expérience avec un mouvement qui relève complètement de la dérive sectaire, selon moi : le martinisme.

À un moment de ma vie, un proche m’a convaincu de m’investir dans plusieurs associations à but caritatif, avant de se dévoiler comme étant franc-maçon et me proposant d’en devenir un moi-même en rejoignant sa loge.

J’étais gêné parce que je suis catholique et j’avais en mémoire l’interdiction papale, toujours en vigueur, condamnant la double appartenance à notre mère l’Église et à la franc-maçonnerie.

Toutefois, cet « ami » m’a convaincu en se prétendant lui-même catholique, croyant et pratiquant, et en me soutenant que les bulles papales n’étaient pas aussi catégoriques que certains le présentaient et qu’un modus vivendi avait été établi avec l’Église catholique, romaine et apostolique.

Je me suis donc laissé convaincre et ai rejoint sa loge pendant plusieurs années.

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