L’éducation intégrale ?

Dominique Auzenet et l’équipe de sosdiscernement.

Cet adjectif, INTÉGRAL, est très tendance aujourd’hui. On avait l’habitude d’entendre parler de calcul intégral en mathématiques, d’édition intégrale pour la publication des écrits d’un auteur, et on pourrait multiplier les exemples. Mais on constate l’application de cet adjectif à des domaines nouveaux, (c’est ainsi qu’on va parler d’humanisme intégral1, d’écologie intégrale, d’éducation intégrale). Le mot apparaît aussi sous une forme de substantif (intégralisme) et son adjectif dérivé (intégraliste2).

Il faut donc tenter de mieux cerner les concepts utilisant cet adjectif. C’est difficile, laborieux, et cela supposerait une perspective étendue. Nous allons, dans cet article nous contenter de parler d’un seul domaine, comme annoncé dans le titre : l’éducation intégrale. Ce n’est qu’un article de réflexion, pas une thèse.

1. L’ÉGLISE ELLE-MÊME PARLE DE L’ÉDUCATION INTÉGRALE

« Éduquer aujourd’hui et demain », tel est le titre d’un document de la Congrégation pour l’Éducation Catholique, daté de 20143. Cet « Instrument de travail » « peut être utilisé pour effectuer un examen pastoral sur l’engagement de l’Église dans ce domaine, mais aussi pour promouvoir des initiatives de mise à jour et de formation pour le personnel travaillant dans les écoles et les universités catholiques ». On y trouve trois fois une mention de l’éducation intégrale, dont ce passage essentiel (§ III, 1, e) :

« Éduquer, c’est beaucoup plus qu’instruire. (…) L’école ne devrait pas céder à une (…) logique technocratique et économique, même si elle se trouve sous la pression des pouvoirs extérieurs et qu’elle est exposée à des tentatives d’instrumentalisation de la part du marché. Cela vaut d’autant plus pour l’école catholique. Il ne s’agit en aucun cas de minimiser les exigences de l’économie ni la gravité du chômage, mais de respecter l’intégralité de la personne des étudiants, en développant une multiplicité de compétences qui enrichissent leur humanité : créativité, imagination, capacité d’aimer le monde et de cultiver la justice et la compassion.

La proposition de l’éducation intégrale, dans une société en rapide mutation, exige une réflexion continue capable de renouvellement et d’enrichissement qualitatif. Dans tous les cas, la prise de position est claire : l’éducation que l’école catholique promeut n’a pas pour objectif la méritocratie d’une élite. Même si la recherche de la qualité et de l’excellence est importante, il ne faut jamais oublier que les élèves ont des besoins spécifiques, qu’ils vivent souvent des situations difficiles et méritent une attention pédagogique attentive à leurs exigences.

(…) Le paradigme de la compétence, interprété selon une vision humaniste, va au-delà de l’acquisition de connaissances ou de savoir-faire spécifiques. Il concerne le développement de toutes les ressources personnelles de l’étudiant et crée un lien significatif entre l’école et la vie. Il est important que l’école valorise non seulement les compétences relatives aux domaines du savoir et du savoir-faire, mais aussi ceux de la vie avec les autres et de la croissance en humanité. Il y a des compétences telles que par exemple celle de type réflexif, où l’on est l’auteur responsable de ses propres actes, les compétences interculturelle, délibérative, citoyenne, dont l’importance grandit dans le monde globalisé et qui nous concernent directement, de même que les compétences en termes de conscience, de pensée critique, d’action créatrice et transformatrice ».

Le terme d’éducation « intégrale » se rapporte ici au développement de la multiplicité des compétences et de toutes les ressources personnelles de chacun.

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