Questions & attentes face au nouveau dispositif « Renaître » de l’Eglise en France

Alors que la mission de l’Inirr (Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation), créée en 2021 après la remise du rapport de la CIASE, s’achèvera à la fin de l’été 2026, les évêques de France ont annoncé la création d’un nouveau dispositif – nommé « Renaître » – pour écouter, accueillir et accompagner les personnes victimes de violences sexuelles lorsqu’elles étaient mineures pour des faits commis par des clercs diocésains ou des laïcs en mission ecclésiale, à compter du 1er septembre 2026.

Des personnes victimes, des associations et professionnels engagés sur le sujet, et d’anciens membres de la CIASE ont exprimé leurs inquiétudes et leurs attentes, dans une tribune publiée dans La Croix ce jeudi 2 avril 2026. Voir le Communiqué Réflexions suite à l’annonce du dispositif Renaître, du collectif Foi et résilience.

Trois questions à Mélanie Debrabant, fondatrice et présidente de l’association « Fraternité Victimes », qui accompagne depuis deux ans des personnes victimes de violences sexuelles, spirituelles et psychologiques dans un contexte religieux

Comment avez-vous réagi à l’annonce de la création du dispositif « Renaître » par les évêques de France ? En quoi ce nouveau dispositif marquerait un retour en arrière, selon vous ? Quelles sont vos attentes et vos propositions ?

Quand le développement personnel vire à l’endoctrinement sectaire

Quentin Meunier, 20minutes

Alexis n’imaginait pas perdre une de ses amies les plus proches ainsi. Au début de l’année de l’année 2025, la jeune femme s’est inscrite à un stage de « développement personnel » proposé par la Greatness Académie, un étrange programme qui permet de redécouvrir « son potentiel humain ». « Je n’étais pas contre, ça ne m’intéressait pas spécialement, mais je me disais que ça ne faisait de mal à personne », se remémore-t-il. Jusqu’au jour où elle l’invite à participer.

En se renseignant, il trouve les discours un peu trop bien rodés, s’étonne de découvrir des sociétés dissoutes puis recréées, des paliers d’engagement coûteux et des retraites à l’étranger, en République dominicaine ou au Pérou, entre membres du groupe. « Là, je me suis dit : il n’y a plus de doute, c’est une secte. » Il tente de convaincre son amie de lâcher l’affaire. En vain. « Même avec des preuves, elle m’a menti et a continué à participer aux réunions, regrette-t-il. Quand je lui ai dit que c’était une secte, elle a rigolé. Ils avaient déjà été briefés à répondre à cette question. »

Ils ne sont ni adeptes ni anciens membres d’une secte. Les proches des personnes embrigadées sont pourtant des victimes collatérales de ces dérives. Beaucoup ont assisté impuissants à l’embrigadement d’un proche, se sentent démunis face à une emprise qu’ils ne comprennent pas toujours. Surtout lorsque celle-ci se passe sur les réseaux sociaux, sous couvert de bien-être, de coaching ou de développement personnel. Il est parfois difficile de percevoir derrière des propos qui semblent bienveillants l’endoctrinement sectaire.

Du doute à la rupture

Martine a ainsi vu sa fille Camille commencer à changer de discours après un congé parental. A cette époque, la jeune mère de famille s’est mise à suivre des contenus de développement personnel sur les réseaux sociaux. Rien d’inquiétant au premier abord, mais sa consommation devient de plus en plus frénétique.

Ses parents commencent à voir ses discours changer. « Désirez, et vous obtiendrez », « il n’est pas nécessaire de travailler dur pour gagner de l’argent »… Des phrases tout droit sorties de la « Haute école de la manifestation consciente », fondée par Sophie Chague, une créatrice de contenus. Prix d’entrée : 3.300 euros.

Peu à peu, le discours de sa fille se radicalise et inquiète Martine, ancienne professionnelle des ressources humaines, formée à l’éthique du coaching. Les parents se sentent impuissants. Ils tentent de la discuter, de la confronter « sans la juger ». Peine perdue. « Elle a commencé à nous dire : « Si ça vous gêne, on ne se voit plus. » » Après des mois de tensions et de rapports dégradés, Martine tente de ramener sa fille à la réalité. Elle s’appuie notamment sur l’analyse de la Miviludes ou d’associations comme l’Unadfi, qui qualifient les tendances auxquelles Camille adhère de dérives sectaires. « Depuis, aucun contact », confie, peinée, la sexagénaire.

Une reconstruction psychologique difficile

Du côté d’Alexis, la tension devient extrême lorsqu’il apprend que son amie part en République dominicaine pour un des fameux stages. « Je lui ai pris son passeport pour l’empêcher de partir, admet-il. Depuis ce jour-là, nos rapports sont un peu froids. » Il évoque un avant et un après. Ils continuent d’échanger, de se croiser mais leurs liens ne seront, à l’en croire, plus jamais comme avant. « On ne sait jamais si la personne est vraiment sortie, comme un ancien alcoolique », compare-t-il.

Martine, quant à elle, décrit un « conflit de loyauté permanent », d’autant que Camille est devenue une créatrice de ce type de contenus de « développement personnel », vend même des formations pour les « entreprises d’accompagnement fréquentiel ». « C’est notre fille, on veut la sauver. Mais on ne va pas réussir seuls », regrette-t-elle. Avec son mari, ils ont envisagé d’avertir l’ordre professionnel de Camille, mais ils y ont finalement renoncé, de crainte de ruiner la carrière de leur fille si un jour elle venait à sortir de sa dérive.

« On parle des victimes directes, jamais de ceux qui restent », regrette Martine qui envisage aujourd’hui de créer un collectif dédié aux parents des victimes de dérives sectaires. Elle-même confie avoir dû se faire suivre par un psy pour faire face à cette situation, peinant à prendre de la distance, se sentant complètement « envahie » par l’emprise dont sa fille était victime.

Elle compare la perte de sa fille à un « deuil blanc », un concept d’habitude utilisé pour les proches des victimes pour accepter la perte de la présence mentale ou affective des victimes d’Alzheimer.

Les « bons fruits », critère ultime de discernement ?

En brève introduction, nous pouvons rappeler que plusieurs Communautés nouvelles ayant vécu un développement pléthorique ont eu des fondateurs déviants; et que de nombreuses grâces ont été reçues dans des lieux d’apparitions mariales problématiques ou récusées par les évêques… Comment faut-il comprendre ce phénomène apparemment contradictoire, et comment l’interpréter ? Un argument fréquemment invoqué est celui des « bons fruits »…

On affirme ainsi que, même si le fondateur est corrompu, la communauté est bonne, puisque le nombre important de membres et les œuvres florissantes l’attestent. Ou bien encore que la Vierge Marie est vraiment apparue, ou que le message transmis vient vraiment du ciel, puisqu’il y a de nombreuses conversions, guérisons, vocations, à la suite de pèlerinages dans ce lieu.

Mais est-ce suffisant pour résoudre le problème posé par une origine problématique parce que corrompue ? Dans un premier temps, nous allons examiner de plus près quelques paroles de Jésus sur les « fruits ».

Depuis la rédaction de cet article (2013) est paru le Document du groupe de travail post-Ciase « Bon arbre, bons fruits », 2023

1. Le fruit du disciple

La première affirmation de Jésus à prendre en compte se trouve dans l’allégorie de la vigne en Jean 15, 4-5.8 : « Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut de lui-même porter du fruit s’il ne demeure pas sur la vigne, ainsi vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. Je suis la vigne ; vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car hors de moi vous ne pouvez rien faire. C’est la gloire de mon Père que vous portiez beaucoup de fruit et deveniez mes disciples. »

C’est donc lui, Jésus, qui nous fait porter le fruit véritable. Ce fruit est celui du disciple. Jésus nous demande simplement de « demeurer en lui ». Cette affirmation toute simple a des conséquences tout aussi simples pour notre vie en Église. En effet, subrepticement, la place première et centrale de la personne de Jésus peut être « squattée » de multiples façons, et différentes réalités peuvent s’immiscer entre Jésus et nous-mêmes, jusqu’à produire dans certains cas un écran opaque qui va créer une dérive.

En voici quelques exemples.
Une autre personne : un fondateur, une voyante, des messagers qui prétendent recevoir des locutions ou paroles du ciel, des prédicateurs à la mode (en retraites ou en rassemblements)…
> Une doctrine : l’enseignement d’un fondateur, les messages de voyants
Un moyen aboutissant à un système : une inspiration communautaire, une intuition de développement personnel, une pédagogie d’évangélisation
Un lieu-phare : lieux de possibles apparitions mariales, de retraites spirituelles prisées
Un courant spirituel marqué par des phénomènes extraordinaires …

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L’état de sidération et de dissociation

Sidération et dissociation pendant un viol : les 2 mécanismes de survie du cerveau contre l’arrêt cardiaque

Sur le site Madmoizelle.com

Lors d’une expérience traumatique intense, le cerveau mobilise deux mécanismes d’urgence : la dissociation et la sidération. C’est ce qui explique l’absence de réaction de nombreuses victimes de viol : un réflexe biologique de survie.

Plus d’un quart des Français·es estiment que « lorsqu’une femme ne réagit pas et ne s’oppose pas, on ne peut en aucun cas parler de violences sexuelles ».

Dans une société qui baigne dans la culture du viol, ces chiffres issus d’une enquête IPSOS réalisée pour l’association Mémoire traumatique ne sont pas vraiment étonnants.

Ne pas réagir, ne pas être en état de se défendre ou d’appeler à l’aide est fréquent chez les victimes d’agressions sexuelles et de viol, mais l’explication scientifique de ce mécanisme de protection n’est que rarement délivrée.

Pourquoi les victimes de viol ne se défendent pas ?

La youtubeuse de la chaîne Le labo de la légiste a ressorti ce week-end une vidéo datant de 2013. On y explique très bien quels étaient les mécanismes psychologiques et physiologiques à l’œuvre, pour comprendre cette absence de réaction chez de nombreuses victimes.

Michel Cymès et Marina Carrère y détaillent ce que sont les états de sidération, de dissociation, et le syndrome de stress post-traumatique.

https://twitter.com/LaboDeLaLegiste/status/964556304034484227

Impossible de réagir pendant une agression sexuelle ?

Tout démarre avec une partie de notre cerveau nommée l’amygdale : son rôle est de décoder les émotions, de gérer nos réflexes. En cas d’agression, c’est l’amygdale qui déclenche une série de réactions :

  • Production d’hormones du stress : adrénaline et cortisol
  • Celles-ci accélèrent le flux sanguin, le rythme cardiaque, la respiration
  • Les muscles sont contractés pour être prêts à la fuite

Mais ces réactions initiées pour la survie peuvent entraîner une « surchauffe ». Marina Carrère détaille les réactions en chaîne :

« Les centres nerveux au niveau du cortex censés analyser et modérer les réactions sont comme dépassés par les signaux d’alerte. »

La victime est incapable de réagir car l’élément de son cerveau censé gérer ses réactions de survie est entrain de s’enrayer. Elle est comme paralysée : c’est l’état de sidération.

En parallèle, le niveau de stress continue d’augmenter puisque l’amygdale fonctionne à plein régime, trop fort en réalité.

« Pour éviter que le survoltage provoque un arrêt cardiaque, le cerveau déclenche une sorte de court-circuit avec de la morphine et de la kétamine.

L’amygdale est isolée, la production d’hormones de stress est stoppée. »

« Hors de son corps » pendant une agression

Mais le corollaire de ce « court-circuit », salvateur sur le moment, est le fait que la victime de l’agression soit totalement coupée de ses émotions, comme spectatrice des événements.

C’est ce que décrivent de nombreuses victimes de viol, qui expliquent avoir eu l’impression de voir la scène « d’en haut », d’être « hors de leurs corps » : c’est l’état de dissociation.

Suite à cette mise en quarantaine de l’amygdale, le souvenir n’est pas évacué vers l’hippocampe, censé être le siège de la mémoire. Il est piégé dans une région du cerveau qui n’y est pas dédiée et va donc se constituer en « mémoire traumatique ».

La victime peut développer ce que l’on appelle un syndrome de stress post-traumatique.

Laure Salmona, citée dans un article sur les agressions sexuelles entre enfants il y a quelques mois, expliquait ce qui en découle :

« Comme cette mémoire n’a pas été intégrée et traitée, elle peut provoquer une amnésie de l’événement, et peut ressurgir n’importe quand. »

Si ce souvenir n’est pas assimilé via une thérapie par exemple, Laure Salmona détaillait que « des flashs peuvent surgir n’importe quand, en particulier lorsqu’on se retrouve dans un endroit qui rappelle l’événement traumatique, lorsqu’on voit l’agresseur, lorsqu’on sent une odeur, lorsqu’on se retrouve dans une situation similaire ».

« C’est comme si on revivait la scène, ça peut aller jusqu’à l’hallucination visuelle, auditive, ça peut être extrêmement douloureux. »

L’avantage de cette vidéo est qu’elle explique de manière très pédagogique les mécanismes physiologiques, des réactions naturelles, que les victimes ne sont pas en mesure de maîtriser.

De quoi expliquer que oui, une victime qui ne réagit pas reste une victime et n’est en rien responsable de son agression

"Je m’en voulais de ne pas avoir pu réagir…. Je suis restée dans cet état plusieurs jours, à ne même pas pouvoir en parler. Maintenant je comprends mieux ce qui s’est passé. Le cerveau disjoncte par protection… C’est un mécanisme neurologique de préservation de la vie…. En conditions extrêmes…. "

Faux souvenirs induits

Claude Delpech

Résumé de l’intervention de Claude Delpech, présidente de l’As­sociation Alerte Faux Souvenirs Induits (AFSI), lors de la confé­rence de la Fédération Européenne des Centres de Recherche et d’information sur le Sectarisme (FECRIS), « Les dérives sectaires dans le domaine de la santé », le 25 mars 2023, à Marseille.

Revue Bulles n° 158 – Juin 2023

Après les confinements, où en sommes-nous? Depuis plusieurs années on n’entendait plus parler de l’AFSI et pourtant les victimes de thérapies de la mémoire retrouvée sont de plus en plus nombreuses. Depuis sa créa­tion plus d’un millier de familles ont rejoint notre association, avec les mêmes accusations et les mêmes souf­frances, ce qui représente des milliers de victimes de charlatans.

Je commencerai par un bref rappel de qui nous sommes pour les personnes qui ne nous connaissent pas : L’AFSI, Alerte Faux Souvenirs Induits, est une association Loi 1901 créée en juillet 2005 par un groupe de parents, accusés par leurs enfants, majeurs, de maltraitance ou d’abus sexuels qui seraient survenus dans leur petite en­fance. Abus dont ils n’avaient aucun souvenir auparavant et qu’ils « dé­couvrent » 20, 30 voire 40 ans plus tard au cours ou à la suite de séances dites de « thérapies » basées sur la recherche des souvenirs de la petite enfance. Abus qui les ont amenés à ces dénonciations calomnieuses entraînant la rupture immédiate avec leur famille.

Chaque famille a une histoire diffé­rente mais le processus est identique pour tous les thérapeutes déviants, souvent auto-proclamés, qui usent de leur pouvoir de suggestion pour in­duire, via diverses techniques de mani­pulation mentale, des souvenirs d’abus de maltraitance et d’inceste, chez leurs patients adultes. Avec des consé­quences psychologiques graves ainsi qu’une dépendance aliénante envers leur thérapeute.

Nous constatons tous les jours que malgré la réglementation en mai 2010 du titre de psychothérapeute, des thé­rapeutes de tous bords ont su contour­ner la réglementation du titre de psy­chothérapeute (loi en 2004, décrets d’application 2010) et sont devenus aujourd’hui « psychopraticiens – prati­ciens aux multiples casquettes- coachs et maîtres en tous genres ».

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