Les liens de la pensée de Nick Land avec le (néo)nazisme

Arnaud Borremans, Université Bordeaux Montaigne

Cette seconde analyse de l’œuvre de Nick Land, philosophe contemporain dont l’impact est réel sur une partie au moins du mouvement MAGA aux États-Unis et sur de nombreux groupuscules d’ultradroite dans le monde, met en évidence le rapport complexe que l’idéologue des « Lumières sombres » entretient avec le nazisme himmlérien et avec les organisations qui, aujourd’hui encore, s’y réfèrent.
(Illustration évoquant l’« Ordre des neuf angles » sur le site du Terrorisme Research & Analyzis Consortium (TRAC). Trackingterrorism.org)

Comme souligné par Philosophie Magazine et évoqué dans notre article précédent sur Nick Land, des connexions existent entre la pensée de ce philosophe britannique – père du concept de « Lumières sombres » en vogue dans une partie du mouvement MAGA autour de Donald Trump – et certains éléments du néonazisme.

Au-delà des liens les plus apparents des Lumières sombres avec le racisme et l’autoritarisme, d’autres éléments troublants semblent attester d’une certaine proximité entre la pensée landienne et l’idéologie nazie ou ses différentes évolutions post-1945.

À quel point le fond de la pensée de Land – et donc de celle de ses fidèles qui murmurent à l’oreille de Donald Trump – s’enracine-t-il dans l’idéologie du IIIe Reich ?

Pour voir le premier article :

Continuer la lecture de « Les liens de la pensée de Nick Land avec le (néo)nazisme »

Le danger des transitions sexuelles

Karlee alerte sur les dangers liés à l’absence de prise en charge psychologique comme la pression exercée par des groupes militants.

Son discours lui vaut des menaces de mort. Né homme, Karlee* a entamé à 17 ans un parcours de transition sexuelle pour devenir une femme. Aujourd’hui, à 30 ans, Karlee regrette les nombreuses opérations subies qui l’ont mené à plusieurs tentatives de suicide, et alerte sur les dangers liés à l’absence de prise en charge psychologique comme la pression exercée par des groupes militants. (*pseudo)

Daniel Black témoigne au Parlement européen de sa transition en Rép. tchèque dès 17 ans.

Daniel Black, 25 ans aujourd’hui, détestait son corps de garçon et vivait de grandes angoisses. Il raconte ses souffrances, son espoir de se sentir mieux grâce à la transition et les suites de celle-ci. Il appelle l’Union européenne à conduire une révolution radicale dans ce domaine afin de protéger les mineurs.

L’hyperstition, un concept au cœur de la vision de Nick Land, idéologue des Lumières sombres autour de Trump

Arnaud Borremans, Université Bordeaux Montaigne

Autour de Donald Trump, nous retrouvons bon nombre de personnalités influencées par l’idéologie des Lumières sombres. L’auteur de l’essai qui a donné son nom à cette école de pensée, Nick Land, demeure relativement peu connu mais ses travaux sont de plus en plus étudiés. Pour les comprendre, il est nécessaire de bien appréhender la notion d’hyperstition qu’il a forgée.

Philosophe britannique né en 1962, Nick Land est connu pour avoir popularisé l’idéologie de l’accélérationnisme. Son travail s’émancipe des conventions académiques et utilise des influences peu orthodoxes et même ésotériques.

Dans les années 1990, Land était membre de l’Unité de Recherche sur la Culture cybernétique (CCRU), un collectif qu’il a cofondé avec la philosophe cyber-féministe Sadie Plant à l’Université de Warwick et dont l’activité principale consistait à écrire de la « théorie-fiction ». À cette époque, Land a cherché, dans ses travaux, à unir la théorie post-structuraliste, principalement la pensée d’auteurs comme Marx, Bataille, Deleuze et Guattari, avec des éléments issus de la science-fiction, de la culture rave et de l’occultisme. Si la démarche de la CCRU en tant que telle était expérimentale, plusieurs éléments laissent penser rétrospectivement que Land y a insufflé des éléments relevant de sa propre idéologie.

Land a démissionné de Warwick en 1998. Après une période de disparition, il réapparaît à Shanghai où il réside toujours, sans reprendre de poste universitaire, devenant alors le penseur fondateur du mouvement (néo-) réactionnaire (NRx), connu sous le nom de Lumières sombres (Dark Enlightenment), du nom de son essai paru en 2013. Un ouvrage qui aura un impact majeur.

Continuer la lecture de « L’hyperstition, un concept au cœur de la vision de Nick Land, idéologue des Lumières sombres autour de Trump »

« Pour beaucoup de ses promoteurs, l’intelligence artificielle est une forme de Dieu »

Tribune, La Croix 24/7/2025

Et si l’intelligence artificielle était aussi une question religieuse ? Les auteurs de ce texte relèvent qu’un grand nombre des promoteurs de l’IA font régulièrement référence au divin, rêvant même parfois de remplacer Dieu lui-même. Un discours que ces cinq spécialistes de la question incitent à prendre au sérieux.

Il existe au moins trois bonnes raisons de discuter des croyances qui traversent l’écosystème de l’intelligence artificielle et, plus généralement, de la tech, en 2025. La première d’entre elles, c’est de répondre à la question que vous vous êtes posée en lisant le titre de cette tribune : « La technologie a-t-elle vraiment une dimension religieuse ? ». Oui, et c’est un fait qui reste encore trop peu connu, alors qu’il est central dans la compréhension de la révolution IA en cours.

Depuis plus d’un siècle, un certain nombre de scientifiques, d’ingénieurs et de philosophes influents nourrissent l’ambition d’acquérir des pouvoirs divins à travers la technique : devenir omniscients, omnipotents et immortels, créer des machines pensantes, maîtriser les forces du cosmos et même ressusciter les morts… Cette vision d’un avenir où l’homme, tout-puissant, aurait dépassé sa propre condition et résolu tous les problèmes de l’humanité grâce à la technoscience pourrait sembler fantaisiste et anecdotique aux yeux de beaucoup, pourtant elle oriente d’ores et déjà les décisions politiques qui sont prises aujourd’hui dans le monde entier et elle nous concerne de ce fait tous, directement.

Continuer la lecture de « « Pour beaucoup de ses promoteurs, l’intelligence artificielle est une forme de Dieu » »

Intelligence artificielle menace réelle ?

Le progrès technique est généralement synonyme d’espoir surtout dans un monde confronté à des défis majeurs. Pourtant, face au déploiement de l’intelligence artificielle, l’enthousiasme s’efface souvent devant les craintes que suscite cette technologie : peur d’aller trop vite, d’être menacés par notre propre création. Peur de perdre le contrôle. L'intelligence artificielle représente-t-elle une menace réelle ?

Le « Sommet pour l’action sur l’Intelligence Artificielle », en février 2025, a réuni à Paris des chefs d’État, des chercheurs et des grands patrons du secteur. Plus de 300 milliards d’euros d’investissement parmi les annonces, ainsi que l’engagement signé pour des IA « ouvertes », « inclusives » et « éthiques ». Une IA éthique ? On peine à y croire, vu les fantasmes de toute-puissance qu’elle nourrit – et, dans le même temps, d’impuissance.

L’intelligence artificielle est-elle réellement intelligente ? Qu’est-ce que l’intelligence humaine qu’elle prétend supplanter ? L’intelligence peut-elle être artificielle ? Se pencher sur l’IA, c’est, par miroir, se plonger dans un questionnement passionnant sur ce qui fait notre humanité et ce qui peut la menacer.

Le podcast Pas si simple, co-produit par le Jour du Seigneur, RCF et les Semaines sociales de France (SSF), donne la parole à Mathieu Guillermin. Physicien devenu philosophe des sciences, il est enseignant chercheur à l’université catholique de Lyon (Ucly). Son domaine de recherche concerne précisément « l’intelligence humaine », décrit-il. Il apporte un éclairage précieux pour prendre du recul sur ce que l’on compare à une vague, une submersion.

Continuer la lecture de « Intelligence artificielle menace réelle ? »