L’écologie pourrait-elle devenir une nouvelle religion planétaire ?

Ludovic Lavaucelle, La sélection du jour

Le 22 avril dernier était le 53ème « jour de la Terre ». Las ! se lamentent Paul Greenberg et Carl Safina – écologistes et universitaires américains – cette date n’a fait l’objet d’aucune célébration particulière. Les fêtes de Pâques font de l’ombre, semblent-ils regretter pour le magazine Time (voir l’article en lien)… C’est même un sacrilège selon eux ! Ils voudraient tirer parti de ce jour pour fonder un nouveau culte qui permette à l’humanité de se recentrer sur l’essentiel : le miracle de la vie. Greenbert et Safina accusent de désinvolture les gens qui ne comprennent pas qu’il est plus important de célébrer la Terre que toute fête religieuse alors que la ville de New York a connu son mois de janvier le plus « chaud » jamais enregistré et que février a affiché des températures plus communes en avril. Ils rappellent avec nostalgie l’engouement des Américains lors du 1er « jour de la Terre » en 1970. Parrainée par deux sénateurs (le Républicain McCloskey et le Démocrate Nelson), cette journée avait vu 20 millions de personnes manifester dans les rues. La prise de conscience qui en a découlé a permis de vrais progrès orchestrés par le pouvoir législatif en qualité de l’air dans les villes et en propreté de l’eau. Les auteurs rappellent avec raison que les fumées toxiques (le « fog » londonien par exemple) empoisonnaient les poumons des habitants des grandes villes depuis le début de l’ère industrielle et que les cours d’eau étaient parfois tellement sales qu’ils pouvaient prendre feu. Pourquoi un tel manque d’enthousiasme par rapport au 22 avril 1970 alors que les médias actuels parlent sans arrêt de « l’urgence climatique » ? Curieusement, les auteurs de cet article ne mentionnent pas que le premier « jour de la Terre » était bipartisan et apolitique. Depuis, l’écologie s’est radicalisée à gauche…

The case for making Earth Day a religious holiday Lire l’article sur : Time

Il faudrait donc passer à une nouvelle étape selon Greenberg et Safina : instaurer (imposer ?) l’écologie comme une nouvelle religion planétaire. Après tout, plaident-ils, les grandes religions sont elles-mêmes intimement connectées à la nature : Noël et le solstice d’hiver, Pâques et l’arrivée du printemps par exemple… Il serait facile de garder un calendrier de fêtes écologiques cohérent avec les grandes religions du monde. Ensuite, les rites ou les sacrements religieux forment un canevas pratique : il s’agirait juste de « réorienter » ces étapes vers la célébration de mère nature. La naissance ? Ce miracle biologique où l’inerte devient vivant… Une communion ? En faire une sortie dans la nature pour enseigner aux jeunes gens comment planter un arbre et répertorier des espèces menacées… Un mariage ? Une occasion parfaite d’enseigner au jeune couple le fardeau que représentent les enfants et les inviter à adopter les « bons comportements ». Un décès ? Oublions toute idée de vie après la mort, il faut célébrer le retour à la Terre pour faire renaître la vie… Il y a encore tant de mystères autour de l’origine de la vie qu’une telle religion ne manquerait pas de merveilleux selon eux. À défaut de transcendance… La religion écologiste aurait besoin d’une bible. Greenberg et Safina proposent de rassembler les textes fondateurs des « prophètes » Darwin, Galilée ou Humboldt.

Serait-ce vraiment une nouvelle religion ou le retour à des croyances primitives ? Les auteurs mettent en avant le progrès qu’une nouvelle époque des « Lumières » pourrait apporter tout comme le 18ème siècle a permis de grandes avancées scientifiques. Ils sont moins diserts quant au retour aux croyances primitives que représenterait un tel mouvement religieux. Certes, nos ancêtres étaient intimement connectés à la nature qui les entourait quand leurs dieux se trouvaient dans les forêts, le soleil, le vent, la mer etc… Mais ces communautés vivaient aussi dans un monde emprisonné par les superstitions. La soumission à ces dieux partout présents a souvent entraîné des coutumes cruelles de sacrifices humains. L’individu ne comptait pas quand il fallait préserver la communauté de la colère divine. Le risque ne serait-il pas encore plus grand dans un monde où les intérêts financiers et les moyens de contrôler la population sont sans comparaison avec les temps antiques ? D’ailleurs, quid du clergé pour une telle religion ? Les deux écologistes mis à l’honneur par le Time n’en disent rien. Des scientifiques devenus encore plus puissants qu’aujourd’hui, possiblement liés par des intérêts à des multinationales mues par la recherche du profit ? Des grandes fortunes et des politiques obsédés par la conservation du pouvoir et trouvant dans l’écologie le moyen de contrôler les masses ? L’article de Greenberg et Safina est provocateur mais il a le mérite de lever le voile sur les velléités cultuelles des écologistes radicaux.

Les dangers de la pensée positive

Un podcast d’Élisabeth Feytit, 1h48

On boucle la boucle en replongeant dans le thème de la Loi de l’attraction, et exceptionnellement, je vais vous donner quelques clés précieuses pour non seulement vous passer de cette fameuse “pensée positive“ mais aussi pour faire beaucoup mieux sans elle !

Oui, vous avez bien entendu, je vais vous donner des conseils, des tips, des trucs et astuces. C’est fou. Préparez papier et crayons et écoutez bien ce qui suit : une conférence que j’ai donnée au Cercle Zététique de Montpellier en septembre 2020.

Le site Métadechoc

Critique de l’éducation positive

Un podcast du Dr Caroline Goldman (31 mn)

Caroline Goldman, psychologue pour enfants et adolescents, élabore ici une critique de l’éducation bienveillante et positive en 5 points :

1. La confusion entre le besoin d’amour et le besoin de limites

2. Le déni de l’agressivité

3. La négation de la différence des générations

4. Les limites de l’application concrète de cette idéologie

5. L’instrumentalisation culpabilisante de données neuroscientifiques

« La parentalité positive fait semblant de croire que la haine et l’ambivalence (mélange d’amour et de hargne) n’existent pas. »

« Les émotions négatives comme la colère, la frustration ou la peur ont leur rôle à jouer. Il n’y a rien de malveillant dans le conflit. Les parents doivent reprendre confiance en eux en ayant à l’esprit qu’un enfant qui est aimé le sait rofondément. Il ne confond jamais un parent maltraitant avec un parent de mauvaise humeur. »

« Il ne s’agit pas de soumettre l’enfant à l’adulte mais de l’initier à la loi, c’est une nécessité. »

« L’éducation bienveillante est un marché basé sur l’instrumentalisation culpabilisante et grossière de données neuroscientifiques. La culpabilisation est le moteur de ce business. »

« L’éducation positive présente une vision édulcorée de la vie à des fins marketing. La culpabilité des parents est un marché. On joue sur un sentiment qui ne demande qu’à être réveillé pour vendre des livres et des stages de parentalité. »

Caroline Goldman est psychologue pour enfants et adolescents. Elle exerce son métier avec passion depuis une vingtaine d’années. Elle est titulaire d’un doctorat en psychologie de l’enfant, a enseigné 15 ans à l’université et a également publié des livres.

Ce podcast s’inscrit dans une démarche d’information et de prévention en santé mentale de l’enfant.

Il a deux objectifs :

1. Aborder les dimensions éducatives fondamentales : apprendre aux enfants à gérer la frustration à partir de l’âge d’un an, donner à son enfant confiance en lui, annoncer des mauvaises nouvelles, parler des dangers d’internet…

2. Faire le point sur certaines contre-vérités médiatiques qui ont un effet sur la santé des enfants : le haut potentiel intellectuel, l’hypersensibilité, l’éducation positive bienveillante.

Bonne écoute !

Déjouer les pièges de l’éducation positive

Un article de Charled Hadji, Professeur honoraire (Sciences de l’éducation), Université Grenoble Alpes (UGA), sur le site « The Conversation » : Déjouer les pièges de l’éducation positive avec la philosophie de Hegel


L’éducation positive est une belle idée. C’est pourquoi de nombreux parents ont cru trouver en elle les fondements d’une pratique éducative libératrice pour leurs enfants. Cependant, elle expose à des pièges qui, si l’on n’y prend garde, risquent d’interdire tout vrai travail éducatif. La « grande Ombre » de Hegel, telle que Alain l’évoque dans ses Propos sur l’éducation, peut à ce sujet nous « parler » très fort. Écoutons-la.

L’espoir des parents qui adoptent le modèle d’une éducation positive est de travailler à l’émergence d’enfants libres, un peu à l’image des Libres enfants de Summerhill, qui eurent leur heure de gloire dans les années soixante. Il est clair qu’il est difficile de s’élever contre les idées directrices de l’éducation positive, dont les maîtres mots sont écoute, respect et accompagnement : promouvoir une éducation fondée sur l’empathie ; développer une coopération entre les parents et les enfants, les adultes et les jeunes ; accompagner l’enfant en étant à l’écoute de ses besoins ; faire apprendre en s’appuyant sur les forces individuelles et la motivation personnelle. Qui pourrait y trouver à redire ?

Mais l’éducation positive se heurte très vite au problème des limites éducatives. Car il ne faut pas se méprendre sur la liberté. Ce qui est souvent décrit comme une « violence éducative », en tant que contrainte, refus de certains comportements, et inversement imposition de manières d’être et de faire conformes à des normes, ou à une morale, est-il, par principe, et toujours, attentatoire à la liberté de celui-ci ?

Le piège de la liberté du vide

Hegel nous rappelle que la liberté ne se réduit pas au refus de tout contenu extérieur, jugé alors comme étant simplement « une restriction » inadmissible. Cette « liberté négative » n’est qu’une « liberté du vide », qui n’existe que dans la destruction de ce qui s’oppose à elle. Il ne faut pas laisser les enfants, en croyant les respecter, être emportés par une « furie de destruction », refusant « tout ordre social existant », et visant « l’anéantissement de toute organisation voulant se faire jour ».

Certes, d’un côté, « Les enfants sont en soi des êtres libres, et leur vie est l’existence immédiate de cette liberté seulement ». Les enfants n’appartiennent à personne, ni aux parents, ni aux éducateurs. Mais, d’un autre côté, ils ont besoin d’une éducation pour les « élever de la nature immédiate où ils se trouvent primitivement à l’indépendance et à la personnalité libre ». Ce qui apparaît immédiatement comme négativité – l’intervention éducative restrictive et canalisante – a une irremplaçable dimension positive. Cette positivité est appelée et ressentie par les enfants eux-mêmes.

Éducation positive : théorie, pratique, controverses (Débat organisé par Sciences Humaines, 2022).

« La nécessité d’être élevés existe chez les enfants comme le sentiment qui leur est propre de ne pas être satisfaits de ce qu’ils sont. ». Toute pédagogie qui « traite l’élément puéril comme quelque chose de valable en soi (et) le présente aux enfants comme tel… rabaisse pour eux ce qui est sérieux, et elle-même, à une forme puérile peu considérée par les enfants. En les présentant comme achevés dans l’état d’inachèvement où ils se sentent », elle ne peut que déboucher sur « la vanité… des enfants pleins du sentiment de leur distinction propre ».

L’achèvement de la personne devenue libre en soi et pour soi exigera le dépassement de ce que l’on est au « moment » de l’enfance, quand on exerce ce qui risque de n’être qu’une liberté du vide.

Continuer la lecture de « Déjouer les pièges de l’éducation positive »

SBNR : spiritual but not religious

La force de ceux qui sont « spirituels mais pas religieux ». Par Grant Alessandro

Environ 30 % des Américains se disent aujourd’hui « spirituels mais pas religieux » (SBNR) et près d’un quart d’entre eux sont d’anciens catholiques. Beaucoup d’entre eux indiquent les scandales d’abus sexuels comme la raison pour laquelle ils ont quitté l’Église catholique, et beaucoup de ceux qui restent sont partis en raison d’autres désaccords avec la direction de l’Église, et non en raison de désaccords spirituels ou doctrinaux. Parfois, ce n’est pas du tout un problème avec la direction spécifique de l’Église, mais avec le fait même que l’Église est organisée par d’autres personnes – peu importe qui est le pape à ce moment-là. Beaucoup de ces anciens catholiques ont toujours des croyances catholiques, sauf de nom, mais pour une raison ou une autre, ils ont pris leurs distances par rapport à l’institution de l’Église catholique.

Ces anciens catholiques ont laissé une trace importante dans le groupe croissant des « spirituels mais non religieux » – « religieux » signifiant dans ce contexte « appartenance à une église organisée ». Certaines personnes considèrent ce terme comme un évitement ambigu des étiquettes, mais d’autres sont très catégoriques sur le fait qu’il décrit précisément leur affiliation religieuse (ou leur absence d’affiliation). Pendant mon stage dans un centre de recherche sur la religion à but non lucratif à Boston, j’ai travaillé avec un pasteur qui s’est donné pour mission d’aider les SBNR à trouver leur communauté – même si le seul moyen d’y parvenir était de s’organiser.

Pour être très clair, il n’essayait pas de former une religion avec laquelle les SBNR pourraient être d’accord ; cela irait à l’encontre de l’objectif d’être spirituel mais pas religieux. Dans le cadre de son travail en Australie, il a parlé avec de nombreuses personnes qui, pour diverses raisons, ne pouvaient pas trouver une communauté religieuse qui les représente. Ils lui ont parlé de leur frustration et de leur isolement spirituel extrême par rapport aux autres – après tout, sans église, ils n’avaient pas de communauté avec laquelle partager leurs croyances. Les recherches du centre sur la psychologie de la religiosité ont montré que la communauté est un élément important de la croyance spirituelle, ce qui place les SBNR dans une position difficile. Certains ont fondu en larmes en décrivant leur exaspérant parcours de foi. Cela m’indique qu’au moins certaines de ces personnes ne trouvent pas à redire aux communautés religieuses dans leur ensemble ; beaucoup d’entre elles n’ont tout simplement pas trouvé une foi qui, selon elles, les représente.

La solution de ce pasteur a été de contribuer à la publication et à la promotion de ressources qui aident les SBNR à définir leurs propres croyances plutôt que de les convaincre de se convertir – de les rassembler par des luttes communes plutôt que par des croyances communes. Selon cette idée, il n’y aurait pas d' »église » pour les SBNR, mais une communauté de personnes qui croient toutes des choses légèrement différentes sur la nature de Dieu et la condition humaine et qui sont unies par leur « altérité » par rapport aux religions dominantes.

Mon travail de promotion du dialogue spirituel entre les SBNR m’a amené à relier cette idée de les rassembler dans un dialogue avec le concept catholique de « primauté de la conscience ». Si les principes spirituels catholiques sont importants pour prendre des décisions morales, les membres de l’Église catholique doivent également aiguiser leur conscience pour penser par eux-mêmes ; ils ne peuvent pas suivre aveuglément ce qu’ils croient être la ligne de conduite la plus « catholique » si cela trahit profondément qui ils sont en tant que personne. Bien qu’il s’agisse d’une simplification excessive du concept, cela me permet de comprendre pourquoi tant de SBNR sont d’anciens catholiques.

Comme on l’a dit tout au long de l’histoire occidentale, la force du catholicisme réside dans l’accent qu’il met sur la vérité ; avec le temps, cela conduit les gens à remettre en question le catholicisme lui-même et à miner la religion de l’intérieur. Les SBNR sont, à bien des égards, une réaction à cet accent mis par le catholicisme sur la vérité ; leur « vérité » commence à aller au-delà de ce que le catholicisme définit comme la vérité, et ils s’éloignent donc de l’Église pour la suivre. C’est pourquoi l’Église est une institution vivante – elle sera toujours à la poursuite de la Vérité alors que les humains continuent à déchiffrer la condition humaine.

Qu’est-ce que cela signifie pour la Vérité ? Cela ne signifie pas que l’Église a tort, ni que les SBNR ont tort ; cela signifie que la religion organisée peut supprimer le type de dialogue spirituel et de pensée critique dont tous les humains ont désespérément besoin. C’est la force des SBNR dont le catholicisme peut tirer des leçons : peut-être l’Église perdrait-elle moins de membres si elle faisait comprendre l’importance de la primauté de la conscience et de la « désorganisation » dans le catholicisme, et peut-être les SBNR sont-ils moins « anticatholiques » que nous le pensions.

 Grant est un étudiant de dernière année en systèmes d'information à la Carroll School of Management. Il s'occupe en étudiant et en écrivant pour La Torche.