Les anges gardiens: leur donner la possibilité d’exister

Chaque 2 octobre marque la mémoire liturgique des saints anges gardiens. Retour sur la mission de ces ambassadeurs et protecteurs spirituels, serviteurs et messagers de Dieu placés à nos côtés, et "qui ne demandent qu’à nous écouter". Image : anges musiciens, chapelle de la Vierge, cathédrale du Mans.

Entretien réalisé par Delphine Allaire – Cité du Vatican

«Du début de l’existence au trépas, la vie humaine est entourée de leur garde et de leur intercession. Chaque fidèle a à ses côtés un ange comme protecteur et pasteur pour le conduire à la vie», affirmait saint Basile le Grand (330-379 ap. J-C.).

L’existence des anges est une vérité de foi. Définis comme des êtres purement spirituels et non corporels, ils dépassent en perfection toutes les créatures visibles, tel que l’énonce le Catéchisme de l’Église catholique.

Le Pape François s’est maintes fois exprimé sur leur existence, rappelant toute l’importance d’entretenir une relation avec son ange gardien, que le Saint-Père considère comme «une porte quotidienne vers la transcendance».

Quel rôle jouent les anges gardiens dans le combat spirituel, pourquoi est-il important de s’adresser à eux, et comment le faire? Nous avons posé la question au père Jean-Christophe Thibaut du diocèse de Metz, autrement connu sous son nom d’auteur, Michael Dor (Tétralogie La Porte des Anges, et autres romans).

Entretien avec père Jean-Christophe Thibaut

– Comment se manifestent les anges gardiens dans nos existences?

Les anges gardiens se manifestent dans nos vies de façon discrète. Le propre des anges est d’être à nos côtés, pas de faire les choses à notre place.

Deux missions leur incombe: nous représenter devant le Seigneur, un peu comme des ambassadeurs spirituels, et puis, de nous protéger. Ils nous soutiennent particulièrement dans le combat spirituel, contre les forces du mal.

Ils peuvent aussi nous influencer de manière discrète, nous mettre à l’esprit un certain nombre d’attitudes positives, de soutien, qui déclenchent une espérance.

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Hildegarde de Bingen, génie cosmique

Série « Une grande Traversée », sur France Culture, en collaboration avec La Croix. Par Aurélie Sfez et benjamin Hu.

L’histoire se passe au Moyen Âge : une petite fille aux capacités hors normes voit le jour dans la vallée du Rhin. Elle s’appelle Hildegarde de Bingen et connaîtra un destin extraordinaire de mère abbesse, visionnaire et compositrice de génie, femme de pouvoir.

Abbesse, artiste et visionnaire, Hildegarde de Bingen est une figure majeure du Moyen Âge central. Née à la fin du 11e siècle et « donnée » à l’Église par sa famille à l’âge de 14 ans, elle vivra plus de quatre-vingts ans selon la règle bénédictine, tout en développant sa propre originalité ainsi qu’une érudition peu commune.

Compositrice de génie, elle révolutionnera le chant grégorien et sera la première à noter sa musique. Passionnée de sciences, elle deviendra guérisseuse, s’intéressera aux maux féminins et à la sexualité. Femme de pouvoir, elle sera l’interlocutrice des grands de son époque et ira prêcher en dehors de son monastère. Poétesse, elle inventera une langue mystérieuse, la Lingua Ignota (langue inconnue), et fera connaître ses visions, riches et complexes.

Symbole de sororité, de bienveillance et de respect de la nature et des êtres, elle finira par susciter une véritable « Hildegardemania ». Sainte Patronne des Médecines Douces ?

Le Seigneur des Anneaux, une œuvre inspirée du catholicisme

Le Seigneur des Anneaux est l’œuvre de fiction la plus lue au monde avec le Petit Prince de Saint-Exupéry. L’imaginaire fantastique de Tolkien touche les lecteurs de manière universelle et intemporelle. Peut-être est-ce du fait des grands thèmes abordés dans l’ouvrage, très largement tirés de la pensée catholique. Tolkien lui-même disait s’être inspiré des textes catholiques à la rédaction de son œuvre. Des références auxquelles s’est intéressé Jean Chausse, économe du diocèse de Paris et auteur de « Le Dieu de Tolkien ». 

« Quand j’ai fini le livre du Seigneur des Anneaux, je me rappelle parfaitement le refermer et me dire, pour avoir écrit ça, Tolkien devait être un prêtre catholique. Ça me paraissait évident » se souvient Jean Chausse, économe au diocèse de Paris et lecteur des œuvre de l’écrivain brittanique J. R. R. Tolkien. La pensée catholique est omniprésente dans ses écrits fantastiques, quoi que souvent cachée. Derrière les crétatures imaginaires et les quêtes de ses héros, Tolkien mobilise plusieurs concepts fondateurs du catholicisme. Jean Chausse, auteur de « Le Dieu de Tolkien » s’y est intéressé.

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The Chosen en regard de la foi de Nicée (18)

La mise en ligne sur le site sosdiscernement.org de cette série d’analyses et de réflexions se termine au moment où les églises chrétiennes fêtaient en mai 2025 le 1700e anniversaire du concile de Nicée qui s’est tenu en 325. D’une certaine façon, ce n’est pas anodin. Car on peut se demander quel rapport existe entre le visage de Jésus présenté par The Chosen, et le visage de Jésus présenté par Arius.
Mais pour cela, il convient de se remettre dans le contexte du IVe siècle qui a nécessité la réunion du premier grand concile œcuménique pour trancher un débat important et essentiel. La question qui agitait l’Église en l’an 325, au moment du concile, garde une profonde actualité. Quelle était-elle ? Il s’agissait de préciser l’identité de Jésus.

Acte 18 : The Chosen en regard de la foi de Nicée

Quel était le Jésus prôné par Arius ?

Au IVe siècle, par décision de l’empereur Constantin, le christianisme est devenu une religion autorisée. Il apparaît alors que les manières de comprendre qui est vraiment Jésus étaient différentes. Certains chrétiens, notamment sous l’influence d’Arius, prêtre d’Alexandrie en Égypte, n’étaient pas au clair sur sa divinité.
Le théologien d’Alexandrie Arius prônait un monothéisme rigoureux conforme à la pensée philosophique de l’époque et, pour le maintenir, excluait Jésus Christ du concept de Dieu.
Dans sa perspective, le Christ ne pouvait être « Fils de Dieu » dans le véritable sens du terme, mais uniquement un intermédiaire créé que Dieu utilise pour la création du monde et pour sa relation avec les hommes.
Arius considère donc le Christ, engendré dans le temps, non pas comme Dieu mais comme un être intermédiaire entre Dieu (l’inengendré) et la création.
Que Dieu « prenne chair », se fasse homme, ne lui semblait pas digne de l’image qu’il se faisait de Dieu. Il voulait préserver l’absolue transcendance de Dieu, au prix d’une méconnaissance de Jésus lui-même. Il amoindrissait et éliminait la divinité du Christ.

Quelle fut la réponse du Concile de Nicée ?

Les évêques réunis à Nicée ont affirmé la « consubstantialité » de Jésus-Christ avec le Père. Ce qui se traduit, dans la profession de foi dite de Nicée-Constantinople, par cette formule que nous récitons sans peut-être en mesurer suffisamment la portée :

La formule « consubstantiel au Père » a été choisie pour dire la relation de Jésus au Père. Quoique distincts, le Père et le Fils partagent une même « substance » divine. Cette précision du Credo n’enferme évidemment pas le mystère de Dieu, infiniment plus grand que nos pauvres mots, dans une définition. Mais elle écarte l’idée que Dieu le Père aurait envoyé un être intermédiaire, un ange supérieur, un surhomme, ou un leader charismatique, pour nous sauver.

Ce concile, après un long débat, a donc condamné la vision christologique arienne, et a affirmé clairement la divinité du Christ, comme nous pouvons le constater dans ce que l’on appelle le Credo de Nicée : « vrai Dieu de vrai Dieu », « engendré, non pas créé », « consubstantiel au Père ».

Malgré la confession de foi des Pères conciliaires et la proclamation de la divinité du Fils, la réception de Nicée fut chaotique surtout à cause du terme homoousios utilisé par les Pères : un terme philosophique et non biblique ; un terme condamné par le synode d’Antioche en 286 condamnant Paul de Samosate et le modalisme ; un terme ambigu puisque les termes ousia et hypostasis n’étaient pas encore bien définis.

En somme, « l’arianisme » était le chantier christologique du IVe siècle. Le concile de Nicée fut la première expérience conciliaire œcuménique de l’Église, et son credo a mis presque un siècle, voire plus, pour être reçu comme un modèle de confession de foi.

La « tentation arienne » persiste

Le courant arien a été très puissant au IVe siècle, il a perduré jusqu’au VIIe s. La « tentation arienne » persiste, peut-être inconsciemment, dans bien des images assez répandues d’un Dieu dont la transcendance interdit une réelle proximité avec l’humanité.

Selon une telle perspective, Jésus reste un admirable modèle à imiter, porteur de valeurs, mais puisqu’il n’est plus reconnu comme Dieu, on tend à le voir simplement comme un être humain, suprêmement bon et exceptionnel, mais pas Fils de Dieu, ni Dieu lui-même.

Dans ce cas, le mystère pascal n’est plus œuvre divine et, par sa mort et sa résurrection, Jésus ne nous communique pas la vie divine.

Le mystère de la sainte Trinité s’estompe alors : l’éternelle communion d’amour des trois personnes est remplacée par le monothéisme habituel d’un Dieu solitaire. Or, dans le paysage des grandes religions dites révélées, l’exception chrétienne tient à ce point central de notre foi, affirmé à Nicée : l’homme Jésus est Dieu.

On a eu bien du mal à bien comprendre la divinité de Jésus

Car ce n’est pas si simple. Voici quelques difficultés qu’il a fallu résoudre au cours de l’histoire. Petit voyage au musée des Jésus amputés :

– Jésus est Dieu, mais n’a revêtu qu’une apparence humaine. Il s’agit du docétisme (2°-3° s.) : les partisans de cette doctrine niaient le réalisme de l’incarnation du Christ en considérant qu’il n’avait revêtu qu’une apparence humaine. Ils affirmaient, au mépris de l’histoire, que Jésus n’était pas mort sur la croix.

– Jésus n’est qu’une créature dotée de dons exceptionnels. Le prêtre de l’église d’Alexandrie, Arius, développe l’idée que Jésus n’était qu’une créature de caractère exceptionnel, ayant reçu de Dieu le privilège d’une filiation adoptive. En retrouve aujourd’hui cette théologie chez les témoins de Jéhovah. Les évêques réunis en Concile à Nicée en 325, affirmèrent à la divinité du Christ à l’égal du Père.

– En Jésus, deux personnes coexistent : l’une humaine, l’autre divine. Nestorius archevêque de Constantinople refusa de reconnaître dans la Vierge Marie la mère de Dieu. Il disait qu’elle n’était que la mère de l’homme Jésus et établissait ainsi dans le Christ deux personnes, l’une humaine l’autre divine. Les évêques réunis en Concile à Éphèse en 431 affirmèrent qu’il n’y avait dans le Christ qu’une seule personne assumant deux natures.

– En Jésus, le divin a absorbé l’humain. À l’opposé, d’autres déclarèrent que les deux natures du Christ se confondaient (monophysisme), que dans le Christ, le divin absorbait l’humain comme la mer absorbe une goutte d’eau. Jésus n’était plus vraiment homme. Les évêques réunis en Concile à Chalcédoine en 451 complétèrent et équilibrèrent les conciles précédents, en affirmant dans le Christ, une personne, celle du fils unique, et deux natures, l’humaine et la divine, sans confusion ni changement, sans division ni séparation.

– Quant au Jésus coranique, ni situé dans le temps, ni dans les lieux historiques comme le font les Évangiles, il est bien différent du Jésus « Dieu qui sauve » des textes évangéliques. Rappelons en effet que dans l’Islam, Jésus est une créature : « Pour Allah, Jésus est comme Adam qu’Il créa de poussière, puis Il lui dit : « Sois » : et il fut. » (sourate 3, verset 59), né miraculeusement de Marie, vierge élue par Dieu (sourate 3, verset 42). Jésus n’est pas le Fils de Dieu (sourate 19, verset 35), qui n’enfante pas. Jésus, parole de Dieu (sourate 3, verset 45), rapproché de Dieu, est un prophète qui enseigne la Thora et l’Évangile et accomplit des miracles (sourate 3, versets 48-52), annonce la venue de Mohammed (sourate 61, verset 6), lui-même dernier prophète. Jésus n’a pas été crucifié (sourate 4, versets 156-159) et reviendra à la fin des temps, réfutant alors notamment la Trinité chrétienne.


Christ Pantocrator, Monastère Ste Catherine, Mont Sinaï, icône du VIè s.

Quelques paroles de Jésus sur lui-même

  • « Je ne suis né et je ne suis venu dans le monde que pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix » (Jn 18,37).
  • « Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples, et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous libèrera » (Jn 8,31-32)
  • « Je donne un témoignage sur moi-même, et le Père qui m’a envoyé me donne aussi son témoignage.” Alors ils lui dirent : “Où est ton Père ?” Jésus répondit : “Vous ne connaissez ni moi, ni mon Père. Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père.” » (Jn 8,18-19)
  • L’apôtre Jean dit de Jésus : « Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire : la gloire que seul un Fils Unique peut recevoir du Père : en lui tout était don d’amour et vérité. » (Jn 1,14)
  • « Je suis le Chemin, la Vérité, et la Vie. Nul ne vient au Père que par moi » (Jn 14,6-7)

Quel est le Jésus de The Chosen ?

Tous ceux qui visionnent la série doivent se poser la question. Quelle christologie nous est-elle donnée à manger sur ce plateau cinématographique ? Ce Jésus si proche, si humain, est-il vraiment Dieu ?

C’était d’ailleurs la seule vraie question de ce travail. Et de graves questionnements ont été soulevés à travers ces pages d’analyses et de réflexions. Sans y revenir dans cette conclusion, l’équipe de sosdiscernement espère que cela vous aura été utile pour apprécier avec distanciation le phénomène « The Chosen ».

Car c’est à chacun de répondre à cette dernière question. Il est nécessaire que chacun confronte le Jésus de The Chosen avec le Jésus des Évangiles, reçu et compris par l’Église qui a balisé une compréhension christologique à travers le parcours des grands conciles œcuméniques.

Pour conclure, un extrait de la première homélie du pape Léon XIV

« « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? » (Mt 16, 13). En pensant à la scène sur laquelle nous réfléchissons, nous pourrions trouver deux réponses possibles à cette question qui dessinent deux attitudes différentes.

Il y a tout d’abord la réponse du monde. Matthieu souligne que la conversation entre Jésus et ses disciples sur son identité se déroule dans la belle ville de Césarée de Philippe, riche en palais luxueux, nichée dans un cadre naturel enchanteur, au pied de l’Hermon, mais aussi siège de cercles de pouvoir cruels et théâtre de trahisons et d’infidélités. Cette image nous parle d’un monde qui considère Jésus comme une personne totalement insignifiante, tout au plus un personnage curieux, qui peut susciter l’émerveillement par sa manière inhabituelle de parler et d’agir. Ainsi, lorsque sa présence deviendra gênante en raison de son exigence d’honnêteté et de moralité, ce « monde » n’hésitera pas à le rejeter et à l’éliminer.

Il y a ensuite une autre réponse possible à la question de Jésus : celle du peuple. Pour lui, le Nazaréen n’est pas un « charlatan » : c’est un homme droit, courageux, qui parle bien et dit des choses justes, comme d’autres grands prophètes de l’histoire d’Israël. C’est pourquoi il le suit, du moins tant qu’il peut le faire sans trop de risques ni d’inconvénients. Mais ce n’est qu’un homme, et donc, au moment du danger, lors de la Passion, il l’abandonne et s’en va, déçu.

Ce qui frappe dans ces deux attitudes, c’est leur actualité. Elles incarnent en effet des idées que l’on pourrait facilement retrouver — peut-être exprimées dans un langage différent, mais identiques dans leur substance — dans la bouche de nombreux hommes et femmes de notre temps. (…)

Aujourd’hui encore, il existe des contextes où Jésus, bien qu’apprécié en tant qu’homme, est réduit à une sorte de leader charismatique ou de super-homme, et cela non seulement chez les non-croyants, mais aussi chez nombre de baptisés qui finissent ainsi par vivre, à ce niveau, dans un athéisme de fait.

Tel est le monde qui nous est confié, dans lequel, comme nous l’a enseigné à maintes reprises le Pape François, nous sommes appelés à témoigner de la foi joyeuse en Jésus Sauveur. C’est pourquoi, pour nous aussi, il est essentiel de répéter : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Mt 16, 16) ». (Léon XIV, 9 mai 2025).


Pour approfondir :

→ Commission Théologique Internationale, Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur. 1700e anniversaire du concile œcuménique de Nicée, 325-2025.

→ Documentaire KTO (52’) : Le Concile de Nicée, aux sources du Credo.

→ Jean-Marie Salamito, professeur d’histoire du christianisme antique et codirigeant des premiers écrits chrétiens aux éditions de la Pléiade au micro de RCF-Notre Dame (17’).


LES 18 ARTICLES RÉUNIS DANS CE LIVRET À TÉLÉCHARGER

FORMAT PDFFORMAT EPUB

The Chosen : points de discernement au regard de l’accompagnement spirituel ignatien (17)

THE CHOSEN "LES ÉLUS" : une série multi-saisons sur Jésus vu au travers du regard de ses disciples. La « série » proposée en 7 saisons (plus de 50 épisodes), connait un succès impressionnant. L’application sur laquelle le film est disponible gratuitement a déjà eu plusieurs centaines de vues. L’équipe du site sosdiscernement.org s’est intéressée à ce phénomène et vous propose quelques éléments de réflexion à travers des articles successifs, que vous pourrez retrouver sur la page The Chosen (à la lettre T)

Acte 17. The Chosen : points de discernement au regard de l’accompagement spirituel ignatien

Ces quelques points sur le discernement et l’accompagnement spirituel n’ont aucune autre prétention que celle d’apporter, de manière bien lacunaire, quelques légitimes interrogations et réflexions sur la pertinence de promouvoir ce type de fictions. Elles sont censées s’inspirer des Évangiles, proposées par The Chosen, et exploitées par les livrets dits d’accompagnement.

Un peu d’histoire

Dans la tradition de l’Église catholique l’accompagnement spirituel, voire la direction spirituelle, existe depuis les Pères du désert. Jean Cassien à la fin du 4e siècle et au début du 5e donne des indications précieuses dans Les Institutions cénobitiques et Les Conférences (426) qui seront sans cesse reprises dans la vie monastique notamment dans la règle de saint Benoît, mais également dans la pratique séculaire.

Il s’agit de confier ses pensées et ses suggestions à un Ancien, particulièrement expérimenté dans le combat spirituel. Il s’agit en effet d’éviter les illusions, les imaginations pour se convertir au réel, au réel du Christ et de sa Parole. Il s’agit également de pratiquer la garde du cœur : « Sans cesse veiller à la garde de son cœur, et à chaque suggestion demander : es-tu des nôtres ou du parti adverse ? »

L’Ancien est là pour confirmer ce qui vient de Dieu, sans toucher à la liberté du plus jeune qui lui confie son intime. Chacun étant obéissant à l’unique Parole de Dieu.

Les exercices spirituels de saint Ignace de Loyola s’inspirent de cette tradition. Elle s’est perpétuée dans l’Église avec saint Grégoire, saint Jean-Chrysostome, saint Ambroise. Puis au moyen Âge dans les ordres mendiants à la suite de saint François et saint Dominique. La douceur de saint François de Sales dans son Traité de l’amour de Dieu donnera aux accompagnateurs spirituels cette fermeté tempérée, autant pédagogique que féconde.

Saint Ignace désignait le Christ comme « notre Créateur et Seigneur ». L’expérience spirituelle avec la grâce de l’Esprit-Saint permet de constater en nous ce mystère sans jamais prétendre le comprendre.

Les étapes

Saint Basile donne des indications concernant ces étapes. Nous sommes loin de l’itinéraire proposé par le guide de The Chosen.

Il s’agit dans un premier temps de l’aveu de ses péchés

« Que veux-tu que je fasse pour toi ? » (Mc 10, 51).

Cette ouverture est à la fois un acte d’humilité, une acceptation de se connaître en vérité et de se confier uniquement à l’ « Ancien », afin qu’il puisse guider sur un chemin qu’il a lui-même pratiqué.

Cet abandon à la prétention, à la justification d’anciennes pratiques, l’humble aveu de sa misère et de son impuissance, sont le point de départ d’une vraie conversion. C’est l’objet même du sacrement de réconciliation, qu’il ne faut pas cependant confondre ou assimiler à un accompagnement spirituel.

Repérer les états intérieurs de consolation et de désolation

Quel temps est-il réservé à la prière, à la fréquentation de la Parole de Dieu, aux sacrements ?

La direction spirituelle consiste à observer puis à discerner ce qui est de l’ordre d’illusions, de ce qui est d’une vraie relation de l’accompagné avec le Seigneur.

C’est la science du discernement des esprits. C’est-à-dire de la connaissance, du repérage et de l’interprétation des différents penchants naturels et surnaturels, des motions intérieures et des états d’âme. L’homme étant sollicité tour à tour par le bon esprit de Dieu et par l’esprit mauvais de Satan.

Aucun accompagnateur n’a à interférer sur ce qui relève de la magnalia Dei, c’est-à-dire des œuvres que Dieu opère dans le secret du cœur. De nombreux abus et méfaits sont commis par des personnes inexpérimentées qui prétendent accompagner. Attention au psychologisme qui prend plaisir à ce qu’il estime être la pertinence d’analyses explicatives.

Ainsi les ambassadeurs des groupes de The Chosen paraissent bien verts

Nous avons une incurable propension à nous attribuer l’origine et le mérite de ce qui va bien, « à faire notre nid chez autrui » et non en Dieu, comme le dit saint Ignace à exalter notre esprit jusqu’à « l’orgueil et la vaine gloire. »1

Ce point : « à faire notre nid chez autrui » est très important. Combien d’accompagnateurs, d’éducateurs, de thérapeutes, s’installent dans cette intimité et pensent orgueilleusement qu’ils sont à l’origine de la croissance ou de la guérison des personnes sous leur dépendance.

Attention au plus grand illusionniste

Imagination et sensibilité, émotion et affectivité peuvent être trompeuses.

Le démon adapte sa stratégie en fonction de l’avancée spirituelle.

Dieu ne se hâte pas, il est patient envers ses créatures. Le démon est toujours pressé, car le temps lui est compté.

Or les saisons de The Chosen nous entraînent dans un tourbillon d’anecdotes se pressant et s’entrecroisant, avec une abondance de détails qui saturent la sobriété initiale des Évangiles.

Saint Jean de la Croix fait dire au Père des Cieux à cet homme qui se plaint du silence de Dieu : « Si je t’ai tout dit en ma Parole qui est mon Fils, je n’en ai pas d’autre que je puisse maintenant répondre ou révéler qui soit davantage que cela : garde-Le parce que je t’ai tout dit et révélé en Lui. » (Montée du Carmel, livre 2, chapitre 22).

Le combat spirituel

Le combat spirituel nécessite une certaine mortification et de l’abnégation, c’est-à-dire une ascèse ou une discipline. Ces exigences ne sont pas à la mode dans nos sociétés. Paradoxalement elles peuvent être exacerbées en des dérives sectaires. Cela se constate de manière extra ecclésiale, mais aussi intra ecclésiale.

Le Père Odilon de Varine, jésuite, a profondément marqué ceux et celles qui ont suivi ces enseignements concernant l’accompagnement spirituel et ses repères. 2

Il insistait : « l’Écriture est lue dans l’Église qui me livre l’objectivité de cette Parole qui n’est pas la mienne. De plus nous avons à nous méfier de celui (et ce peut être nous-mêmes) qui dit être marqué par une Parole de Dieu, mais qui ne tente pas de la traduire dans la vie concrète ».

Attention donc à ne pas se laisser séduire par cette incessante logorrhée des disciples de la série. L’objectif de la vie spirituelle et de son combat étant de se laisser convertir par la Parole de Dieu pour mieux rendre gloire à Dieu donc le concret de nos vies :

« Elle est tout près de toi, cette Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu la mettes en pratique. » (Dt 30, 14).

Principe et fondement de saint Ignace de Loyola

« L’homme est créé pour louer, respecter et servir Dieu notre Seigneur et par là sauver son âme, et les autres choses sur la face de la terre sont créées pour l’homme, et pour l’aider dans la poursuite de la fin pour laquelle il est créé.

D’où il suit que l’homme doit user de ces choses dans la mesure où elles l’aident pour sa fin et qu’il doit s’en dégager dans la mesure où elles sont, pour lui, un obstacle à cette fin.

Pour cela il est nécessaire de nous rendre indifférents à toutes les choses créées, en tout ce qui est laissé à la liberté de notre libre arbitre et qui ne lui est pas défendu ; de telle manière que nous ne voulions pas, pour notre part, davantage la santé que la maladie, la richesse que la pauvreté, l’honneur que le déshonneur, une vie longue qu’une vie courte et ainsi de suite pour tout le reste, mais que nous désirions et choisissions uniquement ce qui nous conduit davantage à la fin pour laquelle nous sommes créés. »

Notes

1 Exercices spirituels, Ignace de Loyola, Ed DDB. 322, 4

2 Les passages qui suivent sont extraits d’une interview qu’il a donné pour la revue Christus n° 153 sur l’accompagnement spirituel.