La foi catholique est mise au défi des « nouvelles spiritualités »

Avec Sœur Catherine, religieuse ermite dans les Alpes. Auteur de Manuel de vigilance spirituelle – comment éviter les problèmes de l’esprit (éditions du Relié)

Hier au Grand Rex à Paris, un colloque exceptionnel portait sur « la conscience et l’invisible ». C’était le dimanche des Rameaux mais plutôt que d’écouter l’évangile de saint Matthieu, une foule de quelque 2500 personnes a payé jusqu’à 100 euros pour venir écouter de nouveaux prêcheurs, sans église ni dogme mais qui, armés d’un discours sur la conscience, entendent répondre au désarroi de nos contemporains.

Les sujets étaient passionnants : expérience de mort imminente, médiumnité, réincarnation, communication animale, guérisons inexpliquées, tous ces phénomènes s’agrègent sous l’étiquette des « nouvelles spiritualités ». Dans cet univers, la conscience englobe toute réalité et la réalité tout entière baigne dans la conscience. Le péché et le salut n’existent pas. La nature humaine n’est ni à réparer ni à sauver par un sacrifice. Il s’agit de découvrir en soi le potentiel infini de sa conscience.

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Les nouvelles spiritualités : leurs dangers et dérives

Bien-être, créativité, énergies, connexion à la nature et cailloux magiques, les nouvelles spiritualités saturent notre réalité contemporaine. Trend hyper moderne ou rejeton d’un seul et même schéma religieux ? Dans cette vidéo on décortique les quelques grandes pratiques ésotériques à partir notamment de l’étude de Raphaël Liogier dans son ouvrage « Souci de soi, conscience du monde

Cette vidéo traite des dangers et des dérives des nouvelles spiritualités. L’approche est sociologique et anthropologique. Elle donne des repères intéressants dans ces domaines, notamment lorsque cela est intégré dans une perspective historique.

Résumé

On nous dit que nos contemporains sont de plus en plus individualistes, et c’est sans doute vrai : obsession de l’apparence physique, de l’équilibre psychique, du développement personnel, quête du bien-être et d’un bonheur égocentré. Mais, dans le même temps, nous ne nous sommes jamais autant préoccupés du monde, du monde dans son ensemble, au-delà de toutes les frontières : conscience écologique, développement durable, dialogue des cultures, action humanitaire.

L’individuel d’un côté, de l’autre le global. Deux pôles apparemment inconciliables comme l’huile et l’eau, qui sont pourtant magiquement mêlés dans les consciences contemporaines. Ce mélange paradoxal a donné naissance à la religion dominante de notre temps, l’individuo-globalisme, qui imprègne tous les domaines de la vie humaine : la santé, la politique, le sport, l’éthique, et même l’entreprise.

Elle consacre l’authenticité, le naturel, le ressourcement, l’énergie et s’accompagne de pratiques (nouvelles, même si elles ont parfois des origines anciennes), telles que le yoga, la sophrologie, le qi gong, la méditation. Cette foi nouvelle est en train de changer, silencieusement, notre monde. D’imposer un nouveau rythme de vie, de nouvelles règles du jeu. C’est ce changement insidieux mais radical que cet essai se propose de décrire et d’expliquer.
Raphaël Liogier est professeur à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence où il dirige l’Observatoire du religieux.

Yoga, chamanisme, sorcellerie… Êtes-vous ouvert aux nouvelles spiritualités

Un article de Damien Karbovnik, sociologue et historien des religions

Fabriquer ses propres croyances pour se distinguer de celles de sa  famille, ériger la phrase « prendre du temps pour soi » en nouveau  mantra, remplacer la religion par du développement personnel : le monde  spirituel est-il devenu un objet de consommation comme les autres ? Pour  beaucoup d’individus devenus adultes au tournant de l’an 2000, les  conséquences de l’individualisme et du néolibéralisme ont eu aussi un  impact sur leur rapport à la spiritualité.

Avez-vous déjà essayé le puppy yoga ou le yoga wine, déclinaisons les plus récentes et les plus branchées d’un yoga sans cesse réinventé ? À moins que vous ne soyez davantage tenté par une « retraite spirituelle laïque » ? Ou alors avez-vous ressenti en vous l’appel de votre « sorcière intérieure » ? Mais peut-être êtes-vous plutôt « appli de méditation » ?

La « révolution spirituelle », constatée dès les années 1990 par les sociologues Paul Heelas et Linda Woodhead, semble plus que jamais en marche et ne cesse de gagner en ampleur.

Dans les librairies, les rayons qui sont dédiés à la spiritualité ne font que croître et absorbent ceux dédiés à la religion, au bien-être, au développement personnel ou même à l’ésotérisme.

Associée à de multiples croyances et pratiques – du chamanisme à l’écologie en passant par la sorcellerie – la notion de « spiritualité » a le vent en poupe et de plus en plus de personnes se définissent grâce à elle, afin de mieux se distinguer de la religion. Que cherche-t-on à exprimer aujourd’hui par ce terme ? Pourquoi l’oppose-t-on à la religion ?

La difficulté à définir la spiritualité se dissipe en partie lorsqu’on la met en rapport avec le contexte de notre modernité tardive, période contemporaine déterminée par l’accélération technologique, notamment, en suivant le philosophe Harmut Rosa. Plus souple que la religion, il convient de comprendre la « spiritualité moderne » comme une multitude de systèmes individualisés, en permanente évolution et animée par une quête de sens et d’épanouissement personnel.

En filigrane, dans ces nouvelles spiritualités, s’observent aussi les conséquences de l’individualisme et du néolibéralisme, autant dans le rapport qu’ont les individus avec que dans l’idéologie qui les anime.

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