Deux ennemis subtils de la sainteté

PAPE FRANÇOIS

Gaudete et exsultate : Exhortation apostolique sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel (19 mars 2018) Chapitre II.

35. Je voudrais attirer l’attention sur deux falsifications de la sainteté qui pourraient nous faire dévier du chemin : le gnosticisme et le pélagianisme. Ce sont deux hérésies apparues au cours des premiers siècles du christianisme mais qui sont encore d’une préoccupante actualité. Même aujourd’hui les cœurs de nombreux chrétiens, peut-être sans qu’ils s’en rendent compte, se laissent séduire par ces propositions trompeuses. En elles s’exprime un immanentisme anthropocentrique déguisé en vérité catholique[33]. Voyons ces deux formes de sécurité, doctrinale ou disciplinaire, qui donnent lieu à « un élitisme narcissique et autoritaire, où, au lieu d’évangéliser, on analyse et classifie les autres, et, au lieu de faciliter l’accès à la grâce, les énergies s’usent dans le contrôle. Dans les deux cas, ni Jésus-Christ ni les autres n’intéressent vraiment »[34].

Le gnosticisme actuel

36. Le gnosticisme suppose « une foi renfermée dans le subjectivisme, où seule compte une expérience déterminée ou une série de raisonnements et de connaissances que l’on considère comme pouvant réconforter et éclairer, mais où le sujet reste en définitive fermé dans l’immanence de sa propre raison ou de ses sentiments »[35].

Un esprit sans Dieu et sans chair

37. Grâce à Dieu, tout au long de l’histoire de l’Église, il a toujours été très clair que la perfection des personnes se mesure par leur degré de charité et non par la quantité des données et des connaissances qu’elles accumulent. Les ‘‘gnostiques’’ font une confusion sur ce point et jugent les autres par leur capacité à comprendre la profondeur de certaines doctrines. Ils conçoivent un esprit sans incarnation, incapable de toucher la chair souffrante du Christ dans les autres, corseté dans une encyclopédie d’abstractions. En désincarnant le mystère, ils préfèrent finalement « un Dieu sans Christ, un Christ sans Église, une Église sans peuple »[36].

38. En définitive, il s’agit d’une superficialité vaniteuse : beaucoup de mouvement à la surface de l’esprit, mais la profondeur de la pensée ne se meut ni ne s’émeut. Cette superficialité arrive cependant à subjuguer certains par une fascination trompeuse, car l’équilibre gnostique réside dans la forme et semble aseptisé ; et il peut prendre l’aspect d’une certaine harmonie ou d’un ordre qui englobent tout.

39. Mais attention ! Je ne fais pas référence aux rationalistes ennemis de la foi chrétienne. Cela peut se produire dans l’Église, tant chez les laïcs des paroisses que chez ceux qui enseignent la philosophie ou la théologie dans les centres de formation. Car c’est aussi le propre des gnostiques de croire que, par leurs explications, ils peuvent rendre parfaitement compréhensibles toute la foi et tout l’Evangile. Ils absolutisent leurs propres théories et obligent les autres à se soumettre aux raisonnements qu’ils utilisent. Une chose est un sain et humble usage de la raison pour réfléchir sur l’enseignement théologique et moral de l’Evangile ; une autre est de prétendre réduire l’enseignement de Jésus à une logique froide et dure qui cherche à tout dominer[37].

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L’analyse transactionnelle

Bertran Chaudet

L’analyse transactionnelle est une élaboration très simpliste des relations humaines, réduisant toute relation à un schéma en trois points.

Il s’agit d’examiner son propre comportement et celui de nos proches avec cette grille d’analyse. Nous retrouvons la même problématique de manière plus élaborer dans l’ennéagramme.

Mais ces approches sont plus enfermantes que libérantes car elles nous projette dans des préalables qu’il faut assimiler, et qui réduisent les complexités relationnelles à ces visions simplificatrices et par conséquent caricaturales.

Trois types d’état du Moi

Très schématiquement du point de vue de la structure de la personne, cette vision distingue trois types d’états du Moi :
Le Parent correspond aux pensées, émotions, et comportements d’une personne qu’elle a faits siens par imitation de figures parentales ou éducatives marquantes.
L’Adulte caractérise les émotions, pensées et comportements qui sont congruents avec la réalité de l' »ici et maintenant ».
L’Enfant correspond aux pensées, émotions, et comportements qui sont une reviviscence de notre propre enfance.


Ce schéma sera repris à l’infini toujours en trois catégories d’un triangle dramatique, mais référent inconditionnellement : Victime-Sauveur-Persécuteur ou encore Dominateur-Dominé-Négociateur

La pensée d’Éric Berne se complexifie, mais demeure toujours inscrite dans des modèles préétablis, auxquels il est obligatoire de souscrire, et qui finalement demeurent enfermants. Il est nécessaire d’entrer dans cette logique pour observer les rapports humains, mais aussi son propre comportement à travers ces prismes, recettes comportementales qui se voudraient phénoménologiques.

« En France, l’analyse transactionnelle n’a pas de définition institutionnelle médicale précise ni de formation universitaire ou hospitalière (comme les pratiques médicales par exemple). Sa recherche fondamentale est essentiellement privée, menée par des praticiens la plupart en secteur privé. On retrouve citées des pratiques inquiétantes dénoncées par la commission de l’Assemblée nationale sur les dérives sectaires (MIVILUDES), entre autres dans les domaines de :
• du management des ressources humaines de certaines entreprises, et dans certains stages de formation professionnelle,
• des formations aux techniques de vente, et à l’animation commerciale,
• de la consultance et du coaching de dirigeants,
• de certaines psychothérapies (faux souvenirs induits). »
(Wiki)

Carl Jung et la psychologie analytique

Bertran Chaudet

Carl Gustav Jung (1875-1961) est un médecin psychiatre, psychologue suisse. Il fut l’un des premiers collaborateurs de Freud, séduit par ses théories psychanalytiques. Mais il s’en sépara en raison de désaccords tant sur le plan théorique que relationnel. Alors que Freud souhaite que Jung se consacre exclusivement à la promotion de la psychanalyse, Jung cherche ailleurs; il est notamment passionné par les phénomènes occultes. Il devient membre honoraire de la Société américaine de recherches psychiques pour ses « mérites comme occultiste ».

Carl Gustav Jung a le premier introduit la notion de sciences humaines, en établissant des liens entre des disciplines jusqu’alors cloisonnées, comme la philosophie, l’anthropologie, la théologie, les religions, mais aussi des approches plus hermétiques comme l’alchimie, la chiromancie, l’astrologie, ou l’interprétation des rêves. Il définit de nouveaux concepts comme, « archétype », « inconscient collectif » et « synchronicité ». C’est ainsi qu’il explore la psychologie des profondeurs.

Sa mère pratique assidûment le spiritisme et lui parle d’état modifié de conscience. Dans « Ma vie », Jung prétend que son grand-père, chirurgien et franc-maçon, était le fils illégitime du grand poète et théosophe allemand Goethe. Le père de Jung était pasteur, et sa mère descendait d’une famille de protestants français ayant fui en Allemagne après la révocation de l’édit de Nantes. Ce qui lui a fait dire que sa pensée reposait sur des concepts chrétiens.

La mère de Jung est passionnée d’occultisme, ce qui explique la présence dans la famille Jung d’une aura de phénomènes paranormaux ainsi que l’attrait et la fascination de Carl Gustav pour ces phénomènes au cours de sa carrière.

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Les phénomènes mystiques et la sainteté

DISCOURS DU PAPE LÉON XIV AUX PARTICIPANTS AU CONGRÈS  DU DICASTÈRE DES CAUSES DES SAINTS  « LA MYSTIQUE. LES PHÉNOMÈNES MYSTIQUES ET LA SAINTETÉ» (jeudi 13 nov. 2025)

Que ce soit à travers la réflexion théologique, la prédication ou la catéchèse, l’Église reconnaît depuis des siècles que la conscience d’une union intime d’amour avec Dieu se trouve au cœur de la vie mystique. Cet événement de grâce se manifeste à travers les fruits qu’il produit, selon la parole du Seigneur: «Il n’y a pas de bon arbre qui produise un fruit gâté, ni inversement d’arbre gâté qui produise un bon fruit. Chaque arbre en effet se reconnaît à son propre fruit; on ne cueille pas de figues sur des épines, on ne vendange pas non plus de raisin sur des ronces» (Lc 6, 43-44).

La mystique se caractérise donc comme une expérience qui dépasse la simple connaissance rationnelle, non pas grâce à celui qui la vit, mais grâce à un don spirituel qui peut se manifester de différentes manières, voire par des phénomènes opposés, tels que des visions lumineuses ou une obscurité dense, des afflictions ou des extases. En soi, cependant, ces événements exceptionnels restent secondaires et non essentiels par rapport à la mystique et à la sainteté elle-même : ils peuvent en être des signes, en tant que charismes singuliers, mais le véritable but est et reste toujours la communion avec Dieu, qui est «interior intimo meo et superior summo meo» (saint Augustin, Confessions, III, 6, 11).

Par conséquent, les phénomènes extraordinaires qui peuvent caractériser l’expérience mystique ne sont pas des conditions indispensables pour reconnaître la sainteté d’un fidèle : s’ils sont présents, ils renforcent ses vertus non pas comme des privilèges individuels, mais parce qu’ils contribuent à l’édification de toute l’Église, corps mystique du Christ. Ce qui compte le plus et qui doit être souligné dans l’examen des candidats à la sainteté, c’est leur conformité pleine et constante à la volonté de Dieu, révélée dans les Écritures et dans la Tradition apostolique vivante. Il est donc important de faire preuve d’équilibre : de même qu’il ne faut pas promouvoir les causes de canonisation uniquement en présence de phénomènes exceptionnels, il faut également veiller à ne pas pénaliser ces causes si ces mêmes phénomènes caractérisent la vie des Serviteurs de Dieu.

Avec un engagement constant, le Magistère, la théologie et les auteurs spirituels ont également fourni des critères permettant de discerner si l’on a affaire à des phénomènes spirituels authentiques, qui peuvent se produire dans un climat de prière et de recherche sincère de Dieu, ou à des manifestations qui peuvent être trompeuses. Afin de ne pas tomber dans l’illusion superstitieuse, il faut considérer avec prudence de tels événements, à travers un discernement humble et conforme à l’enseignement de l’Église.

Condensant presque cette pratique, sainte Thérèse d’Avila affirme: «Il est évident que la souveraine perfection ne consiste pas dans les consolations intérieures, ni dans les sublimes ravissements, ni dans les visions, ni dans l’esprit de prophétie. Elle consiste à rendre sa volonté si conforme à celle de Dieu que, dès que nous comprenons qu’une chose est voulue par Lui, nous nous y attachons de tout notre vouloir ; à recevoir enfin avec une égale allégresse ce qui est doux et ce qui est amer dès que nous savons que tel est le bon plaisir de Sa Majesté». [1]

Ces paroles correspondent à l’expérience vécue par saint Jean de la Croix, selon lequel l’exercice des vertus est le germe d’une disponibilité passionnée pour Dieu, de sorte que sa volonté et la nôtre deviennent «une seule volonté dans un consentement prompt et libre», [2] jusqu’à la transformation de l’amant en l’Aimé. [3]

Au cœur du discernement au sujet d’un fidèle, l’on trouve l’écoute de sa réputation de sainteté et l’examen de sa vertu parfaite, expressions de la communion ecclésiale et de l’union intime avec Dieu. En accomplissant ce précieux service, ceux d’entre vous qui travaillent dans le domaine des Causes de canonisation sont particulièrement appelés à imiter les saints et à cultiver ainsi la vocation qui nous unit tous en tant que baptisés, membres vivants du seul peuple de Dieu.


[1] Sainte Thérèse de Jésus. Fondations 5, 10; cf Id., Le Château intérieur, I, 2, 7; II, 1, 8.

[2] Saint Jean de la Croix, La Vive flamme d’amour 3, 24.

[3] Cf Id., Cantique spirituel, 22, 3.

L’article de VaticanNews sur cette audience

Les « apparitions » de Dozulé

Le Dicastère pour la Doctrine de la Foi vient de publier (3 nov. 2025) un très beau document de 8 pages intitulé « L’UNIQUE CROIX DU SALUT, Lettre à l’Évêque de Bayeux-Lisieux à propos des apparitions présumées de Notre Seigneur Jésus-Christ à Dozulé ». Cette lettre, signée par le Cardinal Fernandez, approuvée par le pape Léon XIV, donnera lieu ensuite à un décret promulgué par Mgr Habert, évêque de Bayeux-Lisieux.

Il se termine ainsi :

À la lumière de ce qui précède, le Dicastère autorise Votre Excellence à rédiger le décret correspondant et à déclarer que le phénomène des présumées apparitions survenues à Dozulé doit être considéré, de manière définitive, comme non surnaturel, avec toutes les conséquences que cette détermination implique.

Tout en renouvelant sa confiance en votre prudente conduite pastorale, ce Dicastère souhaite encourager une catéchèse claire et positive sur le mystère de la Croix, qui aide les fidèles à reconnaître que la révélation définitive est déjà accomplie dans le Christ, et que toute autre expérience spirituelle doit être évaluée à la lumière de l’Évangile, de la Tradition et du Magistère de l’Église.

La prière, l’amour envers ceux qui souffrent et la vénération de la Croix restent des moyens authentiques de conversion, mais ils ne doivent pas être accompagnés d’éléments qui induisent en erreur ou d’affirmations qui prétendent à une autorité surnaturelle sans discernement ecclésial.

Je vous invite à lire ce texte. Au-delà de la question de la non reconnaissance de Dozulé, c’est une très riche méditation sur le mystère de la croix du Christ. Ce lien vers le site du Dicastère vous permet de le télécharger, et d’en faire un PDF.

https://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/documents/rc_ddf_doc_20251103_unica-croce-salvezza_fr.html#

L’article de VaticanNews : https://www.vaticannews.va/fr/vatican/news/2025-11/doctrine-de-la-foi-apparitions-dozule-pas-surnaturelles-france.html

L’article de La Croix


Si vous ne connaissez pas les présumées « apparitions » : https://les-amis-de-dozule.com/